Archive for the ‘Science et techniques’ Category

Criquets : chronique d’une catastrophe annoncée

5 avril 2020

En ces temps de pandémie mondiale de coronavirus, les apôtres de malheur connaissent un beau regain d’activité, certains n’hésitant pas à inventer de toutes pièces des prédictions qu’aurait écrit Nostradamus, le célèbre apothicaire de Salon-de-Provence et auteur à ses heures perdues de prédictions astrologiques qui enflamment toujours l’imagination près de 500 ans après sa mort.

Mais la pandémie de Covid-19 qui défraye les chroniques et occupe tous nos esprits au point de mettre à l’arrêt toute l’économie mondiale après que la moitié de l’humanité se retrouve en confinement forcé, cache peut-être une autre catastrophe qui, elle-aussi, fait échos à des peurs ancestrales : une invasion de criquets fait actuellement des ravages en Afrique de l’Est, rappelant furieusement les passages les plus sombres des textes bibliques, entre la 8ème plaie d’Égypte, dont Moïse menace Pharaon, et les nuées de sauterelles qui sortent du puits au signal de trompette du 5ème ange de l’Apocalypse…

Vol de criquets pélerins (photo © Ben Curtis / AP / National Geographic)

Sauf que, en l’occurrence, cette nouvelle invasion de criquets pèlerins n’est pas qu’une simple vision, même biblique, mais une réalité qui risque de faire encore davantage de victimes que l’épidémie de coronavirus. Arrivés lundi 16 mars 2020 au Soudan du Sud, à l’heure où se mettaient en place les mesures de confinement sur notre sol, d’immenses nuées de criquets ont commencer à grignoter la végétation de ce pays, dans une région où, selon la FAO, pas moins de 12 millions de personnes sont déjà chroniquement sous-alimentées et ne survivent que grâce aux récoltes vivrières désormais menacées.

Chacun de ces criquets dévore quotidiennement l’équivalent de son poids en grignotant les feuilles qui l’entourent, soit environ 2 g. Cela paraît peu, mais on a observé tout récemment, au Kenya, un essaim dont la superficie s’étendait sur 2 400 km2, soit quasiment la surface du Luxembourg. Une telle nuée d’insecte comprendrait, selon les scientifiques, environ 200 milliards d’individus, qui prélèveront donc une masse de 400 000 tonnes de végétation chaque jour, soit l’équivalent de ce qui est nécessaire pour nourrir de l’ordre de 85 millions de personnes !

Un criquet pèlerin, Locusta migratoria (source Wikipédia)

Face à un tel fléau, on comprend donc l’inquiétude des autorités locales… En Ouganda, c’est actuellement l’armée qui s’est déployée dans les champs et aux alentours pour asperger toute la végétation d’insecticide. Seules les branches basses des arbres sont touchées et l’action a surtout pour effet de faire fuir les nuées d’insectes vers d’autres cieux, d’autant que la crainte vient surtout de ce qui se passera dans deux mois lorsque vont éclore les œufs pondus par ces nuages de criquets, au moment même où les récoltes arriveront à maturité… Un criquet pèlerin vit 3 mois en moyenne et, lorsque les conditions sont réunies, une génération de criquets peut donner naissance à l’âge adulte à un groupe de criquets 20 fois plus nombreux que le précédent, ce qui explique que la croissance de ces populations d’insectes sont aussi spectaculaire !

A la chasse aux criquets pour protéger les récoltes à Samburu, au Kenya (photo © AP / Le Monde)

Pas moins de 9 pays de l’Est africain sont désormais menacés par ces nuées de ravageurs, de Djibouti jusqu’au Soudan et de l’Érythrée jusqu’en Tanzanie, avec un risque que la propagation se poursuive à travers le Sahel jusqu’en Afrique de l’Ouest, tandis que, plus à l’Est, le Pakistan est subit également sa plus grave invasion de criquets depuis plus de 30 ans.

Chamelier sous la pluie en Arabie Saoudite début novembre 2018 (source RT France)

L’origine de ces nuées d’insectes vient des zones désertiques, du Balouchistan, près de la frontière iranienne pour ceux qui ravagent actuellement la péninsule indienne, et de l’Arabie Saoudite pour les nuées qui sévissent désormais en Afrique de l’Est. En mai 2018, la zone désertique de la péninsule arabique, le Rub al-Khali, autrement dit « le quart vide » était en effet arrosé de manière très inhabituelle sous l’effet du cyclone Mekunu, permettant l’éclosion de nombreux œufs de criquets.

Quelques mois plus tard, en octobre, c’est un autre cyclone, Luban, qui est à l’origine de pluies torrentielles entre le Yémen et le sultanat d’Oman. Sous l’effet de ces précipitations successives, peu courantes en ces contrées, trois générations successives de criquets ont ainsi connu des conditions particulièrement favorables pour se reproduire et se multiplier de manière exponentielle. Devenus grégaires, les criquets ont pu entamer leur migration à l’été 2019, s’élançant par nuées successives au dessus de la Mer Rouge et Golfe d’Aden pour s’abattre sur l’Éthiopie et la Somalie où, là encore ils ont pu trouver des conditions climatiques plutôt favorables.

Le désert a refleuri en décembre 2018 en Arabie Saoudite (source La Terre du Futur)

Et, fait exprès, les pluies anormalement intenses qui ont arrosé l’Afrique de l’Est durant l’automne 2019, suivies d’un cyclone exceptionnel survenu en décembre en Somalie, ont permis à ces populations de criquets de continuer à se multiplier de plus belles, leur permettant d’envahir le Kenya dès le mois de décembre 2019, avec un niveau d’infestation que le pays n’avait pas connu depuis 70 ans ! Depuis début février, c’est donc désormais l’Ouganda et le nord de la Tanzanie qui croulent sous les assauts de ces insectes voraces alors même que mars-avril est le début de la petite saison des pluies en Afrique de l’Est, la période où l’on sème et où les plantes commencent à pousser, autrement dit la période idéale pour que les criquets puissent se nourrir et continuer à se développer.

Pulvérisation d’insecticides par des soldats en Ouganda (photo © Sumy Sadurni / AFP / Futura Science)

Le cycle des invasions a dont toutes les chances de se poursuivre et de s’amplifier, ce qui explique l’inquiétude des agronomes et des responsables politiques locaux qui en appellent à l’aide internationale. D’autant que tout laisse penser que ces cyclones et ces précipitations inhabituelles qui sont à l’origine de ces invasions de criquets pourraient devenir encore plus fréquents et plus extrêmes au cours des années à venir, sous l’effet du réchauffement climatique global. Le phénomène est en effet largement gouverné par les écarts de températures de part et d’autre de l’Océan Indien. Lorsque les eaux s’échauffent à l’ouest, les vents d’ouest qui apportent la mousson et poussent les eaux chaudes et les précipitations vers les côtes australiennes, baissent d’intensité, ce qui se traduit par des sécheresses en Australie (avec les incendies que cette dernière a connu récemment) et de fortes pluies en Afrique de l’Est, ce qui favorise les criquets.

Un cercle infernal qui n’est pas nécessairement annonciateur de l’Apocalypse que certains redoutent mais qui risque d’aggraver fortement les difficultés économiques et sanitaires d’un continent déjà en mauvaise posture et qui devrait mobiliser notre vigilance, voire nous inciter à agir davantage pour lutter contre ce réchauffement climatique global dont on découvre chaque jour de nouveaux effets néfastes…

L. V.

Covid-19 : Panoramix et la potion magique

29 mars 2020

En ces temps de confinement généralisé pour cause d’immobilisation générale, les Français ont la chance de vivre en direct un combat de titans, un duel enflammé entre deux druides aux pouvoirs surnaturels, une épopée qui fera date dans l’Histoire, une bataille homérique, de celles qui frappent les esprits et divisent la Nation entre deux clans irréductibles et irréconciliables.

Un dessin signé Chapatte

Il faut dire que le contexte s’y prête. En ces temps troublés où notre Président de la République n’arrête pas de répéter que « nous sommes en guerre« , alors que la peur ancestrale des grandes épidémies qui déciment périodiquement l’humanité resurgit brusquement de la nuit des temps, chacun a les nerfs à fleur de peau et la période est propice à déchaîner ce type de passion.

Cette querelle qui embrase les Français depuis plusieurs jours alors que les chiffres des victimes du Covid-19 n’arrêtent pas d’augmenter inexorablement, jour après jour, opposent deux scientifiques, deux médecins, chacun bien au fait de son sujet mais qui n’ont manifestement pas la même vision des choses.

Pour faire simple, et sans être manichéen ni prétendre à quelque analogie que ce soit avec le monde footballistique, disons qu’il y a d’un côté les Marseillais et de l’autre les Parisiens, pour ne pas dire un petit village d’irréductibles gaulois massaliotes en guerre contre le pouvoir central de Lutèce, du moins si l’on en croit les médias qui montent l’affaire en épingle.

Didier Raoult, dans son bureau de l’hôpital de la Timone (photo © Georges Robert / La Provence / Maxppp)

Comme il se doit, le héraut du clan gaulois de province est une sorte de druide tout droit sorti d’un monde mythologique révolu, aux faux airs du Gandalf de la Terre du milieu imaginé par Tolkien, une sorte de Panoramix aux longs cheveux et à la barbe blanche. Sa potion magique à lui s’appelle la chloroquine. Une molécule de synthèse dérivée de la quinine, commercialisée depuis 1947 comme antipaludéen et vendu en France depuis 1949 sous le nom de Nivaquine. Longtemps utilisée en prophylaxie du paludisme, cette molécule est néanmoins considérée comme potentiellement mortelle même à dose relativement faible et ses effets secondaires, cardiaques comme neurologiques, sont importants.

Depuis les années 1960, les chercheurs ont remarqué que la chloroquine et son dérivé moins dangereux l’hydroxychloroquine présentaient un effet antiviral intéressant mais difficile à reproduire in vitro et encore moins à expliquer. Les médecins chinois de Wuhan, confrontés au nouveau coronavirus, ont donc naturellement testé cette molécule, apparemment efficace sur une culture de cellule. Leur essai clinique mené sur 15 personnes s’est néanmoins révélé plutôt décevant puisque 13 patients traités ont vu leur charge virale diminuée mais un a vu son état s’aggraver alors que, dans le groupe témoin à qui avait été administré un placébo, 14 patients ont vu leur état s’améliorer.

Un dessin signé Alex

Mais le professeur Didier Raoult, professeur en microbiologie à l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille, qu’il a lui-même fondé avec l’aide d’une subvention de 72,3 millions d’euros, la plus élevée jamais accordée en France pour la recherche médicale, est persuadé que l’association azithromycine – hydroxychloroquine, est la panacée pour guérir le Covid-19 et il le clame haut et fort sur tous les plateaux télés, largement relayé par de nombreux responsables politiques qui sont justement passés entre ses mains.

Il a même écrit, en quelques semaines seulement, un livre de circonstance qu’il vient de publier, le 23 mars 2020 aux éditions Michel Lafon et qu’il a intitulé sobrement Épidémies : vrais dangers et fausses alertes. Il y expose les résultats de son propre essai clinique qui concerne 20 patients seulement, sans contre-indication connue à la chloroquine.

Des résultats qu’il présente comme « prometteurs » bien que l’un des patients soit décédé et 5 sortis de l’essai pour passage en soins intensifs, mais des résultats qui sont fortement contestés par une large partie de la communauté scientifique française. Depuis, une nouvelle salve de résultats cliniques ont été rendus publics, sur 80 patients cette fois, dont 78 ont pu quitter les soins intensifs au bout de 5 jours, selon un article du Parisien en date du 28 mars 2020. Ce qui permet au professeur marseillais de plastronner dans la presse, notamment dans le Parisien, se permettant même de remettre en cause la stratégie nationale de lutte contre le Covid-19, affirmant par exemple que le confinement ne sert à rien et est peut-être même contre-productif : «  jamais on n’a pratiqué ainsi à l’époque moderne. On faisait ça au XIXe siècle pour le choléra à Marseille. L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne. C’est de l’improvisation sociale et on n’en mesure pas du tout les effets collatéraux ». De quoi faire grincer les dents des responsables de la politique publique de prévention…

Il faut bien reconnaître qu’avec ce genre de propos, notre Panoramix marseillais n’a pas que des amis dans le milieu médical national. Il a notamment un ennemi intime et de longue date, un certain Yves Lévy, qui n’est autre que l’époux d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la santé, laquelle a brusquement laissé tombé sa fonction en pleine crise sanitaire de pandémie mondiale pour se présenter comme candidate à la mairie de Paris où elle s’est d’ailleurs pris une veste mémorable à l’issue du premier tour…

Yves Lévy avec son épouse Agnès Buzyn (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Yves Lévy est un immunologue spécialisé dans le VIH et qui a passé une bonne partie de sa carrière à rechercher un vaccin contre le sida, ce qui lui a attiré les sarcasmes de son confrère Didier Raoult, persuadé que les spécificités mêmes du VIH rendent cette quête impossible et qui l’a fait savoir bruyamment : « C’est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n’arrivera pas »...

Il faut dire que le professeur Raoult, sous ses faux airs de sage Gandalf, a une assez haute opinion de lui-même et n’est pas forcément très charitable avec ses confrères surtout parisiens. Selon Marianne, « le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d’être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site Expert scape, a un « goût prononcé pour l’irrévérence et l’affrontement, souffle l’un de ses proches ». Pour le dire vite, Didier Raoult ne supporte pas les instances en charge de la recherche médicale en France et ne se gêne pas pour le dire haut et fort en termes peu diplomatiques : « Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m’en fiche, ma cour de jeu n’est pas la France mais le monde ».

Un Panoramix moderne qui ne brille donc pas par sa modestie, et qui, même dans le domaine des microbes, s’intéresse d’abord à ce qui sort du lot, s’étant notamment fait une spécialité de l’étude des virus géants, dont le fameux Marseillevirus que son équipe a découvert… Un expert en tout cas qui a son avis sur tout, y compris sur l’actualité politique et même le changement climatique, estimant, dans un article du point en 2014, qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998 » et concluant allègrement que «le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable ».

On se gardera bien de prendre parti dans cette récente querelle d’experts au sujet du rôle potentiel de l’hydrochloraquine dans le traitement du Covid-19, d’autant qu’il est trop tôt pour trancher puisque les résultats des essais cliniques lancés au niveau européen ne seront connus que dans plusieurs semaines, ce qui a d’ailleurs le don d’agacer notre druide phocéen qui, toujours selon Marianne envoie balader magistralement les sommités de la recherche médicale française : « l‘Inserm, aujourd’hui, je m’en fous » tout comme celles qui participent au fameux Conseil scientifique : « Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c’est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous ».

L’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, inauguré en 2018, après de sombres attaques pour harcèlement en son sein (photo © Gomet)

Ambiance, ambiance… En réalité, si les tensions sont aussi fortes entre ces deux hommes que tout oppose, c’est que leurs intérêts se sont heurtés. Nommé en 2014 directeur général de l’INSERM, Yves Lévy s’est en effet efforcé de faire revenir dans le giron de cet organisme national les Instituts hospitalouniversitaires (IHU) qui avaient été créés sous la forme de fondations afin de pouvoir drainer d’importants fonds privés. Didier Raoult s’est trouvé alors en première ligne pour défendre ce modèle des IHU indépendants des instances nationales de recherche et notamment celui de Marseille qu’il a fondé et dans lequel il a transféré ses laboratoires en 2018, un IHU auquel Yves Lévy a retiré le label du CNRS en 2018, juste avant de quitter la tête de l’INSERM pour venir pantoufler au Conseil d’État, de quoi agacer encore un peu plus son cher confrère marseillais, si cela pouvait encore être possible.

La France est en guerre, mais il est rassurant de constater que cela n’empêche pas nos compatriotes, même aux plus hautes responsabilités, de se livrer à quelques petites chamailleries de bon aloi, signe que l’atavisme gaulois garde une certaine vitalité…

L. V.

Espoir de regain sur le plateau de Valensole ?

28 mars 2020

Champs de blé sur le plateau de Valensole (source © DREAL PACA)

Le plateau de Valensole, c’est cet immense plateau qui s’étend sur plus de 80 000 hectares entre Digne et Forcalquiers, dans les Alpes de Haute-Provence, en rive gauche de la Durance. Les sédiments issus de l’érosion des Alpes s’y sont accumulés sur des épaisseurs de plusieurs centaines de mètres sous forme de cailloutis calcaires et de poudingues. Les affluents de la Durance, parmi lesquels l’Asse, la Bléone et le Verdon au sud, entaillent profondément ce plateau dont l’altitude moyenne ne dépasse guère 500 m.

