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Municipales : à quand le deuxième tour ?

7 avril 2020

Allocution télévisée du Président de la République le 16 mars 2020

Depuis le 15 mars 2020, date du premier tour des élections municipales, le gouvernement est confronté à un véritable casse-tête. Vues les circonstances et l’organisation d’un confinement généralisé de la population, Emmanuel Macron n’avait eu d’autre choix que d’annoncer dès le lundi 16 mars au soir le report du second tour et son Premier Ministre, Édouard Philippe, avait précisé jeudi 19 mars que les conseils municipaux renouvelés dès le premier tour ne pourraient pas se réunir jusqu’à nouvel ordre.

La France se trouve donc dans une situation pour le moins inédite. D’un côté, plus de 30 000 communes, dont celle de Carnoux-en-Provence ont pu se doter d’un conseil municipal renouvelé, mais qui ne peut pas se réunir pour élire son nouveau maire. C’est donc l’ancienne équipe, même si elle a été battue, qui continue à gérer les affaires courantes, sachant que parfois le nouveau budget n’a même pas pu être voté et ne pourra sans doute pas l’être avant plusieurs semaines…

Un dessin signé Olivero

D’un autre côté, il reste 4 816 communes pour lesquels le premier tour n’a pas permis de conclure. La grosse majorité d’entre elles (3 275 au total) sont des communes de moins de 1000 habitants, pour lesquelles il convient, pour être élu de réunir non seulement la moitié au moins des suffrages exprimés mais aussi le vote d’au moins 25 % des inscrits, ce qui n’est pas si facile lorsque le taux d’abstention atteint des records comme cela a été le cas lors de ce scrutin atypique organisé en pleine pandémie virale…

Les autres communes sont plutôt des grandes villes, en tout cas supérieures à 1000 habitants et pour lesquelles aucune liste n’a réussi à recueillir la majorité absolue à l’issue du premier tour. Il faudra donc un second tour, que le gouvernement espérait bien pouvoir l’organiser avant la fin juin, ce qui constituait déjà une entorse majeure à la loi électorale qui prévoit explicitement que le second tour doit avoir lieu le dimanche suivant le premier tour. C’est du moins ce que prévoit la loi adoptée en urgence le 23 mars 2020 et qui indique que le second tour est « reporté au plus tard en juin 2020 », la date restant à fixer à l’issue du Conseil des ministres du 27 mai, sur la base des recommandations des scientifiques et en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Un dessin signé Placide

Mais voilà que la dure réalité est en train de faire voler en éclat ce scénario optimiste. On ignore pour l’instant quand et surtout selon quelles modalités pourra être organisé le déconfinement de la population une fois passé le gros de la crise sanitaire. Sauf que tout laisse penser que cette opération sera probablement progressive et que les populations les plus fragiles, notamment les plus âgées, devront sans doute patienter davantage que les autres avant de pouvoir revenir à une vie normale. Prévoir une élection en juin qui mobilisera encore autour de 16 millions d’électeurs, paraît donc de moins en moins réaliste car cela signifierait repartir pour une nouvelle campagne électorale dès le mois de mai alors que certains devront peut-être encore rester confinés.

Bref, tout indique qu’il faudra sans doute attendre après les vacances d’été pour organiser ce second tour des municipales et que, du coup, il faudra aussi refaire le premier tour, du moins dans les communes pour lesquelles il n’avait pas permis d’élire un nouveau conseil municipal au complet. Les Carnussiens n’auront donc a priori pas à revoter, mais dans bien des communes et pas seulement à Paris ou Marseille, les conditions risquent d’être complètement différentes, six mois après le premier tour de chauffe et au vu des résultats observés le 15 mars. De nouvelles alliances pourraient se former pour essayer de tenir compte de ce sondage grandeur nature totalement inédit, et les résultats du scrutin pourraient être bien différents, surtout si le taux de participation retrouve des valeurs plus classiques…

Un bureau de vote à Strasbourg, lors du premier tour des municipales, le 15 mars 2020 (photo Frédérick Florin / AFP / 20 minutes)

Ceci dit, l’organisation de ces élections en septembre, voire début octobre, constitue un nouveau casse-tête pour le gouvernement car elles se télescoperaient alors avec les sénatoriales prévues justement en septembre mais pour lesquelles on ne peut décemment pas faire voter des élus municipaux dont le mandat aurait été anormalement prolongé et qui seraient sur le point de remettre leur mandat en jeu. Il faudrait donc décaler d’autant ces élections sénatoriales alors même que se profilent en mars 2021 à la fois les élections départementales et les régionales

On se doute bien qu’une telle situation d’incertitude est la porte ouverte pour les pressions de toute nature et les récriminations de tous ceux qui s’estiment avoir été injustement battus à l’issue du premier tour. Rarement autant de recours n’ont été formés contre des élections municipales. Entre les électeurs ou les assesseurs qui reprochent au gouvernement d’avoir mis leur vie en danger en les appelants aux urnes malgré les risques sanitaires encourus, et les mauvais perdants qui jugent que sans un taux d’abstention aussi anormalement bas ils auraient été élus dans un fauteuil, les tribunaux vont assurément avoir bien du travail dans les prochains mois !

Renaud Georges, maire sortant battu de Saint-Germain au Mont d’Or (source mairie / Le Progrès)

Ainsi, le maire sortant LREM de Saint-Germain au Mont d’Or, commune aisée des Monts du Lyonnais, battu de 76 voix à l’issue du premier tour a déposé au tribunal administratif un dossier de 150 pages dès le 20 mars pour contester la régularité de ce scrutin marqué par un taux d’abstention de 60 % dans sa commune. Et de très nombreux autres l’ont suivi ou vont le faire car exceptionnellement, les recours pourront être déposés jusqu’à 5 jours après la prise de fonction des conseillers municipaux. Tant que le confinement empêche les conseils municipaux de se réunir, il est donc encore temps de peaufiner son recours. Nul doute donc que cela va donner des idées à tous ceux qui n’ont pas digéré leur score du 15 mars et qui chercheront à le contester en justice. Quant les élections se jouent devant les juges et non pas devant les électeurs, c’est que la démocratie est souffrante, et pas seulement du fait du coronavirus

 L. V.

Gaudin repêché ? Marsactu s’amuse

3 avril 2020

Dessin signé Na ! (source L’1dex)

Depuis quelques années déjà, la pêche aux poissons d’avril ne fait plus guère recette. De même que les fonds marins s’appauvrissent de jour en jour sous l’effet de la surpêche, le poisson d’avril, blague potache s’il en est, se fait de plus en plus rare. Les journalistes ont bien trop peur d’être accusés de colporter de fausses rumeurs, des « fake news », ou, pire encore, que leur information soit prise au pied de la lettre par des lecteurs qui auraient perdu leur sens critique en plus de leur sens de l’humour.

Et forcément, en cette période de pandémie mondiale et de confinement généralisé, alors que notre pays se dit en guerre et que certains voudraient instaurer le couvre-feu et empêcher toute sortie récréative, ce n’est pas le moment de rigoler.

Saluons donc les rares publications qui ont osé franchir le pas et se permettre un petit poisson d’avril, une toute petite friture innocente et qui ne prête pas à conséquence. Marsactu fait partie de ces poissons pilotes qui n’ont pas hésité à sortir la tête de l’eau en ce 1er avril 2020, fidèle à sa jeune tradition. Créé en 2010, ce magazine web spécialisé dans l’information locale et qui a publié de nombreuses enquêtes retentissantes sur les dysfonctionnements de certaines collectivités territoriales des Bouches-du-Rhône, est désormais dirigé par ses propres salariés qui ont repris le site, alors en faillite, en 2015. Une situation qui lui permet une grande liberté de ton, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs…

Jean-Claude Gaudin accroché à son fauteuil de maire de Marseille comme une moule à son rocher (source © France TV Info)

Le gros poisson que Marsactu a remonté dans ses filets en ce 1er avril 2020 n’est autre que Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille qui, contre toute attente, est toujours à la tête de la ville, et probablement encore pour plusieurs mois. Tout le monde avait pourtant répété depuis des mois que, quoi qu’il arrive, il aura cédé son fauteuil de maire au plus tard le 27 mars 2020 puisqu’il ne se représentait pas aux élections municipales, pour la première fois depuis 1965 !

Lui-même avait multiplié depuis le début de l’année ses séances larmoyantes d’adieu, à ses services, aux médias, aux syndicats, au monde économique, et à tout ce qui compte dans la bonne ville de Marseille, répétant à l’envie qu’il n’avait rien fait d’autre de sa vie que de la politique marseillaise, et qu’il se demandait bien comment il allait pouvoir survivre à sa mise en retraite sans sombrer dans la dépression.

Seulement voilà : la crise sanitaire du Covid19 n’a pas permis au second tour des municipales de se dérouler et Jean-Claude Gaudin est donc toujours maire de Marseille, alors même que c’est l’outsider du Printemps Marseillais, Michèle Rubirola qui est arrivée en tête du premier tour, devant la dauphine désignée, Martine Vassal. Une situation totalement inédite qui a donc inspiré à Marsactu cette information décapante selon laquelle, tout compte fait et au vu de l’état de son camp toujours scindé entre une Martine Vassal déterminée et un Bruno Gilles qui ne lâche rien, il n’y avait finalement que lui pour sauver la ville.

Jean-Claude Gaudin présidant son dernier conseil municipal de Marseille, le 26 janvier 2020 (photo © Christophe Simon / AFP / Le Point)

Selon Marsactu, « le vieux loup de mer aurait comme rajeuni d’un coup », préférant renoncer provisoirement à la rédaction de ses mémoires tant annoncées pour replonger dans le bain de la politique en se justifiant ainsi : « j’ai déjà dû repousser mon départ à la retraite de quelques semaines, alors pourquoi pas de quelques années ? ». Et l’octogénaire, dopé par les nombreux exemples de maires plus âgés que lui qui ont été facilement réélus dès le premier tour, serait donc reparti pour une nouvelle aventure au long cours, vers « un mandat de transition » avant de passer définitivement la main…

Marsactu pousse même l’audace jusqu’à dévoiler en avant-première la future affiche de campagne qui permettra au futur candidat Gaudin d’aller à la pêche aux voix et de draguer l’électeur. Une affiche qui rappelle furieusement le design de la candidate du Printemps Marseillais…

Une affiche de campagne imaginée par Marsactu

Le plus drôle c’est que nombre de Marseillais seraient sans aucun doute prêts à voter sans hésitation pour reconduire Jean-Claude Gaudin à la tête de la cité phocéenne si vraiment il devait se représenter, surtout en promettant, comme le suggère Marsactu, de nommer comme premier adjoint l’autre grand nom du moment à Marseille, le professeur Didier Raoult en personne. Un duo médiatiquement gagnant, c’est certain, et qui devrait faire des vagues…

L. V.

Municipales 2020 : un premier tour atypique…

18 mars 2020

Décidément, les élections municipales se suivent et ne se ressemblent pas. On se doutait bien que celles de mars 2020 présenteraient un caractère un peu particulier, intervenant trois ans seulement après la victoire inattendue d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, suivi d’un triomphe de son tout nouveau parti, La République en Marche (LREM), aux législatives de juin 2017, qui avaient envoyé à l’Assemblée Nationale des cohortes de parfaits inconnus se disant « en même temps » à gauche et à droite, mais surtout du « nouveau monde ». Ne disposant pas, à ce jour, d’un véritable ancrage local et ayant subi de plein fouet la crise violente des Gilets jaunes et d’une critique de fond contre « le Président des Riches », le parti gouvernemental était prévenu par tout le monde qu’il pouvait s’attendre à une belle déculottée…

Les municipales 2020 à Paris : un chemin de croix pour LREM… (dessin signé © KAK / L’Opinion)

De ce point de vue, les observateurs n’ont pas été déçus, même si quelques candidats ont bien tiré leur épingle du jeu, à l’instar du Ministre de la Culture, Franck Riester ou de son collègue des Comptes Publics, Gérald Darmanin, tous deux élus dès le premier tour dans leur fief respectif de Coulommiers et de Tourcoing. Le Premier Ministre lui-même, Édouard Philippe, n’a pas réussi à s’imposer dès le premier tour au Havre. A Paris, les listes LREM conduites par Agnès Buzyn n’arrivent qu’en troisième position avec un peu plus de 17 % seulement, loin derrière Anne Hidalgo qui est créditée de plus de 29 % des suffrages sur l’ensemble de la capitale. Et à Marseille, la liste LREM défendue par Yvon Berland, n’a obtenu que moins de 8 % des suffrages exprimés et n’est en position de se maintenir que dans le 4ème secteur (6e et 8e arrondissements), avec à peine plus de 12 % des voix…

Un scrutin sous la menace du Covid-19 : dépouillement du 1er tour à Strasbourg (photo © Frederick Florin / AFP / Le Monde)

Mais c’est surtout l’ombre de l’épidémie de Covid-19 qui a fortement marqué ce premier tour des élections municipales. La plupart des meetings de campagne qui jalonnent traditionnellement la dernière semaine ayant été annulés in extremis, beaucoup s’étaient persuadés que ces élections seraient repoussées. La décision prise de maintenir le premier tour malgré le risque sanitaire a manifestement surpris plus d’un électeur et explique largement la participation exceptionnellement faible enregistrée dans la majorité des bureaux de vote. Avec un taux de participation de 44,6 % seulement en moyenne nationale, c’est la première fois qu’on enregistre une telle désaffection pour des élections municipales qui restent les favorites des Français. En 1983, ce taux était encore de 78 % et n’arrête pas de baisser depuis mais il dépassait encore 64 % lors du dernier scrutin en 2014 : la chute est brutale et plus que préoccupante pour l’état de notre démocratie…

Les près de 10 000 communes où le taux d’abstention a dépassé 50 % le 15 mars 2020 (infographie source © France TV info)

Dans un tel contexte, les surprises sont nombreuses. D’abord, et quoi qu’on en dise, le Rassemblement National (RN) et ses alliés, bien que présent dans nettement moins de communes qu’en 2014, restent à un niveau élevé. David Rachline a été confortablement réélu à Fréjus dès le premier tour, de même que Steeve Brivois à Hénin-Beaumont ou Robert Ménard à Béziers.

Les écologistes ont de leur côté effectué une belle percée lors de ce scrutin, ce qui confirme que leurs idées commencent à rencontrer un certain écho dans la population, surtout dans les grandes villes. Plusieurs d’entre eux sont arrivés largement en tête à l’issue du premier tour. C’est le cas notamment d’Eric Piolle qui devrait être réélu sans difficulté à Grenoble, mais aussi de Grégory Doucet qui crée la surprise à Lyon, ou encore d’Anne Vignot à Besançon ou de Jeanne Barseghian à Strasbourg, tandis que des écologistes sont bien placés en deuxième position à Rennes, Bordeaux, Toulouse ou encore Rouen.

Michèle Rubirola crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour des municipales à Marseille (photo © Nicolas Vallauri / MAXPPP / France 3 régions)

A Marseille, c’est aussi une écologiste qui a fait sensation en arrivant en tête du 1er tour avec 23,4 % des voix sur l’ensemble des secteurs, contre 22,3 % à Martine Vassal que tous les sondages de La Provence plaçaient pourtant largement en tête et dont les affiches avaient été placardées sur tous les espaces disponibles de la ville par des armées de mercenaires zélés. Les listes du Printemps Marseillais, conduites par Michèle Rubirola, arrivent en tête dans 3 des 8 secteurs de la ville, tandis que Samia Ghali est bien placée dans le 15-16 et Stéphane Ravier (RN) en bonne position dans le 13-14.

Rien n’est encore joué pourtant car pour l’heure on ne sait même pas à quelle date se déroulera le second tour de cette élection totalement perturbée par la crise sanitaire que traverse la France et qui justifie des mesures de confinement totalement exceptionnelles : du jamais vu sous la 5ème République ! De l’eau va couler sous les ponts d’ici là et pour l’instant tout le monde à la tête ailleurs, à commencer par la candidate Martine Vassal, que La Provence a annoncé diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est actuellement hospitalisée dans un état sérieux.

