Posts Tagged ‘Urbanisme’

Croisière autour du monde : dernière escale

4 avril 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters ont terminé leur tour du monde partiel après une dernière escale au Vietnam.

Vendredi 31 mars :

Ce matin vers 11 heures, nous avons quitté le Queen Elisabeth 2 avec un petit pincement au cœur. Depuis 3 mois c’était devenu un peu notre maison…

Singapour vu ce matin depuis le pont 10

Les gratte-ciel de Singapour

À Singapour, la chaleur et l’humidité sont accablantes. Nous prenons un taxi pour rejoindre notre hôtel, le Mandarin, dans Orchard Road. C’est un quartier voué au shopping. Les centres commerciaux se suivent avec les mêmes marques de luxe : Cartier, Prada, Chanel… Moi, ce n’est pas trop mon truc !

Un centre commercial de grand luxe juste en face de chez nous

La vue de notre chambre d’hôtel au 27e étage de l’hôtel Mandarin

La ville est neuve, ultra moderne, livrée au gigantisme. Notre hôtel a 1000 chambres et ce n’est pas le plus grand !

Nous quitterons dimanche Singapour et rentrerons à la maison….

Ce fut un beau, un très beau voyage, mais maintenant je crois que nous avons envie de nous retrouver chez nous !

J’espère que vous avez aimé nos photos et nos petits textes qui vous ont permis, du moins je l’espère, de voyager un peu par personne interposée.

Bien à vous tous et à très bientôt à Carnoux!

Annie

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie

Croisière autour du monde : 23ème escale

27 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux globe-trotters sont en Chine où ils ont fait une première escale à Shangaï, avant de débarquer à Hong Kong.

Le skyline ultra moderne

Dimanche 26 mars :

C’est avec, une fois de plus, un ciel gris que nous avons visité Hong Kong. Décidément, dans cette partie du monde, le printemps a bien du mal à s’installer…

Cette ville, très cosmopolite et depuis longtemps, a été rendue à la Chine par la Grande Bretagne en 1997. Elle jouit toujours d’un statut particulier, une sorte de semi indépendance : monnaie différente (le dollar de Hong Kong), conduite à gauche (comme du temps des Anglais), et démographie débridée (par opposition à la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine)…

La ville est juchée sur un territoire minuscule et pentu. Les gratte-ciel se serrent les uns contre les autres, les rues sont étroites et tortueuses, la circulation y est difficile et les ralentissements nombreux.

Vue du sommet de Victoria Peak le QE 2 est en plein centre à droite de la tour en forme de doigt

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Centre commercial

J’ai pour ma part éprouvé une impression d’étouffement, avec partout des grappes de gens agglutinés, des files d attente pour commander un café… Il est vrai que la densité de la population est supérieure à celle de Monaco !

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Nous avons repris notre technique d’excursion semi-guidée. Nous avons ainsi vu successivement le parc avec sa végétation tropicale superbe, le point culminant, Victoria Peak, et la vue admirable sur la baie (ça aurait été encore plus beau avec un ciel bleu, mais bon….), la plage de Repulse Bay, plage artificielle dont le sable a été importe à grands frais de Chine et qui est protégée par un filet anti requin et, enfin, un marché dans un lacis de petites rues pittoresques où on trouve de tout : fruits, fleurs, objets artisanaux, soies, vêtements, copies de tableaux plus ou moins réussies …

Sur la plage de Repulse Bay

De retour au bateau, nous avons pris le thé dans la grande tradition : sandwiches de pain de mie, scones avec confiture de fraise et crème et serveurs en gants blancs !

Le spectacle du soir nous a permis d’entendre un Chinois, natif de Mongolie, qui joue d’un instrument admirable mais très peu connu en Occident, le dulcimer qu’on appelle aussi cymbalum en Europe de l’Est. Il a interprété beaucoup de classique mais aussi du rag time et des airs orientaux, une très belle soirée !

Hong Kong by night

Voilà, il n’est pas loin de minuit et je vais devoir vous dire à tous !

Annie

A Carnoux, les poissons sentent l’huile de friture…

25 février 2017

Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960.

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Tout laisse penser néanmoins qu’avant l’urbanisation de ce vallon, l’oued ne devait être en eau que pour de courtes périodes consécutives aux épisodes pluvieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la partie visible du cours d’eau, qui sert de fossé pluvial bétonné en contrebas de la route départementale RD 41E, entre le rond-point des Barles et la limite Est de la commune, coule désormais quasiment toute l’année, en dehors de quelques rares périodes sèches. Car le ruisseau a été transformé en exutoire pluvial de la ville de Carnoux : toutes les eaux plus ou moins souillées qui s’épandent sur la chaussée, y compris au niveau de la zone industrielle, mais aussi les vidanges de piscines et les pompages permanents d’exhaure finissent tous dans le ruisseau, sans le moindre traitement !

Sortie à l'air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Sortie à l’air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le cours d’eau, dans la partie où il s’écoule à l’air libre, à partir du rond-point des Barles, ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à un ruisseau, avec des eaux qui passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au gré des produits qui y ont été déversés par les habitants et les entreprises de Carnoux…

Durant toute la traversée de la ville le ruisseau est en effet purement et simplement busé, ce qui est bien commode pour éviter d’avoir à se poser trop de questions existentielles quant à ce qu’on y rejette. On voit ainsi, au gré du parcours du ruisseau, des huiles de vidange et des solvants qui sont versés directement par les « bouches d’égout » installées le long des bordures de trottoirs, mais qui en réalité communiquent directement dans le ruisseau.

Regard sur le réseau d'eaux pluviales le long de la place du marché

Regard sur le réseau d’eaux pluviales le long de la place du marché

Des travaux ont pourtant été fait tout récemment en vue du réaménagement du centre-ville et on pourrait penser que l’esplanade où se tient le marché de Carnoux deux fois par semaine est au minimum muni d’une bouche d’évacuation reliées au réseau qui permet d’évacuer les eaux usées vers la station de traitement (située à Marseille près du stade Vélodrome). Mais il semble bien que rien de tel n’ait été prévu et on peut voir les commerçants déverser leurs huiles de friture usagées directement dans le réseau d’eau pluvial via les regards protégés par les grilles en fonte le long de la rue, autrement dit directement dans le ruisseau qui coule en dessous !

blog400_phruisseauC’est bien dommage pour la qualité de l’eau du Merlançon et de l’Huveaune en aval, pour lequel sept communes se sont pourtant regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune qui pilote depuis 2015 un contrat de rivière doté d’un budget global de 18 millions d’euros en vue d’améliorer la qualité de ce milieu aquatique remarquable et d’en protéger les abords contre le risque d’inondation. La cohérence aurait voulu que la commune de Carnoux adhère au syndicat et participe à ce contrat de rivière dans une logique bien comprise de solidarité amont-aval.

Mais, comme à l’acoutumée, la municipalité a préféré joué les égoïstes et se soucie comme d’une guigne de ce qui se passe en aval de son territoire. Plutôt que de chercher à retenir autant que possible les eaux de ruissellement en amont et favoriser leur infiltration, elle bétonne à outrance, imperméabilise le moindre espace et élargit les tuyaux d’évacuation afin d’accélérer encore les flux qui iront inonder nos voisins en aval. Quant à la qualité des eaux qui alimentent l’Huveaune via le ruisseau de Carnoux, mieux vaut ne pas regarder de trop près ce qu’elles contiennent : assurément, les huiles de fritures que le vendeur de paëlla et ses collègues forains y déversent deux fois par semaine ne sont certainement pas les produits les plus nocifs qui s’y retrouvent ! Avis aux pêcheurs qui taquinent le goujon sur les berges de l’Huveaune : si le poisson sent un peu l’huile de friture, c’est qu’il baigne dans des eaux qui ont transité par le très buccolique vallon de Carnoux…

L.V.  lutinvert1small

La ville de Carnoux portée aux nues par TPBM

28 novembre 2016

Décidément, le maire de Carnoux sait bien mettre en valeur ses réalisations ! Le numéro 1155 de la revue hebdomadaire TPBM, en date du 9 novembre 2016, consacre ainsi pas moins de 8 pages aux travaux de rénovation du centre-ville et au bilan du maire de Carnoux. Huit pages de publicité électorale gratuite, également accessibles sur le site de la revue et diffusée largement auprès de tout ce que la région PACA compte d’entrepreneurs et de professions libérales.

Extrait du n°1155 de TPBM

Extrait du n°1155 de TPBM

Bien entendu, rares sont ceux, en dehors des professionnels du secteur, qui ont déjà entendu parler de TPBM, un acronyme qui signifie Travaux publics et bâtiments du Midi, en réalité un hebdomadaire destiné aux professionnels de la commande publique régionale et qui tire l’essentiel de ses revenus de son positionnement comme support habilité à publier les annonces légales sur 5 départements de la région PACA, dont les Bouches-du-Rhône : appels d’offres, ventes aux enchères et annonces judiciaires portant avis de constitution et de dissolution de sociétés, tel est l’essentiel du contenu de ce journal d’aspect austère, publié sur papier recyclé à 13 000 exemplaires et qui n’est guère lu que par les services achat des collectivités territoriales, les entrepreneurs locaux de travaux publics et tout ce que la région compte de professions libérales, experts comptables, avocats et architectes confondus, largement mis à l’honneur dans les autres pages du journal.

Ceci dit, même si le contenu de ce journal, en dehors des annonces légales, s’apparente pour l’essentiel à du remplissage, il n’est pas si courant d’y trouver ainsi 8 pages entières consacrées à une petite commune de 7000 habitants ! On y retrouve bien entendu tous les poncifs habituels sur la « genèse d’une ville étonnante », créée par la volonté de 2 entrepreneurs, installés à Casablanca en 1957 et dont la Coopérative immobilière française, par ailleurs accusée de malversation, était plutôt en mauvaise posture en 1962 avec seulement 242 habitants recensés dans la ville en chantier qui en escomptait 4 000 ! L’arrivée des rapatriés d’Algérie a permis de redresser la situation, jusqu’à l’érection en commune nouvelle, décrétée le 26 août 2016, comme nous l’avons déjà évoqué ici.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Le reportage, signé par le journaliste Jean-Pierre Enaut, n’hésite pas à faire dans le dithyrambique et s’enflamme quelque peu : « Terre d’accueil, Carnoux, née de l’abnégation d’un groupe de pionniers visionnaires, a su trouver son juste équilibre en regardant l’avenir sans pour autant oublier le passé ». On n’est pas loin de la Légende des Siècles et c’est encore plus beau quand on aborde les pages consacrées à la médiathèque, conçue comme chacun sait par le cabinet d’architecture Fernandez et Serres (ou en tout cas le saura après avoir lu l’article qui cite leur nom à chaque paragraphe…) : « Le site est émouvant par ses pins centenaires, ses arbres légers et entremêlés, son relief et sa vue sur la ville. L’espace intérieur étiré est agrandi et généré par le paysage. L’architecture est rythmée par l’éphémère, les nuages, le vent, les saisons » et tout le reste est à l’avenant sur 2 pages entières !

A croire que le journaliste a un peu abusé de la moquette comme combustible récréatif dans son désir de s’imprégner des lieux… Chez TPBM, le prix de la ligne est affiché à 4,12 € les 40 caractères comme le précise son éditeur, joliment dénommé « Les publications commerciales » et on comprend mieux la motivation du journaliste à broder ainsi pendant 2 pages sur la poésie des lieux…

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Le reste du reportage porte sur la requalification du centre-ville et comporte une longue interview du maire « élu depuis fort longtemps » pour reprendre les propos du journaliste. Jean-Pierre Giorgi en profite naturellement pour détailler son bilan et préciser que le nombre de logements sociaux, qui était de 375 jusqu’à l’an dernier, vient de s’enrichir de 50 nouveaux logements grâce aux constructions des deux petits immeubles du centre-ville, auxquels devraient à terme s’ajouter 60 nouveaux logements, une fois achevé le projet confié à la Phocéenne d’habitation sur le site de l’ancien établissement Saint-Augustin : un effort qui mérite d’être salué mais qui ne permet pas encore d’atteindre l’objectif de 20 % de logements sociaux exigé par la loi SRU, et encore moins celui de 25 % qui s’impose désormais à toutes les communes de plus de 3500 habitants à l’horizon 2025 : encore un effort, Monsieur le Maire !

Défilé sur le mail pour l'inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

Défilé sur le mail pour l’inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

On apprend au passage, en lisant cette interview, que l’ensemble du réseau pluvial de Carnoux a été recalibré avec « la création de bassins de rétention ». On se demande où ont bien pu être creusés ces fameux bassins de rétention si discrets et qui n’empêchent pas le réseau pluvial de déborder à chaque orage, d’autant que le réaménagement du centre-ville n’a pas permis, comme on aurait pu le penser, de réduire l’imperméabilisation de ce secteur. Au contraire, le projet a privilégié les espaces minéralisés et revêtus qui accentuent le ruissellement, préparant ainsi les inondations de demain…

On apprend aussi que le coût global de la rénovation du centre-ville devrait s’élever finalement à « environ 10 millions d’euros, hors construction des commerces et des logements », dont 3,8 millions imputés sur le budget communal, le reste étant généreusement subventionné par la communauté urbaine et le département. Le maire de Carnoux, en bon politique, n’oublie pas d’ailleurs de « remercier les différents élus des collectivités publiques et en particulier Martine Vassal, présidente du conseil départemental, qui a accepté dernièrement d’entériner la dernière tranche financière, et Jean-Claude Gaudin, président de la métropole, qui s’est engagé à poursuivre le projet en cours jusqu’à son terme ».

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l'inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l’inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

On n’aura pas la faiblesse de rappeler que la quasi totalité des engagements financiers accordés à Carnoux pour la réalisation de ces travaux l’a été sous le mandat de la majorité socialiste conduite par un certain Jean-Noël Guérini pour le département et par Eugène Caselli pour la communauté urbaine. Au moins, leur éviction permet au nouveau fervent supporter de François Fillon d’éviter de les remercier et de pas avoir eu à supporter leur présence encombrante lors de la belle cérémonie d’inauguration qui s’est déroulée le 11 juin dernier. Ni de devoir remercier les nombreux habitants des communes infiniment moins riches que Carnoux, dont les malheureux contribuables marseillais, d’avoir permis ainsi de financer à grands frais la rénovation du centre-ville de la 119ème commune des Bouches-du-Rhône, en application de la célèbre sentence biblique « les derniers seront les premiers »… Ite, missa est.

L.V.  lutinvert1small

Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Eroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer  Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

Mais que faisait donc Tony Garnier à Carnoux ?

19 septembre 2016

Chacun à Carnoux-en-Provence a déjà entendu le nom de Tony Garnier qui a donné son patronyme à une salle municipale, une rue et maintenant au parc qui vient d’être aménagé en plein centre ville, en lieu et place de l’ancienne galerie marchande désuète et vétuste, construite en 1960 entre l’église et la mairie de Carnoux. Mais qui à Carnoux sait réellement qui était ce fameux Tony Garnier et en quoi il a marqué d’une telle empreinte indélébile l’histoire de la jeune commune qui vient tout juste de fêter son premier cinquantenaire ?

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Ce n’est en effet ni un de ces pionniers qui ont aménagé ce vallon suite à leur rapatriement forcé d’Afrique du Nord, ni un ancien maire de la commune comme Jean Chaland qui a laissé son nom à un autre jardin public de la ville, ni même un de ces anciens officiers de l’armée coloniale, le maréchal Lyautey en tête, dont on retrouve les noms sur nombre de plaques de rue carnussiennes.

L'architecte Tony Garnier

L’architecte Tony Garnier

A Lyon, en revanche, chacun connaît Tony Garnier, un enfant du pays, qui y est né en 1869 et y a passé l’essentiel de sa vie. Cet architecte a remporté en 1899 le premier grand prix de Rome, ce qui lui a valu un séjour très prisé à la fameuse Villa Médicis à Rome, séjour durant lequel il imagine son projet de Cité industrielle, une forme urbaine idéale en béton armé et en verre, destinée à héberger 35 000 habitants et conçu dans le plus pur esprit des utopies socialistes du XIXème siècle.

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

L’arrivée à la mairie de Lyon du radical Edouard Herriot en 1905 lui permet de lancer ses premières grandes réalisations. C’est notamment lui qui érige la fameuse halle en structure métallique de 210 m de longueur qui porte toujours son nom et qui servit longtemps d’abattoirs pour l’agglomération lyonnaise. Classée monument historique en 1975, elle est toujours debout et a été reconvertie en salle polyvalente et lieu d’exposition.

Vue aérienne récente de l'hôpital Edouard Herriot

Vue aérienne récente de l’hôpital Edouard Herriot

A partir de 1911, c’est le même Tony Garnier qui s’attelle à la construction de l’hôpital Grange-Blanche, qui reste à ce jour le plus grand complexe hospitalier de la métropole lyonnaise, après avoir été rebaptisé du nom de l’ancien maire Edouard Herriot. Conçu sous forme de multiples pavillons spécialisés reliés entre eux par des coursives souterraines, cet hôpital est toujours fonctionnel près d’un siècle après son achèvement.

Le stade de Gerland peu après sa construction

Le stade de Gerland peu après sa construction

Et ce n’est pas tout car on doit aussi à cet architecte lyonnais la réalisation du célèbre stade de Gerland, toujours exploité même si l’Olympique Lyonnais a désormais déménagé pour investir le nouveau stade construit à Décines à l’occasion de l’Euro 2016.

La cité des États-Unis à Lyon

La cité des États-Unis à Lyon

C’est lui encore qui a conçu et réalisé, entre 1919 et 1933, le fameux quartier des États-Unis, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Un ensemble urbain pour revenus modestes, inauguré en même temps que le quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, encore habité de nos jours et où a été récemment installé un musée urbain en son honneur, qui retrace son parcours et ses réflexions d’urbaniste précurseur. Son style dépouillé et très fonctionnel inspirera d’ailleurs largement les urbanistes soviétiques de la période stalinienne.

On ne s’attend donc pas nécessairement à ce qu’un tel personnage soit autant célébré dans une ville comme Carnoux, aussi loin de ses terres de prédilection ! La raison d’un tel engouement des habitants de Carnoux en faveur de cet architecte et urbaniste lyonnais réside en réalité dans le fait que Tony Garnier est venu passer les dernières années de sa vie à l’hôtellerie de la Crémaillère où il est mort en janvier 1948… A l’époque, la ville de Carnoux n’existait pas encore et l’ancienne bâtisse du XVIIème siècle, autrefois utilisée comme relais de diligence et alors reconvertie en hôtel, se trouvait à cette époque sur le territoire de Roquefort-La Bédoule.

L'hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’architecte n’est d’ailleurs même pas enterré ici puisque ses restes ont été rapatriés à Lyon dès 1949 et reposent désormais au cimetière de la Croix-Rousse. Il n’en demeure pas moins que sa villégiature provençale au soir de sa vie aura suffi à ancrer fortement la mémoire de ce personnage dans l’imaginaire carnussien au point de voir son nom omniprésent dans la commune. Comme quoi, la renommée post-mortem ne tient parfois qu’à un fil…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Suède : la ville de Kiruna menacée d’effondrement…

23 mai 2016
Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Effondrement de carrières souterraines à Clamart en 1961

Les exploitations souterraines, que ce soit pour extraire du minerai ou des matériaux de construction, engendrent parfois en surface des effets assez catastrophiques. Certaines se souviennent peut-être encore de l’effondrement brutal de 6 hectares d’anciennes carrières de craie qui s’était produit le 1er juin 1961 en limite des communes de Clamart et d’Issy-les-Moulineaux en région parisienne. Le paysage urbain fut dévasté avec la destruction complète de 23 immeubles répartis sur 6 rues, et le bilan humain très lourd avec 21 morts, 45 blessés et plus de deux cent soixante-treize sinistrés.Blog305_PhLorraine

Le bassin ferrifère lorrain paye lui aussi un lourd tribut à cet héritage minier et ce sont plusieurs centaines de maisons qui se lézardent depuis les années 1990, semant le désarroi dans nombre de villages déjà sinistrés sur le plan économique du fait de l’arrêt des exploitations. A Moutiers, Moyeuvre-Grande, Auboué, Joeuf, partout les habitants se trouvent confrontés à la formation de fontis sur la chaussée et à la déformation progressive de leurs maisons qu’ils avaient souvent acheté pour un coût modique aux anciennes compagnies minières, lesquelles avaient pris la précaution d’inclure dans les contrats de vente une clause les exonérant de toute responsabilité en cas de désordre lié aux mouvements du sous-sol….

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Fontis apparu en 1995 à Roquevaire (photo J. Nicod)

Plus près de nous, le quartier des Plâtrières à Roquevaire, autrefois le siège d’exploitations souterraines de gypse jusque dans les années 1960, a aussi été l’objet de plusieurs effondrements spectaculaires dans les années 1990, justifiant la destruction de plusieurs maisons d’habitation et l’élaboration d’un plan de prévention des risques qui interdit désormais toute construction dans ce secteur sous-cavé.

Mineurs de charbon en Chine

Mineurs de charbon en Chine

En Chine, c’est la ville minière de Pingxiang, dans le Jiangxi, qui est menacée depuis quelques années par une série d’effondrements liés aux exploitations de charbon. Ce serait au total près de 90 000 habitants qui seraient concernés par des risques d’instabilité de leur habitation, certaines s’étant déjà écroulées, tandis que 41 écoles et 27 hôpitaux auraient déjà été plus ou moins gravement détruits, au point que les autorités envisagent carrément de reconstruire une partie des bâtiments plus loin.

Vue aérienne du site de Kiruna

Vue aérienne du site de Kiruna

C’est la même histoire qui est en train de se jouer à l’extrême nord de la Suède, dans la ville minière de Kiruna. Un gisement particulièrement riche en fer y est exploité depuis 1899, qui a amené à créer sur place une ville entière, laquelle compte actuellement plus de 20 000 habitants. Exploité à ciel ouvert jusqu’en 1965, la mine qui est l’une des plus vastes du monde s’enfonce désormais sous terre par des galeries creusées à plus de 1000 m de profondeur !

Vue en coupe des galeries d'exploitation principales

Vue en coupe des galeries d’exploitation principales

Contrairement au minerai de fer lorrain, le teneur de ce gisement est telle que l’extraction reste particulièrement rentable pour la compagnie minière d’État Luossavaara-Kiirunavaara Aktiebolag (LKAB) qui l’exploite. Pour suivre le filon qui se prolonge quasi verticalement, cette dernière prépare donc actuellement l’aménagement d’un nouveau niveau d’exploitation qui sera situé à la profondeur de 1385 m.

Seulement voila : à force de creuser, les répercussions commencent à se faire sentir en surface ! La zone de déformation que les exploitants suivent avec vigilance se rapproche désormais des limites de la zone habitée… Comme il n’est pas acceptable d’arrêter en chemin une exploitation aussi rentable, la compagnie minière envisage tout simplement de déplacer la ville ! Installée ici pour exploiter la mine, dans un paysage aride où ne nomadisaient à l’époque que quelques éleveurs de rennes Sami, la ville devra donc suivre l’extension de la mine et s’y adapter…

La ville de Kiruna

La ville de Kiruna

Bien sûr, tout ceci ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra sans doute 25 ans et peut-être bien davantage pour y parvenir, la compagnie étant tenue de négocier maison par maison le rachat des propriétés, à un prix supérieur de 25 % par rapport à la valeur du marché. Plus de 3000 maisons devraient être concernées et c’est le centre-ville qui déménagera en premier. Une série de 19 bâtiments emblématiques, dont l’hôtel de ville et la célèbre église rouge datant de 1912, seront purement et simplement démontés pour être déplacés vers la nouvelle ville, située à 2 km de là.

Eglise rouge de Kiruna

Eglise rouge de Kiruna

L’opération devrait coûter la bagatelle de 700 millions d’euros. Une première vague de 140 familles, les plus proches des limites actuelles de la zone de déformation, a déjà été évacuée et les nouvelles infrastructures sont en train d’être mises en place, mais aucune maison n’a encore été démolie. Ceci dit, il semble que la population accepte sans trop rechigner ce déplacement pur et simple de son cadre de vie. Elle n’a d’ailleurs pas tellement le choix : « soit les mineurs arrêtent de creuser, et la ville sera frappée par un chômage de masse, soit la ville se déplace, ou du moins, subit d’importantes dégradations », explique ainsi l’architecte Krisfer Lindstedt dont le cabinet est en charge d’imaginer ce vaste chantier. Effectivement, mieux vaut s’adapter et suivre le mouvement…

L.V.  LutinVertPetit

A Marseille, la L2 bientôt ouverte au public ?

20 avril 2016

La voie de contournement nord de Marseille, la fameuse L2, fait partie de ces vieux serpents de mer en gestation depuis des années et dont on ne voit jamais la fin. Autoroute A507 de son vrai nom, elle est sensée relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux à l’autoroute A50 via l’échangeur Florian situé à hauteur de Saint-Loup, réalisant ainsi un contournement partiel de Marseille par le nord-est sur une longueur totale de 9,7 km.Blog293_TraceL2

Le linéaire impacté ne paraît pas énorme à première vue mais le projet est dans les cartons depuis 1933 quand même ! Destiné à désengorger les actuelles voies de contournement dont la rocade du Jarret et, plus à l’extérieur, la RD 4 qui relie La Rose à La Valentine, cette fameuse L2 qui a aussi porté le nom charmant de Linea, est attendue depuis maintenant des décennies par les automobilistes marseillais coincés en permanence dans les embouteillages quotidiens de la cité phocéenne.

C’est en réalité l’État qui est à la manœuvre sur ce projet, comme d’ailleurs pour le fameux tunnel de Toulon, mais c’est bien la L2 qui aura finalement gagné haut-la-main la course de lenteur organisée entre les deux projets. Il faut dire, à la décharge du maître d’ouvrage, que depuis les années 1930, le paysage a bien changé et que de multiples contraintes se sont ajoutées aux difficultés financières qui ont plombé les comptes publics et freinent la capacité d’investissement de l’État, sans compter que l’adoption de nouvelles normes toujours plus sévères a fortement contribué à renchérir le coût du projet.

En près d’un siècle, l’urbanisation s’est poursuivie, rendant de plus en plus difficile l’acquisition des terrains nécessaires à l’emprise de la route et poussant les riverains à exiger davantage de protections contre les nuisances sonores. D’une autoroute périurbaine en tranchée à ciel ouvert, la L2 s’est transformée peu à peu en boulevard urbain qui devra être couvert sur près de 80 % de son parcours.

Blog293_PhAbandon

En réalité, les travaux proprement dits ont commencé en 1993, dix ans après la première déclaration d’utilité publique qui date de 1983. Vingt ans plus tard, en 2013, alors que la partie Est de la rocade était achevée sur 5,4 km et commençait à prendre l’allure d’une friche urbaine envahie par la végétation et couverte de tags, les services de l’État ont jeté l’éponge et décidé de confier l’achèvement du chantier à un groupe de BTP dans le cadre d’un partenariat public privé.

C’est Bouygues qui a remporté la mise sous forme d’un contrat juteux de 620 millions d’euros avec à la clé le versement par l’État d’un loyer annuel de 18 millions d’euros pendant 26 ans. Le coût total du projet dépassera ainsi allègrement le milliard d’euros. Rapporté au linéaire de rocade, cela représente plus de 20 fois le prix moyen d’un km d’autoroute, mais si l’on prend en compte la durée du chantier, cela s’explique largement…

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Le chantier a donc repris depuis octobre 2013 comme nous l’avions déjà évoqué ici, et force est de constater que les choses avancent désormais à un rythme nettement plus soutenu. Le tronçon Est qui représente 5,2 km entre l’échangeur Florian et Frais Vallon est désormais terminé et pourrait être ouvert au public dès juillet 2016 comme prévu. De l’ordre de 100 000 véhicules y sont attendus chaque jour, ce qui devrait permettre de désengorger la rocade du Jarret. Quatre tranchées couvertes se succèdent sur ce tronçon dont les murs de soutènement ont été décorés par d’immenses fresques dessinées par de multiples artistes locaux sur une superficie totale de 1600 m2 au niveau de Saint-Julien.

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Blog293_PhSoutenementQuant au tronçon nord, il est encore en plein travaux avec plus de 700 personnes mobilisées sur ce vaste chantier qui comprend plusieurs passages délicats dont la partie située sous le centre commercial du Merlan. Les travaux de confortement des talus dans ce secteur sont particulièrement spectaculaires et expliquent en partie pourquoi ce tronçon nord dont les travaux n’ont débuté réellement qu’en 2014 ne pourra pas être mis en service avant fin 2017. Encore un peu de patience donc, mais les Marseillais n’en sont plus à quelques années près…

L.V.  LutinVertPetit

Si Carnoux m’était contée… (partie 4)

15 avril 2016

LogoJubileEt voici le quatrième et dernier épisode de cette série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence, retraçant les premières années de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Après les années de l’acquisition des terrains, celles des premières constructions, puis l’arrivée des pieds-noirs algériens, voici venu le temps de la constitution en commune nouvelle…

En 1964, le projet de faire de Carnoux une commune est approuvé par le Conseil général, mais il faudra attendre encore deux ans pour le voir aboutir.

On se souvient que c’est par un vote en date du 19 décembre 1964 que le Conseil général approuve enfin le projet de faire de Carnoux une commune à part entière. Le dossier est alors transmis à Paris. Mais la politique de l’époque ne favorise pas la création de villes nouvelles ; tout au contraire, on prône le regroupement de communes ! Le dossier va donc être enterré pendant deux ans, et c’est grâce à une intervention de trois Carnussiens, MM. Verlet, Couston et Dubois, auprès du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, que le décret portant création de la commune voit enfin le jour le 26 août 1966. Entre temps, des élections municipales avaient eu lieu en 1965. Aucun Carnussien sur la liste élue à Aubagne. En revanche, 5 Carnussiens sur celle de Roquefort-la-Bédoule. Parmi eux, deux personnages qui joueront un rôle dans l’avenir de Carnoux et dont nous aurons l’occasion de reparler, MM. Maret et Faure, qui seront respectivement premier et second maire de la ville.

Mais un village sans église n’est pas tout à fait un village ! Or, on se souvient que les messes continuaient à être dites par l’abbé Morin de Roquefort-la-Bédoule, dans une ancienne écurie de la Bastide. C’est en juillet 64 que va être posée, sur un terrain donné par la CIF, la première pierre de la nouvelle église érigée en partie grâce à une souscription régionale.

Pose de la première pierre de l'église Notre-Dame d'Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

Pose de la première pierre de l’église Notre-Dame d’Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

L’architecte en est M. Faure-Ladreyt. Le style en a été voulu contemporain pour mieux s’insérer dans ce village moderne. C’est l’archevêque de Marseille, monseigneur Lallier, qui posera symboliquement la première pierre en présence d’une foule nombreuse. Le choix du nom de l’église, Notre-Dame d’Afrique, fait bien entendu référence à la population pied-noire de Carnoux. Rappelons que Notre-Dame d’Afrique est le nom de la basilique qui s’élève sur les hauteurs d’Alger, en un site assez semblable, d’ailleurs, à celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

1966, année de l’indépendance

Dans son discours, Monseigneur Lallier déclarait : « Si tous ceux qui ont prié Notre-Dame d’Afrique à Alger restent unis, alors Dieu saura écouter leur intense prière. La vierge Marie qui dut fuir son village pour sauver Jésus enfant, connaît bien la souffrance qui est au cœur des rapatriés ». Le 10 septembre 1966, une grande fête réunit des centaines de personnes sur la place Lyautey. La Marseillaise titre : « Carnoux-en-Provence dans la joie et dans l’union a fêté son indépendance ». Il y a là M. Edmond Garcin, député maire d’Aubagne, qui déclare : « N’oubliez jamais que l’administration d’une commune doit toujours être déterminée par l’intérêt de la population, et que jamais ne doivent prévaloir les intérêts particuliers ». Maurice Aimonetto, maire de Roquefort-la-Bédoule rappelle dans son discours que dès 1958, il avait déclaré : « Camoux sera indépendante, c’est la seule façon pour cette cité de vivre et de prospérer ».

Le sénateur Léon David, qui avait œuvré lui aussi pour cette indépendance, était également présent. La réunion était présidée par Adolphe Faure, qui faisait alors figure de prochain maire de la commune. L’année 66 devait voir l’achèvement de l’église et sa consécration à Notre-Dame d’Afrique. Un peu plus tard s’installait la tradition du pèlerinage du 15 août qui, chaque année, attire une assistance nombreuse dans notre ville.

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d'Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d’Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Chaque municipalité apporte sa pierre

Les 8 et 15 janvier 1967 sont organisées les premières élections à Carnoux. Deux listes, toutes deux de droite, sont en présence : celle du colonel Verlet et celle conduite par Pierre Maret, enseignant. C’est cette dernière qui sera élue. Écoutons encore une fois Maurice Bonneau : « Je me suis présenté deux fois. Avec Maret, j’ai été conseiller municipal et avec Adolphe Faure, je suis devenu adjoint ». Adolphe Faure se présente contre Henri Faig en mars 71. Il fera un premier mandat puis un second, de mars 77 à décembre de la même année. Il démissionne alors pour laisser la place à son adjoint Marc Laprie. « Tout ça avait été entendu d’avance ! », confie M. Bonneau.

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Chaque municipalité ajoute sa pierre à la nouvelle cité : le gymnase le Montfleury, la halte garderie, l’école en dur, la mairie. Le temps a passé. La 119e commune des Bouches-du-Rhône a grandi. Elle dépasse actuellement les 7 500 habitants. Dès les années 70, les Marseillais découvrent et investissent cette petite ville accueillante où les terrains sont vastes et tellement moins chers qu’à Marseille ! Que reste-t-il maintenant de la population de départ ?

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Jean Chaland, qui fut le cinquième maire de Carnoux, citait le chiffre de 30 %. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui… Mais qu’importe ? Tout le monde s’est fondu dans le creuset carnussien et les vieilles inimitiés ne sont plus que des souvenirs. Carnoux existe envers et contre tout, elle peut légitimement revendiquer la devise du maréchal Lyautey dont le buste orne la salle des mariages et le monument aux morts : « Réussir l’impossible ».

Annie MONVILLE

Article publié le 31 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 3)

13 avril 2016

LogoJubileNous poursuivons notre petit retour en arrière sur les débuts de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année ses 50 ans. Après avoir évoqué l’acquisition des premiers terrains en 1957 par un groupe de Français établis au Maroc, puis les premières années au cours desquelles se construit l’ébauche d’une nouvelle ville, voici venu le temps de l’arrivée des pieds-noirs d’Algérie. Cet article est le troisième d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

Eté 1962, un million de pieds-noirs quittent l’Algérie en catastrophe. Un certain nombre d’entre eux découvre Carnoux dont on dit que c’est « la ville des pieds-noirs ».

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Les réactions sont variées. « Un jour, mon père m’a amenée voir la ville qui était minuscule et qui surtout était entourée de collines pelées et il m’a dit : « Tu vois, c’est là qu’ils veulent nous installer… » Pour lui c’était un ghetto et il n ‘avait aucune confiance en ce projet », raconte Annie, de Blida, qui d’ailleurs a, depuis, acheté une maison à Carnoux !

Pour d’autres, au contraire, Carnoux est la ville où ils veulent vivre. Entre « Marocains » et « Algériens », on doit pouvoir se comprendre…

Pour s’installer, il faut aller voir la CIF et être « parrainé ». Deux Carnussiens doivent se porter garants de votre moralité. Le prix du terrain reste de 30 à 40 % inférieur à celui pratiqué dans la région, et une villa de 4 pièces revient 50 000 nouveaux francs comme on disait à l’époque. Les « Logéco » de l’avenue Paul-Verlaine sont même moins chers : 40 000 NF.

En janvier 63, un journaliste du « Méridional », Melchior Calandra, écrit sous le titre « Carnoux en Provence ville de l’avenir » : « Au milieu des pins, embaumant le thym et le romarin, entre mer et montagne, à 250 mètres d’altitude, abrité du Mistral par les monts de la Sainte-Baume, Carnoux, de par sa situation privilégiée, semble faire partie d’un autre monde… On se demande bien vite et non sans étonnement, comment l’homme a pu dédaigner durant tant de siècles, ce lieu paradisiaque ».

Deux communautés différentes

En 63, Carnoux compte 334 villas bâties, 76 en cours de construction, 60 appartements en copropriété, 30 en location et une douzaine de magasins. Pour satisfaire les demandes des pieds noirs d’Algérie, on entreprend, le long du Mail, la construction des immeubles qu’on appelle encore parfois « immeubles des rapatriés », et qui portent des noms d’aviateurs, Mermoz, Guynemer… Mais tout ne va pas pour le mieux entre les deux communautés. D’un côté, des hommes installés, aisés, plus très jeunes, M. Prophète par exemple, né en 1896, avait donc 66 ans en 1962, De l’autre, des gens traumatisés par un départ plus que douloureux, beaucoup ont tout perdu, ils sont jeunes avec des enfants. A l’un d’entre eux, Emilien Prophète lancera même : « Vous n’êtes que des va-nu-pieds ! ». Paroles que beaucoup ne lui pardonneront pas. En même temps se met en place, côté Carpiagne, la zone industrielle. Parmi les premiers installés, citons la fabrique de cotillons et de feux d’artifice de M. Bernard, Soprafêtes, la marbrerie Colombo ou la ferronnerie Moyo.

Côté commerces, madame Petit tient une boutique de bonneterie qui fait aussi pressing. Les Girard, venus d’Agadir où ils ont tout perdu dans le tremblement de terre, sont dépositaires de presse. Il y a deux salons de coiffure, l’un pour hommes, l’autre pour femmes. Maria del Carmen Plattilero et son mari tiennent une librairie qui sera bientôt transformée en droguerie outillage et dépôt de gaz butane.

Vers l’autonomie de la commune

« Nous étions de Belcourt (banlieue algéroise) où nous tenions un magasin de pièces détachées auto. En 63, nous nous sommes classés cinquièmes dans un concours organisé par une marque de butane et impliquant les 230 concessionnaires des Bouches-du-Rhône ! Il faut dire que nous vendions plus de 50 bouteilles de gaz par semaine », se souvient Maria avec une certaine fierté.

Notre ami Maurice Bonneau n’a pas voulu être en reste. Rompant avec son ancien métier, il ouvre un commerce de chaussures, jouets et articles de sport.

De plus en plus de voix s’élèvent pour que Carnoux devienne une commune à part entière. Une seconde enquête en juillet 63 échoue comme la première. Il était cette fois question de rattacher Carnoux à Aubagne. Un « comité des cinq », composé de MM. Heinrich, Laforêt, Faure, Calandra et Bonan, se constitue et invite la population à signer une pétition en vue d’obtenir l’autonomie de Carnoux. La troisième et dernière enquête aura lieu en septembre 64. Peu à peu, devant la détermination des Carnussiens, les obstacles s’effacent un à un et c’est le 19 décembre 1964 que le conseil général approuve enfin le projet d’érection de Carnoux en commune distincte.

Annie MONVILLE

Article publié le 30 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 2)

11 avril 2016

LogoJubileAlors que la commune de Carnoux-en-Provence fête cette année ses 50 ans d’existence, nous poursuivons notre petit retour en arrière, sur les premières années de cette 119ème commune des Bouches-du-Rhône, créée dans des conditions si particulières par un groupe de Français établis au Maroc et qui ont décidé, en 1957, d’acquérir un vallon quasi désert situé entre Aubagne et Cassis pour y construire ce qui deviendra une véritable ville nouvelle, ainsi que nous l’avons déjà évoqué. Cet article est le second d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

En 1960, deux ans, donc, après les premiers achats de terrains, Carnoux compte 34 familles installées et une vingtaine de villas en cours de construction.

« Quand nous sommes arrivés, raconte madame Paris, notre villa que nous croyions terminée ne l’était pas ! Des amis nous ont heureusement prêté leur maison pour un mois. En août, il a fallu tout de même emménager. L’électricité venait d’un compteur de chantier, nous étions seuls ou presque au milieu des vignes, c’était le Farwest ! »

L’agglomération ne compte alors aucun commerce. On va chercher le pain à Roquefort-la-Bédoule par un petit chemin de terre. En septembre s’ouvre la première épicerie tenue par M. et Madame Roy. « Ça nous a changé la vie, commente M. Carita. M. Roy faisait toutes les courses à la Bédoule, il passait chercher les médicaments chez le pharmacien, il apportait le pain pour tous. Ah oui, les Roy nous ont beaucoup aidés ».

Le mail en cours de construction

Le mail en cours de construction

Le médecin le plus proche était à Aubagne qui, rappelons-le, n’était à l’époque qu’une toute petite ville. Il n’y avait pas non plus d’église bien entendu. Les messes étaient dites par le curé de La Bédoule dans la salle voûtée de la Bastide dont le rez-de-chaussée abritait les bureaux de la Coopérative immobilière. Une éolienne se dressait sur l’emplacement actuel de Notre Dame d’Afrique. Elle fournissait l’eau.

Une station d’épuration innovante

Ce n’est qu’en 1959, le 14 décembre, que fut inaugurée la station de pompage et d’épuration des Barles. Les prévisions initiales étaient de 1000 m3 par jour ce qui permettait une dotation quotidienne de 250 litres par habitant. Beaucoup de communes, à l’époque, n’en fournissaient pas autant. De plus cette idée d’épurer les eaux usées était très nouvelle pour l’époque et on peut dire que la station d’épuration de Carnoux a été l’une des premières de la région et peut-être de toute la France. Les enfants de Carnoux -ils n’étaient pas nombreux, puisque comme nous l’avons dit les premiers Carnussiens étaient plutôt des gens d’âge moyen- ont tout d’abord été scolarisés à Roquefort-la-Bédoule. Un mini car les y transportait chaque matin. Ce n’est qu’en octobre 62 que se déroulera la première rentrée scolaire à Carnoux, mais dans des conditions très précaires : « Nous avions aménagé deux classes dans le sous-sol d’une villa et notre première institutrice fut mademoiselle Stéfani bien connue à Carnoux où elle a accompli toute sa carrière », dit Maurice Bonneau.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Des préfabriqués, installés là où se trouve la mairie, viendront plus tard, en 1963. Sur le plan administratif, c’est la confusion : une partie de Carnoux est rattachée à Aubagne, l’autre à La Bédoule ! Dès 1960 des voix s’élèvent pour faire de Carnoux une commune indépendante. Pour ce faire, trois enquêtes seront réalisées : en 60, en 63 et en 64.

Une commission syndicale de cinq membres MM. Cabanieu, Labbat, Claudel, Gravallon et Vialet est élue. La municipalité de Roquefort-la-BédouIe donne un avis favorable à l’érection de Carnoux en commune distincte et accepte de céder une partie de son territoire pour ce faire. Cassis, par la voix de son maire, M. Agostini, refuse par contre toute aide. À Aubagne, le maire était M. Chouquet, il donne un avis favorable mais refuse de céder du terrain. Or, pour qu’une commune soit reconnue en tant que telle, il faut qu’elle ait une certaine superficie. La commission départementale à l’Équipement fixe celle-ci à 2 330 hectares. Or, Carnoux ne couvre à ce moment-là que 456 hectares.

Une vie rude, mais heureuse

« On reste loin du compte et ainsi se confirme que rien n’était simple à Carnoux dans les premières années », explique Roger-Pierre Raoult, un des premiers habitants qui est l’auteur de la seule étude actuelle sur la naissance de Carnoux, Naissance d’une idée, création d’une cité, Carnoux en Provence ouvrage rédigé en 1987 et auquel nous avons emprunté quelques dates et chiffres. La première enquête ne donne donc aucun résultat et il en faudra encore deux pour que tous les obstacles soient surmontés. Néanmoins les constructions avancent. Le terrain a été divisé en trois zones : « La zone A qui a été urbanisée la première, se trouvait autour de l’église actuelle, explique Maurice Bonneau. La Zone B s’étendait entre la mairie et l’immeuble Le Panorama avec une partie de la rue Paul-Verlaine. Enfin, la zone C se trouvait autour du gymnase le Montfleury ».

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Lorsqu’on demande à ces premiers Carnussiens de définir l’ambiance de la ville à cette époque, un mot revient sans cesse : Convivialité ! « Tout le monde se connaissait, on fêtait la nouvelle année tous ensemble dans les locaux de la bastide… », se souvient Maurice. « Les jeunes jouaient dans les collines, c’était magnifique », ajoute M. Carita. « Côté sud il y avait des sources d’eau fraîche qui ont malheureusement disparu. C’était une vie rude par manque d’infrastructures, mais en même temps nous étions entre nous, nous nous sentions libres ! ».

L’été 62 va mettre fin à cet équilibre en amenant à Carnoux une population nouvelle issue elle aussi de l’Afrique du Nord, mais qui arrive avec des besoins et des désirs bien spécifiques. Un chapitre se clôt, un autre va s’ouvrir qui débouchera sur le Carnoux d’aujourd’hui.

Annie MONVILLE

Article publié le 29 décembre 2004 dans La Provence

Tours végétales ou jungle urbaine ?

5 avril 2016

Alphonse Allais avait proposé de construire plutôt les villes à la campagne « car l’air y est beaucoup plus pur ! », mais la tendance actuelle semble être davantage de construire la nature en ville. Fleurissent en effet toutes sortes de projets architecturaux qui intègrent une présence très forte de la végétation dans constructions urbaines.

La villa Méditerranée à Marseille

La villa Méditerranée à Marseille

Un des précurseurs de cette nouvelle mode est l’architecte italien Stefano Boeri, celui-là même qui a dessiné la Villa Méditerranée inaugurée en 2013 à côté du MUCEM, avec son impressionnant porte-à-faux surplombant un vaste bassin en eau. Cet architecte visionnaire a en effet imaginé voici près de 10 ans la construction de deux tours de respectivement 76 et 110 m de hauteur dont les façades s’ornent d’une véritable forêt verticale. Un projet, joliment dénommé Bosco verticale, qui ne laisse pas indifférent, réalisé dans le cadre d’un programme de rénovation urbain en plein coeur de Milan.

Blog291_PhToursBoeri

Inaugurées en 2014 après un chantier qui a duré 5 ans, les deux tours abritent désormais, sur 19 et 27 étages chacune, 480 habitants mais aussi 780 arbres et 11 000 plantes végétales sans compter de l’ordre de 1 600 oiseau et papillons venus nicher et se nourrir dans ce nouvel écosystème urbain, ainsi qu’environ 9 000 coccinelles qui ont été lâchées sur les deux tours pour réguler les colonies de pucerons et autres insectes nuisibles… Les balcons des deux tours abritent ainsi l’équivalant d’un hectare de forêt constituée d’essences variées parmi lesquels des chênes verts, des noisetiers, des hêtres, des frênes et des oliviers, mais aussi des pruniers, cerisiers et pommiers choisis pour la beauté de leur floraison au printemps.Blog291_PhBalcons

Toutes ces essences ont été sélectionnées en fonction de plusieurs critères, dont leur faible pouvoir allergène, leur absence d’épines, mais aussi leur résistance au vent et aux parasites, leur aptitude à un élagage périodique, ou encore leur pouvoir anti-polluant par la fixation des micro-poussières présentes dans l’air. Car le projet se veut exemplaire en matière environnementale et utilise notamment l’énergie solaire et la géothermie tout en testant un nouveau concept de façade boisée destiné à favoriser à la fois le confort des habitants qui profitent ainsi de larges balcons ombragés et le développement d’une biodiversité inédite en site urbain. Des nids et des mangeoires ont ainsi été aménagés afin de rendre ce nouvel environnement attractif pour les oiseaux, les abeilles et les papillons ou les chauves-souris…

Blog291_PhAngleTourBoeriLa conception d’un tel chantier n’a pas été simple et a nécessité de multiples innovations technologiques pour accrocher les vastes balcons de 3,50 m de largeur à la structure de chaque tour. Chaque balcon, équipé de parapets surélevés, bénéficie en effet de soutiens spécifiques en acier et est équipé de bacs à terreau d’une capacité de 5 m3 chacun. La résistance des plantes aux rafales de vent a dû être testée en soufflerie d’abord au Politecnico de Milan, puis à l’International Hurricane Center en Floride, et des systèmes de sanglage particulier ont été mis en place. L’irrigation de toutes ces plantes vertes est quant à elle centralisée et automatisée, alimentée à partir de l’eau usagée du circuit de climatisation. Les habitants sont donc déchargés de toute corvée d’arrosage et n’ont pas non plus à s’occuper de l’entretien de leur forêt puisque l’élagage est confié à une équipe de professionnels intervenant sur cordes.

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Il sera intéressant d’observer comment un tel projet perdure dans le temps et comment les habitants des deux tours s’y adaptent. En tout cas, l’originalité du concept lui a valu d’être récompensé en novembre 2014 par le premier prix de l’International Highrise Award 2014 (prix du gratte-ciel le plus innovateur) par un jury du Musée d’architecture de Francfort : une belle distinction pour un projet architectural qui ne manque pas d’originalité et de poésie.

Blog291_PhTourCedreLe cabinet de Stefani Boeri continue d’ailleurs d’exploiter cette veine avec un autre projet intitulé « Les terrasses des cèdres », une tour de 36 étages construite en 2015 près de Lausanne en Suisse et dont la façade s’orne d’une centaine de magnifiques cèdres qui, comme dans le Bosco verticale de Milan, sont transplantés par des grues dans les caissons accrochés aux balcons et remplis de terre.

Mais d’autres projets comparables voient le jour un peu partout dans les cabinets d’architectes. Ainsi, dans le 13ème arrondissement de Paris, la tour de 18 étages M6B2, plus connue sous son nom de « Tour de la biodiversité » vient d’être érigée par l’architecte Édouard François pour le compte de l’Office public d’habitation Paris Habitat. Recouverte de plaques de titane irisé vert et emmaillotée de filets d’acier, sa façade est destinée à se végétaliser par une seconde peau de plantes grimpantes. Cette tour pourra alors servir aussi d’abri pour la faune locale tout en disséminant graines et pollen dans son environnement proche.Blog291_PhTourM6B2

Bien d’autres exemples du même type existent ou sont à l’étude qui devraient permettre de réimplanter dans nos centres urbains des nouvelles constructions support de nature en ville. Les murs végétaux se multiplient dans toutes les grandes agglomérations, traduisant au-delà d’une nouvelle mode architecturale un véritable tournant dans notre conception de l’aménagement du territoire où il est de plus en plus question de préserver la biodiversité en ville, de rétablir les trames vertes et bleues, de végétaliser les toitures et de désimperméabiliser les sols. Plus de 2000 espèces végétales et animales sont déjà recensées dans une ville comme Paris et ce n’est peut-être qu’un début…

L.V.  LutinVertPetit

Aubagne : le projet des Gargues dans l’impasse ?

4 janvier 2016

C’est une décision assez surréaliste qui a été prise par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile (CAPAE) le 30 novembre dernier, lors d’un de ses derniers conseils communautaires avant disparition au profit de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui s’est donc créée, comme prévu par la loi, mais dans une ambiance plus que délétère, au 1er janvier 2016.

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Lors de cette séance et parmi 56 délibérations – rien de moins -, la cinquième d’entre elles a particulièrement retenu l’attention de La Provence comme de La Marseillaise puisqu’elle consiste en un rejet du projet d’aménagement de la ZAC des Gargues dont la Communauté d’agglomération est pourtant maître d’ouvrage depuis des années. Cette délibération, adoptée à l’unanimité, faisait d’ailleurs logiquement écho à la même décision défavorable prise par la ville d’Aubagne lors de son conseil municipal du 29 septembre 2015, suite à un long débat soigneusement retranscrit dans le procès-verbal de la séance.

Ce projet d’aménagement est pourtant dans les tuyaux depuis au moins 2009 et a été pour l’essentiel porté par l’ancienne majorité de gauche qui était aux commandes de la ville comme de l’agglomération jusqu’en 2014.

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Il consiste à aménager une vaste zone de 42 hectares située entre l’autoroute A57 et la zone industrielle des Paluds, de part et d’autre de la jardinerie Tirand. Pour l’instant, l’essentiel de ces terrains sont des parcelles agricoles, pour la plupart encore cultivées et pour certaines occupées par des prairies où paissent encore régulièrement des troupeaux de moutons. Au sud, le secteur s’étend même de l’autre côté de la RD 8 (route de Toulon) jusqu’à la bretelle permettant de rejoindre l’A50 vers Marseille.

A la place de ce dernier ilôt encore largement préservé du bétonnage, la tentation était grande d’aménager une nouvelle zone d’activité, d’autant que l’extension de la zone industrielle des Paluds et celle de la zone commerciale des Martelles qui s’étend en limite nord (autour du magasin Auchan) voient leur extension désormais fortement restreinte car situées pour la plupart en zone inondable du futur plan de prévention du risque inondation.

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Du coup, l’ancienne municipalité avait vu grand en imaginant, via la communauté d’agglomération, la réalisation de plus de 850 logements avec de multiples services publics tels que crèches, écoles et installations sportives, ainsi que des constructions de bureaux et de locaux industriels, un nouveau centre commercial et une zone de loisir centrée autour d’un immense complexe cinématographique, le tout desservi par la nouvelle ligne de tramway dans le prolongement de l’avenue de la République, moyennant aussi de nouvelles infrastructures routières pour faciliter l’accès depuis l’autoroute et un boulevard urbain central.

Adopté en mai 2012, le projet a été confié le 8 octobre 2013 au seul et unique opérateur privé ayant répondu à la consultation, la SAPAG (Société aubagnaise pour l’aménagement des Gargues), une société créée spécifiquement pour gérer ce projet et qui regroupe Immochan (la société immobilière du groupe Auchan, laquelle détient déjà -heureux hasard- plus de la moitié des terrains concernés), Guintoli (une entreprise de travaux publics) et Grand Delta Avignon (un bailleur social). Le contrat de concession, qui prévoit pour environ 500 millions d’euros d’investissement privé auquel s’ajouteront de l’ordre de 19 millions d’investissement public, a été signé in extremis le 25 février 2014, quelques jours avant la tenue des élections municipales qui ont vu la majorité basculer tant à Aubagne qu’à l’agglomération.

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l'autoroute

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l’autoroute

Depuis, c’est le chaos car les nouveaux élus n’ont jamais caché leur opposition à ce programme jugé pharaonique et suicidaire pour l’avenir du centre ville d’Aubagne déjà fortement mis à mal par la concurrence des zones commerciales périphériques. L’abandon du projet de tramway, décidé par la nouvelle équipe, rend également plus fragile le dossier car on imagine bien que les 3000 nouveaux habitants et les milliers d’emplois envisagés dans ce secteur périphérique dont les accès sont déjà fortement engorgés aux heures de pointe ne vont que rendre la circulation encore plus compliquée. Un projet de bus à haut niveau de service a bien été évoqué comme alternative mais cela ne semble pas à la hauteur des enjeux.

Logements et boulevard urbain en projet

Logements et boulevard urbain en projet

Malgré ce climat d’incertitude, la SAPAG a foncé tête baissée pour tenter de ficeler au plus vite le projet avant qu’il ne soit remis en cause. Les nouveaux élus ont tenté d’infléchir la voilure en remettant en particulier en cause les nombreux logements sociaux initialement prévus et dont la Droite ne voulait à aucun prix. Le nombre de logement a été réduit à 680 dont seulement 30 % en logement locatif social. La surface commerciale, initialement fixée à 80 000 m² a été réduite à 50 000 m² auxquels s’ajoutent 7 hectares d’activité industrielle et 30 000 m² de bureaux.

La crêche et l’école restent à l’ordre du jour ainsi que la création d’un parking relai de 400 places et un vaste pôle de loisirs avec le fameux complexe de 15 000 m² comprenant 15 salles de cinéma dont une salle Imax 3D de 450 places avec écran incurvé de 22 m, le nec plus ultra en la matière ! Baptisé Stratos, ce complexe, dessiné par l’architexte argentin Marcelo Joulia coûtera à lui seul 26 millions d’euros en étude et travaux, une paille… Une salle de spectacle et deux restaurants sont également intégrés dans le projet, sans trop se préoccuper de la concurrence possible avec le palais des congrès Agora situé à deux pas, pas plus d’ailleurs que celle du multiplexe de la Valentine…

Le centre de loisir avec ses places à l'air libre

Le centre de loisir avec ses places à l’air libre

Le projet a été présenté en grandes pompes lors du Marché international professionnel de l’immobilier de commerce qui s’est tenu à Cannes du 18 au 20 novembre. Lors de cette grande foire internationale, la ZAC des Gargues, rebaptisée « écoquartier Bonnes-nouvelles », ce qui fait plus vendeur, a été présentée comme un des projets phares de l’immobilier mondial avec son parc de logements et de tertiaire agencé autour d’un parc arboré du plus bel effet sur les maquettes et d’un boulevard urbain apaisé (une pure merveille sur le papier), son multiplexe Stratos et son centre commercial à ciel ouvert de dernière génération au nom de code évocateur Alpha 2017 : 200 boutiques, pas moins de 15 restaurants et 3 places extérieures réservées aux activités ludiques telles que le saut à l’élastique : les Terrasses du Port ont du souci à se faire !

Blog264_PhProjetEn attendant, c’est plutôt le projet qui a du plomb dans l’aile. Remis officiellement le 30 juillet 2015 à la CAPAE, il a été discuté en conseil municipal à Aubagne le 29 septembre et a été rejeté à l’unanimité puisque même les élus de gauche se sont abstenus ou ont refusé de prendre part au vote. Peu après, certains habitants ont lancé une pétition pour réclamer un référendum sur ce projet au motif, difficilement contestable, qu’un tel aménagement se traduirait par la perte d’excellentes terres agricoles en zone périurbaine, alors que de nombreux jeunes agriculteurs sont à la recherche de nouvelles parcelles pour s’installer. Ils s’appuient d’ailleurs largement sur l’avis fortement négatif qui avait été émis en 2012 par l’autorité environnementale, pointant de nombreuses faiblesses au projet dont par exemple le fait que ce n’était par forcément une bonne idée de vouloir installer autant de logements à proximité de l’autoroute, dans une zone très exposée au bruit et déjà largement congestionnée.

Bref, la décision prise en conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre dernier n’est que le coup de grâce d’un projet qui risque désormais de ne jamais voir le jour. Interrogé par La Marseillaise, le président du comité de direction de la SAPAG, Paul des Longchamps, ne décolère pas et se fait même menaçant, rappelant au passage que le groupe Auchan, dont le magasin des Paluds est le deuxième de France avec un chiffre d’affaire annuel de plus de 260 millions d’euros, est le premier contributeur fiscal d’Aubagne. Il réclame sans plus attendre que l’Agglomération lui verse de l’ordre de 10 à 20 millions d’euros pour rembourser le montant des études déjà réalisées et annonce des procédures juridiques en cascade pour obtenir des dommages et intérêts colossaux, à la mesure du préjudice subi : on imagine que les services juridiques d’Auchan vont avoir fort à faire dans les années qui viennent ! Le contribuable aussi, pour payer les pots cassés… Mais pas de panique, car c’est désormais à la Métropole de prendre en main le dossier et de régler le contentieux. Il n’est pas impossible que l’on assiste à de nouveaux rebondissements à l’avenir…

L.V.

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit

Carnoux : petit conseil avisé d’un citoyen vigilant…

1 octobre 2015

Blog234_Ph1La médiathèque municipale de Carnoux-en-Provence s’affiche désormais fièrement à quiconque entre dans la commune. Après deux tentatives malheureuses de signalétique en toile que le mistral s’est empressé de déchiqueter, voilà enfin que le dispositif de signalisation de notre médiathèque possède une existence « en dur ». Très bien !

Mais pour y accéder à pied depuis le quartier du Mussuguet, il faut affronter un danger permanent : traverser la route départementale…Blog234_Ph2

Comment ne pas risquer sa vie sans dispositif de sécurisation ?

Il y a bien un passage marqué au sol, mais situé bien plus bas, entre l’escalier du Panorama et l’ancienne station-service désaffectée, et qui semble réservé aux piétons à tendance suicidaire, car situé beaucoup trop près du virage et de surcroît avec une faible visibilité face au danger.Blog234_Ph3

Que faire, alors ? Ne serait-il pas préférable de déplacer le passage pour piétons un peu plus haut, au pied du chemin déjà marqué par deux potelets métalliques qui d’ailleurs n’attendent que l’installation de deux compagnons de l’autre côté de la route ? L’ensemble signalerait bien plus efficacement qu’actuellement aux automobilistes qui déboulent à cet endroit la présence possible de piétons.

Blog234_Ph4Plus généralement d’ailleurs, cette signalétique est très imparfaitement installée le long de la route départementale qui traverse Carnoux. Bien marquée sur le mail rénové, elle reste très chaotique ailleurs et la vie du piéton carnussien, comme celle de son collègue cycliste, ne tient souvent qu’à un fil face à ce flot incessant de voitures qui traverse quotidiennement notre ville.

Améliorer la sécurité de chacun sur la voie publique ne nécessite pas forcément de gros investissements, bien moindres en tout cas que les sommes nécessaires à la vidéosurveillance dont l’efficacité reste pourtant à démontrer. Encore faut-il savoir entendre les observations avisées et bienveillantes des usagers qui exercent leur vigilance citoyenne, et ne pas attendre que se produise un accident avant de procéder à l’aménagement suggéré…

J. Tonnelle

À la recherche des cités disparues…

13 août 2015

Blog216_PhLivreAlors que certains nostalgiques d’Indiana Jones cherchent toujours à percer les mystères de la fameuse arche perdue, voici que l’écrivaine Aude de Tocqueville vient de publier un livre admirable dont France Inter s’est fait récemment l’écho. Intitulé « Atlas des cités perdues », cet ouvrage édité en 2014 par Arthaud, propose un tour du monde de 40 villes fantômes, anciennes capitales de royaumes disparues, villes minières retournées à la poussière, oasis millénaires englouties dans les sables ou villes industrielles désertées à la suite d’un accident brutal ou d’une crise économique.

Passionnée d’histoire ancienne, Aude de Tocqueville s’est penchée en priorité sur les cités antiques irrémédiablement détruites. Carthage bien sûr, l’ancienne cité punique que les légions romaines ont fini par anéantir en 146 avant J.C., en réponse aux injonctions répétées du vieux Catilina et son fameux « Carthago delenda est » qui a servi d’exemple grammatical à des générations d’apprentis latinistes… Après trois ans de siège à l’issue de la troisième guerre punique, la cité carthaginoise est prise d’assaut, dévastée et brûlée pendant 17 jours, de sorte qu’il n’en reste plus rien ! Elle sera pourtant reconstruite un peu plus tard par les Romains eux-mêmes et ses ruines restent visibles encore de nos jours…

Blog216_PhCarthage

Il Vesuvio e le rovine di PompeiPompéi bien sûr fait partie de ces villes antiques mythiques, elle qui a été brusquement rayée de la carte, ensevelie sous un déluge de cendres volcaniques issues du Vésuve en 79 après J.C. Exhumée de nouveau, quasi intacte, cette cité disparue est devenue un haut lieu du tourisme internationale et continue à défrayer régulièrement la chronique du fait de son état de délabrement avancé et du peu de moyens que consacre l’État italien à sa sauvegarde. Pompéi est ainsi en passe de devenir le symbole de la ruine italienne de ruines romaines…

Ma’Rib au Yemen © Bernard Gagnon - 2015

Ma’Rib au Yemen © Bernard Gagnon – 2015

Ma’Rib, l’ancienne capitale du Royaume de Saba, dont on retrouve des évocations dans la Bible comme dans le Coran, fait également partie du voyage à remonter le temps. Située dans l’actuel Yemen, à 120 km à l’est de l’actuelle capitale Sana’a, l’antique Ma’Rib présente à proximité les vestiges d’un très ancien barrage construit aux environs de 1500 avant J.C., qui permettait d’irriguer une très vaste surface ceinturée d’une digue de 650 m de longueur : un des plus spectaculaires vestiges d’ouvrage hydraulique ancien connu !

Blog216_PhBam

La ville de Bam au sud de l’Iran, n’est pas vraiment une ville perdue puisque près de 100 000 personnes y vivaient au pied de l’antique citadelle, magnifique forteresse rose bâtie en plein désert, mais la ville a été victime en 2003 d’un terrible séisme qui a quasiment rasé l’ancienne ville et gravement endommagée les parties les plus modernes.

Blog216_PhPripiatAu fil des pages et au travers de multiples exemples de cités au destin tragique, on s’aperçoit ainsi que les villes, comme toutes les constructions humaines, sont en évolution perpétuelle mais qu’elles sont mortelles, tout comme leurs bâtisseurs, et qu’elles peuvent disparaître parfois en quelques minutes seulement ou à la suite d’une longue agonie. Ainsi, la ville de Pripiat, en Ukraine, cité ouvrière florissante située à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl a été vidée de la totalité de ses habitants en quelques minutes seulement, le 27 avril 1986, plus de 30 heures quand même après l’explosion du réacteur…

Blog216_PhCentraliaEn Pensylvanie, aux USA, la ville de Centralia était bâtie au dessus d’une mine de charbon où s’est déclaré accidentellement un incendie en 1962. Le feu s’est propagé lentement à travers les galeries de l’exploitation souterraine et n’a jamais pu être arrêté : il brûle toujours et sans doute encore pour plusieurs siècles ! Sa propagation a dévasté tout le réseau routier et la quasi totalité des habitations de la ville, déstructurées par les affaissements de sol qui en résultent. La ville a dû être totalement évacuée.

Blog216_PhAngkor

Dans d’autres cas, ce sont des crises écologiques, politiques ou économiques qui sont à l’origine du déclin et de l’abandon de villes pourtant immenses comme celle d’Angkor au Cambodge. Des cites minières ont été abandonnées du jour au lendemain suite à l’épuisement des filons exploités, ainsi celle de Kadykchan en Russie ou d’autres aux USA liées à la ruée vers l’or. Des villes et même parfois des sites antiques fabuleux se sont retrouvées noyés lors de la construction de retenues d’eau après que tous leurs habitants ont été évacués, pas toujours de plein gré. En Espagne, une ville construite à Seseña au sud de Madrid pour accueillir 40 000 habitants est restée inachevée suite à la crise de l’immobilier…

Ville de Hashima au Japon

Ville de Hashima au Japon

Les raisons qui ont conduit à l’abandon de ces cités sont donc très variées, mais le résultat est le même : un lieu de vie où les hommes se regroupent pour vivre, commercer, travailler, échanger, étudier peut se retrouver vidé de ses habitants et mourir ensuite à petit feu tandis que la végétation reprend peu à peu ses droits, confirmant une fois de plus que nos civilisations sont mortelles, mais qui en doute encore ?

L.V. LutinVertPetit

A Carnoux, l’âne du développement durable…

1 juin 2015

Le samedi 30 mai 2015 est à marquer d’une pierre blanche dans la – brève – histoire de la commune. Moins de cinquante ans après sa création et pour la première fois à notre connaissance, il y a été question de développement durable, une grande avancée sur cette commune, urbanisée sur la quasi totalité de son territoire (c’est déjà la ville la plus densément peuplée des Bouches-du-Rhône en dehors de Marseille) et où l’on bétonne à qui mieux mieux les rares espaces encore disponibles du centre ville.

A Carnoux, le bétonnage progresse à grands pas, seulement ralenti par les faillites d'entreprises...

A Carnoux, le bétonnage progresse à grands pas, seulement ralenti par les faillites d’entreprises…

Une ville traversée par un flot incessant de voitures, identifiée comme un des pires points noirs de la circulation routière dans le département des Bouches-du-Rhône. Une ville où il est fortement déconseillée de se déplacer à pied tant certains trottoirs sont étroits, au point que le piéton, déjà assourdi par le bruit de la circulation routière et asphyxié par les émanations des pots d’échappement, est frôlé par les véhicules lancés à pleine vitesse.

A Carnoux, mieux vaut être mince pour arriver à se faufiler sur certains trottoirs...

A Carnoux, mieux vaut être mince pour arriver à se faufiler sur certains trottoirs…

Une ville où les déplacements en vélo ne sont prévus que sur un court tronçon le long du mail et dont le reste de la traversée relève du stage de survie en milieu hostile. Une ville donc où tous ceux qui tiennent à leur peau sont contraints de se déplacer en voiture, d’autant que les transports en commun restent encore largement à développer. Une ville enfin où même le covoiturage est interdit, comme le rappellent de manière explicite des panneaux installés sur tous les espaces de stationnement. Bref, un lieu où tout reste à faire en matière de développement durable.

A Carnoux fleurissent un peu partout des panneaux rappelant que le covoiturage y est strictement interdit...

A Carnoux fleurissent un peu partout des panneaux rappelant que le covoiturage y est strictement interdit…

Blog188_PhAfficheEt c’est donc la bonne nouvelle de la semaine qui était justement celle du développement durable comme nous l’indiquent de grandes banderoles déployées au milieu du chantier du centre ville : à défaut du maire, sa troisième adjointe, chargée des transports, de l’environnement et de la qualité de vie, souhaite introduire la notion de développement durable dans la gestion de notre commune. On ne peut que se réjouir d’une telle prise de conscience et l’encourager à passer rapidement de la parole aux actes !

Pour l’instant, l’initiative s’est limitée à rassembler quelques stands d’exposants autour de la place Lyautey, histoire de faire découvrir aux Carnussiens l’action de l’ONF à qui la commune a confié la gestion de ses quelques parcelles forestières, et celle de la SERAMM, une filiale de la Lyonnaise des eaux, à qui la communauté urbaine a délégué la gestion de ses eaux usées. Le clou de cette manifestation, qui ne semble néanmoins guère avoir attiré les foules, était un petit âne, réfugié à l’abri de barrières de sécurité et qui se laissait obligeamment caresser par les passants.

La présence de cet âne était-elle un message subliminal pour suggérer à la population que la commune fait partie des mauvais élèves du développement durable, l’une des dernières communes française à avoir mis en place un système de tri sélectif des ordures ménagères, qui n’est toujours pas fonctionnel dans les logements collectifs du centre ville ? Une commune où les déchets sont transportés par camions à l’autre bout du département pour y être incinérés en dehors même du territoire de la communauté urbaine… Une commune en tout cas où l’environnement et le cadre de vie sont bien éloignés des attentes des citoyens tels qu’elles avaient par exemple été exprimées en 2011 par des membres du Conseil de développement de la Communauté urbaine MPM dans leur cahier de recommandations (GuideRecommandation2011)…

Quel message faut-il donc déduire de la présence de cet âne sur la place Lyautey ?

Quel message faut-il donc déduire de la présence de cet âne sur la place Lyautey ?

A dire vrai, il semble qu’il ne faille pas chercher si loin et que cet âne insolite avait seulement pour objet d’amuser les passants. A Carnoux en effet, il convient d’être particulièrement prudent avec ces questions qui touchent à nos comportements individuels et collectifs. Certes le réchauffement climatique devient peu à peu irréversible, la biodiversité est gravement menacée, les cours d’eau et les nappes phréatiques sont pollués, l’air devient irrespirable et les habitants de l’agglomération marseillaise dont Carnoux fait partie perdent déjà 7 mois d’espérance de vie du seul fait de la pollution atmosphérique…

Mais il ne faut surtout pas alarmer l’électeur. Tout le monde sait que la priorité est de modifier nos modes d’urbanisation, d’améliorer l’isolation thermique des bâtiments, de faire évoluer nos modes de consommation et surtout de développer des systèmes performants de transports en commun. Tous ces changements ne peuvent se faire qu’à l’échelle de l’aire métropolitaine et supposent une volonté politique forte, appuyée par une véritable mobilisation de la société civile. De nombreux citoyens de Carnoux et les associations locales sont manifestement prêts à s’engager dans cette voie. Encore faut-il que nos élus acceptent de les écouter… Espérons qu’ils sauront enfin prendre le sujet à bras le corps et agir au delà de ce qui s’apparente pour l’instant plutôt à une simple opération de communication…

L.V. LutinVertPetit