Archive for novembre 2016

La ville de Carnoux portée aux nues par TPBM

28 novembre 2016

Décidément, le maire de Carnoux sait bien mettre en valeur ses réalisations ! Le numéro 1155 de la revue hebdomadaire TPBM, en date du 9 novembre 2016, consacre ainsi pas moins de 8 pages aux travaux de rénovation du centre-ville et au bilan du maire de Carnoux. Huit pages de publicité électorale gratuite, également accessibles sur le site de la revue et diffusée largement auprès de tout ce que la région PACA compte d’entrepreneurs et de professions libérales.

Extrait du n°1155 de TPBM

Extrait du n°1155 de TPBM

Bien entendu, rares sont ceux, en dehors des professionnels du secteur, qui ont déjà entendu parler de TPBM, un acronyme qui signifie Travaux publics et bâtiments du Midi, en réalité un hebdomadaire destiné aux professionnels de la commande publique régionale et qui tire l’essentiel de ses revenus de son positionnement comme support habilité à publier les annonces légales sur 5 départements de la région PACA, dont les Bouches-du-Rhône : appels d’offres, ventes aux enchères et annonces judiciaires portant avis de constitution et de dissolution de sociétés, tel est l’essentiel du contenu de ce journal d’aspect austère, publié sur papier recyclé à 13 000 exemplaires et qui n’est guère lu que par les services achat des collectivités territoriales, les entrepreneurs locaux de travaux publics et tout ce que la région compte de professions libérales, experts comptables, avocats et architectes confondus, largement mis à l’honneur dans les autres pages du journal.

Ceci dit, même si le contenu de ce journal, en dehors des annonces légales, s’apparente pour l’essentiel à du remplissage, il n’est pas si courant d’y trouver ainsi 8 pages entières consacrées à une petite commune de 7000 habitants ! On y retrouve bien entendu tous les poncifs habituels sur la « genèse d’une ville étonnante », créée par la volonté de 2 entrepreneurs, installés à Casablanca en 1957 et dont la Coopérative immobilière française, par ailleurs accusée de malversation, était plutôt en mauvaise posture en 1962 avec seulement 242 habitants recensés dans la ville en chantier qui en escomptait 4 000 ! L’arrivée des rapatriés d’Algérie a permis de redresser la situation, jusqu’à l’érection en commune nouvelle, décrétée le 26 août 2016, comme nous l’avons déjà évoqué ici.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Le reportage, signé par le journaliste Jean-Pierre Enaut, n’hésite pas à faire dans le dithyrambique et s’enflamme quelque peu : « Terre d’accueil, Carnoux, née de l’abnégation d’un groupe de pionniers visionnaires, a su trouver son juste équilibre en regardant l’avenir sans pour autant oublier le passé ». On n’est pas loin de la Légende des Siècles et c’est encore plus beau quand on aborde les pages consacrées à la médiathèque, conçue comme chacun sait par le cabinet d’architecture Fernandez et Serres (ou en tout cas le saura après avoir lu l’article qui cite leur nom à chaque paragraphe…) : « Le site est émouvant par ses pins centenaires, ses arbres légers et entremêlés, son relief et sa vue sur la ville. L’espace intérieur étiré est agrandi et généré par le paysage. L’architecture est rythmée par l’éphémère, les nuages, le vent, les saisons » et tout le reste est à l’avenant sur 2 pages entières !

A croire que le journaliste a un peu abusé de la moquette comme combustible récréatif dans son désir de s’imprégner des lieux… Chez TPBM, le prix de la ligne est affiché à 4,12 € les 40 caractères comme le précise son éditeur, joliment dénommé « Les publications commerciales » et on comprend mieux la motivation du journaliste à broder ainsi pendant 2 pages sur la poésie des lieux…

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Le reste du reportage porte sur la requalification du centre-ville et comporte une longue interview du maire « élu depuis fort longtemps » pour reprendre les propos du journaliste. Jean-Pierre Giorgi en profite naturellement pour détailler son bilan et préciser que le nombre de logements sociaux, qui était de 375 jusqu’à l’an dernier, vient de s’enrichir de 50 nouveaux logements grâce aux constructions des deux petits immeubles du centre-ville, auxquels devraient à terme s’ajouter 60 nouveaux logements, une fois achevé le projet confié à la Phocéenne d’habitation sur le site de l’ancien établissement Saint-Augustin : un effort qui mérite d’être salué mais qui ne permet pas encore d’atteindre l’objectif de 20 % de logements sociaux exigé par la loi SRU, et encore moins celui de 25 % qui s’impose désormais à toutes les communes de plus de 3500 habitants à l’horizon 2025 : encore un effort, Monsieur le Maire !

Défilé sur le mail pour l'inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

Défilé sur le mail pour l’inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

On apprend au passage, en lisant cette interview, que l’ensemble du réseau pluvial de Carnoux a été recalibré avec « la création de bassins de rétention ». On se demande où ont bien pu être creusés ces fameux bassins de rétention si discrets et qui n’empêchent pas le réseau pluvial de déborder à chaque orage, d’autant que le réaménagement du centre-ville n’a pas permis, comme on aurait pu le penser, de réduire l’imperméabilisation de ce secteur. Au contraire, le projet a privilégié les espaces minéralisés et revêtus qui accentuent le ruissellement, préparant ainsi les inondations de demain…

On apprend aussi que le coût global de la rénovation du centre-ville devrait s’élever finalement à « environ 10 millions d’euros, hors construction des commerces et des logements », dont 3,8 millions imputés sur le budget communal, le reste étant généreusement subventionné par la communauté urbaine et le département. Le maire de Carnoux, en bon politique, n’oublie pas d’ailleurs de « remercier les différents élus des collectivités publiques et en particulier Martine Vassal, présidente du conseil départemental, qui a accepté dernièrement d’entériner la dernière tranche financière, et Jean-Claude Gaudin, président de la métropole, qui s’est engagé à poursuivre le projet en cours jusqu’à son terme ».

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l'inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l’inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

On n’aura pas la faiblesse de rappeler que la quasi totalité des engagements financiers accordés à Carnoux pour la réalisation de ces travaux l’a été sous le mandat de la majorité socialiste conduite par un certain Jean-Noël Guérini pour le département et par Eugène Caselli pour la communauté urbaine. Au moins, leur éviction permet au nouveau fervent supporter de François Fillon d’éviter de les remercier et de pas avoir eu à supporter leur présence encombrante lors de la belle cérémonie d’inauguration qui s’est déroulée le 11 juin dernier. Ni de devoir remercier les nombreux habitants des communes infiniment moins riches que Carnoux, dont les malheureux contribuables marseillais, d’avoir permis ainsi de financer à grands frais la rénovation du centre-ville de la 119ème commune des Bouches-du-Rhône, en application de la célèbre sentence biblique « les derniers seront les premiers »… Ite, missa est.

L.V.  lutinvert1small

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Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Euroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

Enfin débarrassés de Sarkozy !

23 novembre 2016

C’est la bonne nouvelle de ce premier tour des primaires de la droite : Nicolas Sarkozy, l’éternel revenant dont les Français à leur large majorité croyaient s’être débarrassés en mai 2012, ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Pour la modique somme de 2 €, plus de 4 millions de Français sympathisant de la droite, ont donc exprimé, ce dimanche 20 novembre, un très net rejet de celui qui fut président de la République de 2007 à 2012.

blog361_dessincourseAvec à peine plus de 20 % des suffrages recueillis, c’est un véritable camouflet qui lui a été infligé, à lui qui affirmait avoir totalement changé et qui rêvait de reconquérir le pouvoir suprême pour se mettre ainsi définitivement à l’abri des multiples affaires judiciaires qui lui collent à la peau et pour lesquels il devrait comparaître bientôt devant la Justice. Après avoir freiné tant qu’il a pu, à coup d’arguties abracadabrantesques, le cours des investigations judiciaires, il va bien devoir désormais répondre enfin devant les juges des multiples accusations dont il est redevable.

