Posts Tagged ‘Arbres’

Une palme pour les sauveurs de palmiers

3 janvier 2015

Nous l’avions déjà évoqué sur ce blog, les palmiers de la région, qui font le bonheur de nombreux jardiniers et assurent la renommée de plusieurs villes côtières dont Hyères-Les Palmiers, sont depuis quelques années soumis à rude épreuve. Deux insectes sont la cause principale de ces attaques.

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le premier, un papillon géant (9 à 11 cm d’envergure), est originaire d’Amérique du Sud, et répond au joli nom de Paysandia archon, dit aussi sphynx des palmiers. Sa larve, une grosse chenille blanchâtre de 8 à 10 cm de long, se nourrit des tiges du palmier dans lequel elle creuse des galeries avant de se transformer en nymphe en s’enrobant dans un cocon bien caractéristique, hérissé de débris de fibres. L’animal se transforme ensuite en un magnifique papillon qu’on voir voleter autour des palmiers, entre juin et septembre surtout pendant la pause méridienne, au plus chaud de la journée. Introduit en France depuis le milieu des années 1990, en provenance d’Argentine, il est désormais présent dans toute la région PACA où il cause de gros dégâts à la plupart des espèces de palmiers.

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Le second prédateur, arrivé dans le sud-est de la France en 2006, est le fameux charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, un coléoptère originaire d’Indonésie et qui s’est propagé progressivement en Europe via le Moyen-Orient. Très présent dans le Var, il cause des dégâts encore plus importants que le précédent et les palmiers attaqués meurent en l’espace de 2 à 5 ans par pourrissement complet du stipe, d’autant que les premiers symptômes n’apparaissent que bien après le début de l’infestation.

Face à ces fléaux redoutables, des procédés de lutte biologique ont été testés. Le premier utilise des vers microscopiques, des nématodes, qui tuent par septicémie les larves de l’un comme l’autre de ces ravageurs, mais ne survivent pas à la mort de leur hôte. Le second procédé consiste à épandre des spores d’un champignon pathogène, Beauveria bassiana, qui  tue également les deux types d’insectes, mais doit être lui aussi renouvelé fréquemment et son efficacité semble limitée…

Face à cette menace, s’était créée en 2007 l’Association française des professionnels du palmier, pour tenter de trouver des parades en lorgnant du côté de puissants insecticides utilisés en horticulture dans d’autres pays mais interdits en France. A l’initiative des services de l’État, des comités de pilotage se sont mis en place dans le Var et les Alpes-Maritimes, pour tenter de coordonner cette lutte contre les ravageurs des palmiers. Mais l’association a jeté l’éponge et s’est auto-dissoute en novembre 2013, déplorant que demain, Hyères-Les Palmiers ne doive être rebaptisée « Hier-Les Pamiers »…

Heureusement, tout le monde ne s’est pas découragé pour autant. Une autre association, les fous de palmiers (dont le siège est à Hyères), se démène ainsi pour tenter d’autres approches, plus artisanales mais apparemment efficaces. La Provence relatait ainsi il y a quelques jours une belle démonstration à Carry-le-Rouet d’un de ses membres, Antoine De Tata, qui s’est inspiré des expériences d’un chercheur de l’INRA, Michel Ferry, pour mettre au point un système de lutte sans produit phytosanitaire.

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

La méthode est simple : il s’agit d’abord d’éliminer les premières palmes qui ont été attaquées, puis d’araser les pétioles le plus près possible du stipe (le tronc) afin de mettre au jour les galeries faites par les larves du charançon rouge ou du papillon. En même temps, on en profite pour retirer tous les cocons. Ensuite, on nettoie entre les insertions des pétioles pour chasser le chanvre à l’aide d’un grattoir. Puis on envoie de l’eau avec un appareil à haute pression (sans toutefois dépasser 100 bars) en utilisant un embout le plus large possible en caoutchouc et orientable. Ceci permet d’extraire les larves et les œufs de l’intérieur des galeries, en veillant soigneusement à ne pas créer de lésion.

