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Faut-il remplacer les élections par un tirage au sort ?

30 septembre 2019

Un dessin signé Déligne (source : Les Crises)

Dans six mois auront lieu en France les prochaines élections municipales : l’occasion de s’interroger une fois de plus sur la légitimité et la représentativité des élus à qui nous déléguons le soin de gouverner les affaires publiques, quitte à les critiquer vertement pour cela. En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie représentative est en crise avec des taux d’abstention souvent élevés, des élus déconsidérés et des citoyens qui ne leur font plus guère confiance. Revirements idéologiques, comportements opportunistes, promesses non tenues, dérives affairistes ou autocratiques, autant de maux qui amènent le citoyen à se défier du politique, même élu à la majorité.

Dessin publié dans Télérama en mai 2014

Faut-il alors abandonner le mode électif pour revenir au tirage au sort ? L’idée parait saugrenue, mais certains y pensent sérieusement, rappelant que le dispositif du tirage au sort a été la base du système démocratique athénien pendant deux siècles et demi ! Les Italiens y ont eu largement recours au Moyen-Age et à la Renaissance et Montesquieu lui-même considérait que le tirage au sort était l’outil de la démocratie alors que, pour lui, le mode électif était celui de l’oligarchie.

N’oublions pas que c’est sous la Révolution Française, en 1791, qu’a été instauré le tirage au sort pour la constitution des jurys d’assises, toujours en vigueur dans notre pays et dans bien d’autres de par le monde. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet exemple dont il a pu apprécier le mode de fonctionnement et l’efficacité, que l’avocat Paul Le Fèvre plaide pour utiliser le tirage au sort comme mode de désignation de représentants du peuple en complément du dispositif électoral classique, et ceci en réponse aux attentes sociétales qui se sont exprimées notamment via le mouvement des gilets jaunes.

Contrairement au sondage, qui se contente d’interroger des citoyens anonymes et totalement déresponsabilisés, les invitant à répondre rapidement et sans réflexion préalable à des questions souvent orientées, consulter des assemblées de citoyens désignés par tirage au sort permet de les former et de leur donner accès à toute l’information nécessaire pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur des dossiers même complexes.

De nombreuses assemblées consultatives ont ainsi été constituées dans des contextes très différents et permettent de confirmer que la méthode peut donner des résultats à la hauteur des enjeux. C’est le cas par exemple des budgets participatifs mis en place dans de nombreuses communes dont Aubagne mais aussi Pont-de-Claix, près de Grenoble, qui dès 2004 a constitué un comité de 40 citoyens tirés au sort (dont 7 jeunes) pour donner un avis sur les choix budgétaires municipaux et élaborer un budget participatif destiné à financer des projets dans les quartiers de la ville.

En novembre 2010, des citoyens islandais votent pour les candidats qui formeront l’Assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution (photo © Jon Svavarsson / Presse Canadienne)

En 2010, en Islande, 1000 personnes ont été tirées au sort pour former une Assemblée nationale éphémère chargée de dégager les grands points de révision de la constitution. En Irlande, en 2012, une commission constitutionnelle a vu le jour, composée de 33 responsables politiques élus et de 66 citoyens tirés au sort, représentatifs de l’électorat irlandais. Cette commission a préparé les évolutions de la constitution sur différents sujets de société comme l’âge légal du vote, le mariage des couples homosexuels ou la place des femmes en politique.

Réunion d’une assemblée citoyenne constituée par tirage au sort en Irlande en novembre 2016 (photo © Dimitri Courant / La Vie des Idées)

Un des atouts majeurs du tirage au sort est de permettre une meilleure représentativité de la population dans sa diversité alors que le système électif favorise certaines catégories socio-professionnelles. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le profil des élus par exemple à l’Assemblée nationale issue des élections de 2017 : 76 % des députés sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures (ils étaient 81,5 % dans ce cas dans la mandature précédente !) alors que ces catégories ne représentent que 17,5 % de la population française. Inversement, employés et ouvriers qui constituent près de la moitié des Français ne sont que 4,6 % au Parlement. Quant aux femmes, et malgré les règles incitatives, elles ne représentent encore que 39 % des députés…

Juin 2017 : de nombreux chefs d’entreprises à l’Assemblée Nationale, de quoi inquiéter les syndicats. Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

Utiliser le tirage au sort pour désigner des assemblées de citoyens chargés de réfléchir à des sujets de société ou à des projets d’intérêt local, d’élaborer des questionnements qui pourraient être ensuite soumis à référendum, ou encore de contrôler le bon fonctionnement des institutions formées d’élus, voilà qui mérite en effet la réflexion. Ce pourrait en tout cas être une voie à explorer pour redonner du souffle à notre système démocratique en mobilisant l’intelligence collective, et éviter certaines dérives individualistes et cyniques vers des extrêmes.

Participer comme citoyen éclairé et informé à des débats de société oblige à s’intéresser à ces sujets dans toute leur complexité, à écouter et chercher à comprendre les avis divergents, à s’impliquer dans la gestion des affaires publiques, à faire preuve de responsabilité dans la prise de décision. Bref, tout l’inverse de la simple discussion de comptoir où chacun balance son opinion à tort et à travers. Alors, chiche ?

L. V.

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La finance au secours du climat ?

11 juillet 2019

Pierre Larroutorou (extrait vidéo © ThinkerView)

Parmi les 74 députés français élus le 26 mais 2019 au Parlement européen, figure un ardent défenseur de la lutte contre le changement climatique. Placé en cinquième position sur la liste justement intitulée Envie d’Europe écologique et sociale, dirigée par Raphaël Glucksmann, il a été élu de justesse puisque le score de 6,19 % obtenu par la liste pourtant soutenue par le Parti socialiste, ne lui a permis d’avoir que 5 élus. Voilà donc que Pierre Larrouturou accède à 54 ans à son deuxième mandat électif, après avoir été un temps conseiller régional d’Ile de France, entre 2010 et 2015, sous l’étiquette des Verts.

Agronome de formation, cet économiste est un disciple de René Dumont, persuadé depuis toujours que le Monde ne peut se développer de manière harmonieuse sans davantage de justice sociale. Longtemps militant au PS, il avait créé en mars 2012 le Collectif Roosevelt aux côtés de nombreuses personnalités parmi lesquelles Edgard Morin, Michel Rocard ou encore Stéphane Hessel, dont il était très proche.

Pierre Larroutorou et Stéphane Hessel présentent une motion au congrès du Parti socialiste à Toulouse en 2012 (source © Daily Motion)

Ayant claqué à trois reprises la porte du PS qu’il juge trop timide dans ses volontés réformatrices, Pierre Larrouturou a toujours milité pour la réduction du temps de travail, un meilleur partage des richesse, une Europe plus démocratique et qui fut dès 2005 un des rares économistes à prédire la survenance de la crise économique majeure de 2008, s’attirant les moqueries acerbes d’un Dominique Strauss-Kahn alors au sommet de sa gloire.

Son aventure à la tête de son propre parti, Nouvelle Donne, créé fin 2013, ne lui a pas attiré que des amitiés comme il le raconte lui-même dans une longue interview qu’il a accordé en juin 2018 au média internet Thinkerview, qui fait un tabac d’audience sur YouTube.

En novembre 2017, Pierre Larrouturou publie un livre intitulé en toute modestie Pour éviter le chaos climatique et financier, un ouvrage coécrit avec Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, et dont les recherches en tant que glaciologue ont contribué à mettre en évidence, dès les années 1980, l’impact du réchauffement climatique mondial.

Depuis lors, l’économiste Pierre Larrouturou a un peu mis de côté son combat contre le chômage pour se concentrer sur ce nouveau cheval de bataille qui, de son propre aveu, l’empêche de dormir. L’association qu’il a créée avec l’ex-glaciologue climatologue Jean Jouzel et dont il a été un temps le salarié, s’appelle Pacte Finance Climat.

L’économiste Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel (photo © Stéphane Geufroi / Ouest-France)

Tout un programme que cet économiste passionné expose avec infiniment de pédagogie, partant d’un constat largement partagé et que les projections du GIEC résument de manière très visuelle : même en supposant que les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris lors de la COP 21 soient scrupuleusement respectés (ce qui est loin d’être le cas, surtout depuis que ces mêmes accords ont été piétinés par Donald Trump, pourtant à la tête d’un des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre), le réchauffement climatique atteindrait plus de 3 °C d’ici la fin du siècle, avec sans doute des effets irréversibles et des emballements incontrôlables perceptibles dans les quelques années à venir. On est vraiment très proches désormais du point de rupture et seules des politiques ambitieuses et coordonnées de réduction des émissions de gaz à effet de serre pourraient peut-être encore permettre d’éviter le chaos généralisé.

Les trajectoires du probable : quel scénario pour le futur (source © Pacte Climat)

L’objectif visé est clair : faire en sorte que l’Europe joue un rôle moteur en démontrant, par une politique volontariste, qu’il est possible de diviser par quatre d’ici 2050 ses émissions de gaz à effet de serre tout en créant des millions d’emplois, grâce à des investissements massifs notamment dans l’isolation des bâtiments, dans le développement des énergies renouvelables, dans des transports publics propres et dans des politiques d’économie d’énergie à grande échelle.

Un dessin signé Wingz (source © CFDT)

Les études montrent que le pari vaut la peine d’être tenté avec 6 millions de nouveaux emplois à la clé et une réduction significative des dépenses d’énergie, mais aussi une diminution des dommages liés aux catastrophes naturelles voire à terme aux tensions politiques provoquées par l’inévitable immigration de réfugiés climatiques.

Comment amorcer la pompe pour financer un chantier aussi colossal ? En fait la réponse est simple et les outils pour y arriver existent déjà : les banques centrales, américaines comme européennes, ont créé massivement de la monnaie lors de la crise de 2008 pour sauver les banques commerciales menacées de faillite, et la Banque centrale européenne continue à le faire discrètement mais à grande échelle. Depuis 2015, ce sont pas moins de 2500 milliards d’euros qui ont ainsi été injectés par la BCE auprès des banques commerciales, l’essentiel de cette masse monétaire servant uniquement à la spéculation financière puisqu’on estime que seulement 300 millions d’euros ont été prêtés au secteur privé pour des investissements productifs, une misère !

Un dessin signé Nawaq (source © Jolyday)

Dans ces conditions, même le FMI en fait le constat : ces énormes sommes d’argent créées de manière totalement artificielle ne font qu’alimenter la bulle spéculative et nous rapprochent chaque jour davantage d’une nouvelle crise économique que le journal Les Échos prédit déjà comme 10 fois plus grave que celle de 20008 : « l’économie mondiale est comme le Titanic, elle accélère avant le choc »…

La proposition est donc évidente : il suffirait d’affecter cette création monétaire à des investissements en faveur de la transition énergétique. Pour cela, pas besoin de créer de nouvelles usines à gaz. Il suffit de s’appuyer sur la Banque européenne d’investissement (BEI) en lui adossant une nouvelle filiale, une Banque du développement durable, qui, dans le cadre d’un nouveau Traité européen à négocier entre les États les plus engagés, attribuerait à chacun d’entre eux un droit de tirage correspondant à 2 % de son PIB. De quoi investir 45 milliards en France sous forme de prêt à taux zéro pour financement massivement l’isolation des logements et le développement de transports publics propres.

Pierre Larroutorou sur ThinkerView

A cela s’ajoutent bien sûr d’autres leviers à actionner sous la forme d’une taxe sur les transactions financière et une taxe sur les émissions de CO2, mais surtout une contribution climat sous forme d’une taxe à hauteur de 5 % sur les bénéfices des entreprises, bien entendu dégressive en fonction du bilan carbone de chacun. Cette taxe, susceptible de rapporter 100 millions d’euros par an, alimenterait un Fonds européen pour le climat et le développement permettant de soutenir l’effort de recherche, les investissements pour la transition énergétique et l’aide au développement en faveur de nos voisins africains les plus exposés aux effets du dérèglement climatique. Une taxation évidemment peu populaire auprès des milieux d’affaire mais qui permettrait de compenser la chute régulière observée depuis le milieu des années 1990, avec un taux moyen d’imposition sur les bénéfices proche de 20 % en Europe alors qu’il est resté autour de 35 % aux États-Unis, jusqu’aux décision récentes de Donald Trump.

Reste à savoir désormais si ce pacte finance-climat a une chance d’être mis en œuvre, ce qui suppose que les chefs d’États européens, Emmanuel Macron et Angela Merkel en tête, s’en emparent de manière volontariste. Nombreux sont en tout cas les élus locaux de tous bords qui soutiennent la démarche : c’est peut-être le moment ou jamais pour nos responsables politiques, nouvellement élus à la tête des instances européennes, de faire preuve de clairvoyance et de courage, avant qu’il ne soit trop tard…

L. V.

En Europe, l’écologie a le vent en poupe !

27 mai 2019

Les élections européennes se suivent et ne se ressemblent pas. Alors que la campagne électorale avait été plutôt amorphe pour cette dernière édition qui a pris fin dimanche 26 mai 2019, le taux de participation a atteint un niveau plutôt inespéré. En France en particulier où l’abstention gagnait inexorablement du terrain, élection après élection, le taux de participation a dépassé le seuil fatidique de 50,1 %, alors qu’il était tombé à 42,4 % seulement en 2014. Voilà qui constitue un sérieux démenti à tous ceux qui prétendent que la politique n’intéresse plus personne et que l’Europe technocratique est le cadet des soucis des Français.

Taux de participation par pays (résultats provisoires) aux élections européennes du 26 mai 2019 (source © Statista)

D’autant que cet engouement démocratique n’est pas l’apanage de notre seul pays. Le taux de participation constaté en France est sensiblement le même que dans la moyenne des 28 pays concernés par cette élection simultanée alors qu’il dépassait à peine 43 % en 2014. Bien sûr, ce chiffre moyen masque de fortes disparités entre les scores soviétiques de la Belgique où 89 % des électeurs se sont déplacés, le vote y étant obligatoire, et celui moins glorieux de la Slovaquie où moins de 23 % des citoyens inscrits sur les listes ont jugé nécessaire de s’exprimer. Mais on saluera quand même la forte mobilisation des Espagnols dont le taux de participation, qui n’était que de 43,8 % en 2014 a grimpé à 64,3 % en 2019, ou encore celle des Polonais où le taux de participation a bondi de 24 à 43 %.

Et pendant ce temps là, le Brexit… Un dessin signé Plantu

Certes, seuls 37 % de nos voisins britanniques se sont déplacés pour élire leurs représentants au Parlement européen, mais comment leur en vouloir alors que les négociations pour le Brexit s’éternisent et que cette élection a été décidée à la dernière minute, faute de trouver un accord à temps et sans laisser guère de latitude aux partis traditionnels pour trouver des candidats et encore moins faire campagne…

Il n’en reste pas moins que ces élections européennes, si elles ont provoqué une mobilisation citoyenne plutôt salutaire, viennent quelque peu chambouler le statu quo bruxellois. Il serait sans doute imprudent d’en tirer des conclusions hâtives d’autant que chaque pays présente un contexte différent qui interfère nécessairement avec une élection, toute européenne fut-elle. La victoire écrasante de la liste souverainiste soutenue par Viktor Orban qui a remporté plus de 53 % des suffrages en Hongrie, ou encore le large succès de la Ligue de Matteo Salvini en Italie avec plus de 34 % des voix sont sans doute des indices qui confirment une poussée des mouvements nationalistes et populistes en Europe, mais qui s’expliquent aussi par la situation politique intérieure de ces pays.