Ses adieux à la vie politique, comme les précédents en 2012, ont été empreints de dignité, mais son ralliement à son ancien « collaborateur » et ex-premier ministre, François Fillon n’est peut-être pas dénué de tout calcul politique… Sa longue carrière politique lui a au moins appris à ne jamais insulter l’avenir.

blog361_dessinkarcherFrançois Fillon en tout cas semble bien parti pour emporter dimanche prochain le second tour de ces primaires de la droite et il pourrait bien gagner dans la foulée les élections présidentielles le 7 mai 2017, au vu de l’état de dispersion dans lequel la gauche aborde cette échéance.

Avec un peu plus de 44 % des suffrages exprimés, cet apparatchik de la droite la plus réactionnaire, adepte d’un libéralisme économique thatchérien totalement débridé, qui n’a jamais exercé d’autre métier que celui d’homme politique, crée la surprise de cette élection, reléguant loin derrière lui le maire de Bordeaux Alain Juppé. Rien n’est encore joué mais les derniers sondages annoncent déjà une victoire éclatante de François Fillon à l’issue du second tour de ces primaires, le 27 novembre prochain.

François Fillon, grand vainqueur des primaires de la droite (photo C. Platiau / Reuters)

François Fillon, grand vainqueur des primaires de la droite (photo C. Platiau / Reuters)

Dans notre région où tous les ténors de la droite soutenaient le candidat Sarkozy, le choc a été un peu rude, mais après tout, la différence de programme entre lui et son ancien premier ministre est tellement ténue que personne ne verra la différence… Même notre député, Bernard Deflesselles, qui pourtant soutenait ardemment son ami Jean-François Copé, n’hésitera pas une seconde à se rallier à celui qui fut jadis le rival malheureux de ce dernier à la tête de l’ex-UMP (pour cause de fraude électorale massive, rappelons-le au passage).

Le maire de Meaux ressort en tout cas complètement essoré de ces primaires où il n’a recueilli qu’un peu plus de 12 000 voix à l’échelle nationale, soit 0,3 % des suffrages exprimés (et à peine davantage que les bulletins nuls !). Une sacrée claque et qui n’est certainement pas due qu’à sa seule méconnaissance du prix des viennoiseries…

blog361_dessinprimairesL’ancien ministre de l’agriculture Bruno Le Maire, supposé incarner le renouveau de la droite dans ces élections, est lui aussi tombé de l’armoire en découvrant son score étriqué de 2,4 %, derrière sa rivale Nathalie Kosciusko-Morizet, ce qu’il n’aurait sans doute jamais imaginé, même dans ses pires cauchemars… Malgré son discours ultra nationaliste, il n’aura sans doute pas été jugé assez conservateur pour l’électorat de droite, ou peut-être tout simplement pas assez crédible au vu de ses multiples approximations ?

Sur Carnoux, comme sur l’ensemble de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, largement acquise à la droite, les électeurs se sont déplacés en masse pour ces primaires, faisant une nouvelle fois mentir nos élus locaux qui partent du principe que les Français ne s’intéressent pas à la politique. François Fillon est arrivé largement en tête, comme presque partout ailleurs, avec 43 % des suffrages sur Carnoux : un satisfecit pour le maire qui, faisant fi de sa prudence habituelle, s’était clairement déclaré en sa faveur il y a peu, dans un grand quotidien national.

Nicolas Sarkozy y résiste mieux que dans d’autres régions, avec plus de 35 % des voix sur Carnoux alors qu’Alain Juppé recueille à peine plus de 15 % des suffrages. Quant au pauvre Copé, le champion de Bernard Deflesselles, il ne récolte que 0,25 % des voix à Carnoux et 0,28 % sur l’ensemble de la circonscription, encore moins qu’au niveau national ! Il faudrait décidément que quelqu’un se dévoue pour souffler à notre député que son sens politique commence à être quelque peu émoussé après une aussi longue carrière et qu’il serait peut-être temps pour lui de passer à autre chose !

L.V.  lutinvert1small

Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ?

20 novembre 2016

Alors même que se déroule le premier tour des primaires de la droite, force est de constater que jusqu’à présent et à cinq mois tout juste du premier tour des prochaines élections présidentielles, il n’a guère été question d’environnement dans cette campagne électorale qui pourtant bat déjà son plein.blog360_dessintrump

Les nouvelles de la planète ne sont pourtant pas des meilleures et nul désormais ne peut nier la réalité du changement climatique, sauf à être d’une mauvaise foi flagrante comme le futur président des États-Unis, Donald Trump, pour qui il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « canular », une simple invention des Chinois pour empêcher les Américains d’exploiter leurs ressources en gaz de schiste…

Nous sommes en 2016 et tout indique que les 16 années que nous venons de connaître depuis le passage à l’an 2000 font partie des 17 les plus chaudes que la Terre a connu depuis le début des mesures météorologiques au XIXème siècle. Quant à la réalité du lien de causalité entre ce réchauffement climatique global et l’activité humaine via l’exploitation des énergies carbonées et la production massive de gaz à effet de serre, aucun scientifique sérieux n’est plus en mesure actuellement de la nier, malgré les efforts désespérés des plus climatosceptiques d’entre eux.

Ce qui n’empêche pas certains candidats à l’élection présidentielle (et pas des moindres!) de déclarer péremptoirement, comme l’a encore fait Nicolas Sarkozy en septembre 2016, qu’il « faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ». On savait déjà que pour lui, « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire », comme il l’avait asséné publiquement lors d’une visite au Salon de l’Agriculture dès 2010, tirant un trait définitif sur le pacte écologique qu’il avait signé peu avant son élection en 2007, à l’initiative de Nicolas Hulot. Mais chacun sait bien que les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les écoutent…

blog360_dessincovoiturageIl y a un an tout juste, les médias bruissaient chaque jour des derniers développements de la COP 21 au cours de laquelle se jouait, comme chacun en convenait alors, l’avenir de l’humanité. L’affaire a été présentée comme un beau succès diplomatique bien que les engagements pris par les différents pays à cette occasion soient loin de permettre de limiter sous la barre fatidique des 2 °C l’augmentation de la température moyenne du globe : on serait plutôt autour des 3,5 °C (dont 1,2 °C qui sont d’ores et déjà constatés, sachant que pour l’instant nos émissions de gaz à effet de serre ne font encore qu’augmenter…). Et pourtant, la COP 22 vient de s’achever dans l’indifférence générale sans le moindre engagement supplémentaire, sinon celui de Daniel Trump de s’asseoir sans vergogne sur l’accord de Paris pourtant déjà ratifié par les États-Unis !

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Mais rien de tout cela ne semble perturber nos responsables politiques en quête d’un mandat présidentiel. Sur les trois débats qui viennent d’opposer les concurrents à la primaire de la droite, il a beaucoup été question de réduire les dépenses publiques, de combattre le terrorisme et de terroriser les islamistes, mais seules quelques minutes ont été consacrées aux questions environnementales, manifestement jugées mineures. Quelques minutes que Nicolas Sarkozy, jamais en retard d’une provocation, a mis à profit pour affirmer en substance que les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les écologistes qui s’opposent au développement de l’énergie nucléaire. Il fallait en effet y penser : chapeau l’artiste !

