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Bernard Deflesselles, réélu grâce aux voix du FN

19 juin 2017

Il n’y aura donc pas eu de miracle ce dimanche 18 juin 2017 dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Le transparent mais inamovible Bernard Deflesselles va donc entamer son cinquième mandat de député ! Alors que l’Assemblée nationale vient de subir un véritable coup de balai avec pour la première fois sans doute une forte majorité de nouveaux élus (429 sur les 577 députés de la nouvelle mandature, soit 75% d’entre eux) et de femmes (38 % : du jamais vu en France !). Sur les 354 députés sortant qui se représentaient, seuls 148 ont réussi à se faire réélire.

La composition de la nouvelle Assemblée nationale (© Linternaute.com / source : ministère de l’Intérieur)

Un tel scénario est largement inédit sous la Vème République puisque ce ne sont habituellement que 150 à 200 sièges qui sont renouvelés à chaque élection. Le maximum jamais enregistré jusque-là était de 310 sièges, mais il faut pour cela remonter à 1958 : une autre époque…

Et il a fallu que cela tombe sur notre circonscription, alors que le député sortant, en fonction depuis près de 20 ans, aurait bien mérité d’être dégagé ! Il s’en est pourtant fallu d’un cheveu puisqu’il n’a été réélu qu’avec moins de 500 voix d’avance sur sa concurrente, la candidate En marche Sylvie Brunet qui, pour sa première campagne, a frôlé la victoire en remportant 49,23 % des suffrages. Jamais sans doute dans sa (trop longue) carrière de député, Bernard Deflesselles n’aura été aussi mal élu avec moins de 18 000 voix en sa faveur sur l’ensemble de la circonscription.

Un résultat très serré dans la 9ème circonscription (source : France3)

Il faut dire à sa décharge qu’à peine plus de 40 % des électeurs se sont déplacés pour ce deuxième tour des législatives qui n’ont manifestement pas mobilisé les foules. Et encore, pas forcément pour se prononcer en faveur d’un des deux candidats encore en lice puisque le pourcentage de votes blancs et nuls avoisine les 10 % !

Au premier tour, les votes avaient été relativement homogènes entre les 9 communes de la circonscription qui avaient toutes placé en tête la candidate de La République en marche. Au deuxième tour en revanche, la répartition des suffrages est plus disparate. Saluons en particulier la cohérence de nos voisins de Roquefort-La Bédoule et de La Ciotat qui ont placé en tête Sylvie Brunet à l’issue du second tour, tandis que ceux de La Penne-sur-Huveaune ont réalisé l’exploit d’attribuer un score strictement identique aux deux candidats avec 690 voix chacun… Cassis s’est aussi essayé à l’exercice mais a raté la cible de peu avec seulement 4 voix d’écart entre les deux candidats !

Affiche de campagne de Sylvie Brunet

Sans surprise, c’est à Carnoux que le vote en faveur du député conservateur sortant a été le plus massif puisque c’est dans cette commune qu’il a recueilli non seulement le meilleur score de la circonscription avec 56,7 % des suffrages exprimés, mais c’est là surtout qu’il a engrangé l’essentiel des voix qui lui ont permis de creuser l’écart sur sa challenger.

Il peut donc remercier son ami Jean-Pierre Giorgi qui s’est démené entre les deux tours pour remobiliser son électorat captif et organiser le ramassage à domicile pour faire voter tous les retraités de la commune. Alors que Bernard Deflesselles n’avait recueilli que 682 voix le 11 juin, il en a obtenu quasiment le double une semaine plus tard : chapeau l’artiste !

Bernard Deflesselles inaugurant le nouveau casino de La Ciotat, le 8 juin 2017, à 3 jours des élections législatives (source : compte twitter du candidat)

En fait, au-delà de cette mobilisation accrue en sa faveur, c’est la manière dont s’est fait le report des voix entre les deux tours qui explique largement ce basculement en faveur du député sortant. A Carnoux comme dans la plupart des communes de la circonscription, le nombre de voix supplémentaires engrangées par Bernard Deflesselles à une semaine d’écart correspond grosso modo au score du Front national au premier tour.

Et ceci n’a rien de surprenant au vu du ton employé par le député LR dans sa profession de foi où il écrit notamment « J’ai besoin de vous pour défendre à l’Assemblée nationale l’ordre et la sécurité, pour lutter contre le terrorisme, l’intégrisme et le communautarisme, refuser l’assistanat, pour préserver l’histoire, la culture et les racines de la France ». Un discours tout en nuance, à peine teinté d’un zest de patriotisme, tout à fait de nature à rassurer les électeurs frontistes et tout bon citoyen légitimement inquiet du danger manifeste que représentent l’ex banquier d’affaire Emmanuel Macron et son premier ministre LR, Edouard Philippe qui, comme chacun le sait ne sont que de dangereux terroristes, suppôts de l’islamisme radical, et qui ne rêvent que de détruire l’histoire et les fondements culturels de notre civilisation.

Voilà en tout cas qui nous rassure sur l’esprit de finesse de celui qui va encore nous représenter pendant cinq longues années au Parlement. On ne pourra jamais assez le remercier de nous avoir défendu avec autant de détermination « face à une candidate hors-sol, soumise à un gouvernement et un parti unique dictant leur volonté depuis Paris ». Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui ont préféré s’abstenir dimanche dernier ont-ils bien conscience du péril extrême auquel ils ont échappé en ne se mobilisant pas comme un seul homme contre une telle menace, quasi bolchévique ?

L.V. 

Législatives : la fin du système Deflesselles ?

14 juin 2017

Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle (crédit photo Jean-François Monier / AFP)

Le premier tour des élections législatives de juin 2017 restera sans doute dans les annales de la vie politique française. Survenant un mois tout juste après l’élection surprise d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, il a d’abord été marqué par un taux d’abstention jamais vu pour une telle échéance électorale : moins d’un Français sur deux, inscrit sur les listes électorales, a jugé utile de se déplacer pour choisir celui qui les représentera à l’Assemblée nationale pour les 5 ans à venir !

Ce n’était portant pas le choix qui manquait, avec plus de 8000 candidats en lice, parfois jusqu’à 25 dans certaines circonscriptions, couvrant largement tout l’éventail de l’offre politique imaginable. Comment donc expliquer une telle désaffection ? A croire que les citoyens français n’accordent plus le moindre crédit à leurs parlementaires, pourtant chargés de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement…

Et pourtant, ceux qui se sont déplacés, ont créé un véritable tsunami politique ! La carte de France des résultats du premier tour s’est brusquement colorée en violet… Une couleur assez innovante dans le paysage politique hexagonal, subtil mélange de rose socialiste et de bleu républicain, la nouvelle marque de fabrique de la République en marche : avec plus de 32 % des suffrages exprimés (en comptant les voix recueillies par son allié MODEM), ce parti qui n’existait pas il y a un an est en passe d’obtenir la majorité absolue au Parlement avec déjà deux députés élus au premier tour et peut-être de l’ordre de 400 sur 577 dimanche prochain.

Carte de France des résultats du 1er tour des législatives 2017 (infographie FranceInfo)

Les Républicains pourraient perdre la moitié de leurs représentants à l’Assemblée nationale tandis que le Parti socialiste sort laminé de cette compétition avec moins de 10 % des suffrages exprimés et de nombreux ténors de la vie politique française balayés, dont le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’ancienne ministre Elisabeth Guigou, l’ex-candidat à la Présidentielle Benoît Hamon, ou encore le député marseillais sortant Patrick Menucci.

Mais la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon perd aussi de nombreux points par rapport à son score de la Présidentielle et ne peut guère espérer remporter qu’une quinzaine de sièges dans la prochaine assemblée. Le Front national fait également une très mauvaise affaire avec à peine plus de 13 % des suffrages exprimés et une espérance de sièges qui devrait se compter sur les doigts d’une main.

Dans un tel séisme politique qui pourrait déboucher sur une Assemblée nationale renouvelée à plus de 60 %, la 9ème circonscription des Bouches du Rhône n’a pas non plus été totalement épargnée par cette aspiration au changement. Élu sans discontinuer depuis 1999 et s’apprêtant à débuter sans le moindre doute son cinquième mandat avec le soutien appuyé de 8 des 9 maires de sa circonscription, le député sortant Bernard Deflesselles a, de manière totalement inédite, été battu au premier tour dans chacune des 9 communes de la circonscription par la candidate En marche, Sylvie Brunet, pourtant quasi inconnue localement.

Bernard Deflesselles se voyait réélu dans un fauteuil (crédit photo Pascal Parrot / ABACA, paru dans Le Figaro en 2012)

Les jeux ne sont pas encore faits et on imagine que le député sortant s’active en coulisse avec l’aide de tous les élus locaux qui le soutiennent pour organiser la mobilisation en vue de conserver sa place à l’issue du second tour. Nul doute que les votes par procuration seront nombreux dimanche prochain et que les déambulateurs se presseront devant les isoloirs. Reste à savoir si cela suffira pour sauver le brave soldat Deflesselles…

Car les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Malgré sa forte notoriété et son assiduité remarquée à toutes les fêtes de village et à toutes les commémorations d’anciens combattants, le député sortant n’a guère recueilli sur son nom qu’à peine plus de 10 500 voix, une misère par rapport aux 27 000 qu’il avait totalisées en 2007 et aux 19 000 de 2012. Une longue descente aux enfers qui traduit un ras le bol de la population face à ces professionnels de la politique qui misent tout sur le clientélisme et le soupoudrage de leur réserve parlementaire pour se constituer un réseau d’obligés.

Même les petites ficelles telles que le recours à l’ami Musumeci pour dérouter les électeurs et siphoner les voix de l’adversaire du moment (la Gauche socialiste en 2012, la République en marche en 2017) ont fini par craquer…

Sylvie Brunet, future députée de la 9ème circonscription ? (source : site de campagne de la candidate)

Résultat : même à Carnoux où pourtant l’électorat conservateur lui est largement acquis, le député a fini par lasser et ne recueille que moins de 700 voix, lui qui en comptait près de 2000 en 2007 ! A Aubagne, il ne réunit sur son nom que 22 % des suffrages malgré la présence du maire Gérard Gazay comme suppléant. A Roquefort – La Bédoule, il n’arrive qu’en troisième position, derrière les candidats En marche et Front national. Même chose à Cuges les Pins où il ne passe même pas la barre des 20 % à l’issue du premier tour. Quant à La Penne sur Huveaune, il s’y place en quatrième position, devancé également par la candidate de la France insoumise.

Dans un tel chaos, où personne ne sait plus très bien où est la droite et où est la gauche, il n’est pas forcément aisé de faire des pronostics quant à l’issue du deuxième tour. Sauf sursaut de l’électorat républicain il est néanmoins permis d’espérer que la population reconnaissante va enfin offrir une retraite bien méritée à son cher député sortant et solder une fois pour toute ce clientélisme d’un autre âge qui sclérose totalement la vie politique locale : chiche ?

L.V. 

Des vestiges historiques près de Carnoux…

8 août 2014

Comme chaque Carnussien le sait, Carnoux-en-Provence ne se caractérise guère par son passé historique puisque la commune n’a été créée qu’en 1966 à l’issue d’un processus engagé quelques années plus tôt, à partir de 1957. Certes le territoire de la commune, auparavant rattaché pour l’essentiel à sa voisine Roquefort – La Bédoule, a été peuplé et exploité bien avant l’arrivée des rapatriés du Maroc et de l’Algérie. En témoigne notamment la bastide du XVIIIème siècle située derrière la mairie et qui abrite l’actuelle hostellerie de La Crémaillère après avoir été utilisée comme relais de poste sur la route reliant Aubagne à Cassis. D’autres bâtiments de Carnoux sont également très anciens dont le moulin des Calanques ou le hameau situé chemin des bastides avec ses anciens corps de fermes, son four à pain et son moulin qui aurait connu son essor durant l’épisode de la peste apportée à Marseille par le Grand Saint-Antoine en 1720.

D’autres vestiges d’occupation ancienne existent sans doute ou restent à découvrir, mais l’exiguïté du territoire communal (370 hectares seulement !) fait que l’amateur d’histoire ancienne ira plutôt s’intéresser aux communes voisines et en particulier à celle de Roquefort – La Bédoule puisque c’est le territoire d’origine sur lequel a été fondé Carnoux.

Castrum Roche Fortis

Castrum Roche Fortis

Là, les vestiges anciens ne manquent pas avec pas moins de trois oppida, promontoires rocheux fortifiés perchés sur les crêtes et sur lesquels la population pouvait se réfugier et se défendre contre des envahisseurs. L’occupation de ces sites date probablement du Néolithique mais les vestiges de ces habitats fortifiés permettent plutôt de les attribuer aux populations celto-ligures qui occupaient la région avant l’arrivée des Grecs et des Romains, au même titre que l’oppidum d’Entremont situé au dessus d’Aix-en-Provence ou celui de La Cloche sur la commune des Pennes-Mirabeau par exemple.

Le premier de ces oppida, dit du Baou Redon, se situe dans le bois de la Marcouline, près de la source de Ratataigne. Le second se trouve sur un promontoire au dessus du village de Roquefort et aurait été réutilisé par les armées romaines qui y ont établi en 59 avant J.C. un poste avancé sous le nom de Rocca Fortis pour surveiller les mouvements de rébellion des tribus gauloises soutenues par la cité grecque de Massalia. Enfin, l’oppidum le plus à l’Est est celui qui s’étend autour de la chapelle Saint-André, en limite de la forêt de Fontblanche.

