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Katulu ? n° 60

13 juillet 2019

Vous l’attendiez tous avec impatience ? Le voici, le voilà : le dernier numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en avril et en juin 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n°60). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Dans la maison de la liberté

Interventions

David Grossman

Ce livre est la compilation de onze interventions de l’auteur entre 2008 et 2018, en Allemagne (Berlin, Munich, Francfort), en Italie (Florence), en France (publications dans Libération), à l’Université de Harvard, et à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

De nombreux thèmes y sont abordés, de manière récurrente : la recherche de la paix entre Israël et les Palestiniens, les effets dévastateurs de la guerre sur la société israélienne, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive. Et aussi une réflexion sur la littérature (qu’est-ce écrire ?), sur la liberté (quand suis-je libre ?).

L’auteur aborde son œuvre littéraire qui se nourrit du quotidien et de la « situation », euphémisme israélien pour désigner le conflit au Proche-Orient et comment le deuil (la mort de son fils tué pendant la guerre du Liban), l’angoisse existentielle et la violence l’incitent à écrire.

« Au cœur de la réflexion, une métaphore […] : la maison – et l’urgence, pour chacun de retrouver le sens d’un foyer commun, dont les murs seraient synonymes, non plus de séparation, mais de rapprochement, d’harmonie, d’échange et de fraternité. »

Quatre thèmes majeurs sont ainsi abordés : la légitimité de l’État Israélien, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive, le conflit israélo-palestinien, et enfin la politique du gouvernement actuel, avec la loi sur l’État-nation du peuple juif (19 juillet 2018). Et l’auteur de conclure : cette loi représente l’abandon d’une chance quelconque de clore un jour le conflit avec les Palestiniens. AVEC CETTE LOI ISRAËL A SOMBRÉ. « Nous avons mal à Israël et nous avons mal à sa falsification. »

Un livre très riche, impossible à résumer, très intéressant sur sa vision d’Israël, sur le conflit Israélo-palestinien. A lire… absolument !

                                                                                               Marie-Antoinette

 

L’opticien de Lampedusa

Emma-Jane Kirby

En octobre 2013, après le naufrage d’une embarcation, à 1 km des côtes de Lampedusa, qui fait 366 morts, l’auteure se rend sur l’île de Lampedusa pour enquêter sur le drame. Elle témoigne alors du sauvetage de 47 migrants par l’opticien de la ville.

Ce dernier est un homme d’une cinquantaine d’années, attentif à sa femme, soucieux de ses enfants. En somme, « monsieur tout le monde ». Ses amis tiennent une boutique l’été, ensuite, ils rentrent chez eux, à Naples. Ils déplorent la baisse de la fréquentation touristique de l’île à cause de la présence des migrants. L’opticien en a entendu parler : lui dont le métier est d’éclaircir la vision de ceux qui ne voient pas très bien, ne voit pas grand-chose de ce qui l’entoure.

Emma-Jane Kirby (photo © SDP)

A la fin de la saison estivale, l’opticien, sa femme Teresa et leurs amis ont prévu une balade en mer Ils embarquent un matin, la mer est calme, les mouettes crient. Mais ces cris incessants, étranges les intriguent, s’agit-il de mouettes ? Scrutant des points noirs à l’horizon, ils s’approchent … Des centaines de cadavres flottent autour du bateau, par centaines encore des naufragés se débattent en appelant au-secours dans une langue qu’ils ne connaissent pas.

Les huit amis lancent l’unique bouée de sauvetage de leur embarcation, tendent leurs mains pour extirper sans relâche des hommes à demi nus, à bout de force, qui s’agrippent au bord. Ils sauveront ainsi quarante-sept personnes.

Les jours suivant le drame, ils tenteront de revoir « leurs naufragés » prendre de leurs nouvelles, ils se verront éjectés faute d’accréditation. Ce n’est que de loin, brièvement, qu’ils pourront les apercevoir et se faire voir d’eux à travers le grillage. C’est un séisme qui a ébranlé leur esprit et leur corps. Entre crises d’angoisse, cauchemars, insomnies, dépression, asthme ou diverses maladies de peau ou de la nutrition, ils sont tous profondément marqués et peinent à retrouver leur équilibre.

C’est un récit court, saisissant, affolant, émouvant dans un style direct au présent. L’immigration est une tragédie humaine gérée par l’Europe de façon techniciste avec une profonde indifférence !

                                                                                               Antoinette

 

SALINA

Laurent Gaudé

Salina, cela vient de « sel ». Salina est la mère (du narrateur) au nom et aux larmes de sel. Cette femme a d’abord été l’enfant jetée par un cavalier solitaire dans la tribu Djamba quelque part dans un pays de caravaniers et de vaillants guerriers.

Ce conte colporte une histoire, une légende qui se transmet à l’infini des temps et des contrées. Rien ne sera dévoilé de l’origine de Salina ni de son mystère. Le destin de Salina nous plonge dans le merveilleux, la magie. Venue de nulle part, vivante contre toute attente. Résistante à des épreuves surréalistes. Les hyènes épargneront sa vie réduite aux cris.

Le cri parcourt ce récit. Il raconte la force sauvage. Il raconte la vie avec ses lots de douleurs, d’injustices, de violences. Le cri est violence. Il vient des entrailles. Il n’a pas de mots. Le cri est rauque, épais, lourd sans soulagement.

Laurent Gaudé (photo © Leonardo Cendamo / Leemage)

Ce conte fascine parce qu’il rapproche de ce qui nous caractérise, l’immuabilité de notre destin. Qui que nous soyons à travers des siècles et des siècles, il se noue entre nous des chaînes invisibles de destinées communes. Salina est sans doute une part de nous-mêmes avec sa voix fêlée, brisée par les épreuves de la vie et les exils qu’elle subit.

L’auteur nous entraîne surtout sur le chemin du Passage. Il nous plonge dans les rites de l’embaumement du fleuve à traverser pour atteindre l’île du cimetière du repos. Il nous délivre les valeurs de la transmission filiale, des devoirs, du respect de la mort et du poids de l’héritage.

Salina, c’est aussi une leçon de résistance, d’espérance, de transmission. Elle nous apprend que l’amour n’est pas un dû, qu’être mère reste un choix et que vivre dans la haine ou la vengeance apporte le malheur. Violences et rédemptions se côtoient et se disputent infiniment. Des rites mystérieux et ancestraux nous accompagnent de la vie à la mort et nous sont transmis à travers les siècles par la pierre, le papier, le chant, le conte.

                                                                                                          Nicole

 

Transparence

Marc Dugain

Avec Transparence, l’auteur aborde le roman d’anticipation, faisant ainsi penser à Jules Verne qui un siècle avant lui imagine des progrès scientifiques, pour certains justifiés par l’histoire. Il place son roman vers l’année 2068 c’est-à-dire cent ans après la révolution sociale de mai 68 qui, pour lui, marque la fin de l’ère scientifique pour entrer dans l’ère numérique.

En Islande, moins sensible au réchauffement climatique, son héroïne, après avoir quitté un poste de cadre chez Google, crée une société de contact pour couple, la société « Endless ».

Un jour, elle est dénoncée pour un geste apparemment criminel : on l’a vu pousser une femme du haut d’une falaise, au-dessus de l’océan glacial. Elle promet à la police expliquer son geste sous cinq jours et, au regard de sa position sociale, obtient ce sursis.

L’auteur, Marc Dugain (source : Gallimard)

Avec « Endless » l’héroïne est aussi en possession de milliards de données informatiques très secrètement stockées. Elle a également mis au point un processus permettant de rappeler une âme humaine dans un exosquelette, enveloppe perpétuellement regénérable, et de créer des êtres immortels sélectionnés pour leur haute moralité. Pour ces êtres d’exception, plus de nécessité d’alimentation, de sommeil ni d’adaptation à la température etc… Ceux qui ne sont pas éligibles sur le Net, ou ne le désirent pas, pourront se reproduire et quitter ce monde suivant le procédé classique libérant l’âme immortelle du corps périssable.

On comprend alors qu’elle a envoyé son double à la mer après un transfert vital dans un corps recréé. Voilà pour la trame romanesque. Mais l’intérêt se porte aussi sur le monde actuel avec une analyse des crises politiques, scientifiques et morales durant les cent dernières années. La planète risque-t-elle, à court terme, la double explosion volcanique qui va la ramener à l’état d’origine ? Peut-on sauver le « Savoir » en embarquant vers d’autres galaxies ? A vous de le découvrir…

« Nous aurions aimé en savoir plus sur cette jeune femme, mais apparemment, elle a laissé derrière elle très peu de données susceptibles de dire qui elle était vraiment. »

                                                                                               Roselyne

 

L’inconsolé

Kazuo Ishiguro

De cette œuvre se dégage surtout le thème du couple aux relations tourmentées. Elle suscite aussi des réflexions sur le spatial–temporel en nous plongeant dans un brouillage inquiétant, époques éloignées, décors étranges, fiction et réalités confondues, et le retour du Temps qui triomphe toujours à nos dépens. Ainsi de ce roman se dégage une souffrance discrète mais lancinante, un effort et une lutte têtus de ses héros, tous pétris de désespoirs, espoirs et finalement d’acceptation mélancolique d’un sort inévitable.

Le héros M. Ryder est un pianiste international célèbre qui arrive pour un concert dans une ville qui est « obséquieuse, ou étrange…». Dès l’entrée en matière, le livre fascine, le mystère plane. La ville est un personnage. De plus cette ville est-elle inconnue du héros ? Les hommes et les femmes rencontrés lui sont-ils réellement étrangers ?

Kazuo Ishiguro, Prix Nobel de Littérature (photo © Jeff Cottenden)

Le roman semble emprunter les codes du roman policier. Il aiguise l’intérêt et la curiosité du lecteur. Il nous entraîne dans une enquête où il s’agira de reconstituer les liens entre ces personnages, apprivoiser cette ville labyrinthe aux époques emmêlées et espérer le fameux concert !!

L’auteur ne cesse de nous plonger en effet dans un désordre temporel et un vertige spatial à couper le souffle. Nous sommes confrontés à la terrible question : rêve ou réalité ? ou cauchemar ? Toutes ces pages à lire, l’auteur à les écrire, nous à les vivre par procuration.  Les histoires se répètent inlassablement sans trouver solution ni consolation. Ainsi un indéfinissable chagrin parcourt ce roman où il semble que le succès de l’artiste n’efface ni la solitude ni n’étouffe son sanglot. Il parle avec pudeur de ces blessures invisibles liés à l’enfance. La rupture ou l’éloignement ne paraissent pas guérir une âme à jamais blessée. La souffrance reste sous-jacente même dans les silences, dans les séparations consenties ou les exils.

En conclusion cette lecture est usante, essoufflée, déchirante, accablante… mais inoubliable pour sa puissance évocatoire, la reconstitution des sentiments vécus dans nos rêves par exemple et son réalisme tragique sur nos pauvres destins humains.

                                                                                                          Nicole

 

Montedidio

Erri De Luca

Montedidio est l’histoire d’un gamin de Naples de treize ans à qui son père offre pour son anniversaire un « boumeran » qu’il garde toujours près de lui. Il le fait tourner, mais il ne veut pas le lancer il a trop peur de le perdre. Il est mis en apprentissage chez Mast’Errico, un menuisier de leur quartier, un brave homme qui héberge dans sa boutique un cordonnier roux et bossu, Rafaniello. Le jeune garçon esseulé par l’hospitalisation de sa mère trouvera un réconfort auprès de ce cordonnier qui répare les chaussures des pauvres de Montedidio sans se faire payer et qui lui raconte le temps où il s’appelait Rav Daniel et où il étudiait « les choses de la foi » ainsi que « le métier des souliers » dans le Talmud. Il lui raconte aussi son pays dont les habitants ont disparu dans la guerre et lui révèle qu’il possède une paire d’ailes dans l’étui de sa bosse pour voler jusqu’à Jérusalem.

L’auteur, Erri De Luca (source : Wikipédia)

Tout ce que lui dit Rafaniello, le jeune garçon le consigne par écrit avec soin sur un rouleau de papier que lui a donné l’imprimeur de son quartier. Si pour Mast’Errico, le menuisier, la journée est une bouchée et qu’il faut travailler vite, pour notre jeune héros son enfance sera également une bouchée, il devra mûrir rapidement : « Au printemps, j’étais encore un enfant et maintenant je suis en plein dans les choses sérieuses que je ne comprends même pas.» Montedidio est présenté sous la forme du journal intime de son jeune héros qui découvre peu à peu la bonté et la bienveillance comme les dangers du monde des adultes, la force de l’amour comme une alliance contre le monde extérieur et également en lui « une force amère capable d’attaquer ».

Une écriture poétique extrêmement légère : un beau livre !!!

                                                                                                          Cécile

 

Gabriële

Anne et Claire Berest

Ce sont les arrières-petites filles de l’héroïne qui ont écrit à quatre mains, en 2018, la biographie, passionnante, de Gabriële Buffet-Picabia.

Gabriële est née en 1881 dans une famille aisée, mais conservatrice. Elle se passionne rapidement pour la musique en tant que théoricienne, elle rêve d’être créatrice. Après ses études musicales à la Schola Cantorum, « lieu de l’Avant Garde musicale à Paris où elle rencontre Claude Debussy et Vincent d’Indy, pédagogue adoré qui « ouvre les fenêtres vers d’autres arts » elle part à Berlin en 1906.

Mais « la carrière musicale de Gabriële prit fin avec la rencontre de Francis Picabia». Il ne reste rien de son goût pour la musique, « pas une œuvre, aucune partition, pas même le titre d’un poème musical ». Tout de suite il va l’accaparer… Ils se marient le 27 janvier 1909 à Versailles.

Anne et Claire Berest (photo © Rebekka Deubner / Les Inrockuptibles)

Au contact de Gabriële, l’art de Picabia évoluera : « je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles … une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination ». Gabriële poursuit donc la mission qu’elle s’est donnée : apporter à son mari les éléments de pensée qui vont lui permettre de changer sa façon de peindre ; elle se plonge dans l’histoire de la musique et de la peinture, travaille sur des livres et des catalogues, conceptualise et trouve dans Hegel une idée qui la séduit : « l’art ne doit pas imiter la nature aussi parfaite que soit son imitation, rival de la nature, comme elle et mieux qu’elle, il représente des idées ; il se sert de ses formes comme des symboles pour les exprimer » « Francis, tu dois peindre les sons ! ». La couleur est vibration, de même que la musique, c’est l’intuition de Gabrielle.

C’est là que naît l’œuvre maîtresse de Picabia « Caoutchouc » ; on est en juin 1909, pour la première fois, un peintre peint quelque chose qui ne présente rien. Avant Kandinsky et avant Picasso. Caoutchouc est « le fruit de la pensée musicienne de Gabrielle » Picabia peint l’une des premières peintures abstraites de l’histoire de l’Art. Il y eut des doutes pour certains sur la paternité de l’art abstrait car celui-ci jaillit un peu partout à ce moment-là, mais Picabia fut le précurseur !

Un livre fascinant sur la vie d’une femme et d’un couple au début du 20éme siècle, la place injuste donnée aux femmes à l’époque, destinées surtout au ménage et à la maternité. Gabrielle a su occuper une place primordiale dans l’Art dont elle fut ardente théoricienne !

Josette J.

 

Dix-sept ans

Éric Fottorino

« Un dimanche de décembre, ma mère nous a invités à déjeuner chez elle ses trois fils nos compagnes et notre ribambelle d’enfants ». Elle va leur révéler un douloureux secret (« ce repas c’était Waterloo »), préambule à la confession qu’elle va leur faire ce jour-là : « le 10 janvier 1963 j’ai mis au monde une petite fille, on me l’a enlevé aussitôt je n’ai pas pu la serrer contre moi, je ne me souviens même pas de l’avoir vu, d’avoir vu le moindre détail, elle n’est pas entrée dans mes yeux. »

Elle qui était déjà « fille mère » se retrouve enceinte. C’était plus ce que pouvait supporter sa propre mère qui a organisé l’abandon avec la complicité de l’Église sans la consulter bien sûr : « honte sociale » se taire et oublier sans laisser le choix à la jeune fille mineure qui n’a pas droit au chapitre.

Éric Fottorino (photo © Joel Saget / AFP)

Alors que ses frères sont sous le choc et émus, Éric reste de marbre et rentre chez lui, persuadé que tout va bien. Il reprend ses cours à la fac mais en véritable automate. La semaine qui suit, il part à Nice, la ville où il est né, où il va tenter de percer le mystère de cette mère de 17 ans.

Cette recherche de la mère pour laquelle il n’a jamais pu témoigner de l’affection : ils ne se sont rien dit durant des années. Il va découvrir Lina jeune et jolie jeune fille, niée par les siens depuis son adolescence, entourée d’hommes qui lui donnaient un semblant d’amour qu’elle recherchait tant. A Nice, Lina va goûter à la liberté, à la chaleur et la lumière méditerranéenne.

A mesure qu’il reconstitue la vie de Lina, il se promène dans Nice, se familiarise avec les lieux qu’elle a connus, fait des rencontres improbables qui l’aident à se rapprocher d’elle. Plus tard au gré d’une rencontre, une femme lui dira « avec une kippa vous feriez un bon juif à la synagogue, il y a du juif en vous. Quel jour êtes-vous né ? 26 août c’est le nombre parfait des juifs ». Son père naturel, il le retrouvera à 17 ans, c’est un médecin juif.

Des retrouvailles apaisées entre une mère et son fils, cet amour filial entravé par un lourd passé : c’est cela que je retiendrai de ce roman. Les blessures et les secrets ne pèsent plus le même poids « l’amour de ma mère, je ne l’ai pas senti. Il a manqué une étincelle ».

Un style facile, des mots superbes, beaucoup d’émotion.

                                                                                               Suzon

 

Chien-Loup

Serge Joncour

Le roman se présente de façon originale. Deux périodes : juillet 1914 et août 2017. A chaque chapitre l’auteur change de période. On y découvre deux histoires à un siècle de distance. C’est surprenant parfois gênant !

Année 1914 : C’est le début de la guerre, les hommes sont partis. Nous sommes dans un petit village du Lot, les femmes gèrent les travaux des fermes. Le mont d’Orcières c’était des terres à vignes opulentes et gaies mais dévastées par le phylloxera à la fin du 19e siècle. L’angoisse et la peur pèsent lourdement ! On parle de hurlements, hourvari… aboiements heurtés et déchirants. Un dompteur, « un boche » arrive dans le village avec son cirque et ses fauves ! « cet Allemand là avec son armada de tigres et de lions tonitruants était travaillé par le mal ». Le maire lui propose d’occuper la maison inhabitée sur le Mont d’Orcières, lieu sauvage et inhospitalier. « Avant le boche, jamais Orcières n’avait reçu autant de colère et d’eau… tout foutait le camp désormais ».

L’auteur, Serge Joncour (source : Babelio)

Année 2017 : Un couple de parisiens, Frank et Lise, louent pour les vacances dans le Lot une maison « absente de toutes les cartes et privée de réseau, perdue au milieu des collines, de calme et de paix ! ». Éblouis par la beauté des lieux ils ignoraient que cette colline avait pendant la guerre de 14 abrité un dompteur allemand et ses fauves ! Une découverte étrange à leur arrivée : un chien loup, sans collier attiré irrésistiblement par eux semblant chercher un maître.

Franck contrarié par le fait que son smartphone ne capte pas de réseau s’adapte peu à peu, il s’attache au chien qu’il appellera Alpha ! Il découvre la nature environnante et surtout une espèce de fosse où il apprend qu’en 1914 des fauves ont été enfermés ! Franck va devenir, dans cette nature hostile « charognard », bourreau insensible qui n’hésite pas à emprisonner toute une nuit dans une cage ses jeunes collaborateurs qu’il a fait venir, à les perdre dans la forêt afin qu’ils signent l’avenant au contrat qui le protégera d’un monde de « requins » ….

L’auteur à travers ces deux histoires montre la violence du monde, par les guerres tragiques, mais aussi révèle la brutalité du monde contemporain, où on ne se fait pas de cadeau ! Il met en évidence aussi l’importance grandissante de l’écologie dans notre société actuelle, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les risques de manger trop de viande : « la barbaque » qui a provoqué le cancer dont Lise fut frappée !

Peinture d’une grande nature sauvage, images multiples des animaux : « dans l’animal le plus tendre dort toute une forêt d’instinct » dit l’auteur qui questionne la cohabitation hommes-animaux dans la nature.

                                                                                                          Josette J.

