Archive for novembre 2015

COP 21 : la société civile se mobilise !

28 novembre 2015

Blog252_PhOursBlancLa semaine prochaine s’ouvrira à Paris la fameuse 21ème conférence des parties, dite COP 21, destinée à obtenir des engagements de tous pour tenter de limiter à 2 °C le réchauffement climatique moyen de notre planète. Une véritable gageur alors que les USA commencent à ergoter sur la portée réelle de cette réunion et proposent qu’on en reste aux discours incantatoires sans implication contraignante, et alors que la Chine envisage d’attendre 2030 pour commencer à stabiliser ses émissions de CO2

Mais en ces temps où chacun est focalisé sur la menace terroriste et sur les affrontements en cours en Irak et en Syrie, l’urgence climatique est en train de passer au second plan. Comme le disait déjà Jacques Chirac en 2002 à Johannesburg : « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Prendre des décisions fortes, basées sur la solidarité internationale, pour réduire collectivement nos émissions de gaz à effet de serre n’est pas des plus facile dans un monde en crise où chaque pays cherche à tirer son épingle du jeu sans se soucier de ce qu’il adviendra du voisin, oubliant que nous sommes tous dans la même barque…

Blog252_DessinLes premières victimes du réchauffement climatique global seront les paysans de la zone inter-tropicale et on peut déjà imaginer avec quel empressement ils seront accueillis dans nos pays riches mais ravagés par les inégalités sociales et le chômage de masse, lorsqu’ils viendront grossir les rangs des demandeurs d’asile, s’ajoutant à ceux qui fuient déjà la misère, l’oppression politique, les guerres et l’obscurantisme religieux…

Face à un tel défi, la société civile en général et le milieu associatif en particulier sont heureusement plus clairvoyants que nos dirigeants politiques. Mais laisser les citoyens exprimer leur détermination à agir sur un tel sujet revient à dire que nos élus ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur ont été confiées… Un discours qui n’est pas toujours agréable à entendre et la France, qui s’enorgueillit de favoriser la liberté d’expression, vient encore d’en administrer la preuve en interdisant, sous prétexte de sécurité, la Marche mondiale pour le climat, prévue ce dimanche 29 octobre 2015.

Blog252_PhAfficheLes manifestations sont interdites, en particulier à Paris. Qu’à cela ne tienne, les collectifs impliqués dans la mobilisation citoyenne autour de la COP 21 maintiennent leur invitation à se rassembler dimanche 29 novembre à Marseille, à 13h place Bargemon, en habits verts, pour exprimer leur détermination et montrer leur solidarité en formant une chaîne humaine entre la mairie et le Parc Longchamp. De nombreuses autres marches du même type sont prévues dans plusieurs villes françaises, y compris à Aix-en-Provence le dimanche 29 à 10h sur le Cours Mirabeau.

En parallèle, de nombreux autres événements ont été imaginés pour favoriser la mobilisation citoyenne autour de cette réunion internationale sur le climat. Sur Aubagne par exemple, expositions, conférences et manifestations festives sont organisés toute la semaine Blog252_PhFourSolaireà l’initiative du Collectif pour une transition citoyenne du pays d’Aubagne. Au menu : mijoté de légumes préparés dans un cuiseur solaire ou visite de la ferme des Jonquiers dont les terres ont été acquise grâce à une souscription populaire organisée par Terre de liens.

Le programme complet des festivités (ProgrammeAubagne2015) est accessible sur les sites des associations mobilisées dont celui du nouveau groupe aubagnais Colibri, un mouvement créé en 2007 par Pierre Rabhi et qui milite pour une société plus écologiste et plus humaine dans laquelle chacun est appelé à se mobiliser à l’exemple du colibri de la fameuse légende amérindienne maintes fois racontée mais toujours aussi savoureuse : Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Blog252_PhColibriSeul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part ».

Reste à savoir si les responsables de tous les pays du monde sont désormais prêts à prendre leur part dans cette course contre la montre à laquelle nous sommes tous confrontés face au changement climatique global. Espérons-le, même si le contexte actuel ne pousse guère à l’optimisme en la matière…

L.V.  LutinVertPetit

Compassion et détermination

25 novembre 2015

Comment réagir face aux événements qui nous sidèrent ? Quelles peuvent être nos attitudes, nos pensées, nos actions ?

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Compassion d’abord tant il est vrai que c’est l’essence même de l’humanité : l’homme n’est homme que parce qu’il sait faire preuve de compassion envers ceux qui soufrent, sont malades, pleurent. Toute l’histoire, les religions, les philosophes nous l’enseignent. Il s’agit donc d’aller vers les proches des disparus, des blessés et de leur témoigner de notre solidarité. Ce d’autant plus qu’à Paris, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos frères et sœurs.

Blog251_PhCamusDétermination ensuite : Comment agir, réagir ? Une œuvre nous aide sans doute à y voir plus clair : « La Peste » d’Albert Camus. Pouvons-nous comparer les instants que nous vivons à la situation décrite dans ce roman ? Il peut en tout cas nous aider, nous guider dans notre réflexion. Que dit-il qu’il me semble devoir retenir aujourd’hui ? Dans ces moments-là, il faut faire son travail, tout simplement mais plus que jamais, avec cœur et ardeur. Et le héros, c’est bien Joseph Grand qui malgré les menaces, ses propres échecs, fait et refait toujours son ouvrage. C’est aussi le docteur Rieux qui rejette les arguties des uns et des autres, ceux-là même qui ne veulent rien faire, se voilent la face, fuient. Il choisit de se battre contre le virus, au péril de sa vie et malgré ces hommes restés inertes.

Comme le docteur Rieux, soyons déterminés à être citoyens. Croire à la démocratie, à la solidarité, est nécessaire mais pas suffisant. Il nous faut la vivre au quotidien, en témoignant, en respectant les paroles des autres, en accueillant celui qui soufre, en éduquant nos enfants. Bref, il nous faut faire notre travail, jour après jour, avec détermination.

Restons modestes : nos petits bras, musclés ou non, ne changeront pas le monde à eux tout seuls, mais y contribueront certainement avec tous les autres de bonne volonté. Et restons optimistes : « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser1 ».

Antoine Malafosse

18 novembre 2015

1 La Peste, Albert Camus, 1947

Les évêques soutiennent la métropole d’Aix-Marseille !

22 novembre 2015

Aussi étonnant que cela puisse paraître, voilà que le Diocèse de Marseille apporte un soutien aussi fervent qu’inattendu au projet de métropole Aix-Marseille-Provence, dont la création est toujours prévue au 1er janvier 2016, mais dont la gestation se fait dans la douleur et malgré l’opposition farouche et déterminée de bien des élus locaux… À l’heure où l’on insiste tant et plus sur le caractère laïc de notre État et sur la nécessaire séparation entre croyance spirituelle et gouvernance politique, voilà une prise de position qui va faire grincer bien des dents. On n’ose d’ailleurs imaginer comment aurait été reçue une telle prise de position si elle avait été formulée par un imam au nom du Conseil représentatif des musulmans de France…

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Toujours est-il que cette position officielle, largement relayée par La Provence, a bien été formulée au nom de l’Église catholique par Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, et par son homologue Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et d’Arles. Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence, qui a tout fait pour torpiller le projet et qui continue à se battre bec et ongles pour empêcher à tout prix que cette métropole ne voir le jour, s’en étrangle d’indignation, mais force est de constater que le message de l’épiscopat est sans ambiguïté.

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

L’événement a été soigneusement orchestré et s’est déroulé vendredi 20 novembre sous forme d’une conférence à Marseille devant une centaine de participants et en présence de l’archevêque, à l’invitation du Comité diocésain économique et social et du Secrétariat social de Marseille. Intitulée « Une lecture de la métropole AMP à la lecture de la doctrine sociale de l’Église », la conférence a été animée par l’économiste Philippe Langevin, également membre du Conseil diocésain. Le texte, qui avait été largement distribué, évoque les caractéristiques de notre espace métropolitain avec ses atouts mais aussi sa répartition très inégalitaire des richesses, et détaille les enjeux de la construction métropolitaine, formidable opportunité pour développer la solidarité et le mieux-vivre de ses habitants. Il égratigne au passage les maires qui s’accrochent à leur pouvoir et prône le renouvellement des responsables politiques pour éviter l’instauration de privilèges occultes…

Bref, un véritable pavé dans la mare des élus locaux qui s’opposent de toutes leurs forces à ce projet et qui vivent comme un véritable camouflet ce rappel à leurs responsabilités sociales ! Il faut dire que les deux évêques n’y vont pas avec le dos de la cuillère et invoquent carrément le pape en appui à leur prise de position, n’hésitant pas à déclarer : « Comme nous y invite le pape François dans sa lettre encyclique Laudato si, nous devons penser Aix-Marseille-Provence comme une maison commune qui nous accueille, nous protège et nous nourrit ». Rien de moins !

Article publié dans La Provence

Article publié dans La Provence le 18 novembre 2015

Déjà que les déclarations du pape François sur les dérives du néolibéralisme et les dangers qui pèsent sur notre environnement avaient fait grincer bien des dents, la pilule est amère pour bien des élus de droite pour qui la doctrine sociale de l’Église n’avait de sens qu’à condition de ne pas sortir des strictes limites du sermon dominical. Sauf que là, le message est limpide : « Cette métropole est nécessaire pour construire un nouveau territoire à la hauteur des enjeux de notre temps. Sur un espace d’intenses déplacements, les concurrences avérées entre les communes et les intercommunalités, le renfermement de beaucoup d’élus sur leur territoire de légitimité handicapent le développement d’un territoire qui ne manque pourtant pas d’atouts. Le taux élevé de pauvreté dans beaucoup de communes et les écarts importants de conditions de vie de près de 2 millions d’habitants renvoient à un devoir de solidarité ».

Maryse Joissains en 2012 (capture d'écran)

Maryse Joissains en 2012 (capture d’écran)

Pour la pauvre Maryse Joissains qui réclamait encore il y a quelques jours un audit de la ville de Marseille et refusait obstinément tout partage des ressources avec cette ville, le rappel à la morale chrétienne est brutal ! Car c’est bien dans cette optique que les évêques placent leur discours en rappelant que « pour les chrétiens, ce devoir de solidarité est un devoir de charité ».

Mais bien des élus locaux semblent sourds à ce genre de discours, alors qu’ils en sont encore à déposer des recours pour tenter d’annuler l’élection du nouveau président de la métropole et fragiliser autant que possible la mise en place de cette dernière, à l’image du maire de Pertuis annonçant sans ambages à la presse : « on va faire péter le système », tandis que la maire d’Aix-en-Provence réclame la mise sous tutelle de la ville de Marseille et de ses élus qu’elle qualifie d’ « équipe de branquignoles ». Rarement la politique aura atteint un niveau aussi bas…

L.V.  LutinVertPetit

Quelle attitude face au terrorisme de Daech ? Propos iconoclastes

19 novembre 2015

Difficile de réagir sereinement face au carnage provoqué le 13 novembre 2015 au soir par une poignée de terroristes déterminés, se réclamant de Daech… La colère et le désir de vengeance dominent bien des réactions recueillies par les médias. L’appel à un renforcement des mesures de sécurité, à l’enfermement préventif de toute personne soupçonnée de sympathie islamiste et à des frappes aériennes meurtrières pour tuer au cœur des territoires syriens et irakiens tombés aux mains de Daech, telles sont certaines des pistes avancées par plus d’un responsable politique.

Policier près d'une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Policier près d’une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Dès le lendemain des attentats, les avions français ont largué leurs bombes sur des camps d’entraînement de Daech à Raqqa et en quelques jours on a assisté à un spectaculaire renversement d’alliance conduisant la France à rejoindre la Russie de Poutine dans son déferlement de violence contre les opposants à Bachar Al-Assad. Oublié le contentieux pourtant tout récent qui avait conduit François Hollande à revenir sur la vente de frégates à la marine russe après son annexion à la hussarde de la Crimée et ses incursions militaires musclées en territoire ukrainien.

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Mais en pareille circonstance, la colère et la haine de l’autre ne sont pas forcément bonnes conseillères. On voit comment des années d’escalade dans la répression et l’apartheid ont conduit certaines nations au chaos et combien il est difficile ensuite de sortir de cette spirale infernale qui s’auto-entretient. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens en est un bon exemple qui montre à quel point le tout répressif ne fait qu’alimenter le terrorisme dans une guerre asymétrique, renforçant encore la détermination de ceux qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour la cause qu’ils défendent.

Il n’est pas question bien évidemment de faire preuve d’angélisme et encore moins d’indulgence vis-à-vis de ces fous d’Allah dont beaucoup voient dans le jihadisme un simple prolongement de la délinquance ordinaire comme le montrent certains des profils mis en lumière lors de ces récents attentats. Mais il n’est pas interdit non plus de réfléchir pour chercher quelles sont les meilleures réponses face à des comportements aussi dangereux pour nos sociétés démocratiques multiculturelles.

Parmi ceux qui se sont risqués à explorer d’autres voies que celles qui viennent spontanément à l’esprit, citons l’analyse du journaliste Nicolas Hénin. Présent en Irak pendant la quasi totalité de l’intervention de l’armée américaine, il a couvert de nombreux conflits au Soudan, en Somalie ou au Yémen et c’est un excellent connaisseur du monde arabe. Enlevé en juin 2013 à Raqqa par des combattants jihadistes, il a été détenu pendant près d’une année par Daech, ce qui lui a permis de côtoyer de près ses militants et de bien en percevoir les ressorts.

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Invité par plusieurs médias juste après les attentats du 13 novembre, il a rappelé ce qu’il avait déjà développé en mars dernier, notamment dans l’émission « On n’est pas couché » animée par Laurent Ruquier. Il tente en particulier d’expliquer les motivations de Daech et sa vision apocalyptique basée sur une confrontation frontale avec les sociétés occidentales, mais aussi les arguments que ce mouvement met en avant pour recruter, y compris parmi certains jeunes Européens. Le journaliste a vu comment les mouvements jihadistes se sont développés suite à l’invasion de l’Irak par les Américains et il redoute que les bombardements massifs de la coalition actuelle franco-russo-américaine ne vienne encore renforcer les arguments de Daech auprès de la population civile locale.

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Vivre sous la terreur permanente des bombardements, même ciblés sur des objectifs militaires, conduit forcément la population à se rapprocher de ceux qui disent la défendre, seuls contre le reste du monde occidental coalisé. Une telle vision iconoclaste a d’ailleurs valu à son auteur de vertes critiques de la part de nombreux commentateurs : il n’est jamais bien vu d’aller contre l’avis général…

Faut-il pour autant ne rien faire ? Certainement pas, mais les solutions sont rarement exclusivement militaires, surtout lorsqu’on se contente d’une guerre aérienne à distance faute du courage politique d’envoyer des combattants au sol. Plusieurs voix s’élèvent pour suggérer d’œuvrer en parallèle à un rapprochement diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux pays émergents de la région qui participent largement à attiser les braises dans le conflit syrien, mais aussi à ramener à la raison la Turquie qui, sous la conduite de son président Recep Tayyip Erdogan a longtemps soutenu les mouvements jihadistes et réprime sévèrement les pechmergas kurdes qui les combattent.

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Rien n’est jamais simple et les solutions ne peuvent être univoques face à la menace que font peser sur nos sociétés des mouvements organisés comme Daech, qui s’appuient sur des individus radicalisés et sur une propagande terriblement efficace. Contre cet embrigadement et cette exploitation du désespoir, n’oublions pas que l’échange et l’ouverture à l’autre dans le dialogue peuvent aussi avoir un rôle à jouer. La haine et la soif de vengeance ne sont certainement pas les meilleures réponses, la peur et le repli identitaire non plus. Plus facile à dire qu’à faire, bien entendu, mais c’est le génie de l’homme que d’arriver à surpasser ses sentiments les plus immédiats grâce à la réflexion et à l’usage de la raison…

L.V.  LutinVertPetit

Régionales 2015 en PACA : 10 listes en lice

15 novembre 2015

Dans moins d’un mois aura lieu le premier tour des élections régionales, prévu le 6 décembre 2015 et, pour l’instant, l’attention est plutôt focalisée sur d’autres sujets, à quelques semaines de l’organisation de la COP 21 et en ce triste lendemain d’attentats meurtriers à Paris, revendiqués par des combattants de l’organisation islamiste Daech. Déjà, lors du précédent scrutin en mars 2010, le taux d’abstention avait dépassé les 55 % en région PACA au premier tour, et tout indique que la participation cette année ne sera pas exceptionnelle non plus…

La nouvelle carte des 13 régions administratives de métropole

La nouvelle carte des 13 régions administratives de métropole

Pourtant ces élections régionales sont importantes dans un pays désormais largement décentralisé, surtout après la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République adoptée en juillet 2015 qui donne encore davantage de compétences aux Régions, dont le nombre a été réduit de 22 à 13 en métropole, même si PACA fait partie de celles dont les contours n’ont pas évolué. Peu à peu et malgré les fortes réticences des élus locaux qui s’arque-boutent sur leurs prérogatives, les niveaux intermédiaires du mille-feuilles territorial commencent à perdre de leur influence au profit des deux principaux niveaux d’organisation que la construction européenne cherche à privilégier dans un souci louable de rationalisation : l’intercommunalité et la région.

Le rôle des communes est de plus en plus limité, quasiment réduit à la gestion des écoles primaires, même si cet échelon reste primordial pour l’animation de la démocratie de proximité et si le maire continue à jouer un rôle majeur, mais la quasi totalité des services publics de proximité est désormais confiée à l’intercommunalité. Pour l’instant, l’outil reste en construction sur l’aire marseillaise avec la future métropole qui peine à se mettre en place, mais c’est désormais à cette échelle que devront être gérés l’urbanisme, la voirie, les espaces verts, les déchets, l’eau, l’assainissement, …, bref la plupart des services du quotidien qui demandent à être pris en charge de manière cohérente, à une échelle suffisante et avec un niveau minimum de technicité pour agir avec cohérence et efficacité.

PACA_000333Les Départements quant à eux conservent une partie de leurs compétences mais se recentrent fortement sur le social tandis que la Région est désormais clairement fléchée sur le développement économique et l’aménagement du territoire, avec notamment l’organisation du transport ferroviaire régional et désormais des liaisons interurbaines, mais aussi en matière de formation professionnelle et d’éducation (lycées). L’organisation territoriale reste néanmoins complexe et la plupart des citoyens ont bien du mal à s’y retrouver dans cette répartition des compétences, surtout lorsque de nombreux élus s’obstinent à empiler les casquettes comme c’est le cas depuis les dernières élections départementales

En tout cas, ce n’est pas l’offre politique qui manquera lors des prochaines régionales, et l’électeur aura largement le choix pour le premier tour puisque ce sont pas moins de 10 listes qui devraient se présenter à ses suffrages en région PACA ! A l’extrême droite, il aura ainsi le choix entre la liste Front National conduite par la députée Marion Maréchal-Le Pen et celle de l’Union des Droites pilotée par le maire d’Orange Jacques Bompart.

Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen (photo SIPA parue dans metronews)

Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen (photo SIPA parue dans metronews)

A droite, la liste pilotée par le cumulard Christian Estrosi, député, maire de Nice et président de la métropole Nice-Côte d’Azur, rassemble ex UMP, UDI et MODEM. Dans les Bouches-du-Rhône, elle sera pilotée par le député européen Renaud Muselier, la sénatrice Sophie Joissains et le député Bernard Deflesselle. Mais elle sera concurrencée par une liste présentée au nom du parti Debout la France ainsi que par une liste UPR (Union populaire républicaine) qui prône ni plus ni moins que le retrait de la France de l’Otan et de l’Union européenne ! Citons également la liste de l ‘Alliance écologiste indépendante qui devrait être conduite par un de ses secrétaires nationaux qui, lors de l’élection présidentielle de 2012, appelait de ses vœux une candidature de Brigitte Bardot, tout un programme…

Sophie Camard et Jean-Marc Coppola lors d'une conférence de presse commune en septembre 2015

Sophie Camard et Jean-Marc Coppola lors d’une conférence de presse commune en septembre 2015

A gauche, Lutte ouvrière et Nouvelle Donne devraient chacun présenter une liste, avec un risque très élevé de ne pas atteindre la barre de 5 % des suffrages exprimés leur permettant de bénéficier du remboursement de leurs frais de campagne. Quant aux trois partenaires qui constituent la majorité sortante et qui se présentaient sur trois listes séparées lors du premier tour en 2010, ils se sont rassemblés pour le scrutin du 6 décembre 2015 en deux pôles distincts. D’un côté, une liste dénommée La Région coopérative sociale, écologiste et citoyenne, rassemble Front de Gauche et écologistes de EELV et est conduite par le tandem constitué par deux conseillers régionaux sortants, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola.

De l’autre, une liste conduite par le député-maire de Forcalquier, social-démocrate assumé et récent rapporteur de la loi Macron, Christophe Castaner,

Chrstophe Castaner, tête de liste socialiste pour les régionales (photo A. Rancoule / 20 Minutes)

Chrstophe Castaner, tête de liste socialiste pour les régionales (photo A. Rancoule / 20 Minutes)

s’est constituée autour du Parti socialiste, du PRG et de la toute nouvelle Union des démocrates et écologistes. Une liste qui, dans les Bouches-du-Rhône, sera conduite par Christophe Madrolle, passé par différents partis de Génération écologie jusqu’au MODEM via Les Verts.

Les premiers sondages indiquent que les listes du Front National et de la Droite devraient se retrouver en tête, au coude à coude à l’issue du premier tour, ce qui pourrait conduire à une triangulaire au second tour, le 13 décembre, après fusion des deux listes de gauche, dont les équipes dirigent ensemble la Région depuis 1998 sous la houlette de Michel Vauzelle et qui ne devraient donc pas avoir de mal à présenter un programme unique. Reste que le contexte national n’est guère favorable à la gauche et que les niveaux d’abstention seront très probablement élevés, ce qui laisse la porte ouverte à beaucoup d’incertitudes…

L.V.  LutinVertPetit

Aix-Marseille : le projet métropolitain vire à la farce napolitaine…

11 novembre 2015
Jean-Claude Gaudin, nouveau président de la métropole Aix-Marseille-Provence

Jean-Claude Gaudin, nouveau président de la métropole Aix-Marseille-Provence

Ca y est, c’est fait ; Jean-Claude Gaudin a été élu lundi 9 novembre 2015 premier président de la future métropole Aix-Marseille-Provence qui verra le jour officiellement le 1er janvier 2016, en lieu et place de six intercommunalités des Bouches-du-Rhône. Mais, comme de coutume à Marseille, rien ne s’est déroulé comme prévu et le projet institutionnel soigneusement élaboré depuis des années par des armées de technocrates sous la houlette du ministère, a viré à la farce pagnolesque dans la grande tradition de la Comedia dell’arte sauce marseillaise.

On sait que depuis le lancement de ce projet pour lequel la ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu

Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique

Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique

a largement mouillé la chemise, les élus locaux des 92 communes des Bouches-du-Rhône sont vent debout, de crainte que la nouvelle métropole ne leur fasse perdre l’essentiel de leurs pouvoirs, sur l’urbanisme en particulier, source majeure du clientélisme électoral qui constitue le socle de la démocratie représentative locale.

Mais la raison avait fini par s’imposer et de compromis en renoncement, la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles avait fini par être adoptée en janvier 2014, fixant le périmètre, les compétences et les modalités de mise en place de la future métropole qui rassemblera plus de 1,8 millions d’habitants à partir de 2016 et aura pour tâche de donner plus de cohérence à ce territoire, en particulier en matière d’urbanisme, de transports et de développement économique.