Jusque dans les années 1950, les zones de plateau étaient cultivées en blé, planté au milieu de rangées d’amandiers qui permettaient de puiser l’eau du sol en profondeur via leur système racinaire et protégeaient les cultures céréalières de l’évaporation en faisant de l’ombrage. Les exploitations ne dépassaient guère 20 à 40 ha et la fertilisation se faisait grâce aux déjections des troupeaux de brebis qui parcouraient les terres. Les fermes étaient plutôt implantées dans les vallées, près des sources qui permettaient une irrigation locale pour le jardinage et le petit élevage, tandis que de grands espaces du plateau restaient boisés, servant de lieux de pâturage, de réserve de bois de chauffage mais aussi pour la chasse et le ramassage des truffes.

Champ de lavandin sur le plateau de Valensole (photo © Audrey Vautherot / Gralon)

A partir des années 1950, ce système agro-écologique a subi de profondes mutations. La tracteur a remplacé le cheval de labour et les exploitations se sont très rapidement agrandies sur l’ensemble du plateau. Tous les amandiers ont été arrachés car ils gênaient le labour, rapidement remplacés par une autre culture de rente : le lavandin, alors très demandé pour la production de lessives. Des distilleries se sont installées dans les vallées tandis que le blé tendre, cultivé jusqu’alors mais qui n’était plus concurrentiel face aux exploitations céréalières du bassin parisien, a cédé la place au blé dur, plus résistant à la sécheresse.

La quasi totalité du plateau encore boisé a été défrichée pour étendre les cultures. Plus de la moitié des exploitations agricoles a disparu et la taille moyenne des exploitations est désormais de l’ordre de 100 ha, un remembrement général ayant été opéré dans les années 1980. Il ne resterait actuellement qu’une cinquantaine d’exploitants agricoles pour une surface agricole utile estimée à 17 000 ha. L’élevage a quasiment disparu du paysage agricole, de même que les cultures de sainfoin, une légumineuse mellifère autrefois très répandue comme plante fourragère et qui favorise la fixation de l’azote dans les sols.

Dans le système agricole dominant qui caractérise désormais le plateau de Valensole depuis près de 70 ans, les rotations de culture se font classiquement entre le lavandin (8 ans en moyenne) et le blé dur (12 ans). La fertilisation se fait exclusivement à l’aide d’engrais chimiques et le désherbage, particulièrement délicat pour le lavandin, avec de fortes doses d’herbicides.

Labour sur le plateau de Valensole (source © YouTube)

Un système de production agricole qui connaît désormais ses limites. Depuis une trentaine d’années, les teneurs en pesticides et en nitrates relevés dans les puits et les forages du secteur sont montés en flèche, dépassant allègrement les limites autorisées pour pouvoir encore exploiter ces eaux pour l’alimentation en eau potable, même après traitement. Les sols du plateau se caractérisent en effet par une grande fragilité à l’érosion. Leur teneur en matière organique a considérablement baissé depuis que la fertilisation se fait uniquement par voie chimique, ce qui réduit fortement leur capacité de rétention. Quant au labour, le fait d’utiliser des tracteurs de plus en plus lourds et des charrues de plus en plus profondes, a fortement déstructuré et tassé les sols, ce qui freine le développement racinaire et rend les sols plus sensible au lessivage lors des violents orages méditerranéens types de cette région.

Borne d’irrigation de la SCP sur le plateau de Valensole (source © PNR Verdon)

Dans les années 1980, pour accompagner ce développement agricole du plateau de Valensole, il a été décidé un vaste programme d’alimentation en eau par transfert depuis le Verdon. Réalisé par la Société du Canal de Provence, ce programme, réalisé pour l’essentiel entre 1989 et 2000 a permis l’alimentation en eau potable de 11 communes et la mise en place d’un réseau d’irrigation qui concerne désormais 3 200 ha, dans la partie sud du plateau. Un apport d’eau extérieur qui permet de sécuriser les cultures de blé et de lavandin, jusque là conduites à sec mais qui sont de plus en plus vulnérables aux périodes de sécheresse, plus fréquentes du fait du changement climatique mais aussi accentuées par cette perte de matière organique des sols.

Et ce n’est pas fini puisqu’en 2016, la Société du Canal de Provence (SCP), en collaboration avec la Région PACA, le Département et la Chambre d’Agriculture, a lancé une étude d’avant-projet pour poursuivre le développement de ce réseau d’irrigation afin de l’étendre sur 5 600 ha supplémentaires. Un investissement ambitieux puisqu’il a été chiffré à plus de 60 millions d’euros HT, nécessitant de gros travaux pour poser environ 17,6 km de canalisations de gros diamètre, tout en renforçant la station de pompage de Pradelles, qui permet de remonter sur le plateau l’eau puisée dans le lac de Sainte-Croix. Des travaux titanesques qui débuteront fin 2020 et devraient s’achever en 2022, ouvrant ensuite la voie à des développement de réseaux sur certaines communes.

Culture mécanisée de lavandin sur le plateau de Valensole et mise en évidence de l’érosion des sols dont les éléments fins sont lessivés sur les hauteurs (photo © Mireille Dosso / Montpellier SupAgro)

La logique de ce développement de l’irrigation sur le plateau de Valensole par un apport de l’eau du Verdon ressemble beaucoup à une fuite en avant des agriculteurs qui ont mis en place un système de production manifestement non durable puisque les pratiques agricoles deviennent fortement vulnérables du fait du changement climatique, mais surtout du fait de la pollution des ressources en eau locales et de la destruction des sols. L’étude d’impact réalisée par la SCP a ainsi mis en évidence que depuis 2007 seulement, pas moins d’un tiers des captages d’eau potable du secteur d’étude ont dû être abandonnés du fait d’une teneur en pesticides et/ou en nitrates très supérieure aux normes autorisées pour leur exploitation. Faire venir à grands frais (pour la collectivité) de l’eau du Verdon afin de se substituer à ces ressources en eau locales devenues inutilisables tout en développant l’irrigation, donc le lessivage des sols et la pollution des nappes souterraines, ne paraît donc pas à première vue une voie très raisonnable…

Heureusement, une certaine prise de conscience de ces errements semble émerger peu à peu. Depuis plusieurs années, sous l’impulsion du Parc Naturel Régional du Verdon et en collaboration avec la chaire d’entreprise de Montpellier SupAgro (AgroSYS), l’Agence de l’Eau et la Chambre d’Agriculture, le projet REGAIN a permis de mettre en place un programme de suivi de la qualité biologique des sols du plateau et d’accompagner des agriculteurs volontaires pour faire évoluer leurs pratiques culturales. Plus de 4 km de haies ont ainsi été plantées pour tenter de limiter l’érosion des sols tandis que des essais d’enherbement de légumineuses entre les rangs de lavandin font l’objet d’observations encourageantes.

Plantation de haie sur le plateau de Valensole à l’initiative du PNR Verdon en décembre 2016 à Saint-Jurs (source © PNR Verdon)

Il reste assurément un long chemin à parcourir avant de retrouver, peut-être, un nouvel équilibre agro-écologique durable sur cet écosystème fragile et si spécifique qu’est le plateau de Valensole, mais un espoir est encore permis…

L. V.

Un éléphant, ça rapporte énormément…

20 mars 2020

C’est désormais inscrit dans la loi française : l’article L-1246 du Code Civil, issu de la loi sur la biodiversité adoptée le 8 août 2016, prévoit explicitement que « Toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer ». Reste à définir ce qu’est un préjudice écologique et surtout comment l’évaluer pour permettre de le réparer… Eh bien, justement, le jugement que vient de rendre le 6 mars 2020 le Tribunal de grande instance de Marseille fixe un cadre pour cela, qui devrait faire jurisprudence puisque c’est la première affaire d’importance de ce genre qui est jugée en France.

Des braconniers lourdement condamnés (photo © Z. Sanders / Caters / SIPA / 20 minutes)

Il s’agit bien entendu des braconniers qui, pendant des années, de 2013 à 2017 au moins, ont consciencieusement pillé les fonds marins du Parc national des Calanques, pour alimenter en toute illégalité de nombreux restaurateurs et revendeurs de la place. Déjà lourdement condamnés au pénal en juillet 2018 à des peines de prison avec sursis de 15 à 18 mois, ils attendaient d’être jugés au civil et le Parc national des Calanques les attendait au tournant, espérant bien obtenir un jugement exemplaire et surtout dissuasif.

Évaluer à combien s’élève le préjudice écologique de prélèvements ciblés aussi massifs dans un milieu naturel déjà fragilisé et soumis à de multiples pressions anthropiques n’est de fait pas si facile qu’il n’y paraît. Ce sont en effet au minimum 4,6 tonnes de poissons et de coquillages qui auraient été pêchés en toute illégalité par ces semi-professionnels, dont au moins 320 kg de poulpes et 16 800 douzaines d’oursins, mais aussi de nombreux corbs et autres mérous, chaque espèce ayant un rôle bien précis à jouer dans la pyramide alimentaire du milieu sous-marin.

Les mérous des Calanques, menacés par un braconnage à grande échelle (photo © Frédéric Fedorowsky / Parc national des Calanques)

Sur la base d’expertises très étayées, le Parc national des Calanques avait évalué à 450 000 € le préjudice écologique subi, soit bien davantage que le simple prix au kg des espèces pêchées ! Et le tribunal a globalement suivi son raisonnement puisque les pêcheurs indélicats ont été condamnés à payer 385 000 € au titre du préjudice écologique et à verser au Parc national des Calanques 20 000 € supplémentaires au titre du préjudice subi pour atteinte à sa mission ainsi que 15 000 € pour le préjudice concernant l’image et la réputation du Parc qui a effectivement été considéré pendant des années comme une passoire parfaitement inutile et incapable de protéger les fonds marins d’une grande richesse qui lui ont été confiés.

Bien entendu, les prévenus feront appel du jugement, mais c’est quand même une victoire importante pour ceux qui considèrent que les espaces naturels ne sont pas seulement un supermarché ouvert à tous et dans lequel chacun peut venir braconner à sa guise, mais d’abord des écosystèmes dont on a bien du mal à percevoir toute l’utilité pour l’équilibre global de la planète.

Une baleine bleue croise un plongeur en Malaisie (photo © Jason Isley / Scubazoo / Réseau Cétacés)

L’idée n’est pourtant pas nouvelle et même le Fonds monétaire international a fait tourner sa calculette pour évaluer quel est le bénéfice écologique d’une baleine, lequel a été chiffré à 2 millions de dollars. En effet, chaque baleine stocke, tout au long de sa vie, pas moins de 33 tonnes de CO2 et continue de fournir des bénéfices inestimables au milieu marin même après sa mort, sa carcasse servant de nourriture à de nombreuses espèces de poissons et de refuge à de multiples crustacés et mollusques.

En 2014, l’ONG David Sheldrick Wildlife Trust, spécialisée dans la protection des espèces animales menacées en Afrique, avait déjà montré que trois espèces emblématiques et fortement braconnées, à savoir les raies manta, les requins et les éléphants, ont en réalité bien plus de valeur vivants que morts. Son rapport, intitulé Dead ou Alive, évaluait ainsi à près de 1,6 million d’euros le bénéfice financier apporté par un éléphant d’Afrique au cours de son existence qui atteint 70 ans en moyenne, et ceci en prenant simplement en considération les revenus touristiques que se seule présente permet de générer dans des pays comme le Kenya ou la Tanzanie, où l’écotourisme est parvenu à un haut niveau de développement.

Réserve d’un trafiquant d’ivoire au Cameroun (photo © Franck Bafeli / Camer.be)

Par comparaison, la valeur des défenses d’ivoire d’un éléphant massacré ne dépasse pas 16 500 € au marché noir de l’or blanc. Ce dernier chiffre serait issu des observations effectuées à l’occasion des nombreuses saisies de cargaison d’ivoire effectuées au cours de cette année là dans le monde : pas moins de 43 saisies ont été effectuées, pour un montant global estimé à 29 millions d’euros, représentant au total pas moins de 18 tonnes d’ivoire arraché à environ 2000 éléphants. Bien entendu, ces saisies, souvent réalisées de manière fortuite, ne représentent qu’une infime partie, sans doute moins de 10 %, de ce trafic d’ivoire dont on estime qu’il se traduit par le massacre d’un éléphant toutes les 15 mn en moyenne !

Troupeau d’éléphants à Virunga National Park, République démocratique du Congo (photo © Finbarr O’Reilly / Reuters / Slate Afrique)

Ce raisonnement purement économique n’est valable que dans les pays où le tourisme animalier est suffisamment développé pour pouvoir valoriser l’attrait que peuvent représenter ces pachydermes. Ailleurs, et c’est notamment le cas en République démocratique du Congo, pays fortement déstabilisé et ouvert à tous les trafics, de l’ivoire comme des minerais, les populations, souvent elles-mêmes victimes des dégâts que peuvent faire les éléphants dans leurs plantations, n’hésitent guère à participer à ces activités lucratives de braconnage. Au prix où se négocie la défense d’éléphant et plus encore celle de rhinocéros, très prisée sur le marché chinois des aphrodisiaques et autres poudres de Perlimpinpin, il est bien difficile de stopper un tel massacre organisé parfois avec de très lourds moyens logistiques et qui alimente des filières quasi industrielles depuis les ports et aéroports de l’Est africains vers la Malaisie, plaque tournante du trafic vers le Sud-Est asiatique.

On se doute bien que l’exemplarité du jugement rendu ce mois-ci à Marseille à l’encontre des braconniers des Calanques ne suffira pas à dissuader les trafiquants d’ivoire qui sévissent encore à très grande échelle : la biodiversité a bien du souci à se faire…

L.  V.

Aygalades : des eaux nickel chrome, ou presque…

16 mars 2020

La cascade des Aygalades : un petit coin de paradis marseillais… (source © Le retour de la vengeance)

Le ruisseau des Aygalades fait partie de ces petits coins de paradis que la Ville de Marseille a complètement dégradés sous l’effet de l’urbanisation et surtout de l’activité industrielle intense qu’a connue ce secteur au cours du siècle dernier. Une partie des anciennes industries qui fleurissaient dans la zone a fermé ses portes depuis longtemps, laissant ça et là dans le paysage des traces de leur activité, datant d’une époque où personne et surtout pas les patrons d’usines ne se préoccupait de préserver l’environnement.

Terril de résidus de bauxite à Saint-Louis des Aygalades (source © reves2voyages)

Un terril de résidus de bauxite est ainsi encore présent, à deux pas du ruisseau des Aygalades, vestige de l’ancienne usine Alusuisse de fabrication d’alumine qui s’était implantée à Saint-Louis des Aygalades en 1906 et qui employait près de 800 ouvriers en 1913. Modernisée en 1948, l’usine a continué à fabriquer de l’alumine jusqu’en 1968 avant de passer à la production de gallium jusqu’à sa fermeture définitive en 1977.


L’usine Alusuisse en 1913 (photo © Roland Desquines / photos rassemblées par Pierre Mioche et publiées dans Cahiers d’histoire de l’alumine / cairn.info)

Mais d’autres usines métallurgiques ont poursuivi leur activité dans le quartier. Parmi elles, Protec Métaux d’Arenc (PMA), une société créée en 1962 mais installée dans le quartier depuis 1983 et spécialisée dans le traitement de surface des métaux et la peinture pour l’industrie aéronautique. De nombreux dépassements des seuils autorisés par l’arrêté préfectoral de 1992 avaient conduit le site à installer une station d’épuration en 2009 afin de mieux traiter ses effluents industriels avant rejet.

Vue aérienne de l’usine PMA dans le 15ème arrondissement de Marseille (source © geoportail)

Mais durant l’été 2013, des ouvriers qui travaillaient dans le tunnel ferroviaire de Soulat, qui se situe à 400 m en contrebas de l’usine, ont eu la mauvaise surprise de voir suinter des écoulements d’eau étonnamment colorée qui s’est avérée être exceptionnellement riche en chrome hexavalent Cr (VI). Les concentrations en chrome VI mesurées dans ces résurgences atteignaient 127 mg/l ce qui représente plus de 2500 fois la limite maximale jugée admissible qui est de 0,05 g/l, soit 50 microgrammes par litre. Et encore, cette limite maximale autorisée pour l’eau potable prend en compte la totalité du chrome, y compris de chrome III, nettement plus abondant y compris à l’état naturel !

