Archive for the ‘Santé’ Category

Canicule : c’est reparti comme en 2003 ?

10 août 2020

La une du Parisien du jeudi 14 août 2003 (source © Le Parisien)

Déjà en juin 2019, alors que les services météorologiques annonçaient une forte vague de chaleur, les journaux titraient, à l’instar du Parisien, « Canicule : une semaine pire qu’en 2003 ? ». Et voilà que l’on voit refleurir dans les médias exactement la même alerte à l’occasion du nouvel épisode caniculaire qui s’est installé sur la France, alors que Météo France plaçait, samedi 8 août 2020, 14 départements en alerte rouge canicule. Le site tameteo.com titre ainsi : « Doit-on craindre la même canicule qu’en 2003 ? ».

Il faut dire que cette canicule qui a sévi pendant 15 jours début août 2003, bien que passée relativement inaperçue dans les médias à l’époque comme le relève fort justement André Larané, sur le site Herodote.net, a fait des dégâts et a laissé des traces. La température y a atteint des records avec 44,1 °C notamment enregistré le 12 août 2003 à Conqueyrac dans le Gard, plus de 40 °C à Auxerre à sept reprises et 9 jours au-delà de 35 °C à Paris même, où les nuits ont été particulièrement étouffantes en centre ville.

Pièce climatisée ou chambre froide : l’arme fatale des EHPAD contre la canicule…(dessin © Félé-dessin Blog)

Des conditions très éprouvantes pour les organismes et qui se sont traduites par une véritable hécatombe auprès des personnes âgées avec probablement près de 20 000 décès supplémentaires liés plus ou moins directement à cette vague de chaleur inhabituelle. Dès le 8 août, la Direction Générale de la Santé publie un communiqué sur les risques de déshydratation encourus par les vieillards, les nourrissons et les personnes vulnérables tandis que le surlendemain, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, alors inconnu du public, alarme les médias en avançant le chiffre d’une cinquantaine de morts par déshydratation en île-de-France au cours de la semaine précédente. Il s’avérera que les jours les plus meurtriers ont été les 11 et 12 août 2003, alors que le pic de chaleur se conjugue à des concentrations excessivement élevées en dioxyde d’azote et en ozone dans l’atmosphère des grandes villes.

Le gouvernement à l’époque avait tardé à prendre conscience de cette situation, comme d’ailleurs dans d’autres pays européens, notamment en Italie où il fallu attendre 2005 pour que le pays reconnaisse une surmortalité comparable à celle de la France. Les images du ministre de la santé de l’époque, le médecin marseillais Jean-François Mattei, interviewé au bord de sa piscine le 10 août 2003, lui coûteront d’ailleurs son poste et il ne sera pas reconduit dans le nouveau gouvernement Raffarin constitué en mars 2004.

Campagne municipale d’information durant la canicule de 2019 (source © Commune de Veauche, dans la Loire)

Depuis, l’été 2019 a fait tomber bien d’autres records de température. Météo France n’a pas hésité ainsi à placer 78 départements en alerte canicule orange le 26 juin 2019. La session du Brevet des collèges, prévue les 27 et 28 juin a été reportée à cause de la chaleur. Le 28 juin 2019, le thermomètre indique 46 °C à Vérargues, dans l’Hérault, record absolu de température jamais enregistré en France. Il atteint le même jour 43,5 °C à Montpellier et 44,3 °C à Carpentras, tandis que l’on enregistre, le 25 juillet de la même année, un autre record de 42,6 °C à Paris et de 40,5 °C à Lille…

Contrairement à 2003, le risque sanitaire concernant les personnes les plus fragiles a été mieux pris en compte et il semble que, depuis l’épisode de 2003, l’on n’ait pas enregistré une telle surmortalité liée aux épisodes de canicule en particulier dans les établissements accueillant des personnes âgées. Cette surmortalité ne dépasserait pas 1500 personnes durant l’été 2019. Mais l’analyse historique réalisée notamment par Emmanuel Le Roy Ladurie dans son célèbre ouvrage Histoire du climat depuis l’an mil, montre que les canicules historiques qui ont frappé notre pays bien avant 2003 n’étaient pas indolores, loin s’en faut.

A l’époque, on pourrait penser que le risque principal causé par les pics de chaleur estivaux était surtout la perte des récoltes dû à la sécheresse. Mais avec le recul, il semble en réalité que les faibles rendements à l’origine de véritables disettes étaient beaucoup plus consécutifs aux étés pourris et pluvieux qu’aux périodes de canicules. Un terrible orage comme celui du 13 juillet 1788 faisait alors beaucoup plus de dégâts qu’une vague de chaleur en détruisant une part significative des récoltes de céréales et sa survenance explique en partie le climat de révolte qui préside la période révolutionnaire.

Famine consécutive à une période de sécheresse : gravure du XIXe siècle (source © DeuxSèvres79)

En revanche, les vagues de canicules, provoquant le tarissement des puits et des cours d’eau, avaient alors des connaissances sanitaires redoutables : l’eau devenue rare et souvent croupie permet le développement des germes pathogènes et la dysenterie fait alors des ravages en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants. En 1636, l’année où Corneille écrit Le Cid, Paris et tout le nord de la France sont frappés par un été caniculaire particulièrement torride dont on estime qu’il serait à l’origine d’environ 500 000 morts : une véritable hécatombe, sans comparaison avec ce qu’on a connu en 2003, d’autant qu’à l’époque la France comptait trois fois moins d’habitants que de nos jours !

La canicule parisienne, caricature à la une du Petit Journal le 9 septembre 1895 (source © BNF Paris / Hérodote)

En 1718 et 1719, deux étés très secs se succèdent et on estime le nombre de morts à 700 000 dont 450 000 pour la seule année 1719 où les vagues de chaleurs se succèdent sans discontinuer de juin à septembre et où les chroniqueurs signalent même des nuées de criquets qui ravagent les cultures jusqu’en Normandie. La Seine atteint alors son niveau le plus bas à Paris. Et d’autres été caniculaires surviennent en 1747 et 1779, faisant chacun encore de l’ordre de 200 000 morts, toujours principalement parmi les enfants en bas âge.

Plus près de nous, en 1911, une forte vague de chaleur sévit en France du 5 juillet au 13 septembre. En août, les 35 °C sont dépassés plusieurs jours consécutifs à Paris. Selon la démographe Catherine Rollet, on observe durant cette canicule une surmortalité de 40 000 personnes dont 29 000 nourrissons, alors particulièrement suivis par les inspecteurs des enfants du premier âge, chargés de la surveillance des enfants placés en nourrice à la campagne. Un biais cognitif qui met en exergue ces décès liés notamment aux insolations et aux diarrhées des plus jeunes, lesquelles restent encore redoutables pour les nouveaux nés, mais aussi les effets indirects d’une épidémie de fièvre aphteuse dans les régions d’élevage laitier, entraînant des pénuries de lait qui sont à l’origine de nombreux décès d’enfants en bas âge que l’on nourrit alors avec des produits de substitution mal adaptés.

Une victime d’insolation à la une du Petit Journal le 13 août 1911 (source © Leemage / Le Parisien)

A l’issue de ces observations, une vaste campagne de sensibilisation axée sur la prévention des maladies infantiles est lancée, laquelle portera ses fruits puisque la vague de canicule de l’été 1947 ne met pas en évidence de forte surmortalité infantile. Mais il faudra attendre 2003 pour que les pouvoirs publics prennent conscience que désormais les canicules sont aussi très dangereuses pour les personnes âgées avec des risques de déshydratation mortelle, un phénomène qui était jusque-là sans doute resté masqué par les effets nettement prédominants sur les nourrissons. A chaque crise son enseignement…

L. V.

Pas de Fête de l’Huma cette année…

25 juillet 2020

En 2020, la traditionnelle Fête de l’Huma, organisée par le quotidien communiste L’Humanité, n’aura donc pas lieu. C’est maintenant officiel, même si l’on s’en doutait déjà depuis quelque temps, après l’annonce de l’annulation ou du report de la plupart des festivals et des grandes manifestations festives récurrentes, pour cause de crise sanitaire qui joue les prolongations. Patrick le Hyaric, le directeur de L’Humanité, l’a finalement annoncé dans les colonnes du journal ce lundi 20 juillet 2020, après avoir déjà laissé entendre qu’il serait très compliqué de maintenir l’organisation d’un tel événement qui rassemble chaque année jusqu’à un demi-million de visiteurs par jour.

Un dessin signé Gros publié dans Marianne le 24 juillet 2020

Le 7 septembre 1930, la première Fête de l’Huma… (source © Dominique Lesparre)

Cette année marquait pourtant la 85e édition de la Fête de l’Huma qui avait été organisée pour la première fois en 1930, par Marcel Cachin, alors directeur de l’Humanité, même si l’idée initiale d’une grande fête populaire de la Gauche avait été lancée dès 1913 par le socialiste Marcel Sembat. En 1930, la première Fête de l’Huma, qui se tient à Bezons, dans le Val d’Oise, n’attire qu’un petit millier de participants mais permet de dégager quelques bénéfices pour financer le journal.

Il faut attendre 1936 et la période propice du Front Populaire pour que les grands concerts qui commencent à caractériser la Fête de l’Huma parviennent à mobiliser les 300 000 visiteurs. Devant le succès de l’évènement, son audience s’élargit rapidement. Dès 1937, les stands de pays étrangers, Union soviétique en tête, y font leur apparition, ainsi que ceux des collectivités du pays entier, donnant à l’événement un caractère national majeur.

Interrompu pendant les années d’occupation, la Fête reprend dès 1945, organisée désormais au bois de Vincennes et atteint cette année là le chiffre record de 1 million de participants. Au fil des années, le site se déplace à Montreuil, Meudon et finalement, à partir de 1960, à La Courneuve, d’abord au parc des Sports, puis dans le parc paysager départemental Georges-Valbon, et enfin, depuis 1999 sur l’Aire des Vents de ce même parc, situé à proximité de l’aéroport du Bourget et qui a été aménagé à l’emplacement d’un ancien bidonville.

2016 : une affiche déjantée pour la Fête de l’Huma… (source © Mag agenda culturel)

La fête est traditionnellement organisée sur 3 jours et était prévue cette année les 11, 12 et 13 septembre. Le vendredi était initialement réservé aux militants communistes mais est désormais ouvert au grand public depuis les années 1980. Outre les stands des différentes sections locales du PC qui proposent souvent boissons, nourritures et spécialités régionales, plusieurs scènes permettent aux artistes de se produire. Un stand des livres est présent ainsi que de nombreuses agoras permettent l’organisation de débats. Le dimanche après-midi est traditionnellement organisé un grand meeting politique qui s’achève généralement par une Internationale reprise en chœur, dans le plus pur esprit du militantisme communiste.

Les stands de la fête de l’Huma en 2015 (photo © Laura Bruneau)

Mais la Fête de l’Huma a réussi au fil du temps à drainer bien au-delà des seuls militants du PCF dont le nombre se réduit d’année en année. Ses expositions artistiques dont celle de Fernand Léger en 1957 ou de Pablo Picasso en 1967, 1973 et 1982 constituent de véritables événements culturels. Celle organisée en 2008 sur les artistes de rue rassemblait des œuvres de Jean Dubuffet ou encore Ernest Pignon-Ernest. En 1981, le clou du spectacle était une rame du TGV qui venait tout juste de battre le record du monde de vitesse sur rail à 380 km/h, tandis que le ministre communiste des transports de François Miterrand, Charles Fiterman, plaidait en faveur d’un développement massif du réseau de TGV sur le territoire national.

Grande scène de la Fête de l’Huma (photo © Thomas Samson / AFP / CNews)

Mais c’est surtout l’actualité musicale qui a contribué à la renommée de la Fête de l’Huma, avec ses concerts géants organisés en particulier sur la Grande scène qui peut accueillir de l’ordre de 100 000 spectateurs. De grandes voix s’y sont produites, telles que Léo Ferré, Jacques Brel, Renaud, Johnny Hallyday, Alain Souchon, Bernard Lavilliers, Michel Polnarreff, Jacques Dutronc, Juliette Greco, Cesara Evora, Léonard Cohen, Julien Clerc, Stevie Wonders, les Pink Floyd ou John Baez pour n’en citer que quelques uns. L’an dernier, les visiteurs de la Fête de l’Huma avaient ainsi vu se produire sur scène Marc Lavoine, Soprano, Kassav’, Les Négresses Vertes ou encore Paul Kalkbrenner.

Bernard Lavilliers en concert à la Fête de l’Huma en 2011 (photo © Patrick Gherdoussi / Fedephoto.com / L’Humanité)

Mais cette année, le spectacle n’aura donc pas lieu. Ce devait être pourtant la dernière édition dans ce site de l’Aire des Vents de La Courneuve puisqu’un nouveau lieu d’accueil devra être trouvé dès l’an prochain en raison des travaux programmés de construction du futur Village des médias destiné aux Jeux olympiques de 2024. La Fête de l’Huma aura donc raté sa sortie pour cause de Covid-19 et tout reste à réinventer pour une nouvelle édition en 2021. Il serait dommage qu’une fête aussi populaire et ancrée de longue date dans le paysage culturel français ne survive pas à la crise sanitaire…

L. V.

Le peintre Raphaël victime du coronavirus ?

20 juillet 2020

Autoportrait de Raphaël peint en 1506 (source : Galerie des Offices à Florence)

On fête cette année, avec, reconnaissons-le, la plus grande discrétion, le 500ème anniversaire de la disparition du peintre et architecte italien de la Renaissance, Raffaello Sanzio, mort le 6 avril 1520 à Rome. Fils de Giovanni Santi, lui-même peintre officiel à la cour du duc d’Urbino, le petit Raphaël s’est retrouvé orphelin dès ses 11 ans. Placé en apprentissage à 17 ans auprès du maître Le Pérugin, à Pérouse, il reprend peu après l’atelier de son père à Urbino et à 21 ans, il s’installe à Florence.

A cette époque, la République florentine vient tout juste de rappeler les deux autres grands maîtres de la Renaissance italienne que sont Michel Ange et Léonard de Vinci. Ce dernier reçoit d’ailleurs dans son atelier le jeune Raphaël qui y réalise une série de vierges et de madones.

Portrait d’une jeune femme (La Fornarina) peint par Raphaël en 1518 (source : Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini, Rome)

En 1508, le pape Jules II l’appelle à Rome où il le charge de la décoration de plusieurs chambres de son palais. C’est là que Raphaël rencontre Margherita Luti, surnommé « la Fornarina » car fille d’un boulanger, une femme d’une grande beauté qui restera son amante jusqu’à sa mort.

En 1514, le nouveau pape, Léon X, un Médicis, lui confie la poursuite du chantier de la Basilique Saint-Pierre ainsi que la conduite des fouilles des vestiges antiques. Deux chantiers que Raphaël mènera de front tout en exécutant l’un de ses chef d’œuvre, la Transfiguration.

A sa mort prématuré, survenue le jour de son 37e anniversaire, à la suite de fortes fièvres, sa gloire est immense et on organise en son honneur des funérailles grandioses au Vatican. Il fut d’ailleurs longtemps considéré comme l’un des plus grands peintres que la Terre ait porté. Trente ans après sa mort, en 1550, Giorgio Vasari n’hésite pas à écrire dans son ouvrage publié sous le nom Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes : «  Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux, elle devint aveugle ». L’hommage est peut-être excessif mais il n’en demeure pas moins que Raphaël reste, cinq siècles plus tard, une figure reconnue de cette Renaissance italienne qui a su renouveler et moderniser la représentation artistique comme cela avait rarement été fait jusque-là.

