Archive for mai 2016

De drôles d’oiseaux bien impertinents…

29 mai 2016

Chacun connaît ces petits passereaux bleutés, ressortissant comme il se doit des États-du-Nid, toujours perchés sur leur fil télégraphique et dont la seule occupation apparente consiste à deviser de tout et de rien, avec un cynisme et un humour grinçant qui bien souvent fait mouche !

On connaissait les brèves de comptoirs qui permettent de faire dire aux piliers de bars un peu émechés ce que beaucoup pensent tout bas sans forcément oser le formuler tout haut tout en n’étant pas fâché de l’entendre exprimé par d’autres… C’est un peu le même rôle d’exutoire social que jouent ces petits volatiles aussi bleutés qu’impertinents qui, l’air de rien et tout en restant bien souvent plongés dans la lecture de leur journal quotidien, font preuve d’un humour grinçant et ravageur, en prise directe avec l’actualité.

Car la particularité de ces personnages de bande dessinée, créée en 2009 par Nicolas Demange et illustrée par Adeline Ruel, c’est qu’ils se développent sur un site d’humour collaboratif où chaque internaute peut apporter sa pierre. En quelque sorte une BD en kit à réaliser soi-même et à faire ensuite partager…

Un véritable kit pour écrire sa propre BD... (copyright N. Demange)

Un véritable kit pour écrire sa propre BD… (copyright N. Demange)

En fonction de l’actualité ou du calendrier, de nouveaux Birds sont mis à disposition des internautes pour attiser leur créativité, et ça marche ! La communauté compte déjà 17 000 inscrits qui publient en moyenne 100 000 nouvelles vignettes par an… Bien sûr, seules les meilleures trouvailles sont mises en ligne quotidiennement sur le site officiel de Birds à raison d’une moyenne de 70 nouvelles BD chaque jour !

Blog307_PhCouvertureUn succès incontestable donc, qui a bien évidemment fait l’objet d’une publication, éditée par Michel Lafon et disponible en librairie depuis octobre 2015, le livre « BirdsDessinés : le Best-Of » qui contient plus de 600 BD soigneusement sélectionnées par le créateur du site, Nicolas Demange, mis en page par l’illustratrice des Birds, Adeline Ruel, mais dont les scénarios émanent d’une centaine d’auteurs distincts, contributeurs du site collaboratif. Une bien belle utilisation des réseaux sociaux qui montre que si l’union fait la force, la collaboration peut aussi contribuer à la bonne humeur.

Et comme un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, ne resistons pas au plaisir de présenter ici quelques-unes de ces BD, en renvoyant naturellement au site et aux publications des auteurs pour en découvrir davantage !

Blog307_PhSurveillance

Blog307_PhHandicap

Blog307_PhPrivileges

Blog307_PhChauvesSouris

Blog307_PhWiFi

Blog307_PhLoiTravail

Blog307_PhEcole

L.V.  LutinVertPetit

EuropaCity, le nouveau délire d’Auchan !

26 mai 2016

Nous avions déjà évoqué ici le projet quelque peu délirant imaginé sur le site des Gargues à Aubagne et porté par Immochan, la filiale immobilière du champion de la grande distribution Auchan, aux mains de la famille Mulliez qui détient une des plus grosses fortunes de France. A force d’engranger des profits il faut bien investir un peu pour arriver à dépenser des sommes d’argent aussi colossales !

Alors, Immochan ne recule devant rien et est en train de concevoir en région parisienne un projet encore mille fois plus ambitieux, rien moins que « le plus important projet d’aménagement culturel et commercial en Europe ». Dans la famille Mulliez, on est discret mais pas forcément modeste…

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Le projet en question est un chantier tout simplement pharaonique pour lequel l’enquête publique vient d’être lancée. Il consiste ni plus ni moins à bâtir une nouvelle ville (une « living city » en bon français) totalement artificielle au nord de Paris en lieu et place des dernières terres agricoles du Val d’Oise, dans un secteur impropre à la construction d’habitat car survolé chaque jour par 1500 avions atterrissant et décollant sur les pistes de Roissy. Ce sera donc une ville sans logement, « le nouveau quartier de loisir du Grand Paris », entièrement dédiée au commerce et au plaisir pour satisfaire le nouveau consommateur « à la recherche d’un acte d’achat intégrant une dimension de plaisir ».

Blog306_VueEnsemble

Et pour cela, Immochan voit grand : sur une superficie totale de 80 hectares, il est prévu 230 000 m² de commerces, 2 700 chambres d’hôtel, 20 000 m² de restaurants, 50 000 m² d’espaces dits culturels avec une scène circulaire géante, un parc aquatique de 2 hectares avec vague de surf et, pendant qu’on y est, une piste de ski artificiel (pardon, un « snowpark » dédié aux « freestylers »). Avec de tels atouts, l’affluence sera forcément au rendez-vous et il est donc attendu pas moins de 30 millions de visiteurs par an dont 6 millions de touristes : deux fois plus qu’à Dysneyland et trois fois plus qu’au Louvre ! La Joconde n’a qu’à bien se tenir car il paraît quand même plus fun d’aller faire du ski dans une bulle artificielle implantée au milieu des champs de betteraves du triangle de Gonesse, coincée entre l’autoroute A1 et les pistes de Roissy…

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Certains esprits chagrins s’étonnent naturellement qu’on puisse encore imaginer de tels projets qui se traduiront par la bétonnisation des dernières terres fertiles encore cultivées aux portes de Paris. Alors que l’Ile de France est déjà obligée d’importer 90 % de sa consommation agricole et à l’heure où les députés viennent de voter à l’unanimité l’obligation pour les cantines scolaires de servir au moins 40 % de produits locaux, on peine à distinguer la justification d’un tel projet. Imaginer une telle concentration d’espaces climatisés de loisir qui draineront 60 millions de déplacements annuels dans un secteur déjà bien engorgé ne paraît pas non plus très cohérent avec les engagements pris à 2 km seulement de là, dans l’enceinte du Bourget, lors de la COP 21, comme l’a judicieusement rappelé Eric Conan dans Marianne !

A croire en fait que le groupe Auchan a fait tourner la tête de tous nos décideurs politiques, avec bien entendu l’argument massue de créer 12 000 emplois sur le site (soit autant de déplacements quotidiens supplémentaires puisqu’il ne sera pas possible de loger à proximité…). Tous sans exeption semblent séduits par le projet, y compris Laurent Fabius, l’ex grand prêtre de la COP 21, qui salue « un projet majeur qui structurera notre territoire ».

Même le sociologue Jean Viard, pourtant habituellement plus perspicace, s’est laissé embarquer dans l’aventure, n’hésitant pas à apporter sa caution morale au travers de sa participation au « Comité d’orientation scientifique » et déclarant avec emphase : « EuropaCity constitue un remarquable laboratoire de réponses possibles à des évolutions sociales majeures ». On ne saurait mieux dire…

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En tout cas, Immochan ne lésine pas sur les moyens et l’affaire est rondement menée. Alors que les premières esquisses ont été présentées début 2012 seulement au comité de pilotage, le projet a reçu dès février 2012 le label du Grand Paris et il est d’ores et déjà prévu, alors même que débute seulement l’enquête publique, la construction d’une gare spécifique pour permettre de désservir le projet via le futur Grand Paris Express. Le cabinet d’architecte retenu travaille déjà sur le projet depuis 2013 et Immochan vient de s’adjoindre les services du puissant groupe chinois Dalian Wanda, heureux nouveau propriétaire des studios Legendary Pictures, qui participera au financement du projet et « apportera son expertise et son savoir-faire, en termes de loisirs, d’hôtellerie et de divertissement ».

Blog306_PhCoursives

Les premiers travaux sont prévus dès 2019 pour une ouverture programmée en 2024, et on ne voit pas bien ce qui pourrait freiner la réalisation d’un tel projet puisque tous les élus locaux, de droite comme de gauche, et même le Préfet de Région, sont le petit doigt sur la couture du pantalon prêt à accepter les moindres desiderata de l’investisseur privé qui mène la danse selon son bon plaisir. Certes, le groupe Auchan s’est vu décerner en 2012 le prix Pinnocchio dans la catégorie « plus vert que vert » destinée à récompenser les sommets de duplicité auxquels se livre le groupe Auchan pour justifier son projet. Mais un moment de honte est vite passé et l’horizon semble désormais bien dégagé pour ce « nouveau temple du consumérisme alors que la région est déjà saturée d’hypermarchés » comme l’a décrit le Canard Enchaîné…

L.V.  LutinVertPetit

Suède : la ville de Kiruna menacée d’effondrement…

23 mai 2016
Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Les exploitations souterraines, que ce soit pour extraire du minerai ou des matériaux de construction, engendrent parfois en surface des effets assez catastrophiques. Certaines se souviennent peut-être encore de l’effondrement brutal de 6 hectares d’anciennes carrières de craie qui s’était produit le 1er juin 1961 en limite des communes de Clamart et d’Issy-les-Moulineaux en région parisienne. Le paysage urbain fut dévasté avec la destruction complète de 23 immeubles répartis sur 6 rues, et le bilan humain très lourd avec 21 morts, 45 blessés et plus de deux cent soixante-treize sinistrés.Blog305_PhLorraine

Le bassin ferrifère lorrain paye lui aussi un lourd tribut à cet héritage minier et ce sont plusieurs centaines de maisons qui se lézardent depuis les années 1990, semant le désarroi dans nombre de villages déjà sinistrés sur le plan économique du fait de l’arrêt des exploitations. A Moutiers, Moyeuvre-Grande, Auboué, Joeuf, partout les habitants se trouvent confrontés à la formation de fontis sur la chaussée et à la déformation progressive de leurs maisons qu’ils avaient souvent acheté pour un coût modique aux anciennes compagnies minières, lesquelles avaient pris la précaution d’inclure dans les contrats de vente une clause les exonérant de toute responsabilité en cas de désordre lié aux mouvements du sous-sol….

