Un nouvel avenir pour l’agriculture française ?

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Les médias n’en ont guère parlé mais l’adoption par le Parlement français, le 11 septembre 2014, de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, traduit peut-être un premier tournant dans les orientations de la politique agricole française.

Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt

Après des décennies marquées par le triomphe du productivisme à tout crin qui a vu disparaître la quasi totalité des exploitations agricoles familiales traditionnelles (le nombre d’exploitations agricoles, qui était de 2,5 millions dans les années 1960, est tombé à 515 000 en 2013) et qui s’est traduit par un appauvrissement sans précédent des paysages, des sols et de la biodiversité, cette loi met en effet pour la première fois l’accent sur la nécessité d’un certain rééquilibrage en faveur d’une agriculture plus respectueuse de son environnement.

Certes, la présentation du projet par les services du ministère de l’agriculture fait encore la part belle à ce souci d’augmenter sans cesse la compétitivité de notre industrie agro-alimentaire pour peser toujours davantage dans la compétition mondiale, au risque de ravager ce qui reste de nos ressources naturelles et de ruiner les agricultures paysannes encore survivantes dans les pays les moins avancés.

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Il faut dire que le gouvernement a été contraint de faire de grosses concessions aux puissants lobbies agro-industriels, y compris sur des points aussi structurant que la définition même de ce qu’est un agriculteur ! Car pour le nabab Xavier Beulin, inamovible président de la FNSEA, « celui qui a 2 hectares, trois chèvres et deux moutons, n’est pas un agriculteur ». Ce riche céréalier, à la tête d’une exploitation céréalière de 500 ha et d’un atelier disposant d’un quota de 150 000 litres de lait, préside également le groupe agro-industriel Sofiproteol, un holding financier dont le chiffre d’affaire atteint 7 milliards d’euros et dont les activités s’étendent de la semence à la production de volaille bas de gamme pour la restauration collective, en passant par le contrôle des huiles Lessieur et la production de diester, un agrocarburant, largement subventionné…

Réélu à l’unanimité en février 2014 à la tête de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire à la tête de la quasi totalité des chambres d’agricultures, ce « Crésus du terroir-caisse » comme l’a surnommé Périco Legasse dans Marianne, adore les montres de luxe et se déplace en jet privé. Ardent défenseur des OGM et d’une agro-industrie mondialisée, son premier souci n’est évidemment pas la défense des petits paysans. On ne s’étonnera donc pas de voir que, sur la seule année 2013, plus de 1200 exploitations agricoles françaises ont encore disparu. L’important, aux yeux de Xavier Beulin, est plutôt de défendre le projet de ferme des 1000 vaches que son ami Michel Ramery cherche à implanter dans la Somme.

Blog133_PhLivreBoveOn comprend qu’avec de tels représentants du monde agricole, le ministre Stéphane Le Foll n’ait pas pu aller jusqu’au bout de ses projets visant à réorienter l’agriculture française vers davantage d’agro-écologie. La réforme de la politique agricole commune aurait pu l’y aider mais là aussi les batailles d’arrière-garde ont été rudes comme le relate José Bové dans son livre « Hold-up à Bruxelles », paru en février 2014 et dans lequel il raconte ses combats contre les différents lobbies de l’agro-industrie durant son mandat de député au parlement européen entre 2009 et 2014. Il y explique notamment comment il s’est battu pied-à-pied pour essayer (sans succès) de plafonner les aides européennes en deçà du seuil de 300 000 euros annuel, ce qui paraît pourtant le bon sens même !

Bref, on conçoit que réformer la politique agricole française n’est pas une sinécure et l’on se contentera donc des avancées de cette nouvelle loi d’avenir pour l’agriculture qui contient de fait de formidables avancées dont on ne peut que se réjouir. Est ainsi actée la nécessité d’un recul des pesticides dont l’usage va être désormais interdit près des lieux sensibles tels qu’écoles, crèches, centres aérés, hôpitaux ou maisons de retraite. La protection des origines des produits alimentaires sort renforcée de même que les pratiques de l’agro-écologie qui s’appuient sur le recours à l’assolement ou l’amélioration de la qualité des sols par des organismes vivants, à l’encontre des pratiques encouragées depuis des décennies. L’enseignement agricole lui-même va devoir évoluer pour que les futurs professionnels s’imprègnent de ces nouvelles pratiques qui correspondent à une véritable révolution culturelle !

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Même la FNSEA l’admet : désormais, « le vert est dans le fruit » … L’avenir dira si ce changement radical de cap tient ses promesses et aboutit à une reconversion progressive de notre agriculture vers des pratiques plus raisonnées. En tout cas, cette loi d’avenir pour l’agriculture restera sans conteste une des belles réussites de ce gouvernement, si décrié par ailleurs, et il serait injuste de ne pas le reconnaître !

L. V. LutinVertPetit

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3 Réponses to “Un nouvel avenir pour l’agriculture française ?”

  1. Environnement : une multinationale suisse se joue de la Justice française… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] le relate un excellent article du Canard enchaîné de novembre 2012 et comme l’évoque José Bové dans son livre co-écrit avec Gilles Luneau et intitulé Hold-up à Buxelles. En 2002, BASF lance […]

  2. L’ogre Monsanto va t-il disparaître ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de […]

  3. Insecticides tueurs d’abeille : Hulot a failli avaler de travers | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] débat a été houleux en 2016, avec même une intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, fortement aiguillé par les principales fédérations professionnelles agricoles des producteurs […]

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