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Feu de brousse au Groenland : où va t-on ?

16 août 2017

Décidément, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus manifestes, n’en déplaise aux climato-sceptiques et autres responsables politiques attardés. Une des conséquences attendues du réchauffement climatique global est l’augmentation du risque de feux de forêt, et de ce point de vue, le cru 2017 fait honneur aux prévisions…

Canadair en action sur un feu de forêt

Alors que plus de 11 000 hectares de forêts ont déjà brûlé en France depuis le début de l’été 2017, notamment dans le Var et en Haute-Corse, chiffres malheureusement encore très provisoires, issus de la base de données Prométhée, et que déjà 360 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble de l’Europe, principalement autour du bassin méditerranéen, selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts, voila maintenant que l’on signale des feux de brousse au Groenland !

En matière de lutte contre le changement climatique, il n’y a pas le feu au lac, comme persistent à s’en convaincre les plus sceptiques. Certes, mais il y a quand même déjà le feu à la calotte glaciaire…

Rattaché administrativement au Danemark, le Groenland est la deuxième plus grande île du monde, avec une superficie totale de plus de 2 millions de km², soit quatre fois l’étendue du territoire métropolitain français. Situé entre le Canada et l’Islande et bordé au nord par l’Océan glacial arctique, le pays est recouvert à 80 % par une calotte glaciaire, un vaste inlandsis dont l’épaisseur de glace dépasse localement 3 km. Seules les bordures ouest et sud du territoire sont recouvertes de végétation, une toundra constituée de mousses, de lichens et de plantes herbeuses, ainsi que de bouleaux nains ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres de hauteur.

Paysage de toundra au Groenland

On est donc loin de la végétation du maquis corse et de celle de la garrigue méditerranéenne avec ses pins d’Alep qui s’enflamment comme des torches à la moindre étincelle. Et pourtant, même dans ce paysage semi-glaciaire où la température peut descendre jusqu’à -66 °C et où le cumul annuel de précipitation peut atteindre 2,5 m dans le sud, voila que l’on signale des feux de brousse récurrents…

Le phénomène était considéré comme extrêmement rare à ces latitudes jusqu’à présent, car les conditions de climat et de végétation sont beaucoup moins propices que dans le nord-ouest canadien, davantage boisé, où le risque tend à se multiplier, comme on l’a vu en mai 2016, lorsqu’un gigantesque incendie avait ravagé plus de 100 000 hectares de forêt autour de Fort-Murray au Canada, nécessitant l’évacuation préventive de 80 000 personnes.

Carte de la zone touchée (infographie © Audrey Dufour / La Croix)

En 2015 et 2016, plusieurs incendies avaient déjà été signalés sur les rivages du Groenland, mais dans le sud du pays. Cette année, le phénomène s’est déclenché dans une zone cotière située dans l’ouest, plutôt en altitude, dans un secteur habituellement recouvert de neige. Le départ de feu a été repéré par un survol aérien le 31 juillet 2017, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut, une localité de 5 500 habitants (soit un dixième de la population totale de tout le Groenland !), et confirmé ensuite par plusieurs images satellites, début août, qui donnent une idée de l’extension du phénomène. On estime à environ 15 km², soit 1500 ha, la surface de toundra ainsi partie en fumée en quelques jours, dans un pays qui n’est pas équipé pour lutter contre ce type de risque naturel. Et un deuxième foyer d’incendie a été repéré quelques jours plus tard, plus au sud, confirmant la réalité de ce risque alors que la température estivale est exceptionnellement élevée avec des pointes dépassant allègrement les 20 °C…

Image satellite de l’incendie le 3 août 2017 obtenue par le satellite Copernicus et retraitée par Pierre Markuse

Ces observations sont particulièrement inquiétantes aux yeux des climatologues car les régions polaires sont les plus affectées par le réchauffement climatique, avec une augmentation moyenne de la température qui y est deux à trois fois plus élevée que sur le reste du globe. A leurs yeux, ces incendies inédits, quelle qu’en soit leur cause (qui n’est pas connue à ce jour), sont la conséquence directe du recul de la calotte glaciaire qui met à jour des étendues végétalisées de plus en plus vaste, dont le sol tourbeux est riche en matière organique, sujet à une combustion lente mais très difficile à combattre.

Vue satellite du feu le 3 août 2017 (photo Landsat USGS © NASA)

Ces incendies sont d’autant plus dangereux que leurs effets indirects contribuent largement à accélérer le réchauffement climatique lui-même. La combustion provoque naturellement de fortes émissions de gaz carbonique, mais aussi de méthane, contenu en quantité dans les sols tourbeux habituellement gelés, deux gaz à effet de serre ainsi libérés en grande quantité dans l’atmosphère. De plus, la suie issue de la combustion se dépose sur les étendues enneigées aux alentours, limitant fortement le pouvoir réflecteur de cette dernière et accélérant ainsi sa fonte.

Inlandsis du Goenland (photo © Halorache / expédition A Carré 2009)

Voilà en tout cas un nouveau facteur aggravant dont nous n’avions pas vraiment besoin et qui risque d’accélérer encore les impacts négatifs du réchauffement climatique dans une des régions qui y est le plus vulnérable. On savait déjà que la fonte de l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland pouvait se traduire par une élévation totale de 7 m du niveau de la mer, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour de très nombreuses régions côtières. On avait aussi estimé que un tiers de l’élévation actuelle du niveau des océans (qui est depuis plusieurs années déjà de l’ordre de 3 mm/an en moyenne) était d’ores et déjà due au recul de cette calotte glaciaire et à l’augmentation de débit des cours d’eau côtiers issus de cette fonte.

Mais voila que l’on commence à apercevoir d’autres risques liés à ces pertubations climatiques dans les zones arctiques. Les feux de brousse en sont un de ces aspects inédits. La fonte du permafrost, sol gelé en permanence en profondeur et qui s’étend sur des millions de km², dans le nord de l’Europe, le Canada et la Sibérie, pourrait constituer un autre facteur aggravant particulièrement explosif. Les conséquences déjà observées ne se limitent en effet pas aux seuls impacts sur les fondations des infrastructures édifiées sur ce type de sol !

La fonte du pergélisol libère des quantités énormes de carbone organique que les bactéries peuvent transformer en gaz carbonique et en méthane, ce qui rique d’accélérer considérablement l’impact du réchauffement climatique, avec un effet d’emballement incontrôlable. Une véritable bombe climatique en perspective !

Inspection vétérinaire d’un troupeau de rennes dans la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord russe (photo © AFP / publiée dans Science et avenir)

Et ne parlons pas des risques sanitaires que certains redoutent. En 2016, sur la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, un enfant est décédé et 23 personnes ont été infectées par l’anthrax, la redoutable maladie du charbon, transmise par un virus, disparu de la région depuis au moins 75 ans mais qui se trouvait à l’état de latence dans un cadavre de renne qui avait dégelé suite aux températures exceptionnellement chaudes (jusqu’à 35 °C !) de l’été 2016. On craint désormais que ce type de risque se multiplie, réveillant d’autres virus dont celui de la variole, officiellement éradiquée et contre laquelle on ne se protège plus, avec même des scénarios catastrophes impliquant certains virus géants et totalement inconnus repérés dans des cadavres de mamouths congelés. Bienvenu dans le nouveau monde du réchauffement climatique…

L.V.  

6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Comment lutter contre les moustiques ?

17 juin 2017

Le moustique tigre, Aedes albopictus

Avec le retour des beaux jours et l’arrivée des cigales, ce sont aussi les moustiques qui s’en donnent à coeur joie, et parmi eux le redoutable moustique tigre, Aedes albopictus, potentiel vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika ! Arrivé en France en 2004, en provenance de l’Asie du sud-est, le moustique tigre est désormais implanté durablement dans une trentaine de départements français et son expansion se poursuit grâce à son excellente adaptation aux milieux urbains et à la capacité de ses œufs à résister aux périodes de froid hivernal.

Pour autant, le moustique tigre n’est que l’une des 3500 espèces de moustiques recensées dans le monde, dont 64 en France métropolitaine (et 238 en Guyane !). Seules environ 200 de ces espèces s’attaquent à l’homme, parmi lesquelles le moustique ordinaire, Culex pipiens, encore très répandu en France mais qui commence à se faire rare à Carnoux où il a été largement supplanté par son cousin asiatique nettement mieux adapté à l’environnement local.

Le classique, Culex pipiens (photo Stephen Doggett, NSW Health Pathology)

La lutte contre les moustiques s’est développée au tout début du XXème siècle, après que le médecin militaire Alphonse Laveran, alors en poste à Alger, a découvert en 1880 que le paludisme était provoqué par un hématozoaire, Plasmodium falciparum, puis a compris le rôle des moustiques de type anophèles dans la transmission de ce parasite. Jusque là, on se contentait de lutter contre la malaria en tentant d’assécher les zones humides. A partir de cette période, les actions sont devenues plus ciblées, et moins impactantes pour ces zones humides qui jouent par ailleurs un rôle majeur pour la biodiversité mais également pour la régulation du cycle de l’eau : diffusion des moustiquaires, introduction massive de gambusies, poissons dont les larves se nourrissent de moustiques et qui se sont révélés particulièrement invasifs, mais aussi campagnes de désinsectisation à coup de produits chimiques peu ragoûtants…

Epandage de DDT sur une plage dans les années 1950

C’est ainsi que dès 1943 et avec l’aide des troupes américaines de débarquement, des campagnes s’organisent pour pulvériser, à l’intérieur même des habitations de certains régions de Corse, un mélange à base de pétrole et de DDT… Dans les années 1960, ce sont les zones côtières du Languedoc qui sont aspergées de DDT par voie aérienne pour les assainir avant d’y développer le tourisme de masse.

La mise en évidence des risques liés à l’utilisation massive de cet insecticide, révélés notamment par le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Printemps silencieux, publié en 1962, mettra progressivement un terme à de telles pratiques. En 1976, la découverte du Bti, Bacillus thuringiensis israelensis, insecticide biologique très sélectif et peu toxique pour les autres espèces, permet de lancer la démoustication dans des zones comme la Camargue qui jusque là avaient été relativement épargnées par ces campagnes du fait de son statut de zone naturelle protégée, et ceci bien qu’elle ait été le théâtre de la dernière épidémie de paludisme connue sur le territoire métropolitain en 1943.

En Camargue, comme sur toute la frange littorale des Pyrénées-Orientales jusqu’aux Bouches-du-Rhône, c’est un établissement public créé en 1958, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (IED) qui est chargé de la lutte contre la prolifération des moustiques et principalement des espèces les plus nuisibles pour l’homme que sont Aedes caspius et Aedes detrius, dont les larves se développent en milieu humide. La stratégie adoptée depuis août 2006 en Camargue consiste à identifier les gîtes larvaires qui font l’objet d’une surveillance permettant de déclencher à bon escient les traitements (principalement par voie aérienne) à base du larvicide Bti, qui n’est toxique (par ingestion) que pour les larves de nématodes (dont font partie les moustiques) mais pas pour les autres organismes aquatiques.

Epandage de Bti en Camargue (source Actu environnement)

Ces pratiques sont fortement encadrées et accompagnées d’une démarche de suivi environnemental pour évaluer l’impact de ces interventions sur le milieu naturel. Le Parc naturel de Camargue impose en effet que 10 % de l’enveloppe consacrée à la démoustication soit affectée à un suivi de son impact écologique et sociologique. Or ces études ont mis en évidence que l’effet de ces traitements est loin d’être négligeable et se répercute sur toute la chaîne alimentaire : la destruction des larves de moustiques et de chironomes provoque une diminution de moitié des populations d’odonates (libellules et autres agrions) et de 60 % des araignées, ce qui se traduit déjà par une diminution d’un tiers des passereaux, confirmant s’il en était encore besoin, que tout équilibre écologique est par nature fragile…

Du coup, les recherches s’orientent désormais vers la mise en œuvre de stratégies encore plus ciblées qui visent à réguler les populations de moustiques uniquement là où elles constituent une véritable gêne pour les populations, donc dans les lieux habités. Il s’agit pour cela de mettre en place des pièges à moustiques pour constituer des barrières autour des zones urbanisées.

Schéma de principe d’un piège à moustique artisanal (source : espacebuzz)

L’idée du piège à moustique individuelle est vieille comme le monde et il suffit de regarder sur internet d’excellentes vidéo qui expliquent en détail comment constituer un piège à moustique en coupant en deux une bouteille en plastique au fond de laquelle on dispose un mélange de sucre roux, d’eau et de levure de boulanger, avant de refermer le récipient avec la partie conique renversée : les moustiques attirés par le produit sucré rentrent dans la bouteille mais n’arrivent plus à en ressortir. Le système est efficace mais doit être renouvelé régulièrement.