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Plus près de nous, le quartier des Plâtrières à Roquevaire, autrefois le siège d’exploitations souterraines de gypse jusque dans les années 1960, a aussi été l’objet de plusieurs effondrements spectaculaires dans les années 1990, justifiant la destruction de plusieurs maisons d’habitation et l’élaboration d’un plan de prévention des risques qui interdit désormais toute construction dans ce secteur sous-cavé.

Mineurs de charbon en Chine

Mineurs de charbon en Chine

En Chine, c’est la ville minière de Pingxiang, dans le Jiangxi, qui est menacée depuis quelques années par une série d’effondrements liés aux exploitations de charbon. Ce serait au total près de 90 000 habitants qui seraient concernés par des risques d’instabilité de leur habitation, certaines s’étant déjà écroulées, tandis que 41 écoles et 27 hôpitaux auraient déjà été plus ou moins gravement détruits, au point que les autorités envisagent carrément de reconstruire une partie des bâtiments plus loin.

Vue aérienne du site de Kiruna

Vue aérienne du site de Kiruna

C’est la même histoire qui est en train de se jouer à l’extrême nord de la Suède, dans la ville minière de Kiruna. Un gisement particulièrement riche en fer y est exploité depuis 1899, qui a amené à créer sur place une ville entière, laquelle compte actuellement plus de 20 000 habitants. Exploité à ciel ouvert jusqu’en 1965, la mine qui est l’une des plus vastes du monde s’enfonce désormais sous terre par des galeries creusées à plus de 1000 m de profondeur !

Vue en coupe des galeries d'exploitation principales

Vue en coupe des galeries d’exploitation principales

Contrairement au minerai de fer lorrain, le teneur de ce gisement est telle que l’extraction reste particulièrement rentable pour la compagnie minière d’État Luossavaara-Kiirunavaara Aktiebolag (LKAB) qui l’exploite. Pour suivre le filon qui se prolonge quasi verticalement, cette dernière prépare donc actuellement l’aménagement d’un nouveau niveau d’exploitation qui sera situé à la profondeur de 1385 m.

Seulement voila : à force de creuser, les répercussions commencent à se faire sentir en surface ! La zone de déformation que les exploitants suivent avec vigilance se rapproche désormais des limites de la zone habitée… Comme il n’est pas acceptable d’arrêter en chemin une exploitation aussi rentable, la compagnie minière envisage tout simplement de déplacer la ville ! Installée ici pour exploiter la mine, dans un paysage aride où ne nomadisaient à l’époque que quelques éleveurs de rennes Sami, la ville devra donc suivre l’extension de la mine et s’y adapter…

La ville de Kiruna

La ville de Kiruna

Bien sûr, tout ceci ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra sans doute 25 ans et peut-être bien davantage pour y parvenir, la compagnie étant tenue de négocier maison par maison le rachat des propriétés, à un prix supérieur de 25 % par rapport à la valeur du marché. Plus de 3000 maisons devraient être concernées et c’est le centre-ville qui déménagera en premier. Une série de 19 bâtiments emblématiques, dont l’hôtel de ville et la célèbre église rouge datant de 1912, seront purement et simplement démontés pour être déplacés vers la nouvelle ville, située à 2 km de là.

Eglise rouge de Kiruna

Eglise rouge de Kiruna

L’opération devrait coûter la bagatelle de 700 millions d’euros. Une première vague de 140 familles, les plus proches des limites actuelles de la zone de déformation, a déjà été évacuée et les nouvelles infrastructures sont en train d’être mises en place, mais aucune maison n’a encore été démolie. Ceci dit, il semble que la population accepte sans trop rechigner ce déplacement pur et simple de son cadre de vie. Elle n’a d’ailleurs pas tellement le choix : « soit les mineurs arrêtent de creuser, et la ville sera frappée par un chômage de masse, soit la ville se déplace, ou du moins, subit d’importantes dégradations », explique ainsi l’architecte Krisfer Lindstedt dont le cabinet est en charge d’imaginer ce vaste chantier. Effectivement, mieux vaut s’adapter et suivre le mouvement…

L.V.  LutinVertPetit

Ressources en eau : le rapport secret de Nestlé…

21 mai 2016

Nestlé veut vendre sa filiale DavigelVoilà un scoop comme on les adore. De quoi faire saliver le citoyen-consommateur toujours persuadé qu’on lui cache tout et avide de se faire peur. Voici qu’on apprend grâce à Wikileaks, que la firme internationale Nestlé, multinationale bien connue de l’agro-alimentaire, aurait publié en 2009 un rapport secret dressant un tableau alarmiste de l’avenir des ressources en eau de la planète. Rapport désormais publié par Reveal, le site de l’ONG Center for Investigative Reporting et relayé par Sciencepost.

A en croire ce rapport, que la firme suisse a préféré cacher depuis des années pour ne pas alarmer inutilement l’opinion publique, l’avenir même de l’humanité est gravement menacé et nous fonçons droit dans le mur. C’est bien simple : si le monde entier s’alignait sur le régime alimentaire des Américains, qui est en moyenne de 3600 calories par jour avec une consommation importante de protéines d’origine animale, les ressources totales en eau douce disponibles sur Terre auraient été entièrement épuisées depuis 15 ans déjà, lorsque notre planète comptait 6 milliards d’habitants.Blog304_PhFemmes

Nous en sommes désormais à plus de 7 milliards d’humains et les projections les plus réalistes en prévoient 9 milliards dès 2050. Depuis des années la quasi totalité du monde occidental s’est aligné sur le mode de vie américain et se rapproche des standards alimentaires des USA, tandis que les autres pays dont les mastodontes que sont la Chine et l’Inde voient leur consommation de viande augmenter de manière spectaculaire. Nous sommes donc en phase d’accélération face au mur qui se rapproche dangereusement…

Pourquoi un tel impact de notre mode de consommation ? Tout simplement parce qu’il faut en moyenne 5 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande… Bien entendu, ces données sont très variables selon les conditions de production mais les ordres de grandeur sont parlant. Une source de Futura-science considère ainsi que la quantité d’eau nécessaire à la production d’1 kg de viande de bœuf atteint même 13 500 l alors qu’il suffit d’un peu moins de 600 l pour produire 1 kg de blé ou de pommes de terre.

Blog304_DessinNestlé

La conclusion de Nestlé est donc évidente : si nous voulons éviter une situation catastrophique de pénurie d’eau à l’échelle mondiale (qui selon le rapport pourrait toucher un tiers de l’humanité dès 2025…), il faut modifier radicalement nos modes de production et de consommation. Les écologistes qui s’époumonent en vain depuis des années pour tirer la sonnette d’alarme et prôner la décroissance devraient se pâmer d’aise de constater qu’un poids lourd de l’économie mondiale adopte ouvertement leur analyse et relaie leurs thèses…

Blog304_PhRobinetSauf que les conclusions que tire Nestlé de ce constat ne sont pas exactement les mêmes… Pour faire face à cette grave menace, le géant de l’agro-alimentaire préconise une stratégie en quatre points : la création d’un marché virtuel de l’eau, la suppression des subventions pour les biocarburants, l’adoption de plus d’OGM pour cultiver des plantes résistantes au manque d’eau, et la libéralisation du commerce agricole mondial. Pas sûr que tous les agronomes qui, à l’instar de René Dumont jadis ou de Marc Dufumier, qui s’inquiètent depuis des décennies des dérives de l’agriculture mondiale, partagent les mêmes conclusions !

Certes, une limitation des surfaces agricoles consacrées aux biocarburants relève du bon sens même et peut difficilement être contestée. Pour le reste, on voit bien que cet argumentaire n’est qu’une manière détournée de remettre sur la table toutes les lubies de l’agrobusiness mondialisé qui, Nestlé et Monsanto en tête, poussent pour une privatisation des ressources en eau et une industrialisation toujours croissante de la production agricole à base d’OGM.

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, est d’ailleurs coutumier du fait, lui qui expliquait doctement il y a peu que les OGM sont bien meilleurs que les produits bio car ils ne rendent pas malades : « un bon exemple est le mouvement bio. Le bio est ce qu’il y aurait de mieux maintenant. Mais le bio n’est pas le meilleur. Après 15 ans de consommation de produits génétiquement modifiés aux Etats-Unis, pas un seul cas de maladie n’a été déclaré jusqu’à présent pour en avoir mangé. Et malgré cela, nous sommes tous si inquiets à ce sujet en Europe à propos de ce qui pourrait nous arriver ».

