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Marseille redécouvre le ruisseau des Aygalades

1 juin 2017

La cascade des Aygalades fait partie de ces petits paradis secrets que l’on découvre parfois au hasard de ses pérégrinations dans les quartiers de Marseille, la ville aux multiples facettes. Située dans le 15ème arrondissement, juste en contrebas de l’autoroute A7, à l’entrée nord de la ville, elle se déploie le long de la Cité des Arts de la Rue dont on repère de loin l’emplacement, avec son fameux bus de la RTM planté verticalement comme un totem décalé et bien visible depuis l’autoroute.

La cascade des Aygalades

Au XIXe siècle, cette superbe chute d’eau de 9 m de haut et sa vasque d’eau fraiche enserrée dans un écrin toujours verdoyant était un lieu très prisé de la bourgeoisie marseillaise qui venait s’y rafraîchir l’été. Elle était alors située sur la propriété du Château des Aygalades qui fut purement et simplement détruit pour laisser la place au chantier de l’autoroute A7, à une époque où l’on ne souciait guère de préserver le patrimoine naturel ni architectural et où l’on était prêt à tout sacrifier pour faciliter la circulation automobile.

Ancienne carte postale montrant la cascade en 1911 (source : made in marseille)

Le ruisseau des Aygalades qui, à cet endroit présente un lit naturel serpentant au milieu des rochers et à l’abri des figuiers, fait partie de ces quelques fleuves côtiers de l’aire métropolitaine marseillaise, au même titre que l’Huveaune ou que la Cadière. Prenant sa source sur le flanc nord-ouest du massif de l’Etoile, il s’étire sur un peu plus de 17 km, traversant sur toute sa longueur la ville de Septèmes-les-Vallons, puis le quartier de Saint-Antoine et celui des Aygalades. Plus en aval, il traverse des quartiers très industriels où il a été largement busé et transformé en réseau d’assainissement urbain.

Ce cours d’eau méditerranéen aux eaux abondantes comme l’indique l’étymologie de son nom (aqua lata en latin) a longtemps servi à alimenter les fontaines et les lavoirs du quartier puis à faire tourner les industries du secteur : sucreries, savonneries et fabrique d’alumine notamment.

L’usine de sucre Saint Louis dans les années 1950 le long du ruisseau des Aygalades (en bleu) – source Julien Rodrigez

L’usine d’alumine de Saint-Louis des Aygalades y a ainsi été implantée directement sur les berges du ruisseau en 1906, un peu en aval de la cascade. Alimentée en énergie grâce au charbon de Gardanne qui était acheminé jusque là via la Galerie à la mer, cette usine employait près de 800 personnes en 1913 et s’est reconvertie dans les années 1960 dans la fabrication du gallium avant de fermer définitivement en 1977, laissant pour la postérité un énorme terril de boues rouges…

Cette exploitation industrielle à outrance a progressivement transformé le ruisseau des Aygalades en simple égout nauséabond, dont le tracé a même fini par être plus ou moins oublié des riverains. Et pourtant, les initiatives pour redonner à ce cours d’eau en site urbain plus de visibilité commencent à se multiplier. Le GR 2030 permet désormais de découvrir ce site et plusieurs associations locales œuvrent de manière remarquable pour faire redécouvrir les lieux aux Marseillais. C’est le cas notamment de l’APCAR (association pour la Cité des arts de la rue) avec ses fameux ateliers de révélation urbaine, mais aussi d’Arnavant, animée par les entrepreneurs locaux.

C’est dans ce contexte qu’a émergée l’idée de profiter du projet d’aménagement urbain Euroméditerranée pour rouvrir la partie aval du ruisseau entre le parc François Billoux et  son embouchure située à Arenc. Ce projet de nouveau parc paysager des Aygalades devrait s’étendre sur 14 ha dans le prolongement du parc Billoux situé au niveau de la nouvelle station de métro boulevard du Capitaine Gèze. Traversée par le ruisseau remis à l’air libre et arboré, ce sera un vaste espace naturel permettant de se promener au bord de l’eau tout en jouant le rôle de bassin naturel de réception des ruissellements urbains lors des épisodes pluvieux.

Le futur parc des Aygalades (© François Leclercq architecte)

Début 2017, l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée a ainsi confié à un groupement d’architectes et de bureaux d’études le soin de dessiner le parc Bougainville prévu sur 4 ha, premier maillon de cette future coulée verte, à l’interface entre plusieurs grands programmes de renouvellement urbain dont le Parc habité d’Arenc où sont prévus 1200 logements et les Docks libres (800 logements).

Le coût total d’aménagement de cette première partie sud du futur grand parc est estimée à 38 millions d’euros en intégrant le coût des acquisitions foncières, celui des études mais aussi celui de la dépollution des sols et celui des travaux d’aménagements qui s’étaleront au moins jusqu’en 2020. L’agence d’urbanisme nantaise D’ici là, qui est mandataire du groupement lauréat du concours entend ainsi renaturer le ruisseau des Aygalades sur les 250 m de la traversée du futur parc avec l’aide du bureau d’études Biotec.

Esquisse du futur parc Bougainville (© D’ici là)

Le projet imagine de concilier différents usages sur ce vaste espace naturel à aménager, avec, près de la station de métro Bougainville, une aire destinée aux loisirs sportif et à l’accueil d’événements festifs, tandis que les zones périphériques seront consacrés à des usages plus ciblés dont un potager associatif, un parcours botanique et une aire de jeu. Mais le projet lui-même fera l’objet d’une très large concertation avec les habitants du quartier afin de définir des aménagements qui répondent au mieux aux attentes des riverains : une démarche participative qui mérite d’être saluée !

Et en attendant que ce futur parc paysager voie le jour, freiné pour l’instant par la question toujours en suspens de la libération par la SNCF de la gare de fret du Canet, sachez que, comme chaque année à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la Cité des arts de la rue ouvrira ce week-end, les 2 et 3 juin 2017, le site de la cascade des Aygalades : une bonne occasion de venir découvrir ce site exceptionnel et le riche patrimoine naturel et historique qui l’entoure…

L.V. 

La piste cyclable enfin prolongée à Carnoux

29 mai 2017

Attention, piste cyclable (source : Humour-blague)

Début 2009, un des premiers articles de ce blog plaidait déjà en faveur de la réalisation d’une piste cyclable dans la traversée de Carnoux, le long de la RD 41 E, un axe de passage très emprunté par les nombreux cyclistes qui se dirigent vers Cassis ou vers Marseille par le Col de la Gineste et qui, sur ce tronçon où la circulation est particulièrement dense, sont frôlés par les véhicules du fait de la configuration particulièrement accidentogène de la chaussée.

A cette date, une telle demande qui suscitait des ricanements polis de la part des élus municipaux, était pourtant largement légitimée par la loi LAURE sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie que Corine Lepage avait fait adoptée dès 1996 et dont l’un des articles inscrit dans le Code de l’Environnement l’obligation, à compter du 1er janvier 1998, pour les communes « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines » de mettre en place « des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants, en fonction des besoins et contraintes de la circulation ».

Mais il est bien connu, comme les élus locaux se plaisent souvent à le rappeler, Jean-Claude Gaudin en tête, que les lois votés par ces fadas de Parisiens ne sont pas censées s’appliquer dans notre beau pays provençal. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que les députés locaux s’intéressent davantage aux fêtes de villages et aux tournois de pétanque qu’au vote de nos lois nationales.

Et ce n’est pourtant pas faute de vigilance des associations locales qui s’efforcent de rappeler régulièrement nos édiles à leurs devoirs. Le 25 avril 2017, le Tribunal administratif de Marseille a ainsi donné raison pour la septième fois consécutive au collectif Vélos en ville qui demandait à la Communauté urbaine MPM devenue depuis Métropole AMP de simplement appliquer la loi et d’aménager des espaces cyclables à l’occasion de travaux de voirie. En l’occurrence, il s’agissait cette fois du boulevard Desautel situé près de Mazargues dans le 9ème arrondissement, mais ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres…

En 2008, campagne électorale oblige, l’inénarrable Jean-Claude Gaudin promettait de construire pas moins de 300 km de pistes cyclables dans la bonne ville de Marseille, une galéjade bien évidemment ! Vingt ans plus tard, selon le même collectif Vélos en ville, il n’existerait en tout et pour tout, sur l’ensemble de l’espace urbain marseillais que 70 km de voies aménagées pour les cyclistes contre près de 700 km à Paris et plus de 300 km à Nantes dont la population est pourtant 3 fois moins importante que celle de Marseille !

Premier tronçon de piste cyclable réalisé en 2013 à Carnoux

En 2014 (nouvelle échéance électorale oblige), le Schéma directeur des modes doux, adopté par la Communauté urbaine MPM, prévoyait d’aménager 10 km de pistes cyclables supplémentaires chaque année. De fait, on commence à voir les effets de cet infléchissement politique à l’occasion des travaux de voirie. A Carnoux, c’est bien sous l’impulsion de la Communauté urbaine qu’a été réalisé le premier tronçon de piste cyclable inauguré en novembre 2013 entre le Panorama et la mairie. Mais en 2014, lorsqu’ont été lancés les travaux de réfection de la voirie entre le Pont des Barles et le rond-point des Barles, le maître d’ouvrage a manifestement oublié d’appliquer la loi et rien n’a été prévu pour rendre moins périlleuse la circulation des cyclistes à cet endroit, pourtant l’un des plus faciles à aménager du fait de la configuration des lieux…

En 2017 enfin, le mouvement se poursuit à l’occasion des travaux récents de réfection de la chaussée entrepris entre le rond-point de Lou Caïre et l’église : on ne peut que se réjouir de voir que les terre-plein centraux qui rendaient la circulation si dangereuse pour les vélos ont été enfin supprimés et que deux bandes cyclables ont été matérialisées sur la chaussée. Un réel progrès pour les cyclistes qui traversent notre commune !

Bandes cyclables réalisées en mai 2017 le long du mail entre Lou Caïre et l’église

Dans le brouillard ambiant qui règne depuis la création de la métropole Aix-Marseille-Provence, et faute de signalisation placée à l’occasion de ce chantier, il est bien délicat de savoir à quel maître d’ouvrage public on doit cette avancée. La commune elle-même est restée très discrète sur le sujet et il ne sert à rien d’aller chercher sur son site internet des informations, sinon pour constater que même les comptes-rendus des conseils municipaux ne sont plus accessibles depuis septembre 2016.

Logiquement, c’est la Métropole qui était supposée, de par la loi, récupérer à compter du 1er janvier 2016 la gestion de la voirie sur son périmètre et on peut donc supposer que ce sont ses services qui ont eu à gérer ce chantier, à moins que le Conseil départemental ne soit encore aux manettes sur son ex voirie départementale ? Bien malin qui pourra démêler un tel écheveau de compétences encore bien enchevêtrées, mais peu importe au fond puisque ce sont quasiment les mêmes élus qui gèrent l’une et l’autre de ces collectivités…

Un député cycliste qui n’a pas besoin de piste cyclable (source : site internet Bernard Deflesselles)

Le plus étrange dans cette affaire est que la réalisation de cette piste cyclable n’ait pas été revendiquée par notre député actuellement en campagne pour son 5ème mandat. Son dernier tract de 8 pages sur papier glacé précise pourtant qu’il est sur tous les fronts, puisqu’on lui doit l’extension de la zone d’activité comme la création du casino (et du commissariat de police) de La Ciotat, mais aussi la réhabilitation du lycée Joliot-Curie à Aubagne, l’extension de la halte-garderie de Roquefort-La Bédoule, la construction de deux nouvelles écoles primaires à Cuges-les-Pins et à Ceyreste, sans compter bien sûr la rénovation du centre-ville de Carnoux et on en passe. A se demander même pourquoi nous avons encore besoin de choisir un maire dans nos communes avec un député aussi efficace et omnipotent qui se targue même, grâce à une utilisation judicieuse de sa réserve parlementaire de pallier les défaillances de l’Education nationale et de se charger lui-même « de l’éducation des enfants de la circonscription ». Un tel engagement force le respect et il serait vraiment étonnant qu’il ne soit pour rien dans la réalisation de ce nouveau tronçon de piste cyclable à Carnoux…

L .V.  

Aires coop et Vue sur Vert, une démarche immobilière éco-responsable

6 mai 2017

A la veille du second tour d’élections présidentielles dont l’environnement a été le grand absent, alors même que les urgences liées à l’adaptation au changement climatique et à la mise en œuvre de la transition énergétique auraient justifié que ces questions soient placées au coeur du débat, saluons l’initiative de cette agence immobilière, Aires Coop, qui se veut coopérative et éco-responsable : tout un programme !

Installée à Marseille, rue Paradis, et créée par deux sœurs, Claire Vergeniolle de Chantal et Sandrine Moreau, cette structure est rattachée à l’agence que cette dernière, ancienne expert comptable, avait fondée en 2010 sous le nom de Cap Patrimoine, spécialisée en conseil de création de patrimoine et dans la transaction de biens de standing en Corse. L’idée qui sous-tend la création d’Aires coop : aider ses clients à acquérir, à Marseille et dans ses environs, un bien immobilier respectueux de l’environnement et accompagner les acquéreurs dans leurs travaux de rénovation énergétique.

Chantier de rénovation à Marseille (architecte Joëlle Burle – source Vue sur Vert)

Aires coop concentre notamment ses activités sur certains quartiers paupérisés de Marseille dont le Panier et la Belle de Mai, pour en faciliter l’accès à des primo-accédants, qui bénéficient dans ces zones de prix encore attractifs pour des logements souvent vétustes où d’importants travaux de rénovation sont à prévoir. L’agence s’investit donc pour aider ces acquéreurs à identifier les possibilités d’aides, via notamment les prêts à taux zéro qui permettent d’assurer les investissements nécessaires en matière d’isolation thermique en particulier. Ainsi, sur un appartement vendu 120 000 € dans le Panier et nécessitant 20 000 € de travaux pour refaire l’isolation et le système de chauffage, il est possible de bénéficier de 13 000 € d’aides directes et de crédits d’impôt, à condition de bien connaître les procédures !

Maison bioclimatique près de Fuveau (source : Aires coop)

L’agence dispose aussi à la vente de biens immobiliers haut de gamme dont une maison d’architecte bioclimatique à ossature bois de 240 m², édifiée sur un vaste terrain boisé situé au pied de la Sainte-Victoire, près de Fuveau. Reconnue « bâtiment durable méditerranéen » par un jury de professionnels, cette villa est un bel exemple d’une construction conçue et réalisée selon une approche environnementale durable, grâce à une insertion soignée dans le paysage, des performances énergétique et une luminosité optimisées par une orientation idéale, ainsi qu’une sobriété extrême en matière d’empreinte environnementale du fait de ses panneaux solaires, sa toiture végétalisée et son système de récupération des eaux de pluie.

Cette agence immobilière un peu atypique vient de s’associer avec un partenaire reconnu dans le milieu de l’architecture durable, Floris Van Lidth, qui a dirigé pendant 6 ans l’association marseillaise EnvirobatBDM, qui œuvre pour la prise en compte des enjeux environnementaux dans la construction et la rénovation du bâti en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Exemple de bâtiment labellisé BDM : crêche de Vaison-la Romaine (source EnvirobatBDM)

La démarche Bâtiments durables méditerranéens (BDM) est devenue un référentiel de qualité en matière d’éco-construction, créé en 2008 et porté par EnvirobatBDM, en partenariat avec l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le Conseil régional PACA. Elle vise notamment à favoriser, dans le domaine du bâtiment, la prise en compte du coût global du projet et pas seulement à minimiser les coûts de construction sans tenir compte des frais de fonctionnement et d’entretien ultérieur, mais aussi à améliorer les pratiques en matière de gestion de projet, alimentées par le retour d’expérience et l’innovation, ainsi que par une valorisation de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

Lycée Alexandra David-Neel à Digne-les-Bains : une construction BDM de l’architecte SARL Leteissier-Corriol (source EnvirobatBDM)

Floris Van Lidth vient lui-même de créer sa propre structure, joliment dénommé Vue sur Vert, destinée à faciliter le développement de projets immobiliers écologiques. Cette coopération amorcée avec l’agence Aires coop permettra de fournir au client des conseils sur le montage juridique et financier des projets, un appui pour trouver des professionnels du bâtiment spécialisés en matière d’éco-construction, une aide pour la recherche du terrain à bâtir ou du bien à rénover, puis un accompagnement pour le suivi de la conception du projet immobilier et de sa réalisation.

L’émergence sur le marché de tels acteurs locaux incite à penser que la demande de nos concitoyens en matière de constructions plus respectueuses de l’environnement est en train de s’étoffer. C’est plutôt une bonne nouvelle dans un monde où climato-sceptiques et adeptes de la rentabilité à court terme ont tendance à tenir encore largement les rênes du pouvoir. Peut-être un espoir que les mentalités sont en train d’évoluer ?

L.V.  

Après les eaux usées, Marseille s’attaque au pluvial !

3 mai 2017

Baignade interdite au Prado après un orage (photo © P. Laurenson / AFP)

A Marseille, comme chacun sait, mieux vaut ne pas se baigner sur la plage du Prado après un orage. Rappelons que ce parc balnéaire qui s’étend sur 3,5 km de littoral et couvre près de 26 ha, a été aménagé de manière complètement artificielle à la fin des années 1970, sous la mandature du Gaston Deferre, pour permettre avant tout de se débarrasser à moindre frais des millions de m³ de déblais issus des chantiers de construction des lignes de métro. A l’époque, on ne prenait guère de gants avec l’environnement y compris dans une zone littorale située comme celle-ci à l’embouchure de l’Huveaune, dans un milieu naturel qui a dû jadis être un haut-lieu de la biodiversité…

Plages du Prado avec au centre l’embouchure de l’Huveaune

Il faut dire aussi que, dans les années 1970, l’Huveaune, à son arrivée en mer, n’était qu’un vaste égout malodorant charriant les effluves des nombreuses industries qui bordaient ses berges, et servant d’exutoire en mer aux eaux usées d’une partie de Marseille et des communes de l’amont, dont Carnoux.

Le réseau souterrain servant à canaliser les eaux usées s’était construit progressivement au cours du XIXe siècle, sous forme unitaire au centre ville, sous forme séparative (les eaux pluviales de ruissellement étant collectées à part) dans les quartiers plus récents et les communes voisines.

Vue du Grand émissaire de Marseille (photo © SERAMM)

Mais jusqu’en 1987, tout était rejeté directement en mer, sans le moindre traitement, via un grand émissaire construit en 1896 et aboutissant dans l’anse isolée et peu accessible de Cortiou, en plein coeur du massif des calanques, où un vaste fleuve de déchets boueux se jette dans la mer, en attendant qu’un jour peut-être, la collectivité finisse par le prolonger plus au large pour diminuer l’incidence de ces rejets sur les fonds côtiers les plus fragiles.

Rejet en mer dans la calanque de Cortiou (source)

En 1979, alors que la plage du Prado est aménagée, il n’est plus question d’y déverser les eaux fortement pollués et toxiques de l’Huveaune. Une dérivation est donc créée, qui renvoie ces eaux directement dans l’émissaire de Cortiou où elles sont ensuite rejetées en mer, ni vu ni connu. En période de fortes pluies cependant, lorsque l’émissaire est saturé, un déversoir d’orage permet aux eaux de l’Huveaune en crue de rejoindre leur lit naturel et de se rejeter en mer le long de la plage du Prado, qu’elles polluent alors allègrement en jonchant la plage des multiples déchets qu’elles charrient.

Vue en surface de la station de traitement des eaux usées Géolide

Dans les années 1970, sous la pression de certains naturalistes et des plongeurs qui s’alarment de la disparition des herbiers de posidonies et de l’appauvrissement de la faune marine au large des côtes marseillaises totalement ravagées jusqu’à plus de 40 km du rivage par ce flux incessant d’eaux polluées, la ville se décide enfin à mettre en oeuvre une station d’épuration physico-chimique, destinée au traitement des eaux usées de Marseille et de 15 communes environnantes, dont Carnoux. Le chantier commence en 1984, en bordure de l’Huveaune. La station, enterrée sous le stade Vélodrome, est mise en service en 1987.

Mais le renforcement de la réglementation en matière de traitement des eaux usées, avec notamment l’adoption en 1991 de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, rend très vite cette station insuffisante. En 2008, elle est donc complétée par l’adjonction d’un dispositif de traitement biologique, dit Biostyr, installé sous l’esplanade Ganay. La nouvelle station, dénommée Géolide, constitue la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde et traite 70 millions de m³ d’eau usée par an.

Schéma de la station Géolide (source)

L’eau y est injectée dans 34 bassins de 1500 m³ chacun, remplis de billes de polystyrène sur 3,50 m d’épaisseur. Les bactéries fixées à la surface de ces billes fixent une partie de la pollution au passage. Pour éviter le colmatage des billes, celles-ci sont lavées chaque jour et l’eau de lavage subit un traitement physico-chimique par coagulation et floculation, suivi d’une décantation lamellaire afin d’agglomérer, concentrer et piéger les bactéries sous forme de boues. Ces boues sont alors acheminées vers une usine de traitement, située à 6 km de là, dans l’ancienne carrière de la Cayolle qui surplombe la calanque de Sormiou. Les boues y sont épaissies et séchées avant d’être valorisées sous forme de compost qui sert actuellement à réhabiliter l’ancienne décharge d’ordures ménagères d’Entressen.

Vue de la station de traitement de la Cayolle (photo © Lakko Marseille)

Cependant, en cas de forte pluie, le système d’assainissement n’est pas en mesure de traiter l’ensemble des effluents collectés car les eaux de ruissellement viennent alors grossir les flux habituels d’eaux usées, provoquant rapidement la saturation des capacités de traitement. Pour éviter que la ville ne soit noyée sous un flot d’eaux polluées et nauséabondes, tout l’excédent est alors rejeté directement en mer, principalement par l’émissaire de Cortiou mais aussi en partie via l’ancien exutoire de l’Huveaune, donc directement sur la plage du Prado !

Ce problème récurrent commençant à déprécier sérieusement l’attrait touristique de la ville, l’ancienne Communauté urbaine Marseille Provence Métropole s’est engagée en 2010 dans un projet de contrat de baie, désormais opérationnel depuis juin 2015 pour une durée de 6 ans avec, à la clé, un budget de 265 millions d’euros, dont 185 millions engagés via le Contrat d’agglomération de traitement des eaux usées signé l’année d’avant avec l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée, et 25 millions mobilisés dans le cadre du contrat de rivière de l’Huveaune, signé en octobre 2015 à Aubagne.

Inondations rue de Rome à Marseille en septembre 2000 (photo © Bataillon des marins-pompiers de Marseille)

Une des actions phares de ce contrat de baie consiste précisément à s’attaquer enfin au problème des eaux pluviales qui rendent inopérant le traitement des eaux usées de l’agglomération marseillaise en période de fortes pluies. L’objectif affiché, qui peut paraître modeste, est de réduire de 50 % les rejets d’eaux usées non traitées vers la calanque de Cortiou au cœur du Parc National des Calanques, et ceci en réponse à un arrêté préfectoral de janvier 2004 qui impose à la collectivité de réaliser d’ici fin 2018 une capacité de rétention des eaux usées de 90 000 m³.

Un premier ouvrage a ainsi été réalisé dès 2007 à l’occasion des travaux de requalification de la rue de la République dans le cadre de la prolongation du tramway. Gigantesque cylindre de 49 m de long situé à 15 m sous terre, ce bassin permet de stocker 14 500 m³ collecté en centre ville. Les gros déchets y sont récupérés et la partie claire de l’eau décantée est rejetée en mer une fois l’orage passé, tandis que les eaux polluées sont envoyées à la station de traitement dès que celle-ci est de nouveau en capacité de les traiter. Quatre autres basins sont prévus sur le périmètre de l’agglomération marseillaise : un de 12 000 m³ achevé en septembre 2015 place Jules Guesde à la Porte d’Aix, un de 15 000 m³ dans l’emprise du tunnel ferroviaire désaffecté Lajout près de la nouvelle station de métro boulevard Capitaine Gèze, un autre de même capacité cours Pierre Pujet, et enfin un plus vaste de 33 000 m³ à Saint-Mauront, près des Docks.

Vue intérieure du bassin Ganay lors de son inauguration (photo publiée par GoMet)

Un sixième ouvrage profond de 30 m pour un diamètre de 56 m et une capacité de 50 000 m³, a été construit à partir de 2014 sous le stade Ganay. Désormais achevé et inauguré en avril 2017, ce gigantesque bassin enterré, pour lequel il a fallu mobiliser pas moins de 80 000 tonnes de béton, doit être relié d’une part à la station de traitement Géolide et d’autre part au réseau unitaire. Pour cela, il a notamment fallu creuser une galerie de 3 m de diamètre et 300 m de longueur, à 10 m de profondeur. Un tunnelier a été mobilisé dans ce but, pendant près de 6 mois, jusqu’à ressortir près du boulevard Michelet en décembre 2016, une fois sa tâche accomplie.

Sortie du tunnelier (photo © N. Vallauri pour La Provence)

Vue en coupe du bassin Ganay (source)

En surface, on ne verra du bassin Ganay qu’un modeste bâtiment de service au forme de simple pavillon et il reste encore à reconstruire le nouveau stade Ganay au dessus du réservoir enterré dont les Marseillais seront bien en peine d’imaginer l’existence une fois le chantier achevé. C’est d’ailleurs le risque de ce type de démarche qui consiste à masquer de la vue du citoyen les aménagements pourtant indispensables au fonctionnement de la ville : à force d’oublier que la gestion des eaux fait partie intégrante de la vie urbaine, comment peut-on s’en approprier les enjeux pourtant essentiels ?

L.V.  

Croisière autour du monde : dernière escale

4 avril 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters ont terminé leur tour du monde partiel après une dernière escale au Vietnam.

Vendredi 31 mars :

Ce matin vers 11 heures, nous avons quitté le Queen Elisabeth 2 avec un petit pincement au cœur. Depuis 3 mois c’était devenu un peu notre maison…

Singapour vu ce matin depuis le pont 10

Les gratte-ciel de Singapour

À Singapour, la chaleur et l’humidité sont accablantes. Nous prenons un taxi pour rejoindre notre hôtel, le Mandarin, dans Orchard Road. C’est un quartier voué au shopping. Les centres commerciaux se suivent avec les mêmes marques de luxe : Cartier, Prada, Chanel… Moi, ce n’est pas trop mon truc !

Un centre commercial de grand luxe juste en face de chez nous

La vue de notre chambre d’hôtel au 27e étage de l’hôtel Mandarin

La ville est neuve, ultra moderne, livrée au gigantisme. Notre hôtel a 1000 chambres et ce n’est pas le plus grand !

Nous quitterons dimanche Singapour et rentrerons à la maison….

Ce fut un beau, un très beau voyage, mais maintenant je crois que nous avons envie de nous retrouver chez nous !

J’espère que vous avez aimé nos photos et nos petits textes qui vous ont permis, du moins je l’espère, de voyager un peu par personne interposée.

Bien à vous tous et à très bientôt à Carnoux!

Annie

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie

Croisière autour du monde : 23ème escale

27 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux globe-trotters sont en Chine où ils ont fait une première escale à Shangaï, avant de débarquer à Hong Kong.

Le skyline ultra moderne

Dimanche 26 mars :

C’est avec, une fois de plus, un ciel gris que nous avons visité Hong Kong. Décidément, dans cette partie du monde, le printemps a bien du mal à s’installer…

Cette ville, très cosmopolite et depuis longtemps, a été rendue à la Chine par la Grande Bretagne en 1997. Elle jouit toujours d’un statut particulier, une sorte de semi indépendance : monnaie différente (le dollar de Hong Kong), conduite à gauche (comme du temps des Anglais), et démographie débridée (par opposition à la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine)…

La ville est juchée sur un territoire minuscule et pentu. Les gratte-ciel se serrent les uns contre les autres, les rues sont étroites et tortueuses, la circulation y est difficile et les ralentissements nombreux.

Vue du sommet de Victoria Peak le QE 2 est en plein centre à droite de la tour en forme de doigt

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Centre commercial

J’ai pour ma part éprouvé une impression d’étouffement, avec partout des grappes de gens agglutinés, des files d attente pour commander un café… Il est vrai que la densité de la population est supérieure à celle de Monaco !

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Nous avons repris notre technique d’excursion semi-guidée. Nous avons ainsi vu successivement le parc avec sa végétation tropicale superbe, le point culminant, Victoria Peak, et la vue admirable sur la baie (ça aurait été encore plus beau avec un ciel bleu, mais bon….), la plage de Repulse Bay, plage artificielle dont le sable a été importe à grands frais de Chine et qui est protégée par un filet anti requin et, enfin, un marché dans un lacis de petites rues pittoresques où on trouve de tout : fruits, fleurs, objets artisanaux, soies, vêtements, copies de tableaux plus ou moins réussies …

Sur la plage de Repulse Bay

De retour au bateau, nous avons pris le thé dans la grande tradition : sandwiches de pain de mie, scones avec confiture de fraise et crème et serveurs en gants blancs !

Le spectacle du soir nous a permis d’entendre un Chinois, natif de Mongolie, qui joue d’un instrument admirable mais très peu connu en Occident, le dulcimer qu’on appelle aussi cymbalum en Europe de l’Est. Il a interprété beaucoup de classique mais aussi du rag time et des airs orientaux, une très belle soirée !

Hong Kong by night

Voilà, il n’est pas loin de minuit et je vais devoir vous dire à tous !

Annie

A Carnoux, les poissons sentent l’huile de friture…

25 février 2017

Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960.

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Tout laisse penser néanmoins qu’avant l’urbanisation de ce vallon, l’oued ne devait être en eau que pour de courtes périodes consécutives aux épisodes pluvieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la partie visible du cours d’eau, qui sert de fossé pluvial bétonné en contrebas de la route départementale RD 41E, entre le rond-point des Barles et la limite Est de la commune, coule désormais quasiment toute l’année, en dehors de quelques rares périodes sèches. Car le ruisseau a été transformé en exutoire pluvial de la ville de Carnoux : toutes les eaux plus ou moins souillées qui s’épandent sur la chaussée, y compris au niveau de la zone industrielle, mais aussi les vidanges de piscines et les pompages permanents d’exhaure finissent tous dans le ruisseau, sans le moindre traitement !

Sortie à l'air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Sortie à l’air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le cours d’eau, dans la partie où il s’écoule à l’air libre, à partir du rond-point des Barles, ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à un ruisseau, avec des eaux qui passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au gré des produits qui y ont été déversés par les habitants et les entreprises de Carnoux…

Durant toute la traversée de la ville le ruisseau est en effet purement et simplement busé, ce qui est bien commode pour éviter d’avoir à se poser trop de questions existentielles quant à ce qu’on y rejette. On voit ainsi, au gré du parcours du ruisseau, des huiles de vidange et des solvants qui sont versés directement par les « bouches d’égout » installées le long des bordures de trottoirs, mais qui en réalité communiquent directement dans le ruisseau.

Regard sur le réseau d'eaux pluviales le long de la place du marché

Regard sur le réseau d’eaux pluviales le long de la place du marché

Des travaux ont pourtant été fait tout récemment en vue du réaménagement du centre-ville et on pourrait penser que l’esplanade où se tient le marché de Carnoux deux fois par semaine est au minimum muni d’une bouche d’évacuation reliées au réseau qui permet d’évacuer les eaux usées vers la station de traitement (située à Marseille près du stade Vélodrome). Mais il semble bien que rien de tel n’ait été prévu et on peut voir les commerçants déverser leurs huiles de friture usagées directement dans le réseau d’eau pluvial via les regards protégés par les grilles en fonte le long de la rue, autrement dit directement dans le ruisseau qui coule en dessous !

blog400_phruisseauC’est bien dommage pour la qualité de l’eau du Merlançon et de l’Huveaune en aval, pour lequel sept communes se sont pourtant regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune qui pilote depuis 2015 un contrat de rivière doté d’un budget global de 18 millions d’euros en vue d’améliorer la qualité de ce milieu aquatique remarquable et d’en protéger les abords contre le risque d’inondation. La cohérence aurait voulu que la commune de Carnoux adhère au syndicat et participe à ce contrat de rivière dans une logique bien comprise de solidarité amont-aval.

Mais, comme à l’acoutumée, la municipalité a préféré joué les égoïstes et se soucie comme d’une guigne de ce qui se passe en aval de son territoire. Plutôt que de chercher à retenir autant que possible les eaux de ruissellement en amont et favoriser leur infiltration, elle bétonne à outrance, imperméabilise le moindre espace et élargit les tuyaux d’évacuation afin d’accélérer encore les flux qui iront inonder nos voisins en aval. Quant à la qualité des eaux qui alimentent l’Huveaune via le ruisseau de Carnoux, mieux vaut ne pas regarder de trop près ce qu’elles contiennent : assurément, les huiles de fritures que le vendeur de paëlla et ses collègues forains y déversent deux fois par semaine ne sont certainement pas les produits les plus nocifs qui s’y retrouvent ! Avis aux pêcheurs qui taquinent le goujon sur les berges de l’Huveaune : si le poisson sent un peu l’huile de friture, c’est qu’il baigne dans des eaux qui ont transité par le très buccolique vallon de Carnoux…

L.V.  lutinvert1small

La ville de Carnoux portée aux nues par TPBM

28 novembre 2016

Décidément, le maire de Carnoux sait bien mettre en valeur ses réalisations ! Le numéro 1155 de la revue hebdomadaire TPBM, en date du 9 novembre 2016, consacre ainsi pas moins de 8 pages aux travaux de rénovation du centre-ville et au bilan du maire de Carnoux. Huit pages de publicité électorale gratuite, également accessibles sur le site de la revue et diffusée largement auprès de tout ce que la région PACA compte d’entrepreneurs et de professions libérales.

Extrait du n°1155 de TPBM

Extrait du n°1155 de TPBM

Bien entendu, rares sont ceux, en dehors des professionnels du secteur, qui ont déjà entendu parler de TPBM, un acronyme qui signifie Travaux publics et bâtiments du Midi, en réalité un hebdomadaire destiné aux professionnels de la commande publique régionale et qui tire l’essentiel de ses revenus de son positionnement comme support habilité à publier les annonces légales sur 5 départements de la région PACA, dont les Bouches-du-Rhône : appels d’offres, ventes aux enchères et annonces judiciaires portant avis de constitution et de dissolution de sociétés, tel est l’essentiel du contenu de ce journal d’aspect austère, publié sur papier recyclé à 13 000 exemplaires et qui n’est guère lu que par les services achat des collectivités territoriales, les entrepreneurs locaux de travaux publics et tout ce que la région compte de professions libérales, experts comptables, avocats et architectes confondus, largement mis à l’honneur dans les autres pages du journal.

Ceci dit, même si le contenu de ce journal, en dehors des annonces légales, s’apparente pour l’essentiel à du remplissage, il n’est pas si courant d’y trouver ainsi 8 pages entières consacrées à une petite commune de 7000 habitants ! On y retrouve bien entendu tous les poncifs habituels sur la « genèse d’une ville étonnante », créée par la volonté de 2 entrepreneurs, installés à Casablanca en 1957 et dont la Coopérative immobilière française, par ailleurs accusée de malversation, était plutôt en mauvaise posture en 1962 avec seulement 242 habitants recensés dans la ville en chantier qui en escomptait 4 000 ! L’arrivée des rapatriés d’Algérie a permis de redresser la situation, jusqu’à l’érection en commune nouvelle, décrétée le 26 août 2016, comme nous l’avons déjà évoqué ici.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Le reportage, signé par le journaliste Jean-Pierre Enaut, n’hésite pas à faire dans le dithyrambique et s’enflamme quelque peu : « Terre d’accueil, Carnoux, née de l’abnégation d’un groupe de pionniers visionnaires, a su trouver son juste équilibre en regardant l’avenir sans pour autant oublier le passé ». On n’est pas loin de la Légende des Siècles et c’est encore plus beau quand on aborde les pages consacrées à la médiathèque, conçue comme chacun sait par le cabinet d’architecture Fernandez et Serres (ou en tout cas le saura après avoir lu l’article qui cite leur nom à chaque paragraphe…) : « Le site est émouvant par ses pins centenaires, ses arbres légers et entremêlés, son relief et sa vue sur la ville. L’espace intérieur étiré est agrandi et généré par le paysage. L’architecture est rythmée par l’éphémère, les nuages, le vent, les saisons » et tout le reste est à l’avenant sur 2 pages entières !

A croire que le journaliste a un peu abusé de la moquette comme combustible récréatif dans son désir de s’imprégner des lieux… Chez TPBM, le prix de la ligne est affiché à 4,12 € les 40 caractères comme le précise son éditeur, joliment dénommé « Les publications commerciales » et on comprend mieux la motivation du journaliste à broder ainsi pendant 2 pages sur la poésie des lieux…

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Le reste du reportage porte sur la requalification du centre-ville et comporte une longue interview du maire « élu depuis fort longtemps » pour reprendre les propos du journaliste. Jean-Pierre Giorgi en profite naturellement pour détailler son bilan et préciser que le nombre de logements sociaux, qui était de 375 jusqu’à l’an dernier, vient de s’enrichir de 50 nouveaux logements grâce aux constructions des deux petits immeubles du centre-ville, auxquels devraient à terme s’ajouter 60 nouveaux logements, une fois achevé le projet confié à la Phocéenne d’habitation sur le site de l’ancien établissement Saint-Augustin : un effort qui mérite d’être salué mais qui ne permet pas encore d’atteindre l’objectif de 20 % de logements sociaux exigé par la loi SRU, et encore moins celui de 25 % qui s’impose désormais à toutes les communes de plus de 3500 habitants à l’horizon 2025 : encore un effort, Monsieur le Maire !

Défilé sur le mail pour l'inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

Défilé sur le mail pour l’inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

On apprend au passage, en lisant cette interview, que l’ensemble du réseau pluvial de Carnoux a été recalibré avec « la création de bassins de rétention ». On se demande où ont bien pu être creusés ces fameux bassins de rétention si discrets et qui n’empêchent pas le réseau pluvial de déborder à chaque orage, d’autant que le réaménagement du centre-ville n’a pas permis, comme on aurait pu le penser, de réduire l’imperméabilisation de ce secteur. Au contraire, le projet a privilégié les espaces minéralisés et revêtus qui accentuent le ruissellement, préparant ainsi les inondations de demain…

On apprend aussi que le coût global de la rénovation du centre-ville devrait s’élever finalement à « environ 10 millions d’euros, hors construction des commerces et des logements », dont 3,8 millions imputés sur le budget communal, le reste étant généreusement subventionné par la communauté urbaine et le département. Le maire de Carnoux, en bon politique, n’oublie pas d’ailleurs de « remercier les différents élus des collectivités publiques et en particulier Martine Vassal, présidente du conseil départemental, qui a accepté dernièrement d’entériner la dernière tranche financière, et Jean-Claude Gaudin, président de la métropole, qui s’est engagé à poursuivre le projet en cours jusqu’à son terme ».

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l'inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l’inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

On n’aura pas la faiblesse de rappeler que la quasi totalité des engagements financiers accordés à Carnoux pour la réalisation de ces travaux l’a été sous le mandat de la majorité socialiste conduite par un certain Jean-Noël Guérini pour le département et par Eugène Caselli pour la communauté urbaine. Au moins, leur éviction permet au nouveau fervent supporter de François Fillon d’éviter de les remercier et de pas avoir eu à supporter leur présence encombrante lors de la belle cérémonie d’inauguration qui s’est déroulée le 11 juin dernier. Ni de devoir remercier les nombreux habitants des communes infiniment moins riches que Carnoux, dont les malheureux contribuables marseillais, d’avoir permis ainsi de financer à grands frais la rénovation du centre-ville de la 119ème commune des Bouches-du-Rhône, en application de la célèbre sentence biblique « les derniers seront les premiers »… Ite, missa est.

L.V.  lutinvert1small

Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Euroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

Mais que faisait donc Tony Garnier à Carnoux ?

19 septembre 2016

Chacun à Carnoux-en-Provence a déjà entendu le nom de Tony Garnier qui a donné son patronyme à une salle municipale, une rue et maintenant au parc qui vient d’être aménagé en plein centre ville, en lieu et place de l’ancienne galerie marchande désuète et vétuste, construite en 1960 entre l’église et la mairie de Carnoux. Mais qui à Carnoux sait réellement qui était ce fameux Tony Garnier et en quoi il a marqué d’une telle empreinte indélébile l’histoire de la jeune commune qui vient tout juste de fêter son premier cinquantenaire ?

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Ce n’est en effet ni un de ces pionniers qui ont aménagé ce vallon suite à leur rapatriement forcé d’Afrique du Nord, ni un ancien maire de la commune comme Jean Chaland qui a laissé son nom à un autre jardin public de la ville, ni même un de ces anciens officiers de l’armée coloniale, le maréchal Lyautey en tête, dont on retrouve les noms sur nombre de plaques de rue carnussiennes.

L'architecte Tony Garnier

L’architecte Tony Garnier

A Lyon, en revanche, chacun connaît Tony Garnier, un enfant du pays, qui y est né en 1869 et y a passé l’essentiel de sa vie. Cet architecte a remporté en 1899 le premier grand prix de Rome, ce qui lui a valu un séjour très prisé à la fameuse Villa Médicis à Rome, séjour durant lequel il imagine son projet de Cité industrielle, une forme urbaine idéale en béton armé et en verre, destinée à héberger 35 000 habitants et conçu dans le plus pur esprit des utopies socialistes du XIXème siècle.

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

L’arrivée à la mairie de Lyon du radical Edouard Herriot en 1905 lui permet de lancer ses premières grandes réalisations. C’est notamment lui qui érige la fameuse halle en structure métallique de 210 m de longueur qui porte toujours son nom et qui servit longtemps d’abattoirs pour l’agglomération lyonnaise. Classée monument historique en 1975, elle est toujours debout et a été reconvertie en salle polyvalente et lieu d’exposition.

Vue aérienne récente de l'hôpital Edouard Herriot

Vue aérienne récente de l’hôpital Edouard Herriot

A partir de 1911, c’est le même Tony Garnier qui s’attelle à la construction de l’hôpital Grange-Blanche, qui reste à ce jour le plus grand complexe hospitalier de la métropole lyonnaise, après avoir été rebaptisé du nom de l’ancien maire Edouard Herriot. Conçu sous forme de multiples pavillons spécialisés reliés entre eux par des coursives souterraines, cet hôpital est toujours fonctionnel près d’un siècle après son achèvement.

Le stade de Gerland peu après sa construction

Le stade de Gerland peu après sa construction

Et ce n’est pas tout car on doit aussi à cet architecte lyonnais la réalisation du célèbre stade de Gerland, toujours exploité même si l’Olympique Lyonnais a désormais déménagé pour investir le nouveau stade construit à Décines à l’occasion de l’Euro 2016.

La cité des États-Unis à Lyon

La cité des États-Unis à Lyon

C’est lui encore qui a conçu et réalisé, entre 1919 et 1933, le fameux quartier des États-Unis, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Un ensemble urbain pour revenus modestes, inauguré en même temps que le quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, encore habité de nos jours et où a été récemment installé un musée urbain en son honneur, qui retrace son parcours et ses réflexions d’urbaniste précurseur. Son style dépouillé et très fonctionnel inspirera d’ailleurs largement les urbanistes soviétiques de la période stalinienne.

On ne s’attend donc pas nécessairement à ce qu’un tel personnage soit autant célébré dans une ville comme Carnoux, aussi loin de ses terres de prédilection ! La raison d’un tel engouement des habitants de Carnoux en faveur de cet architecte et urbaniste lyonnais réside en réalité dans le fait que Tony Garnier est venu passer les dernières années de sa vie à l’hôtellerie de la Crémaillère où il est mort en janvier 1948… A l’époque, la ville de Carnoux n’existait pas encore et l’ancienne bâtisse du XVIIème siècle, autrefois utilisée comme relais de diligence et alors reconvertie en hôtel, se trouvait à cette époque sur le territoire de Roquefort-La Bédoule.

L'hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’architecte n’est d’ailleurs même pas enterré ici puisque ses restes ont été rapatriés à Lyon dès 1949 et reposent désormais au cimetière de la Croix-Rousse. Il n’en demeure pas moins que sa villégiature provençale au soir de sa vie aura suffi à ancrer fortement la mémoire de ce personnage dans l’imaginaire carnussien au point de voir son nom omniprésent dans la commune. Comme quoi, la renommée post-mortem ne tient parfois qu’à un fil…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Suède : la ville de Kiruna menacée d’effondrement…

23 mai 2016
Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Les exploitations souterraines, que ce soit pour extraire du minerai ou des matériaux de construction, engendrent parfois en surface des effets assez catastrophiques. Certaines se souviennent peut-être encore de l’effondrement brutal de 6 hectares d’anciennes carrières de craie qui s’était produit le 1er juin 1961 en limite des communes de Clamart et d’Issy-les-Moulineaux en région parisienne. Le paysage urbain fut dévasté avec la destruction complète de 23 immeubles répartis sur 6 rues, et le bilan humain très lourd avec 21 morts, 45 blessés et plus de deux cent soixante-treize sinistrés.Blog305_PhLorraine

Le bassin ferrifère lorrain paye lui aussi un lourd tribut à cet héritage minier et ce sont plusieurs centaines de maisons qui se lézardent depuis les années 1990, semant le désarroi dans nombre de villages déjà sinistrés sur le plan économique du fait de l’arrêt des exploitations. A Moutiers, Moyeuvre-Grande, Auboué, Joeuf, partout les habitants se trouvent confrontés à la formation de fontis sur la chaussée et à la déformation progressive de leurs maisons qu’ils avaient souvent acheté pour un coût modique aux anciennes compagnies minières, lesquelles avaient pris la précaution d’inclure dans les contrats de vente une clause les exonérant de toute responsabilité en cas de désordre lié aux mouvements du sous-sol….

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Plus près de nous, le quartier des Plâtrières à Roquevaire, autrefois le siège d’exploitations souterraines de gypse jusque dans les années 1960, a aussi été l’objet de plusieurs effondrements spectaculaires dans les années 1990, justifiant la destruction de plusieurs maisons d’habitation et l’élaboration d’un plan de prévention des risques qui interdit désormais toute construction dans ce secteur sous-cavé.

Mineurs de charbon en Chine

Mineurs de charbon en Chine

En Chine, c’est la ville minière de Pingxiang, dans le Jiangxi, qui est menacée depuis quelques années par une série d’effondrements liés aux exploitations de charbon. Ce serait au total près de 90 000 habitants qui seraient concernés par des risques d’instabilité de leur habitation, certaines s’étant déjà écroulées, tandis que 41 écoles et 27 hôpitaux auraient déjà été plus ou moins gravement détruits, au point que les autorités envisagent carrément de reconstruire une partie des bâtiments plus loin.

Vue aérienne du site de Kiruna

Vue aérienne du site de Kiruna

C’est la même histoire qui est en train de se jouer à l’extrême nord de la Suède, dans la ville minière de Kiruna. Un gisement particulièrement riche en fer y est exploité depuis 1899, qui a amené à créer sur place une ville entière, laquelle compte actuellement plus de 20 000 habitants. Exploité à ciel ouvert jusqu’en 1965, la mine qui est l’une des plus vastes du monde s’enfonce désormais sous terre par des galeries creusées à plus de 1000 m de profondeur !

Vue en coupe des galeries d'exploitation principales

Vue en coupe des galeries d’exploitation principales

Contrairement au minerai de fer lorrain, le teneur de ce gisement est telle que l’extraction reste particulièrement rentable pour la compagnie minière d’État Luossavaara-Kiirunavaara Aktiebolag (LKAB) qui l’exploite. Pour suivre le filon qui se prolonge quasi verticalement, cette dernière prépare donc actuellement l’aménagement d’un nouveau niveau d’exploitation qui sera situé à la profondeur de 1385 m.

Seulement voila : à force de creuser, les répercussions commencent à se faire sentir en surface ! La zone de déformation que les exploitants suivent avec vigilance se rapproche désormais des limites de la zone habitée… Comme il n’est pas acceptable d’arrêter en chemin une exploitation aussi rentable, la compagnie minière envisage tout simplement de déplacer la ville ! Installée ici pour exploiter la mine, dans un paysage aride où ne nomadisaient à l’époque que quelques éleveurs de rennes Sami, la ville devra donc suivre l’extension de la mine et s’y adapter…

La ville de Kiruna

La ville de Kiruna

Bien sûr, tout ceci ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra sans doute 25 ans et peut-être bien davantage pour y parvenir, la compagnie étant tenue de négocier maison par maison le rachat des propriétés, à un prix supérieur de 25 % par rapport à la valeur du marché. Plus de 3000 maisons devraient être concernées et c’est le centre-ville qui déménagera en premier. Une série de 19 bâtiments emblématiques, dont l’hôtel de ville et la célèbre église rouge datant de 1912, seront purement et simplement démontés pour être déplacés vers la nouvelle ville, située à 2 km de là.

Eglise rouge de Kiruna

Eglise rouge de Kiruna

L’opération devrait coûter la bagatelle de 700 millions d’euros. Une première vague de 140 familles, les plus proches des limites actuelles de la zone de déformation, a déjà été évacuée et les nouvelles infrastructures sont en train d’être mises en place, mais aucune maison n’a encore été démolie. Ceci dit, il semble que la population accepte sans trop rechigner ce déplacement pur et simple de son cadre de vie. Elle n’a d’ailleurs pas tellement le choix : « soit les mineurs arrêtent de creuser, et la ville sera frappée par un chômage de masse, soit la ville se déplace, ou du moins, subit d’importantes dégradations », explique ainsi l’architecte Krisfer Lindstedt dont le cabinet est en charge d’imaginer ce vaste chantier. Effectivement, mieux vaut s’adapter et suivre le mouvement…

L.V.  LutinVertPetit

A Marseille, la L2 bientôt ouverte au public ?

20 avril 2016

La voie de contournement nord de Marseille, la fameuse L2, fait partie de ces vieux serpents de mer en gestation depuis des années et dont on ne voit jamais la fin. Autoroute A507 de son vrai nom, elle est sensée relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux à l’autoroute A50 via l’échangeur Florian situé à hauteur de Saint-Loup, réalisant ainsi un contournement partiel de Marseille par le nord-est sur une longueur totale de 9,7 km.Blog293_TraceL2

Le linéaire impacté ne paraît pas énorme à première vue mais le projet est dans les cartons depuis 1933 quand même ! Destiné à désengorger les actuelles voies de contournement dont la rocade du Jarret et, plus à l’extérieur, la RD 4 qui relie La Rose à La Valentine, cette fameuse L2 qui a aussi porté le nom charmant de Linea, est attendue depuis maintenant des décennies par les automobilistes marseillais coincés en permanence dans les embouteillages quotidiens de la cité phocéenne.

C’est en réalité l’État qui est à la manœuvre sur ce projet, comme d’ailleurs pour le fameux tunnel de Toulon, mais c’est bien la L2 qui aura finalement gagné haut-la-main la course de lenteur organisée entre les deux projets. Il faut dire, à la décharge du maître d’ouvrage, que depuis les années 1930, le paysage a bien changé et que de multiples contraintes se sont ajoutées aux difficultés financières qui ont plombé les comptes publics et freinent la capacité d’investissement de l’État, sans compter que l’adoption de nouvelles normes toujours plus sévères a fortement contribué à renchérir le coût du projet.

En près d’un siècle, l’urbanisation s’est poursuivie, rendant de plus en plus difficile l’acquisition des terrains nécessaires à l’emprise de la route et poussant les riverains à exiger davantage de protections contre les nuisances sonores. D’une autoroute périurbaine en tranchée à ciel ouvert, la L2 s’est transformée peu à peu en boulevard urbain qui devra être couvert sur près de 80 % de son parcours.

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En réalité, les travaux proprement dits ont commencé en 1993, dix ans après la première déclaration d’utilité publique qui date de 1983. Vingt ans plus tard, en 2013, alors que la partie Est de la rocade était achevée sur 5,4 km et commençait à prendre l’allure d’une friche urbaine envahie par la végétation et couverte de tags, les services de l’État ont jeté l’éponge et décidé de confier l’achèvement du chantier à un groupe de BTP dans le cadre d’un partenariat public privé.

C’est Bouygues qui a remporté la mise sous forme d’un contrat juteux de 620 millions d’euros avec à la clé le versement par l’État d’un loyer annuel de 18 millions d’euros pendant 26 ans. Le coût total du projet dépassera ainsi allègrement le milliard d’euros. Rapporté au linéaire de rocade, cela représente plus de 20 fois le prix moyen d’un km d’autoroute, mais si l’on prend en compte la durée du chantier, cela s’explique largement…

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Le chantier a donc repris depuis octobre 2013 comme nous l’avions déjà évoqué ici, et force est de constater que les choses avancent désormais à un rythme nettement plus soutenu. Le tronçon Est qui représente 5,2 km entre l’échangeur Florian et Frais Vallon est désormais terminé et pourrait être ouvert au public dès juillet 2016 comme prévu. De l’ordre de 100 000 véhicules y sont attendus chaque jour, ce qui devrait permettre de désengorger la rocade du Jarret. Quatre tranchées couvertes se succèdent sur ce tronçon dont les murs de soutènement ont été décorés par d’immenses fresques dessinées par de multiples artistes locaux sur une superficie totale de 1600 m2 au niveau de Saint-Julien.

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Blog293_PhSoutenementQuant au tronçon nord, il est encore en plein travaux avec plus de 700 personnes mobilisées sur ce vaste chantier qui comprend plusieurs passages délicats dont la partie située sous le centre commercial du Merlan. Les travaux de confortement des talus dans ce secteur sont particulièrement spectaculaires et expliquent en partie pourquoi ce tronçon nord dont les travaux n’ont débuté réellement qu’en 2014 ne pourra pas être mis en service avant fin 2017. Encore un peu de patience donc, mais les Marseillais n’en sont plus à quelques années près…

L.V.  LutinVertPetit

Si Carnoux m’était contée… (partie 4)

15 avril 2016

LogoJubileEt voici le quatrième et dernier épisode de cette série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence, retraçant les premières années de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Après les années de l’acquisition des terrains, celles des premières constructions, puis l’arrivée des pieds-noirs algériens, voici venu le temps de la constitution en commune nouvelle…

En 1964, le projet de faire de Carnoux une commune est approuvé par le Conseil général, mais il faudra attendre encore deux ans pour le voir aboutir.

On se souvient que c’est par un vote en date du 19 décembre 1964 que le Conseil général approuve enfin le projet de faire de Carnoux une commune à part entière. Le dossier est alors transmis à Paris. Mais la politique de l’époque ne favorise pas la création de villes nouvelles ; tout au contraire, on prône le regroupement de communes ! Le dossier va donc être enterré pendant deux ans, et c’est grâce à une intervention de trois Carnussiens, MM. Verlet, Couston et Dubois, auprès du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, que le décret portant création de la commune voit enfin le jour le 26 août 1966. Entre temps, des élections municipales avaient eu lieu en 1965. Aucun Carnussien sur la liste élue à Aubagne. En revanche, 5 Carnussiens sur celle de Roquefort-la-Bédoule. Parmi eux, deux personnages qui joueront un rôle dans l’avenir de Carnoux et dont nous aurons l’occasion de reparler, MM. Maret et Faure, qui seront respectivement premier et second maire de la ville.

Mais un village sans église n’est pas tout à fait un village ! Or, on se souvient que les messes continuaient à être dites par l’abbé Morin de Roquefort-la-Bédoule, dans une ancienne écurie de la Bastide. C’est en juillet 64 que va être posée, sur un terrain donné par la CIF, la première pierre de la nouvelle église érigée en partie grâce à une souscription régionale.

Pose de la première pierre de l'église Notre-Dame d'Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

Pose de la première pierre de l’église Notre-Dame d’Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

L’architecte en est M. Faure-Ladreyt. Le style en a été voulu contemporain pour mieux s’insérer dans ce village moderne. C’est l’archevêque de Marseille, monseigneur Lallier, qui posera symboliquement la première pierre en présence d’une foule nombreuse. Le choix du nom de l’église, Notre-Dame d’Afrique, fait bien entendu référence à la population pied-noire de Carnoux. Rappelons que Notre-Dame d’Afrique est le nom de la basilique qui s’élève sur les hauteurs d’Alger, en un site assez semblable, d’ailleurs, à celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

1966, année de l’indépendance

Dans son discours, Monseigneur Lallier déclarait : « Si tous ceux qui ont prié Notre-Dame d’Afrique à Alger restent unis, alors Dieu saura écouter leur intense prière. La vierge Marie qui dut fuir son village pour sauver Jésus enfant, connaît bien la souffrance qui est au cœur des rapatriés ». Le 10 septembre 1966, une grande fête réunit des centaines de personnes sur la place Lyautey. La Marseillaise titre : « Carnoux-en-Provence dans la joie et dans l’union a fêté son indépendance ». Il y a là M. Edmond Garcin, député maire d’Aubagne, qui déclare : « N’oubliez jamais que l’administration d’une commune doit toujours être déterminée par l’intérêt de la population, et que jamais ne doivent prévaloir les intérêts particuliers ». Maurice Aimonetto, maire de Roquefort-la-Bédoule rappelle dans son discours que dès 1958, il avait déclaré : « Camoux sera indépendante, c’est la seule façon pour cette cité de vivre et de prospérer ».

Le sénateur Léon David, qui avait œuvré lui aussi pour cette indépendance, était également présent. La réunion était présidée par Adolphe Faure, qui faisait alors figure de prochain maire de la commune. L’année 66 devait voir l’achèvement de l’église et sa consécration à Notre-Dame d’Afrique. Un peu plus tard s’installait la tradition du pèlerinage du 15 août qui, chaque année, attire une assistance nombreuse dans notre ville.

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d'Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d’Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Chaque municipalité apporte sa pierre

Les 8 et 15 janvier 1967 sont organisées les premières élections à Carnoux. Deux listes, toutes deux de droite, sont en présence : celle du colonel Verlet et celle conduite par Pierre Maret, enseignant. C’est cette dernière qui sera élue. Écoutons encore une fois Maurice Bonneau : « Je me suis présenté deux fois. Avec Maret, j’ai été conseiller municipal et avec Adolphe Faure, je suis devenu adjoint ». Adolphe Faure se présente contre Henri Faig en mars 71. Il fera un premier mandat puis un second, de mars 77 à décembre de la même année. Il démissionne alors pour laisser la place à son adjoint Marc Laprie. « Tout ça avait été entendu d’avance ! », confie M. Bonneau.

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Chaque municipalité ajoute sa pierre à la nouvelle cité : le gymnase le Montfleury, la halte garderie, l’école en dur, la mairie. Le temps a passé. La 119e commune des Bouches-du-Rhône a grandi. Elle dépasse actuellement les 7 500 habitants. Dès les années 70, les Marseillais découvrent et investissent cette petite ville accueillante où les terrains sont vastes et tellement moins chers qu’à Marseille ! Que reste-t-il maintenant de la population de départ ?

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Jean Chaland, qui fut le cinquième maire de Carnoux, citait le chiffre de 30 %. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui… Mais qu’importe ? Tout le monde s’est fondu dans le creuset carnussien et les vieilles inimitiés ne sont plus que des souvenirs. Carnoux existe envers et contre tout, elle peut légitimement revendiquer la devise du maréchal Lyautey dont le buste orne la salle des mariages et le monument aux morts : « Réussir l’impossible ».

Annie MONVILLE

Article publié le 31 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 3)

13 avril 2016

LogoJubileNous poursuivons notre petit retour en arrière sur les débuts de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année ses 50 ans. Après avoir évoqué l’acquisition des premiers terrains en 1957 par un groupe de Français établis au Maroc, puis les premières années au cours desquelles se construit l’ébauche d’une nouvelle ville, voici venu le temps de l’arrivée des pieds-noirs d’Algérie. Cet article est le troisième d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

Eté 1962, un million de pieds-noirs quittent l’Algérie en catastrophe. Un certain nombre d’entre eux découvre Carnoux dont on dit que c’est « la ville des pieds-noirs ».

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Les réactions sont variées. « Un jour, mon père m’a amenée voir la ville qui était minuscule et qui surtout était entourée de collines pelées et il m’a dit : « Tu vois, c’est là qu’ils veulent nous installer… » Pour lui c’était un ghetto et il n ‘avait aucune confiance en ce projet », raconte Annie, de Blida, qui d’ailleurs a, depuis, acheté une maison à Carnoux !

Pour d’autres, au contraire, Carnoux est la ville où ils veulent vivre. Entre « Marocains » et « Algériens », on doit pouvoir se comprendre…

Pour s’installer, il faut aller voir la CIF et être « parrainé ». Deux Carnussiens doivent se porter garants de votre moralité. Le prix du terrain reste de 30 à 40 % inférieur à celui pratiqué dans la région, et une villa de 4 pièces revient 50 000 nouveaux francs comme on disait à l’époque. Les « Logéco » de l’avenue Paul-Verlaine sont même moins chers : 40 000 NF.

En janvier 63, un journaliste du « Méridional », Melchior Calandra, écrit sous le titre « Carnoux en Provence ville de l’avenir » : « Au milieu des pins, embaumant le thym et le romarin, entre mer et montagne, à 250 mètres d’altitude, abrité du Mistral par les monts de la Sainte-Baume, Carnoux, de par sa situation privilégiée, semble faire partie d’un autre monde… On se demande bien vite et non sans étonnement, comment l’homme a pu dédaigner durant tant de siècles, ce lieu paradisiaque ».

Deux communautés différentes

En 63, Carnoux compte 334 villas bâties, 76 en cours de construction, 60 appartements en copropriété, 30 en location et une douzaine de magasins. Pour satisfaire les demandes des pieds noirs d’Algérie, on entreprend, le long du Mail, la construction des immeubles qu’on appelle encore parfois « immeubles des rapatriés », et qui portent des noms d’aviateurs, Mermoz, Guynemer… Mais tout ne va pas pour le mieux entre les deux communautés. D’un côté, des hommes installés, aisés, plus très jeunes, M. Prophète par exemple, né en 1896, avait donc 66 ans en 1962, De l’autre, des gens traumatisés par un départ plus que douloureux, beaucoup ont tout perdu, ils sont jeunes avec des enfants. A l’un d’entre eux, Emilien Prophète lancera même : « Vous n’êtes que des va-nu-pieds ! ». Paroles que beaucoup ne lui pardonneront pas. En même temps se met en place, côté Carpiagne, la zone industrielle. Parmi les premiers installés, citons la fabrique de cotillons et de feux d’artifice de M. Bernard, Soprafêtes, la marbrerie Colombo ou la ferronnerie Moyo.

Côté commerces, madame Petit tient une boutique de bonneterie qui fait aussi pressing. Les Girard, venus d’Agadir où ils ont tout perdu dans le tremblement de terre, sont dépositaires de presse. Il y a deux salons de coiffure, l’un pour hommes, l’autre pour femmes. Maria del Carmen Plattilero et son mari tiennent une librairie qui sera bientôt transformée en droguerie outillage et dépôt de gaz butane.

Vers l’autonomie de la commune

« Nous étions de Belcourt (banlieue algéroise) où nous tenions un magasin de pièces détachées auto. En 63, nous nous sommes classés cinquièmes dans un concours organisé par une marque de butane et impliquant les 230 concessionnaires des Bouches-du-Rhône ! Il faut dire que nous vendions plus de 50 bouteilles de gaz par semaine », se souvient Maria avec une certaine fierté.

Notre ami Maurice Bonneau n’a pas voulu être en reste. Rompant avec son ancien métier, il ouvre un commerce de chaussures, jouets et articles de sport.

De plus en plus de voix s’élèvent pour que Carnoux devienne une commune à part entière. Une seconde enquête en juillet 63 échoue comme la première. Il était cette fois question de rattacher Carnoux à Aubagne. Un « comité des cinq », composé de MM. Heinrich, Laforêt, Faure, Calandra et Bonan, se constitue et invite la population à signer une pétition en vue d’obtenir l’autonomie de Carnoux. La troisième et dernière enquête aura lieu en septembre 64. Peu à peu, devant la détermination des Carnussiens, les obstacles s’effacent un à un et c’est le 19 décembre 1964 que le conseil général approuve enfin le projet d’érection de Carnoux en commune distincte.

Annie MONVILLE

Article publié le 30 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 2)

11 avril 2016

LogoJubileAlors que la commune de Carnoux-en-Provence fête cette année ses 50 ans d’existence, nous poursuivons notre petit retour en arrière, sur les premières années de cette 119ème commune des Bouches-du-Rhône, créée dans des conditions si particulières par un groupe de Français établis au Maroc et qui ont décidé, en 1957, d’acquérir un vallon quasi désert situé entre Aubagne et Cassis pour y construire ce qui deviendra une véritable ville nouvelle, ainsi que nous l’avons déjà évoqué. Cet article est le second d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

En 1960, deux ans, donc, après les premiers achats de terrains, Carnoux compte 34 familles installées et une vingtaine de villas en cours de construction.

« Quand nous sommes arrivés, raconte madame Paris, notre villa que nous croyions terminée ne l’était pas ! Des amis nous ont heureusement prêté leur maison pour un mois. En août, il a fallu tout de même emménager. L’électricité venait d’un compteur de chantier, nous étions seuls ou presque au milieu des vignes, c’était le Farwest ! »

L’agglomération ne compte alors aucun commerce. On va chercher le pain à Roquefort-la-Bédoule par un petit chemin de terre. En septembre s’ouvre la première épicerie tenue par M. et Madame Roy. « Ça nous a changé la vie, commente M. Carita. M. Roy faisait toutes les courses à la Bédoule, il passait chercher les médicaments chez le pharmacien, il apportait le pain pour tous. Ah oui, les Roy nous ont beaucoup aidés ».

Le mail en cours de construction

Le mail en cours de construction

Le médecin le plus proche était à Aubagne qui, rappelons-le, n’était à l’époque qu’une toute petite ville. Il n’y avait pas non plus d’église bien entendu. Les messes étaient dites par le curé de La Bédoule dans la salle voûtée de la Bastide dont le rez-de-chaussée abritait les bureaux de la Coopérative immobilière. Une éolienne se dressait sur l’emplacement actuel de Notre Dame d’Afrique. Elle fournissait l’eau.

Une station d’épuration innovante

Ce n’est qu’en 1959, le 14 décembre, que fut inaugurée la station de pompage et d’épuration des Barles. Les prévisions initiales étaient de 1000 m3 par jour ce qui permettait une dotation quotidienne de 250 litres par habitant. Beaucoup de communes, à l’époque, n’en fournissaient pas autant. De plus cette idée d’épurer les eaux usées était très nouvelle pour l’époque et on peut dire que la station d’épuration de Carnoux a été l’une des premières de la région et peut-être de toute la France. Les enfants de Carnoux -ils n’étaient pas nombreux, puisque comme nous l’avons dit les premiers Carnussiens étaient plutôt des gens d’âge moyen- ont tout d’abord été scolarisés à Roquefort-la-Bédoule. Un mini car les y transportait chaque matin. Ce n’est qu’en octobre 62 que se déroulera la première rentrée scolaire à Carnoux, mais dans des conditions très précaires : « Nous avions aménagé deux classes dans le sous-sol d’une villa et notre première institutrice fut mademoiselle Stéfani bien connue à Carnoux où elle a accompli toute sa carrière », dit Maurice Bonneau.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Des préfabriqués, installés là où se trouve la mairie, viendront plus tard, en 1963. Sur le plan administratif, c’est la confusion : une partie de Carnoux est rattachée à Aubagne, l’autre à La Bédoule ! Dès 1960 des voix s’élèvent pour faire de Carnoux une commune indépendante. Pour ce faire, trois enquêtes seront réalisées : en 60, en 63 et en 64.

Une commission syndicale de cinq membres MM. Cabanieu, Labbat, Claudel, Gravallon et Vialet est élue. La municipalité de Roquefort-la-BédouIe donne un avis favorable à l’érection de Carnoux en commune distincte et accepte de céder une partie de son territoire pour ce faire. Cassis, par la voix de son maire, M. Agostini, refuse par contre toute aide. À Aubagne, le maire était M. Chouquet, il donne un avis favorable mais refuse de céder du terrain. Or, pour qu’une commune soit reconnue en tant que telle, il faut qu’elle ait une certaine superficie. La commission départementale à l’Équipement fixe celle-ci à 2 330 hectares. Or, Carnoux ne couvre à ce moment-là que 456 hectares.

Une vie rude, mais heureuse

« On reste loin du compte et ainsi se confirme que rien n’était simple à Carnoux dans les premières années », explique Roger-Pierre Raoult, un des premiers habitants qui est l’auteur de la seule étude actuelle sur la naissance de Carnoux, Naissance d’une idée, création d’une cité, Carnoux en Provence ouvrage rédigé en 1987 et auquel nous avons emprunté quelques dates et chiffres. La première enquête ne donne donc aucun résultat et il en faudra encore deux pour que tous les obstacles soient surmontés. Néanmoins les constructions avancent. Le terrain a été divisé en trois zones : « La zone A qui a été urbanisée la première, se trouvait autour de l’église actuelle, explique Maurice Bonneau. La Zone B s’étendait entre la mairie et l’immeuble Le Panorama avec une partie de la rue Paul-Verlaine. Enfin, la zone C se trouvait autour du gymnase le Montfleury ».

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Lorsqu’on demande à ces premiers Carnussiens de définir l’ambiance de la ville à cette époque, un mot revient sans cesse : Convivialité ! « Tout le monde se connaissait, on fêtait la nouvelle année tous ensemble dans les locaux de la bastide… », se souvient Maurice. « Les jeunes jouaient dans les collines, c’était magnifique », ajoute M. Carita. « Côté sud il y avait des sources d’eau fraîche qui ont malheureusement disparu. C’était une vie rude par manque d’infrastructures, mais en même temps nous étions entre nous, nous nous sentions libres ! ».

L’été 62 va mettre fin à cet équilibre en amenant à Carnoux une population nouvelle issue elle aussi de l’Afrique du Nord, mais qui arrive avec des besoins et des désirs bien spécifiques. Un chapitre se clôt, un autre va s’ouvrir qui débouchera sur le Carnoux d’aujourd’hui.

Annie MONVILLE

Article publié le 29 décembre 2004 dans La Provence

Tours végétales ou jungle urbaine ?

5 avril 2016

Alphonse Allais avait proposé de construire plutôt les villes à la campagne « car l’air y est beaucoup plus pur ! », mais la tendance actuelle semble être davantage de construire la nature en ville. Fleurissent en effet toutes sortes de projets architecturaux qui intègrent une présence très forte de la végétation dans constructions urbaines.

La villa Méditerranée à Marseille

La villa Méditerranée à Marseille

Un des précurseurs de cette nouvelle mode est l’architecte italien Stefano Boeri, celui-là même qui a dessiné la Villa Méditerranée inaugurée en 2013 à côté du MUCEM, avec son impressionnant porte-à-faux surplombant un vaste bassin en eau. Cet architecte visionnaire a en effet imaginé voici près de 10 ans la construction de deux tours de respectivement 76 et 110 m de hauteur dont les façades s’ornent d’une véritable forêt verticale. Un projet, joliment dénommé Bosco verticale, qui ne laisse pas indifférent, réalisé dans le cadre d’un programme de rénovation urbain en plein coeur de Milan.

Blog291_PhToursBoeri

Inaugurées en 2014 après un chantier qui a duré 5 ans, les deux tours abritent désormais, sur 19 et 27 étages chacune, 480 habitants mais aussi 780 arbres et 11 000 plantes végétales sans compter de l’ordre de 1 600 oiseau et papillons venus nicher et se nourrir dans ce nouvel écosystème urbain, ainsi qu’environ 9 000 coccinelles qui ont été lâchées sur les deux tours pour réguler les colonies de pucerons et autres insectes nuisibles… Les balcons des deux tours abritent ainsi l’équivalant d’un hectare de forêt constituée d’essences variées parmi lesquels des chênes verts, des noisetiers, des hêtres, des frênes et des oliviers, mais aussi des pruniers, cerisiers et pommiers choisis pour la beauté de leur floraison au printemps.Blog291_PhBalcons

Toutes ces essences ont été sélectionnées en fonction de plusieurs critères, dont leur faible pouvoir allergène, leur absence d’épines, mais aussi leur résistance au vent et aux parasites, leur aptitude à un élagage périodique, ou encore leur pouvoir anti-polluant par la fixation des micro-poussières présentes dans l’air. Car le projet se veut exemplaire en matière environnementale et utilise notamment l’énergie solaire et la géothermie tout en testant un nouveau concept de façade boisée destiné à favoriser à la fois le confort des habitants qui profitent ainsi de larges balcons ombragés et le développement d’une biodiversité inédite en site urbain. Des nids et des mangeoires ont ainsi été aménagés afin de rendre ce nouvel environnement attractif pour les oiseaux, les abeilles et les papillons ou les chauves-souris…

Blog291_PhAngleTourBoeriLa conception d’un tel chantier n’a pas été simple et a nécessité de multiples innovations technologiques pour accrocher les vastes balcons de 3,50 m de largeur à la structure de chaque tour. Chaque balcon, équipé de parapets surélevés, bénéficie en effet de soutiens spécifiques en acier et est équipé de bacs à terreau d’une capacité de 5 m3 chacun. La résistance des plantes aux rafales de vent a dû être testée en soufflerie d’abord au Politecnico de Milan, puis à l’International Hurricane Center en Floride, et des systèmes de sanglage particulier ont été mis en place. L’irrigation de toutes ces plantes vertes est quant à elle centralisée et automatisée, alimentée à partir de l’eau usagée du circuit de climatisation. Les habitants sont donc déchargés de toute corvée d’arrosage et n’ont pas non plus à s’occuper de l’entretien de leur forêt puisque l’élagage est confié à une équipe de professionnels intervenant sur cordes.

Blog291_PhVilleToursBoeri

Il sera intéressant d’observer comment un tel projet perdure dans le temps et comment les habitants des deux tours s’y adaptent. En tout cas, l’originalité du concept lui a valu d’être récompensé en novembre 2014 par le premier prix de l’International Highrise Award 2014 (prix du gratte-ciel le plus innovateur) par un jury du Musée d’architecture de Francfort : une belle distinction pour un projet architectural qui ne manque pas d’originalité et de poésie.

Blog291_PhTourCedreLe cabinet de Stefani Boeri continue d’ailleurs d’exploiter cette veine avec un autre projet intitulé « Les terrasses des cèdres », une tour de 36 étages construite en 2015 près de Lausanne en Suisse et dont la façade s’orne d’une centaine de magnifiques cèdres qui, comme dans le Bosco verticale de Milan, sont transplantés par des grues dans les caissons accrochés aux balcons et remplis de terre.

Mais d’autres projets comparables voient le jour un peu partout dans les cabinets d’architectes. Ainsi, dans le 13ème arrondissement de Paris, la tour de 18 étages M6B2, plus connue sous son nom de « Tour de la biodiversité » vient d’être érigée par l’architecte Édouard François pour le compte de l’Office public d’habitation Paris Habitat. Recouverte de plaques de titane irisé vert et emmaillotée de filets d’acier, sa façade est destinée à se végétaliser par une seconde peau de plantes grimpantes. Cette tour pourra alors servir aussi d’abri pour la faune locale tout en disséminant graines et pollen dans son environnement proche.Blog291_PhTourM6B2

Bien d’autres exemples du même type existent ou sont à l’étude qui devraient permettre de réimplanter dans nos centres urbains des nouvelles constructions support de nature en ville. Les murs végétaux se multiplient dans toutes les grandes agglomérations, traduisant au-delà d’une nouvelle mode architecturale un véritable tournant dans notre conception de l’aménagement du territoire où il est de plus en plus question de préserver la biodiversité en ville, de rétablir les trames vertes et bleues, de végétaliser les toitures et de désimperméabiliser les sols. Plus de 2000 espèces végétales et animales sont déjà recensées dans une ville comme Paris et ce n’est peut-être qu’un début…

L.V.  LutinVertPetit

Aubagne : le projet des Gargues dans l’impasse ?

4 janvier 2016

C’est une décision assez surréaliste qui a été prise par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile (CAPAE) le 30 novembre dernier, lors d’un de ses derniers conseils communautaires avant disparition au profit de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui s’est donc créée, comme prévu par la loi, mais dans une ambiance plus que délétère, au 1er janvier 2016.

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Lors de cette séance et parmi 56 délibérations – rien de moins -, la cinquième d’entre elles a particulièrement retenu l’attention de La Provence comme de La Marseillaise puisqu’elle consiste en un rejet du projet d’aménagement de la ZAC des Gargues dont la Communauté d’agglomération est pourtant maître d’ouvrage depuis des années. Cette délibération, adoptée à l’unanimité, faisait d’ailleurs logiquement écho à la même décision défavorable prise par la ville d’Aubagne lors de son conseil municipal du 29 septembre 2015, suite à un long débat soigneusement retranscrit dans le procès-verbal de la séance.

Ce projet d’aménagement est pourtant dans les tuyaux depuis au moins 2009 et a été pour l’essentiel porté par l’ancienne majorité de gauche qui était aux commandes de la ville comme de l’agglomération jusqu’en 2014.

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Il consiste à aménager une vaste zone de 42 hectares située entre l’autoroute A57 et la zone industrielle des Paluds, de part et d’autre de la jardinerie Tirand. Pour l’instant, l’essentiel de ces terrains sont des parcelles agricoles, pour la plupart encore cultivées et pour certaines occupées par des prairies où paissent encore régulièrement des troupeaux de moutons. Au sud, le secteur s’étend même de l’autre côté de la RD 8 (route de Toulon) jusqu’à la bretelle permettant de rejoindre l’A50 vers Marseille.

A la place de ce dernier ilôt encore largement préservé du bétonnage, la tentation était grande d’aménager une nouvelle zone d’activité, d’autant que l’extension de la zone industrielle des Paluds et celle de la zone commerciale des Martelles qui s’étend en limite nord (autour du magasin Auchan) voient leur extension désormais fortement restreinte car situées pour la plupart en zone inondable du futur plan de prévention du risque inondation.

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Du coup, l’ancienne municipalité avait vu grand en imaginant, via la communauté d’agglomération, la réalisation de plus de 850 logements avec de multiples services publics tels que crèches, écoles et installations sportives, ainsi que des constructions de bureaux et de locaux industriels, un nouveau centre commercial et une zone de loisir centrée autour d’un immense complexe cinématographique, le tout desservi par la nouvelle ligne de tramway dans le prolongement de l’avenue de la République, moyennant aussi de nouvelles infrastructures routières pour faciliter l’accès depuis l’autoroute et un boulevard urbain central.

Adopté en mai 2012, le projet a été confié le 8 octobre 2013 au seul et unique opérateur privé ayant répondu à la consultation, la SAPAG (Société aubagnaise pour l’aménagement des Gargues), une société créée spécifiquement pour gérer ce projet et qui regroupe Immochan (la société immobilière du groupe Auchan, laquelle détient déjà -heureux hasard- plus de la moitié des terrains concernés), Guintoli (une entreprise de travaux publics) et Grand Delta Avignon (un bailleur social). Le contrat de concession, qui prévoit pour environ 500 millions d’euros d’investissement privé auquel s’ajouteront de l’ordre de 19 millions d’investissement public, a été signé in extremis le 25 février 2014, quelques jours avant la tenue des élections municipales qui ont vu la majorité basculer tant à Aubagne qu’à l’agglomération.

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l'autoroute

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l’autoroute

Depuis, c’est le chaos car les nouveaux élus n’ont jamais caché leur opposition à ce programme jugé pharaonique et suicidaire pour l’avenir du centre ville d’Aubagne déjà fortement mis à mal par la concurrence des zones commerciales périphériques. L’abandon du projet de tramway, décidé par la nouvelle équipe, rend également plus fragile le dossier car on imagine bien que les 3000 nouveaux habitants et les milliers d’emplois envisagés dans ce secteur périphérique dont les accès sont déjà fortement engorgés aux heures de pointe ne vont que rendre la circulation encore plus compliquée. Un projet de bus à haut niveau de service a bien été évoqué comme alternative mais cela ne semble pas à la hauteur des enjeux.

Logements et boulevard urbain en projet

Logements et boulevard urbain en projet

Malgré ce climat d’incertitude, la SAPAG a foncé tête baissée pour tenter de ficeler au plus vite le projet avant qu’il ne soit remis en cause. Les nouveaux élus ont tenté d’infléchir la voilure en remettant en particulier en cause les nombreux logements sociaux initialement prévus et dont la Droite ne voulait à aucun prix. Le nombre de logement a été réduit à 680 dont seulement 30 % en logement locatif social. La surface commerciale, initialement fixée à 80 000 m² a été réduite à 50 000 m² auxquels s’ajoutent 7 hectares d’activité industrielle et 30 000 m² de bureaux.

La crêche et l’école restent à l’ordre du jour ainsi que la création d’un parking relai de 400 places et un vaste pôle de loisirs avec le fameux complexe de 15 000 m² comprenant 15 salles de cinéma dont une salle Imax 3D de 450 places avec écran incurvé de 22 m, le nec plus ultra en la matière ! Baptisé Stratos, ce complexe, dessiné par l’architexte argentin Marcelo Joulia coûtera à lui seul 26 millions d’euros en étude et travaux, une paille… Une salle de spectacle et deux restaurants sont également intégrés dans le projet, sans trop se préoccuper de la concurrence possible avec le palais des congrès Agora situé à deux pas, pas plus d’ailleurs que celle du multiplexe de la Valentine…

Le centre de loisir avec ses places à l'air libre

Le centre de loisir avec ses places à l’air libre

Le projet a été présenté en grandes pompes lors du Marché international professionnel de l’immobilier de commerce qui s’est tenu à Cannes du 18 au 20 novembre. Lors de cette grande foire internationale, la ZAC des Gargues, rebaptisée « écoquartier Bonnes-nouvelles », ce qui fait plus vendeur, a été présentée comme un des projets phares de l’immobilier mondial avec son parc de logements et de tertiaire agencé autour d’un parc arboré du plus bel effet sur les maquettes et d’un boulevard urbain apaisé (une pure merveille sur le papier), son multiplexe Stratos et son centre commercial à ciel ouvert de dernière génération au nom de code évocateur Alpha 2017 : 200 boutiques, pas moins de 15 restaurants et 3 places extérieures réservées aux activités ludiques telles que le saut à l’élastique : les Terrasses du Port ont du souci à se faire !

Blog264_PhProjetEn attendant, c’est plutôt le projet qui a du plomb dans l’aile. Remis officiellement le 30 juillet 2015 à la CAPAE, il a été discuté en conseil municipal à Aubagne le 29 septembre et a été rejeté à l’unanimité puisque même les élus de gauche se sont abstenus ou ont refusé de prendre part au vote. Peu après, certains habitants ont lancé une pétition pour réclamer un référendum sur ce projet au motif, difficilement contestable, qu’un tel aménagement se traduirait par la perte d’excellentes terres agricoles en zone périurbaine, alors que de nombreux jeunes agriculteurs sont à la recherche de nouvelles parcelles pour s’installer. Ils s’appuient d’ailleurs largement sur l’avis fortement négatif qui avait été émis en 2012 par l’autorité environnementale, pointant de nombreuses faiblesses au projet dont par exemple le fait que ce n’était par forcément une bonne idée de vouloir installer autant de logements à proximité de l’autoroute, dans une zone très exposée au bruit et déjà largement congestionnée.

Bref, la décision prise en conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre dernier n’est que le coup de grâce d’un projet qui risque désormais de ne jamais voir le jour. Interrogé par La Marseillaise, le président du comité de direction de la SAPAG, Paul des Longchamps, ne décolère pas et se fait même menaçant, rappelant au passage que le groupe Auchan, dont le magasin des Paluds est le deuxième de France avec un chiffre d’affaire annuel de plus de 260 millions d’euros, est le premier contributeur fiscal d’Aubagne. Il réclame sans plus attendre que l’Agglomération lui verse de l’ordre de 10 à 20 millions d’euros pour rembourser le montant des études déjà réalisées et annonce des procédures juridiques en cascade pour obtenir des dommages et intérêts colossaux, à la mesure du préjudice subi : on imagine que les services juridiques d’Auchan vont avoir fort à faire dans les années qui viennent ! Le contribuable aussi, pour payer les pots cassés… Mais pas de panique, car c’est désormais à la Métropole de prendre en main le dossier et de régler le contentieux. Il n’est pas impossible que l’on assiste à de nouveaux rebondissements à l’avenir…

L.V.