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Qui veut acheter le stade Vélodrome ?

6 août 2020

Certes, il ne s’appelle plus officiellement Vélodrome mais Orange, du nom d’une société privée de télécommunication qui verse pour cela la modique somme de 2,8 millions d’euros par an à une autre société privée, AREMA, filiale du groupe Bouygues Construction, lequel a aussi bénéficié des droits à construire pour édifier tout un nouveau quartier à proximité du stade historique. Rappelons que cette société AREMA a été créée de toutes pièces, en partenariat avec deux établissements financiers, pour porter le projet de reconfiguration du stade en vue de l’Euro 2016, dans le cadre d’un partenariat public-privé conclu en 2010 pour une durée de 35 ans, et se charger ensuite d’en assurer l’exploitation pendant une trentaine d’années.

Le stade Vélodrome dans sa configuration actuelle (photo © Shutterstock / Génération Voyage)

Une simple affaire de gros sous entre partenaires économiques donc, mais qui porte quand même sur la gestion d’un équipement public de premier plan, cher au cœur de bien des Provençaux, et qui est toujours officiellement la propriété de la Ville de Marseille. Un droit de propriété qui se résume en réalité à la signature de très gros chèques, au nom du contribuable marseillais.

Jean-Claude Gaudin aux côtés du président de l’OM Frank Mc Court (photo © B. Langlois / AFP / 20 minutes)

La Chambre régionale des comptes (CRC) dénonce depuis des années ce scandale permanent que représente le montant colossal versé chaque année par la Ville de Marseille sous forme de subventions déguisées à une autre société privée, au capital de 116 millions d’euros, en l’occurrence la Société anonyme sportive professionnelle Olympique de Marseille, dont l’actionnaire majoritaire est, depuis 2016, l’Américain Frank Mc Court.

La rénovation du stade en vue de l’Euro 2016 avait particulièrement attiré l’attention. Le montant de l’investissement réalisé, 267 millions d’euros, était l’un des plus élevés de tous les chantiers engagés à cette occasion avec un coût de plus de 4000 € la place, quatre fois plus que pour la rénovation du stade de Toulouse et deux fois plus que pour celui de Bordeaux, pourtant reconstruit à neuf.

Mais c’est surtout le montage financier retenu par la Ville de Marseille qui laissait baba : Les deux-tiers de l’investissement initial ont été apportés par des fonds publics de l’État, de la Région, du Département, de la Communauté urbaine et de la Ville de Marseille (qui a contribué à elle seule à hauteur de 44,7 millions), la société AREMA / Bouygues se contentant de mettre 100 millions d’euros au pot tout en bénéficiant du marché de travaux. En remerciement de cet apport, la Ville de Marseille s’engageait à verser chaque année à AREMA pendant 31 ans la modique somme annuelle de 12,6 millions d’euros par an pour couvrir les frais d’exploitation, soit un joli pactole de près de 400 millions d’euros au final. A l’époque, la CRC avait calculé que la Ville aurait pu économiser au bas mot 93 millions d’euros en se chargeant elle-même de la maîtrise d’ouvrage des travaux de rénovation du stade plutôt que de la confier au privé !

Un montage d’autant plus étonnant que la société privée SASP OM qui est la principale bénéficiaire de cette infrastructure sportive exceptionnelle, ne paye presque rien. Jusqu’en 2011, elle ne versait qu’un modeste loyer de 50 000 € par an à la Ville de Marseille pour l’utilisation quasi exclusive du stade. En 2014, pour obéir aux injonctions plus qu’insistantes de la CRC, la Ville avait fini par augmenter le loyer annuel à 4 millions d’euros. Enfin, en décembre 2018, dans le cadre d’un nouvel accord passé entre la SASP OM et AREMA, le club a accepté de porter ce loyer annuel à 5,5 millions d’euros moyennant la gestion exclusive du stade à son seul bénéfice.

Déjà en 2014, une mission sénatoriale conseillait à la Ville de Marseille de se montrer plus vigilante sur la gestion du stade Vélodrome et encourageait son transfert au club de l’OM qui, en tant qu’exploitant exclusif, devrait en toute logique être chargé de son entretien et en devenir le propriétaire à terme, comme c’est le cas pour la plupart des clubs sportifs professionnels de ce niveau et de cette envergure financière. Une orientation d’autant plus logique que les collectivités territoriales sont incitées, via les engagements pris auprès de l’État, à ne pas augmenter inconsidérément leurs budgets de fonctionnement. Réduire les subventions accordées ainsi aux sociétés sportives professionnelles aurait donc du sens, surtout dans une ville aussi endettée que Marseille, qui a bien du mal à investir dans la rénovation de ses écoles publiques.

Le stade Vélodrome un soir de match (source © La Provence)

Avec une dette supérieure à 1900 € par habitant, Marseille fait partie des villes les plus endettées de France. Le montant de ses remboursements annuels, qui devrait atteindre 200 millions d’euros en 2021, est le deuxième poste budgétaire de la Ville, juste derrière la gestion des établissements scolaires, ce qui obère grandement ses marges de manœuvre en matière d’investissement public, comme le reconnaissait bien volontiers l’ancien adjoint aux finances, Roland Blum à Marsactu en février dernier. Il rappelait à cette occasion que 150 millions d’euros avaient été empruntées par Marseille en 2012, pour préparer l’organisation de Marseille-Provence capitale de la culture 2013, mais aussi pour apporter la participation de la Ville aux travaux de rénovation du stade, et que le remboursement de cette somme arrive à échéance justement en 2021.

Benoît Payan lors du Conseil municipal du 27 juillet 2020 (source © Ville de Marseille)

Rien de surprenant donc, dans un tel contexte, que Benoît Payan, premier adjoint de la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, se soit exprimé lors du dernier Conseil municipal, le 27 juillet 2020, pour proposer que la Ville se dessaisisse du stade Vélodrome au profit soit de la SASP OM, soit de la Métropole Aix-Marseille-Provence. La logique voudrait en effet que le club professionnel et son actionnaire Frank Mc Court, qui lorgne par ailleurs, selon Made in Marseille, sur la reprise à son profit de la délégation de service publique du parc Chanot, se porte acquéreur de cette infrastructure dont il est déjà l’exploitant exclusif. Dès 2021, lorsque l’accord commercial signé avec AREMA arrivera à terme, la Ville compte bien renégocier à la hausse le montant du loyer annuel versé par le Club en incitant ce dernier à devenir à terme propriétaire du stade, ce qui allégerait considérablement la charge financière pesant sur les comptes de la Ville.

Martine Vassal, présidente reconduite à la tête de la Métropole, future propriétaire du stade ? (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

A défaut, Benoît Payan verrait bien la Métropole se porter acquéreur d’un stade auquel Martine Vassal a encore exprimé en octobre dernier tout son attachement sentimental, expliquant dans un communiqué officiel à l’occasion du départ du dernier Marseille-Cassis : « le Stade Vélodrome fait partie à part entière de notre patrimoine. Il n’est donc pas question de le vendre au tout venant et je suis scandalisée que l’on puisse dire que la Ville va vendre le stade ».

La Métropole bien entendu n’est pas le « tout-venant » et il serait en effet cohérent que cette structure intercommunale qui gère déjà de nombreux équipements sportifs d’intérêt communautaire comme le stade de Miramas ou la piscine de Venelle étende sa compétence à la gestion du stade Vélodrome : quel autre infrastructure sportive locale possède en effet une attractivité et une renommée supérieure à celles de cette enceinte mythique qui fait vibrer le cœur des Provençaux bien au-delà des seuls habitants de Marseille ?

L. V.

Pas de Fête de l’Huma cette année…

25 juillet 2020

En 2020, la traditionnelle Fête de l’Huma, organisée par le quotidien communiste L’Humanité, n’aura donc pas lieu. C’est maintenant officiel, même si l’on s’en doutait déjà depuis quelque temps, après l’annonce de l’annulation ou du report de la plupart des festivals et des grandes manifestations festives récurrentes, pour cause de crise sanitaire qui joue les prolongations. Patrick le Hyaric, le directeur de L’Humanité, l’a finalement annoncé dans les colonnes du journal ce lundi 20 juillet 2020, après avoir déjà laissé entendre qu’il serait très compliqué de maintenir l’organisation d’un tel événement qui rassemble chaque année jusqu’à un demi-million de visiteurs par jour.

Un dessin signé Gros publié dans Marianne le 24 juillet 2020

Le 7 septembre 1930, la première Fête de l’Huma… (source © Dominique Lesparre)

Cette année marquait pourtant la 85e édition de la Fête de l’Huma qui avait été organisée pour la première fois en 1930, par Marcel Cachin, alors directeur de l’Humanité, même si l’idée initiale d’une grande fête populaire de la Gauche avait été lancée dès 1913 par le socialiste Marcel Sembat. En 1930, la première Fête de l’Huma, qui se tient à Bezons, dans le Val d’Oise, n’attire qu’un petit millier de participants mais permet de dégager quelques bénéfices pour financer le journal.

Il faut attendre 1936 et la période propice du Front Populaire pour que les grands concerts qui commencent à caractériser la Fête de l’Huma parviennent à mobiliser les 300 000 visiteurs. Devant le succès de l’évènement, son audience s’élargit rapidement. Dès 1937, les stands de pays étrangers, Union soviétique en tête, y font leur apparition, ainsi que ceux des collectivités du pays entier, donnant à l’événement un caractère national majeur.

Interrompu pendant les années d’occupation, la Fête reprend dès 1945, organisée désormais au bois de Vincennes et atteint cette année là le chiffre record de 1 million de participants. Au fil des années, le site se déplace à Montreuil, Meudon et finalement, à partir de 1960, à La Courneuve, d’abord au parc des Sports, puis dans le parc paysager départemental Georges-Valbon, et enfin, depuis 1999 sur l’Aire des Vents de ce même parc, situé à proximité de l’aéroport du Bourget et qui a été aménagé à l’emplacement d’un ancien bidonville.

2016 : une affiche déjantée pour la Fête de l’Huma… (source © Mag agenda culturel)

La fête est traditionnellement organisée sur 3 jours et était prévue cette année les 11, 12 et 13 septembre. Le vendredi était initialement réservé aux militants communistes mais est désormais ouvert au grand public depuis les années 1980. Outre les stands des différentes sections locales du PC qui proposent souvent boissons, nourritures et spécialités régionales, plusieurs scènes permettent aux artistes de se produire. Un stand des livres est présent ainsi que de nombreuses agoras permettent l’organisation de débats. Le dimanche après-midi est traditionnellement organisé un grand meeting politique qui s’achève généralement par une Internationale reprise en chœur, dans le plus pur esprit du militantisme communiste.

Les stands de la fête de l’Huma en 2015 (photo © Laura Bruneau)

Mais la Fête de l’Huma a réussi au fil du temps à drainer bien au-delà des seuls militants du PCF dont le nombre se réduit d’année en année. Ses expositions artistiques dont celle de Fernand Léger en 1957 ou de Pablo Picasso en 1967, 1973 et 1982 constituent de véritables événements culturels. Celle organisée en 2008 sur les artistes de rue rassemblait des œuvres de Jean Dubuffet ou encore Ernest Pignon-Ernest. En 1981, le clou du spectacle était une rame du TGV qui venait tout juste de battre le record du monde de vitesse sur rail à 380 km/h, tandis que le ministre communiste des transports de François Miterrand, Charles Fiterman, plaidait en faveur d’un développement massif du réseau de TGV sur le territoire national.

Grande scène de la Fête de l’Huma (photo © Thomas Samson / AFP / CNews)

Mais c’est surtout l’actualité musicale qui a contribué à la renommée de la Fête de l’Huma, avec ses concerts géants organisés en particulier sur la Grande scène qui peut accueillir de l’ordre de 100 000 spectateurs. De grandes voix s’y sont produites, telles que Léo Ferré, Jacques Brel, Renaud, Johnny Hallyday, Alain Souchon, Bernard Lavilliers, Michel Polnarreff, Jacques Dutronc, Juliette Greco, Cesara Evora, Léonard Cohen, Julien Clerc, Stevie Wonders, les Pink Floyd ou John Baez pour n’en citer que quelques uns. L’an dernier, les visiteurs de la Fête de l’Huma avaient ainsi vu se produire sur scène Marc Lavoine, Soprano, Kassav’, Les Négresses Vertes ou encore Paul Kalkbrenner.

Bernard Lavilliers en concert à la Fête de l’Huma en 2011 (photo © Patrick Gherdoussi / Fedephoto.com / L’Humanité)

Mais cette année, le spectacle n’aura donc pas lieu. Ce devait être pourtant la dernière édition dans ce site de l’Aire des Vents de La Courneuve puisqu’un nouveau lieu d’accueil devra être trouvé dès l’an prochain en raison des travaux programmés de construction du futur Village des médias destiné aux Jeux olympiques de 2024. La Fête de l’Huma aura donc raté sa sortie pour cause de Covid-19 et tout reste à réinventer pour une nouvelle édition en 2021. Il serait dommage qu’une fête aussi populaire et ancrée de longue date dans le paysage culturel français ne survive pas à la crise sanitaire…

L. V.

Marseille-Provence : un déni de démocratie

18 juillet 2020

Qui, en dehors de quelques élus locaux semi-professionnels, se souvient encore de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) ? Créée par arrêté préfectoral en juillet 2000, alors que la plupart des autres communautés urbaines françaises étaient en fonctionnement depuis les années 1960, celle-ci fut pourtant, avec un peu plus d’un million d’habitants, le troisième plus gros établissement public de coopération intercommunale.

Le territoire de l’ancienne Communauté urbaine MPM (source © AMP métropole)

Elle regroupait alors, autour de la ville de Marseille, 17 autres petites communes des environs, réparties entre l’Ouest (Marignane, Carry-le-Rouet, etc.) et l’Est marseillais (Cassis, Carnoux, La Ciotat, etc.). Les grandes villes voisines de l’agglomération marseillaise, telles Aubagne et Aix-en-Provence, avaient alors obstinément refusé d’adhérer à cette communauté urbaine au rabais, mise en place par Jean-Claude Gaudin, déjà maire de Marseille et qui présida cette structure intercommunale jusqu’en 2008.

A l’époque, les maires de toutes les communes voisines de Marseille, celui de Carnoux comme les autres, étaient furieusement opposés à cette association avec la ville centre. Roland Povinelli, alors sénateur-maire d’Allauch résumait assez bien le sentiment général en déclarant dans l’Express avec une forte dose de mauvaise foi : « On nous a forcés à entrer dans la communauté urbaine de Marseille en 2000. Depuis, c’est elle qui s’occupe des ordures ménagères et c’est une catastrophe: jamais ma commune n’a été aussi sale. Je suis obligé de payer du personnel pour recommencer le travail ! ».

Le socialiste Eugène Caselli, élu à la surprise générale président de MPM en 2008 (photo © Michel Gangne / AFP / 20 minutes)

En 2008, certains de ces maires limitrophes, dont Jean-Pierre Giorgi, pourtant incontestablement marqués à droite, exprimaient ainsi leur mécontentement en refusant de voter pour Renaud Muselier à qui Jean-Claude Gaudin proposait (mollement) de confier son fauteuil de président de MPM, préférant élire à sa place, le socialiste Eugène Caselli. Le début d’une ère particulièrement faste pour ces petites communes périphériques comme Carnoux qui dès lors ont pu puiser sans compter dans les caisses largement ouvertes de la Communauté urbaine, mais aussi du Département dirigé jusqu’en 2015 par Jean-Noël Guérini…

Guy Tessier, dernier président de Marseille Provence Métropole avant sa disparition fin 2015 (photo © CU MPM)

Le 31 décembre 2015, la Communauté urbaine MPM, alors dirigée par Guy Tessier, disparaissait officiellement au profit de la nouvelle Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps par la volonté de l’État contre l’avis unanime de la quasi totalité des élus locaux, accrochés comme des arapèdes à leurs compétences, dont celle liée à l’aménagement du territoire et à l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, qui leur donne tout pouvoir et permet un clientélisme débridé.

Mais pas question pour autant de laisser disparaître MPM. Après bien des tractations et de guerre lasse, l’État a dû se résoudre, comme à Paris et pour les mêmes raisons, de laisser perdurer les anciennes intercommunalités sous forme de « conseils de territoires ». Un non sens total qui rend la métropole partiellement impuissante mais permet aux élus locaux de garder un fort pouvoir de nuisance en continuant à pomper, pour le bénéfice de leurs petits projets locaux, les financements publics destinés à construire, aménager et équiper une aire métropolitaine cohérente et durable.

Les six conseils de territoire de la Métropole Aix-Marseille-Provence (source © AMP métropole)

La Communauté urbaine MPM s’est donc muée, sur le même périmètre et avec les mêmes élus, en Conseil de territoire Marseille-Provence, destiné officiellement à « animer », « coordonner » et « établir des diagnostics » en lien avec les compétences de la métropole telles que le développement économique, l’habitat, l’urbanisme, la propreté, l’eau, l’assainissement, les transports publics, etc. Les conseils de territoires se réunissent en principe avant chaque conseil métropolitain, continuent à gérer en direct certains équipements intercommunaux qui n’ont pas été transférés à la métropole (c’est le cas notamment de la piscine de Cassis) et ont même conservé un pouvoir d’attribution de marchés publics jusqu’à un certain seuil.

Logiquement, ces structures d’un autre âge, conservées uniquement pour faire accepter par les maires périphériques, la création de la métropole, auraient dû disparaître en 2020, lors du renouvellement des exécutifs municipaux, afin de permettre de passer à une véritable intercommunalité comme dans la plupart des autres grandes villes française, le modèle le plus accompli étant celui du Grand Lyon, érigé en collectivité territoriale à part entière et qui vient d’élire ses propres représentants au suffrage universel.

Certes, le nombre d’élus a été légèrement réduit en 2020, passant de 176 à 126. Pour autant, non seulement MPM n’a pas disparu, comme d’ailleurs les 5 autres conseils de territoires toujours en place, mais il est même question d’en renforcer les compétences en transférant celles de la métropole à ses structures croupions, histoire de bloquer de nouveau toute velléité de gérer les dossiers à l’échelle de l’aire métropolitaine. Un retour en arrière qui s’explique non seulement par l’égoïsme viscéral des communes périphériques à l’encontre de la ville centre, mais aussi par la nouvelle situation politique issue des dernières élections municipales.

La ville de Marseille ayant désormais une majorité de gauche et la métropole étant restée aux mains de la droite, la cohabitation en vue de préserver l’intérêt général du territoire aurait demandé de la part des élus locaux un minimum de bonne volonté et d’esprit de conciliation. Mais c’est manifestement trop leur demander. Après la Métropole AMP qui a reconduit à sa tête Martine Vassal pourtant sévèrement battue dans son fief marseillais, chacun des 6 conseils de territoire s’est choisi de nouveaux élus. Celui du Pays d’Aix a bien évidemment reconduit l’inamovible Maryse Joissains, pourtant condamnée à une peine d’inéligibilité mais toujours en attente du jugement en appel. Le pays salonais a reconduit le sortant LR Nicolas Isnard et celui de Martigues son ancien président communiste Gaby Charroux. François Bernardini est toujours à la tête d’Istres-Ouest Provence tandis que le pays d’Aubagne et de l’Étoile a (un peu) innové en confiant la tête de son conseil de territoire au maire de Cadolive, Serge Perrotino.

Roland Giberti élu à la tête du Conseil de territoire MPM le 15 juillet 2020 avec Jean-Pierre Giorgi masqué en arrière-plan, à gauche, pour une fois… (photo © J. J. / La Provence)

Ne restait plus qu’à choisir l’exécutif de Marseille-Provence, ce qui a été fait ce mercredi 15 juillet 2020. Bien entendu, pour le citoyen lambda, la logique aurait voulu que les représentants de la ville de Marseille qui regroupe à elle seule plus de 82 % des habitants du territoire, disposent d’une large majorité au sein de cette instance. Mais pas du tout…Sur les 126 représentants désignés par les communes pour siéger au Conseil de territoires Marseille-Provence, 102 sont pourtant issus de la ville centre. Mais la gauche marseillaise, bien que majoritaire dans son fief, se retrouve minoritaire au sein de Marseille-Provence.

De fait, c’est Roland Giberti, maire de Gémenos, une petite commune de 6 500 habitants, qui se retrouve à la tête de cette structure de plus d’un million d’habitants et c’est le maire de Carnoux (6 600 habitants), Jean-Pierre Giorgi qui en est désormais le premier vice-président !

Les 15 nouveaux vice-présidents du Conseil de territoire Marseille-Provence élus le 15 juillet 2020 autour de Martine Vassal (source © Made in Marseille)

Une situation assez inédite, sans aucun rapport, bien évidemment, avec ce qu’aurait donné une élection au suffrage direct. Les représentants de la nouvelle majorité marseillaise, dont le candidat écologiste Pierre Huguet a pourtant recueilli 50 voix lors du premier tour de scrutin, n’a pu ainsi obtenir aucun élu au sein de cette assemblée qui est pourtant supposée représenter un territoire où elle est numériquement majoritaire. Dépités, les élus de gauche ont fini par quitter la salle, incapables de peser, dans un mode électif aussi inique, sur un suffrage qui a donc conduit à élire 15 vice-présidents de droite et pas un seul de gauche. Le Conseil de territoire Marseille-Provence est donc désormais aux mains exclusives d’une poignée de maires de droite des petites communes périphériques et de quelques élus, de droite également, pourtant battus dans leur fief marseillais.

Roland Giberti aux côtés de Martine Vassal, candidat à la présidence de MPM le 15 juillet 2020 (photo © Georges Robert / La Provence)

Un signal très clair envoyé par la nouvelle président de la Métropole, Martine Vassal, qui était à la manœuvre, pour montrer que désormais l’intercommunalité servira d’abord et avant tout à renforcer les communes périphériques et à contrer la nouvelle majorité marseillaise issue des urnes. Les citoyens qui espéraient un sursaut démocratique et le développement d’une aire métropolitaine plus vivable attendront encore un peu…

L. V.

René Dumont, un précurseur de l’écologie politique

13 juillet 2020

Les dernières élections municipales ont montré un réel succès de l’écologie politique puisque sur les 10 plus grandes villes françaises, 4 ont désormais un maire qui se revendique écologiste, à Marseille, Lyon, Bordeaux et Strasbourg. Les écologistes sont aussi partie intégrante des majorités qui gèrent la ville de Paris (où ils sont désormais à la tête d’une mairie de secteur) mais aussi Nantes, Montpellier, Lille et Rennes notamment tandis que des villes majeures comme Grenoble, Poitiers, Tours, Besançon ou Annecy se sont également choisi un maire écologiste.

Michel Rubirola, nouvelle maire écologiste de Marseille (photo © France Keyser / Le Monde / The World news)

Une situation qui était totalement inimaginable en 1974, à une période où l’économie française tournait à plein régime et que les Français étaient, dans leur immense majorité, complètement fascinés par la société de consommation, chacun s’équipant à tour de bras en voiture individuelle, électro-ménager ou téléviseur.

C’est l’époque de l’opulence en Europe et de l’explosion des loisirs alors que les voyages en avion à l’autre bout de la planète se démocratisent à grande vitesse, même si le premier choc pétrolier, qui voit le prix du pétrole multiplier par quatre en quelques mois à partir d’octobre 1973, constituait déjà un sujet d’inquiétude. Les remises en cause de mai 1968 et les réflexions du Club de Rome qui commençait à s’interroger sur les limites d’une telle croissance économiques dans une planète aux ressources limitées, n’émouvaient pas grand monde à cette époque…

Et c’est pourtant précisément en 1974, à l’occasion des élections présidentielles qui succèdent à la mort de Georges Pompidou, qu’émerge sur la scène politique française un acteur qui se revendique ouvertement de l’écologie. Les partis écologistes d’alors ont une audience totalement marginale et le candidat qu’ils se choisissent pour essayer de porter leurs idées à l’occasion de cette échéance nationale est un inconnu du grand public. Il ne fera d’ailleurs qu’un score symbolique de 1,32 % lors du premier tour de ces élections : pas de quoi inquiéter Valéry Giscard d’Estaing qui sera élu chef de l’État à l’issue du suffrage !

Et pourtant, ce candidat voué à l’échec a fortement marqué les esprits grâce à son talent inné de la communication, et a réussi à imposer de manière durable l’écologie dans le paysage politique français, non seulement comme un enjeu sectoriel à prendre en compte, mais d’abord comme une vision globale et cohérente de la société, selon des valeurs très différentes de celles en vigueur dans les partis traditionnels.

René Dumont lors de la campagne présidentielle de 1974 (source © Médias citoyens)

René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en France, ne passait pas inaperçu avec ses yeux bleus, sa longue crinière blanche et son éternel pull over rouge… Né en 1904, il intègre en 1922 l’institut national agronomique de Paris-Grignon où il deviendra enseignant à partir de 1933 et y dirigera dès 1953 la chaire d’agronomie comparée et de développement agricole qu’il occupera jusqu’à sa retraite, précisément en 1974, mais dont il restera professeur honoraire jusqu’à sa mort, en 2001.

René Dumont à Paris en 1993 (photo © Ulf Andersen / SIPA / Nouvel Obs)

Pacifiste convaincu, le service militaire est pour lui une véritable épreuve. Au lieutenant qui l’interroge sur son premier réflexe s’il se trouve face à une mitrailleuse ennemie, il répond du tac au tac : « je cours mettre les chevaux à l’abri » : pas vraiment la bonne réponse… Il vivra très mal cette épreuve au contact des militaires et ce sentiment pacifiste guidera toute sa vie, lui qui a signé la Déclaration sur le droit à l’insoumission lors de la guerre d’Algérie et qui anima plus tard le Mouvement pour le désarmement, la paix et la liberté. Fortement opposé, comme Théodore Monod, à l’utilisation de la force de frappe nucléaire, il réclamera, durant la campagne présidentielle de 1974, la fin des essais nucléaires et la démilitarisation du plateau du Larzac. Lors de son enterrement en 2001, conformément à l’une de ses dernières volontés, l’on entendit ainsi Boris Vian chanter Le Déserteur

C’est en 1929 que le jeune agronome René Dumont s’embarque pour le Tonkin où il découvre les techniques paysannes locales de culture du riz et se heurte de plein fouet aux autorités coloniales persuadées que ces techniques ancestrales ne valent pas un clou et qu’il faut imposer des approches plus rationnelles pour augmenter la production et alimenter la métropole. Démissionnaire dès 1932, il en tire un ouvrage intitulé La culture du riz dans le delta du Mékong. Le premier d’une très longue série puisque cet auteur prolifique publiera jusqu’à sa mort une quarantaine d’ouvrages et en cosignera de nombreux autres ainsi que d’innombrables notes, rapports et compte-rendus de voyages.

Certains de ses écrits sont devenus des grands classiques comme l’Afrique noire est mal partie, publiée en 1962, Paysans écrasés, terres massacrées (en 1978) ou encore Pour l’Afrique, j’accuse ! (en 1986). Trois de ses ouvrages, dont Terres vivantes. Voyage d’un agronome autour du monde, en 1961, sont publiées dans la collection Terre Humaine, dirigée par l’explorateur polaire Jean Malaurie, ce qui assure une grande audience de ses idées auprès d’un large public.

Agronome mondialement reconnu, René Dumont s’est passionné pour les techniques de cultures adaptées aux différents contextes sociaux, culturels, climatiques, pédologiques, observant sans relâche comment les paysans du monde entier avaient pu adapter leurs pratiques culturales au contexte local afin d’en tirer leur subsistance. Membre éphémère du cabinet de Georges Monet en 1937, alors ministre de l’agriculture du Front populaire, René Dumont réalisera, sa vie durant, d’innombrables missions officielles pour le gouvernement français mais aussi pour plusieurs institutions internationales dont la FAO où il fut expert. Alors qu’il est membre du Comité de direction du Fonds d’aide et de coopération, entre 1959 et 1961, sa liberté de pensée lui vaut une demande de sanction de la part du Premier ministre d’alors, Michel Debré, sanction que son ministre de tutelle, Edgar Pisani, refusera d’ailleurs d’appliquer…

C’est son observation des techniques culturales dans le monde et surtout dans les pays en voie de développement, qui a conduit René Dumont à remettre en cause ce qui ne s’appelait pas encore la mondialisation mais dont les conséquences étaient déjà visibles : productivisme à outrance avec ses effets dévastateurs sur la dégradation des sols, la pollution des eaux, les inégalités de revenus, l’explosion démographique, la désertification des campagnes et le développement des bidonvilles dans les mégapoles.

René Dumont à la télévision en 1974 avec son verre d’eau (source © archives INA / ARTE TV / Agter)

En 1974, alors que les écologistes cherchaient vainement un porte parole pour défendre leurs idées devant l’opinion publique à l’occasion de l’élection présidentielle, Théodore Monod et Jacques-Yves Cousteau ayant décliné, ainsi que le syndicaliste de LIP Charles Piaget, c’est donc cet agronome qui est allé au charbon et qui a su trouver les mots simples pour expliquer aux Français, avec une pomme et un verre d’eau, à quel point nous courrions à notre perte en cherchant toujours plus de croissance économique dans un monde où les ressources naturelles sont par nature limitées. Appuyé par son directeur de campagne, Brice Lalonde, qui reprendra le flambeau plus tard, René Dumont a su alors semé une graine dont on commence seulement à voir les fruits, plus de 45 ans après, à l’occasion de ces récentes élections municipales : le cheminement des idées, même dans une démocratie éclairée, prend assurément du temps…

L. V.

Métropole : les élus locaux à la manœuvre…

11 juillet 2020

En démocratie comme dans le secteur ferroviaire, la prudence est de mise : comme pour les trains, une élection peut en cacher une autre… L’année 2020 n’aura pas fait exception à la règle avec cette série d’élections à la tête des intercommunalités qui vient de se dérouler en toute discrétion, quelques jours après le deuxième tour des municipales. Déjà que ces dernières n’avaient pas rencontré un grand succès en termes de participation citoyenne avec un taux d’abstention jamais rencontré, au premier comme au deuxième tour… Et pourtant, l’élection du maire et de son conseil municipal constituent l’un des moments forts de la démocratie à la française, les citoyens restant très attachés à la figure tutélaire du Maire comme à celle du Président de la République.

Mais on ne peut guère en dire autant de l’intercommunalité qui, bien que trustant désormais la quasi totalité des compétences liées à la démocratie de proximité, reste le parent pauvre de la démocratie locale. Le fait est que, malgré le système de fléchage mis en place pour la désignation des élus communautaires, l’élection ne se fait pas au scrutin direct. Le citoyen est donc largement tenu à l’écart des tractations qui aboutissent à l’élection du Président et des Vice-Présidents des quelques 1258 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre qui se partagent désormais entre métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes. De quoi laisser la voie libre à bien des arrangements entre élus locaux qui ne vont pas toujours dans le sens de l’intérêt public du territoire…

Martine Vassal réélue à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Trois exemples pour l’illustrer…

Dans la métropole Aix-Marseille-Provence tout d’abord où Martine Vassal vient d’être réélue Présidente dès le premier tour de scrutin le jeudi 9 juillet 2020, alors même qu’elle avait perdu son pari de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille et qu’elle avait été très sévèrement battue par une quasi inconnue dans son fief pourtant acquis de longue date à la droite. Certes la droite était largement majoritaire dans ce nouveau conseil métropolitain issu des élections municipales du 15 mars et du 28 juin 2020, avec, selon les analystes, 109 élus classés à droite et seulement 90 se revendiquant de gauche, les autres étant considérés comme sans étiquette, centriste ou En Marche, sans compter les 8 élus du Rassemblement national marseillais.

Mais la surprise a été néanmoins de constater que Martine Vassal a été réélue avec pas moins de 145 voix tandis que le candidat de la gauche, le maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, qui présentait un véritable projet métropolitain, ne recueillait que 61 voix sur son nom. Le maire LREM de la Roque d’Anthéron, Jean-Pierre Serrus, fortement impliqué jusque là dans le schéma de développement des mobilité sur l’espace métropolitain, était lui aussi balayé avec seulement 22 suffrages en sa faveur. Le RN Stéphane Ravier pouvait quant à lui se consoler de recueillir deux voix de plus que ce que lui promettait son propre camp…

Répartition des élus communautaires à la métropole Aix-Marseille-Provence (source © France 3)

Cette élection n’a guère été relayée par les médias malgré l’enjeu colossal que représente le fonctionnement de la Métropole avec son budget annuel de 4,8 milliards d’euros, ses 7 500 agents territoriaux et surtout l’étendue des compétences qu’elle détient. En toute discrétion, puisque le vote s’est fait à bulletin secret, la plupart des représentants, dont près de la moitié sont les maires des 92 communes du territoire métropolitain (78 d’entre eux étant l’unique représentant de leur commune, comme c’est le cas à Carnoux par exemple) ont donc choisi de reconduire Martine Vassal qui présente l’immense avantage à leurs yeux de détenir à la fois le carnet de chèque du Département et de la Métropole…

Les maires du groupe EPIC au conseil métropolitain, dont Jean-Pierre Giorgi, soutiens inconditionnels de Martine Vassal (photo © EPIC Métropole Facebook / GoMet)

En d’autres termes, pour l’ensemble des élus locaux du territoire, la Métropole n’est donc pas un outil d’intégration et de mise en cohérence des politiques publiques à l’échelle du territoire métropolitain mais simplement un guichet unique technique et financier qui leur permet d’assouvir leurs propres ambitions locales. Comme le regrette Jacques Boulesteix, ancien Président du Conseil de Développement de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et désormais élus d’opposition à Carnoux, dans une tribune publiée notamment sur GoMet et sur le site Carnoux Citoyenne, « la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général »…

L’opinion publique, à l’occasion de ces élections municipale a montré qu’elle était fortement réceptive aux enjeux environnementaux et aux questions de mobilité urbaine, de l’aménagement du territoire, du maillage des services publics ou encore de la gestion durable des ressources en eau, qui tous figurent au cœur des compétences métropolitaines. A Marseille, qui regroupe à elle-seule près de la moitié des habitants du territoire métropolitain, ces récentes élections municipales ont été marquées par une très nette volonté de changement avec l’émergence d’un mouvement écologiste et citoyen désormais aux commandes de l’exécutif communal. Mais les élus métropolitains ont fait la sourde oreille à cette volonté d’inflexion des politiques publiques et ont préféré reconduire Martine Vassal massivement soutenue par les maires des communes périphériques qui se partagent donc les vice-présidences en attendant de se partager les subventions…La rénovation des écoles et du centre-ville dégradé de Marseille ainsi que le développement des transports publics métropolitaines attendront encore un peu !

Patrick Ollier, réélu président de la métropole du Grand Paris le 9 juillet 2020. (photo ©Twitter / GrandParisMGP / Actu.fr)

A Paris, le paysage n’est finalement pas si différent avec, là aussi des arrangements entre élus qui ne se préoccupent guère ni du résultat des élections municipales ni forcément du développement du territoire métropolitain. Comme à Marseille, la part des investissements véritablement communautaires reste marginale dans le fonctionnement de la Métropole qui reste d’abord et avant tout un outil de redistribution de l’argent public en direction des communes. A Paris comme à Marseille, la droite est largement majoritaire au sein du conseil communautaire bien que la ville centre soit également aux mains d’une coalition de gauche dirigée par Anne Hidalgo.

Assurée de sa victoire, la droite s’était payée le luxe de procéder à une primaire pour se choisir son champion, en la personne de Vincent Jeanbrun, un maire du Val-de-Marne très proche de Valérie Pécresse dont l’objectif avoué est de faire disparaître la Métropole qui fait de l’ombre à la région Ile-de-France. Sévèrement battu à la primaire, Patrick Ollier a néanmoins été reconduit à la présidence de la Métropole du Grand Paris alors qu’il ne s’était même pas présenté au premier tour de scrutin. Une élection surprise qui n’aurait bien évidemment pas été imaginable si le scrutin avait eu lieu dans le cadre d’un suffrage direct…

Cécile Helle, maire d’Avignon mais pas du Grand Avignon… (source © Ville d’Avignon)

Et on pourrait multiplier ainsi les exemples de ces exécutifs communautaires issus de tractations entre élus locaux au mépris total de la volonté initiale des électeurs et dans lesquels jouent surtout des règlements de comptes entre barons locaux et des rivalités entre communes voisines pour la répartition des subventions publiques.

Citons ainsi le cas de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon. Bien que largement réélue à la tête d’Avignon, la socialiste Cécile Helle a échoué pour la deuxième fois à prendre la tête de l’intercommunalité qui échoit au maire de Vedène, élu avec l’appui des voix du Rassemblement national. Un schéma que l’on retrouve dans bien d’autres intercommunalités où les maires des communes périphériques ont tendance à s’allier contre la candidature du représentant de la ville centre, histoire de se partager le fromage des subventions communautaires. La défense de l’intérêt général ne peut pas tout régir…

L. V.

Une écologiste à Marseille, un sarkozyste à Matignon…

4 juillet 2020

A Marseille, il aura donc fallu attendre la troisième tour pour connaître enfin le nom du nouveau maire issu de ces élections municipales à suspens dont le scénario a tenu toute la France en haleine. Pourtant, tout ceci ne devait être qu’une formalité, une simple passation de témoin entre un Jean-Claude Gaudin vieillissant et à bout de souffle, et sa dauphine Martine Vassal à qui il avait déjà cédé les clés de la Métropole, après qu’elle eut pris la tête du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône.

Bruno Gilles (au centre), candidat dissident LR malgré l’investiture confiée à Martine Vassal avec la bénédiction de Jean-Claude Gaudin (photo © Les Républicains / France Bleu Provence)

Certes, son collègue LR Bruno Gilles, qui lui aussi avait été adoubé en son temps (comme tant d’autres) pour briguer la succession, ne voyait pas d’un très bon œil cette volonté de cumul poussée à l’extrême alors que les deux collectivités que Martine Vassal dirigeait représentaient déjà à elles deux 7 milliards de budget annuel et des dizaines de milliers de fonctionnaires territoriaux. Il avait donc décidé de présenter ses propres listes, mais cela n’empêchait pas Martine Vassal de caracoler en tête des sondages à la veille du premier tour, le 15 mars dernier.

La surprise a donc été grande de voir le Printemps marseillais virer en tête de ce premier tour, bâclé juste avant le confinement généralisé, et marqué par une abstention record. Les équipes de Martine Vassal avaient pourtant mis le paquet, ne lésinant pas sur le collage des affiches qui recouvraient les murs de toute la ville, ni même sur le recueil des procurations, allant jusqu’à innover dans les procédures de simplification administrative pour faire signer ces procurations sans passer par le commissariat ni même en avertir certains des bénéficiaires…

Bureau de vote rue Felix Pyat, attaqué par trois hommes armés lors du 1er tour des municipales 2020 (photo © Gilles Bader / La Provence)

Prises la main dans le sac, les équipes de Martine Vassal ont sans doute pâti de ces procédés d’un autre âge, d’autant que les élections elles-même ont été émaillées de nombreux incidents. Au point d’ailleurs que plusieurs recours ont été déposés à l’issue du deuxième tour, dans les 11e et 12e arrondissement où le maire LR sortant Julien Ravier est arrivé péniblement en tête après avoir été l’un des acteurs de cette opération de procurations extorquées en EHPAD, sans même en informer ceux dont l’identité avait été ainsi empruntée. Un recours a aussi été déposé par le Rassemblement national dans les 13e et 14e arrondissement où le général David Galtier a été élu d’extrême justesse alors que le second tour a été le théâtre de multiples incidents et provocations en tout genre, avec même un mystérieux minibus multipliant les allers-retours pour faire voter.

L’avenir dire si ces recours judiciaires viendront ou non modifier le résultat définitif de ces élections. Toujours est-il qu’à l’issue de ce deuxième tour, dimanche 28 juin, Marseille était la seule ville de France pour laquelle on était bien incapable d’identifier le nom du futur maire. Arrivée pourtant largement en tête avec près de 40 % des suffrages exprimées, la liste du Printemps marseillais conduite par l’écologiste Michèle Rubirola ne disposait que de 42 sièges sur 101, du fait d’un mode de scrutin par secteur particulièrement inique. Avec seulement 2,7 % des voix, Samia Ghali remportait quant à elle 8 sièges, presque autant que les 9 du Rassemblement national qui avait réussi à se maintenir dans tous les secteurs et frôlait la barre des 20 %.

Martine Vassal aux côtés de Guy Tessier annonçant qu’elle lui laisse la place pour briguer le fauteuil de maire de Marseille, le 2 juillet 2020 (photo © France télévision)

Quant à la droite des Républicains, elle disposait sur le papier de 39 sièges, plus les 3 remportés par les listes de Bruno Giilles. Les tractations ont donc été intenses toute cette semaine pour préparer ce premier conseil municipal qui s’est tenu ce matin, samedi 4 juillet en vue d’élire le maire. Pour mettre toutes ses chances de son côté, la droite avait fini par se résoudre à écarter Martine Vassal puisque Bruno Gilles a toujours affirmé qu’il ne soutiendrait pas sa candidature. Pour être sûre de l’emporter au bénéfice de l’âge en cas d’égalité des voix, elle avait choisi le doyen de l’assemblée, Guy Tessier, 75 ans, lequel était d’ailleurs prêt à accepter les voix du Rassemblement national dont il a toujours été assez proche, au point même que son colistier, Lionel Royer-Perreaut s’en était ému et avait menacé de présenter sa propre candidature avant de se rétracter le matin même…

Mais à gauche, les discussions entre le Printemps marseillais et Samia Ghali n’avaient pas réussi à aboutir, cette dernière réclamant ni plus ni moins que le poste de 1er adjoint pour se rallier. Elle a donc présenté sa candidature au premier tour de scrutin, tandis que, coup de théâtre, les 9 élus du Rassemblement national, refusaient de prendre part au vote et quittaient ostensiblement l’hémicycle. De quoi donner des sueurs froides aux organisateurs qui devaient du coup se prononcer sur le nombre de voix nécessaire pour obtenir la majorité absolue. Après discussion, il a été admis que la majorité était du coup réduite à 46 voix.

Michèle Rubirola (à droite) remercie Samia Ghali pour son soutien à son élection (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Le Parisien)

Le premier tour n’a pas permis de trancher, Michèle Rubirola remportant ses 42 voix attendues, Samia Ghali les 8 de son camp et Guy Tessier 41. Car bien entendu, une des élues s’est distinguée en s’abstenant : il s’agit de Lisette Narducci, pourtant élue sur la liste LR de Bruno Gilles. Mais elle fait partie de ces responsables politiques aux idées larges : ancienne socialiste, proche de Jean-Noël Guérini, elle avait retourné sa veste entre les deux tours des municipales de 2014 pour se rallier à Jean-Claude Gaudin et sauver ainsi sa mairie de secteur au prix d’un léger revirement idéologique…

Après plus de deux heures d’interruption de séance et d’intenses tractations en coulisse, Samia Ghali a finalement décidé de retirer sa candidature au profit de Michèle Rubirola qui a donc été élue maire de Marseille au second tour avec une majorité absolue de 51 voix, grâce à l’apport des colistiers de Samia Ghali et de Lisette Narducci qui a donc suivi le vent comme il se doit.

Le vieil homme et la maire… Jean-Claude Gaudin félicitant la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Pour la première fois de son histoire, Marseille se retrouve donc avec une femme à la tête de la municipalité, écologiste qui plus est, ce qui est un véritable séisme politique pour cette ville, depuis 25 ans aux mains de la droite. L’accouchement a été difficile et le suspens maintenu jusqu’au bout, mais la cité phocéenne s’inscrit pour une fois dans un mouvement de fond qui a touché plusieurs grandes villes française et montre un véritable intérêt des urbains pour ces questions de transition écologique et de participation citoyenne.

Jean Castex, nouveau premier ministre sarkozyste nommé par Emmanuel Macron (photo © Ludovic Marin / AFP / RTL)

Une évolution que ne semble pourtant pas avoir perçu le chef de l’État puisque Emmanuel Macron a choisi précisément ce moment pour annoncer la nomination d’un nouveau premier ministre en la personne de Jean Castex, un énarque marqué très à droite, membre de l’UMP puis de LR, ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand puis secrétaire général adjoint de l’Élysée auprès de Nicolas Sarkozy. Un tel choix à l’heure où la Convention citoyenne pour le climat vient de remettre ses conclusions et alors qu’une partie significative des Français vient de se choisir un maire écologiste ou proche de cette sensibilité laisse pantois et montre qu’il reste du chemin à parcourir pour que nos élites politiques prennent conscience des enjeux de société auxquels une part croissante des citoyens commencent à s’intéresser…

L. V.

Municipales : l’écologie citoyenne gagne du terrain

2 juillet 2020

Un bureau de vote à Marseille pour le deuxième tour des municipales, le 28 juin 2020 (photo © Christophe Simon / AFP / France TV info)

Décidément, ces élections municipales 2020 resteront dans les annales. Le premier tour réalisé en pleine pandémie mondiale de covid-19 avait été marqué par une abstention record. L’entre-deux-tours interminable en période de confinement généralisé a duré 15 semaines là où, en temps ordinaire les candidats n’ont qu’une petite semaine pour déposer leur liste et préparer le second tour.

Et forcément, le second tour en question, qui s’est finalement déroulé le 28 juin, à une période où chacun se croit déjà en vacances, n’a guère mobilisé les foules…Le taux de participation qui n’était déjà que de 44,7 % au premier tour a encore baissé pour finir à 41,6 % lors du deuxième tour : un chiffre jamais atteint pour des élections municipales qui d’habitude sont celles qui mobilisent le plus. En comparaison, le taux de participation atteignait 62,1 % en 2014 !

Au Havre, Edouard Philippe réélu maire bien que Premier ministre, un dessin signé Placide (source : Chalon TV Info)

Avec une aussi faible participation, les résultats sont forcément peu représentatifs mais ils n’en montrent pas moins des tendances tout à fait significatives. Le parti présidentiel de La République en Marche aimerait bien oublier rapidement ce scrutin, lui qui n’y a guère obtenu que des défaites humiliantes en dehors de la réélection triomphale du Premier Ministre, Édouard Philippe au Havre. Le Rassemblement National n’a guère connu de succès non plus à l’occasion de cette échéance électorale, en dehors de l’élection de Louis Alliot à Perpignan. Même la France Insoumise qui ne s’était pas trop investie lors de ce scrutin en dehors des coalitions de gauche préférera sans doute passer rapidement à autre chose, tandis que le PC a connu de nouvelles défaites avec la perte de villes où elle était ancrée de longue date comme Arles ou Gardanne.

Des élections municipales qui n’auront guère réussi au parti présidentiel face aux vieux chevaux de retour LR et PS, un dessin signé Kak (source : L’opinion)

Globalement, les grands partis de gouvernement que sont le Parti socialiste et Les Républicains, laminés lors des dernières élections présidentielles et législatives par la vague macroniste ont bien relevé la tête lors de ces municipales. Le PS se maintient sans difficulté à Paris, Nantes, Dijon, Rennes ou encore Avignon, et de justesse à Lille, mais s’impose brillamment à Nancy, Montpellier, Bourges ou Périgueux par exemple. Quant aux Républicains, ils gagnent des villes depuis longtemps à gauche comme Lorient ou Arles, mais aussi Metz ou Auxerre, tout en conservant sans difficultés leurs bastions de Nice, Cannes ou Aix-en-Provence et ceux plus récemment conquis comme Toulouse, Limoges, Saint-Étienne, Belfort, Reims, mais aussi, plus près de chez nous La Ciotat ou Aubagne.

Grégory Doucet, nouveau maire écologiste de Lyon, avec Bruno Bernard, futur président de la métropole du Grand Lyon (photo © Maxime Jegat / Le Progrès / Lyon Plus)

Mais l’étiquette qui a le plus brillé lors de ces élections municipales si atypiques est celle de l’écologie citoyenne, portée par le parti des Verts ou brandie par des coalitions se revendiquant de la gauche écologique, citoyenne et solidaire. En 2014, c’est une coalition de ce type qui avait emporté la mairie de Grenoble, conduite par Eric Piolle, lequel a reconduit l’exploit six ans plus tard et a conservé sans difficulté son siège. Mais en 2020, les succès des écologistes se sont multipliés avec en particulier cette victoire remarquable de l’écologiste Grégory Doucet qui arrache le fauteuil de maire de Lyon et renvoie Gérard Collomb dans les oubliettes de l’Histoire malgré ses contorsions pathétiques, tandis que l’autre écologiste, Bruno Bernard conquiert la tête de la métropole du Grand Lyon.

Léonore Moncond’huy, la nouvelle maire écologiste de Poitiers (source Info-Eco)

L’exploit est au moins aussi remarquable pour l’écologiste Pierre Hurmic qui a ravi le fauteuil de maire de Bordeaux, une ville pourtant traditionnellement à droite depuis plusieurs générations. Et le cas n’est pas isolé puisque la ville de Strasbourg s’est aussi choisi un maire écologiste en la personne de Jeanne Barseghian. A Poitiers, c’est une toute jeune écologiste à peine trentenaire qui a remporté les élections devant le socialiste à l’ancienne, Alain Clays, pourtant maire depuis 2008. Les Verts ont échoué d’un cheveu à Toulouse ou Lille, mais ils ont remporté de beaux succès dans des villes où on ne les attendait pas forcément comme à Tours, Annecy ou Besançon.

C’est donc un véritable virage politique qu’a connu la France à l’occasion de ce second tour inédit et au sortir d’une pandémie mondiale qui a frappé les esprits. L’écologie politique connaît enfin un succès incontestable dans les urnes à l’échelle locale, ce qui confirme qu’une part croissante de l’opinion publique est réceptive à ces questions liées à la perte de biodiversité, à l’impact du réchauffement climatique global, à la pollution de l’air, de l’eau et des sols, ou encore à la durabilité de nos modèles économiques dominants.

Même à Marseille, le Printemps marseillais qui s’inscrit totalement dans cette dynamique de l’écologie citoyenne et solidaire marquée à gauche, a connu un succès inespéré en remportant 39,9 % des suffrages contre moins de 30 % pour la liste conduite par Martine Vassal qui était pourtant donnée archi favorite de ce scrutin. Avec plus de 13 000 voix d’avance, et une majorité très confortable dans 4 des 8 secteurs de la ville, le Printemps marseillais a réalisé un score remarquable dans une ville aux mains de la droite et de Jean-Claude Gaudin depuis 25 ans, réussissant même au passage à faire perdre au Rassemblement national son fief des 13e et 14e arrondissements remporté en 2014.

Michèle Rubirola, tête de liste du Printemps marseillais, entourée par Olivia Fortin, Sophie Camard et Benoît Payan, lors de la soirée électorale le 28 juin 2020 (photo © Philippe Magoni / SIPA / 20 minnutes)

Mais c’était sans compter sur les effets pervers d’un scrutin par arrondissement qui brouille totalement ce résultat et fait dire à Martine Vassal : « ce soir, je n’ai pas perdu » alors même qu’elle s’est fait battre dans son propre secteur des 6e et 8e arrondissements par Olivia Fortin, une quasi inconnue, totalement novice en politique. Certes, la présidente du Conseil départemental et toujours présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence, a finalement dû renoncer à se présenter pour briguer le fauteuil de maire lors de l’élection qui aura lieu samedi 4 juillet 2020. Tout laisse penser que c’est probablement Guy Tessier qui briguera la charge au nom des Républicains, comme nous l’avions déjà évoqué ici, lui qui est le doyen du conseil municipal nouvellement élu et qui peut donc espérer l’emporter au bénéfice de l’âge et avec les voix de son ami, le dissident Bruno Gilles. Reste que les Marseillais comprendraient mal que la gauche citoyenne et écologiste qui a si nettement remporté ces élections municipales pourrait ainsi se faire voler la victoire par des manœuvres politiciennes aussi grossières. Mais dans la cité phocéenne tout peut arriver…

L. V.

A Carnoux, le débat impossible, l’opposition muselée…

24 juin 2020

A Carnoux-en-Provence se tenait jeudi 18 juin 2020, le jour du 75ème anniversaire de l’appel à la résistance du Général De Gaulle, le second conseil municipal de la nouvelle mandature. Le premier, qui s’était tenu à huis clos le 28 mai dernier avait simplement permis d’élire le maire au sein du nouveau conseil municipal et de décider du nombre des adjoints. Vu les conditions sanitaires actuelles, cette deuxième réunion aurait pu être ouverte à un plus large public, mais le maire, Jean-Pierre Giorgi, en avait décidé autrement, menaçant même, au cas où des visiteurs s’invitent, de demander de nouveau le huis clos, quitte à ajourner purement et simplement la séance en cas de refus, jugeant le respect des règles de distanciation sanitaire plus important que celui du débat démocratique…

Une attitude très révélatrice de son choix des priorités pour cette séance dont l’ordre du jour prévoyait le fameux « débat des orientations budgétaires », un épisode primordial de la vie publique locale puisque ce débat, prévu par les textes réglementaires, est l’étape indispensable avant le vote du budget, lequel aura lieu le 2 juillet prochain. Lors de ce débat, le maire présente, comme la loi l’y invite, le contexte macroéconomique et l’état des marges de manœuvres financières locales ainsi que les grandes orientations qu’il compte mettre en avant pour établir le budget municipal pour l’année en cours.

Ce moment est l’un des temps forts de la démocratie communale puisque c’est le moment où se construit le futur budget de la commune, sur la base des propositions de la majorité mais sous la forme d’un véritable débat, ouvert et pédagogique, avec l’opposition. Le débat ne donne pas lieu à un vote, mais il doit nourrir la réflexion de l’équipe municipale en vue de procéder aux derniers ajustements du projet de budget, sur lequel en revanche, les élus devront se prononcer par vote.

Sauf que à Carnoux, en ce 18 juin 2020, le débat n’a pas pu avoir lieu ! Le maire a comme à son habitude détaillé très longuement les orientations budgétaires qu’il compte mettre en avant pour l’élaboration du budget communal, ne faisant en réalité que répéter le texte que tous les conseillers municipaux avaient eu le loisir de découvrir plusieurs jours avant la réunion. Il a ensuite passé la parole à la salle pour lancer le débat. Aucun des 24 autres conseillers élus de la majorité n’a souhaité ajouté le moindre mot, pas plus d’ailleurs que les deux représentants de la liste de Di Rosa.

Extrait du site internet http://www.carnoux-citoyenne.fr/

Jacques Boulesteix a donc pris la parole au nom des deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, ainsi qu’il le relate lui-même sur le site créé à l’issue des élections, précisément pour rendre compte de son action et des débats en conseil municipal. Il a notamment rappelé que toutes les hypothèses sur laquelle s’appuyaient ces orientations et le projet de budget en découlant dataient d’avant la crise sanitaire du Covid-19 et a fortiori avant la crise économique et sociale qui se profile. Alors même que toutes les collectivités tentent d’ajuster leur action pour anticiper autant que possible cette crise, rien de tel ne semble avoir été prévu à Carnoux.

Extrait d’un article publié par La Provence le 24 juin 2020

Mais le maire de Carnoux ne supporte pas qu’on puisse remettre en cause son expertise technique en matière de construction budgétaire et n’envisage pas de devoir justifier ses orientations budgétaires face à une opposition qu’il considère par principe comme incompétente.

Après quelques minutes seulement d’intervention, il a donc commencé par interrompre Jacques Boulesteix à chacune de ses phrases avant de lui couper définitivement la parole, sous l’œil narquois des autres élus de la majorité, manifestement tous convaincus qu’un débat n’est qu’une perte de temps parfaitement inutile, du moment qu’ils ont la possibilité d’imposer leur point de vue puisqu’ils disposent d’une écrasante majorité.

A Carnoux, une opposition bâillonnée…

Face à une telle obstruction et n’étant plus en mesure de s’exprimer, Jacques Boulesteix a été contraint de quitter la salle. Le débat des orientations budgétaires pour l’exercice 2020 n’a donc pas eu lieu à Carnoux. C’est d’autant plus regrettable que l’état des finances de la Ville avec ses excédents budgétaires colossaux qui se reportent d’année en année autorisait justement des marges de manœuvres importantes pour aider au mieux vivre des Carnussiens face à une situation économique et sociale qui menace de se dégrader dans les prochains mois.

Mais circulez, il n’y a rien à voir ! Tel est le mot d’ordre de Jean-Pierre Giorgi, tout-puissant en son fief, au point qu’aucun des élus de sa liste n’ose ouvrir la bouche en conseil municipal, et qui ne supporte tout simplement pas qu’un autre élu, d’opposition qui plus est, se permette d’émettre des propositions et de susciter le débat.

Toute similitude avec une situation locale serait purement fortuite….

A la rigueur, il est toléré que l’on pose une question, naïve de préférence, histoire de permettre au maître (pardon, au maire) d’étaler sa bonne connaissance des rouages administratifs et de donner, avec un petit chouïa de condescendance, une leçon au malheureux incompétent qui a osé s’exprimer. Mais aller jusqu’à laisser penser qu’on aurait pu peut-être envisager différemment les orientations budgétaires pour la ville de Carnoux relève d’une outrecuidance inadmissible que M. Giorgi ne saurait tolérer. Qu’on se le dise ! Et tant pis pour le débat démocratique et la participation citoyenne : pas de ça à Carnoux…

L. V.

A Carnoux, un nouveau site pour les citoyens

14 juin 2020

Jean-Pierre Giorgi, réélu maire de Carnoux-en-Provence pour son quatrième mandat successif (source : La Provence du 29 mai 2020)

Le 15 mars 2020, les habitants de Carnoux-en-Provence, comme ceux de plus de 30 000 communes en France, ont donc tranché le débat démocratique dès le premier tour des élections municipales, plaçant très nettement en tête la liste conduite par le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, avec plus de 67 % des suffrages exprimés. Sur les 29 conseillers municipaux que compte la commune, et par la grâce du scrutin majoritaire, 25 sont donc désormais issus de la liste Ensemble pour Carnoux, qui n’en comptait que 24 dans la mandature précédente.

Les deux autres listes se partagent donc les strapontins restant, avec deux conseillers municipaux chacune. Celle menée par Gilles Di Rosa, qui a perdu la moitié de ses élus par rapport à 2014, a vu ses principales têtes de liste jeter l’éponge et est donc désormais représentée au Conseil municipal par Jérôme Raffetto et Corine Mordenti, qui étaient respectivement en troisième et huitième position sur la liste.

Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier, les deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire (source : Carnoux citoyenne)

Quant à la liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, qui présentait, pour la première fois depuis 50 ans que la commune de Carnoux existe, des orientations très nettement en faveur d’une meilleure prise en compte de l’environnement dans notre cadre de vie local, elle est représentée, comme il se doit, par ses deux têtes de liste, Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier.

Après trois mois et demi de mise en sommeil pour cause de pandémie mondiale et de confinement généralisé, le nouveau conseil municipal de Carnoux s’est finalement réuni le 27 mai 2020 pour procéder en son sein et à huis clos à l’élection du maire, reconduisant sans surprise à ce poste et jusqu’en 2026, Jean-Pierre Giorgi qui assume ces fonctions depuis 2001, suivant en cela les pas de son ami Jean-Claude Gaudin qui aura, lui aussi, occupé pendant 25 ans le fauteuil de maire de sa commune.

La première séance du Conseil municipal le 27 mai 2020 (source : Carnoux citoyenne)

Durant la campagne électorale, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire avait constamment mis en avant son souhait d’une plus grande implication des citoyens dans les choix et les orientations de la vie publique locale. Jamais peut-être nous n’avons été confrontés à des défis aussi importants, dont certains d’ampleur planétaire, comme le changement climatique global et l’appauvrissement drastique de la biodiversité, qui menacent l’avenir même de l’humanité.

Pour faire face à de tels enjeux, compter sur le flair de nos seuls responsables politiques élus pour prendre les bonnes décisions est un pari pour le moins risqué. Au contraire, mobiliser l’intelligence collective de citoyens, qui n’ont jamais été aussi bien formés et informés, est sans doute plus efficace pour prendre ensemble les virages qui s’imposent et modeler notre cadre de vie local en s’inscrivant dans cette transition écologique, énergétique mais aussi sociale, économique et démocratique qui s’impose à nous.

C’est dans cette optique que s’est constituée la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire en faisant appel à toutes les bonnes volonté désireuses de s’impliquer dans la gestion responsable et durable de la commune. C’est avec cette même volonté de dialogue et d’échange que s’est construit le programme de la liste. C’est donc logiquement dans ce même esprit constructif et participatif que les deux élus envisagent leur mandat, en associant autant que possible les habitants de Carnoux aux choix qui les engagent.

Extrait du site internet www.carnouxcitoyenne.fr

Un site internet spécifique vient donc d’être créé, dans la continuité de celui qui avait fonctionné durant toute la campagne électorale à l’adresse www.carnouxcitoyenne2020.fr et qui reste consultable, permettant à chacun non seulement de prendre connaissance de la composition de la liste et des propositions des candidats, mais de participer activement aux échanges en vue de la finalisation du programme, de dialoguer et aussi de consulter un ensemble de dossiers et de documents particulièrement riches sur le fonctionnement et les enjeux de la commune et de son aire métropolitaine.

Ce nouveau site est ouvert au public depuis le 9 juin 2020 à l’adresse suivante www.carnouxcitoyenne.fr. Chacun y trouvera des informations sur l’actualité municipale et la vie dans la commune et ses environs ainsi que des dossiers pour favoriser la réflexion de chacun. Des compte-rendus de chacun des conseils municipaux de la mandature seront diffusés, dont celui du premier de la série, qui s’est tenu le 27 mai et auquel seuls les élus ont pu assister, crise sanitaire oblige. L’ordre du jour des séances à venir, dont celle du 18 juin qui verra notamment l’approbation du compte de gestion et le vote du compte administratif pour l’année 2019, ainsi que le débat des orientations budgétaires pour l’exercice 2020.

Les élus du nouveau Conseil municipal de Carnoux le 27 mai 2020 (source : Carnoux citoyenne)

La ville de Carnoux s’est distinguée jusque là par une extrême opacité dans sa gestion des affaires communales et une très grande discrétion dans la diffusion des comptes-rendus de séance de son Conseil municipal, comptes-rendus qui se résument au strict minimum, au point de valoir à la municipalité sortante un rappel à l’ordre de la part de la Chambre régionale des Comptes. Sur le site officiel de la commune, seuls les comptes-rendus des dernières séances restent accessibles. Le nouveau site de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire permet quant à lui d’ores et déjà de consulter les archives de ces documents pour l’ensemble de la mandature écoulée car chacun a le droit de savoir ce qui se décide en son nom dans cette instance par les représentants que nous nous sommes collectivement choisis. La transparence démocratique fait peu à peu son chemin dans Carnoux…

L. V. 

A Marseille, l’incertitude règne

12 juin 2020

Au premier tour, une guerre d’affichage sans pitié… (photo © Gérard Julien / AFP / Le Monde)

Après 25 ans d’un règne sans partage de la droite sur la deuxième ville de France, aux mains d’un Jean-Claude Gaudin désormais largement discrédité et à bout de souffle, on se doutait bien que la succession ne serait pas des plus sereines. Le premier tour des municipales, organisé le 15 mars en pleine crise sanitaire du Covid-19 n’avait pas déçu les amateurs de sensations fortes avec ses bagarres de rues entre colleurs d’affiches et même une tentative de vol de l’urne dans un bureau de vote de la rue Félix Pyat par 5 hommes armés de kalachnikov. A Marseille, on a jamais peur d’en faire trop quand il s’agit de marquer les esprits…

Comme on pouvait s’y attendre au vu du contexte sanitaire dans lequel s’était déroulé ce premier tour en pleine période de pandémie mondiale et de psychose généralisée, le taux d’abstention y a atteint des records, dépassant partout les 60 % et même les 70 % dans les quartiers nord de la ville. Avec un tiers seulement des électeurs qui a jugé bon de se déplacer, les résultats de ce premier tour n’ont bien évidemment guère de valeur et laissent escompter bien des surprises lors du second, prévu dans 15 jours, le dimanche 28 juin 2020, plus de trois mois après, du jamais vu sous la Cinquième République !

Résultats d’un sondage réalisé par Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo, France Bleu et La Provence, en janvier 2020 le score du FN et des écologistes a été quelque peu surestimé, celui du Printemps marseillais manifestement sous-évalué… (source © France TV Info)

Ceci dit, le premier tour avait quand même révélé son lot de surprises inédites. Tous les sondages et surtout les pronostics généreusement publiés par La Provence, donnaient Martine Vassal largement en tête, elle qui disposait du soutien indéfectible de son parrain et mentor en politique, le maire sortant Jean-Claude Gaudin. Déjà Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, elle se voyait bien désormais aussi dans le fauteuil du Maire. Et pourtant, elle n’est arrivée qu’en deuxième position avec seulement 22,3 % des suffrages exprimés et à peine plus de 36 000 voix, là où les listes de Gaudin en avaient recueilli plus de 96 000 en 2014.

Les résultats du premier tour : une vision globale quelque peu trompeuse dans une élection qui se joue par secteur (source © France TV Info)

Mais rien n’est encore joué pour autant, surtout dans une élection qui se déroule sur 8 secteurs, le maire lui-même étant finalement élu ultérieurement parmi les 101 conseillers municipaux, lesquels correspondent au premier tiers des conseillers élus secteur par secteur. Un mode électif indirect donc, qui peut réserver de nombreuses surprises encore, surtout dans un paysage aussi éclaté.

L’affiche de campagne du Printemps marseillais dans les 1er et 7e arrondissements (source © site Sophie Camard)

Chaque secteur est en effet une élection à part entière et rien n’indique que l’on aura la moindre idée, au soir du second tour, de qui finira dans le fauteuil du Maire. Les listes du Printemps marseillais, conduites par Michèle Rubirola, sont certes arrivées en tête du premier tour en nombre de voix global. Dans le premier secteur (1er et 7e arrondissements) et au vu des résultats du premier tour, sa candidate, Sophie Camard, suppléante du député Jean-Luc Mélenchon, semble avoir de bonnes chances de l’emporter face à la maire sortante LR Sabine Bernasconi, dans une triangulaire où le RN ne devrait faire que de la figuration, d’autant que l’écologiste Sébastien Barles s’est désisté en sa faveur.

Benoît Payan, tête de liste du Printemps marseillais dans les 2e et 3e arrondissements (source © Parti socialiste)

Il en sera probablement de même dans le deuxième secteur du centre-ville (2e et 3e arrondissements), où le socialiste Benoît Payan est en bonne posture dans une quadrangulaire avec le RN, la LR Solange Biaggi et la maire sortante Lisette Narducci, ancienne guériniste ralliée à Gaudin puis à Bruno Gilles et qui, jamais avare d’un revirement, vient de créer la surprise en recevant le soutien de LREM.

Bruno Gilles, quelque peu amer après un premier tour qui ne lui a pas permis de percer face aux listes de Martine Vassal (photo © Olivier Monge / Myop / Libération)

La situation est sans conteste plus ouverte dans le troisième secteur, le fief de Bruno Gilles, un ancien soutien de Gaudin, désormais dissident LR et que même son ami Renault Muselier ne peut plus soutenir trop ouvertement par peur de perdre l’investiture LR pour les prochaines Régionales de 2021. Contre toute attente, c’est Michèle Rubirola qui y est arrivée en tête du premier tour. Ils s’affronteront donc le 28 juin, avec un candidat RN en arbitre spectateur. Mais rien n’est joué à ce stade en raison du fort taux d’abstention initial et du jeu des reports de voix, toujours incertain. Certes le Printemps marseillais reçoit le soutien des écologistes, éliminés d’emblée et le candidat LREM, également hors course, a appelé à voter pour cette liste, mais Bruno Gilles a reçu de son côté le soutien officiel de l’ex candidat LR…

Dans le quatrième secteur (6e et 8e arrondissements), l’ex fief LR de Jean-Claude Gaudin, où Martine Vassal en personne est tête de liste, cette dernière est arrivée gagnante au premier tour, mais elle est talonnée par la candidate du Printemps marseillais, Olivia Fortin, laquelle a pu fusionner sa liste avec celle de l’écologiste Christine Juste, tandis que le candidat de Bruno Gilles a retourné sa veste dans l’entre-deux tours pour venir rallier Martine Vassal. Mais leur duel risque d’être entravé par le maintien de deux autres candidats, l’un RN et l’autre LREM puisque Yvon Berland a finalement décidé de maintenir sa liste dans le seul secteur où il avait réussi à dépasser le seuil fatidique des 10 % : de quoi rendre le résultat quelque peu incertain et donner des sueurs froides à la candidate LR…

Lionel Royer-Perreault (à droite) assuré de remporter le 5e secteur avec le député Guy Tessier (à gauche), sur les listes de Martine Vassal (au centre) (source © Made in Marseille)

Dans les cinquième et sixième secteurs, les jeux semblent en revanche déjà faits. Dans les 9e et 10e arrondissements, le maire sortant LR, Lionel Royer-Perrault, un proche de Guy Tessier, fait la course en tête devant son challenger RN et ne devrait donc pas être inquiété par la candidate du Printemps marseillais même confortée par le soutien des écologistes. Quant au maire sortant des 11e et 12e arrondissements, Julien Ravier, LR également, il sera opposé au second tour au RN qui a fait un gros score, mais aussi à la liste du Printemps marseillais, menée par Yannick Ohanessian et à celle de Robert Assante, soutenue par Bruno Gilles, une configuration qui devrait assurer au maire sortant de garder son fauteuil.

Stéphane Ravier, en bonne voie pour conserver la mairie de secteur des 13e et 14e arrondissements (source © Rassemblement National)

Le septième secteur (13 et 14e arrondissements) est depuis 2014 entre les mains du RN Stéphane Ravier et pourrait bien le rester puisque ce dernier était largement en tête du premier tour, devant le général David Galtier, le candidat de Martine Vassal. Le second tour se résumera en effet à un duel entre ces deux candidats, tous les deux classés très à droite. Contre toute attente, le Printemps marseillais a en effet décidé de jeter l’éponge et de ne pas présenter de liste au second tour alors que les voix de gauche étaient majoritaires par rapport à celles recueillies par LR. Un suicide politique dont la gauche marseillaise est coutumière et qui risque d’obérer définitivement ses chances d’accéder à la mairie de Marseille puisque ce secteur est celui qui élit le plus de conseillers municipaux et que la gauche est d’ores et déjà assurée, avant même l’élection, de n’en remporter aucun !

Quant au dernier secteur (15e et 16e arrondissements, dans les quartiers Nord), celui tenu par la dissidente ex-socialiste et surtout clientéliste Samia Ghali, il a lui aussi de bonnes chances de basculer au RN dont la liste est très bien placée en deuxième position. Curieusement, la liste écologiste s’est ralliée non pas à celle du Printemps marseillais, menée par le communiste Jean-Marc Coppola, mais bien à celle de Samia Ghali. Le candidat soutenu par Martine Vassal, quant à lui, ne figurera pas au second tour.

Qui demain à la tête de la Mairie de Marseille ? (photo © Bertrand Langlois / AFP / 20 minutes)

Dans une telle configuration, on voit bien que rien n’est donc encore joué. La seule certitude est que, sauf énorme surprise personne ne devrait disposer, à l’issue du second tour d’une majorité absolue. Cela signifie que le maire sera vraisemblablement élu à la majorité relative, dans le cadre d’un jeu d’alliances et de compromis qui risque fort de le fragiliser pour toutes les décisions importantes qu’il aura à prendre, dont le vote du budget qui devra intervenir avant fin juillet et qui ne sera sans doute pas une partie de plaisir…

Les listes LR seront probablement celles qui auront le plus grand nombre de conseillers élus mais risquent d’avoir bien du mal à trouver un consensus sur le choix d’un candidat du fait des tensions fortes entre Martine Vassal et Bruno Gilles, ce qui pourrait bien favoriser l’émergence d’un troisième homme tel que Guy Tessier. Au vu des scores du premier tour, le RN, qui détenait déjà 20 % des sièges dans le Conseil municipal actuel et qui est le seul à se maintenir dans tous les secteurs, devrait engranger un nombre de sièges très conséquent et jouera probablement un rôle d’arbitre majeur au sein du futur conseil municipal. Quant au Printemps marseillais, dans l’hypothèse où il arriverait à faire élire un maire de son bord, Michèle Rubirola ou Benoît Payan, celui-ci se retrouverait en tout état de cause face à un conseil municipal composé peu ou prou de deux tiers d’élus RN et LR, ce qui ne lui rendra pas la tâche facile. Marseille n’est décidément pas au bout de ses peines…

L .V.

Dette publique française : c’est grave, docteur ?

2 juin 2020

La dette publique de la France correspond en principe à l’ensemble des emprunts que devront rembourser l’État français lui-même mais aussi les collectivités territoriales et tous les organismes publics dont ceux qui gèrent la sécurité sociale. Au troisième trimestre 2019, cette dette s’élevait à la somme astronomique de 2415 milliards d’euros, dépassant pour la première fois le produit intérieur brut annuel du pays, autrement dit l’ensemble des richesses produites au cours de l’année 2019 en France.

Un dessin signé Ixène (source © Pinterest)

Le chiffre n’est pas anodin puisque, rapporté à la population française il représente quand même 36 000 € par an soit 3 000 € par Français et par mois. Une donnée à rapprocher du salaire annuel net moyen en France qui, en 2015 (derniers chiffres publiés à ce jour) s’élevait 26 634 € par an, soit un peu plus de 2 200 € par mois. Un rapprochement qui indique sans la moindre équivoque qu’il reviendra aux générations futures de payer notre train de vie actuel…

Evolution de la dette publique française en milliards d’euros et en pourcentage du PIB (source © Wikipedia)

Et avec la crise économique qui se profile après trois d’inactivité due au Covid-19, tout indique que la richesse nationale va connaître un repli significatif en France au cours de l’année 2020. Le 6 mai dernier, la Commission européenne a rendu publiques ses prévisions pour l’année et annonce un repli moyen du PIB de 7,4 % dans l’Union européenne, mais qui pourrait atteindre 8,2 % pour la France, presque autant que l’Espagne et l’Italie… Un tel recul serait d’ailleurs du jamais vu dans notre pays depuis les années de guerre de 1939-45 !

Prévisions d’évolution du PIB dans les pays européens en 2020 (infographie © Statista / données UE)

Selon une analyse d’Alternatives économiques, les recettes publiques de l’État devraient baisser de 84 milliards d’euros au cours de l’année 2020, du fait principalement de la réduction des rentrées d’impôts sur les revenus et sur les bénéfices des entreprises, conséquence directe de la baisse de l’activité économique. Inversement, tout indique que les dépenses publiques seront en hausse, pour payer les transferts sociaux rendus nécessaires par la crise économique et sociale, une hausse évaluée à 66 milliards sur l’année. Avec de telles prévisions, la part des dépenses publiques dépassera pour la première fois la barre des 60 % du PIB national, un record alors que la France se distingue déjà par rapport à l’ensemble de ses voisins européens par un taux de dépenses publiques particulièrement élevé.

Un dessin signé Kak (source © L’Opinion)

Avec de tels chiffres, le montant du déficit public de la France, qui était déjà de 72 milliards d’euros en 2019, soit grosso modo 3 % de son PIB, devrait passer à 222 milliards, ce qui représente pas loin de 10 % du PIB : on est bien loin des fameux critères de Maastricht !

Mais le plus inquiétant sans doute est que ce déficit exceptionnel, combiné à une forte baisse du PIB, va se traduire mécaniquement par une hausse significative de notre niveau d’endettement qui pourrait ainsi atteindre 117 % du PIB selon les prévisions actuelles. On reste bien loin des valeurs déjà enregistrées au Japon, en Grèce ou même aux États-Unis, mais on atteint quand même un niveau très supérieur à celui de la plupart des pays…

Le commun des mortels est toujours surpris de constater qu’un pays peut s’endetter au-delà du montant des richesses qu’il crée dans le même temps. En réalité, plus que la dette elle-même, c’est l’évolution du patrimoine public qu’il convient de prendre en compte. S’endetter n’est pas un problème en soi et est même considéré par de nombreux économistes comme le signe d’une gestion dynamique : la dette d’aujourd’hui permet d’investir pour créer les richesses de demain.

Le point important à prendre en compte n’est donc pas le niveau de la dette, mais plutôt celui du patrimoine public, autrement dit les bâtiments et les infrastructures, qui en principe tend à s’accroître. Mais force est de constater que depuis 2008, alors que le niveau d’endettement s’accroît d’année en année, la valeur du patrimoine public net (le patrimoine moins la dette) ne cesse de baisser ! Alors qu’il approchait les 60 % du PIB en 2008, il est tombé à 16,8 % en 2014 et tout indique que cette baisse s’est poursuivie depuis.

Un dessin signé Ranson (source © France TV info)

La vulnérabilité de notre pays vient en réalité du fait que cet endettement croissant ne sert guère aux investissements d’avenir. Il y a bien longtemps déjà que ce n’est plus l’État qui investit pour créer les infrastructures qui permettront le développement des prochaines décennies. L’essentiel de l’investissement public se fait désormais via les collectivités territoriales (qui elles ne sont pas autorisées à s’endetter outre mesure puisque, contrairement à l’État, leur budget annuel doit nécessairement être équilibré) et surtout par le privé, au travers notamment des partenariats public-privé.

Du coup, comme on le voit dans les projections pour l’année 2020, si l’État continue à s’endetter, dans des proportions que certains commencent à juger quelque peu alarmantes, ce n’est pas pour assurer les investissements du futur, mais c’est de plus en plus pour payer ses propres coûts de fonctionnement et notamment la hausse inexorable des dépenses sociales.

Un dessin signé Weyant (source © blog P. Dorffer)

En 1980, les dépenses sociales représentaient 20 % du PIB national alors que cette part est montée à 31,2 % en 2018, une des plus élevées du monde. Ces dépenses sont destinées à la fois à la santé publique (avec, comme on l’a vu lors de la crise du Covid-19 des résultats plus que mitigés par comparaison avec d’autres pays), aux prestations sociales (où notre pays se caractérise de fait par un des taux de pauvreté les plus faibles du monde, grâce à l’importance de ces transferts sociaux) mais aussi à la prise en charge des pensions de retraite et de la vieillesse. Un modèle social très protecteur auquel les Français sont particulièrement attachés et qui a fait ses preuves durant les crises récentes, mais dont la pérennité mérite néanmoins une vigilance toute particulière au vu des prévisions actuelles qui ne sont guère rassurantes…

L. V.

Roland Povinelli, un fantôme bien encombrant…

30 mai 2020

La commune d’Allauch, qui regroupe désormais autour de 20 000 habitants, aux portes de Marseille, fait partie de ces villes qui doivent leur notoriété nationale aux frasques de leurs élus. Un peu comme Levallois-Perret dont la renommée actuelle doit beaucoup au couple Balkany, dont la condamnation pour prise illégale d’intérêt et blanchiment de fraude fiscale vient justement d’être encore alourdie, ce mercredi 27 mai 2020.

Allauch, petite cité provençale du Garlaban… (source © commune d’Allauch)

La petite cité d’Allauch, bâtie au cœur du massif du Garlaban s’était déjà fait connaître par les écrits de Marcel Pagnol qui l’évoque largement dans ses souvenirs d’enfance. Mais la commune qui, au XIXe siècle, avait bâti sa prospérité sur la contrebande du tabac, restera certainement davantage pour les frasques de son maire, un personnage truculent, récemment décédé, à 78 ans, d’une crise cardiaque le 11 mai 2020, entre les deux tours des élections municipales, alors qu’il briguait son neuvième mandat d’affilée.

Roland Povinelli lors d’un conseil municipal (photo © Valérie Vrel / La Provence)

Le cas n’est certes pas isolé en raison de la crise sanitaire du Covid-19 qui a occasionné cet interminable entre deux tours de plus de 100 jours au cours duquel on a vu des maires nouvellement élus décéder avant même de pouvoir accéder à leurs fonctions. Mais dans le cas de Roland Povinelli, élu sans discontinuer à Allauch depuis 1972 et maire de la commune depuis 45 ans, cette disparition inopinée a créé un sacré casse-tête juridique dont la presse nationale s’est faite l’écho.

Rappelons en effet que la loi électorale ne permet pas le remplacement d’un candidat, même tête de liste, décédé entre les deux tours d’une élection municipale. Comme l’explique Marsactu, la liste de Roland Povinelli doit donc se maintenir au second tour, sans sa tête de liste ! Sauf que, à Allauch comme dans nombre de communes où le second tour a été reporté au 28 juin prochain, les tractations vont bon train et une fusion de listes est envisagée, fusion qui est normalement de la responsabilité de la tête de liste…

Une opération nécessairement délicate et qui voit donc les colistiers de feu Monsieur le Maire se déchirer, comme l’a rapporté La Provence. Pour décrypter quelque peu ce paysage bien tourmenté, il faut savoir qu’il y avait 6 listes en présence au premier tour. La liste Allauch solidaire, écologique et citoyenne menée par l’ex-syndicaliste de Fralib Gérard Cazorla n’a recueilli que 6,5 % des suffrages et ne peut donc se maintenir. Il en est de même pour la liste EELV conduite par l’opposante de toujours, Lucie Desblanc qui finit à 9,8 %. Selon La Marseillaise, cette dernière avait reçu des menaces de mort lors de la campagne de 2014 et de nouveau en février 2020 (ainsi d’ailleurs que le challenger de droite Lionel De Cala) et subit depuis un véritable harcèlement judiciaire de la part de la mairie qui a été jusqu’à préempter sa villa…

Roland Povinelli et Jean-Noël Guérini fin 2010 (photo © Guillaume Ruoppolo / La Provence)

A l’issue du premier tour, le 15 mars 2020, c’est le candidat LR Lionel De Cala qui était arrivé en tête avec un peu plus de 31 % des voix, devant la liste conduite par Roland Povinelli qui n’avait obtenu que 24 % des suffrages tandis que le Rassemblement national finissait à 16 %, devant une liste de droite conduite par Monique Robineau-Chaillan (11%). Officiellement, la liste menée par Roland Povinelli était classée à gauche, lui qui fut jusqu’en 2015 membre du Parti socialiste, ancien suppléant du député Bernard Tapie en 1993 et ancien sénateur élu sur la liste conduite par Jean-Noël Guérini en 2008, fonction dans laquelle où il s’est surtout illustré comme l’un des trois principaux absentéistes de l’assemblée

Roland Povinelli à Allauch en décembre 2019 (source Facebook © Commune d’Allauch / Marsactu)

Mais contre toute attente, la liste de l’ex-maire de gauche disparu a décidé de fusionner avec la liste de droite arrivée en quatrième position et de confier la nouvelle tête de liste à Monique Robineau-Chaillan. L’ancien adjoint Gérard Bismuth, proche de Roland Povinelli, se voit promettre le poste de premier adjoint en cas de victoire, sous réserve que les électeurs d’Allauch acceptent de reconduire à l’hôtel de ville un équipage aussi hétéroclite issu de tractations pour le moins houleuses qui ont vu les anciens soutiens du maire sortant se déchirer.

Une ambiance de fin de règne qui durait depuis déjà plusieurs mois depuis lesquels chacun se demandait ce que Roland Povinelli faisait encore à la mairie alors qu’il n’avait même pas daigné se déplacer pour assister à 4 des 5 derniers conseils municipaux de la commune. Mais cela ne l’avait pas empêché de repartir pour un nouveau tour de piste, motivé en réalité surtout par l’intérêt, pour lui, de continuer à bénéficier de la prise en charge par la collectivité, de ses frais de justice qui commençaient à s’accumuler.

Car, pour être honnête, Roland Povinelli faisait partie de ces élus qui, au fil des ans, avaient plutôt pris l’habitude de servir d’abord leurs propres intérêts avant ceux de leurs concitoyens. Un rapport provisoire de la Chambre régionale des Comptes, révélé par le magazine Capital, indiquait en février 2019 que le montant des frais d’avocats de l’ancien maire, pris en charge par la collectivité, s’élèvent à plus de 175 000 € entre 2015 et 2017, et qu’ils représentent à eux seuls près de la moitié des dépenses communales en contentieux.

Roland Povinelli, l’inamovible maire d’Allauch (photo © Florian Launette / MaxPPP / France 3 Régions)

Il serait fastidieux de dresser la liste exhaustive de toutes les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien maire d’Allauch, lequel n’avait pas hésité en 2014 à proposer à un candidat de la liste FN un emploi communal et autres menus avantages en échange d’un désistement qui aurait affaiblit la liste adverse à quelques jours du dépôt des candidatures. Des propos enregistrés, de même que les violentes menaces de mort proférées à l’encontre du journaliste de La Marseillaise, Sylvain Fournier, en mars 2019 et pour lequel ce dernier avait déposé plainte.

Au delà de ces menues péripéties d’un élu local réputé pour avoir le verbe haut et ne pas s’embarrasser de précautions oratoires, les motifs qui lui ont valu une mise en examen en 2015 et un renvoi devant le tribunal correctionnel en novembre 2019 pour détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt, faux et usages de faux sont multiples. Il y est question notamment, selon La Marseillaise et l’enquête de Capital, du poste d’attachée parlementaire, rémunéré 4800 € par mois, confiée à sa belle-fille lorsqu’il était sénateur, de 2008 à 2014. Un poste largement fictif puisque la dame en question, esthéticienne de son état, reconnaît n’avoir jamais mis les pieds à Paris en dehors de brefs séjours à EuroDisney

Bastide de Fontvieille à Allauch (source © commune d’Allauch)

Il y est question aussi du château de Fontvieille, propriété communale que Roland Povinelli avait entièrement privatisé à son profit, y installant son bureau et sa garçonnière ainsi qu’une vaste salle de sport pour son usage personnel et celui de sa maîtresse tandis que son épouse légitime donnait des cours dans le vaste rez-de-chaussée aménagé en salle de danse. La promotion canapé de sa maîtresse, recrutée comme secrétaire contractuelle en 2000 et nommée directrice de cabinet en 2007 pour une rémunération mensuelle de 4590 €, en dépit de toutes les règles en vigueur dans la fonction publique territoriale et au prix d’un faux manifeste pour passer outre l’avis évidemment défavorable de la commission paritaire. Au juge d’instruction qui s’étonnait de cette propension du maire à s’asseoir sans le moindre scrupule sur les textes réglementaires, Roland Povinelli aurait répondu avec un certain panache : «  Je ne fais ni plus ni moins que comme de Gaulle lorsqu’il a décidé de ne plus se soumettre à la loi de Pétain »…

L’antenne relai TDF sur la Petite Tête rouge à Allauch (photo © La Fibre info)

Un grand résistant donc, doublé d’un homme d’affaire hors pair. Un exemple parmi d’autres, également épinglé par la Justice : en 1988, la Fédération des clubs culture et loisir, une association locale présidée par un certain Roland Povinelli, achète à la commune pour la somme dérisoire de 10 000 F (de l’ordre de 1500 € actuels) une petite parcelle située au sommet de la colline de la Petite Tête rouge. Peu après, l’association cède ce terrain à une société, Publi Loisirs, qui encaisse pour plus de 460 000 € de loyers jusqu’en 2000 grâce à l’antenne relai qui entre temps a été implantée sur cette parcelle caillouteuse bien située. En 2006, la parcelle aux œufs d’or est revendue à une SCI dirigée par les deux fils du maire, tous deux anciens agents du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, dont leur père était vice-président jusqu’en 2008. Une belle affaire puisque le terrain, racheté 15 000 €, rapporte plus de 36 000 € de loyer annuel !

C’est donc assurément plus qu’un maire que les habitants d’Allauch ont perdu en ce triste 11 mai 2020 : un personnage truculent au langage fleuri qui n’hésitait pas traiter ses agents « d’enculés de fonctionnaires », mais aussi un fonceur qui ne se laissait pas arrêter par les finasseries des cadres réglementaires et un bon vivant qui savait admirablement équilibrer les sacrifices qu’exige l’exercice des responsabilités publiques par des petites compensations personnelles bien compréhensibles sinon parfaitement légales. Sa mort prématurée, en pleine campagne électorale, est en tout cas une perte irrémédiable, au moins pour les gazettes locales et sans doute aussi pour les juges qui enquêtaient sur ses agissements…

L. V.

Municipales : c’est reparti pour un tour !

24 mai 2020

Lors du premier tour des municipales à Mulhouse, le 15 mars 2020 (photo © Sébastien Bozon / AFP / Libération)

On avait presque fini par l’oublier : les élections municipales, dont le premier tour s’était déroulé le 15 mars 2020, à la veille de la mise en place du confinement national pour cause de pandémie mondiale, ne sont pas terminées… Après plus de deux mois d’immobilisation générale, les candidats ont de nouveau des fourmis dans les jambes. Les maires sortants, comme Christian Estrosi, à Nice, ou Anne Hidalgo à Paris, qui n’ont pas réussi à se faire réélire dès le premier tour, ne pensent qu’à ça et exercent depuis des semaines une forte pression sur le gouvernement, largement relayée par l’Association des Maires de France, pour qu’on en finisse au plus vite avec ces élections suspendues.

Tous les arguments sont bons : repousser en septembre, voire en janvier 2021, la poursuite du scrutin, aurait obligé à refaire le premier tour dont ils avaient déjà obtenu de haute lutte le maintien, malgré un contexte de crise sanitaire plus que défavorable en mars dernier. Et cela repousserait d’autant le redémarrage des investissements communaux dont l’économie a tant besoin pour se redresser : à croire que la seule fonction des élus municipaux est d’utiliser l’argent public pour garnir les carnets de commande des entreprises…

Édouard Philippe et Christophe Castaner, le 22 mai 2020, annonçant l’organisation du second tour des municipales (photo © Benoît Tessier / AFP / Actu Orange)

Toujours est-il que leurs arguments ont été entendus par le gouvernement puisque le Premier ministre vient d’annoncer, vendredi 22 mai 2020, que le second tour des municipales aura lieu le dimanche 28 juin, dans un peu plus d’un mois donc. Le Conseil scientifique qui avait été consulté à ce sujet s’était bien gardé de se prononcer, considérant simplement que l’organisation d’un tel scrutin était possible, sous réserve de ne pas faire campagne… Un peu paradoxal et pas vraiment de nature à favoriser le débat démocratique ! Mais voilà en tout cas qui convient parfaitement à la plupart des responsables politiques de ce pays, davantage préoccupé de pouvoir attribuer de nouveau des marchés publics que de devoir perdre du temps à convaincre des électeurs de plus en plus volatils et soupçonneux à leur égard.

Même masquée, la République toujours en marche… (photo © Eric Ottino / Nice Matin)

Voilà donc le processus électoral relancé, avec de nouvelles règles puisque la distribution de tracts comme les réunions publiques et le traditionnel serrage des mains sur les marchés y seront prohibés ou réduits vraiment au strict minimum. A chacun d’être inventif et de privilégier les nouvelles techniques de télécommunication… Et bien entendu, le gouvernement se réserve le droit de revenir encore sur sa décision, 15 jours avant le scrutin, si la situation sanitaire devait évaluer. Une position qui convient parfaitement à la plupart des partis, extrêmement soulagés que le gouvernement ait pris ses responsabilités sans même demander un débat au Parlement : si l’affaire tourne mal, chacun pourra le critiquer tout son saoul sans qu’on puisse lui reprocher d’avoir contribué à une telle décision…

Même le secrétaire général du Parti communiste, Fabien Roussel, a jugé nécessaire de « pouvoir élire ces exécutifs qui manquent pour faire les appels d’offres, pour la politique culturelle, […] lancer des projets », tout en estimant, selon Libération, que l’élection ne devrait pas avoir lieu si, le 28 juin, « il y a encore des départements rouges » : un comble pour un dirigeant communiste !

Le 28 juin prochain, une bonne partie des Français vont donc retourner aux urnes, à l’exception de ceux qui, comme à Carnoux et dans plus de 30 000 communes françaises, ont déjà élu leurs conseillers municipaux dès le premier tour et qui sont en train, depuis le 18 mai, de procéder à l’installation de leur nouveau conseil et à l’élection du maire. Ce sera chose faite le mercredi 27 mai 2020 pour la commune de Carnoux, une réunion sans le moindre suspens et qui aura lieu à huis clos.

Un dessin signé Chaunu (source © Twitter)

En revanche, pour les près de 5000 communes dont 213 en région PACA, pour lesquels le premier tour n’a pas permis de conclure, il faudra retourner aux isoloirs, avec port du masque obligatoire et force giclées de gel hydroalcoolique. Dans la plupart de ces communes, 3 253 d’entre elles pour être précis, ce second tour risque de n’être qu’une formalité et n’est justifié que par le fait que le taux de participation au premier tour était trop faible pour permettre de renouveler la totalité du conseil municipal dont chaque membre, pour les communes de moins de 1000 habitants, doit avoir été choisi par au moins 25 % des inscrits.

Il ne reste finalement que 1541 communes où ce second tour des municipales revêt un véritable enjeu, même s’il s’agit bien évidemment surtout des principales villes, dont Paris, Lyon et Marseille. Dans cette dernière, tout peut encore arriver, au vu de l’émiettement des suffrages observé le 15 mars. La liste du Printemps marseillais, conduite par Michèle Rubirola, avait certes viré en tête et pourrait recevoir, au second tour, le renfort de la liste écologiste concurrente de Sébastien Barles qui négocie actuellement son ralliement. Mais le taux de participation était si bas que tout peut changer au second tour, d’autant que le mode d’élection par secteur ne permet pas de présager à l’avance de la manière dont sera choisi finalement le maire par un conseil municipal qui risque fort d’être assez disparate…

Samia Ghali aux côté de Renaud Muselier en septembre 2019 : un rapprochement en vue ? (source © compte Twitter Samia Ghali)

Dès l’annonce de la date du 2ème tour, le président LR de la Région PACA, Renaud Muselier, s’est d’ailleurs activé pour que s’instaure un « pacte de raison » regroupant tous ceux qui pourraient faire barrage au Printemps marseillais, de Bruno Gilles à Samia Ghali en passant bien entendu par Martine Vassal et Yvon Berland. Depuis, les négociations vont bon train, chacun cherchant à tirer son épingle du jeu et à négocier une place dans le futur conseil municipal ou ailleurs, quel que soit le choix des électeurs eux-mêmes… Seul l’écologiste Sébastien Barles a pour l’instant rejeté cet appel du pied en répliquant vertement, comme il se doit : « Le président de la région Sud perd le Nord, l’écologie reste notre boussole »…

Maryse Joissains-Massini, maire sortante d’Aix-en-Provence, toujours en lice pour sa réélection malgré une condamnation peu glorieuse (photo © Pascal Guyot / AFP / 20 minutes)

A Aix-en Provence, il y aura aussi peut-être des surprises le 28 juin, alors que la maire sortante, Maryse Joissains, bien que condamnée à un an d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêt, était arrivée en tête du premier tour, marqué par un taux d’abstention record de près de 65 % et face à 9 autres listes…

On suivra aussi avec intérêt le second tour des municipales à Aubagne où les deux listes de gauche menées par Magali Giovannangeli et Denis Grandjean devraient fusionner, tandis que pourraient se maintenir la liste RN de Joëlle Mélin et celle de Sylvia Barthélémy, ce qui risque de compliquer quelque peu la réélection du maire sortant LR Gérard Gazay. Bref, le jeu politique de l’Ancien monde, pourrait reprendre du poil de la bête dans les prochaines semaines, de quoi égayer le quotidien tristounet en cette période de déconfinement progressif…

L. V.

Municipales : à quand le deuxième tour ?

7 avril 2020

Allocution télévisée du Président de la République le 16 mars 2020

Depuis le 15 mars 2020, date du premier tour des élections municipales, le gouvernement est confronté à un véritable casse-tête. Vues les circonstances et l’organisation d’un confinement généralisé de la population, Emmanuel Macron n’avait eu d’autre choix que d’annoncer dès le lundi 16 mars au soir le report du second tour et son Premier Ministre, Édouard Philippe, avait précisé jeudi 19 mars que les conseils municipaux renouvelés dès le premier tour ne pourraient pas se réunir jusqu’à nouvel ordre.

La France se trouve donc dans une situation pour le moins inédite. D’un côté, plus de 30 000 communes, dont celle de Carnoux-en-Provence ont pu se doter d’un conseil municipal renouvelé, mais qui ne peut pas se réunir pour élire son nouveau maire. C’est donc l’ancienne équipe, même si elle a été battue, qui continue à gérer les affaires courantes, sachant que parfois le nouveau budget n’a même pas pu être voté et ne pourra sans doute pas l’être avant plusieurs semaines…

Un dessin signé Olivero

D’un autre côté, il reste 4 816 communes pour lesquels le premier tour n’a pas permis de conclure. La grosse majorité d’entre elles (3 253 au total) sont des communes de moins de 1000 habitants, pour lesquelles il convient, pour être élu de réunir non seulement la moitié au moins des suffrages exprimés mais aussi le vote d’au moins 25 % des inscrits, ce qui n’est pas si facile lorsque le taux d’abstention atteint des records comme cela a été le cas lors de ce scrutin atypique organisé en pleine pandémie virale…

Les autres communes sont plutôt des grandes villes, en tout cas supérieures à 1000 habitants et pour lesquelles aucune liste n’a réussi à recueillir la majorité absolue à l’issue du premier tour. Il faudra donc un second tour, que le gouvernement espérait bien pouvoir l’organiser avant la fin juin, ce qui constituait déjà une entorse majeure à la loi électorale qui prévoit explicitement que le second tour doit avoir lieu le dimanche suivant le premier tour. C’est du moins ce que prévoit la loi adoptée en urgence le 23 mars 2020 et qui indique que le second tour est « reporté au plus tard en juin 2020 », la date restant à fixer à l’issue du Conseil des ministres du 27 mai, sur la base des recommandations des scientifiques et en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Un dessin signé Placide

Mais voilà que la dure réalité est en train de faire voler en éclat ce scénario optimiste. On ignore pour l’instant quand et surtout selon quelles modalités pourra être organisé le déconfinement de la population une fois passé le gros de la crise sanitaire. Sauf que tout laisse penser que cette opération sera probablement progressive et que les populations les plus fragiles, notamment les plus âgées, devront sans doute patienter davantage que les autres avant de pouvoir revenir à une vie normale. Prévoir une élection en juin qui mobilisera encore autour de 16 millions d’électeurs, paraît donc de moins en moins réaliste car cela signifierait repartir pour une nouvelle campagne électorale dès le mois de mai alors que certains devront peut-être encore rester confinés.

Bref, tout indique qu’il faudra sans doute attendre après les vacances d’été pour organiser ce second tour des municipales et que, du coup, il faudra aussi refaire le premier tour, du moins dans les communes pour lesquelles il n’avait pas permis d’élire un nouveau conseil municipal au complet. Les Carnussiens n’auront donc a priori pas à revoter, mais dans bien des communes et pas seulement à Paris ou Marseille, les conditions risquent d’être complètement différentes, six mois après le premier tour de chauffe et au vu des résultats observés le 15 mars. De nouvelles alliances pourraient se former pour essayer de tenir compte de ce sondage grandeur nature totalement inédit, et les résultats du scrutin pourraient être bien différents, surtout si le taux de participation retrouve des valeurs plus classiques…

Un bureau de vote à Strasbourg, lors du premier tour des municipales, le 15 mars 2020 (photo Frédérick Florin / AFP / 20 minutes)

Ceci dit, l’organisation de ces élections en septembre, voire début octobre, constitue un nouveau casse-tête pour le gouvernement car elles se télescoperaient alors avec les sénatoriales prévues justement en septembre mais pour lesquelles on ne peut décemment pas faire voter des élus municipaux dont le mandat aurait été anormalement prolongé et qui seraient sur le point de remettre leur mandat en jeu. Il faudrait donc décaler d’autant ces élections sénatoriales alors même que se profilent en mars 2021 à la fois les élections départementales et les régionales

On se doute bien qu’une telle situation d’incertitude est la porte ouverte pour les pressions de toute nature et les récriminations de tous ceux qui s’estiment avoir été injustement battus à l’issue du premier tour. Rarement autant de recours n’ont été formés contre des élections municipales. Entre les électeurs ou les assesseurs qui reprochent au gouvernement d’avoir mis leur vie en danger en les appelants aux urnes malgré les risques sanitaires encourus, et les mauvais perdants qui jugent que sans un taux d’abstention aussi anormalement bas ils auraient été élus dans un fauteuil, les tribunaux vont assurément avoir bien du travail dans les prochains mois !

Renaud Georges, maire sortant battu de Saint-Germain au Mont d’Or (source mairie / Le Progrès)

Ainsi, le maire sortant LREM de Saint-Germain au Mont d’Or, commune aisée des Monts du Lyonnais, battu de 76 voix à l’issue du premier tour a déposé au tribunal administratif un dossier de 150 pages dès le 20 mars pour contester la régularité de ce scrutin marqué par un taux d’abstention de 60 % dans sa commune. Et de très nombreux autres l’ont suivi ou vont le faire car exceptionnellement, les recours pourront être déposés jusqu’à 5 jours après la prise de fonction des conseillers municipaux. Tant que le confinement empêche les conseils municipaux de se réunir, il est donc encore temps de peaufiner son recours. Nul doute donc que cela va donner des idées à tous ceux qui n’ont pas digéré leur score du 15 mars et qui chercheront à le contester en justice. Quant les élections se jouent devant les juges et non pas devant les électeurs, c’est que la démocratie est souffrante, et pas seulement du fait du coronavirus

 L. V.

Gaudin repêché ? Marsactu s’amuse

3 avril 2020

Dessin signé Na ! (source L’1dex)

Depuis quelques années déjà, la pêche aux poissons d’avril ne fait plus guère recette. De même que les fonds marins s’appauvrissent de jour en jour sous l’effet de la surpêche, le poisson d’avril, blague potache s’il en est, se fait de plus en plus rare. Les journalistes ont bien trop peur d’être accusés de colporter de fausses rumeurs, des « fake news », ou, pire encore, que leur information soit prise au pied de la lettre par des lecteurs qui auraient perdu leur sens critique en plus de leur sens de l’humour.

Et forcément, en cette période de pandémie mondiale et de confinement généralisé, alors que notre pays se dit en guerre et que certains voudraient instaurer le couvre-feu et empêcher toute sortie récréative, ce n’est pas le moment de rigoler.

Saluons donc les rares publications qui ont osé franchir le pas et se permettre un petit poisson d’avril, une toute petite friture innocente et qui ne prête pas à conséquence. Marsactu fait partie de ces poissons pilotes qui n’ont pas hésité à sortir la tête de l’eau en ce 1er avril 2020, fidèle à sa jeune tradition. Créé en 2010, ce magazine web spécialisé dans l’information locale et qui a publié de nombreuses enquêtes retentissantes sur les dysfonctionnements de certaines collectivités territoriales des Bouches-du-Rhône, est désormais dirigé par ses propres salariés qui ont repris le site, alors en faillite, en 2015. Une situation qui lui permet une grande liberté de ton, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs…

Jean-Claude Gaudin accroché à son fauteuil de maire de Marseille comme une moule à son rocher (source © France TV Info)

Le gros poisson que Marsactu a remonté dans ses filets en ce 1er avril 2020 n’est autre que Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille qui, contre toute attente, est toujours à la tête de la ville, et probablement encore pour plusieurs mois. Tout le monde avait pourtant répété depuis des mois que, quoi qu’il arrive, il aura cédé son fauteuil de maire au plus tard le 27 mars 2020 puisqu’il ne se représentait pas aux élections municipales, pour la première fois depuis 1965 !

Lui-même avait multiplié depuis le début de l’année ses séances larmoyantes d’adieu, à ses services, aux médias, aux syndicats, au monde économique, et à tout ce qui compte dans la bonne ville de Marseille, répétant à l’envie qu’il n’avait rien fait d’autre de sa vie que de la politique marseillaise, et qu’il se demandait bien comment il allait pouvoir survivre à sa mise en retraite sans sombrer dans la dépression.

Seulement voilà : la crise sanitaire du Covid19 n’a pas permis au second tour des municipales de se dérouler et Jean-Claude Gaudin est donc toujours maire de Marseille, alors même que c’est l’outsider du Printemps Marseillais, Michèle Rubirola qui est arrivée en tête du premier tour, devant la dauphine désignée, Martine Vassal. Une situation totalement inédite qui a donc inspiré à Marsactu cette information décapante selon laquelle, tout compte fait et au vu de l’état de son camp toujours scindé entre une Martine Vassal déterminée et un Bruno Gilles qui ne lâche rien, il n’y avait finalement que lui pour sauver la ville.

Jean-Claude Gaudin présidant son dernier conseil municipal de Marseille, le 26 janvier 2020 (photo © Christophe Simon / AFP / Le Point)

Selon Marsactu, « le vieux loup de mer aurait comme rajeuni d’un coup », préférant renoncer provisoirement à la rédaction de ses mémoires tant annoncées pour replonger dans le bain de la politique en se justifiant ainsi : « j’ai déjà dû repousser mon départ à la retraite de quelques semaines, alors pourquoi pas de quelques années ? ». Et l’octogénaire, dopé par les nombreux exemples de maires plus âgés que lui qui ont été facilement réélus dès le premier tour, serait donc reparti pour une nouvelle aventure au long cours, vers « un mandat de transition » avant de passer définitivement la main…

Marsactu pousse même l’audace jusqu’à dévoiler en avant-première la future affiche de campagne qui permettra au futur candidat Gaudin d’aller à la pêche aux voix et de draguer l’électeur. Une affiche qui rappelle furieusement le design de la candidate du Printemps Marseillais…

Une affiche de campagne imaginée par Marsactu

Le plus drôle c’est que nombre de Marseillais seraient sans aucun doute prêts à voter sans hésitation pour reconduire Jean-Claude Gaudin à la tête de la cité phocéenne si vraiment il devait se représenter, surtout en promettant, comme le suggère Marsactu, de nommer comme premier adjoint l’autre grand nom du moment à Marseille, le professeur Didier Raoult en personne. Un duo médiatiquement gagnant, c’est certain, et qui devrait faire des vagues…

L. V.

Municipales 2020 : un premier tour atypique…

18 mars 2020

Décidément, les élections municipales se suivent et ne se ressemblent pas. On se doutait bien que celles de mars 2020 présenteraient un caractère un peu particulier, intervenant trois ans seulement après la victoire inattendue d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, suivi d’un triomphe de son tout nouveau parti, La République en Marche (LREM), aux législatives de juin 2017, qui avaient envoyé à l’Assemblée Nationale des cohortes de parfaits inconnus se disant « en même temps » à gauche et à droite, mais surtout du « nouveau monde ». Ne disposant pas, à ce jour, d’un véritable ancrage local et ayant subi de plein fouet la crise violente des Gilets jaunes et d’une critique de fond contre « le Président des Riches », le parti gouvernemental était prévenu par tout le monde qu’il pouvait s’attendre à une belle déculottée…

Les municipales 2020 à Paris : un chemin de croix pour LREM… (dessin signé © KAK / L’Opinion)

De ce point de vue, les observateurs n’ont pas été déçus, même si quelques candidats ont bien tiré leur épingle du jeu, à l’instar du Ministre de la Culture, Franck Riester ou de son collègue des Comptes Publics, Gérald Darmanin, tous deux élus dès le premier tour dans leur fief respectif de Coulommiers et de Tourcoing. Le Premier Ministre lui-même, Édouard Philippe, n’a pas réussi à s’imposer dès le premier tour au Havre. A Paris, les listes LREM conduites par Agnès Buzyn n’arrivent qu’en troisième position avec un peu plus de 17 % seulement, loin derrière Anne Hidalgo qui est créditée de plus de 29 % des suffrages sur l’ensemble de la capitale. Et à Marseille, la liste LREM défendue par Yvon Berland, n’a obtenu que moins de 8 % des suffrages exprimés et n’est en position de se maintenir que dans le 4ème secteur (6e et 8e arrondissements), avec à peine plus de 12 % des voix…

Un scrutin sous la menace du Covid-19 : dépouillement du 1er tour à Strasbourg (photo © Frederick Florin / AFP / Le Monde)

Mais c’est surtout l’ombre de l’épidémie de Covid-19 qui a fortement marqué ce premier tour des élections municipales. La plupart des meetings de campagne qui jalonnent traditionnellement la dernière semaine ayant été annulés in extremis, beaucoup s’étaient persuadés que ces élections seraient repoussées. La décision prise de maintenir le premier tour malgré le risque sanitaire a manifestement surpris plus d’un électeur et explique largement la participation exceptionnellement faible enregistrée dans la majorité des bureaux de vote. Avec un taux de participation de 44,6 % seulement en moyenne nationale, c’est la première fois qu’on enregistre une telle désaffection pour des élections municipales qui restent les favorites des Français. En 1983, ce taux était encore de 78 % et n’arrête pas de baisser depuis mais il dépassait encore 64 % lors du dernier scrutin en 2014 : la chute est brutale et plus que préoccupante pour l’état de notre démocratie…

Les près de 10 000 communes où le taux d’abstention a dépassé 50 % le 15 mars 2020 (infographie source © France TV info)

Dans un tel contexte, les surprises sont nombreuses. D’abord, et quoi qu’on en dise, le Rassemblement National (RN) et ses alliés, bien que présent dans nettement moins de communes qu’en 2014, restent à un niveau élevé. David Rachline a été confortablement réélu à Fréjus dès le premier tour, de même que Steeve Brivois à Hénin-Beaumont ou Robert Ménard à Béziers.

Les écologistes ont de leur côté effectué une belle percée lors de ce scrutin, ce qui confirme que leurs idées commencent à rencontrer un certain écho dans la population, surtout dans les grandes villes. Plusieurs d’entre eux sont arrivés largement en tête à l’issue du premier tour. C’est le cas notamment d’Eric Piolle qui devrait être réélu sans difficulté à Grenoble, mais aussi de Grégory Doucet qui crée la surprise à Lyon, ou encore d’Anne Vignot à Besançon ou de Jeanne Barseghian à Strasbourg, tandis que des écologistes sont bien placés en deuxième position à Rennes, Bordeaux, Toulouse ou encore Rouen.

Michèle Rubirola crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour des municipales à Marseille (photo © Nicolas Vallauri / MAXPPP / France 3 régions)

A Marseille, c’est aussi une écologiste qui a fait sensation en arrivant en tête du 1er tour avec 23,4 % des voix sur l’ensemble des secteurs, contre 22,3 % à Martine Vassal que tous les sondages de La Provence plaçaient pourtant largement en tête et dont les affiches avaient été placardées sur tous les espaces disponibles de la ville par des armées de mercenaires zélés. Les listes du Printemps Marseillais, conduites par Michèle Rubirola, arrivent en tête dans 3 des 8 secteurs de la ville, tandis que Samia Ghali est bien placée dans le 15-16 et Stéphane Ravier (RN) en bonne position dans le 13-14.

Rien n’est encore joué pourtant car pour l’heure on ne sait même pas à quelle date se déroulera le second tour de cette élection totalement perturbée par la crise sanitaire que traverse la France et qui justifie des mesures de confinement totalement exceptionnelles : du jamais vu sous la 5ème République ! De l’eau va couler sous les ponts d’ici là et pour l’instant tout le monde à la tête ailleurs, à commencer par la candidate Martine Vassal, que La Provence a annoncé diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est actuellement hospitalisée dans un état sérieux.

Malgré les circonstances très inhabituelles de ce scrutin et le taux d’abstention record qui a caractérisé ce premier tour, il est néanmoins remarquable de constater que plus de 30 000 communes françaises sont d’ores et déjà pourvu d’un nouveau conseil municipal élu dès le 15 mars 2020. Le deuxième tour, lorsqu’il aura lieu, ne concernera plus qu’environ 16 millions d’électeurs…

Carnoux fait partie de ces communes où un second tour ne sera pas nécessaire, le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi ayant été réélu sans surprise pour son quatrième mandat d’affilé, avec 67,5 % des suffrages exprimés. Son challenger, Gilles Di Rosa, a perdu son pari, avec à peine plus de 16 % des voix, et ne conservera plus que deux élus au conseil municipal, là où il en avait quatre. Quant à la liste citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par Jacques Boulesteix, elle fait une belle percée avec près de 16 % et obtient elle-aussi deux sièges dans le nouveau conseil municipal.

Le maire du Rove, Georges Rosso, réélu dès le 1er tour à plus de 90 ans (photo © David Rossi / La Provence)

Le maire sortant de Carnoux n’est pas le seul du secteur à avoir été facilement réélu dès le premier tour dans une telle ambiance fortement anxiogène que le Chef de l’État lui-même assimile à un état de guerre et qui incite chacun à se regrouper derrière la figure protectrice du premier magistrat de la commune. Danièle Millon à Cassis, Roland Giberti à Gémenos, Gaby Charroux à Martigues, Eric Le Dissès à Marignane ou encore François Bernardini à Istres ont ainsi retrouvé leur fauteuil de maire sans la moindre difficulté, de même que le maire sortant du Rove, le communiste Georges Rosso qui, à 91 ans, vient de se faire réélire haut la main pour son huitième mandat consécutif : un exemple pour le maire de Carnoux ?

L. V.

Le prochain maire de Rennes sera-t-il un chat ?

2 mars 2020

C’est Edwy Plenel, en observateur assidu de la vie politique française qui le rappelait avec sa grande finesse habituelle au micro de LCI entre les deux tours des dernières législatives de juin 2017, face au raz de marée annoncé en faveur des candidats se présentant au nom de la majorité présidentielle juste après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : « Un âne aurait l’étiquette En Marche, il aurait été élu« . De fait, les députés se présentant avec l’étiquette LREM ont trusté les bancs de l’assemblée quelques jours plus tard, mais force est de constater qu’aucun âne n’a néanmoins été élu député, même si certains peuvent encore avoir des doutes sur la question…

Statue probable de Caligula à cheval (source © British Museum)

Ce ne serait pourtant pas la première fois qu’un équidé assure une fonction de représentation politique de premier plan. Sans remonter jusqu’à Alexandre le Grand qui n’avait pas hésité à élever son fameux cheval Bucéphale au rang de divinité, l’Histoire a quand même retenu que l’empereur romain Caligula avait envisagé fort sérieusement, selon l’écrivain Suétone, d’accorder à son cheval Incitatus le rang de consul, lui qui bénéficiait déjà, du fait de son statut de vedette des courses de chars, d’une écurie en marbre avec râtelier en ivoire, couverture pourpre et collier incrusté de pierres précieuses.

Le cochon Pigasus confronté à une campagne militante parfois houleuse (source © Lexiconangel)

Plus près de nous, en 1968, une bande de jeunes aux idées larges et à l’esprit quelque peu embrumé par la marijuana, représentant le Youth International Party (autrement dit, les Yippies), n’avait rien trouvé de mieux que de soutenir comme candidat à la présidence des États-Unis un cochon nommé Pigasus. Le jeu de mot était audacieux, allusion à un porc (pig) à qui aurait poussé des ailes comme à Pégase, le défunt cheval fabuleux de la mythologie grecque. Annoncée durant les émeutes qui ont émaillé la convention démocrate de Chicago en août 1968, la candidature du cochon Pigasus amena ce digne représentant de la race porcine à mener campagne au cours d’une tournée valeureuse mais qui ne lui permis cependant pas d’accéder à la magistrature suprême.

François Mitterrand avec sa chienne Baltique.(photo © Vincent Amalvy / René Jean / AFP / France Soir)

François Mitterrand lui-même avait paraît-il envisagé, par dérision naturellement, de nommer au Conseil économique et social sa fidèle chienne Labrador Baltique, celle-là même que Michel Charasse, qui vient de disparaître à son tour, a dû tenir en laisse sur le perron de l’église de Jarnac pendant tout le temps que dura la cérémonie religieuse de funérailles de l’ancien Président de la République, le 11 janvier 1996. La grande proximité du célèbre labrador noir présidentiel avec les arcanes du pouvoir ont d’ailleurs conduit la chienne à publier ses mémoires en 4 tomes, aux éditions Hachette sous le titre Les Aboitim. En réalité, un pastiche du Verbatim de Jacques Attali, dont les deux premiers tomes ont été rédigés par Patrick Girard et Stéphane Benhamou, tandis qu’un autre ouvrage de confidences était publié en 1996 sous le titre : Baltique, Le gros secretpropos recueillis par Patrick Rambaud.

Le chat Subbs, en juillet 2006, dans l’exercice de ses fonctions de maire de son village en Alaska (photo © Jenni Konrad / BFM TV)

Aux États-Unis toujours, certains n’ont pas hésité à élire un animal comme maire de leur commune. L’affaire a commencé en 1997 dans le localité de Talkeetna, en Alaska. Mécontents des candidats en lice, les habitants de ce bourg ont préféré voter en masse pour un petit chaton roux dénommé Stubbs, découvert quelques jours plus tôt dans les rues de la ville. Le poste est honorifique car en réalité Talkeetna est rattaché à une autre commune où siège le véritable conseil municipal. Mais le chat Stubbs a donné entière satisfaction à ses administré et a été constamment réélu jusqu’à sa mort en 2017, ses concitoyens constatant que « il n’augmentait pas les impôts et ne se mêlait pas du commerce« . Un édile parfait en somme…

Lincoln, élue maire de Fair Haven aux États-Unis (photo © Robert Layman / Rutland Herald / AFP / RTL)

Du coup, d’autres communes ont pris exemple sur cette pratique et l’on a vu ainsi récemment, en mars 2019, une chèvre se faire élire maire de Fair Haven, une petite ville de 2500 habitants, située dans le Vermont, au nord-est des États-Unis. Pompeusement dénommée Lincoln, la jeune chèvre l’a emporté d’un cheveu (d’un poil ?) sur son challenger, le chien Sammie, dans un scrutin qui comptait pas moins de 16 candidats dont de nombreux chats et chiens, mais aussi une gerbille. Certes, le poste est, là encore, surtout honorifique puisque la gestion de la ville est entre les mains d’un « town manager », mais la chèvre Lincoln devra néanmoins se farcir les manifestations officielles affublée de son écharpe de maire taillée sur mesure, depuis le défilé du Memorial Day jusqu’au festival des pommes, une attraction festive locale…

Serge Scotto avec le chien Saucisse (photo © F. Speich / La Provence)

Mais voilà que la France se met à son tour de la partie. Il faut dire qu’il y a eu un précédent célèbre, à Marseille même où, lors des élections municipales de 2001, le chien Saucisse était tête de liste dans le 1er secteur de la ville. En réalité, le teckel en question, un chien errant recueilli tout jeune par la maison d’édition L’Écailler du Sud et adopté par l’écrivain Serge Scotto qui en avait fait le héros de plusieurs de ses romans policiers, était simplement la mascotte d’une liste alternative portant son nom et qui avait pour slogan : « pour une sauciété plus humaine, contre une vie de chien !« … Un programme qui permit quand même de réunir 4,5 % des suffrages exprimés, soit davantage que la liste du mouvement gaulliste, le RPF ! Un beau succès donc, au point que le chien Saucisse, grisé par sa notoriété politique, chercha à se présenter à la présidentielle de 2002, mais il ne put malheureusement recueillir les 500 signatures nécessaires…

Après un tel précédent, c’est maintenant un chat qui fait parler de lui à l’occasion des prochaines élections municipales de mars 2020 où il est officiellement candidat sur la liste de La France Insoumise à Rennes. Une liste menée par Enora Le Pape qui, à 34 ans, avait éliminé au premier tour des législatives de 2017 le président socialiste de Rennes Métropole, Emmanuel Couet, avant de s’incliner au second tour face au candidat de la République en marche (qui n’était pourtant pas un âne mais un certain Florent Bachelier). La voila maintenant à la tête de la liste LFI pour les municipales et cette liste présente donc en 61ème position, un candidat mystère dont le nom n’a été révélé que le 22 février dernier par le quotidien local, Le Télégramme. Il s’agit du chat REC (comme le nom de la liste, intitulée Rennes en commun).

Enora Le Pape et le chat REC lors de la présentation des candidats pour les municipales à Rennes

Bien entendu, c’est un humain qui lui servira officiellement de prête-nom et dont l’identité figure sur la liste déposée officiellement en Préfecture car, même en Bretagne, les chats ne sont pas encore éligibles aux municipales. Mais c’est bien le chat qui figurera sur toute la communication et les affiches de campagne. Il ne sera d’ailleurs pas en position éligible même si ses colistiers sont optimistes sur leurs chances de succès. Le codirecteur de campagne, Félix Boulanger (à ne pas confondre avec Félix le chat) justifie ce choix par le fait qu’il existe 200 000 animaux de compagnie à Rennes et que REC méritait donc bien une place sur la liste pour séduire cet électorat qui certes, n’a pas (encore) le droit de vote mais ne manque pas d’une certaine influence sur ses propriétaires.

Choisir un chat comme représentant politique ne manque d’ailleurs pas de pertinence car, comme l’avait déjà observé l’historien Hippolyte Taine, « J‘ai étudié beaucoup de philosophes et de nombreux chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure« . Et ne parlons même pas de celle de certains de nos élus

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

Duel d’artillerie lourde à Carnoux…

8 février 2020

Il y a encore quelques mois, tout le monde annonçait une campagne municipale terne, sur fond de découragement des élus qui, à en croire les médias, étaient tous sur le point de jeter l’éponge, et de démobilisation des citoyens, gagnés par l’apathie et tentés par l’abstention. Mais à un peu plus d’un mois du premier tour, il n’en est rien ! Voilà qu’à Carnoux, la campagne a pris des allures d’affrontement sanglant..

C’est Gilles Di Rosa qui a déclenché l’offensive dès le mois d’octobre 2019, alors que le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 37 ans, avait annoncé dès le mois de janvier, sa volonté de briguer un quatrième mandat de maire. Les tracts distribués, semaine après semaine, par l’équipe de Gilles Di Rosa, ont peu à peu instillé leur venin… C’est d’abord le rond-point des Barles qui a été pointé du doigt : une dépense somptuaire à 70 000 €, présentée comme un « gaspillage de l’argent public ». Puis c’est le placement financier de 200 000 €, immobilisé depuis 2014 sous forme de parts sociales dans un établissement bancaire, qui a été mis en cause. Et c’est enfin le crédit quasi gratuit de 800 000 € accordé par la commune fin 2013 au diocèse de Marseille en toute illégalité, afin de permettre à ce dernier de réaliser à bon compte la reconstruction du collège privé Saint-Augustin, une opération qui avait fait l’objet de vertes critiques de la part de la Chambre régionale des comptes.

Attaqué sur son terrain favori de la gestion financière des deniers publics, le sang du maire sortant n’a fait qu’un tour. Et le voici donc qui diffuse dans toutes les boîtes aux lettres de la ville un tract incendiaire où on le voit, les manches retroussées et les bras croisés dans une allure de défi, répondre pied à pied à son adversaire animé d’une « véritable ambition » comme le rappellent chacun de ses tracts de campagne.

Et c’est carrément l’artillerie lourde qui est employée pour répondre aux tirs de snipers de la liste adverse. A ce niveau-là, les cibles mineures comme le rond-point et son olivier centenaire, sont négligées : trop petit pour la Grosse Bertha avec laquelle le maire sortant pilonne le camp adverse… Les arguments manquent un peu de précision, mais l’essentiel est d’impressionner l’adversaire !

Le fond du problème est que la commune a trop d’argent et dégage année après année un excédent budgétaire important : 520 000 € en 2017 et quasiment 1,2 millions en 2018 ! La commune a beau s’efforcer de réaliser des dépenses somptuaires, du rond-point de l’olivier à l’hôtel de ville quelque peu disproportionné en passant par l’enfouissement des lignes électriques, comme la quasi totalité des investissements est subventionnée, parfois jusqu’à 70 %, par le Conseil départemental, il reste toujours trop d’argent en fin d’exercice et c’est ce qui explique ces placements financiers et ces prêts quelques peu inhabituels et normalement interdits dans une commune pour laquelle l’annuité du budget est un principe de base.

Le collège Saint-Augustin à Carnoux (source site du collège)

Sur la question du crédit de 800 000 € accordé au diocèse pour la reconstruction du collège Saint-Augustin, l’argument mis en avant par le maire est tout simplement effarant, surtout venant de la part d’un spécialiste en finances publiques. Il reconnaît bien volontiers, comme l’a expressément écrit la Chambre régionale des comptes que se décision était parfaitement illégale, ce qui est un peu surprenant de la part de celui qui, de par sa fonction même de représentant de l’État et d’officier de police judiciaire, est garant de la légalité des décisions de la collectivité. Mais il estime que c’était faute vénielle car elle est restée exceptionnelle. C’est comme si un malfrat se targuait de son honnêteté en plaidant : « oui, j’ai braqué une banque, mais je ne l’ai fait qu’une fois, et en plus je n’ai même pas été condamné… »

Ces échanges nourris de tirs d’artillerie entre deux listes que seules séparent des ambitions personnelles (rappelons quand même au passage que Gilles Di Rosa était l’adjoint de Jean-Pierre Giorgi de 2001 à 2008 et qu’il a été élu sur sa même liste en 2008, même si son élection a été ensuite invalidée) transforment depuis quelques semaines déjà la place du marché en champ de bataille où les deux équipes au complet s’affrontent sous l’œil amusé des quelques Carnussiens qui viennent y faire leurs courses.

Article publié dans La Provence le 6 février 2020

Pendant ce temps et loin de ces batailles d’ego d’un autre temps, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire trace pas à pas son sillon en mettant en avant des thématiques qui touchent à la vie quotidienne des Carnussiens dans un monde mouvant et soumis à des défis majeurs tels que le changement climatique global, la montée des inégalités sociales ou la transition énergétique. Comment mieux associer chaque citoyen aux choix d’investissement via la mise en place de budgets participatifs ? Comment mieux faire face collectivement aux défis d’une métropole en pleine construction et qui n’a guère fait preuve d’efficacité jusqu’à présent alors que c’est à son échelle que doivent être gérés le développement d’une activité économique innovante, le rééquilibrage des offres de logement accessibles à tous, la mise en place de transports publics performants, le maintien d’un maillage adapté de services publics accessibles, mais aussi la gestion des ressources en eau, la prévention des risques naturels et technologiques, la préservation des espaces naturels et agricoles ou encore la lutte contre les pollutions ?

Toutes ces thématiques et bien d’autres encore font l’objet d’analyses et de propositions concrètes, détaillées sur le site internet de la liste. Elles ont été largement abordées lors d’une réunion publique qui s’est tenue à la Crémaillère, mardi 4 février 2020 et qui a rassemblé une soixantaine de Carnussiens avides de donner leurs avis et d’émettre des propositions concrètes : comment développer le réseau de pistes cyclables à Carnoux ? Comment mettre en place un dispositif de pedibus pour accompagner les enfants à l’école communale ? Comment rendre plus accessibles les équipements culturels et sportifs de qualité dont dispose la commune et qui sont largement sous-utilisés ? Comment encourager et accompagner les initiatives individuelles d’isolation thermique des maisons et de mise en place de panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire et la production électrique ? Comment mieux évaluer le niveau de pollution de l’air du fait des flux incessant de voitures qui traversent la ville et surtout comment réduire cette circulation ? Comment développer les espaces verts et lutter contre les îlots de chaleur en ville ?

Réunion publique de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire à la Crémaillère, le 4 février 2020 (source © CPC)

Autant de questions qui passionnent nombre de Carnussiens, intéressés par cette démarche citoyenne un peu à rebours des querelles de politiciens semi-professionnels qui se disent bon gestionnaires parce qu’ils savent faire des dossiers de demande de subvention et des placements financiers. Gérer une commune est bien plus que cela : c’est aussi associer les habitants aux décisions pour créer du consensus et du lien social afin d’anticiper sur les défis qui nous attendent collectivement et trouver ensemble les meilleures voies pour y faire face…

L. V.

Municipales : le pastis de Marseille…

20 janvier 2020

Jean-Claude Gaudin en visite rue d’Aubagne aux côtés du ministre Julien Denormandie, le 7 novembre 2018 (source © Préfecture des Bouches-du-Rhône / GoMet)

Les fins de règne sont toujours des moments délicats qui peuvent réserver bien des surprises et favoriser de belles empoignades entre prétendants. A Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a fêté ses 80 ans en octobre dernier, ne briguera pas un cinquième mandat de maire, lui qui est élu à la mairie de Marseille depuis 1965. Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, drame à l’issue duquel certains ont été jusqu’à le traiter d’assassin…

Il avait bien adoubé (après de nombreux autres dauphins putatifs successifs), le sénateur LR Bruno Gilles, lequel lui avait succédé en 2016 à la tête de la fédération départementale des Républicains. Greffé du cœur en 2017, ce miraculé n’a pas hésité à présenter dès septembre 2018 sa candidature au fauteuil de maire. Sauf que, depuis, Jean-Claude Gaudin a changé d’avis et soutient désormais officiellement Martine Vassal laquelle lui a déjà succédé au fauteuil de présidente de la métropole Aix Marseille Provence, après avoir auparavant pris la tête du Conseil Départemental en 2015. C’est donc cette dernière qui a finalement obtenu l’investiture officielle de son parti. Il y a trois mois, c’est elle qui paraissait la mieux placée pour remporter la mairie, alors que la République en marche (LREM) hésitait toujours à choisir sa tête de liste et que les candidats de gauche se déchiraient dans une désunion suicidaire.

Le match entre Martine Vassal et Bruno Gilles : panneaux d’affichage à Marseille en décembre 2019 (photo © David Rossi / MaxPPP / FranceTVInfo)

Mais à deux mois du premier tour des municipale, la situation électorale reste des plus confuses, ce qu’on appel ici un beau pastis… A droite, il est certain désormais que Bruno Gilles ne retirera pas sa candidature et ira jusqu’au bout de son affrontement avec Martine Vassal, entraînant d’ailleurs sur ses listes quelques conseillers municipaux sortant de l’actuelle majorité, tandis que le Rassemblement national, sous la houlette de Stéphane Ravier entend bien jouer un rôle majeur dans ses prochaines municipales. Quant à LREM, Il semble qu’Emmanuel Macron ait enfin tranché et que c’est le médecin et universitaire Yvon Berland qui conduira finalement la liste du parti gouvernemental.

Michèle Rubirola, candidate à la mairie de Marseille pour le rassemblement de la gauche, des écologistes et des citoyens (source)

A gauche, l’écologiste Stéphane Barles maintient jusque-là sa volonté de se présenter coûte que coûte au nom d’Europe écologie – Les Verts, lui a qui a claqué bruyamment la porte des discussions lancées depuis des mois en vue de constituer une liste unique de gauche dans laquelle la société civile engagée au sein du Printemps marseillais souhaitait jouer un rôle moteur. Un mouvement qui, c’est la bonne surprise au milieu de ce bazar innommable, semble sur le point d’aboutir. La liste, qui rassemblerait socialistes, communistes, France insoumise et écologistes, devrait être conduite par Michèle Rubirola, et devrait comporter une moitié de candidats issus directement de la société civile, plusieurs centaines d’entre eux, ayant fait acte de candidature.

A cela s’ajoutera une liste portée par la sénatrice Samia Ghali, ex socialiste en rupture avec son parti mais qui se revendique toujours de gauche, ainsi qu’au moins une liste qui se présente comme « démocrate et écologiste », sous la houlette du centriste Christophe Madrolle, et ceci sans compter les multiples autres candidats qui ne manqueront pas de se déclarer d’ici fin février, date de clôture des inscriptions…

Répartition des conseillers municipaux de Marseille par secteur (infographie publiée dans La Provence le 20 janvier 2020)

Dans un paysage électoral aussi éclaté et insolite, le premier sondage que vient de publier la Provence, vendredi 17 janvier 2020, ne manquait donc pas d’intérêt pour savoir comment les électeurs allaient bien pouvoir se positionner. L’exercice a bien entendu ses limites, d’abord parce qu’une bonne partie des têtes de liste sont de parfaits inconnus pour bon nombre de Marseillais alors que la campagne n’a même pas encore commencé, et ensuite parce que, rappelons-le, l’élection du maire de Marseille, comme à Lyon ou Paris, se fait par secteur (chacun regroupant deux arrondissements) et avec un nombre de conseillers municipaux variable : 32 dans le secteur 7 (13e et 14e arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille) mais 16 seulement dans le secteur 2 (2e et 3e arrondissement, en centre ville, d’Arenc au Vieux Port).

Dans chaque secteur, un tiers seulement des conseillers municipaux élus (qui sont 303 au total) siège au Conseil Municipal, les autres ne participant qu’au conseil de leur secteur. Ce sont donc finalement ces 101 conseillers qui choisissent le maire de Marseille. Dans ce contexte et comme pour l’élection du Président des États-Unis, le gagnant n’est donc pas forcément celui qui a le plus de suffrages mais celui qui a su faire élire le maximum de colistiers sur les 8 secteurs…

Montage photo figurant en première page de La Provence en date du 17 janvier 2020

A cette réserve près, ce premier sondage confirme, pour ceux qui en douteraient encore, que le Rassemblement national (RN) devrait maintenir son score de 2014 avec, à ce jour 22 % des intentions de vote parmi les personnes interrogées. Ceci reste assez comparable au score moyen obtenu en 2014 par les listes du Front National, mais qui présentait en réalité de fortes disparités selon les secteurs, permettant notamment à Stéphane Ravier d’emporter la mairie du 13-14 avec 32 % des voix au premier tour et un peu plus de 35 % au second.

Ce sondage place en tout cas Martine Vassal en tête des intentions de vote à ce jour, légèrement au delà du RN, mais avec un score étriqué de 23 %, très inférieur à celui que lui donnaient les sondages précédents et très éloigné de celui obtenu en 2014 où elle figurait en deuxième place sur la liste de Jean-Claude Gaudin, laquelle avait recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés dès le premier tour dans son secteur (6-8).

Sondage publié par La Provence le 17 janvier 2020

La véritable surprise de ce sondage concerne en fait le beau score de la liste d’union de la gauche qui sera conduite par Michèle Rubirola, laquelle est créditée, malgré sa faible notoriété, de 16 % des intentions de vote, talonnée d’ailleurs par la liste du Vert Stéphane Barles (14 %). Ceux qui prônaient l’union entre ces deux listes ne pourront que constater amèrement que cela leur auraient permis de se placer facilement en tête dès le premier tour, mais passons…

Les grands déçus de ce premier tour de chauffe sont naturellement le candidat LREM Yvon Berland, crédité de seulement 8 % des intentions de vote, mais qui répète à qui veut l’entendre que la campagne ne fait que commencer et que son score pourrait bien grimper en flèche dans les semaines qui viennent. Quant aux deux outsiders, Bruno Gilles et Samia Ghali, seuls 7 % des sondés se disent prêts à voter pour eux, ce qui ne permettrait pas de les qualifier au second tour.

Sauf qu’il s’agit d’une élection majoritaire à deux tours et par secteur. En 2014, la liste conduite par Samia Ghali avait facilement emporté le secteur 8 (15-16) avec plus de 45 % des suffrages au deuxième tour dans une triangulaire et espère bien rééditer l’exploit dans ces quartiers nord où elle est bien implantée. De son côté, Bruno Gilles compte sur son alliée surprise, Lisette Naducci, ancienne guériniste puis soutien de Jean-Claude Gaudin, et actuelle maire des 2e et 3e arrondissements pour gagner ce secteur 2. Bien difficile donc, dans ces conditions, de se livrer à des pronostics sérieux, quant au nom de celui qui s’assiéra dans le fauteuil de maire de Marseille à l’issue du second tour des prochaines municipales…

L.V.