Il semblerait au passage que Nestlé a complètement oublié la leçon des années 1970, lorsque la firme avait été largement mise en cause pour ses méthodes de matraquage publicitaire visant à généraliser l’utilisation de lait en poudre en substitution de l’allaitement maternel, y compris dans des pays où les conditions d’alimentation en eau potable ne permettaient pas d’assurer une hygiène suffisante pour une telle pratique. Selon l’UNICEF, Nestlé aurait été alors indirectement responsable de la mort de 1,5 millions de nouveaux-nés chaque année dans le monde, comme le rappelle Le veilleur. Ce qui n’a pas empêché la multinationale de voir ses profits exploser…Blog304_DessinForum

Pour ce qui est des ressources en eau, l’argumentaire du PDG de Nestlé est le suivant : « L’eau est bien sûr la ressource de base la plus importante dans le monde aujourd’hui. On peut se poser la question de savoir si nous devrions privatiser l’approvisionnement normal de l’eau pour la population. Il y a deux opinions différentes à ce sujet. La première opinion, qui est je pense extrême, est représentée par les ONG, qui stipulent que l’eau est un droit public. Cela veut dire qu’en tant qu’être humain vous devriez avoir accès à l’eau. C’est une solution extrême. Et l’autre opinion dit que l’eau est un aliment comme n’importe quel autre. Et comme n’importe quel produit alimentaire, elle devrait pouvoir être sur le marché ».

Pour Nestlé, la solution est donc simple : il suffit de privatiser les ressources en eau de la planète et laisser le marché s’occuper de sa gestion. De son point de vue effectivement, on voit bien le profit que pourrait représenter une telle solution, pour une société qui engrange d’ores et déjà 26 milliards d’euros de bénéfice annuel provenant de la seule vente des bouteilles d’eau minérale Nestlé (détenteur désormais de nombreuses marques telles que Vittel ou Perrier) !

Blog304_PhSeattleOn est bien loin de la conception altruiste formulée en 1854 devant le gouverneur Isaac Stevens par Seattle, chef des tribus indiennes Duwamish et Suquamish : « Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n’y a pas un coin de cette Terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est sacré aux yeux et dans la mémoire de mon peuple ».

L.V.  LutinVertPetit

Gendarmerie de Carnoux : le Major qui voudrait être Général…

16 mai 2016

Le Major Jean-Daniel Sarkissian, inénarrable responsable depuis des années de la brigade de gendarmerie de Carnoux-en-Provence, adore communiquer. Il inonde de courriels les voisins vigilants de son secteur à partir de sa boite professionnelle du Ministère de l’Intérieur. Ses messages sont toujours écrits dans une syntaxe un peu approximative mais font preuve d’un humour potache à se rouler par terre, au point qu’on se demande comment on arrivait à se distraire avant son arrivée à Carnoux, à l’époque pas si lointaine où les militaires français étaient tenus à un certain droit de réserve et où l’Armée était surnommée « La Grande Muette ».

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Heureusement, le Major Sarkissian a su surmonter ses inhibitions et n’hésite pas à faire part directement à la population locale qui l’adore, ses pensées les plus intimes y compris son souhait de monter en grade. La tactique du gendarme est habile : à force d’inonder toute la ville et au-delà avec ses messages à répétition, nul doute qu’ils devraient arriver aux oreilles attentives de ses supérieurs hiérarchiques. Le message en question a été inséré dans le dernier courriel en date, diffusé le vendredi 13 mai à 12h42 (à première vue, l’heure importe peu, mais sait-on jamais : le Major tient à la ponctualité et ne répétera jamais assez que dans son métier tout peut se jouer à la minute). Petit extrait de ces paroles mémorables :

« Il faut se dire que la communauté des gens qui volent tiennent un guide des communes bien surveillées et il faut que nous restions avec 4 étoiles – donc on compte sur vous pour acquérir la 5ème étoile – cela équivaut pour le Major au passage au Grade de Lieutenant directement avec une paye de Général. A ce moment là je vous offrirai à boire (De l’eau de CARNOUX EN PROVENCE ). iL FAUT QUE JE PENSE À LA LUTTE CONTRE L’INSÉCURITÉ ROUTIÈRE. Je compte sur vous les référents, adhérents sur l’importance de diffuser ce message de vigilance ».

L'oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

L’oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

Pour qui ne connaît pas le contexte, on pourrait penser à première vue que le Major cherche simplement à se pousser du col et à monter en grade, voire aspire à être davantage récompensé de son zèle incontestable par une rémunération plus en rapport avec son efficacité redoutable qui a fait de la commune de Carnoux-en-Provence le summum de ce qui existe en matière de sécurité urbaine, la ville la plus surveillée de France grâce à la mise en place d’un système de délation tel que l’espérance de vie d’un délinquant ou d’un simple suspect y est quasiment réduite à néant.

Le major l’explique d’ailleurs lui-même avec toute la pédagogie qui le caractérise, dans son même message :

« ce matin la Police Municipal de ROQUEFORT LA BEDOULE nous contacte pour nous signaler qu’elle a envoyé une patrouille sur le quartier la Cardeline car un riverain a constaté la présence d’un individu qui s’exprimait pas trop bien et qui cherchait une personne – Ce témoin signale que cela s’est produit il y a 30 mn – Il s’agit d’un quartier qui est placé sous panneau  » VOISINS VIGILANTS » avec une majorité de riverains qui arborent sur le devant de leur maison la mention d’appartenance à ce dispositif.

Pour ceux qui ont des soucis avec ce dispositif et qui déforment son utilisation à des fins personnelles je fais un rappel – Mettre une affiche « VOISINS VIGILANTS » c’est envoyer un message à des personnes qui rentreraient dans un quartier que sa durée de vie dans ce quartier est de 5 minutes ».

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

Le hic cependant c’est que certains habitants ont encore un peu de mal à appliquer les consignes du Major, ce qui a tendance à l’agacer quelque peu – c’est toujours le problème avec ces foutus civils qui réfléchissent trop au lieu d’agir… Alors, le Major répète encore une fois la leçon pour que chacun acquière les bons réflexes et appelle illico la gendarmerie dès qu’il aperçoit le moindre inconnu dans sa rue :

« Si on contacte les forces de police 30mn après – cela ne sert à rien car ces individus passent par les pistes – longent les propriétés et ils ont 10 mn pour sonner aux portails – pénétrer à l’intérieur et cambrioler – dans l’attente que nos politiques nous mettent à disposition des drones nous permettant de lancer une surveillance par les airs des quartiers on demande à la population de nous alerter à l’instant même pour nous permettre d’être réactif et de montrer aux personnes qui ont de mauvaises idées qu’ils ont intérêt à aller voir sur d’autres communes si l’air n’est pas meilleur.

je demande aux référents des quartiers de sensibiliser de nouveau les habitants sur l’importance de cet appel rapide – Quand cela est bien fait comme mardi à CARNOUX nous sommes efficaces quand à 2 reprises on l’apprend 30 mn après on ne peut pas être trop content ».

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

On comprend bien toute la frustration du Major de constater que certains habitants qui se disent pourtant vigilants en sont encore à hésiter avant de décrocher leur téléphone pour dénoncer le passage d’un individu suspect, surtout un peu basané ou, pire, osent encore laisser leur portail ouvert en pleine journée. Un véritable geste pousse au crime et qui laisse le major totalement désemparé.

Sans même parler de ceux qui lui font encore l’affront de quitter leur domicile sans avertir la gendarmerie que leur maison est vide et qu’il convient donc de la surveiller. Là c’est vraiment trop et le Major l’exprime sans détour : « A ce moment là je ne suis pas content et je le fais savoir ». On n’aimerait pas être à la place de ce voisin soi-disant vigilant qui a commis un tel manquement à la plus élémentaire des règles de sécurité !Blog58_Ph1

Car, en attendant les drones qui ne devraient pas tarder à survoler notre commune pour compléter l’action des caméras de vidéo-surveillance déjà largement déployées dans notre espace public, n’oublions-pas que la Gendarmerie nationale a d’abord et avant tout un rôle d’éducation. Et le Major Sarkissian, en visionnaire avisé, a déjà prévu toutes les éventualités, y compris celle que les plus hautes autorités du pays l’appellent à exercer ses talents sur des tâches d’une autre envergure (dès qu’il sera nommé lieutenant avec une paye de général, ce qui ne devrait guère tarder).

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

C’est pour parer à une telle éventualité qu’il s’efforce de mettre les bouchées doubles pour former les citoyens vigilants destinés à prendre la relève, ainsi qu’il l’explique lui-même : « Si demain dans un cadre de restructuration – d’économies – de regroupement de moyens on venait à vous enlever les gendarmes à CARNOUX A PROVENCE vous puissiez être prêts à repousser la délinquance par des moyens humains de vigilance. C’est important d’en prendre conscience et de faire en sorte de protéger ses biens et celui du voisin ».