Les inventeurs de la borne anti-moustiques (source : Qista)

Pour être utilisé à une échelle plus industrielle, d’autres dispositifs existent dont un breveté en 2013 et désormais produit par la société Qista, basée à Aix-en-Provence. Ces BAM, ou bornes anti-moustiques, attirent les moustiques en reproduisant la respiration humaine au repos (par expirations saccadées de gaz carbonique) et en diffusant des composés chimiques à base d’acide lactique proches de la sueur humaine. Les moustiques sont aspirés par un ventilateur dès qu’ils s’approchent du piège et sont retenus dans un filet. Le dispositif a été testé dans un hameau d’Arles en 2015 et s’est avéré particulièrement efficace pour un coût relativement modique tout en se montrant particulièrement sélectif : sur plus de 250 000 insectes capturés, 99,7 % appartiennent à 9 espèces de moustiques ciblées ! En 2016, 15 pièges de ce type ont été mis en place et l’expérience pourrait encore s’étendre.

Piège contre le moustique tigre développé par l’IED (source © France3 Languedoc-Roussillon)

Vis à vis du moustique tigre, des démarches similaires se développent également. La particularité de cette espèce est que les femelles pratiquent une ponte fractionnée en répartissant leurs œufs dans différents endroits jugés propices mais dispersés et peu aisés à détecter. L’idée consiste donc à les attirer dans des gîtes très attractifs mais rendus inaccessibles par une moustiquaire munie d’une chambre de contamination où le moustique s’enduit les pattes d’un peu d’insecticide. Ne réussissant pas à y déposer ses œufs, la femelle ira pondre ailleurs mais en disséminant l’insecticide sur tous ses lieux successifs de ponte, ce qui le rend du coup très opérant sur les futures larves.

Bref, l’ingéniosité humaine dans la lutte contre son ennemi séculaire, le moustique, n’a pas de limite…

L.V.  

La plupart des informations de cet article sont issues du n° 92-93 de l’excellente revue Zones Humides infos publiée par la SNPN (Société nationale de protection de la nature)

Après les eaux usées, Marseille s’attaque au pluvial !

3 mai 2017

Baignade interdite au Prado après un orage (photo © P. Laurenson / AFP)

A Marseille, comme chacun sait, mieux vaut ne pas se baigner sur la plage du Prado après un orage. Rappelons que ce parc balnéaire qui s’étend sur 3,5 km de littoral et couvre près de 26 ha, a été aménagé de manière complètement artificielle à la fin des années 1970, sous la mandature du Gaston Deferre, pour permettre avant tout de se débarrasser à moindre frais des millions de m³ de déblais issus des chantiers de construction des lignes de métro. A l’époque, on ne prenait guère de gants avec l’environnement y compris dans une zone littorale située comme celle-ci à l’embouchure de l’Huveaune, dans un milieu naturel qui a dû jadis être un haut-lieu de la biodiversité…

Plages du Prado avec au centre l’embouchure de l’Huveaune

Il faut dire aussi que, dans les années 1970, l’Huveaune, à son arrivée en mer, n’était qu’un vaste égout malodorant charriant les effluves des nombreuses industries qui bordaient ses berges, et servant d’exutoire en mer aux eaux usées d’une partie de Marseille et des communes de l’amont, dont Carnoux.

Le réseau souterrain servant à canaliser les eaux usées s’était construit progressivement au cours du XIXe siècle, sous forme unitaire au centre ville, sous forme séparative (les eaux pluviales de ruissellement étant collectées à part) dans les quartiers plus récents et les communes voisines.

Vue du Grand émissaire de Marseille (photo © SERAMM)

Mais jusqu’en 1987, tout était rejeté directement en mer, sans le moindre traitement, via un grand émissaire construit en 1896 et aboutissant dans l’anse isolée et peu accessible de Cortiou, en plein coeur du massif des calanques, où un vaste fleuve de déchets boueux se jette dans la mer, en attendant qu’un jour peut-être, la collectivité finisse par le prolonger plus au large pour diminuer l’incidence de ces rejets sur les fonds côtiers les plus fragiles.

Rejet en mer dans la calanque de Cortiou (source)

En 1979, alors que la plage du Prado est aménagée, il n’est plus question d’y déverser les eaux fortement pollués et toxiques de l’Huveaune. Une dérivation est donc créée, qui renvoie ces eaux directement dans l’émissaire de Cortiou où elles sont ensuite rejetées en mer, ni vu ni connu. En période de fortes pluies cependant, lorsque l’émissaire est saturé, un déversoir d’orage permet aux eaux de l’Huveaune en crue de rejoindre leur lit naturel et de se rejeter en mer le long de la plage du Prado, qu’elles polluent alors allègrement en jonchant la plage des multiples déchets qu’elles charrient.

Vue en surface de la station de traitement des eaux usées Géolide

Dans les années 1970, sous la pression de certains naturalistes et des plongeurs qui s’alarment de la disparition des herbiers de posidonies et de l’appauvrissement de la faune marine au large des côtes marseillaises totalement ravagées jusqu’à plus de 40 km du rivage par ce flux incessant d’eaux polluées, la ville se décide enfin à mettre en oeuvre une station d’épuration physico-chimique, destinée au traitement des eaux usées de Marseille et de 15 communes environnantes, dont Carnoux. Le chantier commence en 1984, en bordure de l’Huveaune. La station, enterrée sous le stade Vélodrome, est mise en service en 1987.

Mais le renforcement de la réglementation en matière de traitement des eaux usées, avec notamment l’adoption en 1991 de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, rend très vite cette station insuffisante. En 2008, elle est donc complétée par l’adjonction d’un dispositif de traitement biologique, dit Biostyr, installé sous l’esplanade Ganay. La nouvelle station, dénommée Géolide, constitue la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde et traite 70 millions de m³ d’eau usée par an.

Schéma de la station Géolide (source)

L’eau y est injectée dans 34 bassins de 1500 m³ chacun, remplis de billes de polystyrène sur 3,50 m d’épaisseur. Les bactéries fixées à la surface de ces billes fixent une partie de la pollution au passage. Pour éviter le colmatage des billes, celles-ci sont lavées chaque jour et l’eau de lavage subit un traitement physico-chimique par coagulation et floculation, suivi d’une décantation lamellaire afin d’agglomérer, concentrer et piéger les bactéries sous forme de boues. Ces boues sont alors acheminées vers une usine de traitement, située à 6 km de là, dans l’ancienne carrière de la Cayolle qui surplombe la calanque de Sormiou. Les boues y sont épaissies et séchées avant d’être valorisées sous forme de compost qui sert actuellement à réhabiliter l’ancienne décharge d’ordures ménagères d’Entressen.

Vue de la station de traitement de la Cayolle (photo © Lakko Marseille)

Cependant, en cas de forte pluie, le système d’assainissement n’est pas en mesure de traiter l’ensemble des effluents collectés car les eaux de ruissellement viennent alors grossir les flux habituels d’eaux usées, provoquant rapidement la saturation des capacités de traitement. Pour éviter que la ville ne soit noyée sous un flot d’eaux polluées et nauséabondes, tout l’excédent est alors rejeté directement en mer, principalement par l’émissaire de Cortiou mais aussi en partie via l’ancien exutoire de l’Huveaune, donc directement sur la plage du Prado !

Ce problème récurrent commençant à déprécier sérieusement l’attrait touristique de la ville, l’ancienne Communauté urbaine Marseille Provence Métropole s’est engagée en 2010 dans un projet de contrat de baie, désormais opérationnel depuis juin 2015 pour une durée de 6 ans avec, à la clé, un budget de 265 millions d’euros, dont 185 millions engagés via le Contrat d’agglomération de traitement des eaux usées signé l’année d’avant avec l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée, et 25 millions mobilisés dans le cadre du contrat de rivière de l’Huveaune, signé en octobre 2015 à Aubagne.

Inondations rue de Rome à Marseille en septembre 2000 (photo © Bataillon des marins-pompiers de Marseille)

Une des actions phares de ce contrat de baie consiste précisément à s’attaquer enfin au problème des eaux pluviales qui rendent inopérant le traitement des eaux usées de l’agglomération marseillaise en période de fortes pluies. L’objectif affiché, qui peut paraître modeste, est de réduire de 50 % les rejets d’eaux usées non traitées vers la calanque de Cortiou au cœur du Parc National des Calanques, et ceci en réponse à un arrêté préfectoral de janvier 2004 qui impose à la collectivité de réaliser d’ici fin 2018 une capacité de rétention des eaux usées de 90 000 m³.

Un premier ouvrage a ainsi été réalisé dès 2007 à l’occasion des travaux de requalification de la rue de la République dans le cadre de la prolongation du tramway. Gigantesque cylindre de 49 m de long situé à 15 m sous terre, ce bassin permet de stocker 14 500 m³ collecté en centre ville. Les gros déchets y sont récupérés et la partie claire de l’eau décantée est rejetée en mer une fois l’orage passé, tandis que les eaux polluées sont envoyées à la station de traitement dès que celle-ci est de nouveau en capacité de les traiter. Quatre autres basins sont prévus sur le périmètre de l’agglomération marseillaise : un de 12 000 m³ achevé en septembre 2015 place Jules Guesde à la Porte d’Aix, un de 15 000 m³ dans l’emprise du tunnel ferroviaire désaffecté Lajout près de la nouvelle station de métro boulevard Capitaine Gèze, un autre de même capacité cours Pierre Pujet, et enfin un plus vaste de 33 000 m³ à Saint-Mauront, près des Docks.

Vue intérieure du bassin Ganay lors de son inauguration (photo publiée par GoMet)

Un sixième ouvrage profond de 30 m pour un diamètre de 56 m et une capacité de 50 000 m³, a été construit à partir de 2014 sous le stade Ganay. Désormais achevé et inauguré en avril 2017, ce gigantesque bassin enterré, pour lequel il a fallu mobiliser pas moins de 80 000 tonnes de béton, doit être relié d’une part à la station de traitement Géolide et d’autre part au réseau unitaire. Pour cela, il a notamment fallu creuser une galerie de 3 m de diamètre et 300 m de longueur, à 10 m de profondeur. Un tunnelier a été mobilisé dans ce but, pendant près de 6 mois, jusqu’à ressortir près du boulevard Michelet en décembre 2016, une fois sa tâche accomplie.

Sortie du tunnelier (photo © N. Vallauri pour La Provence)

Vue en coupe du bassin Ganay (source)

En surface, on ne verra du bassin Ganay qu’un modeste bâtiment de service au forme de simple pavillon et il reste encore à reconstruire le nouveau stade Ganay au dessus du réservoir enterré dont les Marseillais seront bien en peine d’imaginer l’existence une fois le chantier achevé. C’est d’ailleurs le risque de ce type de démarche qui consiste à masquer de la vue du citoyen les aménagements pourtant indispensables au fonctionnement de la ville : à force d’oublier que la gestion des eaux fait partie intégrante de la vie urbaine, comment peut-on s’en approprier les enjeux pourtant essentiels ?

L.V.  

Inondation : une nouvelle stratégie pour la métropole marseillaise

14 avril 2017

A Marseille comme dans le reste de la Provence, on craint traditionnellement surtout la sécheresse et les feux de forêt mais le risque d’inondation est loin d’être négligeable et souvent bien plus meurtrier. Les inondations de juin 2010 dans le Var, avec ses 26 morts et des dommages matériels évalués à un milliard d’euros, l’ont rappelé une fois de plus, de même que celles d’octobre 2015 dans les Alpes-Maritimes. Certains se souviennent peut-être de ce jeune homme mort noyé en août 1986 sur la route départementale entre Carnoux et La Bédoule, mais plus près de nous un orage survenu le 19 septembre 2000 avait encore fait 3 morts à Marseille et rebelote, 3 ans plus tard, avec encore 3 morts et 2 disparus à l’occasion de nouvelles pluies diluviennes en décembre 2003.

Un extrait de La Provence après l’inondation du 19 septembre 2000

Quand on fouille un peu dans les archives, on se rend rapidement compte que ces événements n’ont rien d’exceptionnel et se reproduisent de manière récurrente. De violentes crues de l’Huveaune ont laissé des traces dans les chroniques historiques en 1518, 1610 ou encore 1716. Le 22 octobre 1810, le centre-ville de Marseille était inondé suite à un violent orage, entraînant la mort d’une jeune fille. On pourrait citer de même d’autres épisodes catastrophiques du même type en date du 1er octobre 1892 ou encore le 8 novembre 1907 où l’on déplore 4 victimes et de gros dégâts. Début octobre 1973, ce sont 7 personnes en tout qui se noient à l’occasion d’une nouvelle vague d’inondations sur Marseille, tandis qu’en 1976 on dénombre plus de 1000 sinistrés suite à une nouvelle crue de l’Huveaune.

Bref, le territoire de la métropole Aix-Marseille est fortement exposé au risque inondation, même si chacun n’en a pas forcément conscience. C’est donc tout l’intérêt de la stratégie locale de gestion du risque inondation qui vient d’être adoptée le 14 mars 2017 par arrêté préfectoral, que de rappeler l’étendue de ce risque et de proposer une démarche cohérente pour le prévenir.

Cette stratégie locale, est la dernière étape d’un processus initié en 2010 suite à la transposition en droit français d’une directive européenne de 2007 sur les inondations. Cette démarche a consisté d’abord à mieux délimiter, sur l’ensemble du territoire national, les zones potentiellement inondables, puis à identifier les territoires les plus exposés. Ces territoires à risque important sont au nombre de 122 en France dont deux sur le périmètre de la métropole marseillaise : l’un qui va de Gemenos à Marseille et l’autre qui couvre la zone d’Aix-en-Provence depuis Gardanne jusqu’à Salon-de-Provence.

Cinq fleuves côtiers principaux baignent l’agglomération d’Aix-Marseille : la Touloubre qui prend naissance au pied de la Sainte-Victoire et se jette dans l’étang de Berre, l’Arc qui passe près d’Aix-en-Provence et se jette également dans l’étang de Berre, la Cadière qui traverse Vitrolles et Marignane, le ruisseau des Aygalades, issu du massif de l’Etoile et qui se jette dans la mer à Marseille, tout comme le dernier, l’Huveaune qui traverse Aubagne et dont le bassin versant englobe l’essentiel de la commune de Carnoux.

Par souci de cohérence et même si des structures administratives différentes interviennent sur ces différents bassins hydrographiques, la stratégie locale qui vient d’être adoptée couvre ces 5 bassins versants et intéresse du coup les deux territoires à risque importants, dont l’ensemble du périmètre de la métropole Aix-Marseille-Provence qui a d’ailleurs vocation, de par la loi, à prendre en charge la compétence liée à la gestion de l’eau et des milieux aquatiques et à la prévention des inondations.

L’avenir dire si cette stratégie sera efficace, qui vise à améliorer les différents volets de la prévention du risque inondation sur ce territoire, depuis l’alerte et la gestion de crise jusqu’à la réduction de la vulnérabilité des enjeux exposés, en passant par une gestion plus adaptée des flux en cas de crue. Une chose est sûre : les services de l’État qui ont organisé l’élaboration de cette stratégie locale ont fait un gros effort de communication pour faire connaître la démarche et en diffuser largement les grandes lignes. Le contenu de la stratégie est librement accessible en ligne ainsi qu’une plaquette d’information et deux vidéo, l’une qui explique en quoi consiste la démarche et l’autre qui se veut un document de sensibilisation de la population vis-à-vis du risque inondation sur le territoire de la métropole marseillaise.

Extrait de la vidéo réalisée par la DDTM 13 sur la stratégie locale

Ce dernier document destiné au grand public mérite d’être largement diffusé. Il rappelle à tous la présence de ces cours d’eau qui traversent notre agglomération, souvent endigués voire busés comme l’Huveaune dans la traversée du centre-ville d’Aubagne, disparaissant de notre vue et se rappelant brusquement à notre souvenir lorsqu’ils cherchent à se frayer un lit au milieu des zones urbanisées à l’occasion d’un événement pluvieux plus intense que d’habitude. Leurs eaux, grossies par les flux qui ruissellement rapidement sur les terrains imperméabilisés des parkings de centres commerciaux et des zones industrielles ou pavillonnaires, débordent alors et empruntent les axes routiers où elles déferlent en emportant tout sur leur passage.

Extrait de la vidéo

La vidéo imagine un journal télévisé relatant le déroulement de la prochaine inondation qui ne devrait pas manquer de se produire sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, en s’appuyant sur des images d’archives d’inondations récentes. Le résultat est assez saisissant et mérite d’être regardé, l’objectif étant bien évidemment de rappeler à chacun la réalité du risque et les bons comportements à adopter lors d’un tel événement.

Photo d’archive (copyrigth France 3)

Les inondations de ces dernières années, en zone méditerranéenne, ont en effet montré à quel point nombre de victimes dans ce type de catastrophe meurent parce qu’elles ont eu des comportements inadaptés et imprudents : vouloir à tout prix aller rechercher sa voiture dans un parking souterrain en cours d’inondation, s’engager dans une route partiellement inondée ou faire le forcing pour aller chercher ses enfants à l’école alors qu’ils y sont en sécurité, autant de gestes anodins mais qui sont trop souvent à l’origine de tragiques noyades.

Photo d’archive de l’inondation du 19 septembre 2000 à Marseille

Les automobilistes en particulier payent un lourd tribut à chaque inondation car ils se croient en sécurité dans leur voiture sans avoir conscience que celle-ci devient rapidement incontrôlable avec seulement 30 cm d’eau, pour un peu que celle-ci soit boueuse et qu’elle s’écoule rapidement, sans compter qu’il devient rapidement très difficile d’ouvrir les portières pour sortir d’un véhicule du fait de la poussée de l’eau.

Mieux vaut donc avoir conscience de ces éléments plutôt que de les découvrir par soi-même dans la panique d’une inondation ! C’est pourquoi on ne peut qu’inciter chacun à visionner cette courte vidéo qui rappelle ces quelques notions de base et invite à une vigilance active.

L.V.  

Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ?

20 novembre 2016

Alors même que se déroule le premier tour des primaires de la droite, force est de constater que jusqu’à présent et à cinq mois tout juste du premier tour des prochaines élections présidentielles, il n’a guère été question d’environnement dans cette campagne électorale qui pourtant bat déjà son plein.blog360_dessintrump

Les nouvelles de la planète ne sont pourtant pas des meilleures et nul désormais ne peut nier la réalité du changement climatique, sauf à être d’une mauvaise foi flagrante comme le futur président des États-Unis, Donald Trump, pour qui il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « canular », une simple invention des Chinois pour empêcher les Américains d’exploiter leurs ressources en gaz de schiste…

Nous sommes en 2016 et tout indique que les 16 années que nous venons de connaître depuis le passage à l’an 2000 font partie des 17 les plus chaudes que la Terre a connu depuis le début des mesures météorologiques au XIXème siècle. Quant à la réalité du lien de causalité entre ce réchauffement climatique global et l’activité humaine via l’exploitation des énergies carbonées et la production massive de gaz à effet de serre, aucun scientifique sérieux n’est plus en mesure actuellement de la nier, malgré les efforts désespérés des plus climatosceptiques d’entre eux.

Ce qui n’empêche pas certains candidats à l’élection présidentielle (et pas des moindres!) de déclarer péremptoirement, comme l’a encore fait Nicolas Sarkozy en septembre 2016, qu’il « faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ». On savait déjà que pour lui, « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire », comme il l’avait asséné publiquement lors d’une visite au Salon de l’Agriculture dès 2010, tirant un trait définitif sur le pacte écologique qu’il avait signé peu avant son élection en 2007, à l’initiative de Nicolas Hulot. Mais chacun sait bien que les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les écoutent…

blog360_dessincovoiturageIl y a un an tout juste, les médias bruissaient chaque jour des derniers développements de la COP 21 au cours de laquelle se jouait, comme chacun en convenait alors, l’avenir de l’humanité. L’affaire a été présentée comme un beau succès diplomatique bien que les engagements pris par les différents pays à cette occasion soient loin de permettre de limiter sous la barre fatidique des 2 °C l’augmentation de la température moyenne du globe : on serait plutôt autour des 3,5 °C (dont 1,2 °C qui sont d’ores et déjà constatés, sachant que pour l’instant nos émissions de gaz à effet de serre ne font encore qu’augmenter…). Et pourtant, la COP 22 vient de s’achever dans l’indifférence générale sans le moindre engagement supplémentaire, sinon celui de Daniel Trump de s’asseoir sans vergogne sur l’accord de Paris pourtant déjà ratifié par les États-Unis !

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Mais rien de tout cela ne semble perturber nos responsables politiques en quête d’un mandat présidentiel. Sur les trois débats qui viennent d’opposer les concurrents à la primaire de la droite, il a beaucoup été question de réduire les dépenses publiques, de combattre le terrorisme et de terroriser les islamistes, mais seules quelques minutes ont été consacrées aux questions environnementales, manifestement jugées mineures. Quelques minutes que Nicolas Sarkozy, jamais en retard d’une provocation, a mis à profit pour affirmer en substance que les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les écologistes qui s’opposent au développement de l’énergie nucléaire. Il fallait en effet y penser : chapeau l’artiste !

Dessin de Tignous

Dessin de Tignous

Certes, si l’on fouille un peu dans les programmes des candidats comme l’a fait notamment le think tank La Fabrique écologique, analyse rapportée notamment dans la Gazette des communes, on verra que Alain Juppé et François Fillon font quelques propositions pour faciliter la rénovation énergétique des logements. De son côté, le candidat déjà déclaré Jean-Luc Mélenchon défend l’idée d’isoler au moins 70 000 logements par an et de construire 200 000 logements publics aux normes écologiques pendant cinq ans. Rappelons au passage qu’en 2014 ce sont déjà 400 000 logements qui ont été rénovés en vue d’une moindre consommation énergétique et que la loi de transition énergétique adoptée en 2015 par le gouvernement actuel affiche un objectif de 500 000 logements rénovés chaque année via des mesures incitatives dont le crédit d’impôt et l’écoprêt à taux zéro.

Alors que ces chantiers de rénovation énergétique peuvent avoir des retombées positives majeures non seulement sur l’évolution de notre environnement climatique mais aussi sur la facture énergétique des particuliers comme sur la balance commerciale nationale et surtout permettre de créer des milliers d’emplois non délocalisables, il est vraiment étonnant de constater à quel point de tels enjeux sont passés sous silence dans une campagne politique de cette ampleur, masqués par des débats homériques sur la taille du tissu dont certains choisissent de s’envelopper pour aller se baigner l’été…

Dessin de Geluck

Dessin de Geluck

Il en est de même pour les questions qui touchent aux modes de déplacement. Alors que les transport constituent la principale source d’émission de gaz à effet de serre, en constante augmentation depuis 1990, et qu’ils contribuent très largement aux atteintes sanitaires via les émissions de particules fines, ce thème est quasiment absent du débat public de ces élections. Il y a pourtant dès à présent bien davantage de morts en France du fait de la pollution atmosphérique (qui serait à l’origine d’environ 45 000 décès prématurés chaque année dans notre pays et qui coûte très cher à la société comme on ne cesse de le démontrer, étude après étude) que du terrorisme. Mais le sujet a bien du mal à s’immiscer dans le débat public…

A quand des sujets de campagne qui prennent enfin en compte des questions aussi cruciales pour notre avenir et celui de nos enfants ?

L.V.  lutinvert1small

Retard de trains : la SNCF entretient sa réputation…

17 novembre 2016

En France, et pas seulement en région PACA, les statistiques de la SNCF sont redoutables et totalement transparentes puisque accessibles à tous en open data. En juillet 2016, on constate ainsi qu’un TGV sur sept était en retard, ce qui n’est pas négligeable, surtout sur certaines lignes comme par exemple Marseille-Lille où un TGV sur 4 est en retard, qui dit mieux ?

blog359_dessinpetanqueLes chiffres annoncés pour le mois de septembre sont d’ailleurs identiques pour les trains intercités avec six trains à l’heure pour un en retard. C’est un petit peu mieux pour les TER, sauf naturellement en région PACA et en Ile de France où la SNCF n’ose même pas publier ses statistiques et se contente d’affirmer que pour un voyageur en retard, 9 ont réussi à arriver à l’heure : certains ont décidément plus de chance que d’autres…

blog359_dessinaffichageOn découvre ainsi à la lecture de ces statistiques que pour le mois d’octobre 2016, le dernier renseigné, sur 15 000 TER programmés en région PACA, 515 ont été purement et simplement supprimés, pour la plus grande joie, on s’en doute, de ceux qui avaient prévu de les emprunter, se sont parfois levé tôt pour cela, ont fait le trajet jusqu’à la gare, et découvrent bien souvent à la dernière minute ou parfois après avoir attendu en vain pendant une heure ou deux sur un quai glacé par le mistral, que finalement la SNCF avait jugé préférable de ne pas faire rouler ce train pour des raisons diverses et variées.

Quant au nombre de trains en retard, il atteint le chiffre astronomique de 2334 : impressionnant ! C’est donc un train sur 6 qui est en retard dans la région et la situation dure ainsi depuis des années. Certains mois, ce sont plus de 1300 trains qui ont été annulés et plus de 3000 qui étaient en retard. La région PACA est en tout cas clairement en queue de peloton avec un taux de régularité qui dépasse rarement  les 80 %.

blog359_dessin1Les raisons de ces retards sont multiples et la SNCF ne manque pas d’imagination pour les détailler. Les heurts avec un obstacle circulant sur la voie font partie des causes fréquemment rencontrées et tout voyageur empruntant régulièrement le train s’est un jour trouvé confronté à cette situation. Lancé à pleine vitesse, le train freine brusquement et s’arrête. La voix du contrôleur se fait rapidement entendre pour délivrer le message habituel « notre train est arrêté en pleine voie : ne tentez-pas l’ouverture des portières ». On ne sait jamais, des fois qu’un voyageur claustrophobe en profiterait pour s’échapper…

Et ensuite, c’est l’attente, interminable, ponctuée selon l’humeur du contrôleur par des messages périodiques de sa part expliquant qu’il ne sait rien mais qu’il ne manquera pas de revenir très vite vers les voyageurs dès qu’il en saura davantage.

