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Législatives : le maire de Carnoux s’engage !

24 mai 2017

Cette fois au moins les choses sont claires : Jean-Pierre Giorgi s’engage clairement dans la prochaine campagne électorale pour soutenir le député sortant, ex-UMP et désormais étiqueté Les Républicains, l’inoxydable Bernard Deflesselles. Chaque habitant de Carnoux a en effet reçu dans sa boîte aux lettres un courrier envoyé le 20 mai dernier, avant même le lancement officiel de la campagne des législatives 2017. Dans cette enveloppe, un carton d’invitation signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux-en-Provence et vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui invite chacun de ses concitoyens à une réunion publique de soutien au député sortant, candidat une nouvelle fois à sa réélection.

Le procédé est pour le moins inédit et montre à quel point le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône compte principalement sur le réseau des élus locaux pour assurer sa n-ième réélection. Curieusement, le carton d’invitation ne comporte aucun logo du parti politique au nom duquel se présente Bernard Deflesselles, pas plus que le moindre indice quant aux idées qu’il compte défendre. Les seuls éléments dont lui, son suppléant et son soutien se gargarisent, sont les autres mandats électoraux qu’ils détiennent, histoire de bien se positionner avant tout comme des notables locaux ancrés dans le paysage politique et solidement reliés par les services qu’ils se rendent mutuellement.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le député sortant se gargarise de son mandat électoral de vice-président de la Région PACA, alors même que la loi actuelle sur le cumul des mandats lui interdit désormais de jumeler ces deux postes. Va t-il lui aussi, à l’instar de son chef de file Christian Estrosi, quitter son mandat d’élu régional sitôt réélu député, alors même que les élections régionales ne datent que de 18 mois ? Ou bien ne se présente t-il à la députation que pour placer son second, le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, qui devrait alors abandonner non seulement son mandat de maire mais aussi celui de vice-président du Conseil départemental ? Décidément, nos élus locaux ont bien du mal à admettre que cette vieille habitude qui consiste à manger dans tous les râteliers à la fois commence à peser sur la démocratie française…

Réunion LR à Carnoux le 28 octobre 2016 animée par Bernard Deflesselles et Jean-Pierre Giorgi (source : compte Facebook de Bernard Deflesselles)

En tout cas, on ne peut que se réjouir de voir que le maire de Carnoux, qui autrefois pensait bon de se présenter comme apolitique, n’a désormais plus de scrupule à annoncer clairement la couleur de ses choix politiques, même si on a encore un peu de mal à les situer tout à fait clairement. Après avoir parrainé Nicolas Dupont-Aignan lors des récentes présidentielles, voila qu’il revient semble t-il à sa famille politique d’origine, lui qui était l’un des premiers élus locaux à se prononcer en faveur de la candidature de François Fillon, en octobre dernier, alors que son ami Bernard Deflesselles était à l’époque un fervent supporter de Jean-François Copé, « Monsieur 0,3 % ».

On notera d’ailleurs au passage que c’est une des conseillères municipales de Carnoux, Colette Géreux, élue en 2014 sur la liste de Jean-Pierre Giorgi, qui conduira la liste Debout la France, à l’occasion de ces législatives. Peut-être les Carnussiens recevront-ils bientôt un autre carton d’invitation aimablement envoyé par notre maire, en vue de venir soutenir également cette candidature ?

15 candidats déclarés mais pour l’instant, seul Deflesselles est visible à Carnoux

Une chose est sûre en tout cas, avec pas moins de 15 candidatures déclarées dans cette circonscription, on ne peut pas dire que les électeurs n’auront pas le choix. Il y en a pour tous les goûts ! Outre ces deux candidats de Droite, rappelons, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, que la France insoumise sera représentée par Sylvie Pillé-Lesou, par ailleurs président d’Attac Pays d’Aubagne et la République en marche, le mouvement politique fraîchement créé par notre nouveau Président, par Sylvie Brunet, ex conseillère municipale de Cassis et également investie par le MODEM.

Pour une fois, ce n’est pas Joëlle Mélin qui représentera le Front National. Il faut dire qu’elle cumule un nombre impressionnant de mandats électoraux : élue depuis 1998 à la Région PACA (dont elle a, elle aussi, démissionné récemment, la Région n’étant jamais qu’une simple antichambre où les élus entrent et sortent avec une grande aisance, malgré les indemnités plutôt confortables dont ils y bénéficient), conseillère municipale d’Aubagne et bien sûr élue au Conseil de territoire du Pays d’Aubagne, mais aussi députée européenne depuis mai 2014, n’en jetez plus ! Cela ne l’empêchera pas de se présenter quand même à la députation, comme suppléante de l’avocat Hervé Itrac, conseiller municipal d’opposition à La Ciotat.

Les premiers tracts du FN commencent à arriver dans les boîtes…

Voilà en tout cas le quatuor de ceux qui ont a priori une chance de se retrouver au second tour. Logiquement, Bernard Deflesselles, au vu de sa solide et ancienne implantation dans le réseau de notables locaux où tout le monde se serre les coudes, a de fortes chances de se qualifier malgré son bilan totalement insignifiant et ses manières d’ancien régime, lui qui en est encore à employer son épouse comme attachée parlementaire malgré l’affaire Fillon, ainsi que le révélait récemment le média indépendant Mefi.

Photomontage paru dans Mefi

Le candidat FN devrait également passer sans encombre le 1er tour au vu du résultat de Marine Le Pen arrivée en tête dans la circonscription lors des toutes récentes présidentielles. Reste à savoir si le match se résumera à un duel entre ces deux favoris ou s’il se terminera en triangulaire avec l’un des deux outsiders, soit la candidate de la France insoumise qui compte sur le joli score de Jean-Luc Mélenchon pour espérer se qualifier, soit Sylvie Brunet qui espère surfer sur la dynamique Macron malgré sa faible notoriété…

Dessin de Piet paru dans Rue89 Strasbourg

Mais qu’espèrent donc les 11 autres candidats qui vont venir troubler le jeu et dont aucun n’a bien évidemment la prétention de rassembler sur son nom plus de 12,5 % des inscrits (ce qui suppose plus de 20 % des suffrages exprimés au vu des taux de participation habituels pour ce type d’élection), seuil nécessaire pour se maintenir au second tour, sauf à être parmi les deux premiers ? Manifestement, certains d’entre eux sont là principalement pour grappiller des voix et empêcher qu’un autre candidat ne soit élu. On se souvient du trublion Christian Musumeci qui déjà en 2012 se présentait sous l’étiquette improbable de « gauche socialiste » et recueillait près de 4 % des voix, juste assez pour éliminer Gilles Grandjean du 2ème tour et ouvrir grand la voie à Bernard Deflesselles. Le poisson pilote est de retour et tentera cette année encore la même stratégie, sans doute sous une autre étiquette car il a les idées larges, mais peu importe, c’est le résultat qui compte.

A gauche, d’autres candidats viendront évidemment compliquer le jeu, avec notamment Stéphanie Harkane qui se présentera avec l’étiquette PS, Boualam Aksil (écologiste), Raymond Lloret (du collectif citoyen « C’est à nous », en pointe dans le combat contre les boues rouges) ou encore Patricia Pawiak (Parti Radical de Gauche/Génération Ecologie), tous bien entendu armés de bonnes intentions et de fortes convictions, mais dont la présence ne servira qu’à affaiblir les candidatures de gauche les plus solides pour faciliter la réélection de Bernard Deflesselles.

Dessin d’Hector publié dans Agoravox

N’oublions-pas non plus l’inévitable représentant de Lutte Ouvrière, François Otchakovsky-Laurens, un parti qui annonce ouvertement son mépris de la démocratie parlementaire mais qui n’oublie jamais de se présenter aux élections, histoire d’alimenter la caisse du parti. Rappelons en effet que chaque parti qui remporte plus de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions touche ensuite pendant 5 ans un joli pactole correspondant chaque année à 1,42 € pour chaque suffrage reçu, ce qui représente de l’ordre de 35 millions d’euros versés ainsi chaque année aux différents partis, sans compter bien sûr les 40 millions qu’ils touchent en fonction du nombre de leurs représentants effectivement élus !).

On conçoit qu’une telle manne aiguise les appétits et suscite autant de vocations à l’approche des élections législatives. Ajoutons donc pour faire bonne mesure à notre liste de candidats dans la 9ème circonscription une représentante du FN tendance Le Pen père (Parti de la France), une certaine Elisabeth Lalesart, mais aussi une adepte de l’UPR, le parti de François Asselineau dont les couleurs seront portées localement par Elodie Sery, et encore deux soi-disant écologistes, Christophe Amouroux (Parti Animaliste) et Nicolas Lapeyre (Confédération pour l’Homme, l’Animal et la Planète).

Avec un tel choix, espérons du moins que le taux de participation sera supérieur à celui de 2012 où à peine plus d’un électeur sur deux avait jugé bon de se déplacer au second tour…

L.V.  

Vote FN : des élus locaux qui n’en peuvent plus…

22 mai 2017

Daniel Delomez, maire d’Annezin (crédit photo © La Voix du Nord)

L’histoire avait fait le buzz sur internet au soir du premier tour des élections présidentielles, rapportée par de nombreux médias. Daniel Delomez, maire Divers Gauche de la petite ville d’Annezin (5500 habitants) située à proximité de Béthune dans le Pas-de-Calais avait piqué une colère noire en constatant que 38 % de ses concitoyens avaient voté pour Marine Le Pen (et près de 20 % pour Jean-Luc Mélenchon). C’est un journaliste du quotidien local, l’Avenir de l’Artois, qui avait recueilli son cri du coeur dimanche 23 avril à l’issue du dépouillement : « C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des connards ».

Relayée par le journaliste sur Twitter, la petite phrase a eu beaucoup de succès. Trop manifestement au goût de l’élu qui depuis a affirmé regretter cette analyse à chaud, manifestement trop impulsive. Assailli de coups de téléphone et de nombreuses injures, le maire d’Annezin est revenu à un comportement plus mesuré et dit regretter désormais ses paroles un peu excessives. En tout cas il ne démissionnera pas, ainsi que Libération l’a confirmé, et ses « connards » d’électeurs devront donc supporter encore quelques années sa mauvaise humeur passagère.

Toujours est-il que l’édile a fait des émules et que d’autres que lui se sont lâchés au vue de ce score fleuve du FN. C’est notamment le maire de la petite commune de Haute-Corse, Castello-di-Rostino (414 habitants) qui a durement apostrophé ses concitoyens, lesquels avaient voté à plus de 61 % pour Marine Le Pen au second tour des présidentielles.

Le village de Castello-di-Rostino

Son texte, publié notamment sur Facebook, est pourtant nettement plus mesuré que celui de son collègue des Hauts-de-France. Évoquant la cérémonie du 8 mai 1945, prévue au lendemain de l’échéance électorale, il écrit ainsi : « Au lendemain d’une consultation électorale où la commune a donné une large majorité à la candidate représentant le parti de l’idéologie fasciste et tournant le dos aux valeurs universelles de la liberté et de la dignité humaine, ma conscience politique et le respect dû à ces hommes dont les noms sont inscrits, pas par hasard, mais au terme du sacrifice ultime, sur le monument aux morts, ne m’autorisent pas à lire le message commémoratif. La honte me submerge. Ce sont les excuses de la commune que je présenterai devant le monument aux morts, à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur propre vie pour nous libérer d’une idéologie obscure dont est issue la candidate à la présidence de la République ».

Un message murement réfléchi donc et fortement moralisateur, que tous ceux qui avaient voté Front National, n’ont guère dû apprécié…

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefant (crédit photo © GAZETTE )

C’est sur un tout autre ton que s‘est exprimé entre les deux tours Eric Gold, maire adjoint Divers Gauche de la petite commune du Puy-de-Dôme, Saint-Priest-Bramefant, près de Vichy. Constatant que 155 de ses concitoyens avaient glissé dans l’urne un bulletin au nom de Marine Le Pen, il s’était laissé aller sur son compte Facebook à une apostrophe bien sentie et personnalisée de ceux qui avaient ainsi franchi le pas. Quelques extraits de sa diatribe rapportée notamment par Libération et Le Canard enchaîné :

« A toi, Pierrick, qui pense que l’on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement te rappeler que la dernière fois que quelqu’un s’est fait molester à Saint-Priest tu n’étais pas né… A toi Emile, qui pestes contre toutes ces aides sociales, je te rappelle que tu es celui qui a bénéficié des plus gros montants au titre de l’aide de la collectivité pour l’habitat et que ta mère perçoit l’APA […] A toi Daniel, qui veut faire payer les fraudeurs, je te rappelle que bosser au black, ce n’est pas la règle […] A toi, Marcel qui honoreras de ta présence la cérémonie du 8 Mai, pense à ceux qui dans les années sombres, ont fui la guerre comme d’autres le font aujourd’hui…» Une liste adressée à huit électeurs de Marine Le Pen qui se termine ainsi : «aux 143 autres, qui souhaitent une petite phrase avec leur prénom, je me tiens à leur disposition.»

Un dessin du regretté Charb

Bien évidemment, l’élu a pris le soin de changer les prénoms, mais il semblerait que chacun se soit largement reconnu. L’un d’entre eux le lui a dit d’ailleurs clairement depuis : « Tu as été dur avec moi, mais tu as été bon, je pense que je ne voterai plus FN ». Tous bien entendu n’ont pas été aussi sensibles à cette remontrance de leur maire adjoint (qui vient en fait tout juste de laisser son poste de maire pour prendre la tête de la communauté de communes), ancien professeur des écoles de son état. Ce dernier souhaitait d’ailleurs initialement que son texte soit l’émanation collective de l’ensemble des maires du secteur, mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de le suivre dans son entreprise pédagogique, de peur de se mettre à dos un électorat qui vote FN par frustration et par crainte du déclassement mais qui reste souvent proche de ses élus locaux. Ceci dit, l’élu qui a ainsi mis les pieds dans le plat, a depuis retiré son texte de son compte Facebook et reconnaît lui-même que son initiative a suscité « une certaine gêne » dans sa commune, on veut bien le croire…

Voilà en tout cas une démarche que ne risque pas d’adopter le maire de Carnoux où le Front National est pourtant arrivé une fois de plus en tête, au premier comme au second tour de ces même élections présidentielles. A la surprise générale, celui qui jusque là se disait apolitique et aurait pu justement s’appuyer sur une telle posture pour fustiger les valeurs que soutient le parti d’extrême droite, après avoir clairement dit qu’il voterait pour François Fillon, avait en effet apporté son parrainage à Nicolas Dupont-Aignan, celui-là même qui avait signé un accord de gouvernement avec le Front National en vue de se placer comme premier ministre de Marine Le Pen en cas de succès de cette dernière. Voilà au moins un positionnement de notre maire qui a dû être apprécié par la majorité d’électeurs frontistes présents sur la commune !

L.V.  

Alors, peut-on vraiment les laisser se noyer ? L’appel de SOS Méditerranée

20 mai 2017

Le public habitué de nos conférences était au rendez-vous, ce jeudi 11 mai au clos Blancheton pour s’informer sur un sujet d’actualité qui vient en complément d’un thème déjà abordé, à savoir le sauvetage des naufragés en Méditerranée, majoritairement des personnes fuyant les conflits armés et la misère économique.

C’est Michel Motré, président du Cercle, qui présenta les conférenciers, Pierre Calfas, Christine et Benoît Fannière, membres bénévoles locaux de l’association SOS Méditerranée, avant l’exposition des actions de cette association illustrées par des films réalisés lors de sauvetages en pleine mer.

Il faut savoir que cette association créée en 2015 est entièrement financée par des dons privés (de France, d’Italie et d’Allemagne), qui ont permis d’affréter le navire « Aquarius », qui sillonne la Méditerranée entre la Libye et les côtes italiennes. Son objectif : venir en aide aux réfugiés qui emprunte cette route maritime sur des embarcations de fortune, inadaptées à la haute mer et sur lesquelles s’entassent des centaines de personnes.

Pierre Calfas rappelle que les routes migratoires empruntées depuis ces dernières années passaient principalement par le Maroc et la Libye, depuis le Sud, mais aussi par la Turquie, depuis l’Est. Mais de récents accords passés avec l’Europe ont eu pour effet de bloquer deux de ces itinéraires, laissant une seule voie d’exil, celle qui passe par la Libye. Un pays en proie à une anarchie totale où les passeurs ont toute latitude pour soumettre les migrants en errance à un véritable esclavage.

Les trois conférenciers de SOS Méditerranée à Carnoux le 11 mai 2017

Il rappelle aussi que ces populations cherchent à fuir la zone subsaharienne et la corne de l’Afrique touchées par des conflits ethniques et religieux, mais aussi par la dictature et la misère. Parmi ces pays se trouvent notamment l’Erythrée, la Gambie,le Nigeria, le Mali et bien d’autres encore. On observe même des migrants en provenance d’Afghanistan et de Syrie qui cherchent à contourner les frontières fermées et se dirigent vers la Libye, contraints par des passeurs qui les rabattent de force vers cette destination vantée comme un Eldorado où ils pourraient trouver du travail pour payer leur passage en Europe. Or c’est un piège où il se trouvent soumis au racket et au chantage voire à la torture. Les pires traitements leur sont infligés pour leur faire acquitter le prix de la traversée par la voie maritime.

Ceux qui ont eu la velléité de rebrousser chemin pour retrouver leur pays d’origine sont menacés des mêmes risques car ces chemins sont sous la coupe réglée de bandes organisées leur laissant peu de chance de leur échapper. Le Sahara est devenu un cimetière pour nombre de ces migrants. On comprend mieux dans ces conditions que ces hommes et femmes soient contraints à la seule issue possible, celle de devenir des boat-people, malgré le danger extr^me auquel ils s’exposent ainsi.

Car les chiffres parlent d’eux-même : depuis l’année 2000 ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Ce chiffre ne tient pas compte de toutes les personnes disparues, dont les corps et embarcations n’ont pas été retrouvés. Depuis 2014, le nombre des victimes est en hausse pour atteindre presque 5 000 par an.

Comment les autorités européennes ont-elles réagi face à cette situation ? Comment la solidarité des gens de mer s’est-elle organisée ? Cette mission de sauvetage a été essentiellement assurée par l’Italie qui a mis à disposition gratuitement des ferries pour acheminer les convois humanitaires, malgré les difficultés économiques dans lesquelles se trouve ce pays. La France a participé à cette aide mais le problème du coût de ces opérations a remis en cause la suite de cette action.

L’Europe, prodiguant une aide financière minime, a mis sur pieds l’opération « Mare Nostrum », opération navale et aéronavale pour organiser les secours, ce qui a permis de sauver 150 000 personnes. Outre son coût, cette opération est aussi critiquée car elle aurait, selon ses détracteurs, l’effet inverse de celui recherché en facilitant le passage de clandestins. Alliées à une conscience collective éphémère, cette opération a donc été abandonnée en 2014, les moyens financiers institutionnels lourds faisant défaut.

Klaus Vogel, capitaine de l’Aquarius (photo B. Langlois / AFP)

Face à l’inacceptable, c’est un capitaine de marine marchande, un Allemand, Klaus Vogel, scandalisé par l’interdiction de son armateur de se dévier de sa route pour sauver des naufragés, qui avec d’autres membres de la société civile s’est mobilisé pour créer en 2015, SOS Méditerranée, une association de sauvetage en mer comparable à celle connue sur nos côtes : la Société Nationale de Secours en Mer (SNSM).

La collecte de fonds après une mobilisation citoyenne a permis l’achat d’un bateau de haute mer possédant des spécifications techniques appropriées pour aborder et transférer des naufragés à bord. La taille de ce bateau permet l’accueil de plusieurs centaines de personnes (jusqu’à 900). L’équipage est formé d’anciens marins professionnels bénévoles recrutés sur un profil en adéquation avec les difficultés des missions à accomplir lors des sauvetages.

Un film documentaire illustre l’intervention du navire « Aquarius » et de son équipage, permettant au public de se familiariser avec les procédures de sauvetage :

– L’Aquarius est positionné en haute mer au Sud de l’Italie et peut intervenir rapidement dans les eaux internationales, au plus proche des zones de détresse se situant au large des côtes lybiennes, où se produisent la plupart des naufrages.

– A bord, un équipage expert du sauvetage et une équipe médicale (assurée par Médecin Sans Frontières) accueillent les naufragés, prodiguent les premiers soins, mettent à l’abri les plus vulnérables et coordonnent les évacuations sanitaires pour les cas les plus graves.

– Les opérations de sauvetage se font suivant les règles internationales, en totale coordination avec le « Maritime Rescue Coordination Center » (MRCC) basé à Rome.

Naufrage de migrants au large de la Libye, le 25 mai 2016 (Photo prise par la marine italienne / STR / AFP MARINA MILITARE / AFP)

C’est le MRCC qui reçoit un signal de détresse d’un canot en perdition en mer (ou signalé par un observateur), le MRCC appelle à l’action l’Aquarius qui envoie des canots de sauvetage et prend en charge les rescapés. L’Aquarius rentre au port italien indiqué par le MRCC. Les rescapés sont ensuite remis aux autorités pour un traitement administratif de leur situation.

Ce sont plus de 11 000 personnes qui ont ainsi pu être secourues depuis l’entrée en service de l’Aquarius. La technique de sauvetage s’est même améliorée, l’approche des esquifs des naufragés ayant été modifiée par rapport à l’origine car un phénomène de panique, parfois, s’emparait les naufragés à l’arrivée des canots, précipitant certains à la mer où ils se noyaient d’épuisement, ne sachant pas nager, à l’instant même d’être sauvés !

Les images de ce reportage témoignent de la reconnaissance des rescapés envers leurs sauveteurs : ils savent qu’ils ont échappé à la mort.

Ce sont cent opérations de sauvetage qui ont été effectuées par l’Aquarius depuis 2016. Le flux migratoire augmente avec la saison estivale et il difficile de sauver la totalité des embarcations à la dérive car durant le voyage de rapatriement des rescapés par l’Aquarius, rares sont les bateaux pouvant secourir ceux qui ont tenté la traversée au même moment.

Il faut savoir que les passeurs n’ont aucun remords à faire partir les migrants entassés sur des canots ne pouvant tenir la mer plus de huit heures sans moyen de se diriger, sans vivres, ni carburant suffisant, où le chavirage est certain dès que la houle est forte, le moteur étant sous dimensionné.

Le sauvetage d’un bateau de migrants par SOS Mediterranee (photo A. Psaroudakis /SOS Mediterranée)

A l’issue de cette projection, le débat s’est engagé entre le public et les conférenciers membres de SOS Méditerranée. Des précisions ont ainsi été apportées concernant les chemins migratoires et leurs rapports avec la situation politique des pays d’où proviennent les migrants. A ce jour c’est la Libye qui concentre ce flux de réfugiés dans l’attente hypothétique d’un départ vers l’Europe, séjour durant lequel ils sont traités comme des « animaux ».

Que font les Etats européens pour traiter le problème ? Depuis l’arrêt de l’opération « Mare Nostrum », c’est l’opération militaire « Sophia », avec 88 bateaux qui lutte principalement contre les passeurs au large de la Libye, sans mission officielle de sauvetage, de même que l’organisation de contrôle « Frontex », même si leurs actions permettent un certain nombre de sauvetages.

Quelles solutions pour endiguer ce flot migratoire ? C’est reposer le problème du développement économique de l’Afrique que seules les autorités politiques pourraient traiter, de même que les conflits armés, mais les intérêts divergents des grandes puissances et des gouvernements locaux sont tels qu’il est illusoire de croire à une résolution à court terme de ce problème.

Ce sont donc des initiatives citoyennes qui aujourd’hui sont à l’initiative d’action de sauvetages comme SOS Méditerranée ? Il faut citer l’Alliance de Médecins Sans Frontières et d’une ONG maltaise agissant dans le même but, alors même que le gouvernement maltais refuse l’accueil des réfugiés.

L’intervention de rescapés retournant dans leurs pays d’origine, en témoignant de leur expérience auprès des populations locales peut aider à faire prendre conscience que l’exil est un rêve illusoire et dissuader d’éventuels candidats à s’engager dans ce projet mortifère.

SOS Méditerranée a publié une lettre ouverte à l’Europe, au siège de Bruxelles, pour faire prendre conscience de la situation auprès des responsables politiques de l’institution, à l’occasion du second anniversaire de la création de l’association, sans écho particulier à ce jour. Paradoxalement la France a proclamé « cause nationale » le sauvetage en mer et à ce titre SOS Méditerranée et la SNSM sont honorées pour leurs actions. Cependant l’émotion ne semble pas suffisante pour faire passer à l’action les dirigeants politiques. Pourtant des conventions internationales régissent l’obligation de secourir les personnes et navires en détresse.

Un public particulièrement attentif lors de cette conférence à Carnoux

Ce sont les réunions d’information dans des associations comme la nôtre ou dans des établissements scolaires (collèges) qui peuvent alerter les citoyens sur les besoins de soutien à ces actions de sauvetage. Il faut noter aussi que l’Aquarius embarque occasionnellement des journalistes des grands média internationaux qui témoignent du travail réalisé par SOS Méditerranée.

Cette action a un coût, évalué à 11 000 € pour chaque jour de mission, pour l’affrètement du bateau, l’achat des canots de sauvetage, des gilets de sauvetage, et de la prise en charge médicale. Cette somme est financée, par des dons du grand public, des mécènes, des fondations, des entreprises et des associations citoyennes, mais aussi de nombreuses personnalités du monde maritime, scientifique et de la société civile qui soutiennent cette action.

A la fin de ce débat c’est le Président, Michel Motré, qui au nom du Cercle et du public félicita les conférenciers membres de SOS Méditerranée pour leur engagement humanitaire et leur force de conviction à poursuivre une tâche aussi difficile mais indispensable, avant de les inviter, tradition oblige, à partager un verre de l’amitié à l’apéritif offert à tous pour clore cette conférence riche en émotion.

C.M.

PS : L’APPEL DU 8 JUIN

Le Jeudi 8 Juin à 20 h, une soirée exceptionnelle est organisée par La Criée Théâtre National de Marseille pour soutenir l’action de SOS MEDITERRANEE.

Cet événement unique, porté haut et fort par les membres du comité de soutien de l’association composé de navigateurs, d’écrivains, de musiciens, de chercheurs, d’artistes, de journalistes sera placé sous le signe de la solidarité et de l’engagement. Il sera l’occasion d’un vaste appel à soutien et à mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société civile, autour de la mission de sauvetage en mer et des valeurs de SOS MEDITERRANEE.

La soirée sera ponctuée de lectures, d’un débat, de témoignages, de projections et d’intermèdes musicaux, avec la participation de nombreuses personnalités : Daniel Pennac, écrivain – François Morel, acteur, chanteur – Titouan Lamazou, peintre et navigateur – Macha Makeïeff, auteure et metteur en scène – Catherine Wihtol de Wenden, politologue, directrice de recherche au CNRS – Bernard Foccroulle, musicien, directeur du Festival d’Aix-en-Provence – Alain Damasio, écrivain – Tarek Abdallah, oudiste, compositeur – Blick Bassy, musicien – Antoine De Caunes, acteur, cinéaste – Edouard Baer, animateur et comédien – Laure Adler, journaliste – Thierry Fabre, essayiste et chercheur – Marie Rajablat, auteure – Maryline Baumard, reporter au Monde. Et celle des équipes de SOS MEDITERRANEE, Francis Vallat, président – Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale, les marins-sauveteurs et bénévoles ainsi que bien d’autres invités …

Pour y participer la réservation est indispensable par mail ou par téléphone (06.14.16.85.96). La participation est libre sous forme de don.

Qui face au député sortant Bernard Deflesselles ?

14 mai 2017

Alors que les élections présidentielles viennent tout juste de se terminer, voila déjà les législatives qui se profilent à l’horizon, avec un premier tour prévu dès le 11 juin, dans tout juste 4 semaines, et le second tour dès la semaine suivante. Les candidats ont jusqu’au 19 mai, soit vendredi prochain, pour se déclarer officiellement et assurément il subsiste encore beaucoup d’inconnues à ce stade !

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, au-delà de la commune de Carnoux, les trois cantons de La Ciotat et d’Aubagne Est et Ouest, la liste des candidats qui s’affronteront lors de cette élection n’est pas encore divulguée. Longtemps détenue par le communiste Jean Tardito, la circonscription a basculé à droite en 1999 après une sombre histoire de fraude électorale et est, depuis cette date, entre les mains de l’ex ingénieur de chez IBM, l’inamovible Bernard Deflesselles.

Le député sortant déjà en campagne (photo issue de son compte Twitter @Bdeflesselles)

Réélu sans discontinuer en 2002, 2007 et 2012, notre député à vie se verrait bien repartir pour 5 ans et a depuis déjà de longs mois fait savoir qu’il était candidat à sa succession malgré un bilan législatif bien peu flatteur. Tout indique qu’il a d’ailleurs de fortes chances d’être réélu. En 2012, il était sorti largement vainqueur de ces élections avec plus de 62 % des suffrages exprimés face à la représentante du Front national, l’omniprésente Joëlle Mélin. La gauche, qui s’était présenté en ordre dispersée, avait été fort logiquement balayée dès le premier tour.

Cette année, il est encore trop tôt pour connaître quels seront les adversaires du député sortant. Le Front national n’a pas encore communiqué sur les candidats qui le représenteront dans cette circonscription où Marine Le Pen était arrivée en tête du premier tour avec un peu plus de 28 % des voix mais s’était inclinée au second tour, avec quand même 45,5 % des suffrages exprimés face à Emmanuel Macron. En cas de triangulaire, le candidat du front national aurait donc toutes ses chances dans cette circonscription comme dans plusieurs autres des Bouches-du-Rhône d’ailleurs.

Sylvie Pille-Lesou, candidate de la France insoumise contre Bernard Deflesselles

Reste à savoir comment la gauche compte se positionner lors de cette prochaine élection. Unie, elle aurait une chance non négligeable de l’emporter à en juger par le score cumulé de 37,8 % que ses trois principaux candidats avaient recueilli en 2012, soit davantage que les 35,3 % de M. Deflesselles au premier tour. Il serait cependant bien étonnant que ce soit le cas cette année. Le France insoumise de Jean-Luc Mélenchon vient déjà d’investir son propre candidat, une certaine Sylvie Pille-Lesou, agrégée d’histoire-géographie à la retraite. Mais il serait bien étonnant que le Parti socialiste ne désigne pas un candidat également, ainsi peut-être que les écologistes, s’il en reste…

D’autant que le paysage politique est cette année quelque peu bouleversé par l’arrivée tonitruante du nouveau Président de la République en marche. Comme il se doit, Emmanuel Macron compte bien se tailler sa propre majorité et il a donc logiquement investi son propre candidat dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, comme dans la plupart des 576 autres qui sont en jeu (ou presque, car il reste plus d’une centaine de circonscriptions encore en instance, où le mouvement risque de ne pas désigner de candidat pour ne pas gêner certains de ses alliés potentiels).

Sylvie Brunet, candidate pour la République en marche contre Bernard Deflesselles

Face au vieux renard de la politique qu’est Bernard Deflesselles, qui cultive depuis bientôt 20 ans ses réseaux auprès des élus locaux et de tout ce que la circonscription compte de notables et de relais d’opinion, c’est une novice qui portera les couleurs de la République en marche. Il s’agit de Sylvie Brunet, juriste de formation, qui a occupé le poste de directrice des ressources humaines dans plusieurs entreprises dont Bull, Gemplus et Onet, et qui enseigne désormais le management et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises à l’école de commerce de Marseille, l’ancienne Euromed qui a fusionné en 2013 avec l’école de management de Bordeaux et répond depuis au nom typiquement provençal de Kedge Business School. Membre depuis 2010 du Conseil économique, social et environnemental, elle a notamment été rapporteuse d’un étude-bilan sur les questions d’égalité professionnelle hommes-femmes.

Une bonne connaisseuse du monde de l’entreprise donc, mais qui risque de se trouver quelque peu en porte-à-faux dans ces élections législatives : beaucoup trop libérale sans doute au yeux de la gauche traditionnelle aubagnaise et pas assez ancrée localement, au regard des conservateurs de droite qui fournissent le gros des bataillons d’électeurs de Bernard Deflesselles. Il y a donc de fortes chances que ce dernier rempile une nouvelle fois pour ce job qui semble lui convenir à merveille, même si on serait bien en peine de dresser le moindre bilan de son activité à cette fonction depuis près de 20 ans qu’il l’exerce, en dehors peut-être de sa présence régulière aux réunions d’anciens combattants et du Rotary Club, ainsi que de l’organisation de son fameux loto. A chacun ses ambitions…

L.V.   

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

Conférence SOS Méditerranée : c’est bientôt !

10 mai 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra cette semaine, jeudi 11 mai 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située à Carnoux-en-Provence, au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Cette conférence, animée par Pierre Calfas, bénévole de l’association SOS Méditerranée, s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association. Celle-ci a été créée pour venir en aide aux milliers de réfugiés qui, fuyant la guerre civile en Syrie, en Lybie et ailleurs, tentent de traverser la Méditerranée sur de frêles embarcations, souvent causes de drames humains atroces.

Si vous aussi, vous vous sentez concernés par le sort de ces familles qui essaient de fuir des conditions de vie effroyables et se retrouvent bien souvent confrontés à des situations encore plus inhumaines dans des embarcations de fortune dérivant en pleine mer, alors n’hésitez-pas à venir dialoguer avec le représentant de SOS Méditerranée à l’occasion de cette rencontre inédite à Carnoux. L’entrée y est libre et gratuite.

La France dit non au Front National

8 mai 2017

Comme il y a 15 ans, en 2002, les Français ont clairement rejeté l’aventure que leur proposait le Front National qualifié pour le deuxième tour de ces élections présidentielles. Moins massivement cependant qu’en 2002, il faut bien le reconnaître ! A l’époque, plus de 25 millions d’électeurs français s’étaient exprimés en faveur du président sortant, Jacques Chirac, malgré les nombreuses affaires judiciaires pendantes qui lui collaient aux basques et qui lui valurent, quelques années plus tard, une condamnation infamante à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Son adversaire de l’époque, Jean-Marie Le Pen, n’avait alors recueilli qu’un peu plus de 5 millions de voix, soit moins de 18 % des suffrages exprimés : un rejet net et sans bavure, traduisant une véritable mobilisation du front républicain !

Dessin de presse de Large

Hier, le rejet du Front National a été sans ambiguïté non plus puisque les chiffres, encore provisoires, montrent qu’Emmanuel Macron a gagné ces élections avec un peu plus de 66 % des suffrages exprimés, ce qui le rapproche du rêve giscardien de représenter « deux Français sur trois »…

Certes, ce rejet massif des idées du Front National est loin de concerner toute la France. La commune de Carnoux-en-Provence s’est distinguée une nouvelle fois hier en plaçant en tête Marine Le Pen avec 51,8 % des suffrages exprimés. Un score qui montre d’ailleurs que le Front National est en nette progression puisque la présidente du Front National a recueilli hier dans notre ville pas moins de 1891 voix, soit 340 de plus que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, finaliste des élections régionales en décembre 2015, il y a moins de 18 mois.

Carte de France du résultat des élections présidentielles (infographie publiée par Le Monde)

La carte de France des résultats du 2ème tour de ces élections présidentielles ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Deux départements seulement ont placé Marine Le Pen en tête (l’Aisne et le Pas de Calais), mais on y voit nettement le très fort ancrage du Front National dans le tiers nord et nord-est de la France ainsi que dans le sud-est. Au premier tour, Marine Le Pen était arrivée en tête dans les Bouches-du-Rhône comme sur l’ensemble de la Région PACA, ce qui n’a pas été le cas au second tour. On observe néanmoins localement des scores très élevés du Front National qui a frôlé la première place dans le département du Var où il est arrivé largement en tête au deuxième tour dans des villes comme Fréjus, Brignoles ou Draguignan, ce qui confirme un ancrage territorial très fort dans ce secteur.

Marine Le Pen aura donc échoué comme son père à concrétiser cette victoire du 1er tour qui lui avait permis d’éliminer de la course ses deux challengers de droite (François Fillon) comme de gauche (Jean-Luc Mélenchon). Son score pourtant a presque doublé par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen en 2002 puisque plus de 10 millions de Français ont glissé dimanche un bulletin à son nom dans la petite enveloppe marron. Rapporté au nombre d’inscrits sur les listes électorales (un peu plus de 47,5 millions de Français en 2017), cet engouement reste très minoritaire et on voit mal comment ce parti, qui suscite une telle force de rejet auprès de la majorité de la population, pourrait arriver à gouverner un jour le pays, sauf à imaginer que le taux d’abstention, qui atteint déjà des records, ne progresse encore…

Mais le constat vaut aussi pour le gagnant de ces élections qui n’a finalement recueilli sur son nom qu’un peu plus de 20 millions de voix, soit moins d’un Français sur deux inscrit sur les listes électorales : 43,6 % exactement. C’est un peu mieux que François Hollande en 2012 qui avait rassemblé sur son nom 39,1 % des suffrages rapportées au nombre d’inscrits, mais très comparable au score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007 (42,7%). Sauf que François Hollande comme Nicolas Sakozy avant lui savaient pouvoir compter sur une majorité solide grâce à l’ancrage du parti qui les soutenaient.

Emmanuel Macron prononçant son discours de rassemblement au soir de son élection, le 7 mai 2017 (photo © L. Bonaventure / POOL / AFP)

Pour le nouveau Président de la République élu hier, les choses risquent d’être plus compliquées et les élections législatives des 9 et 16 juin prochains ne s’annoncent pas de tout repos. On a bien vu, dès hier soir, à quel point les ténors de la vie politique, droite et gauche confondues, bien que tous balayés à l’issue du premier tour de ces élections, avaient repris du poil de la bête et se présentaient déjà en opposants convaincus et fermement décidés à rendre la vie impossible au futur pouvoir exécutif, malgré le discours d’ouverture et d’apaisement de ce dernier. Chaque camp cherchant à faire élire au parlement le maximum de ses affidés afin de bloquer autant que possible toute décision qui lui paraîtrait contraire à ses intérêts ou à sa vision des choses, nul besoin d’être devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron aura besoin de beaucoup de diplomatie pour arriver à tenir un cap cohérent dans un tel contexte.

François Baroin (ici avec Thierry Solère, François Jacob et Jean-François Copé) espère bien prendre sa revanche aux législatives et devenir premier ministre de cohabitation (photo © archives AFP)

Rien n’exclut pour l’instant que la droite LR sorte largement en tête des prochaines élections législatives, et on peut compter sur la hargne d’un François Baroin et de ses lieutenants pour s’y employer de toutes leurs forces, en s’appuyant pour cela sur l’excellent ancrage territorial de la plupart des barons locaux. Rappelons en effet, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que ce scénario était de très loin le plus vraisemblable il y a quelques mois encore, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages, avant que le Canard enchaîné ne dévoile à la France estomaquée que le petit père La Vertu n’était pas aussi irréprochable qu’on le pensait. Mais maintenant que ce boulet électoral a été arraché des pieds de la droite, nul doute que celle-ci va promptement relever la tête et récupérer son électorat traditionnel…

Dessin de presse de Martin Vidberg

Pour ce qui est de la gauche qui vomit le nouveau président, beaucoup trop libéral à son goût, celle qui s’est partagée au premier tour entre Jean-Luc Mélenchon (majoritairement), Benoit Hamon (modestement), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (plus marginalement), tout l’enjeu est de savoir comment elle compte se positionner à l’occasion des prochaines élections. Unie derrière des candidats communs dans une dynamique de recomposition à la manière allemande du parti Die Linke, elle pourrait assurément peser de manière substantielle sur ces élections et envoyer à l’Assemblée nationale des bataillons de députés sur lesquels le nouveau président devra nécessairement compter, quitte à infléchir sa politique. Au vu des personnalités de ceux qui la dirigent et de l’histoire des mouvements qui la composent, une telle hypothèse est néanmoins bien peu probable à ce stade…

Tout laisse donc penser que le quinquennat qui commence ne sera pas un long fleuve tranquille. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron arrive à gagner son pari d’envoyer au parlement une majorité En marche représentative de son positionnement et fortement renouvelée grâce à un fort recours à la société civile, en dehors de ce cas de figure, on peut d’ores et déjà craindre que le nouveau président ne soit obligé de composer avec une majorité de droite frustrée et revancharde qui ne lui fera pas de cadeau. Bon courage Monsieur le Président !

L.V.  

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.  

FN : ils en ont parlé…

29 avril 2017

Un dîner en famille – dessin de presse de Caran d’Ache publiée dans le Figaro le 14 février 1898

Chacun se souvient du célèbre dessin du caricaturiste Caran d’Ache en plein débat sur l’affaire Dreyfus qui divisait alors la France en deux camps irréconciliable, provoquant querelles et déchirements au sein même des foyers, jusqu’à transformer les repas familiaux en batailles rangées…

A une semaine du deuxième tour des élections présidentielles qui verront s’affronter la présidente du Front National et un candidat centriste qui se veut « en marche » mais ni à gauche ni à droite, bien qu’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande et ancien ministre du gouvernement Valls, voilà que ce climat de guerre civile larvée reprend de la vigueur…

Il faut dire que tout concourt à dramatiser la situation, avec un Front National arrivé en tête du premier tour dans plusieurs régions françaises, dont PACA où Marine Le Pen a engrangé plus de 28 % des sufrages exprimés, et des reports de voix qui s’annoncent cahotiques. L’accord de gouvernement que vient de passer Nicolas Dupont-Aignan avec le Front National est ressenti par beaucoup comme un véritable coup de tonnerre dans le paysage politique français alors que rien n’annonçait un tel ralliement dans son discours jusque là. Les élus qui, comme le maire de Carnoux Jean-Pierre Giorgi, lui ont apporté leur parainnage pour qu’ils puissent présenter sa candidature, doivent s’en mordre les doigts…

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen annonçant leur alliance, samedi 29 avril 2017 (photo © G. Van der Hasselt / AFP)

Quant aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, rien n’indique que leurs voix se porteront en majorité sur le candidat d’En marche lors du second tour. Leur leader a en effet fortement évolué depuis 2002, lorsqu’il appelait sans la moindre hésitation à voter en faveur de Jacques Chirac, estimant que ce « devoir républicain » était une nécessité absolue pour toute « conscience de gauche ». Mais 15 ans plus tard, il n’est plus question de front républicain en faveur d’Emmanuel Macron, alors même qu’ils sont issus tous les deux des rangs du Parti socialiste ! Aurait-il perdu entre temps sa conscience de gauche, lui qui avait déjà rejeté avec dédain toute participation éventuelle aux primaires de la gauche ? Comprenne qui pourra…

Bref, dans un tel climat, mieux vaut ne pas aborder les sujets politiques en famille ! Parmi les très nombreuses vidéos engagées qui circulent sur le net pour mettre en garde contre l’arrivée possible au pouvoir du Front National, nous vous conseillons ce court-métrage savoureux, sobrement intitulé Raclure, réalisé par Maxime Péméja et Clara Collange, qui met en scène justement un de ces dîners de famille qui dégénère.

L’ambiance est pourtant plutôt à la fête pour cette famille attablée autour d’une raclette, deux mois seulement après l’installation à l’Elysée de Marine Le Pen. Evan, le fils aîné, engagé dans l’armée depuis 4 ans, est tout fier d’annoncer sa récente nomination au grade de sous-lieutenant et explique que sa compagnie va être envoyée à Calais pour y nettoyer la ville des migrants qui l’encombrent. Sophie, la nouvelle copine du petit frère s’étonne un peu d’une décision aussi radicale, et c’est parti pour une discussion un peu animée comme on les aime dans les chaumières dès qu’il s’agit de débat d’idées…

Photo extraite de la video

Les positions sont tranchées mais pas caricaturales et chacun se retrouvera facilement dans cet échange où s’affrontent deux visions opposées mais totalement sincères vis à vis de la gestion des migrants bloqués à Calais et, bien au-delà, sur l’attitude à adopter face aux flux migratoires. La mise en scène est soignée et les dialogues réalistes. On est dans un débat d’idées et de valeurs, mais à l’échelle humaine. Le père, boulanger, s’inquiète pour la baisse d’activité de sa boutique, du fait de la concurrence du kebab qui a ouvert en face de chez lui. La mère, s’enorgueillit d’avoir privilégié la présence auprès de ses enfants à sa carrière professionnelle et aspire tout simplement au bonheur de la vie.

Une discussion passionnée en famille…

Pas de vision idéologique donc, mais des échanges du quotidien entre membres d’une même famille dont les visions diffèrent en raison de leur sensibilité propre. Et pourtant, cela suffit à faire exploser le consensus festif du dîner familial. Car, d’argument en argument, les choses dégénèrent rapidement tandis que le fromage bouillonne dans le plat à raclette… Les portes finissent par claquer et le paisible climat de convivialité du début ne résiste pas à cette discussion animée où chacun se renvoie à la figure des arguments de plus en plus radicaux.

A regarder et à faire circuler sans modération en cette période de banalisation de la vision de la société que propose le Front National, dans laquelle priment la recherche de la sécurité individuelle, le repli sur soi et le rejet de l’étranger que l’on affuble de tous les maux. Pas sûr que cette vidéo suffira à convaincre ceux qui ont voté Front National ou qui s’apprêtent à le faire dimanche prochain de modifier leur choix. A défaut de vouloir peser sur le cours des élections, elle a surtout le mérite d’inciter chacun à s’interroger sur son positionnement, dans un domaine où rien n’est tout blanc ou tout noir, mais surtout affaire d’équilibre et dicernement car, comme le disait Raymond Aron, « voter, ce n’est pas choisir entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable ».

Bravo en tout cas aux jeunes réalisateurs de ce court-métrage qui mérite d’être largement diffusé !

L.V.  

Dimanche 42 avril 2017, jour d’élection…

27 avril 2017

Ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 subsistera probablement dans les annales de la vie politique française, au même titre que le 21 avril 2002, resté gravé dans toutes les mémoires comme le symbole de la montée du Front National dont le leader d’alors, Jean-Marie Le Pen, avait réussi à se qualifier pour le second tour, éliminant sèchement le premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin, pourtant crédité d’un excellent bilan économique.

Souvenirs, souvenirs : les résultats du 1er tour de la présidentielle 2002

                    Un dessin de Na !

Quinze ans plus tard, le scénario se répète mais cette fois le cataclysme est encore plus fort puisque la fille et héritière de Jean-Marie Le Pen a réussi à éliminer dès le premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le candidat du Parti socialiste, le pauvre Benoît Hamon qui termine l’aventure électorale avec à peine plus de 6 % des suffrages exprimés, mais aussi l’ancien premier ministre LR de Nicolas Sarkozy, François Fillon, qui était pourtant donné archi-gagnant de cette élection il y a quelques mois seulement : un 21 avril double donc, comme n’ont pas manqué de le faire observer de nombreux chroniqueurs…

En 2002, des millions de Français (de gauche), traumatisés par cette percée spectaculaire de l’extrême-droite, avaient aussitôt battu le pavé pour exprimer leur aversion des idées lepénistes et assurer de leur soutien le candidat de la droite, le bienheureux Jacques Chirac, élu dans un fauteuil au deuxième tour avec un score stalinien de 82,2 %. A Carnoux même, une poignée de militants avaient tenu à exprimer leur mobilisation contre les idées frontistes, sous l’œil goguenard des élus municipaux qui fêtaient dans le même temps la déroute de la gauche.

Manifestation contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, place de la Bastille le 1er mai 2002 (photo P. Wojazer / Reuters)

En 2017, le climat a beaucoup évolué et tout le monde s’attendait à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle, d’autant que les instituts de sondage avaient fait un travail remarquable en prédisant de manière extrêmement fiable les résultats de ce premier tour. La seule incertitude résidait dans sa position face au candidat Emmanuel Macron qui est finalement arrivé en tête avec près d’un million de voix supplémentaires.

Evolution des sondages avant le 1er tour de la présidentielle (données publiées par France soir © T. Saint-Cricq, K. Tian, J. Bonnard, C. Malplat / AFP)

Comme en 2002, l’écart  avec le troisième homme est modeste, sauf que Marine Le Pen a quand même engrangé près de 7,7 millions de suffrages exprimés là où son père en 2002 n’en avait recueilli que 4,8… C’est dire à quel point les idées du Front National se sont ancrées et diffusées dans tout le pays. Et quasiment personne n’a jugé utile de descendre dans la rue pour protester contre l’expression de ce vote inspiré en partie par le repli sur soi et la peur de l’étranger.

Les premiers sondages annoncent Emmanuel Macron vainqueur au second tour mais avec un score qui sera selon toute vraisemblance très inférieur à celui de Jacques Chirac en 2002 et d’ailleurs rien n’est encore joué d’avance !

Un duel Macron / Le Pen pour le 2ème tour (Montage photo L’Express – photos C. Platiau et P. Laurenson / Reuters)

Car le paysage politique français paraît s’être complètement brouillé, laissant apparaître de nouvelles lignes de fracture largement inédites. La candidate du Front National a fait ses meilleurs scores dans les zones rurales et périurbaines, avec une position hégémonique dans certaines régions comme les Hauts-de-France, le Grand Est ou encore la région PACA. A Carnoux, elle est ainsi arrivée largement en tête du premier tour avec 32,3 % des voix quand le candidat d’En marche arrive troisième à moins de 18 %.

En revanche, ses scores ont été très faibles dans les grandes métropoles comme Lyon (8,8 %), Strasbourg (12 %), Rennes (6,7 %) ou encore Paris (moins de 5 % !). Ceci confirme à quel point est en train de se creuser en France le fossé entre les métropoles dynamiques et le monde de la ruralité, des banlieues et des petites villes de province qui se sent délaissé, exclu, déclassé. Dans ce paysage, Marseille fait un peu figure d’exception pour avoir placé en tête Jean-Luc Mélenchon, juste avant la dirigeante frontiste, confirmant en tout cas l’aversion viscérale de cette ville pour une vision économique libérale.

Le 2ème tour vu par le dessinateur suisse Chapatte (dessin paru dans le Courrier international)

Par beaucoup d’aspects, cette élection a montré en effet la forte émergence de ces deux pôles : d’un côté une gauche assez radicale qui a rarement été aussi plébiscitée dans les suffrages puisque ses deux représentants, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, s’ils avaient été unis, auraient largement viré en tête à l’issue du premier tour, et de l’autre une extrême-droite qui atteint des sommets, avec en commun un même rejet du libéralisme, de l’orthodoxie budgétaire, de la financiarisation, de l’ouverture des frontières et plus largement des élites qui dirigent le monde.

Cette nouvelle recomposition du paysage politique français a fait le jeu du candidat de centre droit qu’est Emmanuel Macron (si tant est qu’on puisse le classer selon ce type de critère sans doute un peu périmé), bien aidé en cela par la décrédibilisation de son challenger, l’ex Premier Ministre François Fillon, le donneur de leçon à la moralité douteuse.

Mais dans un tel contexte, le second tour pourrait réserver bien des surprises. Si certains, à gauche comme à droite, ont d’ores et déjà apporté sans barguigner leur soutien à Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National, ce n’est pas (encore ?) le cas du candidat malheureux Nicolas Dupont-Aignan, lequel n’a même pas réussi à atteindre le seuil fatidique de 5 % qui lui aurait permis d’être remboursé de ses frais de campagne.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête du 1er tour à Marseille (photo © maxppp)

Plus troublant, c’est aussi le cas du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, après avoir fait une campagne remarquée se soldant par un score inespéré, est apparu lui-même hésitant, au soir du premier tour à donner une consigne de vote. Pour quelqu’un qui a combattu toute sa vie contre les idées de l’extrême-droite, une telle position est pour le moins déroutante, surtout après les nombreuses convergences qui sont apparus tout au long de la campagne sur les visions économique de ces deux partis situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique…

Après un tel séisme, la recomposition du paysage politique français est en marche, mais nul doute qu’elle sera douloureuse et semée d’embûches. Bien malin qui pourrait en prédire l’issue !

L.V. 

Réfugiés : doit-on les laisser se noyer ?

25 avril 2017

Le Cercle Progressiste Carnussien propose, le jeudi 11 mai 2017 à 18h30 salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, une conférence sur la question humanitaire du sauvetage en mer Méditerranée de personnes qui fuient les conflits armés et la misère économique.

Depuis l’an 2000, ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Pour la seule année 2015, ce sont 2 892 personnes qui ont péri sur cette route.

Face à cette tragédie, la société civile européenne s’est mobilisée pour créer en 2015 SOS MEDITERRANEE, une association européenne de sauvetage en mer Méditerranée.

Cette conférence qui s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association SOS Méditerranée sera animée par Pierre CALFAS, bénévole de l’association.

Crédit photo : Federica Mameli

Grâce à des dons privés venus d’Italie, de France et d’Allemagne, SOS Méditerranée a affrété un bateau, l’Aquarius, qui navigue entre les côtes libyennes et l’Italie et recueille à son bord des adultes et des enfants que des passeurs ont entassés sur de frêles embarcations inadaptées pour affronter un voyage long (plus de 30 heures) et périlleux.

Quand on sait que le sort de ces malheureuses personnes fait l’objet d’un marchandage initié par des soit disant passeurs qui les réduisent avant leur départ en situation de quasi esclavage, la question humanitaire qui se pose est bien celle de notre responsabilité collective. Doit-on les laisser se noyer sans rien faire ?

En effet, les embarcations surchargées ne laissent que peu d’espoir d’atteindre les côtes hospitalières  de l’Italie et, pour de nombreux passagers, c’est la mort qui les frappe après moins de 20 mn passées dans l’eau.

Sauvetage en mer près de Lesbos en décembre 2016 (crédit photo Laurin Schmid)

En France, cette année 2017, le sauvetage en mer a été classé Cause Nationale. Deux associations sont reconnues pour leur engagement, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) et SOS Méditerranée.

Au-delà de l’aspect humanitaire du sauvetage en mer, c’est aussi la question de la désespérance de populations qui est soulevée et à laquelle Pierre CALFAS pourra apporter son analyse fondée sur une rare expérience en matière de développement économique et social, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Nous vous attendons nombreux à cette conférence qui traitera d’un sujet auquel nul ne peut être insensible.

Michel Motré

Président du Cercle Progressiste Carnussien

Centrales solaires à tour : une technologie futuriste !

11 avril 2017

C’est probablement le génial Archimède qui a eut le premier l’idée d’utiliser un jeu de miroirs pour concentrer les rayons du soleil de manière industrielle afin d’obtenir des températures élevées, destinées à enflammer la flotte de vaisseaux romains assiégeant la ville de Syracuse. L’histoire est d’ailleurs sans doute exagérée mais on ne prête qu’aux riches…

Le concentrateur solaire de Mouchot en 1878

Toujours est-il que, depuis cette lointaine Antiquité, la technologie a fait son chemin et que les centrales thermiques solaires commencent à se multiplier. C’est d’ailleurs un ingénieur français, un certain Augustin Mouchot, qui en 1866 a inventé le premier moteur solaire constitué d’un réflecteur en forme de parabole qui concentre les rayons du soleil sur une chaudière électrique en verre alimentant une machine à vapeur. Lors de l’exposition de 1878, un appareil de son invention, doté d’une surface réfléchissante de 20 m2 reçoit d’ailleurs une distinction à l’occasion de l’exposition universelle de Paris.

Le four solaire d’Odeillo dans les Pyrénées

Le principe des miroirs paraboliques qui concentrent le rayonnement solaire en leur point focal a été ensuite réutilisé à plus grande échelle, à l’initiative du chimiste français Félix Trombe dont les travaux se sont concrétisés par l’élaboration d’un premier four solaire à Mont-Louis en 1949, puis, à partir de 1962, par la construction d’un prototype semi-industriel, le Grand four solaire d’Odeillo, mis en service en 1970 à Font-Romeu. Une série de miroirs réfléchissants renvoient les rayons du soleil vers d’autres miroirs concentrateurs disposés en parabole qui font converger le rayonnement vers une cible circulaire de 40 cm de diamètre située en haut d’une tour, permettant d’obtenir une température de 3500 °C.

Sur la base de cette expérience, EDF réalise en 1983 sa première centrale solaire Thémis, installée en Cerdagne. Après de nombreux aléas et sous l’impulsion du Conseil général des Pyrénées-Orientales, le site est équipé en 2012 de près de 200 héliostats, des miroirs réfléchissants orientables qui suivent la course du soleil, et concentrent le rayonnement solaire sur un récepteur central situé au sommet d’une tour de 105 m de hauteur, dans lequel circule un fluide caloporteur (à base de sels fondus) permettant de transformer de l’eau en vapeur et d’actionner une turbine pour produire de l’électricité.

La centrale solaire Themis à Targassonne

Ce principe des centrales solaires thermodynamiques à tour est désormais en plein essor dans le monde entier, surtout dans des latitudes où le rayonnement solaire au sol est très supérieur à celui que l’on peut connaître en France. L’Espagne notamment s’est fortement investie dans ce domaine avec notamment la centrale Solar tres, inaugurée en 2011 en Andalousie, d’une puissance d’environ 20 MW avec près de 2500 héliostats et une autonomie de près de 15 heures grâce au stockage d’énergie assuré par l’inertie thermique du fluide caloporteur.

La centrale solaire de Gemasolar, près de Séville en Espagne, avec ses 2650 héliostats

Les États-Unis bien entendu ne sont pas en reste malgré leur exploitation intensive des gaz de schiste, avec en particulier la centrale solaire de Crescent Dunes (dans le désert du Nevada), d’une puissance de 110 MW (à comparer aux 5 MW d’une grande éolienne récente). Entrée en service en 2016, elle est constituée de 10 000 miroirs réfléchissants et d’une tour de 195 m de haut dans laquelle les sels fondus sont portés à 565 °C. Fonctionnant 24 heures sur 24 grâce à l’inertie thermique des sels fondus, cette centrale permet d’alimenter en électricité plus de 75 000 foyers !

Toujours aux États-Unis, la centrale d’Ivanpah dans le désert des Mojave en Californie, à 60 km de Las Vegas, est désormais le plus grand site d’énergie solaire américain avec 3 tours de concentration, 173 500 miroirs et une capacité de production de 392 MW (à comparer aux 900 MW d’un réacteur nucléaire type Fessenheim) qui permet l’alimentation en électricité de 140 000 foyers.

Vue du ciel, les trois champs de miroirs d’Ivanpah (photo G. Mingasson/Getty Images for Bechtel)

Et les projets se multiplient un peu partout. La société américaine BrigthSource Energy qui exploite la centrale d’Ivanpah s’est ainsi associée avec General Electric (qui a racheté la branche énergie d’Alstom, rappelons-le au passage tant l’épisode fut douloureux et inique) pour construire une centrale solaire thermodynamique géante dans le désert du Néguev, en réponse à un appel d’offre lancé par le gouvernement israélien en 2013, pour la modique somme de 660 millions d’euros.

Le champ de miroirs de la centrale Ashalim (photo © J. Guez / AFP)

Cette centrale dénommée Ashalim, qui devrait entrer en fonction fin 2017, sera constituée de 55 000 miroirs réfléchissants répartis sur une superficie de près de 300 hectares, et d’une tour de 24 m de haut encore en cours de construction. Une des particularités de cette installation est que les mouvements permanents des héliostats pour suivre la course du soleil sont réglés par des connections wi-fi pour limiter les coûts d’installation.

D’autres pays suivent la course, dont le Maroc qui est également très intéressé par cette technologie du futur en plein essor. Sa centrale solaire Noor 1, inaugurée en février 2016 près de Ouarzazate, est constituée de miroirs courbes répartis sur 480 ha, et totalise une puissance installée de 160 MW. Et ce n’est qu’un début puisque la deuxième tranche du projet est d’ores et déjà lancée avec, à terme, un objectif affiché de 580 MW de puissance installée !

Vue aérienne de la centrale Noor au Maroc (photo © F. Senna / AFP / Getty images)

N’oublions-pas non plus la centrale solaire de Dubaï qui se construit également par étapes, dans un environnement particulièrement favorable avec 3500 heures d’ensoleillement annuel moyen et des températures au sol de 40 °C en été. L’émirat ambitionne tout simplement de produire un quart de ses besoins en électricité grâce à cette centrale d’ici 2030, soit une puissance installée à cette date de 5 GW, le tout pour un investissement de 12 milliards d’euros…Pour l’instant, la puissance déjà installée est de 100 MW mais pourrait doubler d’ici la fin de l’année 2017 si tout va bien.

Jusque là, le coût de l’électricité produite de cette manière reste supérieur à celui obtenu par d’autres procédés plus classiques mais les choses évoluent rapidement en la matière. De quoi rester (un peu) optimiste quant à la capacité humaine à innover pour développer la production d’énergies renouvelables et limiter progressivement nos émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard…

L.V.

Emmanuel Macron, en marche vers le pouvoir ?

8 avril 2017

Décidément, rien ne se passe comme prévu lors de cette campagne pour l’élection présidentielle de 2017… A deux semaines seulement du premier tour, il paraît bien difficile de faire le moindre pronostic.

La seule certitude, c’est que la gauche en sera très vraisemblablement éliminée dès le premier tour, sauf à ce que l’un des deux candidats en lice se désiste ou que les deux finissent par trouver un accord. Mais un tel scénario devient chaque jour plus improbable, chacun s’arcqueboutant sur ses positions. Benoît Hamon, bien que vainqueur incontesté de la primaire de la gauche et bénéficiant du ralliement de Yannick Jadot, lui-même désigné à l’issue de primaires internes aux écologistes, est à la peine dans les sondages qui le créditent désormais d’à peine 10 % des intentions de vote.

Dessin de Wingz

Face à lui, Jean-Luc Mélanchon est dans une dynamique positive qui lui a permis depuis un mois de passer de 10 à 15 % des intentions de vote, comme si les électeurs de gauche avaient déjà oublié son refus hautain de participer à la primaire de la gauche. Il n’en reste pas moins que le socle de leur électorat commun reste stable et ne dépasse pas 25 %. Cela pourrait être suffisant pour être qualifié au second tour, à condition que ces voix se portent sur un candidat unique. Dispersées entre deux candidats, quelle que soit la répartition entre les deux, c’est la certitude qu’aucun candidat de gauche ne sera qualifié pour le second tour, au grand dam de millions d’électeurs de gauche qui devront donc se résigner à ne pas être représentés, une fois de plus, du fait de la stratégie suicidaire des dirigeants de ce courant politique.

Selon toute vraisemblance, le résultat de cette élection uninominale à deux tours se jouera donc entre la représentante du Front national, Marine Le Pen, et ses deux outsiders dans les sondages. François Fillon, grand gagnant des primaires de la droite en novembre dernier, est désormais englué dans le discrédit suite à sa méthode de défense déplorable et à l’arrogance extrême dont il a fait preuve pour répondre aux multiples reproches sur sa cupidité financière. Mis en examen pour détournement de fonds publics, il s’enferre dans ses mensonges successifs, tentant vainement d’accréditer la thèse d’un complot imaginaire ourdi à son encontre par le fameux « cabinet noir » de l’Elysée, avec la complicité des médias et de la justice.

Et pourtant, comme pour Marine Le Pen, elle-même sous le coup de multiples affaires judiciaires, ces accusations semblent ne guère troubler son électorat puisque les derniers sondages indiquent une remontée des intentions de vote en sa faveur, le créditant d’un score de l’ordre de 20 %, dépassant même les 30 % chez les électeurs de plus de 50 ans qui sont, comme chacun sait, les plus assidus à voter.

Un second tour laissant le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est donc pas à exclure. Néanmoins, force est de constater que l’OVNI Emmanuel Macron est en train de se rapprocher, dans les intentions de vote, de la candidate du Front national, avec pas moins de 24 % selon les derniers sondages. Personne ne sait trop bien comment positionner ce candidat dont les soutiens politiques vont de Robert Hue à Alain Madelin en passant par François Bayrou et désormais Manuel Valls. Sa ligne politique le situe néanmoins sans ambiguïté à gauche de François Fillon et à droite de Benoît Hamon, dans cet espace centriste qui a eu, jusque là, bien du mal à s’affirmer dans le paysage politique de la Cinquième République et qui pourrait donc peut-être arriver à se faire une place au soleil à l’occasion de ces élections présidentielles qui s’annoncent si atypiques…

Dessin de Gros publié dans Marianne du 17 mars 2017

C’est d’ailleurs un des points faibles de la candidature d’Emmanuel Macron : beaucoup se demandent en effet sur quelle majorité il compte s’appuyer pour gouverner au cas où il serait élu. Dans cette hypothèse, certains en sont même déjà à imaginer une situation de cohabitation avec un gouvernement de droite, tant le parti LR est confiant dans sa victoire lors des prochaines législatives, face à une gauche totalement atomisée et à un FN traditionnellement handicapé dans le cadre d’un scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Dessin de Placide

Et pourtant, ce ne sont pas les candidats qui manquent à Emmanuel Macron pour s’aligner lors des élections législatives du mois de juin. Plus de 14 000 personnes se seraient ainsi portées candidates ! Mais la commission d’investiture présidée par l’ex-UMP Jean-Paul Delevoye a fixé un cahier des charges très strict, exigeant pour les 577 candidats investis le respect de la stricte parité hommes-femmes (alors que seules 15 % des offres de service reçues sont féminines !) ainsi qu’un équilibre entre élus et représentants de la société civile, mais aussi entre gauche, droite et centre : un vrai casse-tête donc !

Les 14 premiers candidats investis par En marche (photo extraite du site de campagne En marche)

C’est sans doute la raison pour laquelle le mouvement En marche retarde autant que possible ses procédures d’investiture, afin de ne pas polluer la campagne présidentielle. Pourtant, lors de son invitation sur le plateau de l’Emission politique de France 2, le 5 avril dernier, Emmanuel Macron s’est résolu à dévoiler une liste de 14 candidats d’ores et déjà investis par son parti pour les prochaines législatives. On y retrouve notamment Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID qui avait dirigé l’assaut contre l’Hyper Casher, mais aussi Mounir Mahjoubi, l’ancien président du Conseil national numérique, Hughes Renson, ancien conseiller pour les affaires sociales du Président Jacques Chirac, ou encore Elisabeth Toutut-Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse.

Jean Viard, candidat aux prochaines législatives (photo issue du site de campagne En marche)

Parmi ces 14 premières candidatures ainsi dévoilées se trouve en particulier le sociologue Jean Viard, qui était intervenu à Carnoux à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 27 juin 2008, pour une conférence sur l’évolution des rythmes de travail et de notre rapport au temps. Fondateur et co-directeur des éditions de l’Aube à la Tour-d’Aygues, dans le Vaucluse (où il se portera candidat lors des prochaines élections législatives), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire, les rapports entre urbain et rural, la ville de Marseille ou encore l’essor du Front national. Ex-directeur du CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française, une unité de recherche rattachée au CNRS, Jean Viard a aussi été élu en 2008 conseiller municipal de Marseille et vice-président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole jusqu’en mars 2014. Alors porte-parole du socialiste Patrick Mennucci, le voici donc désormais engagé dans le camp de l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en marche, qui sait, vers une victoire électorale prochaine ? L’avenir le dira prochainement…

L.V.  

« Cinq zinnias pour mon inconnu »

6 avril 2017

Tel est le titre du livre qu’est venue nous présenter son auteure : Marie-France Clerc, lors d’une session de Katulu ? ce dernier jeudi du mois, soit le 30 mars, à la salle Albert Fayer à Carnoux devant un public d’une vingtaine de personnes.

Les grands parents de Marie-France Clerc ont immigré d’Ukraine vers la Pologne en 1921 où la mère de Marie France Clerc est née, puis ils vont s’installer en Lorraine dès 1923. Ils seront naturalisés français en 1938. Cet épisode de l’exil sera très douloureux pour la famille de Marie-France qui n’en parlera que difficilement. Seules des chansons ou des histoires d’enfants du pays perdu vont nourrir les premiers souvenirs de notre oratrice. A l’occasion de la retraite elle ressent le besoin de faire des recherches puis d’écrire pour se libérer de toute cette angoisse dont elle a hérité de ses parents et grands-parents. Ce sera un livre sous le mode de roman, à l’adresse de ses petits-enfants, s’inspirant de ce qu’elle a retrouvé de ce passé enfoui.

Marie-France Clerc à Carnoux

M.F. Clerc nous parle d’abord de l’histoire de l’Ukraine en général mal connue. Si nous avons une certaine mémoire récente de la Révolution Orange, Maïdan, les manifestations et la répression sanglante vues à la télévision… nous sommes bien en peine d’avoir une idée plus précise de l’histoire de cette nation où la position de Kiev était prépondérante dès le 8ème siècle !

L’Ukraine, d’une superficie semblable à celle de la France, avec 46 millions d’habitants est une nation particulièrement riche en ressources agricoles et minières. Tout au long de l’histoire après avoir été le premier état slave et le plus puissant d’Europe aux 11 et 12ème siècles, l’Ukraine fut asservie par la Russie tsariste, les Polonais, les Turcs, avec quelques périodes de relative indépendance en particulier entre 1917 et 1920 avant l’annexion par la Russie Soviétique. Ce pays a vécu de terribles périodes de famine entre 1930 et 1933, puis la grande terreur entre 1937 et 1938 avec la purge des élites au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes ont disparu. Ceci a contribué à la position mitigée vis-à-vis des Allemands tout d’abord accueillis comme libérateurs en 1941 puis combattus du fait des mauvais traitements infligés, sans parler de la solution finale pour les Juifs.

Aujourd’hui, après l’éclatement de l’URSS en 1991 et la programmation de son autonomie, l’Ukraine doit se « désoviétiser ». Il existe 13 langues en Ukraine avec une dominante de l’ukrainien mais aussi du russe : 70 ans de régime communiste soviétique et 300 ans d’interdiction de l’ukrainien ne s’effacent pas du jour au lendemain.

M.F. Clerc avec Marie-Antoinette Ricard (Katulu ?)

Durant cette rencontre avec l’auteure, nous avons aussi parlé de littérature avec Gogol, Chevtchenko, Kourkov, un Ukrainien qui écrit en russe : « Le pingouin », « Le journal de Maidan »…

Le livre de Marie-France Clerc n’est pas historique. C’est la transmission de la mémoire et la réconciliation avec le passé. Lorsqu’elle l’acheva, elle put enfin se rendre sur la terre de ses ancêtres, retrouver de la famille, prendre connaissance des archives et découvrir un peu de la véritable histoire des siens.

Ce roman est construit sous la forme d’une intrigue qui ne peut être résumée sans la déflorer ! Alors pour plus de détail il faut lire ce livre.

Une excellente soirée très animée par de multiples questions qui s’est terminée de façon tout à fait conviviale autour du verre de l’amitié.

                                                                                                           Cécile T.

Croisière autour du monde : dernière escale

4 avril 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters ont terminé leur tour du monde partiel après une dernière escale au Vietnam.

Vendredi 31 mars :

Ce matin vers 11 heures, nous avons quitté le Queen Elisabeth 2 avec un petit pincement au cœur. Depuis 3 mois c’était devenu un peu notre maison…

Singapour vu ce matin depuis le pont 10

Les gratte-ciel de Singapour

À Singapour, la chaleur et l’humidité sont accablantes. Nous prenons un taxi pour rejoindre notre hôtel, le Mandarin, dans Orchard Road. C’est un quartier voué au shopping. Les centres commerciaux se suivent avec les mêmes marques de luxe : Cartier, Prada, Chanel… Moi, ce n’est pas trop mon truc !

Un centre commercial de grand luxe juste en face de chez nous

La vue de notre chambre d’hôtel au 27e étage de l’hôtel Mandarin

La ville est neuve, ultra moderne, livrée au gigantisme. Notre hôtel a 1000 chambres et ce n’est pas le plus grand !

Nous quitterons dimanche Singapour et rentrerons à la maison….

Ce fut un beau, un très beau voyage, mais maintenant je crois que nous avons envie de nous retrouver chez nous !

J’espère que vous avez aimé nos photos et nos petits textes qui vous ont permis, du moins je l’espère, de voyager un peu par personne interposée.

Bien à vous tous et à très bientôt à Carnoux!

Annie

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie

Croisière autour du monde : 23ème escale

27 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux globe-trotters sont en Chine où ils ont fait une première escale à Shangaï, avant de débarquer à Hong Kong.

Le skyline ultra moderne

Dimanche 26 mars :

C’est avec, une fois de plus, un ciel gris que nous avons visité Hong Kong. Décidément, dans cette partie du monde, le printemps a bien du mal à s’installer…

Cette ville, très cosmopolite et depuis longtemps, a été rendue à la Chine par la Grande Bretagne en 1997. Elle jouit toujours d’un statut particulier, une sorte de semi indépendance : monnaie différente (le dollar de Hong Kong), conduite à gauche (comme du temps des Anglais), et démographie débridée (par opposition à la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine)…

La ville est juchée sur un territoire minuscule et pentu. Les gratte-ciel se serrent les uns contre les autres, les rues sont étroites et tortueuses, la circulation y est difficile et les ralentissements nombreux.

Vue du sommet de Victoria Peak le QE 2 est en plein centre à droite de la tour en forme de doigt

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Centre commercial

J’ai pour ma part éprouvé une impression d’étouffement, avec partout des grappes de gens agglutinés, des files d attente pour commander un café… Il est vrai que la densité de la population est supérieure à celle de Monaco !

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Nous avons repris notre technique d’excursion semi-guidée. Nous avons ainsi vu successivement le parc avec sa végétation tropicale superbe, le point culminant, Victoria Peak, et la vue admirable sur la baie (ça aurait été encore plus beau avec un ciel bleu, mais bon….), la plage de Repulse Bay, plage artificielle dont le sable a été importe à grands frais de Chine et qui est protégée par un filet anti requin et, enfin, un marché dans un lacis de petites rues pittoresques où on trouve de tout : fruits, fleurs, objets artisanaux, soies, vêtements, copies de tableaux plus ou moins réussies …

Sur la plage de Repulse Bay

De retour au bateau, nous avons pris le thé dans la grande tradition : sandwiches de pain de mie, scones avec confiture de fraise et crème et serveurs en gants blancs !

Le spectacle du soir nous a permis d’entendre un Chinois, natif de Mongolie, qui joue d’un instrument admirable mais très peu connu en Occident, le dulcimer qu’on appelle aussi cymbalum en Europe de l’Est. Il a interprété beaucoup de classique mais aussi du rag time et des airs orientaux, une très belle soirée !

Hong Kong by night

Voilà, il n’est pas loin de minuit et je vais devoir vous dire à tous !

Annie

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Croisière autour du monde : 21ème escale

22 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters sont de retour à Kobe au Japon où ils étaient déjà passés lors d’une étape précédente.

Lundi 20 mars :

Aller au Japon sans voir Kyoto, c’est impardonnable !

Gare de Kobe, en partance pour Kyoto

Nous avons donc bravement pris les moyens de transport publics et sommes allés visiter cette ville ou l’on retrouve encore un peu du Japon traditionnel : temples innombrables, femmes en kimono et obi, petites rues avec maisons en bois, boutique au rez-de-chaussée et habitation au dessus.

On nous a aidés très gentiment à prendre les billets de métro puis de train, car il n’y a pas de guichets, juste des machines toutes en japonais! Mais les gens sont vraiment serviables. On a une petite chance de se faire comprendre en anglais avec les jeunes (j’ai bien dit une petite chance, ne rêvons pas…).

Une rue dans le vieux Kyoto

Enfin, après environ 1 h de trajet, nous arrivons à Kyoto par une très belle journée ensoleillée. La ville donne une impression d’entassement. Les maisons sont serrées avec parfois à peine 1 mètre entre deux voisins. On sent le manque d’espace vital, d’autant que la plaine côtière est étroite et laisse vite place à la montagne souvent escarpée…

La gare est un chef d’œuvre d’architecture moderne et c’est d’autant plus remarquable que le quartier aux alentours est plutôt ancien.

Temple de Hongwanji à Kyoto

Nous nous dirigeons vers le temple Hongwanji, un immense complexe de salles de prière et de salles de réunion. Il y a même une école et une clinique !

Intérieur du temple

Juste en face, un musée nous attire. Il est en fait associé au temple et se définit comme
« musée bouddhiste par excellence ». Nous y prenons un petit repas fort sympathique avant de nous lancer dans la visite. Nous y voyons une exposition de peintures sur soie, certaines datant du 15e siècle, ainsi que des rouleaux de papier de riz avec calligraphie au pinceau. Les photos sont interdites. Nous arrivons cependant à en faire 1 ou 2 que vous verrez donc !

Au sortir du musée, dans une salle contiguë, de jeunes peintres (élèves de seconde peut être ?) et leur professeur présentent leurs œuvres. Du talent chez certains d entre eux ! Ces jeunes japonais sont plutôt timides, surtout les jeunes filles, ils sourient beaucoup, font des courbettes et semblent tellement ravis de rencontrer des étrangers !

Vue par hasard, une exposition de jeunes étudiants en peinture

A noter que, lorsqu’ils signent leurs tableaux c’est toujours avec l’alphabet latin ! D ailleurs dans les rues les enseignes, les affiches, jonglent avec 4 alphabets différents : le latin (préféré pour tout ce qui est publicité), le chinois (que tout le monde ne sait pas lire toutefois), le japonais classique et le japonais phonétique plus simple. Seuls ces 2 derniers sont enseignés à l’école. Ça paraît bien compliqué mais ils s’y retrouvent !

Nous avons marché toute la journée et n’avons pas vu le dixième de ce qu’il y a voir à Kyoto ! Une ville immensément riche en palais, temples et autels shintô… Il faudrait y revenir, on va y penser !

Nous partons maintenant pour la Chine et le Vietnam. Pas sûr que les connections soient super. Nous ferons de notre mieux !

Mardi 21 mars :

Je vous avais promis de vous parler des toilettes au Japon. Voici donc.

Toilettes à la Japonaise

Il y a au Japon deux sortes de toilettes (voyez les photos). La toilette japonaise qui n’est qu’une toilette à la turque et la toilette qu’ils appellent « western », autrement dit occidentale, et que vous trouverez dans les grands hôtels (alors que l’hôtel à la japonaise en est dépourvu et que vous y dormirez par terre sur un futon).

Toilettes à l’Occidentale : remarquez la barrette couverte de boutons, c’est ça qui fait la différence

Revenons à cette « western ». Vous vous asseyez. La partie en contact avec vos fesses est tiède, ce qui est plutôt agréable ! Vous faites ce que les Anglais appellent votre « business ». Si ça fait du bruit (désolé, mais j’ai promis de tout expliquer !)  vous avez un bouton appelé « flush » qui va imiter le bruit de la chasse d’eau afin de couvrir tout autre bruit inconvenant… Quand vous avez terminé, vous avez deux boutons à votre disposition : un « bidet » et un « jet ». Chacun va humecter d’eau tiède un endroit différent de votre anatomie (là, je vous laisse imaginer…). Enfin le bouton situé le plus en avant et de couleur différente stoppe l’eau.
Vous sortez de là bien propre mais je trouve personnellement que le papier cul est un peu insuffisant pour essuyer tout ça !

Voilà vous savez tout sur les toilettes de ce pays décidément pas comme les autres !

Annie

Croisière autour du monde : 20ème escale

20 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde depuis les côtes britanniques jusque sur le continent asiatique. Les voici désormais en Corée après plusieurs escales au Japon.

 

Le port de Busan, un des plus actifs d’Asie

Jeudi 16 mars :

Busan, on dit aussi Pusan, est un port très actif de Corée du Sud, situé à l’extrême pointe sud du pays. Depuis toujours il fait le lien commercial entre la Chine et le Japon.

Nous avons pris une excursion du bateau ne sachant pas trop à quoi nous attendre dans ce pays là. En fait nous nous débrouillons en général tous seuls, n’appréciant que modérément les bus bondés avec guides parlant mal anglais et horaires rigides…

Depuis le départ de Southampton nous n’avons fait que 4 excursions avec le bateau. Notre jeune guide Coréen dit s appeler « Coup ». Quand je lui montre, geste à l’appui, ce que ça veut dire en français, il est mort de rire !

Rencontre avec un beau jeune Coréen peu loquace !

Il nous emmène dans un centre culturel voir un spectacle de chants et de danses traditionnelles. J’apprécie modérément les sons aigus et nasillards qu’ils tirent de sortes de longues guitares posées sur les genoux et encore moins les bruits tonitruants de gros tambours qui rythment les séquences. C’est très statique, sauf la dernière partie où une troupe de jeunes se déchaîne avec énergie dans des costumes colorés et magnifiques.

Nous reprenons notre car pour nous rendre dans le centre ville. La ville, très animée est moderne, avec beaucoup de bâtiments assez hauts. Nous remarquons de nombreuses églises surmontées de croix. Renseignements pris, il semble qu’environ un quart de la population est chrétienne (plutôt protestante car évangélisée par des Anglais ou des Américains), le reste se partageant entre confucianistes, bouddhistes et athées.

Entrée marché au poisson (Jagalchi)

Nous visitons un marché aux poissons fabuleux. Je pense que le plus clair de leurs protéines vient de la mer. Crabes bleus énormes, anguilles vivantes grouillant dans des bassines d’eau, bulots géants…

Tous les vendeurs sont des femmes. Le guide nous explique que durant la guerre de Corée les hommes étant à la guerre, ce sont les femmes qui se sont mises au boulot, et, depuis, cela n’a plus changé.

Ensuite nous sommes montés sur une colline pour voir les statues des « héros nationaux » (c’est ainsi que le guide s’exprime, en faisant de nombreuses références à la guerre). Finalement, comme nous le disait un de nos conférenciers, ce petit pays a été sacrifie à la fin de la seconde guerre mondiale, coupé en deux alors qu’il n’était responsable d’aucun massacre !

Busan, une ville trépidante

Une pagode de style boudhiste

On y a trouvé un centre commercial pour touristes (c’est écrit en toutes lettres sur la façade) qui vent des bricoles sans grand intérêt sauf, peut-être, le ginseng dont ils sont les premiers producteurs.

Nous voyons aussi une belle pagode de style bouddhiste et profitons d’une très belle vue sur le port et l’ensemble de la ville.

Les camélias, qui ont la taille d’arbres, commencent à fleurir : ça sera magnifique d’ici une semaine. Nous sommes venus trop tôt ! C’était déjà le cas au Japon où les fameux cerisiers dont on attend avec impatience la floraison en sont à peine à leurs premiers boutons. Je pense que la meilleure période pour voir ces pays, c’est avril et mai. Tant pis pour nous !

Le quartier commerçant

L’architecture est globalement plutôt laide : gros immeubles d’habitation de forme cubique, avec de petits balcons aux garde-corps très hauts, qui doivent assombrir énormément les pièces  de la maison et qui, apparemment ne servent qu’à étendre le linge ! Il y a très peu de verdure et il n’est pas rare que deux immeubles soient espacés de quelques mètres seulement l’un de l’autre. Ici, les règles d’urbanisme ne semblent guère contraignantes !

En fin de journée le bateau appareille avec une foule nombreuse venue nous saluer et nous souhaiter un bon voyage. C’est émouvant car il y a beaucoup de familles avec leurs enfants. On nous demande de poser pour des photos, on se sent un peu des stars ! Cet arrêt en Corée aura été bien court mais ca semble un pays intéressant où il serait bon de rester plus longtemps.

Samedi 18 mars :

Hiroshima ! Ce n’est pas une ville comme une autre ! C’est pourquoi nous n’avons pas eu une seconde d’hésitation : nous irions voir le parc dédié au souvenir du 6 août 1945.

La cote très découpée au lever du soleil

Sur le port, les voitures sont prêtes à partir vers l’Occident

La navette nous a conduits à la gare (il est à noter que, presque à chaque escale, Cunard ou la municipalité concernée mettent une navette gratuitement à notre disposition) et de là, il a fallu une demi-heure de tramway pour nous retrouver devant ce beau parc triangulaire situé entre deux rivières.

La ville est bâtie sur un delta : il y a des rivières partout

La ville est en effet construite sur un delta immense où se rejoignent six cours d’eau. De nombreux ponts, donc, donnent à Hiroshima un petit air vénitien…

Dans le parc de la paix, le seul bâtiment resté debout le 6 août 1945

En arrivant dans le parc, on découvre le « dôme ». C’est le seul bâtiment qui soit resté debout dans un rayon de 2 à 3 km autour du point d’impact. Très abîmé évidemment, il est conservé comme souvenir. Ce qui est amusant c’est que le bâtiment, construit en 1914 était un local d’exposition de ce que l’industrie du Japon avait à vendre…

Le 6 août 1945, à 8 h 15, la bombe baptisée « little boy » portée par le B 29 Enola Gay explosa en plein centre ville. Entre 20 et 30 000 personnes moururent instantanément mais beaucoup d’autres allaient périr dans les semaines qui suivirent, brûlées non seulement au niveau de la peau mais atteintes aussi dans leurs organes au plus profond du corps. Les leucémies et les cancers de toute sorte affectèrent les survivants surtout dans les années 60 et jusqu à aujourd’hui…..

Objets retrouvés calcinés dans les décombres

De nombreux monument parsèment le parc, dédiés  aux enfants, aux jeunes étudiants qui avaient été mobilisés dans les derniers mois de la guerre… Un magnifique musée raconte la catastrophe, minute par minute, et expose d’humbles objets de la vie quotidienne : un soulier d’enfant, une boucle de ceinture, un carnet de tickets de tram… C’est très émouvant et la foule qui se presse au musée le fait dans un silence profond, même les enfants restant sagement auprès des parents… Bref, une visite à ne pas manquer si vous allez un jour là-bas.

Une rue animée en ce samedi

Retour en taxi avec toujours la petite crainte : à t-il bien compris où nous voulions aller ? Je ne peux lire son alphabet, il ne peut lire le mien….mais tout se passe très bien et nous sommes au bateau vers 4 heures.

Comme d’habitude, un petit marché à été installé avec un orchestre de jeunes, une démonstration de danses avec des sabres et enfin essayage de kimonos et photos bien sûr.

 

On va me transformer en geisha !

Alors attention : si vous voulez porter le kimono sachez que l’on ne peut le mettre seule, il faut avoir au moins deux aides !

Il n’y a ni boutons, ni fermeture éclair, tout tient par des lacets et c’est long et compliqué !

Mais le résultat est charmant et je me souviendrai longtemps de la gentillesse de toutes ces femmes qui s’affairaient autour de moi, essayant, avec quelques mots d’anglais seulement, de communiquer avec moi.

Le bateau appareille pour Kochi vers 18 h. Le quai est noir de monde, on agite des drapeaux, on nous crie des souhaits de bon voyage (du moins je le pense !). Encore une escale dont nous nous rappellerons.

Dimanche 19 mars :

La bienvenue du matin

Une longue excursion nous a permis de voir beaucoup de choses en ce dimanche ! Kochi (escale non prévue au départ) est une ville moyenne de 300 000 habitants qui jouit d’un climat très agréable avec une végétation quasi méditerranéenne. On y cultive légumes, agrumes, patates douces et gingembre.

Une plage dans les pins

J’offre des bâtonnets de patate douce à Ryoma, un samouraï du 19e siècle

Nous avons vu une très belle plage de sable dans un écrin de pinède, puis ceux qui n’avaient pas mal aux guibolles sont montés au château construit au 17e siècle, pendant que nous nous baladions sur un marché en plein air agréable et où on trouvait de tout : fleurs et plantes, fruits et légumes, coutellerie très belle, et brocante en tout genre. Un arrêt surprise chez un Français de Nice qui a ouvert une crêperie et qui nous a raconté son parcours assez atypique tout de même.

Pèlerin dans la rue

Arrêt dans un temple et, pour finir, on est monté sur une colline découvrir un autre temple en pleine forêt qui jouit d’une grande réputation puisqu’il fait partie des 88 temples où il faut avoir été si on est un bouddhiste pratiquant. Nous croisons de nombreux pèlerins, tout vêtus de blanc avec le chapeau conique bien connu.

Un temple

Concernant la religion, la première du Japon a été le shintoïsme : pas d’image du dieu mais une sorte d’animisme puisque Dieu se trouve dans tout ce qui est vivant et même peut-être dans les pierres… Puis le bouddhisme est arrivé de l’Inde via la Chine. Pas de problème !

Un cimetière fleuri

Comme nous disait notre guide, certains jours je suis shintoiste, le 24 décembre nous sommes tous chrétiens et aujourd’hui où je vous emmène voir un temple bouddhiste, je me sens bouddhiste ! Il me semble qu’avec cette philosophie on éviterait bien des guerres de religion !

Jeunes passants

Un magnolia souleangana

Cérémonie d’au revoir du soir

De retour au bateau, nous sommes épuisés. On s’endort tout de suite et on a même failli rater le dîner !
Ah, c’est dur de faire le tour du monde !

Annie