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Métropole lyonnaise : modèle ou exception ?

16 mai 2019

L’organisation territoriale française n’en finit pas d’évoluer et semble encore bien loin de se stabiliser. Initiées en 2009 à l’initiative de François Fillon alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, les métropoles étaient supposées devenir des collectivités territoriales à part entière, regroupant sur leur territoire les compétences de l’intercommunalité, du Département et même partiellement de la Région. Une vision particulièrement intégratrice donc, mais largement mise à mal dans sa traduction législative au travers des lois finalement adoptées en 2010, 2014, 2015 et 2017.

Carte des métropoles française au 1er janvier 2018 (source : Wikipedia)

Dix ans plus tard, la situation est pour le moins confuse… On dénombre à ce jour 22 métropoles françaises, soit plus du double de ce qui était imaginé à l’époque. La première d’entre elles, créée au 31 décembre 2011, celle de Nice, a été la seule à se constituer de manière volontaire en application de la loi de 2010, par fusion entre la communauté urbaine et 3 communautés d’agglomération. Neuf autres ont suivi en 2015, créée automatiquement dans des pôles urbains de plus de 650 000 habitants, à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. La loi de 2017 a permis d’élargir cette création à des pôles urbains plus modestes et de créer 9 métropoles supplémentaires qui concernent les agglomérations de Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz, Tours, Brest et Nancy.

Territoires respectifs de la Métropole de Lyon et du Département résiduel du Rhône

A ces 19 métropoles de droit commun, s’est ajoutée à partir du 1er janvier 2015 celle de Lyon, la seule qui possède le statut de collectivité territoriale à part entière car créée par fusion entre un établissement public de coopération intercommunale, l’ancienne Communauté urbaine du Grand Lyon, et une large partie du Département du Rhône, ce dernier se réduisant désormais à sa portion congrue limitée aux seuls territoires restés en dehors de la métropole lyonnaise. Cette métropole de Lyon est pour l’instant la seule à rassembler, sur son territoire, un aussi large panel de compétences puisqu’elle a récupéré toutes celles qu’exerçait l’ancien Conseil départemental avant son repli territorial.

Ce n’est pas du tout les cas des deux dernières métropoles existantes, créées toutes les deux au 1er janvier 2016 et qui pour l’instant font figures de bricolage inachevé, à savoir celles du Grand Paris et celle d’Aix-Marseille-Provence. Dans les deux cas en effet, de fortes résistances se sont exprimées pour maintenir un échelon supplémentaire, sous forme d’établissements publics territoriaux, niveau intermédiaire entre les Communes et la Métropole, tandis que les Départements comme la Région gardaient toutes leurs prérogatives.

Sur l’aire marseillaise où le Conseil départemental des Bouches-du Rhône et la Métropole sont désormais dirigés par la même personne, en l’occurrence Martine Vassal, une fusion des deux structures commence à se dessiner, même si cela suppose de régler le sort des 29 communes de la partie arlésienne du Département, jusqu’à présent hors Métropole, soit en envisageant de réduire le Département à cette seule zone sur le modèle lyonnais, soit en la rattachant à l’aire métropolitaine qui engloberait dans cette hypothèse la totalité de l’actuel Département des Bouches-du-Rhône.

Les communes des Bouches-du-Rhône hors territoire métropolitain (source infographie © La Provence)

C’est dire si le modèle lyonnais est scruté à la loupe même si la plupart des autres métropoles refusent catégoriquement jusqu’à présent et pour différentes raisons, une éventuelle fusion avec leur Département. En novembre 2017, la Cour des Comptes s’était déjà penchée sur le sujet dans son rapport sur les finances publiques locales dont tout un chapitre était consacré à l’état d’avancement de la réforme territoriale, les magistrats conseillant d’ « évaluer le caractère reproductible de la création de la métropole de Lyon à partir d’un bilan en termes d’efficacité  et d’efficience des politiques publiques métropolitaines et départementales ». La Cour des Comptes regrettait le caractère très inachevé de la réforme puisque la quasi-totalité des métropoles ne sont que des communautés urbaines modifiées qui continuent de cohabiter avec toutes les autres strates territoriales préexistantes.

Michel Mercier et Gérard Collomb en 2014 (source © Lyon Mag)

Son souci d’évaluation en tout cas a été exaucé puisque le sujet a fait l’objet d’un rapport d’information sénatorial qui vient d’être rendu public, le 10 avril 2019 et qui analyse précisément ce qu’a apporté le processus de métropolisation à Lyon avec 4 ans de recul. Fruit de la volonté politique de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb, alors respectivement président du Département et de la Métropole, cette fusion apparaît, au yeux des sénateurs comme ayant été très positive pour le territoire puisque les finances des deux collectivités sont particulièrement saines après 4 ans d’activité. La Métropole a pu faire des économies significatives sur sa masse salariale et ses dépenses de fonctionnement. De son côté, le Département qui était empêtré dans des problème de fort endettement et d’emprunts toxiques à gérer, a pu retrouver une forte capacité d’autofinancement et de réelles marges de manœuvre.

Dessin de Lasserpe paru dans La lettre du cadre territorial en février 2019

Une opération plutôt bénéfique pour le territoire donc, mais qui n’est pas forcément reproductible ailleurs. En effet, les sénateurs mettent en évidence plusieurs éléments particulièrement favorables qui expliquent largement ce succès. Les deux collectivités jouissent d’une démographie très dynamique avec une augmentation de la population d’environ 10 % pour chacune d’elles entre 2006 et 2016, et un revenu fiscal par ménage sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale. Chacune des deux collectivité est plus riche que la moyenne des départements français et ses recettes fiscales ont fortement progressé durant les dernières années, ce qui constitue incontestablement un facteur très positif et explique largement la bonne santé financière de ces deux structures.

Réunion de l’Assemblée des Départements de France le 17 octobre 2018 à Paris (source © Public Sénat)

Rien ne prouve donc qu’une opération de fusion entre le Département des Bouches-du-Rhône et la Métropole marseillaise aboutirait à un résultat aussi favorable. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération, sous réserve qu’elle soit aussi bien préparée et accompagnée qu’elle l’a été dans le Rhône, outre qu’elle présente l’avantage d’une réelle simplification et d’une rationalisation de l’organisation territoriale locale, n’est pas non plus forcément synonyme de chaos comme le hurlent sur tous les tons et à qui veut l’entendre les élus de l’Assemblée des Départements de France qui craignent pour l’avenir de leurs structures et de leur pouvoir…

L. V.

Notre-Dame de Paris : un toit tout de suite ?

7 mai 2019

Lundi 15 avril 2019 : les Français stupéfaits découvrent en direct au JT de 20 heures les images saisissantes de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes. La toiture de cet édifice emblématique dont la charpente dans son état actuel a été posée entre 1220 et 1240, part en fumée sous les yeux médusés de millions de Français. Et dès le lendemain, au même JT de 20 h, le Président de la République, Emmanuel Macron, depuis son bureau de l’Élysée, annonce en direct que la cathédrale ravagée par le feu sera reconstruite : « Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore. Je veux que ce soit achevé d’ici cinq année ».

La cathédrale ND de Paris en flammes lundi 15 avril 2019 (photo © SIPA Press)

Cinq ans ! Le temps d’un quinquennat… Le symbole est fort L’annonce ne manque pas de panache et on en perçoit bien tout l’intérêt politique dans un monde où les annonces comptent plus que les faits, où la posture et la communication ont plus d’importance que l’action. Est-ce bien sérieux pour autant ? Honnêtement, quel maître d’ouvrage digne de ce nom peut ainsi programmer en moins de 24 heures la durée prévisionnelle d’un chantier d’une telle ampleur ? Et d’ailleurs, pourquoi 5 ans sinon pour que l’inauguration de la cathédrale ressuscitée coïncide avec l’ouverture des Jeux Olympiques de 2024 ? Encore un symbole qui en dit long sur l’ordre des priorités en matière de communication politique !

Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe, devant la cathédrale Notre-Dame, lundi 15 avril 2019 (photo © Philippe Wojazer / AFP)

Et ceci alors même que le bâtiment n’a pas encore pu être expertisé, que l’ampleur des dégâts réels n’est pas connue et que nul à cette date n’est capable d’assurer avec certitude que les murs chauffés à blanc durant l’incendie ne vont pas s’effondrer, au point d’ailleurs qu’il a fallu évacuer par sécurité un certain nombre d’immeubles avoisinant…

Le général Jean-Louis Georgelin le 26 avril 2016 à Paris (photo © Etienne Laurent / AFP.com)

Mais qu’à cela ne tienne ! L’exécutif n’a pas le temps de s’embarrasser de l’avis d’experts. C’est d’ailleurs à un militaire galonné, le général d’armée Jean-Louis Georgelin, ancien chef des opérations extérieures sur différents champs de bataille dans les Balkans comme en Afghanistan, que le Président de la République a confié la lourde tâche de mener à la baguette le chantier de reconstruction. Un homme à poigne, qui n’a pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds par les historiens de l’art et autres architectes des Bâtiments de France.

Quant à la fameuse flèche construite lors de la rénovation de l’édifice par Viollet-le-Duc en 1859, le premier ministre, Édouard Philippe, annonce que son sort sera tranché par un concours international d’architecture. Le recours aux techniques les plus modernes et aux formes architecturales les plus novatrices n’est donc pas exclu pour la reconstruction de la toiture de Notre-Dame de Paris : une preuve de plus que ce gouvernement progressiste en diable, ne reculera devant rien pour montrer qu’il est prêt à tout oser et que rien ne l’arrêtera…

Un tel volontarisme force le respect, d’autant qu’il est accompagné d’une véritable surenchère dans la course aux dons pour financer les travaux. Pour autant, on ne peut totalement s’empêcher de douter quant au réalisme d’un tel calendrier : est-il bien raisonnable de vouloir ainsi agir avec autant de précipitation et de brûler les étapes dans le seul souci de montrer son efficacité ? Certes, on se doute que les procédures réglementaires habituellement si tatillonnes dès qu’il s’agit d’intervenir sur un monument historique d’une telle importance, seront rapidement allégées et que le général 5 étoiles qui sera à la manœuvre ne se laissera pas intimidé par quelques fonctionnaires zélés.

Vue de l’intérieur de la cathédrale ND de Paris après l’incendie du 15 avril (photo © Christophe Petit Tesson / MaxPPP)

Et pourtant, on ne peut éviter de faire le parallèle avec le temps qu’il a fallu pour construire cet édifice. Décidée en 1160, lors de l’élection de Maurice de Sully comme évêque de Paris, la pose de la première pierre n’a eu lieu que trois ans plus tard, en présence du pape Alexandre III. Il fallu alors près de 20 ans pour édifier le chœur et son double déambulatoire, puis encore 10 ans pour construire les trois dernières travées de la nef et les bas-côtés, avant d’attaquer les assises de la façade et les deux premières travées de la nef. En 1250 enfin sont achevées la galerie haute et les deux tours en façade, mais les travaux se poursuivront jusqu’au début du XIVe siècle, avec notamment l’achèvement des portails, l’aménagement des chapelles du chœur et la mise en place des grands arcs-boutants du chœur et du chevet.

ND de Paris et l’ile de la Cité : extrait d’un plan de Paris vers 1510 (source © Archives nationales)

Certes, les techniques de construction ont beaucoup évolué depuis cette époque et les matériaux modernes que certains envisagent pour remplacer les milliers de poutres en chêne de la charpente et les tuiles de plomb qui constituaient la couverture de l’édifice, autorisent désormais des cadences d’approvisionnement et de mise en œuvre infiniment plus rapides. Il n’en reste pas moins qu’on peut s’interroger sur cette volonté du politique de vouloir à tout prix imprimer un rythme d’enfer dans la réalisation d’un tel chantier comme dans la mise en œuvre de réformes structurelles de nature à bouleverser certaines catégories sociales.

« Il faut qu’on laisse le temps au temps » disait François Mitterrand en 1981, répétant un vieux proverbe déjà cité par Cervantes, « Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l’échelle de l’histoire n’est pas celle des gazettes ». Une maxime que certains jeunes énarques pressés semblent avoir quelque peu oubliée…

L. V.

Un pneu d’opéra à Paris…

6 mars 2019

Jusqu’où l’art moderne ira-t-il se nicher ? Jusque sur les pilastres du grand escalier de l’Opéra Garnier sur lesquels trônent depuis le 30 décembre 2018 et pour un an seulement, deux gigantesques pneus de tracteurs !… Certes, les pneus sont dorés (en fait simplement recouvert de feuilles de cuivre mat sur un moulage en résine), mais tout de même, le mélomane ne s’attend guère à voir des pneus de tracteur dans un tel décor. Et nombreux sont ceux d’ailleurs qui ne se sont pas gênés pour exprimer leur rejet en s’épanchant sur les réseaux sociaux, devenus réceptacles du ressentiment ordinaire.

Les fameux pneus dorés dans le grand escalier de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Sur Twitter, les habitués de l’Opéra Garnier s’en sont évidemment donnés à cœur joie, évoquant pour certains « deux immondices dorés » ou se demandant s’il s’agit, en introduisant ces pneus de tracteur dans un haut-lieu de la bourgeoisie parisienne de sensibiliser cette dernière à la révolte des Gilets jaunes. « Le palais Garnier est sponsorisé par Michelin ? », s’interroge-t-on sur les réseaux sociaux, tandis que d’autres ironisent : « C’est le salon de l’auto ou quoi ? »…

Pourtant, force est de constater que ces deux gigantesques pneus de tracteurs de 2 m de diamètre, qui ont été réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Paris à l’initiative de l’artiste plasticien français Claude Lévêque, ne manquent pas d’allure dans cet immense escalier dessiné par l’architecte Charles Garnier sous le règne de Napoléon III.

Les anneaux lumineux dans la Rotonde de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

En fait, ces deux pneus sont un des éléments d’une œuvre ambitieuse dénommée Saturnales, en référence à ces fêtes romaines qui se déroulaient une semaine avant le solstice d’hiver. Outre les pneus dorés, elle comprend notamment des anneaux lumineux accrochés dans la Rotonde, toujours cette référence aux formes circulaires qui évoquent « un carrousel, une invitation à la danse, à la valse »… Mais elle intègre aussi une sorte de diadème lumineux constitué de 16 branches d’inox illuminées la nuit, qui couronne le toit de l’Opéra Bastille.

Le diadème qui ceint le toit de l’Opéra Bastille (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Car tout ceci, qui a quand même coûté la bagatelle de 200 000 €, financée dans le cadre du mécénat d’entreprise qui a le vent en poupe en ce moment, s’inscrit dans les célébrations d’un anniversaire peu commun. Il s’agit en effet de fêter à la fois les 30 ans de l’Opéra Bastille, inauguré en 1989, et les 350 ans de l’Opéra de Paris, vénérable institution qui découle en droite ligne de la compagnie française d’opéras et de ballets fondée en 1669 sous le nom d’Académie royale de musique de Paris.

Eclair de néon rouge dans la pyramide du Louvre (Photo © François Guillot / AFP / Le Monde)

C’est Stéphane Lissner, directeur général depuis juillet 2014 de l’Opéra national de Paris, qui a invité le plasticien français Claude Lévêque à œuvrer au cœur du monument en lui laissant carte blanche. Né en 1953 à Nevers, l’artiste qui vit et travaille principalement à Montreuil a acquis une renommée internationale. Il a d’ailleurs représenté la France lors de la Biennale de Venise en 2009 et en 2014 son œuvre intitulée Sous le plus grand chapiteau du monde, qui consistait à parer d’effets lumineux le musée du Louvre et la pyramide, avait beaucoup fait parler d’elle.

« Je ne suis pas un artiste de la provocation » a coutume de dire Claude Lévêque. On veut bien le croire mais pour autant, ses œuvres ne laissent pas totalement indifférent…

L. V.

Les étranges sculptures de Subodh Gupta et ses pots au lait…

10 septembre 2018

Affiche de l’exposition avec l’œuvre intitulé Very Hungry God réalisée en 2006 par Subodh Gupta

Le 26 août 2018 vient tout juste de s’achever, à l’Hôtel de la Monnaie, à Paris, ce qui restera comme la première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta. Cet artiste plasticien touche à tout, né en 1964 dans l’État déshérité du Bihar, au nord de l’Inde, a réussi en effet à se faire connaître dans le monde entier tant pour ses performances artistiques que pour ses vidéos ou ses sculptures dont une des marques de fabrique est l’utilisation d’ustensiles de cuisine métalliques, casseroles en aluminium ou pots au lait en inox…

Une de ses œuvres les plus connues est d’ailleurs son crâne géant de 6 m de haut, au nom évocateur de « Very Hungry God », que l’on pourrait traduire par « Dieu insatiable », constitué d’un assemblage hétéroclite de centaines d’instruments de cuisine en inox et en aluminium, soudés les uns aux autres. Exposée pour la première fois en 2006 dans l’église Saint-Bernard à Paris, alors occupée par un collectif de sans-papiers réclamant leur régularisation, la sculpture aussi monumentale que spectaculaire, a ensuite été racheté par la fondation de François Pinault et est, depuis, habituellement exposée devant le Palais Grassi à Venise.

God Hungry, exposée à l’église Sainte Marie-Madeleine, à Lille en 2006

Une autre de ces œuvres monumentales d’inspiration comparable, et intitulée, comme en écho à la précédente, God Hungry avait d’ailleurs été créée également en 2006 et exposée sous la coupole de l’église Sainte Marie-Madeleine à Lille, dans le cadre du festival Bombaysers. Jaillissant de la paroi sous forme de trois gigantesques cascades constituées d’un amoncellement de brocs et casseroles en inox, cette forme étrange et d’apparence incongrue était supposée faire écho au terrible tsunami qui avait ravagé les côtes de l’Océan indien le 26 décembre 2004, causant la disparition d’au moins 250 000 personnes entre l’Inde, Sri Lanka, la Thaïlande ou l’Indonésie.

« Two cows », œuvre de Subodh Gupta, exposée à l’Hôtel de la Monnaie (photo © Photo Éric Simon)

Cette utilisation d’instruments de cuisine et d’objets de la vie quotidienne indienne est très caractéristique de l’œuvre de ce plasticien déroutant comme le montre la diversité de ce qui était exposé cet été à l’Hôtel de la Monnaie : simple pâte à pain posée sur une table en bois rustique, amoncellement hétéroclite de théières et de brocs, pirogue croulant sous les jarres destinées à stocker l’eau quotidienne, porte dorée, miroirs déformant, chariot porte-bagages ou vélos rutilants chargé de bidons à lait.

Même le gigantesque arbre banian en acier inoxydable au feuillage et aux fruits constitué d’ustensiles de cuisine était présent dans la cour de l’Hôtel de la Monnaie. Intitulé « Dada » qui signifie grand-père en Hindi, cette sculpture monumentale, conservée habituellement à la National Gallery of Modern Art, à New Delhi, symbolise assez naturellement l’héritage indien profondément ancré dans une tradition séculaire, mais aussi toute la richesse et la solidité des liens familiaux, si importants dans la culture indienne.

Sculpture Dada exposée en 2014 à la National Gallery of Modern Art de Delhi

Mais le nom de cette œuvre aussi emblématique que surréaliste fait aussi bien évidemment référence au dadaïsme qui imprègne largement l’inspiration de ce plasticien indien étonnant. Le bronze noir représentant une Joconde moustachue, créé en 2010 par Subodh Gupta et intitulé « Et tu, Duchamp ? » est ainsi une référence évidente à Marcel Duchamp qui avait osé pastiché en 1919 le célèbre tableau de Léonard de Vinci en affublant Mona Lisa d’une belle paire de bacchantes et en intitulant gaillardement son tableau du titre aussi sonore que suggestif : « L.H.O.O.Q. ».

A Gauche : L.H.O.O.G de Marcel Duchamp, 1919. A Droite : Et Tu, Duchamp ? de Subodh Gupta, 2010 (source : artwiki)

De quoi rassurer ceux qui craindraient que l’art moderne, désormais largement dominé par les lois de la spéculation universelle, ne perde de son côté irrévérencieux et iconoclaste qui fait parfois son charme…

L. V. 

Déraillement de TGV à Marseille : on a peut-être frôlé la catastrophe…

25 août 2018

Vendredi 24 août, je prends le TGV pour Marseille, départ 14h37 de Paris Gare de Lyon. On est en période de vacances et la ligne est prise d’assaut comme tous les vendredis. Il s’agit d’une rame double de TGV à deux étages, soit plus de 1000 voyageurs à faire écouler en quelques dizaines de minutes à travers les portiques de sécurité qui permettent de contrôler les billets à l’embarquement.

Affluence au départ, Gare de Lyon (source : blog Olivier Razemon)

Malgré la cohorte d’agents SNCF mobilisés pour aider les voyageurs à retrouver leur billet électronique sur leur téléphone portable, ça bloque et l’on envisage déjà de tout ouvrir pour laisser passer le flot de voyageurs sans contrôle plutôt que de retarder le départ du train : les dispositifs de sécurité montrent une fois de plus leurs limites et leurs inconvénients…

Je suis en voiture 7, en tête de la rame de queue : une rame flambant neuf en livrée vermillon, c’est-à-dire grise avec les portes rouges. Le train est bondé mais, comme souvent sur cette ligne, la plupart des voyageurs descendent à Avignon et à Aix-en-Provence. L’arrivée en gare de Marseille Saint-Charles est annoncée à 18h pile. Et pour une fois, Ô miracle, on arrive à l’entrée de la gare juste au moment prévu, une minute avant l’heure d’arrivée programmée. On commence à apercevoir les immeubles qui bordent les voies à l’entrée de la gare et le train roule maintenant à faible vitesse. Certains voyageurs commencent à rassembler leurs affaires.

Brusquement, le train se met à vibrer dans tous les sens. Je m’agrippe à mon ordinateur portable qui tressaute sur la tablette devant moi et menace de glisser à terre. Les mouvements du train sont de plus en plus violents. On se croirait dans une voiture dont les pneus ont éclaté et qui roule sur les jantes. On entend des chocs sous la caisse, sans doute des pierres du ballast qui la heurtent violemment. Mes dossiers posés sur le siège à côté de moi valsent directement à terre. Manifestement le conducteur a dû actionner les freins mais, même à 30 km/h, un TGV ne s’arrête pas instantanément et il poursuit sa course folle de plus en plus hoqueteuse.

Le TGV est à côté de ses rails… (photo © CGT cheminots SMR / Provence News)

Difficile d’évaluer combien de temps cela a duré, sans doute pas plus de 30 à 40 secondes, mais qui paraissent quand même assez longues… Finalement le train commence enfin à perdre de la vitesse et finit par s’immobiliser sur les voies. Depuis la fenêtre, on voit qu’on est presque arrivé à l’extrémité des quais de la gare. Tout le monde se regarde, un peu choqué. Certains ont pensé à un tremblement de terre mais l’hypothèse d’un déraillement me parait d’emblée évidente tant l’impression était nette d’avoir roulé en dehors des rails directement sur les traverses en béton et le ballast de la voie.

Depuis l’intérieur de la voiture, il est impossible de se repérer par rapport aux rails des voies adjacentes. Dès le train immobilisé, la voie de la contrôleuse se fait entendre. Au lieu du traditionnel message mille fois entendu nous informant que « le train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, ne tentez-pas l’ouverture des portes », elle nous informe curieusement qu’un voyageur a actionné le signal d’alarme et que c’est la raison pour laquelle notre train s’est arrêté, mais qu’il repartira dans les prochaines minutes.

Les quelques voyageurs encore présents dans la voiture échangent des regards interloqués et plutôt dubitatifs. La violence des chocs ressentis avant que le train ne parvienne à stopper ne s’accorde pas vraiment avec un coup de frein même brutal consécutif à un impératif de sécurité… Quelques minutes plus tard, nous voyons passer devant la fenêtre, un petit groupe de voyageurs qui longent la voie en se dirigeant tranquillement vers la gare. Ils ont manifestement réussi à ouvrir une porte dans une voiture située plus à l’arrière et marchent jusqu’au quai, malgré la réprobation de quelques agents SNCF accourus entre temps.

La rame de queue du TGV 6145 après évacuation des passagers (extrait video © LCI)

Du coup, je récupère mes affaires et passe dans la voiture 8, celle qui est en tête de la rame. Plusieurs personnes sont massées devant la porte du bas, leurs valises à la main. La porte donne à quelques mètres seulement de l’extrémité du quai et sortir du train à cet endroit ne présente aucun danger, mais la portière reste obstinément fermée. Chacun cherche comment entrer en communication avec les agents de contrôle à bord du train pour leur demander d’ouvrir les portes. Une dame commence à composer le numéro de téléphone d’urgence pour réclamer que l’on vienne nous ouvrir, prétextant qu’elle est claustrophobe et que sa voisine vient de tomber brusquement enceinte…

De quoi détendre en effet l’atmosphère, juste au moment où un agent SNCF vient nous rejoindre, nous confirmant que le train a bel et bien déraillé et qu’on devrait effectivement finir par évacuer la rame. Il nous explique que notre voiture qui était en tête est restée assez proche des rails, guidée par la rame de tête qui, elle, n’a pas bougé, mais que les wagons en queue de train sont très largement sortis de la voie. Il suppose que c’est un aiguillage qui a été actionné au mauvais moment, juste quand la rame passait dessus. Pas très rassurant, même si sa collègue, qui le rejoint peu après, un peu pâle, nous assure qu’elle n’a jamais vu cela depuis 21 ans qu’elle fait le parcours.

La rame d’essai Paris-Strasbourg après son accident le 14novembre 2015 (photo © MaxPPP)

De fait, les déraillements de TGV ne semblent pas si fréquents même si la réputation de ce moyen de transport a fortement pâti de l’accident survenu le 14 novembre 2015 à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg, lorsqu’une rame TGV qui faisait des essais d’homologation en survitesse, avait brutalement déraillé à plus de 360 km/h avant de finir sa course folle au fond d’un canal, causant la mort de 11 personnes et faisant 21 blessés graves.

En novembre 2017, une rame de TGV avait déjà déraillé à l’occasion d’une manœuvre, avant même la mise en service de la ligne, un incident sans gravité mais qui avait déclenché des moqueries ironiques sur les réseaux sociaux. En décembre 1993, en revanche, l’alerte avait été nettement plus sérieuse lorsqu’une rame de TGV se rendant de Valenciennes à Paris avait déraillé à plus de 300 km/h peu après la gare des betteraves de Chaulnes. Le train avait alors labouré la voie pendant plus de 2 km avant de parvenir à s’immobiliser mais sans se coucher et sans heurter les pylônes latéraux, si bien que tous les voyageurs s’en étaient sorties indemnes, à l’exception de quelques blessés légers.

A Marseille, vendredi soir, l’incident a été certainement bien moins spectaculaire et aucun blessé n’a été signalé. On constate néanmoins en descendant du train, lorsque les portes s’ouvrent enfin, que les wagons de queue sont nettement en portefeuille et sont complètement sortis de la voie, empiétant même sur celle d’à côté.

Les dernières voitures de queue du TGV qui a déraillé à l’entrée de la gare de Marseille, vendredi 24 août 2018 (photo © Valérie Vrel / MaxPPP pour France TV Infos)

Je me dirige vers les autres voies pour essayer de prendre une correspondance vers Aubagne. Cela tombe bien, le train de 18h02 est encore à quai mais sans indication sur son heure de départ éventuelle. En bavardant avec le contrôleur, j’apprends qu’on a peut-être frôlé la catastrophe car le train de 17h58, en partance pour Nice, qui venait juste de démarrer quand le déraillement s’est produit et qu’on voit désormais arrêté, peu après la sortie de la gare, est passé juste à côté de mon TGV. A quelques secondes près, il aurait pu être heurté par les rames de queue du TGV qui étaient complètement sorties de leurs rails…

Du coup, tout le trafic est paralysé dans la gare où les voyageurs s’agglutinent sur les quais dans l’attente d’hypothétiques informations. A 18h45, le conducteur nous annonce laconiquement que notre train, qui attend depuis maintenant 45 mn, est finalement supprimé, avant de descendre de sa machine, son sac à la main, en quête d’un taxi pour rentrer chez lui…L’affaire s’annonce mal, et je quitte moi-aussi la gare, en métro, à la recherche d’un moyen de transport alternatif. Le train a ses avantages, mais quand ça veut pas, mieux vaut ne pas insister…

L.V. 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Le PC s’accroche au Colonel-Fabien

6 août 2018

La place du Colonel-Fabien, située dans le XIXe arrondissement de Paris, fait partie de ces institutions de la vie politique française. Le Parti communiste français y a installé son siège en 1971 et il n’en a pas changé depuis. Il faut dire que le lieu est emblématique. Le nom même de Place du Colonel-Fabien, dont les initiales (P. C. F.) évoquent vaguement celles du Parti, est un hommage à un résistant communiste valeureux, décédé en 1944 sous ce nom de guerre de « Colonel Fabien ».

Pierre Georges, alias Colonel Fabien

Pierre Georges, puisque tel était son véritable patronyme, était le fils d’un boulanger de Villeneuve-Saint-Georges. Né en 1919, il avait adhéré au PCF à l’âge de 14 ans et s’était engagé à 17 ans dans les Brigades internationales aux côté des Républicains espagnols. Il y bénéficie d’une formation militaire dans une école d’officiers et écope d’une grave blessure qui l’oblige à rentrer en France deux ans plus tard, en juin 1938.

Engagé comme ouvrier dans une usine de Bréguet aviation, il devient membre du Comité national du Mouvement des Jeunes communistes de France, ce qui lui vaut d’être interné fin 1939 puisque l’URSS était alors l’alliée des Allemands. Évadé en juin 1940, il se réfugie en zone libre à Marseille. L’attaque de l’Union soviétique par les armées hitlériennes en juin 1941 incite le Parti communiste à mettre en place une Organisation spéciale pour développer des actes de guérilla armée contre l’occupant allemand. Pierre Georges en devient le commissaire militaire, aux côtés du commissaire politique Albert Ouzoulias, alias « Colonel André ».

Pierre Georges prend le pseudonyme de « Frédo » et réalise lui-même ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation, en assassinant, le 21 août 1941, sur le quai de la station Barbès-Rochechouart, un aspirant de la Kriegsmarine. Cet attentat, qui marque l’entrée officielle du PCF dans la résistance armée, est aussi le point de départ de lourdes représailles qui coûteront la vie à de multiples militants et otages, ce qui amènera de nombreuses personnalités dont Marcel Cachin, Henri Frenay et même le Général de Gaulle, à désavouer cette stratégie.

Plaque commémorative au 34 rue Gandon, dans le 13e arrondissement de Paris, à l’emplacement du poste de commandement du colonel Fabien lors de la Libération de Paris

En mars 1942, Pierre Georges est d’ailleurs l’un des derniers survivants de cette organisation, lorsqu’il quitte Paris pour se réfugier dans le Doubs où il met en place les premiers groupes de FTP (Francs-tireurs et partisans) sous le nom de guerre de « Capitaine Henri ». Blessé en juillet 1942 après avoir participé au sabotage du transformateur des usines Lip, il est arrêté à Paris en novembre, condamné à mort mais transféré au Fort de Romainville d’où il parvient à s’évader en mai 1943.

En août 1944, alors qu’il a adopté son nouveau pseudonyme de « Colonel Fabien » et qu’il est devenu responsable des FTP pour le sud de la région parisienne, il participe aux combats de la libération de Paris, appuyé par les blindés de la 2ème DB du général Leclerc, et rassemble à l’automne un groupe de 500 hommes qui s’engagent aux côté de l’armée régulière dans son avancée vers l’Est. Il n’atteindra cependant pas le sol allemand puisqu’il meurt le 27 décembre 1944 en tentant de désamorcer une mine près de Mulhouse.

Au delà de la valeur symbolique que représente le nom de ce militant de la première heure, si le PCF est aussi attaché à son siège, c’est qu’il a la chance d’être abrité dans un bâtiment lui-même emblématique, construit entre 1968 et 1971 sur la base d’une conception dessinée à partir de 1965 par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, auréolé d’une notoriété internationale pour avoir été l’architecte des principaux bâtiments publics de la nouvelle capitale Brasilia, inaugurée en 1960. Membre de longue date du PC brésilien, Oscar Niemeyer avait dû s’ exiler en France lors de la prise de pouvoir de la dictature militaire en 1964.

L’immeuble siège du PCF place du Colonel-Fabien, conçu par Oscar Niemeyer

Dans l’esprit de son concepteur, «  le siège du PCF constituera dans cette ville, un exemple d’architecture contemporaine, un point d’attraction et de tourisme. Un bâtiment aux formes nouvelles, simple sans finitions luxueuses et superflues. La maison du travailleur. Et le siège du PCF ne sera pas simplement un bon exemple d’architecture, mais une marque de la société socialiste ». Une vision très politique donc préside à la création de cette vaste barre d’immeuble en forme de S, reposant sur 5 poteaux, ce qui donne l’impression qu’il flotte comme une bannière. Le bâtiment comporte 3 vastes sous-sols hébergeant notamment le foyer de la classe ouvrière et de nombreux couloirs d’exposition.

Foyer du siège du PCF, place du Colonel Fabien, en 2002 (photo © Daniel Janin / AFP)

Quant à la vaste coupole blanche qui, selon son concepteur évoque le ventre d’une femme enceinte, elle abrite, non pas des chars russes à l’affût comme certaines mauvaises langues l’ont longtemps soupçonné, mais la salle de réunion du Comité national du Parti.

En ces temps de disette pour de nombreux partis politiques dont les effectifs de militants ont fondu comme neige au soleil (le PCF revendiquait 700 000 adhérents en 1978 et en annonçait 57 000 en 2016), il devient nécessaire d’adapter la voilure, et le changement des locaux du siège est une variable d’ajustement naturelle. En dehors du Parti radical qui occupe toujours, depuis sa création en 1933, son siège historique situé rue de Valois dans le 1er arrondissement parisien, rares sont les partis qui n’ont pas dû se résoudre à vendre leur siège devenu trop grand et trop coûteux à entretenir.

La salle du conseil national du PCF, place du Colonel-Fabien (photo © Jacques Demarthon / AFP)

C’est ainsi qu’en 2008, le Front national a quitté son siège emblématique de Saint-Cloud, connu sous le nom de « Paquebot », un imposant bâtiment situé à proximité du domaine familial des Le Pen à Montretout, dans les Hauts-de-Seine. Racheté en 2011 par une chaîne de maisons de retraite, le bâtiment a été transformé en une résidence haut de gamme pour seniors... Les Verts également ont dû vendre en 2016 leur siège situé dans une ancienne chocolaterie le long du canal Saint-Martin, tandis que le Parti socialiste a signé en début d’année 2018 l’acte de vente de son siège de la rue de Solférino et que Les Républicains ont mis en vente le leur, situé rue de Vaugirard.

Mais si tous les autres partis vendent, souvent avec difficultés, le PC lui préfère rester dans ses murs et en tirer profit en le louant afin de couvrir les énormes frais d’entretien de ce bâtiment immense de 15 000 m2, classé monument historique en 2007. « Nous nous sommes professionnalisés dans la location de tout ou partie des étages, sur du long terme comme plus ponctuellement, pour des événements particuliers », explique ainsi sans ciller au Figaro Jean-Louis Frostin, membre du comité exécutif du PCF et administrateur du siège.

Défilé de haute-couture de Jean-Paul Gaultier en 2014 dans les locaux du PCF (photo © Imaxtree / Madame Figaro)

De fait, le PCF ne conserve pour son usage propre que l’ensemble des sous-sol et deux des cinq étages du bâtiment principal, le reste étant loué principalement à une start-up, Believe Digital, spécialisée dans la musique en streaming. Et ce n’est pas tout car le siège du PCF abrite chaque année plus de 200 événements commerciaux ou privés, dont les tournages de plusieurs films récents (tels que la série Trepalium en 2015), qui permettent de faire entrer de l’argent dans les caisses du parti. Les défilés de mode de haute-couture en particulier prisent beaucoup ce lieu emblématique qui a vu en 2000 défiler la nouvelle collection de Prada, suivie depuis par celles de Yves Saint-Laurent, de Vuitton, ou encore de Jean-Paul Gaultier qui, pour sa collection 2014-2015 avait transformé la coupole du Comité central du PCF en vaste vaisseau spatial…

Une valorisation commerciale qui fait grincer les dents de nombreux militants communistes, agacés par ce grand écart idéologique permanent, le prix à payer pour conserver dans le giron du parti un bâtiment aussi prestigieux que symbolique, dans lequel avait été signé en 1972 le Programme commun avec le Parti socialiste, une histoire déjà ancienne…

L.V. 

Solidarité : des frigos sur le trottoir…

9 juin 2018

En France, selon l’ADEME, chaque Français jetterait 20 kg de nourriture consommable par an dont 7 kg encore sous emballage, sans compter les volumes énormes que les distributeurs détruisent, faute d’arriver à les transmettre via le circuit associatif. Ce sont ainsi neuf millions de tonnes de nourriture qui seraient gaspillées chaque année, jetées à la poubelle et détruites alors même que, effrayant paradoxe, plus de huit millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et, pour nombre d’entre elles, peinent à se nourrir correctement chaque jour.

Des militants anti-gaspillage récupèrent de la nourriture jetée dans les poubelles d’un supermarché (photo © Thierry Lopez / MAXPPP)

En matière de répartition des richesses, la théorie des vases communiquant, comme celle du « ruissellement » n’est jamais très facile à mettre en œuvre. Une initiative toute simple mais efficace mérite néanmoins d’être saluée, et largement diffusée. Elle consiste à disposer des réfrigérateurs en libre-service dans des quartiers très passant et à forte mixité sociale : les commerçants y déposent leurs invendus du jour et les habitants du quartier leurs propres surplus, par exemple avant un départ en vacances, tandis que les plus démunis viennent se servir gratuitement.

Réfrigérateur People’s Fridge à Londres

Le concept était déjà largement en vigueur à Londres, dans le quartier de Brixton, sous le nom de People’s Fridge, où une jeune restauratrice française, Dounia Metboul, l’a découvert en 2012. Séduite par le principe, celle-ci s’est alors aperçu que ce dispositif de frigos solidaires est également largement développé en Allemagne, alimenté par des milliers de bénévoles qui récupèrent les invendus des commerçants, mais aussi au Québec, en Belgique ou encore en Espagne.

Il ne restait donc plus qu’à importer l’idée en France et c’est ce qu’a fait Dounia Metboul qui tient, avec sa mère un restaurant rue Ramey, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, « La cantine du 18 ». Elle mobilise deux associations : Le Carillon, qui rassemble les commerçants du 18e arrondissement soucieux des sans-abri, et Cap ou pas cap, déjà à l’origine de boîtes à dons. Le 8 juin 2017, après appel à financement participatif, le premier réfrigérateur en partage de Paris est ainsi inauguré sur la terrasse de son restaurant.

Et le système fonctionne : chaque jour, une trentaine de personnes, particuliers et commerçants, alimentent le frigo dont le contenu est récupéré par une cinquantaine de sans-abris, retraités, chômeurs, familles nombreuses et étudiants. Celui qui le peut dépose des aliments. Celui qui en a besoin se sert librement. Comme le dit Dounia Mebtoul dans Le Monde, « C’est devenu un emblème, dans le quartier. Ce frigo fédère. C’est la bonne action que l’on fait facilement dans la journée. Beaucoup plus concret qu’un don à une asso ! »

Le premier frigo solidaire a été inauguré le 8 juin 2017 devant le restaurant de Dounia Mebtoul : « La cantine du 18 » à Paris (photo © Bigger Band)

A tel point que le dispositif a déjà commencé à essaimer. En décembre 2017, un second frigo solidaire a ainsi été inauguré par l’association Cap ou pas cap au 212 avenue Daumesnil dans le XIIe arrondissement de Paris, devant le magasin bio Les nouveaux Robinson. En en février 2018, un troisième a été installé devant Le Bar Commun, situé 135 rue des Poissonniers, toujours dans le XVIIIe arrondissement.

Le frigo solidaire installé devant Le Bar commun, rue des Poissonniers à Paris

Les élus municipaux du XVIIIe voient d’ailleurs d’un très bon œil cette initiative citoyenne qui permet à la fois de lutter contre le gaspillage alimentaire, de venir en aide aux plus démunis et de créer du lien social. Ils l’encouragent donc fortement en relayant les informations de l’association sur les réseaux sociaux et en facilitant les relations avec les services communaux.

Car la réglementation actuelle sur l’occupation de l’espace publique prévoit en principe que les commerçants qui installent un frigo, même solidaire, sur le trottoir devant chez eux, payent une redevance, ce qui pourrait constituer un frein au développement du dispositif comme le reconnait Jean-Philippe Daviaud, adjoint au maire du XVIIIe en charge de la vie associative, de la démocratie locale et de la participation citoyenne, qui soutient le projet.

Une charte pédagogique a été rédigée pour faciliter la mise en place de tels frigos solidaires que l’on retrouve déjà un peu partout, à Lille comme à Grenoble. Grâce à l’appui du blogueur Baptiste Lorber puis de l’influenceuse Natoo dont la vidéo postée sur YouTube a été visionnée par 2 millions de visiteurs en une semaine, le projet de l’association Les Frigos solidaires, créée en partenariat avec Identités mutuelles, a connu un formidable écho sur les réseaux sociaux. Une quinzaine d’initiatives seraient ainsi en train de voir le jour depuis le début de l’année sur le territoire national.

La youtubeuse Natoo a relayé, dans une vidéo particulièrement remarquée, le concept des frigos solidaires (source © YouTube / Natoo)

La démarche à suivre est finalement assez simple : les bénévoles associatifs démarchent les commerçants pour leur expliquer le concept et leur préciser leurs responsabilités et engagements, dont celui de sortir le frigo dans la journée pour le rendre aisément visible et accessible à chacun. Il revient aussi aux commerçants de vérifier le bon fonctionnement de la chaîne du froid et la nature des produits qui y sont déposés. Ceux qui récupèrent les denrées pour les consommer sont seuls responsable de leur usage mais la liste des produits admis est restreinte pour limiter autant que possible les risques d’intoxication alimentaire : viande, poisson et plats faits maison sont en particulier interdits, de même que les produits avec date de péremption dépassée.

L’achat des frigos, qui reviennent à 1300 € pièce, se fait sur la base d’une cagnotte en ligne et pour l’instant l’association ne bénéficie pas de subvention mais nul doute qu’un tel système est appelé à se développer. Le frigo du futur sera sans doute connecté, intelligent et muni d’un écran tactile, comme en rêvent les designers de l’électro-ménager, mais il sera peut-être aussi collectif et solidaire, comme le prouve cette belle initiative citoyenne…

L.V. 

Grande braderie sur les aéroports français !

4 avril 2018

L’affaire avait fait un peu de bruit à l’époque : en avril 2015, l’État avait vendu à un consortium chinois 49,9 % des parts qu’il détenait sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Ni les protestations du collectif qui s’était formé pour tenter d’empêcher cette privatisation du troisième aéroport régional français, ni même l’affaire rocambolesque de la disparition temporaire de l’homme d’affaires qui servait d’intermédiaire n’avait pu empêcher que la vente se fasse, laissant un arrière-goût de gâchis.

A l’époque, le consortium bénéficiaire de l’opération, regroupement du groupe étatique chinois Shandong High Speed et du fonds d’investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management avançait masqué derrière une société écran de droit français créée pour l’occasion sous le nom de Casil Europe, avec un capital dérisoire de 10 000 euros seulement, et l’intermédiaire désigné pour piloter le rachat, un certain Mike Poon, avait pris la fuite au cours des négociations car, selon Le Monde, son nom apparaissait dans une affaire de corruption où il était mis en cause suite à une enquête touchant la China Southern Airlines.

L’homme d’affaire Mike Poon devant le Capitole de Toulouse en avril 2015

Une affaire ténébreuse à souhait et qui aurait pu inciter Bercy à davantage de prudence. Mais l’appât du gain et le besoin de cash étaient les plus forts et rien n’a pu alors faire fléchir la volonté du ministre de l’économie d’alors, un certain Emmanuel Macron. Pour apaiser les craintes, Bercy répétait alors à l’envie qu’il n’avait pas la moindre intention de céder aux Chinois les 10,01 % d’actions lui restant en propre, et ceci alors que le contrat prévoyait explicitement la possibilité pour ces derniers de s’en porter acquéreurs dans un délai de 3 ans, qui s’ouvrira donc très prochainement, le 18 avril 2018.

A l’approche de cette échéance, l’inquiétude monte chez les actionnaires locaux qui se partagent les 40 % restant de l’aéroport et qui risqueraient donc de se retrouver minoritaire face aux Chinois si Bercy donne suite à la cession de ses dernières parts. Une inquiétude d’autant plus justifiée que le discours du nouveau ministre de l’économie, Bruno Le Maire, laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, lui qui répondait en ces termes sur le sujet en octobre 2017 suite à une interpellation d’un député : « Ce qui compte au final n’est pas de savoir si l’aéroport est public ou privé, mais qu’il puisse avoir de l’activité et des investissements afin de rester moderne et innovant. L’État conserve d’autres moyens d’intervention : les normes, les règles et la distribution des créneaux pour les compagnies aériennes ».

Un dessin de Na !

Certes, mais de là à laisser un consortium chinois prendre le contrôle de la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac qui a franchi l’an dernier le cap des 9 millions de passagers par an et dont une activité importante est liée à la présence d’Airbus Industrie, voilà qui nous éloigne fortement du rôle d’État stratège auquel les Français sont habitués.

D’autant que le bilan de l’exercice 2016 a laissé un goût amer aux autres actionnaires minoritaires, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse (qui détient 25 % des parts), le Département de Haute-Garonne, la Région et la Métropole (à raison de 5 % chacun). A l’instigation de Casil Europe, ce sont en effet 100 % des bénéfices (soit la bagatelle de 5,8 millions d’euros) qui ont été redistribués aux actionnaires, lesquels se sont de surcroît partagés le trésor de guerre accumulé depuis des années, soit 15 millions d’euros dont la moitié est donc revenue aux Chinois, lesquels expliquent benoîtement que ce « pillage de réserves » n’est que le juste retour sur investissement normal, histoire de récompenser les investisseurs qui ont le bon goût de vouloir investir en France…

Une telle pratique de prédateur qui relève davantage de la recherche du rendement immédiat que de la logique d’intérêt général en vue de développer les infrastructures à long terme, pourrait d’ailleurs amener Bercy à revoir sa stratégie quant à la cession des dernières parts qui lui restent. Mais rien n’est moins sûr, d’autant que le consortium chinois exprime désormais son souhait de se désengager, le tout dans une ambiance pour le moins délétère puisque le président du Directoire, Jean-Luc Vernhes a été débarqué par les Chinois en septembre dernier et que la présidente du Conseil de surveillance, l’ex-ministre Anne-Marie Idrac, vient d’annoncer qu’elle quittera ses fonctions en mai prochain.

L’aéroport de Nice, privatisé en 2016, malgré l’opposition de Christian Estrosi

Et pourtant, cette expérience pour le moins malheureuse, suivie par la privatisation en 2016 des aéroports de Lyon-Saint-Exupéry (où les parts de l’État ont été cédées à Atlantia et EDF Invest) et de Nice (vendu au consortium Vinci – CDC – Predica), n’empêche pas Bercy de continuer à travailler activement au désengagement de l’État dans d’autres structures, et en particulier Aéroports de Paris dont il détient 50,8 % des parts qu’il envisage très sérieusement de céder à Vinci pour 8 milliards d’euros, lequel Vinci est déjà actionnaire minoritaire à hauteur de 8 %. Une opération qui rappelle furieusement la privatisation des autoroutes préparée en 2006 par Dominique de Villepin et dont une bonne moitié (ASF et Cofiroute) avait déjà atterri dans l’escarcelle de Vinci.

Aéroport de Paris, un magot qui fait saliver Vinci… (photo © Dominique Faget / AFP)

Une opération des plus profitables pour le groupe de BTP, qui n’avait alors déboursé en tout et pour tout que 7,5 milliards d’euros. Douze ans plus tard et alors que la durée de sa concession ne cesse de s’allonger, négociation après négociation, Vinci a déjà engrangé au moins 10 milliards d’euros du fait de l’exploitation de ce réseau autoroutier, une belle culbute sachant que la valeur de ce même réseau est désormais estimée à 16,5 milliards d’euros net de dettes : on se demande bien pourquoi l’État toujours en mal de liquidités a pu laisser partir au privé une telle poule aux œufs d’or…

On peut comprendre dans ces conditions que le groupe de BTP, devenu entre-temps le quatrième opérateur mondial de plateformes aéroportuaires rêve de refaire la même opération avec Aéroports de Paris, dont les plateformes ont franchi en 2017 le cap des 100 millions de passagers, affichant une croissance de 4,5 % par an, et qui détient pas moins de 66 km2 de foncier en plein cœur de la région francilienne, de quoi bâtir des centaines de milliers de mètres carrés de bureaux et de logements, promesses de juteux bénéfices pour un opérateur comme Vinci.

Augustin de Romanet, PDG d’Aéroports de Paris (photo © Eric Piermont / AFP)

Le président d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, a beau tempêter : « Vous serez comptables devant l’Histoire d’avoir fait la même connerie qu’avec les autoroutes ! », nul doute qu’après l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, voilà un joli lot de consolation qui devrait réjouir Xavier Huillard, le PDG de Vinci !

L.V. 

A Paris comme à Marseille, le Préfet qui s’attaque aux cas d’eau

25 février 2018

En France, selon une tradition républicaine solidement établie, les Préfets restent rarement très longtemps au même poste, histoire d’éviter qu’ils s’engluent dans le réseau de notabilité locale au risque de perdre le recul nécessaire à ceux qui sont d’abord chargés de faire appliquer localement les règles de la Nation et les orientations du Gouvernement. Rares sont donc sans doute ceux qui se souviennent encore du nom de celui qui fut Préfet des Bouches-du-Rhône et Préfet de Région à Marseille entre juin 2013 et juillet 2015.

Martine Vassal à La Ciotat le 17 juin 2015 en présence de Patrick Boré (au centre) et de Michel Cadot (à droite), encore préfet des Bouches-du-Rhône (source © TPBM)

Gageons néanmoins que la Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, élue à ce poste prestigieux en remplacement de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, s’en souvient parfaitement. Car c’est bel et bien le Préfet Michel Cadot, haut fonctionnaire austère, issu de la promotion Voltaire de l’ENA, tout comme François Hollande, et qui fut un temps directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie au Ministère de l’Intérieur, qui est à l’origine des ennuis judiciaires dans lesquels elle est désormais empêtrée.

Petit retour en arrière, pour ceux qui l’auraient oublié : en 2013, après avoir confié pendant 53 ans sans discontinuer (un record !) la distribution de l’eau potable à la SEM (Société des Eaux de Marseille, désormais entièrement entre les mains de Véolia), la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole avait remis en jeu cette délégation de service publique, pour se mettre enfin en conformité avec la loi. Et surprise, le 31 octobre 2013, trois des 4 lots (un pour l’eau potable et deux concernant l’assainissement, représentant quand même la bagatelle de 3,2 milliards d’euros) ont été attribués de nouveau à la SEM pour 15 ans supplémentaires, au terme d’une procédure manifestement entachée de très nombreuses irrégularités, ainsi que nous l’avions déjà évoqué ici.

Outré par de telles pratiques, le Préfet Cadot a donc saisi immédiatement la Cour Régionale des Comptes qui avait rendu très rapidement ses conclusions, totalement accablantes. Rendu public après les élections municipales de mars 2014, le rapport met tout particulièrement en cause le rôle de Martine Vassal, alors simple conseillère départementale mais déjà adjointe au maire de Marseille et surtout présidente de la commission Agglomération éco-responsable de MPM. A ce titre, c’est elle qui a présenté devant les élus de la commission d’examen des offres les conclusions de l’analyse des offres après avoir participé en direct aux négociations avec les entreprises, orientant sans difficulté la décision en faveur de la SEM.

Or la Cour Régionale des Comptes pointe un conflit d’intérêt manifeste puisque Martine Vassal était à l’époque trésorière du Forum mondial de l’eau, une association destinée à défendre les intérêts des multinationales françaises de l’eau au premier rang desquelles Véolia, et dont le président, un certain Loïc Fauchon, lui-même ancien secrétaire général de la Ville de Marseille, est par ailleurs PDG de la SEM. Pendant la précédente réunion du Forum mondial de l’eau qui s’était comme par hasard tenue à Marseille en mars 2012, en pleine phase de renégociation du contrat de la SEM, Martine Vassal s’était montrée particulièrement proche de Loïc Fauchon…

Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Loïc Fauchon (de gauche à droite) et Martine Vassal lors de la clôture du Forum mondial de l’eau en 2012 (crédit photo © Christophe Taamourte / 6th Water World Forum)

L’affaire avait été jugée alors si grave et susceptible d’être constitutive d’infractions pénales, que le Procureur de la République avait été saisi. On avait finalement appris, en 2015, que ce dernier avait transféré le dossier au Parquet national financier, créé suite à l’affaire Cahuzac pour juger les faits d’évasion fiscale et de corruption. Ceci n’avait pas empêché Martine Vassal de devenir entre temps 2ème adjointe au maire de Marseille, puis Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, et finalement première Vice-Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence : des postes clés dans le cadre de la réorganisation territoriale de l’agglomération marseillaise et qui la placent en position idéale pour succéder, peut-être même avant la fin de son mandat, à un Jean-Claude Gaudin vieillissant.

Le nouveau siège social de Véolia à Aubervilliers (crédit photo © C. Majani / Véolia)

Sauf que depuis, l’affaire a prospéré… Le 12 janvier 2015, le Parquet national financier ouvre donc une enquête préliminaire pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits. Le siège parisien de Véolia est perquisitionné en avril et le 10 novembre de la même année, un procureur accompagné d’enquêteurs de la Division économique et financière de la Police Judiciaire de Marseille, frappent à la porte du bureau de Martine Vassal pour une perquisition en bonne et due forme, avant d’aller visiter son domicile dans l’après-midi, puis de s’intéresser au bureau du Directeur général des services de MPM et au siège de la Société des Eaux de Marseille.

Et les choses ne s’en arrêtent pas là puisque le 22 juin 2017, la présidente du Conseil Départementale est placée en garde à vue pendant 15 heures dans les locaux de la Brigade financière, ainsi d’ailleurs que son grand ami Loïc Fauchon. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin en personne, est lui-même longuement entendu par les enquêteurs ce même jour, comme simple témoin car une mise en garde à vue aurait nécessité la levée préalable de son immunité parlementaire alors qu’il détenait encore à cette date un mandat de sénateur.

Depuis, rien n’a filtré quant aux suites judiciaires de cette affaire qui risque de déboucher sur un renvoi devant le tribunnal correctionnel, à moins que le dossier ne soit finalement classé sans suite… Quoi qu’il arrive, l’image de vertu que voulait donner Martine Vassal en arrivant à la tête du Département risque d’en être quelque peu écornée, elle qui disait vouloir en finir avec « le clientélisme » de son prédécesseur et déclarait vouloir placer son mandat « sous le signe de la transparence et de l’équité »…

Le Préfet Michel Cadot (crédit photo © P. Magnien / 20 minutes)

Et pendant ce temps là, le Préfet Cadot, à l’origine de ce coup de pied rageur dans la fourmilière, poursuivait sa carrière comme Préfet de Police de Paris. Le 17 avril 2017, il chute malencontreusement de son Vélib et se déboîte la hanche, au point de demander à être remplacé à son poste par son collègue Michel Delpuech qui venait pourtant tout juste d’être nommé Préfet de Région Ile de France en remplacement de Jean-François Carenco. Et c’est donc finalement Michel Cadot lui-même qui est nommé le 14 juin 2017 à ce poste de Préfet de Paris, Préfet de Région, et qui se retrouve illico confronté aux nouvelles frasques de Véolia, cette fois dans le cadre d’un contrat lié à l’exploitation de la station d’épuration de Valenton pour le compte du SIAAP, le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, qui gère les eaux usées de près de 9 millions de Franciliens.

En l’occurrence, le contrat d’exploitation de cette immense station d’épuration représente 397 millions d’euros sur 12 ans et, curieusement, le marché a été remporté par Véolia face à son éternel concurrent Suez, alors que son offre était pourtant plus chère (de 37 millions quand même !).

Vue de l’usine du SIAAP à Valenton (crédit photo © Emmanuel Riche / ODYSEE pour le SIAAP)

Cette fois, c’est le Tribunal administratif qui a été saisi de l’affaire, avec du coup une réaction beaucoup plus rapide que dans l’affaire marseillaise. Une première ordonnance a été rendue le 15 novembre 2017 par le Tribunal administratif qui met bien en évidence des éléments constitutifs d’un délit de favoritisme dans l’attribution de ce marché dont l’application a donc été suspendue par les juges à compter du 28 novembre, le temps pour le SIAAP de remédier aux irrégularités constatées.

Mais le Préfet Cadot n’a pas accepté d’en rester là et a fait appel, afin d’obtenir l’annulation du contrat et permettre de relancer l’appel d’offre sur des bases plus saines. En l’occurrence, la stratégie du Préfet est plus globale et vise la reconfiguration complète de la gouvernance territoriale du Grand Paris, encore en plein chantier. Il n’en demeure pas moins que ses attaques insistantes contre les bonnes vieilles habitudes de Véolia et sa proximité avec certains élus locaux ne doivent pas manquer d’en agacer certains…

L.V.  

Inondations : on a trouvé les coupables !

3 février 2018

Une nouvelle fois, la France vient de connaître une vague d’inondations spectaculaires. A Paris, le niveau de la Seine est monté la semaine dernière à 5,85 m et aurait selon toute vraisemblance dépassé les 6,40 m sans l’action des quatre lacs-réservoirs situés en amont du Bassin parisien. A un tel niveau, certes très inférieur à celui observé en janvier 1910, mais qui n’avait pas été atteint depuis 1955, les dégâts sur les réseaux et infrastructures auraient pu être considérables, en particulier sur le réseau de transports et notamment le RER C qui commence à être sérieusement menacé au-delà de 6,20 m.

Les bords de Seine à Paris le 22 janvier 2018 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Et comme toujours dans ces cas-là, on cherche les coupables… Ainsi que lors de chaque épisode de ce type, les rumeurs les plus absurdes courent, alimentées par la certitude, aussi irrationnelle que récurrente, selon laquelle : « ils nous ont inondés pour protéger Paris » (ou tout autre ville d’ailleurs, selon l’endroit où l’on se place…). Il est toujours difficile d’admettre que l’on a été inondé parce qu’il a beaucoup plu et que l’on est situé en zone inondable, dans le lit majeur d’un cours d’eau…

Et ceci malgré tous les dispositifs de protection contre les inondations qui ont pu être mis en place et qui ont souvent joué un rôle atténuateur très bénéfique comme cela a été le cas en janvier 2018 avec les lacs-réservoirs qui ont dérivé et stocké en amont du bassin versant des centaines de millions de mètres cube d’eau, réduisant d’autant les débits en aval.

Alors, puisque l’on a vraiment besoin de trouver un bouc émissaire, ne cherchez-plus. L’explication à ces inondations, exceptionnelles par leur ampleur et leur durée, est parfaitement claire sur la photo suivante, prise le 31 janvier 2018 sur la commune de Montesson, dans les Yvelines, et garantie sans trucage : c’est simplement un étourdi qui a oublié de fermer le robinet…

A Montesson, le 31 janvier 2018 (photo © Frédéric Gache / EPTB Seine Grands Lacs)

Et pour les Parisiens qui ont une dent contre la politique menée depuis des années par la Ville de Paris en faveur de la réduction de la voiture en ville et de la réappropriation des voies sur berges par les piétons, voici une seconde explication, tout aussi recevable…

Dessin de Lacombe publié dans Marianne le 2 février 2018

Lorsque les forces de la nature dépassent l’entendement, il est toujours rassurant de se raccrocher à des explications simples et pleines de bon sens !

L.V.  

Paris : la bataille de l’eau s’engage !

20 décembre 2017

L’agglomération parisienne fait partie de ces grandes métropoles mondiales pour lesquelles la gestion de l’eau ne va pas de soi. Nos ancêtres les Gaulois de la tribu des Parisii, en installant leurs cabanes de torchis sur l’île de la Cité (à moins que ce ne soit à Nanterre comme le laissent à penser certaines fouilles récentes), en bordure de la Seine, croyaient pourtant s’être prémunis contre cette question de l’approvisionnement en eau potable.

Le lac du Der, en dérivation de la Marne, un des 4 lacs réservoirs en amont de Paris

Mais ils n’imaginaient pas que leur petite cité deviendrait un jour une métropole de 7 millions d’habitants. Or la Seine n’est somme toute qu’un petit fleuve dont le débit en plein été peut devenir ridiculement bas. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ont été construits, après la grande sécheresse de 1921, les quatre grands lacs-réservoirs qui stockent, très en amont du Bassin parisien, sur les cours de la Seine, de la Marne, de l’Aube et de l’Yonne, plus de 800 millions de m3 d’eau qui sont ensuite relâchés progressivement pendant tout l’été et l’automne afin de soutenir le débit d’étiage de la Seine à Paris, tout en contribuant également à la protection de l’agglomération contre les crues d’hiver.

Eugène Belgrand, concepteur du réseau d’eau et d’assainissement de Paris (source © Ecole Polytechnique)

C’est en 1776, sous le règne de Louis XVI, que les frères Perrier créent la première Compagnie des eaux et installent une pompe sur la Seine pour alimenter un réseau de fontaines. Et c’est Napoléon qui fait creuser le canal de l’Ourcq, imaginé jadis par Colbert, et qui alimente encore de nos jours le réseau d’eau non potable qui sert notamment à nettoyer à grandes eaux les rues de la capitale.

Mais c’est à partir de 1854 que, sous l’impulsion du baron Haussmann et de l’ingénieur Eugène Belgrand, se met en place l’essentiel du réseau actuel d’alimentation en eau potable (et du réseau d’assainissement) de la ville. En 1865, les eaux de la Dhuis permettent d’approvisionner les quartiers les plus hauts de Belleville et de Ménilmontant.

Un des ponts aqueducs acheminant les eaux de la Vanne à Paris

Dix ans plus tard, ce sont les eaux de la Vanne, captées à plus de 170 km au sud de Paris, qui sont dérivées vers la capitale, au prix d’aqueducs interminables. En 1893, ce sont les sources de l’Avre, de la Vigne et du Breuil, dans l’Eure à plus de 100 km de Paris, qui sont à leur tour acheminées vers Paris. A l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, elles sont grossies par les eaux prélevées sur le Loing et le Lunain, et en 1925 par celles de la Voulzie. En parallèle sont construites deux usines de pompage des eaux de la Seine (à Ivry) et de la Marne (à Saint-Maur). Une troisième, implantée à Orly, les renforcera en 1969.

Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris

Et c’est la Compagnie générale des eaux, créée en 1852 sous Napoléon III et rejointe en 1880 par son principal concurrent, la Lyonnaise des Eaux, qui se partagent rapidement la gestion du dispositif. Sur Paris, il a fallu une décision politique du maire Bertrand Delanoë en 2008 pour sortir de ce face-à-face et mettre en place une régie municipale, Eaux de Paris, actuellement présidée par Célia Blauel et qui assure depuis le 1er janvier 2010 l’approvisionnement et la distribution de l’eau potable pour trois millions de Parisiens.

Mais dans le reste de l’agglomération, c’est encore Véolia et Suez, les deux mastodontes héritiers de la Générale et de la Lyonnaise, qui se partagent le gâteau. Suez s’occupe comme délégataire du Syndicat des eaux de la presqu’île de Gennevilliers (SEPG) de la distribution d’eau auprès de 600 000 abonnés de l’ouest parisien, tandis que Véolia gère les 4,5 millions d’usagers du SEDIF, le Syndicat des eaux d’Ile de France, qui règne sur pas moins de 150 communes en Petite et Grande Couronne. Et dans les deux cas depuis 1923 : un record de longévité !

André Santini, président du SEDIF (photo © SIPA)

Certes, la loi Sapin a mis un terme à ces délégations de service public qui s’éternisent et dont la durée légale ne peut désormais excéder 12 années. En 2008, André Santini, maire inamovible d’Issy-les-Moulineaux et président du SEDIF sans discontinuer depuis 1983, a donc été contraint de remettre en jeu le contrat de Véolia. Un appel d’offre a été lancé qui a rapidement tourné à l’affrontement sans pitié entre les deux géants du secteur, jusqu’à ce que Suez se retire de la course, à l’issue d’un combat homérique que relate un savoureux article du Point. Dans l’affaire, Véolia a été contraint de réduire sa marge de 20 % mais le fromage reste alléchant puisque ce contrat représenterait 37 % des 600 millions d’euros de chiffre d’affaire de Véolia Eau.

La Chambre régionale des comptes, qui vient tout juste d’analyser la gestion de ces trois grands services d’eau franciliens sur la période 2010-2014, n’a pas manqué, une fois de plus, de tresser des lauriers à la Ville de Paris qui a parfaitement réussi son pari du retour à une régie municipale et qui offre à ses abonnés le prix de l’eau le moins cher tout en assurant une qualité du service et un niveau d’investissement irréprochables.

Usine de potabilisation de l’eau à Neuilly-sur-Marne (source © SEDIF)

Inversement, les critiques pleuvent sur les délégations de services publics du SEDIF et du SEPG pour lesquels la CRC passe en revue nombre d’irrégularités, de manquements, d’abus et de dérives de toutes sortes, conduisant à une déconnexion totale entre les montants facturés à l’usager et la réalité des dépenses effectives d’investissement, comme l’analyse notamment Marc Laimé sur son site très documenté Les eaux glacées du calcul égoïste.

Ce qui n’empêche pas le SEDIF de fanfaronner et de promouvoir partout son projet de « grand ring de l’eau ». Un concept qui vise à mailler encore davantage les différentes sources d’approvisionnement de l’agglomération parisienne et qui s’est traduit notamment par l’acquisition en février dernier de 6 km de conduites, en vue de relier deux des trois principales usines de pompage et de potabilisation du SEDIF, celle de Méry-sur-Oise et celle de Neuilly-sur-Marne (la troisième étant celle de Choisy-le-Roi, sur la Seine). En fait, une formidable offensive pour étouffer Eau de Paris et viser à terme le monopole de la distribution d’eau potable sur l’ensemble du territoire métropolitain dont les contours restent encore un peu flous.

Unité de nano-filtration dans l’usine du SEDIF à Méry-sur-Oise (source © Véolia)

Du coup, la bataille entre le SEDIF (dont le contrat actuel prend fin en 2022) et Eau de Paris a repris de plus belle, à la faveur des dernières évolutions institutionnelles et notamment de la loi NOTRe qui prévoit qu’à compter du 1er janvier 2020 ce sont désormais aux intercommunalités de prendre la compétence de la production et de la distribution de l’eau potable (comme d’ailleurs de l’assainissement). Sur le territoire de la Métropole du Grand Paris, ce sont désormais les EPT (établissements publics territoriaux) qui sont donc aux manettes, s’étant substitués automatiquement aux communes ou aux intercommunalités. A eux donc de décider s’ils souhaitent ou non adhérer au SEDIF pour lui déléguer cette compétence, et ceci avant le 31 décembre 2017.

Le collectif citoyen Coordination Eau Ile de France, milite donc auprès des élus de certains EPT de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne en les incitant à profiter de cette fenêtre de tir inespérée pour tenter de sortir du SEDIF et reprendre la gestion de l’eau en régie, ce qui est totalement impossible en temps normal car les statuts du SEDIF empêchent tout départ unilatéral. Et c’est ainsi que 24 des 36 communes des trois EPT Plaine-Commune, Est-Ensemble et Grand Orly-Seine-Bièvre, ont délibéré pour décider de ne pas réadhérer au SEDIF pour les deux ans qui viennent, jusqu’à cette fameuse date butoir du 1er janvier 2020.

Le SEDIF avait bien tenté de bloquer toute initiative en ce sens en laissant entendre qu’en cas de décision de la sorte il se verrait contrait de fermer le robinet sans autre forme de procès le 31 décembre 2017 à minuit et que les élus récalcitrants devront alors se débrouiller pour expliquer leur décision politique malheureuse à leurs électeurs assoiffés. Mais André Santini a fini par reconnaître que cela ressemblait un peu trop à du chantage et avait accepté le 20 octobre dernier le principe de signer des conventions provisoires pour les deux ans à venir, le temps pour les EPT concernés de mener les études nécessaires en vue de déterminer leur position pour 2020. Est-ce un premier pas vers le retour à une extension des régies en Ile de France ? L’avenir le dira…

L.V.

Velos Decaux : la fin d’un modèle ?

5 décembre 2017

Les sucettes Decaux, même à Carnoux

Décédé en mai 2016, le milliardaire autodidacte Jean-Claude Decaux avait réussi à bâtir en quelques années un véritable empire industriel, leader mondial du marché des fabricants et installateurs de mobilier urbain. Son idée de génie : installer à ses frais du mobilier urbain en obtenant des collectivités qu’elles lui cèdent les droits publicitaires correspondant. Il avait commencé en 1964 par les abribus, posés gratuitement mais dont la location des espaces publicitaires lui a rapporté une fortune. Il a continué avec les panneaux d’affichage déroulant et les fameuses « sucettes Decaux », tout en consolidant son empire via notamment le rachat de l’annonceur Avenir, cédé en 1999 par Vivendi.

En 2005, Decaux a eu une nouvelle idée : celle de proposer au maire de Lyon, un certain Gérard Collomb, de mettre à disposition un réseau de vélos en libre-service, toujours en se rémunérant pour l’essentiel sur les recettes des espaces publicitaires du mobilier urbain. A l’époque, l’entreprise JCDecaux jouissait de contrats particulièrement lucratifs avec les collectivités territoriales qui, par naïveté ou par complicité, lui abandonnaient ces recettes en échange d’une redevance dérisoire payée par l’entreprise pour pouvoir installer sur l’espace public ses panneaux d’affichage.

Quand les collectivités ont commencé à comprendre qu’elles se faisaient plumer depuis des années par cet opérateur, il a bien fallu lâcher un peu de lest et c’est alors que Decaux s’est mis à proposer de nouveaux services pour éviter que les collectivités n’aient l’idée saugrenue d’augmenter le montant de sa redevance. Le 19 mai 2005 donc, Gérard Collomb a eu l’insigne privilège d’inaugurer le Vélo’v, premier vélo en libre-service à la française : 4 000 bicyclettes, réparties dans 300 stations à Lyon et à Villeurbanne.

Jean-Claude Decaux et Gérard Collomb lors de l’inauguration des Vélo’v à Lyon en 2005 (source © archives du Grand Lyon / revue Métropoles)

L‘idée du vélo en libre service n’était pas nouvelle puisqu’en 1976 déjà, l’emblématique maire de La Rochelle, Michel Crépeau, avait mis à disposition de ses administrés 300 vélos jaunes gratuits, suivi dans les années 1990 par d’autres villes dont Copenhague, Vienne ou Rennes. Mais forcément, la force de frappe de JCDecaux fait passer l’expérience à une dimension très supérieure, d’autant que l’implantation lyonnaise est suivie rapidement par d’autres.

Station Vélib’ (source © JCDecaux)

Dès 2007, la filiale Cyclocity de JCDecaux se présente comme le n°1 mondial du vélo en libre service en revendiquant la mise disposition de près de 30 000 vélos dans 10 villes dont Paris et ses 16 000 Vélib’, mais aussi Toulouse, Orléans ou Montpellier. Comme tout partenariat public-privé le dispositif est en effet particulièrement séduisant pour les élus locaux puisqu’il permet d’offrir à la population un service quasi gratuit sans avoir besoin d’investir, simplement en abandonnant des recettes publicitaires.

Pour l’usager, le coût est minime puisque, à Lyon comme à Paris, l’abonnement annuel ne dépasse pas 30 € et donne droit à une utilisation quasi illimitée des vélos, sous réserve de ne pas dépasser la durée de location de 30 mn qui est gratuite. Pour peu que les stations soient suffisament rapprochées et effectivement achalandées, cela permet de réaliser sans débourser davantage la quasi totalité des déplacements urbains du quotidien.

Pour autant, un tel dispositif a un coût qui est loin d’être négligeable. Il faut bien entendu de lourds investissements pour fabriquer les vélos eux-mêmes qui coûtent 600 € pièce, avec leur système sophistiqué d’antivol, qui n’empêche pas qu’à Paris la quasi totalité des 20 000 Vélib’ est volée chaque année : même si on retrouve la plupart d’entre eux, il en manque quand même 2 500 à l’appel tous les ans… Et il faut aussi installer les stations et leur bornes d’appel, assurer la maintenance de l’ensemble qui s’avère particulièrement exposé au vandalisme, et bien entendu participer à la gestion de la clientèle et surtout du parc de bicyclettes.

Cadavre de Vélib’ (source © Chroniques de Paname)

A l’usage, on se rend compte en effet rapidement que certaines stations se vident très rapidement tandis que d’autres débordent. A Paris, les touristes trouvent très agréables de prendre un vélo près du Sacré-Coeur et de dévaler les rues de Montmartre pour rejoindre leur hôtel, mais il ne leur viendrait pas à l’idée de suer sang et eau pour faire le trajet inverse : il faut donc que le personnel de Cyclocity remonte chaque jour des centaines de vélos pour réalimenter les stations les plus prisées.

Un véritable travail de Sysyphe donc, qui explique en partie pourquoi les vélos en libre service coûtent en réalité une fortune : de l’ordre de 2 000 €/an pour chaque vélo selon les chiffres communiqués par JCDecaux, plus probablement de l’ordre du double selon l’économiste Frédéric Héran. Un article du Monde paru en 2015 faisait d’ailleurs état d’un coût annuel par vélo estimé à 2 250  à Orléans, 2 413  à Rennes, et 3 267  à Marseille 1000 Vélo ont été mis en place fin 2007, uniquement dans les quartiers sud de la ville, pour un taux d’utilisation dérisoire du fait de la très déplorable qualité du service, régulièrement critiquée par le Collectif cyclistes enragés.

Face à de tels coûts, certaines collectivités ont rapidement jeté l’éponge. C’est le cas d’Aix-en-Provence où 200 V’Hello avaient été installés en mai 2007 par JCDecaux. Pointé en 2010 par un rapport de la Chambre régionale des comptes, le contrat passé avec la société JCDecaux a été dénoncé un an plus tard, moyennant une confortable indemnisation de l’opérateur, et l’ensemble des 16 stations qui n’avaient quasiment pas été utilisées a été démonté dès juillet 2011 : un beau gâchis !

Vélo marseillais (source © Collectif cyclistes enragés)

Il y a d’ailleurs fort à parier que le réseau installé sur Marseille sous la sobre appellation Vélo connaisse prochainement le même sort du fait de son taux d’utilisation en constante décroissance, les utilisateurs ayant été rapidement découragés par la mauvaise gestion de la régulation des stocks et le niveau de maintenance très insuffisant des bicyclettes : à quoi bon emprunter un vélo pour un trajet de 20 mn s’il faut 15 mn pour chercher un vélo disponible en état de fonctionner et tourner ensuite pendant aussi longtemps à la recherche d’une place libre où le déposer ?

A Paris même, après 10 ans de contrat passé avec JCDecaux, le syndicat Autolib’ Velib’ Métropole, désormais en charge du dossier, vient de lancer un nouvel appel d’offre sur un modèle radicalement différent puisque cette nouvelle délégation de service public concerne exclusivement la gestion des vélos en libre service, totalement déconnectée désormais de l’affichage publicitaire. Et curieusement, JCDecaux s’est avéré incapable de faire une offre à la hauteur de son concurrent direct, un groupement d’entreprises mené par la start up montpelliéraine Smoove qui a donc emporté le morceau. Un marché qu’elle a estimé à la bagatelle de 478 millions d’euros pour le coût de l’investissement et de l’exploitation du parc de vélos sur 15 ans.

Le pari est loin d’être gagné car l’opérateur va devoir désormais se rémunérer uniquement sur les recettes du Vélib’, moyennant un taux d’intéressement compris entre 15 et 20 %. Encore faut-il que les quelques 300 000 abonnés du dispositif actuel restent fidèles au service, dont la qualité s’est fortement dégradée depuis que JCDecaux sait qu’il n’est plus dans la course malgré ses tentatives de recours judiciaire. En attendant la construction des 1400 stations prévues par Smoove et la mise en service des 24 000 nouveaux vélos, il devient en effet bien difficile de trouver encore une place pour accrocher son vieux Vélib’ dans les quelques stations pas encore démontées et qui sont désormais encombrées d’épaves de vélos inutilisables mais que Cyclocity se garde bien de remettre en état.

Vélib’ hors d’usage (photo © Martine Bréson / Radio France)

Et la concurrence pointe déjà le bout de son nez avec de très nombreux opérateurs qui profitent de la situation pour imposer leur propre modèle. Une start up de Hong Kong a ainsi commencé à envahir les trottoirs parisiens avec ses vélos verts Gobee qu’on déverrouille simplement en flashant un QR code sous la selle avec son smartphone et qu’on peut ensuite laisser n’importe où, de même que ceux de son concurrent singapourien oBike qui lui a rapidement emboîté le pas, en attendant l’arrivée du géant chinois Ofo.

La mairie de Paris commence à s’arracher les cheveux en voyant cette invasion de bycyclettes en libre service qui risquent de ruiner le renouvellement de la flotte que Smoove s’apprête à opérer. Elle réfléchit donc à l’instauration d’une redevance d’occupation de l’espace public pour ces nouveaux opérateurs, tandis que certains lorgnent du côté du Velhop de Strasbourg qui a opté, comme d’ailleurs l’agglomération de Grenoble avec son Métrovélo, pour un dispositif très différent de location de longue durée qui rend l’usager responsable du vélo et se doit de le rapporter là où il l’a emprunté. Un système nettement moins coûteux puisqu’il revient à 400 € par an et par vélo, soit dix fois moins que les Vélib’ parisiens ou les Vélo marseillais : de quoi alimenter en effet la réflexion…

L.V.  

Des algues à la rescousse de la planète

21 octobre 2017

A Paris, la société Suez Environnement vient d’installer une nouvelle sorte de mobilier urbain qui rappelle furieusement les antiques colonnes Morris, lesquelles parsemaient les artères de la capitale au XIXème siècle pour afficher spectacles et informations diverses. Dressée sur la place d’Alésia dans le 14ème arrondissement, au centre d’un carrefour où transitent chaque jour en moyenne pas moins de 72 000 véhicules, cette colonne d »un nouveau style, est en réalité un puits de carbone expérimental, ainsi que l’ont rapporté notamment Le Monde et Les Echos.

Colonne Morris aquarium installée place d’Alésia (photo © Gilles Rolle / REA)

Le principe de fonctionnement est des plus simples. Comme chacun sait, les algues, ainsi que tous les végétaux pourvus de chloroplastes et aptes à la photosynthèse, absorbent en présence de lumière le gaz carbonique dont elles assimilent le carbone et rejettent l’oxygène.

La colonne Morris high tech de 4 m de hauteur installée en juillet 2017 place d’Alésia par Suez en accord avec la Mairie de Paris n’est ni plus ni moins qu’un vaste aquarium de 1 m³ qui contient des microalgues. Un système de ventilation leur permet de s’alimenter avec l’air ambiant chargé en gaz carbonique et en polluants divers dont le dixyde d’azote (NO2) rejeté en grande quantité par les pots d’échappement des véhicules et dont la quantité à cet endroit dépasse régulièrement le seuil réglementaire de 40 µg/m³, selon les données d’Airparif.

Principe de fonctionnement du puits de carbone (source © SUEZ)

Des diodes électroluminescentes fournissent aux algues l’éclairage suffisant pour optimiser les réactions de photosynthèse et l’oxygène ainsi produit est rejeté dans l’air ambiant grâce au système de ventilation : rien de plus simple, il suffisait d’y penser ! A force de se goinfrer ainsi de gaz carbonique, les microalgues vont naturellement croître et se multiplier. Quand il y en aura trop, un coup de chasse d’eau et la biomasse en excès filera via le réseau d’assainissement vers la station d’épuration où elle sera transformée en biogaz. Après traitement, le méthane ainsi récupéré sera ensuite réinjecté dans le réseau de gaz naturel. Un bel exemple d’économie recyclée où l’on est gagnant à chaque étape…

Prototype en cours de test à la station d’épuration de Colombes (source © SUEZ)

Le dispositif, mis au point avec la start-up Fermentalg, basée à Libourne en Gironde et spécialisée dans la production de microalgues destinées à la nutrition humaine et animale, a fait l’objet d’une présentation lors de la COP 21 en décembre 2015. En janvier 2017, un premier test en vraie grandeur a été effectué à l’usine de traitement des eaux usées du SIAAP (Syndicat interdépartemental de l’assainissement de l’agglomération parisienne) à Colombes où un puits de carbone a été mis en place, alimenté par les gaz à effet de serre rejetés par les fumées du four d’incinération des boues de l’usine. Le système a donné entière satisfaction et la durée de vie des algues s’est révélée bien plus longue que prévu grâce à cette source d’alimentation constante en CO2.

Devant le succès de l’opération, la question s’est posée de poursuivre l’expérimentation dans un site urbain où les taux de gaz carbonique varient davantage. Célia Blauel, adjointe en charge de l’environnement à la mairie de Paris, s’est ainsi laissée convaincre et la fameuse colonne Morris a donc été installée place d’Alésia. L’objectif est de fixer une tonne de CO2 par an, soit un effet comparable à une centaine d’arbres, tout en produisant une dizaine de kg de biométhane, un objectif jugé bien modeste par certains au vu du coût de l’investissement, qui n’a pas été communiqué mais qui semble assez élevé. Le système permettra aussi d’absorber une partie des polluants atmosphériques de type oxydes de soufre, mais c’est seulement à l’issue de cette phase expérimentale qu’on pourra déterminer dans quelle proportion.

Bref, le chemin semble encore bien long avant que de telles colonnes épuratoires ne se développent dans les rues de la capitale, mais l’idée est ingénieuse et vient rappeler à quel point les algues peuvent être des auxiliaires précieux de notre vie quotidienne. Les microalgues en particulier, qui sont très abondantes dans de nombreux milieux naturels et peuvent facilement être cultivées sans nécessiter pour cela de vastes surfaces agricoles, ont un potentiel de développement dix à trente fois supérieur aux plantes terrestres, puisqu’elles sont capables de doubler leur biomasse chaque jour dans des conditions optimales.

Réacteurs photo-biologiques pour la culture de micro-algues (source © WebTV de l’Université de Nantes)

Utilisées de longue date comme nutriment, cosmétique, colorant ou complément alimentaire, les microalgues pourraient bien contribuer demain à la production de biocarburants, pour l’instant issu surtout de la transformation de soja mais au prix de l’accaparement de vastes superficies de terres agricoles. Ainsi, des chercheurs chiliens sont parvenus récemment à produire du biodiesel à base de microalgues en essayant de réduire autant que possible la quantité d’énergie nécessaire pour la croissance de ces organismes unicellulaires, mais le procédé reste pour l’instant au stade de la recherche.

Bitume bio obtenu à partir de résidus de microalgues (source © WebTV de l’Université de Nantes)

En attendant, des chercheurs du CNRS et de l’université de Nantes associés avec la société AlgoSource Technologies basée à Saint-Nazaire, sont peut-être en train de mettre au point le bitume algaire de demain, ainsi que l’a rapporté Le Monde. Leurs travaux, issus du projet Algoroute, publiés en avril 2015 dans la revue ACS Sustainable Chemistry & Engineering et qui ont fait l’objet du dépôt d’un brevet, montrent en effet qu’il est possible, en laboratoire, d’obtenir à partir de résidus de microalgues placés dans un bain d’eau chauffée sous pression, une substance visqueuse hydrophobe, qui présente des caractéristiques similaires à celles du bitume pétrolier : même couleur noire, même viscoélasticité qui assure la cohésion des granulats entrant dans la composition des revêtements routiers, et propriétés rhéologiques comparables conférant au matériau résistance et flexibilité sous l’application de charges roulantes.

Voilà en tout cas qui laisse entrevoir, pour un avenir peut-être proche, des possibilités intéressantes de substitution de certains produits dérivés de l’exploitation pétrolière. A défaut de se passer de routes et de voitures, ce sont peut-être les cultures d’algues qui permettront un jour de trouver enfin un équilibre durable entre développement économique et pérennité de notre environnement naturel…

L.V.  

JO de Paris : quelles retombées économiques ?

24 septembre 2017

C’est la grande nouvelle du mois : les jeux olympiques d’été se dérouleront bien à Paris en 2024, 100 ans tout juste après que la ville-lumière a accueilli ses dernières olympiades, en 1924, sous la pression du baron Pierre de Coubertin. Le tuyau était percé depuis un bon moment déjà puisqu’il n’y avait plus d’autres candidats en lice, ce qui n’a pas empêché les médias nationaux d’en faire des tonnes à l’annonce de la décision officielle, le 13 septembre dernier.

Bien sûr, tout le monde met en avant la renommée internationale formidable qui rejaillira de cet événement d’ampleur mondiale, et surtout l’impact économique qui devrait en découler. Sur ce dernier point, l’acteur qui fait référence en la matière est le Centre de droit et d’économie du sport (CDES), une structure associative rattachée à la faculté de Limoges, spécialisée dans la formation d’encadrants sportifs mais qui se targue surtout de réaliser les études d’impact des grandes manifestations sportives, histoire d’en justifier l’intérêt a priori.

Comme pour chaque événement sportif majeur, le CDES a fait tourner ses calculatrices et estime que les retombées économiques à attendre s’élèveront au minimum à 5,3 milliards d’euros et pourraient même atteindre 10,7 milliards d’euros selon le scénario le plus optimiste. Une partie de ces retombées économiques bénéficierait au secteur du BTP, mais un tiers irait aux professionnels du tourisme et la plus grosse part du gâteau devrait tomber dans l’escarcelle des partenaires en charge de l’organisation. On évoque la création de 119 000 emplois dans les domaines du BTP, du tourisme et de l’événementiel, et on estime les rentrées fiscales à près de 250 millions d’euros pour la seule quinzaine que dureront les jeux.

Tony Estanguet, co-président de Paris 2024, s’offre un selfie avec des inspecteurs du CIO et une partie du comité parisien, au Stade de France, le 15 mai 2017 (crédit photo © Franck Fife / AFP)

Bref, le tableau paraît idyllique ! A se demander même pourquoi on n’organise pas des JO chaque année s’il s’agit de la recette idéale pour booster une économie atone…

Sauf que la réalité paraît assez éloignée de ces analyses pour le moins optimistes, comme le rappelle notamment Pierre Rondeau, professeur d’économie à l’Université Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la sociologie du sport, dans un article publié par le site The Conversation. Force est en effet de constater que les grands événements sportifs internationaux, s’ils flattent l’ego des pays organisateurs et contribuent à en augmenter leur notoriété, « n’ont pratiquement jamais rapporté d’argent, n’ont jamais vraiment été bénéficiaires et n’ont jamais soutenu l’emploi durable »…

L’arc de triomphe aux couleurs des JO de 2024 (crédit photo © Benoit Tessier / Reuters)

Les études d’impact oublient en effet généralement un facteur important que constituent les effets de substitution et d’éviction. En d’autres termes, les grandes manifestations sportives attirent certes un public spécifique mais font fuir le public habituel ! Ainsi en 2016, la fréquentation touristique du Brésil n’a pas connu de rebond significatif car le pays est déjà le plus touristique d’Amérique du Sud : les touristes habituels ont largement évité de s’y rendre pendant la période des JO, laissant la place à un public de supporters et de fans de sport. Il s’est passé la même chose pendant la Coupe du monde de football organisée en France en 1998, année au cours de laquelle le nombre de touristes reçus a été exactement identique qu’en 1997 ou 1999, avec simplement une différence de motivation, les visiteurs s’agglutinant davantage au Stade de France qu’au Musée du Louvre…

A cela s’ajoute souvent une réelle difficulté à tenir les budgets souvent très optimistes prévus pour l’organisation de tels événements. Un économiste, Wladimir Andreff, a ainsi montré que depuis les JO de 1968, le taux de dépassement des budgets est en moyenne de 167 % ! A Pékin par exemple, pour les JO de 2008, dans un pays pourtant réputé pour sa capacité de planification, il a atteint 1130 %. A Londres, en 2012, le budget prévisionnel était établi à 4,6 milliards d’euros mais les JO ont finalement coûté 11 milliards (voire 15 selon certaines sources) et les retombées économiques se sont limitées à 1,72 milliards alors qu’elles avaient été estimées à 12 milliards : un cruel fiasco financier pour le pays…

Dessin publié dans Un dessin par jour

Pour les futurs JO de Paris, le budget prévisionnel annoncé à ce jour par le comité organisateur s’élève à 6,5 miliards d’euros. Une petite moitié sera consacrée à la construction des infrastructures nécessaires. Même si la grand stade est déjà disponible, il faudra quand même compter au moins 1 milliard pour remettre au goût du jour le Stade de France et construire une piscine olympique, auquel il conviendra d’ajouter près de 2 miliards pour l’édification du village olympique et du centre d’accueil des médias. Ce budget d’investissement sera pris en charge pour moitié au moins par des fonds publics, provenant principalement de l’État mais aussi des différentes collectivites territoriales concernées (dont 145 millions d’euros pour la ville de Paris et autant pour la Région Ile-de-France).

La préparation des JO 2024 : une stratégie de longue haleine qui mérite bien quelques sacrifices (dessin de Deligne publié dans Urtikan)

Le reste du budget, déjà réévalué de 3,2 à 3,6 milliards d’euros est destiné au Comité d’organisation des jeux et sera financé en partie par le CIO et en partie par des sponsors et des investisseurs privé. Quant aux recettes issues de la billetterie, leur apport restera relativement modeste, évalué en première approche à 1,1 milliards d’euros, sur la base d’une hypothèse de remplissage des stades à 88 % pour les épreuves olympiques et à 75 % pour les jeux paraolympiques, avec une volonté affichée d’offrir la moitié des places à un prix abordable inférieur à 50 €.

Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan

Alors, les JO à Paris, une bonne opération ou un gouffre financier en perspective ? La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’est pas spécialement optimiste à ce sujet, elle qui prévenait en février 2015 que : « les jeux, c’est très joli, mais il n’y a pas une ville qui s’y soit retrouvée sur le plan financier »…

Le géographe Loïc Ravenel, responsable du Centre international d’économie du sport, ne dit pas autre chose en affirmant dans le magazine Alternatives économiques : « cette histoire de retombées économiques, c’est de l’enfumage. Assumons qu’à ce niveau de sport-spectacle, ça ne rapporte pas. Aujourd’hui, on accepte que la culture soit déficitaire parce qu’on estime que c’est important pour une société. Reconnaissons qu’on veut organiser une grande compétition sportive pour des questions d’image, de fête populaire, mais arrêtons de vouloir le justifier économiquement ».

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair ! Quand on aime, on ne compte pas… Et tant pis pour les contribuables qui devront bien payer la note mais qui auront au moins passé un bon moment devant leur petit écran !

L.V.  

Transports publics gratuits : une idée d’avenir ?

9 septembre 2017

Sur le territoire de l’ancienne communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, qui s’est fondue début 2016 dans la métropole Aix-Marseille-Provence, les transports publics, y compris le tramway, sont gratuits depuis mai 2009. Une mesure portée à l’époque par l’ancienne présidente de l’agglo, Magali Giovannangeli (Front de gauche) mais que celle qui lui a succédé en 2014, Sylvia Barthélemy (UDI), n’a jamais souhaité remettre en cause.

Les bus gratuits à Niort depuis le 1er septembre 2017 (photo © B.C. / La Charente libre)

Et voila que l’actualité braque de nouveau ses projecteurs sur cette question de la gratuité des transports publics, à l’occasion de la mise en application d’une promesse de campagne du nouveau maire de Niort, le gaulliste étiqueté Parti radical, Jérôme Baloge : depuis le 1er septembre 2017, les bus desservent gratuitement les 45 communes de la Communauté d’agglomération du Niortais qui compte quand même 120 000 habitants. Du coup, les articles fleurissent dans la presse pour rappeler, comme le fait notamment Libération, que ce sont désormais 22 collectivités en France qui ont mis en œuvre ce principe de gratuité des transports publics, pour la plupart de petites communes à l’instar de Gap, Vitré ou Libourne, mais aussi quelques agglomérations plus importantes comme celle de Châteauroux dans l’Indre, ou encore la communauté urbaine de Dunkerque qui compte 200 000 habitants.

Dans cette dernière, pour l’instant, les bus ne sont gratuits que le week-end, depuis maintenant 2 ans, mais la mesure devrait être étendue à tous les jours de la semaine d’ici l’an prochain. D’ailleurs, lorsque cette mesure a été instaurée, en septembre 2015, ce sont les Aubagnaises Magali Giovannangeli et Sylvia Barthélemy qui ont été invitées à venir faire part auprès de la population de leur retour d’expérience en matière de transports publics gratuits, comme le rapporte la presse locale.

Magali Giovannangeli, artisane de la gratuité des transports publics d’Aubagne (photo © T. B. / Sud Ouest)

Et ce retour d’expérience est globalement positif, à Aubagne comme dans d’autres agglomérations où l’impact a pu être analysé. A Aubagne, selon Maxime Huré, chercheur à l’université de Perpignan et président de l’association Villes innovantes et gestion des savoirs, la fréquentation des bus aurait triplé depuis 2009 et il estime que un tiers de ces nouveaux utilisateurs utilisent désormais les transports en commun en lieu et place de leur voiture. Des chiffres qui semblent néanmoins à relativiser puisque les responsables locaux n’évoquent eux-même qu’une augmentation de fréquentation de 170 % et un report modal très difficile à estimer… A Dunkerque, la fréquentation dans les bus a augmenté de 78 % le dimanche, et à Châteauroux, elle aurait été multipliée par deux.

On cite aussi le cas de Tallinn, 430 000 habitants, capitale de l’Estonie qui affirme, elle, avoir vu augmenter sa fréquentation de 7 à 8 % seulement, depuis 4 ans que les bus ont été rendus gratuits pour ses ressortissants. En revanche, la mesure a contribué à attirer en ville 40 000 nouveaux habitants dont les impôts locaux représentent des rentrées fiscales supplémentaires de 38 millions d’euros alors que la billetterie ne rapportait que 12 millions par an. Une opération largement profitable donc et qui pourrait être étendue prochainement à l’ensemble du pays.

Il semble que cet argument de l’augmentation de la fréquentation soit le principal en faveur de la gratuité des transports en commun. Plutôt que de faire tourner des véhicules à vide comme cela a été longtemps le cas des bus de la Marcouline, autant rendre le service gratuit pour en augmenter l’attractivité. Cela contribue à revitaliser les centre-villes et à décongestionner le réseau routier urbain.

Un bus gratuit à Aubagne (photo © Audrey Cerdan / Rue89)

Mais le coût du service n’est pas, loin s’en faut, le seul obstacle à leur utilisation : l’extension du réseau, la fréquence des liaisons et surtout leur fiabilité, voire le confort des usagers sont d’autres critères qui font que de nombreux usagers sont réticents à utiliser les transports en commun.

De ce point de vue, l’enquête réalisée en 2013 à Aubagne par Rue 89, est édifiante. On y entend une étudiante de 17 ans déclarer sans vergogne : « le bus était déjà gratuit avant puisqu’on ne payait pas et qu’on ne s’est jamais fait contrôler ». Aucun impact donc en terme de pouvoir d’achat, mais un gain en confort puisque désormais, prendre le bus est « moins stressant », ce qui explique d’ailleurs qu’à Châteauroux, les chauffeurs observent des groupes de jeunes passer tout leur mercredi après-midi à se faire promener en ville, au point qu’il a fallu réintroduire une présence humaine aux côté des chauffeurs pour remplacer la disparition des contrôleurs et rassurer les autres voyageurs. Il n’y a cependant pas eu d’augmentation des incivilités comme le craignaient certains opposants.

L’impact sur la décongestion de la circulation reste cependant modeste. A Aubagne, les chauffeurs ont parfois le sentiment de conduire un manège qui incite certains à attendre 25 minutes pour s’asseoir dans le bus le temps d’un arrêt plutôt que de marcher à pied, tandis que les déplacements du quotidien pour aller travailler n’ont guère évolué, la plupart se faisant au-delà de l’aire où les transports publics sont gratuits. Rares sont d’ailleurs les Carnussiens qui empruntent les transports en commun pour se rendre à Aubagne, découragés par la fréquence très insuffisante des bus et leur coût relativement élevé (1,80 € le ticket).

A Aubagne, la gratuité des transports publics s’affiche avec fierté (photo © archives f.c. / La Marseillaise)

Pour autant, ces expériences ont le mérite de montrer que les modèles de gestion des transports en commun peuvent être multiples et que le recours à la gratuité est parfaitement pertinent dans certaines circonstances. A Aubagne l’extension de la communauté d’agglomération en 2008 avait permis de faire passer le montant de la contribution des entreprises de 0,6 % à 1,5 % puis 1,8 %, représentant l’essentiel des recettes et permettant de couvrir la quasi totalité des dépenses du réseau de transports publics. Il en est de même à Niort où les recettes de la billetterie ne représentent que 10 % du financement du réseau, et même seulement 8 % à Dunkerque. Dans ces conditions, on conçoit en effet que l’on puisse envisager de se priver de cet apport relativement marginal tout en boostant la fréquentation du réseau et en incitant les habitants à utiliser davantage les transports en commun, plus économiques et surtout plus écologiques en site urbain dense.

Mais ce cas de figure est loin d’être généralisé. En agglomération parisienne par exemple, la part payée par les usagers (billets et abonnements) représente de l’ordre de 50 % des recettes affectées au réseau de transports en commun. Rendre l’accès gratuit permet certes de faire des économies non négligeables puisque cela permettrait de supprimer quelques 1250 agents affectés au contrôle (mais qu’il faudrait sans doute redéployer pour assurer des missions d’accompagnement et de sécurité auprès des voyageurs) et d’économiser environ 90 millions d’euros par an sur la billetterie et les dispositifs de contrôle.

Mais les autorités organisatrices de transports se verraient alors privées d’une part importante de leurs ressources alors que leur problématique principale est actuellement d’investir toujours davantage pour mieux entretenir et moderniser le réseau et le matériel, fiabiliser et densifier la desserte, mais aussi prolonger les lignes au fur et à mesure que l’urbanisation progresse, et ceci pour tenter de répondre aux besoins des usagers dans un contexte de réseau totalement saturé.

Quai du RER A à Paris : on approche de la saturation… (photo © AFP)

Le contexte n’est d’ailleurs pas très différent dans l’aire métropolitaine marseillaise. Certes, le goût bien ancré des populations locales pour la voiture individuelle nécessite des approches volontaristes pour inciter chacun à utiliser davantage les réseaux de transports en commun. La gratuité du service peut y contribuer, au moins dans une période transitoire et lorsque le contexte le permet. Elle présente néanmoins le grave inconvénient de se priver d’une source généralement importante de recettes alors que la problématique principale est d’investir davantage pour développer et adapter l’offre de transports publics aux besoins.

Comme souvent en matière de gestion des services publics, les choses ne sont pas si simples qu’il n’y paraît et l’optimum revient souvent à mobiliser en parallèle plusieurs leviers complémentaires, selon un dosage qui peut être très variable selon le contexte local…

L.V.  

Fondation Louis Vuitton : merci les contribuables !

24 juin 2017

Jeunes Chinoises accro aux sacs Louis Vuitton…

LVMH : Louis Vuitton Moët Hennessy… Des lettres qui symbolisent le summum du luxe à la française, destiné à tous les snobinards de la planète, du riche émir qatari au parvenu de la mafia russe en passant par tous ces riches touristes asiatiques qui se pressent sur les Champs-Elysées pour acquérir à prix d’or un sac siglé destiné à exposer à tous leur réussite sociale.

Le groupe date de 1987, créé par le rapprochement de la firme Louis Vuitton, spécialisée en maroquinerie de luxe et issue d’une fabrique de malles fondée en 1854, et de la société de spiritueux qui regroupe des marques prestigieuses comme le cognac Hennessy (qui s’exporte depuis 1859 en Chine), mais aussi le champagne Moët et Chandon et la marque de parfums Christian Dior rachetée au groupe Boussac peu auparavant.

Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, en 2015 (photo © Eric Piemont/AFP)

C’est ce dernier fleuron du luxe français qui attise la convoitise du requin de la finance qu’est Bernard Arnault, lequel venait d’acquérir en 1984 ce qui restait de l’empire textile Boussac – Saint Frères. Dès 1989, Bernard Arnault prend ainsi le contrôle de LVMH, via la Financière Agache, et rassemble sous le nom de holding Christian Dior, les activités liées au parfum et à la haute-couture, qui s’enrichissent en 1997 à l’occasion de l’acquisition de Sephora. A l’issue d’une bataille juridico-financière féroce, l’impitoyable Bernard Arnault se débarasse progressivement des autres actionnaires et devient propriétaire principal du groupe LVMH en 1990. Tout le reste de l’histoire de cette société n’est qu’une longue succession d’OPA hostiles et de rachats à la hussarde pour permettre aux groupe de racheter des marques réputées et s’imposer progressivement comme le géant mondial du luxe.

L’affiche du film de François Ruffin, à charge contre Bernard Arnault

Détenu à 46,7 % par Bernard Arnault, son PDG, le groupe LVMH emploie de l’ordre de 125 000 personnes dans le monde, détient près de 4000 magasins disséminés à travers la planète et a engrangé en 2016 un chiffre d’affaire de 37,6 milliards d’euros. Champion de l’optimisation fiscale, LVMH serait le groupe français qui détient le plus de filiales implantées dans des paradis fiscaux, avant même BNP Paribas, pourtant assez fort dans ce domaine. Le groupe s’est également diversifié dans les médias, en rachetant notamment Les Echos et Le Parisien, histoire de manipuler l’opinion publique au gré de ses intérêts, tout en pesant de tout son poids sur les autres médias via le marché publicitaire de ses marques de luxe, LVMH constituant le principal annonceur publicitaire en France…

Epinglé par le journaliste et désormais député La France insoumise, François Ruffin, dans son film satirique « Merci, patron ! », le milliardaire Bernard Arnault se défend mollement en reconnaissant que « le groupe LVMH est l’illustration, l’incarnation de ce que, pour ces observateurs d’extrême gauche, l’économie libérale produit de pire ». Et voila que certains commencent à s’interroger sur les dessous d’une autre affaire qui concerne cette fois la Fondation Louis Vuitton.

Créée en 2006 pour faire contrepoids à la fondation installée dans l’ancienne Bourse du Commerce, à deux pas des Halles qui est dirigée par son rival de toujours, l’autre milliardaire François Pinault, la Fondation Louis Vuitton se présente comme un outil de mécénat artistique, né de la rencontre avec l’architecte Franck Gehry, concepteur du musée Guggenheim à Bilbao. Grâce à son entregent et en moins de 2 mois, le patron de LVMH obtient que la Ville de Paris lui cède gratuitement une parcelle de 1 ha dans le Bois de Boulogne pour une durée de 55 ans. Le permis de construire, qui fera l’objet d’un recours jusque devant le Conseil d’État, mais en vain, est attribué en un temps record et la starchitecte Franck Gehry peut laisser libre court à son imagination délirante pour concevoir ce que les observateurs qualifient selon leur inspiration de « bateau à voile », de « baleine-obus » ou de « nuage ».

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton (source FLV)

Achevé fin 2013, le bâtiment bénéficie d’une inauguration en grandes pompes le 27 octobre 2014 en présence du chef de l’État, François Hollande, lequel a préféré venir inaugurer cet établissement privé plutôt que le Musée des Confluences à Lyon, comprenne qui pourra… A l’époque, tout le monde s’extasie devant l’originalité de cet écrin, même si les entreprises chargées de sa construction pour le moins atypique reconnaissent que « jamais un bâtiment n’aura été aussi complexe à construire pour satisfaire le génie d’un architecte ». Il faut recourir aux calculateurs de Dassault Aviation pour dimensionner les milliers de pièces à assembler dont 19 000 plaques de béton fibré toutes différentes et les 12 voiles en verre, moulées sur mesure dans un four spécial.

Inauguration du bâtiment par François Hollande vu par le dessinateur Na !

Un travail de titan qui a un coût, maintenu soigneusement caché… On parle à l’époque d’une facture dépassant les 100 millions d’euros. Mais selon l’universitaire Jean-Michel Tobelem, spécialiste du mécénat d’entreprise et dont la tribune publiée dans Le Monde en octobre 2014 sous le titre « Le mécénat d’entreprise sans la générosité » avait fait quelques vagues, le coût est plutôt de l’ordre de 400 à 500 millions, sans commune mesure avec les 75 millions d’euros qu’a coûté par exemple l’aménagement du Centre Pompidou à Metz. Mais à l’époque chacun n’a d’yeux que pour l’extrême générosité du milliardaire : « C’est un cadeau de Bernard Arnault aux Parisiens », comme le répètent en boucle ses thuriféraires.

Un chantier d’une grande complexité technique (source : Fondation Louis Vuitton)

Mais un cadeau de luxe : selon les dernières estimations dévoilées par Emmanuel Lévy dans l’hebdomadaire Marianne, le chantier pharaonique aurait finalement coûté la bagatelle de 775,8 millions d’euros ! Et ceci sans compter les coûts de fonctionnement qui se seraient élevés en 2015 à près de 80 millions d’euros, quasiment la moitié de ceux du Louvre qui reçoit pourtant 10 fois plus de visiteurs. Rapporté au nombre de visiteurs, cela représente quand même 80 € par tête de pipe. On comprend dans ces conditions pourquoi l’entrée est si chère : 14 € par personne, seuls les enfants de moins de 3 ans pouvant y entrer gratuitement. Dans le monde du luxe, il convient d’apprendre très jeune que tout se paye, et cher…

Le pire c’est que ce sont les contribuables français qui payent la plus grande part de ce geste de générosité du délicieux Bernard Arnault. Grâce aux dispositions législatives issues de la loi Aillagon de 2003, les plus généreuses du monde en faveur du mécénat d’entreprise, 60 % des sommes investies sont déduites de l’impôt sur les sociétés. En 2015, LVMH a ainsi siphoné à lui seul 10 % de l’enveloppe affectée.

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton coloré par Daniel Buren en mai 2016 (photo © Philippe Guignard / Air Images / Fondation Louis Vuitton)

Et ce n’est pas tout puisque le groupe a également adressé à Bercy une demande de remboursement de la totalité de la TVA payée dans le cadre du chantier, soit la bagatelle de 130 millions d’euros supplémentaire. Au final, c’est donc près de 80 % du coût du projet qui sera payé non pas par le richissime propriétaire de LVMH mais bien par le contribuable français, tandis que le groupe de luxe cultive son image de généreux mécène éclairé qui se glorifie d’avoir réalisé « un acte philanthropique majeur vis-à-vis de Paris ». On reste en effet confondu devant un tel savoir faire en matière de communication…

L.V. 

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

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Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

A fumé…

3 mars 2016

Depuis le 1er octobre 2015, jeter son mégot par terre est passible à Paris d’une amende de 68 euros. Du coup, la mairie de Paris multiplie les campagnes publicitaires pour attirer l’attention des fumeurs sur la nécessité de ne pas jeter leurs mégots sur la voie publique, estimant à pas moins de 350 tonnes le poids total des mégots déversés chaque année dans les rues de la capitale…

Blog282_PhAfficheParis

Plus de 30 000 poubelles spéciales munies d’un éteignoir et de sacs non inflammables ont été mises en place depuis 2013 afin d’inciter les fumeurs au bon geste. Il faut dire que le filtre qui constitue l’essentiel d’un mégot de cigarette est un redoutable polluant qui met en moyenne une douzaine d’années à se dégrader en relargant progressivement une partie des 4000 substances nocives présentes, dont la nicotine mais bien d’autres molécules dont l’éthyphénol, des métaux lourds et de l’acide cyanhydrique.

Blog282_PhDechetsCes produits nocifs se retrouvent via les réseaux d’eaux pluviales dans les cours d’eau. On considère ainsi que les mégots constituent à eux seuls 30 à 40 % des déchets présents dans la Mer Méditerranée ! Or une expérience a montré qu’un seul mégot jeté dans un litre d’eau suffit à tuer en 4 jours seulement la moitié des petits poissons qui s’y trouvent…

Pour inciter les fumeurs à perdre l’habitude de jeter leur mégot par terre, tout a été essayé comme l’explique une étude détaillée du site stop-tabac. Des filtres biodégradables ont été inventés en remplaçant les fibres plastiques d’acétate de cellulose par des produits moins pérennes, mais cela ne règle qu’une partie du problème car les polluants les plus toxiques sont relachés d’autant plus vite dans la nature… Les cendriers plus nombreux mis à disposition ne font pas tout non plus car l’observation montre qu’on trouve souvent plus de mégot autour du cendrier qu’à l’intérieur… Décidement, jeter son mégot au sol ou l’enfouir soigneusement dans la terre ou dans le sable de la plage reste un réflexe bien ancré chez la plupart des fumeurs !

Blog282_PhUrneLondres

Face à ce dilemme, citons quand même la trouvaille de l’association anglaise de protection de l’environnement hubbub qui a eu l’idée d’installer dans les rues de Londres d’étranges cendriers transparents en forme d’urnes ornées d’une question existentielle telle que : « Qui est le meilleur joueur du monde ? », « Qui gagnera le derby londonien de samedi ? » ou encore « Qui gagnera tel match de la Coupe du monde de rugby ? » Autant de questions auxquelles les sujets de sa Majesté sont invités à répondre, en déposant leurs mégots dans le trou de droite ou de gauche, en fonction de la réponse.Blog282_PhUrne

L’accumulation de mégots visibles derrière la vitre transparente permet aisément de constater qu’en ce qui concerne l’élection enfumée du meilleur joueur du monde, c’est Cristiano Ronaldo qui est en tête pour le moment, devant Lionel Messi.

Il semblerait néanmoins que le côté ludique de ces sondages aurait tendance à inciter certains à augmenter leur consommation de cigarettes pour avoir la satisfaction de voir grandir le tas du côté où penche leur préférence… Il n’y a décidément pas de solution miracle pour développer certains comportements civiques !

L.V.  LutinVertPetit

Métropoles : où en est le projet du Grand Paris ?

21 septembre 2015
Ultime provocation de la maire d'Aix-En-Provence sur le site de La Provence du 13 septembre 2015

Ultime provocation de la maire d’Aix-En-Provence sur le site de La Provence du 13 septembre 2015

Alors que 12 nouvelles métropoles françaises ont vu le jour au 1er janvier 2015, dont celle de Lyon qui vient consolider un processus amorcé dès 1966 avec la création de la Communauté urbaine de Lyon, voilà que la maire d’Aix-en-Provence, l’inénarrable Maryse Joissains, en est encore à tenter de torpiller la future métropole Aix-Marseille-Provence qui doit pourtant être créée dans trois mois seulement, au 1er janvier 2016… Contre toute attente et par pur esprit de provocation, elle vient en effet de lancer le projet d’une métropole à elle toute seule, s’appuyant sur le seuil de 400 000 habitants qui permet d’exclure ni plus ni moins que la ville de Marseille : une agglomération sans la ville principale, il fallait oser, mais on sait depuis longtemps que certains osent tout…

Et pendant ce temps là, pendant que quelques élus locaux provençaux en sont encore à un tel niveau d’enfantillage, où en est le projet du Grand Paris, la future métropole qui doit voir le jour officiellement le 1er janvier 2016, en même temps que sa consœur du Sud ? Là aussi, le dossier est lourd et le territoire ne manque pas d’élus locaux obtus et égoïstes, prêts à tout pour ne pas voir le pouvoir leur échapper. Il a donc fallu, comme à Marseille, concocter des règles spécifiques, inscrites dans la loi du 27 janvier 2014 et fortement remodelées dans la nouvelle loi NOTR du 7 août 2015, pour s’adapter au contexte local et aux rapports de force en vigueur.

La future métropole du Grand Paris aura donc, comme celle d’Aix-Marseille, un statut particulier. Elle rassemblera 124 communes au total, en comptant la ville de Paris, mais ces communes seront regroupées en une douzaine de « territoires », sous la forme d’établissements publics qui garderont une personnalité morale et une certaine autonomie fiscale puisqu’ils bénéficieront, jusqu’en 2020, de la Cotisation foncière des entreprises. En d’autres termes, il faudra donc attendre 2020 pour achever l’intégration fiscale au sein de la nouvelle métropole…

Les contours probables du futur Grand Paris et des territoires

Les contours probables du futur Grand Paris et des territoires

Le futur Conseil de métropole devrait disposer de 210 sièges et il faudra là aussi attendre 2020 pour qu’ils soient élus au suffrage universel direct. Comme à Marseille, ils coexisteront avec les Conseils de territoires qui feront perdurer les intercommunalités actuelles : contrairement au discours ambiant, ce sont une fois de plus les élus locaux qui se sont battus bec et ongles pour qu’on ne supprime pas une des couches du mille-feuille territorial dont ils raffolent !

Cette métropole assumera en lieu et place des communes plusieurs compétences dont l’aménagement du territoire, l’habitat, le développement économique, social et culturel, la politique de la ville mais aussi la protection de l’environnement et du cadre de vie. Comme à Marseille, les plus fortes crispations durant les débats au Parlement, se sont focalisées sur l’élaboration des documents d’urbanisme, les maires redoutant de voir leur échapper cette arme favorite du clientélisme électoral au profit de la métropole.

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Cette dernière sera chargée de l’élaboration du SCOT, le schéma de cohérence territoriale, qui fixe les grandes lignes de l’aménagement du territoire mais qui n’est pas prescriptif. Quant aux PLU (plan local d’urbanisme), ils seront élaborés par les territoires qui la constituent, et la métropole se contentera de donner un simple avis, dans la droite ligne de l’arrangement obtenu par les maires de l’aire marseillaise…

Le Grand Paris qui se dessine rassemblera près de 7 millions d’habitants et constituera un pôle économique de premier plan en Europe avec plus de 4 millions d’emplois, 38 millions de m2 de surface de bureaux et près de 47 millions de visiteurs chaque année. Comme sur l’aire métropolitaine marseillaise, les principaux défis à relever sont liés au logement (avec un objectif ambitieux de 70 000 création de logements neuf chaque année) et aux transports urbains.

Dans ce dernier domaine, force est de constater que les choses avancent à grands pas. En mai 2010 a été créée la Société du Grand Paris, un établissement public mis en place par l’État pour élaborer un projet novateur de métro automatique dénommé Grand Paris Express, un projet d’ampleur inégalée depuis la mise en œuvre des réseaux express régionaux, les fameux RER, dans les années 1980.

Blog229_PhMetro2Dans ce cadre, ce sont pas moins de 205 km de lignes de métro interconnectées qui vont voir le jour, pour un coût estimé à 26 milliards d’euros ! Outre la construction de ces lignes nouvelles, la Société du Grand Paris joue aussi un rôle de maîtrise d’ouvrage publique pour l’aménagement de l’espace autour des gares afin de favoriser l’émergence de grands pôles d’activité et de logement, bien desservis par les transports en commun. Au travers de cette amélioration du réseau de transports, c’est donc toute la question de l’aménagement du territoire qui est en jeu, avec enfin la possibilité de raisonner à une échelle suffisamment globale pour permettre un rééquilibrage raisonné de l’aire métropolitaine.

Les futures lignes de métro du Grand Paris Express

Les futures lignes de métro du Grand Paris Express

La mise en service du nouveau réseau qui comptera pas moins de 72 gares se fera progressivement entre 2018 et 2030. Des travaux sont déjà en cours pour prolonger certaines lignes de métro et de tramway et pour mettre en place un bus à haut niveau de service destiné à desservir le plateau de Saclay. Un des premiers grands chantiers concerne le prolongement de la ligne 14 déjà automatisée qui reliera à terme l’aéroport d’Orly (au sud de Paris) jusqu’à Saint-Denis et permettre de rallier l’aéroport de Roissy.

Baptême du tunnelier pour le prolongement de la ligne 14

Baptême du tunnelier pour le prolongement de la ligne 14

En parallèle a été lancée une enquête publique pour la future ligne 15 qui servira de rocade proche et permettra de relier notamment Noisy à La Défense. Trois autres lignes (16 à 18) sont prévues pour favoriser la desserte de la Seine-Saint-Denis et du Sud-Ouest parisien (Yvelines). C’est donc tout le schéma global de déplacement de la région parisienne qui va être bouleversé par ce nouveau maillage, bénéficiant aux 8,5 millions d’habitants d’ÎIe-de-France qui empruntent chaque jour le réseau de transports en commun.

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Une véritable révolution donc, qui pourrait rendre de nouveau attractif ce territoire actuellement largement congestionné. Espérons que nos futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence sauront se montrer aussi ambitieux dans l’élaboration d’un réseau de transports en commun adapté aux besoins de notre propre aire urbaine…

L.V.  LutinVertPetit