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

D’après Antoine De Tata, le procédé est efficace à condition que le palmier ne soit pas infecté à plus de 40 %. Il conseille néanmoins de terminer l’opération en pulvérisant un fongicide à large spectre car, selon lui, « les charançons sont attirés par la sève qu’ils sentent à 5 ou 7 km à la faveur des coupes de palmes ». Voilà en tout cas un espoir pour des milliers d’amoureux de palmiers désespérés à l’idée de voir dépérir leurs chers Phoenix dactylofera et autres Livinstonia chinensis

L. V. LutinVertPetit

Les platanes de Carnoux victimes des tigres ?

11 août 2009
Un platane de Carnoux

Un platane de Carnoux

Ah, tiens, vous aussi vous l’aviez remarqué ? Début août, en rentrant de vacances, je lève la tête en traversant Carnoux et que vois-je ? Des platanes aux extrémités toutes racornies et blanchâtres. Et il n’y en n’a pas qu’un : tous les platanes bordant la voie publique et notamment le long de la place Maréchal Lyautey sont dans le même état. Les platanes seraient-ils déprimés dans l’attente du sort qui leur sera réservé lors du nouveau réaménagement de la place de Carnoux ? Souhaitent-ils anticiper la chute de leur feuillage, de crainte d’un nouvel incendie causé par un tir de balle traçante d’un légionnaire allumé ?

Les forestiers de l’ONF, pourtant basés à Carnoux aux premières loges assurent n’avoir rien observé, pas plus d’ailleurs que les services techniques de la mairie qui délèguent à une entreprise privée la gestion de notre patrimoine végétal. Petit hic : cette entreprise, dont les petits camions verts sillonnent quotidiennement Carnoux, n’est pas chargée de l’entretien des platanes de la ville et assure n’avoir rien vu non plus. Bref, les platanes de Carnoux souffrent dans la chaleur estivale et l’indifférence générale.

Quel est donc ce mal mystérieux qui les ronge ? Les pistes ne manquent pas, à commencer par les champignons tels que l’oïdium et surtout deux autres champignons au nom imprononçable, responsables respectivement de l’anthracnose et du chancre coloré. Cette dernière maladie, importée involontairement par l’armée américaine lors du débarquement de Provence en 1944 aurait détruit 80 % des platanes d’alignement sur la côte est des Etats-Unis et a fait de nombreux dégâts parmi les platanes du Sud de la France. Curieusement en effet, il s’avère que les platanes français sont génétiquement assez homogènes et issus de l’hybridation, au XVIIème siècle, dans quelques jardins botaniques européens, de Platanus occidentalis (issu d’Amérique du Nord) et de Platanus Orientalis (poussant au Moyen-Orient et dans les Balkans), ce qui a d’ailleurs amené l’INRA à développer de nouveaux hybrides résistants à ce type de parasite.

Ceci dit, il semblerait plutôt que les platanes de Carnoux soient victimes, comme ceux de nombreuses

Feuille de platane

Feuille de platane

villes du Sud-Est, d’une attaque de …tigres. Rassurez-vous, il n’est pas question de refaire le coup de la panthère noire égarée dans les calanques. Le tigre du platane n’est rien d’autre qu’une sorte de punaise minuscule, de 3 à 4 mm de long, aux ailes transparentes avec une tache noire. Également originaire des Etats-Unis, cet insecte est arrivé en Italie en 1964 et signalé en France depuis 1975. Les adultes passent l’hiver sous les écorces de platanes et remontent le long du tronc au printemps pour aller se positionner sous les jeunes feuilles dont ils s’alimentent. Ces dernières se décolorent par points et finissent par se dessécher complètement, de telle sorte que l’arbre peut se retrouver complètement défolié à la fin d’un été chaud et sec propice au développement de ces insectes. Ceux-ci étant très mobiles, les arbres

Le fameux tigre du platane (photo de P. Miéville)

Le fameux tigre du platane (photo de P. Miéville)

d’alignement sont particulièrement vulnérables à leurs attaques. Les moyens de lutte contre cet insecte consistent en pulvérisations de produits chimiques, même si certains cherchent actuellement à développer des méthodes de lutte biologique pour se débarrasser de ce fléau en limitant l’impact écologique des traitements.

En tout cas, si en vous baladant sous les platanes de Carnoux, vous sentez de petits insectes qui vous tombent dessus, soyez rassurés, ce ne sont que des tigres, perchés sur les platanes, qui vous auront sauté au cou…Voir le site

LutinVert1SmallL.V.

L’arboretum de Carnoux : une belle réussite paysagère…

16 mars 2009
Arboretum de Carnoux : quelques arbres squelettiques...

Arboretum de Carnoux : quelques arbres squelettiques…

Connaissez-vous l’arboretum de Carnoux ? Une bien belle idée, mise en œuvre par la municipalité de Carnoux avec l’aide du Lions Club et inaugurée le 8 avril 2006 par M. Giorgi comme l’indique fièrement une plaque (un peu cabossée) fixée dans un bloc de pierre à côté d’un porche monumental qui en marque l’entrée, juste à côté du cimetière. Qu’est-ce qu’un arboretum ? C’est justement expliqué sur la plaque pour ceux qui l’ignoreraient : « un arboretum est un parc botanique planté de différentes espèces ». Et la plaque précise même, à l’attention de ceux qui pourraient s’interroger sur l’objectif visé, qu’il s’agit ni plus ni moins de « sensibiliser les générations futures au respect de la vie et de l’environnement ».

On applaudit bien entendu des deux mains à un objectif aussi louable qui repose par ailleurs sur une excellente idée (là aussi, c’est écrit sur la plaque à l’entrée) à savoir que « chaque mois de l’année est symbolisé par un arbre qui rappelle le nom des nouveaux nés déclarés dans la commune ». Les esprits chagrins se demanderont peut-être comment sont identifiés ces nouveaux carnussiens puisque chacun sait que les nouveaux nés doivent être déclarés dans la commune où ils ont vus le jour et qu’il n’a jamais été seulement envisagé la création d’une maternité à Carnoux, mais ne nous arrêtons pas à ce genre de détail trivial.

En revanche, une fois passé le porche, le remblai boueux dans lequel s’enfonce le visiteur téméraire et d’où émergent quelques arbres squelettiques, oblige à mettre les choses en perspective. Certes on conçoit bien qu’un parc botanique ne se fait pas en un jour. Mais là, la notion d’inachevé est vraiment saisissante. En fait d’hommage « au respect de la vie et de l’environnement », cet espace dénudé et lugubre, où le ravinement met à nu de vieux ossements et des débris de toute sorte, rappelle plutôt ces cimetières caillouteux qu’on peut voir dans certaines oasis mauritaniennes en voie de désertification avancée…

Arboretum de Carnoux : En voie de désertification avancée...

Arboretum de Carnoux : En voie de désertification avancée…

Les visiteurs qui s’attardent dans un tel lieu sont rares et on imagine mal y faire venir un groupe de scolaires pour les y sensibiliser « au respect de la vie et de l’environnement ». Espérons du moins que les parents de ceux dont les noms sont inscrits sur les stèles blanches plantées au pied des arbres, ne vont pas considérer ceci comme un outrage et exiger de les en retirer. Espérons surtout un sursaut d’énergie de la part de la municipalité pour transformer enfin ce terrain vague en un véritable « parc botanique » digne de ce nom, avant que les enfants dont on a emprunté les noms pour ce beau projet ne soient devenus adultes. Les plus anciens étant nés en 2004, il reste certes un peu de marge. Encore faudrait-il que l’entretien des espaces publics à Carnoux remonte quelque peu dans l’échelle des priorités de la municipalité actuelle… A moins qu’il ne s’agisse une fois de plus d’une conséquence funeste du transfert de compétence vers la Communauté urbaine MPM ?lutinvert1small

L.V.