Chacun à Carnoux bien entendu tremble que la commune puisse un jour vivre sans l’ombre tutélaire du Major Sarkissian. Faudra t-il alors pour se défendre contre le crime organisé qui rôde à nos portes mettre sur pied une véritable milice de citoyens prêts à tout pour se défendre contre toute intrusion étrangère ? En matière d’organisation de la sécurité publique, on pensait avoir quelque peu dépassé le stade du Far West mais ce n’est manifestement pas le cas de tout le monde dans les rangs de la Gendarmerie nationale…

L.V.  LutinVertPetit

Israël : modèle ou repoussoir ?

14 mai 2016

Depuis les récents attentats de djihadistes en Europe, nombre de nos élus politiques se précipitent en Israël considéré comme un modèle de lutte anti-terroriste qui a su instaurer un régime particulièrement efficace de surveillance et de repression qui permet de contrer les menaces des militants islamistes en tout genre. « Il faut terroriser les terroristes » avait déjà théorisé l’inénarrable Charles Pasqua et c’est cette recette que nos responsables politiques viennent chercher auprès des forces de sécurité israéliennes, de la même manière que les militaires américains empétrés dans la guerre du Vietnam ou plus tard les régimes militaires dictatoriaux d’Argentine ou du Chili des années 1970 venaient s’enquérir auprès de l’armée française des méthodes de torture et de terreur mises en place lors de la bataille d’Alger.

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

L’expertise semble avoir changé de camp et Israël est devenu aux yeux du monde occidental le modèle abouti qui permet de contenir la violence plutôt que d’en limiter les causes par une action politique, sociale ou diplomatique. On a vu ainsi le maire de Nice, Christian Estrosi déclarer lors d’un déplacement en Israël le 16 juin 2014 : «  Je suis fier d’être un ami d’Israël. A peine arrivé sur la Terre d’Israël, je souhaite m’exprimer afin de marquer mon engagement dans la lutte contre l’anti-judaïsme, qui gagne partout du terrain, et contre l’odieuse campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui sévit au plan international ».

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

A peine élu à la tête de la région PACA, le même Christian Estrosi s’est aussitôt précipité en Israël pour y effectuer son premier voyage à l’international. Il y a rencontré des leaders de la sécurité ainsi que les ministres de l’Intérieur et de la Défense, avec comme objectif affiché de venir prendre des leçons en matière de lutte au quotidien contre les actions terroristes. « Être à la pointe de la lutte par le renseignement contre la cybercriminalité est un objectif majeur lorsqu’on sait que la radicalisation se fait par le biais des réseaux sociaux » a-t-il ainsi déclaré tout en estimant que : « Il est temps que la France comprenne que nous ne gagnerons pas la guerre avec les lois de la Paix ! » .

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d'Israël (photo M. Neiman / GPO)

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d’Israël (photo M. Neiman / GPO)

Depuis, la présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, s’est également empressée de réaliser son premier déplacement officiel à l’étranger justement en Israël, à Jérusalem, avec comme objectif affiché d’apprendre comment combattre le terrorisme : « la France peut tant apprendre d’Israël » s’exclamait-elle ainsi tout en s’affichant avec le président de l’État israélien, Reuven Rivlin, considéré comme un faucon du Likoud.

A croire que l’État répressif d’Israël que certains, à l’instar de Pierre Stamboul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix, n’hésitent pas à qualifier de lieu d’apartheid, serait un modèle pour nos démocraties occidentales… Pourtant, quand on lit certains témoignages dont celui du Français François-Xavier Gilles sur son blog Palestine.Katinfo, de retour d’un voyage en Israël, cette répression policière à outrance, venant en appui à des militants sionistes décomplexés qui poursuivent sans vergogne leur œuvre de colonisation, on se sent pour le moins mal à l’aise face à cette « horreur au quotidien ».

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

Quelques extraits de ce témoignage : « Israël avance tel un rouleau compresseur: il ne s’arrête pas; il accélère. Le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem est envahi de drapeaux israéliens au premier étage des maisons toujours plus nombreuses à être colonisées. La police et l’armée israéliennes, auxquelles s’ajoutent maintenant des milices à pied ou à moto en gilet pare balle, sont omniprésentes tout au long du trajet, pourtant musulman, de la porte de Damas au mur des lamentations. Les colons israéliens, tous plus ridicules les uns que les autres dans leurs accoutrements invraisemblables, y déambulent sans vergogne, pistolets à la ceinture pour certains ».

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est  (crédit photo AFP)

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est (crédit photo AFP)

Le représentant de France Palestine Solidarité décrit les arrestations arbitraires et les contrôles musclés permanents destinés à intimider, les fouilles au corps brutales en pleine rue et les commentaires désabusés des vieilles femmes qui observent ces violences policières quotidiennes : « C’est une honte, ça n’arrête pas, ils n’ont rien fait, on ne peut rien, c’est tous les jours comme ça ». Il évoque les spoliations des maisons dans Jérusalem Est qui n’a toujours pas de statut défini mais où la colonisation juive se poursuit insidieusement, avec l’aide d’intermédiaires véreux. Il décrit l’asphyxie organisée de toute l’économie palestinienne dont les produits agricoles sont bloqués tandis que les fruits et légumes israéliens inondent les marchés, les check point qui changent sans arrêt et dont le seul but semble être de rendre la vie impossible aux résidents palestiniens.

« Si les fruits et légumes ne passent pas, les palestiniens des territoires occupés comme on appelle précieusement la Cisjordanie d’à côté, et encore moins les palestiniens de Gaza, ne passent pas non plus. Ils leur faut un permis, délivré par l’autorité israélienne, pour se rendre à Jérusalem. Une fois l’an et encore, pas pour tout le monde. Certains n’y sont jamais allés.

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Maram, une jeune femme palestinienne de 24 ans, enceinte et mère de deux enfants, en avait obtenu un de ces laisser-passer, pour la première fois de sa vie. Le mercredi 27 avril, venant de son village de Beit Surik voisin, elle s’est avancée au check-point de Qalandiya en empruntant innocemment l’accès réservé aux voitures ; elle ne comprenait pas l’hébreu, langue dans laquelle les soldats lui ordonnaient de loin de rebrousser chemin. Les soldats l’ont assassinée. Son frère Ibrahim, 16 ans, qui l’accompagnait et qui a tenté de lui porter secours a été abattu lui aussi.

Nous sommes passés au check-point une heure plus tard, en revenant de Ramallah. Deux reporters de télévision étaient présents. C’était bourré de jeeps et de militaires. Obligés de changer de bus, nous avons demandé à des palestiniens présents sur les lieux ce qu’il se passait. « Deux palestiniens ont été tués; l’un tentait de passer le check-point alors qu’il n’avait pas d’autorisation (par le mauvais accès); l’autre a tenté de l’aider ». Les voitures continuent d’avancer au pas, les passagers présentent leurs papiers aux soldats surarmés; comme d’habitude à Qalandiya, un long fleuve tranquille… »

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli  / AFP)

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli / AFP)

Le communiqué officiel précisera : « Les policiers israéliens ont tué mercredi matin deux Palestiniens qui s’approchaient d’eux armés de couteau et ont refusé de s’arrêter malgré des injonctions répétées au point de passage de Qalandiya entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée ». Mais de nombreux témoignages de passants, repris notamment par Le Parisien, confirment bien qu’il s’agit d’une simple méprise et que les couteaux retrouvés près des corps ont été déposés après coup par les soldats israéliens pour masquer leur bévue. Des dérives pour le moins inquiétantes dans une démocratie modèle !

A l’issue de ce témoignage, François-Xavier Gilles évoque aussi ce mur de séparation en béton construit pour protéger les colonies israéliennes et que certains ont baptisé le mur de la honte. De nombreuses fresques ont été peintes sur ce mur comme sur celui qui coupait jadis en deux la ville de Berlin, plusieurs étant l’oeuvre de l’artiste britannique anonyme Bansky.

Quelques fresques peintes par l'artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

Quelques fresques peintes par l’artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

F.-X. Gilles évoque en particulier un dessin peint sur le mur à Bethléem, « montrant un seul enfant d’un côté du mur tenant un cerf-volant au couleur de la Palestine et, de l’autre côté de ce mur, plusieurs enfants tenant chacun un cerf-volant aux couleurs des drapeaux des pays de l’occident – Oui, la phrase inscrite en arabe est terrible: Votre silence nous tue ».

Fresque à Bethléem : qui s'intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Fresque à Bethléem : qui s’intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Difficile en effet de ne pas se sentir interpellé par le développement de cette politique d’apartheid et par le renforcement de la violence qui ne fait que s’accroître des deux côtés du mur de séparation. L’histoire a maintes fois prouvé qu’accroître la répression aveugle dans une situation d’injustice ne pouvait que renforcer la détermination de ceux qui se sentent victimes et qui du coup se lancent dans des actions terroristes de plus en plus violentes. Il n’y a bien entendu aucun lien entre les actions djihadistes de DAECH et le conflit israélo-palestinien, raison de plus pour ne pas aller chercher en Israël des solutions inadaptées au contexte qui est le notre…

L.V.  LutinVertPetit

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L.V.  LutinVertPetit

A vendre synagogue. Beaux volumes.Transf. possible mosquée

10 mai 2016

Non, cette annonce n’est pas parue sur Le Bon Coin car la transaction s’est faite directement sans qu’il n’ait été nécessaire de publier une petite annonce… En revanche, une fois connue, la nouvelle de la vente de la synagogue marseillaise de la rue Saint-Dominique près de la gare Saint-Charles à Marseille a fait le tour du monde et a été reprise par nombre de médias internationaux !