Dessin de Tignous

Dessin de Tignous

Certes, si l’on fouille un peu dans les programmes des candidats comme l’a fait notamment le think tank La Fabrique écologique, analyse rapportée notamment dans la Gazette des communes, on verra que Alain Juppé et François Fillon font quelques propositions pour faciliter la rénovation énergétique des logements. De son côté, le candidat déjà déclaré Jean-Luc Mélenchon défend l’idée d’isoler au moins 70 000 logements par an et de construire 200 000 logements publics aux normes écologiques pendant cinq ans. Rappelons au passage qu’en 2014 ce sont déjà 400 000 logements qui ont été rénovés en vue d’une moindre consommation énergétique et que la loi de transition énergétique adoptée en 2015 par le gouvernement actuel affiche un objectif de 500 000 logements rénovés chaque année via des mesures incitatives dont le crédit d’impôt et l’écoprêt à taux zéro.

Alors que ces chantiers de rénovation énergétique peuvent avoir des retombées positives majeures non seulement sur l’évolution de notre environnement climatique mais aussi sur la facture énergétique des particuliers comme sur la balance commerciale nationale et surtout permettre de créer des milliers d’emplois non délocalisables, il est vraiment étonnant de constater à quel point de tels enjeux sont passés sous silence dans une campagne politique de cette ampleur, masqués par des débats homériques sur la taille du tissu dont certains choisissent de s’envelopper pour aller se baigner l’été…

Dessin de Geluck

Dessin de Geluck

Il en est de même pour les questions qui touchent aux modes de déplacement. Alors que les transport constituent la principale source d’émission de gaz à effet de serre, en constante augmentation depuis 1990, et qu’ils contribuent très largement aux atteintes sanitaires via les émissions de particules fines, ce thème est quasiment absent du débat public de ces élections. Il y a pourtant dès à présent bien davantage de morts en France du fait de la pollution atmosphérique (qui serait à l’origine d’environ 45 000 décès prématurés chaque année dans notre pays et qui coûte très cher à la société comme on ne cesse de le démontrer, étude après étude) que du terrorisme. Mais le sujet a bien du mal à s’immiscer dans le débat public…

A quand des sujets de campagne qui prennent enfin en compte des questions aussi cruciales pour notre avenir et celui de nos enfants ?

L.V.  lutinvert1small

Retard de trains : la SNCF entretient sa réputation…

17 novembre 2016

En France, et pas seulement en région PACA, les statistiques de la SNCF sont redoutables et totalement transparentes puisque accessibles à tous en open data. En juillet 2016, on constate ainsi qu’un TGV sur sept était en retard, ce qui n’est pas négligeable, surtout sur certaines lignes comme par exemple Marseille-Lille où un TGV sur 4 est en retard, qui dit mieux ?

blog359_dessinpetanqueLes chiffres annoncés pour le mois de septembre sont d’ailleurs identiques pour les trains intercités avec six trains à l’heure pour un en retard. C’est un petit peu mieux pour les TER, sauf naturellement en région PACA et en Ile de France où la SNCF n’ose même pas publier ses statistiques et se contente d’affirmer que pour un voyageur en retard, 9 ont réussi à arriver à l’heure : certains ont décidément plus de chance que d’autres…

blog359_dessinaffichageOn découvre ainsi à la lecture de ces statistiques que pour le mois d’octobre 2016, le dernier renseigné, sur 15 000 TER programmés en région PACA, 515 ont été purement et simplement supprimés, pour la plus grande joie, on s’en doute, de ceux qui avaient prévu de les emprunter, se sont parfois levé tôt pour cela, ont fait le trajet jusqu’à la gare, et découvrent bien souvent à la dernière minute ou parfois après avoir attendu en vain pendant une heure ou deux sur un quai glacé par le mistral, que finalement la SNCF avait jugé préférable de ne pas faire rouler ce train pour des raisons diverses et variées.

Quant au nombre de trains en retard, il atteint le chiffre astronomique de 2334 : impressionnant ! C’est donc un train sur 6 qui est en retard dans la région et la situation dure ainsi depuis des années. Certains mois, ce sont plus de 1300 trains qui ont été annulés et plus de 3000 qui étaient en retard. La région PACA est en tout cas clairement en queue de peloton avec un taux de régularité qui dépasse rarement  les 80 %.

blog359_dessin1Les raisons de ces retards sont multiples et la SNCF ne manque pas d’imagination pour les détailler. Les heurts avec un obstacle circulant sur la voie font partie des causes fréquemment rencontrées et tout voyageur empruntant régulièrement le train s’est un jour trouvé confronté à cette situation. Lancé à pleine vitesse, le train freine brusquement et s’arrête. La voix du contrôleur se fait rapidement entendre pour délivrer le message habituel « notre train est arrêté en pleine voie : ne tentez-pas l’ouverture des portières ». On ne sait jamais, des fois qu’un voyageur claustrophobe en profiterait pour s’échapper…

Et ensuite, c’est l’attente, interminable, ponctuée selon l’humeur du contrôleur par des messages périodiques de sa part expliquant qu’il ne sait rien mais qu’il ne manquera pas de revenir très vite vers les voyageurs dès qu’il en saura davantage.

Car dans ces cas-là, la SNCF applique ses procédures qui sont très strictes et respectées à la lettre : le conducteur d’un train qui heurte un obstacle (généralement un sanglier mais ce peut être aussi un cerf voire une vache selon les régions) arrête sa motrice et déclenche un signal radio qui oblige tous les autres trains circulant sur la voie, y compris dans l’autre sens, à stopper net. C’est donc tout le trafic ferroviaire sur le tronçon de voie qui est paralysé, avec tous les effets en cascade qu’on imagine.

Train Paris-Marseille arrêté en pleine voie...

Train Paris-Marseille arrêté en pleine voie…

Ensuite, le conducteur descend de sa machine, va jeter un œil sur l’avant du train pour évaluer les dégâts éventuel comme le ferait n’importe quel automobiliste maladroit ayant malencontreusement heurté un obstacle, puis il prend son courage à deux mains, sa lampe torche s’il fait nuit, et refait à pied le chemin parcouru en suivant les rails jusqu’au point d’impact.

Il est en effet tenu par le règlement d’aller reconnaitre lui-même la nature de l’obstacle qu’il a heurté. S’il s’agit effectivement d’un sanglier, il n’est toutefois pas obligé d’en prélever les oreilles et la queue. Son témoignage suffit et il n’a plus qu’à repartir dans l’autre sens pour rejoindre sa machine et reprendre sa route. En revanche, s’il s’avère que c’est une personne qui a été heurtée, les choses se compliquent (et l’attente se prolonge) car il faut alors appeler la gendarmerie et la police scientifique pour lancer l’enquête destinée à préciser les causes réelles de l’accident. Compter dans ce cas au moins 4 à 5 heures d’immobilisation.