 

Lady Mary

Danielle Digne

Lors d’une exposition de peintres de l’époque victorienne à Londres, l’auteure est attirée par un tableau représentant une petite fille richement vêtue et qui dégage une indifférence à tout ce qui l’entoure. « Intriguée, mes recherches me mettent sur la piste de cette aristocrate érudite réputée pour sa beauté ». Son père, Evelyn Pierrepont, comte de Kingston, appartenait à la haute ligné, héritier d’une grande fortune. Avant de mourir sa femme lui avait donné 3 enfants : Mary née en 1689 en France, un an plus tard Evelyn en 1691 et William en 1692. Mary est élevée par sa grand-mère qui lui donnera le goût de la lecture.

Son père possède une bibliothèque où il lui est interdit d’entrer. Avec la complicité de son frère elle va pouvoir y accéder. Elle étudie 5 à 6 heures par jour, apprend le latin. Elle écrit dans son journal « je suis une femme je n’ai aucun avantage d’éducation j’ai 14 ans ».

Elle va rencontrer l’homme qui sera son mari Edward Worthley. Son père s’oppose à ce mariage, elle fugue avec son amant. Elle ne reverra jamais son père. Elle est présentée à la Cour : Mary est resplendissante, le roi Georges 1ere lui dit : « vous serez le joyau de notre cour » mais elle préfère s’ouvrir au monde littéraire et artistique.

Danielle Digne à La Ciotat (source : son blog)

Malheureusement en 1715 elle contracte la variole. Cette maladie fit des ravages sur son visage mais loin de se lamenter elle apprit à se maquiller pour surmonter la disgrâce.

Son époux est nommé ambassadeur extraordinaire en Turquie et ils partirent découvrir le monde. Les turkish embassy letters : au terme de ce périple Mary commence à écrire « terme d’un voyage qu’aucun chrétien avait entrepris depuis le temps des empereurs grecs ». Elle pense que ses lettres feront date : « je dois la vérité aux femmes des générations futures pour qu’elles s’inspirent de ma liberté ».

Mary entend parler d’un vaccin contre la variole. Elle veut protéger son fils de ce fléau qui avait abîmé son beau visage et emporté son frère. En cachette de son mari, elle fait pratiquer l’injection à son fils.

Le 24 juin 1718 les Wortley embarquent pour le voyage de retour. Rentrée en Angleterre Mary continua à briller par son esprit et ses reparties piquantes. Voltaire exprimera toute son admiration pour ses qualités littéraires. Elle tint parole en popularisant le vaccin de la variole en Angleterre.

Sa vie bascula en 1736, à 47 ans : elle rencontra Francesco Algarotti un italien de Venise. Elle quitte l’Angleterre pour Venise et passe les dernières années de sa vie en Italie et dans le sud de la France sans revoir le bel italien. Elle meurt à l’âge de 73 ans d’un cancer

Ses lettres furent publiées sans l’autorisation de sa famille, le succès fut immédiat. « J’ai tout sacrifié pour conquérir mon indépendance aliénée par le despotisme de la coutume. J’ai rompu avec toutes les attaches du cœur. Malgré cela je n’ai point trouvé l’indépendance et à cause de cela même je ne crois pas qu’on puisse la rencontrer ».

C’était un esprit libre, une personnalité unique par son caractère sa culture et l’éclat de son esprit. A une époque où les femmes étaient prisonnières des conventions familiales et sociales elle a démontré qu’elles avaient le droit de vivre leur propre vie et ne pas être l’esclave de leurs maris.

                                                                                                          Suzon

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Un musée sous-marin bientôt à Marseille ?

25 février 2019

Récif artificiel immergé dans le Parc marin de la Côte Bleue (photo © Laurent Piechegut / BIOS / PMCB)

A Marseille, on adore immerger toutes sortes de structures au fond de la mer. Les premières expériences datent de 1983 sur la Côte Bleue, même si l’idée n’est pas nouvelle : les Romains déjà immergeaient des amphores au fond de la mer pour y attirer le poulpe et les Japonais se sont fait une grande spécialité de cette approche qui consiste à mettre en place, sur les fonds marins, des structures immergées durables destinées à favoriser le développement et la fixation de nombreuses espèces animales et végétale qui s’en servent de support et d’abris.

Entre 1986 et 1990, ce sont ainsi 183 structures artificielles en béton qui ont été immergées au large de Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins pour y recréer un habitat favorable au développement de certaines espèces halieutiques. Puis, à l’automne 2007, ce sont pas moins de 401 récifs artificiels de toutes formes et de toutes tailles qui ont été déposés par la Ville de Marseille à 25 m de profondeur entre la Corniche et les Iles du Frioul, afin d’essayer de redonner un peu de vie aux fonds marins totalement ravagés par la construction de la plage du Prado dans les années 1970 et par des années de déversements de toutes sortes. Plus de 10 millions d’euros ont ainsi été investis pour construire et mettre en place près de 30 000 m3 de récifs artificiels sur 220 ha, mais aussi pour assurer un suivi scientifique afin d’étudier l’impact d’un projet aussi ambitieux.

Récifs artificiels immergés au large du Prado dans la rade de Marseille (photo © DR / Made in Marseille)

Dix ans plus tard, la Ville de Marseille a fêté bruyamment la réussite d’un tel pari qui, malgré de nombreuses critiques, a permis de faire revenir de nombreuses espèces qui avaient déserté ces fonds marins et d’augmenter la biodiversité de ce secteur, le nombre d’espèces de poissons ayant été multiplié par trois en 10 ans. Une réussite qui tient sans doute aussi en grande partie au fait que la zone en question est désormais protégée par arrêté préfectoral, interdisant toute pêche, plongée, ou même simple mouillage.

Des plongeurs déposent des récifs artificiels « hôtel à poissons » d’une dizaine de tonnes à 30 mètres de profondeur au large des calanques de Marseille, le 30 janvier 2018 (photo © Boris Horvat / AFP)

C’est en tout cas fort de ce succès que la Ville de Marseille s’est lancée l’an dernier dans l’immersion de nouveaux récifs artificiels, cette fois dans les Calanques, au niveau de l’exutoire de Cortiou qui rejette en mer les eaux issues de la station d’épuration de toute l’agglomération marseillaise, Carnoux y compris. Un secteur où la qualité des eaux reste très médiocre avec des concentrations en métaux lourds, mais aussi en résidus médicamenteux ou en fragments de plastiques qui n’incitent guère à la baignade, comme l’évoque Sciences et Avenir. Une situation qui explique d’ailleurs les critiques soulevées par de nombreux défenseurs de l’environnement, craignant que le fait d’attirer artificiellement la faune aquatique à se fixer dans ce secteur, ne se traduise en réalité par une fragilisation de ces espèces soumises à un environnement très pollué.

Mais cela n’a pas empêché l’immersion en février 2018 de 300 t de récifs artificiels sous forme de blocs de béton déposés par 20 m de fond, sous le pilotage de la start-up montpelliéraine Seaboost et pour un budget de 1 million d’euros. Là aussi, un programme de suivi scientifique est prévu et l’avenir dira si les résultats sont à la hauteur des espérances malgré le contexte a priori guère favorable.

Plan de situation du futur musée sous-marin de la plage des Catalans (source : enquête publique / Made in Marseille)

En tout cas, immerger des objets en béton au fond de la mer est devenue une habitude bien ancrée dans la cité phocéenne puisqu’on y étudie également la faisabilité de créer un musée sous-marin au large de la plage des Catalans, un projet qui devait voir le jour dès le printemps 2017, mais qui a été retardé le temps de recevoir toutes les autorisations réglementaires nécessaires. C’est désormais chose faite puisque le Préfet a finalement donné son accord à l’issue de l’enquête publique qui s’était déroulée entre mai et juin 2018.

En l’occurrence, il s’agit d’immerger par 5 m de fond, à une centaine de mètres du rivage, une dizaine de statues entre lesquelles les visiteurs munis de palmes et de tubas pourront librement se promener, des statues qui serviront elles-aussi de récifs artificiels puisque la faune et le flore sous-marines pourront les coloniser.

Musée subaquatique d’art de Cancun

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle puisqu’un musée de ce type est ouvert depuis 2009 près de Cancún, sur la presqu’île du Yucatán au Mexique. L’artiste britannique Jason de Caires Taylor y a réalisé 400 sculptures dont certaines particulièrement spectaculaires que l’on peut découvrir au gré de ses plongées. Toutes réalisées avec du ciment alcalin, de la fibre de verre et différentes substances résistantes et écologiques, ces œuvres d’art ont été transportées sur des plateformes flottantes et immergées avec précision dans différents endroits, près de récifs naturels de manière à créer des salles de différentes thématiques.

Et ce n’est pas le seul site de ce genre puisque le même artiste, qui avait déjà créé un premier projet de ce type en 2006 sur l’île de la Grenade dans les Caraïbes, a récidivé cette fois au large de Lanzarote, dans les Canaries, où le Museo Atlántico a ouvert ses portes sous-marines début 2017 après 3 ans de travaux nécessaires pour installer ses 250 sculptures par 12 m de fond.

Lampedusa, une œuvre immergée de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Le résultat est saisissant d’autant que les effigies réalisées dans un béton spécifiquement adapté ont été moulées directement sur des habitants de l’île. Certaines sculptures représentent les migrants de Lampedusa venus s’échouer sur les plages des îles Canaries : « Ce travail ne se veut pas un hommage ou un mémorial aux nombreuses vies perdues, mais un rappel brutal de notre responsabilité collective. » explique d’ailleurs l’artiste. L’installation principale, appelée Rubicon, est constituée d’un groupe de 35 personnes marchant vers une porte, un point de non-retour, qui fait référence aux menaces pesant sur les océans de la planète.

Rubicon, œuvre magistrale de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Reste que le futur musée sous-marin de la plage des Catalans ne sera probablement pas constitué d’œuvres de Jason de Caires Taylor car l’artiste anglais a semble-t-il perdu patience en attendant la fameuse autorisation préfectorale que l’association des “Amis du musée subaquatique de Marseille” a finalement reçue fin novembre 2018 seulement, comme l’indique Made in Marseille, et ceci pour une durée de 15 ans. L’association qui porte le projet est donc désormais à la recherche d’un nouvel artiste pour meubler les fonds de ce qui sera le premier musée sous-marin en Méditerranée : avis aux amateurs…

L. V. 

Katulu ? n° 57

27 décembre 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres découvertes et partagées entre juin et octobre 2018, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu57). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

La carte et le territoire

Michel Houellebecq

Ce roman retrace une grande partie de la vie d’un artiste, Jed Martin, né dans une famille aisée mais où les relations humaines sont relativement réduites. Le roman se structure en 3 parties. Dans un premier temps il photographie des objets, cela sera pour lui un gagne-pain sans avoir le sentiment d’être un artiste, tout en vivant de son art. Il flashe sur une carte routière et se met à réaliser des centaines de photos couleur des cartes Michelin. Ceci va lui donner l’aisance de vie qu’il n’avait pas vraiment cherché… l’occasion de rencontrer Olga et d’une longue histoire d’amour… Mais il la laissera partir et les ponts seront rompus, sans discussion.

L’impression est étrange. Il est seul désormais, en fait il semble complètement handicapé par la relation humaine. Il n’a jamais eu vraiment d’amis. Il ne connaît que son père et encore très mal. C’est alors qu’il va, après avoir détruit toutes ses photos, se lancer avec beaucoup de frénésie dans la peinture de portraits de personnages : série des métiers simples puis série de « composition d’entreprises ». Il va ainsi passer presque 9 ans à accumuler plus de 60 tableaux.

L’écrivain Michel Houellebecq, le 5 octobre 2008 à Paris (photo © Olivier Laban-Mattei / AFP / Libération)

La deuxième partie du livre est le récit de l’exposition de ses tableaux et de sa rencontre avec Michel Houellebecq qui s’est retiré à ce moment-là en Irlande et qui est dans une phase dépressive. L’écrivain fait le catalogue de son exposition. L’exposition est un succès, tous les tableaux se vendent en particulier à des collectionneurs étrangers, à des prix exorbitants… Il va à nouveau rencontrer Olga… il a laissé passer l’occasion… toujours son incapacité de relations humaines dont il semble prisonnier pour la vie.

La troisième partie est consacrée à la recherche de l’assassin de Houellebecq et la fin de vie de l’artiste. Un assassinat abject. La police et tous les services spécialisés vont travailler sur ce crime et finir par l’élucider plus de 5 ans plus tard. A la tête d’une fortune colossale, Jed achète tous les terrains autour de la maison de ses grands-parents où il s’installe. Il va clore sa propriété pour que personne ne puisse y entrer. Il fait des photos, des vidéos, qu’il va retraiter informatiquement afin d’obtenir « ces trames végétales mouvantes, à la souplesse carnassière, paisibles et impitoyables en même temps…pour représenter le point de vue végétal du monde ». La nature reprend toujours le dessus des activités humaines dès que celles-ci cessent.

Ce livre est vraiment passionnant. Il décrit la vie d’un artiste très seul, créatif, mais enfermé dans son art, sans qu’on ait le sentiment qu’il en souffre vraiment. C’est aussi le cas de Houellebecq qui semble dans ce livre particulièrement dépressif en Irlande et très seul dans la campagne où il est assassiné. Il y a beaucoup de descriptions de situations, de l’état d’esprit des personnages, des paysages, des retours en arrière. Un style très vivant. Un très bon moment.

                                                                                                          Cécile

 

LE CAS EDUARD EINSTEIN

Laurent Seksik.

Ce livre est, sous une forme romancée, la biographie documentée du fils cadet d’Albert Einstein et de sa première épouse Mileva Maric. Mariés en 1903 ils eurent deux fils : Hans-Albert en 1904 et Eduard en 1910. Puis les époux se séparent : Mileva qui ne supporte pas Berlin vivra à Zurich tandis qu’Albert restera à Berlin pour son travail…. et d’autres tendres sentiments.

Très directement, l’auteur nous projette dans la vie d’Eduard Einstein, le fils cadet, à l’époque où commencent les crises psychiques qui vont perturber l’existence de ce garçon de vingt ans. Intelligent, il est en première année de médecine, et musicien, il a étudié avec les meilleurs maîtres. Albert est venu à Zurich proposer à son fils de partir avec lui aux États-Unis où il serait soigné. Eduard, qui ne lui pardonne pas sa séparation avec Mileva, lorsqu’il avait quatre ans, refuse. Il n’y aura plus le moindre contact entre le père et le fils.

Laurent Seksik (photo © David Ignaszewski / Koboy@Flammarion / Le Télégramme)

Plus tard, depuis Princeton Albert Einstein tente de faire venir ses fils, mais seul l’aîné, Hans-Albert, est autorisé par les services d’émigration à venir s’installer aux States. Pendant ce temps, en Suisse, Mileva consacre sa vie à soutenir son enfant handicapé et diagnostiqué schizophrène. Hospitalisé à Zurich dans une grande clinique psychiatrique, le Burghözli. Eduard n’a plus que sa mère pour tout référent. Il vivra jusqu’en 1965, relativement apaisé.

C’est alors que le monde se pose des questions au sujet du psychisme de la famille Einstein. Et c’est l’enquête de Laurent Seksik : analyse du cerveau du théoricien de la relativité. Commentaires journalistiques sur la photo des 70 ans d’Einstein tirant la langue comme un gamin malicieux. Solitude du grand homme, éloigné du programme atomique en fin de carrière. Mobilisation pour les grandes causes communistes ou humanitaires. Passion pour la musique et les artistes. Foucades pour les femmes. Incapacité volontaire ou non à communiquer avec ses proches.

L’analyse des correspondances échangées avec la famille, les amis, les confrères d’Albert Einstein ouvre des perspectives infinies (grosse bibliographie en fin de volume). Aux lecteurs de réfléchir aux raisons du non-dit, du non-fait, voir du silence volontaire.

                                                                                                          Roselyne

 

La vraie vie

Adeline Dieudonné

L’histoire se passe dans une sinistre banlieue belge, une forêt et un cimetière de voitures, une voisine pour le moins originale, Monica, qui raconte des histoires de dragons… La maison, avec un jardin, trois biquettes, dans un lotissement « une cinquantaine de pavillons alignés comme des pierres tombales ». « Dans la maison il y a 4 chambres, la mienne, celle de mon frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres ».

Adeline Dieudonné (source © Le carnet et les instants)

Le père immense « boit autant qu’il chasse et qu’il bat sa femme ». La mère insignifiante mais obsédée par le jardinage et les chèvres « une amibe un ectoplasme rempli de crainte qui ne se défend pas ni se plaint elle souffre en silence. » Elle, 10 ans, qui aime son petit frère d’une tendresse de mère. Dans la chambre des cadavres, des animaux empaillés, les trophées du père chasseur, des cerfs, des antilopes, des zèbres, un lion et dans un coin la hyène et la défense d’éléphant qu’il est interdit de toucher.

Les enfants font du cimetière de voitures leur terrain de jeux et attendent tous les soirs la visite du marchand de glace. Lorsque celui-ci est tué accidentellement, Gilles commence à avoir un comportement étrange, il torture les animaux domestiques et se mure dans le silence. La petite fille est persuadée que la hyène est allée habiter chez son frère et qu’elle vit à l’intérieur de lui. Elle se met en tête d’inventer une machine à remonter le temps qui lui permettrait d’empêcher l’accident mortel du vieux marchand.

Au fil de l’histoire, les dernières pages m’ont laissée KO. Je me demande comment cette héroïne garde espoir face à tant de noirceur et j’ai aimé avoir accompagné cette jeune femme qui n’a jamais capitulé face à l’enfer.

                                                                                               Suzanne

 

Frappe-toi le cœur

Amélie Nothomb

Dans ce livre, « la Belge au chapeau » raconte la relation mère-fille, complexe voire toxique, entre Marie la mère, Diane, sa première fille, son second enfant, Nicolas et la troisième, une fille, Célia. Marie aime être le centre du monde, se grise d’attirer les regards et surtout de susciter la jalousie, de voir briller dans le regard des autres une pointe d’envie. Évidemment elle séduit le plus beau garçon de la ville, Olivier fils du pharmacien. Quand sa première fille naît, la jolie Diane, couronnée de toutes les qualités, Marie perd l’admiration de son entourage au profit du bébé. Le calvaire de Marie commence : sa fille lui vole la vedette (Quelle beauté un si beau bébé !). Elle rejettera sa fille qui s’en sortira en ne l’aimant pas. Elle élèvera correctement son fils Nicolas et bouffera littéralement la dernière Célia.

Diane avait 5 ans et « elle se transforma en une créature désenchantée ». Elle se jette à corps perdu dans les études. Elle se prend d’amitié pour une de ses maîtres de conférence mais sera déçue en s’apercevant que cette femme se sert d’elle. Elle retrouve chez cette femme les défauts de sa mère envers elle.

Ce roman nous plonge dans les chemins tortueux de l’âme humaine et surtout cette relation mère- fille si importante si difficile mais indispensable. Avoir une fille c’est parfois délicieusement pervers.

Pourquoi le titre ? « Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est une phrase d’Alfred de Musset qui m’a impressionnée. Quelle révélation ! c’est un organe qui n’a rien à voir avec les autres, je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée de l’âme ».

Je ne raconterai pas la fin de ce roman : c’est à vous de le découvrir.

                                                                                                                      Suzanne

 

CAPITAINE

Adrien BOSC

« Nous ne saurions connaître le goût de l’ananas par la relation des voyageurs » se rappelle Bosc en préambule. C’est pourquoi il rédige sous forme de roman la vaste documentation accumulée en souvenir des personnages historiques qui embarquent le 24 mars 1941, parmi les 250 migrants, sur le « Capitaine Paul-Lemerle » assurant la jonction entre Marseille et les Antilles,armé par la SGTMV pour évacuer l’énorme afflux de personnes en attente de passeports et visas afin de fuir la France à moitié conquise, avant l’invasion hitlérienne complète.

Adrien Bosc (photo © Eric Feferberg / AFP / Stock)

Tout au long de la traversée, une myriade d’anecdotes nous rendront plus familiers l’écrivain André Breton, le jeune savant Claude Lévi-Strauss, le révolutionnaire russe Victor Serge et son fils Vlady, la photographe Germaine Krull, jusqu’au jeune militant de la cause noir, Aimé Césaire, en Martinique, qui sous l’impulsion de sa rencontre avec ces passagers remarquables, se verra conforté dans la publication de sa première feuille de chou, « Tropiques ».

Le bateau arrive à Fort de France le premier mai 1941. Et après cette interminable traversée, les passagers sont mis sous contrôle policier et enfermés au Fort du Lazaret… La Martinique est déjà sous les ordres de Vichy ! Préfet, policiers et gendarmes obéissent à une France collabo ! Alors, selon leur destination finale, les transfuges attendent dans l’anxiété les bâtiments qui vont les emmener vers le Brésil, Porto-Rico, Haïti où New-York. Pays d’accueil différemment réceptifs.

L’auteur, envahi par son sujet, nous projette dans un microcosme à l’image d’une société en crise fuyant l’horreur et cherchant l’espoir… Il conclut en un vaste épilogue sur les fenêtres magiques de sa recherche « obsessionnelle ». En un style souple et prolifique, suivant un fil conducteur sur lequel s’entrelacent un écheveau d’historiettes, il veut la participation du lecteur… bien que Leibnitz ait affirmé que : « Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs ». C.Q.F.D.

                                                                                                           Roselyne

 

Les Salamandres

Michel Peyramaure

Auteur très prolifique, Michel Peyramaure, né en 1921, se consacre à l’histoire de France. Il est également l’auteur de nombreuses biographies de personnages historiques. Avec Claude Michelet et Denis Tillinac, il fonde dans les années 1980, l’École de Brive, mouvement d’écrivains de Corrèze, dans la tradition du roman populaire du XIXe siècle.

Pourquoi la salamandre ? « Ce grand lézard en apparence redoutable a été choisi comme emblème par le roi. Il a le pouvoir d’échapper aux flammes. Cela s’appelle une salamandre. Elle protège Sa Majesté des brasiers de la guerre et de l’amour mais sa peau sécrète un poison »

Michel Peyramaure en 2018 (photo © Sylvain Marchou / Brive Mag)

Ce roman historique se présente comme l’Histoire de la vie à la Cour de François 1er au XVIéme siècle à travers les récits faits par deux de ses favorites : la Comtesse Françoise de Chateaubriant et Anne de Pisseleu, Duchesse d’Étampe Ce livre m’a intéressée surtout pour sa valeur historique : la monarchie, l’esclavage que l’on découvre « indigènes ramenés au-delà de la mer océane par des marchands castillans qui les vendent comme esclaves. Ce spectacle me rappelait, en plus cruel, les exhibitions d’ours apprivoisés, sur les places de nos villages ».

François 1er était un roi poète, passionné par les arts, n’hésitant pas à écrire des petits poèmes pour sa favorite. C’était un roi bâtisseur. Sans négliger les affaires du royaume, il donnait libre cours à son goût pour l’architecture rapporté d’Italie, les constructions de Chambord qu’il appelait « son bouquet de pierre », son hommage à Léonard de Vinci, créateur de machines appelées, à l’entendre, à révolutionner l’industrie, le transport et les contingences de la vie quotidienne. « François 1er insuffle au pays un essor artistique extraordinaire… un commerce intense avec le nouveau monde » ! Ce fut La Renaissance française !

                                                                                                          Josette J.

Méfi ! A Marseille, les poètes sont dans la rue…

12 décembre 2018

Rarement un événement aura autant secoué le quartier de Noailles, dans le centre-ville de Marseille. L’effondrement des deux immeubles vétustes qui ont enseveli 8 personnes le 5 novembre 2018, victimes non seulement de la pluie, comme a vainement tenté de le faire croire Jean-Claude Gaudin, mais aussi de l’incurie et de l’inertie des autorités municipales, voire de la cupidité de certains propriétaires peu scrupuleux, cet événement a déclenché comme un vent de révolte.

Rue d’Aubagne, désormais, même les murs s’expriment, avec hargne souvent, avec une certaine poésie aussi parfois…

JBx

Photo prise rue d’Aubagne, le 1er décembre 2018, sur un mur, à quelques mètres des immeubles effondrés (photo © JBx)

KATULU ? : une séance au profit du Téléthon

7 décembre 2018

Le groupe de lecture « KATULU ? », composante du Cercle Progressiste Carnussien, a organisé dans le cadre de ses activités une séance publique, le 6 décembre 2018, consacrée à la présentation de romans sélectionnés par les lectrices au cours de l’année et les ayant marquées plus particulièrement d’où l’intitulé de cette séance : « Coups de cœur ».

En plus de l’intérêt littéraire de cette manifestation, le public a pu exprimer sa générosité au profit de l’AFM-Téléthon car cette séance était inscrite au programme des manifestations 2018, organisées par la ville de Carnoux-en-Provence.

Les lectrices de Katulu ? à la tribune (photo © CPC)

En préambule, l’animatrice du groupe, Marie-Antoinette, a présenté ses collègues qui ont ensuite lu avec talent et émotion des extraits sélectionnés, nous permettant de découvrir des portraits de personnages et des parcours de vie aussi divers qu’émouvants.

Les sept ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie « Le Préambule » de Cassis.

Un public très attentionné (photo © CPC)

Chamonix-Langtang : Pierre Pili

Le grand Marin : Catherine Poulain

Mandeley for ever : Tatiana de Rosnay

L’Abbé Pierre : Pierre Lunel

Une femme à Berlin : Marta Hillers

Alma : J.M.G Le Clézio

Paris est une fête : Ernest Hemingway

 

L’analyse détaillé des lectrices de Katulu ? pour chacun de ses ouvrages est accessible directement (Katulu_58)et permet à chacun d’en prendre connaissance : n’hésitez-pas à le consulter !

Un apéritif offert au public a permis de poursuivre les conversations dans une ambiance conviviale.

C. M.

L’architecture des bâtiments publics de Carnoux : une vision contemporaine et des références

13 novembre 2018

Après la construction à Carnoux-en-Provence de la Médiathèque Albert Camus, conçue par l’atelier Fernandez et Serres d’Aix-en-Provence et réalisée entre 2004 et 2007, le point d’orgue de la rénovation du centre-ville concerne l’extension de l’Hôtel de Ville ainsi que la construction du Point d’Accueil Tourisme. Le projet retenu est celui de l’agence marseillaise AT, Céline TEDDÉ et Jérôme APACK, dont des infographies annoncées par le slogan « Carnoux Avance !… » sont visibles sur différents panneaux d’affichages  dans la ville.

Photo © MM CPC

Afin d’éclairer nos concitoyens sur les partis-pris fonctionnels et esthétiques qui fondent ces nouvelles réalisations, nous vous proposons quelques clés de compréhension de l’architecture contemporaine. Pour cela, nous avons pris contact avec les architectes Céline Teddé et Jérôme Apack qui ont accepté de nous communiquer des informations sur leur démarche. Nous ferons ensuite mention de quelques grandes figures de l’architecture moderne, comme Pierre Jeanneret dit Le Corbusier, et contemporaine comme Aldo Rossi, nous évoquerons aussi la peinture de Giorgio de Chirico, et cela sans oublier de mettre en évidence des relations qu’entretiennent ces constructions avec des réalisations locales et étrangères, contemporaines et passées.

Le nouvel Hôtel de Ville

Ce bâtiment public doit conjuguer des fonctions d’accueil, de gouvernance, de réception et regrouper des services jusqu’alors externalisés comme la police municipale et le CCAS. Tel qu’il apparaît actuellement en cours de construction, il se juxtapose avant d’intégrer le volume de l’actuelle mairie dans un ensemble volumétrique de base trapézoïdale et à la toiture en terrasse.

Photo © MM CPC

Alors que l’ancienne Mairie affichait une façade ostentatoire et symétrique, avec son large escalier extérieur, son entrée vitrée et son balcon central, le nouvel édifice se présente comme un volume épuré, sans débordements.

Tel qu’on peut le percevoir en cours de construction et comme il apparaîtra selon cette représentation infographique aimablement communiquée par les architectes, l’extérieur propose en façade de vastes plans libres échancrés par de larges ouvertures en bandeau dont certaines sont pourvues de pare-soleil. Ces derniers se substitueront efficacement et esthétiquement aux actuels stores bicolores.

Vue de la façade (maquette © Agence AT)

Côté parc, ainsi que sur l’arrière donnant sur la rue du 14 Juillet, on perçoit des ensembles de baies dont celles de l’étage présentent une partie supérieure en plein cintre (demi-cercle). Notons que ces baies sont majoritairement ouvertes sur les murs situés au Nord-Ouest et au Nord-Est, là où le soleil n’est pas le plus ardent.

Schémas © Agence AT

Les circulations pour le public et les agents ont été repensées. Comme le montre l’étude volumétrique ci-dessous, deux axes sont privilégiés.  La première entrée est située en façade et une seconde est créée au niveau du parvis de l’ensemble résidentiel  de l’Esplanade.

L’intérieur, tel qu’on peut le découvrir sur le site de l’agence AT, propose deux cours. La première, nommée « cour d’entrée » affirme un caractère plutôt minéral. Ouverte visuellement sur le Parc Tony Garnier, elle servira d’espace d’attente et aussi de prolongement à la salle des mariages.  La seconde, appelée « la cour des agrumes », sera plantée afin d’apporter de la fraîcheur au bâti.  De nombreuses ouvertures sont tournées vers ces cours intérieures pour se protéger des effets d’une lumière solaire directe et de la chaleur induite. Le patio permet ainsi à la lumière zénithale de baigner les espaces intérieurs d’une lumière adoucie.

La prise en compte de ces données dans le contexte climatique provençal constitue un atout pour le confort, tant celui des personnels que celui des usagers.

Comme le montre l’infographie ci-dessus, les successions d’espaces s’organisent selon des volumes ouverts et fermés, scandés par les piliers et des passages, qui conjuguent opacité du béton et transparence du verre. Le vocabulaire plastique est sobre. Il confère à l’ensemble un sentiment de quiétude.

Dans les propos qui précèdent, nous avons cité quelques caractéristiques du bâtiment comme le toit terrasse, la façade libre, les circulations et les ouvertures en bandeaux.

La mention de ces termes et expressions renvoie directement à l’architecture de Le Corbusier, telle qu’il en définit les principes dès les années 1920 avec les Cinq points pour une architecture moderne: les murs porteurs, le plan libre, la façade libre, les pilotis et le toit-terrasse.

Ici, les murs ne fonctionnent plus comme dans la plupart des constructions. Grâce à une ossature indépendante, et surtout à l’utilisation maîtrisée du béton, les murs portants extérieurs sont supprimés, permettant ainsi de disposer de toute l’enveloppe pour éclairer l’intérieur et les ouvertures peuvent courir d’un bord à l’autre de la façade (principe de la façade libre). Enfin le toit-terrasse, à défaut d’être aménagé comme à la Cité Radieuse de Marseille, peut recevoir une isolation végétale comme à l’Ecole Internationale de Manosque ou des panneaux solaires pour contribuer à une gestion écologique du bâtiment, comme c’est le cas dans de nombreuses et récentes réalisations.

Étude quartier Gallaratese, Milan 1969 © Aldo Rossi

Mais les architectes de l’agence AT préfèrent convoquer la démarche et les créations d’Aldo Rossi (1931-1997). L’étude de son œuvre montre en effet que « si les bâtiments d’Aldo Rossi semblent évidents et facilement appropriables, ils sont pourtant faits d’une succession d’espaces et se nourrissent de références historiques et populaires. La colonne, l’arche et la lucarne ne sont plus de simples éléments de langage, ils sont employés pour servir l’architecture, parce qu’ils font sens dans l’histoire qui est racontée » (Extrait d’un article de Bastien Saint-André) Les architectures d‘Aldo Rossi expérimentent un principe analogique où la référence historique n’est viable qu’en la synthétisant et la condensant dans des formes élémentaires avec les types fondamentaux que sont la rue, la façade, le mur, la fenêtre …. Ainsi, ses immeubles des années 1970 et 1980 éprouvent-ils les lignes du cube, du cône ou du cylindre, et s’organisent-ils généralement sur des plans symétriques et cela en étant dépourvus de tout ornement.  Il est l’auteur de très nombreux dessins qui évoquent les paysages métaphysiques de Giorgio de Chirico et attestent de son « obsession » des villes. (Réf. texte Nadine Labedade pour le FRAC Centre)

Cette synthèse et ces références historiques et populaires existent à Carnoux à la fois dans la mention des premières constructions individuelles à toit-terrasse, mais aussi dans le rappel de la toiture de l’église Notre-Dame d’Afrique faite de demi-cylindres dont les courbes sont reprises dans les cintres des baies vitrées et les arches du nouvel Hôtel de Ville.

Photos © MM CPC

Nous constaterons par la suite qu’il en est de même pour le kiosque de l’Office du Tourisme.

Giorgio de Chirico, L’Énigme du Jour, Paris 1914 (© MOMA, New York)

Les architectes citent aussi le peintre Giorgio de Chirico. Comme le note Giovanni Loreto dans son texte intitulé Écrit sur l’architecture pour « l’Esprit Nouveau », Giorgio de Chirico a toujours été hanté par ce sentiment de l’architecture, par le sens lyrique et solennel qu’ont les places, les tours, les terrasses et toutes les constructions qui forment une ville lorsque la génialité des architectes et bien souvent aussi, le hasard (le divin hasard comme l’appelle Nietzsche) les dispose d’une certaine façon. Dans toute sa production de 1910 à 1914, de Chirico raconte toujours le mystère des villes, le calme et le recueillement des architectures italiennes à l’heure du soir…  

Le projet architectural doit être appréhendé dans son ensemble. Pour ce faire, après l’Hôtel de Ville, étudions le Point d’Accueil Tourisme.

Le kiosque de l’Office du Tourisme

Situé à l’angle du vaste espace Tony Garnier, ce parallélépipède de béton et de verre est surmonté d’une toiture à quatre pans asymétriques. Notons l’échancrure qui ceint la partie inférieure de la toiture et qui a une fonction de gouttière.

Ce bâtiment d’allure massive, notamment quand on le découvre en descendant le Mail, est traité dans des tons de pierre qui reprennent la couleur de la stèle du Monument aux Combattants afin de constituer un ensemble plastiquement cohérent. Dans sa forme et sa position, telle qu’il apparaît quand on aborde la place en entrant dans la ville depuis Aubagne, le kiosque peut évoquer le pavillon des Jardins de la Ménara de Marrakech. En revanche, ce dernier qui comporte deux étages est plus aérien.

Photos © MM CPC

Toutefois, à Carnoux, l’esplanade de sable compacté occupe la place du vaste bassin du jardin marocain et le bâtiment ne présente qu’un seul étage avec des ouvertures rectangulaires.

Dans sa conception comme dans son positionnement, le kiosque rappelle les pavillons et les « folies* » des parcs publics. Dans le projet originel et avec le souci de construire un équilibre général, un second pavillon devait border l’angle opposé du parc côté église et a été remplacé par la stèle et son parvis. Comme le mentionnent les architectes, la forme « déstructurée » du volume et de sa toiture font écho à l’urbanisation récente de Carnoux où les toits à deux ou à quatre pentes ont peu à peu remplacé les toitures terrasses d’une architecture qui se voulait plus nord-africaine à la naissance de la commune. C’est une synthèse des deux architectures au cœur de la ville.

© Musée du château de Lunéville

*Le terme « folie » caractérise à partir du XVIIème siècle un petit pavillon dédié à un usage privé, généralement situé aux abords de la ville. Ces bâtiments simples et élégants étaient construits au XVIIème siècle dans le style néo-classique.

On connaît aussi les folies d’Emmanuel Héré, un architecte lorrain né à Nancy. Pour Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et duc de Lorraine, il réalise la place maintenant connue sous l’appellation place Stanislas et les folies du jardin du château de Lunéville. Les folies conçues par Emmanuel Héré sont inspirées par l’exotisme et sont originales et extravagantes. Les deux plus connues sont le Trèfle et le kiosque (voir coupe du salon ci-jointe). Elles sont détruites à la mort de Stanislas à la fin du XVIIIème siècle.

 

© mjs capes.worpress.com

Depuis, ce type de construction a été remis au goût de l’époque. Ainsi, l’architecte Bernard Tschumi en a-t-il conçu une série en métal rouge, fondée sur le principe de la « déconstruction », qui ponctue le Parc de La Villette dans la banlieue de Paris. Dans l’exemple représenté, la fonction de belvédère est privilégiée.    

Il est temps de conclure notre propos avec le même souci pédagogique, il paraît nécessaire de préciser qu’en matière d’art, et ici d’architecture, il est prudent de ne pas s’en remettre au jeu de recherche d’analogies formelles ! Pour cela, appuyons-nous sur l’adage : comparaison n’est pas raison !

Comparaison n’est pas raison si on confronte la volumétrie et les ouvertures du nouvel Hôtel de Ville avec celles du Palais de la Civilisation que le régime mussolinien a construit en 1942 pour l’Exposition Universelle de Rome (exposition qui n’a pas eu lieu) et qui prend place dans un projet dénommé E.U.R.

Sources : © Rome-roma.net (à gauche) et © MM.CPC (à droite)

Le Palais de la Civilisation qui s’apparente à un Colisée cubique présente des ouvertures cintrées comme les baies de l’Hôtel de Ville. Mais là s’arrête la comparaison puisque ce bâtiment a pour objet de glorifier les visées impérialistes du régime de l’Italie d’alors !

De même, il est tout aussi incohérent d’évoquer pour le kiosque de l’Office du Tourisme, sa similitude formelle avec un mastaba égyptien de Saqqara, ou avec un mausolée dont les fonctions sont funéraires. Pas question à Carnoux d’enterrer le tourisme !

Sources : © bbc.co.uk (à gauche) et © MM CPC (à droite)

En attendant peut-être une suite traitant de l’urbanisme du cœur de la cité, espérons que cet article aidera les citoyens et les visiteurs à appréhender, avec un regard un peu plus éclairé, l’architecture des nouveaux bâtiments publics du centre-ville de Carnoux-en-Provence.

MM

A Carnoux, on recherche toujours le buste de Lyautey…

8 novembre 2018

En avril 2016, nous avions lancé sur ce même blog un avis de recherche pour tenter de savoir ce qu’il avait bien pu advenir du buste en bronze du maréchal Lyautey qui a trôné pendant des années à l’angle de la place du même nom, devant le pignon de l’immeuble sobrement baptisé Résidence III, avant d’en être brusquement extrait en 2013 pour laisser place à la construction d’un nouvel immeuble.

Depuis, en dehors d’une brève réapparition en 2014, à l’occasion des commémorations militaires comme la ville de Carnoux en raffole, on a perdu la trace du buste de Lyautey qui constituait pourtant le seul et unique monument public en bronze dont la jeune commune tout juste cinquantenaire pouvait s’enorgueillir. On suppose qu’il est soigneusement conservé dans quelque cachette bien gardée mais le secret n’a pas été éventé jusqu’à ce jour et la municipalité, pourtant prompte à réagir à certains de nos articles, n’a pas daigné s’exprimer à ce sujet.

Le Colonel Pierre Geoffroy (source : Babelio)

Pourtant, l’article en question, qui a été lu par près de 600 internautes depuis, n’a pas manqué d’éveiller la curiosité d’un spécialiste du maréchal Lyautey, en la personne du Colonel Pierre Geoffroy, Président de l’Association nationale Maréchal Lyautey. Cet ancien militaire de carrière, qui a combattu en Indochine et en Algérie avant de servir à l’Etat-Major de la 4ème Division blindée basée à Nancy, est un grand admirateur du maréchal Lyautey depuis sa plus tendre enfance.

En 1976, à la mort de Pierre Lyautey, neveu du maréchal, le château de Thorey que le maréchal Lyautey avait fait aménager et où il s’était installé en 1925 à son retour du Maroc et jusqu’à sa mort en 1934, a besoin de gros travaux de restauration. Ses héritiers tentent de convaincre le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle de le racheter pour en assurer l’entretien, mais sans succès.

Le château de Thorey Lyautey (source : Association nationale Maréchal Lyautey)

Pour éviter que la demeure historique ne soit vendue au plus offrant, le colonel Pierre Geoffroy crée donc l’Association nationale Maréchal Lyautey et lance une souscription pour rassembler les fonds nécessaires. C’est le début d’une grande aventure qui permettra de racheter le château et d’en assurer la restauration et l’entretien jusqu’à ce jour.

Buste du Maréchal Lyautey dans le jardin Massena à Nice (source : Ville de Nice)

Toujours est-il que ce spécialiste du Maréchal Lyautey nous a révélé plusieurs éléments qui permettent d’en savoir un peu plus sur l’histoire des effigies de son idole, lui qui est à l’origine des deux statues en pied érigées à Paris puis à Nancy à partir d’un modèle de 26 cm de haut dessiné par Cogné. Selon lui, le buste du Maréchal qui trônait dans le salon d’honneur du premier paquebot baptisé Maréchal Lyautey, a été perdu lorsque le navire a été coulé par les Allemands en 1944 dans le port de Marseille, mais la veuve du Maréchal en avait conservé le moulage en plâtre. C’est ce moulage qui a été réutilisé par des Pieds noirs de Nice pour recréer un nouveau buste en bronze qui a longtemps été exposé dans le jardin Massena avant d’être déplacé par Christian Estrosi.

Quant au buste dessiné par Cogné qui se trouvait dans le second paquebot, Le Lyautey, lancé en 1952, c’est bien le commandant Jean-Paul Thepot qui a contacté Pierre Geoffroy pour lui remettre cette œuvre lorsque le navire a été désarmé. L’original de ce buste se trouve toujours en bonne place dans le château de Thorey et c’est une copie en bronze qui est exposée dans le jardin du château, au niveau du mémorial.

Buste de Lyautey à Carnoux-en-Provence, avant son déménagement (photo © AAKPPA, 2007)

Pierre Geoffroy n’est pas en mesure de savoir quelle était l’origine du buste initial rapporté de Kenitra, placé d’abord dans les premiers bâtiments faisant office de mairie à Carnoux, comme en atteste un bulletin de la Coopérative immobilière de Carnoux en juillet 1965. Le 29 mai 1980, le colonel Pierre Geoffroy en personne était présent lors de la seconde inauguration du buste, lorsque ce dernier a été installé à son emplacement définitif (du moins jusqu’en 2013, car, comme chacun sait, Carnoux avance…), à l’angle de la place Lyautey. C’est ensuite que la statuette aurait été volée et c’est pour la remplacer que le colonel Guido Verlet, un des fondateurs de la commune de Carnoux, a contacté Pierre Geoffroy pour lui demander l’autorisation de faire une copie en bronze du fameux buste de Cogné. Le buste carnussien de Lyautey est donc bel et bien une copie récente d’un modèle initialement dessiné par Cogné pour le paquebot Le Lyautey

Et il semblerait que deux autres copies en bronze du même buste ont également pu être réalisées. La première l’a été à la demande d’André Llobel, un ancien de Boufarik, alors adjoint au maire de Puget-sur-Argens dans le Var et délégué aux anciens combattants. Cette effigie du Maréchal, coulée par la fonderie Huguenin en 1990, trône toujours dans le square Lyautey, devant une résidence pour personnes âgées.

Le buste du Maréchal Lyautey à Puget-sur-Argens (photo © Gilles Régis)

Quant à la seconde, elle a été installée dans le quartier Lyautey, aménagé par le Conseil départemental de l’Orne à Alençon qui y a d’ailleurs installé son siège, là où le Maréchal Lyautey, de retour de Madagascar en 1902, y commanda brièvement le 14ème Hussards, tout en se consacrant davantage à la rédaction de son ouvrage publié en mai 1903 sous le titre Dans le Sud de Madagascar : pénétration militaire, situation politique et économique, qu’à la gestion quotidienne de son régiment constitué selon ses propres termes de « 800 sabres qui ne sabreront jamais rien »… Il mettra d’ailleurs très vite fin à cet intermède de vie de caserne en Normandie pour rejoindre l’Algérie dès septembre 1903, comme commandant de la division d’Ain-Sefra dans le sud Oranais.

Une dernière réplique en plâtre du buste de Lyautey aurait été confiée à la Corniche Lyautey, une organisation d’étudiants de classes préparatoires du lycée militaire d’Aix-en-Provence. Il n’en reste pas moins que, si les bustes du Maréchal Lyautey ne sont finalement pas si rares qu’on pourrait le penser, celui de Carnoux-en-Provence représente malgré tout un témoignage patrimonial de valeur qui mériterait sans doute de resurgir un jour des oubliettes de l’Histoire où il semble s’être perdu corps et âme…

L.V. 

Paléomusique : les idiophones de la Préhistoire…

31 octobre 2018

L’ethno-minéralogiste Erik Gonthier et ses lithophones (photo © Pierre Grosbois / Le Monde)

Erik Gonthier fait partie de ces chercheurs fascinants capables de rendre passionnants les plus austères des sujets scientifiques. Maître de conférence et ethno-minéralogiste au Museum national d’histoire naturelle, il travaillait en 2004 au Musée de l’Homme lorsqu’il y a fait une découverte étrange. Les réserves de ce musée renfermaient en effet de curieux pilons sahariens datés du Néolithique, entre 9000 et 2500 ans avant notre ère, et amassés au fil du temps et des conquêtes coloniales, notamment lors des grandes missions scientifiques Berliet au Sahara.

Les paléontologues qui s’étaient penchés sur le sujet avaient établi leur diagnostic comme en fait état par exemple cet article publié en 1968 dans le Bulletin de la Société préhistorique française et doctement intitulé Grands outils de pierre polie du Sahara nigéro-tchadien. Il y est question de « meules dormantes », de « haches boudin », de « haches à gorges » et de divers instruments aratoires ou destinés à extraire les plaques de sel, pour lesquels l’usage semble plus ou moins avéré.

Mais l’article cite aussi des pilons en pierre dure, soigneusement polis, et dont la taille peut atteindre jusqu’à 90 cm pour un diamètre de 5 à 9 cm. De belles pièces donc, dont la confection a certainement demandé des heures de travail patient, mais dont l’utilité comme pilon a longtemps laissé perplexes certains chercheurs, ne voyant pas très bien à quoi pouvaient servir des pilons aussi lourds et volumineux, sinon peut-être à casser des noix de palmier doum, particulièrement résistantes, pour en extraire une substance appréciée des chèvres.

Erik Gonthier à la baguette sur ses lithophones du Museum (photo © capture image reportage AFP mars 2014 / Youtube)

Ces doutes sont désormais définitivement levés depuis qu’Erik Gonthier, au début des années 2000 donc, a confirmé que ces objets oblongs de forme cylindrique, soigneusement taillés et polis par nos ancêtres il y a 10 000 ans, dans des roches dures souvent d’origine volcanique, comme le basalte ou la phonolite (cette pierre qu’on trouve au Mont Gerbier de Jonc, aux sources de la Loire, comme on l’a tous appris à l’école…), n’avaient certainement aucun usage alimentaire ou utilitaire mais étaient simplement des… instruments de musique, des lithophones pour utiliser le langage scientifique idoine, et même des… idiophones à en croire l’analyse très détaillée et pédagogique qu’il a publiée en 2009 sur son blog.

Par définition, les lithophones sont des instruments de musique à percussion directe, constitués de pierres sonores, posées au sol ou suspendues, et que l’on vient frapper avec une autre pierre ou une masselotte en bois ou en os par exemple. Des systèmes que l’on retrouve un peu partout à travers le monde, sous différentes formes, et qui ont très probablement été inventés bien avant les instruments de type membranophones tels que les tambours ou les tam-tam, constitués classiquement d’une peau tendue sur une caisse de résonance. La notion d’idiophone fait référence au fait que le son est produit intrinsèquement par la pierre elle-même, sans aucun rapport donc avec le célèbre Gaffophone, mis au point par un certain Gaston Lagaffe…

Concert de lithophone sur stalactites dans la grotte de Tito Bustillo, sur le site d’Altamira dans le nord de l’Espagne (source Youtube / cité par Marilyn Armagast Martorano)

Fort de sa conviction que ces curieux pilons lithiques n’étaient donc que des sortes de carillons préhistoriques, notre ethno-minéralogiste s’est mis en tête de les reconstituer et d’en étudier les propriétés acoustiques. Contrairement aux lithophones dits dormants, qui sont en réalité de simples pierres naturelles, des stalactites par exemple, que l’on frappe in situ pour les mettre en vibration et en tirer des sons plus ou moins harmonieux, les pilons sahariens ont la particularité d’être mobiles et étaient donc destinés à être transportés pour en jouer dans certaines occasions. Des lithophones manufacturés donc, mais cylindriques, contrairement à ceux très répandus sous formes de lamelles, un peu à l’image de nos xylophones.

Les expériences d’Erik Gonthier qui s’est transformé pour l’occasion en paléomusicologue, ont montré que les lithophones préhistoriques retrouvés de l’Algérie au Togo en passant par la Mauritanie et le Tchad, avaient la particularité d’être diphoniques, c’est-à-dire de pouvoir émettre deux notes distinctes à des fréquences vibratoires différentes. Sur la base de son travail, l’Orchestre national de France a décidé d’utiliser ces instruments de musique d’un autre âge dans le cadre d’une de ses animations Musicomusée destinée au jeune public et organisée en collaboration avec le Museum national d’histoire naturelle.

Les musiciens de l’Orchestre national de France jouent une création musicale de Philippe Fénelon sur des lithophones (photo © Pierre Grosbois / Le Monde)

Quatre percussionnistes de l’Orchestre national de France se sont donc mis au travail, sous la houlette du compositeur Philippe Fénelon, et le 22 mars 2014, les vieux lithophones préhistoriques sont sortis des réserves du musée pour un concert très exceptionnel, naturellement intitulé Paléomusique, sous forme de conte musical, d’ailleurs radiodiffusé un mois plus tard sur France Musique. Un événement lithophonistique tout à fait inhabituel qui marquera sans doute d’une pierre blanche l’histoire de la paléomusique. Une expérience en tout cas qui mériterait probablement d’être reconduite pour mieux faire connaître ces vestiges du passé aussi remarquables par leur sonorité que par la pureté esthétique de leurs lignes, histoire de faire d’une pierre deux coups…

L. V. 

Centre culturel de Carnoux : fallait-il passer en DSP ?

27 octobre 2018

A Carnoux-en-Provence, le Centre culturel fait partie du paysage depuis une trentaine d’années et a vu passer des générations de Carnussiens venus s’y initier à l’éveil musical, à la pratique d’un instrument de musique, au théâtre, à l’apprentissage de l’anglais ou à de multiples activités créatrices. Comme dans la plupart des communes, cette structure résulte d’une volonté municipale de mettre à disposition du plus grand nombre l’accès à la découverte et à la pratique d’activités culturelles et artistiques, dans la droite ligne des Maisons de la Culture initiées par André Malraux.

Les bâtiments du Centre culturel ont bien entendu été financés entièrement sur fonds publics, y compris la récente rénovation complète des locaux et la construction encore plus récente d’une salle de musique dernier cri. Quant à l’entretien des bâtiments, il est entièrement pris en charge par la commune qui met à disposition les locaux gratuitement à une association créée spécifiquement pour leur exploitation et qui s’appelle d’ailleurs Association du Centre culturel de Carnoux-en-Provence.

Le Centre culturel de Carnoux (source : site du Centre culturel)

Cette association s’appuie sur une secrétaire et des bénévoles dont certains très investis depuis des années, en particulier pour assurer l’inscription des adhérents et la comptabilité de l’association. Les intervenants, eux, bénéficient de statuts variés et sont rémunérés par l’association en fonction du nombre d’heures qu’ils prodiguent effectivement dans les locaux du Centre culturel, nombre d’entre eux partageant leur temps avec d’autres structures pour pouvoir toucher un revenu décent, comme c’est le lot pour la plupart des professionnels du monde culturel et artistique.

Salle de musique construite en 2017 au Centre culturel de Carnoux (source © Plὸ architectes et urbanistes associés)

A Carnoux cependant, la gestion de ce formidable outil d’accès à la culture pour tous n’est pas vraiment autonome vis à vis de la municipalité. Contrairement à ce qui prévaut dans d’autres communes et à la tendance de ces dernières années, l’association elle-même est étroitement liée à la municipalité puisque ses statuts précisent, comme l’expliquait le maire de Carnoux en personne dans un courrier adressé au CPC en octobre 2016 en réponse à un article paru sur ce blog, que « le maire ou son représentant est participant de droit au Conseil d’Administration ». De fait, l’ancien président, resté aux rênes de l’association pendant 13 ans n’est autre que le mari d’une élue, longtemps adjointe à la communication, tandis que depuis 2016 l’association est présidée par Frédéric Rouquet, délégué aux affaires scolaires, alors que la section théâtre est placée sous le responsabilité de l’adjoint à la culture, Tony Tumayan. Cette dernière vient d’ailleurs de s’ériger en association loi 1901 sous le nom « Les Trétaux de Carnoux ».

Frédéric Rouquet aux côté de Danièle Lambert, présentant le Centre Culturel de Carnoux aux nouveaux arrivants en mairie de Carnoux, en janvier 2018 (photo © M. Gébelin / La Provence)

Cette situation particulière ne peut que limiter la nécessaire créativité de la structure et nuire à la crédibilité de l’action culturelle locale. Une proximité qui a, en tout cas, suscité certaines interrogations de la part de la Chambre Régionale des Comptes (CRC), chargée d’inspecter en 2017 les comptes de la commune depuis 2013. Dans son rapport, dont une version provisoire a été remise au maire fin 2017 et dont la version définitive est arrêtée depuis le 24 mai 2018, accessible notamment sur le site de la commune comme la loi l’exige, la CRC formule ainsi sa seconde recommandation : « Clarifier les relations avec le centre culturel dans le cadre d’une convention pluriannuelle d’objectifs et de moyens. Le cas échéant, mettre un terme au subventionnement de l’association pour les prestations relevant de la commande publique ».

Les magistrats de la CRC ont en effet réagi en découvrant que la commune versait chaque année une subvention aussi élevée à une association dirigée par des élus municipaux, et ceci quasiment sans aucun contrôle extérieur. En 2016, le montant de la subvention accordée à l’association s’élevait en effet à 82 000 €, soit près de la moitié du montant total attribué aux 36 heureuses associations carnussiennes bénéficiant de subventions communales. Et ceci sans que la convention passée détaille à quoi est destinée cette subvention ni même demande une certification des comptes de l’association, comme l’exige pourtant la loi pour de tels montants.

C’est d’ailleurs grâce au travail de la CRC que les habitants de Carnoux ont enfin pu apprendre quel était le montant du budget annuel du Centre culturel, lequel s’élevait à 253 956 € en 2016, mais un chiffre totalement biaisé puisqu’il n’intègre pas les coûts de mise à disposition et d’entretien des locaux. Face à une telle situation qui est la porte ouverte à toutes les dérives, la CRC a donc chaudement recommandé à la commune de mettre un peu d’ordre dans sa gestion du Centre culturel, de couper les liens entre la municipalité et l’association en charge de sa gestion et de signer avec cette dernière un contrat d’objectif en bonne et due forme, exigeant en retour une certification des comptes afin d’assurer une véritable transparence dans l’utilisation des subsides publics.

Vue du Centre culturel de Carnoux (source © Commune de Carnoux)

Au passage, la CRC s’est autorisée à rappeler au maire de Carnoux quelques règles de base en matière d’utilisation des deniers publics et de subventionnement des associations. Comme le suggère le bon sens, une collectivité a parfaitement le droit de subventionner une association à condition qu’elle ne soit pas un simple faux nez de la municipalité elle-même, créé dans le seul but de mettre en œuvre une politique publique qui relève des compétences communales, surtout lorsque celle-ci pourrait relever du domaine concurrentiel. En d’autres termes, l’association doit être indépendante, définir elle-même ses objectifs, présenter à la commune des demandes de subvention pour l’aider à mettre en œuvre sa politique et fournir en échange toutes les garanties quant à la transparence de l’utilisation des fonds conformément à ses engagements.

On aurait alors pu penser que le maire allait s’empresser d’obéir aux injonctions de la CRC, que l’évolution du Centre culturel allait être au cœur des débats lors de son assemblée générale en 2017, et que la commune allait solliciter le monde associatif carnussien pour créer une nouvelle structure plus indépendante afin de reprendre la gestion de ce remarquable outil au service des habitants. Sur les 75 associations dûment répertoriées sur le site de la commune, il ne manque en effet pas de bonnes volontés pour s’investir dans une telle œuvre d’intérêt général.

Mais le maire de Carnoux, sans doute attaché à un contrôle plus politique de la culture locale a préféré s’engager dans une autre voie, qui n’est pourtant nullement suggérée dans le rapport de la CRC, mais qu’il a imposée lors du conseil municipal du 12 avril 2018 à la grande surprise des quelques élus d’opposition, comme l’indique le compte-rendu de la séance. Il a en effet laissé croire que le recours au monde associatif était devenu subitement impossible au prétexte que « certains dirigeants bénévoles de l’association ont fait part de leur impossibilité à poursuivre leur engagement pour raisons personnelles ou professionnelles » et que, dans ces conditions, il ne restait plus que deux possibilités pour poursuivre l’activité du Centre culturel : soit la gestion directe par des agents municipaux, soit le recours à un prestataire privé via une délégation de service public (DSP).

Gérard Pressoir, nouveau gérant du Centre culturel de Carnoux (source © Viadeo)

C’est la seconde solution que le maire a souhaité privilégier. Une consultation a été lancée dès le 5 mai, avec un cahier des charges ajusté pour faire en sorte que le candidat sollicité par la municipalité, en l’occurrence Gérard Pressoir, mandataire de multiples sociétés et président depuis 2000 de la société ALG (Arts et Loisirs Gestion) qui gère déjà la salle de spectacle municipale de l’Artea, soit le seul candidat à remettre une offre que la commune s’est donc empressée d’accepter. Un choix qui a été entériné lors du conseil municipal du 26 juillet et qui a donc été mis en œuvre dès la rentrée de septembre, après que M. Pressoir eut déposé les statuts d’une nouvelle société intitulée Centre culturel de Carnoux pour assumer ses nouvelles deux fonctions.

La municipalité aurait pu saisir l’occasion de ce changement administratif pour donner un peu plus d’air et d’indépendance à l’action culturelle locale. Il n’en a rien été. Le maire a au contraire annoncé lors de ce même conseil municipal que le comité de suivi qui allait être mis en place pour encadrer la gestion du Centre culturel serait composée de six personnes dont Frédéric Rouquet et Tony Tumayan, deux élus redevenus subitement disponibles pour la cause commune, ainsi que deux représentants des usagers et deux représentants du gestionnaire. Rien ne change donc sur le fond. Reste que de nombreuses interrogations subsistent quant à l’évolution de la structure. Une augmentation très substantielle des tarifs a été annoncée. A titre d’exemple, pour une heure hebdomadaire de cours d’instrument (hors adhésion), le tarif qui était de 730 € par an en 2017 a été annoncé à 1200 € puis ramené à 950 € après discussion, mais les cours qui se déroulaient depuis des années le samedi après-midi ont finalement été annulés pour d’obscures raisons de responsabilité du gérant.

Désormais en effet, ce bel outil qu’est le Centre culturel de Carnoux restera fermé le soir au delà de 21 h et tous les samedis après-midi par le bon vouloir du gérant. Aux usagers de s’adapter aux nouveaux horaires. On imagine que les 650 adhérents dont s’enorgueillissait l’association n’ont probablement pas tous renouvelé leur cotisation et que la commune risque de se retrouver, comme dans d’autres domaines, avec un équipement public coûteux et très performant mais largement sous-utilisé.

Le délégataire profitera de l’infrastructure pour y organiser des spectacles et des prestations privées comme il le fait déjà en utilisant le fichier des adhérents pour remplir la salle de l’Artea. Quant à la collectivité, elle continuera à payer le déficit d’exploitation via une subvention d’équilibre, prévue dans le cahier des charges. Le montant de cette participation était justement l’un des critères de jugement des offres selon l’avis d’appel d’offres et il semble que son montant, qui n’a pas été communiqué en conseil municipal, soit significativement supérieur à la subvention dont bénéficiait l’ex association (79 000 € pour l’année 2018, sur un total de 220 000 € de subventions communales aux associations).

Pas sûr donc que la collectivité trouve son compte dans cette nouvelle délégation au privé d’un service public communal. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que la commune a perdu une belle occasion de profiter du tissu associatif local particulièrement dynamique pour développer de manière plus démocratique et participative l’exploitation du Centre culturel qui fait la fierté des Carnussiens. La culture n’a pourtant de sens que si elle est partagée…

L. V. 

Les étranges sculptures de Subodh Gupta et ses pots au lait…

10 septembre 2018

Affiche de l’exposition avec l’œuvre intitulé Very Hungry God réalisée en 2006 par Subodh Gupta

Le 26 août 2018 vient tout juste de s’achever, à l’Hôtel de la Monnaie, à Paris, ce qui restera comme la première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta. Cet artiste plasticien touche à tout, né en 1964 dans l’État déshérité du Bihar, au nord de l’Inde, a réussi en effet à se faire connaître dans le monde entier tant pour ses performances artistiques que pour ses vidéos ou ses sculptures dont une des marques de fabrique est l’utilisation d’ustensiles de cuisine métalliques, casseroles en aluminium ou pots au lait en inox…

Une de ses œuvres les plus connues est d’ailleurs son crâne géant de 6 m de haut, au nom évocateur de « Very Hungry God », que l’on pourrait traduire par « Dieu insatiable », constitué d’un assemblage hétéroclite de centaines d’instruments de cuisine en inox et en aluminium, soudés les uns aux autres. Exposée pour la première fois en 2006 dans l’église Saint-Bernard à Paris, alors occupée par un collectif de sans-papiers réclamant leur régularisation, la sculpture aussi monumentale que spectaculaire, a ensuite été racheté par la fondation de François Pinault et est, depuis, habituellement exposée devant le Palais Grassi à Venise.

God Hungry, exposée à l’église Sainte Marie-Madeleine, à Lille en 2006

Une autre de ces œuvres monumentales d’inspiration comparable, et intitulée, comme en écho à la précédente, God Hungry avait d’ailleurs été créée également en 2006 et exposée sous la coupole de l’église Sainte Marie-Madeleine à Lille, dans le cadre du festival Bombaysers. Jaillissant de la paroi sous forme de trois gigantesques cascades constituées d’un amoncellement de brocs et casseroles en inox, cette forme étrange et d’apparence incongrue était supposée faire écho au terrible tsunami qui avait ravagé les côtes de l’Océan indien le 26 décembre 2004, causant la disparition d’au moins 250 000 personnes entre l’Inde, Sri Lanka, la Thaïlande ou l’Indonésie.

« Two cows », œuvre de Subodh Gupta, exposée à l’Hôtel de la Monnaie (photo © Photo Éric Simon)

Cette utilisation d’instruments de cuisine et d’objets de la vie quotidienne indienne est très caractéristique de l’œuvre de ce plasticien déroutant comme le montre la diversité de ce qui était exposé cet été à l’Hôtel de la Monnaie : simple pâte à pain posée sur une table en bois rustique, amoncellement hétéroclite de théières et de brocs, pirogue croulant sous les jarres destinées à stocker l’eau quotidienne, porte dorée, miroirs déformant, chariot porte-bagages ou vélos rutilants chargé de bidons à lait.

Même le gigantesque arbre banian en acier inoxydable au feuillage et aux fruits constitué d’ustensiles de cuisine était présent dans la cour de l’Hôtel de la Monnaie. Intitulé « Dada » qui signifie grand-père en Hindi, cette sculpture monumentale, conservée habituellement à la National Gallery of Modern Art, à New Delhi, symbolise assez naturellement l’héritage indien profondément ancré dans une tradition séculaire, mais aussi toute la richesse et la solidité des liens familiaux, si importants dans la culture indienne.

Sculpture Dada exposée en 2014 à la National Gallery of Modern Art de Delhi

Mais le nom de cette œuvre aussi emblématique que surréaliste fait aussi bien évidemment référence au dadaïsme qui imprègne largement l’inspiration de ce plasticien indien étonnant. Le bronze noir représentant une Joconde moustachue, créé en 2010 par Subodh Gupta et intitulé « Et tu, Duchamp ? » est ainsi une référence évidente à Marcel Duchamp qui avait osé pastiché en 1919 le célèbre tableau de Léonard de Vinci en affublant Mona Lisa d’une belle paire de bacchantes et en intitulant gaillardement son tableau du titre aussi sonore que suggestif : « L.H.O.O.Q. ».

A Gauche : L.H.O.O.G de Marcel Duchamp, 1919. A Droite : Et Tu, Duchamp ? de Subodh Gupta, 2010 (source : artwiki)

De quoi rassurer ceux qui craindraient que l’art moderne, désormais largement dominé par les lois de la spéculation universelle, ne perde de son côté irrévérencieux et iconoclaste qui fait parfois son charme…

L. V. 

A Rochefort, la maison de Pierre Loti touche le gros lot…

30 août 2018

Pierre Loti dans la pagode de sa maison de Rochefort (photographie d’époque de Dornac)

Qui, de nos jours, lit encore Pierre Loti ? Louis Marie Julien Viaud, de son vrai nom, cet officier de marine élu à l’Académie française en 1891, est mort il y a près d’un siècle en 1923. Entré à l’Ecole navale en 1867, sa carrière l’a amené à sillonner les mers, le conduisant notamment à Tahiti où, en 1872 la vieille reine Pomaré lui donne le surnom de Loti, du nom local d’une fleur tropicale, un nom de plume qu’il utilisera par la suite pour publier de nombreux romans, dont Le roman d’un spahi, Pêcheurs d’Islande ou Ramuncho.

Sa vie militaire l’a notamment amené à participer à la campagne du Tonkin, en 1883, qui ouvre la voie de la France en Indochine et permet au lieutenant de vaisseau Viaud, fraîchement entré à l’Académie Goncourt, de publier le récit détaillé de la prise de Hué dans Trois Journées de guerre en Annam. Deux ans plus tard, il est au Japon où il épouse, dès son arrivée à Nagasaki, par contrat d’un mois renouvelable le temps de son séjour, une jeune autochtone de 18 ans, Okané-San, qui fournira la matière de son nouveau livre Madame Chrysanthème, et pourra ensuite se remarier à un Japonais une fois le contrat échu…

Plus jeune, il avait rencontré, lors d’un passage en Turquie une jeune odalisque, Hatice, rattachée au harem d’un dignitaire turc et dont il avait fait son amante puis l’héroïne d’un autre de ses romans, Aziyadé, avant d’écrire Fantôme d’Orient, quinze ans plus tard, lors d’un autre séjour à Constantinople à la recherche de ce premier amour de jeunesse qui s’était entre temps donné la mort…

L’écrivain Pierre Loti à Pékin en 1900

En 1899, il participe à la guerre des Boxers, une société secrète chinoise qui organise la révolte contre les colons occidentaux et s’engage de nouveau en 1914, alors qu’il est retraité de la Marine nationale, comme colonel de l’Armée de terre, pour participer à la première guerre mondiale aux côtés du général Gallieni.

Un personnage haut en couleurs donc, connu aussi pour ses jugements antisémites à l’emporte-pièce et pour son amitié aveugle envers le monde turc, qui l’a amené notamment à écrire Les massacres d’Arménie, un plaidoyer bien peu clairvoyant déniant toute responsabilité ottomane dans le génocide arménien. Une personnalité à la vie tumultueuse qui laissa une nombreuse descendance, légitime ou non, et suscita moult critiques et rumeurs au long de son parcours aventureux.

La salle Renaissance de la maison de Pierre Loti à Rochefort (source : Maison de Pierre Loti)

Un homme très attaché aussi à sa maison familiale de Rochefort, où il était né en 1850 et qu’il avait agrandie en rachetant plusieurs propriétés voisines. Pierre Loti se plaisait à y donner des fêtes mémorables auxquelles l’actrice Sarah Bernhardt était régulièrement conviée et qui se tenaient dans une vaste salle Renaissance, ornée d’un magnifique plafond à caissons. Outre une salle gothique et une étonnante et austère chambre monacale, cette demeure hors norme se distingue surtout par ses pièces qui rappellent les innombrables voyages exotiques du marin en Orient et en Extrême-Orient, avec une salle chinoise, une chambre arabe et son moucharabieh, un salon turc ou encore une mosquée meublée en partie d’objets provenant d’une mosquée omeyyade du XVIème siècle de Damas.

Vue panoramique de la mosquée dans la maison de Pierre Loti (photo © Morel mapping workshop)

Cédée par la famille en 1969 à la commune de Rochefort, qui l’a transformée en musée municipal, ouvert au public depuis 1973, la demeure de l’écrivain a été classée Monument historique en 1990 mais a dû être fermée en 2012 pour cause de dégradation. Agrandie et transformée sans trop se soucier de la disparition au passage de quelques éléments de murs porteurs, la maison était en effet en triste état, fissurée sous l’effet des mouvements du sol argileux de fondation, attaquée de toute part par des insectes xylophages, et déstabilisée par l’introduction de pièces massives très lourdes dont une monumentale colonne en marbre et le plafond de la mosquée rapporté de Damas.

Le salon turc de Pierre Loti (source : Maison de Pierre Loti)

Le coût des travaux de restauration de la trentaine de pièce qui constituent la maison de Pierre Loti a été évalué à 6 millions d’euros. Un appel au mécénat a été lancé, via la Fondation du patrimoine, en vue de restaurer la collection d’armes, de mobiliers et d’objets métalliques présents dans les locaux. Le reste des travaux devrait être pris en charge à parts égales par l’État et par les collectivités locales dont la Ville de Rochefort, en vue d’une réouverture au public annoncée pour 2023.

La bibliothèque, appelée « chambre des momies » par Pierre Loti (photo © Gozzi)

La seule consolidation du plafond de la mosquée, opération délicate qui suppose la pose d’un châssis et des injections de résine, a été chiffrée autour de 500 000 €. Mais pour ce chantier, Pierre Loti a gagné le gros lot car sa maison fait partie des 18 sites jugés prioritaires qui devraient bénéficier dès cette année du fameux Loto du Patrimoine, lancé à l’initiative de l’inénarrable Stéphane Bern et qui devrait rapporter pas moins de 15 à 20 millions d’euros pour permettre à l’État de restaurer quelques-uns de nos chefs d’œuvre historiques en péril. De quoi justifier le calembour de ce facétieux qui avait un jour adressé à l’officier de marine, écrivain au long cours, un courrier au nom de « Pierre Loto, enseigne de vessie… »

L.V. 

Katulu ? n°56

20 juillet 2018

La dernière réunion du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien, au cours du premier trimestre 2018, a été encore l’occasion de découvrir ou redécouvrir de nombreux livres coups de cœur ou déceptions, que nos lecteurs se font une joie de vous faire partager. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu_n°56), et  venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence, afin d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures !

 

Alabama Song

Gilles Leroy (Prix Goncourt 2007)

Le roman est écrit à la 1ère personne « Je suis Zelda Sayre, fille du juge ». L’auteur incarne donc son héroïne qui n’est autre que l’épouse de Scott Fitzgerald. Pourtant il ne s’agit pas d’une autobiographie, l’auteur dans une note revendique une fiction.

L’action se situe entre 1918 et 1943. A cause de l’époque déjà lointaine, dès les premières pages du livre se dégage une sorte d’air suranné et de photographie sépia qui s’impose à nous, avec cependant et paradoxalement à la suite des dates toujours ponctuées, dans un ordre sans cesse bousculé avec des allers et retour, une impression forte de présence, de vérité et de réalisme et aussi d’actualité.

Ces pages relatent la vie de Zelda. Ses confessions sont parcourues des frissons de l’enfance, d’une jeunesse insolente remuante et à travers ces fulgurances du passé une tentative désespérée de décrypter, d’analyser, de comprendre son propre mystère au fil du temps. Zelda est une héroïne touchante, tragique. Jeune fille brillante, désirée par les hommes, elle épouse finalement Scott Fitzgerald. Il représente, malgré lui l’Amérique du Nord, symbole de ce nouveau monde où l’argent et la réussite priment avant tout. Elle, elle est liée au Sud, à la morale puritaine et aux traditions esclavagistes.

Gilles Leroy (photo DR)

Zelda dénonce combien l’avenir est toujours réservé à l’homme. Écrire est une affaire d’homme, le rôle de chef de famille rarement accordé spontanément à la femme. La vérité ne peut que venir de l’homme. La société a choisi la version de Scott plutôt que celle de Zelda. Ce livre pourrait être ainsi un procès à l’injustice faite aux femmes.

Ce roman est touchant par sa musique nostalgique sur les problèmes du couple portés jusqu’à l’extrême désagrégation, une vision de la société avec l’ombre de la guerre toujours latente : violente injuste raciste machiste sexiste. Nous restons le produit de nos racines natales dont on ne peut se libérer totalement. Nous demeurons tous prisonniers d’un destin que nous ne maîtrisons pas totalement.

Je vous laisse rêver avec Alabama Song et choisir ce qui vous touche le plus : les fractures et mystères du couple, les fractures sociales, l’Amérique du Nord et celle du Sud, ses démons conservateurs, racistes, esclavagistes, les conflits toujours latents qui nous guettent, guerres et intolérances en tout genre, ou encore l’injustice faite aux femmes pouvant aller jusqu’au pillage de leurs œuvres et à leur enfermement (on peut se souvenir de Camille Claudel !).

                                                                                   Nicole

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

« Au gré des jours » succède au « Sel de la Vie », une fantaisie  qui déjà évoquait les petits plaisirs qui jalonnent l’existence ! Ce livre est sa dernière œuvre !

« Prenez place s’il vous plaît »

Cette première partie est assez édifiante par sa forme, avec son style très particulier, très rapide, sans point final, des phrases à rallonge, des évocations diverses ; elle saute du coq à l’âne suivant où l’entraîne sa mémoire, avec des virgules pour séparer les évocations très différentes l’une de l’autre ! Des descriptions sans lien entre elles s’étalent sur plusieurs pages ; elle cite des acteurs, des chanteurs, des animaux de compagnie ou non, une information saisie à la télé ! Souvenirs d’enfance ou d’adulte.

Toutes ces évocations foisonnantes, poétiques énoncées sur un rythme échevelé, qui ne permet pas de reprendre sa respiration, traduisent chez Françoise Héritier une prodigieuse culture, cette femme anthropologue, ethnologue qui a remplacé Claude Lévy Strauss au Collège de France, en tant que Professeur. On reconnaît la féministe : elle relate la réflexion de Lévi-Strauss : « Vous avez un esprit d’homme ». Un compliment certes, mais la féministe en elle s’irrite !

« Qu’est-ce savoir, qu’est-ce vieillir ? »

Françoise Héritier, en octobre 2013 (photo © DRFP / Leemage / AFP)

Le rythme de l’écriture change, on n’est plus dans le même registre : on est davantage dans l’autobiographie : « que sais-je ? J’ai conscience que je ne sais rien, à peine savoir vivre » Elle raconte sa vie, poétiquement, de façon réaliste et modeste, ainsi quand elle parle de « peur glaçante devant l’immensité de son ignorance et des champs de savoir où il ne s’est jamais aventuré ».

Évocation douloureuse de la dernière guerre mondiale : « l’exode de 1940, l’écoute mystérieuse de Radio Londres », ses études, ses 1eres règles arrivées sans aucun mot d’explication ! « les femmes de mon âge comprendront ! » Absence d’information sur la sexualité, la procréation, l’accouchement, la mort !

On ressent l’ethnologue par ses analyses d’elle en tant qu’individu qui se construit à travers l’histoire. En 1953 – 1956 elle fit la connaissance de Claude Lévi-Strauss : « ce fut pour moi dit-elle une révolution cognitive de découvrir à la fois la diversité culturelle et l’universalité des processus mentaux interprétatifs ».

Je retiens d’elle une grande intelligence, une curiosité insatiable, la défense des femmes, de la simplicité, de l’humour, le goût de l’amitié et de l’authenticité. « Fermez doucement la porte derrière vous » sont les derniers mots de ce livre !

                                                                                               Josette J.

 

Colette et les siennes

Dominique Bona

Ce livre est-il un roman ? Déjà, ce n’est pas une fiction ! Les héroïnes ont existé. Et l’époque historique qui s’étire de1914 à1954 est particulièrement bien documentée. Les faits relatés sont tirés du réel, de témoignages épistolaires, de correspondances entre les protagonistes, de références littéraires, d’articles de journaux, d’ouvrages historiques : ainsi s’agit-il d’un ouvrage sérieux, fondé sur une documentation fournie.

Il s’agit bien d’une chronique passionnante sur une époque que l’on pourrait croire très éloignée de la nôtre et dont pourtant la reconstitution nous confond. Le récit est vivant, alerte. Il y souffle un air de liberté, de sensualité, de générosité qui nous rappelle, s’il le fallait, que notre temps, notre Mai 68 n’a rien inventé ! Ces femmes sont étonnantes de modernité, de passions, d’absolu.

Dominique Bona (photo © DR)

L’auteur nous plonge avec finesse dans le parallélisme de leurs créations artistiques, de leur intimité et de leurs expériences vécues. Et il faut bien en convenir, le réel dépasse bien souvent la fiction. Leurs expériences vécues illustrent et nourrissent amplement leurs œuvres. Étrangement, leurs modèles sont des miroirs tendus en résonance exacte avec l’actualité.

Ce récit est une ode à l’audace malgré les épreuves, un hommage à toutes les femmes, une déclaration féministe où les hommes sont aimés même inconstants. Dominique Bona, à travers ce récit, parle de la singularité d’une époque tout en démontrant son universalité. L’humanité est face à ses contradictions, ses paradoxes, ses échecs, ses défis, ses combats.

Ce livre est un vibrant hommage à la femme et à l’humanité et nous apprend combien le « je » est aussi un « nous ».

Nicole

 

La vie en sourdine

David Lodge

David Lodge est un auteur qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a rencontré. Le catholicisme sera l’un des sujets amplement abordés dans ses romans, avec la vieillesse, le sexe, la vie universitaire. Précisons toutefois que, dans sa vieillesse, Lodge se définissait lui-même comme « catholique agnostique » !

Le roman dont je vous parle s’intitule en anglais « Deaf sentence » jeu de mots habile entre deaf (sourd) et death (mort) ces deux mots se prononçant presque de la même façon. En français, le traducteur, assez génial je trouve, a titré « la vie en sourdine ». L’œuvre a été publiée en 2008.

David Lodge en 2015 (photo © Roberto Ricciuti / Getty images)

L’histoire est celle d’un vieux monsieur, professeur à la retraite, qui devient de plus en plus sourd. Cette surdité qui est presque une « sentence de mort » l’isole de ses proches, lui fait commettre des bévues, l’entraîne, à son corps défendant dans une aventure avec une étudiante qui n’a pas froid aux yeux, jusqu’au moment où sa femme, ils sont mariés depuis 40 ans, lui annonce tout à trac, qu’elle le quitte !

Cet effondrement de sa vie privée va le faire revenir sur son adolescence où il avait eu un béguin pour une jeune catholique (encore !) qu’il a ensuite perdue de vue et même oubliée. Une quête pour retrouver son amour d’enfance le mènera sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, et tout se terminera sur une conclusion coquine où les protagonistes laisseront de côté leur catholicisme gênant pour jouir de ce qui leur reste de vie !

                                                                                                                      Annie

 

Falaise des fous

Patrick Grainville

J’ai été attiré par ce roman suite à un article de journal où Dominique Bona présentait cette œuvre comme « une puissante bouffée d’oxygène. Etretat, la mer déchaînée, les rafales de vent sur les falaises, je me suis demandée si j’allais résister à ces descriptions baroques qui sont la signature de l’écrivain ».

C’est une fresque historique, artistique, prodigieuse. Le talent de Grainville est incontestable. Effectivement, ça décoiffe ! Et quel manque de réalisme ! C’est vrai j’ai eu du mal à la lecture de ce livre à cause du style ampoulé justement… mais cette écriture flamboyante a été aussi pour moi un régal car Granville écrit superbement bien. Des descriptions magnifiques à propos de tableaux célèbres.

L’histoire est celle d’un homme vivant en Normandie, à Etretat, dans les années 1868 à 1930 environ. En 1868, tous les jours il rencontre Monet, souvent en train de peindre et qu’il admire profondément. Grâce à lui, il va pénétrer dans le monde flamboyant de l’Impressionnisme.

Patrick Grainville (photo © Hermance Triay)

Ce roman est irréaliste par ce côté absolument incroyable des rencontres surprenantes tous les jours au coin de la rue, ou au bord de la falaise, de Monet, de Courbet qu’il met en parallèle très souvent : lui aussi peint la falaise.

Outre la peinture représentant l’essentiel des thèmes, on parle littérature également avec Victor Hugo, Marcel Proust, Maupassant, Flaubert. L’évocation de l’Affaire Dreyfus parcourt le livre et nous fait découvrir cette injustice préfigurant les sévices faits aux juifs au XXème siècle.

Ce livre est une fresque sociale qui déploie tous les mouvements de la société, toutes les formidables évolutions scientifiques, technologiques de ce siècle ! « C’est un peu Labiche au Musée d’Orsay mais c’est surtout du Grainville agité, énergique, plein d’élan, de ciel bleu et de petits nuages blancs. Il prend la vie à pleines pages et la rend plus rose, plus ronde, plus appétissante. Succulent ».

                                                                                                          Josette J.

 

Fugitive parce que reine

Violaine HUISMAN

Ce roman, paru chez Gallimard en 2018, présente une structure très classique en trois parties : introduction, développement et conclusion, mais dans une langue très moderne et rapide, avec un vocabulaire riche et parfaitement adapté à cette terrible narration partiellement ou peut-être entièrement autobiographique.

I -« Le jour de la chute du mur de Berlin »… jour remarquable pour une petite fille de six ans, car ce même jour, sa mère « avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois de force… ». Violaine et sa sœur aînée Elsa vont apprendre à vivre avec une personne bi-polaire, leur mère chérie, qu’elles adorent malgré ses sautes d’humeur. Adulte, elle se souvient et dissèque ses souvenirs.

Violaine Huisman en 2017 (photo © Beowulf Sheehan)

II- C’est la recherche de Violaine sur les origines de sa mère. Pour diverses raisons elle changera plusieurs fois de nom jusqu’à sa fuite loin de son milieu de naissance. Sa mère lui a fait faire des études de danse malgré une légère boiterie et les premières atteintes de son mal psychique. Elle débute donc une carrière, éblouit un jeune bourgeois marseillais, l’épouse, en divorce pour épouser un très riche vieil aristocrate parisien qui sera le père de ses deux filles, Elsa et Violaine… Elle aime ses filles de façon extravagante, alternant passion pour les hommes, passion pour une femme et séjour en clinique pour dépression.

III- Ses filles ont réussi leurs études et sont bien établies dans la vie. Leur mère part vivre au Sénégal, elle y rencontre un noir musulman plus jeune. Elle l’épouse selon la coutume africaine… Elle change de nom pour la septième fois ! La dépression guette toujours ! Plus de contrainte ; Catherine peut quitter ce monde et se suicide discrètement dans l’appartement parisien qu’elle a conservé.

Ses obsèques, voulus par ses filles à la hauteur de leur amour filial, sont l’apogée de ce roman.

                                                                                                          Roselyne

 

Que serais-je sans toi ?

Guillaume Musso

Il y a deux auteurs français qui m’intriguent depuis un certain temps, Marc Levy et Guillaume Musso. Je les considère comme les « Delly du 21° siècle ». Je me suis donc décidée à lire un roman de Musso, par hasard, je suis tombée sur « Que serais-je sans toi ? », paru en 2009.

C’est une histoire qui mêle amour, problèmes de santé, séparations, retrouvailles, œuvres d’art, déceptions amoureuses, voyages, qui s’étale sur 15 ans, 20 ans, où des personnages que l’on croyait morts réapparaissent… Plus on s’approche de la fin plus l’histoire se complique, mais rassurez-vous tout, se terminera bien !

Guillaume Musso (photo © Emanuele Scorcelletti)

Quelque part c’est aussi un « road movie », qui démarre à Paris mais se terminera à San Francisco, avec de longs descriptifs du pont, des rues en pente, de la baie avec la prison d’Alcatraz ça a un petit côté publicité agence de voyage…

Qu’est ce qui a pu attirer ces millions de lecteurs vers cette histoire bien tarabiscotée, il faut l’avouer ! C’est pour le savoir que j’ai voulu connaître cet auteur ! D’abord il est manichéen : les bons sont vraiment bons, les méchants, vraiment noirs ! Les filles sont belles, longilignes, cheveux au vent. Les scènes d’amour sont décrites mais sans pornographie, c’est gentillet, quoi !

Pour les gens qui n’ont pas l’occasion de voyager ça dépayse. Ils ont l’impression de connaître San Francisco que Musso leur fait visiter en les tenant par la main… Il y a de l’espoir même quand tout paraît perdu. Les rapports de famille sont mis en avant, rapports, mère-fille, père-fille dans ce roman ci.

J’ai écrit « c’est gentillet » eh bien je crois que c’est vraiment le mot : Guillaume Musso est un auteur gentillet, d’ailleurs je trouve qu’il a un air bien gentil sur les photos de presse.

Pour moi un seul Musso ça va me suffire, mais ça vaut le coup d’essayer et puis ça remonte le moral !

                                                                                                          Annie

 

Le retour du M’Zungu

Janine et Jean-Claude Fourrier

Il s’agit dans ce roman d’un retour du couple, pendant quelques mois à Mayotte, 20 ans après un premier séjour. Il s’agit avant tout de mesurer ce qu’a déclenché la départementalisation de Mayotte une toute petite île des Comores vendue à la France par le sultan malgache Andiantsouli contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres en 1841. En mai 1958, l’Assemblée territoriale des Comores vote le transfert de la capitale Dzaoudzi vers Moroni dans la grande Comore ce qui provoque un grand mécontentement des Mahorais. A partir de là va commencer un grand mouvement pour la départementalisation jusqu’au référendum de 2009 où le oui l’emporte à 95,24 %. Le 31 mars 2011 Mayotte devient officiellement le 101ème département français. Recensement en 2012 : 212 645 habitants hors migrants clandestins estimés à plus du quart de la population.

Janine et Jean-Claude Fourrier (photo © DR)

Ce que les auteurs détaillent bien dans leur livre, c’est la différence énorme qu’ils ont vu entre un pays où il faisait bon vivre et une situation aujourd’hui en ébullition. Certaines informations donnent plus de 40 % d’étrangers en particulier venant de l’île toute proche Anjouan, d’où viennent de toutes petites embarcations pas du tout sécurisées. Les femmes comoriennes viennent accoucher à Mayotte et repartent parfois en laissant leur bébé qui a donc la nationalité française…

Le livre pose la question de la départementalisation d’un territoire très envié par ses voisins et lui-même très frustré de ne pas avoir le niveau de vie, la sécurité, ce qui avait été promis et qui semble difficile à assumer par la France. Les auteurs insistent sur le sentiment d’insécurité qui règne maintenant dans l’île et la dégradation des infrastructures.

Leur livre écrit l’an dernier est précurseur de ce qui vient de se passer avec la grève générale qui a duré plusieurs semaines pour demander de l’aide financière pour le développement de l’île et pour la sécurité.

Ce livre est plaisant à lire, mais on ne parlera pas d’une œuvre littéraire. On n’en retiendra essentiellement l’analyse d’un territoire d’outre-mer où la France a des obligations mais n’a-t-on pas passé le temps de la colonisation ou de l’aide privilégiée pour conserver une main mise dans l’Océan Indien ? Quel est pour la France l’intérêt de la départementalisation d’une petite île qui croule aujourd’hui sous l’afflux de l’immigration clandestine ?

                                                                                                                      Cécile

 

Ma reine

Jean-Baptiste ANDREA

Un roman facile à lire, avec un style simple qui suscite des images familières à tous ceux qui aiment la Haute Provence.

Un garçon de douze ans, un peu attardé, n’est plus désiré à l’école du village et se sent inutile auprès de son père garagiste, même s’il sait servir l’essence, vêtu d’un beau blouson jaune marqué « Shell ». Il décide de partir à la guerre afin de prouver qu’il est devenu un homme et un jour prend le départ en montant derrière chez lui jusqu’au plateau dominant la vallée de l’Asse.

Jean-Baptiste Andrea (photo © DR)

Un abri dans une borie en ruine, quelques baies, l’eau d’un abreuvoir à mouton, c’est peu pour les premiers jours ! Heureusement une fille à peu près de son âge passe par là et lui révèle qu’elle est une reine venue d’un château voisin. Elle sera sa reine s’il lui jure obéissance. Elle s’appelle Viviane et elle l’appelle « Shell ». Ils se fabriquent des codes. Elle lui apporte de la nourriture ; elle l’aide à se dissimuler des gendarmes investigateurs du lieu, car on le recherche ; elle l’entraîne dans la découverte du plateau ; puis un jour, elle disparaît.

Le berger Matti, appelé « Silenci » parce qu’au village on le croit muet, le secourt en secret. ll le loge, le nourrit et l’embauche pour garder les moutons en compagnie du gros labri blanc. Tout va bien ! Mais un jour, « Shell » découvre la petite maison des parents de Viviane. Viviane n’est pas une reine ! Elle lui a menti ! Il lui fait honte. Elle le récupère ! Alors, ils rentrent tous deux « dans le noir paradis des amours enfantines « , rêvant de partir jusqu’à la mer libératrice dont le chemin passe tout près d’un rocher appelé « Pénitent ».

Réalité ou rêve ? Il est enfin un homme… mais à quel prix. Féerie ou drame mélancolique sur deux enfants dans le mal-être. C’est joli et rugueux comme la Haute-Provence.

                                                                                                          Roselyne

 

Mélancolie de la Résistance

Lazlo Krasznahorkai

Par son atmosphère slave et la force de sa description, ce livre rappelle Gogol et Boukgakov. Il serait à classer dans le genre Thriller. Son sujet nous plonge dans le décor crépusculaire d’une ville au bord de l’apocalypse. Un danger étrange la menace, symbolisé par l’exposition d’une baleine au nom étrange de Blaahval.

Art de la description

L’auteur laisse une large place au décor, personnage à part entière. L’atmosphère qui se dégage est celle dont un des protagoniste, M. Eszter dira « Nous vivons un enfer sans issue et entre un avenir perfide et un passé révolu ». La ville est en effet en décomposition : ordures, rats, chats prolifèrent. La misère slave dégouline à travers la crasse, la misère, le froid. Coup de griffe subliminale de l’auteur aux régimes autoritaires, il dénonce le manque de confort (pas d’électricité), une ville sans distraction mais avec le bruit des bottes en embuscade.

László Krasznahorkai (photo © Nina Subin)

Art des portraits

Les personnages sont le miroir de la désagrégation d’un monde. Ils expriment chacun à leur façon une idée de finitude et de malheur.  Ces personnages font la part belle à des dialogues intérieurs qui donnent au lecteur une impression de proximité, de vérité, de réalisme. L’homme nous est décrit selon une illusion toujours démesurée et une détresse toujours injustifiée. Il manifeste le besoin de fuir et ressent le bonheur du renoncement comme ultime sauvetage.

Art de la composition

Beaucoup d’analogie avec la musique. Le récit suit un développement, un élargissement, un crescendo qui accompagne la désagrégation d’un monde, sa finitude, son délabrement. La tension, l’angoisse nous étreignent tandis que s’insinue l’étrange, l’irrationnel et l’irréductible destin en marche avec son cortège de massacres, de sang, de morts.

Ce livre nous plonge dans une mélancolie profonde dans laquelle les résistances relèvent de la course ou de l’immobilité sur un fond musical assez désespéré. Un livre à lire comme un voyage au bout de la nuit, à suivre dans un souffle et à en accepter le vertige dans sa vérité aveuglante sur notre condition.Un tableau d’une lucidité plutôt amère mais aussi une invitation à la résistance chacun suivant sa nature.

Un livre d’une grande puissance, envoûtant !

Nicole

 

Paname underground

Zarca

Un livre rédigé à la première personne du singulier, en verlan simplifié, dans un style d’jeuns. L’auteur est appelé « l’écrivain » car il a déjà publié un « bouquin ». Il est contacté pour rédiger un guide des quartiers chauds de Paname : « Alors Zarca, quand est-ce que t’écris un livre sur le free fight ? Mais sans les travelos du Bois de Boubou hein… »

Johann Zarca (photo © DR)

Saint- Denis street, Ghetto Belleville, Stalincrack en passant par Bezbar-La Pelcha et jusqu’à la Bastoche, pour n’en citer que quelques chapitres. En Ceumer, en bécane ou en tromé, il trace ou s’arrache avec ses soces ou ses potos ; rencontre des Afghans, des renois, des rebeus et des toubabs.

Il subit une attaque ratée à la kalache, pleure sur Dina qui meurt d’over dose à l’hosto. Boit du sky ou de la Kro, se shoute à n’importe quoi pour supporter l’épreuve :  » Trois semaine qu’elle a calanché et je ne le digérerai jamais. Je suis pas du style à me laisser abattre mais là, je plonge quand même dans un sale down, rongé par des idées noires. »

Il approche de la vérité, empli de rage et d’écœurement… le lecteur aussi trouve cela glauque, voir bien dégueu… mais admire la composition et la langue argotique recomposée… plus naturelles et plus modernes que celles de San Antonio.

Cimer, Zarca, pour ce renouvellement.

Roselyne

 

Portraits Crachés – Un trésor Littéraire de Montaigne à Houellebeck

Claude Arnaud

Ce titre nous situe déjà dans l’éventail du temps à parcourir. Il illustre une chronique de l’histoire de la littérature française à travers un genre littéraire : le Portrait. A travers cette fresque chronologique, l’on retrouve les travers et les qualités du peuple français dont nous sommes ! Il y a donc de l’égocentrisme, de l’individualisme sans exclure, l’ironie, le sarcasme, la cruauté. On se glorifie. On encense autrui par calcul, pragmatisme, on dénonce, on se dénigre soi-même. Bref les méthodes sont classiques, universelles et éternelles.

De ce luxe de pages je vous propose quelques axes d’attention :

Étude du genre :

Le portrait du point de vue historique. Sa chronologie se décompose en trois grandes phases : une apogée une désincarnation, une renaissance. A travers l’Art du portrait c’est aussi l’histoire politique qui défile, notre histoire sociale littéraire qu’il véhicule, les étapes de la science qu’il suit.

Claude Arnaud (photo © Hannah Assouline / Opale / Leemage / Robert Laffont)

Cette étude historique traduite par Claude Arnaud nous conduit à la conviction d’une vérité qui est extrêmement difficile à connaître nous sommes « JE et les circonstances » « JE dans l’histoire », notre MOI est complexe, insaisissable d’où peut-être cette tentation des portraits « collectifs » cet engouement pour les grands types : l’avare, le séducteur, l’ambitieux, le fat, le bigot. Il nous conduit à des généralisations réductrices : saoul comme un polonais, fort comme un Turc, radin comme un Écossais, avide comme un Juif… Et voici Le Nazisme ou l’Absolutisme en marche SUBREPTICEMENT.

L’art du Portrait est protéiforme :

Il se décline en peinture, au cinéma, en photos. Il est gazette, journal, fable, roman, poésie. La littérature invente le « flouté », le vide, l’air, ni raison d’être, ni but, ni fin. Elle reflète aussi les écoles en peinture le divisionnisme, le fauvisme, le cubisme. Mais la littérature reste sans doute supérieure en matière d’images en pénétrant l’abstrait, la mobilité, la durée, les sentiments.

Quel est le sens du portrait. Que dit-il de nous ?

Je retiens les malédictions des freins à notre liberté : hérédité, circonstances, mystère de l’inconscient, de l’irrationnel, notre impermanence douloureuse. De cette galerie de glaces de ces portraits historiques romanesques flattés ou à charge se dégage une leçon de morale, un sens critique qui nous invite à moins d’aveuglement à une ouverture. Elle nous force à regarder nos outrances, nos arrogances, nos cruautés.

En conclusion ce livre de 900 pages m’a éperdue, tentée de picorer ça et là ; ma lucidité a côtoyé passion, aveuglement, fanatisme, tolérance. Cette anthologie a été un voyage époustouflant à travers les siècles ; la pléiade d’auteurs cités m’a replongé dans la gourmandise de très vieux compagnons de route et rappelé mes abîmes d’ignorance… et finalement convaincue « qu’être c’est être perçu, se percevoir, c’est exister doublement »

Nicole

 

Les mémoires d’une jeune fille rangée

Simone de Beauvoir

C’est est un gros bouquin de 360 pages publié en 1958, Simone a 50 ans. Je trouve que le titre est mal choisi, je dirais plutôt « Mémoires d’une jeune bourgeoise rangée ». En effet, à aucun moment la famille n’oublie qu’elle est de bonne extraction même si elle est fauchée.

L’ouvrage est divisé en 4 parties suivant l’ordre chronologique.

La première partie va de sa naissance à ses 11 ou 12 ans. C’est le temps de l’innocence, du bonheur. On assiste à la naissance de sa sœur, ses parents s’entendent encore bien, ils font du théâtre en amateur. Elle entre au cours Adeline Désir et y rencontre Zaza. La plupart des personnes citées dans le livre le sont sous un nom d’emprunt. Zaza= Elizabeth Mabille, en réalité Elizabeth Lacoin qui restera sa meilleure amie. Plus tard nous rencontrons Pradelle qui n’est autre que Maurice Merleau Ponty. Par contre, Sartre, quand il entrera en scène, gardera son véritable patronyme.

Simone de Beauvoir (photo © DR)

La seconde partie va la suivre jusqu’à ses 17 ans, âge auquel elle passe son bac. On est étonné de la rigueur des mœurs : ni théâtre, ni cinéma, les livres sont souvent caviardés pour éliminer les parties scabreuses (ou jugées telles par les parents). Reçue au bac, elle veut aller à la Sorbonne : refus des parents qui la dirigent vers une faculté catholique. Pour eux, la Sorbonne c’est l’antre du diable !

Le troisième chapitre la voit découvrir avec ivresse les études supérieures, avec l’ouverture d’esprit qui les accompagne, les rencontres avec de jeunes étudiants dont Sartre avec lequel elle va préparer son agrégation de philosophie et qu’elle admire beaucoup.

Enfin dans le dernier chapitre nous la voyons changer : elle fréquente les bars de Montparnasse, elle boit, elle se gorge de cinéma. Elle décide de vivre en intellectuelle, ne se mariera pas et n’aura pas d’enfants. Elle adhère au parti communiste. Ses premiers sentiments féministes se font jour. Elle se lie avec Sartre qui la surnomme « le castor » (Cf Beaver, castor en anglais, pas très loin de Beauvoir). Son plus cher désir : être libre !

Son amie Zaza tombe malade. Un transport au cerveau l’emportera. « Zaza avait-elle succombé à un excès de fatigue et d’angoisse ? Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort ». Tels sont les derniers mots des « Mémoires d’une jeune fille rangée »

Annie

 

Saint-Marcoux, un auteur pour la jeunesse

Jeanne Saint-Marcoux (photo © DR)

Jeanne (dite Jany) Saint-Marcoux est un auteur français née à Paris en 1920 et décédée en cette même ville en 2002 (82 ans). De 1952 à 1973 elle publie dans la collection Rouge et Or, 27 titres qui présentent chacun une ville ou une région de France (Alsace, Toulouse, Paris, Les Baux de Provence…). Plus d’un million de lecteurs (et lectrices ?) ont lu Saint Marcoux. Elle obtient le prix Montyon pour « Aélys et la cabre d’or ».

Les personnages de Saint-Marcoux : l’héroïne est une jeune fille entre 13 et 15 ans. Elle est sauf exception, de milieu bourgeois, ou noble désargentée. Elle s’intéresse à l’art (la danse dans « les chaussons verts ») mais, le plus souvent, renoncera à sa carrière pour choisir l’amour ! Au cours du roman elle va rencontrer un jeune homme qui vit une existence aventureuse (il est pilote d’hélicoptère, photographe de presse, dessinateur, ingénieur aéronautique… mais il ne connaît pas le bonheur, il lui manque une vie de famille (nombreuse si possible) et, grâce à l’héroïne, il va trouver cet environnement « cocon » qui lui manque.

On rencontre beaucoup de personnages avec un handicap ou bien qui vivent misérablement. La société française de Saint-Marcoux : un pays en plein changement, on invente (la Caravelle, l’hélicoptère…), le catholicisme, toujours présent, se fait plus discret. Les filles ne sont pas soumises, elles innovent elles aussi mais ce sont quand même les garçons qui ont le dernier mot au moment où arrive une catastrophe. Le soir, comme leurs ancêtres, elles brodent ou font du tricot.

Les intrigues : Ces romans commencent toujours par un mystère à résoudre : des bijoux dérobés, un fils disparu, un bateau qui a sombré… Il y aura de nombreux souterrains oubliés, cachettes dans l’épaisseur des murs, lettres jamais reçues par leur destinataire…

Les personnages sont pour la plupart gentils ; le « méchant » se reconnaît tout de suite. Les parents sont peu présents, il faut bien que les jeunes vivent leur aventure ! le père, en particulier, est peu visible. On est dans un matriarcat.

Et tout se terminera bien et la jeune fille aura trouvé l’homme de sa vie !

Annie

 

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

Dans Souvenirs dormants, l’auteur évoque ses vingt ans, dans le Paris des années 60. Il l’appelle « Le temps des rencontres », dont les souvenirs se précisent grâce à de petites notes collectées tout au long de sa vie. C’est écrit à la première personne du singulier.

Patrick Modiano en 2014 (photo © DR)

A travers Paris, nous allons le suivre de dix-sept à vingt-deux ans, peut-être vingt-cinq. Dates précises, listes de noms ou adresses tiennent lieu de description et de détails. Il tente de mettre de l’ordre dans ses souvenirs à l’aide de ses listes anciennes.  S’y rattache les fugues qu’il pratique depuis l’âge de onze ans, traînant son mal-être de café en café, sont-elles une addiction contre laquelle il faudrait réagir ?

Est-ce la réalité ou est-ce un rêve ? C’est l’œuvre d’un artiste, d’un véritable artiste du verbe, qui, à partir d’éléments personnels, dessine, sans mots inutiles, six ébauches très serrées de scénario. Chacun de ces scenarii, avec le concours d’un metteur en scène de génie, deviendrait un film formidable.

C’est aussi le portrait d’un jeune homme angoissé devant toutes les possibilités qui s’ouvrent devant ses vingt ans, dans le flou de la précieuse petite musique modianesque, égrainant son Paris au rythme du guide de ses souvenirs. Mais aussi un pastiche ou une réminiscence du « Nouveau roman » qui depuis 1953, à la suite d’Alain Robbe-Grillet, Michel Butor et Nathalie Sarraute, prône la déstructuration du roman narratif.

Roselyne

 

UNE FEMME A BERLIN

(anonyme) 20 avril – 22juin 1945

Au printemps 1945 une jeune femme berlinoise (on sait d’elle qu’elle a une trentaine d’années, qu’elle a été journaliste, qu’elle a beaucoup voyagé, en particulier en Russie) note durant 63 jours sur des cahiers d’écolier ce qui lui arrive au jour le jour… Plus tard elle confie ces textes à un collègue, Kurt Marek qui réussit à les faire traduire en anglais et publier aux USA en 1954.

En 1959 le livre paraît en Allemagne sans aucun succès. Les Allemands ne veulent pas qu’on leur rappelle cette période ! En 1969/70 le livre tombe entre les mains de féministes allemandes. Elles sont intéressées mais le texte reste pourtant confidentiel. Et ce n’est qu’en 2001, l’auteure est décédée entre temps, qu’une nouvelle publication rencontre enfin le succès. La traduction française est de 2006.

Le style en est plein d’humour. Même quand elle raconte des choses atroces, elle parle sur un ton d’objectivité froide et même sarcastique. Les personnes décrites qui sont presque toutes des voisins à elle, prennent vie sous nos yeux ainsi que son quartier qui deviendra plus tard Berlin-Est.

La faim est le leitmotiv du livre : dans Berlin envahi par les Russes tout est prétexte pour se nourrir : prostitution, pillage… Les abris : toute la première partie de ce texte raconte encore et encore les nuits d’angoisse dans des caves sous l’immeuble.

L’armée allemande : Les Berlinois découvrent une armée de vieux, d’enfants, de blessés.

Photo extraite du film Anonyma – une femme à Berlin, réalisé en 2008 par Max Farberbock

Les Russes : « Vend 27 avril 1945, jour de la catastrophe », on les signale, on en voit un… ! Puis ce sera les viols, le travail forcé à partir du 14 mai, date de la capitulation de l’Allemagne, un véritable travail d’esclave durant des journées interminables.

Les dernières pages : Première visite chez le coiffeur le 9 juin, premier cinéma le 13 juin. Le 16 juin, retour de Gerd son amoureux. Ils n’ont plus grand chose à se dire !

Enfin 22 juin, les derniers mots.

Annie

 

Les charmes discrets de la vie conjugale

Douglas Kennedy

Les Charmes discrets de la vie conjugale (titre original : State of the Union) est sorti en 2005 et traduit en français en 2007. C’est un roman qui propose une vision de l’Amérique contemporaine et du combat politique qui l’anime, notamment la tension entre les « libéraux » (au sens américain du terme) démocrates et les néo-chrétiens pro-Georges W. Bush. Il illustre le conflit de génération qui perdure : les néo-chrétiens en réaction au libéralisme révolutionnaire des années 1960 de leurs aînés.

L’histoire se passe aux USA dans les années 1968. Hannah l’héroïne du roman, contre l’avis de ses parents, des universitaires très engagés à gauche, va se marier à 20 ans avec un étudiant en médecine très différent de ses parents mais qu’elle trouve ouvert, prévenant, avec qui elle se sent en sécurité.

Douglas Kennedy (photo © DR)

On passe de cette période aux alentours de 1968 à l’année 2003. Là, trente ans se sont passés où tout parait bien huilé. Elle a eu deux enfants qui ont tous les deux des bonnes situations. Le fils est marié et a lui-même deux enfants aussi tandis que la fille n’a pas jusque-là de relations amoureuses stables. Un grain de sable va remettre en cause cet équilibre finalement très fragile, relatif à un événement qui s’est passé dans la première période : celle de 68, une infidélité de 2 jours, restée secrète…

A travers la vie de son héroïne, Hannah, c’est tout un pan de la vie américaine et de la vie tout court que Douglas Kennedy soulève. Les choix que l’on fait souvent sont-ils les bons, et comment le savoir ? Sommes-nous responsables de tout ce qui arrive à notre progéniture ? Et enfin, connaît-on vraiment l’être avec qui on a décidé de passer toute son existence ?

Malgré ces presque 600 pages ce livre se lit comme un thriller surtout sa deuxième moitié. Sans apporter des certitudes, cette œuvre permet de se forger des réponses et de comprendre au moins une chose : qui que nous soyons nous avons besoin d’amis, de reconnaissance et d’amour. Et nous ne voulons en aucun cas mourir seul.

Cécile

Les Tontons flingueurs éparpillés façon puzzle à Montauban…

5 juillet 2018

Voilà un fait divers, révélé par La Dépêche du Midi, et repris par toute la presse nationale, qui devrait tenir en haleine la France entière en ce début d’été où bien des esprits sont pourtant accaparés par les évolutions de nos footballeurs nationaux sur la pelouse des stades russes : dans la bonne ville de Montauban, deux des Tontons flingueurs, les frères Paul et Raoul Volfoni, ont été victimes d’un enlèvement crapuleux dans la nuit du vendredi au samedi 1er juillet 2018.

L’affaire est grave et ne peut qu’interpeller au premier chef tout amateur nostalgique du film culte réalisé par Georges Lautner en 1963, sur un scénario d’Albert Simonin, adapté de son roman Grisbi or not grisbi, et avec les dialogues toujours aussi savoureux de Michel Audiard.

Monsieur Fernand, le Montalbanais, et Raoul Volfoni dans la scène culte de la cuisine (extrait du film Les Tontons Flingueurs)

De prime abord, le lien paraît ténu avec la ville de Montauban, préfecture un peu ensommeillée du département de Tarn-et-Garonne et ville natale du peintre Jean-Dominique Ingres et de la révolutionnaire Olympe de Gouges. Pour tout amateur de ce monument de la cinémathèque française, dont l’action se passe pour l’essentiel en région parisienne, le rapport est pourtant évident puisque le personnage de Fernand Naudin, incarné à l’écran par le ténébreux Lino Ventura, est un ancien truand rangé des voitures et reconverti dans le négoce d’engins de travaux-publics à Montauban.

L’ancien rond-point de la Mandoune à Montauban, devenu le giratoire des Tontons flingueurs (photo © Eric Cabanis / AFP / Getty Images)

C’est d’ailleurs là que débute le film, lorsque le « gugusse de Montauban » quitte sa ville en pleine nuit pour répondre à l’appel de son vieil ami mourant, Louis dit Le Mexicain, qui lui demande de reprendre ses affaires et de veiller sur sa fille Patricia. « On ne devrait jamais quitter Montauban » finit d’ailleurs par soupirer Lino Ventura après quelques embrouilles plus ou moins sanglantes avec ses rivaux qui lorgnent également sur l’héritage.

Une réplique qui a sans doute fait davantage que tous les efforts de l’office de tourisme local pour faire connaître la ville de Montauban ! Au point qu’en février 2014, la commune reconnaissante a orné un de ses ronds-points du centre-ville de l’effigie en plastique, grandeur nature, des cinq Tontons flingueurs, dont les personnages sont joués à l’écran par Lino Ventura, Francis Blanche, Robert Dalban, Bernard Blier, et Jean Lefebvre.

Les cinq Tontons flingueurs dans le film

En 2016, la ville a même lancé une souscription citoyenne pour financer la transcription dans une version numérique de haute qualité de la bobine originale du film, ce qui montre à quel point les Montalbanais sont attachés à ce film culte qui les fait pourtant passer pour vaguement rustaud « genre agricoles ».

L’effigie de Paul Volfoni (Jean Lefebvre) et celle de son frère Raoul (Bernard Blier) ont disparu du giratoire des Tontons Flingueurs, à Montauban (photo © N. Stival / 20 Minutes)

On ignore à ce jour quel est l’auteur de cet ignoble forfait qui a osé s’attaquer à ce monument local, confirmant s’il en était besoin que « les cons, ça ose tout : c’est même à ça qu’on les reconnaît »… Une maxime qui, au passage, reprend presque mot pour mot la pensée profonde que le Dominicain Saint-Thomas d’Aquin avait déjà énoncé au XIIIe siècle dans sa Somme théologique et en latin : « Omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant », ce qu’on peut traduire grosso modo par : « Tous les imbéciles, et ceux qui ne se servent pas de leur discernement, osent tout » !

Toujours est-il que, malgré l’examen attentif par la police des images de vidéosurveillance, les frères Volfoni n’ont toujours pas été retrouvés et que l’on commence à s’inquiéter sérieusement de leur sort.

Voilà tout ce qui reste du corps de Raoul Volfoni, une fois le forfait accompli… (source Compte Twitter de B. Barèges)

La maire de Montauban, Brigitte Barèges s’en est d’ailleurs émue et a lancé un vibrant appel solennel via Twitter : « Rendez-nous le Tonton ! », précisant même que la ville était disposée à payer une rançon si besoin. C’est beaucoup d’honneur pour les deux frérots Volfoni, truands de faible envergure que le « gugusse de Montauban » n’en finit pas de ridiculiser, mais l’on peut comprendre ce désespoir d’un élu local fermement attaché à sauvegarder son patrimoine culturel, à la manière d’un Francis Blanche roulant les yeux en s’accrochant à sa valise de billets tout en hurlant « Touche pas au grisbi, salope ! »

Espérons désormais, pour la quiétude des habitants de Montauban et l’intégrité de Raoul Volfoni, qu’on ne va pas « l’retrouver éparpillé par petits bouts, façon puzzle »…

L. V. 

Lustucru ou l’histoire de la halle voyageuse…

7 février 2018

A Arles, voilà que la friche Lustucru fait de nouveau parler d’elle, et c’est l’occasion de retracer l’histoire peu banale d’une gigantesque structure métallique construite en 1906 par un proche de Jean Eiffel et qui a beaucoup voyagé depuis…

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille (source © Iris blog)

En 1906 donc, se tient à Marseille la troisième Exposition coloniale, après celles organisées en 1896 à Rouen et en 1989 à Rochefort. L’idée vient du docteur Heckel, fondateur de l’école de médecine du Pharo, spécialisée dans l’épidémiologie et les pathologies tropicales. Le maire de Marseille, un certain Jean-Baptiste-Amable Chanot, fait voter un budget d’un million de francs et le projet est entériné par un décret présidentiel signé en 1904.

L’exposition se tiendra sur un terrain de près de 40 ha situé entre le boulevard Rabatau, le rond-point du Prado et le boulevard Michelet, utilisé jusque là par l’armée comme champ de manœuvre, et qui deviendra le futur parc Chanot. Une cinquantaine de pavillons, tous plus exotiques les uns que les autres sont construits autour d’une grande allée centrale, tous destinés à être détruits à l’issue de l’exposition, laquelle fut un beau succès avec 1,8 millions de visiteurs entre avril et novembre 1906. Le Président de la République en personne, Armand Fallières, viendra visiter l’exposition avant de poser la première pierre du futur Canal du Rove. De nombreuses personnalités dont Frédéric Mistral, Auguste Rodin ou Jean-Baptiste Charcot ainsi que le général Lyautey, s’y rendent également.

Au centre du parc, à l’extrémité de l’allée centrale, se trouve le grand palais où sont présentées les diverses activités de la métropole et surtout de Marseille ; huilerie et savonnerie, tannerie, raffinage du soufre et du sucre, métallurgie du plomb, chantier naval, etc. Cet immense édifice, dessinée par Edouard Allar, jeune ingénieur de l’Ecole Centrale et ancien adjoint de Gustave Eiffel, a été construit par la Société de construction de Levallois-Perret (ex Compagnie des établissements Eiffel).

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille avec une vue du Grand Palais

De forme rectangulaire, la halle mesure 99 m de long pour 44,5 m de largeur et près de 20 m de hauteur intérieure. Elle est constituée d’une nef centrale prolongée de quatre bas-côtés et possédait à l’origine une galerie desservie par deux escaliers intérieurs. Construite à Levallois-Perret et assemblée à Marseille, la structure métallique y sera à maintes reprises rhabillée pour abriter diverses manifestations jusqu’en 1939. Réquisitionnée ensuite successivement par les armées française, puis allemande et finalement américaine, la grande halle peut s’enorgueillir d’avoir connu de près les vicissitudes de l’Histoire…

Elle finit par être démontée et en 1951, elle est transportée à Arles où elle est remontée, sans sa galerie, pour servir de hangar agricole pour les usines de conditionnement de riz Lustucru qui s’établissent dans la plaine de Montmajour, à l’entrée nord de la ville. 

L’ex usine Lustucru est devenu un terrain de jeu pour graphistes (photo © Amélie / Ad-Urbex)

En 2003, la crue du Rhône dévaste totalement les usines Lustucru, rachetées entre temps par le groupe Panzani. Devant l’ampleur des dégâts, Panzani annonce le 26 mars 2004 la fermeture définitive du site. Malgré une très forte mobilisation des salariés qui occupent les locaux et malgré l’appui du préfet Christian Frémont qui va jusqu’à déclarer en septembre 2004 que « tout ceci est immoral », il faut se rendre à l’évidence et le site est définitivement abandonné en 2005, pour devenir le paradis des taggeurs et autres graphistes qui s’en donnent à cœur joie.

En octobre 2016, la ville d’Arles, qui avait racheté les 7,3 ha de la friche industrielle pour 1 € symbolique, accepte finalement de la céder au groupe Frey, un promoteur champenois qui projette d’y créer un centre commercial de plein air regroupant 13 moyennes surfaces et autant de boutiques dans le domaine de l’équipement de la personne et de la maison. Évalué à 1,8 millions d’euros par France Domaine, le tout est cédé à moitié prix au vu des frais particulièrement élevés envisagés pour démolir les bâtiments après les avoir désamiantés, et dépolluer le sol.

Etat actuel de la halle (photo © Jonathan Dahan / Le Moniteur)

Mais des défenseurs du patrimoine s’émeuvent de voir ainsi disparaître l’ancienne halle métallique, qualifiée de « cathédrale d’acier » et qui avait été labellisée en 2012 par l’État « Patrimoine du XX° siècle ». Une pétition recueille 3 000 signatures et est adressée à la ministre de la culture, l’Arlésienne Françoise Nyssen.

Vue aérienne du chantier de la digue des papeteries Etienne (source © SYMADREM)

A l’issue de moult tractations, une solution vient semble-t-il d’être trouvée, le 9 janvier 2018, à l’issue d’une réunion qui s’est tenue en sous-préfecture d’Arles en présence de tous les acteurs du dossier et au terme de laquelle, le groupe Frey a accepté de procéder à un nouveau démontage de la halle pour la déplacer une fois de plus. Le prochain point de chute de cette structure métallique qui aura finalement beaucoup voyagé, sera le site des Papeteries Etienne, une autre friche industrielle située à l’ouest d’Arles, en rive droite du Rhône, rachetée par l’Établissement public foncier régional, et que la Communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette projette de transformer en un nouveau pôle économique dédié à l’économie créative et aux industries culturelles et du patrimoine.

Sauf que pour l’instant ce site, lui-même en zone inondable, attend d’être requalifié en fonction du niveau de protection des digues qu’il est prévu de renforcer. Un laps de temps qui pourra donc être mis à profit pour lancer une consultation citoyenne et réfléchir aux contour du futur projet et au devenir de la fameuse structure métallique si souvent démontée et remontée. A moins qu’elle ne finisse par revenir à son point de départ, le parc Chanot, comme le suggère Christian Mourisard, adjoint au maire d’Arles, délégué au patrimoine et au tourisme. Au point où on en est, la « cathédrale d’acier » à monter en kit n’en est plus à un déplacement près…

L.V.  

Katulu ? s’ouvre à tous

17 janvier 2018

La séance publique organisée le 7 décembre 2017 par le club de lecture KATULU ?, composante du Cercle Progressiste Carnussien, consacrée à la présentation de romans traitant de la tolérance, a été un beau succès qui a permis à de nombreux Carnussiens de découvrir ce club de lecture ouvert à tous et qui se réunit tous les mois.

Un article publié dans La Provence le 19 décembre 2017

Cinq romans ont été à l’honneur de cette séance, présenté chacun par une lectrice qui a permis de toucher la sensibilité du public en lisant et en commentant des extraits de ces œuvres, témoignages autobiographiques, parfois violents voire cruels mais profondément humains. Un échange très fort avec le public qui a permis de mettre en valeur la nécessité de bienveillance, d’indulgence et d’ouverture à ceux qui pensent ou vivent d’une manière différente, définissant ainsi la tolérance comme « un désir d’humanité ».

Les cinq ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie Le Préambule installée à Cassis.

Une belle soirée d’échange, clôturée par un apéritif convivial partagé avec tous. Une séance qui en appelle d’autres et qui a été également l’occasion de recueillir des dons pour l’Association française contre la myopathie dans le cadre du Téléthon 2017.

Extrait de la revue municipale de Carnoux Le Messager n°50

Un engagement de Katulu ? qui s’est prolongé le lendemain, toujours dans le cadre des animations du Téléthon organisés à Carnoux, par la tenue d’un stand pour vendre des livres d’occasion.

Les remerciements de l’AFM Téléthon remis à Katulu ?

Des activités largement relayées par la presse locale et qui ont permis de recueillir plus de 200 € de dons reversés à l’AFM Téléthon.

M.M.

Téléthon à Carnoux : Katulu ? s’engage !

26 novembre 2017

Le groupe de lecture Katulu ?, actif à Carnoux depuis maintenant une dizaine d’année, et désormais rattaché à l’association Le Cercle Progressiste Carnussien, se réunit tous les mois pour échanger autour de livres lus ou relus récemment par ses membres, dans un esprit des plus convivial. De brefs compte-rendus de ces discussions et de ces impressions de lectures sont diffusés régulièrement sur ce blog, à défaut de pouvoir être mis à disposition de ceux qui fréquentent la médiathèque municipale.

En septembre 2016, à l’occasion du Jubilé de Carnoux, Katulu ? avait organisé avec un certain succès une séance publique autour du thème de l’exil, permettant de faire découvrir ou redécouvrir cinq livres ayant trait à ce sujet douloureux.

Une belle expérience renouvelée en mars dernier avec l’invitation de Marie-France Clerc venue présenter en public son ouvrage intitulé Cinq zinnias pour mon inconnu, une « fiction où tout est vrai », quelque peu autobiographique et centrée sur l’histoire récente de l’Ukraine. Là aussi, une belle occasion d’échanger autour d’un livre et avec son auteur en toute convivialité, pour rappeler à quel point la littérature peut rapprocher et être source d’enrichissement mutuel.

A l’occasion du prochain Téléthon pour lequel la municipalité de Carnoux s’engage traditionnellement en mobilisant son très riche tissu associatif, Katulu ? et le CPC ont donc répondu présents et proposé d’organiser une nouvelle rencontre publique autour de cinq livres qui tous évoquent, d’une manière ou d’une autre la notion de tolérance et d’humanité. Cinq ouvrages très différents les uns des autres, de par leur style et leur vision, qui donnent à voir des regards divers sur la part d’humanité présente en chacun de nous…

Des Antilles au Liban, des champs de cannes à sucre à ceux de betteraves du plateau picard, des décors très différents pour des histoires singulières d’êtres humains confrontés à l’intolérance. Surmonter les traumatismes de l’enfance ou construire un rêve de fraternité autour d’une scène de théâtre dans un monde en guerre, autant d’expériences humaines qui poussent chacun à réfléchir sur le regard que nous portons sur les autres et la manière de vivre en société.

Cette séance publique de Katulu ?, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, intitulé « Tolérance rêve ou réalité, un désir d’humanité », se tiendra le jeudi 7 décembre 2017 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en plein centre de Carnoux, derrière la mairie, en haut de la rue Tony Garnier. Amoureux des livres, curieux ou simplement citoyens s’interrogeant sur la complexité des rapports humains, venez nombreux échanger autour de ce thème avec les membres de Katulu ?,

Et le surlendemain, samedi 9 décembre, à partir de 17h, Katulu ? et le Cercle Progressiste Carnussien seront également présents sur un stand installé dans la salle du Mont Fleuri pour proposer à la vente pour des sommes modiques, des livres d’occasions au bénéfice de l’Association française contre la myopathie AFM Téléthon à qui sera reversée l’intégralité de la recette. Là aussi, n’hésitez-pas à venir nous rejoindre sur le stand et à feuilleter les nombreux ouvrages qui seront présentés. Amis des livres, à très bientôt !

L.V.  

Fondation Louis Vuitton : merci les contribuables !

24 juin 2017

Jeunes Chinoises accro aux sacs Louis Vuitton…

LVMH : Louis Vuitton Moët Hennessy… Des lettres qui symbolisent le summum du luxe à la française, destiné à tous les snobinards de la planète, du riche émir qatari au parvenu de la mafia russe en passant par tous ces riches touristes asiatiques qui se pressent sur les Champs-Elysées pour acquérir à prix d’or un sac siglé destiné à exposer à tous leur réussite sociale.

Le groupe date de 1987, créé par le rapprochement de la firme Louis Vuitton, spécialisée en maroquinerie de luxe et issue d’une fabrique de malles fondée en 1854, et de la société de spiritueux qui regroupe des marques prestigieuses comme le cognac Hennessy (qui s’exporte depuis 1859 en Chine), mais aussi le champagne Moët et Chandon et la marque de parfums Christian Dior rachetée au groupe Boussac peu auparavant.

Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, en 2015 (photo © Eric Piemont/AFP)

C’est ce dernier fleuron du luxe français qui attise la convoitise du requin de la finance qu’est Bernard Arnault, lequel venait d’acquérir en 1984 ce qui restait de l’empire textile Boussac – Saint Frères. Dès 1989, Bernard Arnault prend ainsi le contrôle de LVMH, via la Financière Agache, et rassemble sous le nom de holding Christian Dior, les activités liées au parfum et à la haute-couture, qui s’enrichissent en 1997 à l’occasion de l’acquisition de Sephora. A l’issue d’une bataille juridico-financière féroce, l’impitoyable Bernard Arnault se débarasse progressivement des autres actionnaires et devient propriétaire principal du groupe LVMH en 1990. Tout le reste de l’histoire de cette société n’est qu’une longue succession d’OPA hostiles et de rachats à la hussarde pour permettre aux groupe de racheter des marques réputées et s’imposer progressivement comme le géant mondial du luxe.

L’affiche du film de François Ruffin, à charge contre Bernard Arnault

Détenu à 46,7 % par Bernard Arnault, son PDG, le groupe LVMH emploie de l’ordre de 125 000 personnes dans le monde, détient près de 4000 magasins disséminés à travers la planète et a engrangé en 2016 un chiffre d’affaire de 37,6 milliards d’euros. Champion de l’optimisation fiscale, LVMH serait le groupe français qui détient le plus de filiales implantées dans des paradis fiscaux, avant même BNP Paribas, pourtant assez fort dans ce domaine. Le groupe s’est également diversifié dans les médias, en rachetant notamment Les Echos et Le Parisien, histoire de manipuler l’opinion publique au gré de ses intérêts, tout en pesant de tout son poids sur les autres médias via le marché publicitaire de ses marques de luxe, LVMH constituant le principal annonceur publicitaire en France…

Epinglé par le journaliste et désormais député La France insoumise, François Ruffin, dans son film satirique « Merci, patron ! », le milliardaire Bernard Arnault se défend mollement en reconnaissant que « le groupe LVMH est l’illustration, l’incarnation de ce que, pour ces observateurs d’extrême gauche, l’économie libérale produit de pire ». Et voila que certains commencent à s’interroger sur les dessous d’une autre affaire qui concerne cette fois la Fondation Louis Vuitton.

Créée en 2006 pour faire contrepoids à la fondation installée dans l’ancienne Bourse du Commerce, à deux pas des Halles qui est dirigée par son rival de toujours, l’autre milliardaire François Pinault, la Fondation Louis Vuitton se présente comme un outil de mécénat artistique, né de la rencontre avec l’architecte Franck Gehry, concepteur du musée Guggenheim à Bilbao. Grâce à son entregent et en moins de 2 mois, le patron de LVMH obtient que la Ville de Paris lui cède gratuitement une parcelle de 1 ha dans le Bois de Boulogne pour une durée de 55 ans. Le permis de construire, qui fera l’objet d’un recours jusque devant le Conseil d’État, mais en vain, est attribué en un temps record et la starchitecte Franck Gehry peut laisser libre court à son imagination délirante pour concevoir ce que les observateurs qualifient selon leur inspiration de « bateau à voile », de « baleine-obus » ou de « nuage ».

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton (source FLV)

Achevé fin 2013, le bâtiment bénéficie d’une inauguration en grandes pompes le 27 octobre 2014 en présence du chef de l’État, François Hollande, lequel a préféré venir inaugurer cet établissement privé plutôt que le Musée des Confluences à Lyon, comprenne qui pourra… A l’époque, tout le monde s’extasie devant l’originalité de cet écrin, même si les entreprises chargées de sa construction pour le moins atypique reconnaissent que « jamais un bâtiment n’aura été aussi complexe à construire pour satisfaire le génie d’un architecte ». Il faut recourir aux calculateurs de Dassault Aviation pour dimensionner les milliers de pièces à assembler dont 19 000 plaques de béton fibré toutes différentes et les 12 voiles en verre, moulées sur mesure dans un four spécial.

Inauguration du bâtiment par François Hollande vu par le dessinateur Na !

Un travail de titan qui a un coût, maintenu soigneusement caché… On parle à l’époque d’une facture dépassant les 100 millions d’euros. Mais selon l’universitaire Jean-Michel Tobelem, spécialiste du mécénat d’entreprise et dont la tribune publiée dans Le Monde en octobre 2014 sous le titre « Le mécénat d’entreprise sans la générosité » avait fait quelques vagues, le coût est plutôt de l’ordre de 400 à 500 millions, sans commune mesure avec les 75 millions d’euros qu’a coûté par exemple l’aménagement du Centre Pompidou à Metz. Mais à l’époque chacun n’a d’yeux que pour l’extrême générosité du milliardaire : « C’est un cadeau de Bernard Arnault aux Parisiens », comme le répètent en boucle ses thuriféraires.

Un chantier d’une grande complexité technique (source : Fondation Louis Vuitton)

Mais un cadeau de luxe : selon les dernières estimations dévoilées par Emmanuel Lévy dans l’hebdomadaire Marianne, le chantier pharaonique aurait finalement coûté la bagatelle de 775,8 millions d’euros ! Et ceci sans compter les coûts de fonctionnement qui se seraient élevés en 2015 à près de 80 millions d’euros, quasiment la moitié de ceux du Louvre qui reçoit pourtant 10 fois plus de visiteurs. Rapporté au nombre de visiteurs, cela représente quand même 80 € par tête de pipe. On comprend dans ces conditions pourquoi l’entrée est si chère : 14 € par personne, seuls les enfants de moins de 3 ans pouvant y entrer gratuitement. Dans le monde du luxe, il convient d’apprendre très jeune que tout se paye, et cher…

Le pire c’est que ce sont les contribuables français qui payent la plus grande part de ce geste de générosité du délicieux Bernard Arnault. Grâce aux dispositions législatives issues de la loi Aillagon de 2003, les plus généreuses du monde en faveur du mécénat d’entreprise, 60 % des sommes investies sont déduites de l’impôt sur les sociétés. En 2015, LVMH a ainsi siphoné à lui seul 10 % de l’enveloppe affectée.

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton coloré par Daniel Buren en mai 2016 (photo © Philippe Guignard / Air Images / Fondation Louis Vuitton)

Et ce n’est pas tout puisque le groupe a également adressé à Bercy une demande de remboursement de la totalité de la TVA payée dans le cadre du chantier, soit la bagatelle de 130 millions d’euros supplémentaire. Au final, c’est donc près de 80 % du coût du projet qui sera payé non pas par le richissime propriétaire de LVMH mais bien par le contribuable français, tandis que le groupe de luxe cultive son image de généreux mécène éclairé qui se glorifie d’avoir réalisé « un acte philanthropique majeur vis-à-vis de Paris ». On reste en effet confondu devant un tel savoir faire en matière de communication…

L.V. 

« Cinq zinnias pour mon inconnu »

6 avril 2017

Tel est le titre du livre qu’est venue nous présenter son auteure : Marie-France Clerc, lors d’une session de Katulu ? ce dernier jeudi du mois, soit le 30 mars, à la salle Albert Fayer à Carnoux devant un public d’une vingtaine de personnes.

Les grands parents de Marie-France Clerc ont immigré d’Ukraine vers la Pologne en 1921 où la mère de Marie France Clerc est née, puis ils vont s’installer en Lorraine dès 1923. Ils seront naturalisés français en 1938. Cet épisode de l’exil sera très douloureux pour la famille de Marie-France qui n’en parlera que difficilement. Seules des chansons ou des histoires d’enfants du pays perdu vont nourrir les premiers souvenirs de notre oratrice. A l’occasion de la retraite elle ressent le besoin de faire des recherches puis d’écrire pour se libérer de toute cette angoisse dont elle a hérité de ses parents et grands-parents. Ce sera un livre sous le mode de roman, à l’adresse de ses petits-enfants, s’inspirant de ce qu’elle a retrouvé de ce passé enfoui.

Marie-France Clerc à Carnoux

M.F. Clerc nous parle d’abord de l’histoire de l’Ukraine en général mal connue. Si nous avons une certaine mémoire récente de la Révolution Orange, Maïdan, les manifestations et la répression sanglante vues à la télévision… nous sommes bien en peine d’avoir une idée plus précise de l’histoire de cette nation où la position de Kiev était prépondérante dès le 8ème siècle !

L’Ukraine, d’une superficie semblable à celle de la France, avec 46 millions d’habitants est une nation particulièrement riche en ressources agricoles et minières. Tout au long de l’histoire après avoir été le premier état slave et le plus puissant d’Europe aux 11 et 12ème siècles, l’Ukraine fut asservie par la Russie tsariste, les Polonais, les Turcs, avec quelques périodes de relative indépendance en particulier entre 1917 et 1920 avant l’annexion par la Russie Soviétique. Ce pays a vécu de terribles périodes de famine entre 1930 et 1933, puis la grande terreur entre 1937 et 1938 avec la purge des élites au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes ont disparu. Ceci a contribué à la position mitigée vis-à-vis des Allemands tout d’abord accueillis comme libérateurs en 1941 puis combattus du fait des mauvais traitements infligés, sans parler de la solution finale pour les Juifs.

Aujourd’hui, après l’éclatement de l’URSS en 1991 et la programmation de son autonomie, l’Ukraine doit se « désoviétiser ». Il existe 13 langues en Ukraine avec une dominante de l’ukrainien mais aussi du russe : 70 ans de régime communiste soviétique et 300 ans d’interdiction de l’ukrainien ne s’effacent pas du jour au lendemain.

M.F. Clerc avec Marie-Antoinette Ricard (Katulu ?)

Durant cette rencontre avec l’auteure, nous avons aussi parlé de littérature avec Gogol, Chevtchenko, Kourkov, un Ukrainien qui écrit en russe : « Le pingouin », « Le journal de Maidan »…

Le livre de Marie-France Clerc n’est pas historique. C’est la transmission de la mémoire et la réconciliation avec le passé. Lorsqu’elle l’acheva, elle put enfin se rendre sur la terre de ses ancêtres, retrouver de la famille, prendre connaissance des archives et découvrir un peu de la véritable histoire des siens.

Ce roman est construit sous la forme d’une intrigue qui ne peut être résumée sans la déflorer ! Alors pour plus de détail il faut lire ce livre.

Une excellente soirée très animée par de multiples questions qui s’est terminée de façon tout à fait conviviale autour du verre de l’amitié.

                                                                                                           Cécile T.

Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

Croisière autour du monde : 20ème escale

20 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde depuis les côtes britanniques jusque sur le continent asiatique. Les voici désormais en Corée après plusieurs escales au Japon.

 

Le port de Busan, un des plus actifs d’Asie

Jeudi 16 mars :

Busan, on dit aussi Pusan, est un port très actif de Corée du Sud, situé à l’extrême pointe sud du pays. Depuis toujours il fait le lien commercial entre la Chine et le Japon.

Nous avons pris une excursion du bateau ne sachant pas trop à quoi nous attendre dans ce pays là. En fait nous nous débrouillons en général tous seuls, n’appréciant que modérément les bus bondés avec guides parlant mal anglais et horaires rigides…

Depuis le départ de Southampton nous n’avons fait que 4 excursions avec le bateau. Notre jeune guide Coréen dit s appeler « Coup ». Quand je lui montre, geste à l’appui, ce que ça veut dire en français, il est mort de rire !

Rencontre avec un beau jeune Coréen peu loquace !

Il nous emmène dans un centre culturel voir un spectacle de chants et de danses traditionnelles. J’apprécie modérément les sons aigus et nasillards qu’ils tirent de sortes de longues guitares posées sur les genoux et encore moins les bruits tonitruants de gros tambours qui rythment les séquences. C’est très statique, sauf la dernière partie où une troupe de jeunes se déchaîne avec énergie dans des costumes colorés et magnifiques.

Nous reprenons notre car pour nous rendre dans le centre ville. La ville, très animée est moderne, avec beaucoup de bâtiments assez hauts. Nous remarquons de nombreuses églises surmontées de croix. Renseignements pris, il semble qu’environ un quart de la population est chrétienne (plutôt protestante car évangélisée par des Anglais ou des Américains), le reste se partageant entre confucianistes, bouddhistes et athées.

Entrée marché au poisson (Jagalchi)

Nous visitons un marché aux poissons fabuleux. Je pense que le plus clair de leurs protéines vient de la mer. Crabes bleus énormes, anguilles vivantes grouillant dans des bassines d’eau, bulots géants…

Tous les vendeurs sont des femmes. Le guide nous explique que durant la guerre de Corée les hommes étant à la guerre, ce sont les femmes qui se sont mises au boulot, et, depuis, cela n’a plus changé.

Ensuite nous sommes montés sur une colline pour voir les statues des « héros nationaux » (c’est ainsi que le guide s’exprime, en faisant de nombreuses références à la guerre). Finalement, comme nous le disait un de nos conférenciers, ce petit pays a été sacrifie à la fin de la seconde guerre mondiale, coupé en deux alors qu’il n’était responsable d’aucun massacre !

Busan, une ville trépidante

Une pagode de style boudhiste

On y a trouvé un centre commercial pour touristes (c’est écrit en toutes lettres sur la façade) qui vent des bricoles sans grand intérêt sauf, peut-être, le ginseng dont ils sont les premiers producteurs.

Nous voyons aussi une belle pagode de style bouddhiste et profitons d’une très belle vue sur le port et l’ensemble de la ville.

Les camélias, qui ont la taille d’arbres, commencent à fleurir : ça sera magnifique d’ici une semaine. Nous sommes venus trop tôt ! C’était déjà le cas au Japon où les fameux cerisiers dont on attend avec impatience la floraison en sont à peine à leurs premiers boutons. Je pense que la meilleure période pour voir ces pays, c’est avril et mai. Tant pis pour nous !

Le quartier commerçant

L’architecture est globalement plutôt laide : gros immeubles d’habitation de forme cubique, avec de petits balcons aux garde-corps très hauts, qui doivent assombrir énormément les pièces  de la maison et qui, apparemment ne servent qu’à étendre le linge ! Il y a très peu de verdure et il n’est pas rare que deux immeubles soient espacés de quelques mètres seulement l’un de l’autre. Ici, les règles d’urbanisme ne semblent guère contraignantes !

En fin de journée le bateau appareille avec une foule nombreuse venue nous saluer et nous souhaiter un bon voyage. C’est émouvant car il y a beaucoup de familles avec leurs enfants. On nous demande de poser pour des photos, on se sent un peu des stars ! Cet arrêt en Corée aura été bien court mais ca semble un pays intéressant où il serait bon de rester plus longtemps.

Samedi 18 mars :

Hiroshima ! Ce n’est pas une ville comme une autre ! C’est pourquoi nous n’avons pas eu une seconde d’hésitation : nous irions voir le parc dédié au souvenir du 6 août 1945.

La cote très découpée au lever du soleil

Sur le port, les voitures sont prêtes à partir vers l’Occident

La navette nous a conduits à la gare (il est à noter que, presque à chaque escale, Cunard ou la municipalité concernée mettent une navette gratuitement à notre disposition) et de là, il a fallu une demi-heure de tramway pour nous retrouver devant ce beau parc triangulaire situé entre deux rivières.

La ville est bâtie sur un delta : il y a des rivières partout

La ville est en effet construite sur un delta immense où se rejoignent six cours d’eau. De nombreux ponts, donc, donnent à Hiroshima un petit air vénitien…

Dans le parc de la paix, le seul bâtiment resté debout le 6 août 1945

En arrivant dans le parc, on découvre le « dôme ». C’est le seul bâtiment qui soit resté debout dans un rayon de 2 à 3 km autour du point d’impact. Très abîmé évidemment, il est conservé comme souvenir. Ce qui est amusant c’est que le bâtiment, construit en 1914 était un local d’exposition de ce que l’industrie du Japon avait à vendre…

Le 6 août 1945, à 8 h 15, la bombe baptisée « little boy » portée par le B 29 Enola Gay explosa en plein centre ville. Entre 20 et 30 000 personnes moururent instantanément mais beaucoup d’autres allaient périr dans les semaines qui suivirent, brûlées non seulement au niveau de la peau mais atteintes aussi dans leurs organes au plus profond du corps. Les leucémies et les cancers de toute sorte affectèrent les survivants surtout dans les années 60 et jusqu à aujourd’hui…..

Objets retrouvés calcinés dans les décombres

De nombreux monument parsèment le parc, dédiés  aux enfants, aux jeunes étudiants qui avaient été mobilisés dans les derniers mois de la guerre… Un magnifique musée raconte la catastrophe, minute par minute, et expose d’humbles objets de la vie quotidienne : un soulier d’enfant, une boucle de ceinture, un carnet de tickets de tram… C’est très émouvant et la foule qui se presse au musée le fait dans un silence profond, même les enfants restant sagement auprès des parents… Bref, une visite à ne pas manquer si vous allez un jour là-bas.

Une rue animée en ce samedi

Retour en taxi avec toujours la petite crainte : à t-il bien compris où nous voulions aller ? Je ne peux lire son alphabet, il ne peut lire le mien….mais tout se passe très bien et nous sommes au bateau vers 4 heures.

Comme d’habitude, un petit marché à été installé avec un orchestre de jeunes, une démonstration de danses avec des sabres et enfin essayage de kimonos et photos bien sûr.

 

On va me transformer en geisha !

Alors attention : si vous voulez porter le kimono sachez que l’on ne peut le mettre seule, il faut avoir au moins deux aides !

Il n’y a ni boutons, ni fermeture éclair, tout tient par des lacets et c’est long et compliqué !

Mais le résultat est charmant et je me souviendrai longtemps de la gentillesse de toutes ces femmes qui s’affairaient autour de moi, essayant, avec quelques mots d’anglais seulement, de communiquer avec moi.

Le bateau appareille pour Kochi vers 18 h. Le quai est noir de monde, on agite des drapeaux, on nous crie des souhaits de bon voyage (du moins je le pense !). Encore une escale dont nous nous rappellerons.

Dimanche 19 mars :

La bienvenue du matin

Une longue excursion nous a permis de voir beaucoup de choses en ce dimanche ! Kochi (escale non prévue au départ) est une ville moyenne de 300 000 habitants qui jouit d’un climat très agréable avec une végétation quasi méditerranéenne. On y cultive légumes, agrumes, patates douces et gingembre.

Une plage dans les pins

J’offre des bâtonnets de patate douce à Ryoma, un samouraï du 19e siècle

Nous avons vu une très belle plage de sable dans un écrin de pinède, puis ceux qui n’avaient pas mal aux guibolles sont montés au château construit au 17e siècle, pendant que nous nous baladions sur un marché en plein air agréable et où on trouvait de tout : fleurs et plantes, fruits et légumes, coutellerie très belle, et brocante en tout genre. Un arrêt surprise chez un Français de Nice qui a ouvert une crêperie et qui nous a raconté son parcours assez atypique tout de même.

Pèlerin dans la rue

Arrêt dans un temple et, pour finir, on est monté sur une colline découvrir un autre temple en pleine forêt qui jouit d’une grande réputation puisqu’il fait partie des 88 temples où il faut avoir été si on est un bouddhiste pratiquant. Nous croisons de nombreux pèlerins, tout vêtus de blanc avec le chapeau conique bien connu.

Un temple

Concernant la religion, la première du Japon a été le shintoïsme : pas d’image du dieu mais une sorte d’animisme puisque Dieu se trouve dans tout ce qui est vivant et même peut-être dans les pierres… Puis le bouddhisme est arrivé de l’Inde via la Chine. Pas de problème !

Un cimetière fleuri

Comme nous disait notre guide, certains jours je suis shintoiste, le 24 décembre nous sommes tous chrétiens et aujourd’hui où je vous emmène voir un temple bouddhiste, je me sens bouddhiste ! Il me semble qu’avec cette philosophie on éviterait bien des guerres de religion !

Jeunes passants

Un magnolia souleangana

Cérémonie d’au revoir du soir

De retour au bateau, nous sommes épuisés. On s’endort tout de suite et on a même failli rater le dîner !
Ah, c’est dur de faire le tour du monde !

Annie