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Le secrétaire de l’association israélite Or Thora qui a vendu pour 400 000 euros cette synagogue à une association musulmane désireuse de la transformer en mosquée s’en est d’ailleurs longuement et sereinement expliqué dans le quotidien La Provence, qui avait ébruité l’affaire dès le 26 avril dernier, afin de dédramatiser la situation qui avait affolé le monde entier jusqu’en Russie…

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l'ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l’ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Il faut dire que cette synagogue, créée en 1967 par des Juifs séfarades originaires de Tlemcen, n’ouvrait plus que le samedi et avait bien du mal à rassembler les 10 croyants nécessaires pour que les prières du shabbat puissent se tenir. Les populations juives autrefois nombreuses en centre ville de Marseille ont largement déserté ces quartiers et plusieurs des 58 synagogues de la ville se retrouvent de fait dans la même situation, alors même que les musulmans sont à la recherche de lieux de culte pour se réunir.

La transaction s’est donc fait tout naturellement avec l’association musulmane Al Badr comme l’explique le responsable à La Provence : « Un jour j’ai croisé un jeune musulman de l’association. On a discuté. Je lui ai dit que ça n’allait pas très bien à la synagogue. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas qu’il en parle aux responsables de son association. J’ai dit OK. Le soir, ils sont venus. On a commencé à négocier… »,

Eh oui, tout est si simple. Comme s’il s’agissait d’un simple transfert de bail commercial… Un commerce périclite faute de clients, un autre en plein essor vient le remplacer… Bien sûr, les autorités rabbiniques ont été consultées mais n’y ont vu aucun problème : du moment que le local reste un lieu de culte… Comme l’a expliqué Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite à Marseille au Figaro : « Je ne vois rien de mal dans cette opération […] Nous prions pour le même Dieu, celui de l’amour et de la fraternité. J’espère, bien sûr, qu’il y aura toujours, dans ce lieu, l’esprit de tolérance et de vivre ensemble dont nous avons besoin ».

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

A se demander en effet comment il peut exister un différent entre Juifs et Musulmans au Proche Orient alors qu’à Marseille des questions de transfert de lieu de culte entre les deux religions se font de manière aussi naturelle ! On aimerait même qu’il en soit de même entre Chrétiens et Musulmans, ce qui ne semble pourtant pas aller de soi comme le montre l’émoi qu’a causé récemment une déclaration pourtant bien anodine du recteur de la mosquée de Paris, le très modéré Dalil Boubakeur. Interrogé sur la transformation éventuelle d’églises en lieux de cultes musulmans, il avait répondu benoîtement « Pourquoi pas ? ».

Le bon sens même alors que les églises françaises se vident et que les musulmans pratiquants ont bien du mal à trouver des lieux adaptés pour accueillir leur prière du vendredi. Mais ceci a suffi à mettre le feu aux poudres et à réveiller la fibre combative des milieux catholiques réactionnaires qui ont illico lancé un appel intitulé « Touche pas à mon église », à l’instigation de l’écrivain Denis Tillinac. Une pétition relayée par le magazine Valeurs actuelles et que se sont empressés de signer dans un bel élan conservateur Eric Zemmour, Philippe de Villiers et même Nicolas Sarkozy.

Vue de l'intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Vue de l’intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Ce ne sont pourtant pas les précédents qui font défaut en la matière et on pourrait naturellement évoquer la basilique Sainte-Sophie transformée (parmi bien d’autres) en mosquée lors de la prise de Constantinople par les armées ottomanes en 1453, ou la grande mosquée de Cordoue devenue cathédrale en 1236 à l’issue de la Reconquista, mais ces deux reconversions immobilières ne sont certes pas le fruit d’un esprit oecuménique accompli…

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En revanche, d’autres exemples abondamment illustrés dans le cadre d’une exposition temporaire admirable récemment organisée par le MUCEM et centrée sur la question des lieux saints partagés montrent que les lieux de cultes peuvent passer d’une célébration à l’autre, y compris parfois de manière simultanée. N’est-ce pas d’ailleurs un des points communs de la plupart des religions de prôner l’esprit d’ouverture et de partage avec l’autre ?

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Des lieux de cultes partagés dans lesquels chacun peut pratiquer sa foi existent déjà dans les aéroports et dans les hôpitaux. Un exemple souvent cité de lieu de culte interconfessionnel est le temple libre de Moncton, au Canada, construit en 1921 pour accueillir les croyants des différentes religions en attendant que leurs lieux de cultes respectifs ne soient construits et qui a fonctionné jusqu’en 1963, avant de devenir un monument historique. A Berlin, un projet de « Maison de l’Unique » a ainsi été lancé en juin 2014 par le pasteur Gregor Hohberg, le rabbin Tovia Ben-Chorin et l’imam Kadir Sanci. L’édifice, qui devrait voir le jour en 2018, sera érigé sur les ruines de Petrikirche, la plus vieille église de Berlin, découverte par des archéologues en 2009. Il réunirait en un seul lieu trois salles de prières de dimensions égales, donnant sur une salle commune où les fidèles pourraient échanger.

Il existe aussi en France une initiative notable à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, où un projet de quartier multicultuel a vu le jour, comme le relate un article du Figaro. Il s’agit en l’occurrence d’un ensemble de bâtiments composé de deux temples bouddhistes, une mosquée, une synagogue et une église évangélique protestante chinoise, construits côte-à-côte pour favoriser le dialogue inter-religieux. Certains à Londres imaginent également un lieu qui pourrait servir de mosquée le vendredi, de synagogue le samedi et d’église le dimanche. Après le covoiturage, le cocultuel ?

L.V.  LutinVertPetit

M. Deflesselles, le député qui affiche sa mauvaise foi…

8 mai 2016

Député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 17 ans, Bernard Deflesselles vient de distribuer dans les quelques 70 000 boîtes aux lettres de ses électeurs une luxueuse plaquette couleur de 8 pages intitulée « Journal de mandat » et destinée à rendre compte de son travail de parlementaire.Blog299_PhPlaquette

Certains esprits chagrins pourraient certes s’étonner d’une telle parution à un an des prochaines élections législatives prévues en juin 2017, pour lesquelles il souhaite naturellement se représenter, en espérant que son champion, Jean-François Copé, aura été à cette date élu triomphalement Président de la République… Mais on ne peut bien évidemment que se féliciter d’une telle initiative de la part de notre représentant local à l’Assemblée nationale et saluer le caractère pédagogique de ce document de communication édité grâce à l’argent de nos impôts.

Rendre compte de son mandat est bien en effet la moindre des choses pour un parlementaire élu. Malheureusement, on a beau lire et relire le document en question, on ne trouvera pas une seule ligne indiquant quel a été le travail de Monsieur Deflesselles au cours de ces quatre années de mandature à l’Assemblée nationale ! Aussi incroyable que cela puisse paraître et au risque de laisser croire que notre député n’a guère brillé par son assiduité sur les bancs du Parlement, le lecteur ne trouvera pas un mot parmi ces 8 pages de texte pour savoir quelle aura été la position de notre élu sur les multiples débats et les innombrables projets de lois qui auront été débattus durant ces quatre années…

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d'Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d’Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

On comprendra bien entendu que notre député est trop modeste pour mettre ainsi en avant sa participation à la Commission des affaires européennes qui l’a amené à être co-signataire, en novembre 2015, d’un rapport parlementaire d’information que d’ailleurs personne n’a lu sur les négociations internationales relatives au changement climatiques. Cette question est manifestement jugée sans aucun intérêt pour notre député qui préfère dans le bilan de sa contribution à la préservation de l’environnement mettre en avant son rôle décisif qui a permis de poser du gazon synthétique sur le terrain de foot de Carnoux et d’acquérir un 4 x 4 pour une association de Gemenos, sans compter son soutien indéfectible à la Foire aux bestiaux de Beaudinard. Effectivement, voila des actions remarquables qui confirment le rôle visionnaire de notre député en matière environnementale…

A vrai dire, M. Deflesselles montre au travers de ce document que le rôle d’un député, contrairement à ce que pourrait croire un citoyen mal informé, n’a aucun rapport avec le vote des lois de la République mais se caractérise avant tout par son « souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange avec chacun ». A lire son bilan d’activité, force est d’ailleurs de constater que sa principale fonction est de satisfaire les doléances de ses grands amis, les « Maires de la circonscription » en finançant à discrétion, grâce à l’argent public que représente sa réserve parlementaire, l’embellissement des écoles et la pose des caméras vidéo. Une telle clarification n’est pas inutile à un an des prochaines législatives et permet finalement d’en relativiser les enjeux : on croit élire un député alors qu’il s’agit simplement de choisir une assistante sociale…

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l'UMP lors des élections départementales de 2015

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l’UMP lors des élections départementales de 2015

Ceci dit, la lecture de cette belle plaquette en quadrichromie éditée sur fonds publics laisse quand même perplexe car l’essentiel de son contenu s’apparente davantage à un tract de campagne. Pas moins de 4 pages sont consacrées à critiquer vertement la politique menée le gouvernement actuel et à développer le programme politique de la Droite républicaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité gouvernementale, ce côté donneur de leçons est pour le moins étonnant car notre député ne fait pas dans la nuance…

On pensait, manifestement à tort, que la politique économique menée sous la présidence de François Hollande ne se distinguait guère de celle conduite par son prédécesseur, largement dictée par les contraintes extérieures de la mondialisation et des décisions prises à Bruxelles. Mais M. Deflesselles veut absolument nous persuader du contraire, quitte à déformer la réalité des chiffres.