Le point faible de la procédure, c’est qu’un train lancé à pleine vitesse met un certain temps pour s’arrêter, le temps de parcourir largement 1,5 à 2 km, et même 4 km pour un TGV en rase campagne. On imagine donc le pauvre conducteur forcé de parcourir seul à pied, en longeant les rails et souvent en pleine nuit ses 4 km à la recherche des restes de l’animal qu’il a percuté, puis bien évidemment de refaire ensuite le même parcours en sens inverse avant de pouvoir annoncer au contrôleur que le train va pouvoir repartir. Selon l’entraînement du chauffeur, il faut bien compter au minimum 1h, voire 2 pour un TGV en pleine nuit. C’est toujours bon à savoir, ne serait-ce que pour éviter de tirer des plans sur la comète quant à l’éventualité bien hasardeuse de pouvoir malgré tout attraper sa correspondance : dans une telle configuration, ce n’est même pas la peine d’y songer !

Photo J. Boyé

Photo J. Boyé

Certains esprits curieux pourraient se demander pourquoi le conducteur est obligé de se taper ainsi ses 8 km aller-retour à pied le long de la voie alors qu’il lui suffirait de se mettre au volant de la motrice de queue et de repartir en sens inverse à faible vitesse jusqu’au lieu du choc initial. La réponse résulte très certainement d’une analyse approfondie effectuée par les spécialistes de la sécurité au sein de la SNCF, laquelle n’a cependant pas jugée nécessaire de la communiquer, ni même d’en faire part à son personnel de bord, qui doit donc se dépatouiller tout seul pour expliquer tant bien que mal la situation aux passagers plus ou moins patients, non seulement dans le train qui a provoqué la collision, mais dans tous les autres qui sont également bloqués sur la voie en attendant le verdict de celui qui est parti en reconnaissance.

Voila en tout cas une des (multiples) causes de retard de la SNCF qui pourrait être largement atténuée moyennant une adaptation des procédures mais rien ne permet de penser qu’une telle réflexion soit à l’ordre du jour. C’est bien dommage pour les statistiques de la SNCF, et pour la patience de ses usagers…

L.V.  lutinvert1small

Le chauffage central, une idée vieille comme le monde !

15 novembre 2016

Les veillées autour du feu de camp ne datent pas de l’invention des joyeuses colonies de vacances ni même de la ruée vers l’ouest et de son folklore de cow-boys. On sait maintenant que la domestication du feu par l’homme est très ancienne, beaucoup plus en tout cas que ce qu’imaginait en 1909 l’écrivain de science fiction connu sous son pseudonyme J.H. Rosny aîné dans son célèbre roman La guerre du feu, qui était supposé se dérouler au Paléolithique, vers 80 000 ans avant notre ère, même si le roman fait se croiser des tribus apparentées pour partie aux Néanderthaliens et pour partie à des Homo sapiens, voire à des reliquats d’Homo erectus pourtant vraisemblablement disparus à cette date.

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Il a été depuis retrouvé en Chine sur le site de Zhoukoudian, des traces indiscutables d’un foyer entretenu par des Sinanthropes il y a plus de 400 000 ans, et sur lequel ont été durcies à la flamme des pointes de flèche en os et en bois de cerf. En Europe même, le plus ancien foyer préhistorique connu serait celui identifié en 2016 sur le site de Cueva Négra en Espagne, qui présente des traces de foyer vieux de 800 000 ans.

De ce point de vue, la grotte de Bruniquel découverte en 1980 en surplomb de l’Aveyron, dans le département de Tarn-et-Garonne, ne manque pas d’intérêt. Une vaste galerie qui a servi d’abri à des générations d’ours des cavernes conduit à une salle, située à plus de 300 m de l’entrée, qui présente au sol une construction circulaire formée d’un amoncellement soigneusement ordonné de 400 fragments de stalagmites brisées entassées comme pour circonscrire un foyer. De fait, des vestiges de combustion et des morceaux d’os calcinés ont été retrouvés dans cette structure étrange.

Structure circulaire construite à l'aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Structure circulaire construite à l’aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Une datation au carbone 14 a été réalisée en 1995 sur un morceau d’os brûlé trouvé sur place, mais le carbone 14 n’y est plus décelable, ce qui indique un âge supérieur à 47 600 ans. Il a fallu attendre 2011 pour qu’une chercheuse belge ait l’idée de procéder à une datation de la calcite des stalagmites en utilisant la méthode uranium-thorium. Cette datation a été effectuée par des équipes franco-belges issues en partie du CNRS, et les résultats de leurs analyses ont été publiées le 25 mai 2016 dans la revue Nature.

Les datations effectuées sur la calcite qui s’est déposée sur la structure construite, donc après l’abandon du site par ses aménageurs, aboutissent à un âge de 176 500 ans ! Cela signifie donc que les hommes qui ont réalisé cette construction et l’ont utilisée étaient les premiers représentants européens de l’Homme de Néanderthal, bien avant le Paléolithique supérieur.

Comme chacun sait, sauf le petit Nicolas (Sarkozy) qui l’a appris à ses dépens à l’occasion d’une visite en Dordogne, les Néanderthaliens ont côtoyé l’homme de Cro Magnon (qui lui est un Homo sapiens) mais ils étaient présents sur notre territoire bien avant lui. Rappelons en effet que les peintures rupestres de Lascaux (datées de 13 000 ans avant notre ère) et même celles de la grotte Cosquer (27 000 ans) voire celles de la grotte Chauvet (qui remontent à 38 000 ans) sont bien postérieures à cette époque où une tribu de Néanderthaliens se massait au fond de sa grotte de Bruniquel pour s’éclairer, se chauffer et sans doute se rassurer, autour d’un bon feu.

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Cette datation récente remet en question bien des préjugés sur la société néanderthalienne dont on n’imaginait pas jusque là qu’elle ait pu atteindre un tel niveau d’organisation collective pour construire et entretenir une telle structure relativement complexe, ni même qu’elle ait pu à une date aussi reculée apprivoiser de telle manière le monde hostile et inhospitalier des grottes souterraines, jusqu’à s’y aménager un intérieur douillet autour d’un bon feu de bois soigneusement entretenu.

L’histoire ne dit pas (encore) à quoi a servi réellement cet amoncellement de fragments de stalagmites peut-être davantage destinées à l’éclairage qu’au chauffage du groupe humain qui l’avait ainsi édifié au centre de son habitation. Elle ne précise pas non plus comment étaient évacuées les fumées dans un espace aussi confiné. Certes, l’époque ne se prêtait pas encore à la controverse quant au rôle nocif des particules fines liées à une combustion incomplète dans un foyer ouvert. Il importe donc de ne pas tirer de conclusion hâtive quant à l’impact sanitaire d’une telle exposition en s’appuyant sur le fait que tous les témoins de la scène sont malheureusement morts depuis belle lurette…

L.V.   lutinvert1small

Emploi : les recettes ne se valent pas toutes…

13 novembre 2016

Il est beaucoup question en cette période de précampagne électorale des solutions que les uns et les autres envisagent pour faire baisser le taux de chômage en France.

blog357_dessinhollandeMalgré la fameuse inversion de la courbe du chômage tant attendue par François Hollande et qui commence enfin à se concrétiser puisque le taux de chômage vient de repasser sous la barre des 10 %, l’emploi reste une des principales préoccupations de la société française et sera sans doute un des déterminants majeurs pour les prochaines élections présidentielles en mars 2017.

Une inquiétude qui se comprend aisément quand on voit la vitesse à laquelle la courbe du chômage a progressé ces dernières années, passant d’un taux de 7,2 % fin 2007, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy et grimpant ensuite de manière continue jusqu’à atteindre 9,7 % lors de son départ de l’Elysée en 2012. La crise économique mondiale est largement responsable de cette forte dégradation de la situation de l’emploi, mais chacun voit bien que des causes plus structurelles liées à la désindustrialisation massive du pays ont renforcé cette vulnérabilité qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. En dehors du cas particulier de l’Allemagne, la France est en effet dans la moyenne des pays européens et fait même beaucoup mieux que certains pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne.

