La grotte Chauvet inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO

by

C’est une belle promotion pour la Grotte Chauvet qui vient d’être inscrite dimanche 22 juin 2014 sur la liste très convoitée du patrimoine mondial de l’UNESCO après une longue période d’instruction. Cette grotte ornée contient d’admirables peintures et gravures pariétales dont la plupart sont datées de l’Aurignacien, il y a 35 000 ans, bien plus anciennes donc que celles de Lascaux. La découverte de ce joyau a eu lieu le 18 décembre 1994, il y a maintenant tout juste 20 ans. C’est l’occasion de revenir sur les conditions de sa découverte, qui continue à faire polémique alors que le projet d’un espace de restitution avance à grands pas.

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

La grotte en question s’ouvre dans le cirque d’Estre, une falaise bordant un ancien méandre de l’Ardèche, sur la commune de Vallon-Pont d’Arc. La découverte a été faite par trois spéléologues amateurs, Éliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet, mais comme bien souvent dans pareil cas, ce sont d’autres spéléologues qui avaient commencé à prospecter ce site et découvert le petit courant d’air annonciateur d’une cavité souterraine, que guette passionément tout spéléologue en quête d’un nouveau Graal. Jean-Marie Chauvet, spéléologue chevronné, ayant déjà découvert plusieurs grottes ornées et gardiens de sites pour la Direction régionale de l’action culturelle, est à l’origine de cette découverte et c’est lui qui a incité ses deux amis à poursuivre les investigations dans ce petit boyau émanant un souffle d’air prometteur.

En ce dimanche 18 décembre 1994, c’est Éliette Brunel qui s’engage la première dans le boyau d’accès qui débouche sur une galerie inférieure conduisant à une première salle. Les trois spéléologues progressent et c’est dans la deuxième salle, dont le sol est jonché d’ossements, qu’Éliette aperçoit dans le faisceau de sa lampe les premières peintures pariétales. Au fur et à mesure de leur avancée, les trois spéléologues vont de surprise en surprise et s’émerveillent devant la richesse des ornements : lions, rhinocéros, mammouth, bisons et ces fabuleuses empreintes de main émergeant dans un halo d’oxyde de cuivre…

Blog82_Ph1SculptureLe choc passé, le trio prend aussitôt les mesures qui s’imposent pour protéger leur découverte fabuleuse. Avec l’aide d’autres spéléologues, ils reviennent dérouler des films plastiques sur le sol et camouflent soigneusement l’accès. Ce n’est que 10 jours plus tard qu’ils signalent la découverte aux autorités, et c’est là que la machine s’emballe !

Les premiers visiteurs officiels sont les scientifiques et notamment Jean Clottes, préhistorien imminent et spécialiste mondial de l’art pariétal, qui au début croit à un canular et se fait tirer l’oreille pour se déplacer en cette pleine période de fêtes de fin d’année. Il prend Jean-Marie Chauvet de haut mais accepte finalement de le suivre dans la chatière et reste éberlué devant la qualité des dessins qu’il observe… Le 18 janvier 1995, Jacques Toubon, alors ministre de la culture organise une conférence de presse pour annoncer la découverte de la Grotte Chauvet, éclipsant au passage Édouard Balladur qui déclarait ce jour-là sa candidature à l’élection présidentielle !

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Lors de cette annonce officielle, c’est la famille Coulange qui est présentée comme l’heureux propriétaire du terrain sous lequel s’étend la cavité souterraine. Les trois découvreurs signent avec elle un contrat d’exclusivité pour la diffusion via l’agence Sygma des photos prises dans la grotte mais très vite ils s’aperçoivent que d’autres photos, prises par Jean Clottes et diffusées par le ministère de la culture sont mises en circulation. Ce n’est là que la première des désillusions ! Un examen plus attentif du cadastre révèle que la propriété des Coulange ne concerne en fait que le chemin d’accès. La grotte elle-même appartient de fait à trois autres familles, dont le maire de Vallon Pont d’Arc, Pierre Peschier. L’État leur propose de racheter les terrains au prix dérisoire de 0,25 F du m2 après avoir rapidement classé le site d’utilité publique dès le 22 janvier 1995 afin de pouvoir lancer les fouilles. S’ensuit alors une longue bataille judiciaire menée par les ayant-droits qui s’estiment lésés par cette transaction et qui réclament une indemnité plus conséquente. Après 12 ans de procédure et un premier jugement en leur faveur mais dont l’État fera appel, la Cour d’appel de Lyon finit par leur donner raison et oblige l’État à les indemniser à hauteur de 780 000 €.