Cette forme d’oxydation rare du chrome se retrouve dans différents produits dont le chromate de strontium ou le trioxyde de chrome, tous utilisés classiquement dans différents procédés de traitement industriels de surface. Sous cette forme, le chrome VI est un cation extrêmement oxydant, particulièrement dangereux tant pour la santé humaine que pour l’environnement. Il est considéré comme mutagène, cancérogène et reprotoxique. Son inhalation est même potentiellement mortelle…

Les investigations menées dès septembre 2013 par les inspecteurs de l’environnement en charge du suivi des installations classées n’ont eu bien entendu aucun mal à remonter la source de ces écoulements riches en chrome VI. Ils ont constaté que les cuves dans lesquelles la société PMA stockait ses produits à base de chrome VI étaient largement fuyardes, permettant au produit de s’infiltrer directement dans le sol vers la nappe phréatique.

Des travaux ont été immédiatement prescrits pour revoir l’étanchéité de ces cuves, et des études ont été lancées pour identifier l’ampleur de la contamination autour de l’usine. Dès 2014, l’usine a été condamnée à payer une amende pour atteinte à l’environnement et le Préfet a adressé un courrier à la Ville de Marseille pour l’avertir du danger et lui demander de prendre un arrêté pour restreindre l’usage des eaux souterraines autour du secteur contaminé.

Arroser ses tomates avec une eau chargée en chrome VI : a éviter… (photo © artursfoto / actu-environnement)

Comme tout quartier ouvrier, le secteur des Aygalades contient en effet de nombreux habitats pavillonnaires avec jardins, le développement industriel de la zone s’étant justement appuyé sur cette proximité de la main d’œuvre, souvent d’origine immigrée (italienne notamment), qui logeait à proximité des sites de production. Juste en aval du site se trouve d’ailleurs le « Jardin du cheminot », avec ses parcelles cultivées par des agents de la SNCF.

Sauf que la Ville de Marseille a mis 6 ans pour réagir à ce courrier en prendre enfin, le 19 mars 2019, un arrêté instaurant un périmètre de sécurité dans un rayon d’un kilomètre autour de l’usine et restreignant l’usage des eaux souterraines dans ce secteur. Bien entendu, le recours à l’eau du robinet n’est pas impacté dans ce périmètre puisque, comme chacun sait, l’eau qui est distribuée dans l’agglomération marseillaise ne vient pas d’ici mais est puisé dans la Durance et le Verdon. Seul le recours aux puits domestiques est donc interdit. Les habitants de la zone impactée n’ont, eux, appris l’information qu’en novembre 2019, par un courrier émanant des services de l’État (DREAL) et non de la Ville.

Si la Ville a fini par réagir sous la poussée des services de l’État, c’est que les mesures effectuées périodiquement par ces derniers depuis 2014, montrent que les concentrations en chrome VI ne baissent que très peu. On retrouve encore, en 2017, 4 ans après la pollution initiale, des concentrations de chrome VI qui dépassent allègrement 40 voire 50 microgrammes par litre, ce qui représente encore plus de 5 fois la limite autorisée.

Et le pire, c’est qu’on constate que cette pollution au chrome a depuis migré dans les eaux de surface. Une étude scientifique, menée entre novembre 2016 et août 2018 par l’Institut méditerranée de biodiversité et d’écologie (IMBE), dont Marsactu s’est fait récemment l’écho, a en effet mis en évidence des taux de chrome VI très inquiétants et totalement hors-norme de 70 microgrammes par litre, précisément en aval de l’usine. Ce qui confirme sans doute possible que le chrome est toujours présent en quantités significatives dans les nappes souterraines où il poursuit sa lente migration vers l’aval.

Tracé du périmètre de restriction de l’utilisation des eaux souterraines autour de l’usine PMA (source © France 3)

Une enquête publique a donc été lancée car le périmètre de sécurité renferme quand même plus de 9000 habitants et contient, outre le lycée Saint-Exupéry ou l’école maternelle Saint-Louis-Consolat, de nombreux jardins dont on ne connaît pas la teneur en chrome VI dans la terre. De nouvelles analyses ont été faites sur 25 puits et forages, dont une quinzaine au moins utilisés régulièrement pour remplir des piscines ou arroser des jardins, et quelques uns montrent encore des concentrations en chrome VI supérieures aux limites autorisées.

Saisi par France nature environnement, le député François-Michel Lambert a d’ailleurs déposé le 18 février 2020, selon actu-environnement, une question écrite au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, pour lui demander d’ordonner une enquête épidémiologique et toxicologique. « Cette enquête permettra de savoir quelles peuvent être les conséquences de cette pollution sur la population, de soigner les gens intoxiqués si nécessaire, et enfin d’enclencher des poursuites contre les responsables », précise-t-il. Emporté par sa lancée, le député n’hésite pas à frapper fort et envisage carrément de déposer une demande de mise sous tutelle de la ville de Marseille si d’autres « incuries quant à la protection des citoyens » venaient à se produire. A Marseille, on n’y va pas avec le dos de la cuillère, même chromée…

L. V.

A Carnoux, des huîtres en or…

14 mars 2020

Carnoux n’est pas si éloignée de la Méditerranée. Mais c’est de l’étang de Thau, dans l’Hérault, que viennent les huîtres et les moules que chacun peut y déguster. Depuis plusieurs années, en effet, les Carnussiens ont la chance de pouvoir s’approvisionner en huîtres toutes fraîches apportées à domicile par un conchyliculteur installé à Mèze, en bordure de l’étang de Thau et vendues directement du producteur au consommateur : un modèle de circuit court qui évite tout intermédiaire, limite au strict minimum les impacts environnementaux et garantit à la fois une juste rémunération du producteur et un prix très abordable pour le consommateur. A se demander même pourquoi on a inventé les supermarchés alors que les circuits courts de commercialisation sont si avantageux pour tout le monde !

Le stand ambulant de MC Coquillage (source © Facebook / MC Coquillage)

Et, cerise sur le gâteau, voilà que les huîtres de MC Coquillage, vendues chaque semaine à Carnoux du côté du Moulin des Calanques, peuvent désormais s’enorgueillir d’une médaille d’or recueillie début 2020 lors du Concours général agricole organisé à Paris par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Une belle consécration affichée sur le stand de MC Coquillages à Carnoux (photo © JB/CPC)

Cette manifestation festive, qui vient de fêter ses 150 ans puisqu’elle est organisée chaque année depuis 1870, malgré quelques interruptions, en marge du Salon de l’Agriculture, récompense chaque année les meilleurs produits agricoles du terroir. Cette année, ce sont pas moins de 82 produits issus de l’aquaculture qui ont ainsi été primés lors du Concours général agricole, parmi lesquels 6 seulement issus du bassin méditerranéen, dont les fameuses huîtres creuses produites par MC Coquillage, celles-là mêmes que l’on peut acheter à Carnoux en vente directe !

Les huîtres MC Coquillages primées à Paris (source © Concours général agricole)

En Méditerranée, l’essentiel de la production d’huîtres et de moules provient précisément de l’étang de Thau, cette vaste lagune maritime de 7500 hectares, séparée du Golfe du Lion par un cordon littoral sableux qui relie le Mont Saint-Loup au sud, un ancien complexe volcanique situé près d’Agde, au Mont Saint-Clair, au nord, près de la ville portuaire de Sète. Ce site a toujours été favorable pour la récolte puis l’élevage des huîtres. Les fouilles archéologiques effectuées sur la villa gallo-romaine de Loupian et près des rives de l’étang attestent que les Romains, qui adoraient les huîtres (uniquement plates à l’époque) y avaient déjà développé les prémisses d’une activité ostréicole structurée.

La culture des moules y serait apparue plus tard, entre le IV et le Vème siècle, mais il a fallu attendre la seconde moitié du XIXème siècle pour que se développe une conchyliculture plus industrielle, les huîtres étant alors élevées sur des radeaux flottants installés dans les canaux de Sète. La pollution des eaux a ensuite obligé les élevages d’huîtres à se reporter sur des sites moins urbanisés, concentrés désormais au large de Bouzigues et de Mèze, dans la partie nord de l’étang.

C’est en 1925 qu’un entrepreneur en maçonnerie a eu l’idée de remplacer les radeaux flottants par des structures pyramidales immergées en béton, sur lesquelles les coquilles d’huîtres sont collées à l’aide d’un mortier de ciment. Ces structures ont ensuite été remplacées par des pieux en bois de palétuvier,faiblement putrescibles, puis, depuis une trentaine d’années, par des cordages synthétique en nylon, sur lesquels on continue à coller les jeunes huîtres.

Les tables sur l’étang de Thau (source © Facebook / MC Coquillage)

En 1970, pour mettre un peu d’ordre dans les élevages conchylicoles qui avaient tendance à se multiplier de manière totalement anarchique, un remembrement a été organisé. Depuis lors, le nombre des concessions est figé, organisé en 2750 « tables » de dimensions standardisées 12 x 50 m, couvrant au total une superficie de 352 ha. Chacune de ces tables est constituée de 33 pieux entre lesquels sont tendues entre 1000 et 1200 cordes servant de supports aux huîtres. Le tout permet de produire chaque année près de 13 000 tonnes d’huîtres et d’employer environ 2000 personnes, un gros enjeu économique local.

Une table avec ses huîtres sur cordes dans l’étang de Thau (photo © Christophe Fortin / Midi Libre)

Ce dispositif bloque du coup toute nouvelle installation, les exploitations étant reprises souvent au sein de la famille. De fait, la plupart des quelques 150 exploitations de Mèze sont de petites structures familiales où il s’agit d’être fortement polyvalent puisque le conchyliculteur doit maîtriser à la fois les techniques d’élevage, l’entretien des tables, mais aussi les normes sanitaires et environnementales, de plus en plus sévères, ainsi bien sûr que la préparation et la commercialisation de ses produits…

Du fait du développement de l’urbanisation autour de l’étang, les producteurs sont en effet confrontés depuis plus de 30 ans à des crises sanitaires périodiques. Une première interdiction de consommation a frappé le secteur fin 1989 et d’autres se sont succédé depuis. La dernière en date a pris fin le 20 janvier 2020, suite à un constat de présence de germes pathogènes constaté en décembre précédent.

L’étang de Thau, vaste lagune méditerranéenne (source © Syndicat mixte du Bassin de Thau)

De gros efforts ont été fait ces dernières années précisément pour améliorer le traitement des eaux usées et des rejets industriels tout autour de l’étang de Thau, afin de réduire ces risques de pollution accidentels ou saisonniers. Plusieurs contrats de lagune ont été mis en œuvre, ainsi qu’un contrat de gestion intégré du territoire, porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau, et qui a permis d’engager plus de 500 millions d’euros d’investissement entre 2012 et 2018.

Associant pas moins de 11 partenaires, ce contrat a permis d’engager une gestion plus équilibrée de la ressource en eau et une meilleure préservation de la qualité de l’eau et du milieu aquatique, dans le cadre d’une gouvernance où se retrouvent aussi bien l’État que les collectivités locales, aux côtés de l’Agence de l’Eau mais aussi de la Prud’hommie de l’étang de Thau ou du Comité régional conchylicole de Méditerranée. Un bel exemple d’action concertée pour laquelle enjeux économiques et environnementaux se rejoignent…

L. V.

Faut-il avoir peur du coronavirus ?

7 mars 2020

L’affaire est en train de tourner à la psychose collective. La pandémie de coronavirus qui s’étend peu à peu génère des comportements de panique et de repli sur soi. Ce qui n’était perçu il y a quelques mois encore que comme un gros rhume un peu spécifique centré sur la ville chinoise de Wuhan, est en passe de devenir un fléau mondial qui incite certains à cesser toute activité sociale, à faire des stocks de pâtes au supermarché puis à se calfeutrer chez soi…

Un dessin du Canadien Côté (source © Le Monde)

A ce stade, début mars 2020, on recense désormais plus de 100 000 cas déclarés de personnes touchées par cette épidémie dénommé COVID-19 (pour coronavirus desease 2019) dont la majorité apparaissent désormais dans d’autres pays que la Chine, foyer initial mais qui a très rapidement essaimé sur toute la planète grâce aux bienfaits de la mondialisation des échanges. A ce jour, ce sont au moins 96 pays qui sont concernés, le premier cas d’infection hors territoire chinois ne datant que du 13 janvier 2020, ce qui atteste en tout cas de la vitesse de propagation du phénomène.

Les symptômes du Coronavirus (infographie © Le Parisien)

A ce jour, on considère qu’un peu plus de 3400 personnes sont décédés suite à cette maladie dont plus de 3000 sur le seul territoire chinois, même si d’autres foyers importants ont été identifiés notamment en Corée du Sud, en Iran ou en Italie. La France fait désormais partie des pays européens les plus concernés. On recense à ce jour 613 cas déclarés, un chiffre qui augmente de jour en jour. On dénombre à ce jour 9 morts sur le territoire national et une petite quarantaine de cas considérés dans un état grave. La totalité des régions métropolitaines est désormais concernée avec au moins sept cas dans le département des Bouches-du-Rhône.

Faut-il pour autant céder à la panique ? Certains s’en défendent et préfèrent utiliser l’humour, comme ce commerçant belge qui a organisé une campagne de promotion originale destinée à doper les ventes de la bière de marque Corona, dont les ventes ont chuté de 38 % aux États-Unis par le seul fait de l’homonymie avec le virus… Le Shop and go de Bruxelles a trouvé la parade en offrant à ses clients des lots attractifs : « 2 Corona achetées = 1 Mort subite offerte« . Un humour belge qui a ravi les réseaux sociaux mais que n’a guère goûté la Direction du groupe de distribution Delhaize qui a fait rapidement retirer les affiches !

De l’humour belge qui ne fait pas rire tout le monde…. (source © RTBF)

Pourtant, les coronavirus ne sont pas des inconnus. Il s’agit d’une famille de virus spécifiques à nombre de mammifères et d’oiseaux, qui provoquent, chez l’homme, des infections des voies respiratoires, simples rhumes la plupart du temps, mais avec des formes parfois plus graves comme lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait déjà sévi en 2002-2003, provoquant près de 800 morts en Chine, Hong Kong et Singapour. La pneumopathie qui a atteint plusieurs patients à Wuhan en décembre 2019 avant de se répandre un peu partout, est issue d’une forme pathogène spécifique de coronavirus, identifié sous le nom de SARS-CoV 2 et dont on découvre peu à peu les caractéristiques.

Le professeur Eric Caumes (source © Edimark)

Selon un article très pédagogique rédigé par le journaliste médecin Jean-Yves Nau, à partir d’éléments communiqués par le professeur Eric Caumes, expert en infectiologie à la Pité-Salpêtrière, le taux de mortalité de cette infection reste très faible et concentré sur les personnes âgées et fragiles : les enfants et jeunes adultes en bonne santé ne meurent pas de cette pathologie. Le taux de contagion est du même ordre que celui d’une grippe classique : une personne infectée en contamine en moyenne 2 à 3. Mais certains font beaucoup mieux, sans qu’on sache très bien à quoi sont dues ces capacités de « super-propagateurs » : un Britannique, pourtant désormais en pleine forme, a ainsi contaminé à lui tout seul au moins une quinzaine de personnes, dont des Français croisés à la station de ski des Contamines-Montjoie…

La difficulté principale liée à cette infection est que 35 à 50 % des patients contaminés sont porteurs sains et ne présentent aucune pathologie. Ce taux, qui varie selon les études, reste encore à préciser, mais il est en tout cas très élevé, ce qui complique fortement les politiques publiques de prévention. Une telle épidémie est tout simplement impossible à arrêter par des méthodes classiques de prévention… Pour l’instant, on soigne les symptômes mais aucun traitement n’est encore disponible pour éradiquer l’infection. Ce n’est pas forcément très grave puisque le taux de mortalité reste relativement faible. La principale crainte des épidémiologistes n’est pas que la pandémie provoque de nombreuses victimes, mais surtout qu’elle ne vienne engorger nos établissements de santé déjà complètement débordés et à bout de souffle…

Un dessin signé Picou publié dans le Petit Bleu des Côtes d’Armor (source © Actu insolite)

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les consignes diffusés par les autorités sanitaires ont évolué aussi rapidement. Contenir la diffusion de la maladie en mettant en quarantaine (en fait en isolant pendant 14 jours seulement puisque la durée d’incubation est assez brève) ceux qui revenaient d’un pays jugé à risque n’avait de sens que pendant une certaine période. Dès lors que l’épidémie est installée en France avec des foyers un peu partout, rien ne sert de maintenir de telles consignes. L’objectif actuel est donc d’éviter que les personnes infectées, et qui pour la plupart ne s’en rendent même pas compte, ne contaminent d’autres jugés fragiles. D’où les conseils visant à se laver fréquemment les mains, à conserver autant que possible une distance de sécurité avec les autres et de ne pas rendre visite plus que nécessaire aux personnes âgées et en mauvaise santé, afin de les protéger de toute contamination inopportune.