Malgré les circonstances très inhabituelles de ce scrutin et le taux d’abstention record qui a caractérisé ce premier tour, il est néanmoins remarquable de constater que plus de 30 000 communes françaises sont d’ores et déjà pourvu d’un nouveau conseil municipal élu dès le 15 mars 2020. Le deuxième tour, lorsqu’il aura lieu, ne concernera plus qu’environ 16 millions d’électeurs…

Carnoux fait partie de ces communes où un second tour ne sera pas nécessaire, le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi ayant été réélu sans surprise pour son quatrième mandat d’affilé, avec 67,5 % des suffrages exprimés. Son challenger, Gilles Di Rosa, a perdu son pari, avec à peine plus de 16 % des voix, et ne conservera plus que deux élus au conseil municipal, là où il en avait quatre. Quant à la liste citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par Jacques Boulesteix, elle fait une belle percée avec près de 16 % et obtient elle-aussi deux sièges dans le nouveau conseil municipal.

Le maire du Rove, Georges Rosso, réélu dès le 1er tour à plus de 90 ans (photo © David Rossi / La Provence)

Le maire sortant de Carnoux n’est pas le seul du secteur à avoir été facilement réélu dès le premier tour dans une telle ambiance fortement anxiogène que le Chef de l’État lui-même assimile à un état de guerre et qui incite chacun à se regrouper derrière la figure protectrice du premier magistrat de la commune. Danièle Millon à Cassis, Roland Giberti à Gémenos, Gaby Charroux à Martigues, Eric Le Dissès à Marignane ou encore François Bernardini à Istres ont ainsi retrouvé leur fauteuil de maire sans la moindre difficulté, de même que le maire sortant du Rove, le communiste Georges Rosso qui, à 91 ans, vient de se faire réélire haut la main pour son huitième mandat consécutif : un exemple pour le maire de Carnoux ?

L. V.

Le prochain maire de Rennes sera-t-il un chat ?

2 mars 2020

C’est Edwy Plenel, en observateur assidu de la vie politique française qui le rappelait avec sa grande finesse habituelle au micro de LCI entre les deux tours des dernières législatives de juin 2017, face au raz de marée annoncé en faveur des candidats se présentant au nom de la majorité présidentielle juste après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : « Un âne aurait l’étiquette En Marche, il aurait été élu« . De fait, les députés se présentant avec l’étiquette LREM ont trusté les bancs de l’assemblée quelques jours plus tard, mais force est de constater qu’aucun âne n’a néanmoins été élu député, même si certains peuvent encore avoir des doutes sur la question…

Statue probable de Caligula à cheval (source © British Museum)

Ce ne serait pourtant pas la première fois qu’un équidé assure une fonction de représentation politique de premier plan. Sans remonter jusqu’à Alexandre le Grand qui n’avait pas hésité à élever son fameux cheval Bucéphale au rang de divinité, l’Histoire a quand même retenu que l’empereur romain Caligula avait envisagé fort sérieusement, selon l’écrivain Suétone, d’accorder à son cheval Incitatus le rang de consul, lui qui bénéficiait déjà, du fait de son statut de vedette des courses de chars, d’une écurie en marbre avec râtelier en ivoire, couverture pourpre et collier incrusté de pierres précieuses.

Le cochon Pigasus confronté à une campagne militante parfois houleuse (source © Lexiconangel)

Plus près de nous, en 1968, une bande de jeunes aux idées larges et à l’esprit quelque peu embrumé par la marijuana, représentant le Youth International Party (autrement dit, les Yippies), n’avait rien trouvé de mieux que de soutenir comme candidat à la présidence des États-Unis un cochon nommé Pigasus. Le jeu de mot était audacieux, allusion à un porc (pig) à qui aurait poussé des ailes comme à Pégase, le défunt cheval fabuleux de la mythologie grecque. Annoncée durant les émeutes qui ont émaillé la convention démocrate de Chicago en août 1968, la candidature du cochon Pigasus amena ce digne représentant de la race porcine à mener campagne au cours d’une tournée valeureuse mais qui ne lui permis cependant pas d’accéder à la magistrature suprême.

François Mitterrand avec sa chienne Baltique.(photo © Vincent Amalvy / René Jean / AFP / France Soir)

François Mitterrand lui-même avait paraît-il envisagé, par dérision naturellement, de nommer au Conseil économique et social sa fidèle chienne Labrador Baltique, celle-là même que Michel Charasse, qui vient de disparaître à son tour, a dû tenir en laisse sur le perron de l’église de Jarnac pendant tout le temps que dura la cérémonie religieuse de funérailles de l’ancien Président de la République, le 11 janvier 1996. La grande proximité du célèbre labrador noir présidentiel avec les arcanes du pouvoir ont d’ailleurs conduit la chienne à publier ses mémoires en 4 tomes, aux éditions Hachette sous le titre Les Aboitim. En réalité, un pastiche du Verbatim de Jacques Attali, dont les deux premiers tomes ont été rédigés par Patrick Girard et Stéphane Benhamou, tandis qu’un autre ouvrage de confidences était publié en 1996 sous le titre : Baltique, Le gros secretpropos recueillis par Patrick Rambaud.

Le chat Subbs, en juillet 2006, dans l’exercice de ses fonctions de maire de son village en Alaska (photo © Jenni Konrad / BFM TV)

Aux États-Unis toujours, certains n’ont pas hésité à élire un animal comme maire de leur commune. L’affaire a commencé en 1997 dans le localité de Talkeetna, en Alaska. Mécontents des candidats en lice, les habitants de ce bourg ont préféré voter en masse pour un petit chaton roux dénommé Stubbs, découvert quelques jours plus tôt dans les rues de la ville. Le poste est honorifique car en réalité Talkeetna est rattaché à une autre commune où siège le véritable conseil municipal. Mais le chat Stubbs a donné entière satisfaction à ses administré et a été constamment réélu jusqu’à sa mort en 2017, ses concitoyens constatant que « il n’augmentait pas les impôts et ne se mêlait pas du commerce« . Un édile parfait en somme…

Lincoln, élue maire de Fair Haven aux États-Unis (photo © Robert Layman / Rutland Herald / AFP / RTL)

Du coup, d’autres communes ont pris exemple sur cette pratique et l’on a vu ainsi récemment, en mars 2019, une chèvre se faire élire maire de Fair Haven, une petite ville de 2500 habitants, située dans le Vermont, au nord-est des États-Unis. Pompeusement dénommée Lincoln, la jeune chèvre l’a emporté d’un cheveu (d’un poil ?) sur son challenger, le chien Sammie, dans un scrutin qui comptait pas moins de 16 candidats dont de nombreux chats et chiens, mais aussi une gerbille. Certes, le poste est, là encore, surtout honorifique puisque la gestion de la ville est entre les mains d’un « town manager », mais la chèvre Lincoln devra néanmoins se farcir les manifestations officielles affublée de son écharpe de maire taillée sur mesure, depuis le défilé du Memorial Day jusqu’au festival des pommes, une attraction festive locale…

Serge Scotto avec le chien Saucisse (photo © F. Speich / La Provence)

Mais voilà que la France se met à son tour de la partie. Il faut dire qu’il y a eu un précédent célèbre, à Marseille même où, lors des élections municipales de 2001, le chien Saucisse était tête de liste dans le 1er secteur de la ville. En réalité, le teckel en question, un chien errant recueilli tout jeune par la maison d’édition L’Écailler du Sud et adopté par l’écrivain Serge Scotto qui en avait fait le héros de plusieurs de ses romans policiers, était simplement la mascotte d’une liste alternative portant son nom et qui avait pour slogan : « pour une sauciété plus humaine, contre une vie de chien !« … Un programme qui permit quand même de réunir 4,5 % des suffrages exprimés, soit davantage que la liste du mouvement gaulliste, le RPF ! Un beau succès donc, au point que le chien Saucisse, grisé par sa notoriété politique, chercha à se présenter à la présidentielle de 2002, mais il ne put malheureusement recueillir les 500 signatures nécessaires…

Après un tel précédent, c’est maintenant un chat qui fait parler de lui à l’occasion des prochaines élections municipales de mars 2020 où il est officiellement candidat sur la liste de La France Insoumise à Rennes. Une liste menée par Enora Le Pape qui, à 34 ans, avait éliminé au premier tour des législatives de 2017 le président socialiste de Rennes Métropole, Emmanuel Couet, avant de s’incliner au second tour face au candidat de la République en marche (qui n’était pourtant pas un âne mais un certain Florent Bachelier). La voila maintenant à la tête de la liste LFI pour les municipales et cette liste présente donc en 61ème position, un candidat mystère dont le nom n’a été révélé que le 22 février dernier par le quotidien local, Le Télégramme. Il s’agit du chat REC (comme le nom de la liste, intitulée Rennes en commun).

Enora Le Pape et le chat REC lors de la présentation des candidats pour les municipales à Rennes

Bien entendu, c’est un humain qui lui servira officiellement de prête-nom et dont l’identité figure sur la liste déposée officiellement en Préfecture car, même en Bretagne, les chats ne sont pas encore éligibles aux municipales. Mais c’est bien le chat qui figurera sur toute la communication et les affiches de campagne. Il ne sera d’ailleurs pas en position éligible même si ses colistiers sont optimistes sur leurs chances de succès. Le codirecteur de campagne, Félix Boulanger (à ne pas confondre avec Félix le chat) justifie ce choix par le fait qu’il existe 200 000 animaux de compagnie à Rennes et que REC méritait donc bien une place sur la liste pour séduire cet électorat qui certes, n’a pas (encore) le droit de vote mais ne manque pas d’une certaine influence sur ses propriétaires.

Choisir un chat comme représentant politique ne manque d’ailleurs pas de pertinence car, comme l’avait déjà observé l’historien Hippolyte Taine, « J‘ai étudié beaucoup de philosophes et de nombreux chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure« . Et ne parlons même pas de celle de certains de nos élus

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

Duel d’artillerie lourde à Carnoux…

8 février 2020

Il y a encore quelques mois, tout le monde annonçait une campagne municipale terne, sur fond de découragement des élus qui, à en croire les médias, étaient tous sur le point de jeter l’éponge, et de démobilisation des citoyens, gagnés par l’apathie et tentés par l’abstention. Mais à un peu plus d’un mois du premier tour, il n’en est rien ! Voilà qu’à Carnoux, la campagne a pris des allures d’affrontement sanglant..

C’est Gilles Di Rosa qui a déclenché l’offensive dès le mois d’octobre 2019, alors que le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 37 ans, avait annoncé dès le mois de janvier, sa volonté de briguer un quatrième mandat de maire. Les tracts distribués, semaine après semaine, par l’équipe de Gilles Di Rosa, ont peu à peu instillé leur venin… C’est d’abord le rond-point des Barles qui a été pointé du doigt : une dépense somptuaire à 70 000 €, présentée comme un « gaspillage de l’argent public ». Puis c’est le placement financier de 200 000 €, immobilisé depuis 2014 sous forme de parts sociales dans un établissement bancaire, qui a été mis en cause. Et c’est enfin le crédit quasi gratuit de 800 000 € accordé par la commune fin 2013 au diocèse de Marseille en toute illégalité, afin de permettre à ce dernier de réaliser à bon compte la reconstruction du collège privé Saint-Augustin, une opération qui avait fait l’objet de vertes critiques de la part de la Chambre régionale des comptes.

Attaqué sur son terrain favori de la gestion financière des deniers publics, le sang du maire sortant n’a fait qu’un tour. Et le voici donc qui diffuse dans toutes les boîtes aux lettres de la ville un tract incendiaire où on le voit, les manches retroussées et les bras croisés dans une allure de défi, répondre pied à pied à son adversaire animé d’une « véritable ambition » comme le rappellent chacun de ses tracts de campagne.

Et c’est carrément l’artillerie lourde qui est employée pour répondre aux tirs de snipers de la liste adverse. A ce niveau-là, les cibles mineures comme le rond-point et son olivier centenaire, sont négligées : trop petit pour la Grosse Bertha avec laquelle le maire sortant pilonne le camp adverse… Les arguments manquent un peu de précision, mais l’essentiel est d’impressionner l’adversaire !

Le fond du problème est que la commune a trop d’argent et dégage année après année un excédent budgétaire important : 520 000 € en 2017 et quasiment 1,2 millions en 2018 ! La commune a beau s’efforcer de réaliser des dépenses somptuaires, du rond-point de l’olivier à l’hôtel de ville quelque peu disproportionné en passant par l’enfouissement des lignes électriques, comme la quasi totalité des investissements est subventionnée, parfois jusqu’à 70 %, par le Conseil départemental, il reste toujours trop d’argent en fin d’exercice et c’est ce qui explique ces placements financiers et ces prêts quelques peu inhabituels et normalement interdits dans une commune pour laquelle l’annuité du budget est un principe de base.

Le collège Saint-Augustin à Carnoux (source site du collège)

Sur la question du crédit de 800 000 € accordé au diocèse pour la reconstruction du collège Saint-Augustin, l’argument mis en avant par le maire est tout simplement effarant, surtout venant de la part d’un spécialiste en finances publiques. Il reconnaît bien volontiers, comme l’a expressément écrit la Chambre régionale des comptes que se décision était parfaitement illégale, ce qui est un peu surprenant de la part de celui qui, de par sa fonction même de représentant de l’État et d’officier de police judiciaire, est garant de la légalité des décisions de la collectivité. Mais il estime que c’était faute vénielle car elle est restée exceptionnelle. C’est comme si un malfrat se targuait de son honnêteté en plaidant : « oui, j’ai braqué une banque, mais je ne l’ai fait qu’une fois, et en plus je n’ai même pas été condamné… »

Ces échanges nourris de tirs d’artillerie entre deux listes que seules séparent des ambitions personnelles (rappelons quand même au passage que Gilles Di Rosa était l’adjoint de Jean-Pierre Giorgi de 2001 à 2008 et qu’il a été élu sur sa même liste en 2008, même si son élection a été ensuite invalidée) transforment depuis quelques semaines déjà la place du marché en champ de bataille où les deux équipes au complet s’affrontent sous l’œil amusé des quelques Carnussiens qui viennent y faire leurs courses.

Article publié dans La Provence le 6 février 2020

Pendant ce temps et loin de ces batailles d’ego d’un autre temps, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire trace pas à pas son sillon en mettant en avant des thématiques qui touchent à la vie quotidienne des Carnussiens dans un monde mouvant et soumis à des défis majeurs tels que le changement climatique global, la montée des inégalités sociales ou la transition énergétique. Comment mieux associer chaque citoyen aux choix d’investissement via la mise en place de budgets participatifs ? Comment mieux faire face collectivement aux défis d’une métropole en pleine construction et qui n’a guère fait preuve d’efficacité jusqu’à présent alors que c’est à son échelle que doivent être gérés le développement d’une activité économique innovante, le rééquilibrage des offres de logement accessibles à tous, la mise en place de transports publics performants, le maintien d’un maillage adapté de services publics accessibles, mais aussi la gestion des ressources en eau, la prévention des risques naturels et technologiques, la préservation des espaces naturels et agricoles ou encore la lutte contre les pollutions ?

Toutes ces thématiques et bien d’autres encore font l’objet d’analyses et de propositions concrètes, détaillées sur le site internet de la liste. Elles ont été largement abordées lors d’une réunion publique qui s’est tenue à la Crémaillère, mardi 4 février 2020 et qui a rassemblé une soixantaine de Carnussiens avides de donner leurs avis et d’émettre des propositions concrètes : comment développer le réseau de pistes cyclables à Carnoux ? Comment mettre en place un dispositif de pedibus pour accompagner les enfants à l’école communale ? Comment rendre plus accessibles les équipements culturels et sportifs de qualité dont dispose la commune et qui sont largement sous-utilisés ? Comment encourager et accompagner les initiatives individuelles d’isolation thermique des maisons et de mise en place de panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire et la production électrique ? Comment mieux évaluer le niveau de pollution de l’air du fait des flux incessant de voitures qui traversent la ville et surtout comment réduire cette circulation ? Comment développer les espaces verts et lutter contre les îlots de chaleur en ville ?

Réunion publique de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire à la Crémaillère, le 4 février 2020 (source © CPC)

Autant de questions qui passionnent nombre de Carnussiens, intéressés par cette démarche citoyenne un peu à rebours des querelles de politiciens semi-professionnels qui se disent bon gestionnaires parce qu’ils savent faire des dossiers de demande de subvention et des placements financiers. Gérer une commune est bien plus que cela : c’est aussi associer les habitants aux décisions pour créer du consensus et du lien social afin d’anticiper sur les défis qui nous attendent collectivement et trouver ensemble les meilleures voies pour y faire face…

L. V.

Municipales : le pastis de Marseille…

20 janvier 2020

Jean-Claude Gaudin en visite rue d’Aubagne aux côtés du ministre Julien Denormandie, le 7 novembre 2018 (source © Préfecture des Bouches-du-Rhône / GoMet)

Les fins de règne sont toujours des moments délicats qui peuvent réserver bien des surprises et favoriser de belles empoignades entre prétendants. A Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a fêté ses 80 ans en octobre dernier, ne briguera pas un cinquième mandat de maire, lui qui est élu à la mairie de Marseille depuis 1965. Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, drame à l’issue duquel certains ont été jusqu’à le traiter d’assassin…

Il avait bien adoubé (après de nombreux autres dauphins putatifs successifs), le sénateur LR Bruno Gilles, lequel lui avait succédé en 2016 à la tête de la fédération départementale des Républicains. Greffé du cœur en 2017, ce miraculé n’a pas hésité à présenter dès septembre 2018 sa candidature au fauteuil de maire. Sauf que, depuis, Jean-Claude Gaudin a changé d’avis et soutient désormais officiellement Martine Vassal laquelle lui a déjà succédé au fauteuil de présidente de la métropole Aix Marseille Provence, après avoir auparavant pris la tête du Conseil Départemental en 2015. C’est donc cette dernière qui a finalement obtenu l’investiture officielle de son parti. Il y a trois mois, c’est elle qui paraissait la mieux placée pour remporter la mairie, alors que la République en marche (LREM) hésitait toujours à choisir sa tête de liste et que les candidats de gauche se déchiraient dans une désunion suicidaire.

Le match entre Martine Vassal et Bruno Gilles : panneaux d’affichage à Marseille en décembre 2019 (photo © David Rossi / MaxPPP / FranceTVInfo)

Mais à deux mois du premier tour des municipale, la situation électorale reste des plus confuses, ce qu’on appel ici un beau pastis… A droite, il est certain désormais que Bruno Gilles ne retirera pas sa candidature et ira jusqu’au bout de son affrontement avec Martine Vassal, entraînant d’ailleurs sur ses listes quelques conseillers municipaux sortant de l’actuelle majorité, tandis que le Rassemblement national, sous la houlette de Stéphane Ravier entend bien jouer un rôle majeur dans ses prochaines municipales. Quant à LREM, Il semble qu’Emmanuel Macron ait enfin tranché et que c’est le médecin et universitaire Yvon Berland qui conduira finalement la liste du parti gouvernemental.

Michèle Rubirola, candidate à la mairie de Marseille pour le rassemblement de la gauche, des écologistes et des citoyens (source)

A gauche, l’écologiste Stéphane Barles maintient jusque-là sa volonté de se présenter coûte que coûte au nom d’Europe écologie – Les Verts, lui a qui a claqué bruyamment la porte des discussions lancées depuis des mois en vue de constituer une liste unique de gauche dans laquelle la société civile engagée au sein du Printemps marseillais souhaitait jouer un rôle moteur. Un mouvement qui, c’est la bonne surprise au milieu de ce bazar innommable, semble sur le point d’aboutir. La liste, qui rassemblerait socialistes, communistes, France insoumise et écologistes, devrait être conduite par Michèle Rubirola, et devrait comporter une moitié de candidats issus directement de la société civile, plusieurs centaines d’entre eux, ayant fait acte de candidature.

A cela s’ajoutera une liste portée par la sénatrice Samia Ghali, ex socialiste en rupture avec son parti mais qui se revendique toujours de gauche, ainsi qu’au moins une liste qui se présente comme « démocrate et écologiste », sous la houlette du centriste Christophe Madrolle, et ceci sans compter les multiples autres candidats qui ne manqueront pas de se déclarer d’ici fin février, date de clôture des inscriptions…

Répartition des conseillers municipaux de Marseille par secteur (infographie publiée dans La Provence le 20 janvier 2020)

Dans un paysage électoral aussi éclaté et insolite, le premier sondage que vient de publier la Provence, vendredi 17 janvier 2020, ne manquait donc pas d’intérêt pour savoir comment les électeurs allaient bien pouvoir se positionner. L’exercice a bien entendu ses limites, d’abord parce qu’une bonne partie des têtes de liste sont de parfaits inconnus pour bon nombre de Marseillais alors que la campagne n’a même pas encore commencé, et ensuite parce que, rappelons-le, l’élection du maire de Marseille, comme à Lyon ou Paris, se fait par secteur (chacun regroupant deux arrondissements) et avec un nombre de conseillers municipaux variable : 32 dans le secteur 7 (13e et 14e arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille) mais 16 seulement dans le secteur 2 (2e et 3e arrondissement, en centre ville, d’Arenc au Vieux Port).

Dans chaque secteur, un tiers seulement des conseillers municipaux élus (qui sont 303 au total) siège au Conseil Municipal, les autres ne participant qu’au conseil de leur secteur. Ce sont donc finalement ces 101 conseillers qui choisissent le maire de Marseille. Dans ce contexte et comme pour l’élection du Président des États-Unis, le gagnant n’est donc pas forcément celui qui a le plus de suffrages mais celui qui a su faire élire le maximum de colistiers sur les 8 secteurs…

Montage photo figurant en première page de La Provence en date du 17 janvier 2020

A cette réserve près, ce premier sondage confirme, pour ceux qui en douteraient encore, que le Rassemblement national (RN) devrait maintenir son score de 2014 avec, à ce jour 22 % des intentions de vote parmi les personnes interrogées. Ceci reste assez comparable au score moyen obtenu en 2014 par les listes du Front National, mais qui présentait en réalité de fortes disparités selon les secteurs, permettant notamment à Stéphane Ravier d’emporter la mairie du 13-14 avec 32 % des voix au premier tour et un peu plus de 35 % au second.

Ce sondage place en tout cas Martine Vassal en tête des intentions de vote à ce jour, légèrement au delà du RN, mais avec un score étriqué de 23 %, très inférieur à celui que lui donnaient les sondages précédents et très éloigné de celui obtenu en 2014 où elle figurait en deuxième place sur la liste de Jean-Claude Gaudin, laquelle avait recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés dès le premier tour dans son secteur (6-8).

Sondage publié par La Provence le 17 janvier 2020

La véritable surprise de ce sondage concerne en fait le beau score de la liste d’union de la gauche qui sera conduite par Michèle Rubirola, laquelle est créditée, malgré sa faible notoriété, de 16 % des intentions de vote, talonnée d’ailleurs par la liste du Vert Stéphane Barles (14 %). Ceux qui prônaient l’union entre ces deux listes ne pourront que constater amèrement que cela leur auraient permis de se placer facilement en tête dès le premier tour, mais passons…

Les grands déçus de ce premier tour de chauffe sont naturellement le candidat LREM Yvon Berland, crédité de seulement 8 % des intentions de vote, mais qui répète à qui veut l’entendre que la campagne ne fait que commencer et que son score pourrait bien grimper en flèche dans les semaines qui viennent. Quant aux deux outsiders, Bruno Gilles et Samia Ghali, seuls 7 % des sondés se disent prêts à voter pour eux, ce qui ne permettrait pas de les qualifier au second tour.

Sauf qu’il s’agit d’une élection majoritaire à deux tours et par secteur. En 2014, la liste conduite par Samia Ghali avait facilement emporté le secteur 8 (15-16) avec plus de 45 % des suffrages au deuxième tour dans une triangulaire et espère bien rééditer l’exploit dans ces quartiers nord où elle est bien implantée. De son côté, Bruno Gilles compte sur son alliée surprise, Lisette Naducci, ancienne guériniste puis soutien de Jean-Claude Gaudin, et actuelle maire des 2e et 3e arrondissements pour gagner ce secteur 2. Bien difficile donc, dans ces conditions, de se livrer à des pronostics sérieux, quant au nom de celui qui s’assiéra dans le fauteuil de maire de Marseille à l’issue du second tour des prochaines municipales…

L.V.

A Carnoux, je te tiens, tu me tiens…

7 janvier 2020

C’est à une bien belle cérémonie des vœux qu’ont pu assister les habitants de Carnoux massés en nombre dans la salle communale de l’Artea en ce vendredi 3 janvier 2020. La Provence, jamais avare de papier pour rendre compte des faits et gestes des élus locaux, relate la soirée sur une page quasi entière du quotidien dans son édition du 4 janvier. Chacun saura ainsi que les heureux participants à ce grand moment ont pu bénéficier en début de soirée et avant les discours officiels d’un spectacle gratuit de musiques et de danses irlandaises : du grand art !

Tract de campagne distribué par la liste de Gilles Di Rosa

Car rien n’était trop beau naturellement pour cette soirée exceptionnelle payée par le budget communal qui, comme chacun sait est largement excédentaire à Carnoux, au point de réaliser des placements financiers avec les recettes budgétaires inutilisées, comme s’en indigne le conseiller municipal d’opposition Gilles Di Rosa dans son dernier tract de campagne.

Il s’agissait en effet rien de moins, à travers cette soirée festive, que de marquer la clôture prochaine de la mandature ouverte en 2014, la troisième pour laquelle M. Jean-Pierre Giorgi occupe le fauteuil de maire. Mais cette soirée marque surtout le point de départ officiel de la nouvelle campagne municipale puisque M. Giorgi avait annoncé dès la précédente cérémonie des vœux début 2019 sa volonté de se présenter pour un nouveau mandat, lui qui est élu sans discontinuer à la mairie de Carnoux depuis 1983. Une volonté qu’il a bien entendu réaffirmée haut et fort lors de cette soirée après avoir dressé lui-même un bilan naturellement très flatteur de la mandature qui s’achève.

Bien entendu, le maire sortant ne doute à aucun moment d’être réélu triomphalement en mars prochain et il va même jusqu’à plaisanter sur scène en laissant entendre que son ambition affichée est d’être réélu dès le premier tour de scrutin, le dimanche 15 mars, lui dont la liste avait obtenu en 2014 un peu plus de 47 % des suffrages exprimés à l’issue du premier tour. A l’époque, il est vrai que pas moins de cinq listes étaient en compétition dont trois avaient pu se maintenir au second tour.

Il n’y en aura probablement pas autant en 2020, mais néanmoins davantage que la seule liste de Jean-Pierre Giorgi et celle menée par Gilles Di Rosa, que cite également le journaliste de La Provence. Une autre liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire est en effet en préparation et vient de procéder à la distribution d’un premier tract appelant les Carnussiens qui le souhaitent à participer à cette aventure citoyenne de la gestion municipale dans un esprit participatif auquel le maire sortant ne les a guère habitués jusque-là. Et il serait bien étonnant que le Rassemblement national, qui aux dernières élections européennes en 2019 était largement en tête à Carnoux avec 37,4 % des voix, ne présente pas aussi sa propre liste…

On ne manquera pas néanmoins de noter comme l’a fait La Provence, que Monsieur Giorgi était particulièrement bien entouré lors de cette cérémonie des vœux. Lui qui, il y a quelques années encore, se présentait comme apolitique, a bien viré sa cuti, n’hésitant plus à affirmer à qui veut l’entendre comme il l’avait fait en octobre 2016 à un journaliste du Monde « je ne suis pas du tout de gauche et pas du tout d’extrême droite ». Il soutenait à l’époque François Fillon avant de donner son parrainage en faveur de la candidature de Nicolas Dupont-Aignan à la Présidentielle de 2017, puis de faire campagne tout aussi ouvertement aux côtés du député LR Bernard Deflesselles quelques mois plus tard.

Le maire de Carnoux bien entouré lors de la cérémonie des vœux 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence)

Et maintenant, tout ce beau monde se presse autour du maire sortant puisqu’étaient présents et bien en vue sur la photo de famille en ce début de campagne municipale, outre le sénateur RN Stéphane Ravier, l’inamovible député LR Bernard Deflesselles, mais aussi tous les élus locaux LR, de Gérard Gazay à Roland Giberti en passant par Danièle Millon ou Patrick Boré (qui s’était fait représenter). Voilà bien la marque de fabrique de nos élus locaux qui tous se tiennent par la barbichette, se soutenant mutuellement à chaque élection et se rendant de menus services en permanence, via le principe des cofinancements qui permet à une ville comme Carnoux de faire financer la quasi-totalité de ses investissements par d’autres collectivités, le Département en tête. Monsieur Giorgi n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler en évoquant notamment le coûteux programme d’enfouissement des lignes électriques qui s’achève et qui n’a été rendu possible que grâce à la générosité exceptionnelle du Conseil Départemental. On ne le remerciera jamais assez…

L. V.

Élections municipales : un pacte pour l’avenir ?

27 décembre 2019

Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg le 3 septembre 2002 (photo © SIPA Press)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait reconnu, lors du Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002, le Président Jacques Chirac, dans un éclair de lucidité, lui qui ne s’embarrassait guère de scrupules en matière de gestion durable et équitable des ressources naturelles comme d’ailleurs des deniers publiques, au point de finir sa carrière avec une infamante condamnation à deux ans de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.

La phrase est restée dans les annales et reflète bien le sentiment d’impuissance qui caractérise chaque citoyen face à cette catastrophe écologique qui se précise de jour en jour et devant laquelle chacun se bouche les yeux en espérant pouvoir continuer à vivre comme si de rien n’était, profitant à plein des bienfaits confortables de notre société de consommation tout en priant pour que le système tienne le coup au moins jusqu’à la génération suivante…

Manifestation d’étudiants en faveur de la transition écologique à Nantes en février 2019 (photo © Estelle Ruiz / Nur Photo / La Croix)

Les plus jeunes l’ont d’ailleurs bien compris et ce n’est pas par hasard qu’ils constituent de très loin les plus gros bataillons de ceux qui se mobilisent en faveur d’un mode de vie plus respectueux des ressources naturelles limitées de notre planète et pour une transition écologique vers une société qui modère ses émissions de gaz à effet de serre en développant le recours à des sources d’énergie renouvelables. Une véritable révolution culturelle, sociale, économique et politique qui malheureusement indiffère totalement voire suscite la plus grande ironie de la part d’une très large majorité de nos responsables politiques, souvent âgés et qui se sentent bien plus concernés par les résultats à court terme du marché boursier que par ces enjeux planétaires de long terme.

Nicolas Hulot en son temps, avait bien tenté de faire signer par les principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007 un « Pacte écologique » les engageant à mettre en œuvre une politique ambitieuse permettant une prise en compte centrale des enjeux environnementaux. Le gagnant de cette élection, Nicolas Sarkozy, avait d’ailleurs signé sans barguigner cet engagement, de même que 342 des députés élus lors des législatives qui ont suivi, ce qui ne les a pas empêchés de s’asseoir allègrement sur leurs promesses et de mettre en œuvre, une fois élus, des mesures qui n’ont fait qu’aggraver la situation.

De là à en déduire que la transition écologique est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls politiques, il n’y a qu’un pas que nombre de militants associatifs ont franchi depuis belle lurette. On assiste d’ailleurs, à l’occasion des prochaines élections municipales prévues en mars 2020, à l’éclosion de très nombreuses listes dites citoyennes et écologistes, issues précisément de la société civile, et qui cherchent à mettre en avant une démocratie basée davantage sur la concertation et la participation citoyenne, avec pour objectif une meilleure prise en compte de l’intérêt général via des mesures concrètes en faveur de plus d’équité, de solidarité et de responsabilité y compris envers les générations futures.