Car dans ces cas-là, la SNCF applique ses procédures qui sont très strictes et respectées à la lettre : le conducteur d’un train qui heurte un obstacle (généralement un sanglier mais ce peut être aussi un cerf voire une vache selon les régions) arrête sa motrice et déclenche un signal radio qui oblige tous les autres trains circulant sur la voie, y compris dans l’autre sens, à stopper net. C’est donc tout le trafic ferroviaire sur le tronçon de voie qui est paralysé, avec tous les effets en cascade qu’on imagine.

Train Paris-Marseille arrêté en pleine voie...

Train Paris-Marseille arrêté en pleine voie…

Ensuite, le conducteur descend de sa machine, va jeter un œil sur l’avant du train pour évaluer les dégâts éventuel comme le ferait n’importe quel automobiliste maladroit ayant malencontreusement heurté un obstacle, puis il prend son courage à deux mains, sa lampe torche s’il fait nuit, et refait à pied le chemin parcouru en suivant les rails jusqu’au point d’impact.

Il est en effet tenu par le règlement d’aller reconnaitre lui-même la nature de l’obstacle qu’il a heurté. S’il s’agit effectivement d’un sanglier, il n’est toutefois pas obligé d’en prélever les oreilles et la queue. Son témoignage suffit et il n’a plus qu’à repartir dans l’autre sens pour rejoindre sa machine et reprendre sa route. En revanche, s’il s’avère que c’est une personne qui a été heurtée, les choses se compliquent (et l’attente se prolonge) car il faut alors appeler la gendarmerie et la police scientifique pour lancer l’enquête destinée à préciser les causes réelles de l’accident. Compter dans ce cas au moins 4 à 5 heures d’immobilisation.

Le point faible de la procédure, c’est qu’un train lancé à pleine vitesse met un certain temps pour s’arrêter, le temps de parcourir largement 1,5 à 2 km, et même 4 km pour un TGV en rase campagne. On imagine donc le pauvre conducteur forcé de parcourir seul à pied, en longeant les rails et souvent en pleine nuit ses 4 km à la recherche des restes de l’animal qu’il a percuté, puis bien évidemment de refaire ensuite le même parcours en sens inverse avant de pouvoir annoncer au contrôleur que le train va pouvoir repartir. Selon l’entraînement du chauffeur, il faut bien compter au minimum 1h, voire 2 pour un TGV en pleine nuit. C’est toujours bon à savoir, ne serait-ce que pour éviter de tirer des plans sur la comète quant à l’éventualité bien hasardeuse de pouvoir malgré tout attraper sa correspondance : dans une telle configuration, ce n’est même pas la peine d’y songer !

Photo J. Boyé

Photo J. Boyé

Certains esprits curieux pourraient se demander pourquoi le conducteur est obligé de se taper ainsi ses 8 km aller-retour à pied le long de la voie alors qu’il lui suffirait de se mettre au volant de la motrice de queue et de repartir en sens inverse à faible vitesse jusqu’au lieu du choc initial. La réponse résulte très certainement d’une analyse approfondie effectuée par les spécialistes de la sécurité au sein de la SNCF, laquelle n’a cependant pas jugée nécessaire de la communiquer, ni même d’en faire part à son personnel de bord, qui doit donc se dépatouiller tout seul pour expliquer tant bien que mal la situation aux passagers plus ou moins patients, non seulement dans le train qui a provoqué la collision, mais dans tous les autres qui sont également bloqués sur la voie en attendant le verdict de celui qui est parti en reconnaissance.

Voila en tout cas une des (multiples) causes de retard de la SNCF qui pourrait être largement atténuée moyennant une adaptation des procédures mais rien ne permet de penser qu’une telle réflexion soit à l’ordre du jour. C’est bien dommage pour les statistiques de la SNCF, et pour la patience de ses usagers…

L.V.  lutinvert1small

Alors, la vaccination, est-ce bien utile ?

26 octobre 2016

afficheconfvaccination« Vaccination : agression ou protection » tel était le titre de la conférence donnée par Annick Guimezanes et Marion Mathieu, invitées par le Cercle Progressiste Carnussien le jeudi 6 octobre 2016 au Clos Blancheton à Carnoux devant une trentaine de personnes.

Annick Guimezanes est chercheuse émérite à l’Inserm, plus précisément au Centre d’Immunologie à Marseille Luminy. Elle participe depuis 2009 à des formations en immunologie auprès d’associations de malades. Marion Mathieu est docteur en biologie, formatrice dans « Tous chercheurs », association qui s’est donnée pour mission d’initier le public à la démarche scientifique et au milieu de la recherche, sur des thèmes très variés tels que la vaccination, les essais cliniques, les tests génétiques, etc.

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Si le principe de la vaccination reste constant, les vaccins, eux, ont beaucoup évolué et se sont diversifiés depuis les débuts. Dans le même temps la perception de la population vis-à-vis de la vaccination est passée d’un accueil positif à une solide implantation. Face à cette reconnaissance, on assiste depuis quelques années à la montée de réticences tant vis-à-vis des produits que du principe même de la vaccination généralisée.

phpasteurSi la première vaccination contre la variole, avec la vaccine des vaches par E. Jenner remonte à 1796, ce n’est que dans les années 1860-1870 avec L. Pasteur en France et R. Koch en Allemagne que l’on prend conscience qu’un microbe est responsable de la maladie (bactérie ou virus) et qu’on commence à mettre au point des vaccins grâce à l’injection de la maladie atténuée.

Un rappel du mécanisme de la réponse immunitaire a permis aux intervenantes de mieux faire comprendre la vaccination. La réponse immunitaire à une infection, se fait en deux temps  une réponse innée rapide mais peu spécifique puis une réponse adaptative, plus spécifique et qui garde la mémoire de cette première rencontre avec le microbe. Cette mémoire permettra de répondre beaucoup plus vite lors d’un nouveau contact avec le même microbe. Le principe de la vaccination utilise cette mémoire immunitaire et permet de s’immuniser avec un microbe atténué, pour répondre très vite et sans être malade si l’on est un jour en contact avec le vrai microbe (voir le schéma).

schemareponseimmunitaire

Il existe deux grands types de vaccins :

– les vaccins vivants atténués. Le microbe a été rendu moins virulent, pour créer chez la personne vaccinée, une infection avec peu ou pas de symptômes. C’est le cas en France pour plusieurs vaccins dirigés contre des virus : poliomyélite (vaccin oral), rougeole-oreillons-rubéole (ROR), varicelle… et une bactérie, la tuberculose ou bacille de Calmette et Guérin : BCG

– les vaccins non vivants ou inactivés. Ils peuvent contenir le microbe entier tué, des fragments de microbe ou la toxine produite par le microbe, qui est alors inactivée. Pour obtenir une meilleure réponse protectrice, depuis la fin des années 1920 des adjuvants ont été utilisés avec les vaccins non vivants qui constituent la plupart des vaccins.

livre-vaccinationBeaucoup de critiques et de méfiance proviennent de l’utilisation des adjuvants. Ces derniers sont nécessaires et on ne sait pas toujours comment ils interviennent. Les sels d’aluminium sont les plus anciens adjuvants utilisés depuis 1926. On sait depuis peu (2009) qu’ils stimulent la réponse du système immunitaire inné, en jouant le rôle du signal de danger. On les soupçonne aujourd’hui d’être, tout comme les déodorants à aluminium, plus ou moins associés à la myofasciite à macrophages, une maladie très rare caractérisée par des lésions musculaires infiltrées par des macrophages.  L’aluminium qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années reste l’adjuvant le plus utilisé, mais de nombreux autres adjuvants sont testés aujourd’hui, pour trouver la « perle rare » qui n’aurait pas d’effets secondaires.

Comment imaginer la couverture vaccinale : la notion d’immunité de groupe

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Ce tableau nous permet d’apprécier que dans une population vaccinée les risques de propagation d’une épidémie sont faibles, les non vaccinés étant protégés par les vaccinés. A cela il faut cependant ajouter que l’immunité n’est pas pérenne, il y a nécessité de faire des rappels. Aujourd’hui avec le recul on s’aperçoit que l’efficacité des vaccins est plus longue que prévue, et pour les rappels, on parle d’âges de vaccination après l’enfance : à 25, 45 et 65 ans.

dessinterrorismeDans la législation française, la confusion existe entre l’obligation et la recommandation des vaccins. C’est une opposition historique qui n’a aucune relation avec la gravité des maladies dont ils nous protègent. Les vaccins les plus anciens (diphtérie, tétanos et poliomyélite) sont obligatoires et exigés pour l’inscription des enfants à l’école, et les autres sont recommandés mais tout aussi importants. Le vaccin est un médicament tout à fait particulier. On a en effet le sentiment de prendre des risques alors qu’on n’est pas malade. On voit beaucoup moins clairement le rapport bénéfice/risque que pour un médicament classique.dessinrats

Dans ce climat de défiance on a fait ainsi la relation entre la vaccination de l’hépatite B et la sclérose en plaque (SEP). La campagne de vaccination qui ne devait concerner que les nourrissons et les enfants de 10/11 ans, a été étendue à un grand nombre de personnes. On a constaté un nombre de cas de SEP qui a paru anormalement élevé parmi les personnes vaccinées.

Depuis, de nombreuses études rétrospectives ont été menées sur cette relation possible. Le consensus actuel dans la communauté scientifique est une absence de causalité : si on compare une population importante de gens vaccinés et non vaccinés on trouve la même proportion de cas de SEP dans les deux populations (environ 1 personne sur 10 000). Quant à la relation entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole et l’autisme, il s’agissait d’une fraude scientifique. La publication relative à ce prétendu lien a été retirée et son auteur a été radié de l’ordre de médecins. Dans un cas comme dans l’autre, la première « information scandale » circule vite tandis que le résultat des études qui contredisent ces informations ne fait plus l’objet de l’attention du public !dessingrippea

Pour d’autres raisons, l’épisode de la grippe H1N1 particulièrement mal géré en France a contribué aussi à la perte de confiance dans la vaccination. La couverture vaccinale des personnes âgées, à risque pour la grippe est passée de 65% en 2008 à 50% en 2013. Alors que 90 % des français se déclaraient favorables à la vaccination en 2000, ils n’étaient plus que 60 % en 2010. Ne rejoint-on pas un comportement général essentiellement individualiste qui ne perçoit plus l’intérêt que l’on prenne un peu de risque pour une protection individuelle et collective ?

On a pu ainsi apprécier combien il était important d’avoir une remise à jour des informations sur des notions parfois trop rapidement mises à mal par des désinformations qui circulent souvent sur internet. Merci vraiment à nos deux conférencières

Après la réponse aux nombreuses questions du public, le verre de l’amitié nous a permis de poursuivre des échanges sur cette question et sur bien d’autres, naturellement !!!

Cécile Tonnelle

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Marseille brûle t-il ?

14 août 2016

Il n’y a pas qu’en Californie que les feux de forêt menacent les zones habitées comme vient de le rappeler la série d’incendies spectaculaires qui se sont produits cette semaine aux portes de Marseille et qui rappellent l’alerte de juillet 2009 suite à l’incendie de Carpiagne. Mercredi 10 août, en fin d’après-midi, l’épais panache de fumée venu du nord recouvrait une bonne partie de la ville de Marseille, masquant le soleil pourtant encore haut dans le ciel et prenant des teintes orangées puis rosées du plus bel effet. Mais si les Marseillais pouvaient encore à ce stade observer les couleurs exceptionnelles de ce ciel chargé, plus au nord, sur le plateau de Vitrolles, c’était un véritable enfer.

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Attisé par un mistral soufflant à plus de 80 km/h, le feu qui s’était déclaré sur la commune de Rognac vers 15h30, s’est rapidement propagé vers le sud, ravageant une bonne partie des communes de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau. Paradoxalement, l’hiver et le printemps ayant été relativement pluvieux, la végétation était plutôt abondante mais avait été totalement desséchée ces dernières semaines tandis que les fortes chaleurs estivales se traduisaient par un air très sec, particulièrement favorable à l’inflammation des essences de pin.

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Il est probable que ces conditions climatiques n’expliquent pas à elles-seules le déclenchement de ces incendies, attribué soit à des imprudences soit à des actes de malveillance (comme en juillet dernier où 500 hectares avaient été ravagés par les flammes sur la Côte bleue, à l’initiative d’un pyromane par ailleurs employé de la métropole Aix-Marseille…), mais elles sont largement responsables de l’ampleur prise par la propagation du feu. Les témoignages des pompiers, largement relayés par les médias, faisaient état en fin de soirée d’une « situation hors de contrôle, un feu extrêmement puissant, rapide, explosif qui continue à brûler tout sur son passage, même des maisons ».

Pompiers combattant le feu sur Vitrolles

Des moyens d’intervention très importants avaient pourtant été mis en œuvre toute la journée pour faire face à ces incendies qui, outre le secteur de Vitrolles, s’étaient déclarés en plusieurs autres endroits proches. Dans l’Hérault, un violent incendie ravageait au même moment 200 hectares de pinède près du village de Gabian, à 20 kilomètres au nord de Béziers, mobilisant plus de 300 hommes. Circonscrit vers 20h, cet incendie a piégé quatre pompiers dont trois ont été brûlés grièvement.

A Fos-sur Mer d’autres foyers se sont rapprochés très dangereusement des installations pétrochimiques particulièrement vulnérables aux incendies. Après avoir menacé deux stations service qui ont dû être évacuées le long de la RN 568, les flammes se sont dangereusement rapprochées de la raffinerie Esso et des différents dépôts pétroliers classés en établissements Seveso, menaçant même le site d’Arcelor-Mittal et le pipeline Sud-Européen, tandis que le stock de bois destiné à la centrale thermique de Gardanne partait en fumée.. Il a fallu dans ce secteur industriel particulièrement sensible non seulement l’intervention des pompiers aidés de moyens aériens importants, mais aussi la mobilisation des équipes de sécurité interne, dans le cadre du déclenchement des procédures adaptées.

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

D’autres foyers d’incendie s’étaient déclarés dans la journée sur les communes de Martigues, de Port-Saint-Louis, de Coudoux (provoquant la coupure de l’autoroute A8 afin de permettre l’intervention des pompiers, au prix d’un bel embouteillage), et surtout à Istres où un départ de feu s’est déclenché vers 18h, se propageant rapidement vers des lotissements habités malgré l’intervention rapide d’une cinquantaine de pompiers et de moyens aériens conséquents. Près de 300 personnes ont dû être évacuées en urgence, dont les occupants d’un camping, et trois maisons ont été détruites par le feu ou sévèrement endommagées.

Mais le foyer le plus important auquel ont dû faire face les pompiers est celui du plateau de Vitrolles qui s’est propagé à grande vitesse sur près de 2 500 hectares, dans un secteur très urbanisé. La plupart des milliers d’habitants concernés ont pu être confinés chez eux mais plus de 2 000 d’entre eux ont néanmoins dû être évacués, dont plusieurs centaines hébergées pour la nuit dans des gymnases aménagés en urgence.

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

La progression des flammes a été spectaculaire, prenant de vitesse certains habitants, trois d’entre eux ayant été brûlés dont l’un assez grièvement. De l’ordre de 1 200 pompiers ont été mobilisés sur cet incendie hors norme et comme toujours en pareille situation, ils ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion voire de fermeté pour évacuer certains habitants refusant d’abandonner leur maison menacée par les flammes, ou écarter de nombreux gêneurs irresponsables venus se rapprocher du front pour prendre des photos !

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Sur le plateau de l’Arbois, le feux s’est largement propagé en direction de la voie ferrée après avoir sauté la RD 9, puis la RD 113 et enfin l’autoroute du Litoral, bloquant même pendant un moment l’accès à la gare TGV d’Aix-en-Provence. A la tombée de la nuit, le feu était largement hors contrôle et se dirigeait à grande vitesse en direction des confins de l’agglomération marseillaise, obligeant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à déclencher le Plan communal de sauvegarde.

Hélicoptère bombardier d'eau au dessus de l'A7 (photo B. Horvat / AFP)

Hélicoptère bombardier d’eau au dessus de l’A7 (photo B. Horvat / AFP)

Heureusement, le feu a pu être stoppé avant qu’il n’atteigne les premières habitations de l’agglomération marseillaise, mais le bilan est néanmoins sévère. Les rebords sud du plateau de l’Arbois, sur les hauteurs de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau, véritable petit paradis de pinèdes entourant l’écrin de verdure par où jaillit la source de la Cadière au lieu-dit l’Infernet, a laissé place à un spectacle de désolation recouvert de cendres et de troncs calcinés. Sur Vitrolles, trois habitations ont été détruites et 17 endommagées. Un restaurant et un garage automobile ont été totalement détruits, tandis que le groupe scolaire des Pinchinades a été fortement endommagé à quelques semaines de la rentrée scolaire. Des centaines d’usagers ont été privés d’électricité suite à la combustion de nombreux poteaux électriques et une douzaine de véhicules ont été calcinés.

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Sur la commune des Pennes-Mirabeau, qui avait privilégié depuis des années la mise en place d’un habitat huppé parsemé dans la pinède, favorisant le mitage des espaces naturels, le sénateur-maire, Michel Amiel, déplorait dans une interview rapportée par Le Monde : « J’ai la moitié de ma commune qui brûle. C’est une catastrophe, je n’ai jamais vu cela ».

Maisons des Pennes-Mirabeau après l'incendie (photo B. Horvat / AFP)

Maisons des Pennes-Mirabeau après l’incendie (photo B. Horvat / AFP)

Ce proche de Jean-Noël Guérini, maire de la commune depuis plus de 15 ans et largement responsable à ce titre de l’extension des constructions dans les secteurs périphériques de la ville, regrette désormais que les obligations de débroussaillement qui incombent aux propriétaires n’aient pas été mises en œuvre avec un peu plus de vigilance…

Le même élu se plaignait pourtant en 2012, à l’occasion de la réalisation du Plan local d’urbanisme de sa commune, que les services de l’État aient la mauvaise grâce d’évoquer les risques naturels d’inondation et de feux de forêt pour tenter de limiter un tant soit peu sa volonté d’expansion urbaine. L’avenir dire si cette nouvelle catastrophe fera évoluer sa position sur le sujet ou s’il ne s’agit que de propos de circonstance vite oubliés au fur et à mesure que la mémoire s’estompe et que les affaires reprennent…

L.V.  LutinVert1Small

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

Blog321_PhOdeon

Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Les Paluds : une zone inondable qui a du mal à l’admettre…

5 juin 2016

Le nom des lieux-dits est souvent révélateur de la réalité de leur configuration naturelle. Le mot « palud », qui dérive en ligne droite du vocable latin palus, -udis désignant un marais est répertorié dès le XIIIe siècle pour désigner une plaine inondable marécageuse et a donné lieu à une riche toponymie un peu partout en France, avec son corollaire bien connu de « paludisme » qui désigne la maladie (également dénommée malaria) transmise par les moustiques qui s’y développent habituellement.

Zone d'activité des Paluds à Aubagne

Zone d’activité des Paluds à Aubagne

A Aubagne, la zone d’activité des Paluds qui regroupe plus de 600 entreprises sur une superficie d’environ 120 hectares est la parfaite illustration de ces zones industrielles et commerciales qui ont poussé comme des champignons dans les années 1970-80 en périphérie des zones urbaines et à proximité des grands axes de communication mais au mépris total de leur environnement naturel.

Petit retour en arrière : en 1437, la baronnie d’Aubagne, alors rattachée au Comté de Provence, fut vendue par le Roi René à son ami Charles de Castillon, histoire de renflouer ses caisses (déjà à l’époque, les barons locaux devaient faire face à ce problème récurrent de déficit public mais pouvaient compter sur leur réseau de relations pour y faire face…). A partir de 1454 et sous l’impulsion du nouveau seigneur local, on entreprend donc d’assécher la plaine marécageuse des Paluds en creusant de multiples fossés, les filholos en patois provençal local, fossés qui convergent vers un axe de drainage central, la Maïre, laquelle conduit les eaux vers l’Huveaune.

Extrait du cadastre napoléonien à l'est d'Aubagne (début du XIXe siècle)

Extrait du cadastre napoléonien à l’est d’Aubagne (début du XIXe siècle)

Selon des éléments recueillis par Sandra Rouqueirol, archiviste communale aubagnaise, deux membre du conseil municipal, les « obriers de la Palun » étaient alors chargés de veiller à ce que ces canaux soient entretenus et curés régulièrement. Dès 1472, les terres nouvellement drainées sont attribuées en fermage et 10 ans plus tard les premières vignes commencent à produire tandis que les travaux de drainage s’étendent progressivement aux marais voisins de Cuges et de Gémenos. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, la ville d’Aubagne connaît un essor économique notable grâce en partie à la production agricole issue de ces terres particulièrement riches de la vallée de l’Huveaune où l’on cultive la vigne mais aussi câpres, abricots et fraises. Jusque dans les années 1950, toute la plaine située à l’Est d’Aubagne est une zone agricole exploitée de manière très intensive qui contribue fortement à l’approvisionnement de l’agglomération marseillaise et au-delà.

Carte du réseau hydrographique autour d'Aubagne

Carte du réseau hydrographique autour d’Aubagne

Mais dans les années 1960, la société a d’autres préoccupations et les paysans d’Aubagne vendent en masse leurs terres pour permettre la réalisation à partir de 1967 d’une immense zone industrielle et commerciale sur le site des Paluds. Pourquoi s’échiner à cultiver des fraises et des salades, même sur des terres extrêmement fertiles et bien irriguées, alors que l’on peut s’enrichir facilement en revendant à prix d’or ce foncier pour y installer hypermarchés et magasins de revente qui permettent d’approvisionner toute la région avec des produits fabriqués à l’autre bout du monde pour un coût dérisoire ?

Il n’en reste pas moins que cette ancienne plaine alluviale marécageuse, désormais drainée, reste très vulnérable aux crues de l’Huveaune. Ce petit fleuve côtier qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume et se jette dans la mer à Marseille après un parcours de 48 km est, comme tous les cours d’eau méditerranéens, sujet à des crues violentes dont la plus ancienne connue par les archives date de 1518.

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Depuis le XVe siècle, on a gardé la mémoire d’une vingtaine de crues largement débordantes, la plus importante semblant être celle d’octobre 1892. Durant le XXe siècle, quatre épisodes majeurs ont été enregistrés, en 1907, 1935, 1960 et 1978 (sans compter l’orage du 26 août 1986 qui avait fait une victime sur un de ses affluents entre La Bédoule et Carnoux). En 1978, le débit de l’Huveaune à Aubagne n’a toutefois pas dépassé 90 m³/s alors qu’il avait atteint plus du double de cette valeur en 1935. D’autres inondations ont été observées en 2000, 2003 et 2008, mais avec des débordements très limités.

L'Huveaune à l'entrée d'Aubagne en 2008

L’Huveaune à l’entrée d’Aubagne en 2008

Cette période assez longue sans crue majeure de l’Huveaune a sans aucun doute facilité la transformation de sa plaine alluviale en une vaste zone largement urbanisée, segmentée par plusieurs talus autoroutiers et couverte en partie par les immenses hangars et bâtiments industriels de la zone des Paluds, sans compter les parkings et voiries imperméabilisées.

Autant d’éléments qui augmentent le risque car ils accélèrent les ruissellements et rendent le secteur très vulnérable en cas d’inondation. Les inondations récentes sur d’autres bassins versants montrent en effet que les zones industrielles et commerciales concentrent à elles seules souvent plus de la moitié des dommages matériels en cas d’inondation. Lors des inondations de l’Argens le 15 juin 2010, les dégâts observés sur la seule zone d’activité de La Palud (encore un homonyme…) à Fréjus avaient été évalués à plus de 100 millions d’euros, une zone d’activité déjà inondée en 2006 et qui a connu de nouvelles inondations en 2011 et deux fois en 2014 !

La zone d'activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

La zone d’activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

Pour mieux gérer le risque inondation sur le bassin de l’Huveaune jugé particulièrement vulnérable, les services de l’État ont engagé des études hydrauliques à partir de 2012 et prescrit en 2015 la réalisation d’un plan de prévention du risque inondation (PPRI) actuellement en phase de concertation depuis le 12 avril 2016, l’ouverture de l’enquête publique étant envisagée pour septembre prochain.

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

A cette occasion a été modélisé l’impact d’une crue centennale, c’est à dire un événement qui a une chance sur cent de se produire chaque année, très supérieure donc à la dernière crue encore dans les mémoires, celle de 1978, qui était relativement modeste. Le résultat est spectaculaire (voir la video) et confirme que la zone des Paluds serait très largement sous les eaux, ce qui incite les services de l’État à proposer, dans le futur PPRI de réglementer de manière très stricte les constructions dans ce secteur. Une partie importante de la zone d’activité actuelle se trouverait ainsi en zone rouge, ce qui rend quasiment impossible toute nouvelle construction en dehors de certaines extensions d’ampleur limitée.

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Depuis que ces résultats ont été portés à connaissance de la commune et de l’agglomération du Pays d’Aubagne, début 2014 (après les élections pour ne pas perturber le jeu électoral…), les élus locaux ne décolèrent pas et tentent par tous les moyens de freiner le processus. Le dernier épisode en date a eu lieu la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale des propriétaires de la zone d’activité réunis en assemblée syndicale libre, une sorte de syndic de copropriété. Comme l’a abondamment rapporté La Provence, on y a vu à la tribune trois élus locaux de poids, Bernard Deflesselles (député et 1er vice-président de la Région), Gérard Gazay (maire d’Aubagne et vice-président du Département mais aussi de la Métropole) et Sylvia Barthélémy (président du Territoire et vice-présidente de la Métropole et du Département), tous soutenant fermement la lutte des chefs d’entreprises contre toute tentative de l’État de vouloir imposer des mesures contraignantes du fait du risque d’inondation.

Les responsables de l'ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Les responsables de l’ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Une telle mesure serait, à les entendre, de nature à provoquer ni plus ni moins que « la disparition de la ZI des Paluds à court terme ». Les chefs d’entreprises soutenus par nos élus sont donc prêts à tout pour obtenir « l’assouplissement des contraintes imposées par le PPRI » et ont d’ores et déjà sollicité une rencontre avec le préfet pour négocier de tels arrangements. La question n’est pas de savoir si les activités industrielles et commerciales sont effectivement menacées en cas de forte inondation et comment mieux se préparer pour limiter autant que possible les dommages comme les y invite le PPRI.

Non, l’important est d’éviter à tout prix que l’État puisse afficher ce risque et imposer toute contrainte réglementaire qui en découlerait. La politique de l’autruche a fait ses preuves et il sera toujours temps, en cas de grosse catastrophe, de se retourner vers les assurances et la solidarité nationale pour se faire indemniser, tandis que les mêmes élus locaux se répandront en imprécations devant les médias complaisants, pour reprocher à l’État son incapacité à avoir su prévenir le risque…

Zone d'activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Zone d’activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Une telle attitude peut paraître étonnante alors même que le sud de la région parisienne connaît une de ses plus fortes crues depuis 30 ans et que les médias passent en boucle des images de zones d’activité régulièrement sous les eaux du fait d’une sous-estimation du risque d’inondation lors de leur aménagement.

Une attitude qui rappelle étrangement celle du maire de La Faute-sur-Mer qui s’était opposé avec obstination (et succès!) pendant des années aux efforts des services de l’État pour tenter d’imposer sur sa commune un PPRI de nature à en réglementer l’urbanisation. Son obstination avait largement contribué à la situation catastrophique qu’a connue sa commune lors du passage de la tempête Xynthia avec 29 morts à déplorer. Mais il est vrai que son procès en appel s’est conclu, contre toute attente, par un verdict des plus cléments, l’élu ayant échappé à toute peine de prison. Manifestement, le message a été entendu cinq sur cinq par nos propres élus locaux…

L.V.  LutinVertPetit

Suède : la ville de Kiruna menacée d’effondrement…

23 mai 2016
Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Les exploitations souterraines, que ce soit pour extraire du minerai ou des matériaux de construction, engendrent parfois en surface des effets assez catastrophiques. Certaines se souviennent peut-être encore de l’effondrement brutal de 6 hectares d’anciennes carrières de craie qui s’était produit le 1er juin 1961 en limite des communes de Clamart et d’Issy-les-Moulineaux en région parisienne. Le paysage urbain fut dévasté avec la destruction complète de 23 immeubles répartis sur 6 rues, et le bilan humain très lourd avec 21 morts, 45 blessés et plus de deux cent soixante-treize sinistrés.Blog305_PhLorraine

Le bassin ferrifère lorrain paye lui aussi un lourd tribut à cet héritage minier et ce sont plusieurs centaines de maisons qui se lézardent depuis les années 1990, semant le désarroi dans nombre de villages déjà sinistrés sur le plan économique du fait de l’arrêt des exploitations. A Moutiers, Moyeuvre-Grande, Auboué, Joeuf, partout les habitants se trouvent confrontés à la formation de fontis sur la chaussée et à la déformation progressive de leurs maisons qu’ils avaient souvent acheté pour un coût modique aux anciennes compagnies minières, lesquelles avaient pris la précaution d’inclure dans les contrats de vente une clause les exonérant de toute responsabilité en cas de désordre lié aux mouvements du sous-sol….

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Plus près de nous, le quartier des Plâtrières à Roquevaire, autrefois le siège d’exploitations souterraines de gypse jusque dans les années 1960, a aussi été l’objet de plusieurs effondrements spectaculaires dans les années 1990, justifiant la destruction de plusieurs maisons d’habitation et l’élaboration d’un plan de prévention des risques qui interdit désormais toute construction dans ce secteur sous-cavé.

Mineurs de charbon en Chine

Mineurs de charbon en Chine

En Chine, c’est la ville minière de Pingxiang, dans le Jiangxi, qui est menacée depuis quelques années par une série d’effondrements liés aux exploitations de charbon. Ce serait au total près de 90 000 habitants qui seraient concernés par des risques d’instabilité de leur habitation, certaines s’étant déjà écroulées, tandis que 41 écoles et 27 hôpitaux auraient déjà été plus ou moins gravement détruits, au point que les autorités envisagent carrément de reconstruire une partie des bâtiments plus loin.

Vue aérienne du site de Kiruna

Vue aérienne du site de Kiruna

C’est la même histoire qui est en train de se jouer à l’extrême nord de la Suède, dans la ville minière de Kiruna. Un gisement particulièrement riche en fer y est exploité depuis 1899, qui a amené à créer sur place une ville entière, laquelle compte actuellement plus de 20 000 habitants. Exploité à ciel ouvert jusqu’en 1965, la mine qui est l’une des plus vastes du monde s’enfonce désormais sous terre par des galeries creusées à plus de 1000 m de profondeur !

Vue en coupe des galeries d'exploitation principales

Vue en coupe des galeries d’exploitation principales

Contrairement au minerai de fer lorrain, le teneur de ce gisement est telle que l’extraction reste particulièrement rentable pour la compagnie minière d’État Luossavaara-Kiirunavaara Aktiebolag (LKAB) qui l’exploite. Pour suivre le filon qui se prolonge quasi verticalement, cette dernière prépare donc actuellement l’aménagement d’un nouveau niveau d’exploitation qui sera situé à la profondeur de 1385 m.

Seulement voila : à force de creuser, les répercussions commencent à se faire sentir en surface ! La zone de déformation que les exploitants suivent avec vigilance se rapproche désormais des limites de la zone habitée… Comme il n’est pas acceptable d’arrêter en chemin une exploitation aussi rentable, la compagnie minière envisage tout simplement de déplacer la ville ! Installée ici pour exploiter la mine, dans un paysage aride où ne nomadisaient à l’époque que quelques éleveurs de rennes Sami, la ville devra donc suivre l’extension de la mine et s’y adapter…

La ville de Kiruna

La ville de Kiruna

Bien sûr, tout ceci ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra sans doute 25 ans et peut-être bien davantage pour y parvenir, la compagnie étant tenue de négocier maison par maison le rachat des propriétés, à un prix supérieur de 25 % par rapport à la valeur du marché. Plus de 3000 maisons devraient être concernées et c’est le centre-ville qui déménagera en premier. Une série de 19 bâtiments emblématiques, dont l’hôtel de ville et la célèbre église rouge datant de 1912, seront purement et simplement démontés pour être déplacés vers la nouvelle ville, située à 2 km de là.

Eglise rouge de Kiruna

Eglise rouge de Kiruna

L’opération devrait coûter la bagatelle de 700 millions d’euros. Une première vague de 140 familles, les plus proches des limites actuelles de la zone de déformation, a déjà été évacuée et les nouvelles infrastructures sont en train d’être mises en place, mais aucune maison n’a encore été démolie. Ceci dit, il semble que la population accepte sans trop rechigner ce déplacement pur et simple de son cadre de vie. Elle n’a d’ailleurs pas tellement le choix : « soit les mineurs arrêtent de creuser, et la ville sera frappée par un chômage de masse, soit la ville se déplace, ou du moins, subit d’importantes dégradations », explique ainsi l’architecte Krisfer Lindstedt dont le cabinet est en charge d’imaginer ce vaste chantier. Effectivement, mieux vaut s’adapter et suivre le mouvement…

L.V.  LutinVertPetit

Partageons les nouvelles énergies : une conférence à ne pas rater !

4 mai 2016

La réalité d’un réchauffement climatique global est désormais reconnue par la grande majorité des experts au niveau mondial. Depuis 1870, la température mondiale a augmenté en moyenne de 0,8 °C et la dernière décennie est la plus chaude jamais enregistrée. De nombreuses analyses montrent même que la Terre n’a pas connu des températures aussi élevées en moyenne depuis au moins 1000 ans. Ce réchauffement entraîne une augmentation de l’ampleur et de la fréquence d’événements climatiques extrêmes (fortes précipitations et épisodes de sécheresse). Les glaciers des pôles et des massifs montagneux fondent. Le niveau moyen des océans s’est quant à lui élevé de 17 cm au cours du XXème siècle avec une accélération très nette depuis 1993. Le mode de vie de nombreuses espèces végétales et animales en est d’ores et déjà affecté.

PhBanquise

Les rapports successifs des experts internationaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) convergent quant à l’implication majeure des activités humaines génératrices de gaz à effet de serre dans ce réchauffement climatique. Le développement de l’industrialisation et de l’agriculture moderne repose sur une production et une consommation croissantes d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui émettent de façon massive des gaz à effet de serre. Entre 1970 et 2004, les émissions mondiales ont augmenté de 70 %. Des simulations indiquent qu’à ce rythme, l’augmentation de la température pourrait atteindre jusqu’à 4,8 °C d’ici 2100. En France, une canicule comme celle observée en 2003 pourrait cesser d’être exceptionnelle après 2060. La plupart de nos glaciers disparaîtrait et des zones côtières basses comme la Camargue seraient submergées.

Une réduction drastique de l’émission des gaz à effets de serre est donc vitale pour l’avenir de l’humanité. La tenue en France de la 21ème conférence mondiale pour le climat (COP 21) avec la participation de 195 pays a confirmé la gravité de la situation et la nécessité d’agir au niveau mondial pour stopper autant que possible cette augmentation des gaz à effet de serre issus des activités industrielles, commerciales et agricoles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays a été signé le 22 avril 2016 par 170 pays, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 et 2 °C d’ici 2100.

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l'ONU de l'accord issu de la COP 21

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l’ONU de l’accord issu de la COP 21

Selon une étude publiée dans la revue Nature, cet objectif ne pourra être atteint que si la production et la consommation des énergies fossiles est réduite au minimum en laissant dans le sol un tiers des réserves connues de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % des réserves de charbon. L’arrêt de l’exploitation des sources d’énergie fossile est devenu inévitable non seulement parce que leurs réserves s’épuisent inéluctablement mais aussi à cause de leur impact sur le climat. Les conditions d’exploitation, de plus en plus difficiles, ont un coût énergétique élevé et entraînent des dégradations environnementales problématiques.

La production d’électricité par les centrales nucléaires ne génère que 2% de la totalité des gaz à effet de serre. Ces derniers proviennent en grande majorité des secteurs économiques non électrifiés consommateurs de pétrole, de gaz, de charbon et de bois : transports, chauffage, agriculture, etc. La France émet ainsi 4 fois trop de gaz à effet de serre bien que 78% de son électricité soit d’origine nucléaire (contre seulement 2% à l’échelle mondiale). La mise en activité d’un réacteur nucléaire par semaine pendant 15 ans ne réduirait que de 9% nos émissions des gaz de serre.

Centrale nucléaire de Tricastin

Centrale nucléaire de Tricastin

De plus, le coût de production de l’électricité d’origine nucléaire croit de façon importante avec l’arrivée en fin de vie de la plupart des centrales. Le coût du MWh nucléaire a été évalué à plus du double du prix de l’électricité sur le marché européen dans un rapport de la Cour des Comptes de 2016. Les investisseurs s’en détournent comme Siemens en Allemagne et INEI en Italie, qui privilégient les énergies renouvelables. La construction de nouveaux générateurs en remplacement de ceux qui doivent être démantelés n’apparaît donc pas comme une solution durable pour des raisons économiques mais aussi environnementales : la gestion à long terme des déchets nucléaires reste problématique et représente un danger permanent qui s’ajoute aux risques d’exploitation des centrales qui ne sont pas à l’abri d’accidents industriels voire d’actes terroristes. L’évolution climatique pose aussi problème car les centrales nucléaires qui consomment de grosses quantités d’eau pour le refroidissement des réacteurs sont vulnérables aux sécheresse aussi bien qu’aux inondations.

PhVille

Dans un tel contexte, il devient urgent de mettre en place une réelle transition vers une société plus sobre en consommation d’énergie. Le mode de vie des pays industrialisés est associé à un gaspillage énergétique gigantesque évalué à plus de 60% de la consommation d’électricité mondiale. Une grande partie de ce gaspillage pourrait être résorbée en supprimant, entre autres, les éclairages nocturnes inutiles, les activités de veille des équipements électroniques, informatiques et domotique, ou les climatisations inadaptées. La consommation en énergies fossiles pourrait être aussi réduite avec une meilleure isolation de l’habitat, des transports publics plus performants, l’exigence d’une efficacité énergétique optimisée dans l’électroménager comme dans la production industrielle, et l’interdiction des processus d’obsolescence programmée qui génèrent des pannes irréparables.

La réduction de la consommation énergétique est un objectif long à mettre en œuvre en regard de l’urgence climatique qui exige une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. La transition énergétique qui doit être mise en place suivant l’accord international de la COP 21 a pour but de remplacer progressivement les énergies fossiles par les sources d’énergie renouvelable potentiellement inépuisables que sont le rayonnement solaire, l’eau, le vent, la géothermie, la biomasse, la traction animale. Pour espérer limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C avant 2100, il faudrait que les besoins énergétiques de la planète soient couverts à 100% par les énergies renouvelables d’ici 2050.

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Un long chemin reste à parcourir en France où la contribution des énergies renouvelables ne dépasse guère 20%. Ces sources d’énergie présentent pourtant l’immense avantage d’être disponibles partout et d’être complémentaires entre elles, ce qui pallie le fait que leur fonctionnement peut être épisodique. Leur exploitation locale permettrait de s’affranchir de toute dépendance économique et politique vis-à-vis des pays producteurs d’énergie d’origine fossile ou nucléaire. Elle aurait aussi l’avantage de développer l’autonomie énergétique des territoires dans chaque pays.

Pour cela, des structures coopératives peuvent être crées par des citoyens désireux d’investir et de s’investir pour exploiter ensemble les ressources solaires, éoliennes ou hydrauliques disponibles sur leur commune ou leur communauté de communes. En Allemagne par exemple, près de 1000 coopératives produisent plus de 45% de l’électricité consommée dans le pays. En France, ce mode de production est encore très minoritaire mais une dynamique a été enclenchée depuis quelques années avec la création d’un nombre croissant de centrales de production éco-citoyennes et de réseaux dédiés tels Enercoop et Energie Partagée.

Le développement des technologies nécessaires à l’exploitation des réserves énergétiques renouvelables est très rapide et leur coût diminue sans cesse. Si l’argent nécessaire au maintien en activité des réacteurs nucléaires obsolescents était investi dans le développement et l’utilisation de ces technologies, la France pourrait produire 100% de son énergie de façon renouvelable à l’horizon 2050.

Panneaux photovoltaïques sur le toit d'un hangar agricole

Panneaux photovoltaïques sur le toit d’un hangar agricole

Au niveau local, les investissements des communes, et des groupements coopératifs nécessaires à l’exploitation des ressources en énergie renouvelables peuvent être rapidement amortis par les gains résultant de l’autoconsommation de l’électricité produite et la revente du surplus éventuel. Les ressources financières immobilisées dans les banques sur des livrets d’épargne de rendement quasi nul pourraient être mobilisées de façon rationnelle et responsable en contribuant à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement de notre capacité d’agir ensemble pour préserver l’avenir de notre planète. Notre région si ensoleillée a un potentiel de production d’électricité photovoltaïque qui ne demande qu’à être valorisé.

AfficheConfEnerCoop_A4coulC’est dans cette perspective que se situe la prochaine conférence du Cercle Progressiste de Carnoux qui aura lieu le 9 juin prochain à 18h30 dans la salle du clos Blancheton. Animée par Alain Messin (ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur) et Arno Foulon (animateur d’Energie Partagée PACA), elle présentera précisément cette démarche qui vise à développer la production locale d’énergie renouvelable sur notre territoire pour mieux lutter contre le réchauffement climatique, et ceci en s’appuyant sur un réseau d’initiatives locales portées par des citoyens. Voilà qui devrait offrir matière à réflexion et surtout inciter à agir !

A. S.

Procès en appel de La Faute-sur-Mer : où en est-on ?

13 mars 2016
Après l'inondation...

Après l’inondation…

En matière d’inondation, les catastrophes se suivent et se ressemblent. Le rythme médiatique nous confronte périodiquement à l’horreur de ces vies quotidiennes ravagées en quelques heures par des torrents de boue qui viennent dévaster leur salon, s’immiscant au coeur même de l’intime et du foyer dans lequel chacun investit tant de charge sentimentale. Nimes en 1988, Vaison-la Romaine en 1992, l’Aude en 1999, La Bretagne en 2000, la Somme en 2001, le Rhône en 2002 puis 2003, le Var en 2010, 2011 et 2014, les Pyrénées en 2013, la Côte d’Azur en octobre 2015… La liste est longue et bien incomplète. A chaque fois, les mêmes images de désolation, les mêmes témoignages de colère et d’impuissance, les mêmes réflexions sur l’irresponsabilité des pouvoirs publics et des élus locaux qui laissent construire en zone inondable !

De ce point de vue, le procès qui s’est tenu en octobre 2014 suite aux dégâts de la tempête Xynthia qui avait causé 51 morts en février 2010 sur la côte atlantique dont 29 sur la seule commune vendéenne de La Faute-sur-Mer, et que nous avions déjà évoqué ici, est exemplaire. A l’issue de débats qui avaient duré cinq semaines, le jugement prononcé le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d’Olonnes analyse en effet en détail et sur plus de 300 pages les raisons qui ont conduit à une telle catastrophe.

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l'inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l’inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Volonté des élus locaux d’urbaniser à tout prix cette partie du littoral située sous le niveau de la mer et où les vaches paissaient autrefois les pieds dans l’eau, mais protégée en apparence par de hautes digues, conflits d’intérêt entre responsabilités politiques et activités lucratives dans la construction immobilière, déni manifeste du risque de submersion marine pourtant bien connu des autochtones, refus d’afficher des mesures de prévention qui pourraient faire peur aux nouveaux arrivants et déprécier le territoire, légéreté dans l’examen des demandes de permis de construire, laxisme dans l’entretien et la surveillance des ouvrages de protection, etc.

Le jugement prononcé sur la base de ce réquisitoire est sévère, en particulier pour René Marratier, maire de la commune pendant 25 ans de 1989 à 2014 et encore réélu conseiller municipal en mars 2014, qui écope de quatre ans de prison ferme. Son ancienne adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, par ailleurs promoteur immobilier et propriétaire de nombreux terrains rendus opportunément constructibles, est condamnée quant à elle à deux ans de prison ferme, et son fils, Philippe Babin, à dix-huit mois de prison ferme, en particulier pour défaut d’entretien et de surveillance de la digue.

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

A l’époque, le procès avait été fortement médiatisé et l’énoncé du jugement avait provoqué un tollé parmi la classe politique. De nombreux élus locaux, largement relayés par l’Association des maires ruraux de France se sont alors élevés vigoureusement contre ce jugement considéré comme profondément injuste à l’encontre d’un des leurs qui se serait dévoué corps et âme en faveur de l’intérêt de sa commune, faisant abstraction des fautes graves commises par René Marattier dans l’exercice de sa fonction et de la constance avec laquelle ce dernier s’est opposé pendant plus de 10 ans aux services de l’État qui cherchaient à mettre en place un plan de prévention du risque inondation et des mesures d’information et de protection vis-à-vis de ce risque.

Les élus condamnés avaient immédiatement fait appel et le procès s’est déroulé du 15 septembre au 2 décembre 2015 devant la Cour d’appel de Poitiers dans une totale indifférence ! Pourtant, l’association de victimes, la Fenvac, a fait un travail considérable pour aider à la diffusion de l’information en rendant publiques, jour après jour, ses notes prises au fur et à mesure du déroulement des audiences. Mais la Presse s’est cette fois montrée très discrète sur le sujet…

Le Figaro a évoqué l’affaire en signalant que le verdict est attendu pour le 4 avril prochain et en précisant que le réquisitoire du procureur demandait finalement des peines moins sévères qu’à l’issue du procès en première instance. Ainsi, l’ancien maire de La Faute-sur-Mer pourrait voir réduire sa peine de prison à deux ans fermes seulement, assortis d’une interdiction définitive d’exercer un mandat publique. De même, pour Françoise Babin, la peine requise pourrait se limiter à 15 mois de prison ferme et 75 000 € d’amende, et à 9 mois ferme pour son fils Philippe Babin.

Malgré cette relative clémence, qui reste à confirmer lors du jugement, rien dans le réquisitoire du procureur ne vient vraiment modifier l’analyse des responsabilités telle qu’elle avait été décortiquée en détail lors du procès des Sables d’Olonnes. Les principaux manquements reprochés aux élus locaux concernent toujours leur absence totale de volonté, voire leur obstruction en matière d’information, d’alerte et de prévention face au risque inondation. Comme en pemière instance, il est clairement précisé que les risques étaient parfaitement identifiés depuis au moins 2002 mais que les élus locaux ont tout fait pour cacher cette réalité à la population au lieu de réflechir de manière concertée à l’élaboration de mesures de prévention adaptées.

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Nul doute que l’énoncé du verdict dans quelques semaines verra un regain d’attention pour ce procès qui inquiète tant les élus locaux confrontés à des situations comparables. On peut en tout cas d’ores et déjà affirmer qu’il a permis un débat approfondi sur la responsabilité de certains élus locaux qui ont tendance à rejeter systématiquement la faute sur les services de l’État et font passer leurs intérêts à courte vue avant ceux de leur territoire.

Au cours de ce procès en appel, l’avocat général Thierry Phelippeau a estimé que l’ancien maire de La Faute-sur-Mer avait « trahi l’intérêt général », en n’informant pas ses administrés des risques d’inondation, et en faisant preuve le soir de la tempête « d’amateurisme et de légèreté », en ne prenant pas connaissance des messages d’alertes météorologiques, et en n’organisant pas de surveillance de la digue Est. Le jugement est sévère mais s’il peut conduire d’autres élus locaux à prendre conscience des risques qu’ils font encourir à leurs concitoyens par de tels comportements, peut-être cela permettra-t-il de rendre plus efficaces les efforts déployés depuis tant d’années en matière de prévention des risques naturels ?…

L.V.  LutinVertPetit

A la recherche de mécènes pour le Glacier Blanc

19 décembre 2015

Le mécénat d’entreprise s’est jusqu’à présent surtout distingué dans le domaine sportif où l’on s’est habitué depuis longtemps à voir fleurir les noms de marques commerciales sur les maillots des athlètes et dans les tribunes des stades. Verra t-on un jour cette pratique se développer pour investir d’autres champs comme la solidarité internationale où la protection de l’environnement ? De nombreuses initiatives ont été tentées dans ce sens mais avec un succès pour l’instant très relatif, surtout dans notre pays à forte tradition étatiste où ces domaines relèvent classiquement plutôt de l’engagement national via le financement d’organismes publics.

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Mais en ces temps où l’argent public se fait rare, certaines initiatives méritent d’être relayées ! Alors que le musée du Louvre lance des souscriptions citoyennes pour l’acquisition d’œuvres d’art, le Réseau régional des espaces naturels (RREN PACA) anime, quant à lui, une démarche visant à promouvoir le mécénat d’entreprises en faveur des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur : financer des projets visant à préserver la biodiversité dans des sites naturels d’exception, voilà un bel investissement fédérateur et valorisant pour une entreprise citoyenne soucieuse de son intégration sociale !

Blog259_PhMecenatCe réseau, créé en 1985 et animé par l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement (ARPE), regroupe 28 membres, tous gestionnaires d’espaces naturels en région PACA, parmi lesquels 4 parcs nationaux (ceux des Calanques, des Écrins, du Mercantour et de Port-Cros), 7 parcs naturels régionaux, 6 départements (gestionnaires de leurs espaces naturels sensibles), 2 conservatoires botaniques nationaux, mais aussi le Conservatoire du littoral ou la Réserve nationale de Camargue. La troisième rencontre Entreprises et Espaces naturels, consacrée à ce mécénat d’entreprises en faveur de la biodiversité, s’était d’ailleurs tenue en juin 2015 à Forcalquier, avec l’appui de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, afin de mobiliser les acteurs impliqués dans la démarche.

Une liste de 35 projets en recherche de mécènes est ainsi disponible sur le site de l’ARPE, à l’attention des entreprises désireuses de s’investir. Parmi ces projets, citons celui du Glacier Blanc, un site emblématique du Parc national des Écrins. Premier massif glaciaire français avec 120 km2 de glaciers (plus que le versant français du massif du Mont-Blanc), le massif des Écrins est menacé par le réchauffement climatique global et un programme de suivi a été mis en place en partenariat entre le Parc, l’IRSTEA (Institut national de la recherche en sciences et technologie de l’environnement et de l’agriculture) et un laboratoire universitaire de Grenoble, le LGGE (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement).Blog259_PhGlacier

Un bilan de masse est effectué chaque année depuis 2004 pour suivre l’évolution du volume de neige et de glace qui s’accumule chaque hiver puis fond en été tandis que le front glaciaire recule sous l’effet d’un réchauffement climatique inexorable. On constate ainsi que le Glacier Blanc a déjà perdu un quart de sa superficie en 30 ans et que son épaisseur a diminué de 9,30 m au cours des 12 dernières années ! Ces mesures systématiques et rigoureuses, effectuées selon un protocole très précis et sur plusieurs années, permettent d’accumuler des données très précieuses pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes montagnards en lien avec le changement climatique.

Car un glacier est un milieu en évolution permanente qui, outre sa valeur patrimoniale et paysagère, joue un rôle important comme réserve d’eau douce et comme source d’alimentation des cours d’eau. Suivre son évolution à long terme permet certes de disposer d’un bon indicateur naturel des changements climatiques globaux mais donne aussi de précieuses indications pour la gestion des ressources en eau, voire pour la prévention des risques naturels.

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

La formation de poches d’eau sous-glaciaires peut en effet être à l’origine de mouvements de terrain dévastateurs comme celui qu’ont connu en Haute-Savoie les communes de Saint-Gervais et Le Fayet en 1892, dévastées par une lave torrentielle de 800 000 m3 suite à la rupture d’une poche d’eau sous-glaciaire au niveau du glacier de la Tête-Rousse, à 3 200 m d’altitude, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, faisant pas moins de 175 morts. En 2010, l’histoire a d’ailleurs failli se renouveler lorsque les glaciologues du CNRS de Grenoble se sont aperçus de l’existence d’une énorme poche d’eau de 60 000 m3 sous pression à l’intérieur de ce même glacier, menaçant cette fois plus de 3 000 personnes. Un système de pompage a alors été mis en place et actionné en 2010 puis à nouveau en 2011 afin de diminuer fortement le volume de cette eau emprisonnée sous la glace et réduire ainsi les risques de rupture soudaine.

Le sémaphore de Callelongue

Le sémaphore de Callelongue

L’enjeu de la surveillance de ces glaciers alpins en voie de disparition sous l’effet du changement climatique global dépasse donc le seul intérêt scientifique et mérite largement la mobilisation de l’ensemble de la société, y compris des entreprises mécènes dont la générosité est également sollicitée sur bien d’autres projets allant de la remise en état de zones humides jusqu’à la mise en valeur de patrimoines bâtis dont le sémaphore de Callelongue dans les Calanques, en passant par des actions d’éradication de plantes envahissantes. Espérons que les entreprises seront sensibles à ces arguments en cette période de vache maigre budgétaire et de crise économique…

L.V.  LutinVertPetit

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit

Enriquillo : le petit lac qui monte, qui monte…

4 octobre 2015

Pour les quelques irréductibles qui douteraient encore des manifestations du changement climatique global, le cas du lac Enriquillo est particulièrement évocateur. Voilà en effet que, depuis quelques années, le niveau d’eau n’arrête pas de monter dans ce lac situé en République dominicaine, sur l’île d’Hispaniola dans les Caraïbes, noyant progressivement des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles et inondant routes et maisons qui s’étaient installées sur ces berges.

Blog234_PhCarteUn article du Courrier international publié en 2014 évoque le désarroi des populations riveraines dont les bananeraies et les plantations de manioc ont été englouties dans les eaux du lac qui n’arrête pas de s’étendre. On cite même le cas d’un éleveur qui s’est suicidé de désespoir après avoir constaté que ses prés et la ferme familiale construite par son grand-père se trouvaient désormais sous les eaux.

A Boca de Cachón, où plusieurs maisons ont déjà disparu dans le lac, la situation est telle que le gouvernement a envoyé l’armée pour reconstruire un nouveau village dans une plaine aride située à quelques kilomètres de là. Malgré les réticences de plusieurs familles à quitter les lieux, cette opération constitue l’un des premiers exemples de transfert de réfugiés climatiques en dehors d’événements exceptionnels de type ouragan ou tsunami… Même la ville frontalière de Jimani, un gros bourg commercial de 14 000 habitants, est menacée par la montée inexorable de l’eau et les autorités commencent à envisager son évacuation à moyen terme.Blog234_PhMaisons

Quant à la route principale qui relie Jimani au village haïtien de Malpassé, elle a dû être totalement reconstruite en la déplaçant sur un secteur que les eaux ne devraient pas pouvoir atteindre. Une autre route qui faisait le tour du lac est désormais impraticable car finissant dans l’eau…

Ce secteur, situé au sud-ouest de l’île d’Hispaniola, à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, correspond à un ancien détroit marin qui s’étire entre deux chaînes de montagne : les monts Neyba au nord (qui culminent à 2 400 m d’altitude) et la sierra Bahoruco au sud qui s’élève jusqu’à 2 700 m. A la fin de la dernière glaciation, il y a 10 000 ans, lorsque le niveau des mers est remontée d’une centaine de mètres, cette vaste plaine s’est de nouveau retrouvée sous l’eau mais peu à peu son extrémité s’est comblée sous l’effet des dépôts de sédiments apportés par plusieurs cours d’eau, dont le Yaque del Sur et la rivière Jimani.

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Toute la plaine s’est alors retrouvée coupée de la mer et il en est résulté la formation de deux lacs résiduels dont le fond se trouve localement à 30 m sous le niveau de la mer. Côté haïtien, l’Étang saumâtre, dénommé également lac Azuéi est une étendue d’eau d’environ 170 km2, située à une trentaine de kilomètres de la capitale Port-au-Prince, dans la plaine du Cul-de-Sac, et est alimenté par plusieurs cours d’eau dont la rivière Blanche. Entouré de prairies et de cactus, ce lac abrite oies, canards et flamands roses ainsi que des caïmans.

Blog234_PhFlamands

Quant au lac Enriquillo, qui lui s’étend en territoire dominicain, il est nettement plus grand avec une superficie de l’ordre de 375 km2. Il est alimenté par plusieurs cours d’eau qui dévalent de la sierra Bahoruco mais ses eaux sont quand même saumâtres, du fait de la forte évaporation locale. Ce lac entoure l’île Cabritos qui s’étend sur 26 km2 et qui a été érigée en parc national pour protéger ses populations de crocodiles américains et d’iguanes. Deux autres iles plus petites ont déjà disparu sous les eaux.

Blog234_PhLacEnriquillo

Selon une étude récente publiée en juin 2015 dans Journal of Hydrometeorology et qui se base sur l’interprétation de photos satellite, la superficie de ces deux lacs aurait légèrement diminué entre 1982 et 2003 avec une période de fluctuations observées entre 1997 et 2002. Mais depuis 2003, le niveau d’eau ne cesse de monter dans ces deux lacs. En l’espace de 10 ans, entre 2003 et 2013, la superficie du lac Enriquillo a ainsi doublé, passant de 165 à 350 km2 tandis que celle du lac Azuéi augmentait de 22 % pour atteindre 140 km2. Sur la base de mesures bathymétriques récentes, on estime que le volume d’eau dans le lac Enriquillo aurait ainsi été multiplié par 4 pendant ce laps de temps, passant de 1,2 à 4,7 km3 !

Reste bien sûr à comprendre pourquoi ce lac a subi une telle élévation naturelle de son niveau pendant une période aussi courte. Plusieurs hypothèses ont été évoquées dont celle de mouvements tectoniques, même si le phénomène avait commencé bien avant le tremblement de terre qui a ravagé Haïti en 2010. Des modifications dans les circulations d’eau souterraines ont également été imaginées mais la connaissance du contexte hydrogéologique local reste à préciser. Certains considèrent aussi que la déforestation qui progresse sur les versants contribue à aggraver les ruissellements vers les lacs, ce qui pourrait expliquer les apports importants à l’occasion des cyclones récents des années 2007-08.

Blog234_PhLac

Mais les chercheurs américains qui se sont penchés sur le sujet mettent surtout l’accent sur les changements climatiques qui sont en train de se produire et qui suffisent à expliquer ces bouleversements. Au cours des 30 dernières années, la température moyenne à la surface de l’eau a en effet augmenté de 1 °C, ce qui paraît faible mais a déjà des conséquences considérables. Il en résulte en effet une augmentation locale de l’humidité de l’air et du point de rosée qui s’est déplacé de 3,5 °C entre 2005 et 2013. Plusieurs stations météorologiques ont été implantées localement depuis 2012 pour essayer de mieux cerner la situation, et une modélisation du climat régional a été réalisée pour déterminer l’influence des différents paramètres. Ces études montrent qu’il y a eu effectivement un accroissement significatif des précipitations ces dernières années (surtout lors d’événements extrêmes) et surtout une diminution du potentiel d’évaporation, ce qui permettrait d’expliquer la montée des eaux du lac Enriquillo et de son voisin.

Blog234_PhCNNCes résultats ne vont certes pas réconforter les paysans riverains du lac qui doivent abandonner leurs terres désormais noyées. Espérons du moins qu’ils puissent contribuer à faire réfléchir les responsables politiques quant aux conséquences de nos choix de développement économique, à quelques semaines du prochain sommet mondial sur le changement climatique. Si une augmentation de 1 °C de la température moyenne conduit à des modifications aussi brutales, qu’en sera t-il de l’augmentation moyenne de 3 °C qui paraît désormais inéluctable ?

L.V.  LutinVertPetit

Les feux de l’enfer en Californie

17 septembre 2015

Chaque année en moyenne depuis 2010, si l’on en juge par les fiches de la base de données Prométhée, ce sont 800 ha de forêts qui partent en fumée dans la seule région Provence – Alpes – Côte d’azur, dont plus de la moitié dans le département des Bouches-du-Rhône. Il y a quelques semaines seulement, ce sont 13 ha de massif boisé qui ont ainsi brûlé juste à côté de Carnoux, entre l’autoroute et la carrière Bronzo. Sur l’ensemble du territoire national, on estime que les feux de forêts détruisent en moyenne de l’ordre de 300 km2 chaque année avec parfois des pointes exceptionnelles comme en 2003 où de multiples incendies, en particulier dans le Var, avaient porté la surface totale incendiée à 740 km2 et causé la mort de 10 personnes.

Ph6 : Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Mais ces chiffres ne sont rien si on les compare à ce qui se passe dans bien d’autres pays et notamment aux États-Unis qui sont aux prises en ce moment même avec de gigantesques incendies, tout particulièrement dans le nord de la Californie soumise à une forte sécheresse. Depuis le début de l’année 2015 et selon des chiffres cités par Le Monde, ce sont plus de 36 000 km2 qui sont ainsi partis en fumée, soit plus que la superficie totale de la région PACA ! L’année n’est pas encore terminée mais on se rapproche déjà du record historique de l’année 2006 où 40 000 km2 avaient brûlé.

Ph3 : Maison en feu le long de l'autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en feu le long de l’autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Ainsi un feu violent, baptisé Valley fire, ravage depuis la semaine dernière le nord de la Californie, mobilisant plus de 3500 pompiers. Parti samedi 12 septembre près de la ville de Cobb, il est désormais contenu mais continue à brûler. En trois jours, il avait déjà brûlé près de 25 000 ha, soit une fois et demi la superficie de la forêt de Fontainebleau et le dernier bilan fait état de plus de 30 000 ha brûlés.

Ph1 : Maisons et voitures brûlées  par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Maisons et voitures brûlées par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Près de 600 maisons et une centaines d’autres bâtiments sont déjà partis en fumés, en particulier dans la petite ville de Middletown, située à 160 km au nord de San Francisco et qui a été évacuée in extremis. Quatre pompiers ont été brûlés au second degré et une femme âgée qui n’avait pas pu quitter à temps son habitation est décédée. Selon le Los Angeles Times de ce jour, deux autres victimes sont à déplorer dont les corps viennent d’être retrouvés.

Ph5 : Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Un autre incendie, dénommé Butte Fire, est aussi en cours près de San Andreas, à l’Est de San Francisco, depuis la semaine dernière, ayant déjà ravagé près de 30 000 ha également et menaçant des milliers de bâtiments dont 233 maisons d’habitation qui ont déjà brûlé, nécessitant là aussi des évacuations massives. Deux morts sont à déplorer sur ce second sinistre. Au total, ce sont pas moins de 12 feux de forêts qui sévissent en ce moment en Californie, avec des vitesses de propagation rarement observées qui atteindraient 30 km/h selon les équipes de pompiers engagées sur le terrain.

Selon le site Le Devoir, trois autres feux ravagent l’Oregon plus au nord, et 10 l’État de Washington (nord-ouest). Des pompiers venus d’Australie et de Nouvelle-Zélande prêtent main-forte à leurs collègues américains dans l’ouest du pays et au total, ce sont 20 000 pompiers qui luttent actuellement à travers le pays contre 33 grands feux, notamment dans l’Idaho, le Montana, le Wyoming et l’Utah. Depuis le début de l’année, ce sont déjà 13 pompiers qui ont perdu la vie en combattant le feu…

Certains gardent en mémoire un autre incendie particulièrement destructeur, baptisé Tunnel Fire (car les Américains donnent systématiquement des noms aux feux de forêts comme on le fait pour les ouragans, par commodité ou pour mieux les maîtriser ?) : en 1991, il avait fait 25 victimes et détruit pas moins de 2900 bâtiments, même si la surface brûlée ne dépassait pas 650 ha…

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Au début du mois d’août, alors que les pompiers américains luttaient contre un autre gigantesque incendie au nord de San Francisco, Rocky Fire de son petit nom, un article du Courrier International rapportait les propos alarmistes du gouverneur de Californie, Jerry Brown, déclarant à CNN : « l’extrême sécheresse a transformé la Californie en poudrière ».

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

De fait, une étude menée par des chercheurs américains et australiens sur l’influence des données climatiques observées depuis 1979, met en évidence que le réchauffement climatique a une incidence directe sur l’augmentation du nombre de feux de forêt, et sur leur intensité. A l’échelle mondiale, la période où les conditions sont favorables aux départs de feux (température élevée, vent fort, faible taux d’humidité et absence de pluie) a ainsi augmenté de 4 jours en moyenne, mais localement de 5 semaines dans certaines forêts de conifères d’Amérique du Nord, ce qui est considérable !

Une raison de plus pour commencer à prendre au sérieux les effets du changement climatique global ?

L.V. LutinVertPetit