Bref, l’épidémie COVID-19 n’est pas la peste du XXIe siècle ! Rien ne sert de s’affoler face à une épidémie qui se propage très vite mais qui n’est pas si dangereuse en termes de santé publique. Les conséquences sociales et économiques liées à la gestion de la crise seront sans aucun doute plus graves que les dommages sanitaires proprement dits, surtout si viennent se manifester des peurs irrationnelles et des fantasmes irraisonnés, sources de comportements inadaptés. Une bonne occasion de vérifier si, comme le disait le philosophe, l’Homme est bien un animal doué de raison….

L. V.

La pistache de Provence, nouvel or vert ?

24 février 2020

Pas d’apéro sans pistache… (photo © nelea33 / Shutterstock / Infodurable)

« Une pistache dépourvue de graine est confuse dès qu’elle ouvre la bouche » affirme, paraît-il un proverbe persan. Quelle déception en effet quand, à l’heure de l’apéro, on casse une coque de pistache et qu’on n’y trouve que le vide ! Car au même titre que l’amande grillée ou l’olive, la pistache fait partie de ces ingrédients indispensables pour accompagner un verre de pastis à la fraîche. Même Voltaire, qui n’était pourtant pas un Méditerranéen, évoquait ce fruit, que l’on grignote depuis l’Antiquité et termine son Candide en célébrant le plaisir qu’il y a à savourer « des cédrats confits et des pistaches » tout en s’occupant à « cultiver son jardin ».

La pistache, un ingrédient indispensable pour la confection du nougat (source © La Pistacherie)

Un art de vivre bien provençal donc, sauf que l’on ne cultive plus de pistaches en Provence depuis bien longtemps, grosso modo depuis les années 1930. Et pourtant, les Français importent chaque année quelques 10 000 tonnes de pistaches, principalement d’Espagne et de Californie, mais aussi de Turquie, de Grèce, de Tunisie ou d’Iran. Au point que la Chambre d’agriculture du Vaucluse a décidé d’accompagner quelques agriculteurs pilotes qui tentent depuis peu de réintroduire la culture du pistachier sur leurs terres du Luberon.

Olivier Baussan, propriétaire de la confiserie du Roy René, qui produit 50 millions de calissons par an mais aussi de grosses quantités de nougats à base d’amandes et de pistaches, s’est engagé à acheter leur production de pistaches, ce qui lui permettrait d’en garantir la traçabilité et de s’assurer d’une origine locale de qualité.

Plantation en 2019 à La Bastidonne, dans le Vaucluse, de six cents petits pistachiers qui devraient donner leurs premiers fruits d’ici à cinq ans (photo © Cyril Hiély / La Provence du 30 avril 2019)

Dès 2019, plusieurs agriculteurs du Vaucluse ont ainsi replanté quelques 10 hectares de pistachiers et ambitionnent d’en ajouter 30 en 2020. Une activité qui pourrait être lucrative avec une production qui se vend autour de 20 € le kg et un arbre plutôt rustique qui supporte assez bien la sécheresse, ce qui le rend bien adapté au climat méditerranéen, surtout dans une optique de réchauffement climatique car l’arbre craint les gelées au delà de -15 °C et surtout les gelées tardives de printemps intervenant lors de la floraison.

Nicolas Brunetti, l’un des pionniers de la replantation de pistachiers, près de Forcalquier (source © Le Mas de la Pistache)

Il existe plusieurs variétés de pistachiers, tous de la famille des Anacardiaceae. Mais celui qui donne les fruits convoités est le Pistacia vera, un arbre de 6 à 10 m de haut, à feuillage caduc. Comme tous les pistachiers, il s’agit d’une espèce dioïque, avec donc des pieds mâles et des pieds femelles (ceux qui donnent des fruits mais qui ont besoin de la proximité des précédents pour la pollinisation). On peut obtenir ces arbres par greffage en utilisant comme porte-greffe d’autres variétés que l’on trouve très couramment dans le maquis méditerranéen.

La plus commune est le pistachier lentisque, un arbuste à feuillage persistant, décrit depuis la plus haute Antiquité par le botaniste grec Théophraste et très répandu dans les collines au-dessus de Carnoux. Une espèce dont l’encyclopédiste romain Pline a décrit, dans son Histoire naturelle, les vertus médicinales des feuilles, des jeunes pousses, de l’écorce et même de la résine. Le mastic, une sorte de gomme naturelle obtenue par incisions répétées des tiges, présente de multiples usages et était communément mâchée en Orient, comme précurseur de notre chewing gum moderne. Quant au fruit, une petite drupe rouge qui noircit en hiver, il est comestible et servait traditionnellement en cuisine ou pour en faire de l’huile.

Le pistachier lentisque de Ghisonacia, élu arbre de l’année 2011

On connaît à Ghisonaccia, en Corse, un lentisque vénérable qui aurait poussé à l’emplacement d’un ancien four romain et dont l’âge est estimé entre 800 et 1000 ans. Cet arbre majestueux a été élu en 2011, insigne honneur, « arbre de l’année » par un jury organisé avec Terre sauvage et l’Office national des forêts.

Mais le maquis méditerranéen abrite aussi le pistachier térébinthe. Introduit aux USA en 1854, c’est lui qui a servi de porte-greffe pour les pistachiers à fruits désormais cultivés en abondance notamment en Californie. La résine qu’il produit au travers des fissures de son écorce donne la fameuse térébenthine, issue initialement de l’île de Chios et utilisée en médecine, comme antiseptique, mais aussi comme vernis ou dans certaines friandises.

Nicolas Dromard, sur le terrain en restanque du futur Observatoire du pistachier de Provence (photo © François Rasteau / La Provence du 19 février 2020)

A Aubagne, l’association Patrimoine culturel provençal s’est ainsi fixé comme objectif de créer un conservatoire du pistachier. Un de ses adhérents, Nicolas Dromard, accompagné de son chien Pistache (évidemment), a récemment promené un journaliste de La Provence dans des restanques qui viennent d’être débroussaillées et où l’on retrouve de vieux pistachiers, descendant d’arbres originaires de Syrie et introduits ici par les Romains.

Fruits du pistachier vrai (source © Info Sud Luberon)

Quelques spécimens de pistachiers vrais ont été identifiés localement du côté de Lascours ou de la Treille, mais la plupart sont plutôt des variétés de pistachiers lentisques et térébinthe. L’objectif de l’association est de multiplier ces derniers pour en faire les porte-greffe qui serviront à reconstituer des vergers de pistachiers à fruits.

Une première expérience de ce type avait déjà été tentée en 1994 à La Ciotat, mais s’était soldée par un échec car l’air marin trop humide et trop doux l’hiver n’avait pas permis aux arbres de produire des fruits à maturité. Le pistachier s’accommode mieux des terres calcaires pauvres des collines provençales avec un climat plus rude l’hiver et très sec l’été. Le futur conservatoire se donne ainsi pour mission de produire de nouveaux plants qui pourront être disséminés, via les pépiniéristes pour, peut-être demain, constituer les nouvelles plantations locales de pistachiers qui refleuriront autour d’Aubagne et viendront alimenter les confiseries locales de nougats et les buveurs d’apéritif anisé…

L. V.

Méditerranée : il y a du gaz dans l’eau…

22 février 2020

Le gouvernement français vient d’annoncer, via un communiqué commun des ministres de l’écologie et de l’économie, l’arrêt définitif des forages d’hydrocarbures en mer dans les eaux françaises. La décision mérite d’être saluée car, une fois n’est pas coutume, elle traduit un souci louable de cohérence à l’heure où la Convention citoyenne pour le climat s’efforce de finaliser ses propositions en faveur d’une transition énergétique ambitieuse, et alors qu’un appel, signé par plus de 1000 scientifiques de toutes disciplines et publié dans Le Monde, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme en reprochant à nos dirigeants leur inactivité face à l’urgence du changement climatique.

Le dessinateur Erik Tartrais, témoin privilégié (et un tantinet ironique) des débats de la Convention citoyenne pour le climat (source : site de la Convention Citoyenne pour le Climat)

On se souvient qu’en juin 2012, Nicole Bricq s’était fait éjectée du Ministère de l’écologie, un mois seulement après sa nomination, pour s’être heurtée au lobby pétrolier en cherchant à réglementer les forages. Un de ses successeurs, François de Rugy, avait réussi, lui, à signer la suspension des permis de forage au large de la Guyane, juste avant de démissionner à son tour de ce poste maudit. Depuis 2017, la délivrance de tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbure est désormais interdite en France. Et maintenant, c’est donc la fin officielle des forages pétroliers français en mer, après que le gouvernement a refusé de prolonger un permis exclusif de recherche accordé antérieurement, au large des îles Éparses, un archipel français méconnu, situé dans le canal du Mozambique, véritable petit paradis de biodiversité, vestige d’un empire colonial désuet et désormais ouvertement revendiqué par Madagascar.

L’île de Grande Glorieuse, dans l’archipel des Éparses, un paradis de bidiversité menacé par l’exploration pétrolière (photo © Sophie Lautier / AFP / France Inter)

Mais pendant que la France se range peu à peu dans le camps de ceux qui admettent enfin que les hydrocarbures fossiles ne sont plus l’avenir de l’humanité, voilà que nombre de nos voisins se mettent à rêver d’un nouvel essor de la production en Mer Méditerranée. Depuis 2009 en effet, les découvertes de gaz naturel s’enchaînent en Méditerranée orientale. Ce sont d’abord les champs Tamar et Leviathan qui ont été explorés au large des côtes israéliennes, suivis par un champ gazier de taille modeste, joliment dénommé Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre. A partir de 2015, c’est une réserve de taille nettement supérieure, estimée à 850 milliards de m3 qui a été découverte par la compagnie pétrolière italienne ENI au large des côtes égyptiennes, baptisée Zohr et mise en exploitation dès 2017. D’autres gisements ont depuis été mis à jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros, tandis que de nouvelles explorations ont été couronnées de succès en 2018 au sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1).

Carte des principaux champs d’exploration gazière en Méditerranée (infographie © Institut Français des relations internationales)

Le volume exploitable de toutes ces réserves reste encore à préciser. On l’estime à environ 3000 milliards de m3 au total, ce qui est du même ordre de grandeur que les réserves exploitées en Mer du Nord et qui ont fait la fortune de la Norvège depuis des années. Reste que le contexte économique a évolué. Du fait d’une surproduction, le prix du gaz a chuté de 40 % en 2019 en Europe et en Asie tandis qu’il est au plus bas depuis 30 ans aux États-Unis où l’exploitation du gaz de schiste a dopé la production, et ceci alors même que les politiques de transition énergétique que prônent (timidement) les Européens visent à limiter progressivement la dépendance aux énergies fossiles.

Malgré ce contexte économique pour le moins incertain et malgré le coût très élevé des investissements nécessaires pour récupérer ce gaz off shore à plus de 2000 m de profondeur, sans compter les risques d’atteinte à la biodiversité dans une mer fermée et déjà très polluée, la mise en production a débuté sans tarder. Pour l’Égypte, les choses étaient relativement simples, d’autant que le pays était, jusqu’à il y a peu, déjà producteur de gaz naturel et dispose donc d’installations de liquéfaction, à Idku et Damiette, ainsi que de gazoducs la reliant à Israël et à la Jordanie. C’est ce qui lui a permis d’entreprendre aussi rapidement la mise en exploitation du champ gazier de Zohr, d’autant que le pays doit faire face à une forte demande intérieure. Les débouchés sont donc tout trouvés et le pays commence même de nouveau à exporter depuis 2019.

Exploitation de gaz off shore au large de Port Saïd en Égypte (photo © Guillaume Perrin / Total / Planète énergie)

Mais les choses sont plus compliquées aux alentours et déjà les tensions se font jour entre les différents pays riverains pour se partager le gâteau. Le Liban en particulier revendique une partie des réserves gazières repérées au large des côtes israéliennes, au prétexte que la frontière maritime et la délimitation des zones économiques exclusives entre les deux pays, toujours officiellement en guerre, restent à tracer, ce que l’ONU se garde bien de faire dans une telle poudrière. La demande intérieure d’Israël étant très faible, la mise en production des champs Léviathan et Tamar 2 n’aurait de sens que moyennant l’exportation d’une partie du gaz vers l’Égypte, la Palestine ou la Jordanie, mais cela ne va pas de soi pour l’opinion publique israélienne qui préférerait privilégier une exportation vers l’Europe par gazoduc pour éviter de faire appel aux terminaux gaziers égyptiens déjà bien occupés par la production locale.

Il en est de même pour les champs gaziers découverts au sud de Chypre et qui pourraient également alimenter le marché européen, rendant ce dernier un peu moins dépendant du gaz russe. C’est tout l’intérêt du projet de gazoduc géant qui permettrait de relier les futures zones d’exploitations israéliennes et chypriotes aux côtes grecques. Dénommé EastMed (East Mediterranean Natural Gas Pipeline), ce projet gigantesque, dont le coût est estimé autour de 9 milliards d’euros et dont la pertinence pose question à l’heure où l’Europe vise la neutralité carbone pour 2050, a aussi le don de mettre en fureur la Turquie qui revendique sa part des réserves de gaz.

Comme son nom le suggère, Aphrodite est en effet fortement convoitée et attise les tensions entre ses principaux prétendants que sont la République de Chypre, pays membre de l’Union européenne, et la partie nord de l’île où s’étend la République turque de Chypre du nord, reconnue par la seule Turquie depuis l’invasion militaire de cette dernière en 1974. Erdogan maintient plus de 30 000 soldats turcs sur la partie nord de l’île de Chypre et n’a pas hésité à montrer ses muscles, allant jusqu’à dépêcher des bateaux de guerre et des avions militaires pour entraver les campagnes d’exploration au large de la côte sud de l’île et n’hésitant pas à faire réaliser, par des navires turcs soigneusement escortés militairement, des forages d’explorations à l’intérieur de la zone économique exclusive de la République de Chypre, quitte à encourir les molles protestations de l’Union européenne et ses menaces de sanctions économiques.

Le ministre turc des ressources naturelles devant un navire de forage gazier (photo © Bulent Kilic / AF / Libération)

Une situation qui est donc loin d’être apaisée et qui pourrait même rapidement devenir explosive, surtout maintenant que la Turquie se mêle aussi d’avancer ses pions en Libye. Au point d’ailleurs de s’interroger sur l’opportunité de mettre un jour en exploitation ces réserves gazières dans un tel contexte. Outre le fait que cela risque d’attiser les conflits déjà pendants entre ces différentes nations voisines, une telle exploitation va mobiliser de très gros investissements qui pourraient probablement être mieux employés dans le développement des énergies renouvelables, tout en accroissant les risques environnementaux inhérents à ce type d’industrie extractive, surtout dans une région aussi instable où les risques d’attentats sont fréquents. Et si on laissait le gaz là où il est et qu’on se concentre sur d’autres priorités ?

L. V.

Vélo à assistance électrique, le mode de transport urbain idéal

14 février 2020

Vélo à assistance électrique : guide d’achat (source © YouTube)

Le vélo électrique est un vélo qui est adapté à plusieurs types d’utilisation par des cyclistes avertis ou des cyclistes débutants. Rassurant, il permet d’exercer ou de reprendre une activité physique progressivement et en douceur. Autonome, il permet de parcourir de nombreux kilomètres sans forcer de manière excessive. Pratique, il permet de se rendre au travail sans se fatiguer ou d’aller faire ses emplettes de proximité sans utiliser de véhicule à moteur thermique polluant.

Le vélo électrique présente donc de multiples avantages. Non seulement il bénéficie des atouts du vélo traditionnel, mais en plus il permet à de nombreuses personnes d’utiliser un vélo alors que ce mode de transport n’aurait pas été choisi naturellement comme alternative à la voiture classique. C’est le cas notamment quand les voies de circulation présentent un relief accidenté comme à Carnoux ainsi que pour toutes les routes permettant de se rendre dans les villes proches (Aubagne, La Ciotat, Cassis).

