Archive for août 2018

A Rochefort, la maison de Pierre Loti touche le gros lot…

30 août 2018

Pierre Loti dans la pagode de sa maison de Rochefort (photographie d’époque de Dornac)

Qui, de nos jours, lit encore Pierre Loti ? Louis Marie Julien Viaud, de son vrai nom, cet officier de marine élu à l’Académie française en 1891, est mort il y a près d’un siècle en 1923. Entré à l’Ecole navale en 1867, sa carrière l’a amené à sillonner les mers, le conduisant notamment à Tahiti où, en 1872 la vieille reine Pomaré lui donne le surnom de Loti, du nom local d’une fleur tropicale, un nom de plume qu’il utilisera par la suite pour publier de nombreux romans, dont Le roman d’un spahi, Pêcheurs d’Islande ou Ramuncho.

Sa vie militaire l’a notamment amené à participer à la campagne du Tonkin, en 1883, qui ouvre la voie de la France en Indochine et permet au lieutenant de vaisseau Viaud, fraîchement entré à l’Académie Goncourt, de publier le récit détaillé de la prise de Hué dans Trois Journées de guerre en Annam. Deux ans plus tard, il est au Japon où il épouse, dès son arrivée à Nagasaki, par contrat d’un mois renouvelable le temps de son séjour, une jeune autochtone de 18 ans, Okané-San, qui fournira la matière de son nouveau livre Madame Chrysanthème, et pourra ensuite se remarier à un Japonais une fois le contrat échu…

Plus jeune, il avait rencontré, lors d’un passage en Turquie une jeune odalisque, Hatice, rattachée au harem d’un dignitaire turc et dont il avait fait son amante puis l’héroïne d’un autre de ses romans, Aziyadé, avant d’écrire Fantôme d’Orient, quinze ans plus tard, lors d’un autre séjour à Constantinople à la recherche de ce premier amour de jeunesse qui s’était entre temps donné la mort…

L’écrivain Pierre Loti à Pékin en 1900

En 1899, il participe à la guerre des Boxers, une société secrète chinoise qui organise la révolte contre les colons occidentaux et s’engage de nouveau en 1914, alors qu’il est retraité de la Marine nationale, comme colonel de l’Armée de terre, pour participer à la première guerre mondiale aux côtés du général Gallieni.

Un personnage haut en couleurs donc, connu aussi pour ses jugements antisémites à l’emporte-pièce et pour son amitié aveugle envers le monde turc, qui l’a amené notamment à écrire Les massacres d’Arménie, un plaidoyer bien peu clairvoyant déniant toute responsabilité ottomane dans le génocide arménien. Une personnalité à la vie tumultueuse qui laissa une nombreuse descendance, légitime ou non, et suscita moult critiques et rumeurs au long de son parcours aventureux.

La salle Renaissance de la maison de Pierre Loti à Rochefort (source : Maison de Pierre Loti)

Un homme très attaché aussi à sa maison familiale de Rochefort, où il était né en 1850 et qu’il avait agrandie en rachetant plusieurs propriétés voisines. Pierre Loti se plaisait à y donner des fêtes mémorables auxquelles l’actrice Sarah Bernhardt était régulièrement conviée et qui se tenaient dans une vaste salle Renaissance, ornée d’un magnifique plafond à caissons. Outre une salle gothique et une étonnante et austère chambre monacale, cette demeure hors norme se distingue surtout par ses pièces qui rappellent les innombrables voyages exotiques du marin en Orient et en Extrême-Orient, avec une salle chinoise, une chambre arabe et son moucharabieh, un salon turc ou encore une mosquée meublée en partie d’objets provenant d’une mosquée omeyyade du XVIème siècle de Damas.

Vue panoramique de la mosquée dans la maison de Pierre Loti (photo © Morel mapping workshop)

Cédée par la famille en 1969 à la commune de Rochefort, qui l’a transformée en musée municipal, ouvert au public depuis 1973, la demeure de l’écrivain a été classée Monument historique en 1990 mais a dû être fermée en 2012 pour cause de dégradation. Agrandie et transformée sans trop se soucier de la disparition au passage de quelques éléments de murs porteurs, la maison était en effet en triste état, fissurée sous l’effet des mouvements du sol argileux de fondation, attaquée de toute part par des insectes xylophages, et déstabilisée par l’introduction de pièces massives très lourdes dont une monumentale colonne en marbre et le plafond de la mosquée rapporté de Damas.

Le salon turc de Pierre Loti (source : Maison de Pierre Loti)

Le coût des travaux de restauration de la trentaine de pièce qui constituent la maison de Pierre Loti a été évalué à 6 millions d’euros. Un appel au mécénat a été lancé, via la Fondation du patrimoine, en vue de restaurer la collection d’armes, de mobiliers et d’objets métalliques présents dans les locaux. Le reste des travaux devrait être pris en charge à parts égales par l’État et par les collectivités locales dont la Ville de Rochefort, en vue d’une réouverture au public annoncée pour 2023.

La bibliothèque, appelée « chambre des momies » par Pierre Loti (photo © Gozzi)

La seule consolidation du plafond de la mosquée, opération délicate qui suppose la pose d’un châssis et des injections de résine, a été chiffrée autour de 500 000 €. Mais pour ce chantier, Pierre Loti a gagné le gros lot car sa maison fait partie des 18 sites jugés prioritaires qui devraient bénéficier dès cette année du fameux Loto du Patrimoine, lancé à l’initiative de l’inénarrable Stéphane Bern et qui devrait rapporter pas moins de 15 à 20 millions d’euros pour permettre à l’État de restaurer quelques-uns de nos chefs d’œuvre historiques en péril. De quoi justifier le calembour de ce facétieux qui avait un jour adressé à l’officier de marine, écrivain au long cours, un courrier au nom de « Pierre Loto, enseigne de vessie… »

L.V. 

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Pêcheur de brume ou pelleteur de nuages ?

28 août 2018

Le domaine de l’aide au développement, sans doute plus que d’autres, regorge de ces histoires de projets tous plus ingénieux les uns que les autres, longuement mûris par des hommes et des femmes animés de fortes conviction et empreints de bonne volonté, qui mettent toute leur énergie et leur intelligence pour atteindre un but altruiste au service de leurs prochains, et qui se plantent majestueusement, ne laissant dans la nature que des traces dérisoires d’un échec cuisant.

Gwenael Pié, en 2016 (photo © AFD)

C’est l’une de ces histoires, déjà un peu ancienne, qu’avait relatée sur son blog de voyage diffusé par Libération en avril 2008, un certain Gwenael Prié, jeune ingénieur en télécommunication, parti avec un de ses copains, Lionel Goujon, pour un tour du monde à la découverte des enjeux liés à l’eau. Devenu depuis chef de projet numérique au sein de la Direction des opérations de l’Agence Française de Développement (AFD) et à l’origine d’une initiative visant à promouvoir l’usage du numérique pour le développement (ICT4D – Information and Communication Technologies for Development), Gwenael Pié est aussi le co-auteur du livre « Les voyageurs de l’eau », préfacé par un certain Nicols Hulot et paru en 2010 aux éditions Dunod, qui relate justement les découvertes des deux compères au cours de leur périple de jeunesse.

L’une de ces étapes les conduit alors au Pérou à la rencontre de Jacques Béharel, un ingénieur français installé depuis des années à Lima, et qui cherche à promouvoir la technique des pêcheurs de brume. L’idée est vieille comme le monde, sans doute inspirée de l’observation des toiles d’araignées qui se couvrent de rosée au petit matin brumeux. Les bergers de l’île El Hierro aux Canaries recueillaient ainsi l’eau qui se condensait sur le feuillage d’un laurier déjà évoqué ici.

Et de tout temps, les populations nomades du désert d’Atacama au Chili avaient pris l’habitude de recueillir la rosée grâce à des pierres empilées, disposées de telle sorte que l’eau de condensation dégoulinât à l’intérieur jusqu’à la base de l’amoncellement, où elle était protégée de l’évaporation contre les rayons du soleil. Une démarche dont Jacques Béharel s’est inspiré pour développer d’immenses filets en mailles de polyéthylène qu’il tend entre deux mâts dressés face au vent dominant, équipés à la base d’une simple gouttière qui recueille les eaux de condensation et les conduit dans un réservoir de stockage.

Filet attrape-brouillard en polyéthylène à El Tofo, au Chili (photo © Fogquest)

C’est cette technique que sont venus découvrir en 2008 nos deux globe-trotters qui s’enflamment pour une démarche aussi ingénieuse que chargée de poésie : « Capter l’eau du brouillard pour alimenter des régions désertiques, voilà ce qui occupe une confrérie de sourciers bien particuliers. Du Népal à l’Afrique du Sud, de l’Erythrée au Chili, ils tendent des filets à flanc de montagnes et y prennent au piège les précieuses gouttes d’or bleu que la brume apporte. »

Il faut dire que la côte du Pacifique, le long de la Cordillère des Andes, est particulièrement favorable pour capter ainsi l’eau à la source. Le climat y est très aride : il tombe en moyenne entre 0 et 3 mm seulement chaque mois de l’année à Lima, soit moins de 20 mm par an en cumul, autant dire qu’il n’y pleut quasiment jamais, surtout par comparaison avec les quelques 2,40 m d’eau qui s’abattent en moyenne sur la forêt amazonienne, de l’autre côté de la Cordillère. En revanche, le ciel en bordure de l’Océan est presque chaque jour chargé d’humidité, issue de la forte évaporation au-dessus de la mer, ce qui forme des nuages omniprésents dans le ciel de la capitale péruvienne.

Accident de car le long de la Panaméricaine, en mai 2016, dans le redoutable serpentin de Pasamayo (photo © El Comercio)

En 1993, les autorités du pays sont venues solliciter l’ingénieur français pour installer ses filets capteurs de brume le long de la route panaméricaine qui serpente dans des pentes particulièrement arides, surplombant de manière vertigineuse le littoral pacifique où viennent s’écraser périodiquement bus et camions imprudents qui négocient un peu trop vite les virages de cette route souvent dans le brouillard. L’idée était de reboiser ces versants dénudés pour lutter contre l’érosion qui menace, en captant l’eau des nuées afin d’arroser les plants au moins les premières années, le temps qu’ils développent un feuillage suffisant pour que le brouillard s’y condense, à la manière des « forêts de nuages », ces formations boisées qui s’accrochent aux pentes de la Cordillère, en Colombie, à plus de 3000 m d’altitude, formant un écosystème très spécifique.

Des filets ont donc été installés pour permettre à cet ambitieux projet de reboisement de voir le jour, sur le site de Pasamayo Fariente, à 60 km au nord de Lima. Mais 15 ans plus tard, force est de constater qu’il ne reste plus rien de cette chimère, sinon des squelettes d’arbres desséchés et quelques piquets de bambou qui se dressent de loin en loin, et qui intriguent les bergers. Comme c’est souvent le cas, l’instabilité politique du pays a eu raison de ce projet qui aurait demandé un effort soutenu pendant plusieurs années successives…

A la même période, grâce à des fonds canadiens, un autre projet avait été initié à El Tofo, au nord de Santiago du Chili, dans un secteur où quelques filets avaient déjà été testés avec succès, dès les années 1980, dans le cadre de recherches universitaires. Là aussi, l’ambition était au rendez-vous puisqu’il s’agissait d’alimenter en eau potable le village de Chungungo et ses 400 habitants, situé à 7 km en contrebas. Pompeusement baptisé « Camanchaca », du nom aymara de cet épais brouillard qui obscurcit le ciel quasiment tous les matins, le projet a permis d’installer plus de 100 filets de 4 m de hauteur pour 8 à 10 m de longueur. Pendant une dizaine d’années, le dispositif a ainsi permis de recueillir de l’ordre de 7 à 15 l d’eau par jour et par m2 de filet.

Filets attrape-brouillard dans le désert d’Atacama (photo © Martin Bernetti / AFP)

Mais, même au Chili, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. En automne et en été, la cueillette de gouttelettes est parfois moins abondante. La population du village, qui depuis a presque doublé, et que les initiateurs du projet n’avaient pas réussi à impliquer suffisamment dans la gestion et l’appropriation du dispositif, s’en est peu à peu détournée, réclamant des moyens plus modernes et plus efficaces d’approvisionnement en eau potable. Le matériel lui-même a été vandalisé et, en 2003, tout a été abandonné tandis que les camions citernes reprenaient leurs rotations pour alimenter en eau le village en attendant l’hypothétique construction d’une usine de dessalement d’eau de mer…

Filet à brouillard installé à l’école de Tshiavha (photo © Alexander Joe / AFP pour 20 minutes)

D’autres projets depuis ont vu le jour, à Lima même, où, selon Maxisciences, une ONG allemande a installé en 2006 cinq grands filets qui permettent de recueillir de l’eau douce, surtout pendant les nuits d’hiver, pour les 200 habitants du bidonville de Bellavista del Paraiso, en périphérie de la capitale péruvienne. Au Guatemala, sur l’altiplano à 3000 m d’altitude, des paysans récoltent ainsi jusqu’à 2000 litres d’eau potable par jour grâce à deux filets et en Afrique du Sud, l’école primaire de Tshiavha, selon un article de Bionique, récupère en moyenne 2500 litres d’eau par jour, ce qui est plus que suffisant pour les besoins quotidiens du site. Malgré ses échecs et son côté quelque peu artisanal, la longue tradition des pêcheurs de brume est peut-être en train de connaitre un renouveau, qui sait ?

L.V. 

Déraillement de TGV à Marseille : on a peut-être frôlé la catastrophe…

25 août 2018

Vendredi 24 août, je prends le TGV pour Marseille, départ 14h37 de Paris Gare de Lyon. On est en période de vacances et la ligne est prise d’assaut comme tous les vendredis. Il s’agit d’une rame double de TGV à deux étages, soit plus de 1000 voyageurs à faire écouler en quelques dizaines de minutes à travers les portiques de sécurité qui permettent de contrôler les billets à l’embarquement.

Affluence au départ, Gare de Lyon (source : blog Olivier Razemon)

Malgré la cohorte d’agents SNCF mobilisés pour aider les voyageurs à retrouver leur billet électronique sur leur téléphone portable, ça bloque et l’on envisage déjà de tout ouvrir pour laisser passer le flot de voyageurs sans contrôle plutôt que de retarder le départ du train : les dispositifs de sécurité montrent une fois de plus leurs limites et leurs inconvénients…

Je suis en voiture 7, en tête de la rame de queue : une rame flambant neuf en livrée vermillon, c’est-à-dire grise avec les portes rouges. Le train est bondé mais, comme souvent sur cette ligne, la plupart des voyageurs descendent à Avignon et à Aix-en-Provence. L’arrivée en gare de Marseille Saint-Charles est annoncée à 18h pile. Et pour une fois, Ô miracle, on arrive à l’entrée de la gare juste au moment prévu, une minute avant l’heure d’arrivée programmée. On commence à apercevoir les immeubles qui bordent les voies à l’entrée de la gare et le train roule maintenant à faible vitesse. Certains voyageurs commencent à rassembler leurs affaires.

Brusquement, le train se met à vibrer dans tous les sens. Je m’agrippe à mon ordinateur portable qui tressaute sur la tablette devant moi et menace de glisser à terre. Les mouvements du train sont de plus en plus violents. On se croirait dans une voiture dont les pneus ont éclaté et qui roule sur les jantes. On entend des chocs sous la caisse, sans doute des pierres du ballast qui la heurtent violemment. Mes dossiers posés sur le siège à côté de moi valsent directement à terre. Manifestement le conducteur a dû actionner les freins mais, même à 30 km/h, un TGV ne s’arrête pas instantanément et il poursuit sa course folle de plus en plus hoqueteuse.

Le TGV est à côté de ses rails… (photo © CGT cheminots SMR / Provence News)

Difficile d’évaluer combien de temps cela a duré, sans doute pas plus de 30 à 40 secondes, mais qui paraissent quand même assez longues… Finalement le train commence enfin à perdre de la vitesse et finit par s’immobiliser sur les voies. Depuis la fenêtre, on voit qu’on est presque arrivé à l’extrémité des quais de la gare. Tout le monde se regarde, un peu choqué. Certains ont pensé à un tremblement de terre mais l’hypothèse d’un déraillement me parait d’emblée évidente tant l’impression était nette d’avoir roulé en dehors des rails directement sur les traverses en béton et le ballast de la voie.

Depuis l’intérieur de la voiture, il est impossible de se repérer par rapport aux rails des voies adjacentes. Dès le train immobilisé, la voie de la contrôleuse se fait entendre. Au lieu du traditionnel message mille fois entendu nous informant que « le train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, ne tentez-pas l’ouverture des portes », elle nous informe curieusement qu’un voyageur a actionné le signal d’alarme et que c’est la raison pour laquelle notre train s’est arrêté, mais qu’il repartira dans les prochaines minutes.

Les quelques voyageurs encore présents dans la voiture échangent des regards interloqués et plutôt dubitatifs. La violence des chocs ressentis avant que le train ne parvienne à stopper ne s’accorde pas vraiment avec un coup de frein même brutal consécutif à un impératif de sécurité… Quelques minutes plus tard, nous voyons passer devant la fenêtre, un petit groupe de voyageurs qui longent la voie en se dirigeant tranquillement vers la gare. Ils ont manifestement réussi à ouvrir une porte dans une voiture située plus à l’arrière et marchent jusqu’au quai, malgré la réprobation de quelques agents SNCF accourus entre temps.

La rame de queue du TGV 6145 après évacuation des passagers (extrait video © LCI)

Du coup, je récupère mes affaires et passe dans la voiture 8, celle qui est en tête de la rame. Plusieurs personnes sont massées devant la porte du bas, leurs valises à la main. La porte donne à quelques mètres seulement de l’extrémité du quai et sortir du train à cet endroit ne présente aucun danger, mais la portière reste obstinément fermée. Chacun cherche comment entrer en communication avec les agents de contrôle à bord du train pour leur demander d’ouvrir les portes. Une dame commence à composer le numéro de téléphone d’urgence pour réclamer que l’on vienne nous ouvrir, prétextant qu’elle est claustrophobe et que sa voisine vient de tomber brusquement enceinte…

De quoi détendre en effet l’atmosphère, juste au moment où un agent SNCF vient nous rejoindre, nous confirmant que le train a bel et bien déraillé et qu’on devrait effectivement finir par évacuer la rame. Il nous explique que notre voiture qui était en tête est restée assez proche des rails, guidée par la rame de tête qui, elle, n’a pas bougé, mais que les wagons en queue de train sont très largement sortis de la voie. Il suppose que c’est un aiguillage qui a été actionné au mauvais moment, juste quand la rame passait dessus. Pas très rassurant, même si sa collègue, qui le rejoint peu après, un peu pâle, nous assure qu’elle n’a jamais vu cela depuis 21 ans qu’elle fait le parcours.

La rame d’essai Paris-Strasbourg après son accident le 14novembre 2015 (photo © MaxPPP)

De fait, les déraillements de TGV ne semblent pas si fréquents même si la réputation de ce moyen de transport a fortement pâti de l’accident survenu le 14 novembre 2015 à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg, lorsqu’une rame TGV qui faisait des essais d’homologation en survitesse, avait brutalement déraillé à plus de 360 km/h avant de finir sa course folle au fond d’un canal, causant la mort de 11 personnes et faisant 21 blessés graves.

En novembre 2017, une rame de TGV avait déjà déraillé à l’occasion d’une manœuvre, avant même la mise en service de la ligne, un incident sans gravité mais qui avait déclenché des moqueries ironiques sur les réseaux sociaux. En décembre 1993, en revanche, l’alerte avait été nettement plus sérieuse lorsqu’une rame de TGV se rendant de Valenciennes à Paris avait déraillé à plus de 300 km/h peu après la gare des betteraves de Chaulnes. Le train avait alors labouré la voie pendant plus de 2 km avant de parvenir à s’immobiliser mais sans se coucher et sans heurter les pylônes latéraux, si bien que tous les voyageurs s’en étaient sorties indemnes, à l’exception de quelques blessés légers.

A Marseille, vendredi soir, l’incident a été certainement bien moins spectaculaire et aucun blessé n’a été signalé. On constate néanmoins en descendant du train, lorsque les portes s’ouvrent enfin, que les wagons de queue sont nettement en portefeuille et sont complètement sortis de la voie, empiétant même sur celle d’à côté.

Les dernières voitures de queue du TGV qui a déraillé à l’entrée de la gare de Marseille, vendredi 24 août 2018 (photo © Valérie Vrel / MaxPPP pour France TV Infos)

Je me dirige vers les autres voies pour essayer de prendre une correspondance vers Aubagne. Cela tombe bien, le train de 18h02 est encore à quai mais sans indication sur son heure de départ éventuelle. En bavardant avec le contrôleur, j’apprends qu’on a peut-être frôlé la catastrophe car le train de 17h58, en partance pour Nice, qui venait juste de démarrer quand le déraillement s’est produit et qu’on voit désormais arrêté, peu après la sortie de la gare, est passé juste à côté de mon TGV. A quelques secondes près, il aurait pu être heurté par les rames de queue du TGV qui étaient complètement sorties de leurs rails…

Du coup, tout le trafic est paralysé dans la gare où les voyageurs s’agglutinent sur les quais dans l’attente d’hypothétiques informations. A 18h45, le conducteur nous annonce laconiquement que notre train, qui attend depuis maintenant 45 mn, est finalement supprimé, avant de descendre de sa machine, son sac à la main, en quête d’un taxi pour rentrer chez lui…L’affaire s’annonce mal, et je quitte moi-aussi la gare, en métro, à la recherche d’un moyen de transport alternatif. Le train a ses avantages, mais quand ça veut pas, mieux vaut ne pas insister…

L.V. 

Peas & love : envie de pois, besoin de toit…

23 août 2018

« Il faudrait construire les villes à la campagne : l’air y est plus sain », avait déjà noté finement l’humoriste Alphonse Allais, et sans doute d’autres avant lui. Depuis quelque temps, c’est un autre concept qui est en train de faire fureur et qui consiste plutôt au contraire à implanter les champs dans les villes qui, à défaut d’air sain, présentent l’avantage de regrouper des populations urbaines avides de produits frais à consommer en circuits courts…

Le jardin ouvert sur le toit de l’hôtel Yooma (photo © Peas & Love)

Après les AMAP, les tours végétalisées, les fermes verticales et les jardins partagés au pied des immeubles, voilà que les toits de nos villes deviennent un enjeu pour le développement du maraîchage… Une start-up belge, créée en 2015, s’est ainsi engouffrée sur ce marché florissant. Après s’être fait la main sur les toits de Bruxelles, la société au nom évocateur de Peas & Love vient ainsi de débarquer sur le marché français en ouvrant au public, le 1er mai 2018, son premier jardin potager de 1000 m2, sur le toit de l’hôtel Yooma, dans le 15ème arrondissement de Paris, à proximité de la Maison de la Radio.

Le concept sur lequel s’appuie la jeune pousse est aussi simple qu’astucieux : le jardin, implanté en toit-terrasse, aménagé et cultivé par un ingénieur agronome, en recourant largement aux techniques de culture hydroponique hors-sol, est divisé en 250 parcelles individuelles, lesquelles sont louées à des particuliers pour 38 € par mois, moyennant un engagement d’une durée minimale de 1 an. C’est l’agronome, rebaptisé en jargon start-uper le « Community Farmer », qui entretient l’ensemble des parcelles mais chaque locataire, « Urban farmer » en français dans le texte, peut venir à tout moment, pendant les heures d’ouverture du jardin, sarcler, désherber, récolter, ou simplement regarder pousser les salades sur son petit lopin.

Le technicien en charge du jardin s’occupe lui-même du gros du travail, organise quelques animations pour entretenir la motivation de la clientèle, et dépose dans un panier où chacun peut se servir, les légumes arrivés à maturité et que leur propriétaire n’a pas pris la peine de ramasser. Au menu, plus de 50 variétés de légumes, pois (« peas » en anglais, comme chacun sait) mais aussi salades, tomates, poivrons, aubergines, fraises ou choux (de Bruxelles, cela va de soi). Chaque parcelle individuelle ne fait que 3 m2, ce qui est loin de suffire aux besoins en fruits et légumes d’une famille, surtout à ce prix-là, mais l’objectif est plutôt de répondre aux attentes d’une clientèle urbaine aisée, avide de se ressourcer dans un jardin potager en plein Paris, et qui a ainsi le sentiment de cueillir ses propres légumes sans perdre trop de temps à les faire réellement pousser, tout en se donnant bonne conscience grâce à ce havre de verdure et de biodiversité implanté en cœur de ville et qui contribue à combattre les ilots de chaleur et la pollution chronique de l’air.

L’hôtel Yooma à Paris, dans son environnement très urbain (photo © Fabrice Fouillet)

Un concept qui a le vent en poupe donc puisque la société gère désormais 600 parcelles réparties entre Paris et Bruxelles, annonce fièrement dénombrer 869 personnes inscrites sur liste d’attente, et vient de procéder à une levée de fonds pour 1,2 millions d’euros auprès du fonds d’investissement Otium Brands et de Business Angels.

Le restaurant de l’hôtel Yooma, sur lequel a été implanté le premier de ces jardins parisiens d’altitude, bénéficie quant à lui d’une parcelle de 150 m2 sur laquelle le chef de cuisine vient chaque matin cueillir en direct les herbes aromatiques dont il a besoin. Une récolte gratuite de 10 tonnes de plantes par an pour l’hôtel, en échange de la mise à disposition de sa terrasse pour le projet… Restaurants et hôtels de luxe constituent de fait une cible privilégiée pour les fondateurs de Peas & Love, au même titre que les promoteurs de résidence de standing et que les centres commerciaux. Nul doute que l’on n’a pas fini de voir fleurir de nouveaux jardins de ce type sur les toits de nos villes, du moins dans les quartiers résidentiels les plus aisés…

L.V. 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Archéologie : les bienfaits de la sécheresse

19 août 2018

A Londres, des températures anormalement élevés depuis le mois de mai 2018 (photo © John Stillwell / PA Wire)

Le début de l’été a été chaud au Royaume-Uni cette année. Et pas seulement parce que les esprits s’échauffent quant aux modalités de sortie de l’Union européenne… Au point d’ailleurs, comme le relevait le Huffington Post, le 23 juillet dernier, que PaddyPower, l’un des plus grands opérateurs britanniques de paris sportifs, s’interroge : qui de cette interminable vague de chaleur ou de la Première ministre Theresa May, embourbée dans le dossier du Brexit, jettera l’éponge la première ?

Il n’est tombé que moins de 50 mm de pluie en Angleterre entre le 1er juin et le 16 juillet, du jamais vu depuis le début des enregistrements de données météorologiques, et les températures ont atteint des sommets pendant tout le mois de juillet, comme d’ailleurs dans tout le nord de l’Europe.

Un feu de broussailles inhabituel dans l’est londonien, le 15 juillet 2018 (source @MPSCannHall)

On a même vu l’herbe jaunir à Hyde Park, un crime de lèse-majesté, et il a fallu mobiliser plus de 200 pompiers pour venir à bout d’un feu de broussailles tout à fait inhabituel qui a ravagé près de 100 hectares au nord-est de Londres le 15 juillet dernier…

Les agriculteurs britanniques se font des cheveux blancs en voyant leurs cultures sécher sur pied face à une canicule d’une telle ampleur, mais les archéologues, eux se frottent les mains ! Rarement en effet les conditions n’ont été aussi favorables pour observer, depuis le ciel, les « marques de cultures » qui révèlent la présence, au milieu des prés ou des champs, de vestiges historiques même profondément enfouis et indétectables depuis le sol.

D’anciennes fondations, même totalement arasées au fil du temps et recouvertes d’une épaisse couche de limons et de terre végétale, surgissent ainsi du passé car les racines ne peuvent s’y développer aussi profondément qu’alentours, si bien que les plantes y jaunissent plus précocement en cas de conditions climatiques particulièrement sévères. Inversement, d’ancien fossés, depuis bien longtemps remblayés et dont il ne subsiste aucun vestige en surface, offrent à la végétation un surcroit de réserve d’humidité en profondeur, si bien que l’herbe y apparaitra plus verte lors d’une période de sécheresse. Des contrastes parfois très nets sur les photographies aériennes, et qui permettent de mettre en évidence des restes d’aménagements historiques invisibles sinon.

Schéma de principe des marques de culture laissées par la superposition dans le temps d’une ferme gallo-romaine sur le site d’une ancienne implantation de l’âge du fer, entourée d’un fossé circulaire (infographie © Historic England)

Les plus anciens se souviennent avec nostalgie des conditions météorologiques exceptionnelles de l’année 1976 qui avait déjà été marquée par son lot de belles découvertes, ou celles, plus récentes, de l’été 2011, au cours duquel plus de 1500 sites archéologiques avaient ainsi été découverts, principalement dans les terrains argileux de l’Est de l’Angleterre, ainsi que l’explique un responsable d’Historic England, l’organisme public en charge de la conservation du patrimoine historique britannique.

Du coup, les archéologues d’Outre-Manche ont mobilisé tout ce qui vole, bien aidé en cela par le développement des drones qui permettent d’obtenir facilement et à moindre frais des photographies aériennes de bonne qualité. Et les résultats sont à la hauteur des espérances les plus folles !

Vue aérienne des vestiges de cromlech découverts cet été en Irlande (photo © Anthony Murphy / Mythical Ireland / Twitter)

C’est ainsi que le 10 juillet 2018, deux photographes passionnés d’archéologie, Antony Murphy, fondateur du site Mythical Ireland, et Ken Williams, qui anime le blog Shadows & stone, ont mis en lumière, grâce à des survols de drone au-dessus du site de Newgrange, connu pour ses nombreux vestiges préhistoriques dans la région du Brú na Bóinne, à 50 km au nord de Dublin, un immense cromlech inconnu, un ancien cercle de menhirs de près de 200 m de diamètre, datant probablement de l’âge du bronze et totalement invisible au sol, au beau milieu d’un champ de blé. La nouvelle a vite fait le tour du monde, reprise en boucle par de nombreux médias enthousiastes.

Mais les découvertes de ce type se sont multipliés tout au long de l’été. Toujours en Irlande, les vestiges d’une ancienne garnison ont ainsi été identifiés dans un champ, à Magor, dans le sud du pays, tandis que les traces d’une ancienne ferme datant probablement de la préhistoire ont été repérés près de Newport au Pays de Galle. En Angleterre, plusieurs sites funéraires préhistoriques, ainsi que l’emplacement de deux monuments probablement érigés à l’époque néolithique, entre 3600 et 3000 avant JC, ont également été identifiés près de la ville de Milton Keynes, à une centaine de kilomètres au nord de Londres.

Vue aérienne révélant des vestiges préhistoriques de monuments funéraires et de fondations près d’Eynsham, dans l’Oxfordshire (photo © Historic England)

Une douzaine de vestiges d’habitations de forme ronde remontant à l’âge de fer, ainsi que des restes de l’âge de bronze ont aussi été observés en Cornouailles, au sud-ouest de l’Angleterre. Dans le Yorkshire, ce sont des tombes datant de l’âge du fer qui ont ainsi été repérées durant l’été par des survols aériens, tandis que dans le Suffolk, c’est un cimetière préhistorique qui a pu être ainsi retrouvé.

La liste des découvertes archéologiques inédites réalisées durant cet été de folie est longue. Elle intéresse même des périodes historiques plus récentes avec une visualisation très nette de l’aménagement des jardins et de certains bâtiments désormais disparus à Tixall Hall, dans le Staffordshire, une ancienne maison de campagne de la reine Elisabeth, construite en 1555, et de même à Gawthorpe Hall, une autre demeure élisabéthaine située dans le Lancashire.

Traces d’anciens bâtiments détruits à Tixall Hall (photo © Historic England)

Dans le Nottinghamshire, à Clumber Park, ce sont les traces d’un ancien manoir datant du 18ème siècle qui sont apparues alors que le bâtiment avait été entièrement détruit en 1938. Même d’anciens aérodromes datant de la Seconde Guerre mondiale ont été rendus visibles, notamment dans le Hampshire, où l’ancien aérodrome de Lasham, utilisé par la Royal Air Force entre 1942 et 1945, est désormais parfaitement repérable depuis le ciel, tandis que des traces d’anciens abris anti-aériens ont refait surface, notamment à Cambridge.

Pour les archéologues, cette fenêtre de tir très particulière les incite à mettre les bouchées doubles pour survoler le maximum de sites prometteurs pendant que les conditions climatiques sont favorables. Mais il a recommencé à pleuvoir au Royaume uni depuis le 9 août, permettant depuis aux températures caniculaires de revenir à des valeurs plus raisonnables, ce qui pourrait signifier, pour les archéologues, le retour au bureau afin d’exploiter leurs clichés et organiser les chantiers de fouilles qui ne devraient pas manquer de les occuper pour les années à venir…

L.V. 

En Italie, les ponts se ramassent à la pelle…

16 août 2018

Les images spectaculaires de l’effondrement partiel, survenu mardi 14 août 2018, en fin de matinée, du viaduc autoroutier qui traverse la ville de Gênes en Italie, ont de quoi faire frémir… L’accident s’est produit alors que le secteur était soumis à de violents orages et certains témoins parlent d’un coup de foudre qui se serait abattu sur l’un des trois pylônes soutenant le pont, lequel s’est brutalement effondré, faisant basculer dans le vide une trentaine de véhicules qui ont été précipités 45 m plus bas, dans un amoncellement de blocs de béton et de ferrailles.

Le viaduc de Gêne après son effondrement partiel (photo © Antonio Calanni / AP)

Un bilan provisoire faisait état, quelques heures après la catastrophe, de 35 morts tous tombés du pont lors de son effondrement partiel sur 200 m de longueur. Tous n’ont pas eu la chance en effet, comme ce camion vert de la chaîne de supermarchés Basko, de pouvoir s’arrêter, pile avant le point de rupture du pont : son chauffeur en restera probablement traumatisé à vie, même si les photos de son camion, stoppé à quelques mètres seulement du vide béant, ont rapidement fait le tour du monde.

Le camion qui a pu s’arrêter juste à temps… (photo © Cyril Dodergny)

Ce pont autoroutier de l’A10, fréquenté chaque année par plus de 25 millions de véhicules et qui permet de franchir, au nord de Gênes, la vallée de la Polcevera, au-dessus de nombreuses voies ferrées et d’importantes zones industrielles, avait été mis en service en 1967. D’une longueur totale de 1182 m, cet ouvrage construit en béton précontraint et portant le nom de son concepteur, l’ingénieur italien Riccardo Morandi, est un pont à haubans, soutenu par trois pylônes dont le plus haut culmine à 90 m de hauteur.

Le pont Morandi à Gênes et son concepteur, Riccardo Morandi

Sitôt après l’accident, les politiques se sont déchaînés, fustigeant des années d’incurie en matière d’entretien du réseau routier et rugissant que les coupables allaient être sévèrement châtiés. « C’est l’exemple typique d’une carence de la maintenance qui ne devrait pas exister dans un pays civilisé comme l’Italie », a tonné le ministre Cinq Étoiles des infrastructures Danilo Toninelli, ainsi que l’a rapporté Le Figaro, tandis que Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, affirmait que « la sécurité des Italiens doit passer avant toute préoccupation pour le respect des lignes budgétaires imposées par Bruxelles », comme si la faute de cette catastrophe en incombait à l’Europe…

Il est vrai que les 26 400 km du réseau routier italien, surtout développé dans les années 1960-70, comme son homologue français d’ailleurs, auraient bien besoin de davantage de travaux d’entretien. Comme le soulignaient Les Echos en avril 2017, il faudrait mobiliser pas moins de 2,5 milliards d’euros par an pour en assurer la maintenance et la modernisation, alors même qu’en 2016, les dépenses effectivement engagées n’ont pas excédé 450 millions, et qu’elles étaient plutôt de l’ordre de 180 millions par an sur la période allant de 2007 à 2013 !

De fait, selon le Corriere della Serra, pas moins de 10 ponts routiers en Italie ont connu de sévères déboires depuis 2013, ce qui n’est guère rassurant… Le 18 avril 2017, c’était un pont du périphérique de Fossano, dans le Piémont, mis en service en 2000, qui s’écroulait, peu après l’effondrement, le 10 mars de la même année, d’un autre pont enjambant une autoroute près d’Ancône, entraînant la mort d’un couple d’automobilistes. Le 4 janvier 2015, c’était le viaduc de Scorciavacche, inauguré une semaine plus tôt sur la route reliant Palerme à Catane, en Sicile, qui devait être fermé à la circulation après qu’il se soit affaissé de plus de 50 cm. Et le 6 août 2018, c’est l’explosion spectaculaire d’un camion-citerne de GPL qui a entraîné l’effondrement partiel d’un ouvrage d’art sur la rocade à l’entrée de Bologne, ainsi que l’avait révélé la Dépêche.

Effondrement du pont de Fossano le 18 avril 2017 (photo © Costanza Bono / La Stampa)

En l’occurrence, et pour ce qui concerne le viaduc de Gênes, les informations distillées à ce jour font état plutôt d’un problème de conception. Un chargé de cours à l’Université de Gênes, Antonio Brencich, avait en 2016 largement alerté sur le sujet, considérant que, à la fin des années 1990, ce pont avait déjà coûté, en travaux de maintenance, 80 % du montant de son coût de construction, ce qui excède très largement les ratios généralement observés, et traduit une conception initiale défaillante.

Comme l’explique un article très document du Monde, cet ouvrage a connu dès l’origine des problèmes de planéité du tablier, du fait d’une sous-estimation des effets de retrait du béton. Ce défaut a pu être corrigé pour permettre d’assurer le trafic dans des conditions de confort et de sécurité acceptables, mais il se manifeste également par une micro-fissuration du béton, aggravé par l’effet des vibrations dues au trafic routier et provoquant des infiltrations d’eau qui viennent corroder les armatures, ce qui fragilise toute la structure même de l’ouvrage. Conçu pour durer 100 ans, le pont nécessite en réalité des opérations périodiques de réhabilitation lourde, dont le changement régulièrement des câbles de suspension.

Vestiges du viaduc effondré le 14 août à Gênes (photo © AFP)

Le professeur Brencich rappelle d’ailleurs que la conception assez originale de ce pont, qui se caractérise par des haubans en faible nombre (deux seulement par travée) et réalisés en béton armé précontraint alors que l’on utilise habituellement plutôt des haubans métalliques, n’a guère que deux autres équivalents dans le monde, tous issus du cerveau de Riccardo Morandi.

Le pont General Rafael Urdaneta sur le Maracaibo, conçu par Riccardo Morandi

Le premier, conçu en 1957, avait été construit en 1962 pour enjamber l’embouchure du Maracaibo, à l’ouest du Venezuela. Long de plus de 8,6 km et porté par des pylônes en béton armé culminant à 87 m de hauteur, il s’est partiellement effondré dès avril 1964 à la suite d’une collision malencontreuse avec un pétrolier, accident qui avait fait 5 morts et provoqué la rupture d’une des travées. Un autre pont du même type, encore intact à ce jour (croisons les doigts…) a été construit en 1971, pour enjamber le Wadi el Kuf, en Libye.

Dans le cas du viaduc de Gênes, la société autoroutière Autostrade per l’Italia, filiale du géant Benetton, qui gère l’ouvrage avait récemment lancé un appel d’offres de 20 millions d’euros pour de nouveaux travaux, prévoyant notamment le renforcement des câbles de certaines piles (dont celle qui s’est effondrée mardi) et au moment de l’accident, des travaux de maintenance étaient d’ailleurs en cours. En 2009, devant l’état de détérioration avancé de cet ouvrage, il avait même été sérieusement évoqué l’idée de le démolir au profit d’un nouveau contournement de Gênes par l’Ouest. Un projet qui avait fait l’objet d’une étude approfondie à partir de 2011, mais qui s’était heurté en 2013 à une opposition farouche de nombreux acteurs locaux dénonçant une nouvelle bétonisation.

Selon Les Dernières nouvelles d’Alsace, le 8 avril 2014, le Mouvement Cinq étoiles s’était même fendu d’un communiqué estimant alors que les accusations visant l’état de dégradation du pont Morandi relevaient purement et simplement « du conte de fées ». Un conte de fées qui a malheureusement tourné au cauchemar cette semaine….

L.V. 

Un designer aux idées lumineuses

14 août 2018

Le designer néerlandais Daan Roosegarde vient encore de faire parler de lui en installant en février 2018 sa fameuse tour dépolluante dans un jardin de la ville polonaise de Cracovie. Le lieu n’a pas été choisi au hasard tant la Pologne se distingue pour abriter 33 des 50 villes européennes où l’air ambiant est considéré comme le plus pollué ! Ce sont les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, basés sur les données mesurées en 2016, qui établissent ce palmarès peu glorieux pour la Pologne, alors même que ce pays est sensé héberger en décembre prochain le prochain sommet mondial sur le climat, la COP 24, dans la ville de Katowice, en bonne place dans ce classement des villes les plus polluées…

La Smog Free Tower installée à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

A Varsovie même, le taux de particules fines dans l’air est jusqu’à dix fois supérieur aux normes européennes dans certains quartiers, et c’est bien pire encore dans certaines villes du sud, en Silésie notamment. Les causes de cette situation catastrophique sont multiples, mais l’omniprésence de l’utilisation du charbon, qui sert à produire plus de 80 % de l’électricité polonaise, en est largement responsable. Plus que les centrales électriques ou les mines de charbon, les principaux émetteurs de particules fines à l’origine de cette pollution chronique sont d’ailleurs plutôt les particuliers qui se chauffent au charbon, voire qui brûlent des déchets pour se chauffer…

La Smog Free Tower en fonctionnement à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

Cracovie n’est d’ailleurs qu’une des étapes européennes de cette Smog Free Tower, mise au point par Daan Roosegarde après un voyage en Chine où il a découvert avec effarement l’impact de la pollution de l’air qui noie les grandes villes dans un brouillard quasi permanent, comme pouvait en connaître la ville de Londres jusque dans les années 1960. Testée initialement à Rotterdam en 2015, cette tour dépolluante est un petit édifice de 7 m de hauteur entouré de volets et qui fonctionne comme un aspirateur géant, capable d’avaler 30 000 m3 d’air par heure.

Grâce à un ingénieux système d’ionisation positive, plus de 75 % des particules fines en suspension dans l’air, PM 10 et PM 2,5 (c’est-à-dire dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 2,5 micromètre) sont retenus avant restitution de l’air purifié. Et, cerise sur le gâteau ou intuition poétique géniale, les particules solides ainsi collectées sont compressées pour en faire des bagues, vendues sous le joli nom de Smog Free Ring, à 250 € pièce. Chaque bague ainsi créée est constituée d’environ 1 million de particules fines de carbone et rencontre, paraît-il, un succès fou comme bague de mariage !

Installée à Pékin depuis 2016, la Smog Free Tower a ensuite fait une tournée triomphale dans l’empire du Milieu, notamment à Shanghai et à Tianjin, cette dernière se classant, selon l’OMS, à la quatrième place des grandes villes mondiales les plus polluées, derrière Dehli, Le Caire et Dhaka (au Bengladesh). Un beau succès en tout cas pour ce designer néerlandais hors norme, nommé il y a trois ans Young Global Leader au Forum économique de Davos et qui se définit lui-même comme un « hippie avec un business plan ».

Le designer néerlandais Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Un hippie qui a bien la tête sur les épaules en effet et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin, lui qui collectionne les distinctions et se sent investi d’une véritable mission pour rendre la ville de demain plus vivable. Il travaille déjà, avec son équipe à miniaturiser sa Smog Free Tower pour pouvoir en installer une sur le guidon de chaque cycliste, et il œuvre en parallèle avec la NASA pour purifier l’espace des nombreuses épaves flottantes qui l’encombrent.

Avant son invention emblématique destinée à lutter contre le smog urbain, notre designer qui considère que « le design, ce n’est pas juste inventer une chaise ou une lampe de plus, le design, c’est d’abord améliorer la vie ! » et qui multiplie les conférences dans le monde, s’était déjà fait remarqué en 2014 par sa conception d’une « autoroute intelligente » aux Pays-Bas.

La smart highway conçue par Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Le revêtement de cette smart highway présente la particularité de se recharger avec la lumière du soleil durant la journée, et à la nuit venue se pare d’un marquage au sol lumineux de couleur verte, offrant aux conducteurs une meilleure visibilité et une sécurité optimale tout en minimisant les coûts de fonctionnement et ceci pour un investissement initial minime. Même les plaques de verglas sont rendues fluorescentes pour les signaler aux automobilistes, tandis que des diodes sensibles aux courant d’air s’allument sur les bas-côtés au passage des voitures.

Piste cyclable éclairée à la manière de Van Gogh par le designer Daan Roosegarde (source © Dezeen)

Un concept appliqué ensuite aux pistes cyclables qui scintillent de mille feux grâce à une peinture phosphorescente activée par le rayonnement solaire. Une invention révolutionnaire, qui évoque furieusement la fameuse Nuit étoilée du peintre Van Gogh et qui permet aux cyclistes de rouler de nuit sur une piste cyclable parfaitement éclairée. De la techno-poésie à l’état pur…

A quand la diffusion de ces nouvelles inventions lumineuses dans nos villes ?

L.V. 

Nucléaire : les centrales françaises ont eu chaud !

11 août 2018

Un dessin signé Deligne

La France, c’est bien connu, fait entièrement confiance à l’énergie nucléaire pour assurer son approvisionnement en électricité : le risque d’accident technologique n’est pas négligeable et les coûts de production sont un peu élevés, surtout si l’on devait prendre en compte les coûts réels de traitement des déchets radioactifs et de démantèlement des centrales, mais au moins cela ne produit pas trop d’émission de gaz à effet de serre. C’est même d’ailleurs l’argument principal mis en avant par EDF pour justifier de continuer à investir autant dans la filière malgré les innombrables déboires rencontrés, notamment sur le chantier de l’EPR de Flamanville.

Un dessin signé Lara publié dans le Canard enchaîné du 8 août 2018

Pour autant, le réchauffement climatique global dont les effets sont chaque jour un peu plus visibles, commence à faire planer des menaces supplémentaires sur cette filière. La période de canicule que vient de connaître la France s’est ainsi traduit par la mise à l’arrêt de quatre réacteurs nucléaires et le ralentissement de deux autres. Ajoutés aux 15 réacteurs arrêtés cet été pour cause de maintenance, cela représente 21 réacteurs actuellement hors service sur les 58 que compte le parc électronucléaire français, répartis sur 19 sites en activité.

Cela n’empêche pas EDF de continuer à exporter une partie de sa production encore excédentaire en cette période estivale où la consommation électrique des industriels est généralement moindre, et ceci même si le développement exponentiel de la climatisation fait régulièrement augmenter la demande d’électricité en période chaude.

Arrosage de la centrale de Fessenheim en 2003 (source : Sortir du nucléaire)

Ce n’est certes pas la première fois que les centrales nucléaires françaises révèlent leur vulnérabilité en cas de forte chaleur. En 2003 déjà, en pleine canicule, la France avait découvert, éberluée, les images d’un réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim arrosé à grands coups de jet d’eau pour tenter de refroidir la température de l’enceinte qui menaçait de dépasser les 50 °C autorisés ! Une tentative assez maladroite d’ailleurs cas il aurait fallu des semaines pour abaisser réellement par cette méthode la température à l’intérieur de l’enceinte dont le mur fait plus de 80 cm d’épaisseur…

Sur d’autres sites, dont ceux de Bugey, Tricastin et Saint-Alban, en bordure du Rhône, ou encore à Golfech, le long de la Garonne, EDF avait été alors été contraint de rejeter de l’eau plus chaude que les règles d’exploitation du nucléaire ne l’autorisent. Une entorse qui a ensuite été régularisée par des dérogations officielles. Et c’est la même situation qui se reproduit régulièrement depuis, lors de chaque période estivale un peu chaude, avec un risque d’emballement inquiétant maintenant que les périodes caniculaires sont de plus en plus fréquentes dans nos contrées.

Centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine

En 2017, par exemple, sans les lâchers d’eau réalisés en permanence par les barrages situés en amont du Bassin Parisiens et gérés par l’établissement public de bassin Seine Grands lacs, les débits dans la Seine au droit de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, auraient été trop faibles pour permettre la poursuite de l’exploitation des réacteurs, descendant en dessous des seuils critiques et ceci pendant plusieurs semaines consécutives.

Cette année, dès le 27 juillet, une des unités de production de la centrale de Bugey, située en bordure du Rhône, a ainsi dû être arrêtée car la température du fleuve excédait les seuils admissibles. Le surlendemain, c’était le tour de l’unité de production n°1 de Saint-Alban, située le long du Rhône, qui subissait le même sort, les deux tranches de cette centrale ayant finalement dû être arrêtée jusqu’au 8 août, ainsi qu’une seconde unité de Bugey et finalement l’une des tranches de Fessenheim.

Comme l’explique l’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire, la forte dépendance des centrales nucléaires aux milieux naturels aquatiques tient à deux facteurs.

Un dessin signé Romboussard

Une centrale thermique, qu’elle soit nucléaire ou pas, n’est jamais qu’une grosse cocotte-minute produisant de la vapeur, laquelle fait tourner un alternateur. Pour chaque MWh d’électricité produite, il faut évacuer dans la nature 2 MWh de chaleur. Pour cela, il faut de grosses quantités d’eau pour refroidir le dispositif, eau qui est prélevée soit en rivière (c’est le cas de 44 des réacteurs français), soit dans la mer (pour les 14 autres tels que Flamanville, Paluel ou le Blayais). Cette eau de refroidissement est pour l’essentiel (à 98 % selon EDF) rejetée ensuite dans le milieu naturel soit sous forme de vapeur (ce sont les panaches blancs qui s’échappent des tours de refroidissement) soit sous forme liquide.

Le problème vient de ce l’eau qui est rejetée dans les cours d’eau en aval des centrales est plus chaude de quelques degrés par rapport à celle du milieu naturel. Cela ne prête pas à conséquence la majeure partie du temps, sauf justement en période de canicule, lorsque les débits dans les rivières sont au plus bas et que la température du milieu est déjà élevée. Au-delà d’un certain seuil, une augmentation même minime de la température peut alors avoir des conséquences écologiques dramatiques, entrainant des mortalités massives de certains poissons ou des développement d’algues toxiques. C’est la raison pour laquelle à partir de certaines limites de débit et de température, EDF n’a plus l’autorisation de prélever de l’eau pour refroidir ses centrales, n’ayant alors d’autres solution que de les mettre à l’arrêt.

Un dessin signé Cabu

Et il y a une deuxième raison qui oblige EDF à installer ses centrales nucléaires à proximité d’un milieu naturel aquatique, tout simplement pour y rejeter ses multiples effluents chimiques et radioactifs issus de ses installations. Comme tout site industriel, une centrale nucléaire produit en effet de nombreux effluents chimiques issus de certains procédés tels que la production d’eaux déminéralisée, mais aussi des rejets de sa propre station d’épuration.

A cela s’ajoutent certains effluents liquides radioactifs, riches notamment en bore, carbone 14 et surtout en tritium. Les rejets de toutes ces matières directement dans le milieu naturel doivent respecter des seuils de concentration maximale. Plus les débits des cours d’eau sont faibles, plus ces seuils sont atteints rapidement car l’effet de dilution est réduit. EDF est alors contraint de stocker ces éléments indésirables dans des bassins de rétention en attendant des jours meilleurs, mais ses capacités de stockage ne sont pas illimitées…

L’épisode de canicule récent, comme ceux de ces dernières années, dont l’amplitude et la fréquence semblent augmenter régulièrement sous l’effet du changement climatique, ne fait donc que confirmer cette forte vulnérabilité de la filière électronucléaire face à l’évolution de son environnement et au risque de diminution significative du débit d’étiage des cours d’eau qui se profile dans les années à venir. Quand on sait qu’une seule journée d’arrêt d’un réacteur nucléaire coûte de l’ordre de 1 million d’euros à EDF, on imagine avec quelle attention ses ingénieurs scrutent l’évolution des débits en période estivale !

Comme l’indiquait en 2011 Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire, « contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, c’est le changement climatique qui s’attaque au nucléaire et non l’inverse ». Un beau sujet de réflexion pour une prochaine épreuve de philosophe du baccalauréat ?

L. V.

Méduses en Méditerranée : un nouveau péril ?

8 août 2018

Un dessin signé Glez, dessinateur burkinabé (source : Cartooning for Peace)

Ces derniers temps, l’actualité se focalise sur les arrivées de populations qui tentent, au péril de leur vie, de traverser la Méditerranée pour fuir des situations de guerre, de misère et de désespérance sociale, en espérant trouver en Europe un avenir meilleur. Mais cette situation qui obnubile et angoisse certains ne doit pas faire oublier d’autres mouvements d’espèces naturelles, en l’occurrence véritablement invasives, et dont l’ampleur des déplacements, le plus souvent lié à l’activité humaine, pourrait s’accentuer sous l’effet du réchauffement climatique mondial.

Les exemples en Méditerranée sont innombrables. Rappelons, à titre indicatif que selon la DREAL PACA, sur les 4000 espèces végétales que comptent la région, 931 soit près d’une sur quatre sont considérées comme exotiques, certaines colonisant les fonds marins, à l’exemple de la fameuse « algue tueuse », Caulerpa taxifolia, relâchée accidentellement en 1984 par l’aquarium de Monaco et qui avait envahi en l’espace de 20 ans plus de 5000 ha avant de commencer à régresser.

Le tetraodon, cousin du Fugu, désormais présent en Méditerranée

Depuis le percement du canal de Suez, on considère que plus de 900 espèces exotiques ont pénétré en Méditerranée, dont le « poisson-lapin », Siganus luridus, qui broute les herbiers de posidonies, mettant à nu les fonds marins, ou encore le tétraodon, Lagocephalus sceleratus, cousin du Fugu des Japonais et potentiellement mortel.

Mnemiopsis leidyi (photo © Guillaume Marchessaux / IMO / LPED)

L’étang de Berre est ainsi confronté, depuis une quinzaine d’années, et après celui de Vaccarès, touché dès la fin des années 1990, à l’invasion de ce que les Anglo-Saxons appellent la « Noix de mer », Mnemiopsis leidyi, une sorte d’ovoïde gélatineux transparent muni de tentacules et qui évoque vaguement une forme de méduse sans être pour autant urticant ni dangereux.

Cette espèce est arrivée en Méditerranée en provenance de l’Atlantique nord, dans l’eau de ballast que les cargos chargent pour stabiliser leur coque et qu’ils déversent à leur arrivée, avec tous les micro et macro-organismes qu’elle contient et dont certains peuvent survivre pendant de longues semaines.

Dans l’étang de Berre, cette vaste lagune qui communique avec la Méditerranée par le chenal de Caronte, ce cténophore qui peut pondre jusqu’à 10 000 œufs par jour a proliféré à une vitesse inquiétante. Cette espèce carnivore détruit les œufs et larves des autres espèces et dévore le zooplancton, ce qui contribue à appauvrir fortement les populations de poissons. Il obstrue par ailleurs les filets des pêcheurs professionnels dont l’activité est en expansion sur cet étang dont la qualité des eaux s’améliore ces dernières années et pour lequel est désormais envisagée une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Extrait d’une vidéo expliquant les effet de Mnemiopsis Leidyi dans l’étang de Berre

Une thèse est d’ailleurs en cours depuis 2015, à l’Institut méditerranéen d’océanologie et au Laboratoire Population Environnement Développement (LPED) de l’université d’Aix-Marseille, pour mieux comprendre les conditions de développement de cette espèce, considérée comme l’une des 50 espèces les plus invasives du monde, et en étudier les impacts socio-économiques, comme l’évoque un article de 20 minutes assorti d’une vidéo très pédagogique.

Cycle de reproduction de Mnemiopsis Leidyi

Les méduses urticantes, Pelagia noctiluca, quant à elles, sévissent périodiquement sur les côtes méditerranéennes, y compris à Marseille où elles sont portées par le courant ligure. Connues en traditionnellement selon des cycles d’une douzaine d’années (dont 9 à 10 ans de répit entre deux phases d’explosion). Toutefois, le réchauffement climatique semble avoir accéléré leur cycle en permettant leur reproduction même en période hivernale, ce qui permet aux adultes d’être bien présents pour la saison estivale.

Méduse pélagique en Italie

Leur nombre a été multiplié par 4 en Méditerranée depuis les années 2000 et on les observe désormais chaque année sur nos côtes depuis 1999. Il arrive même que leur aire de répartition s’étende très au nord, comme en novembre 2007, lorsque leur prolifération a fait des ravages dans les élevages de saumon en Irlande du Nord…

La presse se fait régulièrement l’écho de ces arrivées massives de méduses pélagiques, les « piqueurs mauves » dont la rencontre inopportune provoque de sérieuses brûlures chez les baigneurs qui, s’ils paniquent sous l’effet de la vive douleur qui en résulte, peuvent même se noyer. Près de 70.000 brûlures de méduses ont ainsi été recensées aux Baléares durant l’été 2006 et, en 2008, près de 300 baigneurs ont dû être soignés pour les mêmes raisons rien qu’à Antibes en seulement six semaines.

Echouage de méduses pélagiques sur une plage de La Ciotat en 2014 (photo © France 3)

France 3 déplorait ainsi en juillet 2014 l’arrivée massive de ces méduses sur le littoral méditerranéen de Martigues jusqu’à Menton, mentionnant même que la baignade avait dû être interdite sur les plages de La Ciotat le 16 juillet. En juillet 2016, c’était le Midi Libre qui constatait que les plages et même les canaux autour de Sète étaient complètement envahis par leur prolifération, tandis qu’en avril 2018 FranceTVinfo se faisait l’écho d’un échouage massif de vélelles, petites méduses violettes totalement inoffensives mais qui font désordre sur les plages et rebutent les touristes…

Un échouage de vélelles sur une plage près d’Ajaccio en Corse (photo © Pierre-Antoine Fournil / Corse-Matin)

De nombreuses plages tout autour de la Méditerranée s’équipent désormais de filets de protection pour empêcher que les méduses en goguette ne viennent se frotter aux baigneurs. Un réseau d’observation et de suivi a aussi été mis en place le long des côtes françaises de Méditerranée, dans le cadre du projet de recherche JELLYWATCH, initié en 2009 par l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer et co-financé par la Région PACA.

Avec l’aide du bureau d’études ACRI-ST, un portail d’observation a été élaboré, accessible sur internet et via une application pour smartphones, permettant à chacun de signaler ses observations de méduses et donc de savoir, jour par jour, où elles sont présentes. Un outil pratique et collaboratif, qui mérite d’être largement partagé pour limiter les risques de se trouver nez-à-nez avec une méduse pélagique et d’en garder un souvenir pour le moins cuisant…

L.V.

Le PC s’accroche au Colonel-Fabien

6 août 2018

La place du Colonel-Fabien, située dans le XIXe arrondissement de Paris, fait partie de ces institutions de la vie politique française. Le Parti communiste français y a installé son siège en 1971 et il n’en a pas changé depuis. Il faut dire que le lieu est emblématique. Le nom même de Place du Colonel-Fabien, dont les initiales (P. C. F.) évoquent vaguement celles du Parti, est un hommage à un résistant communiste valeureux, décédé en 1944 sous ce nom de guerre de « Colonel Fabien ».

Pierre Georges, alias Colonel Fabien

Pierre Georges, puisque tel était son véritable patronyme, était le fils d’un boulanger de Villeneuve-Saint-Georges. Né en 1919, il avait adhéré au PCF à l’âge de 14 ans et s’était engagé à 17 ans dans les Brigades internationales aux côté des Républicains espagnols. Il y bénéficie d’une formation militaire dans une école d’officiers et écope d’une grave blessure qui l’oblige à rentrer en France deux ans plus tard, en juin 1938.

Engagé comme ouvrier dans une usine de Bréguet aviation, il devient membre du Comité national du Mouvement des Jeunes communistes de France, ce qui lui vaut d’être interné fin 1939 puisque l’URSS était alors l’alliée des Allemands. Évadé en juin 1940, il se réfugie en zone libre à Marseille. L’attaque de l’Union soviétique par les armées hitlériennes en juin 1941 incite le Parti communiste à mettre en place une Organisation spéciale pour développer des actes de guérilla armée contre l’occupant allemand. Pierre Georges en devient le commissaire militaire, aux côtés du commissaire politique Albert Ouzoulias, alias « Colonel André ».

Pierre Georges prend le pseudonyme de « Frédo » et réalise lui-même ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d’occupation, en assassinant, le 21 août 1941, sur le quai de la station Barbès-Rochechouart, un aspirant de la Kriegsmarine. Cet attentat, qui marque l’entrée officielle du PCF dans la résistance armée, est aussi le point de départ de lourdes représailles qui coûteront la vie à de multiples militants et otages, ce qui amènera de nombreuses personnalités dont Marcel Cachin, Henri Frenay et même le Général de Gaulle, à désavouer cette stratégie.

Plaque commémorative au 34 rue Gandon, dans le 13e arrondissement de Paris, à l’emplacement du poste de commandement du colonel Fabien lors de la Libération de Paris

En mars 1942, Pierre Georges est d’ailleurs l’un des derniers survivants de cette organisation, lorsqu’il quitte Paris pour se réfugier dans le Doubs où il met en place les premiers groupes de FTP (Francs-tireurs et partisans) sous le nom de guerre de « Capitaine Henri ». Blessé en juillet 1942 après avoir participé au sabotage du transformateur des usines Lip, il est arrêté à Paris en novembre, condamné à mort mais transféré au Fort de Romainville d’où il parvient à s’évader en mai 1943.

En août 1944, alors qu’il a adopté son nouveau pseudonyme de « Colonel Fabien » et qu’il est devenu responsable des FTP pour le sud de la région parisienne, il participe aux combats de la libération de Paris, appuyé par les blindés de la 2ème DB du général Leclerc, et rassemble à l’automne un groupe de 500 hommes qui s’engagent aux côté de l’armée régulière dans son avancée vers l’Est. Il n’atteindra cependant pas le sol allemand puisqu’il meurt le 27 décembre 1944 en tentant de désamorcer une mine près de Mulhouse.

Au delà de la valeur symbolique que représente le nom de ce militant de la première heure, si le PCF est aussi attaché à son siège, c’est qu’il a la chance d’être abrité dans un bâtiment lui-même emblématique, construit entre 1968 et 1971 sur la base d’une conception dessinée à partir de 1965 par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, auréolé d’une notoriété internationale pour avoir été l’architecte des principaux bâtiments publics de la nouvelle capitale Brasilia, inaugurée en 1960. Membre de longue date du PC brésilien, Oscar Niemeyer avait dû s’ exiler en France lors de la prise de pouvoir de la dictature militaire en 1964.

L’immeuble siège du PCF place du Colonel-Fabien, conçu par Oscar Niemeyer

Dans l’esprit de son concepteur, «  le siège du PCF constituera dans cette ville, un exemple d’architecture contemporaine, un point d’attraction et de tourisme. Un bâtiment aux formes nouvelles, simple sans finitions luxueuses et superflues. La maison du travailleur. Et le siège du PCF ne sera pas simplement un bon exemple d’architecture, mais une marque de la société socialiste ». Une vision très politique donc préside à la création de cette vaste barre d’immeuble en forme de S, reposant sur 5 poteaux, ce qui donne l’impression qu’il flotte comme une bannière. Le bâtiment comporte 3 vastes sous-sols hébergeant notamment le foyer de la classe ouvrière et de nombreux couloirs d’exposition.

Foyer du siège du PCF, place du Colonel Fabien, en 2002 (photo © Daniel Janin / AFP)

Quant à la vaste coupole blanche qui, selon son concepteur évoque le ventre d’une femme enceinte, elle abrite, non pas des chars russes à l’affût comme certaines mauvaises langues l’ont longtemps soupçonné, mais la salle de réunion du Comité national du Parti.

En ces temps de disette pour de nombreux partis politiques dont les effectifs de militants ont fondu comme neige au soleil (le PCF revendiquait 700 000 adhérents en 1978 et en annonçait 57 000 en 2016), il devient nécessaire d’adapter la voilure, et le changement des locaux du siège est une variable d’ajustement naturelle. En dehors du Parti radical qui occupe toujours, depuis sa création en 1933, son siège historique situé rue de Valois dans le 1er arrondissement parisien, rares sont les partis qui n’ont pas dû se résoudre à vendre leur siège devenu trop grand et trop coûteux à entretenir.

La salle du conseil national du PCF, place du Colonel-Fabien (photo © Jacques Demarthon / AFP)

C’est ainsi qu’en 2008, le Front national a quitté son siège emblématique de Saint-Cloud, connu sous le nom de « Paquebot », un imposant bâtiment situé à proximité du domaine familial des Le Pen à Montretout, dans les Hauts-de-Seine. Racheté en 2011 par une chaîne de maisons de retraite, le bâtiment a été transformé en une résidence haut de gamme pour seniors... Les Verts également ont dû vendre en 2016 leur siège situé dans une ancienne chocolaterie le long du canal Saint-Martin, tandis que le Parti socialiste a signé en début d’année 2018 l’acte de vente de son siège de la rue de Solférino et que Les Républicains ont mis en vente le leur, situé rue de Vaugirard.

Mais si tous les autres partis vendent, souvent avec difficultés, le PC lui préfère rester dans ses murs et en tirer profit en le louant afin de couvrir les énormes frais d’entretien de ce bâtiment immense de 15 000 m2, classé monument historique en 2007. « Nous nous sommes professionnalisés dans la location de tout ou partie des étages, sur du long terme comme plus ponctuellement, pour des événements particuliers », explique ainsi sans ciller au Figaro Jean-Louis Frostin, membre du comité exécutif du PCF et administrateur du siège.

Défilé de haute-couture de Jean-Paul Gaultier en 2014 dans les locaux du PCF (photo © Imaxtree / Madame Figaro)

De fait, le PCF ne conserve pour son usage propre que l’ensemble des sous-sol et deux des cinq étages du bâtiment principal, le reste étant loué principalement à une start-up, Believe Digital, spécialisée dans la musique en streaming. Et ce n’est pas tout car le siège du PCF abrite chaque année plus de 200 événements commerciaux ou privés, dont les tournages de plusieurs films récents (tels que la série Trepalium en 2015), qui permettent de faire entrer de l’argent dans les caisses du parti. Les défilés de mode de haute-couture en particulier prisent beaucoup ce lieu emblématique qui a vu en 2000 défiler la nouvelle collection de Prada, suivie depuis par celles de Yves Saint-Laurent, de Vuitton, ou encore de Jean-Paul Gaultier qui, pour sa collection 2014-2015 avait transformé la coupole du Comité central du PCF en vaste vaisseau spatial…

Une valorisation commerciale qui fait grincer les dents de nombreux militants communistes, agacés par ce grand écart idéologique permanent, le prix à payer pour conserver dans le giron du parti un bâtiment aussi prestigieux que symbolique, dans lequel avait été signé en 1972 le Programme commun avec le Parti socialiste, une histoire déjà ancienne…

L.V. 

Climat : ça chauffe de plus en plus !

3 août 2018

En matière climatique, et contrairement à l’adage bien connu, les années se suivent et se ressemblent de plus en plus…

En janvier 2015, un article du site Futura Science indiquait que selon les données publiées par le NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et par le GISS (Goddard Institut for Space Studies), un organisme scientifique rattaché à la NASA, l’année 2014 avait été la plus chaude jamais observée depuis que les mesures de température ont été généralisées dans le monde, à partir des années 1880. A cette date, les deux autres années considérées comme les plus chaudes jusque-là étaient 2005 et 2010, suivies de près par l’année 2013.

Les anomalies de température dans le monde depuis 1890 : écarts entre les températures moyennes observées (sur terre et sur mer) par rapport aux moyennes calculées sur l’ensemble du XXe siècle (infographie © Simon Malfatto / AFP)

Un an plus tard, le 22 janvier 2016, Science et Avenir, parmi d’autres, publiait un article indiquant que selon les analyses de ces mêmes organismes, issues du traitement (selon des algorithmes différents mais qui aboutissent à des conclusions convergentes) de plus de 6300 points de suivi de température répartis à la surface du globe, sur terre comme en mer, l’année 2015 avait été la plus chaude jamais observée sur Terre… La température moyenne du globe, cette année-là, a été en moyenne supérieure de 0,9 °C par rapport à la moyenne enregistrée au cours de l’ensemble du XXe siècle, et d’environ 0,23 °C par rapport à l’année précédente qui détenait jusque-là le record.

Il faut dire que cette année 2015 s’était caractérisée par un phénomène climatique El Niño particulièrement marqué, avec en particulier des températures anormalement élevées enregistrées durant le mois de décembre. Ce mécanisme de courant côtier chaud observé périodiquement (tous les 3 à 5 ans en moyenne) et qui se manifeste par une inversion des alizés sous l’effet du réchauffement des eaux du Pacifique le long des côtes américaines, explique en partie les températures moyennes très inhabituelles observées cette année-là.

Une planète en cours de réchauffement accéléré… (source © Shutterstock / Barnaby Chambers)

Sauf que le 18 janvier 2016, les lecteurs du Monde apprenaient que « Sans surprise, 2016 a été l’année la plus chaude sur la planète depuis le début des relevés de températures en 1880, marquant le troisième record annuel consécutif de chaleur, a annoncé mercredi 18 janvier l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) ». Autrement dit, pour la troisième année consécutive, les records de chaleur en moyenne sur l’ensemble du globe étaient battus. Par rapport aux valeurs moyennes du XXe siècle, les températures étaient pour 2016 supérieures de 0,94 °C par rapport aux normales, soit encore davantage qu’en 2015 où l’écart avait été évalué à 0,9 °C. A la surface des océans, la différence est un peu moindre, de l’ordre de 0,75 °C, mais sur les continents, l’écart moyen atteint 1,43 °C, ce qui est considérable.

Certes, localement, l’année 2016 a été marquée par des températures très basses, notamment au large de l’Antarctique, mais cela a été largement compensé, à l’échelle planétaire, par de nombreux records de chaleur enregistrés en particulier dans l’est de la Russie, à l’extrême ouest du Canada, dans l’est des États-Unis, ainsi qu’en Amérique centrale, au nord de l’Amérique du Sud, en Afrique de l’Ouest ou encore en Australie. L’Alaska a ainsi connu en 2016 son année la plus chaude depuis le début des relevés dans cet État en 1925.

Températures moyennes enregistrées en 2016 dans 190 pays du globe (source : Futura Sciences)

Bien entendu, les météorologues ont expliqué que cette nouvelle année de tous les records s’expliquait en grande partie par la récurrence du courant équatorial chaud du Pacifique El Niño, qui avait largement persisté jusqu’au printemps 2016, annonçant que « l’année 2017 sera probablement moins chaude ».

Et voilà que, dès le 7 novembre 2017, le site Futura Science annonce que « 2017 s’annonce comme l’année la plus chaude jamais enregistrée en l’absence d’El Niño. Elle talonne ainsi 2016 qui, elle, fut empreinte du phénomène météorologique et conserve le record historique. Les trois dernières années ont été les plus chaudes enregistrées, confirmant une tendance de fond au réchauffement climatique global ».

Une affirmation qui a été effectivement confirmée depuis comme le détaille un article publié dans le Monde le 1er août dernier, sur la base du Rapport sur l’état du climat en 2017, publié ce même jour par la NOAA, une synthèse établie en collaboration avec l’American Meteorological Society, par compilation de plusieurs dizaines de milliers de mesures recueillies et analysées par plus de 500 scientifiques issus de 65 pays à travers la planète.

Ce nouveau record établi en l’absence de manifestation du phénomène climatique d’El Niño confirme sans conteste la tendance de fond au réchauffement climatique global, en lien avec l’activité humaine, d’autant qu’il s’accompagne d’un nouveau pic de concentration, dans l’atmosphère, de gaz à effets de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote…). La teneur moyenne en CO2 a ainsi atteint un nouveau record mondial avec 405 ppm (parties par million), soit 2,2 ppm de plus qu’en 2016 et une valeur jamais atteinte depuis au moins 800 000 ans au vu de l’étude de la composition des gaz atmosphériques conservés dans les carottes glaciaires…

Au cours de cette année 2017, plusieurs pays, comme l’Argentine, la Bulgarie, l’Espagne ou l’Uruguay ont ainsi enregistré des records absolus de températures annuelles moyennes. Des pointes de 43,4 °C ont été relevées en janvier, en Argentine, et de 53,5 °C en août, dans l’ouest du Pakistan. Les températures moyennes à la surface des océans sont certes restées légèrement en dessous de celles de 2016, mais la partie supérieure des océans qui absorbe l’essentiel de l’augmentation de température liée à l’accumulation de gaz à effets de serre poursuit son réchauffement global, ce qui se traduit notamment dans les océans Atlantique, Indien et Pacifique, par des mortalités sans précédent de certaines formations coralliennes. Quant au niveau moyen des mers, il a atteint lui aussi un nouveau record, en se situant 7,7 cm plus haut qu’en 1993, début des mesures altimétriques par satellites, ce qui correspond à une élévation de 31 cm par siècle.

Coraux morts du fait du réchauffement climatique dans la Grande barrière de corail (photo © archives AFP)

Avec une température terrestre très supérieure à la moyenne dans les régions les plus australes, l’étendue maximale de la glace en mer arctique, début mars, a été la plus faible constatée depuis le début des observations satellitaires en 1980, et son extension minimale, en septembre, était inférieure de 25 % à la moyenne de la période de référence.

Quant aux événements climatiques extrêmes survenus en 2017, ils se sont caractérisés comme on pouvait s’y attendre par de violents cyclones et des épisodes torrentiels dévastateurs en Inde, durant la saison des moussons, au Venezuela et au Nigeria, en août et septembre, tandis que les sécheresses sévères n’ont épargné aucun continent, à l’exception de l’Amérique du Nord, provoquant notamment des incendies très destructeurs en Colombie britannique, en Espagne ou au Portugal, et même au Groenland

Et tout indique que l’année 2018, avec la période caniculaire que l’on vit actuellement, pourrait tenir un rang honorable dans ce cortège d’années records : décidément, ça chauffe de plus en plus !

L.V.