Pollution de l’air : le prix à payer…

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Jour après jour, l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé humaine est de plus en plus évident. On estime ainsi que ce sont pas moins de 45 000 personnes qui meurent prématurément en France chaque année du fait de la pollution de l’air. Les principaux responsables : les particules fines, principalement émises par les véhicules diesel mais aussi par la combustion du bois dans les cheminées et par certaines activités industrielles.

Blog208_PhMarseilleL’agglomération marseillaise est particulièrement touchée par ce fléau avec au moins 1000 morts par an du fait de cette pollution de l’air ambiant, liée surtout à l’importance de la circulation automobile. Nous avons ainsi le privilège d’habiter dans une des zones françaises les plus exposées où les taux de particules fines dépassent très régulièrement les normes admises, ce qui vaut à la France de se trouver sous le coup d’une procédure d’infraction lancée par la Commission européenne et qui pourrait coûter plus de 11 milliards d’euros à la France ! Certains militent d’ailleurs (en vain malheureusement) pour que le tunnel de Montolivet sur le trajet de la L2 encore en chantier soit équipé de filtres permettant de limiter localement ces émissions de particules.

D’autres substances sont largement en cause dans cette pollution atmosphérique : monoxyde et dioxyde d’azote, ozone, oxyde de soufre, benzène, ammoniac et de nombreux produits plus ou moins volatils dont certains sont identifiés comme perturbateurs endocriniens avec des effets néfastes encore mal connus à long terme. Même les pollens verraient leur impact allergisant augmenté du fait de l’interaction avec certains polluants chimiques présents dans l’atmosphère !

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Les principales sources de production de ces différents éléments sont liées à l’activité industrielle (et agricole), au chauffage et surtout aux transports. Des réseaux de capteurs, particulièrement denses dans l’ouest des Bouches-du-Rhône autour de l’étang de Berre, permettent de suivre en direct, sur le site Air PACA, les pics de pollutions générés par l’évolution des conditions climatiques, mais ces pollutions sont désormais considérées comme chroniques dans la plupart des agglomérations et dans leur périphérie plus ou moins lointaine selon la configuration des vents dominants.

L’impact sanitaire de cette pollution qui provoque bronchites chroniques, asthme, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, et on en oublie… est désormais bien connu. Rappelons au passage que chaque être humain inspire dans la journée pas moins de 12 à 15 m3 d’air : même à faibles concentrations, ces substances dispersées dans l’air ambiant s’avèrent fortement nocives pour nos organismes, avec bien entendu des dégâts particulièrement élevés chez les jeunes enfants, les femmes enceintes ou les personnes âgées, mais aussi les plus vulnérables que sont les asthmatiques et autres insuffisants respiratoires.

Un impact qui coûte très cher à notre système de santé ! Déjà en avril dernier, un rapport du Commissariat général au développement durable avait estimé que les pathologies imputées directement à la pollution de l’air coûtaient chaque année entre 0,9 et 1,8 milliards au système sanitaire national, en comptant les coûts de consultation, de traitement, d’examens ou encore d’hospitalisation. Mais il semble qu’ils étaient encore bien en deçà de la réalité, à en juger par un nouveau rapport que vient de rendre public le 15 juillet 2015, une commission sénatoriale présidée par le sénateur Jean-François Husson et dont la rapporteur est Leila Aïchi, sénatrice EELV de Paris.

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

Cette nouvelle évaluation estime ainsi que la pollution de l’air en France coûte chaque année à la collectivité plus de 100 milliards d’euros ! Deux fois plus que le tabac à titre de comparaison… Et encore, ils n’ont pas pris en compte l’impact de l’air à l’intérieur des bâtiments, qui est souvent chargé en polluants de toutes sortes et dont les effets délétères se cumulent. Il faut dire que cette estimation ne se limite pas au seul coût sanitaire pour la Sécurité sociale, que les sénateurs ont chiffré pour leur part à 3 milliards d’euros. S’y ajoutent selon eux pas moins de 650 000 journées d’arrêt de travail qui seraient prescrites chaque année du fait de pathologies liées à la mauvaise qualité de l’air ambiant, mais surtout de nombreux coûts induits et dommages intangibles qui font très largement monter l’addition.

Au-delà des impacts sanitaires, la pollution de l’air a aussi des conséquences néfastes sur les rendements agricoles, la biodiversité ou encore la dégradation des façades des bâtiments dont le calcaire est rongé par les pluies acides tandis que les verres sont rendus opaques par les dépôts de suies et particules fines. L’INRA estime par exemple que le rendement du blé en région parisienne est réduit en moyenne de 10 % par rapport à une région non polluée, du fait de la pollution à l’ozone. Même la pollution des cours d’eau pourrait être liée en partie à certains apports atmosphériques pour des éléments très volatils comme les hydrocarbures aromatiques. Ces impacts non sanitaires restent encore mal connus et difficiles à chiffrer, mais la commission sénatoriale les évalue a minima à 4,3 milliards d’euros.

Blog208_PhParis

Ce rapport intitulé sobrement « Pollution de l’air : le coût de l’inaction » n’hésite pas à l’affirmer : « la pollution de l’air n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est aussi une aberration économique ». Mais les sénateurs ne se contentent bien évidemment pas de ce constat et font des propositions concrètes pour prendre enfin à bras le corps ce problème qui fait partie des préoccupations majeurs des Français, quoique souvent négligé par nos responsables politiques. Les auteurs du rapport regrettent en particulier qu’ait été abandonnée la mise en œuvre de l’écotaxe et ils préconisent logiquement d’aligner les fiscalités sur les carburants afin de limiter progressivement l’impact des véhicules diesel qui représentent encore en France les deux-tiers des véhicules nouvellement immatriculés (contre un quart seulement aux Pays-Bas !). Blog208_PhGazEchappementIls prônent également un renforcement de certaines normes, n’hésitant pas à aller à l’encontre d’un mouvement général en faveur de la suppression progressive de l’arsenal normatif qui briderait la créativité (et les profits) des entreprises… Ils militent aussi en faveur d’une amélioration de la connaissance quant à l’impact sanitaire et économique de ce fléau des temps modernes qu’est la pollution atmosphérique et ses incidences, y compris par exemple dans la recrudescence des cancers en milieu agricole.

Blog208_DessinUn document ambitieux et foisonnant, riche en enseignements et qui mériterait d’alimenter des politiques volontaristes. La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, ne s’y est d’ailleurs pas trompé et a promis de prendre « des mesures extrêmement fermes » et ceci « dès la semaine prochaine ». Après des décennies d’inaction, on n’en espérait pas tant…

L.V. LutinVertPetit

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2 Réponses to “Pollution de l’air : le prix à payer…”

  1. Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] année dans notre pays et qui coûte très cher à la société comme on ne cesse de le démontrer, étude après étude) que du terrorisme. Mais le sujet a bien du mal à s’immiscer dans le débat […]

  2. Pic de pollution : enfin une prise de conscience ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] que, selon un rapport publié par le Sénat en juillet 2016, le coût de la pollution de l’air en France est évalué à plus de 100 […]

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