Exemple de vélo à assistance électrique (source © High Tech Market)

Comme son nom ne l’indique pas forcément, ce type de vélos bénéficie uniquement d’une assistance électrique. Il est nécessaire de pédaler pour qu’un moteur alimenté par une batterie assure un complément de puissance d’origine électrique à la puissance musculaire du cycliste. L’assistance est réglable selon l’effort physique que le cycliste est en mesure de produire et il en est de même pour l’autonomie escomptée. L’assistance électrique agit jusqu’à une vitesse de 25 km/h puis se coupe, laissant alors uniquement la force musculaire du cycliste faire rouler le vélo. La batterie au lithium stocke l’énergie électrique, non polluante et illimitée pour peu que sa recharge s’effectue à partir d’un moyen de production n’émettant pas de CO2 (solaire, éolien, nucléaire). Le vélo électrique est donc tout à fait un vélo écologique. En outre, le vélo électrique jouit des mêmes règles qu’un vélo traditionnel.

Le plaisir de rouler de concert… (source © Vélo Electrique)

Cela signifie que vous pouvez rouler sur les pistes cyclables, le ranger dans les parkings à vélo, ou encore l’emporter dans le train ou les bus équipés. Le port du casque n’est pas obligatoire (mais recommandé comme pour les vélos traditionnels). Les vélos électriques permettent donc de se déplacer en se fatiguant un minimum même sur des circuits avec des dénivelés positifs importants. Il autorise ainsi tout un chacun à faire du vélo pour le plaisir et à remplacer la voiture sur les trajets de proximité (déplacements dans Carnoux intra-muros et liaisons vers les villes proches).

En équipant, a minima, son vélo d’une paire de sacoches il est possible d’aller faire ses courses journalières (boulangerie, produits frais, etc.). De plus, le stationnement est facilité puisque généralement il est possible d’attacher son vélo sur un point fixe à proximité immédiate du lieu où l’on se rend.

Une Carnussienne, adepte du vélo à assistance électrique depuis 9 ans : 10 000 km au compteur ! (photo © CPC)

Pour conclure, le vélo électrique ne présente que des avantages, même au niveau de son tarif qui, au regard de l’engouement suscité et donc de la demande en forte augmentation devient très abordable. De plus, certaines aides peuvent être octroyées pour l’achat d’un vélo à assistance électrique. Dans le département des Bouches-du-Rhône, le montant de cette aide, accordée par le Conseil départemental, est de 400 €.

Ainsi, il est évident que le vélo à assistance électrique est bien le mode de transport doux le mieux adapté à Carnoux et ses environs proches. Il reste toutefois à développer un réseau de pistes cyclables adéquates pour assurer la sécurité de ce nouveau mode de transport quasi-idéal, un autre défi à relever…

P. Gérard

Bombes à graines : une nouvelle arme de dissémination massive ?

10 février 2020

Germination d’une bombe à graine (source © Grainette)

C’est la nouvelle mode chez certains urbains adeptes d’un retour à la nature en ville : les bombes à graines… Comme toutes les modes, bien évidemment, elle nous vient des États-Unis ! Elle y a été développée dans les années 1970 par un mouvement citoyen qui cherchait à revitaliser le quartier de Bowery à New York et qui s’était dénommé par provocation The guerilla gardening. Elle consiste en effet à lancer dans des terrains vagues et autres délaissés urbains plus ou moins accessibles des boules d’argile et de terreau parsemées de graines de fleurs prêtes à germer. Une manière de faire refleurir ces espaces urbains à l’abandon et de favoriser la biodiversité locale…

Bousier roulant sa boule remplie de graines (photo © Rafaël Brix)

En fait, la technique est vieille comme le monde. Les anciens Égyptiens déjà avaient observé comment le bousier, ce gros scarabé noir, pousse inlassablement sa boule de fumier qui constitue un terreau idéal pour favoriser la germination des graines qui y sont involontairement incorporées. Les fellah s’en sont inspirés et ont utilisé la technique pour organiser, sitôt la décrue amorcée, la remise en culture des terrasses inondées par les crues annuelles du Nil.

Dans les années 1950, l’agronome japonais adepte de l’agriculture naturelle, Masanobu Fukuoka, a repris l’idée pour développer l’ensemencement des terrasses peu accessibles sur l’île montagneuse de Shikoku aux riches sols volcaniques. En 1997, c’est un ingénieur en aéronautique du MIT qui imagine de procéder à une reforestation massive de certaines régions dont les landes des Highlands écossaises, via un largage aérien de jeunes pousses de pins dans des sachets biodégradables de terreau.

Et maintenant, ce sont donc des militants écologistes qui se sont emparés de la technique pour jeter leurs seedbombs ou bombes à graines dans les espaces urbains délaissés ou peu accessibles : terrains vagues, jardinets en bordure de rue, chantiers et friches urbaines ou même toitures terrasses où un substrat naturel finit toujours par s’accumuler sous l’effet du vent et de la pluie.

Fabrication de bombes à graines (source © La ruche qui dit oui)

La plupart fabriquent eux-même leurs bombes et les tutoriels pour les guider sont légions sur internet. Le principe est des plus simples : les graines sont enrobées dans un mélange d’humus et de compost ou de terreau, puis l’ensemble est incorporé dans de l’argile que l’on malaxe pour en faire des boules de quelques centimètres de diamètre.

Grenade en terre cuite pour lancer des graines (source © blog.defi-ecologique)

Les variantes sont innombrables. Certains préfèrent insérer le mélange dans une coquille d’œuf dont l’extrémité est refermée par un morceau de papier journal collé. D’autres, à l’esprit de guérilleros militants, vont jusqu’à introduire leur mélange dans une poterie en terre cuite en forme de grenade dégoupillée, sans doute pour retrouver la jouissance de l’acte subversif qui consiste à lancer cette fausse grenade sur le toit du voisin et à la voir exploser en libérant ses précieuses semences…

L’efficacité de la méthode est des plus variables, certaines graines se prêtant plus que d’autres à une telle dissémination. Selon le site bien documenté blog.defi-ecologique, les variétés recommandées seraient le chèvrefeuille, particulièrement apprécié de nombreux insectes pollinisateurs, le coquelicot, qui se ressème ensuite naturellement, ou encore le cosmos, pour ses fleurs très esthétiques, ainsi que des espèces assez rustiques qui ne craignent pas trop la sécheresse, telles le rudbeckia ou certains sedum.

Conditionnement commercialisé par Balles de graines

La mode s’est tellement répandue que des entreprises spécialisées se sont même installées sur ce créneau. C’est le cas par exemple de la société française Balles de graines, installée près de Bordeaux et qui a lancé l’été dernier une opération promotionnelle pour envoyer des échantillons gratuits à tous ceux qui lui adressaient une enveloppe affranchie à leur adresse : une belle action de publicité…

En Grande-Bretagne, l’association Plantlife milite ainsi depuis 2013 pour inciter les municipalités à ensemencer les accotements à l’aide de bombes à graines pour y faire germer des plantes à fleurs mellifères plutôt que d’y planter du gazon qu’il faut tondre chaque semaine : une économie de main d’œuvre pour les services techniques de la commune et un gain pour favoriser la survie des insectes pollinisateurs…

Bordure de voirie fleurie par ensemencement à l’aide de balles à graines, dans la ville britannique de Rotherham (photo © pictorialmeadows.co.uk / Neozone)

Distributeur de bombe à graine aux États-Unis (source © urba-actu)

Aux États-Unis, on trouve même dans certaines boutiques ou sur l’espace public des distributeurs automatiques de bombes à graines prêtes à l’emploi : il suffit de glisser une pièce de 50 cents dans la fente et de récupérer sa boulette farcie de graines que l’on peut ensuite jeter à volonté sur le terrain vague qui s’étend devant sa fenêtre et avoir ainsi le plaisir de voir germer et fleurir quelques plantes au milieu de la friche abandonnée.

Faisant le constat que depuis 40 ans en Europe, 70 % des plantes à fleurs et 80 % des insectes pollinisateurs auraient disparu, une nouvelle société vient ainsi de se créer à Marseille sous le joli nom de Grainette. Elle commercialise ces bombes à graines sous différents types d’emballages, de la caisse en bois de 2 kg pour les événements festifs jusqu’au petit sachet en coton (bio, cela va de soi) de 20 grainettes, idéal pour les cadeaux de fin d’année entre militants branchés, le tout avec un slogan publicitaire soigneusement étudié : « Lancez, c’est planté ». Décidément, le marketing germe dans tous les terreaux…

L. V.

En Australie, faucons pyromanes et araignées tueuses…

27 janvier 2020

Décidément, les Australiens ont bien du souci à se faire. Cette année, toute la côte sud-est du pays, qui s’étend de Brisbane à Melbourne en passant par Sydney et Camberra, a fait l’objet de gigantesques feux de brousse. Après les tempêtes de neige du mois d’août, c’est la sécheresse qui s’est abattue sur toute la région, avec son corollaire habituel de feux de brousse, aussi fréquent là-bas que dans notre climat méditerranéen.

Camion de pompiers battant en retraite devant un feu devenu incontrôlable près de Torninbuk, à 125 km de Melbourne (photo © AP Photo / Swissinfo)

Sauf que l’ampleur des incendies dans ce pays n’a rien de commun avec celle que nous pouvons connaître ici ! La faible densité de l’habitat permet en effet aux feux de forêt de se propager très rapidement sur d’immenses étendues, laissant les pompiers relativement impuissants pour y faire face, malgré toute leur technicité qui n’a rien à envier à la notre, comme a pu le constater le colonel Grégory Allione, chef du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, de retour d’une mission d’expertise en Australie.

Débutés tôt dans la saison, dès la fin du mois d’août, les feux ont déjà détruit 64 habitations en octobre tandis qu’un feu, considéré d’ampleur catastrophique faisait rage dans le Grand Sydney autour du 12 novembre. Et ce n’était que le début… Le 18 décembre, le pays enregistrait la journée la plus chaude de son histoire avec une température record de 41,9 °C en moyenne nationale, tandis que le thermomètre grimpait, le lendemain, jusqu’à 49,9 °C dans la plaine de Nullarbor.

Incendie dans une zone résidentielle de Harrington, au nord-est de Sydney, le 8 novembre 2019 (photo © Kelly-Ann Oosterbeek / AFP / Sud-Ouest)

De telles conditions météorologiques n’ont fait qu’attiser le risque d’incendies et les services de secours font face jour après jour à de multiples départs de feux qui se poursuivent encore malgré les quelques jours de pluie survenues localement vers le 17 janvier. A ce jour, on estime à près de 19 millions d’hectares les surfaces parties en fumées en l’espace de quelques mois sous l’effet de ces incendies gigantesques : c’est plus que la superficie totale occupée par des espaces forestiers sur toute la France, que l’on estime à un peu moins de 17 millions d’hectares !

Et les dégâts collatéraux sont gigantesques, même si l’Australie a l’habitude de ces feux de brousse saisonniers qui contribuent, comme pour la forêt méditerranéenne, à la régénération naturelle de la végétation qui fait preuve d’une résilience spectaculaire et présente des repousse souvent très rapides. Selon les bilans encore provisoires qui circulent à cette date, ce sont pas moins de 6 500 bâtiments qui ont déjà été détruits par ces incendies violents, dont 2 683 maisons d’habitation qui seraient parties en fumées. Le bilan humain, quant à lui, fait état de 33 morts en comptant les trois pilotes américains d’un avion bombardier d’eau qui s’est écrasé le 23 janvier 2020.

Maison en feu à Balmoral, à 150 kilomètres de Sydney, le 19 décembre 2019 (photo © Peter Park / AFP / FranceTVinfo)

L’impact de ces feux de brousse exceptionnels sur la faune et la flore est d’autant plus difficile à évaluer que nombre de postes d’observation ont été détruits ou endommagés, ce qui freine l’analyse scientifique des dégâts. Mais certains chercheurs avancent déjà le chiffre colossal d’un milliard d’animaux qui auraient péri dans les flammes, dont de nombreux koalas, mais aussi de multiples autres espèces. 32 espèces en danger critique d’extinction auraient ainsi vu leur habitat totalement ou partiellement détruit. Le Figaro évoque même une mission secrète destinée à sauver le dernier site naturel de pins de Wollemi, un arbre préhistorique découvert en 1994 et dont l’emplacement exact est maintenu caché pour éviter tout risque de détérioration accidentelle.

Un wallaby sur l’île Kangourou dans un spectacle de désolation le 19 janvier 2020 (photo © Tracey Nearmy / Reuters / Le Figaro)

Les conséquences sur l’économie australienne de ces incendies et de la longue période de sécheresse qui les a rendu possibles restent encore à chiffrer mais on évoque déjà des pertes lourdes pour l’agriculture avec de nombreux pâturages partis en fumée et de gros manques à gagner pour le tourisme, évalué à près de 3 milliards d’euros par le Conseil australien des exportations touristiques, lequel constate depuis le mois de septembre une baisse de fréquentation de 10 à 20 % par rapport aux années antérieures.

La plupart de ces incendies ont probablement été initiés de manière involontaire, les jeteurs de mégots mal éteints restant les principaux responsables de ces imprudences, même si quelques pyromanes ont aussi été identifiés et arrêtés. Mais voilà que les scientifiques viennent de se rendre compte que certains feux de forêt sont en réalité allumés volontairement par des oiseaux !

L’affaire est connue de tout temps par les Aborigènes qui ont à maintes reprises observé des rapaces tournoyer autour des feux de brousse afin de se repaître des petites proies, mulots ou lézards, qui fuient leur cachette à l’approche des flammes et tentent de se mettre à l’abri en s’enfuyant au plus vite des zones en feu. Lorsque la concurrence devient trop rude, certains de ces rapaces n’hésitent pas alors à se saisir, avec leurs serres ou dans leur bec, de tisons enflammés qu’ils emportent sur des distances assez longues et relâchent alors sur un autre secteur boisé, lequel s’embrase rapidement, ce qui leur fournit une nouvelle réserve de proies affolées et devenues subitement très vulnérables. Il arrive aussi que ces oiseaux viennent se servir directement dans les foyers domestiques des Aborigènes et n’hésitent à relarguer leur bombe incendiaire un peu plus loin pour les besoins de leur propre chasse.

Rapaces tournoyant aux alentours d’un feu de forêt à la recherche de proies (photo © Dick Eussen / Trustmyscience)

Plusieurs chercheurs ont parfaitement documenté ces observations et ont publié, en décembre 2017, un article scientifique dans le Journal of Ethnobiology. Ils y décrivent précisément ces comportements assez inattendus qui concerneraient au moins trois espèces de rapaces présentes localement : le Milan noir, le Milan siffleur et le Faucon bérigora. Les autorités australiennes ont longtemps exprimé un grand scepticisme face à ces histoire des firehawks, les « faucons de feu », persuadées que seul l’homme possédait une maîtrise suffisante du feu pour arriver ainsi à le propager. Mais les recherche de ces ethno-ornithologues viennent bel et bien conforter une observation que les Aborigènes ont eux-mêmes intégré depuis des millénaires…

Araignée Atrax robustus, considérée comme l’une des plus venimeuses au monde (photo © James van des Broek / Getty Images / Geo)

Et voilà que l’on évoque désormais, selon CNN, parmi les conséquences indirectes de cette exceptionnelle vague de sécheresse prolongée, outre les gigantesques feux de forêts et les fumées gênantes voire toxiques qui en émanent, les vents de sables et maintenant les orages et les tempêtes de grêle qui commencent, mais aussi l’arrivée de nombreuses araignées à toile-entonnoir, dont la redoutable Atrax robustus, qui se multiplient à l’occasion des premières pluies. Originaires des forêts humides de l’Est australien, ces araignées se déplacent et sont susceptibles de s’introduire dans les maisons où elles constituent un danger réel pour les humains puisqu’elles sont considérées comme l’une des espèces les plus dangereuses de la planète, leur morsure étant généralement considérée comme mortelle : welcome in Australia !

L. V.

La nature se donne rendez-vous à Marseille

25 janvier 2020

Du 11 au 19 juin 2020, la Ville de Marseille accueillera au Parc Chanot le Congrès mondial de la nature, un grand raout international qui se tient tous les 4 ans et qui est organisé pour la première fois en France. C’est l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui organise l’évènement dont la dernière édition a eu lieu en septembre 2016 au Centre des Congrès Hawai’i à Honolulu et avait rassemblé plus de 10 000 participants issus de 180 pays différents, dont 6 chefs de gouvernements.