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Face à un tel constat chacun y va de sa potion magique. Les primaires de la droite mettent en avant des solutions liées avant tout à la baisse des charges sociales et à l’augmentation de la durée du travail. Des solutions qui ont d’ailleurs été déjà largement explorées. La loi sur les 35 heures a d’ores et déjà été partiellement détricotée et la durée hebdomadaire moyenne de travail effectif est désormais en France de 39,6 heures, légèrement supérieure, soit dit en passant, à celle observée en Allemagne.

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Quant à la baisse des charges pour les entreprises, elle a été également pratiquée, via notamment le dispositif du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mis en place par François Hollande suite à une proposition de Louis Gallois, et qui s’est traduit par la distribution de plus de 28 milliards d’euros aux entreprises pour les seules années 2013 et 2014, de l’ordre de 10 milliards d’euros par an depuis. Un coût très élevé pour les finances de l’État et qui va encore augmenter de 3 milliards d’euros en 2017 puisque le taux vient d’être relevé pour le prochain exercice.

Un rapport commandé par France Stratégie (l’ex Commissariat au Plan) à deux centres de recherche indépendants, vient justement d’apporter un éclairage récent sur l’évaluation de ce dispositif entré en vigueur au 1er janvier 2013 mais pour lequel on manquait jusqu’à présent de recul pour dresser une véritable évaluation à partir d’observations effectives. C’est désormais chose faite, à partir d’un retour d’expérience sur les deux premières années de mise en œuvre du CICE et le bilan n’est pas des plus flatteurs…

Remise de l'édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Remise de l’édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Alors que le gouvernement attendait de ce dispositif qu’il permette la création d’au moins 200 000 emplois, la réalité se situe plutôt entre 50 000 et 100 000, ce qui n’est pas négligeable pour un système qui n’a pas encore donné sa pleine mesure, mais reste loin des objectifs initiaux. Il n’en reste pas moins que le dispositif s’avère particulièrement coûteux pour l’État avec un coût moyen estimé à 240 000 € pour chaque emploi créé, ce qui est énorme. Rappelons en effet au passage que le coût moyen d’indemnisation d’un chômeur en France revient à environ 15 000 € par an…

En comparaison, le passage aux 35 heures hebdomadaires impulsé en 1997 par Martine Aubry dans le gouvernement Jospin avait eu un effet nettement plus efficace comme l’a encore récemment confirmé un rapport parlementaire. Ce sont en effet pas moins de 220 000 emplois qui avaient pu être créés en deux ans grâce à ce dispositif (et même 350 000 si on observe l’effet jusqu’en 2005), pour un coût très faible évalué à environ 12 000 € par emploi créé.

blog357_dessinsarkoCertes la palme en la matière revient à la solution qu’avaient mise en place Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon, via la fameuse loi TEPA instaurée dès son accession à la Présidence en 2007. Basée sur sa célèbre promesse du « travailler plus pour gagner plus », la défiscalisation des heures supplémentaires avait réalisé la prouesse de supprimer plus de 30 000 emplois pour le coût faramineux de 130 000 € par emploi perdu, un véritable exploit !

De ce point de vue, le CICE n’est donc pas si catastrophique qu’il n’y paraît même si de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le fait qu’il ait surtout bénéficié à la grande distribution et à des entreprisse comme La Poste plutôt qu’à l’industrie manufacturière en vue d’améliorer la compétitivité de cette dernière à l’export, ce qui était quand même l’objectif initial principalement visé.

L’effet bénéfique majeur apporté par le CICE et que reconnaît bien volontiers le patronat, est d’avoir permis aux entreprises de fortement augmenter leurs marges bénéficiaires. Tombées en 2013 un peu en dessous de 30 %, elles sont remontées depuis à 32,7 % ce qui constitue une hausse spectaculaire dont les patrons se réjouissent selon l’adage énoncé par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, disparu il y a tout juste un an : « les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

En l’occurrence, force est de constater, comme le fait l’analyse de France Stratégie, que les investissements en question se font toujours attendre… Aucun frémissement n’est détecté dans ce domaine. En réalité, les montants colossaux versés par l’État au titre du CICE ont souvent servi à pallier les difficultés de trésorerie des entreprises confrontées aux frilosités du système bancaire, et ont permis d’alimenter largement les confortables dividendes versés aux actionnaires. Pour les investissements et les créations d’emplois, on attendra encore un petit peu…

L.V.  lutinvert1small

A Carnoux, le coming out politique du maire !

10 novembre 2016

Élu à Carnoux-en-Provence depuis déjà 33 ans et maire de la commune sans discontinuer depuis 2001, Jean-Pierre Giorgi a toujours revendiqué haut et fort son apolitisme, ce qui ne l’a jamais empêché de soutenir ouvertement ses amis de l’ex-UMP dont le député Bernard Deflesselles. Officiellement étiqueté « Divers droite », il n’a jamais fait mystère de son aversion pour les idées de gauche qu’il combat avec la dernière énergie, mais il a longtemps mis une certaine coquetterie à afficher une absence totale d’affiliation à un courant politique, ce qui lui a d’ailleurs plutôt bien réussi.

Jean-Pierre Giorgi lors de l'inauguration du Centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016 aux côtés de ses amis politiques Jean-Claude Gaudin, Bernard Deflesselles et Martine Vassal

Jean-Pierre Giorgi lors de l’inauguration du Centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016 aux côtés de ses amis politiques Jean-Claude Gaudin, Bernard Deflesselles et Martine Vassal

A plus de 70 ans, il fait enfin son coming out et déclare clairement son positionnement politique à l’occasion d’un article sur Carnoux paru dans Le Monde le 16 octobre 2016, dans lequel il déclare sans détour qu’il n’est « pas du tout de gauche, pas du tout d’extrême-droite » et qu’il « envisage d’appuyer François Fillon à la primaire ».

Article paru dans Le Monde du 16 octobre 2016

Article paru dans Le Monde du 16 octobre 2016

L’électeur de gauche carnussien ne sera guère surpris par ce positionnement thatchérien, mélange de conservatisme social et de libéralisme économique débridé. De toute façon, la vérité oblige à dire, comme les journalistes du Monde l’ont eux-même rapidement constaté, que l’électorat de gauche se fait plutôt rare sur Carnoux si l’on en juge par les scores obtenus aux dernières élections : 17,4 % pour le cumul des quatre listes de gauche qui étaient en lice lors des élections régionales de décembre 2015, et bien sûr 0 % au deuxième tour puisqu’il ne restait alors plus le choix qu’entre la droite et l’extrême-droite, comme lors des élections départementales et des municipales précédentes…

L’électorat d’extrême-droite sera peut-être davantage surpris de ce positionnement du maire de Carnoux dans une commune où, pour ne reprendre que les dernières élections en date, toujours les Régionales de 2015, la candidate FN avait obtenu plus de 47 % des suffrages exprimées au premier tour contre seulement 27 % à son adversaire LR Christian Estrosi. Il est vrai que jusqu’à présent, grâce au mode de scrutin majoritaire, le FN ne dispose que d’un seul élu au conseil municipal malgré ses scores fleuves aux récentes élections locales.

Hughes Peres, nouveau conseiller municipal FN à Carnoux (photo C. Matias pour La Provence)

Hughes Peres, nouveau conseiller municipal FN à Carnoux (photo C. Matias pour La Provence)

On vient d’ailleurs d’apprendre, à l’occasion du dernier conseil municipal en date du 20 octobre 2016 que l’élu en question, le très discret Vesselin Bratkov, venait de démissionner de sa fonction. On ne connaît pas les raisons de sa démission sinon qu’elles sont purement « personnelles » et l’on sait seulement qu’il n’habitait plus depuis des années à Carnoux, même s’il a affirmé quelques jours plus tard dans La Provence, qu’il a effectivement payé sa taxe d’habitation à Carnoux entre 2005 et 2010. Si c’est réellement le cas, on se demande bien comment il a pu y présenter sa candidature en 2014, mais peu importe ! Toujours est-il que c’est désormais Hughes Peres, 77 ans, résidant lui à Carnoux depuis 43 ans et par ailleurs vice-président du Souvenir Français qui représentera désormais le Front National au Conseil municipal de Carnoux.

Quant aux électeurs de droite de Monsieur Giorgi, ils seront peut-être surpris d’apprendre ainsi, au détour d’un article du Monde, quel est son véritable positionnement politique, lui qui se présente avant tout comme un simple gestionnaire. Car parmi les 7 candidats actuellement en lice dans le cadre des primaires de la droite, François Fillon est probablement celui dont le programme politique va le plus loin en matière de dérégulation de l’économie, dans la droite ligne d’un Ronald Reagan ou d’une Margaret Thatcher.

François Fillon, le champion du maire de Carnoux (photo S. Grangier)

François Fillon, le champion du maire de Carnoux (photo S. Grangier)10

S’il est élu, il compte réduire drastiquement les dépenses publiques et supprimant pas moins de 500 000 postes de fonctionnaires dont de très nombreux enseignants qu’il accuse ouvertement de ne pas travailler assez, estimant que l’enseignement privé pourrait avantageusement remplacer l’Éducation nationale jugée totalement obsolète à ses yeux. Il compte réduire à son strict minimum le droit du Travail, supprimer l’impôt sur la fortune et augmenter fortement la TVA : une sacré purge en perspective pour les plus modestes et un recul massif de l’investissement public qui risque de faire de gros dégâts dans une société déjà bien mal en point, mais chez ces gens-là, on ne compatit pas, on compte seulement…

L.V.  lutinvert1small

Le référendum, moyen d’expression démocratique pertinent ?

8 novembre 2016

On entend beaucoup en ce moment les candidats à la Présidence de la République évoquer la notion de référendum, mais est-ce bien un moyen d’expression démocratique pertinent ?

blog355_phreferendumD’abord, qu’est-ce que le référendum ?

Le référendum est une procédure de vote permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou un texte, qui ne sera adopté qu’en cas de réponse positive.

Comme le rappelle le site officiel Vie Publique, la Constitution prévoit quatre cas de référendum :

  • pour l’adoption d’un projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent (art. 11 de la Constitution) ;
  • pour l’adoption d’un projet de loi tendant à autoriser la ratification d’un traité (art. 11) ;
  • pour réviser la Constitution (art. 89). Toutefois, aucune révision constitutionnelle, même approuvée par référendum, ne peut porter sur « la forme républicaine du gouvernement » au niveau local,
  • pour soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale, un projet d’acte relevant de sa compétence (art. 72-1).

A quoi sert un référendum ?

Le référendum est, avant tout, un instrument de « démocratie directe » car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de certains domaines de la politique nationale ou locale. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs proposent de recourir davantage au référendum, notamment pour faire évoluer certains secteurs de la vie sociale difficiles à réformer.

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l'authenticité du propos reste à vérifier...)

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l’authenticité du propos reste à vérifier…)

C’est ainsi que Nicolas Sarkozy, candidat aux primaires de la droite et du centre, s’il est élu à l’élection présidentielle, projette de soumettre aux Français deux sujets : l’internement des « fichés S » jugés dangereux et la suspension du droit « automatique » au regroupement familial.

Pour l’ensemble des candidats aux mêmes primaires, ce sont plus de treize questions qui sont envisagées. Mais toutes ne semblent pas relever du champ constitutionnel d’exercice de ce mode d’interrogation avec pour conséquence l’absence de certitude sur ce qu’il adviendrait de la procédure. Cela concerne les deux propositions ci-dessus, ou encore « réformer l’organisation des territoires en rapprochant les régions et les départements »….

Dans le cadre de nouvelle Loi Travail, le texte prévoit la mise en place de référendum d’entreprises. Ces derniers seraient initiés par des syndicats représentants moins de 30 % des salariés. Pour qu’il soit validé, le référendum doit être approuvé par plus de 50 % des suffrages exprimés par les salariés. Les syndicats majoritaires ne pourront s’opposer au résultat.

Est-ce que le référendum est un instrument pertinent ?

Pour amorcer une réponse à cette question, nous pouvons déjà nous appuyer sur le référendum du 27 avril 1969 par lequel le président de Gaulle a soumis au peuple « la création de Régions et la réforme du Sénat avec fusion avec le Conseil économique et social ».

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Les Français ont répondu à 52,41 % des suffrages exprimés NON et comme le président avait mis en jeu son maintien au pouvoir, il a ensuite démissionné le 28 avril 1969. En réalité, les Français ont répondu à une question qui n’était pas posée et ont voté contre le Général de Gaulle !

blog355_phtraite-de-lisbonnePlus près de nous, concernant le référendum de 2005 relatif à la Constitution européenne, les Français ont répondu NON à 54,67 % des suffrages exprimés car ils déjugeaient son volet social, mais c’est ensuite par un vote au Parlement que la France a ratifié le traité européen.

Dernièrement, en Grande-Bretagne, le vote relatif à sa sortie de l’Union Européenne a obtenu un vote positif à avec plus de 52 % de OUI, avec les conséquences que l’on connaît dont la démission du Premier ministre Cameron.

Nous pouvons aussi évoquer le référendum portant sur la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes près de Nantes dont le résultat favorable reste contesté.

Quels enseignements peut-on en tirer ?

Le contexte dans lequel les électeurs, quel que soit le niveau auquel se situe la consultation, joue un rôle majeur : besoin de renouvellement politique en 1969, cadre social insuffisant en 2005, repli identitaire et rejet de l’immigration en Grande-Bretagne en 2016, difficultés dans l’entreprise…

La question posée doit être sans ambiguïté et porter sur un sujet constitutionnellement compatible.

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Pour conclure, on peut se référer à l’Intervention de Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, lors du colloque organisé par la Société de législation comparée le 4 novembre 2011 sur le thème : « théorie et pratiques du référendum ».

« Le bon gouvernement de la cité impose de savoir conjuguer les atouts et prévenir les inconvénients des différents modes de démocratie existants, direct et indirect. Tout gouvernement doit prendre appui sur deux piliers. Le premier est celui de l’adhésion populaire aux grands choix structurant la vie collective, adhésion qui peut s’exprimer par la voie du référendum et qui remplit une fonction d’authentification et d’approbation de ces choix, indispensable en démocratie. Le second remplit une fonction plus stratégique d’anticipation, de projection dans l’avenir et, parfois même, de rupture avec l’opinion plus ou moins exprimée du plus grand nombre. Une telle prise de risque relève d’une éthique de responsabilité qui est la marque des grandes démocraties. »

MM

Un « branleur » à la tête de la région PACA ?

6 novembre 2016

Chacun sans doute se souvient que c’est Nicolas Sarkozy en personne, alors à la tête du parti qui ne s’appelait pas encore Les Républicains, qui avait demandé en avril 2015 à Christian Estrosi, ancien pilote motocycliste devenu député-maire de Nice et (éphémère) ministre de l’Industrie, de conduire la liste UMP aux élections régionales. Une élection remportée haut la main après que son adversaire malheureux de gauche, Christophe Castaner, ait préféré jeter l’éponge entre les deux tours pour ne pas laisser le Front National en position de gouverner la Région.

Depuis, le nouveau président de la Région PACA a largement oublié qu’il avait été élu avec de nombreuses voix de gauche et s’est surtout distingué par ses invectives contre le gouvernement (et la SNCF), et sa surenchère permanente sur le terrain sécuritaire. On le croyait en tout cas toujours très proche de Nicolas Sarkozy dont il soutient ouvertement la candidature aux primaires de la Droite (inutile désormais de rajouter « et du Centre », puisque ce courant de la Droite n’est même pas représenté parmi les candidats et considéré avec beaucoup de suspicion par plusieurs d’entre eux…).

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Et pourtant, Christian Estrosi était curieusement absent lors du grand raout qui a rassemblé plus de 3000 personnes dans la salle Vallier à Marseille, le 27 octobre dernier, pour soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy. Un meeting qui se tenait à la même heure que celui du candidat Alain Juppé, lequel avait préféré se délocaliser à La Garde, près de Toulon, d’où il se permettait de se gausser de la propreté des rues marseillaises en énonçant finement : « Quand un Bordelais se plaint de la saleté, je lui dis d’aller voir à Marseille ». Une analyse qui lui a valu une réplique de Cacou formulée avec tout autant de finesse et d’ouverture d’esprit par un Renaud Muselier en pleine forme : « On ne nous critique pas nous les Marseillais. On nous aime ou on s’en va ». Décidément la campagne présidentielle est bien lancée et on voit que le niveau du débat est particulièrement élevé…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

En tout cas, pour soutenir le candidat Sarkozy à Marseille, tous les ténors de la Droite locale, de Jean-Claude Gaudin à Renaud Muselier en passant par Eric Ciotti et Maryse Joissains étaient bien présents, « entre amis » comme l’a lourdement souligné le maire de Marseille, tous, mais pas le président de la Région PACA…

Le candidat Sarkozy s’en est lui-même ému, quelques minutes avant d’entrer en scène, interrogeant à la ronde, avec sa discrétion légendaire et son phrasé distingué qui le caractérisent : « il est où, Estrosi ? ». C’est le Canard enchaîné qui rapporte la scène, largement reprise par de nombreux médias (sauf curieusement La Provence, on se demande bien pourquoi…).

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne...

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne…

Face au silence gêné qui l’entoure, l’ex Chef de l’État répète sa question : « il est où ? Il vient pas ? ». Un des organisateurs du meeting finit par se dévouer et lui répond : « Non, il a pris quelques jours ». « Il est malade ? » interroge Nicolas Sarkozy. « Non, il est fatigué ». « Moi aussi, je suis fatigué » lâche le candidat en campagne. Alors, son interlocuteur, de guerre lasse, finit par lâcher le morceau : « Il a pris quelques jours à l’ïle Maurice », ce qui déclenche de la part du patron des Républicains cette réplique cinglante : « A l’ïle Maurice ! Quel branleur ! ».

Espérons en tout cas que Christian Estrosi aura bien profité de ses vacances. Toujours est-il qu’il ne devrait pas craindre le choc thermique au retour de l’Océan Indien, car le voila habillé pour l’hiver…

L.V.  LutinVert1Small

Katulu ? n° 50

4 novembre 2016

affichekatulu50A l’occasion des cinquante ans de la création de Carnoux-en-Provence le groupe de lecture Katulu ?, activité culturelle du CPC, a choisi le thème de « l’exil » pour présenter cinq livres au cours d’une séance ouverte au public qui s’est déroulée le 29 septembre 2016. Le texte complet de nos notes de lecture est accessible ici : katulu-n50

Le cri des oiseaux fous

Dany Laferrière

L’exil éveille en chacun d’entre nous de très singuliers échos. Cela peut être des cris rauques, déchirants comme ceux des oiseaux fous avant l’accouplement. Des cris désespérés et tragiques mais nécessaires.LaSolutionEsquimauAW

Dans ce roman cette histoire concerne Vieux Os, un jeune homme de 23 ans qui raconte son exil, un certain 1er juin 1976. Ce jour-là, il est contraint de quitter son pays, Haïti, avec « une petite valise en tôle »Vieux Os, en fait, n’est autre que Dany Laferrière car il s’agit bien d’un roman autobiographique dédié à son ami « Gasner Raymond (assassiné) dont la mort a changé ma vie »L’action se déroule en un jour « nuit fatale », en un lieu et s’apparente en cela fortement aux tragédies antiques. Le pays, Haïti, se trouve être un personnage essentiel qui se découvre à travers la déambulation amoureuse et hallucinée de notre héros.

De ce roman se dégage un souffle de jeunesse, de plaisir, de sensualité. L’appétit de culture, le goût de la chair, de l’amitié se mélangent. Les remarques, les dialogues sont savoureux. Le style est d’une grande fraîcheur et simplicité.

L'écrivain Dany Laferrière, reçu à l'Académie Française

L’écrivain Dany Laferrière, reçu à l’Académie Française

Tout au long de cette nuit il lutte contre son attachement à son pays natal, ses amis, sa mère mais aussi il crie, se révolte : « Moi je veux vivre. Je préfère vivre de n’importe quelle manière plutôt que de mourir en héros ». Sa mère le supplie de partir car il sera « plus utile vivant que mort »Ce roman quête de soi insinue combien un pays vous façonne, combien il est difficile de trancher entre amour et individualisme entre idéal et pragmatisme entre raison et magie. Ce cri des oiseaux fous plane longtemps dans notre cœur et nous hante avec cette beauté sombre et grave de la dernière nuit avant l’exil.

Nicole

Rêves oubliés

Leonor de Recondo

Reves oublies 9782757834350-crg.inddCe livre raconte la vie d’une famille espagnole, obligée de rejoindre la France et de fuir l’Espagne à cause de la guerre civile qui a éclaté dans les années 1936 à 1939. 21 Mai 1940 : « Depuis hier nous avons définitivement perdu la guerre. L’Espagne nous ferme ses portes et le dictateur s’assure de longues années de règne où la moindre voix discordante sera muselée ! ».

la mère de famille, Ama, déracinée va tenir un journal secret tout au long de ces jours interminables depuis le 18 août 1936 jusqu’au 2 janvier 1941. Les pages sont datées et nous découvrons ainsi leur quotidien mais il n’y a aucune révolte, tout est dans la retenue, la justesse ! L’écriture lui permet de comprendre la situation, de la supporter, de maîtriser ses émotions et cela lui fait du bien : « je ne me plains pas, c’est ainsi ». 

Dans ces pages émouvantes, délicates et poétiques on assiste à la lutte intérieure de cette famille, à sa résistance pour refouler son chagrin et continuer à vivre malgré tout, pour les enfants d’abord, puis comprendre que les rêves peu à peu font place à une résignation pour accepter le présent insatisfaisant ! …

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

« J’abandonne une partie de moi-même là-bas au pied des orangers. J’y laisse mes rêves et je prie pour que nous restions unis, en vie ». « Je comprends votre peine, nous la ressentons tous. L’abandon de notre passé est un déchirement qui s’étire un peu plus chaque jour, ne cédons pas aux mirages de la nostalgie ».« Être ensemble c’est tout ce qui compte » ou «  malgré ces temps orageux et glacial nous sommes toujours là ensemble ».

