Trump : du Capitole à la roche Tarpéienne

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Décidément, ces élections présidentielles américaines de 2020, tant attendues et scrutées par le monde entier après quatre années passées sous le mandat pour le moins déroutant d’un Donald Trump totalement décomplexée et prêt à tout, auront tenu leurs promesses ! Après avoir tenu en haleine toute la planète par un dépouillement interminable, voilà que l’affaire se termine par un épisode tragi-comique totalement inédit avec cette prise du Capitole par des militants trumpistes déchaînés.

C’est le journaliste Christophe Deroubaix, correspondant du journal l’Humanité à Marseille depuis 2004 et grand spécialiste des États-Unis dont il décortique la vie politique depuis près de 25 ans, qui a imaginé ce titre dans un article publié le 8 janvier 20121. A Rome, le Capitole était cette colline sacrée sur laquelle était édifié un temple consacré à Jupiter capitolin, haut-lieu symbole de puissance et d’honneur vers lequel un général romain victorieux pouvait être autorisé par le Sénat à y conduire son char en grandes pompes.

Le bâtiment du Capitole à Washington DC (source © Structurae)

Dans l’État de Washington, le Capitole est le nom du bâtiment dont la première pierre fut posée en 1793 et qui abrite le Congrès fédéral, détenteur du pouvoir législatif. Séparé par une simple place du « Temple de la Justice » qui abrite la Cour suprême de l’État, ce site prestigieux représente sans conteste un haut-lieu de la démocratie américaine.

Lorsque Donald Trump, pourtant clairement battu dans les urnes mais refusant toujours de reconnaître sa défaite, deux mois après le scrutin, chauffe à bloc des milliers de sympathisants près de la Maison Blanche en ce mercredi 6 janvier 2021, il met clairement le feu aux poudres. « Nous ne céderons jamais » clame-t-il haut et fort, dénonçant pour la n-ième fois une « élection volée » et une « fraude massive », alors même que le Congrès doit se réunir le jour même pour certifier la victoire électorale du Démocrate Joe Biden pourtant élu par plus de 81 millions d’Américains et avec près de 7 millions de voix d’avance par rapport à son adversaire Républicain. Un écart incontestable même si cela signifie que plus de 74 millions d’électeurs ont préféré voter pour Donald Trump, alors qu’ils n’étaient que 63 millions à avoir fait ce choix en 2016. Rarement la grande démocratie américaine n’aura été autant polarisée en deux camps inconciliables…

Donald Trump en meeting en Georgie le 4 janvier 2021 (photo © Mandel Ngan / AFP / France Inter)

Il n’a donc pas fallu à Donald Trump beaucoup d’efforts pour que les militants les plus virulents de sa cause, sitôt son discours terminé, se rendent au Capitole situé à 2 km seulement, bien décidés à en découdre avec les Congressistes pour les empêcher de reconnaître officiellement le résultat du vote américain. Et le monde entier a assisté, médusé, à un spectacle que l’on aurait jamais imaginé, avec le Capitole, à peine gardé par un dispositif de sécurité a minima, alors que les lieux sont habituellement sécurisés par une armada de la Garde nationale, mobilisée pour la moindre manifestation.

Des sympathisants de Trump prenant d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 (photo © Shannon Stapleton / Reuters / Ouest-France)

La centaine de militants déterminés n’a eu aucun mal à sauter les barrières et à pénétrer dans le bâtiment, certains en brisant des fenêtres, d’autres tout simplement en entrant par la grande porte. Les putschistes en herbe se sont rués à travers les couloirs et les escaliers du bâtiment officiel, alternant coup de force et selfies rigolards. On les a vu pourchasser des gardes armés isolés, bravant les gaz lacrymogènes et assiégeant la Chambre des Représentants défendue, arme au point par des agents de sécurité acculés. Des coups de feu ont été tirés et deux morts sont à déplorer dont un parmi les forces de l’ordre. Les manifestants ont fini par pénétrer de force dans les deux Chambres du Congrès, se faisant photographier hilares au perchoir du Sénat ou les bottes sur le bureau de la présidente démocrate de la Chambre des Représentants. Des bombes artisanales ont aussi été retrouvées dans des immeubles voisins et il a fallu instaurer le couvre feu pour permettre le retour au calme. Une situation digne d’une véritable tentative de coup d’État !


Militants pro-Trump dans l’enceinte du Capitole le 6 janvier 2021 : au centre, Jake Angeli avec ses cornes de vache et ses tatouages néo-nazis (photo © Saul Loeb / AFP / La Croix)

Cette intrusion de militants chauffés à blanc par un Président toujours en exercice dans une des plus anciennes démocraties du monde, jamais avare de leçon de morale à l’encontre du reste de la planète, laissera certainement des traces. Comme l’analyse Christophe Deroubaix, « l’Histoire retiendra que celui qui voulait rendre sa grandeur à l’Amérique a été l’instigateur de la profanation de ce qu’une immense majorité d’Américains considère comme un sanctuaire ».

Un épisode douloureux qui interroge sur les dérives du débat démocratique, même s’il a de fait plutôt servi d’électrochoc, incitant sans doute le vice-président Mike Pence à entériner officiellement la victoire de Joe Biden qui s’est du coup engagé à consacrer les quatre prochaines années à « la restauration de la démocratie, la décence, l’honneur, le respect, l’état de droit ». Le sénateur républicain Lindsey Graham, pourtant fervent soutien de Trump, a de son côté réclamé des poursuites contre ceux qui se sont ainsi attaqué au gouvernement, estimant que « leurs actions sont répugnantes dans une démocratie ». Même Georges Bush a condamné cette « insurrection » digne, selon lui d’une « république bananière »…

Une potence menaçante édifiée non loin du Capitole par les manifestants pro-Trump (photo © Andrew Caballero-Reynolds / AFP / Le Figaro)

Donald Trump lui-même a fini par reconnaître dans un communiqué, sans toutefois concéder sa défaite qu’il continue à contester, qu’ « il y aura cependant une transition ordonnée le 20 janvier ». C’est donc bien cette fois le début de la fin pour le trublion qui aura fait trembler la planète avec ses volte-face et ses inconséquences et qui aura donc même fait craindre pour le fonctionnement démocratique des États-Unis.

Les Romains aimaient à rappeler que le général Marcus Manlius Capitolinus qui avait courageusement sauvé la ville d’une incursion menée par les Gaulois de Brennus et avait connu pour cela les honneurs d’un défilé au Capitole, s’était retrouvé peu après accusé de complotisme à visée populiste et avait été condamné à mort puis exécuté en étant précipité du haut de la roche Tarpéienne, laquelle se trouve justement à faible distance du Capitole : un sort auquel Donald Trump devrait du moins pourvoir échapper, autres temps, autres mœurs…

L. V.

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