Blog92_PhStAndreCette chapelle Saint-André, construite au XIIème siècle en style roman et aussi connue sous le nom de Notre-Dame de la sécheresse à cause des pèlerinages qui y avaient lieu pour appeler la pluie, est classée à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1987 et a bénéficié d’une remarquable restauration commencée par une association locale et achevée récemment par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Cette chapelle se prolonge par un mur d‘enceinte qui abritait au Moyen-Âge plusieurs habitations formant un village perché protégé contre les incursions des Sarrasins.

Entre le Vème et le XIème siècle, il semble que la population s’était plutôt regroupée sur l’ancien oppidum des Romains, devenu castrum Roche Fortis. A l’époque, l’antique Portus Carsicis, s’était semble t-il partiellement vidé de sa population du fait des raids barbaresques et certains avaient ainsi trouvé refuge sur ce promontoire fortifié où un château a été édifié au XIème siècle ainsi qu’une église Saint-Jean Baptiste, bâtie sur les fondations de l’ancien temple des soldats de Jules César et dont on a conservé la dédication par le pape Grégoire VII en 1079. Le château lui-même aurait été construit en 1030 par le Vicomte de Marseille qui avait reçu ce domaine dit de Julhans des mains de Guillaume II, comte de Provence, en remerciement pour sa participation à une campagne militaire contre les Sarrasins qui depuis deux siècles pillaient régulièrement la région et venaient de s’emparer de Fraxinet (actuellement La Garde Freinet, dans les Maures).

Château de Julhans

Château de Julhans

A partir de 1229, Roquefort passa dans les mains de la puissante abbaye Saint-Victor de Marseille et y resta pendant de nombreuses années avant de devenir propriété du baron d’Aubagne, Hughes de Baux dont la famille cédera le domaine en 1479 à Jacques de Condolle. En 1585, les deux frères de Garnier, épousant deux demoiselles de Condolle, deviennent propriétaires des terres et l’un d’eux fait construire en 1639 l’actuel château de Julhans qui abritera à la révolution les amours de Napoléon Bonaparte et de Désirée de Clary, une des filles du nouveau propriétaire. Ce même château sera racheté en 1959 par la Caisse d’allocations sociales du commerce de la région de Constantine pour y servir de lieu d’accueil pour des colonies de vacances…

Vestiges de l'ancien village de Roquefort

Vestiges de l’ancien village de Roquefort

A partir du XVIIème siècle, les habitants du lieu ne craignent plus les attaques et abandonnent le site de l’ancien oppidum dont le château est démantelé sur ordre de Richelieu. Le village s’installe dès lors dans la plaine autour du hameau des Bastides et du village de Roquefort où une nouvelle église Saint-Jean Baptiste est érigée en 1734. Le château de Roquefort est plus ancien puisqu’il a été attribué en 1505 par le roi Louis XII au chevalier et baron de Trans, Louis de Villeneuve, devenu marquis de France. Ce château, qui a été fortement modifié au XIXème siècle, est toujours la propriété de la famille Villeneuve qui exploite plus de 30 hectares de vignes en agriculture biodynamique depuis 1988.

En 1837 s’ouvre sur la commune une nouvelle ère industrielle à l’initiative de Benoît-Hippolyte de Villeneuve-Flayosc et des ingénieurs Tocchi et Roux qui mettent au point un nouveau procédé breveté pour la fabrication de la chaux hydraulique à partir des couches marneuses du Bédoulien dont le stratotype a été décrit sur la commune.

Carrière Comte à Roquefort - La Bédoule

Carrière Comte à Roquefort – La Bédoule

Les fours à chaux se développent tandis que des carrières souterraines de sable pour la fabrication de verre à bouteille sont creusées au Pas d’Ouilier et que s’ouvrent plusieurs exploitations de pierre à bâtir dans le calcaire urgonien. Cet essor industriel lié aux extractions de matériaux attire sur place de nombreux ouvriers venant surtout d’Italie, d’Espagne ou d’Arménie, qui s’installent à proximité des carrières et des usines de transformation au lieu-dit La Bédoule. Un nouveau village voit ainsi le jour au carrefour des quatre chemins qui conduisent à Aubagne, Cassis, La Ciotat et Cuges-les-pins. En 1895, ce nouveau quartier étant devenu le plus dynamique et le plus peuplé, la mairie et l’école y sont transférées, tandis que le hameau initial de Roquefort conserve son église et une mairie annexe ainsi qu’une petite école qui fermera au milieu du XXème siècle. En 1895 débute la construction de l’église Sainte-Roseline sur un terrain appartenant à la marquise Roseline de Villeneuve-Flayosc et en 1918, la commune prend définitivement le nom de Roquefort – La Bédoule.

Puisse ce petit raccourci historique donner envie à chacun de découvrir le riche passé historique de notre voisinage immédiat !

L. V. LutinVertPetit