Blog82_Ph5ChevauxDe leur côté, les trois découvreurs se sentent également dépossédés. Ayant découvert ce trésor par hasard, ils sont censés en partager la propriété avec ceux qui détiennent le terrain. Seulement voilà : la Direction régionale des affaires culturelles exhibe un document daté du 14 décembre 1994, 4 jours avant la découverte, conférant à son agent Jean-Marie Chauvet une autorisation temporaire de prospection, ce qui indique que son agent a découvert la grotte dans l’exercice de ses fonctions ! Les trois acolytes sont outrés par le procédé et portent plainte en 1996 pour faux en écriture publique. Le parquet de Lyon ouvre une enquête qui met en cause plusieurs fonctionnaires dont la directrice du Patrimoine, proche de Jacques Toubon et qui est accusée de complicité de faux et usage de faux. Elle sera finalement relaxée mais le tribunal confirme qu’il y a bien eu faux en écriture et que la découverte est d’origine privée, obligeant l’État à associer  » de manière convenable  » les trois découvreurs à l’exploitation du site. Une transaction leur permet ainsi d’empocher 3 millions de francs en juillet 2000.

Entre temps en effet, a germé l’idée d’une valorisation commerciale de la grotte sous forme d’un espace de restitution. Pas question bien entendu de refaire les erreurs qui ont conduit à une dégradation alarmante de la grotte de Lascaux. Des passerelles en inox ont bien été installées pour préserver l’intégrité du sol de la cavité et permettre le travail des scientifiques mais dès l’origine il a été convenu que la grotte ne serait jamais accessible au grand public. Depuis 2012, un syndicat mixte regroupant la Région Rhône-Alpes et le Conseil général de l’Ardèche travaille donc à la conception d’un fac-similé de la grotte dans un vaste espace de restitution intitulé La Caverne du Pont d’Arc. Blog82_Ph2MainLes bâtiments, qui abriteront aussi un espace de découverte, un restaurant et une boutique, seront en forme d’empreinte d’ours, histoire de rappeler le fameux ours des cavernes dont le crâne a été retrouvé exposé sur le sol de la grotte… Ce site culturel, co-financé par l’État et l’Europe, mais aussi par des fonds privés, devrait couvrir ses portes au printemps 2015, moyennant un investissement évalué à 54 millions d’euros. On le voit, les enjeux financiers sont de taille et les trois découvreurs là aussi réclament leur part du gâteau ! C’est d’ailleurs à la suite d’une nouvelle décision judiciaire du tribunal correctionnel de Paris que le syndicat mixte a dû renoncer en juillet 2013 au nom de  » grotte Chauvet « .

En 2010, Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture, a nommé un médiateur pour tenter de trouver avec les trois découvreurs de la grotte une porte de sortie mais la mission qui a duré plus d’un an n’a pas permis d’aboutir et les tensions restent vives, au point qu’ Éliette Brunel a déclaré récemment :  » Si c’était à refaire, je reboucherais ce trou sans rien dire avec deux sacs de ciment. Et on serait comme avant, bien tranquilles… « . Avouons que c’eût été bien dommage de ne pas faire partager au reste de l’humanité ce témoignage exceptionnel du talent de nos lointains ancêtres !

L. V. LutinVertPetit

 

Publicités

Étiquettes : , , , ,

Une Réponse to “La grotte Chauvet inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO”

  1. Que va devenir la Villa Méditerranée ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :