La vache qui rote…

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Blog209_PhVacheRitLes temps sont durs pour les éleveurs bovins, étranglés par leurs emprunts bancaires, mis à mal par la baisse des cours et la diminution de la consommation de viande et achevés par la rapacité de la grande distribution et des intermédiaires avides de marges. Condamnés à bloquer les routes des vacances et à déverser du lisier sur les parkings des supermarchés, les voilà aussi accusés, en cette période d’intense tractation en prévision du prochain sommet mondial sur le climat, de participer au réchauffement climatique !

Et pas qu’un peu puisque la filière mondiale de l’élevage produirait à elle seule 18 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète selon la FAO. En France, l’agriculture serait responsable de 21 % de ces émissions de gaz à effet de serre, dont plus de la moitié serait imputable au seul élevage bovin. En cause, les émissions de méthane dégagés par la fermentation des aliments dans la panse des ruminants.

La vache, un danger pour l'équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

La vache, un danger pour l’équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

Chaque jour, une bonne laitière normande envoie ainsi dans l’atmosphère ses 400 à 600 litres de méthane, auxquels s’ajoutent 600 à 900 litres de gaz carbonique (mais l’impact sur l’effet de serre d’un kg de méthane est 25 fois plus élevé que celui d’un kg de CO!). La panse étant très proche de la bouche des vaches, l’essentiel de ces gaz est émis sous forme de rots fréquents. Après fermentation résiduelle et passage dans le gros intestin, une partie de ces gaz est aussi expulsée sous forme de flatulences, mais cela est assez marginal. De cette véritable usine à gaz qu’est la vache, on estime que 95 % sort par l’avant et seulement 5 % par l’arrière. Contrairement aux idées reçues, la vache qui rote est en définitive assez peu péteuse…

Toujours est-il que la filière de l’élevage bovin ne peut se satisfaire d’être ainsi montrée du doigt quant à son impact catastrophique sur le réchauffement climatique mondial. Les chercheurs de l’INRA sont sur le coup et préconisent une alimentation des troupeaux à base de luzerne ou de graines de lin, naturellement riches en oméga 3, qui permettrait de réduire de 20 à 30 % les émissions de méthane. Du coup, même McDonald’s s’y met et a signé un partenariat avec l’école vétérinaire de Purpan pour accélérer ces recherches sur la nutrition des bovins en vue de réduire leur émissions de gaz à effet de serre.

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Selon une information rapportée par le journal suisse Le Matin, certains auraient même imaginé, pour régler le problème, de greffer à nos paisibles limousines des estomacs de kangourous, cet animal étant l’un des rares ruminants qui ne produit pas de méthane grâce à la présence d’une bactérie qui lui est propre. Une solution sans doute un peu radicale mais qui a inspiré le ministère de l’agriculture australien à lancer un vaste programme de recherche en vue de développer l’élevage du kangourou comme alternative à la production de viande sans impact sur le réchauffement climatique. Les Gallois, quant à eux, orientent leurs recherches dans une autre direction également prometteuse qui consiste à donner de l’ail aux vaches, ce qui permettrait de diminuer leurs émissions de méthane, à défaut d’améliorer la qualité de leur haleine…

Plus sérieusement, les éleveurs français militent plutôt pour intégrer dans leur bilan carbone global le rôle bénéfique des prairies qui absorbent des quantités importantes de CO2, ce qui compense une large part des gaz à effets de serre émis par leurs troupeaux. Un modèle d’équilibre qui est de plus en plus menacé par le développement des exploitations industrielles du type de la ferme des 1000 vaches implantée dans la Somme et de ses nombreux homologues encore bien plus vastes qui fleurissent dans toute l’Europe du Nord. Plus que la vache qui rote, il semble bien que le danger vienne plutôt du paysan qui pète plus haut que son cul et qui se prend pour un industriel en herbe…

L.V. LutinVertPetit

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Une Réponse to “La vache qui rote…”

  1. Rejet de méthane : les Californiens concurrencent les vaches ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] court terme, sur une durée de 20 ans…) que celui du CO2, pourtant accusé de tous les maux ! La vache qui rote vient en tout cas de trouver un sérieux concurrent depuis qu’une fuite de méthane a été […]

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