Mais c’était sans compter la capacité de nuisance de certains élus qui, comme la maire d’Aix-en-Provence sont allés jusqu’à déposer un projet concurrent de métropole aixoise autonome ! Le Préfet a eu beau faire de multiples rappels à la raison et à la loi, pas facile de faire coopérer des responsables politiques qui n’en veulent pas… Après avoir boycotté pendant des mois les différentes réunions préparatoires à l’organisation de la future métropole et avoir tenté par tous les moyens de faire avorter le projet, les élus réfractaires ont tenté de bloquer l’élection du futur exécutif, au risque que la métropole ne voit pas le jour au 1er janvier 2016, ce qui aurait provoqué une belle panique, paralysant totalement le fonctionnement des services publics locaux et empêchant que les 7500 fonctionnaires territoriaux soient payés au delà de la fin de l’année puisque les six intercommunalités n’auront plus d’existence légale à cette date…

Sylvia Barthélémy, présidente de la communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Etoile

Sylvia Barthélémy, présidente de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile

Pour convoquer l’assemblée permettant d’élire le président de la future métropole, la fenêtre de tir était étroite et les présidents des six intercommunalités s’étaient entendus pour que personne ne bouge. A ce petit jeu de poker menteur, il fallait un traître pour faire bouger les lignes. C’est Sylvia Barthélémy, la présidente de l’agglomération d’Aubagne qui a endossé le costume, au risque de se faire honnir par ses collègues… La date de l’élection a été fixée au lundi 9 novembre à 9h30 dans l’hémicycle du Pharo et les convocations dûment envoyées aux 240 représentants qui constitueront le futur conseil métropolitain et qui ont, eux, été désignés par les communes membres.

Mais à trois jours de ce scrutin mémorable, voici que tout est remis en cause une nouvelle fois. On apprend en effet que l’un des quatre recours qui ont été déposés en justice contre le projet de métropole vient d’aboutir devant le Tribunal administratif. C’est le maire d’Eguilles, un certain Robert Dagorne, qui a introduit ce recours contre les deux arrêtés préfectoraux publiés en septembre et octobre 2015 et qui fixent les modalités de répartition des sièges entre les 92 communes membres. Ce sont ces arrêtés qui avaient déterminé que les représentants élus seraient au nombre de 240 (contre 417 si on additionne ceux qui siègent dans les six intercommunalités actuelles) dont 108 pour la ville de Marseille, 17 pour Aix-en-Provence, 5 pour Aubagne et Martigues, 4 pour 5 communes dont La Ciotat, 2 à Miramas et 1 pour chacune des autres communes, comptant toutes moins de 21 000 habitants.

Le recours déposé conteste cette répartition qui fait en sorte que chaque commune est représenté grosso modo par un délégué pour 8000 habitants alors que dans le groupe fourre-tout des 83 communes n’ayant qu’un seul élu, la fourchette varie entre 130 habitants pour Saint-Antonin-sur-Bayon et un peu plus de 20 000 habitants pour Allauch ou Gardanne. Un argument que les juges ont déclaré recevable et qui a bien failli tout remettre en cause ! Le Préfet a certes fait appel de cette décision mais le fait est que samedi 7 novembre, à deux jours de l’élection, le président du tribunal administratif déclarait contre toute attente que la suspension des arrêtés faisait « obstacle provisoirement à la mise en place des instances de la future métropole »…

Jean-Claude Gaudin pendant la séance du 9 novembre (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Jean-Claude Gaudin pendant la séance du 9 novembre (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Il s’en est suivi un week-end de folie où chacun s’en est donné à cœur joie comme l’ont relaté les journalistes de La Provence ou de Marsactu, mais aussi leurs confrères parisiens du Monde ou de Libération. Ordres et contrordres se sont succédé. Samedi soir, Jean-Claude Gaudin, candidat déclaré à la présidence de la future métropole et a priori certain de l’emporter face au maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, envisageait même de renoncer et faisait passer le message que la réunion convoquée pour le lundi matin n’aurait finalement pas lieu.

Mais c’était sans compter la hargne de Maryse Joissains qui, en tant que doyenne d’âge des présidents d’intercommunalité se voyait offrir la présidence temporaire de l’assemblée, le temps de l’élection. Celle-ci a donc tout fait pour que la réunion se tienne malgré tout, et le reste des élus s’y est finalement résolu, par crainte d’un nouveau coup tordu de sa part. On imagine sans peine les nombreuses tractations et coups de fil qui ont orchestré ce week-end jusque tard le dimanche soir…

Les élus dans l'hémicycle du Pharo, le 9 novembre 2015

Les élus dans l’hémicycle du Pharo, le 9 novembre 2015

Toujours est-il que le lundi matin, la plupart des élus étaient bien présents dans l’hémicycle du Pharo, surtout désireux de ne pas rater un spectacle qui s’annonçait haut en couleurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été déçus, à en croire les éléments qui ont filtré de cette réunion, notamment via Marsactu… La maire d’Aix-en-Provence a été en tout cas à la hauteur de sa réputation et a tout fait pour empêcher l’élection, profitant de son rôle de présidente de séance pour tenter de la clôturer au bout d’une petite heure après avoir déclaré « J’ai ouvert la séance et je compte la refermer sans qu’il y ait vote ».

Maryse Joissains en live présidant la séance du 9 novembre (photo Marsactu)

Maryse Joissains en live présidant la séance du 9 novembre (photo Marsactu)

Les soutiens de Jean-Claude Gaudin sont alors montés au créneau pour tenter de rattraper la situation, Danièle Millon en tête, qui osait une citation historique : « Nous sommes ici par la force de la loi. Puisque la convocation a été faite selon la démocratie, je demande que l’élection se déroule suivant la démocratie ». Le Pharo n’est pas la salle du Jeu de Paume, mais on sentait bien que les baïonnettes étaient sorties et on a d’ailleurs failli en venir aux mains quand une élue a dû arracher le micro à une Maryse Joissains déchaînée qui, se croyant sans doute encore en cour de récréation, lui a lancé un « Oh, tu veux des coups ? », avant de quitter la séance en entraînant dans son sillage un groupe d’élus frondeurs.

Après ce coup d’éclat, il ne restait plus qu’à recoller les morceaux avec les 169 élus restant dans la salle. Une chance que le quorum était respecté… Dans un contexte aussi électrique, le maire de Martigues n’a finalement même pas maintenu sa candidature mais Jean-Claude Gaudin s’est quand même vu opposer un adversaire de dernière minute en la personne du maire de Cabriès. A 76 ans et avec 119 voix seulement, le sénateur-maire de Marseille a finalement été élu premier président de cette future métropole qui voit donc le jour dans un chaos rocambolesque qui augure assez mal de son avenir. Une chose est sûre, le projet métropolitain ici ne va pas de soi !

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo à Cassis : la fuite en avant ?

8 novembre 2015
L'Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

L’Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

Le feuilleton des boues rouges de Gardanne, déchets issus de la transformation de la bauxite en alumine dans l’usine de Gardanne désormais baptisée Alteo et, depuis 2012, aux mains d’un fonds d’investissement américain, vient de connaître une nouvelle étape. Une première fois repoussée à la demande du ministère de l’écologie après avoir pourtant reçu un avis positif de la part du conseil d’administration du Parc National des Calanques, grâce aux nombreux élus locaux qui y siègent, l’enquête publique destinée à examiner la demande d’Alteo de prolonger de 30 ans le rejet en mer de ses effluents industriels toxiques a finalement eu lieu cet été et les commissaires enquêteurs viennent de rendre public, le 5 novembre 2015, leur rapport, désormais accessible sur le site de la Préfecture.Blog246_PhPanache

Comme en 1963 lorsque Péchiney avait eu la brillante idée de se débarrasser directement en mer, sans le moindre traitement préalable et au moyen d’une simple conduite gravitaire, de ses fameuses boues rouges, concentré de soude, de fer, d’arsenic, de métaux lourds (chrome, cadmium, mercure, plomb, aluminium, etc) et de quelques substances faiblement radioactives, les acteurs locaux, pêcheurs professionnels et défenseurs de l’environnement en tête, ne sont pas restés indifférents. Au total ce sont pas moins de 2300 avis qui ont été communiqués au long des 40 jours qu’a duré l’enquête publique qui s’est déroulé en parallèle dans 27 communes des Bouches-du-Rhône.

Plusieurs pétitions ont circulé cet été dont une pilotée directement par la municipalité de La Ciotat et qui a recueilli plus de 7 000 signatures. La réunion publique qui a été organisée à Gardanne le 11 septembre 2015 a attiré 370 personnes mais s’est de fait résumée à un dialogue de sourds entre défenseurs de la filière industrielle et protecteurs de l’environnement. Une autre réunion a été organisée le 23 septembre à Luminy par le mouvement Collectifs Littoral qui regroupe de nombreux citoyens et associations mobilisés pour la préservation de la frange littorale méditerranéenne et dont la pétition a recueilli près de 2000 signatures à ce jour.

Blog246_PhCana2Lors de cette réunion à Luminy a été présentée une vidéo remarquable réalisée par l’association Nox Diving qui réalise de superbes documents visuels subaquatiques. Dans cette vidéo, qui peut être visionnée sur le site de Collectif Littoral, on voir l’apnéiste Aldo Franco évoluer le long des deux canalisations de Péchiney posée par 15 m de fond à Port-Miou, à l’endroit où elles entament leur périple de plus de 7 km en mer. Les images mettent bien en évidence la vétusté de ces ouvrages installés en mer depuis maintenant 50 ans et qui commencent à être rongés par la corrosion. Une banderole avec un message militant a été posée au fond de la mer à proximité des canalisations pour attirer l’attention sur le risque majeur que font courir ces rejets toxiques sur la qualité des fonds marins.

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Mais les commissaires enquêteurs n’ont rien vu de tout cela et n’évoquent à aucun moment dans leur rapport l’existence de ces pétitions qui leur ont pourtant été remises en main propre. Ils se bornent à constater que l’industriel a bien suivi les procédures, a répondu avec beaucoup de bienveillance à toutes leurs interrogations et que les arguments en faveur du maintien de cette activité industrielle justifient largement de ne pas être trop regardant sur l’impact éventuel de ces rejets en mer, d’ailleurs largement méconnu puisque les investigations en cours n’ont pas encore livré leurs résultats.

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Leur rapport reprend sans sourciller les principales conclusions de l’expertise de l’IFREMER qui affirmait sans rire que, comme chacun sait, « l’arsenic n’est pas considéré comme une substance particulièrement toxique » et que par ailleurs « l’IFREMER ne dispose que de très peu de données sur l’arsenic dans le milieu marin et n’a pas de programme de recherche sur cette thématique ». Pour quelle raison irait-on en effet dépenser de l’argent public pour se préoccuper de ce genre de question alors qu’il est tellement plus simple de dire qu’on en sait rien et que du coup rien ne prouve que c’est toxique ?

De manière générale d’ailleurs, le rapport (RapportEnqueteAlteoT2) des commissaires enquêteurs est rempli de bon sens et sa lecture confirme que l’affaire a été confiée à de vrais professionnels chevronnés. Leur tâche en effet n’était pas simple, ne serait-ce que pour s’y retrouver parmi les 7000 pages des 17 classeurs qui constituaient le dossier mis à disposition du public, totalement indigestes et redondantes à souhait, destinées d’abord à décourager tout citoyen de bonne volonté d’y mettre son nez. Mais nos experts ont fait preuve d’un esprit de synthèse remarquable en tranchant le sujet sans le moindre état d’âme et en rendant leur verdict en moins de 20 pages.

Les effluents liquides qui vont être rejetés directement en mer, en plein cœur d’un Parc national, sont selon toute vraisemblance hautement toxiques pour le milieu marin alors que des solutions alternatives existent pour les traiter comme l’a suggéré la tierce expertise conduite par le BRGM ? Qu’à cela ne tienne, il suffit d’assortir l’avis favorable d’une simple recommandation suggérant à l’industriel de bien prendre en compte « toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé ».