Vue des chambres de Raphaël (source : Musées du Vatican)

Il n’en demeure pas moins que la disparition aussi subite du célèbre peintre décédé brutalement dans la force de l’âge, en a étonné plus d’un. A l’époque, et toujours selon les indiscrétions de son premier biographe Giorgio Vasari, il se murmurait que le jeune peintre s’épuisait en virées nocturnes pour contenter ses innombrables maîtresses. Le mois de mars 1520 ayant été particulièrement glacial à Rome, ses « fréquentes sorties nocturnes dans le froid », même entrecoupées d’activités physiques revigorantes, seraient à l’origine de ce qui serait de nos jours considéré comme une forme de pneumonie.

Vierge à la rose, toile de Raphaël (source : Musée du Prado, Madrid)

Car le jeune prodige de la peinture et de l’architecture italienne était particulièrement précieux aux yeux du souverain pontife qui, de crainte de perdre cet artiste inestimable, a donc immédiatement envoyé à son chevet les meilleurs praticiens du cru. Faute néanmoins d’avoir été mis dans la confidence de ses nombreuses incursions dans la nuit et le froid, les médecins en question se sont mépris sur leur diagnostic, voyant dans l’origine de cette forte fièvre « un excès d’humeur » qu’il convenait de soigner par la saignée, alors considérée comme le remède miracle en cas de doute. Mortellement affaibli par ses saignées à répétition, le peintre ne s’en est pas remis et est donc passé de vie à trépas, au grand désespoir de son mécène papal tant attentionné.

Mais voilà que, 500 ans plus tard, il se murmure qu’en réalité, le célèbre peintre de la renaissance serait mort d’une atteinte infectieuse liée à une forme de coronavirus, confirmant que le maître était bel et bien précurseur en tout point. C’est une étude italienne, publiée dans la revue scientifique Internal and Emergency Medicine par trois chercheurs de l’université de Milan Bicocca, sous la conduite de Michele Augusto Riva, qui révèle l’affaire en revenant en détail sur les circonstance de la mort de Raphaël.

Publié le 14 juillet 2020, l’article date néanmoins du début de l’année, avant donc le pic de l’épidémie actuelle de CoVid-19 dans le nord de l’Italie, mais il résonne d’une étrange actualité. Selon les chercheurs italiens, les symptômes qui ont conduit au décès du grand peintre avec an particulier une forte fièvre continue qui a duré une à deux semaines alors que l’homme était affaibli mais suffisamment conscient pour préparer son testament et mettre de l’ordre dans ses affaires, sont assez caractéristiques d’une pneumonie occasionnée par un coronavirus comparable à celui qui fait actuellement trembler la terre entière.

Détail de La Transfiguration, peint par Raphaël en 1519 (source : Pinacoteca Vaticana, Rome)

Les maladies sexuellement transmissibles dont la syphilis qui avaient jusqu’alors été invoquées, au vu de la vie assez dissolue de l’artiste, sont à écarter, selon ces chercheurs, en raison de la période d’incubation de 8 à 15 jours qui a été observée. Sont également écartées les diagnostics de maladies intestinales mais aussi d’hépatite virale aiguë (faute de tout symptôme d’insuffisance hépatique) ainsi que la peste ou le typhus alors absents localement. En revanche, la responsabilité des saignées effectuées à mauvais escient et qui ont manifestement aggravé l’état sanitaire du peintre jusqu’à hâter son trépas, est clairement mise en évidence. Fort heureusement, on considérera qu’il y a désormais prescription et que la réputation des médecins en question ne devrait pas être trop entachée par cette révélation quelque peu tardive de leur incompétence manifeste…

L. V.

Alteo : entre le marteau de la mondialisation et l’enclume de l’environnement

28 juin 2020

A Gardanne, l’usine de production d’alumine existe depuis 1894 et c’est là qu’a été utilisé pour la première fois au monde le procédé industriel mis au point en 1887 par le chimiste autrichien Bayer, lequel permet d’extraire de l’oxyde d’aluminium de la bauxite, alors produite localement dans le sud-est de la France. Ce procédé industriel qui utilise de grosses quantités de soude concentrée à haute température, n’est cependant pas sans impact sur l’environnement dans lequel sont rejetées les énormes quantités de résidus solides produits, les fameuses « boues rouges », riches en produits toxiques de toutes sortes.

Vue aérienne de l’usine Alteo à Gardanne :« une vieille dame usée et fatiguée » selon le professeur Henri Augier (source © La Provence)

Stockés initialement à terre dans de vastes bassins de décantation que la pluie continue de lessiver régulièrement tandis que le vent en disperse les particules fines et toxiques dans tout le voisinage, ces boues rouges ont été ensuite déversées directement en mer grâce à une immense conduite qui traverse tout Carnoux et s’écoule au large des calanques de Cassis.

Ancienne mine de Bauxite à Cabasse dans le Var (carte postale source © Genanet)

Rachetée à Péchiney par le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, l’usine est depuis 2012 aux mains d’un fonds d’investissement américain HIG Capital et a été depuis lors rebaptisée Alteo. Cette usine, plus que centenaire, reste un des fleurons mondiaux de la production d’alumines de spécialité, même si les raisons de son implantation initiale à Gardanne, au plus près des sites de production de lignite et de bauxite a perdu tout son sens, maintenant que toutes les activités minières locales ne sont plus qu’un vieux souvenir et que la totalité du minerai de bauxite arrive par bateau après avoir parcouru la moitié de la planète.

La production locale de ces alumines spéciales sert de réfractaire dans la sidérurgie et l’industrie automobile, mais entre aussi dans la fabrication de céramiques et de nombreux produits high tech comme des prothèses médicales, des écrans de smartphone et d’ordinateurs ou encore des batteries lithium-ions. Un marché florissant donc, avec plus de 630 clients répartis dans le monde entier, et une activité très rentable qui permet de faire vivre 480 salariés et de nombreux sous-traitants.

Usine Alteo à Gardanne sous son vernis habituel de dépôt rougeâtre (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Mais voilà que l’usine se trouve prise entre deux contraintes qui la fragilisent. D’un côté, les exigences environnementales s’accroissent. Après avoir fermé les yeux pendant plus d’un demi-siècle sur les rejets en mer de produits hautement toxiques, l’État a fini par admettre que cela faisait un peu tâche dans le tout nouveau Parc national des Calanques. Depuis début 2016, il a donc fallu qu’Alteo retraite un minimum ses effluents pour les débarrasser au moins de ses métaux lourds, tout en continuant à déverser au large de Cassis et à raison de 270 m³/heure, un liquide encore bien peu ragoûtant et qui dépasse allégrement les normes environnementales.

Alteo, qui revendique un chiffre d’affaire de 242 millions d’euros, affirme avoir investi 8 millions d’euros en 2018 pour tenter d’assainir quelque peu la nature de ses rejets dans le milieu naturel, un investissement d’ailleurs très largement subventionné notamment par l’Agence de l’Eau. Mais qui reste encore insuffisant puisque la date de mise en service de la station d’épuration destinée à traiter les effluents avant rejet en mer, fixée au 31 décembre 2019 par le Tribunal administratif n’a pas été respectée. Il avait donc fallu que le Préfet reporte une première fois jusqu’au 8 juin la date limite autorisée pour la mise en conformité de l’installation. Un report qui s’est avéré insuffisant et qu’il a fallu allonger encore jusqu’au 30 juin et désormais probablement jusqu’au 31 août..

Filtres presses installés sur le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (source © Atmosud PACA)

Car dans le même temps, le site de Gardanne est soumis aux aléas économiques de la mondialisation. En l’occurrence, cette pression n’a pas de rapport avec la crise sanitaire que le monde vient de connaître et avec le ralentissement économique qui s’en est ensuivi. Pour Alteo, les ennuis sont antérieurs et dateraient selon ses dirigeants, de l’année 2019. L’opacité qui règne traditionnellement dans le monde des affaires ne permet pas d’en savoir davantage, sinon qu’Alteo est en cessation de paiement depuis le 15 novembre 2019 et que la société a été mise en liquidation judiciaire fin 2019.

Une décision que beaucoup ont jugé très opportuniste puisque les dirigeants d’Alteo étaient alors engagés dans un bras de fer contre les services de l’État pour négocier des délais supplémentaires afin de respecter les exigences environnementales. Ceci, alors même que l’usine fait l’objet d’une information judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui, du fait des émanations toxiques de ses sites de stockage qui empoisonnent tout le voisinage.

Vue aérienne des bassin de stockage des boues rouges près de Gardanne (source © Analytika)

On le voit, dans ce dossier, concilier respect de l’environnement (mais aussi de la santé des populations) et compétitivité économique n’est pas des plus simples dans un système mondialisé où chacun joue sa partition selon ses propres intérêts à court terme. Curieusement pourtant, depuis qu’Alteo a réussi à obtenir les reports de délais qu’elle souhaitait pour différer ses investissements, les repreneurs se pressent pour racheter ce fleuron industriel dans un marché qui semble d’un seul coup être redevenu particulièrement fleurissant. Selon Le Monde, ce sont pas moins de 5 repreneurs potentiels qui sont en train de peaufiner leur offre qu’ils ont jusqu’au 24 juillet 2020 pour déposer.

Il n’en reste pas moins que même si l’avenir économique du site de production d’alumine de Gardanne semble plutôt serein malgré ce jeu de poker menteur auquel se livrent ses dirigeants pour faire monter les enchères, l’impact environnemental, lui, reste bien incertain. En supposant même que la fameuse station d’épuration, promise depuis des années, finisse par voir le jour cet été comme finalement annoncé, il restera à gérer la question du stockage des déchets solides actuellement entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri dont l’autorisation d’exploiter prend fin le 8 juin 2021. L’industriel prévoit d’agrandir considérablement l’emprise de ces bassins de stockage mais devra pour cela déposer un dossier de demande d’autorisation et bien entendu s’assurer que ces dépôts ne provoquent pas des dégâts environnementaux inacceptables.

Site de stockage de Mange-Garri (photo © AFP / La Croix)

Une opération à haut risque d’autant que l’extension envisagée nécessite ni plus ni moins qu’une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la Métropole Aix-Marseille-Provence : un sujet sensible, qu’Alteo ne veut surtout pas se risquer à porter dans le contexte actuel et qui annonce bien des débats en perspective au sein du prochain conseil métropolitain qui devrait se mettre en place début juillet, après le second tour des élections municipales. Il reviendra aux responsables politiques nouvellement élus de trouver à quel niveau placer le curseur entre protection de l’environnement local et compétitivité économique dans un système mondialisé : un beau cas d’école en perspective !

L. V.

Lee, le chaton qui ébranle la diplomatie planétaire

19 juin 2020

C’est une histoire belge comme on les adore. Mais qui présente de surcroît une dimension internationale car dans notre système mondialisé, la moindre escarmouche entre Wallons et Flamands a des répercussions jusqu’au Pérou… On a évité, pour cette fois, une nouvelle guerre mondiale mais on n’aura peut-être pas toujours cette chance…

Le chaton Lee et sa jeune maîtresse (source : GAIA)

Tout a commencé début avril au Pérou. Une jeune Flamande de 22 ans, Selena Ali, étudiante en psychologie à Statbroek et ex-candidate au titre envié de Miss Belgique, y était alors en stage pour ses études. Mais le développement de l’épidémie de Covid-19 l’oblige à rentrer précipitamment au pays pour se confiner.

Durant son séjour péruvien, la jeune fille avait adopté un petit chaton tigré dénommé Lee. La rage sévissant de manière endémique dans la région de Cuzco d’où est originaire le petit chat, sa maîtresse prévoyante le fait vacciner, le 24 mars 2020. Son départ précipité du Pérou ne lui permet cependant pas d’obtenir l’autorisation officielle de voyager avec son animal de compagnie puisque, selon la réglementation en vigueur, ce dernier doit accomplir au Pérou une période de quarantaine de 3 mois avant de pouvoir passer la frontière. Une règle dont personne ne connaît d’ailleurs très bien la justification puisque la rage peut se déclarer jusqu’à 12 mois après qu’un animal ait été inoculé par le virus.

Toujours est-il que la jeune Flamande ne s’embarrasse pas de scrupules administratifs. Elle emballe soigneusement son minuscule chaton dans ses bagages en cabine, et vogue la galère ! Le vol semble-t-il se passe sans encombre et le chaton sait se faire discret lors des formalités de douane.

Tout se corse lorsque Selena Ali se met à raconter son histoire sur les réseaux sociaux. L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA), en charge des contrôles vétérinaires, s’étrangle d’indignation. La rage est totalement absente du territoire belge depuis 2001 et les autorités sanitaires wallonnes sont très chatouilleuses sur le sujet. L’animal n’ayant pas accompli sa quarantaine réglementaire avant de fouler le sol belge constitue donc un grave danger pour le pays déjà en proie au Covid-19. Aucun centre agréé n’existant en Belgique pour lui permettre d’achever sa période de quarantaine, le chaton Lee doit donc être euthanasié sans délai…

Le jeune chaton Lee qui a mis sens dessus-dessous la Nation belge (source : GAIA)

La décision implacable de l’AFSCA, fin avril, plonge la jeune étudiante dans le désarroi. Se refusant à voir sacrifié son petit chaton sur l’autel des exigences réglementaires de l’AFSCA, elle décide donc de cacher l’animal. Lorsqu’un agent de l’AFSCA se rend à son domicile accompagné de la police début mai, pour venir récupérer l’animal, il fait chou blanc et repart bredouille.

Dès lors, l’affaire prend une dimension nationale et, en moins d’une semaine, embrase l’ensemble du monde médiatique belge. Comme souvent en Belgique, la bataille oppose rapidement Wallons et Flamands, divisant le pays en deux camps inconciliables qui se déchirent sur les réseaux sociaux où l’affaire devient virale.

Convaincus de leur bon droit et de l’importance du risque encouru en matière de santé publique, les responsables de l’agence fédérale, soutenus par leur ministre de tutelle, le francophone Denis Ducarme, attaquent la jeune Selena Ali en justice. Le 15 mai 2020, une audience a lieu devant le Tribunal de première instance néerlandophone d’Anvers concernant le chaton Lee. L’AFSCA réclame alors pas moins de 5.000 € d’astreinte par heure à Selena Ali, tant qu’elle ne laisse pas son chat Lee se faire tuer. Ulcérée par la campagne de presse qui soulève le pays, l’AFSCA exige de surcroît une interdiction de parole de la propriétaire sous peine de 1.000 € d’amende par infraction.

C’est la goutte de lait qui fait déborder la gamelle… La décision d’euthanasier le chaton Lee au prétexte qu’il n’avait pas montré patte blanche au moment de poser ses coussinets sur le tarmac de l’aéroport belge avait déjà provoqué l’indignation de tous les défenseurs des chats. Mais l’exigence de museler aussi sa maîtresse en lui interdisant d’alimenter les réseaux sociaux est jugée attentatoire à la liberté d’expression.

Une campagne très médiatisée… (source : Planète Vie)

L’association belge de défense des animaux, GAIA, s’engage de toutes ses forces dans ce débat qui prend des allures de guerre civile. Le ministre (néerlandophone) du Bien-être animal (eh oui, ça existe!), Ben L.G. Weyts, et la Région flamande, soutiennent GAIA dans sa croisade contre la bureaucratie wallonne liberticide et sa volonté d’en finir avec le chaton Lee.

L’ambassadeur du Pérou en poste à Bruxelles tente bien de s’interposer pour essayer de sauver la vie de son ressortissant en proposant de le rapatrier temporairement au Pérou, mais le ton monte entre défenseurs du chaton Lee et partisans de la manière forte pour régler ce problème de santé publique. Des marques de prêt-à-porter surfent sur la vague en imprimant des tee shirts portant la mention « Blijf van mij poesje » (Ne touche pas à mon chat)…

De son côté et malgré l’injonction du tribunal, le chaton Lee et sa jeune maîtresse continuent à jouer au chat et à la souris avec les agents de l’AFSCA. Et le 29 mai 2020, tout le monde s’est retrouvé de nouveau devant la Justice, qui avait pourtant bien d’autres chats à fouetter, mais qui se devait de ne pas donner sa langue au chat face à un tel enjeu national. Heureusement, un terrain d’entente a finalement été trouvé. L’ambassadeur du Pérou a réussi à convaincre les autorités sanitaires de son pays d’accepter le petit chaton sur son sol natal pour qu’il y termine sa quarantaine écourtée, ce qui ne pose finalement aucun problème réglementaire, contrairement à ce qu’affirmait jusque-là l’AFSCA. Et le petit chaton a donc repris l’avion début juin pour purger sa peine tandis que sa maîtresse se voyait infliger une amende pour importation illégale d’animal.

Tout est bien qui finit bien donc, même si la Belgique tout entière a été au bord de la crise de nerfs pendant plus d’un mois pour une simple histoire de chaton et qu’il a fallu l’intervention d’un diplomate péruvien pour apaiser les tensions. On n’ose imaginer ce qu’une nouvelle affaire Dreyfus pourrait avoir comme conséquence dans un tel climat…

L. V.

Un confinement mondial à géométrie variable

7 juin 2020

La pandémie mondiale de Covid-19 n’est pas encore achevée. En ce jour, dimanche 7 juin 2020, les chiffres qui circulent et que l’on peut retrouver sur différents médias dont Sortir à Paris, font état de près de 7 millions de cas confirmés dans le monde pour quasiment 400 000 morts attribués à cette épidémie virale. Le recul est désormais bien établi en Europe même si l’on a encore enregistré, dans les dernières 24 heures, 46 décès en France attribués au Covid-19 et encore un peu plus de 200 au Royaume-Uni. Mais il n’en est pas encore de même aux États-Unis où, même si le pic est passé depuis mi-avril, le nombre de morts était encore de 1 128 ces dernières 24 heures, pour un bilan provisoire qui dépasse désormais les 100 000 décès. Et la pandémie fait désormais rage en Amérique du Sud, notamment au Brésil où le nombre quotidien de victimes ne cesse d’augmenter de jour en jour, et a atteint 904 hier, avec sans doute des chiffres officiels très en deçà de la réalité effective.

Evolution des cas de Covid-19 en France jusqu’au 18 avril 2020 (source © IMHT)

Ceci dit, et même si l’heure n’en est pas encore à dresser des bilans, alors que le monde médical recherche encore un vaccin contre ce coronavirus tout en continuant à s’interroger sur l’efficacité éventuelle des traitements à base d’hydrochloroquine, les tentatives d’évaluation des stratégies de confinement mises en œuvre commencent à voir le jour. Jamais en effet l’humanité n’avait testé à une telle échelle le confinement massif de sa population.

Alors que les dernières décennies avaient au contraire été caractérisées jusque-là par une véritable explosion de la mobilité, voilà que brusquement, tout déplacement est devenu interdit. Sortir de chez soi pour aller acheter sa baguette de pain est devenu une aventure périlleuse qui a même valu à certains d’écoper d’une amende de 135 € pour avoir eu la malchance de rencontrer un policier zélé considérant que cela ne faisait pas partie des denrées alimentaires de base…

Un dessin signé Kristian (source © France Bleu)

Aller se promener sur la plage ou dans la colline, même de manière solitaire, est devenu en quelque semaines une activité profondément subversive et passible de poursuite. Et l’on ne parle même pas des régimes qui ont profité de la situation pour instaurer des dispositifs de traçage des moindres mouvements de leurs citoyens pour tenter de les suivre avec une précision inframétrique afin d’alerter tous ceux qui auraient malencontreusement croisé la route d’une personne suspectée d’être contagieuse.

Paradoxalement, une telle démarche de confinement généralisé n’aurait jamais été possible sans les outils de communication numérique qui ont permis d’une part d’informer la totalité de la population de ces règles fortement attentatoires aux libertés individuelles et évolutives d’une semaine à l’autre, mais aussi de mettre en place des solutions alternatives pour que les gens continuent à communiquer entre eux voire à poursuivre à distance une partie de leur activité professionnelle.

Contrôle policier à Paris pendant le confinement (source © Twitter Le Parisien)

Des outils qui permettent aussi, après coup, de dresser un bilan de la manière dont le confinement a été mis en œuvre d’un pays à l’autre. Le smartphone que chacun ou presque a désormais tout le temps dans sa poche, constitue avant tout un implacable mouchard. Chacun est désormais suivi en permanence dans ses moindres déplacements, au point même que certaines applications grand public en sont à compter le nombre de pas que nous faisons chaque jour, pour notre bien-être, bien entendu… Les utilisateurs qui acceptent de livrer leurs données de géolocalisation, et ils sont désormais très nombreux, alimentent de nombreux outils permettant désormais de suivre en masse les déplacements des individues.

Evolution du taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir en France au début de l’épidémie de Covid-19 (source données © Google Maps / Colibree)

Google Maps a ainsi rendu public sous forme de données globalisées et anonymisées (pour respecter les différentes réglementations en vigueur sur la protection des données individuelles) les déplacements de millions de personnes dans le monde durant la crise sanitaire du Covid-19. On sait ainsi jour après jour quelle a été la fréquentation des lieux publics, rapportée à la fréquentation en temps habituel.

Ainsi, en France au plus fort de l’épidémie et jusqu’à début mai, le taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir tels que cafés, restaurants, musées, bibliothèques, cinémas, parcs à thèmes, plages ou jardins publics était tombé à moins de 20 % de leur taux de fréquentation habituel. Normal puisque la plupart de ces établissements étaient alors fermés au public, contrairement aux magasins d’alimentation et pharmacie qui, eux, restaient accessibles, mais dont la fréquentation avait aussi baissé de 40 à 60 %.

La rue de Rome, grande artère commerçante de Marseille, déserte pendant le confinement (source © France3 Régions)

Une preuve, s’il en était besoin, que le confinement a été remarquablement respecté dans notre pays. Ces derniers jours, et toujours selon les observations de Google Maps à partir du positionnement de nos smartphones, le taux de fréquentation est redevenu habituel dans les parcs, commerces et pharmacies, mais reste inférieur de 40 % dans les centres commerciaux et centres de loisirs.

Des chiffres qui sont d’ailleurs confirmés par une analyse publiée par son concurrent, Apple, qui a rendu publiques des données très comparables basées non pas sur le géoréférencement des smartphones mais sur les recherches d’itinéraires, lesquelles ont chuté de 80 % voire davantage pendant la crise sanitaire, confirmant bien que les Français sont, dans leur immense majorité, restés chez eux pendant le confinement.

Evolution du nombre de recherches d’itinéraires en France pendant la crise sanitaire (source données © Apple / Labo FNAC)

Ces chiffres sont intéressants à analyser car ils sont disponibles dans le monde entier et permettent donc de comparer les stratégies mises en œuvre d’un endroit à l’autre. On retrouve par exemple chez nos voisins espagnols et italiens des tendances très comparables à ce que l’on observe en France. Curieusement, les chiffres sont également assez proches en Inde, un des rares pays du Sud a avoir pratiqué une politique très stricte de confinement, au prix de conséquences économiques et sociales d’ailleurs dramatiques.

Par comparaison, dans un pays comme l’Allemagne le taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir n’a baissé que de 53 % au plus fort de l’épidémie, très loin donc des 82 % observés en France dans les même conditions. Au Danemark, cette baisse de fréquentation a été plus faible encore, de l’ordre de 29 %, tandis que la Suède observait une baisse minime, évaluée à 20 %. Des taux très comparables à ceux constatés à Hong Kong ou au Japon (- 25 %), sans même parler de la Corée du Sud où la fréquentation n’a été réduite que de 13 % pendant la crise sanitaire.

Les effets psychologiques du confinement ont peut-être été sous-estimés… Un dessin signé Deligne (source © Bado, le blog)

Ces chiffres confirment donc, s’il en était encore besoin, que les mesures de confinement global imposées en France ont été particulièrement sévères. Elles ont conduit à une paralyse totale de l’économie du pays pendant trois mois et à un climat de psychose généralisée, au point que nombre de parents ont refusé, à l’image du Premier ministre lui-même, d’envoyer leurs enfants à l’école lorsque celle-ci à rouvert ses portes.

Et pourtant, le bilan sanitaire de cette pandémie mondiale montre que la stratégie française n’a pas été particulièrement performante au vu du nombre de morts et par comparaison avec de nombreux autres pays. Tout laisse désormais à penser qu’une stratégie plus ciblée de lutte contre une telle épidémie aurait sans doute été plus efficace que cette immobilisation générale et indistincte, par ailleurs catastrophique par ses conséquences économiques et sociales, et ceci sans doute pour plusieurs années. Peut-être fera-t-on mieux la prochaine fois, à condition de savoir en tirer les enseignements ?

L. V.

Municipales : c’est reparti pour un tour !

24 mai 2020

Lors du premier tour des municipales à Mulhouse, le 15 mars 2020 (photo © Sébastien Bozon / AFP / Libération)

On avait presque fini par l’oublier : les élections municipales, dont le premier tour s’était déroulé le 15 mars 2020, à la veille de la mise en place du confinement national pour cause de pandémie mondiale, ne sont pas terminées… Après plus de deux mois d’immobilisation générale, les candidats ont de nouveau des fourmis dans les jambes. Les maires sortants, comme Christian Estrosi, à Nice, ou Anne Hidalgo à Paris, qui n’ont pas réussi à se faire réélire dès le premier tour, ne pensent qu’à ça et exercent depuis des semaines une forte pression sur le gouvernement, largement relayée par l’Association des Maires de France, pour qu’on en finisse au plus vite avec ces élections suspendues.

Tous les arguments sont bons : repousser en septembre, voire en janvier 2021, la poursuite du scrutin, aurait obligé à refaire le premier tour dont ils avaient déjà obtenu de haute lutte le maintien, malgré un contexte de crise sanitaire plus que défavorable en mars dernier. Et cela repousserait d’autant le redémarrage des investissements communaux dont l’économie a tant besoin pour se redresser : à croire que la seule fonction des élus municipaux est d’utiliser l’argent public pour garnir les carnets de commande des entreprises…

Édouard Philippe et Christophe Castaner, le 22 mai 2020, annonçant l’organisation du second tour des municipales (photo © Benoît Tessier / AFP / Actu Orange)

Toujours est-il que leurs arguments ont été entendus par le gouvernement puisque le Premier ministre vient d’annoncer, vendredi 22 mai 2020, que le second tour des municipales aura lieu le dimanche 28 juin, dans un peu plus d’un mois donc. Le Conseil scientifique qui avait été consulté à ce sujet s’était bien gardé de se prononcer, considérant simplement que l’organisation d’un tel scrutin était possible, sous réserve de ne pas faire campagne… Un peu paradoxal et pas vraiment de nature à favoriser le débat démocratique ! Mais voilà en tout cas qui convient parfaitement à la plupart des responsables politiques de ce pays, davantage préoccupé de pouvoir attribuer de nouveau des marchés publics que de devoir perdre du temps à convaincre des électeurs de plus en plus volatils et soupçonneux à leur égard.

Même masquée, la République toujours en marche… (photo © Eric Ottino / Nice Matin)

Voilà donc le processus électoral relancé, avec de nouvelles règles puisque la distribution de tracts comme les réunions publiques et le traditionnel serrage des mains sur les marchés y seront prohibés ou réduits vraiment au strict minimum. A chacun d’être inventif et de privilégier les nouvelles techniques de télécommunication… Et bien entendu, le gouvernement se réserve le droit de revenir encore sur sa décision, 15 jours avant le scrutin, si la situation sanitaire devait évaluer. Une position qui convient parfaitement à la plupart des partis, extrêmement soulagés que le gouvernement ait pris ses responsabilités sans même demander un débat au Parlement : si l’affaire tourne mal, chacun pourra le critiquer tout son saoul sans qu’on puisse lui reprocher d’avoir contribué à une telle décision…

Même le secrétaire général du Parti communiste, Fabien Roussel, a jugé nécessaire de « pouvoir élire ces exécutifs qui manquent pour faire les appels d’offres, pour la politique culturelle, […] lancer des projets », tout en estimant, selon Libération, que l’élection ne devrait pas avoir lieu si, le 28 juin, « il y a encore des départements rouges » : un comble pour un dirigeant communiste !

Le 28 juin prochain, une bonne partie des Français vont donc retourner aux urnes, à l’exception de ceux qui, comme à Carnoux et dans plus de 30 000 communes françaises, ont déjà élu leurs conseillers municipaux dès le premier tour et qui sont en train, depuis le 18 mai, de procéder à l’installation de leur nouveau conseil et à l’élection du maire. Ce sera chose faite le mercredi 27 mai 2020 pour la commune de Carnoux, une réunion sans le moindre suspens et qui aura lieu à huis clos.

Un dessin signé Chaunu (source © Twitter)

En revanche, pour les près de 5000 communes dont 213 en région PACA, pour lesquels le premier tour n’a pas permis de conclure, il faudra retourner aux isoloirs, avec port du masque obligatoire et force giclées de gel hydroalcoolique. Dans la plupart de ces communes, 3 253 d’entre elles pour être précis, ce second tour risque de n’être qu’une formalité et n’est justifié que par le fait que le taux de participation au premier tour était trop faible pour permettre de renouveler la totalité du conseil municipal dont chaque membre, pour les communes de moins de 1000 habitants, doit avoir été choisi par au moins 25 % des inscrits.

Il ne reste finalement que 1541 communes où ce second tour des municipales revêt un véritable enjeu, même s’il s’agit bien évidemment surtout des principales villes, dont Paris, Lyon et Marseille. Dans cette dernière, tout peut encore arriver, au vu de l’émiettement des suffrages observé le 15 mars. La liste du Printemps marseillais, conduite par Michèle Rubirola, avait certes viré en tête et pourrait recevoir, au second tour, le renfort de la liste écologiste concurrente de Sébastien Barles qui négocie actuellement son ralliement. Mais le taux de participation était si bas que tout peut changer au second tour, d’autant que le mode d’élection par secteur ne permet pas de présager à l’avance de la manière dont sera choisi finalement le maire par un conseil municipal qui risque fort d’être assez disparate…

Samia Ghali aux côté de Renaud Muselier en septembre 2019 : un rapprochement en vue ? (source © compte Twitter Samia Ghali)

Dès l’annonce de la date du 2ème tour, le président LR de la Région PACA, Renaud Muselier, s’est d’ailleurs activé pour que s’instaure un « pacte de raison » regroupant tous ceux qui pourraient faire barrage au Printemps marseillais, de Bruno Gilles à Samia Ghali en passant bien entendu par Martine Vassal et Yvon Berland. Depuis, les négociations vont bon train, chacun cherchant à tirer son épingle du jeu et à négocier une place dans le futur conseil municipal ou ailleurs, quel que soit le choix des électeurs eux-mêmes… Seul l’écologiste Sébastien Barles a pour l’instant rejeté cet appel du pied en répliquant vertement, comme il se doit : « Le président de la région Sud perd le Nord, l’écologie reste notre boussole »…

Maryse Joissains-Massini, maire sortante d’Aix-en-Provence, toujours en lice pour sa réélection malgré une condamnation peu glorieuse (photo © Pascal Guyot / AFP / 20 minutes)

A Aix-en Provence, il y aura aussi peut-être des surprises le 28 juin, alors que la maire sortante, Maryse Joissains, bien que condamnée à un an d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêt, était arrivée en tête du premier tour, marqué par un taux d’abstention record de près de 65 % et face à 9 autres listes…

On suivra aussi avec intérêt le second tour des municipales à Aubagne où les deux listes de gauche menées par Magali Giovannangeli et Denis Grandjean devraient fusionner, tandis que pourraient se maintenir la liste RN de Joëlle Mélin et celle de Sylvia Barthélémy, ce qui risque de compliquer quelque peu la réélection du maire sortant LR Gérard Gazay. Bref, le jeu politique de l’Ancien monde, pourrait reprendre du poil de la bête dans les prochaines semaines, de quoi égayer le quotidien tristounet en cette période de déconfinement progressif…

L. V.

Dentifrice : un code secret ?

21 mai 2020

L’information virale circule actuellement sur Facebook et certains de vos amis bien intentionnés vous l’ont sans doute diffusée : les tubes de dentifrice présentent à leur extrémité un petit carré de couleur et, bien entendu, celui-ci a une signification soigneusement tenue secrète par les fabricants. Les publicités sur les pâtes dentifrice sont pourtant légions à la télévision ou ailleurs. Mais aucune d’entre elle ne mentionne ce code couleur mystérieux…

Heureusement, votre ami bien intentionné l’a décrypté pour vous et vous en donne la clé pour que vous puissiez agir en consommateur éclairé et responsable :

Vert : naturel

Bleu : naturel + médecine

Rouge : naturel + composition chimique

Noir : pur produit chimique

Diabolique ! Forcément, sitôt le message reçu, vous vous précipitez dans votre salle de bain pour examiner avec soin l’extrémité de votre tube de dentifrice Colgate et repérer le fameux petit rectangle rouge qui existe effectivement en bas du tube, au niveau de son extrémité aplatie.

Un tube de dentifrice Colgate avec son petit carré rouge…

Faut-il paniquer pour autant et hurler au complot de la part des firmes qui fabriquent et commercialisent ces pâtes dentifrice ? Il est vrai que les intérêts économiques en jeu ne sont pas minces. On consommerait ainsi, rien qu’en France, pas moins de 189 millions de tubes de dentifrice chaque année, selon Planetoscope, ce qui représentait en 2013, un marché d’un peu plus de 400 millions d’euros, réalisé à 80 % en grandes surfaces.

C’est en 1892 que le dentiste Washington Sheffield a eu l’idée, pour vendre sa pâte dentifrice, d’utiliser des tubes souples en étain, en s’inspirant des tubes de couleur des peintres de l’époque. Jusque-là, ce produit était plutôt commercialisé dans des pots en porcelaine. Mais l’entreprise américaine Colgate lui a emboîté le pas et s’est mis, à partir de 1896, à se lancer dans la distribution commerciale à grande échelle de tubes souples de dentifrice qui se sont depuis imposés comme le format traditionnel, d’abord en aluminium et désormais en plastique.

Alors, vaut-il mieux acheter du dentifrice avec un petit carré vert ou noir ? En réalité, comme beaucoup d’informations qui circulent sur internet et sur les réseaux sociaux, cet avertissement n’a pas le moindre fondement. C’est l’association 60 millions de consommateurs qui a pris le temps de la décrypter en détail dans un article publié sur son site le 18 mars 2019.

Selon elle, cette infox ne date pas d’hier puisqu’elle circule sur la toile depuis le 11 septembre 2013. Durant la seule année 2015, elle a été partagée pas moins de 185 000 fois sur Facebook. Et depuis quelques semaines, elle circule de nouveau avec une vigueur renouvelée, confirmant, s’il en était besoin, la forte sensibilité de nos concitoyens à ces questions sanitaires et environnementales.

On peut néanmoins s’interroger au passage sur les stéréotypes un peu grossiers caractérisant ces pseudo codes couleur : ce qui serait chimique ne pourrait donc être ni naturel ni à destinée médicale ? L’information serait plus crédible si elle faisait la distinction entre des produits d’origine naturelle (qui n’en sont pas moins pour autant des composés d’éléments chimiques !) et des produits de synthèse (qui ne sont pas forcément plus nocifs pour autant, certains produits naturels étant parfaitement mortels selon les doses). Où l’on voit que, même en tant que consommateur plus ou moins averti, chacun reste prisonnier de ses préjugés et de ses idées reçues !

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

En tout état de cause, l’enquête menée par 60 millions de consommateurs auprès de plusieurs fabricants de tubes dentifrices le confirme sans le moindre doute : ces petits carrés de différentes couleurs qui existent généralement à l’extrémité des tubes ne sont là que pour permettre par contrôle optique de vérifier que le tube est bien positionné correctement dans la ligne de production, laquelle est désormais largement automatisée. Il ne s’agit donc que de repères optiques destinés aux différentes machines, pour détecter avec précision l’extrémité du tube afin de couper, plier et souder l’emballage au bon endroit.

Quant au choix de la couleur, il dépend simplement du bon vouloir de l’industriel et de ses contraintes techniques. Le rouge et le noir sont souvent retenus, non par hommage au roman de Stendhal et encore moins en fonction de la composition du contenu, mais tout simplement car ils permettent d’assurer un bon contraste visuel avec l’emballage lui-même, qui est généralement blanc à son extrémité.

Pour le consommateur, rien ne sert donc de scruter à la loupe les indices pourtant discret de ce guide de fabrication. Il suffit de lire la composition de la pâte dentifrice qui figure obligatoirement sur l’emballage, même si sa lecture nécessite, elle-aussi, une excellente acuité visuelle.

Se brosser les dents, un geste quotidien… (source © Fotolia / Medisite)

Et de ce point de vue, il existe effectivement une grande variété de composition selon les gammes de produits. La plupart contiennent désormais des composés à base de fluor, souvent sous forme de fluorure de sodium, destiné à lutter contre les caries en contribuant à former sur les dents une couche de fluorapatite qui protège l’émail des attaques acides. Selon plusieurs études, cette efficacité est d’ailleurs assez comparable d’une marque à l’autre et varie peu en fonction du prix du produit. Pour le reste, et en dehors de l’eau qui constitue l’élément principal de la pâte dentifrice, la composition du produit comprend généralement des excipients sous forme d’agents polissant (tels que la silice, le bicarbonate de sodium ou des phosphates de calcium), mais aussi des agents humectants, des agents moussants, des agents de blanchiement, des épaississants et, bien entendu, des conservateurs, des colorants et des arômes de toutes sortes qui font la différence principale d’un produit à l’autre… N’oubliez-pas quand même de recrachez après vous être lavé les dents !

L. V.

Pourquoi autant de morts du Covid-19 en EHPAD ?

18 mai 2020

Il est sans doute bien trop tôt pour tirer un premier bilan de cette pandémie de Covid-19 qui a totalement bouleversé nos vie depuis maintenant plus de 2 mois en France et qui continue à faire des ravages dans d’autres pays. En France cependant, et sauf mauvaise surprise suite au déconfinement progressif mis en œuvre depuis le 11 mai 2020, le pic de l’épidémie semble bel et bien derrière nous. Certes, 372 nouveaux cas de Covid-19 étaient encore déclarés pour la journée du samedi 16 mai, mais ce chiffre atteignait 7 578 le 31 mars dernier, ce qui atteste que le pire est bien derrière nous ! Sur un total de plus de 142 000 personnes infectées en un peu plus de 2 mois, on voit bien que les chiffres actuels sont plutôt caractéristiques d’un phénomène résiduel en cours de normalisation.

Évolution du nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 en France (source © Wikipedia)

Tous les indicateurs confirment ce diagnostic. Le nombre quotidien de morts attribués à l’épidémie est repassé sous la barre des 100 depuis le 15 mai alors qu’on a enregistré jusqu’à 1 438 décès par jour le 14 avril 2020 et qu’on approche désormais le chiffre effrayant de 28 000 morts consécutifs à l’épidémie, même si ce type de données est par nature imprécise et sujette à caution. Les personnes décédées à leur domicile ne sont en effet pas répertoriées dans ces statistiques qui, inversement, intègrent de nombreux cas de décès de personnes non testées et pour lesquels existe simplement une présomption de contamination.

Le nombre de personnes hospitalisées pour cause de Covid-19 est aussi en baisse, se situant désormais à un peu plus de 19 000 après avoir dépassé 32 000 mi-avril. Parmi elles, il n’en reste plus que 2 132 encore en soins intensifs au 16 mai 2020 alors que ce chiffre est monté jusqu’à 7 148 début avril, au moment où les autorités craignaient d’être localement débordées et devaient organiser des transferts de malades pour désengorger certains établissements. Les guérisons de personnes infectées ayant dû être hospitalisées se multiplient également, évaluées désormais à plus de 61 000.

Comparaison de la mortalité enregistrée en France en 2020 par rapport à celle constatée à la même période en 2019 (source © Wikipedia)

L’évolution des chiffres de surmortalité enregistrée est elle aussi encourageante, d’autant que cet indicateur présente l’avantage d’être plus exhaustif puisque basé sur la mortalité nationale effective, toutes causes confondues, établie à partir des données de l’État civil. Par comparaison à l’année de référence 2019, pour laquelle, comme en temps ordinaire, on observe une mortalité qui décroît progressivement de 1 800 par jour début mars (fin de la période hivernale) vers 1 600 début mai, l’année 2020 a été caractérisée par un pic très marqué de mortalité qui a atteint jusqu’à 2 800 décès par jour fin mars mais les chiffres actuels sont repassés, depuis fin avril, en dessous de ceux observés à la même époque en 2019, ce qui confirme bien ce retour à la normale tant attendu : malgré l’épidémie encore en cours ces deux dernières semaines, on meurt moins qu’en 2019 à la même période, ce qui pourrait même laisser supposer que le confinement a épargné des vies, indépendamment de son effet sur la propagation du coronavirus…

Evolution du nombre cumulé de décès liés au Covid-19 en France, à l’hôpital et en EHPAD (source © Wikipedia)

Reste que la répartition de ces décès selon les établissements interroge. Les décès survenus à l’hôpital s’élèvent ainsi à 17 412 à ce jour (points rouges sur la courbe ci-dessus). A la même date, on en compte 10 213 dans les EHPAD (les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, que l’on appelait jadis les maisons de retraite, avant que ne s’impose un langage technocratique édulcoré) et dans les centres médico-éducatifs (autrement dit des établissements pour enfants et adolescents atteints de déficience mentale). En d’autres termes, plus du tiers des personnes décédées en France du Covid-19 dans des structures d’accueil spécialisées sont mortes sans même avoir été hospitalisées !

Il serait bien entendu hasardeux d’en tirer des conclusions hâtives, d’autant que les caractéristiques des EHPAD diffèrent fortement d’un établissement à l’autre, certains étant médicalisés et parfois même équipés de matériel lourds d’aide respiratoire. Mais quand même, on s’étonne un peu de constater que plus de 10 000 personnes âgées atteintes du Covid-19 sont ainsi décédées en l’espace de 2 mois dans des centres spécialisés, entourés généralement d’un personnel qualifié qui les suit quotidiennement, sans qu’il leur soit proposé une prise en charge adaptée en milieu hospitalier…

Un trait d’humour du dessinateur Seb (source © Le Journal de Saône-et-Loire)

Il ne s’agit bien évidemment pas de faire le procès de ces structures d’accueil dont le personnel fait généralement preuve d’un extrême dévouement au jour le jour, comme il l’a justement montré tout au long de cette crise sanitaire avec de nombreux exemples d’équipes qui se sont volontairement confinées sur leur lieu de travail pendant plusieurs semaines d’affilée, précisément pour éviter d’être les vecteurs involontaires du virus qui aurait pu mettre en danger la vie des résidents les plus fragiles.

L’EHPAD de Mougins où 38 résidents sont décédés du Covid-19 (photo © Sébastien Botella / MAXPPP / France 3 Régions)

Mais certains témoignages individuels ne laissent pas d’interroger. Le cas de l’EHPAD La Riviera, à Mougins, géré par le groupe Korian, a été particulièrement relayé par la presse. Il hébergeait 109 résidents début mars, parmi lesquels 38 seraient décédés du Covid-19, sans même qu’il soit proposé des tests de dépistage pour les survivants. Beaucoup se sont interrogés sur le fait qu’en cas d’engorgement des services d’urgence et surtout de soins intensifs, les personnes âgées risquaient d’être considérées comme non prioritaires et ainsi de ne pas bénéficier de soins adaptés alors qu’on relate au moins deux cas de patients âgés de 101 ans qui ont vaincu la maladie, une femme aux Pays-Bas et un homme à Rimini, en Italie, ainsi qu’une femme de 97 ans hébergée en EHPAD dans le département du Nord.

Mais Libération rapporte notamment le cas d’un homme de 85 ans, atteint de la maladie d’Alzheimer, admis en octobre 2019 dans un EHPAD du Val d’Oise, atteint du Covid-19 début mars 2020, peu après l’interruption des visites autorisées aux familles. Sa fille se plaint alors de ne pouvoir même pas le joindre par téléphone et finit par forcer la porte de l’EHPAD pour se rendre compte que son père est enfermé toute la journée dans sa chambre de 10 m², sans téléphone ni télévision et sans aucun contact donc avec l’extérieur, sans bien entendu en comprendre les raisons du fait de son état psychologique. Un confinement qui s’apparente fort à une séquestration… Début avril, le vieil homme décède, seul, sans avoir pu revoir sa fille alors que celle-ci venait justement de trouver enfin le moyen de lui apporter un téléphone portable, mais trop tard… Le corps serait ensuite resté 2 jours dans la chambre en attendant qu’une place se libère en chambre mortuaire mais sa fille n’a pas été autorisé à le voir et a dû se recueillir sur le parking de l’EHPAD.

Le pape Benoît XVI visitant une maison de retraite le 12 novembre 2012 (photo © AFP / Osservatore romano / La Croix)

Des conditions plutôt rudes et qui méritent effectivement qu’on s’interroge sur les conditions de traitement de nos aînés dans certains de ces établissements, lorsque la crise sanitaire vient s’ajouter à un contexte qui n’est déjà par forcément simple au quotidien. Gandhi avait coutume de dire : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite les animaux ». Le pape Benoît XVI avait justement élargi la réflexion à l’occasion d’une visite dans une maison de retraite en 2012 en déclarant : « La qualité d’une société, je dirais d’une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune ». A méditer…

L. V.

Après la pandémie, le changement climatique ?

12 mai 2020

La pandémie mondiale de coronavirus qui bouleverse notre vie quotidienne depuis maintenant des semaines va-t-elle nous servir de leçon et nous aider à prendre enfin à bras le corps les autres défis écologiques qui nous menacent, dont le changement climatique global et son cortège de catastrophes naturelles annoncées ? Nombreux sont ceux qui s’interrogent à ce sujet en ce moment…

Sans vouloir minimiser les conséquence de la pandémie de Covid-19, force est en effet de constater que le mode de réaction n’est pas du tout le même. Et ce n’est pas une simple question de gravité. Malgré le chiffre effrayant de 26 000 morts enregistrés à ce jour sur le territoire national du fait de cette épidémie, on est encore loin des 48 000 décès prématurés enregistrés chaque année en France du fait de la seule pollution atmosphérique qui n’est que l’une des composante du changement climatique global et de la crise écologique que nous traversons...

François Gemenne, spécialiste de géopolitique de l’environnement

Parmi d’autres, François Gemenne se demande ainsi, dans une interview publiée par Alternatives économiques, en date du 9 mai 2020, pourquoi nous sommes capables de prendre des mesures aussi drastiques contre le coronavirus alors que nous faisons preuve d’une très large impuissance face à cette autre crise mondiale qu’est le changement climatique…

Spécialiste des questions de gouvernance de l’environnement et des migrations, François Gemenne participe au GIEC et enseigne à Sciences Po. Il vient notamment de publier, avec d’autres chercheurs, un ouvrage très remarqué intitulé Atlas de l’anthropocène, une véritable somme qui rassemble de nombreuses données scientifiques sur la crise écologique majeure à laquelle se trouve désormais confrontée l’humanité : changement climatique, érosion de la biodiversité, évolution démographique, urbanisation, pollution atmosphérique, détérioration des sols, catastrophes naturelles, accidents industriels, crises sanitaires, mobilisations sociales, sommets internationaux, rien n’est épargné dans cet atlas illustré de manière remarquablement pédagogique.

En fait, François Gemenne fait le constat que la crise sanitaire actuelle a brusquement rendu possible la prise de décisions radicales que chacun, responsable politique comme acteur économique, jugeait totalement inenvisageables jusqu’alors. Confiner un pays entier, mettre au chômage technique des millions de concitoyens et débloquer d’un seul coût plus de 110 milliards d’euros d’argent public en balayant d’un revers de main les conséquences sur les déficits publics alors que l’austérité budgétaire était considérée comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique, voilà en effet qui surprend et ouvre bien des perspectives.

La lutte contre le Covid-19 : un dessin de Patrick Chappatte daté du 9 mars 2020

Si l’on est capable de faire ainsi passer l’état sanitaire des habitants et la solidarité avant toute considération économique et monétaire, alors on devrait pouvoir s’attaquer enfin aux défis de la crise écologique autrement plus inquiétante a priori que cette simple épidémie virale. Puisque le Chef de l’État n’hésite plus à parler de changement radical de paradigme, voilà peut-être le moment venu de prendre enfin les mesures radicales qui s’imposent pour faire face à ces défis planétaires sur lesquels les scientifiques tirent la sonnette d’alarme en vain depuis des années ?

Mais voilà qui n’est sans doute pas gagné selon l’analyse de François Gemenne car ces crises ne sont pas de même nature. Si la crainte du coronavirus a généré un tel consensus dans la mise en œuvre de mesures aussi fortes, y compris en termes de restriction des libertés individuelles, c’est que chacun s’est senti menacé à titre personnel et à très court terme. L’effet anxiogène des bulletins d’information annonçant quotidiennement la progression du nombre de morts a joué à plein.

Un dessin signé Laserre, publié pour la COP 21…

Bien évidemment, chacun est loin de se sentir aussi concerné par les effets du changement climatique dont on annonce les effets prévisibles pour 2050 voire 2100, lorsque la plupart d’entre nous ne seront plus sur cette Terre. C’est d’ailleurs toute la difficulté de communiquer sur un phénomène insidieux qu’il faudrait combattre dès à présent alors qu’il s’installe progressivement de manière de moins en moins réversible, mais dont les conséquences les plus dommageables commencent tout juste à être observées dans notre environnement proche et iront en s’aggravant dans les années à venir.

François Gemenne estime néanmoins que certaines des réactions que nous avons pu avoir à l’occasion de cette crise sanitaire majeure pourraient nous aider à mieux appréhender la lutte nécessaire contre le changement climatique mais aussi contre l’érosion de la biodiversité. Face à une telle pandémie, même si la tentation est d’abord celle du repli sur soi, de la fermeture des frontières et du confinement, force est de constater que la solidarité est aussi nécessaire. Si ceux qui sont exclus de la société tombent malades, c’est toute la population qui peut être contaminée. C’est ce même ressort qu’il conviendrait d’actionner pour lutter contre les effets du changement climatique, en aidant en priorité les pays les plus touchés, notamment pour éviter les transferts massifs de populations vers les zones les plus favorisées.

Le monde d’après le Covid-19 ? Un dessin de Plantu publié dans Le Monde du 31 janvier 2020

Il n’en reste pas moins que cette crise sanitaire nous interpelle sur la grande vulnérabilité de notre économie nationale fortement dépendante d’un mode de production mondialisé, et a tendance à pousser de nombreux pays à un certain repli nationaliste. Une telle attitude serait catastrophique alors qu’il faudrait au contraire développer la coopération internationale pour gérer à la bonne échelle les défis écologiques qui sont face à nous. La crise a démontré que face à de tels défis, les considérations économiques et monétaires qui nous guidaient jusque là peuvent être mises au second plan. Il ne faudrait pas pour autant qu’elle nous conduise à un repli identitaire nationaliste comme on l’observe actuellement, car alors il deviendrait impossible de trouver ensemble les moyens de s’attaquer à des problèmes planétaires : comme le fait observer François Gemenne, on sait désormais à quelle date s’élancera le prochain Tour de France, mais on n’a pas encore réussi à s’entendre pour fixer la date de la prochaine COP 26, tout un symbole de notre sens des priorités…

L. V .

Des foyers de Covid dans les quartiers Nord de Marseille ?

8 mai 2020

Tout compte fait, l’épidémie de Covid-19 aura fait beaucoup pour accroître de manière significative la notoriété mondiale de la ville de Marseille. Davantage sans doute que les croisières qui font escale à la Joliette ou que l’équipe de foot de l’OM, les deux piliers sur lesquels Jean-Claude Gaudin a bâti l’essentiel de sa stratégie de communication, c’est finalement au professeur Didier Raoult et à son art inimitable de mettre les pieds dans le plat en éclaboussant bien fort, que Marseille doit cette mise en lumière inattendue.

Les Birds, experts en confinement…

Le 3 avril dernier, le professeur désormais mondialement connu, se vantait dans un tweet d’autosatisfaction que, grâce aux efforts de l’IHU Méditerranée Infection qu’il a fondé et qu’il dirige, « depuis le début de l’épidémie, 2,5% des Marseillaises et Marseillais ont été dépistés. Ceci en fait la population la plus testée au Monde ». Une affirmation illustrée par de belles courbes montrant qu’avec 25 000 tests réalisés par million d’habitant, Marseille a fait trois fois mieux que l’Italie ou que la Corée pourtant souvent citée en exemple.

En réalité, comme l’a décortiqué Libération, la situation est un peu moins flatteuse, même si le cas de Marseille est effectivement très singulier par rapport aux autres ville françaises, du fait de cette stratégie mise en place par l’IHU de Marseille. Ayant décidé d’accepter de tester quasiment toute personne se présentant à ses portes, ce dernier avait réalisé à lui seul, au 27 mars 2020, un cinquième de tous les tests de dépistage du Covid effectués en France à cette date, ce qui constitue un bel exploit !

Personnes attendant de se faire dépister devant l’IHU Marseille le 23 mars 2020 (photo © Gérard Julien / AFP / Libération)

Le 3 avril, les chiffres annoncés étaient de 29 613 patients testés (pour un peu plus de 54 000 tests pratiqués car certains patients subissent plusieurs tests successifs dans le cadre du suivi de leur traitement) dont 20 987 Marseillais, d’où ce chiffre de 2,5 % communiqué par le professeur Raoult. Depuis cette date, la situation a un peu évolué et la proportion de population testée a nettement augmenté dans d’autres pays, en Italie en particulier qui avance à marche forcée.

Et certains esprits malveillants font même observer que les comparaisons de notre Panoramix local passent un peu vite sous silence l’exploit de petits pays comme le Luxembourg qui annonce avoir pratiqué près de 23 000 tests sur ses résidents dont le nombre n’est que de 626 000 habitants, ce qui représente effectivement un taux de dépistage très supérieur à celui de Marseille. Le nombre de cas positifs détectés serait d’ailleurs assez comparable avec un chiffre de 3115 annoncé au Luxembourg et de 3846 à Marseille si l’on en croit un article de La Provence, lequel fait état de 26 morts seulement à Marseille contre 52 au Luxembourg.

Une tente de dépistage à la Timone, où un marin-pompier accueille une habitante, le 2 avril 2020 (photo © Giacomo Italiano / MAXPPP / France TV Info)

D’autres pays ont même été encore plus loin, à l’instar de l’Islande qui annonce un taux record de 85 000 tests par million d’habitant avec 1616 cas positifs détectés et seulement 6 morts à ce jour, mais pour une population totale qui n’est que de 364 000 habitants, soit moins de la moitié de la cité phocéenne. Et l’on ne parle même pas des Îles Féroé, un territoire autonome du Danemark, grand massacreur de dauphins à ses heures, mais champion mondial du dépistage du Covid-19, se vantant fin mars 2020 d’avoir testé 10 % de sa population (de 52 000 habitants, faut-il le préciser ?) avec 196 cas positifs seulement.

Toujours est-il que l’exploit médiatique du professeur Raoult a fait des envieux et que chaque élu marseillais a voulu ouvrir son propre centre local de dépistage, histoire de rassurer ses concitoyens en attendant la fin du processus électoral toujours en cours. Selon Gomet, le 3 avril 2020, Yves Moraine, le maire LR des 6e et 8e arrondissement annonçait ainsi l’ouverture d’un autre centre de dépistage dans les locaux de la Villa Bagatelle, suivi quelques jours plus tard par sa collègue LR Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements, qui ouvrait un autre centre de dépistage dans les locaux du Centre municipal d’animation.

Centre de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé le 16 avril 2020 (photo © Gilles Bader / MaxPPP / France 3 Regions)

L’opposition RN ne pouvant rester inactive, le sénateur Stéphane Ravier annonçait alors, le 13 avril l’ouverture d’un nouveau local de dépistage dans son fief des 13e et 14e arrondissements, talonné par son challenger LREM, le député Saïd Ahamada, qui informait les Marseillais de l’ouverture, à partir du 16 avril, d’un centre de dépistage à l’Espace santé situé boulevard du Capitaine Gèze, dans les quartiers nord de Marseille, à quelques pas du marché aux puces, sous une tente gonflable prêtée par la Ville de Marseille et gérée par une équipe du Bataillon des marins Pompiers. De son côté, La Provence annonçait le 15 avril l’ouverture d’un autre centre de dépistage constitué de deux tentes dressées sur la parking de la Maison régionale de Santé dans le 13e arrondissement, à Malpassé, géré par Médecins sans frontières, l’hôpital Nord et des associations locales.

Annie Levy-Mozziconacci (source © PS Marseille)

Une initiative louable puisque ces différents centres de dépistage délocalisés au cœur des quartiers défavorisés de la Ville, et auquel les habitants peuvent se rendre sans ordonnance ont rapidement mis en évidence l’existence de nombreux foyers épidémiques, ce qui n’a rien d’étonnant dans des familles dont les conditions de logement facilitent la promiscuité. Une situation dénoncée notamment par la conseillère municipale socialiste, Annie Levy-Mozziconacci, candidate sur la liste de Stéphane Barles mais aussi médecin à l’hôpital Nord de Marseille et impliquée dans le dispositif de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé. Ses cris d’alarme ont été largement relayés dans la presse début mai. Elle suggère de créer des lieux d’hébergement spécifiques pour permettre de confiner en dehors de leur milieu familial les personnes malades dont les conditions de vie habituelles ne peuvent que favoriser la propagation du virus à leur entourage. Une proposition qui bénéficie de l’appui de l’Agence Régionale de Santé mais qui ne semble pas encore avoir permis de convaincre les services préfectoraux de débloquer les budgets et surtout les autorisations administratives en vue d’une telle organisation. La Préfecture annonce attendre pour cela les instructions nationales qui devraient s’inscrire dans le plan de déconfinement en cours de finalisation. Simple affaire de patience donc…

L. V.  

1720 : Marseille déjà confinée…

5 mai 2020

Coronavirus et son fidèle ami Bacillus (source © Astérix et la Transitalique de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad)

Il y a tout juste 300 ans, en mai 1720, débutait à Marseille une autre épidémie que celle du coronavirus qui nous occupe actuellement. Selon les historiens, et comme pour le Covid-19 en 2020, les chroniqueurs de l’époque ont identifié avec force détail ceux qui ont apporté la maladie dans la ville et ceux qui en furent les premières victimes. Ils ont détaillé, jour après jour le nombre de décès et la propagation du mal dans la ville puis dans ses alentours. Ils ont analysé et parfois critiqué les méthodes de lutte qui ont été mises en place pour tenter d’enrayer la progression de l’épidémie, comment le confinement a été instauré et souvent contourné par des individus inconscients, comment les autorités ont essayé de maintenir l’ordre et d’imposer une organisation efficace pour venir à bout de l’épidémie, sans forcément disposer de toute l’information médicale nécessaire.

Gérer une crise sanitaire majeure dans une ville où chacun est d’abord préoccupé par le maintien de ses activités économiques : tout compte fait, la crise du Covid-19 et celle de la dernière grande peste qui sévit en Occident il y a 300 ans, ne manquent pas de points communs…

A l’époque, Marseille était un port en plein essor, porte d’entrée des nombreuses marchandises importées du Levant et dont la population s’élève à plus de 80 000 habitants (10 fois moins qu’en 2020 tout de même). La ville est alors entièrement ceinturée par des remparts récents, construits sur ordre de Louis XIV et achevés en 1694, permettant de tripler la superficie urbaine avec une forte extension vers le Sud où l’urbanisme se développe autour de larges avenues rectilignes comme la rue de Rome ou la rue Paradis.

Plan de Marseille en 1720 et propagation de la peste dans les quartiers (source © Wikipedia)

Échaudées par de nombreuses épidémies de peste du fait de ses contacts incessants avec le Proche-Orient où ce mal est alors endémique et se souvenant notamment de l’épisode de 1580 qui fut particulièrement meurtrier, les autorités locales avaient mis en place un système de prévention particulièrement draconien avec un dispositif de lettres patentes délivrées dans les ports du Levant aux navires qui y font escales avant de rejoindre la France. Les bateaux arrivant à Marseille étaient alors tenus de mouiller aux abord de l’île de la Jarre ou de celle de Pomègues, tandis que le capitaine se rendait en barque présenter ses patentes au bureau de santé installé depuis 1719 sur le Vieux-Port, lequel décide alors de la durée de quarantaine exigée pour le navire, ses passagers et sa cargaison.

Maquette du Grand Saint-Antoine réalisée en 2017 par Guy Seguin et désormais au Musée d’Histoire de Marseille (source © Made in Marseille)

Un dispositif extrêmement rigoureux et terriblement efficace puisqu’il avait permis d’éviter toute nouvelle épidémie de peste à Marseille depuis plus de 60 ans. Ce 25 mai 1720, cependant, il semble bien que le système ait été quelque peu contourné, même si des études réalisées en 2016 par l’Institut Max Planck et révélées par Science et Avenir, laissent encore planer un doute quant à l’origine exacte de la fameuse peste de 1720 dont le bacille ne viendrait pas d’Orient mais serait une résurgence de la Peste noire qui avait ravagé l’Europe au XIVe siècle et serait resté présente à l’état de foyers latents isolés.

Selon toute vraisemblance néanmoins, ce sont bien les puces présentes dans les étoffes issues des cales du Grand Saint-Antoine qui ont répandu leur bacille mortel dans les rues de Marseille, faisant leurs premières victimes parmi les lavandières, les portefaix et les tailleurs qui eurent à les manipuler. Si le dispositif sanitaire préventif a pu être ainsi contourné, ce fut à la suite d’une accumulation de négligences, d’erreurs administratives et surtout de pressions multiples liées au fait que le navire avait été affrété par des personnalités puissantes, dont le premier échevin de la Ville, l’équivalent du maire actuel.

Pourtant, les signaux précurseurs avaient été multiples : entre Tripoli et Marseille, 5 personnes étaient mortes à bord, dont le chirurgien lui-même. Détourné sur Livourne, le bateau n’avait pas pu y accoster, par refus des autorités sanitaires et 3 personnes supplémentaires y sont décédé. Le 27 mai, deux jours après l’arrivée à Marseille, un matelot meurt à son tour, et pourtant, le bureau de santé finit par revenir sur sa position initiale, tandis que le capitaine falsifie son rapport, prétendant que les décès survenus en mer sont liés à une alimentation inadaptée. Des pressions successives ont conduit à autoriser finalement le navire à décharger aux infirmeries ses marchandises les plus précieuses qui étaient destinées à être vendues à la foire de Beaucaire prévue en juillet, et ceci en contradiction avec les règles habituelles.

Dès lors, la mécanique est enclenchée et la décision tardive, prise début juillet, de transférer le Grand-Saint-Antoine à l’île de la Jarre pour le brûler avec le reste de sa cargaison (des balles de coton et des sacs de cendre qui servaient alors de déshumidificateur dans les cales de navire et étaient ensuite revendues pour la fabrication du savon), ne permet pas d’enrayer l’épidémie qui, avec les beaux jours, se propage rapidement dans les quartiers insalubres de Marseille au nord du Vieux-Port.

Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, œuvre du peintre Michel Serres en 1721 (© Marseille, musée des Beaux-Arts / INRAP)

Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les autorités ordonnent des fumigations de soufre dans les habitations des personnes décédées afin de les désinfecter, tandis que le corps des galères se retranche dans son arsenal. De nombreuses familles pauvres préfèrent quitter leurs taudis dans les rues tortueuses du Panier pour aller se réfugier à La Plaine où un vaste campement s’organise tandis que les familles les plus aisées quittent précipitamment la ville pour aller se réfugier dans leurs bastides à la campagne : toute ressemblance avec les comportement de certains Parisiens qui ont fui la capitale mi-mars 2020 pour aller se confiner dans leur résidence secondaire en Normandie, n’est pas totalement fortuite…

Médecin soignant les pestiférés avec son masque protecteur rempli de plantes aromatiques (source frontispice du Traité de la Peste publié en 1721 par Jean-Jacques Manget / Office de tourisme de Bandol)

Fin août, malgré les efforts pris par les autorités pour cloisonner les différents quartiers, la peste s’est répandue dans toute la ville et on dénombre jusqu’à 1000 morts par jour. Dès le 31 juillet, le Parlement d’Aix interdit aux Marseillais de sortir de la ville et un arrêt du Conseil d’Etat, le 14 septembre, prononce le blocus de Marseille. La municipalité est placée par le pouvoir royal sous l’autorité d’un commandant militaire, le chevalier de Langeron, qui s’appuie dès lors sur de ordonnances de police pour administrer la ville, une situation qui durera jusqu’en 1723 et qui a été analysée en détail dans les travaux de Fleur Beauvieux. C’est l’État dès lors qui gère la police maritime tandis que la ville est découpée en 6 quartiers sans communication entre eux et géré chacun par un commissaire de police.

Des billets de santé sont instaurés pour permettre le contrôle des déplacements de la population. Des médecins sont nommés par quartier pour assister les commissaire dans leur tâche de recensement quotidien des malades et des morts. Les forçats des galères, surnommés les corbeaux, sont mis à disposition pour les tâches les plus ingrates dont la récupération et l’ensevelissement des corps. Des contrôles spécifiques sont instaurés en direction des groupes sociaux jugés à risques pour la propagation de l’épidémie, parmi lesquels les prostituées, les étrangers mais aussi les fripiers, accusés de revendre clandestinement les effets des personnes décédées.

Vestiges du mur de la peste à Saumane-de-Vaucluse (source © Office de tourisme Pays des Sorgues Monts de Vaucluse)

Malgré le cordon sanitaire mis en place tout autour de la ville, y compris avec la construction d’un mur en pierres sèches édifié sur 27 km de long le long de la frontière avec le Comtat Venaissin, ainsi que la mise en place de lieux d’échange sécurisés pour permettre le ravitaillement de la ville, l’épidémie se propage à l’extérieur. Allauch, Cassis, Aubagne sont fortement touchés. Dans une étude très fouillée, datée de 2002, il est indiqué que, sur les 3980 que comptait alors Aubagne, 2114 sont mortes de la peste entre août 1720 et octobre 1721. A Cassis, qui dénombrait alors 2980 habitants, 26 sont décédés durant la première vague de la peste arrivée dès le 21 juillet 1720, mais encore 226 lors d’une rechute survenue entre septembre 1721 et mars 1722. A Auriol, c’est près de la moitié de la population du village qui a été décimée avec 1319 morts sur 3095 habitants. A Marseille, c’est probablement la moitié de la ville, soit entre 40 000 et 50 000 personnes qui sont décédées de la peste entre 1720 et 1722, tandis que le bilan pour l’ensemble de la Provence est estimé autour de 100 000 morts soit un quart de la population totale.

Pendant le festival historique 1720 à La Ciotat en 2015, un figurant déguisé en médecin (photo © Stéphane Bonhomme / de-natura.net)

Seule la ville de La Ciotat a été totalement épargnée par ce fléau, à l’abri derrière ses remparts maintenus hermétiquement fermés tandis que le port connaissait un essor inespéré accueillant nombre de navires de ravitaillement qui ne pouvaient plus accoster à Marseille. Un effet d’aubaine dont le souvenir est soigneusement entretenu depuis par un festival historique dont la 16e édition a eu lieu en août 2019. Même les moulins de Carnoux auraient parait-il profité de cette période pour développer leur production, à l’écart des villes d’Aubagne et de Cassis, mais proche des points de ravitaillement en blé par le port de La Ciotat : comme lors de chaque crise, certains arrivent toujours à tirer leur épingle du jeu…

L. V.

Confinés de rire…

3 mai 2020

Quoi de mieux que le rire pour conjurer ses angoisses ? Lorsque chacun s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé et celle de ses proches, mais aussi des répercussions économiques voire sociale, l’humour peut aider à dérider et à apaiser les craintes. Tous les sociologues en font le constat, c’est en cas de crise collective que fleurissent les meilleures blagues ! De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 n’aura pas échappé à la règle et internet regorge de ces petites blagounettes faciles et de dessins humoristiques de plus ou moins bon goût qui prolifèrent pour tourner en dérision notre condition de confiné.

Source : Biba magazine

Petit florilège non exhaustif et pioché au hasard, en remerciant leurs auteurs respectifs d’accepter de partager ce petit moment de détente…

Comme après chaque fléau, on cherche les coupables… Des rumeurs insistantes circulent sur des erreurs de manipulation dans un laboratoire de recherche chinois, mais la malveillance n’est pas prouvée…

 

L’autre coupable désigné à la vindicte populaire, le pangolin bien sûr… Un dessin signé Sanaga

 

Le Covid-19, ennemi public n°1 : la maladie qui guérit de toutes les autres angoisses… Un dessin signé Antoine Chéreau

Le confinement dans la durée, cela demande un peu de patience… Un dessin signé AH du dessinateur belge Arnaud Ahache

Pour un confinement réussi, il faut avoir pensé en amont à stocker l’essentiel. Les spécificités culturelles peuvent influer sur ce choix… Un dessin signé Ixène, publié le 2 avril 2020 dans Familles chrétiennes

Être confiné chez soi, c’est aussi devoir cohabiter avec son chat : pas si facile au quotidien… Source : Biba magazine

Les joies du confinement, comme un air de nostalgie… Un dessin de Laurent Salles, publié dans l’Alsace

Dans la rue, le masque bientôt obligatoire ? De quoi susciter certaines interrogations légitimes… (Photomontage DR republié par le site Compétences relationnelles)

Le jardinage, une alternative au ravitaillement en grande surface ? Pas si simple… Un dessin signé Deligne

Au moins, jardiner est un bon dérivatif quand le confinement en famille devient tendu… (photomontage DR republié sur Facebook)

La pénurie de masques au début de la crise a pu générer quelques incompréhensions… Un dessin signé Espé du dessinateur Sébastien Portet


L’enseignement scolaire à distance, un vrai bonheur… (source : Cahiers Joséphine)

Les parents découvrent avec attendrissement comment leur progéniture s’épanouit au quotidien en découvrant avec avidité de nouveaux savoirs… Où comment les enseignants remontent dans l’estime des parents d’élèves… Un dessin du dessinateur Lapuss’ et de son compère Tartuff, extrait de la série En quarantaine

Les enfants confinés dans la durée : un véritable bonheur familial… (source : photomontage DR)

Le confinement, un handicap pour les carrières professionnelles ? (source : Le Lombrik)

Pendant le confinement, le télétravail devient la norme… Un dessin de Marc Large pour le quotidien Sud-Ouest

Attention car la gestion du confinement par le gouvernement pourrait lui donner de mauvaises idées… Un dessin signé Deligne


Et pendant ce temps-là, les relations internationales se poursuivent, dans un esprit de coopération fraternelle et solidaire… (source : Biba magazine)

Et après le confinement, que va-t-on faire ? Un dessin signé Antoine Chéreau et publié le 7 avril 2020 sur Urtikan

Et quelques pensées de circonstance, issues d’une longue réflexion, confinement oblige…

Au Laos, les cochons touchés par la peste porcine

1 mai 2020

Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière (AVSF) tire la sonnette d’alarme. Au Laos, les petits paysans ont développé l’élevage porcin pour améliorer leurs conditions de vie précaires. Cet élevage est une source de revenu importante pour les familles. Or, le virus de la Peste porcine africaine, apparu sur le continent depuis 2018, met en danger la pérennité de ces élevages, jugés peu sûrs sur le plan sanitaire.

Élevage familial au Laos (source © AVSF)

D’après l’OIE (Organisation Mondiale de la santé animale), depuis la première apparition de la Peste porcine africaine (PPA) au Laos le 20 juin, 141 foyers ont été signalés dans dix-sept divisions administratives différentes. Toutes les flambées sont toujours en cours. Il s’agit d’une maladie virale hémorragique qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers et n’est pas contagieuse pour l’Homme. Elle n’est pas apparente chez les suidés sauvages africains (potamochères et phacochères), mais elle présente un taux de mortalité élevé dans les élevages. La maladie se transmet par contact direct d’un animal malade à un animal sain ou par contact d’un animal sain avec un aliment ou un environnement contaminé par le virus. Ce virus est très résistant dans les sécrétions, les excrétions et les produits issus des porcs contaminés. La persistance du virus dans la viande est en général à l’origine de contaminations à distance par distribution aux animaux de déchets de cuisine.

Les élevages industriels sont réputés plus à même de mettre en place les mesures qui s’imposent. Ce sont pourtant dans ces élevages que des campagnes d’abattages massifs ont lieu lorsque le virus s’y introduit.

Les principaux foyers de peste porcine en Asie (source © OIE)

Les élevages paysans doivent aussi pouvoir bénéficier de l’assistance technique nécessaire pour se protéger contre la diffusion de la maladie. C’est ce que AVSF tente de faire avec les petits paysans du Laos. C’est un enjeu important car, comme le dit l’association, c’est toute une activité économique qui est en jeu et par là même les conditions des familles rurales qui en dépendent.

– L’élevage est une source de revenu pour les familles afin d’acheter de la nourriture et prendre en charge les autres dépenses. Cet élevage vient en complément de la culture du riz qui ne suffit pas à elle seule à assurer l’autosuffisance alimentaire des familles.

– L’élevage familial évite aux familles de devoir acheter les protéines animales consommées et les rend ainsi moins dépendantes des variations de cours de la viande. En période de pénurie, les prix montent et les familles ont du mal à acheter de la viande. Avoir un élevage propre est donc la garantie de pouvoir mieux s’alimenter.

– L’élevage s’insère dans le système d’exploitation des paysans. Il apporte les fertilisants nécessaires et évite ainsi l’achat d’engrais.

Cochon noir dans une ferme au Laos (source © Freepick)

AVSF propose ainsi de développer plusieurs axes d’intervention afin d’aider les paysans à préserver un système de production plus à même d’assurer leur autosuffisance alimentaire. Selon elle, les actions importantes à mener sont les suivantes :

– la formation d’auxiliaires vétérinaires afin de détecter la maladie le plus rapidement possible,

– l’information des paysans grâce au développement des échanges d’expériences,

– la protection des races locales de porcs, car ce sont les mieux à même à résister dans cet l’environnement,

la mise en place d’abattoirs sécurisés,

– la fourniture d’équipements de protection pour les éleveurs et de produits de désinfection,

A l’heure où la pandémie du Coronavirus dévoile un peu plus les dangers d’une économie mondialisée, il est urgent de soutenir l’agriculture paysanne. Elle permet à chaque famille de subvenir à ses besoins tout en assurant le maintien de circuits d’approvisionnement de proximité. Cela est vrai en France comme dans tous les pays, et notamment dans les pays pauvres dont la majeure partie de la population vit de l’agriculture.

E. S. 

Les hommes malades du Covid

26 avril 2020

En cette période sombre de confinement forcé, il est temps de relire ses classiques, qui donnent parfois l’illusion d’une troublante actualité. Après Le Cid, de Corneille, Les Fables de La Fontaine, inspiré de la fable Les animaux malades de la peste

Un mal qui libère sa fureur

Gravure de Jean-Baptiste Oudry illustrant les animaux malades de la peste (source © BNF / Utpictora 18)

Plonge le monde dans la terreur.

Issu de Chine, il s’est partout répandu

Sous le nom de Covid-19, un sacré tordu,

Donnant aux hommes la fièvre et une toux carabinée.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient confinés.

L’activité s’était brutalement arrêtée,

Chacun craignant désormais pour sa santé.

On ne les voyait guère préoccupés

Qu’à tout faire pour ne pas l’attraper

Ne sortant qu’avec un masque et des gants

Et fuyant leur semblable comme s’il était un brigand.

Les hôpitaux étaient engorgés et chaque soir

On comptait les morts par arrêt respiratoire.

Emmanuel Macron s’exprime sur le Coronavirus COVID-19 (source © Élysée)

Macron tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le libre-échange a permis

Pour notre malheur cette pandémie affreuse.

Il nous faut désormais, de manière rigoureuse,

Pour permettre demain le retour des jours heureux,

Reconnaître nos erreurs et être plus généreux.

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mon goût de la finance,

Des économies budgétaires et de la bonne gouvernance,

J’ai saigné l’hôpital, pressuré les soignants.

Que m’avaient-ils fait ? Pas plus que les enseignants…

Il m’est arrivé aussi de vendre à la découpe

Quelques usines, ce n’est pas un scoop.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit tout évaluer sans dispense
Pour pouvoir juger sans émoi.

– Président, dit le journaliste des Échos,

Manifestation des employés de Luxfer à Gerzat (photo © Franck Boileau / La Montagne)

Là n’est pas la source de nos ennuis médicaux.

Certes, nous devons désormais tout importer

Les masques, les tests et les bouteilles d’oxygène.

Pour autant, il n’y a pas à s’inquiéter

C’est la loi de la mondialisation !

Il n’y a bien que les Aborigènes

Qui la rejettent sans hésitation.

A ces mots, chacun d’applaudir

Sans trop chercher à approfondir…

Le patron de clinique, le banquier,

Et tous les grands boutiquiers,

Les plus gros spéculateurs

Comme le plus petit boursicoteur,

Chacun habilement se défaussa.

Pangolin à courte queue (source © Wikipedia)

Jusqu’à ce qu’on s’intéressât

A un être méconnu et pas très malin

un cuirassé sur pattes, dénommé pangolin,

Dont on fait, parait-il, commerce en Chine

Et qui aurait donc grippé la machine

En permettant la transmission

A l’Homme du coronavirus.

Chacun dès lors approuve la condamnation

Trump, l’Europe et même les Russes…

Qu’un tel animal ait pu ainsi mettre à mal

Toute l’économie mondiale

Et faire trembler la planète entière

Voilà qui mérite châtiment exemplaire !

L. V. 

Tchernobyl : un nouveau nuage…

20 avril 2020

Le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl quelques jours après l’explosion du 26 avril 1986 (photo © STR Associated Press / La Croix)

C’était le 26 avril 1986, il y a tout juste 34 ans. En pleine nuit, à 1h du matin, le réacteur nucléaire n°4 de la centrale Vladimir Ilitch Lénine, construite au bord d’un affluent du Dniepr, dans ce qui était alors la République socialiste soviétique d’Ukraine, explosait brutalement, provoquant la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Mis en service en 1983, ce quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl, faisait ce jour-là l’objet d’un essai destiné à tester l’alimentation électrique de secours en cas de panne du réacteur. Prévu la veille, ce test, qui nécessitait de réduire fortement la puissance du réacteur, avait dû être reporté et s’est donc produit en pleine nuit, avec des équipes peu préparées.

Une série d’erreurs humaines successives, alliées à des défauts manifestes de conception du réacteur, s’enchaînent pour conduite à la catastrophe. Quand l’essai débute, à 1h23, le réacteur devient totalement instable et la procédure d’arrêt d’urgence enclenchée peu après ne permet pas aux barres de contrôle de se mettre en place correctement. En moins d’une minute, la puissance du réacteur augmente de manière vertigineuse, provoquant la radiolyse de l’eau des circuits de refroidissement, ce qui conduit à une formidable explosion : les 1200 tonnes de béton armé du toit sont projetés en l’air et retombent en fissurant le cœur même du réacteur qui prend feu.

Extrait de la série Chernobyl diffusée en France sur OCS (source Mediacritik)

A partir de là s’engage une lutte effrénée pour tenter de limiter les conséquences de la catastrophe. Un combat acharné, dans lequel se mêlent bien des actes d’héroïsme et de sacrifices individuels, magistralement retranscrit dans les 5 épisodes de Chernobyl, une mini-série filmée écrite par Craig Mazin, particulièrement pédagogique bien qu’effrayante de réalisme. Mais l’inconscience de certains, la difficulté de tous à mesurer les risques induits par une catastrophe nucléaire de cette ampleur et à lutter contre une radioactivité invisible, ainsi que la volonté des responsables politiques à minimiser voire à masquer les faits, font des ravages.

Le bilan humain est difficile à évaluer mais l’Ukraine a reconnu en 2016 au moins 35 000 décès directs. Environ 250 000 personnes sont évacuées dans un rayon de 30 km autour de la centrale, dont la totalité de ceux qui vivaient à Prypiat, la ville située à 3 km seulement de Tchernobyl. Tous les animaux sauvages et domestiques vivant à proximité doivent être abattus et le bilan écologique est sévère également.

Extrait d’une animation vidéo réalisée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire montrant les mouvements du panache radioactif issu de Tchernobyl entre 0 et 10 m au-dessus du sol le 1er mai 1986 (source © IRSN / Le Monde)

Le nuage radioactif issu de la centrale et chargé notamment en particules radioactives de Césium 137, se répand rapidement sur le nord de l’Europe et recouvre largement la France entre le 30 avril et les premiers jours de mai 1986, malgré les discours lénifiants des autorités sanitaires de l’époque.

Incendie près de Tchernobyl le 10 avril 2020 (photo © Volodymyr Shuvayev / AFP / Ouest France)

Et voilà que le site de cet accident majeur de l’industrie nucléaire se rappelle de nouveau à notre bon souvenir. Le 4 avril 2020, un gigantesque incendie s’est déclaré dans la zone d’exclusion délimitée autour du site de Tchernobyl, dans le secteur très contaminé de Polesskoye, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la centrale nucléaire accidentée en 1986. Bien que les feux de forêts soient fréquents dans la région à cette période de l’année, celui-ci, qui aurait été allumé par un jeune inconscient s’amusant à mettre le feu à des herbes sèches, a rapidement pris une ampleur inhabituelle du fait de la sécheresse et des vents violents qui sévissaient à cette période.

Le lendemain, le feu a déjà grignoté une bonne centaine d’hectares de parcelles forestières situées à proximité de la centrale. Avions et hélicoptères sont sur place, ainsi qu’une bonne centaine de pompiers mais Egor Firsov, chef par intérim de l’inspection écologique gouvernementale, publie une vidéo sur Facebook où il déclare que les nouvelles sont mauvaises. La radioactivité est 16 fois supérieure à la normale au cœur de l’incendie… Le lundi 6 avril, pourtant les autorités se veulent rassurantes et Egor Firsov lui-même revient sur ses propos alarmistes de la veille tandis que le feu continue à se propager toute la semaine durant.

Incendie près de Tchernobyl le 12 avril 2020 (photo © Volodymyr Shuvayev / AFP / Ouest France)

Le 13 avril, plus de 400 pompiers ukrainiens sont appelés en renfort et ce sont pas moins de 540 tonnes d’eau qui sont déversées pour tenter de maîtriser les incendies toujours hors contrôle. Un haut responsable gouvernemental assure que « la centrale nucléaire de Tchernobyl, les lieux de stockage de déchets radioactifs et les autres infrastructures cruciales de la zone d’exclusion ne sont pas menacés », alors que Greenpeace affirme en s’appuyant sur les photos satellite qui montrent la progression des zones brûlées, que les flammes ne sont plus qu’à 1,5 km du réacteur qui a explosé en 1986. Selon les analyses, le feu aurait alors parcouru plus de 35 000 ha et serait aux limites de la ville fantôme de Prypiat.

Extrait d’une animation vidéo montrant les mouvements du panache radioactif issu des feux de forêt près de Tchernobyl au 14 avril 2020 (source © IRSN / Huffington Post)

En brûlant, le feu libère dans l’atmosphère les particules radioactives de Césium 137 et sans doute aussi de Plutonium et de Strontium contenu dans les sols et dans la végétation. Des simulations ont été faites qui montrent, qu’en fonction du déplacement observé des masses d’air atmosphériques, ces éléments radioactifs ont dû arriver au dessus du territoire français autour du 14 avril, mais avec des concentrations suffisamment faibles pour ne pas représenter de risque sanitaire. Même à Kiev, pourtant distant d’une centaine de kilomètres seulement, il ne semble pas y avoir été observé d’augmentation trop inquiétante de la radioactivité de l’air ambiant.

Toujours est-il que le mardi 14 avril 2020, il a plu abondamment sur Tchernobyl. Des précipitations bienvenues qui, jumelées aux efforts des pompiers, ont permis de venir enfin à bout de ces gigantesques incendies, même s’il a fallu encore quelques jours supplémentaires pour sécuriser totalement la zone et juguler les derniers foyers couvant encore. On imagine le soulagement des pompiers locaux, eux qui avaient déjà payé un lourd tribut lorsqu’ils étaient intervenus en catastrophe le 26 avril 1986 alors que le ciel rougeoyait autour du réacteur n°4 de Tchernobyl dont il émanait une étrange lueur bleutée, alors même que personne n’avait encore compris que la centrale nucléaire venait d’exploser et que des matériaux hautement radioactifs issus du cœur s’étaient répandus autour du sinistre…

L. V.

Pandémie : la Suède fait cavalier seul…

18 avril 2020

Alors que l’épidémie mondiale de Covid-19 bat encore son plein, ce sont selon un article du Monde en date du 17 avril 2020, pas moins de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays qui sont actuellement soumis à un confinement généralisé, malgré les dramatiques conséquences économiques et sans doute sociales qui en résultent. Du jamais vu à une telle échelle. Partout dans le monde, avec de légères variantes selon les gouvernements, les cultures locales et surtout le niveau d’acceptation de la population, les consignes sont les mêmes : « Restez chez vous ! ».

Un dessin signé Yelch (source © Pinterest)

Partout désormais les frontières sont fermées, les avions cloués au sol, le trafic routier fortement ralenti, les écoles et les restaurants fermées, les travailleurs confinés à domicile et même les bateaux de croisière sont à l’arrêt. Quelques pays ont bien essayé de passer outre cette politique d’immobilisation générale, cette règle de confinement générale qui nous vient de Chine, la seule réputée de nature à « s’en sortir sans sortir »…

Le premier ministre britannique Boris Johnson, lors d’un point presse sur le Convid-19 le 18 mars 2020 (photo © Eddie Mulholland/ Reuters / Courrier international)

La Grande-Bretagne en particulier a longtemps résisté, visant une stratégie d’immunité collective : plutôt que de protéger la population contre le virus, l’idée était de le laisser faire son œuvre jusqu’à ce que plus de la moitié des Britanniques aient été infestés et aient donc développé des anticorps permettant de faire barrière à la propagation de l’épidémie. Sauf que le 24 mars 2020, face à la propagation rapide de la maladie, le pays s’est finalement résolu à battre en retraite et à annoncer un confinement généralisé. Après avoir longtemps adopté une attitude de déni face au risque sanitaire, le premier ministre, Boris Johnson, annonçait trois jours plus tard être lui-même atteint du Covid-19, avant d’être hospitalisé quelques jours plus tard et même placé en soins intensif le 6 avril.

Tous les pays d’Europe sont donc désormais confinés, tous sauf un : ce dernier pays qui résiste envers et contre tout n’est pourtant pas constitué d’irréductibles Gaulois mais plutôt de descendants des Vikings puisqu’il s’agit de la Suède. Alors que tous ses voisins norvégiens, danois et finlandais se sont progressivement claquemurés depuis maintenant plus d’un mois, les Suédois continuent à n’en faire qu’à leur tête et à refuser tout confinement imposé.

Dans ce pays, le premier cas a été détecté le 31 janvier 2020 et le 22 mars, le bilan faisait état d’un peu moins de 2000 personnes infectées et de 21 morts. A la même date, on en était en France à près de 20 000 cas avérés et de l’ordre de 860 morts déclarés. Il faut dire que le pays est 6 fois moins peuplé que la France, avec un peu plus de 10 millions d’habitants contre 67 en France, et surtout une densité de population sensiblement plus faible.

Nombre de nouveaux cas avérés de Covid-19 identifiés par jour depuis le début de l’épidémie en France et en Suède (source © Wikipédia)

Un mois plus tard, au 17 avril 2020, on dénombre désormais près de 110 000 cas de Covid-19 en France (et désormais près de 19 000 décès en comptant ceux survenus dans les EHPAD). A cette même date, le nombre total de cas enregistrés en Suède est d’un peu moins de 14 000 pour environ 1500 morts constatés. Ramenés à la population respective des deux pays, force est donc de constater que les Suédois ne s’en sortent pas si mal, malgré tous les oiseaux de mauvais augures, et notamment ceux des pays limitrophes, qui ne se sont pas privés de dénigrer une inconscience collective et criaient à la catastrophe annoncée faute de respecter les règles de confinement devenues la norme mondiale depuis le début de cette pandémie…

Et pourtant, ce n’est pas la fameuse hydrochloroquine du bon professeur Raoult qui peut expliquer ce bilan plus qu’honorable puisque le gouvernement suédois a décidé début avril de ne plus y recourir, en dehors des essais cliniques, à cause des effets secondaires jugés excessifs.

Mais si les Suédois n’ont pas cédé à l’injonction du confinement général, ils n’ont pas pris pour autant à la légère cette épidémie, d’autant que le système hospitalier suédois est loin d’être pléthorique puisqu’on n’y compte que 2,2 lits d’hôpital pour 1000 habitants contre 6 en France.

A Stockholm le 27 mars 2020 (photo © TT News Agency / Reuters / Le Monde)

Dès le 12 mars, les rassemblements de plus de 500 personnes étaient interdits, une mesure étendue le 27 mars à tous les groupes de plus de 50 personnes, et le 18 mars, quasiment en même temps qu’en France, les lycées et les universités ont fermé leurs portes. Les stations de ski ont été fermées à leur tour et les visites dans les maisons de retraite sont désormais interdites, comme en France. Le 1er avril, les recommandations à la population ont été rappelées avec force pour inciter chacun à maintenir une distance de sécurité dans les transports en commun, les restaurants ou les commerces.

Le premier ministre suédois Stefan Löfven (photo © Petras Malukas / AFP / La Croix)

Mais pour autant, les écoles et les collèges continuent à fonctionner normalement. Cafés, restaurants, cinémas et jardins publics restent ouverts et rien n’empêche de les fréquenter. En fait, le gouvernement suédois, dirigé par le social-démocrate et ex-syndicaliste Stefan Löfven, part du principe que les citoyens sont informés et responsables, et sont donc en capacité de comprendre et d’appliquer les mesures de santé publique sans que la contrainte soit nécessaire. Comme l’exprime la ministre des Affaires étrangères, « Notre modèle est basé sur la responsabilité personnelle et la confiance dans les décisions prises par les agences gouvernementales. C’est valable en temps de crise comme en temps normal ».