Ce roman est délicieux à lire parce que la poésie s’écoule à chaque phrase, les mots sont choisis, les phrases sont courtes et simples, pudiques, tout en finesse ! « Ce roman a la pureté du cristal, la douceur d’une caresse… écriture délicate, aérienne, un pur bonheur de lecture ».

Josette J.

Saïgon-Marseille aller simple

Nguyen Van Thanh

livresaigonmarseilleL’auteur, né en 1921 à Hué au Viet-Nam, est décédé à 91 ans, le 2 décembre 2012 à Lattes dans l’Hérault. La première partie du livre est un récit plein d’anecdotes sur la vie familiale de l’auteur, sur la société dans laquelle vivaient les élites vietnamiennes dans les années 20. Son père, issu d’une famille de lettrés pauvres, avait acquis le titre de mandarin, et exerçait la fonction de sous-préfet de la région de Vinh.

En juillet 1939, l’empereur Bao Dai lance un appel afin de recruter 20 000 volontaires pour la France, non comme soldats mais comme main d’œuvre dans les usines d’armement. Il y eut si peu de volontaires que cela se mua en mobilisation forcée. Thanh s’engage ! Il n’a alors que dix-sept ans. Le récit du voyage, de l’arrivée à Marseille, de l’envoi dans des camps ne fait pas honneur à la France. Les Indochinois furent traités comme des « sous-hommes », « nous n’étions que des bêtes… ».

Puis se sont les années passées à la poudrerie nationale de Bergerac, un travail de manutention sans aucune protection des matières nocives. Une promesse de salaires au retour au pays qui ne seront jamais versés. Enfin le travail dans les propriétés agricoles. Thanh fait ressortir « le racisme ordinaire », combien les Vietnamiens étaient pris pour des « bêtes curieuses » : « nous apportions une variante raciale ». Un autre lieu de honte pour la France : le centre de redressement de Sorgues destiné aux Vietnamiens protestataires, agitateurs politiques… « aux mauvais Annamites ». Un véritable camp de concentration… des pages édifiantes !

En 1948, la France commença à organiser le rapatriement des travailleurs indochinois. Ce n’est qu’en 1952 que les derniers purent enfin revoir leur patrie, après douze années d’exil forcé. Environ un millier d’entre eux firent le choix de rester en France, le plus souvent parce qu’ils avaient rencontré une femme, et fondé une famille, comme Nguyen Van Thanh.

En février 1975 premier voyage au Vietnam après 35 ans d’absence, 2 mois avant que Saïgon ne tombe aux mains des communistes. Après la réunification, Thanh raconte comment ses frères et sœurs se retrouvèrent dépouillés de tout ; leur tentative de départ « en boat-people » . Et Tanh de s’interroger « Pourquoi s’enfuir de son pays pour aller endurer dans un autre la misère, le chômage et surtout le mépris ? »

La souffrance intime de l’exilé qu’est Thanh, ce fut moins son pays, son déclassement social, que sa famille… Son exil a provoqué avec elle une incompréhension qui en raison de ses choix politiques et de l’éloignement est devenue un mur infranchissable. « Je me résigne à prendre ce que ma famille m’accorde et à m’en contenter pour m’estimer comblé. »

Une page d’histoire peu connue, bouleversante à découvrir, qui interroge le passé de notre pays.

Marie-Antoinette

« Écoutez la mer »

Marie Cardinal

ph_ecoutezÉcrit en 1961-62, ce livre est un hymne à la patrie perdue où le sang coule rue Michelet, là où Marie est née. L’auteure y explique cette double appartenance culturelle, la France, un pays de rationalité, de cérébralité, et l’Algérie terre de la jouissance, des odeurs, des chants qui ont bercé l’enfance de la petite fille. Et puis bien sûr, il y a la mer omniprésente. Et les noms de ces plages sont comme une litanie, comme des grains de chapelet, les perles d’un collier qui ceinture la côte nord du pays algérois.

Elle raconte son amour pour un allemand, Karl, un être qui est un peu l’antithèse de cette méditerranéenne, spontanée, vif argent… Et pourtant, paradoxalement, c’est son amour pour Karl qui lui fait retrouver son pays perdu avec ses parfums de lauriers roses et de couscous, son soleil impitoyable et ses musiques rythmées par les derboukas et la petite flûte des bergers de la ferme.

Marie Cardinale « l’exilée absolue » : « Je suis une fille d’Algérie j’ai des rapports difficiles avec la France ». Chacun de ses ouvrages reprend sans cesse ce thème du pays natal et ce pays n’est pas la France !

Ainsi dans « Au pays de mes racines » : « Nécessité de partir là bas. D’y retourner. Là bas, l’Algérie, Alger. Pourquoi ? Ce ne sont pas les maisons que j’ai habitées qui m’attirent. Non, c’est quelque chose qui vient de la terre, du ciel, de la mer, que je veux rejoindre, quelque chose qui, pour moi, ne se trouve que dans cet endroit précis du globe terrestre ». « Vivre ailleurs cela a changé pour moi le sens du mot vivre. […] Il n’y a plus d’instants où je sois en parfaite harmonie avec le monde ».

Annie

Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda

ph_danslamerIl s’agit de l’histoire d’un petit garçon afghan Enaiatollah, de l’ethnie Hazara (chiites) persécutée par les Talibans et les Pachtounes (sunnites). Son père, il y a quelques années est mort assassiné dans son camion qui a été volé avec toutes les marchandises commandées et achetées pour les Pachtounes en Iran. Les Pachtounes le recherchent pour lui faire payer la dette du père en le réduisant en esclavage. Aussi, à son insu, sa mère le conduit et l’abandonne au Pakistan, pour qu’il puisse vivre libre, après lui avoir imposé 3 promesses : ne jamais prendre de drogues, ne jamais utiliser d’armes, ne jamais voler.

C’est le récit de 5 années d’errance : 1 an au Pakistan, 3 ans en Iran et une année pour rejoindre l’Italie en passant par la Turquie. Un livre sur la vie d’un garçon dont l’enfance se termine à 10 ans, le jour où il n’a plus de mère pour le guider, où il faut qu’il prenne des décisions pour lui. C’est un récit sur la peur de mourir, la peur d’être pris par la police et d’être torturé : il ne le sera pas, mais il connaîtra les postes de police.

Soumis à la volonté des passeurs, il fait route avec d’autres jeunes afghans comme lui mais la plupart du temps il est seul. Être seul est parfois payant, permet plus facilement la bienveillance de l’autre. C’est enfin la chance immense de trouver une famille italienne qui va l’héberger, lui permettre de faire des études et d’obtenir un permis de séjour. Un récit vivant, sans rancune, la survie avant tout, la peur mais aussi la prise en main de soi.

« Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ? Tu le reconnais parce que tu n’as plus envie de t’en aller. Bien sur il n’est pas parfait. Ça n’existe pas un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins, personne ne cherche à te faire du mal ».

« Un jour j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer ».

Cécile

Ces chroniques littéraires ont fait l’objet d’une séance publique de Katulue organisée dans le cadre du jubilé de Carnoux-en-Provence. Retrouvez en le compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !