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Après l’Ukraine, Paris sous les bombes ?

22 mars 2022

Un mois après le début de l’offensive militaire russe en Ukraine, les habitants de plusieurs viles vivent sous la terreur permanente des bombardements. Selon les Nations-Unies, plus de 6,5 millions d’Ukrainiens auraient déjà fui leur foyer pour se réfugier dans d’autres régions jugée moins exposées tandis que 3,3 millions de femmes et d’enfants auraient quitté le pays pour se réfugier à l’étranger depuis le début du conflit. Mais tous n’ont pas pu se résoudre à quitter leur foyer et nombre d’entre eux se retrouvent, jour après jour, exposés aux bombardements russes.

Incendie de l’école de Merefa, près de Kharkiv, après un bombardement le 17 mars 2022 (photo © AFP/State Emergency Service of Ukraine / Le Parisien)

Selon le gouvernement ukrainien, plus de 1400 raids aériens ont déjà été dénombrés et près de 300 tirs de missiles, faisant de nombreux morts parmi les populations civiles. A Kiev même, des immeubles d’habitation ont été touchés par des tirs de missiles dès les premiers jours de l’offensive. A Marioupol, port stratégique sur la Mer d’Azov, assiégé depuis le premier jour de la guerre, le 24 février 2022, l’artillerie russe a déjà fait des dégâts considérables. Privés d’eau et d’électricité depuis le 1er mars, les habitants se terrent dans les caves. La maternité a été bombardée le 9 mars et l’université touchée le 13 mars.

Explosion dans un immeuble après le tir d’un tank russe à Marioupol le 11 mars 2022 (photo © Evgeniy Maloletka / AP / SIPA / 20 minutes)

A cette date, on dénombrait déjà plus de 2000 civils morts sous les décombres des frappes russes. Le 16 mars une bombe larguée par un avion russe détruisait le théâtre d’art dramatique où des centaines d’habitants avaient trouvé refuge. Le dimanche 20 mars, c’était au tour d’une école d’art où plus de 400 civils avaient trouvé refuge d’être bombardée par l’aviation russe. Le même jour, un bombardement ciblé prenait pour cible une des plus grande usine sidérurgique d’Europe, le complexe industriel Azovstal, situé en périphérie de Marioupol.

Des scènes d’horreur qui se reproduisent dans d’autres villes du pays comme à Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, où me maire déplore une « catastrophe humanitaire absolue » dans sa ville où « les tirs d’artillerie indiscriminés dans les quartiers résidentiels se poursuivent, des dizaines de civils sont tués ». Dans la ville de Mykolaïev, à une centaine de kilomètres à l’Est d’Odessa, des bombardements ont notamment détruit un centre de cancérologie et un hôpital d’ophtalmologie. La deuxième ville du pays, Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine, a également fait l’objet d’intenses bombardements russes, et ceci depuis le 1er mars.

Après un bombardement dans les rues de Kharkiv, deuxième plus grade vile d’Ukraine, le 3 mars 2022 (photo © Sergey Bobok / AFP / Le Devoir)

On apprend même que l’armée russe a utilisé à plusieurs reprises des missiles hypersoniques de type Kinjal, quasiment indétectables, pour détruire un stock souterrain d’armement et important dépôt de carburant, tandis que des missiles ont détruit une usine d’armement le 18 mars, près de Lviv, une ville située pourtant à l’extrémité ouest du pays, près de la frontière polonaise : un message clair pour affirmer que tout le pays est désormais à la portée de l’artillerie de Vladimir Poutine…

Dans ce contexte, le gouvernement ukrainien appelle désespérément à l’aide, par l’intermédiaire notamment de son président, Volodymir Zelenski, que l’on voit sur tous les fronts. Et il n’hésite pas à faire appel à tous les moyens de communication pour frapper les esprits et mobiliser la solidarité internationale. Une de ses initiative est cette courte vidéo très étonnante de 45 secondes, postée le 11 mars 2022 au nom du Parlement ukrainien, et qui montre la ville de Paris touchée par des bombardements aériens spectaculaires !

Une vidéo choc saisissante de réalisme, présentée comme un montage de scènes prises sur le vif par des habitants eux-mêmes, avec des impacts sur la Tour Eiffel elle-même, mais aussi notamment dans le quartier de l’Opéra d’où s’élèvent d’impressionnantes volutes de fumée… Le réalisateur qui revendique ce montage spectaculaire est un Français vivant à Kiev, Olia Barco, scénariste et producteur de cinéma, persuadé que cette invasion de l’Ukraine n’est que le prélude à une troisième guerre mondiale, et que l’opinion occidentale doit se préparer à vivre sur son sol ces scènes de dévastation qui sont devenu le quotidien des Ukrainiens depuis bientôt un mois.

Images extraites de la vidéo postée sur Twitter par le Parlement ukrainien le 11 mars 2022 (source © France Inter)

Le message qui accompagne ces images choc est limpide puisque la vidéo se termine par cette interrogation : « Demandez-vous ce qu’il se passerait si cela se passait dans une autre capitale européenne ? », suivie de cette injonction qui ne fait que reprendre les suppliques du président ukrainien : « Fermez le ciel au-dessus de l’Ukraine, ou donnez-nous des avions de combat. Si nous tombons, vous tombez ». Les députés du Parlement ukrainien, qui ont largement contribué à la diffusion de cette vidéo, insistent d’ailleurs lourdement sur cette idée que le sort des autres pays européens dépend de ce qui se joue actuellement sur le sol ukrainien, affirmant : « Aujourd’hui c’est l’Ukraine, demain ce sera toute l’Europe. La Russie ne reculera devant rien ». Un message sans doute excessif au vu de la situation géopolitique de l’Ukraine, mais l’Histoire a déjà montré que la lâcheté était rarement bonne conseillère face aux régimes à visée impérialiste…

L. V.

Une nouvelle forêt au nord de Paris ?

5 mars 2022

On a un peu tendance à l’oublier, mais la gestion de l’eau dans une grosse agglomération urbaine est toujours un casse-tête. Alimenter les habitants avec une eau potable de qualité n’est déjà pas simple, mais évacuer et traiter les eaux usées et les eaux pluviales l’est souvent encore moins.

Paris ne fait pas exception et a longtemps été victime de son accroissement démographique effréné. Dès 1778, la Compagnie des Eaux de Paris, créée par les frères Périer, permet d’installer un premier réseau de distribution d’eau « potable » (pompée directement dans la Seine) par canalisations enterrées, tandis que la mise en service du canal de l’Ourcq en 1822 améliore considérablement la quantité d’eau mise à disposition des habitants, mais en 1832, une épidémie de choléra cause plus de 18 000 morts dans la capitale !

Nouveau collecteur sous le boulevard Sébastopol inauguré en 1858 (source © Le Monde illustré / Aimable faubourien)

C’est à cette époque que le réseau d’égouts commence vraiment à s’étendre sous Paris pour remplacer peu à peu les fosses d’aisance peu étanches et qu’il fallait curer régulièrement, la matière étant ensuite séchée puis revendue aux agriculteurs comme engrais. A partir de 1894, le préfet Eugène Poubelle interdit de déverser ses ordures et eaux usées en dehors du réseau d’égouts alors bien développé grâce aux travaux remarquables de l’ingénieur Belgrand. L’année suivante, l’émissaire de Clichy est prolongé jusqu’à Asnières, en aval de Paris.

A l’époque, les eaux usées ne subissent aucun traitement et sont directement déversées dans les champs, dédiés principalement à la culture maraîchère pour alimenter la capitale. Trois vastes plaines d’épandage voient ainsi le jour. La première, celle d’Achères, dans les Yvelines, en rive gauche de la Seine, est exploitée dès 1895. A partir de 1899, l’épandage se fait aussi en rive droite, toujours dans les Yvelines, entre les communes de Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine. La troisième plaine d’épandage, la plus étendue couvre plus de 2000 ha au nord de la Seine, dans le Val d’Oise, entre Pierrelaye et Méry-sur-Oise.

Vestige du dispositif d’épandage des eaux usées sur la plaine de Pierrelaye (source © Paris myope)

Sur cette dernière, les eaux usées brutes sont déversées directement dans les champs sans le moindre traitement de 1899 jusqu’en 1998, soit pendant près d’un siècle ! A partir de 1999, la pratique se poursuit mais en utilisant désormais des eaux partiellement traitées, issues de la station d’épuration de Colombes puis, depuis 2007, de celle d’Achères aval.

Entre temps, l’activité maraîchère de cette vaste plaine agricole proche de Paris a été largement rattrapée par l’urbanisation. Les anciens champs copieusement arrosés par les égouts de la capitale laissent peu à peu la place à des lotissements qui poussent comme des champignons. Dès 2004, plus de la moitié des surfaces agricoles qui servaient de plaine d’épandage depuis 1899 ne sont plus cultivées et sont désormais recouvertes de pavillons et de bâtiments commerciaux et industriels.

Pierrelaye. 13 familles d’un lotissement tranquille situé rue des Saules à Pierrelaye ont assigné en justice leur promoteur immobilier. Ils lui reprochent de leur avoir caché la pollution de leurs terrains lors de la vente.

Dès la fin des années 1990, certaines associations s’inquiètent des pollutions apportées par cette pratique prolongée et intensive de l’épandage d’eaux brutes. Des analyses de sol sont effectuées et bien évidemment elles mettent en évidence la présence massive de différents résidus peu ragoûtants dont beaucoup de métaux lourds : plomb, cadmium, mercure, arsenic, et on en passe… Une étude de 2001 indique que les accumulations représentent pas moins de 8 kg de cadmium et 1,6 tonnes de zinc à l’hectare, sans parler des résidus d’antibiotiques présents en masse ! Il n’y a pas que sur les anciens sites industriels des calanques que l’on trouve de telles polluants dangereux pour la santé humaine, en particulier pour les jeunes enfants et certaines populations vulnérables.

D’ailleurs, dès 1999, un arrêté préfectoral interdit la commercialisation des productions maraîchères issues de ces zones d’épandage, suivi en mars 2000 d’un second arrêté interdisant cette fois la production de toute culture légumière ou aromatiques dans les secteurs concernés : après avoir fait la richesse de ces terres agricoles, l’épandage des eaux usées parisiennes en provoque la ruine ! Que faire alors de cette vaste plaine de Pierrelaye, traversée par l’autoroute A15 mais devenue suspecte pour bien des usages ? Les études se succèdent au fil des années, tandis que la plaine se couvre de dépôts de déchets sauvages et sert d’implantation pour une forte population de gens du voyage.

Dépôt sauvage sur l’ancien centre équestre de Bessancourt, dans la plaine de Pierrelaye (source © La Gazette du Val d’Oise)

Peu à peu émerge, à l’initiative du SMAPP (syndicat mixte d’aménagement de la plaine de Pierrelaye) un projet qui consiste à construire des habitations en périphérie et à reboiser la partie centrale pour reconstituer une véritable forêt reliant l’Oise à la Seine sur pas moins de 1350 ha. On parle d’un million d’arbres à planter pour un coût total d’aménagement estimé à 85 millions d’euros, financés en grande partie par la société du Grand Paris qui veut en profiter pour y stocker une partie des déblais issus des immenses chantiers de terrassement occasionnés par les nouvelles lignes de métro en construction.

Emprise de la future zone reboisée entre Oise et Seine dans la plaine de Pierrelaye (source © Valparisis)

L’affaire n’est pas simple, d’autant que le secteur concerné est morcelé en plusieurs milliers de propriétaires qui ne voient pas tous d’un très bon œil ce projet très parisien. Certains préfèrent vendre leurs parcelles aux gens du voyage déjà bien implantés avant que ne se mette en place la procédure d’expropriation, à l’issue d’un interminable processus d’enquêtes publiques et d’études en cascades, notamment par l’ONF qui cherche à sélectionner les espèces de feuillus les plus adaptées y compris dans un contexte de réchauffement climatique.

Cérémonie de plantation du premier arbre, le 25 novembre 2019, en présence de nombreuses personnalités dont Valérie Pécresse (photo © Antoine Chéret / ONF)

Enfin, le 25 novembre 2019 a lieu la cérémonie de plantation des premiers arbres, en présence notamment du Préfet de région Michel Cadot, de la présidente du Conseil régional, Valérie Pécresse, et du président du SIAAP, le syndicat interdépartemental d’assainissement de l’agglomération parisienne, le gestionnaire des eaux usées de la capitale. Pas de chance, l’été qui suit s’avère particulièrement sec et, malgré tous les efforts engagés par les techniciens de l’ONF pour choisir, en fonction des natures de sol, les espèces les plus aptes à résister, un bon tiers des sujets plantés durant l’hiver sur 14 ha au total, ont séché sur pied.

Inspection d’une parcelle reboisée en 2019 (photo © MB / ONF)

Cette première expérience confirme néanmoins la bonne adaptation de certains espèces, dont l’érable. Dès l’année suivante, ce sont à nouveau 22 000 plants qui sont mis en terre, sur 8,8 ha tandis que se poursuivent les opérations de nettoyage pour enlever quelque 13 000 tonnes de déchets accumulés ! Et l’opération devrait ainsi se poursuivre pendant encore une bonne dizaine d’années, à raison de 240 000 nouveaux plants par an dès cette année. Un effort de reboisement gigantesque qui pourrait permettre à terme de voir se développer une nouvelle forêt entre celle de Montmorency, au nord, et celle de Saint-Germain-en-Laye, au sud. En espérant que les arbres s’accommodent de tous les résidus polluants accumulés dans le sol à l’issue d’un siècle d’épandage à tire larigot…

L. V.

Mobilité métropolitaine : ça phosphore !

12 janvier 2021

Comment développer les transports en commun du futur sur l’aire métropolitaine Aix-Marseille-Provence ? Tout le monde a son idée sur le sujet même si chacun reconnaît que ce n’est pas si simple sur un territoire où l’habitat est aussi dispersé et où chacun a pris l’habitude depuis des années de se déplacer principalement en voiture, ce qui en fait une des agglomérations de France où l’air est le plus souvent pollué et où les bouchons sont les plus fréquents.

Contrairement à d’autres métropoles, celle-ci est polycentrique. Alors qu’en région parisienne ou lyonnaise, la majorité habite en banlieue et vient travailler dans la ville centre, il n’en est rien à Marseille. Toutes les études sur lesquelles se base notamment le Plan de déplacement urbain, arrêté en 2019, insistent justement sur ce constat que les déplacements pendulaires sont multiples et complexes, les trois corridors principaux (Marseille-Aubagne, Marseille-Aix et Marseille-étang de Berre) ne représentant finalement que 50 % des déplacements métropolitains. Une chose est sûre : 96 % de ces flux d’échange métropolitains (sur des distances supérieures à 7 km) sont réalisés en voiture, faute de transports en commun fiables et adaptés.

Répartition des principaux déplacements métropolitaines (source © PDU Aix-Marseille-Métropole)

C’est donc tout l’enjeu de demain : comment développer enfin sur ce territoire des modes de déplacements plus durables afin de réduire l’usage de la voiture individuelle qui congestionne les axes routiers et empoisonne l’air ambiant ? L’agglomération lyonnaise a répondu depuis des années à cet enjeu en développant un réseau performant de bus, métros et tramways tandis que le Grand Paris est en train de réaliser une extension sans précédent de son réseau de métros pour irriguer sa grande banlieue.

Extrait de la Une de La Provence en date du 4 janvier 2021 (source © Twitter / LoopAM)

Et pendant ce temps-là, à Marseille les idées fusent ! La dernière en date qui a eu les honneurs de La Provence le 4 janvier 2021 provient de deux financiers locaux, Guillaume Nicoulaud et Mathieu Morateur, qui ont lancé une petite start-up du nom de Loop Aix-Marseille, pour promouvoir le développement d’un réseau maillé de transports en communs haute fréquence vaguement inspiré de l’Hyper-loop que le milliardaire Elon Musk cherche à développer tout en projetant la colonisation de la planète Mars.

Vue d’artiste du projet de navette électrique imaginé par LoopAM (source © La Provence)

Leur credo est qu’il faut développer un système de navettes rapides sous forme de petits véhicules électriques autonomes de 25 places montés sur pneus et se déplaçant à grande fréquence (toutes les 10 minutes voire davantage aux heures de pointe) sur les principaux axes de la métropole pour relier à terme Aubagne, Marseille, Aix, Marignane… Pour pouvoir assurer un cadencement aussi rapide et une desserte Aix-Marseille en 15 mn comme l’annonce La Provence, la solution imaginée est de faire circuler ces véhicules en tunnel ! On s’affranchit ainsi de tous les obstacles urbains qui encombrent l’espace, mais bien sûr, la facture est salée : nos deux financiers visionnaires l’estiment au minimum à 6 milliards d’euros et sont en train de faire chauffer leurs calculettes pour étudier comment rentabiliser un tel investissement qui serait bien entendu supporté par le privé, dans le cadre de concessions de service public.

A ce stade, ce n’est pas gagné d’autant que, au-delà de ces coûts d’investissement colossaux, l’exploitant devra prendre en charge les frais de fonctionnement qui risquent d’être particulièrement élevés sur un territoire où l’habitat est aussi dispersé. Un projet un peu fou que ce Loop qui fait partie des idées plus ou moins farfelues que le collectif Tous acteurs, animé par la Chambre de commerce et d’industrie métropolitaine, dévoilait dès mars 2020, en pleine campagne électorale des municipales.

Outre ce projet de Loop, il y était question de voies réservées pour les bus sur certains grands axes de circulation, d’un projet de RER d’Aubagne à Marignane en passant par Aix et Vitrolles, mais aussi de navettes maritimes côtières hybrides et même de taxis volants, soyons fous !

Maquette du projet de Val’tram de Valdonne qui pourrait desservir la vallée de l’Huveaune en amont d’Aubagne à l’échéance 2024 (source © Made in Marseille)

Pas sûr que tous ces projets innovants résistent à une analyse un peu sérieuse comme l’a montré l’abandon du projet de réouverture de la voie ferrée Aix-Rognac sur lequel la région et la Métropole ont pourtant investi plus de 2 millions d’euros en études de faisabilité avant de conclure à un projet non rentable au vu de la fréquentation attendue. Le projet de Val’tram envisagé entre Aubagne et La Bouilladisse sur une autre voie ferrée désaffectée, avait déjà été abandonné pour les mêmes raisons par la Métropole avant que Martine Vassal ne se ravise à la veille des élections et ne vienne ressortir des cartons poussiéreux ce vieux serpent de mer contesté.

Maquette du projet d’AirAixpress imaginé par Anne-Laurence Petel (source © GoMet)

De son côté, la candidate LREM aux élections municipales à Aix-en-Provence, Anne-Laurence Petel, avait lancée l’idée plutôt originale d’un système de navettes électriques autonomes de 8 places ressemblant vaguement à des cabines de téléphérique et qui se déplaceraient suspendues à des structures aériennes couvertes de panneau photovoltaïques en surplomb des grands axes routiers comme l’autoroute entre Aix et Marseille. Baptisé du doux nom à consonance typiquement provençale AirAixpress et en cours de développement par la société lyonnaise Supraways, laquelle envisage un coût de construction de 15 à 25 millions d’euros au km, soit moins élevé que le tram, le concept ne manque pas d’originalité et pourrait se placer en bonne place de ce concours Lépine des modes de transport métropolitains du futur…

L. V.

Mais où sont les motocrottes d’antan ?

21 novembre 2020

On se plaint souvent que le journalisme d’investigation serait en voie de disparition, effacé au profit de médias racoleurs, versant dans le sensationnel et le superficiel. Le journaliste à l’ancienne, qui prend le temps de fouiller dans les archives, d’interroger les témoins, de croiser ses sources et de remonter pas à pas le fil de ses enquêtes, creusant sans relâche sous la surface des choses pour débusquer, sinon la Vérité, du moins des convictions : tout cela serait-il en train de s’effacer dans un monde qui ne vibre plus qu’à l’immédiateté, où le seul enjeu qui vaille est de sortir l’information plus vite que les autres et de l’exprimer en le moins de mots possible pour que chacun puisse en prendre connaissance avant tout le monde ?

Le journaliste David Castello Lopes au micro d’Europe 1 (source © Europe 1)

Heureusement, il existe encore de véritables journalistes d’investigation, capables comme David Castello-Lopes, de creuser à fond un sujet en remontant dans le temps pour bien en saisir toute la genèse et l’évolution. Responsable du développement des nouveaux formats audiovisuels pour Le Monde (tout un programme), il est aussi réalisateur de la série « Depuis quand » sur Canal +, une chronique savoureuse sur l’origine des objets, des tics de langage et des mots. Et il anime également une chronique intitulée « Les origines », dans l’émission « Historiquement votre », diffusée sur Europe1, dans laquelle il s’interroge avec délectation sur les raisons qui ont conduit à créer tel ou tel produit ou objet de notre quotidien.

Son goût immodéré de savoir et sa soif inextinguible de connaissance qui le poussent ainsi à s’interroger sur l’origine des choses l’a ainsi conduit à mener l’enquête afin de répondre à la question existentielle suivante : « Pourquoi les motocrottes parisiennes ont-elles disparu ? ». Une question qui n’est pas si futile qu’il n’y paraît. Chacun se souvient en effet de ces motos rutilantes peintes en vert et blanc, imaginées et mises en œuvre par le maire de Paris d’alors, un certain Jacques Chirac, sous forme d’une force de frappe moderne, rapide et efficace, destinée à se déployer sur les trottoirs de la capitale pour y faire disparaître en un tour de main les déjections canines en train de devenir le fléau des villes modernes.

Une motocrotte en action à Paris (source © Paris zigzag)

Ces motos, des Yamaha XT 250, avaient subi une profonde transformation pour les métamorphoser en engins futuristes d’une technicité redoutable avec leur bras articulé muni d’un aspirateur avec brosse ultra-rapide, leur réservoir embarqué destiné à servir de réceptacle pour étrons canins et leur seau d’eau propre pour rincer la chaussée après usage. De vrais petits bijoux de technologie, enfourchés par des pilotes émérites tout de vert vêtus, écologistes avant l’heure et qui pourchassaient la crotte de chien à longueur de trottoir.

Il faut dire que Jacques Chirac jouait là sa crédibilité de grand élu de la Nation, lui qui après avoir démissionné en 1976 de son poste de premier ministre et qui, bien que député de la Corrèze, s’était lancé à la conquête du fauteuil de maire de la capitale, un poste qui n’avait pas été pourvu depuis plus d’un siècle et qu’il remporta (de justesse) en mars 1977 après avoir axé l’essentiel de sa campagne sur le thème de la propreté en ville et de la résorption des quelques 20 tonnes de déjections canines qui finissent, bon an mal an, dans les rues de la capitale.

Jacques Chirac, élu maire de Paris en mars 1977 (photo © Henri Bureau / Sygma / Corbis / Getty / Le Parisien)

Les motocrottes, mises au point avec l’aide de l’incontournable Jean-Claude Decaux, l’ami intime de tout maire qui se respecte, constituent donc l’arme la plus aboutie qui soit pour mener cette guerre de reconquête contre les déjections canines qui empoisonnent la vie du promeneur parisien. Les habitants de la capitale ne s’y trompent pas, d’ailleurs, eux qui rebaptisent spontanément ces aspirateur à caca montés sur deux roues des « chiraclettes »…

Dans les années 1980, ces engins redoutables et bien visibles sont partout dans les rues de Paris, pour traquer le moindre étron intrus. Une tâche pas si facile qu’il n’y paraît et qui demande du doigté de la part du chauffeur, lequel doit positionner son aspirateur parfaitement à l’aplomb de la crotte rebelle pour bien la gober sans l’étaler. Tout un art qui fait que les candidats ne se bousculent pas pour conduire des engins aussi voyants pour mener à bien une tâche répétitive et exigeant beaucoup de concentration tout en s’attirant les quolibets de certains malappris.

La chiraclette en action, pas si facile d’usage qu’il n’y paraît… (photo © Mairie de Paris / Le Monde)

Quand le socialiste Bertrand Delanoë est élu maire de Paris en mars 2001, environ 120 motocrottes sillonnent encore les rues de la capitale. Mais la nouvelle équipe municipale se rend vite compte que cette belle opération de communication est en réalité un gouffre financier. Le dispositif coûte en effet à lui seul pas moins de 4,5 millions d’euros par an. L’écologiste Yves Contassot, devenu adjoint au maire en charge de l’environnement et de la propreté urbaine, calcule que cela revient à 12 € le kilo de caca ramassé !

Après les motocrottes, une nouvelle invention plus légère, mobile et écologique, qui reste néanmoins à tester (source © Retrouvailles 24)

Le 11 avril 2002 à minuit, l’heure du crime, un des deux hangars dans lesquels sont entreposées les précieuses motocrottes s’embrase mystérieusement et 64 engins sont réduits en cendre. Le coup est rude pour la brigade de nettoyage motorisée patiemment formée entretenue par les anciennes équipes chiraquiennes. C’est alors le coup de grâce et en 2004, la dernière motocrotte encore en action ramasse son dernier étron avant de filer dans les oubliettes de l’Histoire.

Distributeur de sacs pour déjections canine à Paris en 2001 (source © La Dépêche)

A leur place, une toute autre stratégie a été mise en place par la nouvelle municipalité : une amende de 150 € pour tout propriétaire de chien qui ne ramasserait pas les déjections de son animal familier, malencontreusement oubliées sur la voie publique. C’est beaucoup moins spectaculaire et l’effet en termes de communication électorale est sans commune mesure, mais c’est redoutablement efficace et nettement moins coûteux pour la collectivité !

Encore une fausse bonne idée dont on aurait peut-être pu faire l’économie d’un test en vraie grandeur aux frais du contribuable…

L. V.

Le port du masque suscite des résistances…

31 août 2020

Emmanuel Macron, masqué… aux couleurs de la France (photo © John Thys / AFP / L’Internaute)

Dès le 14 juillet 2020, constatant que le respect des gestes barrières contre la pandémie de CoVid-19 s’était sensiblement relâché depuis la fin du confinement, Emmanuel Macron l’a annoncé sans ambages, affirmant : « je souhaite que dans les prochaines semaines on rende obligatoire le masque dans les lieux publics clos ». Une mesure qui est en train d’entrer progressivement en vigueur, avec même un champ d’application qui dépasse largement cette notion d’espace public clos.

A Marseille, le port du masque est désormais obligatoire dans toute la ville et la mesure a été étendue à de nombreuses autres villes dont Paris et la Petite Couronne, mais aussi à Strasbourg et dans toutes les villes de plus de 10 000 habitants du Bas-Rhin, ainsi que dans le centre-ville de Toulouse, Nice ou Bordeaux pour ne citer que quelques exemples. A compter du 1er septembre, le port du masque sera également obligatoire dans toutes les entreprises publiques et privées, à la seule exception des privilégiés qui disposent d’un bureau individuel sur leur lieu de travail.

Touristes asiatiques à Paris (photo © Stéphane de Sakutin / AFP / CNews)

De telles mesures auraient paru totalement extravagantes à la majorité des Français il y a quelques mois encore, alors que chacun se gaussait bruyamment de ces touristes asiatiques que l’on croise parfois dans le métro ou dans la rue, affublés de leur masque de protection, comme s’ils se déplaçaient dans un milieu éminemment hostile contre lequel ils devaient impérativement se protéger.

Au début de l’épidémie de CoVid-19, début mars, alors même que le confinement généralisé avait été imposé à toute la population, il n’était d’ailleurs aucunement question d’imposer une telle mesure. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, expliquait alors doctement, le 20 mars 2020, que le port du masque était un acte réservé au personnel médical hautement spécialisé et tout à fait inadapté pour le commun des mortels. A l’époque, cette approche était certes dictée par la pénurie de masques disponibles en France, mais aussi très largement par la certitude que les règles les plus urgentes et les plus efficaces de lutte contre la transmission du virus passaient par le confinement des personnes, surtout les plus fragiles d’entre elles, le lavage fréquent des mains et le respect d’une certaine distanciation entre personnes.

Des affiches qui fleurissent un peu partout… (source © BeBoost)

Et pourtant, dès son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron a nettement infléchi le discours gouvernemental en laissant entendre qu’une possible systématisation du port du masque était envisagée. Depuis, les stocks de masques se sont accumulés et leur mise à disposition n’est plus un frein, ce qui explique sans doute en partie ce revirement et cette généralisation de leur imposition.

La psychose qui est en train de se développer face à l’annonce d’une nouvelle vague de l’épidémie en France, contribue aussi très largement à faciliter l’acceptation sociale de cette mesure qui présente, aux yeux de beaucoup, un aspect visuel rassurant. Contrairement aux autres gestes barrières qui supposent de faire confiance à autrui quant à sa rigueur à les appliquer, le port du masque est immédiatement visible et rassure les plus anxieux, persuadés que si l’autre est masqué il n’est plus une menace pour ma propre santé. Ceci est particulièrement vrai chez les personnes les plus vulnérables et les plus âgées, qui sont les principales victimes de cette épidémie et qui voient les plus jeunes comme des menaces pour leur santé, surtout depuis que l‘on sait que nombre de jeunes peuvent être porteurs sains totalement asymptomatiques.

Pourtant, l’évolution actuelle de l’épidémie en France st loin d’être aussi inquiétante qu’elle ne l’était en mars-avril dernier. Rappelons qu’on a dénombré en France près de 34 000 hospitalisation consécutives au CoVid-19 en mars dernier et plus de 61 000 au cours du mois d’avril, avec 11 721 décès enregistrés à l’hôpital suite à cette maladie pour le seul mois d’avril 2020. Par comparaison, il n’y a eu qu’à peine plus de 3 000 hospitalisation pour la même cause en juillet pour seulement 284 décès. Les chiffres ne sont pas encore connus pour le mois en cours, mais à la date du 25 août et selon Le Monde, les chiffres sont à peine supérieurs avec moins de 3 500 hospitalisation et 234 décès enregistrés. Après le pic de mortalité très net observé entre mi-mars et mi-avril, la mortalité en France est retombée à son niveau habituel, plutôt inférieure d’ailleurs à celle constatée les deux années précédentes à la même époque, autour de 1500 décès par jour en moyenne, dont moins de 10 liés au coronavirus donc.

Evolution du nombre de décès quotidiens du CoVid-19 en France au 25 août 2020 (source © Infographie Le Parisien)

Cette deuxième vague tant annoncée et qui sature tous les médias depuis des semaines, a donc plutôt tout d’une vaguelette puisqu’elle occasionne nettement moins de 1 % de la mortalité nationale. Mais si la pression médiatique est telle, au point de polariser toutes les attentions et de créer un très fort sentiment d’insécurité auprès d’une majorité de la population, c’est que les chiffres des nouveaux cas confirmés de CoVid-19 sont fortement repartis à la hausse avec plus de 60 000 cas détectés en août 2020 contre un peu plus de 78 000 durant le mois d’avril, au plus fort de la crise sanitaire.

La grosse différence, c’est qu’on teste désormais à tour de bras alors qu’en mars-avril dernier, les tests étaient strictement réservés aux personnes présentant une forte suspicion de contamination. On testait alors au plus fort de l’épidémie jusqu’à 20 000 personnes par jour, dont un tiers environ étaient positifs, ce qui représentait de l’ordre de 7 000 nouveaux cas détectés quotidiennement, mais on estime désormais que le nombre réel de nouveaux cas était alors plus proche des 100 000 par jour, la plupart asymptomatiques. On pratique désormais pas moins de 90 000 tests chaque jour, cinq fois plus qu’en avril donc, et on détecte de l’ordre de 5 000 nouveaux cas par jour, ce qui montre que le taux de prévalence de la maladie reste donc très inférieur à celui observé au printemps, et avec surtout un niveau de gravité qui n’est plus du tout comparable.

Visuel du collectif appelant à manifester contre le port du masque obligatoire (source © Covidinfos.net)

C’est d’ailleurs ce constat qui est à l’origine de mouvements de protestation contre le port du masque rendu obligatoire alors qu’il est perçu par certains comme une mesure attentatoire aux libertés individuelles. On a ainsi vu apparaître quelques centaines de personnes manifester, le samedi 29 août à Paris, contre « le port du masque obligatoire et les violences sanitaires », considérant qu’il s’agit rien de mois que l’expression de « la coercition et l’oppression du pouvoir en place »…

Un mouvement qui déborde d’ailleurs largement les frontières nationales puisqu’on a vu à Berlin une manifestation qui a rassemblé le 1er août dernier au moins 20 000 personnes (1,3 million selon les organisateurs qui semblent compter large…). Selon le Huffington Post, les manifestants, qui avaient été rappelés à l’ordre à plusieurs reprises par la police du fait de leur absence totale de respect des règles de distanciation sociale – et pour cause ! – étaient un assemblage assez hétéroclite de libres penseurs, de militants anti-vaccins, de conspirationnistes et de sympathisants d’extrême droite. Des militants en tout cas bien décidé à récidiver et qui ont de nouveau appelé à manifester le 29 août, toujours à Berlin, un rassemblement interdit par la Ville mais finalement autorisé par la Justice selon Le Figaro.

Manifestation anti-masques à Berlin, le 1er août 2020 (photo © John MacDougall / AFP / Europe 1)

On peut penser ce qu’on veut de cette propension des autorités sanitaires à imposer le port du masque dans les espaces publics, une mesure sans doute excessive et dont l’objectif est peut-être avant tout de rassurer pour permettre à la population de poursuivre ses activités malgré l’épidémie toujours bien présente. De là à organiser des manifestations pour protester contre de telles mesures de santé publique, au risque de contribuer, par de tels rassemblements non protégés, à favoriser la propagation de la maladie, il y a un pas qu’il paraît bien difficile de justifier et qui dénote pour le moins une absence totale de sens des responsabilités et de gestion des risques. La liberté mérite d’être protégée certes, mais elle ne consiste pas pour autant à mettre en danger la vie d’autrui…

L. V.

Canicule : c’est reparti comme en 2003 ?

10 août 2020

La une du Parisien du jeudi 14 août 2003 (source © Le Parisien)

Déjà en juin 2019, alors que les services météorologiques annonçaient une forte vague de chaleur, les journaux titraient, à l’instar du Parisien, « Canicule : une semaine pire qu’en 2003 ? ». Et voilà que l’on voit refleurir dans les médias exactement la même alerte à l’occasion du nouvel épisode caniculaire qui s’est installé sur la France, alors que Météo France plaçait, samedi 8 août 2020, 14 départements en alerte rouge canicule. Le site tameteo.com titre ainsi : « Doit-on craindre la même canicule qu’en 2003 ? ».

Il faut dire que cette canicule qui a sévi pendant 15 jours début août 2003, bien que passée relativement inaperçue dans les médias à l’époque comme le relève fort justement André Larané, sur le site Herodote.net, a fait des dégâts et a laissé des traces. La température y a atteint des records avec 44,1 °C notamment enregistré le 12 août 2003 à Conqueyrac dans le Gard, plus de 40 °C à Auxerre à sept reprises et 9 jours au-delà de 35 °C à Paris même, où les nuits ont été particulièrement étouffantes en centre ville.

Pièce climatisée ou chambre froide : l’arme fatale des EHPAD contre la canicule…(dessin © Félé-dessin Blog)

Des conditions très éprouvantes pour les organismes et qui se sont traduites par une véritable hécatombe auprès des personnes âgées avec probablement près de 20 000 décès supplémentaires liés plus ou moins directement à cette vague de chaleur inhabituelle. Dès le 8 août, la Direction Générale de la Santé publie un communiqué sur les risques de déshydratation encourus par les vieillards, les nourrissons et les personnes vulnérables tandis que le surlendemain, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, alors inconnu du public, alarme les médias en avançant le chiffre d’une cinquantaine de morts par déshydratation en île-de-France au cours de la semaine précédente. Il s’avérera que les jours les plus meurtriers ont été les 11 et 12 août 2003, alors que le pic de chaleur se conjugue à des concentrations excessivement élevées en dioxyde d’azote et en ozone dans l’atmosphère des grandes villes.

Le gouvernement à l’époque avait tardé à prendre conscience de cette situation, comme d’ailleurs dans d’autres pays européens, notamment en Italie où il fallu attendre 2005 pour que le pays reconnaisse une surmortalité comparable à celle de la France. Les images du ministre de la santé de l’époque, le médecin marseillais Jean-François Mattei, interviewé au bord de sa piscine le 10 août 2003, lui coûteront d’ailleurs son poste et il ne sera pas reconduit dans le nouveau gouvernement Raffarin constitué en mars 2004.

Campagne municipale d’information durant la canicule de 2019 (source © Commune de Veauche, dans la Loire)

Depuis, l’été 2019 a fait tomber bien d’autres records de température. Météo France n’a pas hésité ainsi à placer 78 départements en alerte canicule orange le 26 juin 2019. La session du Brevet des collèges, prévue les 27 et 28 juin a été reportée à cause de la chaleur. Le 28 juin 2019, le thermomètre indique 46 °C à Vérargues, dans l’Hérault, record absolu de température jamais enregistré en France. Il atteint le même jour 43,5 °C à Montpellier et 44,3 °C à Carpentras, tandis que l’on enregistre, le 25 juillet de la même année, un autre record de 42,6 °C à Paris et de 40,5 °C à Lille…

Contrairement à 2003, le risque sanitaire concernant les personnes les plus fragiles a été mieux pris en compte et il semble que, depuis l’épisode de 2003, l’on n’ait pas enregistré une telle surmortalité liée aux épisodes de canicule en particulier dans les établissements accueillant des personnes âgées. Cette surmortalité ne dépasserait pas 1500 personnes durant l’été 2019. Mais l’analyse historique réalisée notamment par Emmanuel Le Roy Ladurie dans son célèbre ouvrage Histoire du climat depuis l’an mil, montre que les canicules historiques qui ont frappé notre pays bien avant 2003 n’étaient pas indolores, loin s’en faut.

A l’époque, on pourrait penser que le risque principal causé par les pics de chaleur estivaux était surtout la perte des récoltes dû à la sécheresse. Mais avec le recul, il semble en réalité que les faibles rendements à l’origine de véritables disettes étaient beaucoup plus consécutifs aux étés pourris et pluvieux qu’aux périodes de canicules. Un terrible orage comme celui du 13 juillet 1788 faisait alors beaucoup plus de dégâts qu’une vague de chaleur en détruisant une part significative des récoltes de céréales et sa survenance explique en partie le climat de révolte qui préside la période révolutionnaire.

Famine consécutive à une période de sécheresse : gravure du XIXe siècle (source © DeuxSèvres79)

En revanche, les vagues de canicules, provoquant le tarissement des puits et des cours d’eau, avaient alors des connaissances sanitaires redoutables : l’eau devenue rare et souvent croupie permet le développement des germes pathogènes et la dysenterie fait alors des ravages en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants. En 1636, l’année où Corneille écrit Le Cid, Paris et tout le nord de la France sont frappés par un été caniculaire particulièrement torride dont on estime qu’il serait à l’origine d’environ 500 000 morts : une véritable hécatombe, sans comparaison avec ce qu’on a connu en 2003, d’autant qu’à l’époque la France comptait trois fois moins d’habitants que de nos jours !

La canicule parisienne, caricature à la une du Petit Journal le 9 septembre 1895 (source © BNF Paris / Hérodote)

En 1718 et 1719, deux étés très secs se succèdent et on estime le nombre de morts à 700 000 dont 450 000 pour la seule année 1719 où les vagues de chaleurs se succèdent sans discontinuer de juin à septembre et où les chroniqueurs signalent même des nuées de criquets qui ravagent les cultures jusqu’en Normandie. La Seine atteint alors son niveau le plus bas à Paris. Et d’autres été caniculaires surviennent en 1747 et 1779, faisant chacun encore de l’ordre de 200 000 morts, toujours principalement parmi les enfants en bas âge.

Plus près de nous, en 1911, une forte vague de chaleur sévit en France du 5 juillet au 13 septembre. En août, les 35 °C sont dépassés plusieurs jours consécutifs à Paris. Selon la démographe Catherine Rollet, on observe durant cette canicule une surmortalité de 40 000 personnes dont 29 000 nourrissons, alors particulièrement suivis par les inspecteurs des enfants du premier âge, chargés de la surveillance des enfants placés en nourrice à la campagne. Un biais cognitif qui met en exergue ces décès liés notamment aux insolations et aux diarrhées des plus jeunes, lesquelles restent encore redoutables pour les nouveaux nés, mais aussi les effets indirects d’une épidémie de fièvre aphteuse dans les régions d’élevage laitier, entraînant des pénuries de lait qui sont à l’origine de nombreux décès d’enfants en bas âge que l’on nourrit alors avec des produits de substitution mal adaptés.

Une victime d’insolation à la une du Petit Journal le 13 août 1911 (source © Leemage / Le Parisien)

A l’issue de ces observations, une vaste campagne de sensibilisation axée sur la prévention des maladies infantiles est lancée, laquelle portera ses fruits puisque la vague de canicule de l’été 1947 ne met pas en évidence de forte surmortalité infantile. Mais il faudra attendre 2003 pour que les pouvoirs publics prennent conscience que désormais les canicules sont aussi très dangereuses pour les personnes âgées avec des risques de déshydratation mortelle, un phénomène qui était jusque-là sans doute resté masqué par les effets nettement prédominants sur les nourrissons. A chaque crise son enseignement…

L. V.

Métropole : les élus locaux à la manœuvre…

11 juillet 2020

En démocratie comme dans le secteur ferroviaire, la prudence est de mise : comme pour les trains, une élection peut en cacher une autre… L’année 2020 n’aura pas fait exception à la règle avec cette série d’élections à la tête des intercommunalités qui vient de se dérouler en toute discrétion, quelques jours après le deuxième tour des municipales. Déjà que ces dernières n’avaient pas rencontré un grand succès en termes de participation citoyenne avec un taux d’abstention jamais rencontré, au premier comme au deuxième tour… Et pourtant, l’élection du maire et de son conseil municipal constituent l’un des moments forts de la démocratie à la française, les citoyens restant très attachés à la figure tutélaire du Maire comme à celle du Président de la République.

Mais on ne peut guère en dire autant de l’intercommunalité qui, bien que trustant désormais la quasi totalité des compétences liées à la démocratie de proximité, reste le parent pauvre de la démocratie locale. Le fait est que, malgré le système de fléchage mis en place pour la désignation des élus communautaires, l’élection ne se fait pas au scrutin direct. Le citoyen est donc largement tenu à l’écart des tractations qui aboutissent à l’élection du Président et des Vice-Présidents des quelques 1258 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre qui se partagent désormais entre métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes. De quoi laisser la voie libre à bien des arrangements entre élus locaux qui ne vont pas toujours dans le sens de l’intérêt public du territoire…

Martine Vassal réélue à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Trois exemples pour l’illustrer…

Dans la métropole Aix-Marseille-Provence tout d’abord où Martine Vassal vient d’être réélue Présidente dès le premier tour de scrutin le jeudi 9 juillet 2020, alors même qu’elle avait perdu son pari de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille et qu’elle avait été très sévèrement battue par une quasi inconnue dans son fief pourtant acquis de longue date à la droite. Certes la droite était largement majoritaire dans ce nouveau conseil métropolitain issu des élections municipales du 15 mars et du 28 juin 2020, avec, selon les analystes, 109 élus classés à droite et seulement 90 se revendiquant de gauche, les autres étant considérés comme sans étiquette, centriste ou En Marche, sans compter les 8 élus du Rassemblement national marseillais.

Mais la surprise a été néanmoins de constater que Martine Vassal a été réélue avec pas moins de 145 voix tandis que le candidat de la gauche, le maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, qui présentait un véritable projet métropolitain, ne recueillait que 61 voix sur son nom. Le maire LREM de la Roque d’Anthéron, Jean-Pierre Serrus, fortement impliqué jusque là dans le schéma de développement des mobilité sur l’espace métropolitain, était lui aussi balayé avec seulement 22 suffrages en sa faveur. Le RN Stéphane Ravier pouvait quant à lui se consoler de recueillir deux voix de plus que ce que lui promettait son propre camp…

Répartition des élus communautaires à la métropole Aix-Marseille-Provence (source © France 3)

Cette élection n’a guère été relayée par les médias malgré l’enjeu colossal que représente le fonctionnement de la Métropole avec son budget annuel de 4,8 milliards d’euros, ses 7 500 agents territoriaux et surtout l’étendue des compétences qu’elle détient. En toute discrétion, puisque le vote s’est fait à bulletin secret, la plupart des représentants, dont près de la moitié sont les maires des 92 communes du territoire métropolitain (78 d’entre eux étant l’unique représentant de leur commune, comme c’est le cas à Carnoux par exemple) ont donc choisi de reconduire Martine Vassal qui présente l’immense avantage à leurs yeux de détenir à la fois le carnet de chèque du Département et de la Métropole…

Les maires du groupe EPIC au conseil métropolitain, dont Jean-Pierre Giorgi, soutiens inconditionnels de Martine Vassal (photo © EPIC Métropole Facebook / GoMet)

En d’autres termes, pour l’ensemble des élus locaux du territoire, la Métropole n’est donc pas un outil d’intégration et de mise en cohérence des politiques publiques à l’échelle du territoire métropolitain mais simplement un guichet unique technique et financier qui leur permet d’assouvir leurs propres ambitions locales. Comme le regrette Jacques Boulesteix, ancien Président du Conseil de Développement de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et désormais élus d’opposition à Carnoux, dans une tribune publiée notamment sur GoMet et sur le site Carnoux Citoyenne, « la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général »…

L’opinion publique, à l’occasion de ces élections municipale a montré qu’elle était fortement réceptive aux enjeux environnementaux et aux questions de mobilité urbaine, de l’aménagement du territoire, du maillage des services publics ou encore de la gestion durable des ressources en eau, qui tous figurent au cœur des compétences métropolitaines. A Marseille, qui regroupe à elle-seule près de la moitié des habitants du territoire métropolitain, ces récentes élections municipales ont été marquées par une très nette volonté de changement avec l’émergence d’un mouvement écologiste et citoyen désormais aux commandes de l’exécutif communal. Mais les élus métropolitains ont fait la sourde oreille à cette volonté d’inflexion des politiques publiques et ont préféré reconduire Martine Vassal massivement soutenue par les maires des communes périphériques qui se partagent donc les vice-présidences en attendant de se partager les subventions…La rénovation des écoles et du centre-ville dégradé de Marseille ainsi que le développement des transports publics métropolitaines attendront encore un peu !

Patrick Ollier, réélu président de la métropole du Grand Paris le 9 juillet 2020. (photo ©Twitter / GrandParisMGP / Actu.fr)

A Paris, le paysage n’est finalement pas si différent avec, là aussi des arrangements entre élus qui ne se préoccupent guère ni du résultat des élections municipales ni forcément du développement du territoire métropolitain. Comme à Marseille, la part des investissements véritablement communautaires reste marginale dans le fonctionnement de la Métropole qui reste d’abord et avant tout un outil de redistribution de l’argent public en direction des communes. A Paris comme à Marseille, la droite est largement majoritaire au sein du conseil communautaire bien que la ville centre soit également aux mains d’une coalition de gauche dirigée par Anne Hidalgo.

Assurée de sa victoire, la droite s’était payée le luxe de procéder à une primaire pour se choisir son champion, en la personne de Vincent Jeanbrun, un maire du Val-de-Marne très proche de Valérie Pécresse dont l’objectif avoué est de faire disparaître la Métropole qui fait de l’ombre à la région Ile-de-France. Sévèrement battu à la primaire, Patrick Ollier a néanmoins été reconduit à la présidence de la Métropole du Grand Paris alors qu’il ne s’était même pas présenté au premier tour de scrutin. Une élection surprise qui n’aurait bien évidemment pas été imaginable si le scrutin avait eu lieu dans le cadre d’un suffrage direct…

Cécile Helle, maire d’Avignon mais pas du Grand Avignon… (source © Ville d’Avignon)

Et on pourrait multiplier ainsi les exemples de ces exécutifs communautaires issus de tractations entre élus locaux au mépris total de la volonté initiale des électeurs et dans lesquels jouent surtout des règlements de comptes entre barons locaux et des rivalités entre communes voisines pour la répartition des subventions publiques.

Citons ainsi le cas de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon. Bien que largement réélue à la tête d’Avignon, la socialiste Cécile Helle a échoué pour la deuxième fois à prendre la tête de l’intercommunalité qui échoit au maire de Vedène, élu avec l’appui des voix du Rassemblement national. Un schéma que l’on retrouve dans bien d’autres intercommunalités où les maires des communes périphériques ont tendance à s’allier contre la candidature du représentant de la ville centre, histoire de se partager le fromage des subventions communautaires. La défense de l’intérêt général ne peut pas tout régir…

L. V.

Covid-19 : Panoramix et la potion magique

29 mars 2020

En ces temps de confinement généralisé pour cause d’immobilisation générale, les Français ont la chance de vivre en direct un combat de titans, un duel enflammé entre deux druides aux pouvoirs surnaturels, une épopée qui fera date dans l’Histoire, une bataille homérique, de celles qui frappent les esprits et divisent la Nation entre deux clans irréductibles et irréconciliables.

Un dessin signé Chapatte

Il faut dire que le contexte s’y prête. En ces temps troublés où notre Président de la République n’arrête pas de répéter que « nous sommes en guerre« , alors que la peur ancestrale des grandes épidémies qui déciment périodiquement l’humanité resurgit brusquement de la nuit des temps, chacun a les nerfs à fleur de peau et la période est propice à déchaîner ce type de passion.

Cette querelle qui embrase les Français depuis plusieurs jours alors que les chiffres des victimes du Covid-19 n’arrêtent pas d’augmenter inexorablement, jour après jour, opposent deux scientifiques, deux médecins, chacun bien au fait de son sujet mais qui n’ont manifestement pas la même vision des choses.

Pour faire simple, et sans être manichéen ni prétendre à quelque analogie que ce soit avec le monde footballistique, disons qu’il y a d’un côté les Marseillais et de l’autre les Parisiens, pour ne pas dire un petit village d’irréductibles gaulois massaliotes en guerre contre le pouvoir central de Lutèce, du moins si l’on en croit les médias qui montent l’affaire en épingle.

Didier Raoult, dans son bureau de l’hôpital de la Timone (photo © Georges Robert / La Provence / Maxppp)

Comme il se doit, le héraut du clan gaulois de province est une sorte de druide tout droit sorti d’un monde mythologique révolu, aux faux airs du Gandalf de la Terre du milieu imaginé par Tolkien, une sorte de Panoramix aux longs cheveux et à la barbe blanche. Sa potion magique à lui s’appelle la chloroquine. Une molécule de synthèse dérivée de la quinine, commercialisée depuis 1947 comme antipaludéen et vendu en France depuis 1949 sous le nom de Nivaquine. Longtemps utilisée en prophylaxie du paludisme, cette molécule est néanmoins considérée comme potentiellement mortelle même à dose relativement faible et ses effets secondaires, cardiaques comme neurologiques, sont importants.

Depuis les années 1960, les chercheurs ont remarqué que la chloroquine et son dérivé moins dangereux l’hydroxychloroquine présentaient un effet antiviral intéressant mais difficile à reproduire in vitro et encore moins à expliquer. Les médecins chinois de Wuhan, confrontés au nouveau coronavirus, ont donc naturellement testé cette molécule, apparemment efficace sur une culture de cellule. Leur essai clinique mené sur 15 personnes s’est néanmoins révélé plutôt décevant puisque 13 patients traités ont vu leur charge virale diminuée mais un a vu son état s’aggraver alors que, dans le groupe témoin à qui avait été administré un placébo, 14 patients ont vu leur état s’améliorer.

Un dessin signé Alex

Mais le professeur Didier Raoult, professeur en microbiologie à l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille, qu’il a lui-même fondé avec l’aide d’une subvention de 72,3 millions d’euros, la plus élevée jamais accordée en France pour la recherche médicale, est persuadé que l’association azithromycine – hydroxychloroquine, est la panacée pour guérir le Covid-19 et il le clame haut et fort sur tous les plateaux télés, largement relayé par de nombreux responsables politiques qui sont justement passés entre ses mains.

Il a même écrit, en quelques semaines seulement, un livre de circonstance qu’il vient de publier, le 23 mars 2020 aux éditions Michel Lafon et qu’il a intitulé sobrement Épidémies : vrais dangers et fausses alertes. Il y expose les résultats de son propre essai clinique qui concerne 20 patients seulement, sans contre-indication connue à la chloroquine.

Des résultats qu’il présente comme « prometteurs » bien que l’un des patients soit décédé et 5 sortis de l’essai pour passage en soins intensifs, mais des résultats qui sont fortement contestés par une large partie de la communauté scientifique française. Depuis, une nouvelle salve de résultats cliniques ont été rendus publics, sur 80 patients cette fois, dont 78 ont pu quitter les soins intensifs au bout de 5 jours, selon un article du Parisien en date du 28 mars 2020. Ce qui permet au professeur marseillais de plastronner dans la presse, notamment dans le Parisien, se permettant même de remettre en cause la stratégie nationale de lutte contre le Covid-19, affirmant par exemple que le confinement ne sert à rien et est peut-être même contre-productif : «  jamais on n’a pratiqué ainsi à l’époque moderne. On faisait ça au XIXe siècle pour le choléra à Marseille. L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne. C’est de l’improvisation sociale et on n’en mesure pas du tout les effets collatéraux ». De quoi faire grincer les dents des responsables de la politique publique de prévention…

Il faut bien reconnaître qu’avec ce genre de propos, notre Panoramix marseillais n’a pas que des amis dans le milieu médical national. Il a notamment un ennemi intime et de longue date, un certain Yves Lévy, qui n’est autre que l’époux d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la santé, laquelle a brusquement laissé tombé sa fonction en pleine crise sanitaire de pandémie mondiale pour se présenter comme candidate à la mairie de Paris où elle s’est d’ailleurs pris une veste mémorable à l’issue du premier tour…

Yves Lévy avec son épouse Agnès Buzyn (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Yves Lévy est un immunologue spécialisé dans le VIH et qui a passé une bonne partie de sa carrière à rechercher un vaccin contre le sida, ce qui lui a attiré les sarcasmes de son confrère Didier Raoult, persuadé que les spécificités mêmes du VIH rendent cette quête impossible et qui l’a fait savoir bruyamment : « C’est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n’arrivera pas »...

Il faut dire que le professeur Raoult, sous ses faux airs de sage Gandalf, a une assez haute opinion de lui-même et n’est pas forcément très charitable avec ses confrères surtout parisiens. Selon Marianne, « le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d’être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site Expert scape, a un « goût prononcé pour l’irrévérence et l’affrontement, souffle l’un de ses proches ». Pour le dire vite, Didier Raoult ne supporte pas les instances en charge de la recherche médicale en France et ne se gêne pas pour le dire haut et fort en termes peu diplomatiques : « Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m’en fiche, ma cour de jeu n’est pas la France mais le monde ».

Un Panoramix moderne qui ne brille donc pas par sa modestie, et qui, même dans le domaine des microbes, s’intéresse d’abord à ce qui sort du lot, s’étant notamment fait une spécialité de l’étude des virus géants, dont le fameux Marseillevirus que son équipe a découvert… Un expert en tout cas qui a son avis sur tout, y compris sur l’actualité politique et même le changement climatique, estimant, dans un article du point en 2014, qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998 » et concluant allègrement que «le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable ».

On se gardera bien de prendre parti dans cette récente querelle d’experts au sujet du rôle potentiel de l’hydrochloraquine dans le traitement du Covid-19, d’autant qu’il est trop tôt pour trancher puisque les résultats des essais cliniques lancés au niveau européen ne seront connus que dans plusieurs semaines, ce qui a d’ailleurs le don d’agacer notre druide phocéen qui, toujours selon Marianne envoie balader magistralement les sommités de la recherche médicale française : « l‘Inserm, aujourd’hui, je m’en fous » tout comme celles qui participent au fameux Conseil scientifique : « Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c’est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous ».

L’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, inauguré en 2018, après de sombres attaques pour harcèlement en son sein (photo © Gomet)

Ambiance, ambiance… En réalité, si les tensions sont aussi fortes entre ces deux hommes que tout oppose, c’est que leurs intérêts se sont heurtés. Nommé en 2014 directeur général de l’INSERM, Yves Lévy s’est en effet efforcé de faire revenir dans le giron de cet organisme national les Instituts hospitalouniversitaires (IHU) qui avaient été créés sous la forme de fondations afin de pouvoir drainer d’importants fonds privés. Didier Raoult s’est trouvé alors en première ligne pour défendre ce modèle des IHU indépendants des instances nationales de recherche et notamment celui de Marseille qu’il a fondé et dans lequel il a transféré ses laboratoires en 2018, un IHU auquel Yves Lévy a retiré le label du CNRS en 2018, juste avant de quitter la tête de l’INSERM pour venir pantoufler au Conseil d’État, de quoi agacer encore un peu plus son cher confrère marseillais, si cela pouvait encore être possible.

La France est en guerre, mais il est rassurant de constater que cela n’empêche pas nos compatriotes, même aux plus hautes responsabilités, de se livrer à quelques petites chamailleries de bon aloi, signe que l’atavisme gaulois garde une certaine vitalité…

L. V.

Municipales 2020 : un premier tour atypique…

18 mars 2020

Décidément, les élections municipales se suivent et ne se ressemblent pas. On se doutait bien que celles de mars 2020 présenteraient un caractère un peu particulier, intervenant trois ans seulement après la victoire inattendue d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, suivi d’un triomphe de son tout nouveau parti, La République en Marche (LREM), aux législatives de juin 2017, qui avaient envoyé à l’Assemblée Nationale des cohortes de parfaits inconnus se disant « en même temps » à gauche et à droite, mais surtout du « nouveau monde ». Ne disposant pas, à ce jour, d’un véritable ancrage local et ayant subi de plein fouet la crise violente des Gilets jaunes et d’une critique de fond contre « le Président des Riches », le parti gouvernemental était prévenu par tout le monde qu’il pouvait s’attendre à une belle déculottée…

Les municipales 2020 à Paris : un chemin de croix pour LREM… (dessin signé © KAK / L’Opinion)

De ce point de vue, les observateurs n’ont pas été déçus, même si quelques candidats ont bien tiré leur épingle du jeu, à l’instar du Ministre de la Culture, Franck Riester ou de son collègue des Comptes Publics, Gérald Darmanin, tous deux élus dès le premier tour dans leur fief respectif de Coulommiers et de Tourcoing. Le Premier Ministre lui-même, Édouard Philippe, n’a pas réussi à s’imposer dès le premier tour au Havre. A Paris, les listes LREM conduites par Agnès Buzyn n’arrivent qu’en troisième position avec un peu plus de 17 % seulement, loin derrière Anne Hidalgo qui est créditée de plus de 29 % des suffrages sur l’ensemble de la capitale. Et à Marseille, la liste LREM défendue par Yvon Berland, n’a obtenu que moins de 8 % des suffrages exprimés et n’est en position de se maintenir que dans le 4ème secteur (6e et 8e arrondissements), avec à peine plus de 12 % des voix…

Un scrutin sous la menace du Covid-19 : dépouillement du 1er tour à Strasbourg (photo © Frederick Florin / AFP / Le Monde)

Mais c’est surtout l’ombre de l’épidémie de Covid-19 qui a fortement marqué ce premier tour des élections municipales. La plupart des meetings de campagne qui jalonnent traditionnellement la dernière semaine ayant été annulés in extremis, beaucoup s’étaient persuadés que ces élections seraient repoussées. La décision prise de maintenir le premier tour malgré le risque sanitaire a manifestement surpris plus d’un électeur et explique largement la participation exceptionnellement faible enregistrée dans la majorité des bureaux de vote. Avec un taux de participation de 44,6 % seulement en moyenne nationale, c’est la première fois qu’on enregistre une telle désaffection pour des élections municipales qui restent les favorites des Français. En 1983, ce taux était encore de 78 % et n’arrête pas de baisser depuis mais il dépassait encore 64 % lors du dernier scrutin en 2014 : la chute est brutale et plus que préoccupante pour l’état de notre démocratie…

Les près de 10 000 communes où le taux d’abstention a dépassé 50 % le 15 mars 2020 (infographie source © France TV info)

Dans un tel contexte, les surprises sont nombreuses. D’abord, et quoi qu’on en dise, le Rassemblement National (RN) et ses alliés, bien que présent dans nettement moins de communes qu’en 2014, restent à un niveau élevé. David Rachline a été confortablement réélu à Fréjus dès le premier tour, de même que Steeve Brivois à Hénin-Beaumont ou Robert Ménard à Béziers.

Les écologistes ont de leur côté effectué une belle percée lors de ce scrutin, ce qui confirme que leurs idées commencent à rencontrer un certain écho dans la population, surtout dans les grandes villes. Plusieurs d’entre eux sont arrivés largement en tête à l’issue du premier tour. C’est le cas notamment d’Eric Piolle qui devrait être réélu sans difficulté à Grenoble, mais aussi de Grégory Doucet qui crée la surprise à Lyon, ou encore d’Anne Vignot à Besançon ou de Jeanne Barseghian à Strasbourg, tandis que des écologistes sont bien placés en deuxième position à Rennes, Bordeaux, Toulouse ou encore Rouen.

Michèle Rubirola crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour des municipales à Marseille (photo © Nicolas Vallauri / MAXPPP / France 3 régions)

A Marseille, c’est aussi une écologiste qui a fait sensation en arrivant en tête du 1er tour avec 23,4 % des voix sur l’ensemble des secteurs, contre 22,3 % à Martine Vassal que tous les sondages de La Provence plaçaient pourtant largement en tête et dont les affiches avaient été placardées sur tous les espaces disponibles de la ville par des armées de mercenaires zélés. Les listes du Printemps Marseillais, conduites par Michèle Rubirola, arrivent en tête dans 3 des 8 secteurs de la ville, tandis que Samia Ghali est bien placée dans le 15-16 et Stéphane Ravier (RN) en bonne position dans le 13-14.

Rien n’est encore joué pourtant car pour l’heure on ne sait même pas à quelle date se déroulera le second tour de cette élection totalement perturbée par la crise sanitaire que traverse la France et qui justifie des mesures de confinement totalement exceptionnelles : du jamais vu sous la 5ème République ! De l’eau va couler sous les ponts d’ici là et pour l’instant tout le monde à la tête ailleurs, à commencer par la candidate Martine Vassal, que La Provence a annoncé diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est actuellement hospitalisée dans un état sérieux.

Malgré les circonstances très inhabituelles de ce scrutin et le taux d’abstention record qui a caractérisé ce premier tour, il est néanmoins remarquable de constater que plus de 30 000 communes françaises sont d’ores et déjà pourvu d’un nouveau conseil municipal élu dès le 15 mars 2020. Le deuxième tour, lorsqu’il aura lieu, ne concernera plus qu’environ 16 millions d’électeurs…

Carnoux fait partie de ces communes où un second tour ne sera pas nécessaire, le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi ayant été réélu sans surprise pour son quatrième mandat d’affilé, avec 67,5 % des suffrages exprimés. Son challenger, Gilles Di Rosa, a perdu son pari, avec à peine plus de 16 % des voix, et ne conservera plus que deux élus au conseil municipal, là où il en avait quatre. Quant à la liste citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par Jacques Boulesteix, elle fait une belle percée avec près de 16 % et obtient elle-aussi deux sièges dans le nouveau conseil municipal.

Le maire du Rove, Georges Rosso, réélu dès le 1er tour à plus de 90 ans (photo © David Rossi / La Provence)

Le maire sortant de Carnoux n’est pas le seul du secteur à avoir été facilement réélu dès le premier tour dans une telle ambiance fortement anxiogène que le Chef de l’État lui-même assimile à un état de guerre et qui incite chacun à se regrouper derrière la figure protectrice du premier magistrat de la commune. Danièle Millon à Cassis, Roland Giberti à Gémenos, Gaby Charroux à Martigues, Eric Le Dissès à Marignane ou encore François Bernardini à Istres ont ainsi retrouvé leur fauteuil de maire sans la moindre difficulté, de même que le maire sortant du Rove, le communiste Georges Rosso qui, à 91 ans, vient de se faire réélire haut la main pour son huitième mandat consécutif : un exemple pour le maire de Carnoux ?

L. V.

Métropole lyonnaise : modèle ou exception ?

16 mai 2019

L’organisation territoriale française n’en finit pas d’évoluer et semble encore bien loin de se stabiliser. Initiées en 2009 à l’initiative de François Fillon alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, les métropoles étaient supposées devenir des collectivités territoriales à part entière, regroupant sur leur territoire les compétences de l’intercommunalité, du Département et même partiellement de la Région. Une vision particulièrement intégratrice donc, mais largement mise à mal dans sa traduction législative au travers des lois finalement adoptées en 2010, 2014, 2015 et 2017.

Carte des métropoles française au 1er janvier 2018 (source : Wikipedia)

Dix ans plus tard, la situation est pour le moins confuse… On dénombre à ce jour 22 métropoles françaises, soit plus du double de ce qui était imaginé à l’époque. La première d’entre elles, créée au 31 décembre 2011, celle de Nice, a été la seule à se constituer de manière volontaire en application de la loi de 2010, par fusion entre la communauté urbaine et 3 communautés d’agglomération. Neuf autres ont suivi en 2015, créée automatiquement dans des pôles urbains de plus de 650 000 habitants, à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. La loi de 2017 a permis d’élargir cette création à des pôles urbains plus modestes et de créer 9 métropoles supplémentaires qui concernent les agglomérations de Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz, Tours, Brest et Nancy.

Territoires respectifs de la Métropole de Lyon et du Département résiduel du Rhône

A ces 19 métropoles de droit commun, s’est ajoutée à partir du 1er janvier 2015 celle de Lyon, la seule qui possède le statut de collectivité territoriale à part entière car créée par fusion entre un établissement public de coopération intercommunale, l’ancienne Communauté urbaine du Grand Lyon, et une large partie du Département du Rhône, ce dernier se réduisant désormais à sa portion congrue limitée aux seuls territoires restés en dehors de la métropole lyonnaise. Cette métropole de Lyon est pour l’instant la seule à rassembler, sur son territoire, un aussi large panel de compétences puisqu’elle a récupéré toutes celles qu’exerçait l’ancien Conseil départemental avant son repli territorial.

Ce n’est pas du tout les cas des deux dernières métropoles existantes, créées toutes les deux au 1er janvier 2016 et qui pour l’instant font figures de bricolage inachevé, à savoir celles du Grand Paris et celle d’Aix-Marseille-Provence. Dans les deux cas en effet, de fortes résistances se sont exprimées pour maintenir un échelon supplémentaire, sous forme d’établissements publics territoriaux, niveau intermédiaire entre les Communes et la Métropole, tandis que les Départements comme la Région gardaient toutes leurs prérogatives.

Sur l’aire marseillaise où le Conseil départemental des Bouches-du Rhône et la Métropole sont désormais dirigés par la même personne, en l’occurrence Martine Vassal, une fusion des deux structures commence à se dessiner, même si cela suppose de régler le sort des 29 communes de la partie arlésienne du Département, jusqu’à présent hors Métropole, soit en envisageant de réduire le Département à cette seule zone sur le modèle lyonnais, soit en la rattachant à l’aire métropolitaine qui engloberait dans cette hypothèse la totalité de l’actuel Département des Bouches-du-Rhône.

Les communes des Bouches-du-Rhône hors territoire métropolitain (source infographie © La Provence)

C’est dire si le modèle lyonnais est scruté à la loupe même si la plupart des autres métropoles refusent catégoriquement jusqu’à présent et pour différentes raisons, une éventuelle fusion avec leur Département. En novembre 2017, la Cour des Comptes s’était déjà penchée sur le sujet dans son rapport sur les finances publiques locales dont tout un chapitre était consacré à l’état d’avancement de la réforme territoriale, les magistrats conseillant d’ « évaluer le caractère reproductible de la création de la métropole de Lyon à partir d’un bilan en termes d’efficacité  et d’efficience des politiques publiques métropolitaines et départementales ». La Cour des Comptes regrettait le caractère très inachevé de la réforme puisque la quasi-totalité des métropoles ne sont que des communautés urbaines modifiées qui continuent de cohabiter avec toutes les autres strates territoriales préexistantes.

Michel Mercier et Gérard Collomb en 2014 (source © Lyon Mag)

Son souci d’évaluation en tout cas a été exaucé puisque le sujet a fait l’objet d’un rapport d’information sénatorial qui vient d’être rendu public, le 10 avril 2019 et qui analyse précisément ce qu’a apporté le processus de métropolisation à Lyon avec 4 ans de recul. Fruit de la volonté politique de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb, alors respectivement président du Département et de la Métropole, cette fusion apparaît, au yeux des sénateurs comme ayant été très positive pour le territoire puisque les finances des deux collectivités sont particulièrement saines après 4 ans d’activité. La Métropole a pu faire des économies significatives sur sa masse salariale et ses dépenses de fonctionnement. De son côté, le Département qui était empêtré dans des problème de fort endettement et d’emprunts toxiques à gérer, a pu retrouver une forte capacité d’autofinancement et de réelles marges de manœuvre.

Dessin de Lasserpe paru dans La lettre du cadre territorial en février 2019

Une opération plutôt bénéfique pour le territoire donc, mais qui n’est pas forcément reproductible ailleurs. En effet, les sénateurs mettent en évidence plusieurs éléments particulièrement favorables qui expliquent largement ce succès. Les deux collectivités jouissent d’une démographie très dynamique avec une augmentation de la population d’environ 10 % pour chacune d’elles entre 2006 et 2016, et un revenu fiscal par ménage sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale. Chacune des deux collectivité est plus riche que la moyenne des départements français et ses recettes fiscales ont fortement progressé durant les dernières années, ce qui constitue incontestablement un facteur très positif et explique largement la bonne santé financière de ces deux structures.

Réunion de l’Assemblée des Départements de France le 17 octobre 2018 à Paris (source © Public Sénat)

Rien ne prouve donc qu’une opération de fusion entre le Département des Bouches-du-Rhône et la Métropole marseillaise aboutirait à un résultat aussi favorable. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération, sous réserve qu’elle soit aussi bien préparée et accompagnée qu’elle l’a été dans le Rhône, outre qu’elle présente l’avantage d’une réelle simplification et d’une rationalisation de l’organisation territoriale locale, n’est pas non plus forcément synonyme de chaos comme le hurlent sur tous les tons et à qui veut l’entendre les élus de l’Assemblée des Départements de France qui craignent pour l’avenir de leurs structures et de leur pouvoir…

L. V.

Notre-Dame de Paris : un toit tout de suite ?

7 mai 2019

Lundi 15 avril 2019 : les Français stupéfaits découvrent en direct au JT de 20 heures les images saisissantes de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes. La toiture de cet édifice emblématique dont la charpente dans son état actuel a été posée entre 1220 et 1240, part en fumée sous les yeux médusés de millions de Français. Et dès le lendemain, au même JT de 20 h, le Président de la République, Emmanuel Macron, depuis son bureau de l’Élysée, annonce en direct que la cathédrale ravagée par le feu sera reconstruite : « Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore. Je veux que ce soit achevé d’ici cinq année ».

La cathédrale ND de Paris en flammes lundi 15 avril 2019 (photo © SIPA Press)

Cinq ans ! Le temps d’un quinquennat… Le symbole est fort L’annonce ne manque pas de panache et on en perçoit bien tout l’intérêt politique dans un monde où les annonces comptent plus que les faits, où la posture et la communication ont plus d’importance que l’action. Est-ce bien sérieux pour autant ? Honnêtement, quel maître d’ouvrage digne de ce nom peut ainsi programmer en moins de 24 heures la durée prévisionnelle d’un chantier d’une telle ampleur ? Et d’ailleurs, pourquoi 5 ans sinon pour que l’inauguration de la cathédrale ressuscitée coïncide avec l’ouverture des Jeux Olympiques de 2024 ? Encore un symbole qui en dit long sur l’ordre des priorités en matière de communication politique !

Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe, devant la cathédrale Notre-Dame, lundi 15 avril 2019 (photo © Philippe Wojazer / AFP)

Et ceci alors même que le bâtiment n’a pas encore pu être expertisé, que l’ampleur des dégâts réels n’est pas connue et que nul à cette date n’est capable d’assurer avec certitude que les murs chauffés à blanc durant l’incendie ne vont pas s’effondrer, au point d’ailleurs qu’il a fallu évacuer par sécurité un certain nombre d’immeubles avoisinant…

Le général Jean-Louis Georgelin le 26 avril 2016 à Paris (photo © Etienne Laurent / AFP.com)

Mais qu’à cela ne tienne ! L’exécutif n’a pas le temps de s’embarrasser de l’avis d’experts. C’est d’ailleurs à un militaire galonné, le général d’armée Jean-Louis Georgelin, ancien chef des opérations extérieures sur différents champs de bataille dans les Balkans comme en Afghanistan, que le Président de la République a confié la lourde tâche de mener à la baguette le chantier de reconstruction. Un homme à poigne, qui n’a pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds par les historiens de l’art et autres architectes des Bâtiments de France.

Quant à la fameuse flèche construite lors de la rénovation de l’édifice par Viollet-le-Duc en 1859, le premier ministre, Édouard Philippe, annonce que son sort sera tranché par un concours international d’architecture. Le recours aux techniques les plus modernes et aux formes architecturales les plus novatrices n’est donc pas exclu pour la reconstruction de la toiture de Notre-Dame de Paris : une preuve de plus que ce gouvernement progressiste en diable, ne reculera devant rien pour montrer qu’il est prêt à tout oser et que rien ne l’arrêtera…

Un tel volontarisme force le respect, d’autant qu’il est accompagné d’une véritable surenchère dans la course aux dons pour financer les travaux. Pour autant, on ne peut totalement s’empêcher de douter quant au réalisme d’un tel calendrier : est-il bien raisonnable de vouloir ainsi agir avec autant de précipitation et de brûler les étapes dans le seul souci de montrer son efficacité ? Certes, on se doute que les procédures réglementaires habituellement si tatillonnes dès qu’il s’agit d’intervenir sur un monument historique d’une telle importance, seront rapidement allégées et que le général 5 étoiles qui sera à la manœuvre ne se laissera pas intimidé par quelques fonctionnaires zélés.

Vue de l’intérieur de la cathédrale ND de Paris après l’incendie du 15 avril (photo © Christophe Petit Tesson / MaxPPP)

Et pourtant, on ne peut éviter de faire le parallèle avec le temps qu’il a fallu pour construire cet édifice. Décidée en 1160, lors de l’élection de Maurice de Sully comme évêque de Paris, la pose de la première pierre n’a eu lieu que trois ans plus tard, en présence du pape Alexandre III. Il fallu alors près de 20 ans pour édifier le chœur et son double déambulatoire, puis encore 10 ans pour construire les trois dernières travées de la nef et les bas-côtés, avant d’attaquer les assises de la façade et les deux premières travées de la nef. En 1250 enfin sont achevées la galerie haute et les deux tours en façade, mais les travaux se poursuivront jusqu’au début du XIVe siècle, avec notamment l’achèvement des portails, l’aménagement des chapelles du chœur et la mise en place des grands arcs-boutants du chœur et du chevet.

ND de Paris et l’ile de la Cité : extrait d’un plan de Paris vers 1510 (source © Archives nationales)

Certes, les techniques de construction ont beaucoup évolué depuis cette époque et les matériaux modernes que certains envisagent pour remplacer les milliers de poutres en chêne de la charpente et les tuiles de plomb qui constituaient la couverture de l’édifice, autorisent désormais des cadences d’approvisionnement et de mise en œuvre infiniment plus rapides. Il n’en reste pas moins qu’on peut s’interroger sur cette volonté du politique de vouloir à tout prix imprimer un rythme d’enfer dans la réalisation d’un tel chantier comme dans la mise en œuvre de réformes structurelles de nature à bouleverser certaines catégories sociales.

« Il faut qu’on laisse le temps au temps » disait François Mitterrand en 1981, répétant un vieux proverbe déjà cité par Cervantes, « Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l’échelle de l’histoire n’est pas celle des gazettes ». Une maxime que certains jeunes énarques pressés semblent avoir quelque peu oubliée…

L. V.

Un pneu d’opéra à Paris…

6 mars 2019

Jusqu’où l’art moderne ira-t-il se nicher ? Jusque sur les pilastres du grand escalier de l’Opéra Garnier sur lesquels trônent depuis le 30 décembre 2018 et pour un an seulement, deux gigantesques pneus de tracteurs !… Certes, les pneus sont dorés (en fait simplement recouvert de feuilles de cuivre mat sur un moulage en résine), mais tout de même, le mélomane ne s’attend guère à voir des pneus de tracteur dans un tel décor. Et nombreux sont ceux d’ailleurs qui ne se sont pas gênés pour exprimer leur rejet en s’épanchant sur les réseaux sociaux, devenus réceptacles du ressentiment ordinaire.

Les fameux pneus dorés dans le grand escalier de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Sur Twitter, les habitués de l’Opéra Garnier s’en sont évidemment donnés à cœur joie, évoquant pour certains « deux immondices dorés » ou se demandant s’il s’agit, en introduisant ces pneus de tracteur dans un haut-lieu de la bourgeoisie parisienne de sensibiliser cette dernière à la révolte des Gilets jaunes. « Le palais Garnier est sponsorisé par Michelin ? », s’interroge-t-on sur les réseaux sociaux, tandis que d’autres ironisent : « C’est le salon de l’auto ou quoi ? »…

Pourtant, force est de constater que ces deux gigantesques pneus de tracteurs de 2 m de diamètre, qui ont été réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Paris à l’initiative de l’artiste plasticien français Claude Lévêque, ne manquent pas d’allure dans cet immense escalier dessiné par l’architecte Charles Garnier sous le règne de Napoléon III.

Les anneaux lumineux dans la Rotonde de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

En fait, ces deux pneus sont un des éléments d’une œuvre ambitieuse dénommée Saturnales, en référence à ces fêtes romaines qui se déroulaient une semaine avant le solstice d’hiver. Outre les pneus dorés, elle comprend notamment des anneaux lumineux accrochés dans la Rotonde, toujours cette référence aux formes circulaires qui évoquent « un carrousel, une invitation à la danse, à la valse »… Mais elle intègre aussi une sorte de diadème lumineux constitué de 16 branches d’inox illuminées la nuit, qui couronne le toit de l’Opéra Bastille.

Le diadème qui ceint le toit de l’Opéra Bastille (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Car tout ceci, qui a quand même coûté la bagatelle de 200 000 €, financée dans le cadre du mécénat d’entreprise qui a le vent en poupe en ce moment, s’inscrit dans les célébrations d’un anniversaire peu commun. Il s’agit en effet de fêter à la fois les 30 ans de l’Opéra Bastille, inauguré en 1989, et les 350 ans de l’Opéra de Paris, vénérable institution qui découle en droite ligne de la compagnie française d’opéras et de ballets fondée en 1669 sous le nom d’Académie royale de musique de Paris.

Eclair de néon rouge dans la pyramide du Louvre (Photo © François Guillot / AFP / Le Monde)

C’est Stéphane Lissner, directeur général depuis juillet 2014 de l’Opéra national de Paris, qui a invité le plasticien français Claude Lévêque à œuvrer au cœur du monument en lui laissant carte blanche. Né en 1953 à Nevers, l’artiste qui vit et travaille principalement à Montreuil a acquis une renommée internationale. Il a d’ailleurs représenté la France lors de la Biennale de Venise en 2009 et en 2014 son œuvre intitulée Sous le plus grand chapiteau du monde, qui consistait à parer d’effets lumineux le musée du Louvre et la pyramide, avait beaucoup fait parler d’elle.

« Je ne suis pas un artiste de la provocation » a coutume de dire Claude Lévêque. On veut bien le croire mais pour autant, ses œuvres ne laissent pas totalement indifférent…

L. V.

Les étranges sculptures de Subodh Gupta et ses pots au lait…

10 septembre 2018

Affiche de l’exposition avec l’œuvre intitulé Very Hungry God réalisée en 2006 par Subodh Gupta

Le 26 août 2018 vient tout juste de s’achever, à l’Hôtel de la Monnaie, à Paris, ce qui restera comme la première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta. Cet artiste plasticien touche à tout, né en 1964 dans l’État déshérité du Bihar, au nord de l’Inde, a réussi en effet à se faire connaître dans le monde entier tant pour ses performances artistiques que pour ses vidéos ou ses sculptures dont une des marques de fabrique est l’utilisation d’ustensiles de cuisine métalliques, casseroles en aluminium ou pots au lait en inox…

Une de ses œuvres les plus connues est d’ailleurs son crâne géant de 6 m de haut, au nom évocateur de « Very Hungry God », que l’on pourrait traduire par « Dieu insatiable », constitué d’un assemblage hétéroclite de centaines d’instruments de cuisine en inox et en aluminium, soudés les uns aux autres. Exposée pour la première fois en 2006 dans l’église Saint-Bernard à Paris, alors occupée par un collectif de sans-papiers réclamant leur régularisation, la sculpture aussi monumentale que spectaculaire, a ensuite été racheté par la fondation de François Pinault et est, depuis, habituellement exposée devant le Palais Grassi à Venise.

God Hungry, exposée à l’église Sainte Marie-Madeleine, à Lille en 2006

Une autre de ces œuvres monumentales d’inspiration comparable, et intitulée, comme en écho à la précédente, God Hungry avait d’ailleurs été créée également en 2006 et exposée sous la coupole de l’église Sainte Marie-Madeleine à Lille, dans le cadre du festival Bombaysers. Jaillissant de la paroi sous forme de trois gigantesques cascades constituées d’un amoncellement de brocs et casseroles en inox, cette forme étrange et d’apparence incongrue était supposée faire écho au terrible tsunami qui avait ravagé les côtes de l’Océan indien le 26 décembre 2004, causant la disparition d’au moins 250 000 personnes entre l’Inde, Sri Lanka, la Thaïlande ou l’Indonésie.

« Two cows », œuvre de Subodh Gupta, exposée à l’Hôtel de la Monnaie (photo © Photo Éric Simon)

Cette utilisation d’instruments de cuisine et d’objets de la vie quotidienne indienne est très caractéristique de l’œuvre de ce plasticien déroutant comme le montre la diversité de ce qui était exposé cet été à l’Hôtel de la Monnaie : simple pâte à pain posée sur une table en bois rustique, amoncellement hétéroclite de théières et de brocs, pirogue croulant sous les jarres destinées à stocker l’eau quotidienne, porte dorée, miroirs déformant, chariot porte-bagages ou vélos rutilants chargé de bidons à lait.

Même le gigantesque arbre banian en acier inoxydable au feuillage et aux fruits constitué d’ustensiles de cuisine était présent dans la cour de l’Hôtel de la Monnaie. Intitulé « Dada » qui signifie grand-père en Hindi, cette sculpture monumentale, conservée habituellement à la National Gallery of Modern Art, à New Delhi, symbolise assez naturellement l’héritage indien profondément ancré dans une tradition séculaire, mais aussi toute la richesse et la solidité des liens familiaux, si importants dans la culture indienne.

Sculpture Dada exposée en 2014 à la National Gallery of Modern Art de Delhi

Mais le nom de cette œuvre aussi emblématique que surréaliste fait aussi bien évidemment référence au dadaïsme qui imprègne largement l’inspiration de ce plasticien indien étonnant. Le bronze noir représentant une Joconde moustachue, créé en 2010 par Subodh Gupta et intitulé « Et tu, Duchamp ? » est ainsi une référence évidente à Marcel Duchamp qui avait osé pastiché en 1919 le célèbre tableau de Léonard de Vinci en affublant Mona Lisa d’une belle paire de bacchantes et en intitulant gaillardement son tableau du titre aussi sonore que suggestif : « L.H.O.O.Q. ».

A Gauche : L.H.O.O.G de Marcel Duchamp, 1919. A Droite : Et Tu, Duchamp ? de Subodh Gupta, 2010 (source : artwiki)

De quoi rassurer ceux qui craindraient que l’art moderne, désormais largement dominé par les lois de la spéculation universelle, ne perde de son côté irrévérencieux et iconoclaste qui fait parfois son charme…

L. V. 

Déraillement de TGV à Marseille : on a peut-être frôlé la catastrophe…

25 août 2018

Vendredi 24 août, je prends le TGV pour Marseille, départ 14h37 de Paris Gare de Lyon. On est en période de vacances et la ligne est prise d’assaut comme tous les vendredis. Il s’agit d’une rame double de TGV à deux étages, soit plus de 1000 voyageurs à faire écouler en quelques dizaines de minutes à travers les portiques de sécurité qui permettent de contrôler les billets à l’embarquement.

Affluence au départ, Gare de Lyon (source : blog Olivier Razemon)

Malgré la cohorte d’agents SNCF mobilisés pour aider les voyageurs à retrouver leur billet électronique sur leur téléphone portable, ça bloque et l’on envisage déjà de tout ouvrir pour laisser passer le flot de voyageurs sans contrôle plutôt que de retarder le départ du train : les dispositifs de sécurité montrent une fois de plus leurs limites et leurs inconvénients…

Je suis en voiture 7, en tête de la rame de queue : une rame flambant neuf en livrée vermillon, c’est-à-dire grise avec les portes rouges. Le train est bondé mais, comme souvent sur cette ligne, la plupart des voyageurs descendent à Avignon et à Aix-en-Provence. L’arrivée en gare de Marseille Saint-Charles est annoncée à 18h pile. Et pour une fois, Ô miracle, on arrive à l’entrée de la gare juste au moment prévu, une minute avant l’heure d’arrivée programmée. On commence à apercevoir les immeubles qui bordent les voies à l’entrée de la gare et le train roule maintenant à faible vitesse. Certains voyageurs commencent à rassembler leurs affaires.

Brusquement, le train se met à vibrer dans tous les sens. Je m’agrippe à mon ordinateur portable qui tressaute sur la tablette devant moi et menace de glisser à terre. Les mouvements du train sont de plus en plus violents. On se croirait dans une voiture dont les pneus ont éclaté et qui roule sur les jantes. On entend des chocs sous la caisse, sans doute des pierres du ballast qui la heurtent violemment. Mes dossiers posés sur le siège à côté de moi valsent directement à terre. Manifestement le conducteur a dû actionner les freins mais, même à 30 km/h, un TGV ne s’arrête pas instantanément et il poursuit sa course folle de plus en plus hoqueteuse.

Le TGV est à côté de ses rails… (photo © CGT cheminots SMR / Provence News)

Difficile d’évaluer combien de temps cela a duré, sans doute pas plus de 30 à 40 secondes, mais qui paraissent quand même assez longues… Finalement le train commence enfin à perdre de la vitesse et finit par s’immobiliser sur les voies. Depuis la fenêtre, on voit qu’on est presque arrivé à l’extrémité des quais de la gare. Tout le monde se regarde, un peu choqué. Certains ont pensé à un tremblement de terre mais l’hypothèse d’un déraillement me parait d’emblée évidente tant l’impression était nette d’avoir roulé en dehors des rails directement sur les traverses en béton et le ballast de la voie.

Depuis l’intérieur de la voiture, il est impossible de se repérer par rapport aux rails des voies adjacentes. Dès le train immobilisé, la voix de la contrôleuse se fait entendre. Au lieu du traditionnel message mille fois entendu nous informant que « le train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, ne tentez-pas l’ouverture des portes », elle nous informe curieusement qu’un voyageur a actionné le signal d’alarme et que c’est la raison pour laquelle notre train s’est arrêté, mais qu’il repartira dans les prochaines minutes.

Les quelques voyageurs encore présents dans la voiture échangent des regards interloqués et plutôt dubitatifs. La violence des chocs ressentis avant que le train ne parvienne à stopper ne s’accorde pas vraiment avec un coup de frein même brutal consécutif à un impératif de sécurité… Quelques minutes plus tard, nous voyons passer devant la fenêtre, un petit groupe de voyageurs qui longent la voie en se dirigeant tranquillement vers la gare. Ils ont manifestement réussi à ouvrir une porte dans une voiture située plus à l’arrière et marchent jusqu’au quai, malgré la réprobation de quelques agents SNCF accourus entre temps.

La rame de queue du TGV 6145 après évacuation des passagers (extrait video © LCI)

Du coup, je récupère mes affaires et passe dans la voiture 8, celle qui est en tête de la rame. Plusieurs personnes sont massées devant la porte du bas, leurs valises à la main. La porte donne à quelques mètres seulement de l’extrémité du quai et sortir du train à cet endroit ne présente aucun danger, mais la portière reste obstinément fermée. Chacun cherche comment entrer en communication avec les agents de contrôle à bord du train pour leur demander d’ouvrir les portes. Une dame commence à composer le numéro de téléphone d’urgence pour réclamer que l’on vienne nous ouvrir, prétextant qu’elle est claustrophobe et que sa voisine vient de tomber brusquement enceinte…

De quoi détendre en effet l’atmosphère, juste au moment où un agent SNCF vient nous rejoindre, nous confirmant que le train a bel et bien déraillé et qu’on devrait effectivement finir par évacuer la rame. Il nous explique que notre voiture qui était en tête est restée assez proche des rails, guidée par la rame de tête qui, elle, n’a pas bougé, mais que les wagons en queue de train sont très largement sortis de la voie. Il suppose que c’est un aiguillage qui a été actionné au mauvais moment, juste quand la rame passait dessus. Pas très rassurant, même si sa collègue, qui le rejoint peu après, un peu pâle, nous assure qu’elle n’a jamais vu cela depuis 21 ans qu’elle fait le parcours.

La rame d’essai Paris-Strasbourg après son accident le 14novembre 2015 (photo © MaxPPP)

De fait, les déraillements de TGV ne semblent pas si fréquents même si la réputation de ce moyen de transport a fortement pâti de l’accident survenu le 14 novembre 2015 à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg, lorsqu’une rame TGV qui faisait des essais d’homologation en survitesse, avait brutalement déraillé à plus de 360 km/h avant de finir sa course folle au fond d’un canal, causant la mort de 11 personnes et faisant 21 blessés graves.

En novembre 2017, une rame de TGV avait déjà déraillé à l’occasion d’une manœuvre, avant même la mise en service de la ligne, un incident sans gravité mais qui avait déclenché des moqueries ironiques sur les réseaux sociaux. En décembre 1993, en revanche, l’alerte avait été nettement plus sérieuse lorsqu’une rame de TGV se rendant de Valenciennes à Paris avait déraillé à plus de 300 km/h peu après la gare des betteraves de Chaulnes. Le train avait alors labouré la voie pendant plus de 2 km avant de parvenir à s’immobiliser mais sans se coucher et sans heurter les pylônes latéraux, si bien que tous les voyageurs s’en étaient sorties indemnes, à l’exception de quelques blessés légers.

A Marseille, vendredi soir, l’incident a été certainement bien moins spectaculaire et aucun blessé n’a été signalé. On constate néanmoins en descendant du train, lorsque les portes s’ouvrent enfin, que les wagons de queue sont nettement en portefeuille et sont complètement sortis de la voie, empiétant même sur celle d’à côté.

Les dernières voitures de queue du TGV qui a déraillé à l’entrée de la gare de Marseille, vendredi 24 août 2018 (photo © Valérie Vrel / MaxPPP pour France TV Infos)

Je me dirige vers les autres voies pour essayer de prendre une correspondance vers Aubagne. Cela tombe bien, le train de 18h02 est encore à quai mais sans indication sur son heure de départ éventuelle. En bavardant avec le contrôleur, j’apprends qu’on a peut-être frôlé la catastrophe car le train de 17h58, en partance pour Nice, qui venait juste de démarrer quand le déraillement s’est produit et qu’on voit désormais arrêté, peu après la sortie de la gare, est passé juste à côté de mon TGV. A quelques secondes près, il aurait pu être heurté par les rames de queue du TGV qui étaient complètement sorties de leurs rails…

Du coup, tout le trafic est paralysé dans la gare où les voyageurs s’agglutinent sur les quais dans l’attente d’hypothétiques informations. A 18h45, le conducteur nous annonce laconiquement que notre train, qui attend depuis maintenant 45 mn, est finalement supprimé, avant de descendre de sa machine, son sac à la main, en quête d’un taxi pour rentrer chez lui…L’affaire s’annonce mal, et je quitte moi-aussi la gare, en métro, à la recherche d’un moyen de transport alternatif. Le train a ses avantages, mais quand ça veut pas, mieux vaut ne pas insister…

L.V. 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Le PC s’accroche au Colonel-Fabien

6 août 2018

La place du Colonel-Fabien, située dans le XIXe arrondissement de Paris, fait partie de ces institutions de la vie politique française. Le Parti communiste français y a installé son siège en 1971 et il n’en a pas changé depuis. Il faut dire que le lieu est emblématique. Le nom même de Place du Colonel-Fabien, dont les initiales (P. C. F.) évoquent vaguement celles du Parti, est un hommage à un résistant communiste valeureux, décédé en 1944 sous ce nom de guerre de « Colonel Fabien ».

Pierre Georges, alias Colonel Fabien

Pierre Georges, puisque tel était son véritable patronyme, était le fils d’un boulanger de Villeneuve-Saint-Georges. Né en 1919, il avait adhéré au PCF à l’âge de 14 ans et s’était engagé à 17 ans dans les Brigades internationales aux côté des Républicains espagnols. Il y bénéficie d’une formation militaire dans une école d’officiers et écope d’une grave blessure qui l’oblige à rentrer en France deux ans plus tard, en juin 1938.

Engagé comme ouvrier dans une usine de Bréguet aviation, il devient membre du Comité national du Mouvement des Jeunes communistes de France, ce qui lui vaut d’être interné fin 1939 puisque l’URSS était alors l’alliée des Allemands. Évadé en juin 1940, il se réfugie en zone libre à Marseille. L’attaque de l’Union soviétique par les armées hitlériennes en juin 1941 incite le Parti communiste à mettre en place une Organisation spéciale pour développer des actes de guérilla armée contre l’occupant allemand. Pierre Georges en devient le commissaire militaire, aux côtés du commissaire politique Albert Ouzoulias, alias « Colonel André ».

Pierre Georges prend le pseudonyme de « Frédo » et réalise lui-même ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation, en assassinant, le 21 août 1941, sur le quai de la station Barbès-Rochechouart, un aspirant de la Kriegsmarine. Cet attentat, qui marque l’entrée officielle du PCF dans la résistance armée, est aussi le point de départ de lourdes représailles qui coûteront la vie à de multiples militants et otages, ce qui amènera de nombreuses personnalités dont Marcel Cachin, Henri Frenay et même le Général de Gaulle, à désavouer cette stratégie.

Plaque commémorative au 34 rue Gandon, dans le 13e arrondissement de Paris, à l’emplacement du poste de commandement du colonel Fabien lors de la Libération de Paris

En mars 1942, Pierre Georges est d’ailleurs l’un des derniers survivants de cette organisation, lorsqu’il quitte Paris pour se réfugier dans le Doubs où il met en place les premiers groupes de FTP (Francs-tireurs et partisans) sous le nom de guerre de « Capitaine Henri ». Blessé en juillet 1942 après avoir participé au sabotage du transformateur des usines Lip, il est arrêté à Paris en novembre, condamné à mort mais transféré au Fort de Romainville d’où il parvient à s’évader en mai 1943.

En août 1944, alors qu’il a adopté son nouveau pseudonyme de « Colonel Fabien » et qu’il est devenu responsable des FTP pour le sud de la région parisienne, il participe aux combats de la libération de Paris, appuyé par les blindés de la 2ème DB du général Leclerc, et rassemble à l’automne un groupe de 500 hommes qui s’engagent aux côté de l’armée régulière dans son avancée vers l’Est. Il n’atteindra cependant pas le sol allemand puisqu’il meurt le 27 décembre 1944 en tentant de désamorcer une mine près de Mulhouse.

Au delà de la valeur symbolique que représente le nom de ce militant de la première heure, si le PCF est aussi attaché à son siège, c’est qu’il a la chance d’être abrité dans un bâtiment lui-même emblématique, construit entre 1968 et 1971 sur la base d’une conception dessinée à partir de 1965 par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, auréolé d’une notoriété internationale pour avoir été l’architecte des principaux bâtiments publics de la nouvelle capitale Brasilia, inaugurée en 1960. Membre de longue date du PC brésilien, Oscar Niemeyer avait dû s’ exiler en France lors de la prise de pouvoir de la dictature militaire en 1964.

L’immeuble siège du PCF place du Colonel-Fabien, conçu par Oscar Niemeyer

Dans l’esprit de son concepteur, «  le siège du PCF constituera dans cette ville, un exemple d’architecture contemporaine, un point d’attraction et de tourisme. Un bâtiment aux formes nouvelles, simple sans finitions luxueuses et superflues. La maison du travailleur. Et le siège du PCF ne sera pas simplement un bon exemple d’architecture, mais une marque de la société socialiste ». Une vision très politique donc préside à la création de cette vaste barre d’immeuble en forme de S, reposant sur 5 poteaux, ce qui donne l’impression qu’il flotte comme une bannière. Le bâtiment comporte 3 vastes sous-sols hébergeant notamment le foyer de la classe ouvrière et de nombreux couloirs d’exposition.

Foyer du siège du PCF, place du Colonel Fabien, en 2002 (photo © Daniel Janin / AFP)

Quant à la vaste coupole blanche qui, selon son concepteur évoque le ventre d’une femme enceinte, elle abrite, non pas des chars russes à l’affût comme certaines mauvaises langues l’ont longtemps soupçonné, mais la salle de réunion du Comité national du Parti.

En ces temps de disette pour de nombreux partis politiques dont les effectifs de militants ont fondu comme neige au soleil (le PCF revendiquait 700 000 adhérents en 1978 et en annonçait 57 000 en 2016), il devient nécessaire d’adapter la voilure, et le changement des locaux du siège est une variable d’ajustement naturelle. En dehors du Parti radical qui occupe toujours, depuis sa création en 1933, son siège historique situé rue de Valois dans le 1er arrondissement parisien, rares sont les partis qui n’ont pas dû se résoudre à vendre leur siège devenu trop grand et trop coûteux à entretenir.

La salle du conseil national du PCF, place du Colonel-Fabien (photo © Jacques Demarthon / AFP)

C’est ainsi qu’en 2008, le Front national a quitté son siège emblématique de Saint-Cloud, connu sous le nom de « Paquebot », un imposant bâtiment situé à proximité du domaine familial des Le Pen à Montretout, dans les Hauts-de-Seine. Racheté en 2011 par une chaîne de maisons de retraite, le bâtiment a été transformé en une résidence haut de gamme pour seniors... Les Verts également ont dû vendre en 2016 leur siège situé dans une ancienne chocolaterie le long du canal Saint-Martin, tandis que le Parti socialiste a signé en début d’année 2018 l’acte de vente de son siège de la rue de Solférino et que Les Républicains ont mis en vente le leur, situé rue de Vaugirard.

Mais si tous les autres partis vendent, souvent avec difficultés, le PC lui préfère rester dans ses murs et en tirer profit en le louant afin de couvrir les énormes frais d’entretien de ce bâtiment immense de 15 000 m2, classé monument historique en 2007. « Nous nous sommes professionnalisés dans la location de tout ou partie des étages, sur du long terme comme plus ponctuellement, pour des événements particuliers », explique ainsi sans ciller au Figaro Jean-Louis Frostin, membre du comité exécutif du PCF et administrateur du siège.

Défilé de haute-couture de Jean-Paul Gaultier en 2014 dans les locaux du PCF (photo © Imaxtree / Madame Figaro)

De fait, le PCF ne conserve pour son usage propre que l’ensemble des sous-sol et deux des cinq étages du bâtiment principal, le reste étant loué principalement à une start-up, Believe Digital, spécialisée dans la musique en streaming. Et ce n’est pas tout car le siège du PCF abrite chaque année plus de 200 événements commerciaux ou privés, dont les tournages de plusieurs films récents (tels que la série Trepalium en 2015), qui permettent de faire entrer de l’argent dans les caisses du parti. Les défilés de mode de haute-couture en particulier prisent beaucoup ce lieu emblématique qui a vu en 2000 défiler la nouvelle collection de Prada, suivie depuis par celles de Yves Saint-Laurent, de Vuitton, ou encore de Jean-Paul Gaultier qui, pour sa collection 2014-2015 avait transformé la coupole du Comité central du PCF en vaste vaisseau spatial…

Une valorisation commerciale qui fait grincer les dents de nombreux militants communistes, agacés par ce grand écart idéologique permanent, le prix à payer pour conserver dans le giron du parti un bâtiment aussi prestigieux que symbolique, dans lequel avait été signé en 1972 le Programme commun avec le Parti socialiste, une histoire déjà ancienne…

L.V. 

Solidarité : des frigos sur le trottoir…

9 juin 2018

En France, selon l’ADEME, chaque Français jetterait 20 kg de nourriture consommable par an dont 7 kg encore sous emballage, sans compter les volumes énormes que les distributeurs détruisent, faute d’arriver à les transmettre via le circuit associatif. Ce sont ainsi neuf millions de tonnes de nourriture qui seraient gaspillées chaque année, jetées à la poubelle et détruites alors même que, effrayant paradoxe, plus de huit millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et, pour nombre d’entre elles, peinent à se nourrir correctement chaque jour.

Des militants anti-gaspillage récupèrent de la nourriture jetée dans les poubelles d’un supermarché (photo © Thierry Lopez / MAXPPP)

En matière de répartition des richesses, la théorie des vases communiquant, comme celle du « ruissellement » n’est jamais très facile à mettre en œuvre. Une initiative toute simple mais efficace mérite néanmoins d’être saluée, et largement diffusée. Elle consiste à disposer des réfrigérateurs en libre-service dans des quartiers très passant et à forte mixité sociale : les commerçants y déposent leurs invendus du jour et les habitants du quartier leurs propres surplus, par exemple avant un départ en vacances, tandis que les plus démunis viennent se servir gratuitement.

Réfrigérateur People’s Fridge à Londres

Le concept était déjà largement en vigueur à Londres, dans le quartier de Brixton, sous le nom de People’s Fridge, où une jeune restauratrice française, Dounia Metboul, l’a découvert en 2012. Séduite par le principe, celle-ci s’est alors aperçu que ce dispositif de frigos solidaires est également largement développé en Allemagne, alimenté par des milliers de bénévoles qui récupèrent les invendus des commerçants, mais aussi au Québec, en Belgique ou encore en Espagne.

Il ne restait donc plus qu’à importer l’idée en France et c’est ce qu’a fait Dounia Metboul qui tient, avec sa mère un restaurant rue Ramey, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, « La cantine du 18 ». Elle mobilise deux associations : Le Carillon, qui rassemble les commerçants du 18e arrondissement soucieux des sans-abri, et Cap ou pas cap, déjà à l’origine de boîtes à dons. Le 8 juin 2017, après appel à financement participatif, le premier réfrigérateur en partage de Paris est ainsi inauguré sur la terrasse de son restaurant.

Et le système fonctionne : chaque jour, une trentaine de personnes, particuliers et commerçants, alimentent le frigo dont le contenu est récupéré par une cinquantaine de sans-abris, retraités, chômeurs, familles nombreuses et étudiants. Celui qui le peut dépose des aliments. Celui qui en a besoin se sert librement. Comme le dit Dounia Mebtoul dans Le Monde, « C’est devenu un emblème, dans le quartier. Ce frigo fédère. C’est la bonne action que l’on fait facilement dans la journée. Beaucoup plus concret qu’un don à une asso ! »

Le premier frigo solidaire a été inauguré le 8 juin 2017 devant le restaurant de Dounia Mebtoul : « La cantine du 18 » à Paris (photo © Bigger Band)

A tel point que le dispositif a déjà commencé à essaimer. En décembre 2017, un second frigo solidaire a ainsi été inauguré par l’association Cap ou pas cap au 212 avenue Daumesnil dans le XIIe arrondissement de Paris, devant le magasin bio Les nouveaux Robinson. En en février 2018, un troisième a été installé devant Le Bar Commun, situé 135 rue des Poissonniers, toujours dans le XVIIIe arrondissement.

Le frigo solidaire installé devant Le Bar commun, rue des Poissonniers à Paris

Les élus municipaux du XVIIIe voient d’ailleurs d’un très bon œil cette initiative citoyenne qui permet à la fois de lutter contre le gaspillage alimentaire, de venir en aide aux plus démunis et de créer du lien social. Ils l’encouragent donc fortement en relayant les informations de l’association sur les réseaux sociaux et en facilitant les relations avec les services communaux.

Car la réglementation actuelle sur l’occupation de l’espace publique prévoit en principe que les commerçants qui installent un frigo, même solidaire, sur le trottoir devant chez eux, payent une redevance, ce qui pourrait constituer un frein au développement du dispositif comme le reconnait Jean-Philippe Daviaud, adjoint au maire du XVIIIe en charge de la vie associative, de la démocratie locale et de la participation citoyenne, qui soutient le projet.

Une charte pédagogique a été rédigée pour faciliter la mise en place de tels frigos solidaires que l’on retrouve déjà un peu partout, à Lille comme à Grenoble. Grâce à l’appui du blogueur Baptiste Lorber puis de l’influenceuse Natoo dont la vidéo postée sur YouTube a été visionnée par 2 millions de visiteurs en une semaine, le projet de l’association Les Frigos solidaires, créée en partenariat avec Identités mutuelles, a connu un formidable écho sur les réseaux sociaux. Une quinzaine d’initiatives seraient ainsi en train de voir le jour depuis le début de l’année sur le territoire national.

La youtubeuse Natoo a relayé, dans une vidéo particulièrement remarquée, le concept des frigos solidaires (source © YouTube / Natoo)

La démarche à suivre est finalement assez simple : les bénévoles associatifs démarchent les commerçants pour leur expliquer le concept et leur préciser leurs responsabilités et engagements, dont celui de sortir le frigo dans la journée pour le rendre aisément visible et accessible à chacun. Il revient aussi aux commerçants de vérifier le bon fonctionnement de la chaîne du froid et la nature des produits qui y sont déposés. Ceux qui récupèrent les denrées pour les consommer sont seuls responsable de leur usage mais la liste des produits admis est restreinte pour limiter autant que possible les risques d’intoxication alimentaire : viande, poisson et plats faits maison sont en particulier interdits, de même que les produits avec date de péremption dépassée.

L’achat des frigos, qui reviennent à 1300 € pièce, se fait sur la base d’une cagnotte en ligne et pour l’instant l’association ne bénéficie pas de subvention mais nul doute qu’un tel système est appelé à se développer. Le frigo du futur sera sans doute connecté, intelligent et muni d’un écran tactile, comme en rêvent les designers de l’électro-ménager, mais il sera peut-être aussi collectif et solidaire, comme le prouve cette belle initiative citoyenne…

L.V. 

Grande braderie sur les aéroports français !

4 avril 2018

L’affaire avait fait un peu de bruit à l’époque : en avril 2015, l’État avait vendu à un consortium chinois 49,9 % des parts qu’il détenait sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Ni les protestations du collectif qui s’était formé pour tenter d’empêcher cette privatisation du troisième aéroport régional français, ni même l’affaire rocambolesque de la disparition temporaire de l’homme d’affaires qui servait d’intermédiaire n’avait pu empêcher que la vente se fasse, laissant un arrière-goût de gâchis.

A l’époque, le consortium bénéficiaire de l’opération, regroupement du groupe étatique chinois Shandong High Speed et du fonds d’investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management avançait masqué derrière une société écran de droit français créée pour l’occasion sous le nom de Casil Europe, avec un capital dérisoire de 10 000 euros seulement, et l’intermédiaire désigné pour piloter le rachat, un certain Mike Poon, avait pris la fuite au cours des négociations car, selon Le Monde, son nom apparaissait dans une affaire de corruption où il était mis en cause suite à une enquête touchant la China Southern Airlines.

L’homme d’affaire Mike Poon devant le Capitole de Toulouse en avril 2015

Une affaire ténébreuse à souhait et qui aurait pu inciter Bercy à davantage de prudence. Mais l’appât du gain et le besoin de cash étaient les plus forts et rien n’a pu alors faire fléchir la volonté du ministre de l’économie d’alors, un certain Emmanuel Macron. Pour apaiser les craintes, Bercy répétait alors à l’envie qu’il n’avait pas la moindre intention de céder aux Chinois les 10,01 % d’actions lui restant en propre, et ceci alors que le contrat prévoyait explicitement la possibilité pour ces derniers de s’en porter acquéreurs dans un délai de 3 ans, qui s’ouvrira donc très prochainement, le 18 avril 2018.

A l’approche de cette échéance, l’inquiétude monte chez les actionnaires locaux qui se partagent les 40 % restant de l’aéroport et qui risqueraient donc de se retrouver minoritaire face aux Chinois si Bercy donne suite à la cession de ses dernières parts. Une inquiétude d’autant plus justifiée que le discours du nouveau ministre de l’économie, Bruno Le Maire, laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, lui qui répondait en ces termes sur le sujet en octobre 2017 suite à une interpellation d’un député : « Ce qui compte au final n’est pas de savoir si l’aéroport est public ou privé, mais qu’il puisse avoir de l’activité et des investissements afin de rester moderne et innovant. L’État conserve d’autres moyens d’intervention : les normes, les règles et la distribution des créneaux pour les compagnies aériennes ».

Un dessin de Na !

Certes, mais de là à laisser un consortium chinois prendre le contrôle de la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac qui a franchi l’an dernier le cap des 9 millions de passagers par an et dont une activité importante est liée à la présence d’Airbus Industrie, voilà qui nous éloigne fortement du rôle d’État stratège auquel les Français sont habitués.

D’autant que le bilan de l’exercice 2016 a laissé un goût amer aux autres actionnaires minoritaires, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse (qui détient 25 % des parts), le Département de Haute-Garonne, la Région et la Métropole (à raison de 5 % chacun). A l’instigation de Casil Europe, ce sont en effet 100 % des bénéfices (soit la bagatelle de 5,8 millions d’euros) qui ont été redistribués aux actionnaires, lesquels se sont de surcroît partagés le trésor de guerre accumulé depuis des années, soit 15 millions d’euros dont la moitié est donc revenue aux Chinois, lesquels expliquent benoîtement que ce « pillage de réserves » n’est que le juste retour sur investissement normal, histoire de récompenser les investisseurs qui ont le bon goût de vouloir investir en France…

Une telle pratique de prédateur qui relève davantage de la recherche du rendement immédiat que de la logique d’intérêt général en vue de développer les infrastructures à long terme, pourrait d’ailleurs amener Bercy à revoir sa stratégie quant à la cession des dernières parts qui lui restent. Mais rien n’est moins sûr, d’autant que le consortium chinois exprime désormais son souhait de se désengager, le tout dans une ambiance pour le moins délétère puisque le président du Directoire, Jean-Luc Vernhes a été débarqué par les Chinois en septembre dernier et que la présidente du Conseil de surveillance, l’ex-ministre Anne-Marie Idrac, vient d’annoncer qu’elle quittera ses fonctions en mai prochain.

L’aéroport de Nice, privatisé en 2016, malgré l’opposition de Christian Estrosi

Et pourtant, cette expérience pour le moins malheureuse, suivie par la privatisation en 2016 des aéroports de Lyon-Saint-Exupéry (où les parts de l’État ont été cédées à Atlantia et EDF Invest) et de Nice (vendu au consortium Vinci – CDC – Predica), n’empêche pas Bercy de continuer à travailler activement au désengagement de l’État dans d’autres structures, et en particulier Aéroports de Paris dont il détient 50,8 % des parts qu’il envisage très sérieusement de céder à Vinci pour 8 milliards d’euros, lequel Vinci est déjà actionnaire minoritaire à hauteur de 8 %. Une opération qui rappelle furieusement la privatisation des autoroutes préparée en 2006 par Dominique de Villepin et dont une bonne moitié (ASF et Cofiroute) avait déjà atterri dans l’escarcelle de Vinci.

Aéroport de Paris, un magot qui fait saliver Vinci… (photo © Dominique Faget / AFP)

Une opération des plus profitables pour le groupe de BTP, qui n’avait alors déboursé en tout et pour tout que 7,5 milliards d’euros. Douze ans plus tard et alors que la durée de sa concession ne cesse de s’allonger, négociation après négociation, Vinci a déjà engrangé au moins 10 milliards d’euros du fait de l’exploitation de ce réseau autoroutier, une belle culbute sachant que la valeur de ce même réseau est désormais estimée à 16,5 milliards d’euros net de dettes : on se demande bien pourquoi l’État toujours en mal de liquidités a pu laisser partir au privé une telle poule aux œufs d’or…

On peut comprendre dans ces conditions que le groupe de BTP, devenu entre-temps le quatrième opérateur mondial de plateformes aéroportuaires rêve de refaire la même opération avec Aéroports de Paris, dont les plateformes ont franchi en 2017 le cap des 100 millions de passagers, affichant une croissance de 4,5 % par an, et qui détient pas moins de 66 km2 de foncier en plein cœur de la région francilienne, de quoi bâtir des centaines de milliers de mètres carrés de bureaux et de logements, promesses de juteux bénéfices pour un opérateur comme Vinci.

Augustin de Romanet, PDG d’Aéroports de Paris (photo © Eric Piermont / AFP)

Le président d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, a beau tempêter : « Vous serez comptables devant l’Histoire d’avoir fait la même connerie qu’avec les autoroutes ! », nul doute qu’après l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, voilà un joli lot de consolation qui devrait réjouir Xavier Huillard, le PDG de Vinci !

L.V. 

A Paris comme à Marseille, le Préfet qui s’attaque aux cas d’eau

25 février 2018

En France, selon une tradition républicaine solidement établie, les Préfets restent rarement très longtemps au même poste, histoire d’éviter qu’ils s’engluent dans le réseau de notabilité locale au risque de perdre le recul nécessaire à ceux qui sont d’abord chargés de faire appliquer localement les règles de la Nation et les orientations du Gouvernement. Rares sont donc sans doute ceux qui se souviennent encore du nom de celui qui fut Préfet des Bouches-du-Rhône et Préfet de Région à Marseille entre juin 2013 et juillet 2015.

Martine Vassal à La Ciotat le 17 juin 2015 en présence de Patrick Boré (au centre) et de Michel Cadot (à droite), encore préfet des Bouches-du-Rhône (source © TPBM)

Gageons néanmoins que la Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, élue à ce poste prestigieux en remplacement de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, s’en souvient parfaitement. Car c’est bel et bien le Préfet Michel Cadot, haut fonctionnaire austère, issu de la promotion Voltaire de l’ENA, tout comme François Hollande, et qui fut un temps directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie au Ministère de l’Intérieur, qui est à l’origine des ennuis judiciaires dans lesquels elle est désormais empêtrée.

Petit retour en arrière, pour ceux qui l’auraient oublié : en 2013, après avoir confié pendant 53 ans sans discontinuer (un record !) la distribution de l’eau potable à la SEM (Société des Eaux de Marseille, désormais entièrement entre les mains de Véolia), la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole avait remis en jeu cette délégation de service publique, pour se mettre enfin en conformité avec la loi. Et surprise, le 31 octobre 2013, trois des 4 lots (un pour l’eau potable et deux concernant l’assainissement, représentant quand même la bagatelle de 3,2 milliards d’euros) ont été attribués de nouveau à la SEM pour 15 ans supplémentaires, au terme d’une procédure manifestement entachée de très nombreuses irrégularités, ainsi que nous l’avions déjà évoqué ici.

Outré par de telles pratiques, le Préfet Cadot a donc saisi immédiatement la Cour Régionale des Comptes qui avait rendu très rapidement ses conclusions, totalement accablantes. Rendu public après les élections municipales de mars 2014, le rapport met tout particulièrement en cause le rôle de Martine Vassal, alors simple conseillère départementale mais déjà adjointe au maire de Marseille et surtout présidente de la commission Agglomération éco-responsable de MPM. A ce titre, c’est elle qui a présenté devant les élus de la commission d’examen des offres les conclusions de l’analyse des offres après avoir participé en direct aux négociations avec les entreprises, orientant sans difficulté la décision en faveur de la SEM.

Or la Cour Régionale des Comptes pointe un conflit d’intérêt manifeste puisque Martine Vassal était à l’époque trésorière du Forum mondial de l’eau, une association destinée à défendre les intérêts des multinationales françaises de l’eau au premier rang desquelles Véolia, et dont le président, un certain Loïc Fauchon, lui-même ancien secrétaire général de la Ville de Marseille, est par ailleurs PDG de la SEM. Pendant la précédente réunion du Forum mondial de l’eau qui s’était comme par hasard tenue à Marseille en mars 2012, en pleine phase de renégociation du contrat de la SEM, Martine Vassal s’était montrée particulièrement proche de Loïc Fauchon…

Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Loïc Fauchon (de gauche à droite) et Martine Vassal lors de la clôture du Forum mondial de l’eau en 2012 (crédit photo © Christophe Taamourte / 6th Water World Forum)

L’affaire avait été jugée alors si grave et susceptible d’être constitutive d’infractions pénales, que le Procureur de la République avait été saisi. On avait finalement appris, en 2015, que ce dernier avait transféré le dossier au Parquet national financier, créé suite à l’affaire Cahuzac pour juger les faits d’évasion fiscale et de corruption. Ceci n’avait pas empêché Martine Vassal de devenir entre temps 2ème adjointe au maire de Marseille, puis Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, et finalement première Vice-Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence : des postes clés dans le cadre de la réorganisation territoriale de l’agglomération marseillaise et qui la placent en position idéale pour succéder, peut-être même avant la fin de son mandat, à un Jean-Claude Gaudin vieillissant.

Le nouveau siège social de Véolia à Aubervilliers (crédit photo © C. Majani / Véolia)

Sauf que depuis, l’affaire a prospéré… Le 12 janvier 2015, le Parquet national financier ouvre donc une enquête préliminaire pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits. Le siège parisien de Véolia est perquisitionné en avril et le 10 novembre de la même année, un procureur accompagné d’enquêteurs de la Division économique et financière de la Police Judiciaire de Marseille, frappent à la porte du bureau de Martine Vassal pour une perquisition en bonne et due forme, avant d’aller visiter son domicile dans l’après-midi, puis de s’intéresser au bureau du Directeur général des services de MPM et au siège de la Société des Eaux de Marseille.

Et les choses ne s’en arrêtent pas là puisque le 22 juin 2017, la présidente du Conseil Départementale est placée en garde à vue pendant 15 heures dans les locaux de la Brigade financière, ainsi d’ailleurs que son grand ami Loïc Fauchon. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin en personne, est lui-même longuement entendu par les enquêteurs ce même jour, comme simple témoin car une mise en garde à vue aurait nécessité la levée préalable de son immunité parlementaire alors qu’il détenait encore à cette date un mandat de sénateur.

Depuis, rien n’a filtré quant aux suites judiciaires de cette affaire qui risque de déboucher sur un renvoi devant le tribunnal correctionnel, à moins que le dossier ne soit finalement classé sans suite… Quoi qu’il arrive, l’image de vertu que voulait donner Martine Vassal en arrivant à la tête du Département risque d’en être quelque peu écornée, elle qui disait vouloir en finir avec « le clientélisme » de son prédécesseur et déclarait vouloir placer son mandat « sous le signe de la transparence et de l’équité »…

Le Préfet Michel Cadot (crédit photo © P. Magnien / 20 minutes)

Et pendant ce temps là, le Préfet Cadot, à l’origine de ce coup de pied rageur dans la fourmilière, poursuivait sa carrière comme Préfet de Police de Paris. Le 17 avril 2017, il chute malencontreusement de son Vélib et se déboîte la hanche, au point de demander à être remplacé à son poste par son collègue Michel Delpuech qui venait pourtant tout juste d’être nommé Préfet de Région Ile de France en remplacement de Jean-François Carenco. Et c’est donc finalement Michel Cadot lui-même qui est nommé le 14 juin 2017 à ce poste de Préfet de Paris, Préfet de Région, et qui se retrouve illico confronté aux nouvelles frasques de Véolia, cette fois dans le cadre d’un contrat lié à l’exploitation de la station d’épuration de Valenton pour le compte du SIAAP, le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, qui gère les eaux usées de près de 9 millions de Franciliens.

En l’occurrence, le contrat d’exploitation de cette immense station d’épuration représente 397 millions d’euros sur 12 ans et, curieusement, le marché a été remporté par Véolia face à son éternel concurrent Suez, alors que son offre était pourtant plus chère (de 37 millions quand même !).

Vue de l’usine du SIAAP à Valenton (crédit photo © Emmanuel Riche / ODYSEE pour le SIAAP)

Cette fois, c’est le Tribunal administratif qui a été saisi de l’affaire, avec du coup une réaction beaucoup plus rapide que dans l’affaire marseillaise. Une première ordonnance a été rendue le 15 novembre 2017 par le Tribunal administratif qui met bien en évidence des éléments constitutifs d’un délit de favoritisme dans l’attribution de ce marché dont l’application a donc été suspendue par les juges à compter du 28 novembre, le temps pour le SIAAP de remédier aux irrégularités constatées.

Mais le Préfet Cadot n’a pas accepté d’en rester là et a fait appel, afin d’obtenir l’annulation du contrat et permettre de relancer l’appel d’offre sur des bases plus saines. En l’occurrence, la stratégie du Préfet est plus globale et vise la reconfiguration complète de la gouvernance territoriale du Grand Paris, encore en plein chantier. Il n’en demeure pas moins que ses attaques insistantes contre les bonnes vieilles habitudes de Véolia et sa proximité avec certains élus locaux ne doivent pas manquer d’en agacer certains…

L.V.  

Inondations : on a trouvé les coupables !

3 février 2018

Une nouvelle fois, la France vient de connaître une vague d’inondations spectaculaires. A Paris, le niveau de la Seine est monté la semaine dernière à 5,85 m et aurait selon toute vraisemblance dépassé les 6,40 m sans l’action des quatre lacs-réservoirs situés en amont du Bassin parisien. A un tel niveau, certes très inférieur à celui observé en janvier 1910, mais qui n’avait pas été atteint depuis 1955, les dégâts sur les réseaux et infrastructures auraient pu être considérables, en particulier sur le réseau de transports et notamment le RER C qui commence à être sérieusement menacé au-delà de 6,20 m.

Les bords de Seine à Paris le 22 janvier 2018 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Et comme toujours dans ces cas-là, on cherche les coupables… Ainsi que lors de chaque épisode de ce type, les rumeurs les plus absurdes courent, alimentées par la certitude, aussi irrationnelle que récurrente, selon laquelle : « ils nous ont inondés pour protéger Paris » (ou tout autre ville d’ailleurs, selon l’endroit où l’on se place…). Il est toujours difficile d’admettre que l’on a été inondé parce qu’il a beaucoup plu et que l’on est situé en zone inondable, dans le lit majeur d’un cours d’eau…

Et ceci malgré tous les dispositifs de protection contre les inondations qui ont pu être mis en place et qui ont souvent joué un rôle atténuateur très bénéfique comme cela a été le cas en janvier 2018 avec les lacs-réservoirs qui ont dérivé et stocké en amont du bassin versant des centaines de millions de mètres cube d’eau, réduisant d’autant les débits en aval.

Alors, puisque l’on a vraiment besoin de trouver un bouc émissaire, ne cherchez-plus. L’explication à ces inondations, exceptionnelles par leur ampleur et leur durée, est parfaitement claire sur la photo suivante, prise le 31 janvier 2018 sur la commune de Montesson, dans les Yvelines, et garantie sans trucage : c’est simplement un étourdi qui a oublié de fermer le robinet…

A Montesson, le 31 janvier 2018 (photo © Frédéric Gache / EPTB Seine Grands Lacs)

Et pour les Parisiens qui ont une dent contre la politique menée depuis des années par la Ville de Paris en faveur de la réduction de la voiture en ville et de la réappropriation des voies sur berges par les piétons, voici une seconde explication, tout aussi recevable…

Dessin de Lacombe publié dans Marianne le 2 février 2018

Lorsque les forces de la nature dépassent l’entendement, il est toujours rassurant de se raccrocher à des explications simples et pleines de bon sens !

L.V.