Annonce du prochain Congrès mondial de la nature à Marseille (source : UICN)

Après Hawaï, c’est donc Marseille qui prendra le relais pour accueillir, d’ici quelques mois, ce grand rassemblement mondial des défenseurs de la biodiversité. L’UICN, qui en est le grand organisateur, a d’ailleurs été fondée en France, le 5 octobre 1948, à la suite d’une précédente conférence internationale qui s’était tenue à Fontainebleau, et ce premier congrès sur le sol français est donc un juste retour des choses, près de 80 ans plus tard…

Son siège actuel se situe en Suisse, dans la ville curieusement dénommée Gland (on imagine déjà les jeux de mots…) et elle regroupe des États, des agences gouvernementales et environ 1100 ONG environnementalistes ainsi que plus de 10 000 scientifiques affiliés, autant dire tout le gratin de ceux qui travaillent à la sauvegarde de la biodiversité mondiale. Avec plus d’un millier de salariés, l’UICN accompagne de nombreux États pour les aider à élaborer des stratégies de préservation de la faune et de la flore sauvage.

Formation coralligène dans le Parc marin de la Côte bleue (photo © J.C. Hamelin / PMCB)

Mais l’organisme est surtout connu pour avoir établi des listes d’espèces menacées et des catégories d’aires protégées qui font référence dans le monde entier. Rappelons d’ailleurs au passage que sur les 46 aires protégées labellisées dans le monde par l’UICN, 14 se trouvent en France dont un en région PACA, le Parc marin de la Côte bleue, tandis que la Réserve naturelle de la Sainte-Victoire vient à son tour de se porter candidate pour une telle labellisation.

Quant à la liste rouge établie par l’UICN, il s’agit d’une vaste base de données, régulièrement actualisée, qui dénombrait en 2019 pas moins de 105 732 espèces animales et végétales (sur un total d’environ 1,8 million d’espèces connues tout de même !), toutes classées en fonction du degré de menace auquel elles sont exposées. Grâce à ce travail patient d’observation et de synthèse, l’UICN considère qu’en 2019, 28 338 espèces, soit plus d’un quart de celles dont elle suit l’évolution, sont désormais menacées d’extinction. C’est notamment le cas de 4 espèces de grands singes, dont le Gorille et l’Orang-outang, qui sont actuellement en danger critique d’extinction, mais aussi de 41 % des amphibiens, 33 % des récifs coralliens, 30 % des conifères, 25 % des mammifères, et 13 % des oiseaux…

Gorille s’occupant de son petit (photo © Rhettt A. Butler / Mongabay)

La chasse, la pêche à outrance, l’urbanisation et les activités agricoles et industrielles qui réduisent les espaces naturels et boisés, mais aussi la pollution, les espèces invasives et le réchauffement climatique sont autant de facteurs qui expliquent l’extinction massive de la biodiversité à laquelle on assiste ces dernières années et qui ne cesse de s’accélérer. Certes, les efforts entrepris localement pour préserver des aires protégées permettent d’améliorer la situation critique de certaines espèces menacées, comme le Pygargue à queue blanche, un rapace qui était officiellement déclaré disparu du territoire français depuis 1959 mais dont on connaît désormais un unique couple nichant sur les bords du Lac du Der depuis 2015…

Les travaux du prochain Congrès mondial de la nature, à Marseille, auront précisément pour objet de définir et adopter le prochain programme de l’UICN pour les 4 ans à venir, mais aussi de préparer la 15ème conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra fin 2020 en Chine et où il est prévu d’adopter un nouveau cadre pour la préservation de la biodiversité mondiale.

Comme toutes les conférences internationales, il n’y a pas de miracle à attendre d’un tel rassemblement sinon qu’il permet de fluidifier les liens entre les membres de la communauté scientifique mondiale engagée dans le domaine, tout en fournissant un focus médiatique sur un dossier qui intéresse le sort mondial de l’humanité. C’est d’ailleurs peut-être sur ce dernier point que le prochain congrès de Marseille cherche à mettre l’accent en l’ouvrant, pour la première fois, assez largement au grand public.

En dehors des sessions réservées au spécialistes, des espaces sont prévues pour que des citoyens ordinaires puissent s’exprimer et apporter leur contribution, dans le cadre notamment d’un forum et d’une plateforme où chacun peut s’exprimer. Des « Espaces génération nature » seront aussi organisés, à l’initiative du Ministère de la transition écologique et solidaire, afin de mettre en valeur les actions des différents acteurs, associations, citoyens ou collectivités territoriales, impliquées dans la préservation de la biodiversité au quotidien.

Classe nature (source : CD 13 – revue Accents n°254)

En parallèle environ 400 jeunes de 10 à 25 ans se mobilisent, comme pour la COP 21, au travers de jeux de rôle pour s’initier aux négociations internationales en faveur de la protection de la nature et leurs propositions seront présentées en séance plénière aux congressistes. Une classe internationale constituée de 22 jeunes issus du pourtour méditerranéen est par ailleurs organisée avec l’aide de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale : durant toute l’année scolaire, ils procèdent à des observations à l’aide de mallettes pédagogiques adaptées et ils restitueront eux aussi leurs propositions en vue d’enrichir le débat public lors du Congrès de Marseille.

Rien ne permet d’affirmer que ce prochain Congrès mondial de la nature qui se déroulera dans quelques mois à Marseille fera avancer significativement la préservation de la biodiversité, chaque jour davantage menacée. Mais ce sera du moins un coup de projecteur supplémentaire sur les efforts qui sont faits à tous les niveaux par de simples citoyens comme par des institutions, pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore et essayer de trouver de nouveaux équilibres plus durables entre développement des activités humaines et préservation des espaces naturels : un challenge vital…

L. V.

Après 1336, 1083…

18 janvier 2020

Emballages de thé commercialisé par Scop-TI sous la marque 1336 (photo © Martin Flaux / Made in Marseille)

1336, c’est le nom commercial des produits issus de cette coopérative de production SCOP-TI (Société coopérative provençale de thés et d’infusion) basée à Gemenos et qui a pris le relais, en 2014, de la société Fralib, une filiale du géant de l’agroalimentaire Unilever, après 1336 jours de mobilisation acharnée de ses employés. Depuis mai 2015, les boîtes de sachets de thé et d’infusions aux couleurs pastel issues des chaînes de production de Gemenos viennent remplir les rayons des magasins tout en continuant d’arborer fièrement le slogan quelque peu engagé des ex-FRALIB : « éveille les consciences, réveille les papilles ».

Et voilà qu’une autre entreprise au nom tout aussi codé de 1083, fait beaucoup parler d’elle à son tour, alors que son fondateur, Thomas Huriez, vient de publier un livre, intitulé en bon franglais burlesque Re-made en France, dans lequel il se fait le chantre d’une nouvelle relocalisation en France de la production textile.

Informaticien de formation, Thomas Huriez s’ennuyait ferme dans son job de responsable informatique dans une école de commerce à Grenoble et rêvait d’arriver à concilier son engagement professionnel avec ses valeurs éthiques, une équation pas toujours aisée à résoudre. En 2007, il franchit le pas en démissionnant et se lance à 32 ans dans la création d’une société de commerce de vêtements éthiques, Modetic, qu’il installe dans sa ville natale de Romans-sur-Isère. Une ville qui fut capitale française de la chaussure avant que cette filière ne transfert la totalité de sa production sous d’autres cieux, là où la main d’œuvre se contente de salaires de misère.

La nouvelle société du jeune entrepreneur tente de commercialiser, via internet et dans son magasin de Romans, différentes marques de mode issues du commerce équitable et/ou fabriquées à base de textiles bio. Mais le secteur est en crise et peine à décoller, les consommateurs préférant acheter dans des circuits plus classiques des marques produites à l’autre bout du monde, dans des conditions sociales et écologiques déplorables, mais vendues beaucoup moins chères. Partant de ce constat, Thomas Huriez se pique de vouloir reconstituer une filière locale de fabrication de textiles, d’abord des chaussettes et des tee shirts, avant de s’attaquer aux jeans.

La filature Valrupt dans les Vosges, où ont été tissés les premiers jeans 1083, reprise par Modetic fin 2018 (source © Les Echos)

Sauf qu’à force de délocalisation, on ne sait plus fabriquer en France des jeans, de même qu’on a perdu le tour de main pour faire des soudures et de la chaudronnerie à usage nucléaire, mais ceci est une autre histoire… En 2012, la société Modetic crée ainsi la marque 1083 pour commercialiser sa propre gamme de vêtements made in France. 1083 et la petite borne rouge qui lui sert de logo pointent sur la distance maximale qui sépare à vol d’oiseau les deux points les plus éloignés de l’Hexagone. Le concept est donc limpide : n’acheter que des vêtements et des baskets produits à moins de 1083 km de votre domicile plutôt que d’importer par container des habits qui ont fait plusieurs fois le tour du Monde au gré des vicissitudes des filières textiles mondialisées.

Pour démarrer, Modetic a fait appel au financement participatif via la plate forme de crowfunding Ulule. Il faut au minimum 150 pré-commandes pour lancer la chaîne de fabrication mais l’engouement est tel que les commandes affluent et dépassent rapidement le millier, attestant d’un réel engouement d’une partie des consommateurs pour le textile éthique made in France.

En juillet 2014, Thomas Huriez se prépare pour une traversée de la France en vélo après avoir rapidement gagné son pari de vendre plus de 1083 jeans made in France… (photo © Florence Gotschaux / France Bleu)

Mais il n’est pas si simple de retrouver des approvisionnements français et locaux pour le tissage, les ateliers de confection et les machines. Il a fallu ouvrir une école pour former de nouveau en France du personnel compétent afin de redévelopper la filière. Les rivets étaient jusque-là importés, mais la société est en train de mettre en place des sources locales d’approvisionnement. Quant au coton utilisé, il vient de Tanzanie, du Bénin ou du Mali mais est certifié 100 % bio et sans OGM. Et l’entreprise s’efforce de recréer une filière de tissage du lin, une plante textile dont la France est le premier producteur mondial alors que la dernière filature a fermé ses portes en 2005…

Un jean et des baskets made in France (source © Modetic)

Sur le plan économique, la concurrence avec les pays asiatiques est rude. Pour fabriquer un jean basique, selon une étude réalisée par l’Institut de la Mode pour l’Union des industries textiles et publiée notamment par Fashion network, il faut compter environ 1,20 € de main d’œuvre au Bangladesh, 2,70 € en Chine, 4 € au Maroc ou en Tunisie, 7 € au Portugal, et pas moins de 12,50 € en France. A cela, il faut ajouter le prix du tissu, de l’ordre de 3 € pour du tissu asiatique et 6 € pour un tissu euro-méditerranéen, ainsi que celui des fournitures qui ne dépasse guère 1 €. Quant aux droits de douane et aux coûts de transport, ils sont naturellement supérieurs pour les marchandises importées et peuvent atteindre près de 1,50 € pour des jeans importés de Chine, du Vietnam ou du Maroc, alors qu’ils sont quasi inexistant pour un pantalon fabriqué en France ou en Turquie.

A première vue, un jean fabriqué en France revient donc 2 à 3 fois plus cher que son équivalent importé de Chine. Sauf que les distributeurs en Europe vendent leurs produits avec des marges très confortables, n’hésitant pas à les mettre en vente à 8 voire 10 fois leur prix de revient. Moyennant un autre modèle de circuit de distribution dans lequel le vêtement est vendu à 2 ou au maximum 4 fois le prix de revient, on arrive finalement à retrouver des produits compétitifs et plus satisfaisants pour nombre de consommateurs. Comme quoi, la désindustrialisation en France n’est pas une fatalité et que les coûts de main d’œuvre ne sont pas, loin s’en faut, le seul paramètre à prendre en compte !

Schéma de principe du cycle de vie d’un jean Infini (source © 1083)

D’autant qu’une marque comme 1083 ne manque pas d’imagination pour satisfaire les attentes de ses clients, allant jusqu’à leur vendre son propre tissu et ses patrons pour leur permettre de coudre eux-mêmes leur jean, ou à commercialiser des jeans consignés qui peuvent être rendus après usage, moyennant la récupération d’une consigne de 20 €, afin d’assurer le recyclage du produit… Modetic va très loin dans le concept du jean recyclable, en concevant des modèles à partir de fibres de polyester recyclé (issu de bouteilles plastiques usagées et de déchets récupérés en mer) qui sont filées en Espagne, teintes en Ardèche et tissées en Saône-et-Loire, les jeans eux-mêmes étant confectionnés à Marseille !

La marque 1083 étant loin d’être le seul acteur sur ce créneau du jean éco-responsable, plus ou moins éthique, fabriqué au moins partiellement en France ou du moins en Europe, et de plus en plus recyclable, on sent que quelque chose est en train de bouger dans le domaine textile : il ne tient plus qu’au consommateur d’encourager cette démarche par son geste d’achat. Thomas Huriez affirme avoir créé 7 emplois en vendant depuis 2013 environ 7000 jeans made in France et rappelle qu’il se vend chaque année en France de l’ordre de 88 millions de jeans : de quoi recréer pas mal d’emplois en effet…

L.V.

Encore un peu d’oxygène pour Alteo…

4 janvier 2020

Pour ceux qui raffolent des feuilletons à multiples rebondissements, voilà au moins un acteur qui déçoit rarement : l’usine de fabrication d’alumine, implantée à Gardanne depuis 1894, appartenant jusqu’en 2003 au groupe Péchiney et passée depuis 2012 aux mains du fonds d’investissement américain HIG Capital qui la gère via un groupe industriel répondant au doux nom d’Alteo…

Usine Alteo à Gardanne (photo © ALTEO / Parc National des Calanques)

Dans les années 1960, Péchiney avait eu la lumineuse idée, pour se débarrasser des résidus issus du traitement de la bauxite, de les rejeter directement en mer, sans le moindre traitement, malgré leur forte teneur en soude, arsenic, cadmium, mercure, plomb, titane, chrome et autre joyeusetés. Une canalisation a été construite sur 47 km de long, traversant plusieurs communes dont celle de Carnoux, pour acheminer jusqu’au littoral plusieurs centaines de milliers de tonnes par an de résidus liquides, les fameuses « boues rouges ». A partir de 1966, et malgré une forte opposition locale menée notamment par Alain Bombard et Paul Ricard, ces boues rouges ont ainsi été déversées en mer, à 7 km des côtes de Cassis, en plein cœur de l’actuel Parc National des Calanques, par 320 m de fond, provoquant des ravages sur la faune marine dans un périmètre de plus en plus large au fil du temps.

Zone d’accumulation des boues rouges déversées en mer depuis 1966 (source infographie © Le Parisien)

L’évolution des normes environnementales internationales, a néanmoins fini par rattraper l’industriel, lui interdisant tout rejet direct en mer de ces déchets toxiques au delà du 31 décembre 2015. Sous la pression plus ou moins amicale des services de l’État, l’industriel a ainsi dû se résoudre à traiter au préalable ses effluents dans des filtres-presses qui permettent d’éliminer une part importante des résidus solides, lesquels sont désormais stockés dans des bassins à l’air libre, en attendant le développement d’hypothétiques filières de valorisation industrielle, provoquant au passage de graves nuisances à tout le voisinage…

Nuage de poussière au dessus du bassin de Mange Gari où sont stockées les boues rouges de Gardanne (photo © Maxppp / France Bleu)

Mais il fallait encore se débarrasser de toute la fraction liquide de ces effluents industriels, qui, bien que n’étant plus des « boues rouges » restent des produits éminemment toxiques dépassant allègrement les normes autorisées pour des rejets dans le milieu naturel

Pourtant, faute de solution alternative jugée acceptable par l’industriel et face à un odieux chantage à l’emploi orchestré par l’industriel et complaisamment relayé par de nombreuses figures locales, le préfet avait dû se résoudre, sur ordre du premier ministre de l’époque, un certain Manuel Valls, à signer un arrêté, le 28 décembre 2015, à quelques jours seulement de la date fatidique, accordant à Alteo une autorisation de rejet en mer des effluents liquides pour 6 ans supplémentaires. Cette autorisation déroge bien entendu allègrement sur les valeurs limites autorisées pour 6 paramètres pourtant majeurs, à savoir les concentrations en arsenic, aluminium et fer, ainsi que le pH et les deux paramètres classiques permettant d’évaluer le taux de pollution organique et organométallique : la DCO (demande chimique en oxygène) et la DBO5 (demande biochimique en oxygène sur 5 jours).

Conduite permettant de rejeter en mer les effluents d’Alteo (photo © Boris Horvat / AFP / Sciences et Avenir)

L’affaire avait néanmoins fait du bruit, d’autant que la ministre de l’écologie d’alors, Ségolène Royal, n’avait pas hésité à exprimer bruyamment son mécontentement. Plusieurs associations environnementales, dont ZEA, saisissent alors le Tribunal administratif, lequel décide finalement, en juillet 2018, de ramener au 31 décembre 2019 le délai laissé à Alteo pour mettre en conformité avec les normes réglementaires en vigueur la composition de ces effluents industriels rejetés en mer. Les juges ont en effet considéré que l’industriel a eu largement le temps, depuis plusieurs dizaines d’années, de réfléchir aux mesures à prendre pour traiter enfin correctement ses déchets via la construction d’une banale station de traitement biologique comme n’importe quelle commune a été en mesure de le faire depuis belle lurette.

Bien entendu, Alteo a immédiatement fait appel de ce jugement et demandé la suspension de son application afin de bénéficier d’un nouveau délai. Mais la Cour administrative d’appel de Marseille a considéré le 25 janvier 2019, en attendant de se prononcer sur le fond du dossier, qu’il n’y avait aucune raison de suspendre l’application du jugement rendu en première instance et que l’industriel avait parfaitement le temps matériel de mettre en œuvre les investissements exigés, pour peu qu’il y mette un peu de bonne volonté.

Carte de localisation des rejets d’effluents de l’usine Alteo (extrait du dossier d’enquête publique de 2015)

La voie judiciaire n’ayant pas donné tous les résultats escomptés, Alteo a alors actionné l’autre levier, à savoir le chantage à l’emploi en faisant valoir auprès des autorités que faute de délai supplémentaire accordé pour la mise en conformité du traitement de ses effluents, l’usine serait forcée de fermer ses portes au 31 décembre 2019. Et pour que le message soit clairement entendu, l’usine n’a pas hésité à enclencher une procédure de redressement judiciaire, ouverte le 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle les administrateurs judiciaires ont indiqué par courrier en date du 23 décembre « ne pas pouvoir assurer, à compter du 1er janvier 2020, un fonctionnement légal de l’entreprise sans un arrêté préfectoral autorisant la société Alteo à poursuivre son exploitation avec des paramètres DCO et DBO5 compatibles avec ses modalités actuelles de fonctionnement ».

Le Préfet Pierre Dartout en janvier 2019 (photo © Robert Poulain / Destimed)

Face à un tel comportement et sous la pression des élus locaux mettant en avant la sauvegarde des quelques centaines d’emploi en jeu, le Préfet de Région, Pierre Dartout, dont on imagine aisément à quoi il a occupé ses réflexions entre Noël et le Jour de l’An, n’a guère eu d’autre choix que de se plier aux exigences de l’industriel. Il a donc publié, le 30 décembre 2019, un nouvel arrêté préfectoral fixant des prescriptions complémentaires quant aux rejets en mer d’Alteo. En clair, les rejets restent autorisés jusqu’au 8 juin 2020, avec encore une dérogation mais qui ne concerne plus désormais que les deux seuls paramètres que sont la DCO et la DBO5. L’arrêté précise néanmoins qu’à compter du 9 juin 2020, Alteo devra se conformer à des valeurs réglementaires identiques à celles exigées pour une station d’épuration classique dont les rejets dans le milieu naturel doivent respecter une DCO maximale de 125 mg/l et une DBO5 de 30 mg/l, pour un flux annuel maximum autorisé de 236 tonnes en DCO et 71 t en DBO5. Mais pour les six mois à venir, les valeurs autorisées restent très supérieures, fixées à 80 mg/l en DBO5 et 200 mg/l en DCO (ce qui est malgré tout inférieur à la valeur fixée en 2015, qui s’élevait alors à 800 mg/l !).

La faune marine du Parc National des Calanques devra donc supporter pendant encore plus de cinq mois, et peut-être davantage pour peu que les juristes d’Alteo trouvent de nouveaux arguments à faire valoir pour repousser encore le délai, des rejets d’eaux fortement polluée, de nature à rendre les eaux totalement anoxiques. Mais l’essentiel était de trouver avant le 31 décembre de quoi fournir un peu d’oxygène à Alteo à défaut d’en procurer aux poissons de la baie : le Préfet a bien mérité son réveillon !

L. V.

Peut-on encore laisser sortir son chat ?

15 décembre 2019

On le sait depuis des années : le chat, même domestique, adore chasser et tuer de petites proies, parfois pour le seul plaisir de jouer avec et de les rapporter fièrement à la maison, quitte à les abandonner à côté de la gamelle de croquettes. C’est même d’ailleurs pour ses talents de chasseurs, de souris en particuliers et d’autres prédateurs des cultures céréalières, que le chat a été domestiqué, il y a au mois 10 000 ans de cela, probablement dans le Croissant fertile mésopotamien.

Le chat à l’affût… (photo © zsv3207 / stock.adobe.com / Zooplus magazine)

Ce n’est certes pas la seule raison qui explique le succès phénoménal de cette espèce comme animal de compagnie préféré de bien des humains sur terre. Son caractère indépendant mais souvent câlin, sa grande capacité d’adaptation et son aptitude à vivre en bonne harmonie à l’intérieur de nos foyers justifient sans doute sa grande popularité. Rien qu’en France, on dénombrerait 13,5 millions de chats et bien rares sont les pays où les chats ne font pas partie du paysage familier domestique.

Sauf que d’un point de vue froidement biologiste, le chat domestique qui d’ailleurs est capable aussi de vivre en toute indépendance sans être nourri par l’homme, n’est rien d’autre qu’une espèce invasive, de nature à mettre en péril une partie de la faune locale déjà plus ou moins menacée par d’autres facteurs. Et de ce point de vue, les chiffres font froid dans le dos.

Les chats seraient ainsi responsables à eux seuls de 26 % des extinctions d’espèces animales contemporaines parmi les reptiles (2 espèces), les mammifères (21 espèces) et surtout les oiseaux (40 espèces concernées) ! Et ils menacent très directement d’extinction pas moins de 367 autres espèces actuellement considérées en danger… Les chats seraient de ce point de vue la troisième espèce animale (sans compter l’homme…) responsable du plus grand nombre de disparition d’espèces de vertébrés.

Du fait de ses talents de prédateur, le chat serait à l’origine au Canada de 100 à 350 millions d’oiseaux décimés chaque année : la fourchette est large car les chats ne déclarent pas leur tableau de chasse mais l’ordre de grandeur est impressionnant. En Australie, on estime qu’ils tuent à eux seuls chaque année environ 377 millions d’oiseaux (manifestement moins habiles à s’enfuir que leurs cousins canadiens) et 649 millions de reptiles. Aux USA, les estimations des ravages causés par les chats porteraient sur 100 à 300 millions d’amphibiens, 260 à 800 millions de reptiles, entre 1,3 et 4 milliards d’oiseaux et probablement entre 6 et 22 milliards de mammifères, ce qui ferait des chats probablement la pire cause de disparition des petits vertébrés, loin devant les sources évoquées habituellement, que ce soit les pesticides ou les collisions avec les lignes à haute tension, les vitres ou les véhicules.

Le chat, une menace pour la biodiversité (source © La Libre Belgique)

Une étude réalisée en France et en Belgique aurait ainsi mis en évidence une augmentation de 50 % entre 2000 et 2015 de la mortalité des oiseaux causée par les chats, avec au minimum 75 millions d’oiseaux tués chaque année par les chats dans notre pays. Au Pays-Bas, les animaux domestiques feraient 141 millions de victimes chaque année, les deux-tiers d’entre elles du fait des seuls chats. En Pologne, les estimations porteraient sur 136 millions d’oiseaux et 583 millions de mammifères tués chaque année par les chats.

Et à cette prédation directe viennent s’ajouter bien d’autres effets néfastes causés par les chats qui viennent effrayer et déranger certaines espèces particulièrement vulnérables, voire les déciment simplement par transmission de certaines maladies. Les chats ne sont bien évidemment pas la seule cause de perte de biodiversité dramatique que l’on observe ces dernières années et qui ne fait que s’accélérer, mais c’est sans doute l’une de celle sur laquelle on pourrait le plus aisément agir comme le rappellent fort opportunément Arie Trouwborst et Han Somsen, deux juristes de l’université néerlandaise Tilburg Law School, dans un article publié dans le Journal of Environment de novembre 2019, qui a eu un grand retentissement mondial.

Dans leur analyse, les deux juristes estiment que le fait de laisser divaguer son chat domestiques revient de fait à enfreindre les directives européennes sur les oiseaux et les habitats qui s’évertuent à offrir de meilleures conditions de protection de nombreuses espèces menacées. Très pragmatiques, les deux chercheurs reconnaissent que l’opinion publique n’est probablement pas mûre pour changer son comportement vis-à-vis des chats domestiques dont les populations sont en pleine croissance et qui jouissent d’un capital de sympathie très fort. Mais leur article présente du moins le mérite d’attirer l’attention sur ce qui est devenu un facteur non négligeable d’atteinte à la biodiversité.

Un chasseur hors-pair… (source © Koreus.com)

Ils amènent ainsi chacun à réfléchir sur le bon équilibre à trouver pour que le monde de demain ne se résume pas à celui des humains et de leur animaux domestiques fétiches. « Les dégâts causés par le chat sont trop importants pour rester une exception à la loi » estiment les deux juristes qui appellent de leur vœux une approche pédagogique en direction des maîtres de chats afin de mieux en contrôler les populations (via notamment des mesures de stérilisation plus systématiques), de limiter leur divagation, surtout dans les milieux les plus vulnérables, et de développer des techniques permettant de limiter les dégâts qu’ils peuvent faire (le grelot pour prévenir les oiseaux de leur arrivée étant l’une des solutions classique en la matière…).

Assurément, vous ne regarderez plus votre chat de la même manière après avoir pris conscience de son impact sur la biodiversité environnante !

L. V.

Renvois d’ascenseur à La Ciotat

4 décembre 2019

Construction du Germinal aux chantiers navals de La Ciotat en 1964 (photo © Louis Sciarli / Archives communales / Le Monde diplomatique)

Lorsque les chantiers navals de La Ciotat ont fermé leurs portes en 1988, certains irréductibles ont voulu faire le pari que le site pouvait retrouver une activité industrielle navale tournée vers la réparation et l’entretien de yachts. Bien accompagnés par les collectivités territoriales, ils créent ainsi en 1994 la SEMIDEP-Ciotat, une société publique locale (SPL) dont les actionnaires sont le Département des Bouches-du-Rhône (à hauteur de 50 %), la Région PACA (pour 25,8 %), la métropole Aix-Marseille-Provence (à l’époque la Communauté urbaine, pour 19,9 %) et la commune de La Ciotat (pour 4,3 %).

Depuis, la SEMIDEP a été pompeusement rebaptisée La Ciotat Shipyards et connait de fait un fort développement dans un marché en pleine expansion, enregistrant en 2017 un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros pour une activité qui emploie de l’ordre de 700 personnes. Le monde étant ce qu’il est, avec des riches de plus en plus riches, le nombre de super-yachts, des bateaux luxueux mesurant de 50 à 80 m de long, connait une progression annuelle de plus de 5 % par an tandis que celle des méga-yachts (les plus de 80 m de longueur) a augmenté de 27,5 % en 2018 ! On dénombrerait ainsi plus de 5 500 de ces mastodontes des mers dont 70 % naviguent justement en Méditerranée : une aubaine pour les sites portuaires comme La Ciotat car les propriétaires de ces engins dépensent en moyenne 1 million d’euros chaque année uniquement en frais d’entretien et de réparation, jusqu’à 40 M€ pour une révision complète…

Un mega-yacht dans le port de La Ciotat (photo © Violette Artaud / Marsactu)

Pas étonnant que, dans ces conditions, les ports se livrent une concurrence effrénée pour attirer à eux ces clients fortunés et semi-captifs qui ont besoin de réparer d’urgence une avarie ou de faire subir une révision plus complète à leur bateau de luxe. La Ciotat dispose déjà d’un ascenseur à bateaux de 2000 tonnes lui permettant de sortir de l’eau et de déplacer sur rails des bateaux de moins de 50 m sur une plateforme comportant 17 emplacements.

Mais La Ciotat Shipyards voit plus grand et veut désormais concurrencer directement Barcelone en s’attaquant au marché des méga-yachts avec un projet de nouvel ascenseur pour des bateaux de 4000 t qui équiperait l’immense plateforme nord des chantiers navals, d’une superficie de 44 000 m2. Fin 2017, la SEMIDEP a ainsi lancé un appel d’offre pour ce projet titanesque, dont le coût est estimé à 100 M€. Une annonce qui avait alors déclenché une formidable polémique, relayée notamment par La Provence ou encore Marsactu car, dans le même temps, certains professionnels de la filière, dont l’association Riviera Yachting Network, faisait savoir qu’ils soutenaient un autre projet concurrent, sur le port de Marseille, avec un ascenseur encore plus gros, permettant de sortir de l’eau des engins de 6000 t ! En juin 2018, le Grand Port Maritime de Marseille annonçait ainsi que le gagnant de son propre appel à projet était la société Monaco Marine, basée pourtant à La Ciotat et d’ailleurs seul concurrent en lice, qui pourra exploiter la nouvelle installation à son profit pour une durée de 53 ans… Un projet à 71,6 M€ selon les informations de Marsactu, dont 27,5 M€ apportés par le Port de Marseille.

Photomontage du projet de plateforme (source © La Ciotat Shipyards)

Mais pas de quoi doucher l’enthousiasme de Patrick Boré, le maire de La Ciotat qui estime que « le soleil brille pour tout le monde » et qu’il y a largement la place pour deux ascenseurs… Un nouveau « schéma stratégique de développement » a été adopté, permettant au Conseil départemental d’injecter des fonds publics importants tandis que deux acteurs industriels locaux de poids se sont associés, la société Composite works France, acteur historique de la réparation de yachts, et Blohm + Voss La Ciotat, qui exploite déjà la grande forme de radoub, pour constituer MB 92 La Ciotat. C’est bien évidemment ce « nouveau poids lourd du secteur » avec qui la SEMIDEP a conclu « un partenariat stratégique » lui confiant pour une durée de 35 ans l’exploitation de la plateforme avec son futur ascenseur, moyennant sa participation financière à la construction.

Thierry Tatoni, président du Conseil scientifique du PNC (source © IMEB)

Un projet qui devrait voir le jour d’ici 2021 mais pour lequel Préfet s’est quand même cru obligé de saisir le Parc national des Calanques, par courrier en date du 29 juillet 2019, pour un avis conforme. Bien que situé en dehors du cœur marin du Parc, qui s’arrête à l’aplomb du Bec de l’Aigle, le site est en effet suffisamment proche pour qu’il soit opportun de vérifier l’absence d’impact majeur. Le Conseil scientifique du Parc, désormais présidé par Thierry Tatoni, professeur d’écologie à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale, a rendu un avis unanimement défavorable considérant notamment que « le développement de l’usage de ces navires de plaisance de fort tonnage, fortement consommateurs en énergie carbonée et à destination d’un usage exclusivement privatif, ne peut être considéré comme cohérent avec les objectifs de transition écologique promus au niveau international et national ».

Didier Réault, président du Conseil d’administration du PNC (source © Made in Marseille)

Un jugement de bon sens qui ne manque pas d’attirer l’attention sur les risques majeurs que fait courir sur la préservation du milieu naturel la concentration de ces mastodontes qui se moquent parfaitement de l’état des herbiers à posidonies ou des cétacés qu’ils pourraient déranger. Mais un avis qui n’a pas été du goût des représentants du Conseil d’administration du Parc national des Calanques présidé par Didier Réault, adjoint LR au maire de Marseille. A une très large majorité, celui-ci a donc décidé, le 13 septembre dernier, de s’assoir magistralement sur cet avis scientifique et de délivrer sans barguigner l’avis conforme qu’attendait le maire de La Ciotat, tout en rappelant, pour la forme, les quelques recommandations qu’avaient prudemment énumérées les membres du Conseil scientifique dans l’éventualité où « la réalisation de ce projet devait être poursuivie par l’autorité administrative », à croire que les scientifiques avaient eux-mêmes anticipé que leur avis pourtant très clair ne serait probablement pas écouté… Que vaut la qualité des fonds marins quand de tels enjeux économiques et la satisfaction de riches clients internationaux sont en jeu ?

L. V.

Encore un peu de plastique ?

24 novembre 2019

Chacun le sait, la production de plastique n’arrête pas de progresser et le volume de déchets plastiques déversés dans tous les océans du monde dépasse désormais l’entendement. Une étude de 2015 avait évalué à 8 millions de tonnes la quantité de plastique rejetés dans les océans pour la seule année 2010, et la tendance est loin de s’inverser. Selon le WWF, ce serait entre 220 000 et 630 000 tonnes de plastique qui se retrouverait ainsi dans les seules mers européennes, dont une bonne part dans la Méditerranée, mer intérieure fermée et donc tout particulièrement vulnérable.

Une petite partie de ces déchets, de l’ordre de 20 %, est issue directement de l’activité maritime (pêche, navigation, tourisme, etc.) mais l’essentiel provient directement de ce qui est rejeté depuis le littoral, par le vent ou apporté par les fleuves côtiers.

Un dessin signé Souhayla, publié dans le quotidien algérien El Watan le 28 septembre 2018

En Méditerranée, on considère ainsi que 95 % des déchets retrouvés en mer sont à base de plastique, qui se caractérise par des durées de dégradation très longues : un sac plastique met 20 ans pour finir par se dégrader mais il en faut 50 pour un gobelet en plastique et pas moins de 600 ans pour une ligne de pêche en nylon ! De quoi faire périr par étouffement plus d’une tortue marine à la vue basse qui gobent avec gourmandise ces sacs en plastiques aux faux airs de méduse…

Sauvetage d’un poisson pris au piège d’un sac plastique (extrait vidéo YouTube)

Quand ce ne sont pas les poissons eux-mêmes qui finissent emprisonnés dans un sac un peu sournois comme le montre une vidéo filmée par une monitrice de plongée à Phuket en Thaïlande.

Du coup, tous ces déchets qui se délitent et se dégradent peu à peu en micro-particules envahissent la totalité de l’écosystème marin et nous reviennent en boomerang via les poissons et les fruits de mer que nous consommons. Le phénomène n’est pas nouveau et on sait déjà depuis plusieurs années que les moules en particulier contiennent un grand nombre de micro-fragments de plastiques issus de la filtration de l’eau de mer et qui s’accumulent dans leur chair.

Un dessin signé Zoé Thouron

Selon un article récent d’Emploi Vert, une étude conduite par des chercheurs de l’Université de l’agriculture et de la technologie de Tokyo a révélé que 80 % des anchois de la baie de Tokyo contenaient des micro-plastiques, mesurant entre 0,1 et 1 mm. Parmi les 64 anchois japonais analysés, 150 particules micro-plastiques ont été retrouvées dans les tubes digestifs de 49 d’entre eux. En consommant ces poissons, l’homme contribue finalement à digérer tous ses sacs, bouteilles et autres objets en plastiques qu’il a laissé négligemment partir au gré des vents plutôt que de les incinérer ou de les recycler.

Un bar de 2 kg pêché dans les Landes, avec un attirail de couture dans le ventre (photo © Olivier Froustey / France 3 Régions)

Et de plus en plus, les pêcheurs ont de désagréables surprises en vidant leurs poissons, comme dans le cas, rapporté par le quotidien Sud-Ouest, de ce pêcheur amateur des Landes qui a trouvé en septembre dernier dans les entrailles d’un bar de 2 kg un petit sachet en plastique contenant un bouton : pour recoudre le poisson ?

Un célèbre chef cuisinier mexicain vient lui aussi d’en faire l’amère expérience en vidant un poisson pour les clients de son restaurant. Comme le montre une vidéo postée sur son compte Twitter et reprise par Le Point, il a retiré du ventre de l’animal pas moins de cinq bouchons de bouteille, deux morceaux de sac, un bout de peigne et quelques autres petits débris de plastique : bon appétit !

L. V.

Intelligence artificielle : les robots jouent à cache-cache…

29 octobre 2019

En matière d’intelligence artificielle, la recherche avance à grands pas. Depuis que l’ordinateur est devenu capable de battre n’importe quel humain d’abord aux échecs puis au jeu de go, infiniment plus complexe, on ne compte plus les applications qui mobilisent l’intelligence artificielle dans tous les domaines.

Victoire du logiciel Alphago face au joueur coréen Lee Sedol en 2016 (source : capture vidéo © DeepMind)

Mais il s’agit généralement de tâches bien précises pour lesquels l’ordinateur a été programmé et dans lesquelles il progresse en apprenant, sans pour autant être en capacité d’utiliser cette intelligence dans un autre domaine : un robot capable de piloter une voiture ne sera pas en mesure d’interpréter un scanner médical ou de jouer au poker, contrairement à certains humains qui s’adonnent (avec plus ou moins de bonheur et pas forcément simultanément) à ces différentes activités…

C’est donc tout l’enjeu de l’intelligence artificielle générale, pour laquelle le milliardaire visionnaire Elon Musk, fondateur de Tesla et initiateur de l’Hyperloop a investi en créant en 2015 la société Open AI en coopération avec l’investisseur Sam Altman. Une entreprise présentée comme un laboratoire à but non lucratif et dans laquelle Microsoft a également décidé d’investir par moins d’un milliard de dollars comme l’indiquait récemment Le Figaro.

Jusqu’à présent, cette société qui suscite la curiosité de la Silicon Valley, n’avait guère montré de résultats face à la concurrence de Google, en pointe dans le secteur de l’intelligence artificielle après avoir racheté Deep Mind, créateur de la machine championne du jeu de go. Mais Open AI vient de frapper un grand coup en apprenant à de petits robots comment jouer à cache-cache !

Trouvé ! Les petits androïdes jouent à cache-cache… (source © Open AI)

L’affaire paraît bien anodine et ferait se gausser n’importe quel élève de maternelle tant le jeu de cache-cache est à la portée du premier garnement venu. Compter jusqu’à 10 pendant que ses petits copains se planquent et fureter ensuite dans tous les recoins pour les débusquer, voilà qui ne fait pas appel à une stratégie très complexe à première vue.

En l’occurrence, comme l’explique notamment Sciences & Avenir, l’expérience d’Open AI ressemble à un jeu de plateau avec de petits agents dotés d’intelligence artificielle, propulsés par un système informatique constitué de 5 réseaux de neurones artificiels indépendants : les robots qui évoluent au milieu de cloisons et de différents objets, sont en capacité de prendre des décisions de façon autonome et apprennent de leurs erreurs afin de développer de nouveaux comportements.

Vu ! Au début, les bleus se font repérer comme des bleus… (source © Open AI)

L’équipe bleue doit se cacher et les rouges se mettent à leur recherche. Les consignes données aux 2 équipes, constituées chacune de 1 à 3 joueurs, sont assez sommaires : tout joueur bleu qui se retrouve dans le champ de vision à 135 ° d’un joueur rouge est considéré comme repéré et son équipe a perdu la partie.

Au début, les bleus font une prestation pitoyable : ils courent dans tous les sens et tentent vainement de s’abriter derrière une cloison mais il suffit que leurs alter-ego rouges contournent la cloison en question pour les dénicher : pas très futés les petits bonshommes bleus…

Les portes sont bloquées : les bleus sont à l’abri… (source © Open AI)

Mais après 25 millions de parties, le déclic se fait : les bleus à force de perdre comprennent qu’ils peuvent tirer parti des objets qui les entourent. Ils se mettent à pousser les caisses pour bloquer les portes et se constituent un fortin où les rouges ne peuvent pénétrer. Il leur faut pour cela collaborer ensemble puisque tout joueur détecté fait perdre son équipe : avec ce type de règle, la solidarité est naturelle, même en intelligence artificielle !

Dès lors, les rouges sont à la peine et il leur faut 75 millions de parties supplémentaires avant de trouver la parade : ils se mettent alors à utiliser les objets en forme de rampes pour grimper dessus et venir débusquer les bleus retranchés dans leur fortin.

Les rouges ont trouvé la parade en utilisant des rampes… (source © Open AI)

L’espoir a changé de camp mais la guerre n’est pas perdue pour autant… Encore quelques millions de parties et les bleus finissent par mettre au point une nouvelle stratégie : pendant que les rouges comptent, ils leur piquent tous les objets susceptibles de servir de tremplin et viennent les cacher dans le fortin où ils se retranchent avant d’en fermer tous les accès par des blocs.

Les bleus reprennent l’avantage en stockant les rampes dans leur camp retranché (source © Open AI)

Les chercheurs pensaient qu’à ce stade le jeu était terminé et que les bleus, bien rodés, étaient désormais en capacité de se mettre systématiquement à l’abri du regard de leurs poursuivants en toutes circonstances, même avec des objets de formes différentes. Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité des petits humanoïdes rouges qui, après 380 millions de parties, ont fini par détecter un bug auquel les développeurs n’avaient pas pensé et qui se sont mis à faire du surf en grimpant sur des boîtes. Cet expédient leur a redonné une supériorité irrépressible pour repérer leurs adversaires, même bien planqués dans leur fortin inexpugnable, jusqu’à ce que ces derniers, à leur tour, viennent verrouiller chaque objet à sa place avant de se mettre à l’abri : à toute stratégie se développe une contre-stratégie adaptée…

Les rouges trouvent la solution en surfant sur les boîtes mobiles (source © Open AI)

Une belle leçon en tout cas qui montre que de petits robots dotés d’intelligence artificielle apprennent plus vite qu’on ne l’imagine et s’avèrent capable d’élaborer en groupe des stratégies guerrières redoutables. De quoi donner des sueurs froides à tous les amateurs de science-fiction qui s’interrogent sur ce qu’il adviendra de l’humanité le jour où les robots androïdes dotés d’intelligence artificielle décideront de s’émanciper du contrôle des humains. Ce jour-là, inutile de se cacher pour tenter de leur échapper : le jeu de cache-cache est justement leur passe-temps favori et sachez qu’ils y sont imbattables…

L. V.

La musique adoucit les mœurs et protège des bactéries…

27 octobre 2019

Le 5 novembre prochain se tiendra à Aubagne une conférence intitulée « Pourquoi et comment les plantes sont sensibles à la musique », sensée nous expliquer en quoi certaines musiques seraient capables de faciliter ou au contraire d’inhiber l’action de protéines cibles, devenant ainsi des auxiliaires utiles pour lutter contre les caries dentaires ou aider les agriculteurs à remplacer les produits phytosanitaires.

Une telle découverte scientifique est de première importance, assurément : plus besoin désormais de s’écharper pour déterminer à quelle distance des habitations il convient de se placer pour pouvoir épandre les pesticides. Le glyphosate lui-même perd d’un seul coup tous ses attraits s’il est démontré qu’il suffit de diffuser quelques notes de musique appropriées au milieu d’un champ de maïs pour le protéger contre toutes les attaques de parasites. Plus besoin d’agrochimistes, c’est désormais de mélomanes dont l’agriculture moderne a besoin…

Claude Touzet en 2010

Organisée dans le cadre des mardis scientifiques par l’Université du temps libre du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, on pourrait croire au premier abord à un canular, histoire de distraire les Aubagnais qui disposent de temps libre et ne savent pas comment l’occuper. Mais le conférencier, Claude Touzet, maître de conférences au Laboratoire de neurosciences sensorielles et cognitives de l’Université Aix-Marseille, n’est pas un charlatan.

Spécialisé en neurosciences du comportement et auteur d’une thèse de doctorat intitulée sobrement « Modèles connexionnistes séquentiels de l’apprentissage », il a notamment publié en 2014 un ouvrage relatif à la « Théorie neuronale de la cognition » et enseigne la théorie des réseaux de neurones artificiels devant les élèves en cinquième année de l’école d’ingénieurs PolyTech Marseille. Il développe aussi des programmes d’entraînement de la mémoire et de l’attention pour des personnes âgées et souffrant de maladies neurodégénératives.

Joël Sternheimer en 2009 (source © extrait d’interview / Dailymotion)

Claude Touzet s’intéresse par ailleurs aux travaux d’un autre chercheur français, Joël Sternheimer qui, à l’issue de son doctorat en physique théorique, obtenu en 1966 à l’Université de Princeton est ensuite devenu chanteur sous le nom de scène d’Evariste, tout en poursuivant ses travaux de recherche scientifique de manière indépendante, jusqu’à déposer en 1992 un brevet intitulé en toute simplicité « Procédé de régulation épigénétique de la synthèse des protéines par résonance d’échelles ».

Il s’agit là des fondements d’une théorie tout aussi révolutionnaire que sujette à polémique, au point d’ailleurs que beaucoup la qualifient de « pseudo science » non démontrée. Sa théorie se situe au croisement de la physique quantique et de la biologie moléculaire.

Pour faire simple, la synthèse des protéines dans notre corps se fait à partir d’éléments d’ARN messager contenant une séquence de nucléotides (les fameuses quatre bases : uracile, adénine, cytosine et guanine) copiées à partir d’un gène de notre ADN. Cet ARN messager sort du noyau de la cellule et vient se fixer sur un petit organite du cytoplasme : le ribosome. Celui-ci est chargé de traduire l’information contenue dans l’ARN messager et fait correspondre en face de chaque triplet de bases ou « codon » un acide aminé apporté par un ARN de transfert, lequel vient d’ajouter à la chaîne protéique en cours de synthèse. Lorsque le ribosome reconnaît un codon stop, il arrête la synthèse et la protéine nouvellement formée se détache de l’ARN messager.

Schéma de principe de la fabrication des protéines en biologie cellulaire (source © TPE L’influence de la musique)

Dans ce schéma, Joël Sternheimer imagine que l’acide aminé apporté par l’ARN messager, au moment où il vient se fixer sur la chaîne protéique, passe brièvement d’un état corpusculaire à un état ondulatoire au sens de la théorie quantique, et, ce faisant, émet une onde dite « onde d’échelle ». Il a traduit ces ondes en fréquences audibles, autrement dit en notes de musique. A chaque protéine correspond donc une suite de notes, formant une mélodie qu’il a appelée « protéodie » et il a ainsi identifié, pour chaque protéine une protéodie stimulante, qui favorise la synthèse de la protéine, ainsi qu’une protéodie inhibante qui fait l’effet inverse.

L’approche assez originale développée par ce chercheur sous le nom de « génodique » et qui en laisse plus d’un assez sceptique, semble néanmoins présenter de multiples applications très concrètes. Ainsi, en juillet 1994, une expérience menée en Suisse a permis de comparer la croissance de plants de tomates : une protéodie correspondant à la stimulation du gène de la protéine TAS 14 (Tomato anti-sécheresse) était diffusée 3 mn par jour sur une partie des pieds, lesquels ont montré une croissance bien meilleure que ceux de la parcelle témoin pourtant convenablement arrosée.

Comparaison entre plants de tomates arrosés (à gauche) ou baignés de protéodies (à droite (source © Plantemusique)

L’expérience a été renouvelée en 1996 au Sénégal et a montré, là aussi, une croissance et un rendement bien meilleur pour les plants de tomates non arrosés mais baignés de protéodie du TAS 14…

Diffusion de protéodie contre l’esca dans une vigne de Buzet (source © Genodics / Paris Match)

D’autres utilisations de cette approche ont été expérimentées, notamment pour lutter contre l’esca, une maladie cryptogamique de la vigne, connue depuis les Romains et qui est due à l’action combinée de plusieurs champignons à dissémination aérienne. Longtemps combattue à coups d’arséniate de plomb, on la maîtrise désormais par une taille adaptée mais certains vignerons de Champagne ont aussi testé la diffusion en plein champ de protéodies ad hoc…

Un article paru dans la revue Nexus en juin 2018 évoque une autre application de la méthode, pour la lutte contre les caries dentaires. Les responsables de ce fléau mondial, qui fait la fortune des dentistes, sont les bactéries Streptoccus mutans, identifiées dès 1924 et qui transforment le sucre en acide lactique, à l’origine de l’attaque de l’émail dentaire. Pour cela, la bactérie a besoin d’une enzyme, la L-lactate déshydrogénase, LDH pour les intimes, constitué d’une séquence de 328 acides aminées.

Début de la partition de la protéodie inhibante de la LDH_STRMU (source © Revue Nexus)

Pour éviter la formation de caries, il suffit donc d’activer l’inhibition de la formation de LDH en écoutant la protéodie correspondante qui dure 1 mn 22. Une écoute musicale de 5 à 10 mn par jour est recommandée pour un résultat satisfaisant, sachant qu’une bonne hygiène dentaire est également nécessaire.

Autrement dit, il faut écouter la musique tout en se brossant les dents : on n’arrête pas le progrès, mais il y a des limites quand même !

L. V.