Un dessin signé Chappatte

En France, la liste soutenue par Marine Le Pen est arrivée en tête avec 23,3 % des suffrages exprimés, mais c’était déjà le cas en 2014 où le score de la liste Front National était même supérieur. La surprise vient plutôt des autres partis. En 2014, la liste FN était suivie dans l’ordre par celle de l’UMP qui engrangeait près de 21 % des voix, puis par celle du PS (14 %) et celle de l’UDI (à quasiment 10 %).

En 2019, l’ouragan Macron est passé par là et c’est la liste LREM qui talonne celle du Rassemblement national, à 22,4 %, tandis que les trois piliers traditionnels de la droite et de la gauche française finissent atomisés. Pour la première fois depuis que l’écologie a fait son entrée dans le paysage politique français, à l’occasion de la candidature de l’agronome René Dumont lors de l’élection présidentielle de 1974, c’est en effet la liste EELV, conduite par Yannick Jadot, qui passe en tête devant celles des partis traditionnels que sont les Républicains (qui finit à 8,5 %, du jamais vu dans une élection nationale !), le PS, ou encore l’UDI et le PC qui n’auront même pas réussi à sauver un seul représentant au Parlement européen.

Yannick Jadot, euphorique après son bon résultat aux élections européennes, dimanche 26 mai 2019 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Ce succès incontestable de la liste écologique qui a remporté 13,5 % des suffrages exprimés, même s’il n’atteint pas le score record obtenu en 2009 (plus de 16 %) est d’autant plus remarquable que la France n’est pas la seule dans ce cas. En Allemagne, le parti die Grünen arrive en deuxième position avec 20,5 % des voix, juste derrière la CDU d’Angela Merckel, de même qu’en Finlande notamment où la Ligue verte prend également la deuxième place avec 16 % des suffrages exprimés. Les écologistes devraient se retrouver à 69 dans le futur Parlement à Strasbourg, ce qui leur permettra peut-être de peser davantage sur les politiques européennes.

C’est en tout cas une bonne surprise pour Yannick Jadot qui, lors des dernières élections présidentielles, il y a deux ans seulement, avait été contraint de s’effacer au profit du candidat du PS, Benoît Hamon, alors que la liste de ce dernier vient de recueillir moins de 3,3 % des voix à l’occasion de ces élections européennes, juste assez pour se faire rembourser ses frais de campagne, mais pas suffisamment pour prétendre être représentée à Strasbourg.

La gauche multi-pluri-personnelle vue par le dessinateur Bésot

A gauche de l’échiquier politique, cette élection, comme d’ailleurs nombre de celles qui l’ont précédé, vient confirmer, s’il en était encore besoin, à quel point la gauche française se ridiculise en persistant à se présenter en ordre dispersé aux suffrages des électeurs. Les deux frères ennemis que sont la France insoumise et le PS, ce dernier revigoré par les forces nouvelles que sont Place publique et la Nouvelle donne, finissent au coude à coude avec 6,3 et 6,2 % des voix chacun, tandis que le PC est laminé avec moins de 2,5 % des voix. La recomposition d’une gauche plurielle, à l’image de ce qu’avaient réussi à faire François Mitterrand en 1981 où Lionel Jospin en 1997 va peut-être redevenir à l’ordre du jour, dans une configuration néanmoins totalement inédite puisqu’à l’issue de ces élections nationales ce sont les écologistes qui constituent désormais la force dominante : un beau challenge en perspective !

L. V.

Balkany et Sarkozy rattrapés par la Justice

20 mai 2019

Décidément, le temps se gâte pour les gros bonnets de l’ex RPR, maquillé depuis en UMP avant de se couler dans le moule de la droite conservatrice américaine en lui empruntant son nom actuel des Républicains : ils ont beau courir vite et la Justice avancer à un train d’escargot, cette dernière finit quand même par les rattraper…

Alain Juppé condamné avant Jacques Chirac : un dessin signé Chapatte

Ce n’est bien sûr pas une nouveauté et on se souvient de l’ancien premier ministre Alain Juppé, qui, après avoir échappé de peu à une condamnation pour un usage personnel abusif d’appartements de la Ville de Paris, avait été mis en examen en 1999 pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt, puis condamné définitivement, après appel, en 2004 à 14 mois de prison avec sursis et une peine d’inéligibilité. Une condamnation liée à l’époque à des détournements de fonds publics pour payer des emplois fictifs au RPR, affaire pour laquelle son mentor, l’ancien Président de la République, Jacques Chirac, sera à son tour condamné à deux ans de prison avec sursis, mais en 2011 seulement…

Un dessin signé Paul Baringou, publié sur le site de Mediapart

C’est maintenant au tour de son successeur à l’Élysée, Nicolas Sarkozy, d’être rattrapé par la Justice avec laquelle il joue au chat et à la souris depuis des années, multipliant les arguties judiciaires, en bon avocat d’affaire qu’il est, pour tenter de gagner du temps. Mis en examen depuis juillet 2014 pour corruption active et trafic d’influence pour avoir tenté de corrompre l’ex avocat général Gilbert Azibert, mis en cause dans l’affaire des sondages financés par l’Élysée pour son propre compte en dehors de tout respect des règles de la commande publique, mis en examen depuis mars 2018 pour corruption passive, financement illicite de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics libyens, c’est finalement pour l’affaire Bygmalion qu’il risque d’être jugé en premier.

Rappelons, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que cette dernière affaire se rapporte à sa campagne présidentielle (perdue) de 2012. Alors Président de la République et persuadé d’être réélu triomphalement, Nicolas Sarkozy avait donné pour consigne à son équipe de campagne de ne pas compter à la dépense. Bygmalion, une société de communication créée par des proches de Jean-François Copé, alors président de l’UMP, est donc chargée d’organiser une série de grands événements médiatiques sous forme d’immenses meeting de campagne rassemblant des milliers de fans, avec musique composée spécialement pour l’occasion et régie technique digne des plus grands événements mondiaux. Au total, 44 meeting seront organisés de la sorte, là où son principal rival, François Hollande, peine à en réaliser 10.

Bien sûr, tout ceci a un coût : 42,8 millions d’euros au total alors même que les dépenses de campagne des candidats sont plafonnées à 22,5 M€, histoire de conserver un minimum d’équité entre eux. Qu’à cela ne tienne ! Pour éviter que ces dépenses démesurées n’apparaissent dans les comptes de l’association de financement de la campagne, l’entourage du candidat demande à Bygmalion de tenir une double comptabilité et de facturer à l’UMP une bonne partie des dépenses excédentaires, sous forme de fausses factures pour des prestations fictives.

Nicolas Sarkozy prépare sa défense en vue du procès Bygmalion : un dessin signé Kurtman

Rattrapé par la patrouille car, malgré ce stratagème, ces comptes de campagne restent excédentaires et sont rejetés par la commission chargée de leur vérification, obligeant l’UMP à lancer une grande souscription auprès des militants pour combler le déficit, Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis février 2016 pour financement illégal de campagne électorale. Dans le cadre de cette affaire, le juge a ordonné en février 2017 son renvoi (ainsi que celui de 13 autres prévenus) devant le tribunal correctionnel.

Mais depuis lors, l’affaire était en suspens car N. Sarkozy avait déposé une question prioritaire de constitutionnalité pour éviter un tel renvoi. Ce qui lui a permis de tenir encore 2 ans, jusqu’au 17 mai 2019, date à laquelle le Conseil constitutionnel a finalement sifflé la fin de la partie en décidant de renvoyer l’ex Président de la République devant le tribunal correctionnel où il risque une peine d’un an d’emprisonnement en vue de « sanctionner les éventuels manquements à la probité des candidats et des élus ».

La Justice s’invite dans les primaires de l’UMP en 2016 : un dessin signé Wingz

Et pendant ce temps là, son ancien premier ministre, François Fillon, voit lui aussi son horizon judiciaire s’assombrir puisque les juges d’instruction ont annoncé, le 23 avril 2019, son renvoi devant le tribunal correctionnel. Les révélations fracassantes du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017, alors que F. Fillon faisait la course en tête pour les Présidentielles, avaient en effet conduit le Parquet national financier à ouvrir une enquête. Celle-ci avait révélé que l’ancien député de la Sarthe ainsi que son successeur à ce poste, avaient fait bénéficier Mme Pénélope Fillon et même ses enfants, de rémunérations conséquentes pour ce qui s’apparente largement à des emplois fictifs. Mis en examen en mars 2017, notamment pour détournement de fonds publics, il va devoir bientôt affronter un procès.

Une épreuve qu’est justement en train de vivre une autre figure du parti, le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, un proche de Nicolas Sarkozy dont il a été longtemps le complice dans le département des Hauts-de-Seine. Maire de sa commune depuis 1983 et député à plusieurs reprises entre 1988 et 2017, il avait déjà été condamné en 1996 à 15 mois de prison avec sursis et 2 ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt, pour avoir employé comme personnel de maison et aux frais de la mairie trois employés communaux qui travaillaient en fait à son service chez lui et dans son moulin de Giverny.

Patrick Balkany au tribunal de grande instance de Paris, le 13 mai 2019 (photo © ACau / SIPA / 20 minutes)

Une condamnation qui ne l’a pas empêché d’être réélu à la mairie en 2001 et à l’Assemblée nationale en 2002. Il est même réélu en 2014 après avoir eu le privilège d’être désigné en 2012 comme le maire de la commune la plus endettée de France et alors qu’un rapport de la Chambre régionale des comptes avait dressé en 2009 un bilan au vitriol de la gestion communale de Levallois-Perret, évoquant, outre une hausse non maîtrisée de l’endettement, l’explosion des dépenses festives et des anomalies dans le contrôle des frais et la gestion des véhicules de fonction. Ce qui ne l’empêche pas de se faire voter par son conseil municipal en septembre 2018 une augmentation de 56 % de son indemnité de maire !

Mis en examen à plusieurs reprises, il est enfin jugé ainsi que son épouse Isabelle dans le cadre d’un double procès qui a débuté le 13 mai 2019. Le premier acte judiciaire, pour lequel le couple encours 5 ans de prison, concerne des accusations de fraude fiscale au titre des impôts sur le revenu et sur la fortune, le fisc lui reprochant d’avoir dissimulé de l’ordre de 13 millions d’euros en acquérant, via des montages financiers opaques, plusieurs propriétés en particulier à Saint-Martin et à Marrakech.

Le couple Balkany et son fameux riad à Marrakech (source H24info)

Une caricature signée Alain Goutal

Le second procès qui débute le 20 mai concerne les mêmes faits mais sous l’angle non plus de la fraude fiscale mais pour corruption passive et prise illégale d’intérêt, la Justice s’intéressant cette fois à l’origine de l’argent ayant permis l’acquisition d’un patrimoine immobilier aussi impressionnant.

Le jugement pour le premier procès a été mis en délibéré mais le Paquet national financier a d’ores et déjà requis une peine de 4 ans de prison ferme envers Patrick Balkany et 2 ans ferme pour son épouse, ainsi que 10 ans d’inéligibilité pour tous les deux, sachant qu’ils risquent 10 ans de prison supplémentaires dans le cadre du deuxième procès à venir. Un message peut-être à l’attention de ces élus locaux multirécidivistes, grisés par le pouvoir et l’impunité dont ils jouissent depuis des années et qui se croient tout permis, se plaçant d’emblée au dessus des lois qu’ils s’évertuent à faire appliquer souvent avec une extrême sévérité, à leur concitoyens…

L. V.

Élection européenne : comment peut-on s’abstenir ?

11 mai 2019

Les pays membres de l’Union européenne en fonction de leur date d’adhésion (source © Toute l’Europe)

Dimanche 26 mai prochain auront donc lieu en France métropolitaine les prochaines élections au Parlement européen, 20 ans tout juste après les premières d’entre elles, qui s’étaient déroulée le 10 juin 1979 et avaient permis d’élire, pour la première fois, au suffrage universel direct, les 410 députés représentant les 9 pays qui constituaient l’Europe d’alors.

Depuis, bien du chemin a été parcouru. L’Union européenne comprend désormais 28 pays membres, même si le sort du Royaume-Uni reste encore bien incertain, un pied dehors depuis son choix du Brexit, mais le reste du corps encore coincé dans la porte faute de se mettre d’accord sur les conditions de sortie.

Le Parlement européen, dont le dernier renouvellement date du 25 mai 2014, compte actuellement 751 députés, dont 73 britanniques. Faute d’accord trouvé dans les délais, les élections européennes auront bel et bien lieu en Grande-Bretagne, mais chacun se prépare néanmoins à la suite et il a d’ores et déjà été convenu que le nombre d’eurodéputés sera alors réduit à 705 : 27 sièges seront donc redistribués à certains pays jugés sous-représentés du fait de leur poids démographique.

C’est le cas notamment de la France qui devrait ainsi récupérer 5 sièges supplémentaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les listes déposées comportent 79 noms alors qu’il n’y a que 74 eurodéputés français sortant et que seuls 74 d’entre eux sont appelés à siéger aux lendemain des élections, en attendant que les Anglais veulent bien laisser la place…

 

Le Parlement européen à Strasbourg (photo © Adrian Hancu / iStock / Toute l’Europe)

En 2014, le taux de participation à ces élections européennes, bien qu’en légère hausse par rapport aux précédentes de 2009, avait à peine dépassé 42 % en France, et encore en comptant les près de 800 000 bulletins blancs déposés dans l’urne. C’est nettement mieux que chez certains de nos voisins pourtant fortement europhiles et très largement bénéficiaires des fonds de redistribution mis en place par les institutions européennes : seuls 13 % des Slovaques et 18 % de leurs voisins Tchèques avaient jugé utiles d’aller voter à cette occasion, ainsi que 21 % des Slovènes ou 22 % des Polonais, alors qu’inversement 90 % des Belges ou des Luxembourgeois mais aussi 60 % des Italiens et 58 % des Grecs s’étaient mobilisés pour ce même scrutin. En matière de participation citoyenne aussi, l’Europe est encore loin de l’harmonisation rêvée par certains…

La construction européenne : un débat animé… Dessin signé Rousso (source © Cartooning for peace / France TV Info)

Qu’en sera-t-il du prochain scrutin de mai 2019 ? L’avenir proche le dira mais les sondages laissent d’ores et déjà entrevoir une participation peu enthousiaste, comme si l’Europe cristallisait une partie des frustrations qui s’expriment dans la population, voire symbolisait ce néolibéralisme mondialisé des multinationales et ce triomphe de la financiarisation à outrance que beaucoup rejettent.

Et pourtant, le Parlement européen constitue précisément un des rares espaces démocratiques opérationnel au sein des institutions européennes, même si son pouvoir est limité face à la Commission européenne et surtout aux politiques nationales des États. Le paradoxe est que cet outil qui pourrait constituer un formidable espace de dialogue démocratique pour faire valoir les aspirations politiques des peuples, est de fait dominé par la droite libérale du PPE, le Parti populaire européen, dont le représentant, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a été élu Président de la Commission européenne, avec l’appui de l’Alliance des libéraux et démocrates, et ceci alors que les candidats qui se réclament de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen, bien qu’ayant obtenu davantage de voix que ceux du PPE, ont au final moins de députés.

En 2014, le suffrage en France avait été organisé par grandes régions. Cette année, il se fera sur la base de listes nationales. Il s’agit toujours d’un scrutin à la proportionnelle intégrale, pour lequel seules les listes ayant obtenu plus de 5 % des suffrages exprimés sont néanmoins qualifiées. Un dispositif qui devrait logiquement éviter l’éparpillement des candidatures, d’autant que seuls ceux ayant dépassé la barre des 3 % pourront se faire rembourser leurs frais de campagne.

Mais c’est complètement raté puisque ce sont pas moins de 34 listes qui ont finalement été enregistrées en France, après validation sur le fil de celle de l’Union des démocrates musulmans français, pourtant déposée en retard. 34 listes ! Un véritable case-tête pour nombre de petites communes qui ont dû aller en catastrophe au magasin de bricolage le plus proche acheter des panneaux de contreplaqué afin de bricoler in extremis les panneaux d’affichage qui leur manquaient…

Panneaux d’affichage électoraux à Carnoux-en-Provence le 11 mai 2019 : beaucoup de place pour pas grand-chose ! (photo © CPC)

Un tel éparpillement n’augure rien de bon quant au poids des futurs eurodéputés français déjà largement inaudibles au sein du Parlement actuel, en dehors des 20 élus LR soigneusement rangés sous la bannière du PPE. Rappelons pour mémoire que le Front National, qui était le grand gagnant des élections de 2014, avec 28 élus, n’en a plus que 15 qui se revendiquent encore de ce parti, dont 14 regroupés au sein du groupe d’extrême-droite intitulé l’Europe des nations et des libertés. La République en Marche qui détient pourtant la majorité en France depuis les élections législatives de 2017 et dirige le gouvernement, ne possède qu’un seul élu qui s’en revendique au Parlement européen.

Un dessin de Chapatte après les élections européennes de mai 2014 (publié dans l’International New York Times)

Les sondages actuels donnent comme en 2014 la liste du Rassemblement national gagnante, devant celle des Républicains ou celle de LREM. Les écologistes tirent habituellement bien leur épingle du jeu lors des élections européennes, mais ils sont désormais tellement dispersés dans les différentes listes que les projections semblent bien hasardeuses. En fait, à gauche comme à droite, l’éclatement entre les listes concurrentes est tel qu’on a toutes les chances d’observer un véritable jeu de neutralisation mutuelle qui diminuera d’autant le poids des eurodéputés français au sein du futur Parlement européen.

Un dessin signé Wingz

Pour autant, comment peut-on envisager de s’abstenir ou de voter blanc face à un tel choix démocratique ? Avec autant de listes qui vont du Parti révolutionnaire communiste jusqu’aux royalistes en passant par le Parti pirate, les adeptes de la décroissance, les défenseurs de l’espéranto ou le Parti animaliste, on voit mal comment l’électeur le plus exigeant ne pourrait pas trouver chaussure à son pied ! Même le mouvement des Gilets jaunes est représenté par deux de ses tendances, l’une portée par le chanteur Francis Lalanne, sous le nom d’Alliance jaune, la révolte par le vote, l’autre par Christophe Chalençon, marquée davantage à l’extrême droite et intitulée Évolution citoyenne, tandis que l’on retrouve des figures du mouvement dans les listes menée par Florian Phillipot (Les Patriotes), par Ian Brossat (PCF), François Asselineau (UPR) ou encore Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), prouvant d’ailleurs au passage à quel point ce mouvement était hétéroclite…

Alors que chacun voudrait instaurer plus de démocratie dans la construction européenne et que jamais l’offre politique n’a été aussi large, ce serait toute de même un comble que les électeurs ne se déplacent pas pour une telle consultation électorale !

L. V.

Fins de mois difficiles pour les partis politiques…

24 juillet 2018

Un dessin de David Miège

La question du financement des partis politiques fait partie de ces sujets lancinants qui reviennent périodiquement sur le devant de l’actualité et qui empoisonnent le climat de la République, attisant le sentiment de suspicion générale et de rejet des citoyens face aux pratiques des élus. Les plus anciens se souviennent peut-être de l’affaire Urba, du nom de cette société créée en 1973 par le Parti socialiste dans le cadre d’un système centralisé de racket, d’extorsion de fonds, de corruption et de fausses factures afin d’augmenter ses propres ressources budgétaires jusque-là issues des seules cotisations des militants, alors que la Droite de l’époque disposait de son propre système de financement occulte via la Société d’études législatives.

Urba n’était alors que l’un des bureaux d’études permettant de prélever une commission sur la plupart des marchés d’études et de travaux lancés par des collectivités aux mains d’élus socialistes, commission qui permettait d’alimenter directement les caisses du parti. Le dispositif avait déjà été dévoilé en 1989 à l’occasion d’une perquisition menée au siège marseillais d’Urba et a fait ensuite l’objet d’une enquête rocambolesque menée par le juge Thierry Jean-Pierre, à la suite d’un accident mortel survenu lors de la construction du futur siège de la Communauté urbaine du Mans.

Sérieusement entravée par le Garde des Sceaux de l’époque, Henri Nallet, l’enquête avait néanmoins fini par aboutir en 1997 à la condamnation d’Henri Emmanuelli, trésorier du PS. Cette affaire a surtout permis l’adoption de plusieurs lois successives, dont celle du 15 janvier 1990, qui permettent de mettre en place un véritable dispositif de financement public des partis politiques, destiné à mettre un terme aux acrobaties comptables et aux malversations financières qui étaient le lot commun des trésoriers de partis politiques à cette époque.

Basé sur les résultats de chaque parti à l’occasion des élections législatives précédentes, le système a permis ainsi de verser en 2017, sur la base des résultats remontant aux élections de 2012, de l’ordre de 60 millions d’euros d’argent public aux différents partis politiques français, les principaux bénéficiaires en étant le PS (24,8 M€) et l’ex-UMP devenu Les Républicains (18,7 M€) tandis que le Front national récupérait ainsi un peu plus de 5 millions d’euros et le PC près de 3 millions.

Un dessin de Jiho publié dans Siné Mensuel

Mais les élections de 2017, avec leurs résultats atypiques, sont venues troubler le dispositif. Ce sont a priori de l’ordre de 68 millions d’euros que les partis bénéficiaires (au nombre de 16 !) devraient se partager pour 2018, dont un jackpot de 20 M€ pour La République En Marche, grand vainqueur des dernières législatives, et plus de 12 M€ pour LR. Sauf que, plus d’un an après la fin des législatives, les nombreux contentieux concernant les comptes de campagne des partis, sont toujours pendant devant le Conseil constitutionnel, si bien que le Ministère de l’Intérieur n’est pas en mesure de connaître les montants exacts à verser, et que les partis politiques tirent la langue…

Le délégué général de LREM, Christophe Castaner, a ainsi annoncé avoir dû demander une nouvelle avance de trésorerie à sa banque. De son côté, Daniel Fasquelle, trésorier LR, réclame à cor et à cris une avance auprès de la Place Beauvau, tout en procédant à la vente du siège du parti, un immeuble de 8 étages, situé rue de Vaugirard et que Laurent Wauquiez souhaite revendre pour 40 à 45 M€, tout en en restant locataire, afin d’éponger la dette abyssale de 55 M€ que le parti traine comme un boulet depuis la désastreuse affaire des comptes de campagne truqués de Nicolas Sarkozy en 2012.

Un dessin de Deligne

Pour ce qui est du PS, c’est la Bérézina puisqu’il n’a réussi à conserver que 31 députés alors qu’il en avait 280 dans la précédente Assemblée. Son budget annuel a donc fondu de 25 à 7 millions d’euros et il lui a fallu se séparer de son siège de l’avenue de Solférino, acquis en 1981 dans la foulée de l’élection de François Mitterrand et revendu pour 45,5 M€. Plus de la moitié des salariés du parti ont dû être licenciés et le PS devra désormais se contenter de locaux plus modestes situés à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, en lieu et place de l’hôtel particulier de 3000 m2 sis en plein cœur du prestigieux VIIe arrondissement de Paris, à deux pas de l’Assemblée nationale.

Un dessin de Nawak

Quant à l’ex Front national, devenu Rassemblement national par la volonté de Marine Le Pen, ses finances sont également dans le rouge, avec un endettement affiché de 12 millions d’euros. Il vient d’ailleurs de lancer un nouvel appel aux dons auprès de ses sympathisants pour essayer de renflouer ses comptes, après que le Parlement européen a réduit de 500 000 € le versement de sa subvention de fonctionnement pour 2016, suite à la mise en évidence de dépenses jugées injustifiées ou inopportunes, ainsi que le précise le Huffington Post, et que les juges Renaud Van Ruymbeke et Claire Thépaut ont saisi à titre conservatoire 2 millions d’euros de subvention publique dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs d’assistants parlementaires européens, affaire pour laquelle Marine Le Pen est mise en examen, le FN étant accusé d’avoir détourné de l’ordre de 7 millions d’euros.

Bien entendu, les dirigeants du RN crient au complot politique et se posent en victimes d’une justice partiale et aux ordres, exactement comme le fait Nicolas Sarkozy, empêtré dans ses multiples déboires judiciaires dont ceux liés aux accusations de financement de sa campagne présidentielle de 2007 par l’État libyen.

Un dessin de Deligne

A croire que certains responsables de partis politiques n’ont toujours pas compris qu’ils ne peuvent pas indéfiniment se placer au-dessus des lois communes pourtant élaborées précisément pour permettre aux partis politiques de prospérer grâce aux subventions publiques et leur éviter ainsi de recourir à des procédés illégaux et dangereux pour la démocratie… La moralisation de la vie politique, en France comme ailleurs, reste décidément un combat perpétuel !

L.V. 

Vade retro 2017…

1 janvier 2018

L’année 2017 vient de s’achever. Les nostalgiques de toujours la regretteront sans doute : on sait ce qu’on perd mais on ne sait jamais ce qui nous attend… Les plus pessimistes redoutent déjà la nouvelle année qui vient de démarrer et le lot de futures catastrophes qu’elle ne manquera pas de nous apporter…

C’est en tout cas pour tous le moment de se remémorer quelques uns des événements qui ont jalonné l’actualité de cette année 2017, riche en rebondissements. Pour cela, mieux vaut un bon dessin qu’un long discours : un dessin de presse bien entendu, de ces petits chef-d’oeuvres d’humour grinçant ou décalés, parus dans la presse ou relayés sur internet, qui savent mieux que personne prendre l’actualité par son côté dérisoire et permettent de faire sourire de tous ces événements qui font notre quotidien !

Merci donc à ces dessinateurs de presse, tous plus talentueux les uns que les autres, qui savent à merveille tirer profit des événements les plus tragiques ou les plus insignifiants pour nous faire rire. Cette rétrospective toute personnelle n’est bien entendu ni objective ni exhaustive. C’est juste une manière de se remémorer certains événements petits ou grands survenus en 2017 et déjà oubliés, laminés par le flot quotidien d’informations qui nous submergent…

C’est aussi l’occasion, pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous nos lecteurs, occasionnels ou assidus, une excellente année 2018 en espérant, sait-on jamais, qu’elle n’apporte pas que de mauvaises nouvelles mais permette, pourquoi pas ?, de reprendre espoir dans la capacité des hommes à ne pas choisir systématiquement les options les plus regrettables…

L.V.  

Janvier

Le 25 janvier 2017, un article du Canard enchaîné informe ses lecteurs que François Fillon, vainqueur de la Primaire de la Droite et candidat favori pour les prochaines élections présidentielles, est soupçonné d’avoir utilisé son indemnité de parlementaire pour fournir pendant des années un emploi fictif à sa femme Pénélope. Les révélations s’enchaînent et ont un énorme retentissement, d’autant que François Fillon commence par tout nier en bloc avant d’accepter l’évidence tout en accusant un hypothétique cabinet noir à l’Elysée d’être à la manœuvre.

Ses amis LR, Gérard Larcher en tête font mine de le soutenir en espérant qu’il finisse par se retirer, mais en vain. Sa morgue et son obstination conduiront finalement à son élimination dès le premier tour de la présidentielle. Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.

 

Février

Le 2 février, à Aulnay-sous-Bois, un jeune noir de 22 ans, surnommé Théo, éducateur de quartier, est violemment molesté par 3 policiers tandis qu’un quatrième tient à distance à coups de gaz lacrymogène d’autres jeunes du quartier. Embarqué au commissariat, Théo fait l’objet d’insultes racistes et reçoit des coups. Un des policiers le blesse profondément en lui introduisant sa matraque dans l’anus. Il pore plainte pour viol et le parquet de Bobigny ouvre une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique ». Plusieurs manifestions en soutien ont lieu pour dénoncer les méthodes musclées de certains policiers. En pleine campagne électorale, Marine Le Pen se refuse néanmoins à condamner de telles pratiques. Un dessin de Marc Large publié sur Pinterest.

Mars

Alors que la campagne électorale des présidentielles bat son plein, le débat se focalise sur le clause Molière, obligeant les ouvriers à parler la langue française pour bien comprendre les consignes de sécurité, en réalité destinée à freiner l’emploi de travailleurs détachés sur les gros chantiers de travaux publics.

En février, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, avait fait adopter une telle clause pour les marchés publics de sa collectivité. En mars, c’est au tour de la Région Ile-de-France de lui emboîter le pas. Le Tribunal administratif validera cette clause en juillet 2017 pour un marché passé par la Région Pays de la Loire, mais le 13 décembre 2017, le Tribunal administratif de Lyon annule la délibération du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, invoquant un « détournement de pouvoir » et mettant en doute le réel motif de cette disposition : « La délibération a été adoptée, non pour assurer la protection de la santé et la sécurité des salariés, mais pour exclure les travailleurs détachés des marchés publics régionaux et favoriser les entreprises régionales en méconnaissance des principes de liberté d’accès à la commande publique et d’égalité de traitement des candidats ». Un dessin de Pétillon publié dans le Canard enchaîné du 15 mars 2017.

 

Avril

Pour le premier tour de l’élection présidentielle qui se déroule le 23 avril, beaucoup de Français se déclarent indécis jusqu’à la dernière minute et les sondages, qui pour une fois se révéleront très fiables dans leurs prévisions, montrent une très forte évolution des intentions de vote entre les 11 candidats déclarés. Un dessin d’Ixène publié le 19 avril.

 

Mai

Elu au deuxième tour de la présidentielle le 7 mai face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron prend officiellement ses fonctions de Président de la République à l’issue d’une cérémonie de passation de pouvoir le 14 mai avec son prédécesseur, le socialiste François Hollande. Ce dernier avait vu les débuts de son quinquennat marqué par de violentes précipitations et la presse s’était gaussé de ces différentes cérémonies officielles au cours desquelles le Président Hollande finissait trempé comme une soupe et emprunt d’une image de looser malchanceux. Au contraire, son ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée avait reçu plusieurs coups de pouce du destin durant la campagne présidentielle, dont le retrait de la compétition de François Hollande lui-même, l’absence d’alliance à gauche entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, l’élimination à la Primaire de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé, puis l’affaire Fillon qui a eu raison de son principal adversaire. Un dessin signé JM.

 

Juin

A la suite des élections législatives des 11 et 18 juin, La République en marche obtient une large majorité avec 308 élus auxquels s’ajoutent 42 députés MODEM. Nommé garde des Sceaux dans le premier gouvernement d’Edouard Philippe, François Bayrou doit faire face à des accusations d’emplois fictifs d’attachés parlementaires européen alors qu’il tente de mettre en place son projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Il finit par démissionner du gouvernement le 21 juin après n’être resté que 35 jours au ministère de la Justice. Nommée ministre des Affaires européennes, sa collègue Marielle de Sarnez quitte également le gouvernement à la même date. Un dessin de Na !

 

Juillet

Le 12 juillet, un iceberg géant de plus de 6 000 km2 se détache de la barrière de glace Larsen en Antarctique. La fissure s’était propagée depuis plusieurs mois et a fini par atteindre la mer, provoquant le détachement irrémédiable de cette immense laque de banquise.. Il s’agit d’un des plus grands icebergs observés de mémoire d’homme, vaste comme deux fois la superficie du Luxembourg. D’un poids estimé à plus de 1 million de tonnes, cet immense bloc de glace contient autant d’eau que le lac Ontario. Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan.

 

 

Août

Pour ses premières vacances de Président de la République, Emmanuel Macron a choisi de les passer à Marseille où on a pu le voir sirotant un Pastis à la terrasse d’un café ou faisant son jogging aux couleurs de l’OM, son club fétiche. Le couple Macron a ainsi profité de la villa avec piscine du préfet de la région qui surplombe la Corniche Kennedy.

Ce séjour marseillais n’a pas manqué de faire jaser. Le sociologue Jean Viard a ainsi estimé que cette visite était un message adressé à Jean-Luc Mélenchon, lequel convoiterait la mairie marseillaise pour 2020, date à laquelle chacun espère que Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas. Un dessin de Placide publié sur son site.

 

 

Septembre

Le 6 septembre, l’ouragan Irma dévaste les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy aux Antilles. Quelques jours plus tard, alors qu’il s’attarde sur la Floride, un autre ouragan, José, traverse à son tour l’Atlantique, avant d’être rejoint par la tempête tropicale Maria qui frappe notamment Porto Rico, la Dominique, la Guadeloupe et les ïles Vierges. Le 19 septembre, Emmanuel Macron succède à la tribune à Donald Trump pour son premier discours devant l’assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies. Contrairement au président américain qui est obnubilé par la lutte contre l’immigration clandestine, il se pose en porte-parole des sans-voix et insiste lourdement sur notre responsabilité vis-à-vis du réchauffement climatique et sur les conséquences de ce dernier en matière de risques naturels. Un dessin de Chaunu paru dans l’Est Eclair le 19 septembre 2017.

 

Octobre

Le 1er octobre se tient un référendum pour l’indépendance de la Catalogne organisé par le président de la Généralité de Catalogne, Carles PuigdemontCe référendum a été approuvé par le Parlement de Catalogne mais jugé illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol. Le oui à l’indépendance l’emporte à plus de 90 % mais le taux de participation ne dépasse pas 43 % et la consultation est entachée de nombreuses violences policières. Il s’ensuit un bras de fer entre les indépendantistes catalans et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, chacun jetant de l’huile sur le feu.

La République catalane est proclamée le 27 octobre mais dans la foulée le sénat espagnol vote la dissolution du Parlement de Catalogne et la destitution de Carles Puigdemont qui se réfugie en Belgique pour éviter la prison. De nouvelles élections sont organisées pour le 21 décembre. Pendant ce temps-là, la Grande-Bretagne s’efforce de trouver un accord avec l’Union européenne suite au référendum en faveur du Brexit. Un dessin de Chappate.

Novembre

Un « projet de loi pour un Etat au service d’une société de confiance » est présenté le 27 novembre en Conseil des ministres. L’objectif est de simplifier les relations avec l’administration et de créer un « droit à l’erreur » en faveur des citoyens et des entreprises. Un contribuable de bonne fois et non récidiviste pourra invoquer la clémence des services fiscaux en cas d’erreur ou d’omission dans sa déclaration. Un concept qui fait beaucoup jaser et donne des idées aux politiques qui auraient négligé d’appliquer leurs promesses électorales en toute bonne foi… Un dessin de Diego Aranega publié dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.

Décembre

Le 5 décembre disparaissent quasi simultanément deux monstres de la culture française. D’abord l’académicien Jean d’Ormesson, mort à 92 ans, puis le rocker Johnny Hallyday décédé la nuit suivante à 74 ans des suites d’un cancer du poumon. Avec plus de 100 millions de disques vendus et une vie tumultueuse largement mise en scène par la presse people, le chanteur aura fortement marqué sa génération et sa disparition suscite d’innombrables commentaires dans les médias. Un dessin d’Olivier Ménégol publié dans Le Figaro.

Cumul des mandats, ou l’art des contorsions…

2 novembre 2017

En matière de cumul des mandats, la messe était dite depuis le 22 janvier 2014, date à laquelle avait été votée la dernière loi en vigueur, sous l’impulsion de François Hollande : sans doute un des points positifs incontestables qui restera dans l’histoire de ce quinquennat tant décrié… A l’époque, l’opposition LR était vent debout contre une telle réforme et avait tout fait pour la bloquer, promettant haut et fort de revenir en arrière si elle obtenait la majorité en 2017.

Car, preuve de sagesse ou aveu de faiblesse, les parlementaires n’avaient pas été jusqu’à prévoir une mise en application de la loi dès les municipales, alors en préparation. Ils avaient même prévu un sursis de 3 ans, jusqu’en 2017, avant de rendre effectif cette mesure qui interdit désormais toute possibilité de cumul entre une fonction de parlementaire (député, sénateur ou élu au Parlement européen) et de président d’exécutif local (commune, intercommunalité, département ou région).

C’est donc cette année, à l’occasion des dernières législatives, que la loi a commencé à s’appliquer. Les Républicains n’ayant pas réussi à gagner l’élection présidentielle, après que leur champion a été éliminé dès le premier tour, ils ont dû renoncer à leur rêve de faire abroger ce texte et se plier, eux-aussi et la mort dans l’âme, à la loi de la démocratie…

Un dessin de Pat Thiébaut (l’agité du local)

Selon les décomptes du Monde, pas moins de 170 députés sortants étaient directement concernés par ce type de cumul de mandats. Certains d’entre eux, les plus lucides sans doute, ont choisi de s’en tenir au vieil adage « un tien vaut mieux que deux tu l’auras » et ont préféré conserver leur poste d’élu local en évitant de se représenter aux législatives où leurs chances de réélection étaient de toute façon incertaines.

Un dessin de Deligne, publié dans Var matin

C’est le cas notamment de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, ou d’Hevé Gaymard, président du Département de Savoie, mais aussi de Christian Estrosi qui a préféré se replier sur la mairie de Nice, d’Edouard Philippe, resté maire du Havre et Premier ministre quand même, de Xavier Bertrand, toujours président des Hauts-de-France, ou encore de Jean-François Copé, Monsieur 3 % aux Primaires de la droite et éternel maire de Meaux. Certains en ont d’ailleurs profité pour réclamer des compensations financières, tel le maire d’Orléans, Olivier Carré, qui a obtenu une augmentation de 400 % de ses indemnités suite à son renoncement à la députation…

D’autres néanmoins (on ne se refait pas) ont préféré faire comme d’habitude et se sont présenté aux législatives comme si de rien n’était, tout en sachant qu’en cas d’élection ils seraient alors obligés de se défaire, dans un délai de 30 jours, de tous leurs mandats de président d’exécutif local. Pas moins de 125 députés se sont ainsi retrouvés dans ce cas de figure, ce qui en dit long sur l’atavisme de notre classe politique !

Sitôt l’élection passée, on a d’ailleurs pu assister à un ballet de stratégies toutes plus subtiles les unes que les autres pour gérer au mieux cette règle bien ennuyeuse. On a vu ainsi Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et fraîchement réélu député, imposer au Conseil municipal de Drancy sa femme pour le remplacer désormais dans le fauteuil de maire de Drancy : une pratique qui rappelle vaguement la période du Front National à Vitrolles…

Un dessin de Babouse

Dans la Haute-Marne, le député François Cornut-Gentille, a choisi soigneusement les amis qu’il a installés dans ses anciens fauteuils de maire de Saint-Dizier et de président de la communauté d’agglomération. Mais pour être certain de continuer à tirer les ficelles de ces deux collectivités bien que la loi le lui interdise désormais, il a créé de toutes pièces un comité stratégique avec ces deux marionnettes, comité qu’il préside en personne et qui aura la haute main sur toutes les décisions importantes concernant le fonctionnement de la commune et de l’agglo !

Un dessin signé Lieutenant Colombo, pour le blog Fresnes 2020

Au passage, rappelons aussi que certains professionnels de la politique qui présentent systématiquement leur candidature dès qu’une élection se profile, se sont également retrouvés, à l’occasion des dernières législatives, en situation de cumul illégal avec leur fonction de député européen. C’est le cas notamment de Marine Le Pen, Louis Aliot, Marielle de Sarnez ou encore de Jean-Luc Mélenchon, qui ont donc dû tous démissionner de leur poste au Parlement européen pourtant fraîchement acquis, deux ans avant seulement.

Et voilà que l’histoire vient de se renouveler avec les récentes élections sénatoriales. Cette fois, les choses étaient un peu plus compliquées puisque seule une partie des sénateurs voyaient leur mandat remis en jeu. Du coup, les autres ont tout tenté, y compris un recours devant le Conseil constitutionnel pour essayer de repouser de 2 ans au moins l’heure du choix. Mais peine perdue : il n’ont obtenu qu’un petit répit d’un mois supplémentaire, jusqu’à aujourd’hui 2 novembre…

Un dessin de Vissecq (source : Pointamine)

Il a donc fallu se résoudre à partager le gâteau et à renoncer à certaines fonctions électives… Sur les 138 sénateurs concernés par le cumul des mandats, seuls 41 d’entre eux ont préféré conserver leur mandat local. C’est le cas notamment de Jean-Claude Gaudin qui a choisi de rester maire de Marseille et président de la Métropole, ce qui lui évite des allers-retours parfaitement inutiles sur Paris. C’est désormais Anne-Marie Bertrand, ancienne maire de Rognonas et fervente supporter de Laurent Wauquiez qui le remplacera sur les bancs du Sénat.

C’est le cas aussi de François Baroin, qui a préféré rester maire de Troyes pour pouvoir conserver son siège de président de la très influente Association des Maires de France, tout comme Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de Villes de France. Citons aussi dans cette catégorie le jeune maire FN de Fréjus, David Rachline, qui a préféré consolider son implantation locale plutôt que de continuer à siéger au Sénat.

Un dessin de Rhodo (source : Ma commune)

Grâce à ces démissions en cascade pour lesquelles les partants sont remplacés par leur suppléant ou leur suivant de liste (selon les départements), le Sénat s’est quelque peu féminisé puisque la part des femmes y est passée de 25 à 32 % : un grand pas en avant !

Ceci dit, la plupart des sénateurs concernés par le cumul des mandats ont préféré renoncer à leur mandat local et continuer à siéger au Palais du Luxembourg. Dans les Bouches-du-Rhône, on a assisté ainsi à un repli général sur Paris. Stéphane Ravier, maire Front National des 13ème et 14ème arrondissements, a préféré confier son fauteuil à sa première adjointe qui est aussi sa nièce (au FN, la politique se fait volontiers en famille…), Sandrine d’Angio. Samia Ghali, quant à elle, qui fait actuellement l’objet d’une enquête du parquet national financier sur son patrimoine, quitte elle aussi son siège de maire des 15ème et 16ème arrondissements, de même que Bruno Gilles, qui a choisi de céder son poste de maire des 4ème et 5ème arrondissements à sa première adjointe Marine Pustorino.

De même, aux Pennes-Mirabeau, Michel Amiel a confié à son adjointe Monique Slissa les clés de la mairie qu’il détenait depuis 16 ans pour se replier sur son poste de sénateur, et Mireille Jouve en a fait autant pour son fauteuil de maire de Meyrargues, après bien des hésitations semble-t-il. Dura lex, sed lex… Heureusement pour lui, le sénateur toujours en poste, Jean-Noël Guérini, n’a pas eu à trancher un tel cas de conscience, lui qui ne détient plus de mandat électif d’exécutif local…

L.V.  

Bernard Deflesselles, réélu grâce aux voix du FN

19 juin 2017

Il n’y aura donc pas eu de miracle ce dimanche 18 juin 2017 dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Le transparent mais inamovible Bernard Deflesselles va donc entamer son cinquième mandat de député ! Alors que l’Assemblée nationale vient de subir un véritable coup de balai avec pour la première fois sans doute une forte majorité de nouveaux élus (429 sur les 577 députés de la nouvelle mandature, soit 75% d’entre eux) et de femmes (38 % : du jamais vu en France !). Sur les 354 députés sortant qui se représentaient, seuls 148 ont réussi à se faire réélire.

La composition de la nouvelle Assemblée nationale (© Linternaute.com / source : ministère de l’Intérieur)

Un tel scénario est largement inédit sous la Vème République puisque ce ne sont habituellement que 150 à 200 sièges qui sont renouvelés à chaque élection. Le maximum jamais enregistré jusque-là était de 310 sièges, mais il faut pour cela remonter à 1958 : une autre époque…

Et il a fallu que cela tombe sur notre circonscription, alors que le député sortant, en fonction depuis près de 20 ans, aurait bien mérité d’être dégagé ! Il s’en est pourtant fallu d’un cheveu puisqu’il n’a été réélu qu’avec moins de 500 voix d’avance sur sa concurrente, la candidate En marche Sylvie Brunet qui, pour sa première campagne, a frôlé la victoire en remportant 49,23 % des suffrages. Jamais sans doute dans sa (trop longue) carrière de député, Bernard Deflesselles n’aura été aussi mal élu avec moins de 18 000 voix en sa faveur sur l’ensemble de la circonscription.

Un résultat très serré dans la 9ème circonscription (source : France3)

Il faut dire à sa décharge qu’à peine plus de 40 % des électeurs se sont déplacés pour ce deuxième tour des législatives qui n’ont manifestement pas mobilisé les foules. Et encore, pas forcément pour se prononcer en faveur d’un des deux candidats encore en lice puisque le pourcentage de votes blancs et nuls avoisine les 10 % !

Au premier tour, les votes avaient été relativement homogènes entre les 9 communes de la circonscription qui avaient toutes placé en tête la candidate de La République en marche. Au deuxième tour en revanche, la répartition des suffrages est plus disparate. Saluons en particulier la cohérence de nos voisins de Roquefort-La Bédoule et de La Ciotat qui ont placé en tête Sylvie Brunet à l’issue du second tour, tandis que ceux de La Penne-sur-Huveaune ont réalisé l’exploit d’attribuer un score strictement identique aux deux candidats avec 690 voix chacun… Cassis s’est aussi essayé à l’exercice mais a raté la cible de peu avec seulement 4 voix d’écart entre les deux candidats !

Affiche de campagne de Sylvie Brunet

Sans surprise, c’est à Carnoux que le vote en faveur du député conservateur sortant a été le plus massif puisque c’est dans cette commune qu’il a recueilli non seulement le meilleur score de la circonscription avec 56,7 % des suffrages exprimés, mais c’est là surtout qu’il a engrangé l’essentiel des voix qui lui ont permis de creuser l’écart sur sa challenger.

Il peut donc remercier son ami Jean-Pierre Giorgi qui s’est démené entre les deux tours pour remobiliser son électorat captif et organiser le ramassage à domicile pour faire voter tous les retraités de la commune. Alors que Bernard Deflesselles n’avait recueilli que 682 voix le 11 juin, il en a obtenu quasiment le double une semaine plus tard : chapeau l’artiste !

Bernard Deflesselles inaugurant le nouveau casino de La Ciotat, le 8 juin 2017, à 3 jours des élections législatives (source : compte twitter du candidat)

En fait, au-delà de cette mobilisation accrue en sa faveur, c’est la manière dont s’est fait le report des voix entre les deux tours qui explique largement ce basculement en faveur du député sortant. A Carnoux comme dans la plupart des communes de la circonscription, le nombre de voix supplémentaires engrangées par Bernard Deflesselles à une semaine d’écart correspond grosso modo au score du Front national au premier tour.

Et ceci n’a rien de surprenant au vu du ton employé par le député LR dans sa profession de foi où il écrit notamment « J’ai besoin de vous pour défendre à l’Assemblée nationale l’ordre et la sécurité, pour lutter contre le terrorisme, l’intégrisme et le communautarisme, refuser l’assistanat, pour préserver l’histoire, la culture et les racines de la France ». Un discours tout en nuance, à peine teinté d’un zest de patriotisme, tout à fait de nature à rassurer les électeurs frontistes et tout bon citoyen légitimement inquiet du danger manifeste que représentent l’ex banquier d’affaire Emmanuel Macron et son premier ministre LR, Edouard Philippe qui, comme chacun le sait ne sont que de dangereux terroristes, suppôts de l’islamisme radical, et qui ne rêvent que de détruire l’histoire et les fondements culturels de notre civilisation.

Voilà en tout cas qui nous rassure sur l’esprit de finesse de celui qui va encore nous représenter pendant cinq longues années au Parlement. On ne pourra jamais assez le remercier de nous avoir défendu avec autant de détermination « face à une candidate hors-sol, soumise à un gouvernement et un parti unique dictant leur volonté depuis Paris ». Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui ont préféré s’abstenir dimanche dernier ont-ils bien conscience du péril extrême auquel ils ont échappé en ne se mobilisant pas comme un seul homme contre une telle menace, quasi bolchévique ?

L.V. 

Législatives : la fin du système Deflesselles ?

14 juin 2017

Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle (crédit photo Jean-François Monier / AFP)

Le premier tour des élections législatives de juin 2017 restera sans doute dans les annales de la vie politique française. Survenant un mois tout juste après l’élection surprise d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, il a d’abord été marqué par un taux d’abstention jamais vu pour une telle échéance électorale : moins d’un Français sur deux, inscrit sur les listes électorales, a jugé utile de se déplacer pour choisir celui qui les représentera à l’Assemblée nationale pour les 5 ans à venir !

Ce n’était portant pas le choix qui manquait, avec plus de 8000 candidats en lice, parfois jusqu’à 25 dans certaines circonscriptions, couvrant largement tout l’éventail de l’offre politique imaginable. Comment donc expliquer une telle désaffection ? A croire que les citoyens français n’accordent plus le moindre crédit à leurs parlementaires, pourtant chargés de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement…

Et pourtant, ceux qui se sont déplacés, ont créé un véritable tsunami politique ! La carte de France des résultats du premier tour s’est brusquement colorée en violet… Une couleur assez innovante dans le paysage politique hexagonal, subtil mélange de rose socialiste et de bleu républicain, la nouvelle marque de fabrique de la République en marche : avec plus de 32 % des suffrages exprimés (en comptant les voix recueillies par son allié MODEM), ce parti qui n’existait pas il y a un an est en passe d’obtenir la majorité absolue au Parlement avec déjà deux députés élus au premier tour et peut-être de l’ordre de 400 sur 577 dimanche prochain.

Carte de France des résultats du 1er tour des législatives 2017 (infographie FranceInfo)

Les Républicains pourraient perdre la moitié de leurs représentants à l’Assemblée nationale tandis que le Parti socialiste sort laminé de cette compétition avec moins de 10 % des suffrages exprimés et de nombreux ténors de la vie politique française balayés, dont le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’ancienne ministre Elisabeth Guigou, l’ex-candidat à la Présidentielle Benoît Hamon, ou encore le député marseillais sortant Patrick Menucci.

Mais la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon perd aussi de nombreux points par rapport à son score de la Présidentielle et ne peut guère espérer remporter qu’une quinzaine de sièges dans la prochaine assemblée. Le Front national fait également une très mauvaise affaire avec à peine plus de 13 % des suffrages exprimés et une espérance de sièges qui devrait se compter sur les doigts d’une main.

Dans un tel séisme politique qui pourrait déboucher sur une Assemblée nationale renouvelée à plus de 60 %, la 9ème circonscription des Bouches du Rhône n’a pas non plus été totalement épargnée par cette aspiration au changement. Élu sans discontinuer depuis 1999 et s’apprêtant à débuter sans le moindre doute son cinquième mandat avec le soutien appuyé de 8 des 9 maires de sa circonscription, le député sortant Bernard Deflesselles a, de manière totalement inédite, été battu au premier tour dans chacune des 9 communes de la circonscription par la candidate En marche, Sylvie Brunet, pourtant quasi inconnue localement.

Bernard Deflesselles se voyait réélu dans un fauteuil (crédit photo Pascal Parrot / ABACA, paru dans Le Figaro en 2012)

Les jeux ne sont pas encore faits et on imagine que le député sortant s’active en coulisse avec l’aide de tous les élus locaux qui le soutiennent pour organiser la mobilisation en vue de conserver sa place à l’issue du second tour. Nul doute que les votes par procuration seront nombreux dimanche prochain et que les déambulateurs se presseront devant les isoloirs. Reste à savoir si cela suffira pour sauver le brave soldat Deflesselles…

Car les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Malgré sa forte notoriété et son assiduité remarquée à toutes les fêtes de village et à toutes les commémorations d’anciens combattants, le député sortant n’a guère recueilli sur son nom qu’à peine plus de 10 500 voix, une misère par rapport aux 27 000 qu’il avait totalisées en 2007 et aux 19 000 de 2012. Une longue descente aux enfers qui traduit un ras le bol de la population face à ces professionnels de la politique qui misent tout sur le clientélisme et le soupoudrage de leur réserve parlementaire pour se constituer un réseau d’obligés.

Même les petites ficelles telles que le recours à l’ami Musumeci pour dérouter les électeurs et siphoner les voix de l’adversaire du moment (la Gauche socialiste en 2012, la République en marche en 2017) ont fini par craquer…

Sylvie Brunet, future députée de la 9ème circonscription ? (source : site de campagne de la candidate)

Résultat : même à Carnoux où pourtant l’électorat conservateur lui est largement acquis, le député a fini par lasser et ne recueille que moins de 700 voix, lui qui en comptait près de 2000 en 2007 ! A Aubagne, il ne réunit sur son nom que 22 % des suffrages malgré la présence du maire Gérard Gazay comme suppléant. A Roquefort – La Bédoule, il n’arrive qu’en troisième position, derrière les candidats En marche et Front national. Même chose à Cuges les Pins où il ne passe même pas la barre des 20 % à l’issue du premier tour. Quant à La Penne sur Huveaune, il s’y place en quatrième position, devancé également par la candidate de la France insoumise.

Dans un tel chaos, où personne ne sait plus très bien où est la droite et où est la gauche, il n’est pas forcément aisé de faire des pronostics quant à l’issue du deuxième tour. Sauf sursaut de l’électorat républicain il est néanmoins permis d’espérer que la population reconnaissante va enfin offrir une retraite bien méritée à son cher député sortant et solder une fois pour toute ce clientélisme d’un autre âge qui sclérose totalement la vie politique locale : chiche ?

L.V. 

Législatives : la Gauche peut-elle être au second tour dans la 9ème ?

5 juin 2017

C‘est en effet la question que l’on peut se poser à une semaine du premier tour des élections législatives, alors que le député LR sortant, Bernard Deflesselles, semble être le seul des 15 candidats réellement en campagne, multipliant les tracts et les courriers en vue de se faire réélire pour son cinquième mandat consécutif, même s’il paraît n’avoir toujours pas très bien saisi en quoi consistait la fonction de député.

Bernard Deflesselles en compagne, avec le soutien des maires de la circonscription, dont celui de Carnoux (source : site internet du candidat)

Son premier tract laissait entendre qu’il se positionnait comme maire auxiliaire des 9 communes de l’Est marseillais qui composent sa circonscription, son rôle principal étant d’aider ses amis les maires à boucler leur budget municipal et à réaliser leurs projets. Quant au courrier qu’il vient d’adresser à chacun des électeurs de son fief, il indique qu’en réalité sa fonction s’apparente plutôt à celle d’une assistante sociale dont le seul souci est d’apporter satisfaction à chacun de ceux qui viennent le solliciter pour lui exposer leurs petits tracas quotidiens. Vous êtes en mal de logement, votre fils galère pour trouver un stage, votre grande tante n’arrive pas à trouver une place en maison de retraite ou votre petite-fille en crèche, alors n’hésitez-pas à prendre rendez-vous auprès de Super Deflesselles dont les permanences sont grandes ouvertes, « dans un souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange ».

Et si vraiment vous n’avez pas besoin de ses conseils et de son entregent, lui a tout cas « a besoin de votre aide et de votre soutien ». Dans quel but ? Mais pour se faire réélire tout simplement et continuer à goûter les privilèges de la fonction. Contrairement à ce que certains croient encore, pour un professionnel de la politique comme Bernard Deflesselles, un député n’est pas là pour servir et représenter ses concitoyens en participant à l’élaboration des lois et au contrôle de l’action gouvernementale. Il est simplement là pour se servir lui-même et rendre service à ses amis et sa clientèle.

Et pourtant, tout indique que c’est ce même Bernard Deflesselles qui sera une nouvelle fois réélu haut la main à l’issue du second tour des législatives le 18 juin prochain. Parce que les chiffres sont têtus et que les règles de cette confrontation électorale sont ce qu’elles sont, ce que nombre de ses adversaires semblent n’avoir pas encore bien intégré. Pour être élu dans un tel suffrage et face à 14 autres candidats, la première des priorités est d’être présent au second tour. Pour cela, il est nécessaire de rassembler sur son nom au moins 12,5 % des suffrages, calculés non pas par rapport au nombre de votants, mais par rapport au nombre d’inscrits.

Bernard Deflesselles, soutenu par 8 des 9 maires de sa circonscription (source : compte Facebook B. Deflesselles)

Pour le deuxième tour des élections présidentielles, le 7 mai dernier, il y avait 96 958 inscrits sur la circonscription et il n’y a pas de raison que ce chiffre évolue beaucoup un mois plus tard. Il faut donc, pour espérer se qualifier au second tour, rassembler sur son nom au moins 12 120 voix, ou, à défaut, se retrouver parmi les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

Pour les présidentielles, le taux de participation dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône était de près de 80 % au premier tour et d’un peu moins de 75 % au second. Mais pour les législatives, le taux de participation est traditionnellement très inférieur. En 2007, il était de 59,6 % et en 2012 de 59 % au premier tour (pour tomber à moins de 50 % au second tour qui avait opposé, rappelons-le, Bernard Deflesselles à la candidate du Front National, Joëlle Mélin). Supposons donc, hypothèse plutôt optimiste, que l’on atteigne, en 2017 encore, ce taux de participation de 59 %. Pour espérer se qualifier au second tour, il faut donc rassembler sur son nom, à l’issue du premier tour, au moins 21,64 % des suffrages exprimés.

Le député sortant ne devrait pas avoir trop de mal à y parvenir, même si son score s’érode d’élection en élection, lui qui avait recueilli plus de 27 000 voix en sa faveur en 2007 et 19 000 en 2012. Même si son champion, François Fillon n’avait récolté qu’un peu moins de 17 000 voix lors des récentes présidentielles, on voit mal comment l’électorat de Bernard Deflesselles, plutôt âgé et très conservateur, pourrait ne pas se mobiliser une nouvelle fois en sa faveur.

L’avocat ciotaden Hervé Itrac lors d’une réunion du Front National (photo © La Marseillaise)

Du côté du Front National, les choses sont plus incertaines car le candidat, Hervé Itrac, élu municipal d’opposition à La Ciotat ne dispose pas de la notoriété locale de celle qui sera sa suppléante. Mais l’expérience montre que pour cet électorat, ce n’est pas le candidat qui compte mais plutôt l’étiquette. Or, en 2012, le FN avait recueilli plus de 12 000 voix à l’issue du premier tour, tandis que Marine Le Pen en a rassemblé sur son nom, le 23 avril dernier, près du double (21 236 très exactement), arrivant d’ailleurs en tête sur cette circonscription. Il serait donc vraiment surprenant qu’une telle dynamique ne permette pas au candidat FN de se qualifier pour le second tour des prochaines législatives…

Reste à savoir si un autre des 13 candidats restant en lice a la moindre chance de venir troubler ce face-à-face en se qualifiant dans le cadre d’une triangulaire. En toute objectivité, seuls deux d’entre eux pourraient éventuellement y prétendre, les autres n’ayant comme ambition principale que de se faire un nom, de troubler le jeu (c’est le cas de l’inévitable trublion, Christian Musumeci, qui cherche cette fois à duper les électeurs en se faisant passer pour un candidat En marche, après avoir en 2012 porté l’étiquette Gauche socialiste, le tout pour le plus grand profit du député sortant !) et/ou de récolter de l’argent pour leur parti. Il s’agit, comme nous l’avons déjà signalé ici, de Sylvie Pillé pour La France insoumise et de Sylvie Brunet, candidate de La République en marche.

Tract de campagne de Sylvie Brunet (source : compte Twitter S. Brunet)

Il n’est jamais facile de faire des pronostics avant une échéance électorale, surtout dans le contexte électoral actuel de forte recomposition à gauche de l’échiquier politique, et ceci d’autant plus que le parti d’Emmanuel Macron se veut justement en dehors de ce positionnement classique. Rappelons néanmoins que le Président de la république nouvellement élu avait recueilli sur son nom un peu plus de 13 500 suffrages lors du premier tour de la Présidentielle et sur l’ensemble de la circonscription, son score variant entre 16 et 20 % selon les communes. En appliquant simplement le taux de participation probable des législatives, ce gisement se réduit à seulement 10 000 voix. Il est possible que la dynamique actuelle incite de nouveaux électeurs à se mobiliser en faveur de cette candidate pour aider le Président récemment élu à se forger une majorité comme l’exige la tradition républicaine, mais la faible notoriété de la candidate rend quand même peu probable un raz de marée en sa faveur.

Sylvie Pillé, avec son père, l’ex-résistant FTP Serge Lesou, lors d’une commémoration à Moscou le 9 mai 2015 (source : blog de Lucien Pons)

Quant à la candidate de La France insoumise, elle pourrait logiquement prétendre à un score un peu supérieur si l’on s’en tient aux chiffres du premier tour des Présidentielles qui, dans cette circonscription, avait placé Jean-Luc Mélenchon en troisième position avec 20,54 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de 15 800 voix en sa faveur (avec d’ailleurs de fortes disparités puisque son score varie selon les communes de 11,3 % à Cassis jusqu’à plus de 25 % à Aubagne !). Mais ce score reste encore inférieur au seuil nécessaire pour se qualifier. Il faudrait donc, pour que la présidente d’ATTAC Aubagne puisse être présente au second tour, qu’elle rassemble sur son nom davantage de suffrages que n’avait réussi à en obtenir Jean-Luc Mélenchon lui-même, ou alors que la mobilisation lors de cette élection soit significativement supérieure à ce qui est attendu.

On le voit, les jeux ne sont pas encore faits et une surprise est toujours possible. Il n’en reste pas moins que la configuration actuelle conduit tout droit les électeurs de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône vers un n-ième arbitrage au second tour entre la droite républicaine et le Front National…

L.V. 

Législatives : le maire de Carnoux s’engage !

24 mai 2017

Cette fois au moins les choses sont claires : Jean-Pierre Giorgi s’engage clairement dans la prochaine campagne électorale pour soutenir le député sortant, ex-UMP et désormais étiqueté Les Républicains, l’inoxydable Bernard Deflesselles. Chaque habitant de Carnoux a en effet reçu dans sa boîte aux lettres un courrier envoyé le 20 mai dernier, avant même le lancement officiel de la campagne des législatives 2017. Dans cette enveloppe, un carton d’invitation signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux-en-Provence et vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui invite chacun de ses concitoyens à une réunion publique de soutien au député sortant, candidat une nouvelle fois à sa réélection.

Le procédé est pour le moins inédit et montre à quel point le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône compte principalement sur le réseau des élus locaux pour assurer sa n-ième réélection. Curieusement, le carton d’invitation ne comporte aucun logo du parti politique au nom duquel se présente Bernard Deflesselles, pas plus que le moindre indice quant aux idées qu’il compte défendre. Les seuls éléments dont lui, son suppléant et son soutien se gargarisent, sont les autres mandats électoraux qu’ils détiennent, histoire de bien se positionner avant tout comme des notables locaux ancrés dans le paysage politique et solidement reliés par les services qu’ils se rendent mutuellement.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le député sortant se gargarise de son mandat électoral de vice-président de la Région PACA, alors même que la loi actuelle sur le cumul des mandats lui interdit désormais de jumeler ces deux postes. Va t-il lui aussi, à l’instar de son chef de file Christian Estrosi, quitter son mandat d’élu régional sitôt réélu député, alors même que les élections régionales ne datent que de 18 mois ? Ou bien ne se présente t-il à la députation que pour placer son second, le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, qui devrait alors abandonner non seulement son mandat de maire mais aussi celui de vice-président du Conseil départemental ? Décidément, nos élus locaux ont bien du mal à admettre que cette vieille habitude qui consiste à manger dans tous les râteliers à la fois commence à peser sur la démocratie française…

Réunion LR à Carnoux le 28 octobre 2016 animée par Bernard Deflesselles et Jean-Pierre Giorgi (source : compte Facebook de Bernard Deflesselles)

En tout cas, on ne peut que se réjouir de voir que le maire de Carnoux, qui autrefois pensait bon de se présenter comme apolitique, n’a désormais plus de scrupule à annoncer clairement la couleur de ses choix politiques, même si on a encore un peu de mal à les situer tout à fait clairement. Après avoir parrainé Nicolas Dupont-Aignan lors des récentes présidentielles, voila qu’il revient semble t-il à sa famille politique d’origine, lui qui était l’un des premiers élus locaux à se prononcer en faveur de la candidature de François Fillon, en octobre dernier, alors que son ami Bernard Deflesselles était à l’époque un fervent supporter de Jean-François Copé, « Monsieur 0,3 % ».

On notera d’ailleurs au passage que c’est une des conseillères municipales de Carnoux, Colette Géreux, élue en 2014 sur la liste de Jean-Pierre Giorgi, qui conduira la liste Debout la France, à l’occasion de ces législatives. Peut-être les Carnussiens recevront-ils bientôt un autre carton d’invitation aimablement envoyé par notre maire, en vue de venir soutenir également cette candidature ?

15 candidats déclarés mais pour l’instant, seul Deflesselles est visible à Carnoux

Une chose est sûre en tout cas, avec pas moins de 15 candidatures déclarées dans cette circonscription, on ne peut pas dire que les électeurs n’auront pas le choix. Il y en a pour tous les goûts ! Outre ces deux candidats de Droite, rappelons, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, que la France insoumise sera représentée par Sylvie Pillé-Lesou, par ailleurs président d’Attac Pays d’Aubagne et la République en marche, le mouvement politique fraîchement créé par notre nouveau Président, par Sylvie Brunet, ex conseillère municipale de Cassis et également investie par le MODEM.

Pour une fois, ce n’est pas Joëlle Mélin qui représentera le Front National. Il faut dire qu’elle cumule un nombre impressionnant de mandats électoraux : élue depuis 1998 à la Région PACA (dont elle a, elle aussi, démissionné récemment, la Région n’étant jamais qu’une simple antichambre où les élus entrent et sortent avec une grande aisance, malgré les indemnités plutôt confortables dont ils y bénéficient), conseillère municipale d’Aubagne et bien sûr élue au Conseil de territoire du Pays d’Aubagne, mais aussi députée européenne depuis mai 2014, n’en jetez plus ! Cela ne l’empêchera pas de se présenter quand même à la députation, comme suppléante de l’avocat Hervé Itrac, conseiller municipal d’opposition à La Ciotat.

Les premiers tracts du FN commencent à arriver dans les boîtes…

Voilà en tout cas le quatuor de ceux qui ont a priori une chance de se retrouver au second tour. Logiquement, Bernard Deflesselles, au vu de sa solide et ancienne implantation dans le réseau de notables locaux où tout le monde se serre les coudes, a de fortes chances de se qualifier malgré son bilan totalement insignifiant et ses manières d’ancien régime, lui qui en est encore à employer son épouse comme attachée parlementaire malgré l’affaire Fillon, ainsi que le révélait récemment le média indépendant Mefi.

Photomontage paru dans Mefi

Le candidat FN devrait également passer sans encombre le 1er tour au vu du résultat de Marine Le Pen arrivée en tête dans la circonscription lors des toutes récentes présidentielles. Reste à savoir si le match se résumera à un duel entre ces deux favoris ou s’il se terminera en triangulaire avec l’un des deux outsiders, soit la candidate de la France insoumise qui compte sur le joli score de Jean-Luc Mélenchon pour espérer se qualifier, soit Sylvie Brunet qui espère surfer sur la dynamique Macron malgré sa faible notoriété…

Dessin de Piet paru dans Rue89 Strasbourg

Mais qu’espèrent donc les 11 autres candidats qui vont venir troubler le jeu et dont aucun n’a bien évidemment la prétention de rassembler sur son nom plus de 12,5 % des inscrits (ce qui suppose plus de 20 % des suffrages exprimés au vu des taux de participation habituels pour ce type d’élection), seuil nécessaire pour se maintenir au second tour, sauf à être parmi les deux premiers ? Manifestement, certains d’entre eux sont là principalement pour grappiller des voix et empêcher qu’un autre candidat ne soit élu. On se souvient du trublion Christian Musumeci qui déjà en 2012 se présentait sous l’étiquette improbable de « gauche socialiste » et recueillait près de 4 % des voix, juste assez pour éliminer Gilles Grandjean du 2ème tour et ouvrir grand la voie à Bernard Deflesselles. Le poisson pilote est de retour et tentera cette année encore la même stratégie, sans doute sous une autre étiquette car il a les idées larges, mais peu importe, c’est le résultat qui compte.

A gauche, d’autres candidats viendront évidemment compliquer le jeu, avec notamment Stéphanie Harkane qui se présentera avec l’étiquette PS, Boualam Aksil (écologiste), Raymond Lloret (du collectif citoyen « C’est à nous », en pointe dans le combat contre les boues rouges) ou encore Patricia Pawiak (Parti Radical de Gauche/Génération Ecologie), tous bien entendu armés de bonnes intentions et de fortes convictions, mais dont la présence ne servira qu’à affaiblir les candidatures de gauche les plus solides pour faciliter la réélection de Bernard Deflesselles.

Dessin d’Hector publié dans Agoravox

N’oublions-pas non plus l’inévitable représentant de Lutte Ouvrière, François Otchakovsky-Laurens, un parti qui annonce ouvertement son mépris de la démocratie parlementaire mais qui n’oublie jamais de se présenter aux élections, histoire d’alimenter la caisse du parti. Rappelons en effet que chaque parti qui remporte plus de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions touche ensuite pendant 5 ans un joli pactole correspondant chaque année à 1,42 € pour chaque suffrage reçu, ce qui représente de l’ordre de 35 millions d’euros versés ainsi chaque année aux différents partis, sans compter bien sûr les 40 millions qu’ils touchent en fonction du nombre de leurs représentants effectivement élus !).

On conçoit qu’une telle manne aiguise les appétits et suscite autant de vocations à l’approche des élections législatives. Ajoutons donc pour faire bonne mesure à notre liste de candidats dans la 9ème circonscription une représentante du FN tendance Le Pen père (Parti de la France), une certaine Elisabeth Lalesart, mais aussi une adepte de l’UPR, le parti de François Asselineau dont les couleurs seront portées localement par Elodie Sery, et encore deux soi-disant écologistes, Christophe Amouroux (Parti Animaliste) et Nicolas Lapeyre (Confédération pour l’Homme, l’Animal et la Planète).

Avec un tel choix, espérons du moins que le taux de participation sera supérieur à celui de 2012 où à peine plus d’un électeur sur deux avait jugé bon de se déplacer au second tour…

L.V.  

Vote FN : des élus locaux qui n’en peuvent plus…

22 mai 2017

Daniel Delomez, maire d’Annezin (crédit photo © La Voix du Nord)

L’histoire avait fait le buzz sur internet au soir du premier tour des élections présidentielles, rapportée par de nombreux médias. Daniel Delomez, maire Divers Gauche de la petite ville d’Annezin (5500 habitants) située à proximité de Béthune dans le Pas-de-Calais avait piqué une colère noire en constatant que 38 % de ses concitoyens avaient voté pour Marine Le Pen (et près de 20 % pour Jean-Luc Mélenchon). C’est un journaliste du quotidien local, l’Avenir de l’Artois, qui avait recueilli son cri du coeur dimanche 23 avril à l’issue du dépouillement : « C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des connards ».

Relayée par le journaliste sur Twitter, la petite phrase a eu beaucoup de succès. Trop manifestement au goût de l’élu qui depuis a affirmé regretter cette analyse à chaud, manifestement trop impulsive. Assailli de coups de téléphone et de nombreuses injures, le maire d’Annezin est revenu à un comportement plus mesuré et dit regretter désormais ses paroles un peu excessives. En tout cas il ne démissionnera pas, ainsi que Libération l’a confirmé, et ses « connards » d’électeurs devront donc supporter encore quelques années sa mauvaise humeur passagère.

Toujours est-il que l’édile a fait des émules et que d’autres que lui se sont lâchés au vue de ce score fleuve du FN. C’est notamment le maire de la petite commune de Haute-Corse, Castello-di-Rostino (414 habitants) qui a durement apostrophé ses concitoyens, lesquels avaient voté à plus de 61 % pour Marine Le Pen au second tour des présidentielles.

Le village de Castello-di-Rostino

Son texte, publié notamment sur Facebook, est pourtant nettement plus mesuré que celui de son collègue des Hauts-de-France. Évoquant la cérémonie du 8 mai 1945, prévue au lendemain de l’échéance électorale, il écrit ainsi : « Au lendemain d’une consultation électorale où la commune a donné une large majorité à la candidate représentant le parti de l’idéologie fasciste et tournant le dos aux valeurs universelles de la liberté et de la dignité humaine, ma conscience politique et le respect dû à ces hommes dont les noms sont inscrits, pas par hasard, mais au terme du sacrifice ultime, sur le monument aux morts, ne m’autorisent pas à lire le message commémoratif. La honte me submerge. Ce sont les excuses de la commune que je présenterai devant le monument aux morts, à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur propre vie pour nous libérer d’une idéologie obscure dont est issue la candidate à la présidence de la République ».

Un message murement réfléchi donc et fortement moralisateur, que tous ceux qui avaient voté Front National, n’ont guère dû apprécié…

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefant (crédit photo © GAZETTE )

C’est sur un tout autre ton que s‘est exprimé entre les deux tours Eric Gold, maire adjoint Divers Gauche de la petite commune du Puy-de-Dôme, Saint-Priest-Bramefant, près de Vichy. Constatant que 155 de ses concitoyens avaient glissé dans l’urne un bulletin au nom de Marine Le Pen, il s’était laissé aller sur son compte Facebook à une apostrophe bien sentie et personnalisée de ceux qui avaient ainsi franchi le pas. Quelques extraits de sa diatribe rapportée notamment par Libération et Le Canard enchaîné :

« A toi, Pierrick, qui pense que l’on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement te rappeler que la dernière fois que quelqu’un s’est fait molester à Saint-Priest tu n’étais pas né… A toi Emile, qui pestes contre toutes ces aides sociales, je te rappelle que tu es celui qui a bénéficié des plus gros montants au titre de l’aide de la collectivité pour l’habitat et que ta mère perçoit l’APA […] A toi Daniel, qui veut faire payer les fraudeurs, je te rappelle que bosser au black, ce n’est pas la règle […] A toi, Marcel qui honoreras de ta présence la cérémonie du 8 Mai, pense à ceux qui dans les années sombres, ont fui la guerre comme d’autres le font aujourd’hui…» Une liste adressée à huit électeurs de Marine Le Pen qui se termine ainsi : «aux 143 autres, qui souhaitent une petite phrase avec leur prénom, je me tiens à leur disposition.»

Un dessin du regretté Charb

Bien évidemment, l’élu a pris le soin de changer les prénoms, mais il semblerait que chacun se soit largement reconnu. L’un d’entre eux le lui a dit d’ailleurs clairement depuis : « Tu as été dur avec moi, mais tu as été bon, je pense que je ne voterai plus FN ». Tous bien entendu n’ont pas été aussi sensibles à cette remontrance de leur maire adjoint (qui vient en fait tout juste de laisser son poste de maire pour prendre la tête de la communauté de communes), ancien professeur des écoles de son état. Ce dernier souhaitait d’ailleurs initialement que son texte soit l’émanation collective de l’ensemble des maires du secteur, mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de le suivre dans son entreprise pédagogique, de peur de se mettre à dos un électorat qui vote FN par frustration et par crainte du déclassement mais qui reste souvent proche de ses élus locaux. Ceci dit, l’élu qui a ainsi mis les pieds dans le plat, a depuis retiré son texte de son compte Facebook et reconnaît lui-même que son initiative a suscité « une certaine gêne » dans sa commune, on veut bien le croire…

Voilà en tout cas une démarche que ne risque pas d’adopter le maire de Carnoux où le Front National est pourtant arrivé une fois de plus en tête, au premier comme au second tour de ces même élections présidentielles. A la surprise générale, celui qui jusque là se disait apolitique et aurait pu justement s’appuyer sur une telle posture pour fustiger les valeurs que soutient le parti d’extrême droite, après avoir clairement dit qu’il voterait pour François Fillon, avait en effet apporté son parrainage à Nicolas Dupont-Aignan, celui-là même qui avait signé un accord de gouvernement avec le Front National en vue de se placer comme premier ministre de Marine Le Pen en cas de succès de cette dernière. Voilà au moins un positionnement de notre maire qui a dû être apprécié par la majorité d’électeurs frontistes présents sur la commune !

L.V.  

Qui face au député sortant Bernard Deflesselles ?

14 mai 2017

Alors que les élections présidentielles viennent tout juste de se terminer, voila déjà les législatives qui se profilent à l’horizon, avec un premier tour prévu dès le 11 juin, dans tout juste 4 semaines, et le second tour dès la semaine suivante. Les candidats ont jusqu’au 19 mai, soit vendredi prochain, pour se déclarer officiellement et assurément il subsiste encore beaucoup d’inconnues à ce stade !

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, au-delà de la commune de Carnoux, les trois cantons de La Ciotat et d’Aubagne Est et Ouest, la liste des candidats qui s’affronteront lors de cette élection n’est pas encore divulguée. Longtemps détenue par le communiste Jean Tardito, la circonscription a basculé à droite en 1999 après une sombre histoire de fraude électorale et est, depuis cette date, entre les mains de l’ex ingénieur de chez IBM, l’inamovible Bernard Deflesselles.

Le député sortant déjà en campagne (photo issue de son compte Twitter @Bdeflesselles)

Réélu sans discontinuer en 2002, 2007 et 2012, notre député à vie se verrait bien repartir pour 5 ans et a depuis déjà de longs mois fait savoir qu’il était candidat à sa succession malgré un bilan législatif bien peu flatteur. Tout indique qu’il a d’ailleurs de fortes chances d’être réélu. En 2012, il était sorti largement vainqueur de ces élections avec plus de 62 % des suffrages exprimés face à la représentante du Front national, l’omniprésente Joëlle Mélin. La gauche, qui s’était présenté en ordre dispersée, avait été fort logiquement balayée dès le premier tour.

Cette année, il est encore trop tôt pour connaître quels seront les adversaires du député sortant. Le Front national n’a pas encore communiqué sur les candidats qui le représenteront dans cette circonscription où Marine Le Pen était arrivée en tête du premier tour avec un peu plus de 28 % des voix mais s’était inclinée au second tour, avec quand même 45,5 % des suffrages exprimés face à Emmanuel Macron. En cas de triangulaire, le candidat du front national aurait donc toutes ses chances dans cette circonscription comme dans plusieurs autres des Bouches-du-Rhône d’ailleurs.

Sylvie Pille-Lesou, candidate de la France insoumise contre Bernard Deflesselles

Reste à savoir comment la gauche compte se positionner lors de cette prochaine élection. Unie, elle aurait une chance non négligeable de l’emporter à en juger par le score cumulé de 37,8 % que ses trois principaux candidats avaient recueilli en 2012, soit davantage que les 35,3 % de M. Deflesselles au premier tour. Il serait cependant bien étonnant que ce soit le cas cette année. Le France insoumise de Jean-Luc Mélenchon vient déjà d’investir son propre candidat, une certaine Sylvie Pille-Lesou, agrégée d’histoire-géographie à la retraite. Mais il serait bien étonnant que le Parti socialiste ne désigne pas un candidat également, ainsi peut-être que les écologistes, s’il en reste…

D’autant que le paysage politique est cette année quelque peu bouleversé par l’arrivée tonitruante du nouveau Président de la République en marche. Comme il se doit, Emmanuel Macron compte bien se tailler sa propre majorité et il a donc logiquement investi son propre candidat dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, comme dans la plupart des 576 autres qui sont en jeu (ou presque, car il reste plus d’une centaine de circonscriptions encore en instance, où le mouvement risque de ne pas désigner de candidat pour ne pas gêner certains de ses alliés potentiels).

Sylvie Brunet, candidate pour la République en marche contre Bernard Deflesselles

Face au vieux renard de la politique qu’est Bernard Deflesselles, qui cultive depuis bientôt 20 ans ses réseaux auprès des élus locaux et de tout ce que la circonscription compte de notables et de relais d’opinion, c’est une novice qui portera les couleurs de la République en marche. Il s’agit de Sylvie Brunet, juriste de formation, qui a occupé le poste de directrice des ressources humaines dans plusieurs entreprises dont Bull, Gemplus et Onet, et qui enseigne désormais le management et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises à l’école de commerce de Marseille, l’ancienne Euromed qui a fusionné en 2013 avec l’école de management de Bordeaux et répond depuis au nom typiquement provençal de Kedge Business School. Membre depuis 2010 du Conseil économique, social et environnemental, elle a notamment été rapporteuse d’un étude-bilan sur les questions d’égalité professionnelle hommes-femmes.

Une bonne connaisseuse du monde de l’entreprise donc, mais qui risque de se trouver quelque peu en porte-à-faux dans ces élections législatives : beaucoup trop libérale sans doute au yeux de la gauche traditionnelle aubagnaise et pas assez ancrée localement, au regard des conservateurs de droite qui fournissent le gros des bataillons d’électeurs de Bernard Deflesselles. Il y a donc de fortes chances que ce dernier rempile une nouvelle fois pour ce job qui semble lui convenir à merveille, même si on serait bien en peine de dresser le moindre bilan de son activité à cette fonction depuis près de 20 ans qu’il l’exerce, en dehors peut-être de sa présence régulière aux réunions d’anciens combattants et du Rotary Club, ainsi que de l’organisation de son fameux loto. A chacun ses ambitions…

L.V.   

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

La France dit non au Front National

8 mai 2017

Comme il y a 15 ans, en 2002, les Français ont clairement rejeté l’aventure que leur proposait le Front National qualifié pour le deuxième tour de ces élections présidentielles. Moins massivement cependant qu’en 2002, il faut bien le reconnaître ! A l’époque, plus de 25 millions d’électeurs français s’étaient exprimés en faveur du président sortant, Jacques Chirac, malgré les nombreuses affaires judiciaires pendantes qui lui collaient aux basques et qui lui valurent, quelques années plus tard, une condamnation infamante à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Son adversaire de l’époque, Jean-Marie Le Pen, n’avait alors recueilli qu’un peu plus de 5 millions de voix, soit moins de 18 % des suffrages exprimés : un rejet net et sans bavure, traduisant une véritable mobilisation du front républicain !

Dessin de presse de Large

Hier, le rejet du Front National a été sans ambiguïté non plus puisque les chiffres, encore provisoires, montrent qu’Emmanuel Macron a gagné ces élections avec un peu plus de 66 % des suffrages exprimés, ce qui le rapproche du rêve giscardien de représenter « deux Français sur trois »…

Certes, ce rejet massif des idées du Front National est loin de concerner toute la France. La commune de Carnoux-en-Provence s’est distinguée une nouvelle fois hier en plaçant en tête Marine Le Pen avec 51,8 % des suffrages exprimés. Un score qui montre d’ailleurs que le Front National est en nette progression puisque la présidente du Front National a recueilli hier dans notre ville pas moins de 1891 voix, soit 340 de plus que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, finaliste des élections régionales en décembre 2015, il y a moins de 18 mois.

Carte de France du résultat des élections présidentielles (infographie publiée par Le Monde)

La carte de France des résultats du 2ème tour de ces élections présidentielles ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Deux départements seulement ont placé Marine Le Pen en tête (l’Aisne et le Pas de Calais), mais on y voit nettement le très fort ancrage du Front National dans le tiers nord et nord-est de la France ainsi que dans le sud-est. Au premier tour, Marine Le Pen était arrivée en tête dans les Bouches-du-Rhône comme sur l’ensemble de la Région PACA, ce qui n’a pas été le cas au second tour. On observe néanmoins localement des scores très élevés du Front National qui a frôlé la première place dans le département du Var où il est arrivé largement en tête au deuxième tour dans des villes comme Fréjus, Brignoles ou Draguignan, ce qui confirme un ancrage territorial très fort dans ce secteur.

Marine Le Pen aura donc échoué comme son père à concrétiser cette victoire du 1er tour qui lui avait permis d’éliminer de la course ses deux challengers de droite (François Fillon) comme de gauche (Jean-Luc Mélenchon). Son score pourtant a presque doublé par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen en 2002 puisque plus de 10 millions de Français ont glissé dimanche un bulletin à son nom dans la petite enveloppe marron. Rapporté au nombre d’inscrits sur les listes électorales (un peu plus de 47,5 millions de Français en 2017), cet engouement reste très minoritaire et on voit mal comment ce parti, qui suscite une telle force de rejet auprès de la majorité de la population, pourrait arriver à gouverner un jour le pays, sauf à imaginer que le taux d’abstention, qui atteint déjà des records, ne progresse encore…

Mais le constat vaut aussi pour le gagnant de ces élections qui n’a finalement recueilli sur son nom qu’un peu plus de 20 millions de voix, soit moins d’un Français sur deux inscrit sur les listes électorales : 43,6 % exactement. C’est un peu mieux que François Hollande en 2012 qui avait rassemblé sur son nom 39,1 % des suffrages rapportées au nombre d’inscrits, mais très comparable au score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007 (42,7%). Sauf que François Hollande comme Nicolas Sakozy avant lui savaient pouvoir compter sur une majorité solide grâce à l’ancrage du parti qui les soutenaient.

Emmanuel Macron prononçant son discours de rassemblement au soir de son élection, le 7 mai 2017 (photo © L. Bonaventure / POOL / AFP)

Pour le nouveau Président de la République élu hier, les choses risquent d’être plus compliquées et les élections législatives des 9 et 16 juin prochains ne s’annoncent pas de tout repos. On a bien vu, dès hier soir, à quel point les ténors de la vie politique, droite et gauche confondues, bien que tous balayés à l’issue du premier tour de ces élections, avaient repris du poil de la bête et se présentaient déjà en opposants convaincus et fermement décidés à rendre la vie impossible au futur pouvoir exécutif, malgré le discours d’ouverture et d’apaisement de ce dernier. Chaque camp cherchant à faire élire au parlement le maximum de ses affidés afin de bloquer autant que possible toute décision qui lui paraîtrait contraire à ses intérêts ou à sa vision des choses, nul besoin d’être devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron aura besoin de beaucoup de diplomatie pour arriver à tenir un cap cohérent dans un tel contexte.

François Baroin (ici avec Thierry Solère, François Jacob et Jean-François Copé) espère bien prendre sa revanche aux législatives et devenir premier ministre de cohabitation (photo © archives AFP)

Rien n’exclut pour l’instant que la droite LR sorte largement en tête des prochaines élections législatives, et on peut compter sur la hargne d’un François Baroin et de ses lieutenants pour s’y employer de toutes leurs forces, en s’appuyant pour cela sur l’excellent ancrage territorial de la plupart des barons locaux. Rappelons en effet, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que ce scénario était de très loin le plus vraisemblable il y a quelques mois encore, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages, avant que le Canard enchaîné ne dévoile à la France estomaquée que le petit père La Vertu n’était pas aussi irréprochable qu’on le pensait. Mais maintenant que ce boulet électoral a été arraché des pieds de la droite, nul doute que celle-ci va promptement relever la tête et récupérer son électorat traditionnel…

Dessin de presse de Martin Vidberg

Pour ce qui est de la gauche qui vomit le nouveau président, beaucoup trop libéral à son goût, celle qui s’est partagée au premier tour entre Jean-Luc Mélenchon (majoritairement), Benoit Hamon (modestement), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (plus marginalement), tout l’enjeu est de savoir comment elle compte se positionner à l’occasion des prochaines élections. Unie derrière des candidats communs dans une dynamique de recomposition à la manière allemande du parti Die Linke, elle pourrait assurément peser de manière substantielle sur ces élections et envoyer à l’Assemblée nationale des bataillons de députés sur lesquels le nouveau président devra nécessairement compter, quitte à infléchir sa politique. Au vu des personnalités de ceux qui la dirigent et de l’histoire des mouvements qui la composent, une telle hypothèse est néanmoins bien peu probable à ce stade…

Tout laisse donc penser que le quinquennat qui commence ne sera pas un long fleuve tranquille. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron arrive à gagner son pari d’envoyer au parlement une majorité En marche représentative de son positionnement et fortement renouvelée grâce à un fort recours à la société civile, en dehors de ce cas de figure, on peut d’ores et déjà craindre que le nouveau président ne soit obligé de composer avec une majorité de droite frustrée et revancharde qui ne lui fera pas de cadeau. Bon courage Monsieur le Président !

L.V.  

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.  

FN : ils en ont parlé…

29 avril 2017

Un dîner en famille – dessin de presse de Caran d’Ache publiée dans le Figaro le 14 février 1898

Chacun se souvient du célèbre dessin du caricaturiste Caran d’Ache en plein débat sur l’affaire Dreyfus qui divisait alors la France en deux camps irréconciliable, provoquant querelles et déchirements au sein même des foyers, jusqu’à transformer les repas familiaux en batailles rangées…

A une semaine du deuxième tour des élections présidentielles qui verront s’affronter la présidente du Front National et un candidat centriste qui se veut « en marche » mais ni à gauche ni à droite, bien qu’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande et ancien ministre du gouvernement Valls, voilà que ce climat de guerre civile larvée reprend de la vigueur…

Il faut dire que tout concourt à dramatiser la situation, avec un Front National arrivé en tête du premier tour dans plusieurs régions françaises, dont PACA où Marine Le Pen a engrangé plus de 28 % des sufrages exprimés, et des reports de voix qui s’annoncent cahotiques. L’accord de gouvernement que vient de passer Nicolas Dupont-Aignan avec le Front National est ressenti par beaucoup comme un véritable coup de tonnerre dans le paysage politique français alors que rien n’annonçait un tel ralliement dans son discours jusque là. Les élus qui, comme le maire de Carnoux Jean-Pierre Giorgi, lui ont apporté leur parainnage pour qu’ils puissent présenter sa candidature, doivent s’en mordre les doigts…

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen annonçant leur alliance, samedi 29 avril 2017 (photo © G. Van der Hasselt / AFP)

Quant aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, rien n’indique que leurs voix se porteront en majorité sur le candidat d’En marche lors du second tour. Leur leader a en effet fortement évolué depuis 2002, lorsqu’il appelait sans la moindre hésitation à voter en faveur de Jacques Chirac, estimant que ce « devoir républicain » était une nécessité absolue pour toute « conscience de gauche ». Mais 15 ans plus tard, il n’est plus question de front républicain en faveur d’Emmanuel Macron, alors même qu’ils sont issus tous les deux des rangs du Parti socialiste ! Aurait-il perdu entre temps sa conscience de gauche, lui qui avait déjà rejeté avec dédain toute participation éventuelle aux primaires de la gauche ? Comprenne qui pourra…

Bref, dans un tel climat, mieux vaut ne pas aborder les sujets politiques en famille ! Parmi les très nombreuses vidéos engagées qui circulent sur le net pour mettre en garde contre l’arrivée possible au pouvoir du Front National, nous vous conseillons ce court-métrage savoureux, sobrement intitulé Raclure, réalisé par Maxime Péméja et Clara Collange, qui met en scène justement un de ces dîners de famille qui dégénère.

L’ambiance est pourtant plutôt à la fête pour cette famille attablée autour d’une raclette, deux mois seulement après l’installation à l’Elysée de Marine Le Pen. Evan, le fils aîné, engagé dans l’armée depuis 4 ans, est tout fier d’annoncer sa récente nomination au grade de sous-lieutenant et explique que sa compagnie va être envoyée à Calais pour y nettoyer la ville des migrants qui l’encombrent. Sophie, la nouvelle copine du petit frère s’étonne un peu d’une décision aussi radicale, et c’est parti pour une discussion un peu animée comme on les aime dans les chaumières dès qu’il s’agit de débat d’idées…

Photo extraite de la video

Les positions sont tranchées mais pas caricaturales et chacun se retrouvera facilement dans cet échange où s’affrontent deux visions opposées mais totalement sincères vis à vis de la gestion des migrants bloqués à Calais et, bien au-delà, sur l’attitude à adopter face aux flux migratoires. La mise en scène est soignée et les dialogues réalistes. On est dans un débat d’idées et de valeurs, mais à l’échelle humaine. Le père, boulanger, s’inquiète pour la baisse d’activité de sa boutique, du fait de la concurrence du kebab qui a ouvert en face de chez lui. La mère, s’enorgueillit d’avoir privilégié la présence auprès de ses enfants à sa carrière professionnelle et aspire tout simplement au bonheur de la vie.

Une discussion passionnée en famille…

Pas de vision idéologique donc, mais des échanges du quotidien entre membres d’une même famille dont les visions diffèrent en raison de leur sensibilité propre. Et pourtant, cela suffit à faire exploser le consensus festif du dîner familial. Car, d’argument en argument, les choses dégénèrent rapidement tandis que le fromage bouillonne dans le plat à raclette… Les portes finissent par claquer et le paisible climat de convivialité du début ne résiste pas à cette discussion animée où chacun se renvoie à la figure des arguments de plus en plus radicaux.

A regarder et à faire circuler sans modération en cette période de banalisation de la vision de la société que propose le Front National, dans laquelle priment la recherche de la sécurité individuelle, le repli sur soi et le rejet de l’étranger que l’on affuble de tous les maux. Pas sûr que cette vidéo suffira à convaincre ceux qui ont voté Front National ou qui s’apprêtent à le faire dimanche prochain de modifier leur choix. A défaut de vouloir peser sur le cours des élections, elle a surtout le mérite d’inciter chacun à s’interroger sur son positionnement, dans un domaine où rien n’est tout blanc ou tout noir, mais surtout affaire d’équilibre et dicernement car, comme le disait Raymond Aron, « voter, ce n’est pas choisir entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable ».

Bravo en tout cas aux jeunes réalisateurs de ce court-métrage qui mérite d’être largement diffusé !

L.V.  

Dimanche 42 avril 2017, jour d’élection…

27 avril 2017

Ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 subsistera probablement dans les annales de la vie politique française, au même titre que le 21 avril 2002, resté gravé dans toutes les mémoires comme le symbole de la montée du Front National dont le leader d’alors, Jean-Marie Le Pen, avait réussi à se qualifier pour le second tour, éliminant sèchement le premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin, pourtant crédité d’un excellent bilan économique.

Souvenirs, souvenirs : les résultats du 1er tour de la présidentielle 2002

                    Un dessin de Na !

Quinze ans plus tard, le scénario se répète mais cette fois le cataclysme est encore plus fort puisque la fille et héritière de Jean-Marie Le Pen a réussi à éliminer dès le premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le candidat du Parti socialiste, le pauvre Benoît Hamon qui termine l’aventure électorale avec à peine plus de 6 % des suffrages exprimés, mais aussi l’ancien premier ministre LR de Nicolas Sarkozy, François Fillon, qui était pourtant donné archi-gagnant de cette élection il y a quelques mois seulement : un 21 avril double donc, comme n’ont pas manqué de le faire observer de nombreux chroniqueurs…

En 2002, des millions de Français (de gauche), traumatisés par cette percée spectaculaire de l’extrême-droite, avaient aussitôt battu le pavé pour exprimer leur aversion des idées lepénistes et assurer de leur soutien le candidat de la droite, le bienheureux Jacques Chirac, élu dans un fauteuil au deuxième tour avec un score stalinien de 82,2 %. A Carnoux même, une poignée de militants avaient tenu à exprimer leur mobilisation contre les idées frontistes, sous l’œil goguenard des élus municipaux qui fêtaient dans le même temps la déroute de la gauche.

Manifestation contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, place de la Bastille le 1er mai 2002 (photo P. Wojazer / Reuters)

En 2017, le climat a beaucoup évolué et tout le monde s’attendait à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle, d’autant que les instituts de sondage avaient fait un travail remarquable en prédisant de manière extrêmement fiable les résultats de ce premier tour. La seule incertitude résidait dans sa position face au candidat Emmanuel Macron qui est finalement arrivé en tête avec près d’un million de voix supplémentaires.

Evolution des sondages avant le 1er tour de la présidentielle (données publiées par France soir © T. Saint-Cricq, K. Tian, J. Bonnard, C. Malplat / AFP)

Comme en 2002, l’écart  avec le troisième homme est modeste, sauf que Marine Le Pen a quand même engrangé près de 7,7 millions de suffrages exprimés là où son père en 2002 n’en avait recueilli que 4,8… C’est dire à quel point les idées du Front National se sont ancrées et diffusées dans tout le pays. Et quasiment personne n’a jugé utile de descendre dans la rue pour protester contre l’expression de ce vote inspiré en partie par le repli sur soi et la peur de l’étranger.

Les premiers sondages annoncent Emmanuel Macron vainqueur au second tour mais avec un score qui sera selon toute vraisemblance très inférieur à celui de Jacques Chirac en 2002 et d’ailleurs rien n’est encore joué d’avance !

Un duel Macron / Le Pen pour le 2ème tour (Montage photo L’Express – photos C. Platiau et P. Laurenson / Reuters)

Car le paysage politique français paraît s’être complètement brouillé, laissant apparaître de nouvelles lignes de fracture largement inédites. La candidate du Front National a fait ses meilleurs scores dans les zones rurales et périurbaines, avec une position hégémonique dans certaines régions comme les Hauts-de-France, le Grand Est ou encore la région PACA. A Carnoux, elle est ainsi arrivée largement en tête du premier tour avec 32,3 % des voix quand le candidat d’En marche arrive troisième à moins de 18 %.

En revanche, ses scores ont été très faibles dans les grandes métropoles comme Lyon (8,8 %), Strasbourg (12 %), Rennes (6,7 %) ou encore Paris (moins de 5 % !). Ceci confirme à quel point est en train de se creuser en France le fossé entre les métropoles dynamiques et le monde de la ruralité, des banlieues et des petites villes de province qui se sent délaissé, exclu, déclassé. Dans ce paysage, Marseille fait un peu figure d’exception pour avoir placé en tête Jean-Luc Mélenchon, juste avant la dirigeante frontiste, confirmant en tout cas l’aversion viscérale de cette ville pour une vision économique libérale.

Le 2ème tour vu par le dessinateur suisse Chapatte (dessin paru dans le Courrier international)

Par beaucoup d’aspects, cette élection a montré en effet la forte émergence de ces deux pôles : d’un côté une gauche assez radicale qui a rarement été aussi plébiscitée dans les suffrages puisque ses deux représentants, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, s’ils avaient été unis, auraient largement viré en tête à l’issue du premier tour, et de l’autre une extrême-droite qui atteint des sommets, avec en commun un même rejet du libéralisme, de l’orthodoxie budgétaire, de la financiarisation, de l’ouverture des frontières et plus largement des élites qui dirigent le monde.

Cette nouvelle recomposition du paysage politique français a fait le jeu du candidat de centre droit qu’est Emmanuel Macron (si tant est qu’on puisse le classer selon ce type de critère sans doute un peu périmé), bien aidé en cela par la décrédibilisation de son challenger, l’ex Premier Ministre François Fillon, le donneur de leçon à la moralité douteuse.

Mais dans un tel contexte, le second tour pourrait réserver bien des surprises. Si certains, à gauche comme à droite, ont d’ores et déjà apporté sans barguigner leur soutien à Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National, ce n’est pas (encore ?) le cas du candidat malheureux Nicolas Dupont-Aignan, lequel n’a même pas réussi à atteindre le seuil fatidique de 5 % qui lui aurait permis d’être remboursé de ses frais de campagne.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête du 1er tour à Marseille (photo © maxppp)

Plus troublant, c’est aussi le cas du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, après avoir fait une campagne remarquée se soldant par un score inespéré, est apparu lui-même hésitant, au soir du premier tour à donner une consigne de vote. Pour quelqu’un qui a combattu toute sa vie contre les idées de l’extrême-droite, une telle position est pour le moins déroutante, surtout après les nombreuses convergences qui sont apparus tout au long de la campagne sur les visions économique de ces deux partis situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique…

Après un tel séisme, la recomposition du paysage politique français est en marche, mais nul doute qu’elle sera douloureuse et semée d’embûches. Bien malin qui pourrait en prédire l’issue !

L.V. 

Emmanuel Macron, en marche vers le pouvoir ?

8 avril 2017

Décidément, rien ne se passe comme prévu lors de cette campagne pour l’élection présidentielle de 2017… A deux semaines seulement du premier tour, il paraît bien difficile de faire le moindre pronostic.

La seule certitude, c’est que la gauche en sera très vraisemblablement éliminée dès le premier tour, sauf à ce que l’un des deux candidats en lice se désiste ou que les deux finissent par trouver un accord. Mais un tel scénario devient chaque jour plus improbable, chacun s’arcqueboutant sur ses positions. Benoît Hamon, bien que vainqueur incontesté de la primaire de la gauche et bénéficiant du ralliement de Yannick Jadot, lui-même désigné à l’issue de primaires internes aux écologistes, est à la peine dans les sondages qui le créditent désormais d’à peine 10 % des intentions de vote.

Dessin de Wingz

Face à lui, Jean-Luc Mélanchon est dans une dynamique positive qui lui a permis depuis un mois de passer de 10 à 15 % des intentions de vote, comme si les électeurs de gauche avaient déjà oublié son refus hautain de participer à la primaire de la gauche. Il n’en reste pas moins que le socle de leur électorat commun reste stable et ne dépasse pas 25 %. Cela pourrait être suffisant pour être qualifié au second tour, à condition que ces voix se portent sur un candidat unique. Dispersées entre deux candidats, quelle que soit la répartition entre les deux, c’est la certitude qu’aucun candidat de gauche ne sera qualifié pour le second tour, au grand dam de millions d’électeurs de gauche qui devront donc se résigner à ne pas être représentés, une fois de plus, du fait de la stratégie suicidaire des dirigeants de ce courant politique.

Selon toute vraisemblance, le résultat de cette élection uninominale à deux tours se jouera donc entre la représentante du Front national, Marine Le Pen, et ses deux outsiders dans les sondages. François Fillon, grand gagnant des primaires de la droite en novembre dernier, est désormais englué dans le discrédit suite à sa méthode de défense déplorable et à l’arrogance extrême dont il a fait preuve pour répondre aux multiples reproches sur sa cupidité financière. Mis en examen pour détournement de fonds publics, il s’enferre dans ses mensonges successifs, tentant vainement d’accréditer la thèse d’un complot imaginaire ourdi à son encontre par le fameux « cabinet noir » de l’Elysée, avec la complicité des médias et de la justice.

Et pourtant, comme pour Marine Le Pen, elle-même sous le coup de multiples affaires judiciaires, ces accusations semblent ne guère troubler son électorat puisque les derniers sondages indiquent une remontée des intentions de vote en sa faveur, le créditant d’un score de l’ordre de 20 %, dépassant même les 30 % chez les électeurs de plus de 50 ans qui sont, comme chacun sait, les plus assidus à voter.

Un second tour laissant le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est donc pas à exclure. Néanmoins, force est de constater que l’OVNI Emmanuel Macron est en train de se rapprocher, dans les intentions de vote, de la candidate du Front national, avec pas moins de 24 % selon les derniers sondages. Personne ne sait trop bien comment positionner ce candidat dont les soutiens politiques vont de Robert Hue à Alain Madelin en passant par François Bayrou et désormais Manuel Valls. Sa ligne politique le situe néanmoins sans ambiguïté à gauche de François Fillon et à droite de Benoît Hamon, dans cet espace centriste qui a eu, jusque là, bien du mal à s’affirmer dans le paysage politique de la Cinquième République et qui pourrait donc peut-être arriver à se faire une place au soleil à l’occasion de ces élections présidentielles qui s’annoncent si atypiques…

Dessin de Gros publié dans Marianne du 17 mars 2017

C’est d’ailleurs un des points faibles de la candidature d’Emmanuel Macron : beaucoup se demandent en effet sur quelle majorité il compte s’appuyer pour gouverner au cas où il serait élu. Dans cette hypothèse, certains en sont même déjà à imaginer une situation de cohabitation avec un gouvernement de droite, tant le parti LR est confiant dans sa victoire lors des prochaines législatives, face à une gauche totalement atomisée et à un FN traditionnellement handicapé dans le cadre d’un scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Dessin de Placide

Et pourtant, ce ne sont pas les candidats qui manquent à Emmanuel Macron pour s’aligner lors des élections législatives du mois de juin. Plus de 14 000 personnes se seraient ainsi portées candidates ! Mais la commission d’investiture présidée par l’ex-UMP Jean-Paul Delevoye a fixé un cahier des charges très strict, exigeant pour les 577 candidats investis le respect de la stricte parité hommes-femmes (alors que seules 15 % des offres de service reçues sont féminines !) ainsi qu’un équilibre entre élus et représentants de la société civile, mais aussi entre gauche, droite et centre : un vrai casse-tête donc !

Les 14 premiers candidats investis par En marche (photo extraite du site de campagne En marche)

C’est sans doute la raison pour laquelle le mouvement En marche retarde autant que possible ses procédures d’investiture, afin de ne pas polluer la campagne présidentielle. Pourtant, lors de son invitation sur le plateau de l’Emission politique de France 2, le 5 avril dernier, Emmanuel Macron s’est résolu à dévoiler une liste de 14 candidats d’ores et déjà investis par son parti pour les prochaines législatives. On y retrouve notamment Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID qui avait dirigé l’assaut contre l’Hyper Casher, mais aussi Mounir Mahjoubi, l’ancien président du Conseil national numérique, Hughes Renson, ancien conseiller pour les affaires sociales du Président Jacques Chirac, ou encore Elisabeth Toutut-Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse.

Jean Viard, candidat aux prochaines législatives (photo issue du site de campagne En marche)

Parmi ces 14 premières candidatures ainsi dévoilées se trouve en particulier le sociologue Jean Viard, qui était intervenu à Carnoux à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 27 juin 2008, pour une conférence sur l’évolution des rythmes de travail et de notre rapport au temps. Fondateur et co-directeur des éditions de l’Aube à la Tour-d’Aygues, dans le Vaucluse (où il se portera candidat lors des prochaines élections législatives), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire, les rapports entre urbain et rural, la ville de Marseille ou encore l’essor du Front national. Ex-directeur du CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française, une unité de recherche rattachée au CNRS, Jean Viard a aussi été élu en 2008 conseiller municipal de Marseille et vice-président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole jusqu’en mars 2014. Alors porte-parole du socialiste Patrick Mennucci, le voici donc désormais engagé dans le camp de l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en marche, qui sait, vers une victoire électorale prochaine ? L’avenir le dira prochainement…

L.V.