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Les inquiétudes qui portent sur l’état des 47 km de canalisation terrestre avec les risques inhérentes de fuites le long de son parcours (y compris dans la traversée de Carnoux-en-Provence, dont le maire n’a pourtant même pas vu la nécessité de rencontrer les commissaires enquêteurs !) ainsi que sur la dangerosité des émissions de poussières autour du site de stockage de Mange-Garri (où une étude épidémiologique vient d’être initiée), suscitent quand même quelques timides recommandations supplémentaires dans le rapport qui suggère qu’un peu de surveillance ne peut pas faire de mal…

Le dernier filtre-presse d'Alteo, subventionné à 50 % par l'Agence de l'Eau (photo S. Mercier / La Provence)

Le dernier filtre-presse d’Alteo, subventionné à 50 % par l’Agence de l’Eau (photo S. Mercier / La Provence)

En attendant la décision finale qui sera prise par le Préfet après consultation du CODERST mais dont l’issue ne fait désormais guère de doute, Alteo peut d’ores et déjà remercier les commissaires enquêteurs pour leur mansuétude et leur bienveillante compréhension des réalités économiques. La décision a d’ailleurs été fêtée comme il se doit et Alteo a invité dès le lendemain un panel d’élus, d’entrepreneurs et de journalistes, comme le relate La Provence, à venir visiter en grandes pompes son usine de Gardanne et ses fameux filtres-presse dont les deux derniers viennent tout juste d’être construits sur le site de Mange-Garri, grâce à une très généreuse subvention de 15 millions d’euros (la moitié du coût total) de la part de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Merci au passage à tous les généreux donateurs involontaires sachant que les trois-quart des redevances que perçoit l’Agence de l’Eau proviennent d’un prélèvement de 14 % sur les factures d’eau des particuliers…

L.V.  LutinVertPetit

Rosans ose l’accueil des réfugiés

5 novembre 2015
Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Au début du mois de juillet, un homme d’une trentaine d’années, installé depuis peu dans le village de Rosans (505 habitants) dans les Hautes Alpes suit, à la télévision, l’actualité concernant le blocage des « réfugiés » à la frontière avec l’Italie, notamment. Tout d’abord extrêmement choqué du sort qui est fait à ces personnes, mais aussi par les réactions de fermeture de nos « autorités » dans lesquelles il ne se reconnaît pas, il se dit qu’il ne peut rester sans rien faire. Il contacte des amis, puis la Cimade de Gap. Le petit groupe ainsi constitué demande au maire si les appartements libres dans le village pourraient servir à accueillir des réfugiés. Le maire ne s’oppose pas au projet, mais propose de consulter la population.

Une réunion publique est organisée, fin juillet, à laquelle participent 50 personnes. Au cours des trois heures de cette soirée, les initiateurs exposent rapidement l’histoire et le fonctionnement des « villes sanctuaires », un mouvement international de lieux (organisations, églises, universités, villes) qui ont choisi de vivre et diffuser une culture d’accueil et d’hospitalité à l’égard des migrants et des réfugiés, particulièrement de ceux qui fuient des conditions de vie inacceptables pour eux, leur famille et leurs proches. La discussion est engagée, pour que chacun puisse exprimer ses attentes, ses appréhensions, ses peurs. Deux jours plus tard, le conseil municipal vote à l’unanimité moins une abstention, l’accueil de réfugiés en mettant à disposition deux appartements. Le maire de Rosans se met en relation directe avec ses homologues de deux communes des Cévennes qui se sont déjà lancés dans une démarche similaire.

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Dans les jours qui suivent, une pétition émanant de personnes plutôt réservées, voire hostiles à cet accueil, recueille 150 signatures. Les médias s’en mêlent et certains titrent « Rosans se déchire ». L’équipe porteuse du projet, très sollicitée par les journalistes, décide d’approcher les personnes qui ont lancé la pétition. Il s’avère qu’elles ne sont pas opposées au principe, mais aimeraient être davantage consultées.

Un second débat public est alors organisé où viennent, cette fois, 90 personnes. La rencontre a été bien préparée, notamment pour que chacun puisse s’exprimer. Il apparaît rapidement qu’une partie des « opposants » sont des enfants de harkis qui disent avoir été placés autoritairement et « mal accueillis », au point qu’ils sont, encore aujourd’hui, marginalisés. « Va-t-on les accueillir aussi mal ?», « Et si on s’occupe bien d’eux, pourquoi ne l’a-t-on pas fait pour nous, d’autant que certains de nos enfants ont dû quitter la région pour aller chercher du travail ? Alors pourquoi y en aurait-il pour eux ? ». A la fin du débat, une bonne partie des « opposants » sont prêts à faire partie de l’équipe d’accompagnement qui est aujourd’hui composée de 50 personnes.

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Une réunion a permis de rassembler la municipalité, des représentants du groupe d’accueil et la Préfecture (Cohésion Sociale et La Cimade). Le collectif est à ce jour en lien avec de nombreuses communes de la région dans lesquelles un début de mobilisation s’est fait jour. Depuis des mois, plusieurs groupes de la région sont des antennes du réseau Welcome qui permet d’héberger et accompagner pour un temps, des demandeurs d’asile non hébergés dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Deux appartements proposés ont pu être utilisés cet été pour des familles. Avec une forte équipe d’accompagnement, l’une des familles a trouvé une place dans le circuit « normal ». Car il est clair qu’il ne s’agit pas de se substituer à l’État, seulement d’éviter des drames humains !

Blog245_PhRosans2L’histoire de Rosans se poursuit, entre émotion et réalisme, traversée par les controverses liées à un sujet qui favorise tous les fantasmes du moment, comme le relate un article du Monde. Occasion d’échanges vifs mais fructueux sur les modalités du vivre ensemble, mais occasion aussi de mener une réflexion sur la ruralité. Ainsi est lancée l’idée d’« inventons des jobs au lieu de nous lamenter ». Il ne restera plus qu’à trouver des réfugiés qui ont le goût de la terre et l’envie de tester la ruralité en version française.

Et si cette expérience pouvait contribuer à régénérer une démocratie moribonde qui s’éveille aux questions vitales pour l’avenir de notre société ? A commencer par celle-ci : que pouvons-nous offrir, nous les citoyens, en termes d’hospitalité à Carnoux ?

Squoten Jeallnec

SNCF : les cheminots disent leurs quatre vérités !

3 novembre 2015

Blog244_PhAfficheVoila une manière originale de communiquer pour les cheminots : brocardés sans arrêt par les médias qui les accusent à chaque mouvement de grève de prendre la France en otage, ils ont décidé de répliquer. Avec l’aide du cabinet d’expertise Émergences, ils ont demandé au réalisateur Gilles Balbastre de faire un film pour expliquer leur point de vue et tenter de contrer celui de la Direction, largement invitée sur les plateaux télévisés. C’est le comité d’entreprise du Nord-Pas de Calais qui est à l’initiative de l’exercice et le résultat est plutôt réussi. Accessible sur internet depuis le 2 septembre 2015, le film de 56 mn a déjà été visionné 54 000 fois dès les deux premières semaines…

Le journaliste et réalisateur Gilles Balbastre

Le journaliste et réalisateur Gilles Balbastre

Le point de départ de l’aventure est le débat avorté qui a eu lieu au cœur de l’été 2014, lorsque le gouvernement de Manuel Valls a fait voter une nouvelle réforme ferroviaire, créant deux nouvelles entités, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, regroupées sous la houlette de la SNCF, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) dit « de tête », pour remplacer les structures qui résultaient de la scission décidée en 1997 entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF). SNCF Mobilités regroupe toutes les activités liées au transport de voyageurs : Intercités, TER, Transilien, SNCF Voyages et SNCF Geodis, tandis que SNCF Réseau assure les missions du gestionnaire d’infrastructures.

A l’époque, cette réforme a été présentée par la direction de l’entreprise et par les médias dominants comme un moyen d’atteindre l’excellence dans le transport ferroviaire pour les voyageurs comme pour le fret, d’améliorer la ponctualité et de garantir la sécurité, dans le cadre d’un engagement d’objectifs qui passe par un engagement sans faille du personnel, en vue de la satisfaction des clients. Une démarche qualité moderne destinée à tirer le maximum du monde des cheminots dont le goût du travail bien fait est déjà légendaire. C’est du moins le discours que le président de la SNCF, Guillaume Pepy, a clamé sur toutes les ondes de France et de Navarre.

Une manière sans doute de faire oublier l’histoire des trains trop larges pour passer sur les voies, qui a fait se tordre de rire la France entière, et surtout les récentes catastrophes ferroviaires dont celle de Brétigny-sur-Orge qui a fait 7 morts et 70 blessés le 12 juillet 2013. Ce jour-là, le train Corail Paris-Limoges s’est brusquement couché au passage dans cette petite gare de l’Essonne, suite à un déraillement occasionné par un aiguillage défectueux pourtant déjà signalé par les cheminots.

Accident ferroviaire à Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013

Accident ferroviaire à Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013

Or les témoignages de cheminots qu’a recueillis le cabinet Émergences et qui sont mis en scène dans le film montrent l’envers du décor : la souffrance au travail et le désarroi de cheminots entièrement dévoués à leur mission de service public et qui se trouvent confrontés à des conditions de travail dégradées, au triomphe de la productivité et de la logique commerciale, aux mensonges de la Direction, et à une lente mais inexorable détérioration d’un matériel de moins en moins bien entretenu.

Aiguillage défectueux à l'origine de l'accident de Brétigny-sur-Orge

Aiguillage défectueux à l’origine de l’accident de Brétigny-sur-Orge

Il faut voir la séquence montrant ce cheminot, en gilet orange fluo et le visage flouté, schootant d’un air désabusé dans les fixations de rail dont les tire-fonds ont disparu, recollant avec un rouleau de chatterton un candélabre en train de s’effondrer sur le quai ou constatant la présence de traverses pourries et jamais remplacées malgré les multiples signalements. L’image de sécurité absolue de la SNCF en prend un coup et on comprend mieux les multiples causes de retards et d’incidents qui émaillent le quotidien de l’usager lambda… On n’est pas très loin de la situation des trains britanniques après leur privatisation, telle que la dénonçait Ken Loach en 2011 dans son film The Navigators

Guillaume Pepy, président de la SNCF (photo Matthieu Alexandre / AFP)

Guillaume Pepy, président de la SNCF (photo Matthieu Alexandre / AFP)

Certains sans doute ne manqueront pas d’être quelque peu agacés par le discours revendicateur et très négatif de certains des syndicalistes qui s’expriment dans le film, mais il est difficile de ne pas être frappé en parallèle par les paroles outrageusement lénifiantes du président de la SNCF, omniprésent à la télévision sur l’air de « tout va très bien, Madame la Marquise », ainsi que par le libéralisme débridé et affiché sans complexe de certains journalistes qui n’apparaissent pas sous leur jour le plus objectif dans ce film…

Une belle réussite en tout cas que ce documentaire pédagogique au ton enlevé, rythmé par le passage des TER du Nord-Pas-de-Calais qui se croisent. Mieux sans doute que ne pourra le faire n’importe quel rapport d’expertise même le mieux documenté, il nous fait toucher du doigt la détresse de ces cheminots qui voient leur outil de travail se dégrader, au risque de mettre en péril la sécurité des voyageurs qu’ils sont chargés de transporter.

Blog244_PhEcranA regarder absolument par quiconque prend le train tous les matins pour se rendre au travail et qui s’interroge parfois sur ce qui se cache derrière les messages sibyllins qui fleurissent sur les écrans pour justifier les retards quotidiens, oscillant entre « mauvaise gestion du trafic », « réutilisation d’une rame arrivée tardivement en gare », « difficulté d’acheminement du personnel », « signalisation défectueuse », « incident de voyageur », « attente du conducteur », « affluence inhabituelle de voyageurs » ou « recherche infructueuse de la locomotive ». C’est au moins la preuve qu’il reste un peu d’humanité et de poésie dans cette entreprise, malgré ses difficultés manifestes d’organisation interne !

L.V.  LutinVertPetit

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit