Posts Tagged ‘Angleterre’

Actualité internationale : petite séance de rattrapage

9 septembre 2019

Vous étiez en vacances cet été, sur une île perdue du Pacifique, en randonnée dans les Andes péruviennes, en méharée au Tadjikistan ou, plus prosaïquement dans la maison de campagne de votre grande tante, perdue au fin fond de la Creuse, dans le désert numérique de la France profonde. Bref, pour une raison ou pour une autre, vous êtes resté quelque peu à l’écart de l’actualité internationale. Oui, mais voilà, c’est la rentrée et, curiosité aidant, vous aimeriez bien savoir en quelques mots ce qu’il a bien pu se passer dans le monde pendant les mois de juillet-août.

Axelle Degans, rédactrice de la rubrique mensuelle d’actualité internationale sur le site Diploweb

Pas de panique, Axelle Degans, agrégée d’histoire et enseignante en classes préparatoires au lycée Faidherbe à Lille, a veillé sur le monde pour vous et il suffit de consulter ses excellentes synthèses mensuelles sur le site Diploweb.com, spécialisé en géopolitique. Pour l’été 2019, les mois de juillet-août sont rassemblés en un seul article qui permet en quelques lignes de retenir l’essentiel des faits marquants de l’été.

Petit florilège donc, pour ceux qui ont préféré musarder au soleil plutôt que de se tenir informé de l’actualité mondiale estivale.

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, le soir des élections législatives le 7 juillet 2019 à Athènes (photo © Louisa Gouliamaki / AFP)

En Grèce, rappelons-nous, le 7 juillet 2019, ont eu lieu des élections législatives anticipées suite au revers subi par le parti d’Aléxis Tsipras lors des Européennes de mai. Et bien évidemment, le parti Syriza a de nouveau été battu, arrivant en deuxième position derrière le parti de droite, Nouvelle Démocratie qui obtient (de justesse néanmoins) la majorité des sièges après avoir déjà remporté haut la main les élections locales début juin. C’est donc le conservateur Kyriákos Mitsotakis, issu d’une famille habituée à gouverner le pays, qui est le nouveau premier ministre grec.

Au Moyen-Orient, les tensions s’aggravent notamment en Iran où le gouvernement a annoncé ne plus se conformer à ses engagements sur la limitation de l’enrichissement de l’uranium après que l’accord multilatéral signé en 2015 a été dénoncé par Donald Trump. La guerre des tankers se poursuit dans le Golfe persique où Téhéran a arraisonné un pétrolier britannique, alimentant la hausse du cours de l’or noir tandis que les bombardements se poursuivent au Yémen et que l’Arabie Saoudite annonce l’accueil prochain de troupes américaines sur son sol, une première depuis la guerre d’Irak en 2003.

Pétrolier battant pavillon britannique arraisonné par les Gardiens de la Révolution iraniens en juillet 2019 (photo © Hasan Shirvani / AFP)

En Inde, le premier ministre nationaliste, Narendra Modi, a mis brutalement fin à l’autonomie de la partie indienne du Cachemire, le Jammu-et-Cachemire, revenant ainsi sur l’article 370 de la constitution indienne qui confère à cette région un statut spécial et aggravant encore, s’il en était besoin, les tensions avec ses voisins pakistanais.

Aux États-Unis, le président fantasque Donald Trump insiste à plusieurs reprises durant l’été, sur sa proposition d’acheter le Groenland dont il convoite la position stratégique dans le contexte du changement climatique qui donne la possibilité d’ouvrir de nouvelles voies maritimes dans le Grand Nord et surtout d’exploiter un jour les immenses richesses minérales de ce vaste territoire. La requête a été accueillie plutôt fraichement par les Danois…

Réunion des chefs d’Etats du G7 à Biarritz, avec le secrétaire général de l’ONU et le président du Conseil européen (photo © M. Kappeler / DPA Picture-Alliance / AFP)

La réunion du G7 à Biarritz, fin août, n’a guère permis d’apaiser les tensions internationales. L’absence de la Russie, exclue du dispositif depuis son annexion de la Crimée en 2014, de la Chine, de l’Inde, du Brésil (dont il a été question à cause des incendies en Amazonie) et de la plupart des pays émergents, ajoutée à l’insouciance des Américains et aux préoccupations des Britanniques toujours concentrés sur le Brexit ne pouvaient de toute façon guère laisser espérer de grandes décisions…

Démonstration de force de la police chinoise aux portes de Hongkong le 7 août 2019 (photo © AFP / Le Parisien)

Les manifestations se poursuivent à Hongkong où la police montre les muscles et où Pékin prépare ses troupes pour intervenir en cas de besoin, tandis que la contestation continue en Algérie où le Président du Parlement a présenté sa démission alors que la rue réclame le départ de l’exécutif qui gère l’intérim en attendant l’organisation de nouvelles élections. En Russie, des manifestions ont été organisées, malgré de violentes répressions, pour protester contre l’éviction de nombre de candidats aux élections prévues en septembre tandis que Vladimir Poutine fête ses 20 ans au pouvoir.

Inondation en Inde le 16 juillet 2019 (photo © AFP / STR / Sciences et Avenir)

En Afrique centrale et notamment en République démocratique du Congo, une épidémie liée au virus Ebola sévit, qui a déjà causé la mort d’au moins 1800 personnes en un an. En Asie du Sud-Est, les pluies de mousson et les inondations qui s’en sont suivi ont causé au moins 1500 décès et de graves dégâts matériels, tandis que le mois de juillet 2019 est d’ores et déjà considéré comme le plus chaud jamais observé à l’échelle planétaire, changement climatique oblige.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Tout compte fait, il eut peut-être cependant mieux valu que vous restiez encore un peu chez votre grande tante de la Creuse ou sur le dos de votre chameau Tadjik car le mois de septembre ne s’annonce pas forcément plus réjouissant…

L. V.

Publicités

En Europe, l’écologie a le vent en poupe !

27 mai 2019

Les élections européennes se suivent et ne se ressemblent pas. Alors que la campagne électorale avait été plutôt amorphe pour cette dernière édition qui a pris fin dimanche 26 mai 2019, le taux de participation a atteint un niveau plutôt inespéré. En France en particulier où l’abstention gagnait inexorablement du terrain, élection après élection, le taux de participation a dépassé le seuil fatidique de 50,1 %, alors qu’il était tombé à 42,4 % seulement en 2014. Voilà qui constitue un sérieux démenti à tous ceux qui prétendent que la politique n’intéresse plus personne et que l’Europe technocratique est le cadet des soucis des Français.

Taux de participation par pays (résultats provisoires) aux élections européennes du 26 mai 2019 (source © Statista)

D’autant que cet engouement démocratique n’est pas l’apanage de notre seul pays. Le taux de participation constaté en France est sensiblement le même que dans la moyenne des 28 pays concernés par cette élection simultanée alors qu’il dépassait à peine 43 % en 2014. Bien sûr, ce chiffre moyen masque de fortes disparités entre les scores soviétiques de la Belgique où 89 % des électeurs se sont déplacés, le vote y étant obligatoire, et celui moins glorieux de la Slovaquie où moins de 23 % des citoyens inscrits sur les listes ont jugé nécessaire de s’exprimer. Mais on saluera quand même la forte mobilisation des Espagnols dont le taux de participation, qui n’était que de 43,8 % en 2014 a grimpé à 64,3 % en 2019, ou encore celle des Polonais où le taux de participation a bondi de 24 à 43 %.

Et pendant ce temps là, le Brexit… Un dessin signé Plantu

Certes, seuls 37 % de nos voisins britanniques se sont déplacés pour élire leurs représentants au Parlement européen, mais comment leur en vouloir alors que les négociations pour le Brexit s’éternisent et que cette élection a été décidée à la dernière minute, faute de trouver un accord à temps et sans laisser guère de latitude aux partis traditionnels pour trouver des candidats et encore moins faire campagne…

Il n’en reste pas moins que ces élections européennes, si elles ont provoqué une mobilisation citoyenne plutôt salutaire, viennent quelque peu chambouler le statu quo bruxellois. Il serait sans doute imprudent d’en tirer des conclusions hâtives d’autant que chaque pays présente un contexte différent qui interfère nécessairement avec une élection, toute européenne fut-elle. La victoire écrasante de la liste souverainiste soutenue par Viktor Orban qui a remporté plus de 53 % des suffrages en Hongrie, ou encore le large succès de la Ligue de Matteo Salvini en Italie avec plus de 34 % des voix sont sans doute des indices qui confirment une poussée des mouvements nationalistes et populistes en Europe, mais qui s’expliquent aussi par la situation politique intérieure de ces pays.

Un dessin signé Chappatte

En France, la liste soutenue par Marine Le Pen est arrivée en tête avec 23,3 % des suffrages exprimés, mais c’était déjà le cas en 2014 où le score de la liste Front National était même supérieur. La surprise vient plutôt des autres partis. En 2014, la liste FN était suivie dans l’ordre par celle de l’UMP qui engrangeait près de 21 % des voix, puis par celle du PS (14 %) et celle de l’UDI (à quasiment 10 %).

En 2019, l’ouragan Macron est passé par là et c’est la liste LREM qui talonne celle du Rassemblement national, à 22,4 %, tandis que les trois piliers traditionnels de la droite et de la gauche française finissent atomisés. Pour la première fois depuis que l’écologie a fait son entrée dans le paysage politique français, à l’occasion de la candidature de l’agronome René Dumont lors de l’élection présidentielle de 1974, c’est en effet la liste EELV, conduite par Yannick Jadot, qui passe en tête devant celles des partis traditionnels que sont les Républicains (qui finit à 8,5 %, du jamais vu dans une élection nationale !), le PS, ou encore l’UDI et le PC qui n’auront même pas réussi à sauver un seul représentant au Parlement européen.

Yannick Jadot, euphorique après son bon résultat aux élections européennes, dimanche 26 mai 2019 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Ce succès incontestable de la liste écologique qui a remporté 13,5 % des suffrages exprimés, même s’il n’atteint pas le score record obtenu en 2009 (plus de 16 %) est d’autant plus remarquable que la France n’est pas la seule dans ce cas. En Allemagne, le parti die Grünen arrive en deuxième position avec 20,5 % des voix, juste derrière la CDU d’Angela Merckel, de même qu’en Finlande notamment où la Ligue verte prend également la deuxième place avec 16 % des suffrages exprimés. Les écologistes devraient se retrouver à 69 dans le futur Parlement à Strasbourg, ce qui leur permettra peut-être de peser davantage sur les politiques européennes.

C’est en tout cas une bonne surprise pour Yannick Jadot qui, lors des dernières élections présidentielles, il y a deux ans seulement, avait été contraint de s’effacer au profit du candidat du PS, Benoît Hamon, alors que la liste de ce dernier vient de recueillir moins de 3,3 % des voix à l’occasion de ces élections européennes, juste assez pour se faire rembourser ses frais de campagne, mais pas suffisamment pour prétendre être représentée à Strasbourg.

La gauche multi-pluri-personnelle vue par le dessinateur Bésot

A gauche de l’échiquier politique, cette élection, comme d’ailleurs nombre de celles qui l’ont précédé, vient confirmer, s’il en était encore besoin, à quel point la gauche française se ridiculise en persistant à se présenter en ordre dispersé aux suffrages des électeurs. Les deux frères ennemis que sont la France insoumise et le PS, ce dernier revigoré par les forces nouvelles que sont Place publique et la Nouvelle donne, finissent au coude à coude avec 6,3 et 6,2 % des voix chacun, tandis que le PC est laminé avec moins de 2,5 % des voix. La recomposition d’une gauche plurielle, à l’image de ce qu’avaient réussi à faire François Mitterrand en 1981 où Lionel Jospin en 1997 va peut-être redevenir à l’ordre du jour, dans une configuration néanmoins totalement inédite puisqu’à l’issue de ces élections nationales ce sont les écologistes qui constituent désormais la force dominante : un beau challenge en perspective !

L. V.

En Écosse, la guerre des écureuils fait rage

5 mai 2019

Chaque pays a sa ligne de démarcation. Pendant longtemps, c’est le mur d’Hadrien, longue fortification de plus de 100 km et flanquée d’environ 300 tours de défense, érigée à partir de 122 après J.C., qui servit de frontière physique entre la province romaine de Bretagne (pas celle d’Astérix, qui était alors l’Armorique, mais celle qui constitue l’Angleterre actuelle) et l’Écosse avec ses redoutables tribus guerrières dont les Calédoniens.

Un écureuil roux (photo © Helen Haden / Flickr.com / BFMTV)

Mais c’est une nouvelle guerre qui fait désormais rage dans cette région : celle qui oppose les écureuils roux autochtones à une population d’envahisseurs, leurs cousins gris américains. Et la frontière mouvante qui sépare les lignes des deux armées en campagne s’appelle la Highland Red Squirrel Protection Line, autrement dit, la ligne de protection des écureuils roux des Highlands. Située au Sud de l’Écosse, cette démarcation fait l’objet de soigneuses observations de la part d’un consortium d’associations menées par le Scottisch Wildlife Trust et le Red Squirrel Survival Trust qui ont pris fait et cause pour protéger les 120.000 écureuils roux de la région présents principalement au nord de l’Écosse, dans les Highlands et à l’état résiduel dans quelques poches des Lowlands.

Autrefois très présents sur tout le territoire britannique, les écureuils roux ont en effet quasiment disparu du paysage en dehors du nord de l’Écosse, puisque leur population totale sur l’ensemble de la Grande-Bretagne est désormais estimée à moins de 140 000 individus. Inversement, la population des écureuils gris, en pleine expansion, dépasse désormais les 2,5 millions et il suffit de se promener dans n’importe quel jardin public, à Londres comme à Édimbourg pour en apercevoir de nombreux spécimens qui viennent manger dans la main des touristes émerveillés.

Écureuil gris à Saint-James Park à Londres (source © Un pied dans les nuages)

L’écureuil roux, Sciurus vulgaris, encore très présent en France où on peut l’observer sur l’ensemble du territoire sauf en Corse et sur les îles méditerranéennes, a une aire de répartition qui couvre l’ensemble de l’Europe et en Asie, et ceci depuis environ 3 millions d’année. On l’observe depuis le Japon jusqu’en Sibérie et en Chine, ainsi que dans la plupart des pays européens à l’exception de quelques zones comme l’Islande ou la Sicile, et désormais l’Angleterre où il a été complètement décimé en quelques années, supplanté par les cohortes d’envahisseurs gris…

La concurrence entre les deux espèces est en effet largement inégale. L’écureuil gris, Sciurus carolinensis, venu des forêts américaines, est beaucoup plus adapté aux forêts de feuillus où il tire notamment profit des glands et se reproduit plus vite, y compris pendant les périodes de disette relative, ce qui lui permet de coloniser très rapidement les milieux forestiers européens où il provoque d’ailleurs des ravages en rongeant l’écorce des jeunes arbres.

Carte de répartition des observations d’écureuils gris et roux en Ecosse (source © Saving Scotland’s Red Squirrels)

Il est de plus porteur sain d’un virus mortel pour son congénère roux, le parapox-virus, si bien que le contact entre les deux espèces se traduit pour l’écureuil roux par la transmission d’une maladie mortelle, dite aussi variole de l’écureuil. Toute ressemblance historique avec la manière dont les populations amérindiennes ont été décimées par l’arrivée des colons espagnols au XVIe siècle serait bien entendu purement fortuite…

Toujours est-il qu’en Grande-Bretagne et désormais surtout sur le front écossais, la guerre à l’écureuil gris fait rage comme l’a bien relaté un documentaire récent diffusé sur Arte et qui montre un garde-chasse s’échinant à piéger et abattre les centaines d’écureuils gris qui pullulent dans le massif forestier dont il a la charge, tandis que certains restaurateurs se font une spécialité de cuisiner ce nouveau gibier très prisé par leurs clients. Comme s’en faisait l’écho récemment Ouest France, croquettes et lasagnes à l’écureuil sont devenues un must de la gastronomie Outre-Manche !

Une situation en réalité quelque peu paradoxale quand on apprend, au détour d’une interview diffusée dans ce reportage aussi pédagogique qu’objectif, que la disparition des écureuils roux en Grande-Bretagne, a été en réalité largement amorcée avant l’invasion de leurs cousins américains. Au XIXe siècle, la population d’écureuils roux dans le pays dépassait les 3,5 millions d’individus. Mais l’animal faisait alors l’objet d’une chasse impitoyable avec des sociétés de chasse qui s’en faisaient une spécialité. Le Club des écureuils des Highlands aurait ainsi à lui seul exterminé pas moins de 150 000 écureuils roux en une cinquantaine d’années !

Un écureuil gris (photo © Ian Prestin / Flickr.com / Ouest France)

Toujours est-il que c’est précisément pour repeupler leurs parcs désertés par ces petites bêtes d’apparence si sympathique que de riches propriétaires terriens britanniques ont importé vers 1870 des écureuils gris d’Amérique, avec le succès que l’on connaît… Et l’histoire est en train de se reproduire en Italie où les populations d’écureuils gris, introduits de la même manière, sont en train de se propager rapidement dans le nord du pays, laissant présager une arrivée probable en France un jour ou l’autre.

D’ailleurs, il existe déjà en France deux espèces d’écureuils considérées comme invasives. La première est l’écureuil à ventre rouge, originaire de Taïwan et observé dans la nature à partir de la fin des années 1960 après avoir été introduit par le propriétaire d’une maison du Cap d’Antibes. Cette espèce est désormais implantée sur une aire qui s’étend sur les communes voisines mais dont l’extension semble pour l’instant contenue par l’autoroute A8. En revanche, le seconde espèce, qui est celle du Tamia de Sibérie ou écureuil de Corée, vendue en animalerie depuis les années 1970, est désormais présente dans une bonne douzaine de sites principalement en région Ile-de-France.

Une martre des pins (photo © University of Aberdeen / Sciences et Avenir)

La bonne nouvelle pour les écureuils roux d’Écosse, est paradoxalement que se développe de nouveau l’un de leurs prédateurs naturels, la martre des pins… C’est en effet ce qu’ont mis en évidence des chercheurs de l’Université d’Aberdeen, à l’issue de patientes observations scientifiques dans le Highlands. Leur publication, astucieusement intitulée Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, parue en mars 2018 dans la revue Proceedings of the Royal Society, montre en effet que le retour de ce petit mustélidé, qui fait l’objet de programmes de protection depuis les années 1980 après avoir été décimé, chassé pour sa fourrure et pourchassé pour sa mauvaise réputation de préleveur de gibier, favorise les écureuils roux dans leur combat inégal contre leurs cousins américains.

Ces derniers, moins méfiants car provenant d’un milieu où la martre n’est pas présente, constituent un mets de choix pour leur prédateur comme l’ont bien montré les chercheurs en observant des boîtes à nourriture servant d’appât. Les écureuils gris s’y attardent sans méfiance et sont croqués en priorité par les martres comme l’attestent les poils d’écureuils retrouvés dans les déjections de ces dernières.

Corrélations observées entre les population de martres et d’écureuils gris et roux (source © Sheehy and al., The enemy of my enemy is my friend: native pine marten recovery reverses the decline of the red squirrel by suppressing grey squirrel populations, mars 2018)

Du coup, les écureuils roux s’en portent mieux et on observe une corrélation très nette entre les populations de ces 3 espèces : là où la martre des pins prolifère, l’écureuil gris décline et l’écureuil roux relève la tête : une belle histoire, détaillé notamment sur le site Zoom Nature, à méditer pour quiconque se pique de vouloir réguler les espèces animales dans leur milieu naturel…

L. V.

Partenariats public-privé : le début de la fin ?

3 mai 2019

Le principe du partenariat public-privé n’est pas nouveau puisque certains n’hésitent pas à l’illustrer par l’exemple historique du canal d’irrigation construit à partir de 1554 par Adam de Craponne pour amener l’eau de la Durance jusqu’à Salon-de-Provence ! De fait, la puissance publique, souvent impécunieuse, n’a jamais hésité à recourir au financement des opérateurs privés pour la construction voire la gestion de grandes infrastructures d’intérêt général. Les contrats de concession, très répandus dans le domaine de la distribution de l’eau potable notamment, constituent d’ailleurs, de fait, une forme de partenariat public-privé.

Mais à partir de la fin des années 1990, les libéraux européens et tout particulièrement les équipes de Tony Blair en Grande-Bretagne se mettent à utiliser massivement cette pratique du partenariat public-privé, instauré dès 1992 par John Major. Jusqu’en 2010, plus de 700 projets de ce type vont ainsi être lancés dans ce pays et la France  emboite le pas à partir de 2002 en permettant aux différents ministères dont la Défense nationale puis la Justice et la Santé de confier au privé le soin de construire à sa place les grandes infrastructure, dont le pays a besoin : gendarmerie, prisons, hôpitaux, etc.

Une ordonnance de 2004 met en place les « contrats de partenariat » et étend le dispositif aux collectivités territoriales. En 2008, le ministère de l’économie évalue à 10 milliards d’euros l’enjeu de ce qu’il est alors convenu d’appeler les PPP et en 2011 le ministre de la Justice programme la construction de 25 nouveaux établissements pénitentiaires, tous prévus en PPP !

Un dessin de Boris publié dans la revue A babord

Il faut dire que le système est séduisant tant pour l’État, fortement endetté et dont les marges de manœuvre pour investir tout en respectant les critères de Maastricht sont devenues très limitées, que pour les collectivités locales. Pour un élu qui s’est engagé durant sa campagne électorale à embellir et équiper son territoire tout en jurant ses grands dieux que cela se fera sans la moindre imposition supplémentaire, c’est la recette miracle.

Le PPP permet en effet à la puissance publique de lancer la réalisation d’un projet sans avoir besoin de le financer ! La conception comme la réalisation du projet sont transférées à une grande entreprise privée qui prend à son compte la totalité des coûts et qui se charge même de l’exploitation et de l’entretien de l’équipement pendant une certaine durée (souvent 20 à 30, voire 40 ans) au cours de laquelle la collectivité (ou l’État) se contente de verser un loyer. Pour l’élu local, c’est donc le jackpot puisqu’il confie la réalisation du projet au privé avec la garantie d’une réalisation et donc d’une inauguration rapide, et qu’il laisse à ses successeurs éventuels le soin de régler les factures sur une durée parfois très longue. La réhabilitation du stade Vélodrome en est une bonne illustration…

Chantier de rénovation du stade Vélodrome à Marseille en 2012 (photo © CFC Construction / Batiactu)

Face à un tel succès, la Commission des lois du Sénat en 2014 puis la Cour des Comptes en 2015 finissent par s’alarmer en pointant certains des défauts du dispositif après avoir analysé plusieurs cas d’espèces qui se sont avérés de véritables fiascos. Ces rapports pointent notamment le fait que les PPP constituent en réalité « une bombe à retardement budgétaire souvent ignorée par des arbitrages de court terme », estimant que « le paiement différé est une facilité pour la personne publique qui peut la conduire à surestimer ses capacités d’investissement. De surcroît, au gré de l’exécution du contrat, le coût final du projet peut évoluer, malgré l’évaluation préalable ». De plus, « en concentrant la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre entre les mains du partenaire privé, ils conduisent d’une certaine manière à un renoncement par la personne publique à sa compétence de maîtrise d’ouvrage ». Enfin, conclus essentiellement avec des grands groupes, ils provoquent un « effet d’éviction des petites et moyennes entreprises et des très petites entreprises » qui en sont réduites au rôle peu enviable de sous-traitants.

Centre pénitentiaire de Riom (Puy-de-Dôme) construit en PPP par Spie Batignolles et livré en 2015 (photo © Gilles Aymard / Batiactu)

Le constat est sévère, au point d’ailleurs qu’en 2017 un nouveau rapport de la Cour des Comptes demande l’abandon pur et simple des PPP pour le programme immobilier pénitentiaire. Il faut dire que les cas sont nombreux qui montrent à quel point les PPP peuvent être dangereux pour la collectivité. Les exemples britannique abondent ainsi pour montrer que les entreprises bénéficiaires de tels contrats abusent en faisant payer très cher à la collectivité l’entretien des équipements puisque celui-ci leur incombe de fait, quasiment sans aucun droit de regard du commanditaire qui n’en devient propriétaire qu’à l’issue du contrat.

Avec du recul, les maîtres d’ouvrage publics s’aperçoivent ainsi qu’ils finissent par payer plusieurs fois le coût réel de l’équipement. Les entreprises s’endettent elles-mêmes pour en financer la construction et bien sûr elles répercutent la totalité du coût de cet endettement dans leur facturation, alors même que les établissements publics auraient accès à des taux de crédit bien plus avantageux.

Chantier de construction de l’hôpital d’Evry (Essonne) par Eiffage en 2012 (photo © C.G. / Batiactu)

Le centre hospitalier sud-francilien, construit en PPP par Eiffage dans l’Essonne fait partie de ces exemples qui ont été épinglés par un rapport parlementaire et par la Cour des Comptes : livré avec 8 mois de retard et plus de 8000 malfaçon relevées par huissier, il a fallu finalement mettre fin au contrat de PPP qui prévoyait le versement à Eiffage d’un loyer monstrueux de 48 millions d’euros chaque année pendant 30 ans, ce qui a permis à la collectivité de reprendre la main sur l’entretien et l’exploitation de l’équipement dans des conditions nettement plus satisfaisantes.

Cet exemple et de nombreux autres tout autant catastrophiques pour l’intérêt public n’ont pourtant pas empêché la Ville de Marseille de vouloir recourir à un PPP pour son projet de reconstruction de 34 écoles. Il a fallu un jugement du Tribunal administratif prononcé le 12 février 2019 pour obliger la commune à revoir sa position. En l’occurrence et selon Marsactu, ce sont 3 citoyens marseillais dont Alain Beitone, mais aussi le Conseil de l’ordre des architectes qui avaient saisi la Justice et qui ont obtenu gain de cause en montrant que la solution du PPP coûterait sensiblement plus cher à la collectivité que des marchés publics classiques passés sous maîtrise d’ouvrage publique.

Ecole Kalliste à Marseille, l’une des constructions Pailleron à reconstruire… (source © Marsactu)

Le 9 mars 2018, c’est la ministre de la Justice en personne, Nicole Belloubet, qui a annoncé officiellement l’abandon des PPP pour la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, et sa décision de passer désormais par des marchés de conception-réalisation qui garantissent une mise en concurrence plus ouverte et laissent davantage de latitude au maître d’ouvrage public.

Graphique montrant l’évolution du nombre de contrats de PPP passés annuellement en France et de leurs montants (source infographie © Le Moniteur)

Assiste-t-on alors à la fin des PPP comme certains le souhaiteraient pour l’intérêt public ? C’est en partie le constat dressé dans un article récent du Moniteur qui constate un très net déclin du nombre des PPP conclus depuis 2014, ainsi que des montants en jeu. Alors que plus de 130 contrats de partenariat avaient été conclus en France entre 2010 et 2013, seuls 5 « marchés de partenariat » (la nouvelle appellation depuis 2016) l’ont été en 2018. C’est peut-être une bonne nouvelle pour la démocratie et le bon usage des finances publiques…

L. V.

Biodiversité : le poisson d’avril menacé ?

2 avril 2019

Un dessin signé Ignace, publié dans Medias presse info

La tradition du poisson d’avril serait-elle en train de se perdre ? Le changement climatique, pour une fois, n’est pour rien dans ce risque d’extinction massive d’une espèce déjà rare puisqu’on ne la rencontre guère qu’un jour par an. En revanche, la grande vogue des fake news, à force de semer le doute sur la véracité des informations colportées par les médias, finit aussi par inciter ces derniers à la plus extrême prudence dans l’art du canular. Déjà que les Français n’ont plus guère confiance dans l’indépendance et l’objectivité des journalistes, au point que ceux-ci se font parfois conspuer, voire molester par les Gilets jaunes en colère…

Le dernier baromètre annuel publié par La Croix en janvier 2019 était à cet égard éloquent : jamais les Français, depuis ces 32 dernières années, n’ont eu une confiance aussi limitée dans les médias ! Seul un quart des sondés jugent les journalistes réellement indépendants. Même la radio, pourtant considérée traditionnellement comme la source médiatique la plus fiable, n’inspire confiance qu’à 50 % des personnes interrogées. Pour la presse écrite, ce taux descend à 44 %. Il tombe à 38 % pour la télévision et dégringole à 25 % pour internet.

Face à une telle défiance, pas étonnant donc que des firmes comme Microsoft aient cette année demandé à leurs employés de s’abstenir de tout poisson d’avril : quant toute information devient suspecte, inutile d’en rajouter… « Les données nous montrent que ces blagues ont un impact positif limité et peuvent même entraîner une couverture médiatique négative » s’est justifié le directeur marketing du groupe dans une note aux salariés révélée par The Verge et citée dans Le Monde.

Difficile en effet de lui donner tort quand on constate à quel point certains canulars de 1er avril ont la vie dure. Ainsi de ce poisson d’avril publié en 2015 par une certaine « Monique Merlan », journaliste au Parisien, qui relatait que la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’était vue retirer son permis de conduire après avoir été arrêtée à 121 km/h sur le périphérique au sortir d’une réunion au cours de laquelle avait été décidée l’interdiction de circuler dans la capitale pour des véhicules de plus de 15 ans d’âge. La fausse information était si crédible que Libération devait encore s’efforcer de la démentir fin 2017…

Mais au-delà de ce risque de rumeur non maîtrisable, les médias se retiennent surtout de crainte de perdre encore davantage de leur crédibilité déjà bien entamée et qu’ils essayent de regagner en s’efforçant justement de débusquer les fausses informations et les intox en tout genre qui ont tendance à inonder les réseaux sociaux et qui se propagent le plus souvent sans aucune vérification.

France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, a ainsi publié, lundi 1er avril, un article expliquant ne pas vouloir « semer le doute ici et participer à mélanger le vrai et le faux, fût-ce pour plaisanter ». Même tonalité sur le site Numerama qui explique sa décision de « ne pas créer de fausses informations pour la blague du 1er avril. Cela ne colle pas avec le job d’un média ».

Poisson d’avril publié par Infoconcert sur Facebook le 1er avril 2019 (source © Infoconcert / L’internaute)

Reste que tous les médias n’ont pas eu cette retenue et que nombre d’entre eux n’ont pas pu se résoudre à oublier cette tradition séculaire du poisson d’avril dont l’origine remonterait à l’habitude de s’échanger des cadeaux pour le jour de l’an qui tombait fin mars jusqu’à ce que Charles IX décide en 1564 de la décaler au 1er janvier pour s’aligner sur le reste de l’Europe de l’empereur Charles Quint. Devenu un « faux nouvel an », la date devient prétexte à s’offrir de faux présents, voire se faire des blagues et des canulars.

On a pu apprendre ainsi, lundi 1er avril 2019, sur le site maddyness.com, que « Mounir Mahjoubi abandonne la course à la mairie de Paris pour rejoindre Amazon ». L’ancien secrétaire d’État à l’économie numérique qui vient tout juste de démissionner du gouvernement après avoir vainement tenté de faire signer une charte de bonne conduite aux GAFA, aurait ainsi annoncé sur Facebook rejoindre les équipes d’Amazon comme conseiller spécial de Jeff Bezos, chargé des relations publiques. Un poisson d’avril, évidemment, mais tellement crédible après avoir vu les étonnants changements de trajectoires de certains anciens responsables politiques reconvertis dans les affaires…

La police nationale aussi s’est déchaînée ce 1er avril, en publiant sur son site Twitter La police recrute, video à l’appui, une information selon laquelle elle allait désormais constituer des brigades de lapins : « Qualités olfactives, auditives, agilité… Les lapins sont de précieux compagnons dans nos missions. #LaPoliceRecrute Votre lapin est motivé pour rejoindre l’une de nos brigades léporiphiles ? Envoyez-nous sa candidature ! » Au moins aussi crédible que la police de Savoie qui indiquait sur son site Twitter : « Les produits de coupe des stupéfiants sont parfois dangereux pour la santé. Les commissariats de police de #Chambery #AixLesBains et #Albertville peuvent réaliser des test de qualité ». Avis aux consommateurs et trafiquants de stupéfiant : en cas de doute sur la qualité de votre produit, apportez-le au commissariat pour un test gratuit… Quant à la gendarmerie de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, elle annonçait de son côté s’être « dotée récemment d’une poule spécialisée dans la détection de produits stupéfiants ». Baptisée STUPS, elle aurait été « formée durant 10 semaines au centre national d’instruction des gallinacées ».

Voilà qui est sans doute révélateur du climat de surmenage qui règle parmi les forces de l’ordre : après des mois de mobilisation pour cause de manifestions récurrentes des Gilets jaunes, on sent que le besoin de décompresser devient irrésistible…

Theresa May à Londres le 15 novembre 2018 (photo © Matt Dunham / AFP)

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut sans doute pas chercher plus loin ce qui a poussé nos amis anglais, en proie aux affres d’un Brexit dont ils ne savent plus comment se dépêtrer, à publier dans le journal conservateur The Telegraph un article repris par Courrier international et informant ses lecteurs que « Le bureau du Cabinet a pris la décision inhabituelle de demander aux médias de ne pas publier les traditionnelles blagues du 1er avril au cas où elles déclencheraient des achats paniques ou provoqueraient des émeutes. »

A en croire ce journal, « lassés des fake news dans cette dernière ligne droite devant les mener au Brexit, Theresa May et son gouvernement auraient ainsi prétexté une loi vieille de 1653 pour les freiner le temps d’une journée ». Evoquant des rumeurs selon lesquelles les Britaniques pourraient manquer de papier hygiénique en cas de sortie de l’Europe sans accord, le porte-parole du gouvernement aurait ainsi déclaré : « Notre message au public est le suivant : si vous entendez à la radio un avertissement effrayant sur un Brexit sans accord, ce n’est pas une blague, c’est juste la politique du gouvernement. », un porte-parole du nom d’Ali Ploorf… l’anagramme d’April Fool’s, qui signifie poisson d’avril en français. Voila qui est rassurant : malgré le contexte morose, les Anglais n’ont pas totalement perdu leur légendaire sens de l’humour !

L. V. 

Sauve qui peut, les frites raccourcissent !

9 février 2019

Les clichés ont la vie dure : difficile de se mobiliser contre le réchauffement climatique tant qu’on reste persuadé que c’est une lubie de bobo parisien, d’écolo attardé ou d’intellectuel alarmiste qui joue à se faire peur en prédisant les pires calamités alors qu’un degré de plus ou de moins n’a jamais tué personne… Chacun tente de se persuader que la catastrophe annoncée n’aura pas lieu, que seules les populations lointaines et les plus déshéritées du Sahel, du Bengladesh ou des îles Kiribati seront réellement impactées par les effets du changement climatique, et que de toute façon les progrès technologiques à venir compenseront largement ces petits désagréments liés au réchauffement global.

Sauf que les effets de ce changement climatique commencent à être sensibles y compris dans nos assiettes. L’heure est grave et il s’agit d‘un problème de taille : à cause du dérèglement climatique global, la longueur des frites est en train de diminuer de manière très significative !

C’est un rapport publié par The Climate Coalition, une fédération rassemblant 130 associations dont le WWF, National Trust ou Christian Aid, qui a tiré la sonnette d’alarme en publiant un rapport intitulé sobrement : Recette d’un désastre, comment le changement climatique impacte les fruits et légumes britanniques ? L’information s’est diffusée comme une trainée de poudre et même Le Monde s’en est fait l’écho dans son édition du 7 février 2019 : en 2018, les frites du Royaume-Uni, ces fameuses chips qui font la (modeste) renommée culinaire du pays depuis 1863 ont vu leur taille diminuer de 3 cm.

Et contrairement à ce que pourraient imaginer les partisans eurosceptiques les plus acharnés du Brexit, les règlements imaginés à Bruxelles n’y sont pour rien. C’est simplement la faute de la terrible sécheresse qui a frappé outre-Manche durant cette année 2018, laquelle fait partie des quatre les plus chaudes jamais enregistrées depuis que l’on suit avec fiabilité les températures mondiales, juste derrière 2016, 2015 et 2017… Au Royaume-Uni, certaines localités n’ont pas vu tomber une seule goutte de pluie pendant 58 jours : un record !

Pommes de terre : une récolte vulnérable au changement climatique

Il y a décidément quelque chose de pourri dans le Royaume… Du coup, les pommes de terre récoltées cette année et qui couvrent habituellement 80 % de la consommation nationale, ont vu leur rendement diminuer : la récolte 2018 est une des quatre plus mauvaises enregistrées depuis 60 ans avec une baisse de rendement de 20 à 25 %. Mais c’est aussi la taille moyenne des tubercules qui s’est fortement réduite. Or avec des patates plus petites et plus difformes, on fait des frites plus petites : CQFD…

Et il n’y a pas que les pommes de terre qui ont souffert de la sécheresse : la récolte de carottes a également connu une diminution de 25 % et celle des oignons de 40 %. C’est du coup toute l’agriculture britannique qui s’interroge sur son devenir pour peu que ces vagues de sécheresse deviennent plus fréquentes à l’avenir comme l’annoncent toutes les prévisions climatiques. Pour The Climate Coalition, « le réchauffement climatique pourrait rendre trois quarts des terres agricoles britanniques impropres à la culture d’ici à 2050 », un horizon bien sombre pour les amateurs de frites king size….

Et les Britanniques ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’avenir de la frite. Les Belges, nul ne s’en étonnera, se sont alarmés du sujet dès le mois de septembre 2018. Le 18 septembre, la chaîne belge Sud Info relayait ainsi le cri d’alerte lancé par le coordinateur de la filière wallonne de la pomme de terre, lequel indiquait que la récolte de patates belges serait inférieure de 25 % par rapport aux années précédentes, à cause de la sécheresse de l’été 2018, et que la taille des tubercules étant sensiblement inférieure à la moyenne, les frites s’en trouveraient nécessairement raccourcies.

Une information immédiatement reprise par Le Figaro qui, à l’issue d’une enquête approfondie sur un sujet aussi sensible, expliquait doctement à ses lecteurs que « généralement, pour avoir de longues frites, on travaille des tubercules avec un diamètre de plus de 50 mm. On arrive alors à avoir des frites de 8 à 9 cm. Cette fois, comme les tubercules sont plus petits, les frites seront plus petites ». On n’en sort pas et l’information alarmante a fait le tour de l’Europe, d’autant que d’autres pays dont la France et l’Allemagne avaient été aussi fortement touchés par ce même phénomène, laissant craindre un renchérissement inquiétant du cours de la patate.

Même nos voisins suisses se sont affolés, au point qu’un chroniqueur se lamentait dans Le Temps d’une situation aussi tragique : « Il a fait trop beau et trop chaud cet été, il n’a pas assez plu, du coup les pommes ont souffert sous une terre sèche : cette année, elles seront moins nombreuses et surtout plus petites, du coup les frites seront plus courtes. C’est comme ça, c’est tout bête, mais c’est bien réel. Observable, quantifiable et déplorable. Le Plat Pays va devoir s’y faire. Et nous, nous ne perdons rien pour attendre. Aujourd’hui la taille des frites belges, et demain quoi ? Le diamètre des spaghettis, que raboteront sans pitié d’incandescents avrils ? Ou pire, l’onctuosité de la fondue, défiée par l’assèchement graduel des Préalpes fribourgeoises ? »

Voilà en tout cas qui explique peut-être le spectaculaire élan qui a saisi la jeunesse belge, mobilisée comme jamais pour réclamer d’urgence des mesures contre le réchauffement climatique et donc, accessoirement, pour la sauvegarde des frites. Un mouvement parti de Suède, à l’initiative d’une jeune lycéenne de 16 ans, Greta Thunberg, venue manifester chaque vendredi devant le parlement suédois pour réclamer des dispositions contre les émissions de gaz à effet de serre, et qui est en train de contaminer l’Europe entière.

Etudiants manifestant en Belgique en faveur d’une mobilisation contre le changement climatique (photo © Bertrand Vandeloise / Hans Lucas / AFP)

Le mouvement est mondial puisqu’on le retrouve aussi en Australie, aux États-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, et même bientôt en France où 300 étudiants rassemblés dans un amphi de Jussieu ont voté pas plus tard que cette semaine, une mobilisation du même genre qui devrait débuter vendredi 15 février. L’avenir dira si le mouvement prend la même ampleur qu’en Belgique où les jeunes, qui étaient 3000 dans les rues de Bruxelles le 10 janvier 2019, s’y sont retrouvés pas moins de 35 000 le 24 janvier dernier, à l’appel de l’organisation Youth for Climate, tandis qu’une manifestation organisée par un collectif de 70 associations avait mobilisé de l’ordre de 100 000 militants dans les rues de Bruxelles le 2 décembre 2018, toujours pour réclamer des mesures plus énergiques en vue de lutter contre le réchauffement climatique.

Jeune étudiante manifestant à Bruxelles le 31 janvier 2019 (photo © Mathilde Dorcadie / Reporterre)

Nul doute que ce mouvement citoyen de grande ampleur ne devrait plus s’arrêter maintenant que chacun a bien compris qu’étaient en jeu des sujets aussi majeurs que la taille de nos frites…

L.V. 

Coca-Cola se jette à l’eau…

14 avril 2018

Un dessin signé Nagy

Décidément, ces commerciaux sont vraiment trop forts, ou les consommateurs trop crédules ! Voilà que le géant de l’agro-alimentaire, la firme créée à Atlanta en 1885, The Coca-Cola Company, à l’origine de moult scandales de corruption, d’actions musclées de lobbying et d’études pseudo-scientifiques mensongères, voilà que cette société multinationale s’apprête à vouloir vendre aux Français de l’eau en bouteille au prix astronomique de 2,80 € le litre !

Voyant en effet les ventes de ses sodas stagner dans les pays européens où le marché est depuis longtemps saturé, la société cherche à se diversifier. Elle a déjà investi dans le domaine du bio avec les thés et infusions Honest et Fuze Tea. Mais son calcul vise surtout le marché de l’eau en bouteille, particulièrement florissant notamment en France où la consommation par habitant d’eau en bouteille est la deuxième du monde ! En 2015, la vente d’eau embouteillée en France représentait un chiffre d’affaire colossal de 2 milliards d’euros, avec une croissance estimée à 4,9 % pour l’année 2017, tant en volume qu’en valeur.

Un dessin d’Olivero

C’est incontestablement une victoire impressionnante des rois du marketing que d’avoir ainsi réussi à instiller aux Français l’idée que les eaux vendues dans des bouteilles en plastiques sont meilleures que celle qui sort du robinet alors que cette dernière est nettement plus contrôlée et infiniment moins chère.

En tout cas, Coca-Cola a bien repéré qu’il y avait là des bénéfices à engranger et s’apprête donc à venir tailler des croupières aux trois grands groupes qui se partagent actuellement 80 % de ce marché juteux. Nestlé Waters caracole en tête des ventes avec notamment ses marques d’eaux minérales Perrier, Vittel, Hépar ou encore Contrex, suivi de près par Danone, propriétaire entre autres des marques Evian, Badoit ou Volvic. Le troisième larron est le groupe Neptune qui commercialise par exemple Vichy Célestins, Saint-Yorre ou Pierval.

Mais Coca-Cola, troisième producteur mondial d’eau en bouteille, est prêt à en découdre et il met donc un pied sur le marché hexagonal en lançant la commercialisation de son eau en bouteille Smartwater après trois ans d’étude de marché. Lancée en 1996 aux États-Unis, puis en 2014 au Royaume Uni, cette marque, bien que vendue 5 fois plus cher que ses concurrents, s’est rapidement imposée sur le marché américain où elle truste 63 % des ventes, tandis que chez nos voisins anglais elle a déjà conquis 11 % de parts du marché en moins de 4 ans.

Un succès commercial d’autant plus étonnant qu’il s’agit d’une eau captée à la source de Morpeth, une ville du Northumberland, dans le nord de l’Angleterre, mais cette eau naturelle est ensuite distillée par évaporation puis reconstituée en y introduisant des sels minéraux, ceux-là même que le processus de distillation a éliminés. Une véritable aberration en matière de traitement d’eau, qui explique d’ailleurs le coût particulièrement élevé de cette eau totalement artificielle. Mais cela ne semble guère gêner les consommateurs qui retiennent seulement l’argument commercial de la purification à outrance…

Dès le mois d’avril, les consommateurs français qui ne regardent pas à la dépense trouveront donc, pour l’instant uniquement dans les magasins de la chaîne Monoprix, les bouteilles étiquetées Smartwater. De contenance 600 ml, ces bouteilles seront vendues au prix exorbitant de 1,40 € le flacon pour l’eau plate, et jusqu’à 1,75 € pour l’eau gazeuse. Un vrai luxe quand on compare avec l’eau du robinet qui revient en moyenne à moins de 4 € le mètre cube, soit 0,4 centimes le litre…

Dasani, l’eau en bouteille de Coca-Cola qui a fait un flop en Europe

Rien ne dit que le succès commercial sera au rendez-vous, d’autant que Coca-Cola a déjà subi un échec cuisant sur le marché européen. C’était en mars 2004. La firme d’Atlanta venait de dépenser 20 millions d’euros en budget publicitaire pour préparer l’ouverture du marché français à accueillir son eau en bouteille vendue sous la marque Dasani.

Un beau succès commercial aux USA où cette marque introduite en 1999 avait réussi à se placer parmi les eaux les plus vendues, mais un véritable accident industriel au Royaume Uni où la compagnie américaine se trouvait alors confrontée à une levée de bouclier totalement inattendue malgré le matraquage publicitaire qui avait accompagné l’arrivée de Dasani Outre-Manche. Il faut dire que les commerciaux américains ne faisaient pas dans la dentelle, présentant leur « pure eau plate » vendue en petite bouteille bleu clair comme un véritable concentré de pureté, contrairement aux eaux douteuses distribuées au robinet.

Le hic, c’est que l’eau en question, vendue 1,40 € la bouteille de 500 ml, n’était ni plus ni moins que de l’eau du robinet acheminée directement à l’usine Coca-Cola de Sidcup, située dans la banlieue londonienne, par le réseau public géré par Thames Water, une compagnie britannique de distribution d’eau, laquelle facture cette même eau à 0,4 centimes le demi-litre. La compagnie de service public en question ne s’est bien entendu pas privée de faire remarquer que le procédé frisait l’escroquerie…

Coca-Cola a certes fait valoir que l’eau en question subissait une purification supplémentaire par osmose inverse avant ajout de sels minéraux. Mais quand, de surcroît, la firme a été contraint de retirer de la vente 500 000 bouteilles en raison d’un taux de bromates supérieur aux normes britanniques autorisées, elle a alors préféré jeter l’éponge et renoncer à introduire son eau en bouteille Dasani tant en France qu’en Allemagne, se limitant à y commercialiser l’eau minérale issue de la source belge de Chaudfontaine acquise par les Américains en 2003.

A l’époque, la firme Coca-Cola s’était même vu décerner le prix Ig Nobel (prononcez « ignoble » en anglais, un prix satirique attribué chaque année par le magazine scientifique Annals of Improbable Research) de chimie 2004 « pour son usage de la technologie avancée pour convertir l’eau contaminée de la Tamise en Dasani, une eau minérale embouteillée… qu’il a fallu finalement retirer des étalages, pour présence d’un produit cancérigène ». Une distinction dont la firme d’Atlanta se serait sans doute bien passée mais que chacun a déjà oubliée… Vive le marketing !

L.V. 

France-Allemagne : l’analyse de Thomas Piketty

27 février 2018

Thomas Piketty en conférence à Washington le 15 avril 2014 (crédit photo © Ivan Couronne / AFP)

Est-il besoin de présenter Thomas Piketty ? Docteur en économie de l’École des hautes études en sciences sociales et directeur d’études dans cette même institution après avoir été fondateur et premier directeur de l’École d’économie de Paris en 2006, cet économiste engagé, spécialiste des inégalités économiques, s’est notamment fait mondialement connaître pour la parution en 2013 de son ouvrage intitulé Le Capital au XXIe siècle, une somme de plus de 1000 pages qui le conduisit à donner de nombreuses conférences mondiales très remarquées y compris aux États-Unis.

Proche du Parti socialiste, il s’était engagé comme conseiller économique de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de cette dernière en 2007, avant de soutenir François Hollande en 2012, pour reconnaître néanmoins sa forte déception a posteriori, allant jusqu’à estimer que « le gouvernement fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait ». En 2015, il fait partie, avec Joseph Stiglitz des économistes qui conseillent le candidat du Labour britannique Jeremy Corbyn, et en 2017 on le retrouve dans l’équipe de campagne de Benoît Hamon, favorable à « un revenu universel crédible et audacieux ».

Les idées que soutient Thomas Piketty, en faveur notamment d’une réduction des inégalités par une réforme fiscale ambitieuse via une imposition progressive basée sur l’ensemble des revenus effectifs, ne font certes pas l’unanimité et suscitent même un rejet viscéral de la part des tenants du néolibéralisme, allergiques à toute idée de redistribution des richesses. Une chose est sûre pourtant, rares sont ceux qui contestent la compétence de cet économiste reconnu et ses analyses font souvent autorité.

Ainsi, l’un des articles publiés sur son blog en janvier 2017 et intitulé « De la productivité en France et en Allemagne » a conservé toute son actualité et mérite d’être lu en détail pour préciser certaines de nos idées reçues quant au fameux différentiel de compétitivité entre les deux pays moteurs de la construction européenne. Il n’est pas question ici d’évoquer toute la richesse du raisonnement mais on retiendra néanmoins à titre d’illustration trois ou quatre idées parmi d’autres.

Première affirmation, qui heurtera sans doute certains adeptes du déclinisme à la française : la productivité des économies mesurées en rapportant le PIB (c’est-à-dire la valeur totale des biens et services produits dans un pays au cours d’une année) au nombre total d’heures travaillées (salariés et non-salariés confondus) est quasiment identique en France et en Allemagne, comme d’ailleurs aux États-Unis. Elle représente environ 55 euros par heure travaillée en 2015, et est de plus de 25 % supérieure à celle enregistrée au Royaume-Uni ou en Italie, et près de trois fois plus élevée qu’en 1970 (après prise en compte de l’inflation et du niveau des prix dans les différents pays).

PIB par heure travaillée en parité de pouvoir d’achat et en euros 2015 (source © T. Piketty)

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, la France fait donc partie des quelques pays à forte productivité, de tels taux n’étant en effet dépassés que dans certaines économies très spécifiques basées sur la rente pétrolière (Norvège ou Émirats Arabes Unis par exemple) ou sur les paradis fiscaux (comme le Luxembourg).

Plus instructif encore, on observe que jusque dans les années 1970, la productivité américaine était très supérieure à celle des économies européennes, France comprise. Si la France et l’Allemagne ont pu grosso modo rattraper leur retard dès la fin des années 1980, c’est pour l’essentiel en ayant investi massivement dans l’éducation de leur population en généralisant l’accès à l’enseignement secondaire puis supérieur, avec plus de réussite que nos voisins britanniques et italiens, et davantage d’équité aussi que nos concurrents américains… Comme quoi, miser sur l’éducation est une nécessité absolue !

Nombre d’heures travaillées par an et par emploi (source © T. Piketty)

Deuxième idée intéressante qui ressort de cette analyse de Thomas Piketty : si le PIB par habitant est supérieur aux États-Unis qu’en Europe où il est finalement très comparable entre la France, l’Allemagne et le Royaume Uni (de l’ordre de 3000 € par mois et par personne), c’est parce que le volume d’heures travaillées y est très différent.

Thomas Piketty (crédit photo © Ekko von Schwichow)

Si l’on rapporte le nombre d’heures travaillées au nombre d’emplois, on observe ainsi que ce chiffre est en diminution régulière depuis les années 1970 en France et plus encore en Allemagne (où le phénomène est encore accentué par le développement du temps partiel imposé) alors qu’il est resté nettement plus élevé au Royaume Uni et surtout aux États-Unis. Les 1500 heures travaillées actuellement en moyenne par an en France correspondent peu ou prou à 35 heures hebdomadaires pendant 44 semaines alors que la durée des congés aux USA n’a quasiment pas augmenté depuis les années 1980, ce qui traduit une différence notable de choix de société.

Troisième notion évoquée dans cette analyse : le taux d’emploi par habitant qui, en France, stagne autour de 42 % alors qu’en Allemagne il s’accroit régulièrement depuis le début des années 2000 pour s’approcher désormais de la barre des 50 %. Ce décrochage très significatif de l’emploi en France depuis une quinzaine d’années est particulièrement significatif chez les moins de 25 ans et les plus de 55 ans, reflétant des faiblesses manifestes et inquiétantes en matière de formation professionnelle, de structuration du tissu industriel, de gouvernance des entreprises, mais aussi de financement de la protection sociale.

Dernier point qui mérite aussi d’être cité, sans prétendre tout dévoiler de cette analyse comparative très complète développée ici par Thomas Piketty : la question de l’excédent commercial allemand qui depuis les années 2000 représente toujours plus de 5 % de son PIB, atteignant même jusqu’à 8 % en 2015. Une situation totalement inédite pour un grand pays développé.

Le port à containers d’Hambourg, porte ouverte vers l’exportation

Le Japon a connu lui aussi dans les années 1980 des périodes d’excédent commercial qui lui ont permis d’accumuler des liquidités destinées à anticiper le vieillissement de sa population mais est depuis revenu à l’équilibre et présente même actuellement de nouveau une situation de léger déficit. Au même titre que la France d’ailleurs qui oscille régulièrement entre léger excédent et déficit modéré, alors que les États-Unis se distinguent depuis les années 1980 par un déficit chronique rendu possible par le rôle particulier de leur monnaie qui leur permet de rendre tolérable leur situation d’endettement financier permanent.

Reste que cette situation très particulière d’excédent commercial paraît peu durable à terme car elle suppose d’une part que les autres pays puissent absorber un tel excédent et d’autre part que l’Allemagne soit capable d’investir de manière judicieuse les liquidités ainsi accumulées, ce qui ne semble guère être le cas. La logique voudrait que le pays investisse désormais de manière plus significative dans les salaires (longtemps gelés), dans la consommation et dans l’investissement en Allemagne, afin de rééquilibrer son économie : un véritable défi pour la chancelière Angela Merkel qui peine toujours à former un gouvernement de coalition, cinq mois après les dernières élections législatives, mais un défi aussi pour la construction européenne et la solidité du tandem moteur franco-allemand !

L.V.  

Ciel d’apocalypse en Bretagne et fournaise portugaise

18 octobre 2017

Le ciel au-dessus des toits de Rennes, lundi 16 octobre après-midi (photo © Marie Dufay / AFP)

Voilà encore de bien étranges manifestations du changement climatique global que l’on peut observer et dont les médias se sont largement fait l’écho. Ce lundi 16 octobre 2017, les Bretons ont eu la surprise d’observer un ciel plombé couleur jaune sépia plongeant leur quotidien dans une lumière crépusculaire et glauque alors que le thermomètre marquait 19 °C à Brest, à 8h du matin, et jusqu’à 25 °C dans la journée, des températures pour le moins inhabituelles à cette période de l’année.

Cette sinistre coloration jaunâtre du ciel, s’accompagnant d’une odeur prononcée de cendre, a plongé plusieurs villes bretonnes dans une ambiance quasi apocalyptique qui a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux. Cette situation découle directement du flux d’air orienté du sud et correspondant au déplacement de l’ouragan Ophelia. Ces vents qui soufflaient lundi jusqu’à 130 km/h se sont chargés, lors de leur passage sur les côtes nord-africaines, de très nombreuses particules sableuses qu’ils ont charriés à travers toute la péninsule ibérique puis dans leur traversée du Golfe de Gascogne.

Ciel jaune et températures élevées pour la saison en Bretagne heures (photo © David Vincent / AP)

De nombreux records de chaleur ont été battus du fait de cette arrivée d’air subtropical poussé par la tempête Ophelia. On a ainsi relevé plus de 30 °C à Pau ou Mont-de-Marsan et même 31 °C à Vic-en-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. A Calais, le thermomètre a affiché jusqu’à 26 °C, soit 10 °C de plus que les normales saisonnières. A Uccle, près de Bruxelles, la station météo qui date de 1833 n’avait jamais enregistré un tel record de chaleur (25,7 °C) à une période aussi tardive de l’année…

Après la Bretagne, c’est le sud de l’Angleterre qui a été frappé par le même phénomène. Dans l’après-midi du 16 octobre, la ville de Londres elle-même a été plongée dans cette atmosphère irréelle et angoissante occasionnée par un ciel orangé.

En parallèle, la tempête s’est renforcée en poursuivant sa route vers les côtes irlandaises. A la mi-journée, des rafales soufflant à 190 km/h ont été enregistrées à la pointe sud de l’île. De nombreuses toitures se sont envolées et on déplore trois morts, pour la plupart écrasés suite à la chute d’arbres. Le soir, environ 360 000 foyers étaient privés d’électricité. Cette tempête est sans doute une des pires qu’ait connue l’Irlande depuis le passage de l’ouragan Debbie en 1961, qui avait fait 11 victimes.

Passage de l’ouragan Ophelia sur les côtes irlandaises

Mais en Bretagne comme en Angleterre, l’air n’était pas seulement chargé de particules sableuses d’origine saharienne. Il charriait aussi les cendres des gigantesques incendies qui ravagent actuellement le Portugal, attisés par ces vents violents qui balaient les côtes de la péninsule ibérique. Des centaines de départs de feu se sont ainsi déclarés dimanche 15 octobre dans le nord et le centre du Portugal, ainsi que dans la région espagnole voisine de Galice. Certains semblent d’origine criminelle mais la plupart sont liés à l’imprudence, et tous ont été attisés par les vents violents de l’ouragan Ophelia, se propageant rapidement du fait de l’extrême sécheresse de la végétation après des mois de déficit pluviométrique.

A ce jour, on estime à 350 000 hectares au moins la superficie qui est ainsi partie en fumée au Portugal lors de cet épisode, et le bilan humain est particulièrement lourd avec 4 morts en Espagne et 41 au Portugal. Plus de 3000 pompiers ont été mobilisés pour lutter contre les flammes, avec même l’aide de bombardiers d’eau italiens.

Feu de forêt dans la région de Leiria, le 18 juin 2017 (photo © Patricia De Melo Moreira / AFP)

Déjà, en juin dernier, le pays avait été victime d’un gigantesque incendie qui avait provoqué la mort de 64 personnes dans la région de Leiria. Provoqué par la foudre alors que les températures au sol dépassaient les 40 °C, le feu avait progressé à une vitesse phénoménale parmi les forêts de pins et d’eucalyptus, piégeant de nombreux habitants dans leur maison ou sur les routes. Un véritable désastre malgré la mobilisation de 2000 pompiers volontaires.

A côté de ces feux de forêts catastrophiques, l’incendie qui a menacé Carnoux cet été paraît bien anodin même s’il aurait pu avoir lui-aussi des conséquences dramatiques. Et bien d’autres se sont produit récemment à travers le monde. Ainsi, la Californie qui fait l’objet depuis le 8 octobre de violents incendies, les pires peut-être que cette région a connu depuis 1933, même si en septembre 2015 déjà, la Californie avait été ravagée par les flammes, déplorant alors la destruction de plus de 600 bâtiments dont de nombreuses maisons d’habitation.

Maison en flamme dans la région de Napa en Californie le 9 octobre 2017 (photo © AFP)

Depuis le début du mois d’octobre, 22 départs de feu ont été notés et le dernier bilan disponible à ce jour fait état de 86 000 hectares brûlés avec près de 5 000 maisons réduites en cendres. Plus de 600 000 personnes ont dû être évacuées en catastrophe et au moins 41 mort sont à déplorer, ainsi que 88 disparus. Un très lourd bilan donc et des images d’apocalypse là aussi comme le montrent les photos aériennes : des lotissements entiers ont été totalement rayés de la carte suite au passage des flammes.

Fourgon postal distribuant le courrier dans les ruines de Santa Rosa, Californie, le 10 octobre 2017 (capture video © Douglas Thron)

Le photographe Douglas Thron, filmant avec son drone les ruines de la ville de Santa Rosa, dans le nord de la Californie, a néanmoins eu la surprise d’y repérer une activité insolite, celle du fourgon de la Poste venant consciencieusement distribuer le courrier dans les boîtes aux lettres, seules vestiges non calcinés au milieu d’un champ de ruines. Contrairement à la Poste de Carnoux, qui n’est plus que l’ombre d’un service public bien chancelant, la Poste californienne fait preuve d’un niveau de résilience remarquable…

L.V.

Croisière autour du monde : 1ère escale

7 janvier 2017

Un voyage, quel que soit sa longueur, ça commence toujours par un pas, un simple pas hors de sa maison dont on claque la porte avant de donner un tour de clé. C’est ce que nous avons fait jeudi, par un matin balayé d’un mistral glacé.

Puis il y a eu l’autoroute vers Marignane et un Airbus 320 de British Airways qui nous a, d’un coup d’aile, emporté à Heathrow, l’un des aéroports de Londres. C’est en taxi que nous avons franchi les quelques cent kilomètres vers Southampton d’où notre croisière partira samedi, pour un périple autour du monde.

Ah le charme discret des vieux pubs !

Ah le charme discret des vieux pubs !

C’est l’Angleterre telle que mon mari et moi l’aimons : vieille église au clocher carré avec son petit cimetière moussu, pubs aux meubles sombres avec leurs pompes à bière rutilantes, bus rouges à étage…

Nous logeons dans un tres vieil hôtel du centre « The dolphin », pittoresque labyrinthe où nous avons dégusté les petits pois les plus verts du monde hier soir !

Balade dans le centre de Southampton ce matin. Il fait gris mais pas très froid.

Tudor House à Southampton

Tudor House à Southampton

Nous avons vu l’église de Holy Rood en ruine suite à un bombardement en 1940 et une belle maison du XVe siècle, « the Tudor House ».

La guerre, ce n est pas pareil suivant le bord où l'on se place ! Eglise de Holy Rood

La guerre, ce n est pas pareil suivant le bord où l’on se place ! Eglise de Holy Rood

C’est tout pour le moment !

Annie