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Débat sur l’école (partie 4) : une école inclusive…

3 avril 2017

Le dernier sujet de cette table ronde aborde la question de l’égalité des chances pour les élèves souffrant de handicaps et leur intégration dans l’école.

C’est Laurent Mauneau, professeur des écoles spécialisé en charge du suivi de la scolarisation des élèves handicapés sur les villes de La Ciotat et Ceyreste, acteur du dispositif AEBEP (Élèves A Besoins Éducatifs Particuliers) qui fait en bref rappel de l’historique de la prise en charge de ces élèves « particuliers » .

Laurent Mauneau

Dans un passé encore récent, ces élèves identifiés « handicapés » étaient voués à être enfermés dans des institutions avec une quasi impossibilité de retrouver une vie sociale normale. A part quelques cas  de lourdes pathologies médicales ou comportementales nécessitant une scolarisation  dans un établissement spécialisé, la volonté d’accueillir des enfants différents dans l’école ordinaire s’est faite progressivement.

Le but est de passer d’un système de séparation, d’exclusion (incapacité à accueillir et prodiguer un enseignement adapté) à un système d’intégration (dans certaines conditions, dans un nombre limité d’établissement, avec des éducateurs spécialisés) vers un concept d’inclusion où l’élève « à besoins particuliers » est totalement intégré au sein d’une classe ordinaire.

C’est l’esprit de la loi de 2005 prônant l’accueil de tous les élèves en prenant compte  leurs handicaps à travers des adaptations et aménagements. Encore faut-il définir ce que sont ces incapacités. Ce sont aussi bien celles d’un enfant diabétique, d’un dyslexique, d’un enfant ayant des difficultés pour écrire, d’un déficient visuel ou auditif, ou d’un élève précoce voire d’un paraplégique.

C’est aussi poser le postulat que dès le départ, tous les élèves devraient être réunis sans distinction obligeant l’école à s’adapter. Pour Laurent Mauneau, c’est possible. Des protocoles sont prévus pour chaque cas pour compenser leurs difficultés, car la capacité  intellectuelle de ces élèves est équivalente aux autres et leurs facultés d’acquisition des connaissances sont similaires.

Les solutions passent par des adaptations tant matérielles que  comportementales. En effet, des outils très simples peuvent compenser les difficultés comme par exemple un ordinateur avec un clavier « Braille » pour un déficient visuel, la disponibilité d’une armoire à pharmacie pour stocker l’insuline d’un diabétique, instituer une discipline et des méthodes d’expression orale (élèves – professeurs) pour qu’un déficient auditif assimile en totalité les connaissances orales dispensées.

Il est évident que la mise en œuvre de ces dispositifs ne peut se faire qu’avec la coopération des familles, des enseignants, des partenaires éducatifs, chacun d’eux devant prendre en compte que la notion de « temps » (d’apprendre et de s’épanouir à son rythme) n’est pas la même pour tous pour atteindre l’objectif de la réussite de tous dans un milieu scolaire sous pression des programmes, des effectifs et des autres familles.

Il est encourageant de constater qu’en maternelle, par exemple, un sentiment d’empathie naturelle existe chez les enfants envers ceux qui sont en situation de handicap. Dans les classes supérieures, cela peut parfois faire naître des interrogations, car les élèves bénéficiant  d’aménagements spéciaux peuvent être perçus comme avantagés par rapports aux autres, comme quoi  un travail permanent doit être effectué pour ancrer dans les esprits la notion d’égalité.

Cette approche de l’accompagnement des élèves en situation de handicap révèle le besoin identique des élèves  en  difficulté scolaire « ordinaire » et l’obligation de l’école, de la société de s’adapter pour créer les conditions d’une réussite pour tous. Cette tâche est immense mais les solutions proposées au cours de cette table ronde ouvrent de réelles perspectives.

L’école : un océan de questions qui restent sur la table…

Les conférenciers furent ensuite interpellés par le public pour engager un échange d’idées sur les arguments et thèmes abordés précédemment. Il en résulte que les préoccupations relatives à l’école, au cours du temps, restent les mêmes :

– l’école doit-elle ne transmettre que des savoirs ou des valeurs ; émanciper ?

– l’orientation est-elle bien faite (stages, alternance) ?

– l’internat pourrait-il être une solution pour certains ?

– malgré de multiples réformes, la régression des performances est constatée. Pourquoi ?

– l’idéal ne serait-il pas une réponse individuelle adaptée à chaque élève, une utopie ?

La discussion se poursuivit un verre à la main pour clôturer cette soirée riche en contenu. Il semble évident, qu’à l’avenir, une autre conférence devrait être proposée pour éclairer notre vision sur l’école et son devenir.

C. M.

Débat sur l’école (partie 3) : la pédagogie Freinet…

2 avril 2017

Une des expériences en cours actuellement à La Ciotat, au collège Jean-Jaurès et au Lycée Auguste et Louis Lumière est intitulée CLEF (collège lycée expérimental Freinet). Michel Motré, ancien instituteur et ancien inspecteur d’académie, parle avec enthousiasme de cette expérience qui semble anachronique puisque l’école Freinet a été conçue pour le primaire et dans les années 1930 !

Michel Motré

Ce programme débuté en 2008, a été proposé d’abord par deux enseignants travaillant déjà en Pédagogie Freinet dans leurs classes afin de la mettre en place dans une équipe complète d’enseignants dans un premier temps de la 6ème à la terminale et désormais à partir de l’école primaire avec l’école du secteur Maltemps. Cela permet une cohérence pédagogique qui redonne toute sa valeur au travail, institue l’élève comme « auteur » de ses apprentissages et propose une réussite éducative fondée sur une approche globale de l’enfant.

La formation dispensée développe autant les savoirs conceptuels (notions, concepts, règles, normes et lois) que les « savoirs opératoires ». Dans cet esprit l’équipe enseignante s’attache tout particulièrement à l’expression (épanouissement), la vie coopérative, l’expérimentation, le travail individualisé pour favoriser des processus individuels dans le cadre d’une réussite sociale.

L’enseignement s’organise autour de cours disciplinaires en classe complète, de travail individualisé en groupes de niveaux mélangés (5 à 6 h par semaine), d’ateliers (3 h par semaine) et des d’autres moments de vie scolaire. La durée hebdomadaire de travail et le contenu des programmes sont identiques aux classes ne suivant pas cette expérience. Les parents sont associés à l’équipe pédagogique pour évaluer les travaux et la progression des élèves.

Les effets constatés sont probants sur les acquis des élèves qui ont plaisir à venir à l’école, où la sérénité règne dans les classes, une aisance orale est de mise et les élèves identifiés « décrocheurs »  sont de nouveau  en capacité de poursuivre des études dans les voies traditionnelles. De même les enseignants sont confortés par la reconnaissance de leur rôle de pédagogue.

La réussite aux examens, dans ces deux établissements et équivalent à celles des autres ne proposant pas cette méthode CLEF. Un signe ne trompe pas car les demandes d’inscription à ces établissements de La Ciotat ne peuvent être toutes satisfaites, des familles déménageant même de régions éloignées pour avoir la chance de profiter de ce programme !

C. M.

Débat sur l’école (partie 2) : les potentialités des TPE…

1 avril 2017

« On n’arrive plus à intéresser les élèves ! » entend-on chez les professeurs. « Les élèves s’ennuient » lit-on aussi parfois. Ces plaintes témoignent d’un certain découragement qu’un professionnel doit savoir dépasser. Dans cet objectif Jacques Tonnelle, ex professeur de mathématiques et formateur à l’IUFM, a exploré des pistes pour  repenser le rapport au savoir des élèves et le rôle des professeurs dans la manière d’attirer et captiver l’attention des élèves.

Jacques Tonnelle

Il n’hésite pas à redonner du sens au verbe « apprendre » qui, pour lui, au travers des TPE (Travaux Personnels Encadrés) permettent de découvrir ce qu’il appelle la raison d’être des « œuvres » sélectionnées dans les programmes. Pour lui une « œuvre » (savoir) est une création humaine nécessitant la mobilisation de connaissances diverses comme par exemple, une équation mathématique, le droit constitutionnel, une recette de cuisine, la génétique, etc. Cela peut dépasser le cadre purement scolaire d’une discipline figée, contrainte par des directives nationales (textes et instructions).

Quel est le  dispositif des TPE ? Actuellement les élèves en classe de Première doivent mener un projet « personnel encadré ». Des thèmes sont sélectionnés par les professeurs de la classe et les documentalistes sur la base d’une liste nationale, les élèves de la classe sont répartis en différents groupes autour des sujets choisis en accord avec les deux professeurs qui suivent leur recherche, à raison de deux heures par semaine.

C’est une question qui initialise un TPE, comme celle-ci : Comment la technologie  de GPS peut-elle s’avérer utile dans la gestion des catastrophes naturelles ? Les élèves travaillent en autonomie, par groupes et/ou individuellement. La constitution d’un dossier thématique atteste le travail de recherche documentaire. De plus chaque élève remplit un carnet de bord où est consignée la progression du travail individuel. La réalisation finale fait l’objet d’une communication orale face à un jury en fin d’année. Une note est portée au livret scolaire et sera prise en compte au baccalauréat.

L’objectif des TPE est de définir des situations problématiques motivantes de manière à stimuler l’action volontaire d’apprendre et, par la même, rompre avec la perte de saveur des savoirs qui font trop souvent l’objet d’une visite superficielle dans l’approche scolaire. Il s’agit de développer chez l’élève le goût pour l’enquête en organisant un parcours d’étude et de recherche qui permette de proposer une contribution à la question sélectionnée.

L’originalité de cette méthode – qu’on peut généraliser en l’adaptant – est de proposer des questions comme source de l’enseignement ! C’est alors la situation qui vient motiver l’action d’apprendre. D’où l’importance de la formulation d’un « sujet d’étude » sous forme de question. Le rôle des professeurs est primordial dans la gestion de la recherche. Il faut en effet montrer la pertinence des savoirs existants, mais aussi en mobiliser d’autres qui peuvent ne pas être inscrits dans les programmes.

On pourra ainsi parler du fonctionnement du GPS sans rentrer par exemple dans les nombreux aspects scientifiques et techniques qui pourraient entrer dans l’étude. Ces derniers seront alors utilisés comme boîtes noires, prises en compte certes, mais sans être travaillées. L’important est de faire apparaître, chemin faisant, les besoins de l’enquête, et d’en travailler quelques uns.

Le dispositif des TPE veut donc répondre à la nécessité de motiver les savoirs diffusés par l’école. Avant de céder la parole au nouvel intervenant, Jacques Tonnelle conclut par une citation de Gaston Bachelard : « C’est le travail qui est producteur d’un savoir, et pas le produit fini (la formule mathématique par exemple) .

C. M.

Débat sur l’école (partie 1) : un diagnostic déroutant…

31 mars 2017

Les adhérents du Cercle Progressiste Carnussien et le public portant un intérêt au sujet du rôle de l’école dans la mise en pratique de méthodes et initiatives permettant une amélioration de la transmission des savoirs ce sont retrouvés, Clos Blancheton, pour participer à une conférence sur l’école et la société. Un débat en forme de table ronde où quatre professionnels de l’éducation ont exposé, à tour de rôle, leur expérience et leur vision sur les méthodes et les pratiques pédagogiques pouvant réconcilier tous les acteurs de l’école : élèves, parents, enseignants et décideurs politiques. Le but de la soirée était de donner la parole au public pour échanger sur les thèmes abordés.

Michel Motré, président du CPC, présente les conférenciers et introduit la séance en rappelant que  l’objectif des communications est de lever les incompréhensions qui entourent le rôle de l’école, de ses acteurs dans notre société souvent en conflit avec celle-ci, tout en soulignant qu’il n’y avait pas de solutions  définitives mais  que des réponses existaient, des expériences tangibles probantes.

Les 4 conférenciers au Clos Blancheton, le 16 mars 2017

C’est Michel Neumayer, spécialiste de « l’éducation nouvelle » et formateur d’enseignants, qui prend la parole en premier pour dresser un tableau de la situation actuelle de l’école, diagnostiquer tel un examen clinique les conflits et tensions qui parcourent la société à son sujet.

Michel Neumayer

Il constate que l’école est à l’image de la société, c’est à dire inégalitaire ; les enfants de cadre et d’enseignants réussissent mieux que les autres, pourquoi ? « L’ascenseur social » qui profitait, au siècle dernier, aux classes défavorisées, ne fonctionne plus.

L’école est prise dans la double injonction d’éduquer, d’instruire et, dans le même temps, de trier les enfants par  une orientation précoce. La coupure « manuel » / « intellectuel » subsiste toujours avec un  mépris inavoué de l’enseignement professionnel.

L’école est tiraillée, à l’heure « d’internet », par le doute de ce qu’il faut transmettre et comment ? Le poids de l’enseignement « intemporel » persiste alors que les savoirs humains évoluent dans les sciences, la linguistique, et d’autres domaines.

A l’heure  de la globalisation planétaire et de ses enjeux, il est nécessaire d’aborder la transmission de nouveaux savoirs en évitant les conflits qui agitent l’école à propos de la laïcité en particulier ou d’autres sujets de clivages.

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles. Cela pose le problème de l’évaluation des connaissances qui sont sanctionnées par des notes perçues  comme « une punition » quand elles sont mauvaises et déclenchent, alors souvent un blocage de la motivation de l’élève qui subit  la conséquence d’une absence d’individualisation des méthodes alors qu’en matière d’apprentissage, l’hétérogénéité, bien encadrée, est un moyen de redonner le goût au travail scolaire et de créer une progression efficace des ses acquis.

Des expériences et innovations existent mais suffisent-elles ? Aujourd’hui, le contrat qui lie la société  et l’école est régi par le Politique, est-ce suffisant ? Quelle place fait-on aux parents dans l’école ? Comment en fait-on des partenaires du devenir scolaire de leur enfant ?

Il ne faut certes pas que l’école devienne un objet de consommation mais qu’une juste appréciation des moyens mis à sa disposition, une formation adaptée pour les enseignants, une administration centrale efficace puissent alors contribuer à la création d’une vision ambitieuse, confiante (non anxiogène) de l’école du futur, telle est la conclusion de Michel Neumayer à cet instant du débat.

C. M.

Rappel : l’école en débat à Carnoux !

15 mars 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 16 mars 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Elle prendra la forme d’une table-ronde animée par quatre intervenants, ayant tous une expérience éducative en milieu scolaire et qui proposeront des pistes de réflexion et d’action pour améliorer notre système éducatif qui fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.

Si le sujet vous interpelle, n’hésitez-pas à venir participer à ce débat citoyen sur le fonctionnement de notre système éducatif, plus que jamais au coeur des enjeux de notre société ! L’accès y est gratuit et sans restriction, en dehors du nombre de places limité qu’offre la salle mise à disposition par la commune.

Prochaine conférence : école et société, comment lever le malentendu ?

19 février 2017

L’école et l’éducation constituent à la fois un enjeu politique et un terrain de conflits qu’il faut aborder clairement sans s’abriter derrière des faux fuyants ou des présupposés non explicites. On peut y retrouver tous les choix qui dépendent de convictions philosophiques ou religieuses, d’idéologies (surtout lorsqu’elles prétendent ne pas en être), d’intérêts personnels ou de groupes, de situations sociales. Transformer des usagers en clients, par exemple, n’est pas anodin : pouvons-nous être sereinement des consommateurs d’école ?

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Nous sommes bien au cœur de la politique, entendue dans son sens de choix de vie sociale et de rapports entre individus et collectivités (ou de communautés ?). Choix pour lesquels, aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’une démocratie représentative (soumise aux aléas médiatiques et politiciens) influencée par des experts sans contrôle et des sondages sans lisibilité laissant cours à toute démagogie et à un « clanisme » constituant d’écuries présidentielles… Repenser l’École ne peut être le privilège d’aucun spécialiste !

dessinchatLe Cercle Progressiste Carnussien cherche à faire vivre les valeurs citoyennes et toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Pour cela les conférences du CPC sont devenues, au fil des ans, un lieu de rencontre permettant l’information et la participation au débat entre citoyens sur l’évolution des institutions qui permettent la vie en société. L’École, à travers ses différentes composantes (maternelle, primaire, secondaire, université) a été et demeure un enjeu majeur pour l’apprentissage de la vie collective, pour la transmission des savoirs, pour l’étude les grandes questions d’aujourd’hui et de celles qui sont devant nous…

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles, cela même si les critères généraux retenus ne sont pas pleinement pertinents. En effet, comment comparer la performance des élèves français à leurs condisciples coréens ou chinois quand on sait que ces derniers suivent aussi des cours  supplémentaires organisés après l’école !dessinfayot

Plusieurs sujets peuvent être mis en débat : L’école est-elle sélective ? Comment donner à tous l’envie d’apprendre ? Comment concevoir un enseignement qui favorise le fait d’apprendre et de réussir ensemble ? Comment avoir confiance dans l’école et dans sa capacité à faire réussir ? Pourquoi enregistre-t-on une augmentation sensible des demandes d’inscription dans l’enseignement privé ? Fait-on le choix d’une école pour les bons élèves ou d’une école pour tous ? Comment motiver les élèves pour l’école ? Comment construire une société d’avenir  pour tous les élèves ? Et la liste n’est pas exhaustive...

Cependant des voies d’avenir, des projets se dessinent pour améliorer l’efficacité de l’École. Certes les défis sont énormes, mais il y a des raisons d’espérer. Le thème retenu est ce point crucial autour duquel s’orienteront les échanges : École et Société, comment lever le malentendu ?

La conférence débutera sous forme d’une table ronde alimentée par quatre courtes interventions mettant en lumière des solutions ponctuelles qui surgissent dans l’école. Ces initiatives parfois ignorées ou marginalisées contredisent le fatalisme ambiant. Leur dévoilement permettra d’échapper aux lieux communs qui polluent le débat et fourniront des pistes à explorer pour l’avenir.

afficheconfecoleLes quatre intervenants, Laurent Mauneau (professeur des écoles spécialisé, enseignant référent pour la scolarisation des élèves handicapés), Michel Motré (instituteur puis professeur en zone d’éducation prioritaire et enfin inspecteur pédagogique régional en arts plastiques, ex-directeur de la délégation académique à la formation et à l’innovation pédagogique), Michel Neumayer (ex professeur en collège, puis formateur d’adultes, animateur du GFEN en Provence, le Groupe français pour l’éducation nouvelle, et membre du Lien international d’éducation nouvelle) et Jacques Tonnelle (ex professeur de mathématiques, formateur à l’IUFM et au DEA Didactique des mathématiques) exposeront des initiatives (expérimentations, innovations ou pratiques pédagogiques) probantes visant à éclairer le public avant que s’engage l’échange avec la salle.

L’École pourrait peut-être participer, par ses pratiques, (conseils, coopératives, élaboration des projets, productions d’élèves, apprentissage du débat…) de l’émergence d’une démocratie délibérative et participative? À condition que des zones de pouvoir (que peut-on décider dans la classe, dans l’école…?) soient instaurées et de ne pas sombrer dans la réunionnite aiguë. Resterait aussi à évaluer les réformes qui ont avorté ou ont été abandonnées. Peut être, aussi, à condition que se constitue une nouvelle association de chasseurs, défenseurs d’une écologie de la pensée : les chasseurs d’idées reçues…

dessinreformeNe pas oublier : vous êtes donc invités cordialement à cet échange ouvert à tous qui se tiendra jeudi 16 mars 2017 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, à partir de 18h30.

J. Tonnelle

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Faut-il remplir ou vider les prisons ?

3 octobre 2016

Chacun naturellement connaît la célèbre injonction de Victor Hugo : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Un programme généreux qui part du principe, maintes fois vérifié, qu’un individu instruit et socialement intégré a infiniment moins de raison de se livrer au crime ou à un délit qu’un être aux abois, livré à lui-même et condamné à voler pour survivre.

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Certes, l’instruction ne conduit pas automatiquement à la vertu et l’on ne compte pas le nombre d’escroqueries de haut vol, perpétrées par la classe dirigeante qui malgré ou grâce à sa parfaite connaissance des lois se livre aux pires turpitudes. En la matière, les exemples abondent, y compris parmi la classe politique, si souvent moraliste mais qui est parfois bien réticente à s’appliquer à elle-même les règles qu’elle impose aux autres. On ne reviendra pas ici sur le cas de ces élus toujours prompts à dénoncer le laxisme de la Justice et à exiger la plus extrême sévérité dans l’application des peines mais qui font tout pour échapper à ses griffes alors même qu’ils ont été pris la main dans le sac. Le cas de Nicolas Sarkozy, empêtré dans moult affaires judiciaires, est emblématique à cet égard, tout comme celui de son ami Patrick Balkany, mis quatre fois en examen, notamment pour fraude fiscale, et toujours député depuis bientôt 30 ans !

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Mais faut-il vraiment vider les prisons ? On pourrait penser qu’une société saine est une société dans laquelle les déviances sont rares et du coup les établissements carcéraux dépeuplés. Sauf que la classe politique joue la surenchère, partant du principe que son électorat, avide de sécurité, se sent davantage rassuré lorsque les prisons débordent.

Du coup, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1957, il y avait en France 20 000 détenus, soit environ 45 détenus pour 100 000 habitants. Ce chiffre est resté sous la barre des 50 000 jusqu’en 2001 mais n’a cessé d’augmenter depuis, au fur et à mesure que le thème de l’insécurité prenait de l’importance dans le débat public.

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Au 1er juillet 2016, les derniers chiffres communiqués par l’administration pénitentiaire font état d’un nombre record de 69 375 détenus effectivement incarcérés, soit plus de 105 détenus pour 100 000 habitants, presque autant qu’au sortir de la dernière guerre, alors que l’épuration battait son plein et que la moitié des détenus étaient emprisonnés pour cause de collaboration…

blog348_dessinbizForcément, avec de tels masses, les prisons sont pleines à craquer et les conditions de détention en France sont régulièrement dénoncées tant par les associations que par les instances européennes, et ceci malgré les programmes de construction et de réhabilitation des bâtiments pénitentiaires. Toujours selon les chiffres du Ministère, il existe actuellement en France 187 établissements pénitentiaires dont 86 maisons d’arrêt avec de l’ordre de 12 000 détenus en surnombre par rapport au nombre de places disponibles. Dans certains établissements, le taux de remplissage dépasse les 200 % ! Comment dans ces conditions éviter que les prisons ne deviennent des lieux de violence et de radicalisation pour certains, de véritables écoles du crime pour d’autres ?blog348_dessinyacine

Il a beaucoup été question ces derniers temps d’atteindre enfin l’objectif de limiter le nombre de détenus à un seul par cellule, un objectif louable inscrit dans la loi depuis 1875 tout de même, mais qu’il n’a jamais été possible de respecter. Le Premier ministre, Manuel Valls, a évoqué la nécessité de créer 10 000 nouvelles places de prison dans les 10 ans, ce qui représenterait un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros. Rappelons au passage que, avec près de 38 000 agents (dont les trois quart sont des personnels de surveillance), l’administration pénitentiaire dépense déjà 2,7 milliards d’euros chaque année, ce qui représente quasiment 40 % du budget total de la Justice.

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Comme à l’accoutumé, les ténors de la Droite pratiquent la surenchère et Nicolas Sarkozy se targue de vouloir créer 20 000 places de prisons supplémentaires s’il revient au pouvoir. Une perspective que dénoncent de manière unanime l’Observatoire international des prisons, le Syndicat de la magistrature et la Ligue des droits de l’Homme, qui évoquent une « fuite en avant carcérale » pas vraiment de nature à résoudre le problème de l’insécurité. Emprisonner tout ceux qui font peur à la société ou que l’on a du mal à insérer socialement ne constitue certainement pas une solution à long terme, même si cette tentation est largement mise en œuvre dans d’autres pays, États-Unis en tête.

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Pour éviter de remplir les prisons, certains ont imaginé d’autres méthodes encore plus radicales et l’on s’étonne presque que nos responsables politiques, dans leur tentative de se déborder mutuellement par la droite en cherchant à « terroriser les terroristes », n’en viennent pas à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes des milices armées et des escadrons de la mort qui ont fait leurs preuves dans plus d’une dictature sud-américaine dans les années 1970 et 1980.

Ils pourraient dans ce domaine prendre exemple sur le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, qui vient d’accéder à la tête de l’État en mai 2016, après avoir été maire pendant plus de 20 ans de la ville de Davao, sur l’île de Mindanao. Dans cette ville, ce sont plus de 1 400 personnes qui ont été assassinées en pleine rue, entre 1998 et 2015, par des escadrons de la mort circulant à moto. Pour la plupart, ces victimes d’une justice pour le moins expéditive étaient de jeunes délinquants, pickpocket ou revendeurs de drogue, mais avec bien entendu un lot de bavures, plusieurs adolescents ayant été tués par erreur. Chacun sait bien que la Justice est aveugle et il arrive parfois que son bras armé se trompe de cible…

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Le nouveau chef de l’État, ancien procureur de son état, s’est d’ailleurs vanté durant sa campagne électorale d’avoir ainsi fait exécuter sans le moindre jugement 1700 personnes. Et depuis qu’il est à la tête du pays, les statistiques de la police font état d’au moins 3 140 délinquants, violeurs et dealers présumés, qui ont été « éliminés » en quelques mois, au nom de la « guerre contre la drogue » lancée par le président populiste. Le président Duterte annonce d’ailleurs sans ambages la couleur, promettant l’exécution de « dizaines de milliers de criminels » pendant sa présidence, au risque de partir « à la retraite avec la réputation d’Idi Amin Dada », l’un des plus sanguinaires dictateurs africains dont le régime causa la mort de 300 000 personnes dans les années 1970.

Espérons que nos propres candidats aux prochaines élections présidentielles ne prennent pas exemple sur un tel modèle pour résoudre l’équilibre délicat entre répression sécuritaire et surpopulation carcérale… Car pour être honnête, il semble que le modèle se heurte à une limite : effrayés par cette vague massive d’exécutions arbitraires, des milliers de petits trafiquants philippins et consommateurs occasionnels de stupéfiants se sont rendues à la police à travers tout le pays afin de se mettre à l’abri, à tel point que le taux de remplissage des prisons est cinq fois supérieur à leur capacité d’accueil ! Est-ce vraiment le but recherché ?

L.V.  LutinVert1Small

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L.V.  LutinVertPetit

Réforme de l’orthographe : faut-il vraiment s’alarmer ?

29 mars 2016

Les Français adorent les polémiques et celle qui concerne la mise en œuvre de la dernière évolution des règles orthographiques en est un bel exemple ! Souvenons-nous, c’était le 29 janvier 2016 que la mèche a été allumée, par l’intermédiaire d’un reportage de 2 mn 10 diffusé dans le journal télévisé de TF1. Il était expliqué qu’une nouvelle réforme de l’orthographe allait entrer en vigueur à la prochaine rentrée à l’occasion d’une refonte des manuels scolaires, réforme allant bien entendu dans le sens d’une simplification de certaines règles jugées obsolètes et inutilement compliquées. Il sera désormais licite d’écrire « porte-monnaie » sans trait d’union, de supprimer le « i » muet à « oignon », d’enlever l’accent circonflexe sur les mots « coût » ou « maîtresse », et même de remplacer par un f le ph de « nénuphar ».

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Forcément, une telle annonce s’est aussitôt traduite par une lever de bouclier de la part de tous les bien-pensants persuadés qu’une telle simplification n’était rien de moins que la signature d’une décadence inéluctable de notre pays et l’expression du laxisme abêtissant de la Gauche au pouvoir. Le frontiste Florian Philippot, parmi de nombreux autres politiciens s’est illustré dans l’hystérie collective qui s’en est suivie, déclamant à qui voulait l’entendre : « Face à l’infâme et bête réforme, devant laquelle quelques démagogues se pâment, parce que le français est notre âme, #Jesuiscirconflexe »…Blog289_DessinChat

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une telle volonté qui ne peut conduire qu’à une régression inédite de la pensée intellectuelle française et la ruine de notre belle civilisation. Les humoristes bien entendu se sont emparés du sujet et s’en sont donnés à coeur joie pour rajouter un peu d’huile sur le feu.

Blog289_DessinBaionette

Pourtant, si l’on veut bien sortir de ces anathèmes un peu excessifs, force est de constater que l’ampleur de cette évolution n’est pas si majeure que certains ont voulu le faire croire et qu’en tout état de cause le gouvernement actuel n’y est strictement pour rien ! Il n’est pas inutile en effet de préciser que cette modification, qui, contrairement à ce qu’affirment certains, n’a pas non plus le moindre lien avec le projet de réforme du collège mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale, date en fait de juin 1990 ! A l’époque, c’est Michel Rocard qui avait chargé le tout nouveau Conseil supérieur de la langue française de « formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français ». L’idée était à l’époque, comme le rappelle Pierre Breteau dans Le Monde, de « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr ».

Blog289_DessinInfameParticipaient alors à ce Conseil des personnalités comme Eric Orsenna, Bernard Pivot, Jean Daniel, Jean-Luc Godard ou encore l’académicien Maurice Druon qui n’est pas spécialement connu pour ses idées révolutionnaires… De fait, les recommandations issues de ces réflexions, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel le 6 décembre 1990, sont pour le moins mesurées puisqu’elles ne portent au final que sur environ 2400 mots (soit moins de 4 % du vocabulaire disponible en langue française) pour lesquels il est désormais admis deux orthographes, l’actuelle graphie restant d’usage.

Pas de quoi donc fouetter un chat avec cette nouvelle rectification orthographique qui n’est que la dernière en date d’une longue série puisque notre langue ne cesse d’évoluer au fil du temps. L’accent circonflexe constitue bel et bien l’un des points concernés mais il n’est pas question, loin s’en faut, de faire disparaître cet appendice bien que d’usage relativement récent puisqu’il n’est apparu dans la langue française qu’en 1740 comme le rappelle Laurent Nunez dans Marianne.

Blog289_DessinChomageCe fameux accent circonflexe qui cristallise toutes les protestations ne sera en réalité plus obligatoire uniquement sur les lettres i et u (le chômage n’en sera donc pas allégé pour autant, malgré certaines affirmations prématurées…) et encore seulement lorsqu’il ne marque pas une terminaison verbale ou permet une distinction de sens (entre « mur » et « mûr » par exemple, mais aussi entre « jeune » et « jeûne »), ainsi que le détaille Juliette Laborde dans Libération. Les académiciens ont donc parfaitement fait la distinction entre l’accent circonflexe témoin d’une graphie ancienne (dans le mot « hôpital » par exemple) et son homologue ajouté au fil du temps sans véritable justification (comme dans « piqûre » ou « chaîne »).

Quelques mots pourront aussi être simplifiés en particulier pour supprimer certaines aberrations qui exigent actuellement de mettre deux f à « souffler » et un seul à « boursoufler », alors que ces mots sont manifestement de la même famille. Quelques accents incongrus pourront également être assouplis et on pourra désormais écrire indifféremment « sècheresse » ou « sécheresse », ce qui ne devrait pas constituer une révolution majeure, de même qu’il sera dorénavant toléré d’écrire « ils se sont laissé faire » sans accorder au pluriel le passé composé…Blog289_DessinJeune

On se demande bien en fait pourquoi cette réforme qui est donc en vigueur depuis maintenant plus de 25 ans sans avoir fait beaucoup de vagues jusqu’à présent, a déclenché un tel tollé à l’occasion de ce brusque coup de projecteur de la part de certains médias ! En réalité, l’évolution ne vient pas de l’Éducation nationale puisque les programmes officiels intègrent déjà cette réforme au moins depuis 2008, mais bel et bien des éditeurs de manuels scolaires. En bons commerçants, ces derniers poussent en effet à la roue pour que les programmes évoluent rapidement afin de pouvoir refourguer à nos chères têtes blondes de nouveaux manuels sans cesse revisités et remaniés, gage de profits toujours renouvelés grâce à un fabuleux marché captif. Ce sont donc eux qui ont brusquement décidé d’éditer de nouveaux manuels pour la prochaine rentrée scolaire prenant en compte cette nouvelle évolution orthographique, et qui l’ont fait bruyamment savoir à la France entière… Encore un mauvais coup de la notion d’obsolescence programmée qui guide les lois du marketing en vigueur dans notre société de consommation !

L.V.  LutinVertPetit

Philippe Meirieu : constats amers d’un pédagogue engagé…

20 octobre 2015
Philippe Meirieu

Philippe Meirieu

Philippe Meirieu fait partie de ces experts de l’Éducation Nationale que le monde entier nous envie, toujours sur la brèche pour donner son point de vue dans tous les médias à chaque fois que resurgit un débat sur les soubresauts de notre système d’enseignement. Omniprésent à la télévision, auteur d’innombrables ouvrages sur le sujet, présent à tous les colloques et signataire d’une multitude d’articles, sa biographie est tout bonnement époustouflante.

Dans le dernier article en date sur son bloc-note, un entretien daté du 31 août 2015, il décortique même en détail les thèses développées par Alain Juppé dans son récent livre consacré à l’école, tout en reconnaissant de pas l’avoir encore lu, ce qui ne l’empêche pas de disserter longuement et avec brio sur son supposé contenu : c’est dire la maestria du personnage !

Chercheur en pédagogie et professeur émérite des université en sciences de l’éducation, c’est à ce titre qu’il a été longuement auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le service public de l’éducation, les repères républicains et les difficultés des enseignants. Le détail de cette audition, datée du 16 avril dernier, est également accessible sur son site et est particulièrement éloquent.

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D’abord instituteur puis professeur de philosophie et de français en lycée professionnel avant d’enseigner les sciences pédagogiques à l’université, son parcours lui a incontestablement permis de porter un regard expert sur l’évolution du comportement des élèves, et son constat est sans appel : « L’École est en crise (…). Il faut aujourd’hui refaire l’ École pour pouvoir faire la classe. Chaque fois qu’un enseignant arrive dans sa classe, les codes scolaires et les principes qui régissent l’École sont à réaffirmer et à reconstruire. En réalité, je crois que les enseignants vivent aujourd’hui dans la difficulté, voire dans la dépression. Ils ont le sentiment d’être davantage contrôlés que soutenus par leur hiérarchie. » .

Blog239_Dessin4Selon lui, et ce constat est manifestement partagé par un grand nombre de professionnels de l’enseignement, la difficulté principale vient du hiatus entre les valeurs prônées par lÉcole républicaine et celles dans lesquelles baigne chaque élève au sein d’une société où l’on met en avant l’individualisme, la recherche du profit immédiat et la satisfaction des besoins consuméristes. « L’École se veut un lieu de pensée, de réflexion et de temps long, alors que la société promeut l’immédiateté et la satisfaction sans délai de la pulsion. (…) L’École promeut le respect de la compétence quand beaucoup de médias font triompher la dérision. Elle valorise la parole tenue alors que les élèves font l’expérience au quotidien de la désinvolture généralisée. Elle se veut le lieu de la culture désintéressée alors que, partout, règne l’utilitarisme immédiat. ».

Philippe Meirieu résume ce hiatus en une jolie formule qu’il met dans la bouche de ses élèves :  « Pourquoi se prendre la tête dans une société qui nous invite systématiquement à prendre notre pied ? ».

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Un entretien entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet, daté de 2011 et publié dans Le Monde, détaille de manière assez saisissante le malaise des enseignants confrontés à cet état d’esprit. Le philosophe Marcel Gauchet y fait le constat suivant : « Nous sommes en proie à une erreur de diagnostic : on demande à l’école de résoudre par des moyens pédagogiques des problèmes civilisationnels résultant du mouvement même de nos sociétés, et on s’étonne qu’elle n’y parvienne pas… ». Les rapports entre la famille et l’école ont fortement évolué, de même que le rapport au savoir et à l’autorité, ce qui modifie complètement la place de l’enseignement.

Ce que Philippe Meirieu illustre ainsi : « Dans l’ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une « pédagogie de garçon de café », courant de l’un à l’autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail. Il est vampirisé par une demande permanente d’interlocution individuée. Il s’épuise à faire baisser la tension pour obtenir l’attention. Dans le monde du zapping et de la communication « en temps réel », avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de « faire l’école ». ».

Blog239_Dessin5On sent le vécu dans ce témoignage, et nul doute que bien des enseignants se reconnaîtront dans cette description…

L.V. LutinVertPetit

Jean Zay, ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-arts à 32 ans !

3 juin 2015

Au moment où la dépouille de Jean Zay fait son entrée au Panthéon, il paraît utile de rappeler ce que fut son engagement au sein de l’Éducation nationale et son action pour une école plus démocratique.

Blog189_PhFilmPour ce faire, nous nous réfèrerons à plusieurs sources, dont le portrait dressé par les historiens Antoine Prost et Pascal Ory, intitulé Jean Zay, Le ministre assassiné, publié en co-édition par Taillandier et le réseau CANOPÉ (ex-CNDP).

Né en 1904 à Orléans, d’un père journaliste et d’une mère institutrice, Jean Zay avait commencé une brillante carrière d’avocat avant d’être élu député en 1932, à 28 ans. Il fut l’un des artisans du ralliement du Parti radical-socialiste au Front populaire. Léon Blum lui confia le ministère de l’Éducation nationale ; il n’avait pas encore 32 ans. Il y réussit si bien qu’il fut reconduit dans cette fonction jusqu’à sa démission, à la déclaration de guerre.

Quelles initiatives devons-nous à Jean Zay ?

Hors de l’Éducation nationale, nous lui devons la création du CNRS. Comme ministre chargé aussi des Beaux-Arts, ce qui correspond aujourd’hui au domaine de la Culture, il créa la réunion des théâtres nationaux, le musée des arts et traditions populaires et le festival cinématographique de Cannes dont la première édition, prévue en septembre 1939, ne put se tenir à cause de la situation de guerre.

Mais c’est surtout le ministère de l’Éducation nationale qu’il a réformé. Il l’a doté d’un véritable projet démocratique et républicain en prolongeant la durée de la scolarité obligatoire et en promouvant la mobilisation des enseignants, l’expérimentation, donc en faisant appel à la base des maîtres, avant d’encadrer et de réglementer. Nous pourrions parler de démocratie participative !

La prolongation de la scolarité est décidée par une loi du 9 août 1936, qui porte, dès la rentrée, l’obligation scolaire de 13 à 14 ans. Au lieu de définir aussitôt par circulaire le contenu et les programmes de cette année de fin d’études primaires, Jean Zay laisse « toute liberté d’initiative » aux instituteurs. Il se contente de leur fixer la triple mission d’assurer dans ces classes un complément d’instruction, une initiation à la culture et une orientation professionnelle. Les programmes viendront plus tard. Il agit de même pour introduire trois heures d’éducation physique dans le primaire : il lance une expérimentation dans trois départements, puis dans vingt-neuf. Les activités dirigées, les classes promenades, l’étude du milieu par l’observation active sont développés de la même façon, avant d’être intégrées à de nouvelles instructions officielles en septembre 1938. (Extrait du texte de présentation de la conférence sur Jean Zay organisée par le CNRS qui s’est tenue le 11 février 2015 à Orléans).

La démocratisation a d’abord consisté à remettre à plat la structure de classe de l’enseignement français. Il y avait à l’époque deux filières cloisonnées, le primaire pour les milieux populaires, le secondaire pour les classes privilégiées (du petit lycée – CP-3ème – au lycée 2nde-terminale). Le projet consistait à unifier l’enseignement élémentaire, pour créer un premier degré, et à organiser un second degré diversifié, incluant les anciennes classes primaires supérieures. Le remplacement des anciennes désignations primaire et secondaire par les nouvelles, premier et second degrés, est le signe d’un changement de structure.

Ensuite, avec lui, le sport et la culture entrent à l’école.

Enfin, il a aussi jeté les bases d’un réseau de centres d’orientation, en rendant obligatoire la consultation d’un centre avant tout contrat d’apprentissage.

 Jean Zay dans son bureau (Archives nationales)

Jean Zay dans son bureau (Archives nationales)

Jean ZAY s’inscrit pleinement dans la tradition républicaine. Il est dans la continuité de Jules Ferry qui, loin de limiter l’enseignement primaire au lire, écrire et compter, voulait en faire un enseignement largement ouvert à la culture. Il s’inscrit dans une tradition pédagogique qui, en s’appuyant sur l’activité et le travail des élèves, et qui ne confond pas faire classe et faire cours. Célestin Freinet lui décerne un compliment rare : « Si nous avions, dans l’histoire de l’évolution scolaire française, quelques lustres aussi riches en innovations hardies que les deux dernières années, il y aurait bientôt quelque chose de changé dans l’éducation française. »

L’école, pour ce ministre, ne se bornait pas à instruire. Ainsi, les instructions de 1938 se terminent par cet objectif concernent les élèves : [l’éducation devrait développer ] « les dons de corps, de cœur et d’esprit qui font les travailleurs, les citoyens, les hommes véritables ».

Jean Zay fut attaqué, notamment par l’extrême-droite violente qui n’acceptait pas qu’un «juif» (converti au protestantisme) puisse avoir des responsabilités nationales. On a reproché par exemple à Jean Zay d’être le ministre « de la récréation» parce qu’il attachait de l’importance aux activités de plein air, au développement de «loisirs dirigés». Pédagogiste innovant, ses Instructions officielles en 1938 prônaient un enseignement «moins formel et plus proche de la vie.»

Jean Zay a aussi voulu développer la formation des enseignants, notamment sur le plan des méthodes pédagogiques.

Les positions de Jean Zay sont toujours d’actualité à un moment où l’École tente de se réformer pour mieux répondre aux enjeux démocratiques de notre société, dont le premier, faire réussir tous les élèves.

Puisse son message être entendu.

Regrettons enfin qu’aucun collège ou lycée de notre Région ne porte son nom !

Michel Motré

Inspecteur d’Académie

Inspecteur Pédagogique Régional honoraire

Changement climatique : les lycéens précurseurs

9 mai 2015
Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Le défi du changement climatique prend de l’ampleur. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » reconnaissait déjà Jacques Chirac lors du sommet de la Terre à Johannesburg. C’était en 2002 et depuis la situation n’a fait que s’aggraver.

Un récent rapport publié en mars 2015 par le ministère de l’écologie et intitulé « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises » met notamment l’accent sur un des aspects du dossier, à savoir l’inexorable montée du niveau des océans. Quasiment stable avec un taux moyen d’élévation de 0,5 mm/an au cours des 3 derniers millénaires, cette élévation atteint désormais 3,2 mm/an depuis 1993, sous l’effet combiné de la dilatation thermique de l’eau et de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. La différence paraît minime mais cela pourrait néanmoins se traduire par une augmentation du niveau de la mer de l’ordre de 80 cm d’ici 2100, ce qui est loin d’être anodin pour certaines zones littorales fortement peuplées. De fortes disparités régionales sont constatées mais l’impact de cette élévation du niveau moyen des mers se traduit par un risque accru de submersion marine et d’érosion côtière. Les conséquences de ce phénomène peuvent être assez lourdes comme le montrent le bilan de la tempête Xynthia en 2010 (avec une cinquantaine de décès à déplorer) ou l’ampleur du recul du trait de côte qui a atteint une vingtaine de mètres sur plusieurs sites en Aquitaine lors des seules tempêtes de l’hiver 2013-14 par exemple.

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Et bien entendu, les variations du niveau des mers ne sont que l’une des multiples manifestions de ce changement climatique global qui est maintenant observé depuis plusieurs années. Les scientifiques ont largement alerté sur le sujet mais il reste maintenant à en tirer les conséquences pour tenter d’en limiter autant que possible les effets et s’y adapter au mieux. C’est là le rôle des décideurs politiques et c’est manifestement le maillon le plus faible de la chaîne car celui qui a le plus de mal à raisonner au delà du court-terme !

Blog172_PhLogoCOP21Après une série d’occasions ratées de parvenir à des accords globaux sur le sujet, vital pour notre survie à long terme, le prochain sommet mondial qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année est présenté par certains comme celui de la dernière chance. Cette 21ème Conférence des parties de la convention-cadre des Nations-Unies sur le climat, COP 21 de son petit nom, s’est en effet donné pour objectif (très ambitieux…) d’adopter le premier accord universel contraignant en vue de contenir en deçà de 2 °C l’augmentation moyenne des températures.

La France, pays hôte de ce prochain sommet, est sensée montrer l’exemple avec l’adoption de la loi de transition énergétique qui fixe comme objectif de réduire d’ici 2030 de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre et de 30 % sa consommation d’énergie fossile, tout en augmentant à 32 % sa part d’énergies renouvelables. Et pour faire bonne mesure, la France s’engage aussi à réduire d’ici 2050 de 50 % sa consommation totale d’énergie et de réduire de 75 % (par rapport à 1990) ses émissions de gaz à effet de serre.

Nul ne sait encore ce qu’il ressortira de ce prochain sommet des Nations-Unies à Paris mais une répétition générale de cet événement vient d’avoir lieu, le 6 mai 2015 au Bourget, jouée par des lycéens issus de 14 établissements d’Ile de France qui viennent de tenir leur propre COP 21. Cette simulation en vraie grandeur a été coorganisée par la DRIEE, une direction régionale des services de l’État rattachée au ministère de l’écologie, et par l’Éducation nationale, avec le soutien de la région Île-de-France.

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 - photo ©P. Devernay

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 – photo ©P. Devernay

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

L’affaire a été préparée durant toute l’année scolaire dans chacun des lycées qui participent à l’évènement et qui se sont familiarisés peu à peu avec les réalités du réchauffement climatique, les enjeux en cause et surtout les stratégies en présence. Chaque lycée représente la délégation d’un pays et a donc préparé avec soin ses arguments en tenant compte de la réalité socio-économique et politique du pays en question, afin d’être en mesure de défendre sa position lors du jour J. Accompagnés de leurs professeurs, certains sont allés jusqu’à rencontrer les conseillers diplomatiques dans les ambassades pour peaufiner leurs arguments !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Cet intense travail de préparation portait aussi naturellement sur la capacité à s’exprimer en public, avec aisance et conviction, dans un cadre qui, sans être celui où se tiendra la véritable conférence des Nations-Unis, n’en est pas moins intimidant, en présence des ministres Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem. Le résultat est assez bluffant et les ministres elles-mêmes se sont dites impressionnées par la qualité des débats et des argumentaires comme on peut le constater sur la vidéo diffusée sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

Cop21-Logo-1ACertes, le résultat de ces « négociations » n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions affichées puisqu’il débouche sur un accord en vue de réduire à seulement 2,8 °C le réchauffement global d’ici 2030 (ce qui est en deçà des ambitions affichées à ce jour) et à 1 m l’élévation du niveau des mers. Mais ce résultat n’en est pas moins réaliste si l’on considère, comme l’ont fait les lycéens, les positions intransigeantes de certains États. Ainsi le Canada qui exclut obstinément toute réduction de ses émissions de gaz à effets de serre liées à l’exploitation des schistes bitumineux, ou la Chine qui refuse catégoriquement toute contrainte environnementale qui réduirait sa croissance économique, ou encore l’Arabie Saoudite qui conditionne sa participation à un éventuel Fonds Vert à un juste retour financier en sa faveur…

Bref, les positions des uns et des autres étant ce qu’elles sont, cette répétition générale ne fait que confirmer à quel point il sera difficile d’obtenir fin 2015 un accord à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes collectivement confrontés…

L . V . PetitLutinVert

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (deuxième partie)

19 octobre 2014

Blog109_Ph3Comme nous l’avons évoqué dans le précédent article, l’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits académiques (langue, mathématiques, histoire et sciences naturelles) et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées1 ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Qu’entend-t-on par projet ?

Les projets constituent des activités à visées éducatives, sportives et culturelles. Intégrés au projet de formation de l’école, ils sont pour partie financés par la dotation municipale (ou du district) et pour le complément par les parents et les communautés. Précisons que le terme « communauté » recouvre des acceptions variables : le quartier, un groupe de bienfaiteurs, des associations ou des professionnels (entreprises : des compagnies informatiques de la Silicon Valley sont partenaires de plusieurs écoles du secteur).

Le jardin des sens

Le jardin des sens

Ainsi, dans une école de Californie du district de San José qui dispose d’un jardin pédagogique, ce sont les parents qui se chargent, avec l’aide rare des services municipaux, des plantations et de l’entretien de cet espace. Outre l’investissement en temps des parents, les dépenses occasionnées pour des achats de matériels (fongibles) et, s’agissant du jardin, de plantes sont déductibles des taxes (impôts) payées par le foyer.

Pour d’autres types de projets éducatifs, financés par des communautés, les enfants sont les premiers acteurs. Plusieurs formes de mobilisation existent :

  • – Marcher selon un circuit situé dans l’espace de jeu de l’école puis comptabiliser le nombre de tours réalisés, chaque tour permettant de lever des fonds auprès des donateurs. Ce Walk-a-thon (en référence au Téléthon) permet de financer des visites et des sorties culturelles.

  • – Solliciter les amis ou les voisins afin qu’ils fassent un don (toujours déductible des impôts) pour la mise en place d’un projet. Cela rappelle aux plus anciens des actions caritatives qui prenaient la forme de vente de timbres destinés à financer les pupilles de l’école publique ou de quêtes à l’occasion d’évènements tragiques (aide pour les enfants de Madagascar par exemple).

Enfin, il est fréquent que les parents soient sollicités pour conduire des activités culturelles. Ainsi, récemment, ai-je pu connaître cette expérience avec une classe de 1st grade à l’occasion d’un projet en arts plastiques. Informée par les parents d’une élève de mes compétences dans cette discipline, l’enseignante a souhaité que je conduise plusieurs séances d’enseignement. Je n’ai pas eu à justifier de mon parcours professionnel. J’ai simplement pris soin d’informer la maîtresse des objectifs d’apprentissage visés. Elle a ensuite exploité, dans le cadre de son programme les résultats de ce travail.

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Pour d’autres projets conduits en partenariat avec des associations, les parents volontaires peuvent être investis, au-delà de l’accompagnement de visites comme cela se pratique en France, cela afin de renforcer l’intégration des parents dans l’École.

Que retenir de cela ?

Le système éducatif aux USA est décentralisé. Cette organisation confère aux états des marges d’initiative et de responsabilité, notamment financières, qui se traduisent dans les faits par une disparité des horaires d’enseignement, et donc des salaires des maîtres, des programmes et des supports pédagogiques. Les dates des congés sont aussi déterminées par les états. Si le principe d’un accès à l’éducation est garanti, les contenus comme les modalités d’enseignement varient d’un état à l’autre, voire au sein d’un même état, d’un district à l’autre. La valeur des formations dans l’enseignement public dépend des priorités fixées par chacun des états.

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L’enseignement scolaire public aux USA est organisé sur le rythme d’une semaine de cinq jours, avec un allègement le mercredi après-midi. L’horaire se répartit, selon les écoles, sur des tranches horaires allant généralement de 8H15 à 14H45 dans le public ou de 8H30 à 15h30 dans le privé. Le nombre d’enfants par classe est aussi décidé au niveau du district : moins de 25 élèves par classe dans le public et jusqu’à 40 dans le privé. Le choix fédéral de créer des conditions favorables à l’apprentissage a pour conséquence de contraindre les parents à prendre en charge l’enfant dès la fin de la classe ou bien de l’inscrire à une garderie payante et chère.

La France, animée du souci d’offrir à tous les enfants, sans discrimination, un cadre propice à l’Éducation, a choisi une organisation différente du temps scolaire afin qu’il favorise les apprentissages et pour cela a décidé de la mise en place d’activités éducatives complémentaires dans les écoles. De plus, ces dernières sont prises en charge par l’Etat et les collectivités territoriales afin de ne pas alourdir les charges des familles, là encore pour éviter toute sélection par l’argent.

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d'école aux USA

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d’école aux USA

L’enseignement primaire aux USA est centré sur les apprentissages dans les domaines académiques. Les autres enseignements sont organisés, en fonction des écoles, selon des projets qui se distribuent sur plusieurs périodes durant l’année. Par exemple, le projet annuel arts d’une école sera composé de cinq temps répartis sur l’année. Pour ce faire, il est régulièrement fait appel à des partenariats.

Cela soulève deux questions. La première, qui est évoquée (discrètement) dans les projets pour l‘Éducation par les partis politiques conservateurs français, est relative au recentrage de l’enseignement sur les disciplines dites fondamentales. Cela aurait pour conséquence de laisser à l’initiative des écoles le choix d’assurer ou non les autres enseignements réduits au rang d’activités (arts et culture). La vigilance doit être de mise car, une fois de plus, c’est le principe d’égalité des enfants devant la formation qui pourrait être remis en question.

La seconde concerne l’enseignement en partenariat et l’apport d’associations ou de parents dans la conduite de projets. Un récent séminaire inter-académique qui s’est tenu début octobre 2014 Toulon a mis en évidence les bénéfices d’une meilleure implication des parents dans l’École et ceux de l’appui d’associations reconnues d’utilité publique, mais sans que ces dernières, pas plus que les parents, ne se substituent aux enseignants.

L’ouverture de l’École aux parents demeure un sujet sensible dans notre pays. Afin de lever les réticences, la Ministre à insisté sur cette nécessité et les bénéfices enregistrés dans la circulaire de rentrée 2014. Le partenariat avec les institutions sportives, culturelles – scientifiques et artistiques -, avec les organismes de santé ainsi qu’avec les associations est aussi encouragé.

En France, il n’y a pas lieu de craindre un démantèlement de l’École des-lors que cette ouverture et ces partenariats se construisent dans le respect des objectifs assignés à la formation et qu’il est fait appel à des compétences complémentaires à celles des enseignants qui demeurent les garants des principes qui fondent l’École républicaine, dont la laïcité constitue un des premiers piliers.

Michel Motré

Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional d’arts plastiques honoraire.

1  Programme par une équipe de formateurs en arts plastiques

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (1ère partie)

18 octobre 2014

Quand en France, et à Marseille en particulier, la mise en place des nouvelles organisations du temps scolaire fait l’objet de débats, et se traduit parfois par l’adoption de choix insensés au regard de l’objectif d’améliorer le rythme des apprentissages, il apparaît opportun d’observer comment fonctionnent les écoles à l’étranger.

La situation de l’enseignement primaire dans les écoles publiques des USA nous éclaire sur des choix qui feraient réagir plus d’un parent et plus d’un enseignant en France.

Une école maternemme en 1895

Une école maternemme en 1895

Tout d’abord, les enfants aux Etats Unis ne sont scolarisés dans les écoles publiques qu’à partir de 5 ans dans les kindergartens (jardins d’enfants). Des écoles privées scolarisent dès 3 ans (pre-school) pour un coût très élevé.

Cela rappelle la situation qui a prévalu en France avant guerre, surtout dans les territoires ruraux, même si les écoles maternelles ont été officiellement créées à partir des années 1880.

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Avant cette première année de scolarité appelée Kindergarten, les enfants sont gardés à leur domicile par un parent ou une personne rétribuée par la famille, ou alors ils fréquentent un jardin d’enfant privé (daycare) qui peut les accueillir dès la fin du congé de maternité (6 semaines en moyenne). Le coût de cette prestation est très élevé (environ 1400 $ par mois (≈1100€) et parfois plus pour les nourrissons !), même si une compensation de 600$ pour l’année et par enfant est versée aux familles. Notons qu’aux USA, il est assez fréquent qu’un seul parent travaille. Parmi les facteurs qui expliquent ce constat, particulièrement pour des familles aux revenus faibles ou moyens, figurent les charges élevées liées à la scolarisation des enfants ainsi que la faiblesse des aides sociales.

Comment sont organisées les journées de classe et quel est le coût pour les familles ?

Les horaires des kindergartens sont variables d’un État à l’autre, d’un district à l’autre. Ainsi, en Californie, Union district de San José, l’horaire hebdomadaire est d’environ 22H, alors qu’il est moindre pour d’autres états, 20H dans l’Ohio par exemple.

En primaire, les cours débutent à 8H15 et finissent à 14H40 sauf le mercredi où ils se terminent à 13H15. Le repas de midi peut être pris sur place et coûte environ 3$ (≈2,40€). Cela ne vaut pas plus au regard des pizzas réchauffées ou des hotdogs frits servis et qui contribuent à accroître la tendance à l’obésité.

Pour les classes de First Grade – notre équivalent Cours Préparatoire (CP) -, les enseignements académiques concernent la langue, les mathématiques, l’histoire et les sciences naturelles. Ils sont essentiellement axés sur la maîtrise du langage –lire et écrire–, avec un accent mis sur la compréhension, et pour les mathématiques, sur la maîtrise de la numération et les bases du calcul –addition et soustraction-. Notons qu’à l’entrée en 1st grade, les enfants maîtrisent souvent les bases de déchiffrage en lecture.

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L’éducation physique est intégrée à la formation, quant aux arts, ils font l’objet de projets. S’ajoute, une forme particulière d’enseignement civique avec notamment, chaque semaine, un salut au drapeau. Enfin, il existe une bibliothèque (équivalent de nos B.C.D.) et chaque classe dispose d’un coin lecture avec des ouvrages consultables sur place.

En début d’année, dans la plupart des écoles publiques, les familles versent en moyenne une somme de 250$ (≈200€) par enfant, plus pour ceux qui le peuvent, moins et parfois rien pour les plus modestes. Cet apport des familles sert à l’achat de matériels informatiques et de logiciels pédagogiques, ainsi que d’ouvrages pour la bibliothèque. Si dans les écoles publiques françaises, les parents peuvent être invités à verser leur obole à la caisse des écoles ou au foyer socio-éducatif, les sommes versées sont très modestes et ne concernent pas des investissements en matériel ou en supports scolaires, ces derniers étant à la charge des collectivités territoriales ou de l’État.

Pourquoi est-il fait appel aux parents dont les enfants fréquentent les écoles publiques ? Il faut à ce sujet signaler que les subventions versées par chaque État de l’Union pour le fonctionnement des écoles publiques est variable. Chaque État fixe des priorités et parmi celles-ci, le fonctionnement des prisons constitue un des premiers postes de dépense, avant l’éducation ! On prête à Victor Hugo cette citation « Ouvrir une école c’est fermer une prison », position qui mériterait d’être prise en compte par ceux qui gouvernent. Ces choix ont pour effets, notamment, la différence des horaires entre états et donc des conséquences sur les rémunérations des enseignants ainsi que sur les charges des familles.

Cette disparité étatsunienne n’est pas unique et d’ailleurs elle inspire les chantres de la régionalisation de l’Éducation en France. Pour être complet, signalons que les sommes payées par les familles qui scolarisent leurs enfants dans les écoles publiques aux USA ne sont pas comparables avec celles versées aux écoles privées ; souvent 10 000$ (≈8000€), jusqu’à 30 000$ par an (près de 23 800€)  et 18 500$ (≈14 700€) par an pour des écoles franco-américaines, hors coût de la garderie.

Ecole Steiner aux Etats-Unis

Ecole Steiner aux Etats-Unis

L’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits fondamentaux ou académiques et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Après la classe, c’est-à-dire après 14H40 ou 13H15 le mercredi, les enfants sont pris en charge par leur famille (ou une personne rémunérée). Quand les deux parents travaillent, les enfants peuvent être inscrits à une garderie (after school care). Il existe dans certaines écoles qui disposent d’un local (club house) dédié à cette fin, sinon les parents doivent s’enquérir d’une structure externe, associative, communautaire voire religieuse. Dans la « garderie » de l’école, les enfants bénéficient d’activités culturelles (artistiques et scientifiques) ainsi que d’une aide aux devoirs. Le coût mensuel est de varie de 350 à 500$ (≈280 à 400€).

Que retenir de ces informations ?

S’agissant de l’Éducation, le modèle économique et social qui prévaut aux USA diffère du modèle français. Aux USA, le respect de la liberté individuelle, principe fondamental qui se décline à tous les échelons de la société et de son organisation, conduit à privilégier les initiatives des individus (éducation, santé, cotisations pour la retraite…). Ce choix peut entraîner des charges de fonctionnement lourdes pour chaque citoyen, notamment en matière d’éducation, que l’appartenance à une communauté peut cependant atténuer. Le corollaire est que les taxes (impôts) sont peu élevées.

En France, où le principe de solidarité est constitutif des fondements de République (Égalité et Fraternité), la part des charges individuelle est bien plus modeste. L’État centralisé et ses instances décentralisées (Communes, Départements et Régions) contribuant au fonctionnement des services publics dont celui de l’Éducation. La contrepartie de ce choix politique se retrouve dans la pression fiscale élevée pour les familles aux revenus moyens et élevés.

Michel Motré

Dictée…

15 novembre 2009

Ce petit texte, que je vous laisse savourer, a été trouvé dans un vieil almanach :

Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.

De ce mariage, est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère,  mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il  est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc  pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur  Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du  bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y  perd !

Fin

Des reflexions sur l’école

27 mars 2009
Dans la cour de l'école...

Dans la cour de l’école…

Je suis très inquiète sur la manière dont les responsables officiels envisagent l’apprentissage : leçon, exercice d’application et très vite, évaluation. Comme si toutes les recherches en éducation, les travaux et les avancées de ces dernières décennies étaient caduques !

Il me revient en mémoire un petit film qui nous avait été projeté il y a bien longtemps lors d’un congrès ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) pédagogie Freinet, film qui avait été tourné par des grands parents, observateurs attentifs de leur petit fils. Celui-ci, tout juste âgé d’un an et encore quelque peu tremblant sur ses jambes se trouvait devant un obstacle qu’il voulait franchir, en l’occurrence, une simple marche d’escalier qui lui barrait la route du jardin. Nous l’avons vu faire ses essais, de face, assis mais il ne touchait pas le sol, alors, il se tournait comme pour descendre une échelle et, à plat ventre, se laissant glisser tout doucement, il arrivait à ses fins. Ce récit assez « sec » ne rend compte ni du temps passé, ni de l’observation attentive de la situation, ni de la perplexité, ni de la joie de la réussite qu’on pouvait lire sur le visage de l’enfant. Bien sûr on peut dire qu’un apprentissage « intellectuel » est très différent de celui de la marche ou… de la parole et qu’un « modèle » est indispensable.

Le problème se situe peut-être d’abord dans la détermination du « sujet » à franchir une étape, à acquérir une nouvelle capacité.

« On ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif » disait Célestin Freinet.

Personnellement, j’ai eu la chance au cours de ma longue vie professionnelle d’enseignante d’avoir une année, seulement trois enfants au CP (parmi une classe à 3 niveaux) donc en apprentissage de la lecture (apprentissage redouté s’il en est et par les maîtres et par les parents). A partir de leurs textes imprimés, des lettres de leurs correspondants, des albums, ils développaient chacun des stratégies différentes. L’un lançait des hypothèses selon le sens général, jouant sur les synonymes, un autre assemblait laborieusement les lettres selon une méthode voisine de la « syllabique », la troisième faisait feu de tout bois et vérifiait ses hypothèses trop hardies par un examen de la lettre initiale. Toujours est-il que chacun avait son analyse et la proposait aux autres lors des séances de lecture collective, analyses qui s’échangeaient, s’affinaient et se perfectionnaient au fur et à mesure que leurs acquis progressaient. Et quelle fierté quand la réussite était là !

Je suis sûre que les méthodes d’apprentissage de l’enfance contribuent à forger les adultes de demain. Les essais et les erreurs sont nécessaires pour que la connaissance avance, les savants et les chercheurs en usent fréquemment. D’un côté se trouveront des adultes debout, confiants dans leur force de vie, cherchant eux-mêmes les moyens de résoudre leurs problèmes, de l’autre des adultes obéissants remettant leur sort en des mains plus « qualifiées ».

Quelle société future désirons-nous ?

Maggy Portefaix