C’est dans cet esprit qu’ont travaillé une quarantaine d’associations et organismes réunis au sein d’un « Collectif pour une transition citoyenne » afin d’élaborer un nouveau « Pacte pour la transition » destiné justement à inspirer les politiques publiques qui pourront être conduites dans les quelques 35 000 communes de France, à compter des prochaines échéances électorales.

On sait bien que les enjeux climatiques et environnementaux, qui par nature dépassent les frontières administratives, ne peuvent être traités de manière correcte qu’à l’échelle planétaire. Mais le principe de réalité oblige à constater qu’il n’existe pas de volonté politique parmi nos responsables politiques pour impulser ces évolutions nécessaires. L’échec de la COP 25 l’a encore récemment démontré.

En revanche, chacun peut agir au niveau local sans attendre un hypothétique consensus global. C’est bien en effet à l’échelle de la commune et, de plus en plus, de l’intercommunalité, enjeux des prochaines échéances électorales de mars 2020, que se mettent en œuvre la plupart des politiques publiques qui ont un impact direct sur nos émissions de gaz à effet de serre et sur l’avenir de notre environnement. Gérer de manière plus durable nos ressources en eau, développer des transports en communs accessibles et fiables comme alternative au tout voiture, développer la production d’énergie renouvelable, favoriser les débouchés commerciaux des exploitations agricoles bio locales, réduire les rejets dans le milieu naturel d’eaux usées insuffisamment traitées, stopper l’artificialisation et l’imperméabilisation des terres par un aménagement urbain repensé, mieux trier et recycler les déchets, etc. : la liste est longue de toutes les mesures en faveur d’une transition écologique qui relèvent directement du champ de compétence de la commune et de la métropole.

Fribourg, la ville écologique de demain ? (photo © Bertrand Rieger / Ville intelligente)

Issu d’une très large concertation citoyenne, les propositions du Pacte pour la transition, mettent en avant trois principes et 32 mesures sous forme d’un catalogue dans lequel peuvent puiser les candidats qui s’engagent à le respecter. Les principes sont simples puisqu’il s’agit d’une part d’impulser et soutenir auprès du plus large public les actions de sensibilisation à la nécessité de cette transition écologique, d’autre part de mettre en place un processus de construction collective et concerté des politiques locales, et enfin de prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux à long terme dans tous les projets et les décisions de la commune.

Quant aux 32 mesures qui sont listées et qui sont détaillées dans des fiches techniques pratiques expliquant comment les mettre en œuvre, exemples à l’appui, elles sont très variées puisqu’elles concernent aussi bien la mobilisation citoyenne, via notamment la création d’une commission extra-municipale destinée à s’assurer de la compatibilité des projets municipaux avec les enjeux sociaux, climatiques et environnementaux de long terme, que par exemple la limitation de la place de la publicité dans l’espace public ou la mise en place d’une tarification incitative au tri des déchets.

Urbanisme, logement, gestion de l’eau et des espaces naturels, éclairage public, transports en commun, pistes cyclables, cantine scolaire, achat public, tous les thèmes sont abordés et l’exercice montre de manière très éclairante à quel point les élus municipaux ont entre leurs mains la plupart des leviers qui permettent d’agir en faveur d’une transition écologique ambitieuse. Encore faut-il qu’ils aient la volonté de s’engager dans une telle direction. Mais c’est à chaque citoyen de faire en sorte de l’y inciter par son vote…

L. V.

Municipales 2020 à Marseille : c’est le souk !

25 novembre 2019

Le premier tour des élections municipales aura lieu dans moins de quatre mois, le 15 mars 2020, mais la situation est loin d’être claire dans la deuxième ville de France, c’est le moins que l’on puisse dire… La seule chose dont on est sûr c’est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, élu municipal à Marseille depuis bientôt 55 ans et maire de la ville sans discontinuer depuis près de 25 ans, ne se représentera pas.

Jean-Claude Gaudin, le 4 novembre 2018 (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018, lui qui n’ose même plus sortir de l’hôtel de ville pour aller apposer sur place la plaque commémorative pourtant toute prête, et qui vient encore de se faire étriller par un reportage peu amène diffusé cette semaine par FR3 sous le titre « Élu public n°1 – Gaudin, l’heure de l’inventaire ».

Il y est notamment question du dernier rapport rédigé par la Chambre Régionale des Comptes, portant sur la gestion de la Ville de Marseille entre 2012 et 2017. Un rapport qui n’est pas encore rendu public mais qui a fait l’objet d’un débat en conseil municipal ce lundi 25 novembre 2019 et dont les médias se sont déjà largement fait l’écho, à l’exemple du site GoMet. Le maire sortant a beau se défendre comme un beau diable contre des accusations infondées et qui ne seraient que du vulgaire « Marseille bashing » selon son expression favorite, n’hésitant pas à reporter ses difficultés sur un héritage défavorable laissé par ses lointains prédécesseurs, il y a plus de 25 ans, le tableau est sombre…

On y apprend entre autres que la masse salariale constituée de 12 000 agents municipaux, qui grève lourdement le budget de fonctionnement de la ville, non seulement n’a pas diminué malgré le transfert de multiples compétences à la Communauté Urbaine puis à la Métropole, mais a même augmenté de 11 % entre 2012 et 2017. Très au-delà de ce qui est observé sur la même période dans les autres grandes villes françaises. La CRC s’étonne d’une « rémunération brute moyenne des agents au-dessus de la moyenne nationale », d’un « temps de travail inférieur à la durée légale » ou encore d’un « système de badgeage des personnels, opérationnel que dans un nombre restreint de services ».

Elle déplore aussi que « la ville ne dispose toujours pas d’une base de données exhaustive permettant de connaître de manière très fine la consistance de son patrimoine». Un patrimoine pourtant conséquent comprenant près de 450 écoles et plus de 5 000 bâtiments au total. Et la CRC de pointer un certain nombre d’irrégularités dans l’exploitation de ce patrimoine ainsi qu’un défaut de vision stratégique cohérente dans sa gestion et son entretien. De quoi apporter largement de l’eau au moulin des critiques développées récemment dans l’ouvrage de Philippe Pujol, intitulé « La chute du monstre » et qui n’est pas tendre non plus avec l’organisation du système Gaudin.

Dans un tel décor de fin de règne plutôt sombre, on se doutait bien que la succession du vieux maire ne serait pas des plus simples. La cacophonie qui sévit dans ce début de campagne électorale et à quelques mois seulement des élections, montre que la réalité est encore bien pire que ce que l’on pouvait imaginer. La situation devrait sans doute décanter dans les prochaines semaines, mais pour l’instant c’est un bazar innommable, de nature à dérouter le citoyen le plus averti !

Dans le camp Les Républicains du maire sortant, deux candidats s’opposent frontalement. D’un côté, Bruno Gilles, lancé en campagne depuis bien longtemps, initialement avec le soutien de Jean-Claude Gaudin, et de l’autre Martine Vassal, déjà Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix Marseille Provence, et qui se targue désormais du soutien de son mentor, Jean-Claude Gaudin, pour briguer un troisième fauteuil.

Martine Vassal et Bruno Gilles, en compétition pour l’investiture LR (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Tous les deux sont membres de la majorité sortante depuis maintenant 18 ans, mais veillent soigneusement à ne pas assumer trop ouvertement l’héritage du passé, un exercice d’équilibrisme complexe dans lequel Bruno Gilles peut compter sur le soutien sans faille de son ami Renaud Muselier, Président de la Région PACA, qui y voit là l’occasion d’une revanche contre Jean-Claude Gaudin, responsable à ses yeux de sa déconfiture face au socialiste Eugène Caselli en 2008 lors de l’élection à la présidence de la Communauté urbaine aujourd’hui disparue : les politiques ont la rancune tenace…

Une réunion de conciliation s’est tenue à Paris le 13 novembre dernier pour tenter de départager les deux candidats mais la faconde de Gaudin n’a pas suffi et c’est la commission d’investiture qui tranchera le 27 novembre, sachant que les deux candidats en lice ont déjà prévenu qu’ils iraient jusqu’au bout de leur démarche, quel que soit le choix du parti LR : ambiance, ambiance…

Jean-Philippe Agresti, en lice pour les municipales de Marseille ? (source GoMet)

Du côté de La République en Marche, la situation est encore plus obscure avec au moins 4 candidats potentiels dont 3 se sont déclarés ouvertement. Le premier à l’avoir fait, le député Saïd Ahmada, a annoncé, selon Le Monde, le 19 novembre 2019, qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » tandis que son challenger, Yvon Berland, attend toujours désespérément qu’une décision soit prise par la commission d’investiture du parti présidentiel. Emmanuel Macron, qui escomptait une alliance LR-LREM, a dépêché sur place un fidèle, Jean-Marc Borello, pour tenter de constituer une liste LREM cohérente malgré cette empoignade. Mais le seul effet jusqu’à ce jour a été de faire sortir du bois un autre candidat plus ou moins déclaré en la personne de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, qui se sent pousser des ailes et compte sur le soutien présidentiel, comme l’a relaté le site Made in Marseille, lui qui s’affichait encore le 4 juillet dernier comme soutien de Martine Vassal…

On a même vu surgir, dans ce paysage pour le moins incertain, un candidat venu de nulle part, un certain Michel Pinard, diplomate retraité, expert en trafic de drogues et en géopolitique du Maghreb, comme il l’a détaillé à 20 Minutes, et qui ne doute pas une seconde de créer la surprise en remportant le fauteuil de maire au nez et à la barbe de ses concurrents malgré son absence d’engagement politique.

Il faut dire qu’à gauche, le tableau n’est pas des plus clairs non plus. Les différentes initiatives citoyennes pour tenter de fédérer les courants qui se disent progressistes, entre Printemps marseillais et Pacte démocratique, ont bien du mal à se concrétiser et à composer avec les égos des uns et des autres. Les écologistes d’EELV, rassemblés autour de Sébastien Barles, ont déjà claqué la porte en septembre, comme nous l’avions évoqué ici, et iront seuls à la bataille.

Jean-Luc Mélenchon en novembre 2019 à Marseille (photo © Clément Mahoudeau / AFP / 20 Minutes)

Jean-Luc Mélenchon a bien essayé de jouer les médiateurs et est venu à Marseille jeudi 13 novembre pour tenter de mettre tout le monde d’accord, si possible avec une tête de liste issue de la France Insoumise, mais a dû jeter l’éponge et repartir illico à Paris en jetant un « Débrouillez-vous ! » désabusé, comme l’a raconté Marsactu. Le Pacte démocratique, issu principalement de la société civile et des milieux associatifs avait menacé début novembre d’interrompre les négociations dans lesquelles les partis traditionnels avaient tendance à reprendre leurs petites habitudes et à tirer la couverture à eux. Une nouvelle réunion aurait été fixée au 30 novembre, toujours selon Marsactu, mais rien ne dit qu’une candidature commune pourra émerger ni comment elle se positionnera face à une multitude de listes de gauche, la position de certains, tels Samia Ghali, restant encore bien floue à ce stade.

Stéphane Ravier présente ses têtes de liste RN le 19 septembre 2019 (photo © Xavier Cherica / La Provence)

Finalement, dans cet océan d’incertitudes, force est de constater que le seul bloc en ordre de marche est celui du Rassemblement National dont toutes les listes par arrondissement sont d’ores et déjà constituées, sous la bannière du sénateur Stéphane Ravier, lequel ne manque jamais une occasion de rappeler que, sur la ville de Marseille, c’est son parti qui a fait, de très loin, le meilleur score lors des dernières élections européennes en mai dernier. Voilà qui sonne quelque peu comme un avertissement pour tous les autres candidats, tous chantres de la démocratie, mais qui tardent un chouïa à se mettre d’accord pour constituer leurs listes…

L. V.

Municipales : l’appétit vient en mangeant…

19 novembre 2019

Il y a tout juste un an, en novembre 2018, toute la presse, le Figaro en tête, ne bruissait plus que de cela : la moitié des maires ne souhaitait plus se représenter. Selon une enquête conduite par l’Association des maires de France (AMF) et le CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po, dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité. 49 % exactement des quelques 4500 élus locaux interrogés, préféraient tirer leur révérence et abandonner leur fauteuil de maire pour se consacrer à leur famille.

Au congrès des maires de France, le 18 novembre 2015 (photo © Corentin Fohlen / Divergence / Libération)

De quoi tirer quelques larmes de compassion à quelques jours de l’ouverture du traditionnel congrès annuel des maires de France, pour plaindre ces élus mal considérés et parfois malmenés, réduits à jeter l’éponge faute de reconnaissance de leur dévouement sans faille au service de l’intérêt général. Ajouté à cela, un autre chiffre tout aussi alarmant circulait, celui des 1021 maires recensés par le Figaro qui avaient claqué leur démission entre mars 2014 et août 2018, dont pas moins de 386 depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, un an auparavant, en 2017.

Des chiffres assez inhabituels en effet, qui exprimaient un malaise évident de nos édiles confrontés à un individualisme et des comportements purement consuméristes de la part de leurs concitoyens prêts à les insulter voire à les traduire en justice au moindre manquement de leur part, mais bien peu reconnaissant de leur engagement personnel au service de la collectivité.

Maire de petite commune rurale, un sacerdoce ? Dessin de Deligne publié dans Le Berry Républicain

Un mouvement qui touchait d’ailleurs principalement les toutes petites communes ou, de fait, le maire est souvent bien seul pour faire face à un cadre réglementaire de plus en plus complexe et des exigences administratives toujours plus lourdes. Mais pour les villes de plus de 5000 habitants, la situation était déjà bien différente puisque 75 % des édiles interrogés affirmaient déjà haut et fort leur volonté de se représenter.

Un an plus tard, alors que le congrès suivant de l’AMF vient d’ouvrir ses portes et alors que les élections municipales se profilent dans quatre petits mois, la situation a bien évolué et les maires ont complètement oublié leur coup de blues passager pour se lancer avec rage et détermination dans la course aux investitures et la bataille électorale. La dernière enquête du CEVIPOF publiée par l’Observatoire de la démocratie de proximité est formelle : seuls 28 % des maires en place affirment encore ne plus vouloir se représenter aux prochaines élections !

Extrait du sondage AMF – CEVIPOF de novembre 2019 (source © Le Monde)

Même dans les plus petites communes de moins de 500 habitants, plus de 42 % des maires en place seront de nouveau en lice pour les prochaines municipales, et sans doute bien davantage puisque 28 % se disent encore indécis, par coquetterie sans doute tant il est bon de se laisser aller à la douce pression de ses amis pour se laisser convaincre qu’on est vraiment indispensable…

Dans les grandes villes de plus de 30 000 habitants, manifestement la place est bonne puisque 97,5 % des élus interrogés sont sûr de se représenter ou, pour une petite minorité d’entre eux, font mine d’encore hésiter. Bien entendu, les deux-tiers d’entre eux affirment que c’est d’abord pour faire plaisir à leur entourage ou à leur famille politique qu’ils cèdent ainsi à l’appel de la Nation même si un quart des maires interrogés, quelle que soit la taille de leur commune, reconnait bien volontiers que le fait d’avoir exercé cette fonction a été très positif pour leur vie personnelle, sans qu’il soit précisé si cela se mesure en termes d’enrichissement personnel ou de reconnaissance sociale…

Dessin de Gros paru dans Marianne le 15 novembre 2019

Une chose est sûre, le pessimisme ambiant qui plombait le moral de nos édiles l’an dernier s’est brusquement envolé. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de pleurnicher sur la baisse des dotations et la difficulté de boucler leur budget, ils sont désormais 90 %, à l’approche des élections, à considérer que l’état des finances de leur commune est bon et s’est même considérablement amélioré. Un optimisme qui contraste d’ailleurs quelque peu avec celui de leurs concitoyens, manifestement mal informés : tous les maires de grandes villes (plus de 100 000 habitants) interrogés assurent que la situation financière de leur commune est excellente alors que 27,7 % seulement de leurs électeurs portent le même jugement…

Même le regard sur l’intercommunalité a changé. Jusque-là présentée comme la source de tous les maux au point que les élus locaux l’ont majoritairement combattu avec la dernière énergie, à l’image d’une Maryse Joissains qui s’est battu bec et ongle contre l’instauration de la métropole Aix-Marseille-Provence, l’intercommunalité est désormais regardée avec bienveillance par la grande majorité des maires interrogés. Seuls 24 % d’entre eux estiment qu’elle fonctionne mal !

Incontestablement l’approche des élections municipales a redonné un punch incroyable à nos élus locaux qui se frottent déjà les mains à l’idée de la campagne électorale à venir. Contrairement à ce que laissaient entendre les oiseaux de mauvais augure il y a tout juste un an, et en dehors de quelques petites communes rurales totalement désertées de leurs forces vitales, tout laisse à penser que le nombre de listes en compétition atteindra, cette année encore, des records étonnants, prouvant une fois de plus le bel appétit des Français pour le débat politique et la démocratie locale, la gestion de l’intérêt général, ou tout simplement le goût du pouvoir ?

L. V.

Deflesselles roule pour Total

17 novembre 2019

Bernard Deflesselles présentant une conférence sur le changement climatique à La Ciotat, le 27 juin 2019 (source : Ville de La Ciotat)

Notre député Bernard Deflesselles vient une nouvelle fois de montrer son vrai visage. Rapporteur des négociations internationales sur le changement climatique à l’Assemblée nationale, comme il aime se présenter lorsqu’il anime, comme c’était le cas à La Ciotat le 27 juin dernier, des conférences pour expliquer à tout un chacun ce qu’est le réchauffement climatique et comment il faut lutter contre, voilà qu’il vient de se distinguer en montrant une fois de plus sa mauvaise foi bien connue…

Corapporteur d’un rapport d’information sur la Diplomatie climatique, déposé le 28 novembre 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale, notre député y dissertait doctement sur les graves menaces que fait peser le réchauffement climatique sur l’avenir de l’humanité, rappelant au passage que « la politique des petits pas ne suffit plus » et qu’il faut un changement radical pour espérer encore atteindre les objectifs de l’accord de Paris qui suppose une réduction de 45 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2010 alors que jusque-là on observe plutôt une augmentation de 5 à 10 %.

Un vrai discours de militant engagé et responsable ! Sauf que dans les faits, Monsieur le Député Deflesselles se moque complètement de ce que peut bien écrire le rapporteur Deflesselles dans ses belles envolées lyriques sur l’avenir de la planète. Il vient d’en administrer une preuve flagrante en s’associant au combat peu glorieux de 3 autres députés des Bouches-du-Rhône, pour déposer en catimini un amendement écrit à la demande du groupe Total et destiné à rétablir l’exonération fiscale sur l’huile de palme comme biocarburant.

Plantation de palmiers à huile en Asie du Sud-Est, en mars 2018 (photo © Januar / Getty Images / The Epoch Times)

On sait pourtant que la production de palmiers à huile est, en Indonésie et en Malaisie notamment, la principale cause de la déforestation des forêts primaires, ce qui a pour effet la disparition d’un milieu naturel servant, non seulement de puits de carbone pour absorber des quantités importantes de CO2, mais aussi d’abri à une biodiversité aussi riche que gravement menacée.

Cette considération a d’ailleurs poussé l’Union européenne à demander à ses États membres de prendre des dispositions pour stopper dès que possible et, en tout état de cause avant 2030, l’exonération fiscale dont bénéficient les 900 000 tonnes d’huile de palme importées chaque année en Europe et dont 75 % sont destinés à finir dans le réservoir de nos véhicules.

Des militants de Greenpeace lors du blocage de la raffinerie du groupe Total de la Mède, près de Marseille, le 29 octobre (photo © Boris Horvat / AFP)

En France, cela a été l’objet d’un débat virulent qui s’est tenu il y a tout juste un an, lors de la préparation de la loi de finances pour le budget 2019. De nombreux lobbyistes à la solde du groupe Total, principal intéressé à la défiscalisation des biocarburants à base d’huile de palme, en particulier pour les besoins de sa raffinerie de La Mède qui prévoit d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile de palme par an, avaient alors bataillé ferme pour poursuivre ce cadeau fiscal qui rapporterait de l’ordre de 70 à 80 millions d’euros par an à Total, au détriment du contribuable…

A l’époque, les débats à l’Assemblée nationale avaient été particulièrement houleux mais les députés avaient finalement choisi la voie de la raison en mettant un terme à ce cadeau fiscal aux conséquences environnementales désastreuses. Le groupe Total bien entendu n’a pas souhaité en rester là et a aussitôt déposé un recours devant le Conseil constitutionnel sous forme d’une question prioritaire de constitutionnalité, laquelle avait été rejetée par le Conseil constitutionnel le 11 octobre 2019.

Un dessin de Fanny Vaucher

En l’occurrence, les Sages du Conseil constitutionnel, qui ne brillent pourtant pas par leur audace écologiste, avaient estimé que la décision du Parlement d’exclure l’huile de palme de la liste des biocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal répond à des « critères objectifs et rationnels en fonction du but poursuivi » de protection de l’environnement, considérant que « la culture de l’huile de palme présente un risque élevé, supérieur à celui présenté par la culture d’autres plantes oléagineuses, d’induire indirectement une hausse des émissions de gaz à effet de serre ». Une décision forte et définitive, qui a même fait l’objet d’un communiqué de presse de la part du Conseil constitutionnel, histoire d’en bien marquer toute la portée.

Mais bien sûr, même sortis par la porte à coups de pieds aux fesses, les lobbyistes n’ont de cesse que de rentrer par la fenêtre. C’est donc ce qu’ils ont fait grâce à la complicité de 4 députés peu regardant, dont celui de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles, réélu pour la cinquième fois en 2017, mais d’extrême justesse avec seulement 500 voix d’avance…

Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 (photo © Thomas Samson / AFP / L’Express)

Leur coup avait été bien préparé, avec la bénédiction du ministre du Budget, Gérald Darmanin, et est passé comme une lettre à la Poste au travers d’un des 2900 amendements à la loi de préparation du budget 2020, dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 novembre. Les députés de la majorité, globalement opposés à ce coup de Jarnac, avaient bien repéré le piège et s’étaient préparé à le contrer, mais un changement dans l’ordre d’examen des amendements a permis de déjouer leur vigilance et de faire adopter l’amendement en question sans même que les députés signataires n’aient besoin de le défendre à la tribune : un véritable coup de maître !

Bien entendu, autant de perfidie de la part de responsables politiques élus de la Nation ne peut que laisser pantois et ne manquera pas d’alimenter le ressentiment des citoyens écœurés par un tel manque de cohérence de la part de nos représentants nationaux : comment peut-on avoir l’audace de plaider pour une mobilisation générale contre le changement climatique quand on se livre à de telles manipulations en douce avec le géant pétrolier Total pour lui permettre d’accroitre ses bénéfices au détriment de la Planète ?

Nicolas Hulot, devant la Convention citoyenne pour le climat, vendredi 15 décembre 2019, fustige l’incohérence de la décision prise sur l’huile de palme (photo © Katrin Baumann / SudOuest)

La ficelle était d’ailleurs tellement grosse que même le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a dû admettre que l’on ne pouvait pas décemment faire avaler une telle pilule à l’opinion publique, surtout au moment où le mouvement des gilets jaunes tend à reprendre de la vigueur et alors que 150 citoyens tirés au sort planchent avec beaucoup d’investissement personnel dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Il a donc fallu procéder à un nouveau vote, qui a eu lieu vendredi 15 novembre en soirée, et qui a vu cette fois l’amendement soutenu par M. Deflesselles rejeté par 58 voix contre 2. Une sortie de route bien peu glorieuse pour notre député local qui ne sortira pas grandi de cet épisode !

L. V.

Que vont devenir nos retraites ?

14 novembre 2019

Quelques éléments d’histoire :

Après le fiasco des rentes ouvrières et paysannes de 1910 et les premières assurances sociales de 1930 qui ne concernaient pas l’assurance retraite, il faut attendre 1937 et le Front Populaire pour voir élargies les assurances sociales aux catégories de salariés jusqu’alors exclues et la signature d’accords issus de négociations paritaires débouchant sur l’instauration de régimes de prévoyance et de retraite dans certains secteurs professionnels (Industries Métallurgiques et Minières, puis chimie, aéronautique, travaux publics …), prémices du système en répartition que nous connaissons encore.

C’est en octobre 1945 que Gaullistes et Communistes au sein du Conseil National de la Résistance proposent un système de sécurité sociale garantissant une assurance vieillesse dont voici les principes (exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945) :

« La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.

Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la volonté de débarrasser nos concitoyens de l’incertitude du lendemain »

En 1947 sont créés des régimes de retraites complémentaires dont ceux des cadres (AGIRC) avec une technique de calcul par points. En 1961 la création de l’ARRCO permet aux salariés non-cadres de bénéficier d’une retraite complémentaire, système qui sera généralisé en 1972 sauf pour quelques régimes spéciaux.

Un dessin signé Tartrais (source © dessin-actu)

En 1983, l’âge de départ à la retraite est abaissé de 65 ans à 60 ans avec une durée de cotisation de 37,5 années de carrière. Cette disposition ne cessera ensuite d’être modifiée.

1993, par les lois Balladur : allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans (150 trimestres) à 40 ans (160 trimestres), changement du mode de calcul des pensions des salariés du privé (période de référence : passage des 10 meilleures années aux 25 meilleures années) et indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires

2003 avec la réforme Fillon : dès 2012, durée de cotisation allongée à 41 ans (164 trimestres), surcote pour ceux qui prolongent, création de produits d’épargne retraite par capitalisation, création de la retraite additionnelle (2005) dans la fonction publique.

2007 : réforme des régimes spéciaux.

2010 : allongement progressif de la durée d’assurance et recul de l’âge de départ à 62 ans avec report à 67 ans de la retraite à taux plein, sans compter une révision régressive des carrières longues.

2014 : instauration du compte pénibilité, nouvel allongement progressif de la durée d’assurance, abaissement de la valeur d’un trimestre à 150 fois le SMIC horaire, plus de droits nouveaux issus du cumul emploi-retraite.

Comme ce rappel le montre, les modalités d’ouverture des droits aux pensions de retraite n’ont cessé d’évoluer négativement, sauf entre 1983 et 1993.

Un dessin signé Babouse (source © SNJ CGT)

Pourquoi l’Etat décide-t-il de remettre à plat le régime des retraites ?

  • Afin d’éviter le déficit de certaines caisses (mineurs, agriculteurs notamment),
  • Pour le rendre solidaire et universel,
  • Pour rendre le système « pilotable »,
  • Pour tenir compte des évolutions démographiques dont l’allongement de l’espérance de vie, mais cette dernière est-elle durable ?
  • Pour qu’il soit plus équitable,
  • Afin qu’il soit plus redistributif.

Quels changements majeurs ?

  • L’état décide d’unifier les 42 régimes existants et donc de mettre fin à l’existence de régimes spéciaux qui ne concernent qu’environ 410 000 agents.
  • Il envisage un nouveau mode de calcul par points tel qu’il existe pour les retraites complémentaires et d’abandonner le calcul par trimestres jusqu’alors en vigueur.

Quels effets ?

  • Un allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite au taux plein de sa génération même s’il y aura toujours la possibilité de cesser son activité à 62 ans mais avec une pension substantiellement réduite (- 15 %). C’est à partir de 64 ou 65 ans (âge pivot) que pour ceux qui ont commencé à travailler à 22 ans, la retraite pourra être perçue avec 5,5 % de rendement. Subsistent quelques régimes dérogatoires pour les salariés des fonctions régaliennes (sécurité, défense) et pour les métiers à risques.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 1er novembre 2019

Exemple d’un salarié qui a cotisé sur la base d’un salaire égal à 1,5 SMIC. Il a acquis 30 000 points (10 € = 1 point) tout au long de sa carrière. Il a le droit de partir à 62 ans, âge légal de départ à la retraite.

Au moment de sa retraite, la retraite mensuelle est calculée à l’âge du taux plein en appliquant la valeur de service, 1 point = 0,55 € soit 30 000 points x 0,55 € = 16 500 €

Le salarié bénéficiera de 5,5 % de rendement s’il part à l’âge du taux plein de sa génération.

Si ce salarié part à la retraite 2 ans avant l’âge de taux plein, le montant de sa retraite annuelle sera diminué de 10 % (rendement de 4,95 %) et sera de 1238 € par mois

S’il part 1 an avant l’âge de taux plein, sa retraite sera diminuée de 5 % (rendement de 5,225 %) et sera de 1306 € par mois

S’il part à l’âge du taux plein, il bénéficiera du plein rendement de 5,5 % soit 1375 € par mois

S’il part une année après l’acquis du taux plein, le rendement est de 5,775 % et la retraite est de 1444 € par mois soit pour l’année 105 % de 16 500 €

S’il part 2 ans après l’acquis du taux plein, le rendement est de 6,05 % et la retraite est alors de 1513 € par mois soit pour l’année 110 % de 16 500 €

Comparaison entre les deux systèmes

Système actuel : Les assurés qui partent avant l’âge du taux plein subissent une double pénalisation : d’une part, le calcul de la retraite est proratisé car la carrière est incomplète par rapport à la durée d’assurance requise, d’autre part ils subissent une décote de 5 % du montant de la retraite pour chaque année les séparant de l’âge du taux plein.

Exemple : un assuré de la génération 1963 qui a commencé sa carrière à 22 ans et qui doit valider une durée d’assurance de 42 ans, devra partir à 64 ans pour bénéficier du taux plein dans le système actuel. S’il part à 62 ans, il sera doublement pénalisé, par la proratisation 540/42 et par la décote (-10 %) et sa retraite sera fortement réduite (- 15 %)

Système universel : Les assurés verront leur rendement ajusté de 5 % par année d’écart à l’âge du taux plein, sans subir de règle de proratisation par rapport à une d’assurance requise car celle-ci ne constitue plus un critère de calcul de la retraite dans le système universel en points.

Exemple : un assuré, dont l’âge du taux plein est fixé à 64 ans, verra sa retraite diminuée de 10 % s’il décide de partir à 62 ans (et non plus de 15 % dans l’exemple ci-dessus).

Un dessin signé Sabine Nourrit

  • L’abandon du calcul de la durée de cotisation par trimestres au profit du calcul par points pénalise les carrières sans grandes évolutions d’autant que la référence n’est plus celle des 25 meilleures années pour le plus grand nombre et des six derniers mois pour les fonctionnaires.
  • Les agents de l’État qui n’effectuent pas d’heures supplémentaires ou ne perçoivent pas ou peu de primes et d’indemnités (enseignants du premier degré par exemple) verront leur pension réduite par rapport à leurs aînés.
  • La fixation d’un minimum de pension mensuelle à 1000 € qui entraînera une légère hausse du niveau des retraites les plus faibles (petits agriculteurs et salariés avec de bas salaires),
  • Une baisse du niveau des pensions pour les classes moyennes (ex : couple percevant un salaire mensuel situé entre 2468 et 4423 € par mois – source INSEE janvier 2019)
  • Un nouveau calcul des pensions de réversion pour les veufs et les veuves (70% des droits de retraite du couple. L’exemple donné dans le rapport (2850 € pour le couple) n’octroie qu’une augmentation pour le survivant de 30 € par mois !
  • Une majoration des points (5 % par enfant) dès le premier enfant
  • La prise en compte des périodes de chômage, de maternité, de congé éducation jusqu’aux 3 ans de l’enfant.

La garantie des droits acquis dans les régimes actuels. Cf. exemple ci-dessous extrait du rapport :

  • La possibilité de cumuler retraite et emploi, un comble au regard du taux de chômage des jeunes peu qualifiés et des séniors !

 

Quelles incertitudes ?

  • Le rapport DELEVOY fixe, pour le calcul de la retraite, le gain d’1 point pour 10 € cotisés (cotisation salariée + cotisation patronale) et la valeur du point à 0,55 €. Il précise que cette valeur ne peut baisser mais qu’elle sera revalorisée en fonction du taux d’inflation et non des revenus.

Prenons l’exemple d’un salarié rémunéré au SMIC durant toute sa vie (1521 € brut mensuel), la cotisation mensuelle s’élèvera à : 1521,22 € X 25,31 % (cotisation salarié + cotisation patronale) = 385,02 € soit, si 10 € cotisés rapportent un point, 38,50 points/mois et donc 462 points/an. Pour 44 années de cotisations sans périodes de chômage et de maladie : 462 X 44 = 20 328 points sont acquis qui représentent 20 328 X 0,55€ = 11 180,40 €/an de pension soit 931 €/mois !

Ce salarié, selon les informations données dans le rapport, bénéficierait d’un « coup de pouce » de solidarité pour atteindre le plancher de 1000 € de pension par mois !

 

  • Quand on connaît le mode de calcul du taux d’inflation par l’INSEE et que l’on sait qu’actuellement pour les fonctionnaires, l’augmentation des retraites n’est que de 0,9 % avec une inflation à 2 %, rien ne garantit que ce soit la totalité de ce taux qui soit prise en compte !
  • L’allongement de la durée de cotisation est plus avantageux pour ceux qui travaillent alors que ceux qui sont en chômage ou en congé de maternité ou d’éducation ne bénéficient que d’un taux de 60 %. Cela n’est pas sans incidence sur le calcul de la pension quand on sait que l’employabilité des séniors est faible ! Va-t-on vers une incitation au cumul retraite/travail alors que le taux de chômage est toujours aussi élevé !

Un dessin signé Xavier Delucq (source © Huffington Post)

Au final, il ressort de l’analyse de ce rapport que si les salariés très modestes peuvent espérer au mieux quelques euros de plus, l’atteinte d’une retraite minimale au niveau du SMIC n’est pas pour demain ! Qu’en est-il alors des principes de 1945 rappelés dans le rapport Delevoy ?

Garantit-on des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes ?

Est-on assuré d’être débarrassé de l’incertitude du lendemain ? Loin s’en faut !

Compte tenu de ces observations et des incertitudes qui demeurent, et même si le rapport prétend préserver un système de retraite par répartition plus équitable et pérenne, ne se dirige-t-on pas vers un système qui conduirait ceux qui le peuvent à envisager un complément de retraite par capitalisation ! Qu’en sera-t-il alors des plus pauvres qui ne peuvent épargner et pour qui la retraite ne permettra que de survivre ?

MM

A Villecresnes, une association ostracisée se rebelle

14 octobre 2019

La commune de Villecresnes, située dans le Val-de-Marne, en bordure ouest du plateau briard, compte un peu moins de 10 000 habitants et fait désormais partie du périmètre de la Métropole du Grand Paris. Autrefois secteur de maraîchage et de vignoble, la commune s’est aussi illustrée un temps comme zone de production de roses, mais le développement de l’urbanisation y a depuis largement marginalisé l’activité agricole. Traversée par le Réveillon, un petit ruisseau affluent de l’Yerres, la commune se revendique un lointain passé gaulois dont serait d’ailleurs tiré son patronyme, initialement Villa Crana, autrement dit, le village aux huttes de branchages.

Hôtel de ville de Villecresnes (source © Commune de Villecresnes)

Les huttes ont disparu depuis belle lurette du paysage mais les débats qui agitent la démocratie locale continuent de rappeler vaguement les empoignades viriles qui prévalaient du temps de nos ancêtres les Gaulois. En 2014, la liste Villecresnes Ambition, menée par le maire sortant, divers droite se présentant sans étiquette, Daniel Wappler, est battue sèchement, dès le premier tour par sa rivale, baptisée Bien vivre à Villecresnes. Conduite par Gérard Guille, un ingénieur ayant obtenu l’investiture de l’UMP, cette dernière remporte 54,2 % des suffrages et l’équipe du maire sortant se contente depuis de 7 élus sur les 29 membres du nouveau conseil municipal.

Le maire LR de Villecresnes, Gérard Guille (photo © Le Parisien)

Le maire sortant lui-même ne siège plus au conseil. Mais les nouveaux opposants ne désarment pas pour autant. L’ancien maire obtient gain de cause devant le tribunal administratif de Melun qui condamne son successeur pour refus de communication d’un audit sur les comptes malgré l’avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA).

En décembre 2016, l’AELO (Association nationale des élus d’opposition) qui s’est donnée pour mission de défendre le rôle de contre-pouvoir des élus minoritaires dans les conseils municipaux, décerne pour cette raison un bonnet d’âne au maire de Villecresnes. Une distinction qui caractérise les maires indélicats responsables de comportements autoritaires, illégaux ou d’incorrection vis-à-vis de leur opposition, et qui ont fait preuve de méconnaissance de la législation sur les droits des élus ou de mauvaise foi dans son application.

Gérard Guille a d’ailleurs l’honneur de partager cette haute distinction avec 8 autres élus parmi lesquels Jacques Bompard, le maire d’Orange (qui avait limité à 71 caractères par élu d’opposition, pas un de plus, l’espace d’expression attribué dans le bulletin municipal), mais aussi Patrick Balkany en personne, le maire de Levallois-Perret, actuellement emprisonné pour des faits bien plus graves et qui avait, lui, carrément refusé de publier la tribune de l’opposition.

Le 15 septembre 2015, les élus d’opposition et l’ancien maire Daniel Wappler avaient porté plainte pour diffamation contre Gérard Guille, lequel les avait accusé, lors du conseil municipal du 30 juin 2015, d’avoir fait main basse sur l’ensemble des dossiers avant la passation de pouvoir, une accusation que les élus d’opposition avaient estimée comme « portant gravement atteinte à leur image publique et à leur honneur ». Après 2 ans de procédure et selon les informations du Parisien, le juge d’instruction vient de prononcer le renvoi de cette affaire devant le tribunal correctionnel.

L’ancien maire, Daniel Wappler, lors de la campagne des municipales de 2014 (source © Villecresnes Ambition)

Et ce n’est pas tout puisque le 17 janvier 2018, le maire de Villecresnes et son adjoint Thierry Debarry, en charge des associations, ont été condamnés par le tribunal administratif de Melun. Ils devront réexaminer les demandes de l’association locale AVESF (Agir à Villecresnes pour des Échanges Sans Frontières), refusées depuis trois ans. Il faut dire que cette association, créée en octobre 2014 pour développer les échanges interculturels et accompagner les jumelages de la ville, n’est pas en odeur de sainteté à la mairie car l’ancien maire, Daniel Wappler, en est l’un des administrateurs.

Son objet social est pourtant bien anodin et le site officiel de la commune présente lui-même les jumelages passés avec les Italiens de Zibido San Giacomo et les Allemands de Weissenhorn comme « l’occasion de brassage de population permettant de développer des liens d’amitié avec des villes jumelles, dans un climat de confiance et dans une ambiance de convivialité ». Quant à l’AVESF, son activité consiste simplement à donner des cours d’italien et d’allemand aux habitants de Villecresnes qui le souhaitent et à organiser des voyages de découverte ainsi que des soirées culturelles et gastronomiques.

Les jumelages de Villecresnes : attention, terrain glissant…

Rien de bien subversif donc mais depuis 2014, le maire de Villecresnes refuse obstinément de faire figurer l’AVESF dans l’annuaire des associations de la commune, lui interdit de participer au forum annuel des associations (toute ressemblance avec ce qu’il se passe dans la commune de Carnoux-en-Provence serait bien entendu purement fortuite…) et refuse de mettre une salle à sa disposition pour les cours de langue qu’elle dispense. C’est pour se plaindre de cet ostracisme flagrant et après avoir épuisé tous les recours amiables possibles, que le conseil d’administration de l’AVESF a décidé d’introduire une requête auprès du tribunal administratif de Melun, afin de faire « constater l’attitude discriminatoire de la municipalité et de lui enjoindre de respecter l’égalité de traitement avec les autres associations culturelles et sportives de la ville ».

Selon un article du Parisien, le jugement rendu par le tribunal est sans appel : « Prétendre que l’AVESF serait une association politique au motif que l’ancien maire en est administrateur, ne constitue pas un motif pouvant justifier les refus. Aucun principe ne fait obstacle à ce qu’une association se donne pour objet social d’intervenir en son nom propre, dans le domaine des relations avec les communes jumelées. En refusant la mise à disposition d’une salle, l’inscription dans l’annuaire des associations et l’octroi d’un stand au forum des associations, le maire a méconnu le principe d’égalité. En conséquence, les décisions du maire et de son adjoint sont annulées car contraires à la loi. Ils ont désormais l’obligation de réexaminer les demandes de l’AVESF dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement ».

L’ancien maire de Villecresnes se réjouit bien évidemment de cette décision de justice sur le blog de son ancienne liste, rebaptisé depuis Villecresnes Avenir. Après de tels épisodes, nul doute que les prochaines élections municipales à Villecresnes se dérouleront dans un climat parfaitement convivial et apaisé…

L. V.

Revenir à 90 km/h : est-ce judicieux ?

12 octobre 2019

Le 28 juin 2018, un agent du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine remplace un panneau de limitation de vitesse (photo © Nicolas Legendre / Le Monde)

Le 1er juillet 2018 est entrée officiellement en vigueur une mesure qui a fait couler beaucoup d’encre et déclenché bien des passions, certains considérant même que cette disposition est l’une des causes de la révolte des Gilets jaunes qui s’en est ensuivi. Jusque-là, la vitesse maximale autorisée était de 90 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central et hors agglomération. Désormais cette vitesse maximale a été réduite à 80 km/h, en vertu d’un nouveau plan de lutte contre l’insécurité routière qui avait été adopté en Comité interministériel le 9 janvier 2018.

La mesure partait assurément d’un bon sentiment puisqu’il s’agissait de faire baisser la mortalité routière, laquelle avait connu un recul constant jusqu’en 2013, mais était repartie à la hausse depuis 2014. De ce point de vue, la question de la vitesse autorisée est un sujet de débat qui a connu moult rebondissements et suscite bien des controverses.

Rappelons que les premières limitations de vitesse sur route datent quasiment des débuts de l’automobile avec l’ordonnance de 1893 prise par le Préfet de Police de Paris, Louis Lépine, qui fixe à 20 km/h la vitesse maximale autorisée hors agglomération. Le premier code de la route qui voit le jour en 1922 ne fixe cependant pas de vitesse maximale autorisée unique à l’échelle nationale et d’ailleurs il faudra attendre 1937 pour que le compteur de vitesse soit rendu obligatoire dans les véhicules !

Accident de la circulation survenu en août 2019 dans l’Hérault (source © SDIS 34 / France 3 Régions)

L’augmentation inexorable du nombre de tués sur les routes, avec un pic atteint en 1972 de 18 034 morts, oblige les autorités à prendre des mesures plus draconiennes. En 1973, le Premier Ministre Pierre Messmer, fixe donc à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur routes hors agglomération (et à 120 km/h sur autoroutes). Alliée avec la ceinture de sécurité devenue désormais obligatoire et avec des taux d’alcoolémie maximaux autorisés, la disposition est manifestement efficace puisque dès lors, la courbe des tués commence à diminuer. En 1974, les vitesses maximales sont stabilisées à 130 sur autoroute, 110 sur routes à chaussées séparées et 90 sur les autres routes, après qu’une brève expérimentation faisant passer la vitesse autorisée de 120 à 140 km/h sur autoroute se soit traduite par un doublement des accidents constatés, confirmant au passage que la vitesse est un facteur important.

Les limitations de vitesse en France (source © Legipermis)

De nombreuses recherches ont d’ailleurs permis de quantifier cette relation, les plus connues étant les travaux du chercheur suédois Goran Nilsson qui établit en 1982 une formule issue d’une analyse statistique très poussée, d’où il ressort en gros qu’une augmentation de 1 % de la vitesse maximale autorisée se traduit statistiquement par une hausse de 2 % des accidents matériels, de 3 % des accidents corporels et de 4 % des accidents mortels.

Radar de contrôle de vitesse (photo © Thomas Jouhannaud / La Montagne)

 

La formule a été depuis beaucoup discutée car elle est forcément dépendante de nombreux autres facteurs et liée au contexte local. Elle n’en reste pas moins confirmée dans ses grandes tendances, le lien entre la vitesse et le taux de mortalité sur les routes étant difficilement contestable, même si l’alcool au volant et la présence d’obstacles sur les routes sont deux autres facteurs accidentogènes majeurs, eux-mêmes cependant aggravés lorsque la vitesse est excessive. De fait, le renforcement des contrôles de vitesse à partir du début des années 2000 a fait très significativement baisser le nombre de morts sur les routes qui est passé de plus de 8 000 en 2001 à 3 250 en 2013.

Manifestation de motards contre le 80 km/h en avril 2018 à Bordeaux (photo © Guillaume Bonnaud / Maxppp / France Bleu)

 

Et pourtant, l’abaissement de la vitesse maximale hors agglomération de 90 à 80 km/h instaurée en 2018 a déclenché une mini-révolution. Les défenseurs de la mesure ont beau plaider qu’en roulant à 80 km/h, l’automobiliste perd seulement une seconde au kilomètre, soit une minute sur 60 kilomètres, ce qui rend l’impact quasi insignifiant sur les temps de parcours, l’effet psychologique a été fort et très mal perçu, surtout en milieu rural, le plus impacté par les trajets hors agglomération.

Alors qu’il était prévu d’attendre juin 2020 pour établir un bilan de cette mesure, le gouvernement a donc été obligé de faire machine arrière et d’introduire, dans le projet de loi mobilités, adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale le 17 septembre 2019, une clause permettant aux conseils départementaux et aux maires qui le souhaitent de revenir à 90 km/h. Une quarantaine de départements annoncent être tentés par cette possibilité, à l’image de Jean-Marie Bernard, président LR des Hautes-Alpes, qui, selon La Gazette des Communes, dénonce « une décision unilatérale venue de Paris, prise sans concertation, avec des impacts important sur la vie des administrés ».

Jean-Marie Bernard (au centre) partisan du retour aux 90 km/h (source © Alpes du Sud)

Sauf qu’il ne sera peut-être pas si simple de faire jouer cette clause. L’article 15 bis B de la loi en gestation précise en effet que « cette décision prendra la forme d’un arrêté motivé, pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d’une étude d’accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées ». Pour aider les élus à prendre leur décision, ils pourront s’appuyer sur des études établies par le comité d’experts du Conseil national de la sécurité routière (CNSR), « un outil extrêmement complet, scientifique, qui pose des critères de bon sens basés sur l’historique de l’accidentologie, la géométrie de la voie, le caractère dégagé ou non des intersections, les usages de la voie ». Quant à l’avis de la Commission départementale de la sécurité routière, présidée par le Préfet, son avis n’est que consultatif et les départements pourront donc largement s’asseoir dessus ainsi que l’ont prévu les Sénateurs lors des débats.

Les élus locaux qui vont devoir prendre ces décisions commencent à se dire que leur responsabilité risque d’être engagée dans cette affaire. A partir du moment où les études factuelles d’accidentologie montrent que le fait de rehausser la vitesse limite autorisée sur des tronçons de route départementales risque de se traduire par une recrudescence de la mortalité routière, surtout sur les tronçons les plus circulés, les belles lignes droites a priori sans obstacle, et que le Préfet aura bien insisté sur l’étendue de ces risques tout en émettant un avis défavorable, les élus locaux auront-ils le courage d’augmenter malgré tout la vitesse autorisée alors que leur responsabilité pénale pourrait être mise en cause en cas d’accident ? L’avenir le dira, mais la question mérite d’être posée…

L. V.

Qui pourrait encore arrêter Martine Vassal ?

7 octobre 2019

A Marseille comme dans le reste de la France, le premier tour des prochaines élections municipales n’aura lieu que dans 5 mois, le 15 mars 2020. Mais la dauphine de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, déjà présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et, depuis septembre 2018 également de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a d’ores et déjà pris une sérieuse option sur la victoire, On voit même très mal à ce jour ce qui pourrait désormais l’empêcher de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille où il siège depuis bientôt 25 ans.

Martine Vassal annonçant sa candidature à la mairie de Marseille, le vendredi 13 septembre 2019 (source © France Bleu Provence)

Pourtant, la déclaration de candidature de Martine Vassal est toute récente puisqu’elle a eu lieu le vendredi 13 septembre (un vendredi 13, il n’y a bien que dans les Bouches-du-Rhône que le chiffre 13 est considéré comme porte-bonheur !). Une déclaration de candidature assez peu inspirée d’ailleurs, qui s’est faite devant un parterre de journalistes convoqués pour l’occasion au musée Regards de Provence, et qui ne restera probablement pas dans les annales de la politique.

« Oui, je suis candidate pour l’élection de maire de Marseille pour mars 2020 » a-t-elle énoncée, ce qui n’a bien sûr étonné personne et laissé l’assemblée de marbre, d’autant qu’elle avait exposé la veille les conclusions de son groupe de réflexion regroupant quelques 400 personnalités issues de la société civile et qui planchaient depuis 6 mois sur le thème de « Marseille Métropole Audacieuse ». Il a même fallu, une fois sa candidature annoncée, que Martine Vassal interpelle directement les journalistes interloqués d’un « vous pouvez m’applaudir ! » pour susciter une réaction de leur part, comme on peut le constater en visionnant la vidéo postée notamment par France Bleu Provence

Extrait du sondage Elabe de septembre 2019 (source © La Tribune)

Mais dès le 27 septembre, un premier sondage réalisé par l’institut Elabe pour La Tribune et BFMTV montrait que sa candidature avait le vent en poupe. A ce stade, sa candidature à droite n’est pourtant pas la seule puisque le sénateur LR Bruno Gilles, qui avait annoncé ses propres ambitions pour la mairie de Marseille dès septembre 2018, n’a pas (encore) exprimé la moindre intention de se retirer et fait monter les enchères en attendant, tandis que Jean-Claude Gaudin, toujours aussi pragmatique conseille de lui confier la prochaine bataille des sénatoriales pour calmer ses appétits.

De ce point de vue en tout cas, ce premier sondage est plutôt rassurant pour Martine Vassal qui ferait au premier tour un meilleur score que son challenger LR dont la notoriété et la popularité sont nettement moindres. Elle arriverait facilement en tête de ce premier tour avec 29,5 % des suffrages contre 22,5 % si c’est Bruno Gilles qui devait bénéficier de l’investiture LR.

A l’extrême-droite, le candidat désormais déclaré du Rassemblement National, Stéphane Ravier, arriverait sans surprise en deuxième position avec 21 à 22 % des voix, et au minimum 20,5 % dans l’hypothèse, peu probable, où Bruno Gilles maintiendrait malgré tout sa candidature face à celle de Martine Vassal.

Et la gauche, direz-vous ? C’est bien en effet tout le paradoxe de la ville de Marseille, une ville sociologiquement ancrée solidement à gauche, mais où politiquement la droite détient tous les leviers, pour la raison très simple que la gauche est incapable de s’unir. Pourtant, de très gros efforts ont été faits en amont de cette échéance électorale, poussés par le tissu associatif et les mouvements citoyens dynamiques, ulcérés par les faillites successives de cette grande métropole où règne l’insécurité, les injustices sociales, la pollution, les embouteillages, l’absence de vision stratégique et l’habitat indigne dans certains quartiers du centre-ville.

Le 7 juin dernier, le collectif citoyen Mad Mars avait ainsi rassemblé près de 400 personnes aux Docks après avoir lancé dès le mois de mai via le quotidien Libération, un appel à l’union des forces progressistes, intitulé « S’unir ou subir », pour essayer de faire bouger les lignes. Une idée folle, mais « Voilà : on est fous parce qu’on croit encore à la politique ! » ne peut s’empêcher de dire Olivia Fortin, initiatrice de Mad Mars. Fin juillet, les États Généraux de Marseille ont permis de mobiliser un grand nombre de mouvements associatifs et citoyens qui depuis s’efforcent de construire un Pacte démocratique pour Marseille en vue de constituer une liste citoyenne progressiste unique.

Réunion du Pacte démocratique pour Marseille en août 2019 (source © Marsactu)

Le 11 juillet 2019, c’est un nouvel appel, publié toujours dans Libération et appuyé par 600 signatures, qui lançait un « Mouvement sans précédent » pour construire « la Marseille de demain », « une ville égalitaire, solidaire et accueillante, une ville qui protège ses biens communs, avec des services publics de qualité, gérés démocratiquement », « une ville qui abolit tout clientélisme, une ville gérée en transparence », « Une ville écologique qui agit fermement », « Une ville où le développement économique profite à tou·tes ». Ce bel élan porté par de nombreuses personnalités locales prônait « un mouvement unitaire pour les municipales de 2020 et au-delà, avec toutes les forces politiques, sociales, associatives, syndicales et économiques prêtes à s’engager sur des valeurs : transparence, solidarité, écologie, humanité, justice ».

La mairie de Marseille, objet de beaucoup de convoitises… (photo © Olivier Monge / Libération)

De fait, le sondage publié en septembre confirme s’il en était besoin que les forces progressistes en question sont a priori plutôt majoritaires, même si chacun a son idée sur le contour de cette notion quelque peu subjective. Pour nombre de militants de la France Insoumise, bien évidemment, la République en Marche n’en fait pas partie et de fait Martine Vassal fait clairement des appels du pied pour un rassemblement au deuxième tour avec le candidat de LREM, lequel d’ailleurs n’a toujours pas été désigné. Deux candidats à ce jour se disputent l’investiture, le député Saïd Ahmada et l’universitaire Yvon Berland qui commence à bouillir d’impatience. Le sondage Elabe montre néanmoins que leur score ne dépasserait guère 10 % dans l’état actuel des choses, ce qui compromet leurs chances de se maintenir au deuxième tour.

Benoit Payan et Michèle Rubirola, élus en tandem à l’occasion des Départementales de 2015 (source © Flickr)

Quant aux candidats qui se réclament de la gauche, le sondage publié en septembre est parti du principe qu’ils pourraient être 6 en lice, avec une liste d’extrême-gauche (crédité de 1 % des voix), une liste PCF menée par Jean-Marc Coppola (qui pourrait recueillir 3 à 4 % selon les hypothèses), une liste étiquetée France Insoumise, conduite par Sophie Camard (qui recueillerait autour de 6 % des intentions de vote), une liste PS, pilotée par Benoît Payan (créditée de 7 à 8 % des suffrages), une liste menée par Samia Ghali qui, du fait de sa forte notoriété pourrait atteindre 10 % dans certaines hypothèses, et enfin une liste écologiste, dont la tête de file pourrait être Michèle Rubirola et qui serait créditée de 14 à 17 % des intentions de vote.

En politique, on sait bien qu’il ne suffit pas d’additionner, surtout de simples intentions de votes exprimées dans un sondage plusieurs mois avant les élections, mais quand même : le total de toutes ces listes se réclamant de gauche varie entre 40 et 45 %, loin devant celui dont est serait créditée la droite au premier tour. De quoi donner du corps aux échanges qui ont eu lieu ces derniers temps entre états-majors politiques et candidats putatifs, plusieurs partis songeant sérieusement à envisager une liste d’union à gauche.

Sébastien Barles, futur candidat EELV aux municipales de 2020 à Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP / France Inter)

Sauf que la messe semble bien avoir été dite ce week-end, à l’occasion d’une assemblée générale d’Europe Écologie Les Verts qui s’est tenue samedi 5 octobre 2019. Une petite poignée de militants écologistes réunis en AG, grisés par les bons résultats de leur parti aux dernières élections européennes, ont décidé de faire cavalier seul et d’introniser comme tête de liste, non pas Michèle Rubirola, qui avait signé cet été, tout comme Benoît Payan, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola l’appel à une liste d’union, mais Sébastien Barles, un ancien attaché parlementaire de 46 ans.

Une sacré bonne nouvelle pour Martine Vassal qui voit ainsi s’éloigner à grand pas la crainte d’une liste d’union de la gauche qui aurait pu lui compliquer quelque peu la tâche. Son élection à la marie de Marseille ne devrait plus être désormais qu’une simple formalité, ce qui lui permettra de cumuler les fonctions de Présidente de la Métropole AMP et de Maire de Marseille, dans l’hypothèse du moins où elle abandonnerait son poste de Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ainsi qu’elle l’a laissé entendre. C’est finalement le seul suspens qui subsiste encore, sauf à imaginer, mais ce serait vraiment jouer de malchance, un réveil inopportun des procédures judiciaires engagées à son encontre…

L. V.

Faut-il remplacer les élections par un tirage au sort ?

30 septembre 2019

Un dessin signé Déligne (source : Les Crises)

Dans six mois auront lieu en France les prochaines élections municipales : l’occasion de s’interroger une fois de plus sur la légitimité et la représentativité des élus à qui nous déléguons le soin de gouverner les affaires publiques, quitte à les critiquer vertement pour cela. En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie représentative est en crise avec des taux d’abstention souvent élevés, des élus déconsidérés et des citoyens qui ne leur font plus guère confiance. Revirements idéologiques, comportements opportunistes, promesses non tenues, dérives affairistes ou autocratiques, autant de maux qui amènent le citoyen à se défier du politique, même élu à la majorité.

Dessin publié dans Télérama en mai 2014

Faut-il alors abandonner le mode électif pour revenir au tirage au sort ? L’idée parait saugrenue, mais certains y pensent sérieusement, rappelant que le dispositif du tirage au sort a été la base du système démocratique athénien pendant deux siècles et demi ! Les Italiens y ont eu largement recours au Moyen-Age et à la Renaissance et Montesquieu lui-même considérait que le tirage au sort était l’outil de la démocratie alors que, pour lui, le mode électif était celui de l’oligarchie.

N’oublions pas que c’est sous la Révolution Française, en 1791, qu’a été instauré le tirage au sort pour la constitution des jurys d’assises, toujours en vigueur dans notre pays et dans bien d’autres de par le monde. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet exemple dont il a pu apprécier le mode de fonctionnement et l’efficacité, que l’avocat Paul Le Fèvre plaide pour utiliser le tirage au sort comme mode de désignation de représentants du peuple en complément du dispositif électoral classique, et ceci en réponse aux attentes sociétales qui se sont exprimées notamment via le mouvement des gilets jaunes.

Contrairement au sondage, qui se contente d’interroger des citoyens anonymes et totalement déresponsabilisés, les invitant à répondre rapidement et sans réflexion préalable à des questions souvent orientées, consulter des assemblées de citoyens désignés par tirage au sort permet de les former et de leur donner accès à toute l’information nécessaire pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur des dossiers même complexes.

De nombreuses assemblées consultatives ont ainsi été constituées dans des contextes très différents et permettent de confirmer que la méthode peut donner des résultats à la hauteur des enjeux. C’est le cas par exemple des budgets participatifs mis en place dans de nombreuses communes dont Aubagne mais aussi Pont-de-Claix, près de Grenoble, qui dès 2004 a constitué un comité de 40 citoyens tirés au sort (dont 7 jeunes) pour donner un avis sur les choix budgétaires municipaux et élaborer un budget participatif destiné à financer des projets dans les quartiers de la ville.

En novembre 2010, des citoyens islandais votent pour les candidats qui formeront l’Assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution (photo © Jon Svavarsson / Presse Canadienne)

En 2010, en Islande, 1000 personnes ont été tirées au sort pour former une Assemblée nationale éphémère chargée de dégager les grands points de révision de la constitution. En Irlande, en 2012, une commission constitutionnelle a vu le jour, composée de 33 responsables politiques élus et de 66 citoyens tirés au sort, représentatifs de l’électorat irlandais. Cette commission a préparé les évolutions de la constitution sur différents sujets de société comme l’âge légal du vote, le mariage des couples homosexuels ou la place des femmes en politique.

Réunion d’une assemblée citoyenne constituée par tirage au sort en Irlande en novembre 2016 (photo © Dimitri Courant / La Vie des Idées)

Un des atouts majeurs du tirage au sort est de permettre une meilleure représentativité de la population dans sa diversité alors que le système électif favorise certaines catégories socio-professionnelles. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le profil des élus par exemple à l’Assemblée nationale issue des élections de 2017 : 76 % des députés sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures (ils étaient 81,5 % dans ce cas dans la mandature précédente !) alors que ces catégories ne représentent que 17,5 % de la population française. Inversement, employés et ouvriers qui constituent près de la moitié des Français ne sont que 4,6 % au Parlement. Quant aux femmes, et malgré les règles incitatives, elles ne représentent encore que 39 % des députés…

Juin 2017 : de nombreux chefs d’entreprises à l’Assemblée Nationale, de quoi inquiéter les syndicats. Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

Utiliser le tirage au sort pour désigner des assemblées de citoyens chargés de réfléchir à des sujets de société ou à des projets d’intérêt local, d’élaborer des questionnements qui pourraient être ensuite soumis à référendum, ou encore de contrôler le bon fonctionnement des institutions formées d’élus, voilà qui mérite en effet la réflexion. Ce pourrait en tout cas être une voie à explorer pour redonner du souffle à notre système démocratique en mobilisant l’intelligence collective, et éviter certaines dérives individualistes et cyniques vers des extrêmes.

Participer comme citoyen éclairé et informé à des débats de société oblige à s’intéresser à ces sujets dans toute leur complexité, à écouter et chercher à comprendre les avis divergents, à s’impliquer dans la gestion des affaires publiques, à faire preuve de responsabilité dans la prise de décision. Bref, tout l’inverse de la simple discussion de comptoir où chacun balance son opinion à tort et à travers. Alors, chiche ?

L. V.

Gestion des déchets : les sénateurs s’interrogent

25 septembre 2019

Il est des sujets de société qui semblent faire consensus. Qui, par exemple, irait aujourd’hui prétendre que la gestion des déchets est un sujet mineur, alors que chacun voit bien les ravages environnementaux de ces montagnes de déchets que nous produisons en quantité sans cesse croissante et dont la gestion contribue à polluer les sols, l’eau et même l’atmosphère.

C’est tout l’enjeu du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, examiné en séance publique au Sénat depuis ce mardi 24 septembre 2019. Ce projet est ambitieux puisqu’il vise, selon le Figaro, ni plus ni moins qu’à accompagner une « transition profonde et irréversible » des modèles de production et de consommation, en appelant à « sortir du modèle – extraire, fabriquer, consommer, jeter – qui est à bout de souffle » et en garantissant une « consommation sobre des ressources non renouvelables ».

Mais si tout le monde ne peut qu’être d’accord avec des objectifs aussi vertueux, il n’en reste pas moins que les débats, à l’occasion de l’examen de ce texte par la Commission sénatoriale de l’aménagement du territoire et du développement durable, la semaine dernière, ont été plutôt houleux, à en croire les échos relatés par Actu-Environnement ou Public-Sénat.

Stock de bouteilles en plastique recyclables (photo © Ivan Tsyrkunovich / Actu-Environnement)

Les principales avancées proposées par ce projet de loi ne semblent pas avoir suscité de débat majeur, en particulier pour ce qui concerne l’obligation d’affichage d’un « indice de réparabilité » sur les appareils électriques et électroniques, ou encore celle de recycler ou réemployer les produits alimentaires invendus lorsqu’ils sont encore utilisables. Les consignes de tri sélectif devraient aussi pouvoir enfin être harmonisées sur l’ensemble du territoire national d’ici 2022, ce qui n’est pas une mauvaise idée pour tenter d’améliorer la qualité du tri qui laisse souvent à désirer…

Bientôt un dispositif pour récupérer les mégots de cigarettes ? (photo © Paul J. Richards / AFP / Le Figaro)

La mise en place d’une nouvelle filière à responsabilité élargie des producteurs (filière REP) pourrait ainsi être instaurée à partir de 2022 pour les produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment qui seraient ainsi repris sans frais, s’ils ont été au préalable triés. D’autres filières comparables sont aussi envisagées pour les jouets, les articles de sport et de loisirs, les articles de bricolage et de jardinage, ou encore les produits du tabac équipés de filtres : d’ici 2024, les buralistes risquent ainsi de se voir obligés de reprendre les mégots de cigarettes que les clients leur rapporteront obligeamment…

Mais les choses se corsent pour ce qui est de la gestion des plastiques recyclés. Le projet de loi vise à instaurer un système de bonus-malus pour pénaliser les industriels qui n’utiliseraient pas de plastique recyclé pour la fabrication de ce produit. A l’instigation des sénateurs, le texte pourrait aussi interdire purement et simplement la distribution gratuite de bouteilles d’eau plate en plastique dans les établissements recevant du public et dans les locaux à usage professionnel, une mesure qui permettra peut-être de réduire quelque peu le recours inconsidéré à ce type de produit omniprésent.

Poubelles pour le tri sélectif des déchets à la gare Massy TGV : jaune pour le bouteilles et canettes, bleu pour les papiers et journaux, transparent pour le reste… (source © SNCF)

Les sénateurs proposent aussi de généraliser la mise en place de dispositifs de collecte séparée des déchets pour les emballages ce produits consommés hors du domicile, autrement dit des poubelles jaunes partout sur la voie publique, histoire d’améliorer le taux de collecte des bouteilles en plastique qui ne dépasse pas 57 % actuellement en France. Quand on voit la nature des déchets qui y sont déposés, en particulier dans les gares dont certaines sont déjà équipées, on ne peut que constater que nos élus manquent totalement de réalisme et qu’il faudra une bonne dose de pédagogie avant que l’on puisse envisager sérieusement valoriser les déchets ainsi récupérés…

Mais le point d’affrontement principal se focalise contre une mesure phare du texte de loi qui vise à généraliser le dispositif des consignes pour les emballages de boisson afin de faciliter la récupération de ces bouteilles, soit pour leur réutilisation soit pour le recyclage. Hervé Maurey, le président (centriste) de la commission sénatoriale en charge de l’examen de ce dossier accuse carrément le gouvernement de n’avoir pas fait d’étude d’impact préalable et de se baser sur les seules analyses de l’éco-organisme Citeo, et des industriels concernés, accusant au passage la firme Coca Cola de l’abreuver de « kilomètres de mails » pour tenter de le convaincre.

Containers de tri sélectif en apport volontaire à Marseille (source © Marsactu)

Officiellement, les sénateurs craignent que le développement du dispositif de consigne pour les bouteilles en plastique ne contribue à légitimer ce matériau comme emballage de boisson puisque le consommateur recevra de l’argent en venant rendre la consigne. Mais en réalité, ils relaient avant tout les craintes des maires dont ils sont très proches (et qui sont leurs électeurs), lesquels verraient, du fait de ce dispositif, se réduire les volumes d’emballages usagés collectés en porte à porte ou dans les points d’apports volontaires, déposés gratuitement par les administrés et qui sont ensuite valorisés par recyclage pour un bénéfice annuel de 200 millions d’euros revenant dans la poche des collectivités.

On comprend que les sénateurs soient vent debout contre une telle approche qui inciterait les consommateurs à venir plutôt rapporter en grande surface leurs bouteilles vides. L’histoire n’est pas encore écrite et le texte de loi subira certainement encore de multiples amendements avant son adoption finale. Mais l’affaire illustre à quel point il est bien difficile de légiférer dans des domaines où les intérêts des uns et des autres divergent à ce point. Faisons donc confiance en la sagesse de nos élus pour prendre les meilleures décisions, en espérant que l’intérêt de la planète, dont chacun affirme se préoccuper en priorité, tirera malgré tout bénéfice de cette évolution législative en gestation…

L. V.

Marseille : les inégalités de revenus se creusent

16 septembre 2019

Marseille est l’une des villes les plus inégalitaires. Année après année toutes les études le confirment (Observatoire des inégalités, rapport Philippe Langevin de 2018, OCDE, …). Mais les disparités par arrondissements et leurs évolutions sur une longue période sont très instructives, surtout lorsqu’on se compare aux autres grandes villes françaises.

 

Vue de Marseille à l’arrivée de l’autoroute A7 vers la Porte d’Aix, en limite des 1er, 2ème et 3ème arrondissements (photo © Gérard Julien / AFP / France 3 Régions)

Les statistiques INSEE accessibles au niveau des arrondissements (parfois au niveau des quartiers) montrent que les inégalités entre arrondissements « pauvres » et « riches » se sont considérablement accentuées, au moins depuis 2006 (premières statistiques normalisées accessibles). A Marseille, en moyenne, elles ont cru 2 fois plus vite qu’à Lyon. Il n’y a donc eu aucun rééquilibrage, bien au contraire.

Entre 2006 et 2016, la croissance de revenu médian des arrondissements « riches » a été proportionnellement le double de celle des arrondissements « pauvres ». Et, aux extrêmes, entre l’arrondissement qui a connu la plus forte croissance (+ 36 %) et celui à la traîne (+ 8,4 %), le rapport est de plus de 4… C’est unique en France. En région parisienne, durant la même période 2006-2016, le revenu médian de la ville la plus riche (Neuilly) a cru de 22,1 % et celui de la ville la plus pauvre (Clichy-sous-Bois) de 9,9 %, soit un rapport deux fois moindre…

 

Évolution entre 2006 et 2016 des revenus par arrondissement. Il s’agit des revenus nets par unité de consommation (UC). Dans un ménage, le premier adulte compte pour 1 UC, les autres personnes de plus de 14 ans comptent pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans comptent pour 0,3 UC

En fait, plus l’arrondissement dispose de revenus élevés, plus l’évolution sur 10 ans de ses revenus est forte ! Le Marseille de Jean-Claude Gaudin, c’est celui du creusement inédit des inégalités territoriales de revenus.

Carte des 16 arrondissements de Marseille (source © Cartograf)

Évidemment, à la marge, on observe d’autres évolutions socio-démographiques, comme la stagnation relative du 8ème arrondissement, qui reste cependant bien en tête, bien que talonné plus fortement par le 7ème et le 12ème. Le 3ème reste, lui, complètement à la traîne, et, bien qu’étant l’un des territoires les plus pauvres de France, son écart avec la moyenne de la ville continue à se creuser.

Même si la lutte contre les inégalités est sans doute plus efficace au niveau de l’État (taux de TVA, impôt sur le revenu, redistribution, services publics, …) elle se situe aussi au niveau local. D’ailleurs c’est au niveau local que le ressenti est le plus fort (exclusion, déclassement, vie quotidienne).

Au niveau local comme au niveau national, les politiques de lutte contre les inégalités de revenu peuvent agir à deux niveaux : au moment de leur formation (les inégalités dites « primaires » c’est-à-dire avant redistribution) ou par la redistribution d’une partie des revenus perçus. Les politiques fiscales, y compris locales, sont déjà susceptibles de réduire très directement les inégalités. Elles ne sont cependant pas les seules. L’aménagement de l’espace local, les équipements et services publics, l’accompagnement social, la formation, les outils de développement économique permettent d’agir sur les « inégalités » primaires d’une manière tout à fait efficace. Les politiques locales (fiscalité, urbanisme, transports, …) peuvent également encadrer et peser sur le patrimoine privé qui contribue très fortement aux inégalités de revenus et constitue, à Marseille, l’une des composantes de la disparité territoriale (par arrondissements).

J. Boulesteix

Sarkozy rattrapé par le fantôme de Khadafi

10 septembre 2019

Un dessin signé Wingz, publié le 22 mars 2018

Le 21 mars 2018, l’ancien Président de la République française, Nicolas Sarkozy, a été mis en examen après 24 heures de garde à vue, pour corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens. Placé sous contrôle judiciaire, il a aussitôt saisi la Cour d’appel de Paris, qui examinera le 17 octobre 2019 sa requête pour demander l’annulation de sa mise en examen.

Qui se souvient d’ailleurs de cette nouvelle mise en cause de notre ancien Président, lui qui cumule désormais les démêlées avec la Justice comme un vulgaire délinquant récidiviste ? Renvoyé devant le tribunal correctionnel pour financement illégal de campagne électoral (en 2012 cette fois, dans le cadre de l’affaire Bygmalion), mis en examen pour trafic d’influence et corruption active (pour avoir tenté de corrompre le haut magistrat Glibert Azibert), Nicolas Sarkozy est aussi dans le collimateur des juges pour bien d’autres affaires dont celles des sondages de l’Elysée et de l’attentat de Karachi, même s’il a bénéficié de non-lieu dans plusieurs dossiers scabreux dont celui de Liliane Bettencourt.

Et pourtant, l’affaire qui l’a conduit à cette mise en examen en mars 2018 est tout sauf banale, même si l’ancien chef de l’État a, jusqu’à présent toujours refusé de reconnaitre les faits. Il revient bien entendu aux juges de trancher, mais pour le citoyen lambda qui veut comprendre de quoi il retourne, on ne peut que conseiller la lecture d’un ouvrage passionnant qui vient d’être publié aux éditions Delcourt sous forme d’une bande dessinée intitulée « Sarkozy – Khadafi : des billets et des bombes ».

Mise en dessin par la plume de Thierry Chavant, la BD relate dans un style alerte une véritable saga policière qui paraîtrait totalement invraisemblable si elle ne s’appuyait sur des faits avérés et recoupés, issus d’investigations étayées soigneusement établis par une brochette de journalistes parmi lesquels Fabrice Arfi (Mediapart), Benoît Collombat et Elodie Gueguen (Radio France) et deux indépendants, Michel Despratx et Geoffrey Le Guilcher.

Benoît Collombat et Fabrice Arfi, invités de TV5 Monde (source © YouTube)

Certes les principaux mis en cause dans cette affaire, dont Nicolas Sarkozy mais aussi son ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant ou encore Eric Woerth, actuel président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, sont tous présumés innocents en attendant que la Justice se prononce. Mais les indices graves et concordants réunis à leur encontre par les juges en charge de ce dossier et qui viennent corroborer les investigations des journalistes sont suffisamment lourds pour que les Français s’interrogent sur la vulnérabilité de notre démocratie face à de tels agissements.

On laissera bien entendu à chacun le soin de prendre connaissance par lui-même des faits par ailleurs relatés dans de nombreux médias et dans plusieurs livres, mais la lecture de cette BD, qui d’ailleurs présente en annexe de multiples pièces à conviction très documentées, est vraiment un exercice aussi plaisant qu’instructif, qui se lit d’une traite mais donne le vertige.

Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, le 25 juillet 2007, à Tripoli (photo © Patrick Kovarik / AFP / Courrier International)

Petit retour en arrière quand même pour ceux qui auraient oublié le contexte : l’histoire commence pour l’essentiel en octobre 2005, lorsque Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, vient rendre visite en Libye à Muammar Khadafi alors en quête de reconnaissance internationale et qui voit en Sarkozy un allié objectif avec qui il tente d’ailleurs de négocier l’annulation de la condamnation de l’organisateur de l’attentat contre le DC10 d’UTA qui avait fait 170 morts.

Khadafi témoigne auprès d’un de ses cousins de sa rencontre avec Sarkozy en octobre 2005 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

Khadafi décide de miser sur le candidat Sarkozy et, selon les témoignages de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, les remises de billets par le gouvernement libyen débutent en novembre 2006, six mois avant les élections présidentielles. Ce sont plusieurs millions qui transitent ainsi dans des valises, par liasses de billets de 500 €, et plusieurs indices laissent à penser que tout cet argent n’a pas servi qu’à financer la campagne politique qui a permis à Nicolas Sarkozy d’accéder à l‘Élysée en mai 2007. Claude Guéant, mis en examen pour faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, semble s’être généreusement servi au passage, lui qui a pris l’habitude de sortir régulièrement des grosses coupures de ses poches alors que les enquêteurs ont constaté qu’il n’avait en tout et pour tout retiré que 800 € en liquide entre 2005 et 2013 !

L’intermédiaire Ziad Takieddine se fait remettre une nouvelle valise de billets par le chef du renseignement militaire libyen, Abdallah Senoussi, fin 2006 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

On se souvient de l’épisode rocambolesque de Cécilia Sarkozy en juillet 2007, mettant en scène la libération des infirmières bulgares, détenues depuis 1999 dans les geôles libyennes, ou encore l’accueil grandiose réservé en décembre 2007 au Guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne, en visite officielle à Paris où il installe sa tente bédouine dans le parc de l’hôtel Marigny.

Mais en février 2011, un vent de révolte souffle en Lybie comme dans bien d’autres pays arabes. Des insurgés prennent les armes à Benghazi. En France, Bernard Henri-Lévy se démène pour convaincre qu’il faut déclencher la guerre préventive contre le régime libyen pour venir en aide à l’opposition démocratique. Des rumeurs font état de pseudo bombardements contre les populations civiles à Tripoli. A Paris, c’est le branle-bas de combat dans les cercles du pouvoir car Khadafi, qui comprend qu’il a été joué par Sarkozy commence à faire savoir que c’est lui qui a largement financé sa campagne de 2007. Son fils Saïf Al-Islam relaie les mêmes informations. En catastrophe, Nicolas Sarkozy dépêche Alain Juppé, son ministre des Affaires étrangères à l’ONU pour faire voter en toute urgence une résolution des Nations-Unies en vue d’attaquer le régime libyen.

Khadafi félicite Sarkozy au lendemain de sa victoire électorale en mai 2007 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

En mars 2011, c’est un tapis de bombes qui s’abat sur la Libye. Le palais de Bab Al-Aziza, à Tripoli, où Khadafi stockait ses archives et notamment ses enregistrements de conversations avec des chefs d’État étrangers, est pulvérisé, ce qui n’empêche pas les forces spéciales françaises d’aller en fouiller les décombres pour vérifier qu’il ne reste plus aucun indice compromettant. En octobre 2011, le convoi de véhicules dans lequel se trouvait Muammar Khadafi est lui-même pris en chasse et bombardé. Réfugié dans un tunnel, il est finalement achevé sans que l’on sache très bien qui l’a abattu, mais alors que des soldats français se trouvent sur le théâtre des opérations.

Nicolas Sarkozy a toujours affirmé que les allégations du régime libyen quant au financement massif de sa campagne de 2007, ne sont que pure invention d’un dictateur aux abois. Sauf que, en mars 2012, de nombreux éléments factuels viennent corrobore les échanges de fin 2006 et début 2007 ayant conduit Khadafi à décider de financer la campagne de son ami français.

Un dessin signé Rhodo, publié dans le Nouvel Obs en 2012

Ce sont notamment les notes manuscrites de Choukri Ghanem, ministre du pétrole, datées d’avril 2007 et désormais entre les mains de la Justice française. Leur auteur, malheureusement, est décédé en avril 2012, malencontreusement noyé dans le Danube à Vienne où il s’était réfugié. Un autre intermédiaire, qui avait en sa possession des enregistrements d’entretiens de Khadafi authentifiés par la DGSE, est lui aussi mort accidentellement en avril 2012 et les mystérieux enregistrements ont disparu… Même le fidèle Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Khadafi et maître d’œuvre des opérations financières occultes du régime, lui que l’armée française avait soigneusement exfiltré avec toute sa famille pendant la révolution libyenne en août 2011 a miraculeusement échappé à la mort en février 2018 au moment même où il commençait à vouloir s’exprimer sur le sujet…

Bien entendu, il faut lire la bande dessinée pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cette histoire rocambolesque dont le dénouement judiciaire n’est pas encore connu mais qui est d’autant plus captivante que la plupart des personnages que l’on y croise nous sont terriblement familiers, eux qui ont occupé et qui pour certains occupent encore les plus hautes fonctions de l’État. C’est bien d’ailleurs l’objectif recherché par ce livre enquête qui précise en préambule : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait non fortuite. Et pour cause, tout ce que vous lirez est réel ». De quoi donner des sueurs froides à certains des protagonistes de ce thriller incroyable…

L. V.