Archive for the ‘Science et techniques’ Category

Demain, une autoroute solaire à Marseille ?

27 septembre 2022

L’énergie solaire, bien qu’intermittente, présente l’avantage d’être inépuisable et pourrait permettre de couvrir largement nos besoins en électricité, à condition de pouvoir être stockée, ce qui n’est pas si simple… Depuis des années maintenant on voit fleurir des panneaux photovoltaïques sur nombre de toits, initialement surtout dans le but de revendre l’électricité produite au réseau public à un prix garanti très attractif, désormais pour consommer directement l’électricité ainsi produite, ce qui limite la question de son transport… On voit aussi de plus en plus des bâtiments publics mais aussi des hangars agricoles, industriels ou commerciaux qui offrent généralement de belles surfaces de toitures, se recouvrir de panneaux photovoltaïques.

Cave viticole de Bonnieux, dans le Vaucluse, largement recouverte de panneaux photovoltaïques depuis une bonne dizaine d’années (source © Cave de Bonnieux)

Une alternative particulièrement judicieuse aux centrales solaires installées au sol sous forme de panneaux simplement posés sur supports fixes ou orientables, voire avec concentration sur une tour centrale, mais qui occupent de l’espace, au détriment d’autres usages. Certains ont bien essayé de développer des panneaux solaires sur ombrières pour les installer au milieu des cultures, mais avec un risque de concurrence voire de gêne pour les travaux agricoles. D’où l’idée d’installer les panneaux photovoltaïques de préférence dans les lieux où ils ne font pas concurrence à d’autres usages. Outre les toitures ou les anciennes décharges difficiles à réhabiliter, comme celle d’Entressen, dans la Crau, ce sont maintenant les canaux de distribution d’eau voire les plans d’eau qui sont sollicités, même si l’installation s’y traduit par un surcoût significatif.

Des panneaux photovoltaïques déjà très présents sur les hangars agricoles, et ce n’est qu’un début… Un dessin signé Félé

Dans le même esprit, l’adjoint du maire de Marseille en charge de la transition écologique, Sébastien Barles, vient de proposer d’installer des panneaux solaires au-dessus des autoroutes urbaines de l’agglomération, l’A7, l’A50 et la L2. Une proposition qui s’inscrit dans la lignée de la labellisation de la ville de Marseille, retenue en avril dernier par la Commission européennes parmi les 100 villes qui visent la neutralité carbone en 2030. A l’époque, la candidature de Marseille avait un peu fait sourire tant la cité phocéenne partait de loin, après avoir fait le choix pendant des décennies du tout voiture, avec ses lacunes légendaires en matière de transports en commun, de préservation des ressources naturelles et de gestion des déchets notamment. Elle a pourtant été retenue avec 8 autres villes françaises parmi les 23 qui avaient candidaté, aux côtés des autres grandes métropoles passées en 2020 aux mains d’une municipalité à participation écologiste, à l’instar de Lyon, Paris, Nantes, Bordeaux, Grenoble ou Angers.

Marseille, retenue parmi les 100 villes accompagnées par la mission européennes en vue de la neutralité carbone d’ici 2030 (source © FNE PACA)

Et comme Marseille a un long chemin à parcourir pour atteindre cette bien hypothétique neutralité carbone d’ici 2030, il va falloir beaucoup d’imagination et de volonté politique ! D’où cette idée, un peu farfelue au premier abord, de recouvrir les autoroutes urbaines de panneaux solaires… L’écologiste Sébastien Barles n’est d’ailleurs pas tout seul à la porter et il était entouré, lors de sa présentation en conférence de presse jeudi 22 septembre 2022, notamment par le président du groupe écologiste au conseil municipal marseillais, Fabien Perez, par le président de la FNE 13, Richard Hardouin, mais aussi par le nouveau député LFI Hendrick Davi et le sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche.

Représentation de ce que pourrait être demain l’A50 recouverte de panneaux photovoltaïques (photo © P. Laurenson / Marsactu)

Car même si l’idée est séduisante, certains obstacles réglementaires empêchent pour l’instant sa mise en œuvre et il faudra peser politiquement pour les déverrouiller, en profitant par exemple du prochain examen de la loi sur l’accélération des énergies renouvelables. En supposant ces obstacles aplanis, il s’agirait de recouvrir 26 km d’autoroute, en commençant par un tronçon démonstrateur de 2 km sur l’A50 entre Marseille et Aubagne, la couverture permettant, non seulement de fournir de l’électricité (de quoi alimenter 6 000 logements rien qu’avec ces 2 premiers kilomètres), mais aussi de diminuer les nuisances sonores liées au trafic routier sur ces axes urbains régulièrement saturés.

Certes, la facture est un peu élevée, estimée à la bagatelle de 240 millions d’euros pour les 26 km visés à terme. Mais les élus sont optimistes pour lever les fonds nécessaires en mixant financement privés et publics (on voit mal la région PACA ne pas mettre la main à la poche pour un tel projet qui s’inscrit parfaitement dans sa prétention d’avoir « une COP d’avance »…), quitte à faire appel à la souscription des particuliers sous forme de participation pour un projet qui pourrait présenter un retour sur investissement évalué à 8 ans seulement.

Projet de serpent solaire imaginé par le suédois Mans Tham (source © Techniques de l’Ingénieur)

Ce projet s’inscrit en tout cas en droite ligne du Solar serpent présenté en 2010 par l’architecte suédois Måns Tham : une sorte de couverture semi-transparente des voies de circulation sous forme d’un revêtement en écailles constituées de panneaux photovoltaïques. Le concept avait été testé dès 2011 en Belgique sous forme de panneaux solaires posés sur le toit d’une tranchée couverte permettant au TGV de franchir en toute discrétion une zone naturelle protégée au nord d’Anvers. Un investissement de 15,6 millions d’euros qui permet de produire l’électricité dont a besoin le même TGV pour 2 heures de trajet…

Depuis, le coût des installations solaires a nettement baissé et l’opération devient de plus en plus intéressante, même si l’installation de panneaux photovoltaïques sous forme d’ombrières au-dessus de nos voies de circulation représente un surcoût qui reste très significatif par rapport à une installation photovoltaïque traditionnelle et ne peut donc se justifier que par les autres avantages recherchés. Il va donc falloir sans doute beaucoup de persuasion aux écologistes marseillais pour convaincre du bien fondé de leur projet, peut-être en argumentant que cette future couverture solaire de nos autoroutes urbaines permettra désormais de « rouler à l’ombre » même en période de forte chaleur…

L. V.

Alerte : les gorgones se meurent !

25 septembre 2022

Le réchauffement climatique a encore fait une nouvelle victime ! Depuis la mi-août 2022 les alertes se multiplient dans le milieu des plongeurs méditerranéens : les gorgones, ces magnifiques ramifications colorées qui tapissent les tombants du Parc national des Calanques sont en train de dépérir de manière spectaculaire. Les premières observations ont été faites après les gros orages du 17 août 2022 qui ont balayé la région et fait, une nouvelle fois déborder le Vieux-Port de Marseille, faute de gestion des eaux pluviales adaptée au régime méditerranéen.

Bouquet de gorgone en train de dépérir dans le Parc des Calanques (photo © Patrick Bonhomme / Parc national des Calanques)

Dès le lendemain, des plongeurs se sont inquiétés d’observer un blanchissement inexorable des branches de gorgone, ces bouquets admirables de couleur vive qui constituent un des principaux attraits des fonds méditerranéens. Dès lors, les scientifiques ont commencé à multiplier les observations sur les différentes aires marines protégées de la côte provençale où les gorgones pourpres Paramuricea clavata forment de larges colonies qui se fixent sur les substrats rocheux des fonds marins situés entre 7 et 110 mètres de profondeur.

Le plus souvent pourpre, parfois jaune, les gorgones comme les coraux sont des colonies constituées d’un squelette souple en forme de ramification arborée que se partagent les polypes, de petits animaux munis de tentacules, rattachés à la grande famille des cnidaires qui comprend aussi les méduses ou les anémones de mer. Grâce à cette disposition en éventail le long des branches de l’arborescence généralement disposée perpendiculairement au courant dominant, les polypes filtrent l’eau avec leurs tentacules et se nourrissent ainsi de micro-organismes.

Colonie de gorgone pourpre dans les calanques marseillaises (photo © H Thédy / Parc national des Calanques)

Ces colonies qui tapissent le talus continental en Méditerranée occidentale ont une croissance excessivement lente de l’ordre de 2 à 3 cm par an, mais leur longévité peut atteindre une cinquantaine d’années. Elles forment ainsi une véritable forêt sous-marine qui, à l’instar des grandes barrières de corail qui ceignent les atolls polynésiens, constituent un biotope particulièrement favorable, servant de refuge à une grande variété d’espèces sous-marines. On considère ainsi que pas moins de 15 à 20 % des espèces connues en Méditerranée se concentre à proximité de ces forêts de gorgones, ce qui explique que les plongeurs en soient aussi friands.

Justement, depuis un mois maintenant, les plongeurs ne cessent de multiplier les alertes, constatant avec désespoir que les gorgones de Méditerranée commencent par se nécroser, blanchissent et deviennent cassantes puis finissent par mourir sur pied. Les chercheurs du Parc national des Calanques et de nombreuses associations locales dont Septentrion Environnement, qui œuvre pour la sauvegarde des richesses sous-marines de la Méditerranée, se relaient pour inspecter l’ensemble des spots où ces gorgones sont particulièrement développées.

Un plongeur inspecte des gorgones en train de dépérir dans le Parc national des Calanques (photo © Olivier Bianchimani / 20 minutes)

Et partout le constat est le même : un véritable spectacle de désolation, comme lorsque, au lendemain d’un feu de forêt, on inspecte avec tristesse et dans un silence de mort, le sol couvert de cendre et les moignons noircis de ce qui était la veille encore une magnifique forêt verdoyante, bruissant du chant des oiseaux.

De nombreux prélèvements ont été réalisés pour analyser en laboratoire les causes sans doute multiples de ce véritable massacre qui s’est produit en l’espace de quelques semaines et qui a déjà décimé, selon les premières estimations, 90 % des colonies de gorgones dans les Calanques et plus largement depuis la Côte bleue jusque sur les rivages du Var. Plusieurs facteurs peuvent en effet se combiner pour expliquer cette mortalité inhabituelle : processus biologiques complexes, modification du microbiote associé, survenue d’agents pathogènes, facteurs génétiques de résistance plus ou moins grande au stress thermique, etc.

Prélèvement de gorgones jaunes Eunicella cavolinii pour analyse génétique (photo © T. de Bettignies / MNHN)

Mais la raison principale de ce dépérissement soudain est d’ores et déjà parfaitement identifiée et ne fait aucun doute pour les scientifiques. C’est bien une fois de plus le réchauffement climatique qui en est le responsable, car les gorgones sont extrêmement sensibles aux variations de température. Or cet été, la température de l’eau sur nos côtes méditerranéennes a atteint des records jamais enregistrés, jusqu’à 27 °C à 30 m de profondeur ! C’est trop pour les gorgones qui ont littéralement séché sur pied…

Ce n’est certes pas la première fois que de telles canicule sont observées dans nos régions et l’on avait déjà constaté des épisodes sévères de dépérissement des gorgones pourpres dans les aires marines protégées de Méditerranée où elles font l’objet d’un suivi scientifique, notamment en 1999, 2003, 2006 et 2009, justement à l’occasion de périodes marquées par de fortes canicules prolongées.

Mais lors de ces épisodes antérieurs, le taux de mortalité n’avait guère dépassé 10 à 15 %, ce qui permet une survie des colonies. Il n’en sera peut-être pas de même après cet été 2022 excessivement meurtrier… Sachant qu’il faut une cinquantaine d’années pour reconstituer une colonie ainsi décimée, il est probable que l’on n’est pas près de revoir le doux frémissement des ramures pourpres de gorgones sur les tombants des Calanques, d’autant que toutes les modélisations annoncent une accentuation de la fréquence et de la sévérité des épisodes de canicules dans les années à venir : on commence à assister aux premiers effets probablement irréversibles du changement climatique…

L. V.

Orange : le théâtre romain à la loupe numérique

10 septembre 2022

La ville d’Orange, dans le Vaucluse, est heureusement davantage connue pour les vestiges de son théâtre antique et de son arc de triomphe, inscrits depuis 1981 au répertoire des monuments mondiaux de l’UNESCO, que pour sa propension durable à voter à l’extrême-droite : Jacques Bompard s’y est pourtant fait élire maire à cinq reprises depuis 1995, d’abord sous l’étiquette du Front National, puis du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers en 2008, et finalement depuis 2014 sous l’appellation de la Ligue du Sud. Une longévité qui traduit un ancrage incontestable à la droite de la droite des 28 000 habitants de la commune qui fut jadis, au Moyen-Age la capitale de la principauté d’Orange et le resta jusqu’à son annexion au royaume de France en 1773, à la suite des traités d’Utrecht, signés par Louis XIV avec l’Espagne et la Grande-Bretagne.

L’arc de triomphe romain d’Orange (photo © Falco / Pixabay / Provence 7)

Placé à un carrefour stratégique, en bordure de la vallée du Rhône, à 120 km au nord de Marseille, la zone fut le théâtre, en 105 avant J.-C. d’une belle déculottée des légions romaines, écrasées par des hordes de Teutons et de Cimbres. Mais 70 ans plus tard, changement de décor : des vétérans de la IIe légion gallique de Jules César y fondent la colonie d’Arausio après avoir conquis la région à la tribu gauloise des Tricastini.

En quelques années, sous le règne de l’empereur Auguste, la future ville d’Orange connaît un important développement. Le théâtre antique, qui date de cette époque et a été adossé à la colline de Saint-Eutrope, est de nos jours l’un des mieux conservés et impressionne par les dimensions de son mur de façade, le postscaenum, de 104 m de longueur et 35 m de hauteur, dont Louis XIV dira : « c’est la plus belle muraille de mon royaume » !

Vue aérienne du théâtre antique d’Orange (source © theatre antique)

Sa façade intérieure constitue un mur de scène (frons scenae) qui à l’époque était peint et orné de statues, frises et colonnes de marbre, dont subsistent quelques vestiges, dont une belle frise de centaures qui surmontent l’ouverture principale, dite porte royale. Une immense niche abritant une statue colossale, réputée, à tort sans doute, être une représentation de l’empereur Auguste en personne, attire les regards en partie haute de cet immense façade qui surmonte la scène du théâtre.

Statue monumentale dans la niche du mur de scène du théâtre antique d’Orange (source © theatre antique)

Achevé en 50 après J.-C., ce théâtre antique capable d’accueillir environ 10 000 spectateurs répartis entre la fosse d’orchestre en demi-lune et les différentes rangées de gradins, a certainement beaucoup fait pour la transmission locale de la culture latine durant les premiers siècles de notre ère. Mais l’établissement n’est plus exploité comme tel à partir de 391 après J.-C. Pillée par les Wisigoths en 412, puis par les Ostrogoths en 508, la ville d’Orange perd de sa superbe avant d’être élevée au rang de principauté en 1163 par l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse. Les vestiges du théâtre antique sont alors peu à peu intégrés dans les ouvrages de défense du château des princes d’Orange.

A partir de 1562, la ville est le théâtre de sanglantes guerres de religion et une partie de la population trouve alors refuge dans les murs du théâtre antique, n’hésitant pas à ce servir des pierres de l’édifice pour y construire des maisons dont les poutre viennent s’encastrer directement dans l’ouvrage romain. En 1814, on dénombrait ainsi pas moins de 91 maisons bâties directement dans l’enceinte du théâtre antique, maisons qui seront progressivement démolies à partir de 1823. On découvre alors à quel point les vestiges du magnifique monument ont été dégradées et Prosper Mérimée, nommé en 1834 inspecteur général des monuments historique s’en émeut, craignant que ces ruines antiques ne disparaissent à jamais.

Le théâtre romain d’Orange en 2008 (photo © Benh Lieu Song / CC BY-SA 2.0 / Flickr / Wikimedia)

A partir de 1856 sont lancées de vastes opérations de restauration, accompagnées de fouilles archéologiques. Les gradins, qui avaient quasi entièrement disparu, sont totalement reconstitués. En 2006, on ajoute carrément un toit de scène en verre et métal pour protéger la partie supérieure du mur de scène et y accrocher les éclairages. Depuis 1869, l’ancien théâtre antique ainsi largement modernisé accueille chaque année les « fêtes romaines » devenues depuis 1902 les « Chorégies d’Orange ».

Et ce n’est pas fini puisque en 2016 a été entrepris, à l’initiative de la Ville qui en porte la maîtrise d’ouvrage, un nouveau programme de restauration particulièrement ambitieux, étalé sur 8 ans, et qui porte sur la rénovation successive du mur de scène, des deux basiliques latérales qui le flanquent, des gradins mais aussi des galeries et des grottes attenantes, ainsi que les voûtes des vomitorium par lesquels s’engouffrait la foule des spectateurs antiques.

Ce chantier, qui se déroule par tranches annuelles entre septembre et avril pour ne pas gêner l’organisation des spectacles, s’appuie sur l’immense fond documentaire amassé depuis des années par l’Institut de recherche sur l’architecture antique, basé à Aix-en-Provence, mais aussi sur une campagne impressionnante d’acquisition de photographies numériques du monument sous toutes ses facettes, selon la technique de lasergrammétrie. Des photos de très haute résolutions sont prises à l’aide de perches jusqu’à 8 m de hauteur et par drone pour couvrir la moindre parcelle du bâtiment, des photos qui sont ensuite assemblées et traitées numériquement pour constituer un véritable modèle numérique 3D de l’ouvrage.

Représentation en 3D du théâtre antique à partir des ortho-photos montrant la texture et la couleur de chaque pierre, celles d’origine et celles des restaurations des XIXe et XXe siècles (source © Muséum d’Aix-en-Provence / TPBM)

Ce projet, dénommé TAIC, pour Théâtre antique intelligent connecté (ça ne s’invente pas…), mené un an avant la mise en place des premiers échafaudages, permet de guider le travail des archéologues et des entreprises en charge de la restauration, en permettant d’identifier à l’avance et dans les moindres détail, les zones les plus dégradées qui devront être restaurées, mais aussi de géolocaliser avec précision sur la maquette paramétrique numérique du bâtiment chaque observation d’intérêt archéologique.

Reconstitution du théâtre antique du temps de sa splendeur (source © Culturespaces AGP / Culture & Patrimoine / Écho du mardi)

A l’issue de ce chantier ambitieux, qui s’achèvera en 2024, le théâtre antique d’Orange disposera ainsi d’une doublure numérique sous forme de maquette tridimensionnelle que l’on pourra orienter sous toutes ses coutures et dans laquelle on pourra faire toutes les vues en coupe souhaitées, ce qui ne pourra que faciliter la compréhension du bâtiment et sa gestion patrimoniale pour les siècles à venir, tout en fournissant un support pédagogique précieux pour les touristes qui bénéficient déjà d’une visite virtuelle du site. Quand les technologies de l’information numérique se mettent au service de la restauration du patrimoine antique, le spectacle est assuré…

L. V.

Waterloo : l’urne trop pleine s’est vidée…

4 septembre 2022

Qui n’a pas appris dans ses jeunesse ces alexandrins du grand poète Victor Hugo rendant hommage à sa manière, quelque peu dithyrambique, à cette bataille dantesque qui s’est déroulée le 18 juin 1815 et qui fut la dernière à laquelle prit part Napoléon, contraint d’abdiquer définitivement 4 jours plus tard :

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !

Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,

Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons

La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

Composé quarante ans après les événements, ce poème des Châtiments, titré L’expiation, traduit bien la fascination morbide que cette bataille homérique qui opposait la France au reste de l’Europe a suscité parmi ses contemporains. Victor Hugo lui-même a visité en 1860 le champ de bataille, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles, sur le plateau de Mont-Saint-Jean, après avoir écrit ces vers célèbres et pour les besoin de son roman Les Misérables.

L’infanterie française conduite par Jérôme, le frère de Napoléon, attaque le château d’Hougoumont à Waterloo, peinture de l’artiste américain Mark Churms (source © Cranston Fine Arts)

Celui-ci comprend un livre entier consacré à cette bataille mémorable dans laquelle Hugo décrit la fureur des combats lors de la charge des cuirassiers français qui se brise sur les carrés de l’infanterie britannique, avant d’évoquer le soldat Thénardier occupé à piller les cadavres au soir de la bataille et qui se retrouve récompensé pour avoir sauvé un général alors qu’il s’apprêtait à le dépouiller sans la moindre vergogne…

Comme après chaque bataille de cette ampleur, les vautours étaient nombreux à rôder une fois la mitraille apaisée, pour récupérer tout ce qu’ils pouvaient sur les cadavres encore chauds des soldats tombés au combats. Et Waterloo fut probablement une des pires boucheries de l’époque, pourtant riche en batailles sanglantes après 20 ans d’affrontements consécutifs à la Révolution française et aux guerres de conquête napoléoniennes. Selon les historiens, le bilan des 4 jours que dura la campagne de Belgique qui se solda par la bataille rangée de Waterloo, serait d’au moins 23 700 morts (certains avancent plutôt le chiffre de 40 000 tués !) et quelques 65 400 blessés toutes armées confondues, sans compter quelques 12 000 chevaux tombés au champ d’honneur.

La bataille de Waterloo, lithographie de William Holmes Sullivan datant de 1898 (source © Meisterdrucke)

Du côté français qui avait mobilisé plus de 71 000 hommes, on dénombre au minimum 11 500 tués dont 14 généraux et près de 34 000 blessés. C’est donc un véritable carnage, d’autant que les armées alliées, commandées par le duc de Wellington, sont presque aussi nombreuses et présentent des pertes encore supérieures. Cette coalition européenne mobilisée contre l’armée napoléonienne rassemble pour sa part des troupes venues de Grande-Bretagne, des États allemands de Hanovre, de Brunswick et du Nassau, mais aussi des Belges, des Néerlandais et des Prussiens (les fameux renforts commandés par Blücher, qui font basculer le sort des armes).

Charge de la cavalerie française contre les carrés anglais, tableau du peintre français Emmanuel Philippoteaux, conservé au Wellington Museum, à Londres (source © site sur la bataille de Waterloo)

Et pourtant, curieusement, les quelques fouilles qui ont été réalisées sur le champs de bataille qui a été laissé grosso modo laissé en l’état depuis 1815, ont révélé excessivement peu de restes humains. En 2015, un squelette humain a bien été mis à jour à l’occasion du chantier de construction d’un parking près du musée, et en 2019, les archéologues ont exhumé un os de jambe amputée en fouillant les vestiges de ce qui fut le principal hôpital de campagne des armées coalisées. Voilà qui paraît bien peu au vu du gigantesque charnier que tous les contemporains décrivent à l’issue de cette bataille dantesque et effroyable…

Un des carrés anglais sur lequel vient se briser la cavalerie française : le 28e régiment à Quatre Bras, peint par Elizabeth Thomson en 1875 (source © Slate)

A tel point que certains historiens s’interrogent sur le devenir de tous ces cadavres tombés dans cette morne plaine. A l’instar de l’Écossais Tony Pollard, directeur du Centre for Battlefield Archaeology à l’Université de Glasgow et qui a notamment publié en juin dernier, dans la revue scientifique Journal of Conflict Archeology une étude pour le moins surprenante. Il s’est notamment intéressé aux témoignages des très nombreux contemporains qui, souvent par simple curiosité morbide, se sont précipités sur le champ de bataille de Waterloo sitôt éteint le son de la mitraille. Leur intention n’était pas, comme la crapule de Thénardier, de venir détrousser les cadavres, mais simplement de se rendre compte par eux-mêmes de ce choc de titans qui venait de sceller le sort de l’empire napoléonien et de changer fortement le destin de l’Europe.

Plusieurs de ces témoignages émanent de Britanniques venus en nombre dans les jours qui ont suivi la bataille et qui relatent les opérations d’évacuation des blessés, dans les premiers jours, et l’ensevelissement des morts qui a pris une bonne dizaine de jours au total, sans compter le pillage qui s’est poursuivi pendant des mois.

Crémation des corps de soldats morts à Waterloo, devant le château d’Hougoumont, peint par James Rouse et publié en 1817 par William Mudford (source © Journal of Conflict Archeology)

Selon ces écrits, les innombrables cadavres d’hommes et de chevaux qui jonchaient le champ de bataille ont dû être brûlés pour tenter de réduire le volumes de corps à ensevelir. De nombreuses fosses ont été creusées à la hâte mais les monceaux de corps étaient tels que du bois était disposé au sommet de ces tas pour poursuivre la crémation et faciliter ensuite l’ensevelissement des restes, le tout en plein été, dans une puanteur que tous les témoins décrivent comme atroce…

Enterrement de soldats dans des fosses communes à la Haye sainte, peinture de James Rouse (source © Journal of Conflict Archeology)

Curieusement, malgré ces témoignages illustrés, aussi précoces que multiples, et malgré les campagnes d’investigation qui ont été menées sur le terrain, aucune de ces fosses communes n’a pu être retrouvée par les archéologues que cette disparition ne manque pas d’intriguer : que sont donc devenus les ossements des dizaines de milliers de cadavres tombés à Waterloo et enterrés sommairement sur place ?

Selon Tony Pollard, la raison principale de cette disparition étrange serait due au fait que les cadavres en question ont été en grande partie recyclés ! On savait déjà que les dents des soldats tombés à Waterloo avaient fait l’objet d’un pillage à grande échelle qui serait même à l’origine de l’essor des prothèses dentaires, les premières implantées n’étant autres que ces « dents de Waterloo » prélevées sur des cadavres…

Mais on apprend désormais que le champ de bataille de Waterloo, comme les autres lieux de confrontation majeure de l’épopée napoléonienne, ont servi en réalité dans les années 1820, de réserve de matière première pour la fabrication d’engrais agricole. Ce n’est en effet qu’en 1840 que le chimiste français Frédéric Kuhlmann a développé un procédé industriel permettant de synthétiser les superphosphates et répondre aux énormes besoins en fertilisant des gros producteurs de betterave à sucre du nord de la France. Mais, jusque-là, on avait beaucoup recours, pour la production de ces phosphates dont l’agriculture est friande, à la récupération des ossements (animaux en principe, mais aussi humains quand l’occasion se présentait), réduits en farine et exportés ensuite, notamment vers les îles britanniques.

La poudre d’os, un fertilisant naturel toujours aussi recherché… (source © Market on the web)

Un article publié dans The London Observer en novembre 1822 faisait état de ce trafic peu ragoûtant, reconnaissant qu’un soldat mort était une source de commerce des plus lucratifs puisque ses ossements, soigneusement récoltés sur les grands champs de bataille du continent étaient ensuite importées à grands frais pour être broyés et revendus aux agriculteurs du Yorkshire. Le journaliste allait même jusqu’à s’étonner que la Grande-Bretagne ait ainsi envoyé tant de jeunes soldats se faire tuer en Europe pour ensuite devoir importer leurs restes afin de fertiliser ses sols agricoles : l’économie du recyclage, qui revient fort à la mode de nos jours, ne date finalement pas d’hier…

L. V.

Plus d’investissements pour l’eau !

2 septembre 2022

La tribune suivante, publiée le 21 août 2022 par le média numérique GoMet qui traite de l’actualité sur l’espace métropolitain marseillais, a été rédigée par Jacques Boulesteix, conseiller municipal démissionnaire de Carnoux, ancien président du Conseil de développement de Marseille Provence Métropole et ex président de Paca Investissement ou encore président fondateur du pôle Optitec. Un avis tranché qui a le mérite d’ouvrir le débat après la période de sécheresse intense qu’a connu la France cet été.

Jacques Boulesteix, conseiller municipal démissionnaire de Carnoux (source © Carnoux-citoyenne)

L’absence de précipitations et le niveau historiquement bas des cours d’eau nous interrogent sur notre capacité à prévoir et réaliser des équipements majeurs pour faire face à une situation météorologique nouvelle qui devrait logiquement s’aggraver dans les années à venir. La chaleur et la sécheresse sont des maux qui peuvent pourtant être gérés pour peu que l’on consente des travaux conséquents.

Durant des siècles, les chutes de pluie et de neige étaient supposées, en France, offrir suffisamment de ressources pour satisfaire les besoins d’eau à usage domestique, agricole, industriel et énergétique. L’aménagement ancien des cours d’eau n’était guidé que par la nécessité de contenir les inondations et par le besoin de navigabilité des voies fluviales.

Le barrage de Serre-Ponçon mi-juillet 2022, à 13 m sous sa cote d’exploitation normale (photo © Vincent Ollivier / Le Dauphiné Libéré)

Les retenues artificielles, en général concédées à EDF, visaient d’abord la production d’électricité. Les plus récentes sont cinquantenaires. L’irrigation, pourtant essentielle dans le midi, n’en était qu’un bénéfice induit. La donne a changé.

La région Provence-Alpes-Côte-d’Azur abrite historiquement les deux plus volumineuses retenues artificielles de France, Serre-Ponçon (1960) et Sainte-Croix (1974), et les centrales hydroélectriques sont nombreuses.

Pour autant, l’électricité hydraulique ne représentait plus, en 2021, que 22 % des besoins électriques. Elle était même en baisse de 15 % sur un an en raison du manque de précipitations, mais également de la diminution rapide des glaciers, véritables réservoirs naturels contribuant à l’approvisionnement en eau durant tout l’été.

Le lac de Serre-Ponçon le 19 juillet 2022, à un niveau exceptionnellement bas… (photo © Catherine Jagu / Twitter / Futura Science)

A la mi-août, le niveau de la retenue de Serre-Ponçon est 16 mètres en dessous du niveau nominal, celle de Sainte-Croix, à plus de 6 mètres. Nous ne manquons globalement pas d’eau, mais nous n’avons pas encore assez investi pour la réguler…

Sommes-nous donc condamnés, dans les années à venir, à un rationnement de l’eau et à une diminution de fait de notre confort et des activités agricoles ou industrielles ? Certainement si nous n’investissons pas aujourd’hui d’une manière importante dans la régulation de cette ressource si vitale. Nous l’avons bien fait en son temps avec le canal de Marseille (1850), puis le canal de Provence (1960), et c’est heureusement un grand atout aujourd’hui.

Mais, alors que la population de la région a augmenté de 30 % en 50 ans, que les activités agricoles et industrielles se sont développées, nous n’avons plus investi dans de nouveaux barrages ou retenues d’eau. Nous manquons aujourd’hui de réserves en été. Contrairement à l’idée reçue, nous ne manquons globalement pas d’eau de pluie (ou de neige). 66 cm de hauteur par an en Provence Alpes Côte d’Azur, contre 90 cm en Irlande : ce n’est pas si mal. Simplement, seulement 17 % de cette eau tombe en été, au moment où l’évaporation est la plus forte. Mais même en tenant compte de cette évaporation, le rapport entre la quantité de pluie annuelle et la consommation totale en région Paca est supérieur à 10 (15 fois en France).

Le Glacier Blanc, le plus grand des Alpes-du-Sud, en cours de régression accélérée ces dernières années (source © Parc National des Écrins / France 3 Région)

Côté équipements, il est donc indispensable de créer des retenues petites ou grandes, publiques ou privées, afin de stocker, en prévision des étés, une plus grande partie des précipitations annuelles. Trop peu d’investissements ont été réalisés ces dernières décennies. En première urgence, il faudrait au moins compenser la perte de volume de nos glaciers qui fondent encore plus rapidement dans les Alpes du Sud. 90 % de nos glaciers auront disparu en 2100… L’idée de pomper dans les nappes phréatiques serait la plus mauvaise solution : l’apport naturel d’eau de pluie ne correspond qu’à 6 % de leur volume. De même, la limitation des usages, même si elle est appréciable lors des crises, peut difficilement combler le déficit pluviométrique estival : la consommation domestique des ménages français, qui avait évolué durant le 20e siècle deux fois plus vite que la croissance démographique, a plutôt tendance à diminuer depuis les années 2000 et ne représente que 25 % du bilan, deux fois moins que pour l’agriculture.

Irrigation gravitaire dans la Crau au sud-ouest d’Arles, à partir du canal de Craponne (source © DRAAF PACA)

Alors, bien sûr, on peut toujours encourager les économies. Mais rien ne remplacera le recyclage de l’eau. Une eau usée reste une eau utilisable après traitement. Recycler et réutiliser les eaux usées, plutôt que les rejeter à la mer, est aujourd’hui indispensable. Même si des progrès sanitaires considérables sont aujourd’hui faits, une eau usée recyclée trouverait toute sa place dans l’irrigation et l’industrie, pour peu que la réglementation évolue.

Autre chance : la rivière souterraine de Cassis, qui déverse 220 millions de m3 d’eau douce par an dans les Calanques, correspond à une consommation d’eau potable domestique de 4 millions d’habitants… A ce jour, aucun projet n’a encore été sérieusement envisagé pour exploiter cette exsurgence de Port-Miou. Augmenter les capacités de réserves, retraiter les eaux usées, capter les exsurgences, les possibilités sont nombreuses en Provence pour répondre au déficit croissant des précipitations estivales. Cela nécessite des investissements importants. Cela exige surtout une vision, une volonté et des priorités, si nous voulons que notre région reste agréable à vivre et éviter qu’elle ne périclite.

JBx

Un barrage pour fermer la Méditerranée ?

31 août 2022

Le détroit de Gibraltar, c’est cette porte étroite ouverte entre le Maroc et l’Espagne, par laquelle les eaux de l’Atlantique communiquent avec celle de la Méditerranée. Connue sous le nom de Colonnes d’Hercule dans l’Antiquité, elle doit son nom actuel à une déformation de l’Arabe Djebel Tariq, autrement dit, la montagne de Tariq, en référence au général Tariq ibn Ziyad, ce stratège militaire berbère qui, en avril 711, fit traverser ses troupes omeyyades pour partir à l’assaut de la péninsule espagnole.

Les côtes marocaines vues depuis le littoral espagnol à Gibraltar (photo © Pierre-Philippe Marcou / AFP / France TV info)

Large tout juste de 14 km dans sa partie la plus étroite, mais profond d’environ 800 m, ce détroit s’est ouvert il y a seulement 5,3 millions d’années, à la faveur d’une faille sismique qui s’est peu à peu élargie entre la plaque ibérique et le nord de l’Afrique. Il y a un peu moins de 6 millions d’années, à la fin du Miocène, la mer Méditerranée s’était en effet progressivement asséchée, sous l’effet conjugué de l’émergence d’un arc volcanique et de la glaciation alors en cours. Les apports d’eau des principaux fleuves méditerranéens (le Nil, le Rhône et le Pô notamment) étant insuffisants pour compenser l’évaporation de la Méditerranée, le niveau de celle-ci va baisser d’environ 1500 m ! Les cours d’eau côtiers voient leur lit s’inciser de plus en plus profondément, créent progressivement de véritables canyons à leur embouchure, dont les calanques sont les vestiges actuels.

A la fin du Miocène, la réouverture du détroit de Gibraltar se serait traduite par le déferlement assez brutal des eaux de l’Atlantique dans la Méditerranée alors quasi totalement asséchée et recouverte d’épaisses couches de sel. Une belle chute d’eau comme en rêvent tous les concepteurs d’ouvrages hydroélectriques ; Et d’ailleurs, justement, dès 1928, l’architecte allemand Herman Sörgel, projetait très sérieusement d’édifier un immense barrage hydroélectrique de 35 km de long et 300 m de hauteur à l’emplacement du détroit de Gibraltar, pour créer une dénivelée entre les deux masses d’eau et produire du courant.

Croquis du projet Atlantropa avec ses principaux ouvrages imaginés par l’Allemand Herman Sörgel (source © La marmite du 20e siècle)

Son idée, très utopique, était non seulement de fournir de l’électricité mais de baisser ainsi artificiellement le niveau de la Méditerranée, d’environ 100 m dans sa partie occidentale et même de 200 m dans sa partie orientale, grâce à deux autres ouvrages, également sources de production hydroélectrique, l’un formant un seuil entre la Sicile et les côtes tunisiennes, et l’autre barrant le détroit des Dardannelles pour retenir l’eau de la mer de Marmara. Un projet totalement pharaonique, baptisé du nom d’Atlantropa et que Sörgel défendra avec beaucoup d’enthousiasme jusqu’à sa mort en 1952, qui se serait traduit par l’assèchement de plus de 660 000 km² de terres ainsi gagnées sur la mer, soit plus que la superficie totale de la France.

Herman Sörgel avait pensé à tout, même à creuser un canal artificiel permettant de relier Venise, désormais loin dans les terres, ou à prolonger le canal de Suez autant que nécessaire. Il avait même prévu de doubler ce projet d’un gigantesque barrage hydroélectrique sur le fleuve Congo pour développer en parallèle ce continent désormais rendu plus accessible. Effrayé par la montée du nazisme et face à l’impuissance de la Société des Nations à réguler les conflits naissants, son idée était de rapprocher les pays européens (avec leurs possessions coloniales africaines d’alors) dans une communauté de destin liée à la mise en œuvre et à la gestion (par un organisme supranational) de ce vaste projet. Sörgel avait ainsi calculé que la construction du supercontinent nouveau exigerait de chaque membre de tels investissements que ces derniers n’auraient plus assez de moyens pour financer une guerre. Et en cas de menace d’un des pays membre, il suffirait pour le calmer de lui couper l’alimentation en électricité depuis la centrale de Gibraltar : redoutable !

Curieusement, les pays européens n’ont pas mis en œuvre le projet de Sörgel et ont préféré se faire la guerre… Mais voilà que l’idée d’ériger un barrage à Gibraltar revient sur le tapis, justifiée désormais par la montée du niveau des mers ! Aux dernières nouvelles, en 2016, le niveau de la Méditerranée s’était déjà élevé de 16 cm depuis le début du XXe siècle, et celui de l’Atlantique d’environ 31 cm, mais le mouvement est en train de s’accélérer et on s’attend désormais sur les côtes méditerranéennes à une élévation d’environ 30 cm d’ici 2050 et au moins 60 cm voire 1 m d’ici la fin du siècle…

Le détroit de Gibraltar vu du ciel (source © Article 19)

De quoi inquiéter sérieusement les populations des villes côtières qui se retrouvent ainsi exposées à une érosion accrue à chaque nouvelle tempête. Chacune entreprend ainsi des travaux de plus en plus titanesques, érigeant pour se protéger des digues toujours plus hautes, des épis en enrochements et même, comme à Venise, des systèmes de portes pour se protéger de la mer. Une course contre la montre aussi coûteuse que vaine, que certains imaginent donc désormais de remplacer par des investissements communs, un peu comme l’avait proposé Herman Sörgel en son temps…

Et l’on voit donc resurgir l’idée d’un barrage à Gibraltar, pour protéger de manière globale la Méditerranée contre l’élévation du niveau moyen des océans. C’est notamment le biologiste marin, Alexandre Meinesz, qui, dans son dernier ouvrage intitulé Protéger la biodiversité marine, publié aux éditions Odile Jacob, s’inquiète des effets dévastateurs sur la flore et la faune méditerranéenne de l’augmentation de la température mais aussi de l’acidité de l’eau, sous l’effet de nos émissions de gaz à effet de serre.

Alexandre Meinesz et son dernier ouvrage (source © Twitter / La Terre au Carré)

Il propose, pour y remédier, d’édifier en travers du détroit de Gibraltar un barrage muni d’écluses pour la navigation, afin de réguler les apports de l’Atlantique de manière à compenser l’évaporation tout en maintenant le niveau de la Méditerranée à celui du siècle dernier, c’est à dire 20 cm en dessous de sa cote actuelle. Le raisonnement n’est pas absurde puisque cela permettrait d’économiser d’innombrables ouvrages de protection disséminés tout le long du littoral et sans cesse rehaussés dans une course perdue d’avance contre le réchauffement climatique. Il faudrait d’ailleurs prévoir aussi un dispositif similaire au niveau du canal de Suez pour limiter l’intrusion des eaux de la mer Rouge.

Ha-Phong Nguyen a planché pendant son master sur la faisabilité d’un barrage à Gibraltar (source © EPFL)

En 2014, un jeune élève-ingénieur de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Ha-Phong Nguyen, a étudié la faisabilité d’un tel projet, prévoyant d’implanter un barrage dans la partie la moins profonde du détroit de Gibraltar, longue de 27 km et qu’il suffirait de fermer partiellement pour maintenir le niveau actuel de la Méditerranée malgré l’élévation attendue de l’Atlantique, tout en laissant le passage sur 1 km pour la navigation et la faune marine. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage permettrait, en accélérant les courants, de produire autant d’électricité qu’une petite centrale nucléaire…

Un projet repris en 2016 par Jim Gower, de l’Institut des sciences de la mer du Canada, qui publiait dans la revue Natural Hazards le fruit de ses études, estimant le coût d’un tel ouvrage de 25 km de long, implanté à 284 m sous la mer, à la bagatelle de 45 milliards d’euros.

Exemples de réalisations actuelles de plus de 30 km de long dont s’est inspiré l’étude sur la fermeture de la mer du Nord, respectivement en Corée du Sud et aux Pays-Bas (source © Bull. of the American Meteorological Society)

De quoi titiller l’esprit inventif de nos voisins hollandais toujours à l’affût d’un projet d’aménagement hydraulique et inciter le docteur Sjoerd Groeskamp, océanographe à l’Institut royal néerlandais pour la recherche en mer, à publier en février 2020 avec son collègue suédois Joakim Kjellson de GEOMAR, dans le Bulletin of the American Meteorological Society, une étude imaginant cette fois la construction de 2 barrages : l’un de 161 km de long entre les côtes bretonnes et le sud de l’Angleterre, et l’autre de 475 km entre le nord de l’Écosse et les côtes norvégiennes. Ces ouvrages permettraient d’empêcher l’élévation du niveau de la mer du Nord et de protéger ainsi les côtes, souvent très urbanisées, de tous les pays concernés, pour la modique somme de 250 à 500 milliards d’euros, soit à peine 0,1 % du PNB de l’ensemble de ces pays sur 20 ans : qui a dit que l’adaptation au changement climatique allait nous coûter cher ?

L. V.

Exploration spatiale : une image piquante…

29 août 2022

Nos capacités d’investigation de l’espace céleste ne cessent de se développer et notre connaissance de l’immensité intergalactique progresse à grands pas, comme l’évoquait encore récemment la conférence de Jacques Boulesteix le 27 juin dernier. La capacité des sondes spatiales et la résolution des télescopes géants installés dernièrement dans le désert d’Atacama ont permis de repousser de manière extraordinaire les limites de notre vision de l’espace et d’obtenir des clichés d’une extrême précision et parfois d’une lumineuse beauté de notre environnement stellaire.

C’est ainsi que le 31 juillet 2022, le scientifique reconnu Étienne Klein, physicien et philosophe des sciences, fondateur et directeur depuis 2006 du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA, à ses heures perdues professeur de physique quantique à l’École Centrale de Paris, et animateur d’un blog sur la vulgarisation scientifique, a diffusé sur son compte Twitter un cliché fabuleux de l’étoile Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche du soleil, située à la bagatelle de 4,2 années lumière de la Terre.

Le physicien et philosophe des sciences, Étienne Klein (photo © Gérard Cambon / SIPA / Sciences et Avenir)

Cette photo d’une grande netteté et d’une esthétique troublante, est présentée comme prise par le télescope de la NASA James Webb, lancé fin 2021 pour prendre la suite du télescope spatial Hubble, avec des capacité d’investigation accrue dans le domaine de l’infrarouge, et dont les premiers clichés sont justement rendus publics en ce mois de juillet 2022. Le grand physicien Étienne Klein commente d’ailleurs avec délectation cette image fabuleuse de Proxima du Centaure, s’émouvant de « ce niveau de détails » et s’extasiant devant « ce nouveau monde qui s’ouvre à nous ».

Un extrait du compte Twitter d’Étienne Klein à la date du 31 juillet 2022 (source © RTL)

Sauf qu’en fait d’étoile Proxima du Centaure, le cliché en question ne représente pas exactement le dispositif stellaire voisin de notre propre système solaire mais plus prosaïquement une… vulgaire tranche de chorizo. C’est Étienne Klein lui-même qui s’est senti obligé de faire ce rectificatif dès le lendemain après avoir constaté que son cliché avait été repris et diffusé par de nombreux médias, guère préoccupés par le souci de vérifier leur sources, et était en train de faire un tabac sur les réseaux sociaux…

Il était donc urgent de rectifier le tir et de reconnaître que tout ceci n’était qu’un canular un brin potache, ce que le philosophe des sciences a fait avec toute la pédagogie qui le caractérise, précisant à l’attention de ses lecteurs que, bien entendu « nul objet relevant de la charcuterie espagnole n’existe ailleurs que sur Terre ». Cela méritait en effet d’être noté car plus d’un lecteur du Tweet original s’était fait berné par la nature de cette image présentée pour tout autre que ce qu’elle représentait réellement.

Le vulgarisateur scientifique qu’est Étienne Klein en a d’ailleurs profité pour rappeler aux internautes un peu trop crédules ou simplement distraits ce conseil jamais inutile : « Apprenons à nous méfier des arguments d’autorité autant que de l’éloquence spontanée de certaines images ». Reconnaissons en effet que, présenté ainsi, cette banale photo d’une tranche de chorizo, que n’importe quel enfant de 7 ans, pour peu qu’il soit amateur de charcuterie espagnole, identifierait immédiatement comme tel, passe aisément, avec un minimum d’enrobage scientifique comme Étienne Klein a su le faire, pour un magnifique cliché de la NASA pris à des années lumières de nous : la magie de l’imagination humaine sans doute…

L. V.

Les Français, ignares en matière de changement climatique ?

27 août 2022

En matière de politique publique, l’adhésion des populations est un point essentiel, surtout dans un pays comme la France qui se targue de démocratie et où la mauvaise humeur du peuple a plus d’une fois conduit nos responsables politiques à une piteuse reculade, voire à une fuite éperdue lorsque la révolte devenait trop violente…La crise des gilets jaunes, fin 2018, tout comme celle des bonnets rouges en 2013, sont là pour nous rappeler que l’esprit insurrectionnel n’est jamais très loin lorsque le gouvernement s’attaque à certains sujets qui fâchent.

Manifestation des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre 2018 (photo © AFP / La Dépêche)

C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’extrême prudence de nos dirigeants, voire leur frilosité que beaucoup jugent excessive, à imposer des mesures qui permettraient de lutter plus efficacement contre l’aggravation du changement climatique et ceci malgré l’urgence de la situation. L’été 2022, comme plusieurs autres ces dernières années, vient pourtant encore nous rappeler que le réchauffement climatique global n’est pas qu’une lubie de spécialiste mais a des effets désormais bien visibles sur notre vie quotidienne.

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 personnes tirées au sort dans un échantillon représentatif de la population française, avait mené à bien un travail intense de débats et de réflexion et établi une série de 149 propositions de bon sens, destinées à adapter nos modes de consommation, de production, de déplacement, de nourriture et de logement, en vue de limiter notre impact climatique et se donner une chance de ne pas trop dépasser les seuils au-delà duquel on sait d’ores et déjà que le réchauffement global risque de conduire au chaos généralisé.

Intervention d’Emmanuel Macron lors de la Convention citoyenne pour le climat (photo © Lemouton / SIPA / 20 minutes)

Mais le gouvernement, qui s’était engagé à ce que ces propositions soient soumisse « sans filtre » à adoption directe ou à référendum, s’est bien vite empressé de remiser ce brûlot au fond d’un placard, estimant manifestement que l’opinion publique n’était pas prête à mettre en œuvre des mesures pourtant identifiées comme nécessaires par un groupe de citoyen lambda pour peu qu’il prenne la peine de creuser un minimum le sujet.

De fait, une étude récente, publiée le 27 juin 2022 par l’OCDE, vient conforter cette impression que la population française dans son ensemble est loin d’être convaincue par la nécessité de prendre des mesures volontaristes pour tenter de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre. Certes, les pseudo-scientifiques climato-sceptiques à la Claude Allègre ont désormais quasiment disparu du paysage médiatique et les médias eux-mêmes peuvent difficilement se voir reproché de ne pas en faire assez sur le problème de la perte de biodiversité et sur les effets délétères du changement climatique.

Comment concilier politiques climatiques et justice sociale ? Un dessin signé Notto

Cette vaste enquête de l’OCDE a été menée auprès de plus de 40 000 citoyens du monde entier, issus de 20 pays différents, les plus concernés puisque émettant à eux seuls de l’ordre de 72 % des gaz à effet de serre de la planète. Et ses résultats sont assez consternant pour les Français qui se classent parmi les plus climato-sceptiques, au-delà même des États-Unis ou de l’Australie. Malgré tout le battage médiatique auquel nous sommes soumis, seule une petite moitié des Français (57 %) se dit effectivement persuadée de l’existence d’un lien entre le réchauffement climatique observé et l’activité humaine ! Pire encore, 12 % des Français se disent même convaincus que le réchauffement climatique est une pure chimère… Par comparaison, 84 % des Chinois et des Japonais ont parfaitement intégré ce lien entre activité humaine et changement climatique, de même que 80 % des Espagnols et des Anglais. En France, manifestement, la vulgarisation des sujets scientifiques a encore des marges de progression…

Selon cette enquête, plus de 80 % des Français ont bien intégré que le réchauffement climatique allait se traduire par une aggravation des périodes de sécheresse et une montée du niveau de la mer, même si cette proportion est plutôt de l’ordre de 90 % dans bon nombre de pays, voire supérieure en Indonésie par exemple. Mais curieusement ils ne sont pas moins de 63 % à penser que ce changement climatique est lié à des éruptions volcaniques plus fréquentes ! Force est de constater que la plupart des Danois, des Allemands ou même des Sud Coréens sont, ce ce point de vue, nettement moins crédules que nous…

Des stratégies personnelles liées à une mauvaise compréhension des mécanismes du changement climatique… Un dessin signé Wingz

Quant à déterminer les facteurs qui permettent de caractériser la source des gaz à effets de serre (GES) responsable de ce changement climatique, les Français sont systématiquement ceux des pays développés qui fournissent le plus fort taux de mauvaises réponses. Ainsi ils ne sont que 72 % à avoir intégré que produire de la viande de bœuf émet davantage de GES que produire des pâtes ou du poulet. Seuls 62 % des Français interrogés sont en capacité d’affirmer que l’empreinte environnementale de l’avion est supérieur à celle du train ou du bus. Et seuls 50 % ont compris que l’émission de GES de l’énergie nucléaire était inférieure à celle du gaz ou du charbon : étonnant dans un pays champion du monde du recours à l’électricité d’origine nucléaire et dont le gouvernement se bat pour tenter d’imposer cette réalité à ses voisins européens…

Dans un autre registre, un Français sur deux ignore que les USA sont le pays du monde qui émet le plus de GES par tête d’habitant et 40 % d’entre eux ne savent pas que c’est la Chine qui est le plus gros émetteur mondial de GES. Un niveau d’information aussi faible sur un sujet dont on nous rebat pourtant les oreilles à longueur de journée interroge de fait sur la capacité de notre pays à prendre les décisions qui s’imposent en la matière et surtout à les faire accepter par l’opinion publique. Nombre de scientifiques se sont d’ailleurs émus de ce constat, parmi lesquels François Gemenne, spécialiste des questions de migrations environnementales et climatique qui déplore qu’en France, la science soit devenue « affaire de croyance et d’opinion politique, ce qui est dramatique pour la démocratie ».

Toute l’ambiguïté de la lutte contre le changement climatique, un dessin d’Alexandre Magnin

Pas très rassurant en effet quant à l’acceptation collective de politiques publiques plus volontaristes en matière environnementale, d’autant que, sur ce point, les Français rejoignent les autres, comme le souligne l’OCDE qui constate que « dans tous les pays, le soutien aux politiques climatiques dépend des perceptions des citoyens concernant trois facteurs clés : l’efficacité perçue des politiques en matière de réduction des émissions, leur impact distributif présumé sur les ménages à faibles revenus (préoccupations en matière d’inégalité), et leur impact direct anticipé (gains et pertes) sur le revenu disponible du ménage ». Autrement dit, chacun est d’accord pour s’investir mais à condition que cela soit efficace, que l’effort soit équitablement réparti et que les conséquences sur son pouvoir d’achat et son niveau de confort personnel soit minimes. Une équation pas si facile à résoudre…

L. V.

Isowat : c’est la ouate qu’ils préfèrent…

23 août 2022

Pendant (trop ?) longtemps, les Français, comme du reste une bonne partie des pays occidentaux, ont trouvé bien commode d’expédier à l’autre bout du monde les matériaux recyclables issus du tri (plus ou moins) sélectif de nos déchets, tout en important massivement l’essentiel de nos produits de consommation, désormais fabriqués quasi exclusivement dans les pays asiatiques à faible coût de main d’œuvre.

Un dessin de Patrick Chapatte, à la sauce française… (source © China Hegemony)

Sauf que la Chine ne veut plus servir de poubelle du monde et refuse désormais d’importer la plupart de nos déchets. Et sauf que ce modèle de partage à l’échelle mondiale entre ceux qui produisent et ceux qui consomment, a atteint ses limites. La pandémie de Covid19 a fait prendre conscience à certains de nos responsables politiques, bien peu clairvoyants jusque-là, à quel point cette dépendance complète de nos approvisionnements même les plus vitaux avait rendu notre pays vulnérable.

Les industriels eux-mêmes commencent à percevoir les dangers d’une telle stratégie de délocalisation à outrance : explosion des contrefaçons, guerre des approvisionnements pour l’accès aux matière premières, difficulté à maîtriser la qualité de production, retard de livraisons, renchérissement et coût écologique considérable du transport massif par porte-containers géants (même si ce poste fait la fortune de certains à l’image de la CMA-CGM et de son patron, Rodolphe Saadé), sans même parler du coût social colossal du chômage de masse qui en résulte en Europe…

La délocalisation, une lubie du capitalisme mondialisé : un dessin du regretté Tignous (source © Agora vox)

Bref, l’heure pourrait être enfin à la relocalisation d’une partie de notre production, en particulier dans le domaine de la transition écologique qui semble un marché prometteur, maintenant que l’on commence (enfin !) à prendre conscience de la nécessité et de l’urgence de prendre des mesures pour réagir contre ce fléau provoqué par l’Homme.

L’isolation thermique des bâtiments constitue, de ce point de vue, une incontestable priorité, justifiée non seulement par l’importance de son impact sur le réchauffement climatique mais aussi par la nécessité d’économiser nos approvisionnements énergétiques largement importés. Les bâtiments, du fait de la déperdition de leur énergie, constituent en effet dans notre pays la deuxième principale source d’émission des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, derrière le transport routier, quand même… Un foyer français consacre en moyenne 60 % de ses dépenses énergétiques pour simplement chauffer et climatiser son logement, ce qui en fait un poste majeur de notre consommation nationale en électricité, gaz, fuel et charbon. Et en ces temps de tension internationale sur le prix des matières premières énergétiques, l’argument économique a souvent plus de poids que celui de l’impact environnemental…

Déperdition thermique : nos maisons largement responsables du réchauffement climatique… (source © La maison Saint-Gobain)

Toujours est-il que les choses bougent (enfin !) sur le front de l’incitation à isoler les bâtiments. Dès le 25 août de cette année 2022, la loi Climat et résilience, adoptée en 2021, interdit désormais d’augmenter le loyer des logements classés dans la catégorie F ou G à l’issue du diagnostic de performance énergétique. A compter du 1er septembre 2022, ce diagnostic, dont les modalités ont été revues, devient obligatoire pour vendre des biens de ce type, considérés comme des passoires thermiques. Et à partir du 1er janvier 2023 il deviendra carrément interdit de mettre en location des logements consommant plus de 450 kWh/m² par an, en énergie finale. Une mesure qui sera étendue à partir de 2025 à l’ensemble des logements de classe G (au delà de 420 kWh/m² par an), puis, à compter de 2028 à ceux de classe F, avant d’être appliquée aussi aux classes E, mais pas avant 2034.

Un dessin signé Erik Tartrais (source © Ville de Saint-Quentin en Yvelines)

La démarche peut paraître particulièrement prudente et progressive mais son impact ne sera pas négligeable et inquiète d’ailleurs fortement les propriétaires, notamment les bailleurs sociaux, qui vont devoir se lancer dans de gros chantiers d’isolation thermique de leur parc. Pour la seule mesure applicable dès 2023, ce sont déjà pas moins de 90 000 logements qui pourraient être concernés en France selon le Ministère, tandis que le nombre de logements actuellement de classe G est estimé à 600 000 (et le double pour ceux de classe F !)…

Isolation de combles à base de ouate de cellulose (source © Isowat Provence / Fundtruck)

Face à de tels enjeux, les industriels s’organisent et on ne peut que saluer, parmi d’autres cette initiative de la société Isowat Provence, créée en 2018 par Cyril Coillot à Aix-en-Provence, un ancien spécialiste de la gestion des déchets chez Veolia. Associé avec un fabricant de savon, il s’est mis en tête de développer un isolant thermique en ouate de cellulose, entièrement à base de matériaux recyclés. Papiers, cartons, journaux et magazines, récupérés dans les poubelles jaunes ou auprès des industriels et commerçants, font l’objet d’un procédé innovant de tri-optique de défibrage qui permet d’obtenir en entrée de processus une matière première de qualité, débarrassée de toute impureté, à partir de déchets ainsi recyclés, le tout en favorisant l’insertion professionnelle, credo des fondateurs de cette jeune start-up.

Isowat Provence, un projet en devenir… ( source © Entrepreneurs pour la Planète)

Celle-ci a bénéficié depuis 2018 d’un soutien par les pouvoirs publics, dont la Région PACA et l’ADEME et est en recherche d’un partenaire industriel pour lancer une première chaîne de fabrication permettant de valoriser localement 8000 tonnes de déchets par an pour produire jusqu’à 600 000 m² de surfaces isolantes, sans consommation d’eau, faisant ainsi d’une pierre plusieurs coups : recyclage de déchets sans les exporter à l’autre bout de la planète, création d’emploi et développement d’une filière de production locale de matériaux biosourcés à faible impact écologique, nécessaires pour accompagner les besoins d’isolation thermique de nos logements. Assurément un beau projet, mais qui reste encore à concrétiser jusqu’au stade industriel : à suivre…

L. V.

Mais où sont passées les cigales de Provence ?

16 août 2022

Ah, vous aussi, vous l’avez remarqué ? En ce début de mois d’août pourtant remarquablement ensoleillé, on n’entend guère les cigales à Carnoux-en-Provence et dans les environs. De temps en temps, l’oreille attentive perçoit la stridulation caractéristique d’une cigale mâle (car chez les cigales, contrairement à d’autres espèces, sans vouloir viser personne en particulier, seuls les mâles se font entendre, les femelles étant d’une discrétion absolue…). Mais globalement, nos chaudes après-midi de ce mois d’août sont d’un calme inhabituel : une véritable incitation permanente à la sieste. Mais où sont donc passées les milliers de cigales qui bruissent habituellement dans une cacophonie pittoresque que tous les nordistes nous envient ?

La cigale grise de Provence sur un tronc de pin (source © Quel est cet animal ?)

Encore une fois, le coupable est tout trouvé : le changement climatique ! Comme d’habitude aurait-on presque envie d’ajouter… C’est devenue une vraie litanie, un peu comme le médecin de Molière qui, à chaque symptôme qu’on lui décrit, s’écrit « Le poumon ! ». Mais c’est malheureusement une réalité : le changement climatique est bien la raison principale qui explique que les cigales soient si étrangement silencieuses en cet été provençal.

En cherchant bien, ou pourrait certainement lui trouver un complice, l’autre fléau de nos temps modernes qui est en train de s’allier à son comparse pour donner à notre XXe siècle un petit air d’apocalypse à donner le frisson. Avec le changement climatique, la perte de biodiversité est en effet en train de se rappeler à notre bon souvenir de fourmi besogneuse qui a force de défricher, travailler la terre à coups de pesticides, de construire un peu partout et de creuser ses galeries à travers le monde entier pour y extraire du minerai, du gaz et du pétrole, non seulement a fini par dérégler irréversiblement le climat de la planète, mais est en passe de faire disparaître massivement la plupart des espèces animales et végétales qui la peuplent et dont les habitats naturels se réduisent comme peau de chagrin.

Le traitement des vignobles à coup de pesticides contribue à la perte de biodiversité (photo © Fred Speich / La Provence)

De fait, la disparition progressive des garrigues pour laisser place au béton de nos lotissements et aux plantations de vignes laisse de moins en moins de place aux insectes locaux comme au reste de la faune sauvage en voie de disparition accélérée. Mais dans le cas des cigales, cette menace est encore accrue par l’effet des traitements phytochimiques mis en place pour protéger certaines cultures, en particulier le vignoble attaqué par une cicadelle qui cause la flavescence dorée. Cette maladie, qui connaît depuis les années 1980, une forte recrudescence à caractère pandémique, a conduit les autorités sanitaires à rendre les traitements préventifs obligatoires, sous peine de sanctions ! Des traitements à base de produits chimiques de type pyréthrines et pyréthrinoïdes notamment, mais dont les effets secondaires sur une partie de la faune locale sont terribles, en particulier pour les cigales qui sont justement des cousines éloignées de la cicadelle dorée, des homoptères de la famille des cicadidae, de ces insectes suceurs qui se nourrissent exclusivement de la sève des végétaux avec leur drôle de museau en forme de paille.

Comme chacun sait, sauf peut-être un certain La Fontaine, les cigales passent l’essentiel de leur existence sous terre, à l’état de larve, à se nourrir de la sève des racines de végétaux. Une espèce de cigale américaine, au doux nom de Magicicada septendecim, patiente ainsi jusqu’à 17 ans à manger les pissenlits par la racine avant de voir enfin le jour, de muer rapidement sous les premiers rayons de soleil du mois de mai puis de se reproduire pendant l’été, tout en stridulant joyeusement, produisant un son qui peut atteindre 100 décibels, de quoi rivaliser avec une bonne discothèque. Mais après avoir « chanté tout l’été », la cigale meurt rapidement.

Éclosion en masse de cigales « zombies » aux USA, après 17 ans passés sous terre (source © OVNI-vidéos)

Et il en est de même pour ses cousines provençales, dont on dénombre une bonne quinzaine d’espèces, sur les quelques 4500 dénombrées de par le monde, la cigale étant connue sur Terre depuis pas moins de 365 millions d’années, bien avant l’homme qui n’y est apparu qu’il y a 3 ou 4 millions d’années et qui lui cause désormais tant de souci. Mais pour la cigale grise, la plus commune dans nos contrées, le cycle de vie souterraine est plus court, de l’ordre de 2 à 5 ans, si bien que chaque année des myriades de nouvelles larves de cigales viennent poindre à la surface de la terre au début de l’été, contrairement à ce qu’on observe sur la côte Est des USA notamment où les cigales ne se voient que par cycles, tous les 13 à 17 ans, un peu comme les nuées de criquets.

Exuvie de larve de cigale (photo © Jean-Pierre Lavigne / ONEM)

Mais une fois devenu adulte, le mâle n’a de cesse de se faire entendre pour attirer la femelle à féconder durant leurs quelques semaines de vie adulte qui leur sont accordées. Le terme de stridulation, souvent employé à tort par analogie avec le bruit que fait le criquet en frottant ses élytres, n’est d’ailleurs pas approprié pour la cigale qui rentre plutôt dans la catégorie des joueurs de cymbales. Le ventre du mâle est creux et fait office de caisse de résonance pour les deux grosses écailles qui se déforment, actionnées par l’action des muscles de l’animal, claquant d’un coup sec à chaque fois qu’elles passent de la forme convexe à la forme concave.

Une mécanique de précision mais qui demande, pour une bonne orchestration, de fonctionner à la température idéale pour disposer d’une élasticité adaptée, pas moins de 17 °C, mais pas plus de 36°C non plus. C’est la raison pour laquelle on n’entend pas les cigales les jours de pluie où à la fraîche. Mais c’est aussi pour cette raison qu’elles sont étrangement muettes cette années, durant les périodes de canicules où l’on a vu se succéder des températures extrêmes supérieures à 35°C pendant plusieurs jours de suite.

Une cigale mâle avec son ventre creux servant de caisse de résonance (source © Luberon)

Mais il y a une autre raison à cet étrange mutisme des cigales carnussiennes en ce mois d’août, alors que déboulent les hordes de touristes avide d’entendre leur musique si pittoresque. Du fait du réchauffement climatique, l’éclosion des œufs de cigales se fait désormais 10 à 15 jours plus tôt et c’est tout le cycle qui est en avance. Les larves sortent plus tôt de terre et la période de reproduction, qui incite le mâle à se montrer aussi bruyant pour faire son intéressant, débute donc plus tôt dans la saison. Au lieu de battre son plein pour le 15 août et même jusqu’en septembre, cette année, la fête est déjà finie pour bon nombre de cigales…

A ce compte, c’est toute la Provence qui risque de se retrouver orpheline de ces cigales qui font sa notoriété. On trouve déjà cet insecte de plus en plus au nord jusque dans la Drôme et du côté de Toulouse où il est en train de trouver des conditions climatiques plus adaptées à son mode de vie. Avec la poursuite du changement climatique et l’augmentation de la fréquence des périodes de sécheresse et de canicule qui nous attend, les cigales pourraient très rapidement disparaître complètement de notre écosystème provençal. Une disparition qui ne passera pas inaperçu, même pour le pékin moyen peu à l’écoute du monde des insectes qui nous entoure, car les cigales savent se faire entendre. Mais une disparition qui s’accompagnera de celle de milliers d’autres espèces animales plus discrètes, à l’image de notre biodiversité du quotidien en phase de mutation dramatique…

L. V.

La mer Morte est-elle menacée de mort ?

4 août 2022

Cléopâtre et la reine de Saba déjà l’avaient remarqué en leur temps : la mer Morte est particulièrement riche en sels minéraux et notamment en potassium, si bien que les boues issues de ses rives étaient déjà réputées pour leurs bienfaits thérapeutiques et cosmétiques dès l’Antiquité. Une tradition qui perdure et qui continue à drainer des milliers de touristes venus faire des cures thermales et surtout flotter comme un bouchon en faisant la planche tout en lisant le journal. Une capacité portante exceptionnelle liée à cette forte teneur en sels qui peut atteindre jusqu’à 340 g/l alors que celle de la Méditerranée ne dépasse pas 38 à 40 g/l et que celle de la mer Rouge atteint tout au plus 50 à 58 g/l. Aucun animal marin ni même les algues ne peuvent survivre dans un tel milieu, ce qui lui vaut d’ailleurs son nom de mer Morte…

Les eaux turquoise de la mer Morte, tellement salées qu’on y flotte sans peine (source © Get your guide)

Sauf que rien n’est totalement immuable et que la reine de Saba ne reconnaîtrait pas les rives de la mer Morte si d’aventure elle devait repasser par là… En l’espace de 50 ans, cette mer fermée a perdu un tiers de sa superficie, tout comme la mer d’Aral ou le lac Tchad, et son niveau baisse en moyenne de 70 cm par an, une baisse qui s’est encore accélérée depuis et peut atteindre jusqu’à 1,45 m par an ! En 1900, la surface de l’eau était à – 390 m sous le niveau des mers et elle se trouve désormais à – 426 m, soit une baisse de près de 40 m depuis…

Le lac de Tibériade et ses berges verdoyantes (photo © AFP / i24)

Bien entendu, le réchauffement climatique n’améliore pas la situation en augmentant les périodes de forte chaleur qui accentuent l’évaporation, la mer Morte n’étant que l’exutoire ultime du Jourdain, ce fleuve biblique issu du lac de Tibériade et dont les eaux viennent se perdre dans la mer Morte où elles s’évaporent naturellement. Mais la cause de cet assèchement brutal est principalement liée à l’activité humaine. Dans les années 1960, l’État d’Israël, en plein expansion a eu besoin d’énormes quantités d’eau pour alimenter ses colonies de peuplement et assurer la mise en culture du désert du Néguev. Un barrage a alors été construit au sud du lac de Tibériade et plus des trois-quarts de son débit est depuis purement et simplement détourné pour les besoins des Israéliens, ne laissant plus qu’un débit qui ne dépasse pas celui de la Seine à Paris !

Vue aérienne de la mer Morte en voie d’assèchement, avec à gauche la partie sud exploitée en bassins de décantation pour extraire la potasse (source © France TV Info)

Depuis lors, les apports du Jourdain ne suffisent plus à compenser l’évaporation de la mer Morte qui s’assèche à vue d’œil. En parallèle, Israéliens et Jordaniens se sont mis à exploiter la potasse contenue dans les eaux de la mer Morte pour en faire des engrais agricoles. Toute la partie sud de la mer Morte a été transformée en gigantesques bassins de décantation pour extraire le précieux minerai, ce qui accentue fortement la vitesse de réduction du plan d’eau qui rétrécit comme peau de chagrin.

En se retirant, la mer laisse des dépôts souterrains de sols riches en sels. Le ruissellement sur les rives vient dissoudre peu à peu ces poches souterraines de sels et on assiste depuis des années à d’innombrables effondrements qui viennent miner les berges : plus de 6000 cratères d’effondrement, dont certains atteignent plusieurs kilomètres de diamètre, se sont ainsi formés, transformant les abords de la mer Morte, en de nombreux endroits, en un paysage lunaire traversé de multiples crevasses, routes et infrastructures étant peu à peu englouties au fur et à mesure que la mer se retire et que les berges s’effondrent.

Cratères d’effondrement et recul du rivage sur les berges de la mer Morte (source © Pour la science)

Pour pallier cette situation catastrophique, personne n’envisage de réduire les prélèvements en eau dans une région qui en manque déjà cruellement. En 2006, sous l’égide de la Banque Mondiale, c’est un autre projet pharaonique qui a vu le jour, consistant à construire une immense usine de dessalement d’eau de mer sur les rives de la mer Rouge, puis à creuser un gigantesque canal à travers le désert pour conduire vers la mer Morte les saumures issues du traitement, espérant que ces eaux permettraient de réalimenter suffisamment le plan d’eau en cours d’assèchement.

Les bords de la mer Morte devenue un haut lieu du tourisme également fort gourmand en eau potable (photo © You matter)

Les études ont néanmoins permis de cerner les coûts pharamineux d’un tel projet estimé à près de 10 milliards de dollars, et surtout les risques écologiques majeurs induits. Il aurait fallu pomper l’eau à plus de 120 m de profondeur pour ne pas aspirer toute la vie organique excessivement riche associée aux récifs coralliens de la mer Rouge, et sans garantie que les saumures déversées dans la mer Morte ne viennent rapidement faire virer au blanc (du fait de précipités de gypse) ou au rouge (par suite du développement de micro-algues associées aux milieux lagunaires sursaturés) les eaux de la mer Morte réputées pour leur belle couleur turquoise… Par ailleurs, la canalisation souterraine de 180 km de long envisagée pour transporter les saumures vers la mer Morte risquait fort de se rompre en cas de séisme, fréquent dans la région, au risque de rendre définitivement impropre à tout usage la nappe souterraine exploitée le long de son tracé !

La ville israélienne d’Eilat et sa voisine jordanienne d’Aqaba, au bord de la mer Rouge (photo © Hadas Parush / Flash 90 / Times of Israel)

En juin 2021, les apprentis sorciers ont finalement renoncé au projet mais la Jordanie a alors annoncé officiellement qu’elle lançait le projet de construction d’une usine de dessalement sur les rives de la mer Rouge, dans le golfe d’Aqaba, afin de fournir au pays 250 à 300 millions de m³ d’eau potable par an d’ici 2026. Un projet chiffré à 1 milliard de dollars en comptant tout le réseau de distribution d’eau à réaliser, la ville d’Aqaba étant situé à l’extrémité sud du pays, à plus de 300 km de la capitale Amman… En parallèle, la Jordanie va tenter de limiter l’urbanisation sur les zones côtières et Israël envisage de taxer les industries minières pour freiner l’extraction de la potasse.

Reste à mettre en point le dispositif pour développer une usine de dessalement d’une telle ampleur en essayant de privilégier le recours à l’énergie solaire car les conditions d’ensoleillement sont idéales pour cela en Jordanie qui par ailleurs manque de ressources énergétiques propres et produit déjà 20 % de ses besoins énergétiques à base de renouvelable. A défaut de freiner l’évaporation des eaux de la mer Morte, le soleil contribuera du moins à favoriser l’approvisionnement des Jordaniens en eau potable…

L. V.

Feux de forêts et fonte des glaciers, fléaux des temps modernes ?

24 juillet 2022

Pour les quelques récalcitrants qui n’auraient pas encore bien saisi les impacts concrets et désormais bien visibles du réchauffement climatique global en train de s’accélérer sous nos yeux, les récents épisodes climatiques de cet été 2022 pourraient peut-être avoir valeur pédagogique. Contribueront-ils à faire enfin réagir nos responsables politiques et, il faut bien le dire, la grosse majorité de nos concitoyens, qui semblent toujours faire comme si rien n’était ?

Un dessin de Gilles Macagno (source © Le Bien public)

Les alertes de tous les scientifiques ont beau se multiplier et les rapports du GIEC se succéder, chaque fois plus alarmants, rares sont ceux qui semblent avoir vraiment pris la mesure des changements climatiques radicaux en train de se produire sous nos yeux, à une vitesse probablement jamais observée sur la Terre, couplés, qui plus est, à un effondrement massif et tout aussi brutal de la biodiversité qui nous entoure…

En juin puis en juillet 2002, les températures ont atteint des records en plusieurs endroits du globe et notamment en France. Le 19 juillet 2022, on a par exemple enregistré 40,2 °C à l’aéroport londonien d’Heathrow, dans un pays habituellement plutôt réputé pour ses brumes et son crachin persistant. En France, dès le 16 juin, le thermomètre grimpait déjà à 40 °C dans l’Hérault, ce qui ne s’était jamais vu aussi tôt dans la saison. Le 18 juin, le mercure indiquait jusqu’à 43 °C dans le bassin d’Arcachon ! Et une semaine plus tard, rebelote avec une nouvelle vague de chaleur qui s’est amplifiée jusqu’au 18-19 juillet. La station de Biscarosse, dans les Landes, a ainsi battu ses records de température à deux reprises cet été, avec 41 °C en juin puis 42,6 °C en juillet ! Et c’est loin d’être la seule, celle de Nantes ayant battu de près de 2 degrés son précédent record qui datait de 1949… Même la ville normande de Dieppe a vu le thermomètre dépasser 40 °C en juillet 2022, tandis qu’il frôlait les 43 °C à Biarritz comme à Paris !

Pins brûlés le 26 mars 2022, sur le versant nord de la colline de Carnoux, au dessus de l’A50 (photo © CPC)

Avec de telles températures, pas étonnant que les feux de forêts aient été catastrophiques en ce début d’été 2022 qui est encore bien loin d’être terminé. Comme à l’accoutumée, la région PACA fait partie des victimes avec déjà 213 incendies recensés à cette date dans le seul département des Bouches-du-Rhône. A Carnoux même, un feu de forêt s’était déclaré dès le samedi 26 mars 2022, en bordure de l’autoroute A50, dans un secteur très escarpé où les pompiers avaient dû batailler pendant plusieurs heures avant d’arriver à fixer l’incendie attisé par un fort vent de mistral. Et bien d’autres départs de feux ont eu lieu depuis dans tout le département, notamment à Velaux début juillet, puis à Martigues, quelques jours plus tard, ou encore dans le massif de la Montagnette, pour le 15 juillet.

Feu de forêt dans les landes bretonnes des Monts d’Arrée, à Brasparts le 19 juillet 2022 (photo © Mathieu Rivrin / France 3 Régions)

Mais ce qui a surtout frappé les esprits cet été, c’est la localisation plus improbable de feux de forêts majeurs dans le nord de la Gironde ou encore dans les Monts d’Arrée, en Bretagne. Dans cette région de landes habituellement humides du Centre Bretagne, la canicule avait complètement desséché la végétation qui s’est embrasée en plusieurs endroits, probablement sous l’effet d’une mise à feu volontaire sur la commune de Brasparts, dans le Finistère, le 18 juillet 2022. Les pompiers ont dû lutter plusieurs jours avec une forte mobilisation pour venir à bout de ce feu qui a ravagé plus de 1700 hectares, du jamais vu dans cette région, même si des feux de ce type avaient déjà eu lieu, lors de la sécheresse historique de 1976.

En Gironde, ce sont deux incendies majeurs qui se sont déclarés dès le 12 juillet, l’un dans la forêt de Landiras, l’autre dans celle de La Teste de Buch, nécessitant l’évacuation de plus de 37 000 personnes et de plusieurs campings directement menacés sous les pins. Le 19 juillet, on recensait déjà plus de 19 000 hectares partis en fumée sur ces deux secteurs où les dégâts, matériels et écologiques, sont considérables.

Incendie en cours dans la forêt de la Teste de Buch, près de la dune du Pilat (photo © Guillaume Bonnaud / Sud-Ouest / Le Parisien)

Et voilà qu’en parallèle on observe aussi des mouvements inquiétants du côté des glaciers alpins qui soufrent directement des effets de la canicule. Chacun a pu voir les images effrayantes de la propagation de blocs issus de l’effondrement d’une partie du sérac du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, le dimanche 3 juillet 2022. La coulée de blocs et de glace a dévalé la pente à une vitesse prodigieuse, estimée à environ 300 km/h, balayant tout sur son passage et emportant plusieurs cordées d’alpinistes, faisant au moins 11 morts.

Un événement spectaculaire et plus fréquent qu’on ne l’imagine, à l’image de celui qui s’est produit une semaine plus tard au Kirghizistan, dans les gorges du Juuku, à l’ouest de la Chine et qui a été filmé par une cordée d’alpinistes britanniques. On y voit, là-aussi, une véritable avalanche de blocs et de neige dévaler la pente à une allure prodigieuse, parcourant une distance incroyable et remontant même sur le versant opposé où les observateurs, qui se croyaient bien abrités et filmaient goulûment la scène, se sont retrouvés brusquement enfouis sous une nuée de blocs lancés à pleine vitesse. Heureusement, ils ont pu s’abriter suffisamment pour n’écoper que de blessures et d’entailles non létales…

Avalanche issue de la fonte d’un glacier au Kirghizistan le 11 juillet 2022, filmée depuis le versant opposé par des alpinistes britanniques (source © YouTube)

Dans les dolomites en tout cas, le glacier de la Marmolada, qui culmine à 3.343 m d’altitude, avait enregistré un record de température avec 10 °C la veille de l’effondrement, ce qui n’arrive jamais à une telle altitude où la température reste toujours proche de 0 °C, même en plein été. A 2.000 m d’altitude, le thermomètre était même monté à 24 °C. Des conditions idéales pour faire fondre le glacier et en détacher d’énormes blocs, lorsque de l’eau se met à couler dans les interstices et sous la glace.

Point de départ de l’effondrement de sérac sur le glacier de la Marmolada, près de Punta Rocca, dans les Dolomites italiennes (photo © Soccorso alpino / MaxPPP / France TV info)

Ces conditions n’étaient pas limitées à ce secteur des dolomites puisqu’on a relevé également 10,4 °C au sommet du Mont Blanc, à 4.807 m d’altitude, le 18 juin 2022, du jamais vu ! Sur le versant autrichien aussi, les alpinistes ont constaté que début juillet, toute la neige qui recouvre habituellement le mont Sonnblick, lequel culmine à 3.105 m, avait déjà disparu alors qu’une telle fonte n’avait jusque-là jamais été observée avant le 13 août, lors de la précédente canicule de 2003. Autant d’indices qui confirment, s’il en était besoin, que nos glaciers alpins sont en sursis et ne devraient pas tarder à disparaître définitivement, les scientifiques estimant que celui de la Marmolada n’en a plus que pour 25 ou 30 ans au mieux.

Mais ces considérations ne semblent guère émouvoir ceux qui considèrent encore que tout ceci n’est qu’une élucubration de scientifiques déjantés à tendance écologiste et que rien surtout ne doit venir entraver notre business as usual : les Cassandre d’aujourd’hui ne sont pas plus écoutées que celles d’hier…

L. V.

Compte-rendu de conférence : du ciel à l’Univers, le long cheminement de la pensée humaine…

6 juillet 2022

C’est dans la salle du Clos Blancheton, totalement occupée par un public à l’écoute que cette conférence a eu lieu, le 27 juin 2022, après une brève présentation de notre conférencier, par le Président du Cercle, qui nous rappela que Jacques Boulesteix, en plus de ses compétences scientifiques en astronomie, a été aussi membre fondateur du Cercle.

Jacques Boulesteix, lors de sa conférence du 27 juin 2022 (photo © CPC)

C’est dans la suite de la précédente conférence sur l’astronomie, en 2018, où JG Cuby nous présenta les outils nécessaires pour observer les phénomènes célestes et la complexité technologique de ceux-ci pour pouvoir explorer les confins de l’univers, que durant cette nouvelle conférence, Jacques Boulesteix nous proposa par une démarche originale de faire un retour sur vingt-cinq siècles d’observation du ciel et des étoiles.

En effet, on constate chez les jeunes (et les moins jeunes) un intérêt particulier sur le besoin de compréhension de notre lointain environnement céleste, où l’imaginaire prend aussi sa place. C’est donc en suggérant une suite de questions simples que se posent en général les enfants que notre conférencier y répond précisément, réponses illustrées par des vues d’astres, d’étoiles, de galaxies, d’une beauté et d’une qualité exceptionnelles. Un exposé étayé par de nombreux diagrammes et animations permettant de mieux comprendre les phénomènes régissant les lois qui sont à l’origine de la création de l’univers et les méthodes scientifiques qui ont permis de les comprendre.

C’est une fausse impression de croire que l’on aurait toujours connu la composition de l’univers. Pourtant toutes les civilisations depuis 25 siècles se sont intéressées à l’observation du ciel mais par manque d’outils mathématiques et de technologies adaptées, l’avancement des connaissances dans ce domaine a été chaotique. Déjà, dans l’antiquité, les Égyptiens, et les Grecs surtout avaient, par la simple observation des solstices, éclipses et autres phénomènes visibles, pu déterminer par la géométrie (trigonométrie), avec une approximation certes relative mais proche de la réalité, la distance de la Terre à la lune ou de la Terre au soleil, ainsi que la rotondité de la terre et avaient commencé à poser les bases de la conception héliocentrique de la course des astres.

Extrait du diaporama présenté en support de la conférence de Jacques Boulesteix

Mais ces débuts prometteurs dans la compréhension des phénomènes astronomiques ont été quasiment stoppés durant 18 siècles à cause du blocage idéologique que le pouvoir religieux a imposé. En effet, les religions monothéistes comme le catholicisme, mettent Dieu créateur du monde, de la Terre comme de l’homme au centre de celui-ci. Dès lors, on ne peut être qu’un hérétique à contester cet argument, d’autant que lorsque nous nous déplaçons sur Terre, celle-ci paraît toujours plate alors que le soleil décrit un parcours bien visible dans le ciel ! Certains y perdirent leur vie à vouloir persister dans leurs théories visionnaires et rationalistes, tel Giordano Bruno, mort sur le bûcher en 1600.

Notre conférencier nous fait remarquer que la terre bénéficie d’une atmosphère propice à l’observation du ciel et de l’espace car si nous étions sur Vénus ou Jupiter, leur atmosphère est constamment troublée par des nuages denses qui nous rendraient aveugles à toute observation lointaine…

Une présentation didactique accessible à tout public

Ce n’est donc qu’à partir du 16e siècle, avec Galilée et Copernic, puis la mise au point de la première lunette astronomique permettant des observations plus précises, modélisées avec des outils mathématiques, que la théorie de l’héliocentrisme a commencé à contrebalancer les conceptions erronées de l’époque. Cependant, de nombreux progrès auront encore été nécessaires pour perfectionner les outils d’observation et interpréter les enregistrements venant de l’espace, afin de concevoir des théories cohérentes régissant les mécanismes célestes.

À partir du 17 ème siècle, la création de télescopes dont le diamètre des objectifs n’a pas cessé de croître jusqu’à aujourd’hui, pour obtenir une précision extrême, ont permis une exploration de plus en plus lointaine de l’univers. Mais cette vision, par cette méthode, ne nous permet d’obtenir une image qu’en deux dimensions, dans le même plan, et les distances séparant les astres ne sont pas déterminables entre eux. Il faut remarquer, qu’hier comme aujourd’hui, nous ne pouvons observer les galaxies, formant l’univers, par l’extérieur de celles-ci.

Les avancées technologiques du 20e siècle ont été prodigieuses et ont permis grâce aux télescopes terrestres, aux radiotélescopes et surtout aux télescopes sur orbite comme Hubble (en fin de vie) ou Webb (récemment mis en service), d’observer les amas de galaxies les plus éloignées : c’est une étape nouvelle dans la compréhension de la formation des étoiles et de leur disparition.

Ainsi il est possible de permettre une observation de l’univers à une distance de 12 milliards d’années-lumière, se rapprochant de l’instant du « big bang ». Les diverses diapositives proposées en support des propos de notre conférencier sur ce dernier point, sont d’une qualité stupéfiante et nous donnent l’impression de naviguer dans l’espace et le temps, une illusion car comment se déplacer à la vitesse de la lumière ?

C’est sur cette question et bien d’autres, qu’un nouveau chapitre est abordé au cours de cette conférence : la lumière a-t-elle une vitesse finie ? Comment déterminer la composition chimique des astres ? Leurs mouvements ? Le sens de l’expansion de l’univers ? L’espace a-t-il une forme particulière ? Difficile d’apporter des réponses précises et définitives car l’astronomie n’est pas une science expérimentale comme les autres. Elle comprend une part d’exercice mental à prendre en compte. Aucune expérience ou vérification en laboratoire n’est possible.

Quelques avancées physiques notoires vers la compréhension de l’Univers

Jacques Boulesteix nous fait un résumé exhaustif de toutes les avancées mathématiques depuis le 16e jusqu’au 20e siècle, qui ont permis de produire des théories modélisant les lois de l’univers. Les premiers pas, dans la compréhension des lois qui interagissent dans l’univers, ont été faits par Ole Roemer, astronome danois (1644-1710) qui, en 1676, a calculé la vitesse de la lumière. Au 19e siècle, c’est Maxwell, physicien et mathématicien écossais (1831-1879), qui a déterminé le caractère ondulatoire de la lumière. Ces lois ont permis ensuite à Georges Lemaître, astronome belge (1894-1966), ainsi qu’à Henrietta Leavitt, astronome américaine (1868-1921), puis à Antoon Lorentz, physicien néerlandais (1853-1928) d’avancer et de déterminer que l’univers était en expansion.

C’est, bien sûr, la théorie de la relativité générale publiée par Albert Einstein en 1915 qui bouleversa les connaissances dans le domaine de l’astronomie, entre autres, en confirmant la théorie de l’expansion de l’univers où le temps et l’espace interagissent selon la vitesse à laquelle on s’y déplace. Toutes ces avancées, obtenues par la simple observation et l’élaboration de lois mathématiques, nous permettent aujourd’hui de bénéficier d’avantages technologiques dans la vie quotidienne comme l’utilisation d’un GPS ou de l’énergie atomique (carburant des étoiles).

Jacques Boulesteix nous fait remarquer qu’il reste encore de nombreuses questions à élucider concernant la matière noire (constituant principal de l’univers) ou les ondes gravitationnelles (dont il reste encore à comprendre la nature). En définitive, nous ne connaissons qu’une partie de la constitution de l’Univers et d’autres théories peuvent expliquer sa création.

En conclusion de cette conférence captivante, notre conférencier par le truchement d’une animation vidéo époustouflante qui simule un voyage à la vitesse de la lumière dans la galaxie où nous remontons l’espace-temps, qui ne s’élargit pas, comme on pourrait le supposer, mais dans lequel l’univers se concentre en un seul amas lumineux !

Une assistance nombreuse et très attentive (photo © CPC)

Cette soirée, alliant science de l’observation et science humaine, fut conclue par un apéritif offert par le Cercle Progressiste aux nombreux participants à cette conférence.

C. Marcarelli

Demain, la voiture 100 % solaire ?

2 juillet 2022

Tout le monde le sait désormais : d’ici quelques années, les voitures individuelles à moteur thermique, qu’elles soient essence ou diesel, ne seront plus que du passé, vestige d’une période révolue où l’abondance des ressources pétrolières avaient donné l’illusion d’une tout-puissance à moindre coût, au prix néanmoins d’une pollution, notamment en particules fines, de l’atmosphère de nos villes, et surtout d’un réchauffement climatique global que l’on sait désormais être irréversible. Le 8 juin 2022, le Parlement européen a ainsi voté à une large majorité l’arrêt à partir de 2035 de la vente de voitures thermiques neuves, qu’elles soient à moteur essence, diesel ou même hybride rechargeable !

Prototype de véhicule hybride Prius développé par Toyota et Sharp avec cellules photovoltaïques sur la carrosserie (source ©
Le Point)

Certes, d’autres pays comme la Chine ou les États-Unis, se sont fixés des objectifs moins ambitieux, visant plutôt une part de 50 % du parc de véhicules neufs en électrique ou à hydrogène. Mais l’on sent bien néanmoins que la tendance de fond, pour les véhicules individuels, est de tendre vers le tout électrique. Reste que tout dépend d’où vient l’électricité, et encore faudra-t-il installer les dispositifs de recharge nécessaire…

D’où l’engouement pour une technique alternative qui consiste à équiper les voitures de leurs propres panneaux solaires ! L’idée n’est pas nouvelle, comme d’ailleurs celle de la voiture électrique. Rappelons au passage que la première voiture française à moteur électrique, la Jamais contente, date de 1899 et atteignait alors la vitesse fabuleuse pour l’époque de 100 km/h… En 1912, un bons tiers des véhicules américains roulaient d’ailleurs à l’électricité, mais c’était avant le succès de la Ford T.

La Baker solaire de Charles Escoffery, avec ses panneaux solaires sur le toit (source ©
Hulton archive / Getty image / L’Usine nouvelle)

Dès 1955, un modèle réduit de voiture, la Sunmobile, équipée de cellules photovoltaïques prouve qu’un véhicule léger peut être actionné par l’énergie solaire. Cinq ans plus tard, l’Américain Charles Escoffery fait ainsi rouler la première voiture solaire, une ancienne Baker des années 1912, recouverte de 2,4 m² de panneaux solaires et qui se traîne à la vitesse de 32 km/h ! Enfin, en 1977, un professeur d’université de l’Alabama, construit la Bluebird, premier prototype de voiture solaire propulsée uniquement grâce à l’énergie de ses panneaux solaires. Dès lors, les progrès s’enchaînent et en 1982, les Australiens Hans Tholstrup et Larry Perkins réalisent la traversée complète du pays, soit 4000 km entre Perth et Sidney avec leur voiture solaire de course The Quiet Achiever, avant de fonder en 1987 une fameuse course de voitures solaires, The World Solar Challenge, pour susciter de nouvelles vocations.

Prototype de voiture solaire Sundae engagée par le Stanford Solar Car Project sur l’édition 2017 du World Solar Challenge en Australie (source © Challenges)

Ainsi, en 1985, la Sunrunner, voiture solaire sans batterie, atteint la vitesse de 66 km/h dans le désert de Mojave ! En 1987, c’est le Suisse Pierre Scholl qui se distingue en envoyant sa voiture solaire, La Sahara, parcourir une des étapes du Paris-Dakar. Les Suisses se prennent au jeu et en 1994, un bolide conçu par une école d’ingénieurs de Bienne atteint la vitesse de 127 km/h sans batterie, tandis qu’une concurrente solaire engagée dans le Tour de Sol se fait flasher à 88 km/h sur une route départementale…

En 2007, le Suisse Louis Palmer parcourt 52 000 km à travers le monde en 17 mois, au volant de son Solartaxi, un véhicule solaire à 3 roues, capable de transporter 2 passagers avec une vitesse de pointe de 90 km/h, tandis qu’en 2008, le Canadien Marcello Da Luz se lance dans un périple de 15 000 km au-delà du Cercle polaire avec son propre véhicule Power of One.

L’aventurier Raphaël Domjan, à bord du Solar Taxi au Canada en 2008 (source ©
Raphaël Domjan)

Le temps des premières commercialisations arrive dès 2006 avec l’Electric, du constructeur monégasque Venturi, une sorte de voiturette de golf avec panneaux solaires sur le toit, qui atteint 50 km/h en pointe pour une autonomie de 50 km. De son côté, une coopérative espagnole de Malaga, Evovelo, met sur le marché à partir de 2016, pour la modique somme de 4500 €, de petites voiturettes en bois aux formes courbes recouvertes de panneaux solaires flexibles et dont les performances sont sensiblement comparables.

Mö, la voiture-vélo solaire de l’Espagnol Evovelo, aux faux airs de 2-CV (source ©
Canal +)

Et voila que la société Ligthyear, aux Pays-Bas, vient de lancer sur le marché une luxueuse berline, la Ligthyear one, au prix de 150 000 €, fabriquée en Finlande. Recouverte de 5 m² de panneaux solaires, elle affiche une autonomie maximale de 725 km et peut gagner 12 km supplémentaires d’autonomie après une heure seulement garée au soleil, de quoi rentrer tranquillement chez soi après une journée de travail. Un concept adapté pour un grand nombre d’utilisateurs quand on sait que 95 % des trajets effectués quotidiennement en voiture ne dépassent pas 48 km ! Certes, le prix d’appel est un peu élevé pour ce premier modèle de luxe, mais Ligthyear a pour ambition de lancer la fabrication en série d’un nouveau modèle solaire dès 2024 pour moins de 20 000 €.

Modèle de Litghyear One avec sa carrosserie recouverte de cellules photovoltaïques noires (source ©
Europe 1)

Aux USA, la firme Aptera est également sur les rangs avec sa voiture du futur aux forme de coléoptère en matériaux composites, dont l’autonomie peut atteindre jusqu’à 1600 km, les panneaux solaires sur le toit apportant à aux seuls jusqu’à 66 km d’autonomie supplémentaire par jour. Les premières livraisons sont attendues fin 2022, à des tarifs compris entre 24 000 et 42 000 € pièce.

L’Aptera Luna, encore en cours de développement, avec ses étranges élytres (source © Automobile propre)

L’Allemand Sono Motors, quant à lui, s’apprête à commercialiser son modèle Sono Sion, un petit monospace qui devrait être vendu autour de 25 000 € et dont la carrosserie est recouverte de cellules solaires intégrées, ce qui permettra de recharger sa batterie lorsqu’elle roule ou qu’elle est garée au soleil, ajoutant jusqu’à 112 km d’autonomie supplémentaire par semaine, ce qui rend les recharges sur le réseau presque inutiles, en théorie et à condition d’éviter les parkings souterrains…

Sion, le prototype de la start-up allemande Sono Motors, avec ses panneaux solaires parsemés sur sa carrosserie (source © Renouvelle)

Peut-être verra-t-on demain, tous nos véhicules, poids-lourds y compris, recouverts de cellules photovoltaïques pour augmenter leur autonomie. Selon Sono Motors, un semi-remorque équipé d’une coque solaire en polycarbonate acquiert ainsi une autonomie supplémentaire sans recharge qui peut atteindre 30 à 55 km par jour, et ceci d’autant plus que l’efficacité des panneaux solaires ne fait que croître, ces derniers temps, atteignant désormais des rendements parfois supérieurs à 40 % alors que jusque-là, on se contentait plutôt de rendements classiques de 15 à 20 % ! Pas de doute, le futur est en marche et on roulera peut-être demain en privilégiant les jours de grand soleil…

L. V.

Cet été, sous-traitez la gestion de vos mails…

30 juin 2022

Avec le télétravail, voilà une situation qui n’est pas prête de s’arranger ! Tout le monde est devenu accro aux nouveaux outils de communication numérique et chacun passe sa vie sur son smartphone ou devant son ordinateur pour ne pas rater d’une seconde le dernier message reçu, même si son contenu est aussi futile qu’inutile…Dans le milieu professionnel il est désormais considéré comme un outrage de la dernière espèce que de ne pas répondre dans la minute à un e-mail, comme si chaque message exigeait une réponse immédiate, quitte à dire simplement qu’on a bien reçu le message et qu’on prend le temps de le traiter…

Il est loin le temps où tout se gérait par courrier et où chacun avait la patience d’attendre quelques jours, voire quelques semaines, avant de recevoir une réaction à sa demande. Être connecté en permanence pour pouvoir répondre à tout moment à n’importe quel message même le plus anodin, de son patron comme de ses subordonnés ou de ses partenaires, est en passe de devenir une exigence de base, au risque de faire baisser considérablement la productivité des professionnels, désormais incapables de se concentrer plus de 5 minutes sur un travail minutieux ou la rédaction d’une note de fond, sans devoir tout interrompre sur le champ pour tapoter sur son clavier « Bonjour, j’ai bien reçu votre proposition et je vous en remercie. Je ne manquerai pas de vous recontacter dès que possible à ce sujet et je vous adresse, en attendant, mes plus cordiales salutations… »

Un dessin de Gérard Mathieu dans la Charte pour un bon usage de la messagerie informatique dans la vie professionnelle (source © ORSE)

Cette nouvelle plaie des temps modernes est devenue tellement intrusive que plus personne ne s’étonne désormais de recevoir sur les coups de 2 heures du matin, dans la nuit du dimanche au lundi, un mail de son patron qui confirme qu’il a bien lu votre note et qu’il vous propose d’en parler de vive voix à l’occasion… Et en période estivale, même quand on est en vacances, en train de buller sur la plage, de réparer la toiture de sa vieille maison de campagne qui tombe en ruine au fin fond de la Lozère, ou de se retrouver autour d’un feu de camp au soir d’une méharée dans le désert, la tentation est grande de quand même jeter un coup d’œil à ses mails professionnels, histoire de s’assurer qu’il n’est rien arrivé d’exceptionnel en votre absence au bureau…

Lire ou ne pas lires ses mails pendant ses congés, telle est la question… Un dessin signé Alsy (source ©
Les Moutons / France 3 Régions)

Et vous voila parti pour une petite heure, ou une longue nuit, à prendre connaissance de toutes sortes de futilités que vous auriez tout aussi bien pu attendre une semaine ou deux avant de découvrir. Sauf que la pratique s’est tellement généralisée que, selon un sondage récent, au moins 55 % des personnes interrogées reconnaissent consulter leurs e-mails professionnels pendant leur congés ! Le droit à la déconnexion est encore un long combat, peut-être même perdu d’avance…

Le droit à la déconnexion, pas encore totalement entré dans les mœurs : un dessin signé Wingz, pour la CFDT banques et assurances

C’est en tout cas fort de ce constat que l’Office national islandais du tourisme a eu l’idée de développer, au bénéfice des voyageurs qui viennent passer leurs vacances en Islande, un service de messagerie permettant de générer des messages personnalisés d’absence, histoire que ses visiteurs puissent garder l’esprit tranquille, lâcher les rênes et profiter à fond des merveilles naturelles de cette île aux paysages grandioses, sans être en permanence pollués par les messages intempestifs du bureau.

Aurores boréales au dessus du Mont Kirkjufell, en Islande (source © National Geographic)

L’originalité du dispositif est que les proposés mis à contribution pour générer vos messages de réponse pendant que vous vous prélassez dans une source d’eau thermale perdue au milieu de nulle part, sont des petits chevaux islandais, cette race emblématique du pays, trop souvent assimilée à des poneys. On les voit donc, sur la vidéo de promotion de l’Office du tourisme islandais, en train de tapoter plus ou moins nerveusement du sabot, sur d’immenses claviers d’ordinateurs en pleine nature. Une prestation déjà adoptée par plusieurs milliers de touristes et dont le nom en soit est tout un programme : « Outhorse your email », autrement dit « sous-traitez vos e-mail » avec un jeu de mots des plus subtils sur ces chevaux en extérieur qui s’en chargent à votre place…

Faites écrire vos mails professionnels par un cheval islandais… (source © kbd.news)

Bien évidemment, le résultat de leur piétinement quelque peu aléatoire risque de laisser assez perplexe votre patron qui voulait savoir de toute urgence si vous serez bien rentré à temps pour l’accompagner le 18 à 9H45 pour aller signer ce fameux contrat. Le message de réponse lui indique en effet qu’un cheval islandais se permet de l’informer que la personne qu’il cherche à contacter est momentanément indisponible, le tout suivi du message énigmatique suivant, tapé par le cheval lui-même : « jjjjjjklmù*2222222222 »

Il n’est pas absolument certain que ce message le rassure totalement sur la fiabilité voire la bonne santé mentale de son employé temporairement absent, mais l’essentiel est que ce dernier passe de bonnes vacances aussi reposantes que dépaysantes dans les étendues sauvages et verdoyantes islandaises. C’est en tout cas le message que cherche manifestement à véhiculer l’office de tourisme de ce pays, Visit Iceland, lequel en profite pour truffer sa vidéo promotionnelle de paysages tous plus attractifs les uns que les autres : savoir bien communiquer ne consiste pas seulement à répondre à ses mails en temps et en heure : c’est un vrai métier…

L. V.

Forages profonds : creuse toujours, tu m’intéresses…

28 juin 2022

Il est beaucoup question du retour de la Guerre froide en cette nouvelle période de tension internationale consécutive à la brutale invasion de l’Ukraine par la Russie et à une recrudescence des sanctions économiques et des passes d’armes entre démocraties occidentales et régimes forts asiatiques. Malgré les livraisons militaires de plus en plus importantes de la part des États-Unis et de l’Europe aux forces armées ukrainiennes en guerre, on est loin pourtant du climat de conflit ouvert des années 1960.

A la sortie de la Seconde guerre mondiale, l’affrontement entre bloc occidental et camp soviétique était généralisé et se traduisait par de multiples crises politiques un peu partout dans le monde. En 1948, il se cristallise en particulier autour de Berlin où Staline instaure un premier blocus auquel les Alliés répondent par l’organisation d’un pont aérien. Mais rebelote en 1961, lorsque l’URSS de Khrouchtchev lance la construction d’un véritable mur pour empêcher les Allemands de la RDA de rejoindre l’Allemagne de l’Ouest.

Travaux d’édification du mur de Berlin par l’armée est-allemande en 1961 (photo © picture-alliance / DPA / AKG-images / DW)

Une crise fortement aggravée par les événements qui se déroulent au même moment sur l’île de Cuba où Fidel Castro signe en septembre 1962, après le fiasco de la tentative de débarquement américain pour le renverser, une alliance militaire avec l’URSS, celle-ci s’engageant à lancer une riposte nucléaire en cas de nouvelle attaque occidentale contre son allié cubain. Une menace qui se concrétise rapidement puisque dès le mois d’octobre, les Américains repèrent des rampes de lancement de missiles nucléaires en cours d’installation, pointées vers leur territoire. Il s’en est sans doute fallu d’un cheveu pour que l’affrontement diplomatique ne dégénère alors en holocauste nucléaire…

La crise des missiles de Cuba en 1962, à l’origine d’un bras de fer entre Nikita Khrouchtchev et John Fitzgerald Kennedy, caricature de Leslie Gilbert Ilingsworth, parue dans le Daily Mail (source © Actualité internationale)

Depuis, on avait réussi à passer à une logique un peu plus coopérative entre blocs géopolitiques antagonistes, mais il reste de cette période un climat d’intense compétition, bien au-delà des seuls domaines militaires. C’était alors la course pour savoir qui, des Russes ou des Américains enverrait le premier homme dans l’Espace ou se poserait le premier sur la lune. Mais la compétition consistait aussi à déterminer qui allait creuser le plus profond…

Les techniques de forage, issues de pratiques séculaires des puisatiers allant chercher dans les profondeur du sol l’eau indispensable à la vie mais parfois rare en surface, avaient connu au début du XXe siècle un important développement technique grâce à l’exploration pétrolière. Les développements de la géophysique avaient amené à formuler différentes hypothèses quant à la constitution de la croûte terrestre, marquée par des discontinuités qui se traduisent par une modification assez brusque des vitesses de propagation des ondes électromagnétiques à certaines profondeurs. Bref, les scientifiques brûlaient d’envie d’aller voir de plus près à quoi ressemblaient les roches à plusieurs kilomètres sous nos pieds…

Équipe internationale de scientifiques sur le site de Vostok le 24 décembre 1991 (photo © Jean-Marc Barnola / CC BY-NC-ND / The Conversation)

La compétition avait aussi été lancée sur glace, les Américains ayant procédé à la fin des années 1960 à un premier forage au Groenland, suivi en 1970 par le forage de Byrd, percé jusqu’à la profondeur de 2138 m à travers la calotte glaciaire de l’Antarctique. Il n’en fallait pas davantage pour aiguillonner les scientifiques russes qui lancent aussitôt leurs équipes de foreurs en Antarctique. Après plusieurs tâtonnements, le troisième forage réalisé, sur le site de Vostok, atteint 2082 m en 1982. Il sera progressivement approfondi jusqu’à 3683 m de profondeur en 1998, et servira de support à une fructueuse coopération scientifique, notamment avec les équipes de glaciologues français de Claude Lorius puis Jean Jouzel et d’autres, qui reconstitueront, à partir de ces carottes glaciaires, plusieurs cycles climatiques sur les 400 000 dernières années !

Mais l’enjeu des scientifiques était surtout de percer le mystère de la constitution de la croûte terrestre. Pour cela, les Américains avaient lancé, dès 1958, le projet Mohole, destiné à atteindre la fameuse discontinuité entre la croûte et le manteau terrestre, mise en évidence par le géologue croate Andrija Mohorovičić qui lui a donné son nom. L’objectif était de percer la croûte terrestre depuis le plancher de l’océan pacifique, là où elle est la moins épaisse. Mais les premières tentatives sérieuses ont commencé en mars 1961 à Guadalupe, au Mexique, où un forage réalisé depuis un bateau traversa 170 m de sédiments avant d’atteindre le basalte et de s’arrêter quelques mètres plus bas, à 3 560 m sous le niveau de la mer. L’expérience a permis de faire de gros progrès techniques en matière de stabilisation en mer des plateformes de forage pétrolier, mais s’est arrêté dès 1964, faute de crédits pour poursuivre l’aventure…

Tour de forage utilisée pour le forage profond de Kola (source © Pechenga)

Ne voulant pas être en reste, les Soviétiques ont lancé, le 24 mai 1970, leur propre forage profond, mais à terre, sur la presqu’île de Kola, dans une région isolée du district de Pechengsky, avec pour objectif affiché d’atteindre la profondeur incroyable de 15 000 m jusqu’au Moho. Rapidement doublés par les Américains dont la Lone Star Producing Company annonce en 1974 avoir atteint la profondeur de 9 500 m au puits Bertha Rogers (sans toutefois trouver le pétrole recherché…), les Russes ne se découragent pas pour autant et poursuivent leur lente progression jusqu’à atteindre à leur tour cette même profondeur dans le forage SG-3. En 1983, ce même forage, d’un diamètre de 10 cm seulement, atteint ainsi la profondeur de 12 000 m !

Il faut dire que, malgré les difficultés techniques extrêmes rencontrées, le forage apporte des enseignements scientifiques intéressants. Alors que les chercheurs pensaient rencontrer du basalte vers 3 à 4 km de profondeur, au niveau d’une discontinuité géophysique bien marquée, ils se rendent compte que celle-ci est due en réalité à une simple différence de faciès dans les roches granitiques et métamorphiques qui constituent le bouclier scandinave, où l’épaisseur de la croûte terrestre atteint en réalité sans doute de l’ordre de 35 km. A 6 km de profondeur, les géologues y découvrent même de minuscules fossiles de plantes marines âgées de plus de 2 milliards d’années…

Tête du forage profond de Kola désormais refermée en surface (source © Greedy Finance)

Mais plus le forage avance, plus les difficultés techniques s’ajoutent. L’augmentation de la température y est beaucoup plus élevée que prévu, atteignant les 180 °C, dans une roche dont la densité diminue et qui devient très difficile à extraire, avec une abondance d’hydrogène gazeux. Les équipes font de nouvelles tentatives mais finissent par abandonner à 12 226 m de profondeur, en 1992, alors que la guerre froide a pris fin et que l’intérêt de la compétition a baissé. Le projet sera finalement totalement clôturé au début des années 2000, après obstruction de la tête de forage, et toutes les installations sont laissées à l’abandon…

État des installations de forage de Kola totalement abandonnées en 2012 (source © Pechenga)

Depuis, d’autres forages de plus grande longueur ont été réalisés, à des fins d’exploration pétrolière, avec un puits foré en 2008 jusqu’à 12 289 m au Qatar sur le champ pétrolier off shore d’Al Shaheen, exploité depuis 1994 et où Total est désormais partie prenante depuis 2016. Mais le forage profond de Kola SG-3 reste le point le plus bas jamais atteint par l’homme sur Terre. Avec la guerre froide, l’homme est finalement tombé bien bas…

L. V.

Ce soir à Carnoux, des étoiles dans les yeux…

26 juin 2022

Ce lundi soir, 27 juin 2022 à 18h30, la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie) nous incitera à lever les yeux vers le ciel et à nous plonger dans cet immense cosmos qui nous entoure et qui a, de tout temps, fasciné l’esprit humain.

Du ciel à l’univers, le long cheminement de la pensée humaine, tel est le titre de cette conférence où il sera notamment question de cette longue évolution scientifique et intellectuelle qui a poussé les hommes de toujours à s’intéresser aux étoiles accrochées à la voûte céleste et à leurs mouvements complexes et changeants. Des bergers aux navigateurs, tous ont observé et se sont interrogés, suscitant tant d’interrogations que l’astronomie a pris, dès l’Antiquité la plus ancienne, une place majeure dans la curiosité humaine, devenant rapidement l’une des disciplines scientifiques importantes, où l’intelligence a pu exercer ses talents et faire rapidement progresser la connaissance globale.

Cette conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS, issu du Laboratoire d’astrophysique de Marseille dont les travaux sont justement à l’honneur dans un article récent publié cette semaine par La Provence.

Car Marseille fait partie de ces lieux où l’astronomie rejoint l’Histoire. C’est de là que serait parti l’explorateur grec Pyhéas, quelques 3 siècles avant J.-C. dans son voyage vers les mers du Nord dont le manuscrit s’est malheureusement perdu au fil du temps, peut-être dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Son périple le long des côtes scandinaves et sans doute jusqu’à celles de la lointaine Islande a permis de découvrir bien des nouveautés à une période où les frontières habituelles du « monde civilisés » s’arrêtaient aux Colonnes d’Hercule, notre détroit de Gibraltar actuel.

Portrait de l’explorateur massaliote Pythéas, par le sculpteur Auguste Ottin, en 1959, sur la façade du palais de la Bourse à Marseille (source © Tourisme Marseille)

Ses observations du soleil de minuit et ses descriptions très précises des marées océaniques qu’il est l’un des premiers à relier aux mouvements de la Lune, feront date. De même d’ailleurs que ces calculs très précis de la latitude terrestre à l’aide d’un gnomon, autrement dit un simple piquet en bois dont il mesure les ombres portées grâce au théorème de Pythagore ! Ses calculs de la latitude de Marseille s’avèrent d’une justesse remarquable pour l’époque, comme le confirmera au XVIIe siècle son lointain successeur, l’astronome français Pierre Gassendi !

Au XVIIe siècle justement, Marseille voit l’édification du premier observatoire dans l’arsenal des galères, sur le Vieux-Port, déplacé peu après dans l’enceinte du collège des jésuites, montée des Accoules. C’est là qu’en 1789 est embauché comme concierge un jeune Marseillais né dans les Hautes-Alpes, du nom de Jean-Louis Pons. Curieux de nature et doté d’une excellente acuité visuelle, il construit sa propre lunette astronomique en observant ses nouveaux collègues.

Jean-Louis Pons, le découvreur de comètes… (source © Aix-Planetarium)

Et en 1801, il découvre ainsi une nouvelle comète ! Il se prend au jeu et finira pas découvrir au total pas moins de 37 comètes, dont 23 depuis Marseille : un record mondial qui ne sera sans doute jamais égalé et qui lui vaut d’ailleurs, d’être nommé directeur adjoint de l’Observatoire impérial de Marseille en 1813…

Un observatoire qui, en 1864 s’est replié sur le site du palais Longchamp pour y être moins gêné par la pollution lumineuse de la Ville, avant que ne soit installé en 1937 le site de Saint-Michel l’Observatoire, en Haute-Provence, à une centaine de kilomètre au nord de Marseille.

Télescope géant au Chili, de 39 m de diamètre, dans le désert d’Atacama (source © Chile excepcion)

Même il faut aller de plus en plus loin de l’activité humaine pour espérer retrouver de nous jours des conditions d’observations correctes de l’Espace… C’est désormais au fin fond du désert d’Atacama, au Chili, que l’Homme installe ses télescopes géants, quand il ne les embarque pas à bord de sondes spatiales pour se rapprocher au plus prêt de la source.

Assurément, le chemin parcouru depuis Pythéas, notre lointain ancêtre massaliote, est long et mérite d’être retracé : ce sera chose faite ce soir à Carnoux, pour cette conférence inédite, tout public et en accès libre : alors, n’oubliez-pas de venir !

L. V.

A Carnoux, on lorgne sur l’Univers…

22 juin 2022

Ne manquez pas la nouvelle conférence proposée par le Cercle Progressiste Carnussien qui aura lieu

Lundi 27 juin à 18h30, à Carnoux,

dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie)

La conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS

Le thème est le suivant : Du ciel à l’Univers, le long cheminement de la pensée humaine

Que serait la pensée humaine sans cette infime lumière qui nous vient des étoiles ?

C’est dans ce long cheminement de l’astronomie depuis l’antiquité jusqu’aux découvertes les plus récentes que nous entraînera Jacques Boulesteix. La conférence nous montrera comment la découverte d’un Univers en mouvement a bouleversé nos connaissances et notre imaginaire. Étoiles, nébuleuses, galaxies, big bang, mirages gravitationnels, trous noirs, masse noire, expansion, c’est un voyage de 25 siècles d’observations et de connaissances dans notre Univers âgé de presque 14 milliards d’années.

Nous vous attendons nombreux pour cette soirée tout public et en accès libre.

Déménager en vélo, c’est possible !

17 juin 2022

En ville, l’encombrement de l’espace urbain transforme parfois la livraison ou le déménagement en un véritable casse-tête. Autant le rail ou la voie fluviale peuvent-être de bonnes solutions pour le transport de marchandises sur de longues distances, autant le fameux « dernier kilomètre » peut s’avérer acrobatique. Il faut bien se rendre à l’évidence : dans les centre-villes résidentiels, la camion de livraison n’a plus sa place. Sens interdits, espaces piétonniers, pistes cyclables, plots anti-stationnement et, de plus en plus, horaires très limités réservés aux livraisons, rendent très délicate l’organisation d’un simple déménagement ou la moindre livraison. Un comble à l’heure où se développe la commande en ligne sur internet…

Faut-il alors en revenir à des solutions simples et largement éprouvées de transport par vélo ? L’idée est loin d’être neuve. Au début du XXe siècle, la bicyclette était devenue dans bien des pays un mode de transport très courant pour livrer le pain, le lait ou bien d’autres marchandises à domicile. Rien de plus facile en effet que de bricoler la fixation de paniers sur son cadre de vélo, d’y adjoindre une petite carriole, voire de le transformer en triporteur.

Livreur de lait en triporteur à Paris (source © Jean Ferrier / Occitan Aveyron)

En France, la Poste a poursuivi jusqu’à aujourd’hui ce transport du courrier par vélo en site urbain mais, il faut bien le reconnaître, l’usage était un peu tombé en désuétude de venir livrer en bicyclette des marchandises un tant soit peu encombrantes alors que les véhicule utilitaires permettaient de le faire en toute sécurité, plus rapidement et au moindre effort… A tel point que l’on en venait à s’étonner de voir dans de nombreux pays en développement, en Afrique et surtout en Asie, la quantité invraisemblable de marchandise que certains arrivent à transporter sur leur vélo en se faufilant partout, même dans une circulation dense…

Une légère surcharge pour ce livreur à bicyclette ? (source © Soolide)

Mais depuis quelques années, la mode des livraisons urbaines en vélo revient en force dans nos rues. Les livreurs de pizzas ou de plats préparés à domicile se déplacent de plus en plus souvent en deux-roues, ce qui leur permet bien souvent de gagner du temps dans leurs déplacements y compris aux heures de pointe. Avec une glacière attachée dans le dos, les coursiers à vélo de la société Deliveroo, parmi bien d’autres enseignes concurrentes, ont largement contribué à populariser ce système de livraison à domicile à la force du mollet, tout en mettant en évidence la fragilité du modèle économique qui lui est attaché et l’extrême précarité des travailleurs impliqués.

Coursiers de la société Deliveroo en vélo, pour le meilleur et pour le pire… (source © Food and sens)

Mais l’on voit fleurir désormais bien d’autres dispositifs de livraison plus sophistiqués, montés sur deux (ou trois) roues, avec ou sans assistance électrique. Le système du triporteur, déjà très répandu dans nos rues il y a plus d’un siècle, est en train de connaître un nouveau développement. Le modèle classique avec sa grosse caisse cubique posée sur un essieu à l’avant du guidon connaît un regain de popularité. Mais il cohabite désormais avec des dispositifs nettement plus sophistiqués commercialisés notamment par la société Yokler, spécialiste du triporteur utilitaire à assistance électrique avec sa caisse arrière qui permet de porter jusqu’à 150 kg de charge utile dans un bloc sécurisé, de quoi achalander les petites supérettes même en plein centre ville, là où aucun camion de livraison ne pourrait s’aventurer.

Livraison de magasin en ville par triporteur modèle Yockler U (source © Yockler)

La société Petit Forestier, spécialisée dans le transport de produits frais, a de son côté développé et commercialisé un triporteur à assistance électrique équipé d’un caisson frigorifique capable d’enfourner jusqu’à 250 kg de marchandises qu’il peut livrer à la vitesse de 15 km/h dans les rues même les plus encombrées d’un site urbain, sans problème de parking : le rêve du livreur !

Triporteur développé par la société Petit Forestier (source © Transport info)

De plus en plus fort : l’ingénieur français Charles Levillan a, quant à lui, inventé un système astucieux qui permet de transporter à vélo un chargement fixé sur une palette en bois, ce support de base de la logistique moderne qui permet de transférer rapidement n’importe quelle charge d’un camion à un entrepôt via un transpalette.

Dispositif BicyLift permettant de transporter un chargement sur palette derrière un vélo (source © FlexiModal)

Sa remorque BicyLift, brevetée et commercialisée par la société FlexiModal, permet de transporter jusqu’à 180 kg de charge utile sur une simple palette en bois tractée par un vélo. Un simple bras métallique léger se glisse dans les interstices de la palette auquel on raccorde le châssis de la remorque qui permet de soulever la charge grâce à un vérin intégré, puis d’accrocher le tout à la roue arrière du vélo, et c’est parti pour un véritable déménagement en vélo… Demain les camions de déménagement n’auront peut-être finalement plus lieu d’être dans les centre-villes urbains !

L. V.

A Seillans, on commence à manquer d’eau…

11 juin 2022

C’est une évidence que l’on a pourtant fini par oublier : en Provence, comme dans tout le bassin méditerranéen, l’eau est rare… Disposer en toute saison, même au cœur de l’été brûlant, d’un d’approvisionnement en eau de qualité et en quantité suffisante ne coule pas de source. De tout temps, l’homme a cherché, pour s’implanter, les bords de rivières et la proximité des sources abondantes. Même les grandes agglomérations comme Marseille ont, jusqu’à un passé récent, souffert du manque d’eau.

La source de la Cadière, à Vitrolles (photo © Noëlle Vionnet / Guide du Routard)

Pourtant implantée sur les bords de l’Huveaune et de son affluent, le Jarret, baignée par le cours cascadant du ruisseau des Aygalades, et alimenté par une multitude de puits domestiques, souvent percés dans le sol même des caves des maisons traditionnelles marseillaises, la cité phocéenne s’est trouvée confrontée à la nécessité d’aller chercher l’eau de plus en plus loin. Édifie dès le IXe siècle, l’aqueduc qui alimente le quartier du Panier commence par drainer les nappes phréatiques abondantes dans le quartier du Camas, avant d’être prolongé, en 1558, jusqu’au Jarret, puis, dès 1599, jusqu’aux rives de l’Huveaune dont le débit est plus important.

Vestiges de l’aqueduc de l’Huveaune, près de la porte d’Aix à Marseille (source © Tourisme Marseille)

Mais ce système reste fragile. En 1834, des inondations importantes du Jarret et de l’Huveaune provoquent une grave épidémie de choléra qui se reproduit dès l’année suivante, avec un bilan terrible de 2576 morts en 1835, année qui est aussi marquée par une forte sécheresse. Les puits tarissent et les Marseillais ne disposent plus que d’un litre d’eau par jour et par personne ! L’heure est grave et c’est alors que le maire, Maxime Consolat, décide de lancer le chantier du Canal de Marseille destiné à acheminer jusqu’au Palais Longchamp, l’eau de la Durance. L’idée n’est pas neuve puisqu’elle avait été formulée dès la Renaissance par l’ingénieur Adam de Craponne, à une période où la ville de Marseille ne comptait que 30 000 habitants.

Le Canal de Marseille (source © Bulle de Manou)

Les travaux nécessaires pour mener à bien ce projet titanesque, qui nécessite notamment la construction de l’immense aqueduc de Roquefavour pour franchir la vallée de l’Arc, sont rondement menés puisque dès 1847, l’eau de la Durance arrive enfin au cœur de Marseille. Renforcé plus tard par le Canal de Provence qui puise l’eau dans le Verdon, ce dispositif permet depuis à toute l’agglomération marseillaise de disposer d’une source d’approvisionnement en eau portable abondante et de qualité, au point de négliger totalement ses propres cours d’eau locaux devenus de véritables cloaques…

Depuis quelques années, le réseau du Canal de Provence s’est considérablement étendu, avec la construction de la liaison Verdon – Saint-Cassien qui permet désormais à l’eau du Verdon d’alimenter une bonne partie du Var jusqu’à la presqu’île de Saint-Tropez. Mais, malgré ces apports d’eau massifs prélevés et acheminés sur de longues distances depuis le bassin de la Durance, une partie du Var continue à être alimentée par des ressources en eau locales, souvent issues de sources ou puisées par forage dans les nappes souterraines.

Le village de Seillans, perché dans son écrin naturel (source © Commune de Seillans)

C’est le cas notamment pour le village de Seillans, une commune du Haut-Var, située au nord-est du département, à la limite entre le plateau calcaire de Canjuers, dont le camp militaire occupe une bonne partie du territoire communal, et les contreforts du massif volcanique de l’Estérel. Le bourg de Seillans, qui s’enorgueillit de faire partie des plus beaux villages du Var, avec ses hautes maisons de pierre, serrées les une contre les autres, le long de ruelles étroites, est typique de ces villages perchés sur leur colline au milieu d’une immense forêt de chênes pubescents, de chênes verts et de pins maritimes.

La place du village de Seillans avec sa fontaine, bientôt à sec ? (source © Expedia)

La commune ne manque théoriquement pas d’eau puisqu’elle est parcourue par de multiples cours d’eau dont le Gabre et son affluent, le Riou blanc, mais aussi le Rayol dont les gorges, admirablement préservées, renferment de belles vasques d’eau claire, ou encore le Riou de Meaulx, un affluent de l’Endre, dont le cours a été barré par un barrage pour constituer une réserve d’eau à usage de défense contre l’incendie. Mais la plupart de ces cours d’eau tarissent l’été. C’est notamment le cas du Riou Gabriel qui traverse le village et dans lequel a été implanté le lavoir des Georges, un bel ouvrage en pierres de taille datant de 1864 et qui a été rapatrié ici en 1974, lors du déplacement du village voisin de Brovès suite à l’implantation du camp militaire de Canjuers.

Le lavoir des Georges, implanté dans le lit du Riou Gabriel, à Seillans (source © Commune de Seillans)

Depuis début mai, une partie des 2000 habitants de la commune, connaît ainsi de réelles difficultés d’approvisionnement en eau potable. Le forage qui alimentait cette partie de la commune, au nord du bourg principal, et qui captait en profondeur, l’eau de la source du Baou Roux, bien qu’approfondi il y a 8 ans seulement et qui débitait, bon an mal an, pas moins de 150 m3/heure, est désormais à sec ! Depuis un mois, ce sont donc des camions-citernes qui font font 6 allers-retours chaque jour, par une piste caillouteuse qu’il a fallu renforcer pour l’occasion, afin d’alimenter le réservoir de 500  m3 qui approvisionne en eau potable les 400 habitants ainsi concernés…

L’eau ainsi charriée quotidiennement par camion provient de la source de la Siagnole, laquelle alimente aussi le bas du village. Pour le maire de la commune, René Ugo, également président de la communauté de communes du Pays de Fayence, cette situation est révélatrice des effets du changement climatique qui accentue les épisodes de sécheresse comme celui auquel est confronté cette année le Var suite à un déficit pluviométrique enregistré cet hiver. Un arrêté communal a été pris pour limiter la consommation d’eau à 150 litres par jour et par personnes, tandis qu’un arrêté préfectoral, comme d’ailleurs dans pas moins de 73 communes du département, l’arrosage des pelouses et le remplissage des piscines.

Extrait d’un document d’information diffusé sur le site de la commune de Seillans, incitant à ne pas gaspiller l’eau (source © Mairie de Seillans)

A terme, la régie intercommunale qui gère la distribution d’eau depuis 2020, prévoit d’interconnecter les différents réseaux de la commune pour faciliter l’alimentation de ce quartier. Mais il va surtout falloir aller chercher de l’eau ailleurs, a priori dans le lac de Saint-Cassien, une retenue d’eau édifiée en 1966 peu après la rupture tragique du barrage de Malpasset qui avait fait 423 morts le 2 décembre 1959, lors de son premier remplissage. Alimenté par un canal de dérivation des eaux de la Siagne, le lac de Saint-Cassien qui recouvre une partie de l’ancien aqueduc romain de Mons à Fréjus, a initialement une vocation hydro-électrique mais est rapidement devenu aussi un haut-lieu du tourisme et désormais une ressource en eau potable pour ce secteur du Haut-Var. En Provence, la bataille de l’eau est peut-être sur le point de recommencer…

L. V.