De fait, force est de constater qu’à Stockholm il y a désormais 70 % de gens en moins dans les rues du centre-ville et 50 % en moins dans les transports en commun, ce qui confirme que les citoyens ont bien adapté leurs comportements à la situation. Un tiers des Suédois sont d’ailleurs actuellement en télétravail. Un résultat qui explique sans doute la relative retenue constatée dans la propagation du virus et qui repose donc largement sur la responsabilité collective et le sens des responsabilités de chacun. Des qualités qui expliquent par exemple que le taux de vaccination atteigne 98 % en Suède, alors que la vaccination n’y est pas obligatoire : de quoi faire rêver les épidémiologistes français qui se plaignent sans cesse de la mauvaise volonté de nos compatriotes à suivre les directives sanitaires nationales…

L. V.

La complainte du coronastressé

16 avril 2020

Ô rage ! ô désespoir ! ô virus ennemi !

N’ai-je donc tant vécu que pour un tel tsunami ?

Ce fléau venu de Chine et qui nous effraie

Qui sème la mort comme tombe le couperet.

Mon masque, qu’avec effroi j’enfile pour sortir,

Mon masque, que sans arrêt je dois revêtir,

Sans oublier mon autorisation à signer

Pour tenter dans la rue de pointer mon nez.

Ô cruel rappel de ma liberté passée !

Mon travail, mes amis, pour l’instant effacés

Qui jusque-là avaient pourtant tant d’importance

Et qu’il faut désormais bien tenir à distance.

Jusqu’où faudra-t-il donc tous rester confiner ?

S’abstenir de sortir, rester à lambiner ?

Suivre les courbes, attendre que passe le pic

De cette pandémie virale vraiment atypique ?

Pendant que Raoult peaufine sa chloroquine,

Et que tous les Français confinés s’enquiquinent,

L’activité s’est arrêtée, la crise nous guette,

Et tout le monde stocke des coquillettes.

Faut-il poursuivre ce gel de nos activités,

Et sombrer dans la crise ou vivre dans la crainte ?

Nous sommes en guerre, Macron l’a assez répété,

Tout est à recréer : il faut tout faire péter !

Il est temps de relocaliser, de produire

Tout ce dont on aura besoin pour rebâtir

Quand l’épidémie sera terminée, demain

Pourra-t-on reprendre notre destin en main ?

 

Toute ressemblance même très vague et néanmoins flatteuse avec certains extraits de l’acte I, scène 4 du Cid de Corneille, serait bien entendu totalement fortuite : vous voyez bien que cela n’a rien à voir…

L. V.

Faut-il vraiment désinfecter les rues ?

13 avril 2020

Après Nice, Cannes, Menton, Istres, c’est la maire d’Aix-en-Provence qui a annoncé dès le vendredi 27 mars 2020 le lancement d’une campagne de désinfection systématique des rues de la ville pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Une mesure prise en accord avec Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui a donc demandé à ses équipes de débuter immédiatement la désinfection des rues à Aix-en-Provence, Marseille et même Cassis.

Désinfection dans les rues d’Aix-en-Provence (photo © P. Biolatto / Ville d’Aix / Radio France)

Elle-même atteinte par le Covid-19 mais rapidement soignée grâce aux bons soins du docteur Raoult, la présidente de la Métropole ne pouvait pas rester les bras croisés face à cette pandémie survenue, qui plus est, en même temps qu’un revers électoral sévère au premier tour des élections municipales de Marseille où sa liste, pourtant donnée grande gagnante, n’était arrivée qu’en deuxième position.

Martine Vassal annonçant, depuis son domicile le 25 mars 2020 la gratuité des transports pendant 2 mois (source Facebook / site Martine Vassal)

Dès le 25 mars 2020, elle annonçait donc dans La Provence, outre deux mois d’abonnement gratuit aux transports publics de la RTM, le versement d’une prime exceptionnelle de 1000 € aux agents du Conseil Départemental et de la Métropole, et donc le lancement d’une campagne massive de désinfection des rues de l’agglomération, autant de mesures dans lesquelles seuls les esprits les plus retords pourraient déceler de potentielles visées électoralistes.

Dès le 27 mars donc, les équipes techniques de la Métropole, habillés comme des experts après un essai nucléaire qui aurait mal tourné, bottés, casqués et gantés, avec leur combinaison spatiale blanche, et leurs visières de sécurité, se sont répandus dans les rues d’Aix-en-Provence pour pulvériser à grand coup de Kärcher, les chaussées, trottoirs, bancs publics et même les lampadaires et le parvis des églises, le tout devant les caméras des services de communication de la ville qui relaye largement l’information sur son site municipal.

Désinfection en cours place Estrangin, à Marseille (source : Facebook / Made in Marseille)

Le même jour, les opérations de désinfection ont commencé à Marseille, devant l’hôpital de la Timone, à l’entrée du CHU devenu un lieu ultra-médiatique de la ville, mais aussi aux alentours des stations de métro les plus proches, ainsi que sur le boulevard Baille, la place Castellane, le cours Pierre Puget ou encore la rue de Rome et la rue Paradis. Des opérations qui se sont poursuivies samedi 28 mars dans le centre ville de Marseille, aux alentours de la gare Saint-Charles et sur la Canebière notamment, ainsi que dans le secteur de Belsunce.

Contrairement à la métropole de Toulouse ou à celle de Nice qui ont lancé une opération similaire en utilisant de l’eau de Javel diluée, les services de communication de la Métropole Aix-Marseille-Provence assurent que « la désinfection est assurée avec un produit virucide conforme aux normes européennes présentant une biodégradabilité primaire d’au moins 80 % ». Lequel ? Selon le site toujours bien informé, Made in Marseille, il s’agirait d’un détergent désinfectant et désodorisant, parfumé à la lavande comme il se doit, commercialisé sous le nom de Sanogerme, à base de chlorure de didécyldiméthylammonium, un sel antibactérien utilisé notamment en milieu hospitalier, et de chlorure de benzalkonium, un antiseptique utilisé dans certains produits pharmaceutiques et lingettes.

Désinfection dans les rues de Cannes : un impact environnemental manifestement sous-estimé… (photo © Clement Tiberghien / MaxPPP / Nice Matin)

Toujours est-il que le Ministère de la Santé s’est interrogé sur le bénéfice, non pas seulement électoraliste, mais aussi sanitaire d’une telle opération et a saisi dès le 26 mars le Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP), lequel vient de remettre son avis scientifique sur le sujet, le 4 avril 2020. Cet avis, rendu public le 7 avril, confirme en tout cas ce que tous les responsables politiques, surtout les plus démagogiques d’entre eux, avaient perçu d’instinct : « c’est un outil de communication majeur montrant que les collectivités locales, les responsables politiques, voire les industriels, sont mobilisés pour protéger la population », « l’effet psychologique pour le public est réel » et, cerise sur le gâteau, « le coût de la mesure parait faible ». Pourquoi s’en priver alors ?

Pour tenter de répondre à cette question et comme pour toute question de santé publique, les experts du HCSP ont comparé les bénéfices attendus (autres que purement électoraux) par rapport aux risques potentiels encourus. Leur avis est d’une grande clarté et pour le moins tranché…

Les bénéfices d’une désinfection des rues sont jugés plus qu’incertains par le HCSP. Ce dernier rappelle à ce sujet que le principal mode de transmission avéré du virus se fait par l’émission de gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement, lorsque les distances de sécurité ne sont pas respectées. Les effets de transmission indirecte par toucher de surface contaminées n’ont pas été prouvés à ce jour, même si on a pu constater que le virus restait actif pendant quelques heures voire quelques jours sur certaines surface selon la nature du matériau support et les conditions atmosphériques, sans pour autant qu’on sache si un simple contact avec ces surfaces est réellement de nature à permettre une infection. Le HCSP rappelle quand même que le réservoir qui permet au virus de se développer est l’homme et pas son environnement, une évidence que l’on aurait presque tendance à oublier !

Désinfection dans une salle de classe à Rmeileh (Liban) (photo © Mahmoud Zayyat / AFP / France Culture)

En revanche, les risques liés à la pulvérisation sous pression de produits désinfectant dans l’espace public sont parfaitement connus et incontestables. L’eau de Javel, hypochlorite de sodium pour les intimes, le désinfectant le plus utilisé car le moins coûteux et le plus facile à se procurer, même si des tensions apparaissent alors que les ventes de ce produit ont augmenté de plus de 80 % ces dernières semaines, est un produit éminemment nocif, à l’origine de très nombreuses intoxications et son impact environnemental sur les organismes aquatiques et la végétation est loin d’être négligeable, la toxicité de certains des sous-produits issus de sa dégradation étant jugée préoccupante. Toute pulvérisation massive du produit à proximité d’un milieu aquatique, lorsque le ruissellement direct ou via le réseau pluvial le met en contact rapide avec une rivière ou la mer est donc fortement déconseillée.

Dans ces conditions, l’avis du HCSP est donc sans équivoque et indique qu’il n’est pas « recommandé de mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie », tout en formulant au passage une autre évidence, à savoir qu’il ne faut surtout pas remettre en suspension la poussière du sol en utilisant des appareils de type souffleurs de feuilles. Cela va sans dire mais il n’est parfois pas inutile de rappeler certaines évidences dans un monde où la panique à tendance à prendre le pas sur une rationalité minimale...

L. V.

Municipales : à quand le deuxième tour ?

7 avril 2020

Allocution télévisée du Président de la République le 16 mars 2020

Depuis le 15 mars 2020, date du premier tour des élections municipales, le gouvernement est confronté à un véritable casse-tête. Vues les circonstances et l’organisation d’un confinement généralisé de la population, Emmanuel Macron n’avait eu d’autre choix que d’annoncer dès le lundi 16 mars au soir le report du second tour et son Premier Ministre, Édouard Philippe, avait précisé jeudi 19 mars que les conseils municipaux renouvelés dès le premier tour ne pourraient pas se réunir jusqu’à nouvel ordre.

La France se trouve donc dans une situation pour le moins inédite. D’un côté, plus de 30 000 communes, dont celle de Carnoux-en-Provence ont pu se doter d’un conseil municipal renouvelé, mais qui ne peut pas se réunir pour élire son nouveau maire. C’est donc l’ancienne équipe, même si elle a été battue, qui continue à gérer les affaires courantes, sachant que parfois le nouveau budget n’a même pas pu être voté et ne pourra sans doute pas l’être avant plusieurs semaines…

Un dessin signé Olivero

D’un autre côté, il reste 4 816 communes pour lesquels le premier tour n’a pas permis de conclure. La grosse majorité d’entre elles (3 253 au total) sont des communes de moins de 1000 habitants, pour lesquelles il convient, pour être élu de réunir non seulement la moitié au moins des suffrages exprimés mais aussi le vote d’au moins 25 % des inscrits, ce qui n’est pas si facile lorsque le taux d’abstention atteint des records comme cela a été le cas lors de ce scrutin atypique organisé en pleine pandémie virale…

Les autres communes sont plutôt des grandes villes, en tout cas supérieures à 1000 habitants et pour lesquelles aucune liste n’a réussi à recueillir la majorité absolue à l’issue du premier tour. Il faudra donc un second tour, que le gouvernement espérait bien pouvoir l’organiser avant la fin juin, ce qui constituait déjà une entorse majeure à la loi électorale qui prévoit explicitement que le second tour doit avoir lieu le dimanche suivant le premier tour. C’est du moins ce que prévoit la loi adoptée en urgence le 23 mars 2020 et qui indique que le second tour est « reporté au plus tard en juin 2020 », la date restant à fixer à l’issue du Conseil des ministres du 27 mai, sur la base des recommandations des scientifiques et en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Un dessin signé Placide

Mais voilà que la dure réalité est en train de faire voler en éclat ce scénario optimiste. On ignore pour l’instant quand et surtout selon quelles modalités pourra être organisé le déconfinement de la population une fois passé le gros de la crise sanitaire. Sauf que tout laisse penser que cette opération sera probablement progressive et que les populations les plus fragiles, notamment les plus âgées, devront sans doute patienter davantage que les autres avant de pouvoir revenir à une vie normale. Prévoir une élection en juin qui mobilisera encore autour de 16 millions d’électeurs, paraît donc de moins en moins réaliste car cela signifierait repartir pour une nouvelle campagne électorale dès le mois de mai alors que certains devront peut-être encore rester confinés.

Bref, tout indique qu’il faudra sans doute attendre après les vacances d’été pour organiser ce second tour des municipales et que, du coup, il faudra aussi refaire le premier tour, du moins dans les communes pour lesquelles il n’avait pas permis d’élire un nouveau conseil municipal au complet. Les Carnussiens n’auront donc a priori pas à revoter, mais dans bien des communes et pas seulement à Paris ou Marseille, les conditions risquent d’être complètement différentes, six mois après le premier tour de chauffe et au vu des résultats observés le 15 mars. De nouvelles alliances pourraient se former pour essayer de tenir compte de ce sondage grandeur nature totalement inédit, et les résultats du scrutin pourraient être bien différents, surtout si le taux de participation retrouve des valeurs plus classiques…

Un bureau de vote à Strasbourg, lors du premier tour des municipales, le 15 mars 2020 (photo Frédérick Florin / AFP / 20 minutes)

Ceci dit, l’organisation de ces élections en septembre, voire début octobre, constitue un nouveau casse-tête pour le gouvernement car elles se télescoperaient alors avec les sénatoriales prévues justement en septembre mais pour lesquelles on ne peut décemment pas faire voter des élus municipaux dont le mandat aurait été anormalement prolongé et qui seraient sur le point de remettre leur mandat en jeu. Il faudrait donc décaler d’autant ces élections sénatoriales alors même que se profilent en mars 2021 à la fois les élections départementales et les régionales

On se doute bien qu’une telle situation d’incertitude est la porte ouverte pour les pressions de toute nature et les récriminations de tous ceux qui s’estiment avoir été injustement battus à l’issue du premier tour. Rarement autant de recours n’ont été formés contre des élections municipales. Entre les électeurs ou les assesseurs qui reprochent au gouvernement d’avoir mis leur vie en danger en les appelants aux urnes malgré les risques sanitaires encourus, et les mauvais perdants qui jugent que sans un taux d’abstention aussi anormalement bas ils auraient été élus dans un fauteuil, les tribunaux vont assurément avoir bien du travail dans les prochains mois !

Renaud Georges, maire sortant battu de Saint-Germain au Mont d’Or (source mairie / Le Progrès)

Ainsi, le maire sortant LREM de Saint-Germain au Mont d’Or, commune aisée des Monts du Lyonnais, battu de 76 voix à l’issue du premier tour a déposé au tribunal administratif un dossier de 150 pages dès le 20 mars pour contester la régularité de ce scrutin marqué par un taux d’abstention de 60 % dans sa commune. Et de très nombreux autres l’ont suivi ou vont le faire car exceptionnellement, les recours pourront être déposés jusqu’à 5 jours après la prise de fonction des conseillers municipaux. Tant que le confinement empêche les conseils municipaux de se réunir, il est donc encore temps de peaufiner son recours. Nul doute donc que cela va donner des idées à tous ceux qui n’ont pas digéré leur score du 15 mars et qui chercheront à le contester en justice. Quant les élections se jouent devant les juges et non pas devant les électeurs, c’est que la démocratie est souffrante, et pas seulement du fait du coronavirus

 L. V.