On apprend ainsi que la politique de M. Hollande « a fabriqué plus de 650 000 chômeurs en 3,5 ans ». C’est peut-être lui attribuer plus de pouvoir qu’il n’en a car jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas lui qui a déclenché ce mouvement de fond du chômage de masse qui mine notre économie depuis des années. Pourquoi d’ailleurs faire commencer la courbe du chômage à décembre 2012, à une date où la France comptait déjà 3,1 millions de chômeurs (et encore ne s’agit-il là que de ceux répertoriés en catégorie A, le nombre total de sans emplois étant à cette date plus proche de 5,3 millions) ?

Evolution du nombre de chômeurs en France (catégorie A uniquement)

Evolution du taux de chômage en France (source : INSEE)

On pourrait par exemple remonter à mai 2007, date de l’arrivée au pouvoir d’un certain Nicolas Sarkozy, à une période où la France comptait 2,1 millions de chômeurs (et 4,5 toutes catégories confondues) : sur les derniers 3 ans et demi de son quinquennat, le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté de 780 000, soit davantage que pendant la même durée sous François Hollande ! Faut-il pour autant en attribuer la paternité à la politique économique de son gouvernement que M. Deflesselles soutenait alors ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne et oublier bien d’autres facteurs qui entrent en jeu…

Sur les questions fiscales, les affirmation de notre député sont également pour le moins étranges. Affirmer que François Hollande serait responsable d’une augmentation de 60 milliards d’euros de la fiscalité dont 19 milliards pour l’année 2012 est pour le moins caricatural. La vérité oblige à dire en toute objectivité que cette augmentation de 19 milliards pour l’exercice 2012 a été décidée par le gouvernement de François Fillon, au même titre que les 8 milliards d’augmentation décidées par ce même gouvernement en 2011. Autant de mauvaise fois laisse pantois ! Faut-il vraiment prendre les gens pour des imbéciles et déformer outrageusement la vérité pour se faire élire député ?

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Il est exact d’affirmer que le taux de prélèvement fiscal est particulièrement élevé en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE mais il est pour le moins malhonnête de laisser entendre que ceci serait dû à un matraquage fiscal décidé brusquement lors de l’arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012. Il s’agit là d’un choix de société qui ne date pas d’hier, que l’OCDE constate d’ailleurs chaque année depuis le lancement de son étude comparative en 1965, et qui traduit le fait que notre pays possède un haut niveau de protection sociale et d’investissement public. Comment peut-on d’ailleurs réclamer des baisses de fiscalité tout en hurlant que les collectivités locales sont étranglées du fait des baisses de dotation de l’État ?

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

En matière de fiscalité, et contrairement à ce que laisse entendre M. Deflesselles, ce ne sont pas les impôts qui ruinent le Français puisque l’impôt sur le revenu en France est l’un des plus bas d’Europe tandis que le taux de TVA est plutôt inférieur à la moyenne. Quant à la fiscalité sur les entreprises, elle a très peu augmenté depuis 2011 et vient même de baisser grâce à différentes mesures prises justement par le gouvernement actuel dont la mise en place du Crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises.

L’OCDE elle-même le constate qui déplore que les entreprises ne soient pas assez ponctionnées et que ce soit les salariés qui supportent une lourde part du fardeau via les cotisations sociales particulièrement élevées en France. Sur ce point, l’argument de M. Deflesselles qui s’aligne sur les thèses xénophobes du Front national en reportant la faute à l’aide médicale apportée aux étrangers est totalement ignoble. Il oublie de préciser que le déficit des comptes sociaux est plombé avant tout par les profits indécents des grandes firmes pharmaceutiques et par la fraude aux prestations sociales du fait des entreprises elles-mêmes.

A l’heure où de plus en plus de Français se détournent de la vie politique et s’abstiennent de voter ou alors se reportent sur des votes protestataires extrémistes, peut-être serait-il temps que de vieux routards de la vie politique locale comme M. Deflesselles acceptent enfin de changer de pratique et de regarder la réalité telle qu’elle est, plutôt que de se complaire dans ce genre de discours idéologique totalement caricatural ?

L.V.  LutinVertPetit

Le coup de gueule de la citoyenne Nicole Ferroni

6 mai 2016

Ceux qui écoutent la matinale de France Inter ont déjà entendu cette voix gouailleuse et inimitable, au débit de mitraillette, qui s’exprime pendant quelques minutes le mercredi juste avant le journal de 9 h, celle de Nicole Ferroni dont les billets d’humeur, toujours bien tournés, sont généralement assez décapants.

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Fille de prof et elle-même agrégée, Nicole Ferroni a enseigné les sciences de la Vie et de la Terre à Luynes, Pertuis mais aussi dans les quartiers nord de Marseille avant de démissionner avec pertes et fracas de l’Education nationale en 2011, complètement écoeurée par les dérives au quotidien de l’institution. « Cette année, je ne manifeste pas, je démissionne », écrit-t-elle alors dans une lettre ouverte qui lui vaudra un portrait dans le Monde : « Je dois beaucoup à Sarkozy ! S’il n’avait pas supprimé des postes, dont le mien, je n’aurais peut-être pas imaginé une telle reconversion ».

Blo298_PhAfficheCette reconversion en question n’est pas banale puisque l’agrégée est devenue humoriste ! Elle pratiquait déjà le théâtre en amateur avec un certain succès et avait monté son propre one-woman-show, intitulé « l’oeuf, la poule ou Nicole ? » qu’elle a joué pour la première fois à Marseille fin 2010. Une reconversion parfaitement réussie donc pour cette jeune Aubagnaise qui participe avec succès à partir de février 2011 à l’émission de Laurent Ruquier « On ne demande qu’à en rire », avant de devenir chroniqueuse dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter depuis 2013 tout en montant ses propres spectacles humoristiques.

Certains de ses billets d’humeur resteront dans les annales comme celui du 16 décembre 2015 dans lequel elle faisait allusion, face au PDG de Véolia Antoine Frérot, aux pratiques de corruption qui parfois rendent les marchés de distribution d’eau un peu troubles : « Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde : amener de l’eau. Et cette eau doit servir à arroser les plantes et moins les élus et les actionnaires car les actionnaires, ça ne pousse pas. Ou quand ça pousse, ça pousse le bouchon un peu trop loin ».

Le 14 avril dernier, Nicole Ferroni a posté sur sa page Facebook une courte vidéo de 2 mn 30, enregistrée dans son jardin, dans laquelle elle dénonçait une directive européenne en cours d’adoption et visant à réformer le droit des affaires. Un sujet on ne peu plus austère et a priori pas du genre à mobiliser les foules. Et pourtant, la vidéo en question, a été visionnée plus de 12 millions de fois en quelques jours, au point d’inspirer la rédaction d’un article du Monde afin d’expliquer les causes d’un tel succès…

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Il faut dire que le Parlement européen avait fait très fort en prévoyant d’adopter une directive destinée à renforcer encore le secret des entreprises quelques jours seulement après les révélations de l’affaire des Panama papers sur la création de comptes off shore dans un paradis fiscal… De nombreux lanceurs d’alerte avaient d’ailleurs mis en garde contre une telle décision totalement incongrue. La journaliste Elise Lucet, rédactrice en chef du magazine « Cash Investigation » avait lancé dès 2015 une pétition qui avait recueilli plus de 500 000 signatures de citoyens jugeant l’initiative dangereuse pour la démocratie car rendant de fait impossible le travail des journalistes enquêtant sur les pratiques illicites des multinationales.

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

C’est d’ailleurs ce qui a fait réagir Nicole Ferroni qui est tombée de sa chaise en écoutant les arguments surréalistes des eurodéputées Constance Le Grip et Virginie Rosière qui défendent la directive au prétexte que cela répondrait à une demande des PME. « C’est cela qui m’a le plus choquée parce que c’était hypocrite et démagogique. J’ai pas mal de proches qui sont des petits entrepreneurs et leur souci principal, ce n’est pas le secret des affaires ».

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

On se doute bien en effet que l’objectif d’une telle décision répond plutôt aux souhaits des multinationales et des actionnaires privés qui veulent pouvoir échapper tranquillement aux prélèvements fiscaux et faire leurs petites affaires tranquillement à l’abri de la curiosité malsaine du grand public. Pour vivre heureux, vivons cachés, telle est la devise des grands patrons qui redoutent avant tout d’avoir à s’expliquer au grand jour sur leurs pratiques managériales, leur stratégie commerciale ou leur niveau de rémunération…

Officiellement, le but de ce texte est en réalité de protéger les entreprises européennes contre l’espionnage industriel, ce qui part d’un bon sentiment, mais le texte est rédigé de telle sorte que des journalistes ou des asociations voulant alerter contre certaines dérives affairistes se trouveront du coup empêchés de le faire du fait de ce texte qui érige en dogme le secret des affaires. A l’heure où le secret bancaire commence enfin à se fissurer sous les coups de boutoirs portés par l’administration américaine, voila un bien mauvais signal de la part des instances européennes…

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Bien évidemment, les 12 millions de personnes qui ont visionné la vidéo de Nicole Ferroni n’ont pas spécialement ému nos eurodéputés qui ont voté le 14 avril la directive européenne à une très large majorité de 77 %. Et qu’on ne vienne pas dire que les Français ont fait de la résistance par rapport à leurs collègues européens ultralibéraux puisque les eurodéputés français, malgré les absents habituels, ont voté ce texte à 81%! Le détail de ce vote, analysé dans un article du Monde, montre que seuls les Verts et le Front de Gauche se sont opposés à ce texte, trois députés socialistes s’étant par ailleurs abstenus. Tous les autres, Renaud Muselier et le Front national en tête, ont voté comme un seul homme en faveur de ce renforcement de l’opacité dans le domaine économique.

Le résultat du vote...

Le résultat du vote…

« Mon boulot de chroniqueuse ne permet pas de changer les choses, mais de dire aux politiques qu’on n’est pas dupe, qu’on sait, qu’on les voit », considère Nicole Ferroni qui a tenu à diffuser sur sa page Facebook le détail du vote de nos représentants à Strasbourg. « Je suis un peu une alerteuse, je pointe du doigt ». Mission accomplie et de belle manière, même si ce genre de sursaut citoyen ne semble guère émouvoir nos représentants parlementaires ! Comme le rappelait le regretté Coluche, « Ca fait beaucoup marrer les gens de voir qu’on peut se moquer de la politique, alors que dans l’ensemble, c’est surtout la politique qui se moque de nous » .

L.V.  LutinVertPetit

Partageons les nouvelles énergies : une conférence à ne pas rater !

4 mai 2016

La réalité d’un réchauffement climatique global est désormais reconnue par la grande majorité des experts au niveau mondial. Depuis 1870, la température mondiale a augmenté en moyenne de 0,8 °C et la dernière décennie est la plus chaude jamais enregistrée. De nombreuses analyses montrent même que la Terre n’a pas connu des températures aussi élevées en moyenne depuis au moins 1000 ans. Ce réchauffement entraîne une augmentation de l’ampleur et de la fréquence d’événements climatiques extrêmes (fortes précipitations et épisodes de sécheresse). Les glaciers des pôles et des massifs montagneux fondent. Le niveau moyen des océans s’est quant à lui élevé de 17 cm au cours du XXème siècle avec une accélération très nette depuis 1993. Le mode de vie de nombreuses espèces végétales et animales en est d’ores et déjà affecté.

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Les rapports successifs des experts internationaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) convergent quant à l’implication majeure des activités humaines génératrices de gaz à effet de serre dans ce réchauffement climatique. Le développement de l’industrialisation et de l’agriculture moderne repose sur une production et une consommation croissantes d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui émettent de façon massive des gaz à effet de serre. Entre 1970 et 2004, les émissions mondiales ont augmenté de 70 %. Des simulations indiquent qu’à ce rythme, l’augmentation de la température pourrait atteindre jusqu’à 4,8 °C d’ici 2100. En France, une canicule comme celle observée en 2003 pourrait cesser d’être exceptionnelle après 2060. La plupart de nos glaciers disparaîtrait et des zones côtières basses comme la Camargue seraient submergées.

Une réduction drastique de l’émission des gaz à effets de serre est donc vitale pour l’avenir de l’humanité. La tenue en France de la 21ème conférence mondiale pour le climat (COP 21) avec la participation de 195 pays a confirmé la gravité de la situation et la nécessité d’agir au niveau mondial pour stopper autant que possible cette augmentation des gaz à effet de serre issus des activités industrielles, commerciales et agricoles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays a été signé le 22 avril 2016 par 170 pays, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 et 2 °C d’ici 2100.

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l'ONU de l'accord issu de la COP 21

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l’ONU de l’accord issu de la COP 21

Selon une étude publiée dans la revue Nature, cet objectif ne pourra être atteint que si la production et la consommation des énergies fossiles est réduite au minimum en laissant dans le sol un tiers des réserves connues de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % des réserves de charbon. L’arrêt de l’exploitation des sources d’énergie fossile est devenu inévitable non seulement parce que leurs réserves s’épuisent inéluctablement mais aussi à cause de leur impact sur le climat. Les conditions d’exploitation, de plus en plus difficiles, ont un coût énergétique élevé et entraînent des dégradations environnementales problématiques.

La production d’électricité par les centrales nucléaires ne génère que 2% de la totalité des gaz à effet de serre. Ces derniers proviennent en grande majorité des secteurs économiques non électrifiés consommateurs de pétrole, de gaz, de charbon et de bois : transports, chauffage, agriculture, etc. La France émet ainsi 4 fois trop de gaz à effet de serre bien que 78% de son électricité soit d’origine nucléaire (contre seulement 2% à l’échelle mondiale). La mise en activité d’un réacteur nucléaire par semaine pendant 15 ans ne réduirait que de 9% nos émissions des gaz de serre.

Centrale nucléaire de Tricastin

Centrale nucléaire de Tricastin

De plus, le coût de production de l’électricité d’origine nucléaire croit de façon importante avec l’arrivée en fin de vie de la plupart des centrales. Le coût du MWh nucléaire a été évalué à plus du double du prix de l’électricité sur le marché européen dans un rapport de la Cour des Comptes de 2016. Les investisseurs s’en détournent comme Siemens en Allemagne et INEI en Italie, qui privilégient les énergies renouvelables. La construction de nouveaux générateurs en remplacement de ceux qui doivent être démantelés n’apparaît donc pas comme une solution durable pour des raisons économiques mais aussi environnementales : la gestion à long terme des déchets nucléaires reste problématique et représente un danger permanent qui s’ajoute aux risques d’exploitation des centrales qui ne sont pas à l’abri d’accidents industriels voire d’actes terroristes. L’évolution climatique pose aussi problème car les centrales nucléaires qui consomment de grosses quantités d’eau pour le refroidissement des réacteurs sont vulnérables aux sécheresse aussi bien qu’aux inondations.

PhVille

Dans un tel contexte, il devient urgent de mettre en place une réelle transition vers une société plus sobre en consommation d’énergie. Le mode de vie des pays industrialisés est associé à un gaspillage énergétique gigantesque évalué à plus de 60% de la consommation d’électricité mondiale. Une grande partie de ce gaspillage pourrait être résorbée en supprimant, entre autres, les éclairages nocturnes inutiles, les activités de veille des équipements électroniques, informatiques et domotique, ou les climatisations inadaptées. La consommation en énergies fossiles pourrait être aussi réduite avec une meilleure isolation de l’habitat, des transports publics plus performants, l’exigence d’une efficacité énergétique optimisée dans l’électroménager comme dans la production industrielle, et l’interdiction des processus d’obsolescence programmée qui génèrent des pannes irréparables.

La réduction de la consommation énergétique est un objectif long à mettre en œuvre en regard de l’urgence climatique qui exige une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. La transition énergétique qui doit être mise en place suivant l’accord international de la COP 21 a pour but de remplacer progressivement les énergies fossiles par les sources d’énergie renouvelable potentiellement inépuisables que sont le rayonnement solaire, l’eau, le vent, la géothermie, la biomasse, la traction animale. Pour espérer limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C avant 2100, il faudrait que les besoins énergétiques de la planète soient couverts à 100% par les énergies renouvelables d’ici 2050.

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Un long chemin reste à parcourir en France où la contribution des énergies renouvelables ne dépasse guère 20%. Ces sources d’énergie présentent pourtant l’immense avantage d’être disponibles partout et d’être complémentaires entre elles, ce qui pallie le fait que leur fonctionnement peut être épisodique. Leur exploitation locale permettrait de s’affranchir de toute dépendance économique et politique vis-à-vis des pays producteurs d’énergie d’origine fossile ou nucléaire. Elle aurait aussi l’avantage de développer l’autonomie énergétique des territoires dans chaque pays.

Pour cela, des structures coopératives peuvent être crées par des citoyens désireux d’investir et de s’investir pour exploiter ensemble les ressources solaires, éoliennes ou hydrauliques disponibles sur leur commune ou leur communauté de communes. En Allemagne par exemple, près de 1000 coopératives produisent plus de 45% de l’électricité consommée dans le pays. En France, ce mode de production est encore très minoritaire mais une dynamique a été enclenchée depuis quelques années avec la création d’un nombre croissant de centrales de production éco-citoyennes et de réseaux dédiés tels Enercoop et Energie Partagée.

Le développement des technologies nécessaires à l’exploitation des réserves énergétiques renouvelables est très rapide et leur coût diminue sans cesse. Si l’argent nécessaire au maintien en activité des réacteurs nucléaires obsolescents était investi dans le développement et l’utilisation de ces technologies, la France pourrait produire 100% de son énergie de façon renouvelable à l’horizon 2050.

Panneaux photovoltaïques sur le toit d'un hangar agricole

Panneaux photovoltaïques sur le toit d’un hangar agricole

Au niveau local, les investissements des communes, et des groupements coopératifs nécessaires à l’exploitation des ressources en énergie renouvelables peuvent être rapidement amortis par les gains résultant de l’autoconsommation de l’électricité produite et la revente du surplus éventuel. Les ressources financières immobilisées dans les banques sur des livrets d’épargne de rendement quasi nul pourraient être mobilisées de façon rationnelle et responsable en contribuant à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement de notre capacité d’agir ensemble pour préserver l’avenir de notre planète. Notre région si ensoleillée a un potentiel de production d’électricité photovoltaïque qui ne demande qu’à être valorisé.

AfficheConfEnerCoop_A4coulC’est dans cette perspective que se situe la prochaine conférence du Cercle Progressiste de Carnoux qui aura lieu le 9 juin prochain à 18h30 dans la salle du clos Blancheton. Animée par Alain Messin (ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur) et Arno Foulon (animateur d’Energie Partagée PACA), elle présentera précisément cette démarche qui vise à développer la production locale d’énergie renouvelable sur notre territoire pour mieux lutter contre le réchauffement climatique, et ceci en s’appuyant sur un réseau d’initiatives locales portées par des citoyens. Voilà qui devrait offrir matière à réflexion et surtout inciter à agir !

A. S.

Robert Ménard en croisade contre les crottes de chien…

1 mai 2016

Élu maire de Béziers en 2014, l’ancien journaliste Robert Ménard n’en finit pas de faire parler de lui. Il faut dire que l’homme a des idées sur tout, fruit d’un parcours pour le moins sinueux qui donne le tournis : issu d’une famille pied-noir et fils de militant OAS, son éducation religieuse a failli le conduire à la prêtrise. Il y renonce in extremis pour embrasser la cause anarchiste puis trotskiste avant d’adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire qu’il quittera bientôt pour rejoindre le Parti socialiste. Il en démissionne six moins après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, alors que ce dernier s’était pourtant porté témoin de moralité en sa faveur dans un procédure juridique.

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

A cette époque, le jeune journaliste animait une radio libre avant de rejoindre Radio France Hérault en 1983, puis de créer, aux côtés de Rony Braumann et Jean-Claude Guillebaud, Reporters sans frontières, destinée à promouvoir la liberté d’information et l’indépendance des journalistes. Une belle aventure qui le conduira à être promu chevalier de la Légion d’honneur en 2008, sur proposition de Bernard Kouchner, mais qui révélera aussi son penchant à l’autoritarisme et son inclinaison pour les thèses les plus conservatrices. Les deux autres co-fondateurs de Reporters sans frontières quittent d’ailleurs l’organisation respectivement en 1993 et 1995, Rony Braumann déclarant alors : « J’ai vu l’autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif ».

En 2008, Robert Ménard quitte à son tour l’association pour prendre la tête du très improbable Centre pour la liberté d’expression à Doha, une totale oxymore dans un des pays où la liberté de la presse est la moins respectée, le centre lui-même étant aux ordres de la famille régnante qatarie… Il en démissionnera d’ailleurs rapidement pour revenir au journalisme et animer des émissions à grande écoute sur i-Télé ou RTL.BloG297_PhLivre

En parallèle, il s’éloigne définitivement des idées de gauche pour embrasser des thèses nettement réactionnaires et se rapprocher de l’extrême-droite. Il écrit en 2011 avec son épouse un livre intitulé Vive Le Pen !, ce qui a le mérite de la clarté, et nul n’est donc surpris par ses déclarations lors de la campagne municipale de 2014 au cours de laquelle il confie : « Je n’ai pas la carte [du FN] et je ne la prendrai jamais, pas plus que celle d’un autre parti. Cela dit, je suis d’accord avec 80 % de leurs idées, notamment celles sur l’immigration ».

Depuis son élection à la mairie de Béziers, l’ancien journaliste ne rate pas une occasion de faire parler de lui et semble s’être lancé dans une véritable croisade hygiéniste destinée à épurer les rues de sa ville, au point de se voir surnommer par certains « déporteur sans frontières ». Faute d’avoir pu se faire élire à la tête de la communauté d’agglomération, son action est nécessairement limitée et il compense cette paralysie par une gesticulation permanente destinée à créer la polémique.

Dès le début de son mandat, le nouveau maire de Béziers débarque le chef de la police municipale et s’emploie à muscler et à armer cette dernière dont les effectifs sont rapidement doublée tandis qu’elle se dote d’un véritable arsenal comme l’annoncent fièrement des affiches placardées sur les murs de la ville. Un couvre-feu est instauré pour les mineurs, les mosquées de la ville sont contraintes de signer une charte draconienne et le maire annonce en fanfare la création d’une milice locale, la fameuse garde biterroise, dont la mise en œuvre a été suspendue par décision de justice.

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Dès le mois de mai 2014, un arrêté municipal est pris, interdisant d’étendre en journée le linge aux balcons et fenêtres donnant sur les rues du centre-ville, arrêté qui ne sera jamais appliqué. Un autre suivra qui interdit de cracher dans la rue, puis un suivant obligeant les habitants à balayer le trottoir devant leur pas-de-porte. On en passe, et des meilleurs, le maire s’attaquant même à la pollution visuelle que constituerait la présence de paraboles sur certaines façades.

En mai 2015, une nouvelle polémique s’installe à l’occasion d’une émission de télévision au cours de laquelle le maire se vante de tenir un fichier ethnique des élèves scolarisés en primaire et maternelle dans sa ville, statistiques qui lui permettent d’affirmer, sur la base d’une analyse des prénoms de ces enfants, que près de 65 % d’entre eux serait d’origine musulmane.

Blog297_PhPanneauCette polémique qui finira au tribunal et se soldera par un non-lieu en faveur du maire lui a manifestement donné des ailes puisque l’édile vient de récidiver en décidant cette fois de constituer un fichier ADN des chiens de la ville. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de préparer la solution finale pour déporter nos animaux de compagnie mais simplement de pouvoir repérer, à partir des déjections canines retrouvées sur la chaussée, les maîtres indélicats qui n’auront pas fait l’effort de les ramasser et qui se verront alors verbaliser.

Un arrêté municipal de mai 2014 a en effet instauré une verbalisation de 35 € pour tout propriétaire d’un chien pris en flagrant délit d’abandon de déjection sur la voie publique. Restait néanmoins à régler le cas des maîtres indélicats adeptes du « pas vu, pas pris ». Faute de pouvoir y affecter les nombreuses recrues de la futur garde biterroise toujours dans les limbes, le maire compte pour cela s’appuyer sur le nec plus ultra du génie génétique et l’a fait savoir récemment lors d’une de ses conférences de presse dont il est si friand. Une annonce qui a eu un large écho national et a inspiré nombre de caricaturistes…Blog297_DessinBaudry

C’est une société bordelaise d’analyse génétique, Animagene, qui lui a soufflé l’idée, faute d’avoir pu convaincre Alain Juppé de l’adopter pour sa bonne ville de Bordeaux. Il s’agit ni plus ni moins que d’obliger chaque propriétaire de chien à se rendre chez son vétérinaire pour établir, à ses frais, un profil ADN de son animal. A défaut de ce sésame, il s’exposerait à une amende de 38 € à chaque fois que son chien, en quête d’un réverbère pour lever la patte voudrait pointer son museau dehors, au risque de croiser un représentant de la redoutable police municipale biterroise lourdement armée.

Du coup, chaque fois que les pandores repéreront sur le trottoir du centre ville une crotte de chien abandonnée, ils sortiront leurs éprouvettes et procéderont aux prélèvements de rigueur, expédiés aussitôt dans les laboratoires de la société Animagene qui établira le code génétique du corps du délit, moyennant un contrat passée avec la ville pour un montant de 50 000 € pour la première année. Il ne restera plus alors qu’à comparer le résultat avec les données du le fichier municipal pour identifier sans contestation possible le fautif qui sera passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 450 €.

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Blog297_DessinKarakLa méthode serait déjà en vigueur dans certaines villes américaines et Londres compte également la mettre en œuvre dès le mois de septembre prochain, moyennant l’instauration d’une amende qui s’élèverait pour les contrevenants à l’équivalent de 108 € selon une enquête de BFMTV. D’autres collectivités pourraient l’envisager quant on sait que l’on ramasse chaque année 55 tonnes de crottes de chiens sur les trottoirs de Paris ou Berlin !

Bien entendu, le maire de Béziers assure qu’il n’a rien contre les chiens, mais qu’il veut simplement responsabiliser les maîtres et diminuer l’intervention de ses équipes de nettoyage dont les deux moto-crottes coûtent la bagatelle de 70 000 € chaque années au budget municipal.

Il l’affirme d’ailleurs avec conviction à l’attention de ses électeurs : « J’ai un chien… simplement je me comporte en citoyen soucieux des autres. Et donc quand mon chien fait une crotte, je la ramasse ». Espérons pour lui en effet qu’il est irréprochable sur ce plan car, à force d’encourager la délation et de durcir la répression, le moindre oubli pourrait lui coûter cher, politiquement s’entend…

L. V.  LutinVertPetit