Archive for the ‘Evénements’ Category

Alerte : les gorgones se meurent !

25 septembre 2022

Le réchauffement climatique a encore fait une nouvelle victime ! Depuis la mi-août 2022 les alertes se multiplient dans le milieu des plongeurs méditerranéens : les gorgones, ces magnifiques ramifications colorées qui tapissent les tombants du Parc national des Calanques sont en train de dépérir de manière spectaculaire. Les premières observations ont été faites après les gros orages du 17 août 2022 qui ont balayé la région et fait, une nouvelle fois déborder le Vieux-Port de Marseille, faute de gestion des eaux pluviales adaptée au régime méditerranéen.

Bouquet de gorgone en train de dépérir dans le Parc des Calanques (photo © Patrick Bonhomme / Parc national des Calanques)

Dès le lendemain, des plongeurs se sont inquiétés d’observer un blanchissement inexorable des branches de gorgone, ces bouquets admirables de couleur vive qui constituent un des principaux attraits des fonds méditerranéens. Dès lors, les scientifiques ont commencé à multiplier les observations sur les différentes aires marines protégées de la côte provençale où les gorgones pourpres Paramuricea clavata forment de larges colonies qui se fixent sur les substrats rocheux des fonds marins situés entre 7 et 110 mètres de profondeur.

Le plus souvent pourpre, parfois jaune, les gorgones comme les coraux sont des colonies constituées d’un squelette souple en forme de ramification arborée que se partagent les polypes, de petits animaux munis de tentacules, rattachés à la grande famille des cnidaires qui comprend aussi les méduses ou les anémones de mer. Grâce à cette disposition en éventail le long des branches de l’arborescence généralement disposée perpendiculairement au courant dominant, les polypes filtrent l’eau avec leurs tentacules et se nourrissent ainsi de micro-organismes.

Colonie de gorgone pourpre dans les calanques marseillaises (photo © H Thédy / Parc national des Calanques)

Ces colonies qui tapissent le talus continental en Méditerranée occidentale ont une croissance excessivement lente de l’ordre de 2 à 3 cm par an, mais leur longévité peut atteindre une cinquantaine d’années. Elles forment ainsi une véritable forêt sous-marine qui, à l’instar des grandes barrières de corail qui ceignent les atolls polynésiens, constituent un biotope particulièrement favorable, servant de refuge à une grande variété d’espèces sous-marines. On considère ainsi que pas moins de 15 à 20 % des espèces connues en Méditerranée se concentre à proximité de ces forêts de gorgones, ce qui explique que les plongeurs en soient aussi friands.

Justement, depuis un mois maintenant, les plongeurs ne cessent de multiplier les alertes, constatant avec désespoir que les gorgones de Méditerranée commencent par se nécroser, blanchissent et deviennent cassantes puis finissent par mourir sur pied. Les chercheurs du Parc national des Calanques et de nombreuses associations locales dont Septentrion Environnement, qui œuvre pour la sauvegarde des richesses sous-marines de la Méditerranée, se relaient pour inspecter l’ensemble des spots où ces gorgones sont particulièrement développées.

Un plongeur inspecte des gorgones en train de dépérir dans le Parc national des Calanques (photo © Olivier Bianchimani / 20 minutes)

Et partout le constat est le même : un véritable spectacle de désolation, comme lorsque, au lendemain d’un feu de forêt, on inspecte avec tristesse et dans un silence de mort, le sol couvert de cendre et les moignons noircis de ce qui était la veille encore une magnifique forêt verdoyante, bruissant du chant des oiseaux.

De nombreux prélèvements ont été réalisés pour analyser en laboratoire les causes sans doute multiples de ce véritable massacre qui s’est produit en l’espace de quelques semaines et qui a déjà décimé, selon les premières estimations, 90 % des colonies de gorgones dans les Calanques et plus largement depuis la Côte bleue jusque sur les rivages du Var. Plusieurs facteurs peuvent en effet se combiner pour expliquer cette mortalité inhabituelle : processus biologiques complexes, modification du microbiote associé, survenue d’agents pathogènes, facteurs génétiques de résistance plus ou moins grande au stress thermique, etc.

Prélèvement de gorgones jaunes Eunicella cavolinii pour analyse génétique (photo © T. de Bettignies / MNHN)

Mais la raison principale de ce dépérissement soudain est d’ores et déjà parfaitement identifiée et ne fait aucun doute pour les scientifiques. C’est bien une fois de plus le réchauffement climatique qui en est le responsable, car les gorgones sont extrêmement sensibles aux variations de température. Or cet été, la température de l’eau sur nos côtes méditerranéennes a atteint des records jamais enregistrés, jusqu’à 27 °C à 30 m de profondeur ! C’est trop pour les gorgones qui ont littéralement séché sur pied…

Ce n’est certes pas la première fois que de telles canicule sont observées dans nos régions et l’on avait déjà constaté des épisodes sévères de dépérissement des gorgones pourpres dans les aires marines protégées de Méditerranée où elles font l’objet d’un suivi scientifique, notamment en 1999, 2003, 2006 et 2009, justement à l’occasion de périodes marquées par de fortes canicules prolongées.

Mais lors de ces épisodes antérieurs, le taux de mortalité n’avait guère dépassé 10 à 15 %, ce qui permet une survie des colonies. Il n’en sera peut-être pas de même après cet été 2022 excessivement meurtrier… Sachant qu’il faut une cinquantaine d’années pour reconstituer une colonie ainsi décimée, il est probable que l’on n’est pas près de revoir le doux frémissement des ramures pourpres de gorgones sur les tombants des Calanques, d’autant que toutes les modélisations annoncent une accentuation de la fréquence et de la sévérité des épisodes de canicules dans les années à venir : on commence à assister aux premiers effets probablement irréversibles du changement climatique…

L. V.

Conseil de sécurité de l’ONU : un droit de veto problématique

23 septembre 2022

La réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, fait partie de ces serpents de mer qui resurgissent régulièrement. Créé au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le Conseil de sécurité est l’organe exécutif de l’Organisation des Nations unies et a pour responsabilité principale, selon les termes de la Charte des Nations unies, « le maintien de la paix et de la sécurité internationale », rien de moins…

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’exprime devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 24 août 2022 à New York (photo © Timothy A. Clary / AFP / L’Express)

Cet organe, qui peut se réunir à tout moment, à New York, y compris en urgence pour traiter de crises imprévues, est désormais composé de 15 membres dont 10 non permanents élus pour 2 ans par groupes géographiques de pays, avec un renouvellement par moitié chaque année. Actuellement, l’Irlande et la Norvège y représentent l’Europe occidentale et l’Albanie l’Europe de l’Est, tandis que le continent africain est représenté par le Gabon, le Ghana et le Kenya. Le bloc Asie-Pacifique est actuellement représenté par l’Inde et les Émirats arabes unis, et l’Amérique latine par le Brésil et le Mexique.

Quant aux 5 membres permanent, malgré les nombreux projets de réformes tous avortés à ce jour, ce sont toujours les principaux vainqueurs de la seconde guerre mondiale qui ont conservé leur siège, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France. Et ils disposent toujours du droit de veto qu’ils se sont eux-mêmes arrogés dès l’origine, ce qui leur permet de bloquer n’importe quelle résolution qui, sinon, doit avoir l’aval de 9 des membres du Conseil de sécurité pour être adoptée.

Première réunion du Conseil de sécurité des Nations unies à Londres, le 17 janvier 1946 (photo © Marcel Bolomey / ONU)

La récente invasion russe en Ukraine a, une fois de plus, remis sur la table la question du maintien de ce droit de veto d’un autre âge, Vladimir Poutine ayant bien évidemment utilisé une fois de plus cet outil pour bloquer le 26 février 2022 une résolution déplorant l’agression, tout en notant avec satisfaction que 3 autres membres (Chine, Inde et Émirats arabes unis) préféraient s’abstenir… De quoi énerver passablement l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, considérant que « les États membres responsables n’envahissent pas leur voisin » et l’amenant à faire des propositions pour limiter le droit de veto, estimant que « tout membre permanent qui use de son droit de veto pour défendre ses propres actions perd toute autorité morale et doit être tenu pour responsable ».

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, en conférence de presse au siège de l’Onu, le 1er mars 2021 (photo © Mary Altaffer / The Associated Press / Voice of America)

Une leçon de morale qui ne peut bien entendu que faire sourire, voire ricaner, les autres pays, habitués de longue date à voir les États-Unis n’en faire qu’à leur tête et se soucier comme d’une guigne de ce que peut bien penser le reste du monde lorsque leurs propres intérêts économiques ou stratégiques sont en jeu… De fait, depuis la création de l’ONU, les États-Unis ont utilisé à 83 reprises leur droit de veto, dans plus de la moitié des cas pour défendre leur allié israélien contre l’opprobre international, mais force est de constater que depuis 2009, ils n’ont dégainé cette arme redoutable qu’à 4 reprises alors que dans le même temps la Russie l’a brandie pas moins de 26 fois ! C’est d’ailleurs ce pays, et avant elle la défunte URSS qui détient le record d’utilisation avec pas moins de 117 veto apposés, dont 29 depuis la fin de l’empire soviétique en 1991.

Par comparaison, le Royaume-Uni a utilisé 29 fois son droit de veto, souvent de manière concomitante avec les USA, la Chine 18 fois et la France 16 fois seulement, la dernière fois en 1989 pour éviter de condamner l’invasion américaine à Panama. Il s’agissait alors d’une position de solidarité avec son allié américain, mais la dernière fois que la France a utilisé ce droit de veto pour défendre ses propres intérêts, c’était en 1976 au sujet du référendum sur l’indépendance de Mayotte. En 2013, la France s’est d’ailleurs engagée, par la voix de François Hollande, à ne jamais utiliser son droit de veto quand sont en jeu des génocides ou des crimes de masse, et a souhaité que les autres pays en fassent de même, mais sans succès jusqu’à présent…

L’invasion américaine à Panama, en décembre 1989, la dernière occasion où la France a fait usage de son droit de veto (photo © US Army)

Le 26 avril 2022, l’Assemblée générale des Nations unis a adopté par consensus, à l’initiative du Liechtenstein, une résolution qui oblige désormais un pays utilisant son droit de veto à justifier sa décision. Une mesure qui vient justement en réaction au récent veto russe destiné à empêcher toute condamnation de son aventure ukrainienne. Cela ne changera pas fondamentalement les choses car un pays qui fait usage de son droit de veto a toujours de bonnes raisons personnelles pour cela, mais le fait que celles-ci soient plus ou moins avouables le place néanmoins dans une situation moralement plus délicate.

On se doute néanmoins que ce n’est pas ce genre de mesure qui arrêtera un dirigeant comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jin Ping qui n’ont cure de ce que pense l’opinion internationale à leur égard, obsédés qu’ils sont de défendre l’idée qu’ils se font de la puissance de leur propre pays. La démarche pourrait même gêner davantage les États-Unis qui sont amenés régulièrement à utiliser leur droit de veto pour éviter que la politique israélienne de colonisation des Territoires occupés ne soit trop fermement condamnée par le reste du monde.

Vladimir Poutine reçoit (à distance) le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au Kremlin, le 26 avril 2022 (photo © Vladimir Astapkovich / Sputnik via Associated Press / Le Devoir)

C’est bien le paradoxe de ce type de posture : quand on est sûr de son bon droit, on trouve toujours que les sanctions ne sont pas assez sévères et on enrage de voir l’impunité dont bénéficient ceux qu’on considère comme délinquants. Mais quand on se place soit même en délicatesse avec la loi ou la bonne gouvernance, on est généralement très agacé par les leçons de morales que certains ne peuvent s’empêcher de donner… Pas sûr que l’on arrive à sortir aussi facilement de ce droit de veto pour le moins archaïque et profondément injuste que se sont arrogé les grandes puissances du moment !

L. V.

Le Ravi, c’est fini…

18 septembre 2022

« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas » Tout le monde a en tête cet aphorisme qui figure en tête de la dernière page de chaque numéro du Canard enchaîné, même si personne ne sait trop bien à qui attribuer cette citation, sans doute trop belle pour être vraie… En revanche, on sait bien qui est l’auteur de cette autre maxime moins connue mais sans doute plus réaliste : « la liberté de la presse est entière : il suffit d’avoir les milliards nécessaires ». C’est le sociologue Alfred Sauvy qui faisait ce constat lucide en préface d’un ouvrage de Jean Boniface publié au début des années 1960 sous le titre Arts de masse et grand public. Une vision assez prémonitoire de la bataille à laquelle on vient d’assister entre les milliardaires Xavier Niel et Rodolphe Saadé pour prendre le contrôle du quotidien régional La Provence

La presse française très prisée des milliardaires, un dessin signé Miss Lilou (source © Blagues et dessins)

Rien qu’en France, 8 milliardaires contrôlent de fait une vingtaine de journaux, trustant à eux seuls 95 % des ventes d’hebdomadaires nationaux généralistes et plus de 80 % de la presse quotidienne nationale. Ainsi, Bernard Arnault, première fortune de France, détient des titres comme Le Parisien, Les Echos, Investir ou encore la chaine Radio Classique. Son alter ego Vincent Bolloré s’est forgé de son côté un véritable empire médiatique avec les chaînes CNews, Direct 8 et des titres aussi courus que Paris Match, Géo, Voici, Ça m’intéresse ou Capital. Patrick Drahi, qui a fait fortune dans le domaine des télécommunications, est désormais à la tête de Libération, l’Express ou encore BFM et RMC. Son collègue Xavier Niel, patron de Free, est actionnaire majoritaire du Monde, de Télérama, du Nouvel Observateur ou encore de Rue 89. On pourrait citer aussi le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, désormais patron de Marianne, Elle ou encore Télé 7 jours, mais aussi François Pinault, 24e fortune mondiale qui détient Le Point tandis que le Figaro est entre les mains de la famille Dassault.

Un dessin signé Loup sur les limites subtiles du dessin de presse… (source © The Conversation)

Curieusement, aucun de ces grands patrons tous milliardaires et grands philanthropes, défenseurs invétérés de la sacro-sainte liberté d’informer, n’est venu au secours du petit mensuel provençal satirique le Ravi qui vient de rendre l’âme et de jeter l’éponge après 18 ans de combat homérique pour tenter de faire entendre sa voix quelque peu gouailleuse d’une « presse pas pareille ». Lancé en 2003 par l’association marseillaise La Tchatche, ce journal était publié en kiosque tous les premiers vendredis du mois. Mais le n°208 daté de juillet-août 2022 sera donc le dernier de la liste, suivi néanmoins par un « numéro très spécial » publié post mortem sur le site du Ravi, encore accessible.

Couverture du numéro (très) spécial du Ravi, publié post mortem sur son site (source © le Ravi)

Il est vrai que ce dernier exemplaire du Ravi vendu en kiosque cet été contenait, outre une attaque frontale contre les fachos du RN, un portrait au vitriol de Rodolphe Saadé, le patron de la CMA CGM et, donc, désormais de La Provence, en train de se lâcher contre un autre grand prédateur, Michel-Edouard Leclerc, qui avait osé attaquer le transporteur maritime en l’accusant de profiter de la situation pour gonfler ses marges et encaisser des bénéfices mirobolant… Un dialogue savoureux et quelque peu viril, imaginaire bien entendu, mais qui donne bien le ton des journalistes du Ravi, jamais avares en bons mots et fins observateurs des petits travers du microcosme politico-économique régional.

Exemple de « contrôle technique de la démocratie » à Aix-en-Provence le 24 septembre 2021 : une caricature de Sophie Joissains signée Trax (source © le Ravi)

C’est d’ailleurs ce qui faisait le sel de ce média pas comme les autres qui sortait, mois après mois, ses enquêtes d’investigation sur les sujets qui fâchent, mais aussi ses portraits acides de personnalités « en surmoi médiatique » qui ont tellement pris la grosse tête qu’elles s’exposent à un rappel peu amène de certaines de leurs déclarations publiques à l’emporte-pièce. Sa rubrique mensuelle intitulée « contrôle technique de la démocratie » était un vrai bijou d’observation des mœurs locales de la démocratie au quotidien, observée en direct par un journaliste assistant incognito à un conseil municipal et relatant avec talent et humour le jeu de rôle des élus locaux jamais avares de postures et sans cesse rattrapés par leur vanité personnelle et leur ego surdimensionné.

Un dessin signé Yakana, à l’occasion de la disparition du Ravi (source © le Ravi)

Et pourtant, le journal se portait plutôt bien avec ses ventes en hausse, son site internet performant et très fréquenté, ses actions éducatives bien suivies et son taux d’autofinancement remarquable de 80 %. Mais ce n’était pas suffisant pour faire vivre durablement la petite équipe de journalistes particulièrement investie qui se dévouait corps et âmes pour ce projet atypique. Faute de subvention publique et malgré les nombreux soutiens populaires régulièrement sollicités, le journal, comme d’ailleurs toute la presse écrite, avait bien du mal à trouver son équilibre financier. Or en 2021, le Conseil départemental de Martine Vassal comme le Conseil régional de Renaud Muselier, ont brusquement fermé le robinet des subventions à ce journal satirique un peu trop critique à leur égard. La Ville de Marseille a bien tenté de lui venir en aide en votant in extremis une subvention à son bénéfice en juin dernier mais le journal a donc déposé le bilan avant même d’avoir pu en voir la couleur…

La Ravilution de juin 2022, vue par Na ! : en 3 mois, les donateurs se sont mobilisés pour recueillir 63.000 euros de dons et tenter de sauver le journal, en vain (source © le Ravi)

Malgré le tragique de la situation, l’équipe du Ravi a gardé son sens de l’humour et sa page d’adieu et de remerciement à tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure vaut la lecture ! Petit extrait : « C’est donc la fin d’une histoire débutée en 2003 ! Pour les six salariés de la Tchatche, aucun problème : comme pour tous les chômeurs, il leur suffira de traverser la rue afin de trouver un travail. Pour l’offre médiatique régionale, déjà étriquée, c’est ballot : elle s’appauvrit encore un peu plus avec la disparition d’un des très rares journaux mêlant enquête et satire en France… ».

A l’occasion de la disparition du Ravi, les (fausses) condoléances des personnalités locales, ici le sénateur RN Stéphane Ravier… (source © le Ravi)

Quant aux personnalités locales, l’équipe du Ravi anticipe avec autant de perspicacité que d’ironie les larmes de crocodile qu’ils ne manqueront pas de verser sur la disparition de ce média indépendant qui leur a si souvent fait grincer les dents et lever les bras au ciel, un peu comme le fameux ravi de la crèche, auquel le journal en question tire son nom, l’air toujours un peu ahuri et naïf mais sans jamais baisser les bras, jusqu’à ce jour du moins… Un grand remerciement en tout cas à cette équipe de journalistes passionnés qui a œuvré avec autant de conviction, et souvent un brin de provocation, pour faire vivre cette démocratie locale si précieuse.

L. V.

Pakistan : des inondations meurtrières

16 septembre 2022

Le Pakistan, ce pays de 220 millions d’habitants, fait face depuis le début de l’année à une crise climatique de grande ampleur. En mars, le pays commençait déjà à suffoquer sous l’effet d’une forte vague de chaleur avec des températures supérieures à 40 °C. En avril, le mercure a continué à grimper pour atteindre localement jusqu’à 51 °C le 14 mai 2022 à Jacobabad, près de la frontière avec l’Inde : un record mondial sans précédent ! La ville voisine de Calcutta, en Inde, a aussi connu cette année sa plus longue séquence sans pluie : 57 jours consécutifs.

En 2022, le Pakistan en proie à une canicule record (photo © Prakash Singh / AFP / Radio France)

Des records de chaleur qui rendent la vie quasi insupportable et qui ont fait au moins 25 victimes directes en Inde et 65 au Pakistan, l’organisme humain étant mis à rude épreuve durant ces épisodes de canicule prolongée lorsque le thermomètre ne descend pas en dessous de 30 °C même au cœur de la nuit.  Cette vague de canicule, que les scientifiques relient sans hésiter au réchauffement climatique mondial, s’est bien évidemment accompagnée d’un déficit sévère en eau, les cours d’eau s’asséchant les uns après les autres et le débit du fleuve Indus, principale source d’alimentation en eau du Pakistan a vu son niveau d’étiage fondre de 65 %.

La population a aussi eu à subir en parallèle de multiples coupures d’électricité liées à une surconsommation pour alimenter réfrigérateurs et climatiseurs, mais aussi des vagues de pollution due notamment à plusieurs incendies majeurs de décharges, dont celle de New Delhi qui s’est enflammée à trois reprises. Au nord du Pakistan, un lac glaciaire a rompu sa digue sous l’effet de la fonte accélérée des neiges d’altitude. Les rendements agricoles se sont effondrés, y compris au Pendjab, grenier à blé de l’Inde, au point que ce pays a annoncé suspendre totalement ses exportations, pour privilégier sa propre sécurité alimentaire.

Rivière en crue dans le district de Swat où des milliers de personnes ont dû évacuer leur habitation le 27 août 2022 (photo © Abdul Majeeb / AFP / La Dépêche)

Et voilà que début juin, à la période où débute habituellement la mousson, des pluies diluviennes se sont abattues notamment sur la région, se poursuivant quasiment sans discontinuer jusqu’en septembre et atteignant des cumuls inhabituels au Pakistan qui a dû décréter l’état d’urgence le 26 août. Le pays est certes habitué à ces fortes pluies de mousson et aux inondations meurtrières qui en résulte. Ici, chacun a encore en tête l’année 2010, pas si lointaine, où près de 20%de la superficie du pays s’était retrouvée sous les eaux, avec un bilan final estimé à environ 2000 morts. Mais le cru 2022 est très comparable puisque la dernière semaine d’août, les autorités annonçaient déjà un bilan de 1400 morts, autour de 13 000 blessés, plus de 250 000 maisons détruites, 1,8 millions d’hectares de terres agricoles submergées, de l’ordre de 700 000 têtes de bétail emportées, 3000 km de routes hors d’usage et au moins 130 ponts effondrés…

Inondations dans les rues d’Hyderabad le 26 juillet 2022 (photo © Jan Ali Laghari / Anadolu Agency / AFP / La Croix / Reporterre)

Presque tout le pays est touché par ces inondations historiques qui concerneraient directement de l’ordre de 33 millions d’habitants selon Sherry Rehman, la ministre du changement climatique (eh oui, le poste existe au Pakistan !). Et au-delà des victimes directes de l’inondation, la population n’a pas fini de souffrir de cette situation apocalyptique : l’eau qui recouvre une bonne partie du pays et qui risque de stagner pendant des mois risque en effet d’accroître fortement les risques liés aux maladies hydriques telles que le paludisme, la bilharziose ou la dysenterie voire le choléra. L’accès à l’eau potable devient vite un problème de santé publique dans les secteurs durablement inondés, les puits d’étant plus protégés contre la contamination des eaux de surface.

Evacuation sur un radeau de fortune dans le district de Jaffarabad, le 8 septembre 2022 (photo © Fida Hussain / AFP / TV5 monde)

Les conséquences économiques d’une telle situation risquent d’être lourdes du fait des impacts de ces inondations majeures sur les cultures de riz et surtout de coton, qui contribuent largement à la balance commerciale du pays. Et ceci advient dans un pays en crise politique puisque le Premier ministre du Pakistan, Imran Khan, a été renversé en avril dernier par un vote de défiance du Parlement et que le gouvernement de coalition qui dirige depuis le pays doit faire face aux attaques verbales incessantes de l’ancien dirigeant qui a gardé un fort pouvoir de mobilisation : affronter ainsi en même temps une crise politique, économique et sociale tout en faisant face à une des pires catastrophe naturelle que le Pakistan ait connu, n’est pas une partie de plaisir pour le gouvernement actuel, conduit par Shehbaz Sharif, par ailleurs président de la Ligue musulmane du Pakistan et frère de Nahwaz Sharif qui a été lui-même à trois reprises Premier ministre : au Pakistan, l’instabilité politique est coutumière et aucun Premier ministre n’a réussi, depuis l’indépendance du pays en 1947, à aller jusqu’au bout de son mandat…

Le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres (à gauche) et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (au centre) en visite dans un camp de réfugiés à Usta Muhammad, le 10 septembre 2022 (photo © Pakistan Prime Minister’s Office / AFP / Le Matin)

Il n’en reste pas moins que ce nouvel épisode d’inondation au Pakistan est assez inédit par son ampleur, au point que le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, de visite dans le pays a déclaré samedi 10 septembre 2022à Karachi : « J’ai vu de nombreux désastres humanitaires dans le monde, mais je n’ai jamais vu de carnage climatique de cette ampleur. Je n’ai simplement pas de mots pour décrire ce que j’ai vu aujourd’hui ». Manifestement révulsé par le spectacle d’horreur auquel il a ainsi assisté, il a exhorté l’ensemble des pays émetteurs de gaz à effet de serre à modifier enfin leurs pratiques pour protéger les populations contre ces désastres qui se tendent à se multiplier. Pas sûr qu’il ait été bien entendu…

L. V.

Philippe Echaroux enchante la montagne

12 septembre 2022

Le photographe marseillais Philippe Echaroux n’en finit pas de faire parler de lui. Nous avions déjà évoqué sur ce blog ses œuvres aussi spectaculaires qu’éphémères qui revêtent souvent un caractère engagé voir pédagogique. Devenu une véritable référence mondiale en matière de street art 2.0, en remplaçant les bombes de peintures qui dégradent durablement les murs tagués malgré eux, par un vidéoprojecteur surpuissant, il n’hésite pas à afficher sur les façades de Marseille, de La Havanne, de New York ou de Venise ses slogans humoristiques, profonds ou provocateurs.

Projection de Philippe Echaroux sur le Cap Canaille (source © Philippe Echaroux)

Mais Philippe Echaroux est aussi un artiste engagé qui embrasse de multiples causes. Celles des enfants des rues de Calcutta comme celle de la déforestation qui menace la forêt amazonienne. Après avoir projeté un portrait géant de Zinédine Zidane sur le pignon aveugle d’une maison marseillaise de la Corniche, Philippe Echaroux s’est rendu en 2016 au fin fond de la forêt amazonienne pour y rencontrer des représentants d’un peuple indien méconnu, les Suruis, au contact de la civilisation occidentale depuis une cinquantaine d’années seulement, et aux prises avec la déforestation qui menace leur écosystème millénaire.

Projection dans la forêt amazonienne d’un visage Surui (source © Philippe Echaroux / Destimed)

Ses portraits de membres de la tribu Suruis, projetés de nuit sur les immenses arbres qui les entourent créent un univers onirique des plus étranges qui a beaucoup amusé les Indiens assistant à la genèse et à la mise en œuvre de ce projet artistique pour le moins original. Mais cette œuvre éphémère dont les photographies témoins ont été exposées dans une galerie parisienne fin 2016, sont avant tout un acte écologique militant. Celui d’un artiste qui cherche à convaincre par l’émotion esthétique que la défense de la forêt amazonienne est une condition de la survie de l’humanité, et pas seulement des quelques tribus qui y vivent en symbiose avec le milieu naturel.

Projection de Philippe Echaroux sur les arbres de la forêt amazonienne (source © Philippe Echaroux)

« Derrière chaque arbre déraciné, c’est un homme qui est déraciné ». Tel est le message fort que cherche à faire passer Philippe Echaroux à travers ce projet spectaculaire. Et il entreprend la même démarche pour attirer l’attention sur la fonte inexorable des glaciers alpins, n’hésitant pas à crapahuter de nuit avec un guide de haute montagne, sur ce qu’il reste de la Mer de glace pour projeter sur le monde minéral qui l’entoure ses messages d’alerte sur cette glace qui hurle en fondant comme une vulgaire boule de crème glacée entre les mains d’un gamin capricieux.

Projection de Philippe Echaroux sur la Mer de Glace qui fond désespéramment (source © Philippe Echaroux)

Car Philippe Echaroux est un vrai amoureux de la montagne et de ceux qui l’habitent. Alpinistes, gardiens de refuges, bergers d’alpage ou secouristes de haute-montagne, autant de figures auxquelles l’artiste marseillais a voulu rendre hommage dans une série de portraits géants qu’il a projeté au cours de l’été 2022 et jusqu’au 30 septembre, sur les façades de plusieurs villages du Parc des Écrins, dans les Hautes-Alpes, et de l’Oisans, en Isère.

Philippe Echaroux dans le massif des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

Une exposition in situ dans de petits villages de montage, qui attire les touristes de passages et les amoureux de la montagne, tout en rendant un hommage magnifique à ceux qui y vivent toute l’année. Photographe portraitiste reconnu, Philippe Echaroux sait mieux que personne rendre toute l’humanité de ces visages burinés par le soleil des longues courses en altitude et désireux de faire partager leur passion de ces paysages naturels dont l’accès se mérite par l’effort.

Projection sur une façade du village de Villar-d’Arène dans le Parc des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

On ne peut que saluer cette belle initiative qui vise à réenchanter ces paysages alpins et à valoriser cette pratique d’un alpinisme authentique et respectueux de la nature, tout en faisant appel à un art à la fois original, d’une beauté esthétique incontestable, minimisant son impact environnemental par son aspect éphémère et virtuel, mais en même temps porteur d’un message humaniste fort : bravo l’artiste !

L. V.

Gorbatchev : un dirigeant qui laisse un souvenir ambigu

8 septembre 2022

Dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev s’est éteint le 30 août 2022 à plus de 91 ans, et vient d’être inhumé à Moscou ce samedi 3 septembre, aux côtés de son épouse Raïssa, disparue en 1999, dans une relative indifférence de la part de ses compatriotes, alors que, paradoxalement, nombre de dirigeants occidentaux lui rendent un hommage appuyé.

Mikhaïl Gorbatchev à la tribune du Soviet suprême à Moscou, lors de sa session extraordinaire du 27 août 1991 photo © Vitaly Armand / AFP / Le Monde)

L’actuel Président de la Russie, Vladimir Poutine, ne s’est même pas déplacé pour assister à ses obsèques, officiellement pour cause d’agenda trop chargé. Une belle marque de muflerie de la part de celui qui préfère effectivement bombarder les villes ukrainiennes plutôt que d’œuvrer à la paix dans le monde, ce qui avait valu à son prédécesseur l’attribution du prix Nobel de la paix en 1990 : chacun son domaine de compétence ! Poutine l’a d’ailleurs reconnu sans détour en admettant d’un ton neutre que Mikhaïl Gorbatchev avait eu « une grande influence sur l’histoire du monde » et qu’il s’était « efforcé de proposer ses propres solutions aux problèmes », sous-entendant clairement qu’ils ne partageaient pas la même vision des choses et que les solutions en question avaient lamentablement échoué

De fait, le bilan de Mikhaïl Gorbatchev reste mitigé, surtout dans le contexte ultra nationaliste qui règne dans la Russie de Poutine, lequel ne rêve que de reconstituer l’ex empire soviétique, par la force au besoin, et qui n’a que faire des lubies de transparence démocratique auxquelles Gorbatchev était attaché. Certes, des milliers de Russes sont venus rendre un dernier adieu à Mikhaïl Gorbatchev le jour de ses obsèques, souvent en hommage au vent de liberté qui a soufflé lorsqu’il était au pouvoir. Une impression confirmée par la présence du journaliste Dmitri Mouratov, prix Nobel de la paix en 2021 et directeur de la rédaction du journal d’opposition Novaïa Gazeta dont plusieurs collaborateurs ont été récemment assassinés du fait de leurs investigations gênantes dans des affaires de corruption impliquant l’armée russe.

Le prix Nobel de la paix, Dmitri Mouratov, portant le portrait de Mikhaïl Gorbatchev lors des obsèques de ce dernier (photo © Alexander Zemlianichenko / AFP / Le Devoir)

Pourtant, rien ne prédisposait cet apparatchik à acquérir cette réputation de défenseur des libertés et des droits de l’homme. Né en 1931 dans un petit village du nord du Caucase dans une famille de communistes fervents dont le grand-père s’était engagé dans le mouvement de collectivisation des terres et dirigeait le kolkhoze local, il reçoit à 18 ans le Drapeau rouge du travail pour ses talents de chauffeur de tracteur en parallèle de ses études au lycée. Dirigeant de l’organisation du Parti pendant ses études universitaires à Moscou, il revient dans son village en 1955 et se retrouve dès 1970 nommé gouverneur de la région de Stavropol. Il profite allègrement de sa situation pour se faire bien voir des vieux caciques du parti qui viennent en cure thermale dans le secteur et rejoint dès 1979 le Politburo comme suppléant.

Un dessin publié le 1er septembre 2022, signé Zaïtchick (source © Blagues et dessins)

La mort de Leonid Brejnev en 1982, suivi de celle rapide de ses deux successeurs, Youri Andropov et Konstantin Tchernenko lui permet d’accéder à la tête de l’URSS le 10 mars 1985. L’empire soviétique est alors à bout de souffle, dominé par un complexe militaro-industriel tout puissant, mais confronté à d’énormes difficultés de production des biens de consommation courantes. A tout juste 54 ans, Gorbatchev tranche avec l’inertie de ses prédécesseurs et lance les vaste chantiers de la perestroïka et de la glasnost. Le premier, qui vise à refondre totalement le système économique et politique de l’URSS est un échec total et ne fait qu’aggraver la situation en désorganisant tout le système. En parallèle, le souci de transparence et de liberté d’expression que cherche à instaurer Gorbatchev donne un véritable souffle démocratique mais heurte de front les intérêts et les habitudes des apparatchiks du régime tandis que ses campagnes de lutte contre la consommation d’alcool ne contribuent guère à sa popularité….

Le contexte est d’autant plus difficile que Mikhaïl Gorbatchev doit en outre se confronter à de réelles difficultés dont l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 alors qu’il est en pleine négociations avec Ronald Reagan pour tenter de réduire enfin les arsenaux nucléaires. La fin de la course aux armements et la fin de la guerre froide sont sans conteste à mettre au crédit de Mikhaïl Gorbatchev qui était persuadé que l’URSS n’était plus en mesure de suivre le rythme imposé par les généraux de l’Armée rouge et qu’il valait mieux se concentrer sur la relance de l’économie en vue d’améliorer le niveau de vie de la population russe. Il est d’ailleurs l’artisan du retrait des troupes russes d’Afghanistan décidé en 1988 et, lors de la chute du mur de Berlin, en 1989, c’est lui qui décide de ne pas envoyer les chars russes rétablir l’ordre soviétique. Une attitude qui lui vaut l’attribution du prix Nobel de la Paix en 1990, après qu’il ait entériné fin 1989 la fin officielle de la guerre froide en accord avec Georges Bush.

Mikhaïl Gorbatchev, prix Nobel de la paix en 1990 et signataire des accord Start de désarmement en 1991 (photo © Olav Olsen / AFP / BMFTV)

En 1991, l’économie soviétique était à bout de souffle et l’aide que Gorbatchev escompte des pays occidentaux pour sa bonne volonté en faveur de la détente internationale, ne se concrétise pas. Au mois d’août, alors que Gorbatchev vient de partir en vacances, des putschistes nationalistes, inquiets de ses réformes institutionnelles, tentent de prendre le pouvoir à Moscou et lui demandent de démissionner. Il s’y refuse et finit par rentrer à Moscou alors que le putsch tourne à la débandade, quelques jours plus tard. Mais c’est Boris Eltsine, nouvellement élu au suffrage universel président de la République de Russie, qui tire les marrons du feu, après s’être mis en scène juché sur un des chars de l’armée. Gorbatchev quitte le 24 août la direction du Parti communiste qui finit par être dissous début novembre. Les accords d’Alma-Ata, signés le 21 décembre 1991, créent la Communauté des États indépendants qui remplacent purement et simplement l’URSS moribonde. Gorbatchev démissionne de son poste de président de l’URSS le 25 décembre 1991 et le Soviet suprême dissout l’URSS dès le lendemain.

Boris Eltsine exigeant de Mikhaïl Gorbatchev qu’il lise un texte devant le Parlement, le 23 août 1991 (photo © Piko / AFP / La Dépêche)

Rarement dirigeant d’une aussi grande puissance aura connu une fin de règne aussi peu glorieuse et ceci explique largement que Gorbatchev soit alors aussi détesté des Russes qui voient leur empire disparaître pour le plus grand profit de l’ennemi juré américain et qui constatent que leur niveau de vie et même leur espérance de vie déclinent tandis que des oligarques décomplexés amassent des fortunes immenses en dépeçant les anciennes structures d’État. En juin 1996, lorsque Mikhaïl Gorbatchev se présente à l’élection présidentielle de la Fédération de Russie, il n’obtient que 0,5 % des suffrages, ce qui donne une idée de sa popularité du moment face à un Boris Eltsine triomphalement réélu…

Le comble est atteint lorsque, en 1997, Mikhaïl Gorbatchev, alors à court d’argent, accepte de tourner dans une publicité du géant américain de la malbouffe, Pizza Hut. On y voit des Russes débattre, dans un restaurant moscovite, de l’évolution de la Russie, un jeune s’extasiant des libertés nouvelles, de l’ouverture au monde et des opportunité économiques qui en découlent, tandis qu’un autre regrette le temps du communisme, de l’ordre et de la stabilité. Mais tous sont unanimes pour apprécier que, grâce à Gorbatchev, chacun a désormais accès à la bonne pizza occidentale… Une scène bouffonne, qui achève de discréditer l’ancien dirigeant soviétique aux yeux de nombre de ses concitoyens.

Mikhaïl Gorbatchev avec sa petite fille tournant dans une publicité pour Pizza Hut en 1997 ( source © Eater)

Un ressentiment qui s’était encore accentué avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine qui a pris le contre-pied exact de son prédécesseur, n’hésitant pas à lancer de nouveau son pays dans des guerres d’expansion pour surfer sur l’esprit nationaliste. Gorbatchev s’était d’ailleurs ému des tendances dictatoriales du nouveau maître du Kremlin et avait même confié un jour en évoquant leur popularité respective aux yeux des Russes : « « S’ils nous pendent tous les deux, assurez-vous qu’ils ne le fassent pas au même arbre que moi ». Il aura finalement eu la chance d’échapper un un tel châtiment mais il faudra du temps sans doute pour que les Russes finissent par reconnaître, un jour peut-être, le rôle positif qu’il aura malgré tout joué en faveur de la paix et de la stabilité dans le Monde…

L. V.

Waterloo : l’urne trop pleine s’est vidée…

4 septembre 2022

Qui n’a pas appris dans ses jeunesse ces alexandrins du grand poète Victor Hugo rendant hommage à sa manière, quelque peu dithyrambique, à cette bataille dantesque qui s’est déroulée le 18 juin 1815 et qui fut la dernière à laquelle prit part Napoléon, contraint d’abdiquer définitivement 4 jours plus tard :

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !

Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,

Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons

La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

Composé quarante ans après les événements, ce poème des Châtiments, titré L’expiation, traduit bien la fascination morbide que cette bataille homérique qui opposait la France au reste de l’Europe a suscité parmi ses contemporains. Victor Hugo lui-même a visité en 1860 le champ de bataille, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles, sur le plateau de Mont-Saint-Jean, après avoir écrit ces vers célèbres et pour les besoin de son roman Les Misérables.

L’infanterie française conduite par Jérôme, le frère de Napoléon, attaque le château d’Hougoumont à Waterloo, peinture de l’artiste américain Mark Churms (source © Cranston Fine Arts)

Celui-ci comprend un livre entier consacré à cette bataille mémorable dans laquelle Hugo décrit la fureur des combats lors de la charge des cuirassiers français qui se brise sur les carrés de l’infanterie britannique, avant d’évoquer le soldat Thénardier occupé à piller les cadavres au soir de la bataille et qui se retrouve récompensé pour avoir sauvé un général alors qu’il s’apprêtait à le dépouiller sans la moindre vergogne…

Comme après chaque bataille de cette ampleur, les vautours étaient nombreux à rôder une fois la mitraille apaisée, pour récupérer tout ce qu’ils pouvaient sur les cadavres encore chauds des soldats tombés au combats. Et Waterloo fut probablement une des pires boucheries de l’époque, pourtant riche en batailles sanglantes après 20 ans d’affrontements consécutifs à la Révolution française et aux guerres de conquête napoléoniennes. Selon les historiens, le bilan des 4 jours que dura la campagne de Belgique qui se solda par la bataille rangée de Waterloo, serait d’au moins 23 700 morts (certains avancent plutôt le chiffre de 40 000 tués !) et quelques 65 400 blessés toutes armées confondues, sans compter quelques 12 000 chevaux tombés au champ d’honneur.

La bataille de Waterloo, lithographie de William Holmes Sullivan datant de 1898 (source © Meisterdrucke)

Du côté français qui avait mobilisé plus de 71 000 hommes, on dénombre au minimum 11 500 tués dont 14 généraux et près de 34 000 blessés. C’est donc un véritable carnage, d’autant que les armées alliées, commandées par le duc de Wellington, sont presque aussi nombreuses et présentent des pertes encore supérieures. Cette coalition européenne mobilisée contre l’armée napoléonienne rassemble pour sa part des troupes venues de Grande-Bretagne, des États allemands de Hanovre, de Brunswick et du Nassau, mais aussi des Belges, des Néerlandais et des Prussiens (les fameux renforts commandés par Blücher, qui font basculer le sort des armes).

Charge de la cavalerie française contre les carrés anglais, tableau du peintre français Emmanuel Philippoteaux, conservé au Wellington Museum, à Londres (source © site sur la bataille de Waterloo)

Et pourtant, curieusement, les quelques fouilles qui ont été réalisées sur le champs de bataille qui a été laissé grosso modo laissé en l’état depuis 1815, ont révélé excessivement peu de restes humains. En 2015, un squelette humain a bien été mis à jour à l’occasion du chantier de construction d’un parking près du musée, et en 2019, les archéologues ont exhumé un os de jambe amputée en fouillant les vestiges de ce qui fut le principal hôpital de campagne des armées coalisées. Voilà qui paraît bien peu au vu du gigantesque charnier que tous les contemporains décrivent à l’issue de cette bataille dantesque et effroyable…

Un des carrés anglais sur lequel vient se briser la cavalerie française : le 28e régiment à Quatre Bras, peint par Elizabeth Thomson en 1875 (source © Slate)

A tel point que certains historiens s’interrogent sur le devenir de tous ces cadavres tombés dans cette morne plaine. A l’instar de l’Écossais Tony Pollard, directeur du Centre for Battlefield Archaeology à l’Université de Glasgow et qui a notamment publié en juin dernier, dans la revue scientifique Journal of Conflict Archeology une étude pour le moins surprenante. Il s’est notamment intéressé aux témoignages des très nombreux contemporains qui, souvent par simple curiosité morbide, se sont précipités sur le champ de bataille de Waterloo sitôt éteint le son de la mitraille. Leur intention n’était pas, comme la crapule de Thénardier, de venir détrousser les cadavres, mais simplement de se rendre compte par eux-mêmes de ce choc de titans qui venait de sceller le sort de l’empire napoléonien et de changer fortement le destin de l’Europe.

Plusieurs de ces témoignages émanent de Britanniques venus en nombre dans les jours qui ont suivi la bataille et qui relatent les opérations d’évacuation des blessés, dans les premiers jours, et l’ensevelissement des morts qui a pris une bonne dizaine de jours au total, sans compter le pillage qui s’est poursuivi pendant des mois.

Crémation des corps de soldats morts à Waterloo, devant le château d’Hougoumont, peint par James Rouse et publié en 1817 par William Mudford (source © Journal of Conflict Archeology)

Selon ces écrits, les innombrables cadavres d’hommes et de chevaux qui jonchaient le champ de bataille ont dû être brûlés pour tenter de réduire le volumes de corps à ensevelir. De nombreuses fosses ont été creusées à la hâte mais les monceaux de corps étaient tels que du bois était disposé au sommet de ces tas pour poursuivre la crémation et faciliter ensuite l’ensevelissement des restes, le tout en plein été, dans une puanteur que tous les témoins décrivent comme atroce…

Enterrement de soldats dans des fosses communes à la Haye sainte, peinture de James Rouse (source © Journal of Conflict Archeology)

Curieusement, malgré ces témoignages illustrés, aussi précoces que multiples, et malgré les campagnes d’investigation qui ont été menées sur le terrain, aucune de ces fosses communes n’a pu être retrouvée par les archéologues que cette disparition ne manque pas d’intriguer : que sont donc devenus les ossements des dizaines de milliers de cadavres tombés à Waterloo et enterrés sommairement sur place ?

Selon Tony Pollard, la raison principale de cette disparition étrange serait due au fait que les cadavres en question ont été en grande partie recyclés ! On savait déjà que les dents des soldats tombés à Waterloo avaient fait l’objet d’un pillage à grande échelle qui serait même à l’origine de l’essor des prothèses dentaires, les premières implantées n’étant autres que ces « dents de Waterloo » prélevées sur des cadavres…

Mais on apprend désormais que le champ de bataille de Waterloo, comme les autres lieux de confrontation majeure de l’épopée napoléonienne, ont servi en réalité dans les années 1820, de réserve de matière première pour la fabrication d’engrais agricole. Ce n’est en effet qu’en 1840 que le chimiste français Frédéric Kuhlmann a développé un procédé industriel permettant de synthétiser les superphosphates et répondre aux énormes besoins en fertilisant des gros producteurs de betterave à sucre du nord de la France. Mais, jusque-là, on avait beaucoup recours, pour la production de ces phosphates dont l’agriculture est friande, à la récupération des ossements (animaux en principe, mais aussi humains quand l’occasion se présentait), réduits en farine et exportés ensuite, notamment vers les îles britanniques.

La poudre d’os, un fertilisant naturel toujours aussi recherché… (source © Market on the web)

Un article publié dans The London Observer en novembre 1822 faisait état de ce trafic peu ragoûtant, reconnaissant qu’un soldat mort était une source de commerce des plus lucratifs puisque ses ossements, soigneusement récoltés sur les grands champs de bataille du continent étaient ensuite importées à grands frais pour être broyés et revendus aux agriculteurs du Yorkshire. Le journaliste allait même jusqu’à s’étonner que la Grande-Bretagne ait ainsi envoyé tant de jeunes soldats se faire tuer en Europe pour ensuite devoir importer leurs restes afin de fertiliser ses sols agricoles : l’économie du recyclage, qui revient fort à la mode de nos jours, ne date finalement pas d’hier…

L. V.

Salvador : le mirage du bitcoin ?

20 août 2022

Premier pays au monde à avoir adopté le bitcoin comme devise officielle, en septembre 2021, suivi en avril 2022 par la Centrafrique qui l’a adopté comme monnaie légale aux côtés du franc CFA, le Salvador est peut-être en train de s’en mordre les doigts…

Le symbole du bitcoin sur fond de drapeau salvadorien, une alliance ambiguë… (source © Clubic)

Il faut dire que cette cryptomonnaie, la première à avoir vu le jour, en novembre 2008, à l’initiative d’un certain Satoshi Nakamoto, un avatar dont on ne connaît toujours pas la véritable identité, a connu récemment quelques faiblesses. L’aventure semblait pourtant bien partie et l’idée même des cryptomonnaies, basée sur le principe d’un échange de valeurs totalement décentralisé qui s’affranchit des organismes financiers, paraît séduisante, bien qu’un peu obscure pour le non initié. Tout repose en effet sur un logiciel qui rétribue en bitcoin les « mineurs », des usagers qui mettent à disposition la puissance de calcul de leur ordinateur pour traiter des transactions de manière sécurisée en les inscrivant dans un registre virtuel, la « blockchain » qui permet de retracer chaque mouvement. C’est un peu comme si, sur un billet de banque on pouvait retrouver tout l’historique des utilisateurs qui l’ont eu précédemment en main !

Un des avantages de cette cryptomonnaie est bien sûr de s’émanciper des organismes bancaires, dans une démarche « de pair à pair ». C’est d’ailleurs ce qui a fait son succès initial parmi les utilisateurs du Darknet qui se sont rapidement emparés de cet outil un peu utopique pour s’en servir de monnaie d’échange pour l’achat d’armes, les jeux d’argent et le trafic de stupéfiant, jusqu’à ce que le FBI s’efforce en 2013-14 d’y mettre fin en bloquant le vecteur du marché, Silky road, la Route de la soie du marché noir…

Le bitcoin, une cryptomonnaie aussi mythique que mystérieuse… (source © 123photos / Trust my science)

D’une valeur quasi nulle à sa création, le bitcoin a atteint la parité avec le dollar dès 2011 et a connu depuis une histoire assez mouvementée qui lui a quand même permis d’atteindre en novembre 2021 le niveau record (à ce jour) de quasiment 69 000 dollars ! Sauf que en juin 2022, sa valeur avait été divisée par 4 en quelques mois pour retomber à environ 17 000 $ US… Une valeur assez fluctuante donc, qui dépend uniquement de son usage et des volumes d’échange, sans garantie puisque non liée à un stock physique d’actif traditionnel.

C’est d’ailleurs pour cette raison (et d’autres) que le pari du Salvador d’utiliser le bitcoin comme monnaie officielle a été tant décriée en cette période de chute des cours de la cryptomonnaie. Il faut dire qu’elle repose sur une initiative fortement médiatisée du Président de la République, Nayib Bukele, lui-même assez décrié. Fils d’un homme d’affaire d’origine palestinienne, lui-même ex publiciste et propriétaire d’un magasin de motos, il avait été élu maire de la capitale, San Salvador, en 2015, à tout juste 34 ans, avant de se voir exclu en 2017 de son parti, le Front Farabundo Marti de libération nationale, un ancien mouvement révolutionnaire de gauche, pour avoir lancé une pomme à la tête d’une conseillère municipale !

Nayib Bukele aux côtés de son épouse Gabriela Rodriguez, saluant ses partisans après sa victoire électorale en février 2019 (photo © Luis Acosta / AFP / Libération)

Mais qu’à cela ne tienne, Nayib Bukele se présente 2 ans plus tard, en 2019, à la Présidence de la République au nom d’un micro parti conservateur de centre droit et se fait élire à 37 ans à la tête de ce pays de 6,5 millions d’habitant, gangrené par une guerre des gangs de narcotrafiquants qui fait des ravages, en portant un discours populiste axé sur la lutte contre la criminalité et la corruption des élites politiques. Depuis, il gouverne ce pays d’une main de fer en pratiquant une politique ultra-sécuritaire qui lui vaut un taux de popularité record de 80 % en 2020… Il n’hésite pas en février 2020 à faire entrer des soldats en arme dans les travées du Parlement pour intimider les députés qui rechignent à voter un emprunt colossal pour renforcer le budget des forces de l’ordre !

Soldats en armes au Parlement du Salvador le 10 janvier 2020 (photo © Víctor Peña / journal El Faro / Mr Mondialisation)

Son nouveau parti, intitulé justement Nouvelles idées, sort largement vainqueur des élections législatives de février 2021, ce qui permet au jeune président, qui aime à se dépeindre comme « le dictateur le plus cool du monde » de faire le ménage en mettant d’office à la retraite certains juges trop regardant, en arrêtant nombre de parlementaires et anciens ministres peu coopératifs, et en amendant la Constitution pour lui permettre d’enchaîner plusieurs mandats.

Communiquant principalement via les réseaux sociaux, il affirme en janvier 2022 à qui veut l’entendre être persuadé que la valeur du bitcoin atteindra prochainement les 100 000 $, alors même que la cryptomonnaie est en pleine dégringolade. Nayib Bukele n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour faire du bitcoin une monnaie phare, annonçant même sur Twitter acheter des bitcoins sur son propre téléphone portable avec l’argent du Trésor national, en espérant fonder un hôpital avec le futurs bénéfices de cette spéculation. Un portefeuille électronique, Chivo wallet, a été créé pour permettre à chaque habitant du pays d’effectuer ses transactions monétaires et financières en bitcoins depuis son smartphone sans passer par le système bancaire, tout en bénéficiant au passage d’une dotation gratuite de 30 $ en bitcoins, histoire d’inciter chacun à utiliser la nouvelle monnaie.

L’arrivée de l’avatar du président Nayib Bukele, mise en scène à la fête des bitcoiners : du grand spectacle ! (photo © Salvador Melendez / AP / Le Grand Continent)

Une gigantesque fête des bitcoiners a même été organisée sur une plage du Salvador, où l’avatar du président est descendu sur la scène dans une soucoupe volante au milieu de lumières et de fumées blanches. L’occasion pour le président d’annoncer en grandes pompes que le Salvador allait émettre des obligations d’une valeur d’un milliard de dollars (les Volcano Bonds), dont la moitié serait utilisée pour acheter des bitcoins, et l’autre moitié pour créer une ville entière en forme de bitcoin, appelée Bitcoin City autour du volcan salvadorien de Conchagua, conçue spécialement pour les mineurs de cette cryptomonnaie.

La fièvre salvadorienne du bitcoin est un peu retombée depuis, du fait de l’effondrement des cours. Si plus de 70 % de la population a bien téléchargé l’application pour récupérer et dépenser les 30 dollars offerts par le gouvernement, la plupart n’ont pas poussé plus loin leur expérience des transactions via la cryptomonnaie. Même pour les transferts de fonds depuis l’étranger de la diaspora émigrée, qui représentent autour de 25 % du PIB salvadorien, seul 1,7 % aurait été fait via le Chivo wallet, alors que c’était un des principaux arguments pour utiliser le bitcoin en limitant les frais de transaction bancaire… La République du Salvador a déjà perdu plus de 40 millions d’euros du fait de la dépréciation récente du bitcoin et le pays se rapproche dangereusement du défaut de paiement.

Le Président de la République du Salvador, twitteur invétéré… (source © Portalcripto)

Le recours au bitcoin, finalement assez marginal, est loin d’être la cause principale de cette dette abyssale du pays mais il ne facilite pas les discussions avec le Fonds monétaire international qui juge que la volatilité excessive de la cryptomonnaie menace la stabilité financière de l’État comme des petits épargnants. Nayib Bukele va devoir twitter frénétiquement pour convaincre ses électeurs de continuer à faire confiance au bitcoin…

L. V.

Sempé, for ever…

14 août 2022

Le dessinateur humoristique et poète, Jean-Jacques Sempé, nous a quitté ce jeudi 11 août 2022, décédé paisiblement à près de 90 ans, dans sa résidence de vacances à Draguignan, dans le Var, selon un communiqué de son épouse. Une fin de vie banale pour un homme dont tous ceux qui l’ont approché retiennent la grande gentillesse et l’humanité simple. Porté ni sur l’actualité ni sur la politique, il a pourtant réussi l’exploit de dessiner pas moins de 113 fois la couverture du prestigieux magazine américain The New-Yorker, avec lequel il a collaboré pendant 40 ans à partir de 1978, et il restera sans doute comme l’un des dessinateurs français les plus illustres dont tout le monde connaît les dessins et leur style inimitable.

Le dessinateur Jean-Jacques Sempé à sa table de travail à Montparnasse, en 2019 (photo © LP / Arnaud Dumontier / Connaissance des arts)

Il était pourtant bien mal parti dans la vie. Enfant né hors mariage en 1932, à Pessac, il subit durant toute son enfance les terribles scènes de ménage de ses parents et se réfugie dès l’âge de 12 ans dans le dessin humoristique avant de quitter l’école à 14 ans pour son premier métier de livreur à bicyclette, à une période où la profession était bien représentée avant une longue éclipse. En 1954, il rencontre René Goscinny dans une agende de presse belge où il dépose régulièrement ses dessins pour un hebdomadaire intitulé Le Moustique. C’est le début d’une longue amitié qui débouche rapidement sur les premiers scénarios du Petit Nicolas, publié dans Pilote à partir de 1959, en même temps que les premières aventures d’Astérix.

Un album du Petit Nicolas réédité par IMAV éditions

C’est en voyant une publicité du célèbre caviste Nicolas que Sempé a eu l’idée de nommer ainsi son petit écolier turbulent des années 1950, tandis que Goscinny invente pour sa bande de copains les noms les plus extravagants, Rufus, Alceste ou Clotaire. Un univers de cours de récréation qui connaîtra en tout cas un succès immense et durable, publié à partir de 1960 et réédité depuis 2004 par Anne Goscinny, la propre fille de René, elle-même éditrice. Un succès que Sempé expliquait à sa façon : «  Le Petit Nicolas est indémodable car lorsque nous l’avons créé il était déjà démodé » : bien vu en effet !

A partir de 1965, Sempé collabore régulièrement avec l’Express où paraissent ses dessins toujours très fouillis dans lesquels se perdent ses personnages, parfois ridicules et pétris de convenance et de vanité, mais souvent profondément sincères sous le regard du dessinateur qu’on devine aussi espiègle que bienveillant. Des dessins plein de poésie et totalement intemporels, généralement en décalage complet avec l’actualité, centrés sur le comportement et les rapports humains plus que sur l’écume des modes et des événements.

Un dessin de Sempé à la une du New-Yorker (source © The Huffington post)

Il dessine également pour le Figaro et le Nouvel Observateur, puis Télérama à partir de 1980, tout en développant son activité pour le New Yorker qui lui assure une notoriété internationale. Les aventures du Petit Nicolas ont d’ailleurs été traduits dans une quarantaine de pays et ses autres publications de dessins d’humour dans une bonne vingtaine. Les cinq premiers volumes du Petit Nicolas, publiés entre 1960 et 1964, se sont d’ailleurs vendus au total à 15 millions d’exemplaires !

Ses dessins de cyclistes, de musiciens d’orchestre, de richissimes hommes d’affaires blasés ou de belles désœuvrées en villégiature à Saint-Tropez, resteront gravés dans les mémoires de chacun : on y reconnaît du premier coup d’œil sa patte tout en rondeur et son style inimitable, plein de poésie.

Connaisseur de vin, un dessin de Jean-Jacques Sempé, à admirer parmi bien d’autres sur le site de sa galeriste et épouse, Martine Gossieaux

Son dernier dessin est à lui seul est représentatif de l’artiste. Publié la semaine dernière dans Paris Match, quelques jours seulement avant son décès, on y voit une muse perdue dans un immense paysage pittoresque et verdoyant bien que dessiné en noir et blanc, comme souvent chez Sempé. Elle s’adresse à celui qui s’efforce de peindre la scène sur son chevalet, consciente sans doute que face à une telle beauté du paysage naturel qui l’entoure elle risque de paraître bien insignifiante : « Pense à ne pas oublier ».

Le dernier dessin de Jean-Jacques Sempé, publié dans Paris-Match du 4 au 10 août 2022 (source © Paris Match / Twitter)

Mais il n’y a aucun risque qu’on oublie le dessinateur qu’était Sempé avec ses dessins qui ne seront jamais démodés tant ils reflètent la complexité de l’âme humaine et ses petits travers intemporels, les petites joies du quotidien et les grandes émotions de toujours. A croire que son nom qui rappelle furieusement le semper latin, qui désigne justement ce mot de toujours, alors qu’il traduit simplement son origine basque, était prémonitoire pour ce dessinateur poétique et élégant de l’intemporel…

L. V.

Taïwan ou le règne de l’ambiguïté stratégique

9 août 2022

Comment faut-il donc interpréter la récente visite à Taïwan, mardi 2 août 2022, de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis ? Et surtout la démonstration de force qui s’en est suivie de la part de la Chine dont le ministre des affaires étrangères a déclaré sans ambages : « Ceux qui offensent la Chine devront être punis, de façon inéluctable » ? On a connu dialogue plus diplomatique entre les deux grandes puissances mondiales… D’autant que cet échange d’amabilités s’est accompagné d’une intrusion directe de 21 avions de chasse chinois dans l’espace aérien taïwanais, de rétorsions économiques à l’encontre de l’île de Taïwan et d’un déploiement de force sans précédent de la marine militaire chinoise dans le cadre de prétendus « exercices » avec tirs à balles réelles…

Nancy Pelosi (en tailleur rose) à son arrivée à l’aéroport de Taipe, mardi 2 août 2022 (photo © AP / Libération)

Une tension largement avivée par une réaction menaçante de la part de Moscou, le ministre russe des affaires étrangères affirmant haut et fort que « la partie chinoise a le droit de prendre les mesures nécessaires pour protéger sa souveraineté et son intégrité territoriale concernant le problème de Taiwan », tout en qualifiant la visite de Nancy Pelosi de « provocation évidente ». Mais que diable allait donc faire celle-ci dans cette galère taïwanaise, surtout à un moment où la planète est déjà au bord de l’explosion, du fait de l’agression russe en Ukraine ?

Il faut dire qu’un déplacement officiel, dans un Boeing de l’US Air Force, de Nancy Pelosi, troisième personnage des États-Unis qui, a 82 ans, n’en est pas à sa première provocation envers le gouvernement chinois, ne pouvait pas passer inaperçue, bien qu’annoncée à la dernière minute et peu médiatisée par le gouvernement de Taïwan. Elle a d’ailleurs annoncé clairement la couleur en déclarant dès son arrivée : « La visite de notre délégation du Congrès honore l’engagement indéfectible de l’Amérique à soutenir la démocratie dynamique de Taïwan. La solidarité de l’Amérique avec les 23 millions d’habitants de Taïwan est plus importante aujourd’hui que jamais, alors que le monde est confronté à un choix entre autocratie et démocratie ».

Manœuvres de l’armée chinoise dans le détroit de Taïwan début août 2022 (photo © Lin Jian / Chine nouvelle / SIPA / Les Echos)

Une véritable gifle pour Pékin qui considère Taïwan comme une simple province rebelle qu’il lui revient de ramener dans le giron du Parti communiste chinois et qui n’a jamais digéré le geste de Nancy Pelosi qui, en 1991, s’était rendue sur la place Tian’anmen, deux ans après le massacre des étudiants chinois protestataires, et y avait déployé une petite banderole noire en hommage aux plusieurs centaines de manifestants tués à la mitrailleuse et écrasés par les chars de l’armée chinoise.

Il faut dire aussi que la question du sort de Taïwan est un sujet particulièrement sensible aux yeux des dirigeants chinois. Rappelons pour mémoire que l’île de Taïwan, que les Portugais avaient appelé Formose lorsqu’ils l’ont abordée pour la première fois en 1542, était peuplée, depuis sans doute au moins 4000 ans par des populations austronésiennes venues du sud-est de la Chine. Colonisée par les Hollandais, ceux-ci encouragent la migration chinoise pour développer l’agriculture, mais sont chassés de l’île en 1633 par Zheng Chenggong, un fidèle de la dynastie Ming, alors que l’empire chinois est en passe de tomber entre les mains de la dynastie Qing, d’origine Mandchoue. Cinquante ans plus tard, celle-ci s’empare à son tour de l’île qui est donc intégrée à l’empire chinois, puis érigée en province en 1887.

Un dessin signé Bauer, publié dans Le Progrès le 4 août 2022

En 1895, après sa défaite contre le Japon, la Chine est contrainte de lui céder Taïwan qui sera donc partie intégrante de l’empire colonial japonais jusqu’en 1945, date à laquelle les États-Unis, sortis victorieux de la seconde guerre mondiale, se voient accorder la tutelle de l’île et aident les troupes du Parti nationaliste chinois, le Kuomintang, à s’y installer dès le retrait de l’armée japonaise. La République nationaliste de Tchang Kaï-chek gouverne alors le territoire de manière assez brutale, provoquant rapidement des émeutes réprimées dans le sang et qui auraient fait pas moins de 30 000 morts. En octobre 1949, le Kuomintang est défait piteusement par l’armée populaire de libération de Mao Zedong, puissamment soutenue par l’URSS, et ne conserve que ce territoire de Taïwan ainsi que quelques îles alentours.

Le mémorial à la gloire de Tchang Kaï-chek à Taïwan (source © Easy Voyage)

Jusqu’en 1971, c’est la République de Chine, établie sur ce confettis de Taïwan qui représente officiellement le pays à l’ONU, jusqu’à ce que les autres nations finissent par accepter que le pays soit enfin représenté par la République populaire de Chine. Jusqu’en 1978, Tchang Kaï-chek, avec le soutien des États-Unis, fait régner un régime dictatorial et corrompu à Taïwan. Son fils qui lui succède alors procède à une libéralisation progressive du régime et finit par lever, en 1987 seulement, la loi martiale qui étouffait le pays. Depuis, le régime s’est très largement démocratisé avec la première élection présidentielle au suffrage universel direct en 1996. L’actuelle présidente de la République, Tsai Ing-wen, issue du Parti démocrate progressiste, a été élue en 2016 et réélue en janvier 2020.

Tsai Ing-wen, actuelle présidente de Taïwan, ici en mai 2020, prononçant son discours d’investiture (source © Taïwan Info)

Le pays, qui compte désormais plus de 23 millions d’habitants, est l’un des plus libres du monde, classé 19e selon l’indice de liberté humaine en 2018, loin devant la France qui figure en 31e position pour les libertés individuelles et au 52e rang pour les libertés économiques… Le PIB par habitant se rapproche des 50 000 dollars, ce qui classe le pays au 21e rang mondial selon les données du FMI en 2017, juste derrière l’Allemagne et l’Australie, mais devant la France et le Royaume-Uni. Comme Singapour, Hongkong et la Corée du Sud, Taïwan a connu une industrialisation et un décollage économique très rapide au cours des dernières décennies et est désormais à la pointe de la technologie dans le domaine de l’informatique, des communications ou de la biotechnologie.

On comprend dans ces conditions, que la Chine de Xi Jinping n’a pas la moindre envie de voir ce joyau de son empire se détacher. Historiquement, il est bien difficile de lui donner tort, d’autant que Taïwan n’est reconnu officiellement que par une poignée de petits pays et que les États-Unis, bien qu’alliés inconditionnels, s’en sont toujours bien gardés, entretenant cette « ambiguïté stratégique » qui consiste à apporter une aide militaire à Taïwan tout en ne reconnaissant pas le pays. Pour parler crûment, les Occidentaux soutiennent ouvertement le régime libéral et démocratique qui s’est (récemment) installé à Taïwan mais sont bien mal placés pour faire la leçon à la Chine qui revendique ce territoire alors qu’ils ont soutenu pendant des années le régime autoritaire et corrompu du Kuomingtang. Chacun aimerait bien, en Occident, que le géant chinois s’imprègne de l’esprit démocratique qui règne désormais à Taïwan, mais c’est rarement de l’extérieur, surtout à coup de provocations de ce type et face à un régime aussi autoritaire et susceptible que celui de Xi Jinping, que l’on incite à une telle évolution : en géopolitique, les leçons de morales sont rarement très efficaces…

L. V.

Assemblée nationale : la guerre des cravates

30 juillet 2022

En ce moment même, la guerre fait toujours rage à nos portes, l’armée ukrainienne tentant de défendre vaille que vaille son territoire envahi par l’armée russe qui bombarde à tout va, n’hésitant pas à tout détruire sur son passage, sous un déluge de feu d’artillerie lourde, pour poursuivre sa progression. Mais pendant que les missiles pleuvent à l’est de l’Europe, voila que nos députés tout juste élus à l’Assemblée nationale, s’étripent, quant à eux, au sujet de leur tenue vestimentaire : un combat qui en vaut bien un autre et qui a le mérite de rappeler que nos responsables politiques ont un sens aigu de la hiérarchie des problèmes…

Renaud Muselier critique la gauche « sale et débraillée »… (photo © SOPA Images / SIPA / Le Nouvel Obs)

C’est Renaud Muselier, le président de la région PACA, qui a déclenché les hostilités, jeudi 21 juillet 2022, en fustigeant sur BFMTV l’attitude des 75 députés de la France insoumise qu’il accuse de faire de l’obstruction systématique et de se faire remarquer par un comportement peu respectueux des règles de bienséance. « Vous voyez la gauche sale, débraillée, qui crie partout. C’est un problème de comportement. Vous représentez la République, c’est une charge. Vous ne pouvez pas crier, vous sortez du bac à sable et vous rejoignez les grands » a ainsi estimé M. Muselier, un rien donneur de leçons.

Un rappel à l’ordre sur lequel son ancien collègue et désormais ennemi mortel, Eric Ciotti, a aussitôt surenchéri, prenant sa plume pour écrire à la Présidente de l’Assemblée nationale, la députée macroniste Yaël Braun-Pivet, pour lui demander de rétablir illico « l’obligation du port du costume et de la cravate pour les hommes », estimant de la plus haute urgence la nécessité « d’empêcher que certains députés notamment de la France Insoumise se permettent de porter au sein de l’hémicycle, des tenues de plus en plus relâchées ».

Le député LFI Louis Boyard s’exprimant à l’Assemblée nationale le 18 juillet 2022 (photo © Stéphane Mouchmouche / Hans Lucas / AFP / France TV info)

Il faut bien reconnaître que les députés en question avaient mis un point d’honneur, depuis le début de cette législature à se faire remarquer en criant haut et fort leur mécontentement, y compris pendant le discours de politique générale de la Première Ministre, Élisabeth Borne, le 6 juillet dernier, qui avait été copieusement chahuté dans leurs rangs. Et les tenues arborées par les députés LFI sont de fait des plus ostensiblement décontractées : jean, baskets, sandales et tee shirts, pas toujours surmontés d’une veste.

Par comparaison, les 89 députés du Rassemblement National, sous la houlette de Marine Le Pen, se distinguent par leur extrême discrétion et le port systématique du costume-cravate pour la gent masculine, traduisant jusqu’à la caricature leur volonté de se démarquer de leur image de parti extrémiste. « La culture paquet de nouille et tee shirt de foot, non merci ! » avait d’ailleurs averti d’emblée la chef des file des députés RN…

Il faut dire que c’est déjà à l’initiative de l’arrivée des députés France Insoumise dans l’hémicycle en 2017, que le bureau de l’Assemblée avait dû acter officiellement le droit pour les députés de siéger sans veste ni cravate, estimant que la tenue dans l’hémicycle « doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville ». Ce qui n’empêchait certains députés de siéger en tenue plus folklorique, à l’image du député de la 3e circonscription de la Polynésie française, Moetai Brotherson, un colosse élu en 2017 et réélu en 2022, qui siège en chemisette à fleurs, sandales et lavalava, une sorte de jupe traditionnelle, tandis que son collègue Paul Molac, fait sensation avec son costume breton à col bariolé…

Le député polynésien Moetai Brotherson à l’Assemblée Nationale en février 2019 (photo © C. Archambault / AFP / L’Humanité)

Il faut bien reconnaître que la question vestimentaire a toujours fortement animé les débats au sein de la représentation nationale française. Déjà le 4 mai 1789, lorsque s’ouvrent les États généraux au château de Versailles, prélude de la future Assemblée constituante, un député se singularise par son accoutrement. A l’époque, les 300 représentants de la noblesse portent tous bas blancs, culotte noire, chapeau à plume et (déjà !) cravate de dentelle. Ceux du clergé ont bien sûr revêtu l’habit ecclésiastique où l’on distingue la pourpre des cardinaux, le violet des évêques, la soutane noire des curés et la robe de bure des quelques moines.

Quant aux 600 représentant du tiers état, tous portent le costume noir de rigueur agrémenté de la cravate de mousseline exigée par le protocole, tous sauf un : un certain Michel Gérard, venu des faubourgs de Rennes et qui arbore sa tenue de cultivateur… Un geste qui le rendra particulièrement populaire, le faisant passer à la postérité sous le sobriquet de « Père Gérard », évoqué récemment en conseil municipal à Marseille, et lui valant même l’honneur de figurer au premier plan du célèbre tableau de David sur le Serment du Jeu de paume, alors même que son rôle dans le prologue de la révolution française reste bien modeste.

Le père Gérard, avec ses habits de cultivateur (photo © Alamy Stock Photo / Marianne)

Depuis, bien d’autres ont emboité ses pas, à l’instar du député socialiste et ancien mineur, Christophe Thivrier, élu en 1889 et qui se présente à l’Assemblée nationale avec sa blouse bleue d’ouvrier pour honorer la promesse faite à ses électeurs. Les huissiers, qui le prennent pour un livreur, lui interdisent l’accès au Palais Bourbon, mais il finit par arriver à ses fins à force de persuasion, acceptant néanmoins de remplacer ses sabots par une paire de bottines… En 1997, son lointain successeur, le communiste Patrice Carvalho s’était lui aussi assis sur les bancs de l’Assemblée en bleu de travail mais avec cravate, histoire de respecter au moins symboliquement le règlement intérieur. Une précaution que n’avait même pas prise le député LFI François Ruffin qui s’était présenté au Palais Bourbon en décembre 2017 revêtu d’un maillot de foot…

En 1997, le député PC de l’Oise, Patrice Carvalhlo, en bleu de travail, et en 2017, le député LFI de la Somme, François Ruffin, en maillot de foot… (source © France 3 Hauts-de-France)

En 2022, les députés de la France Insoumise font en tout cas de ce détail vestimentaire une question centrale, le jeune député du Val de Marne, Louis Boyard, écrivant à son tour dès le 22 juillet 2022 à la Présidente de l’Assemblée nationale pour lui demander d’interdire les costumes aux « prix exorbitants » portés par certains députés (une allusion sans doute à ceux jadis offerts au malheureux François Fillon, empêtré dans ses mensonges ?) , ce qui « témoigne d’un luxe indécent au regard de l’explosion de la pauvreté dans notre pays », estimant que « cela contribue à accroître le ressenti dans la population de parlementaires éloignés de la réalité du quotidien des Français ». De son côté, l’écologiste Benjamin Lucas tente d’apaiser le débat, considérant que les élus n’ont pas de temps à perdre avec ces « querelles de pressing », estimant quant à lui que « c’est à chacun d’apprécier la façon dont il s’habille. Il y a d’autres priorités pour les Français dans la période de crise. Je ne crois pas que l’habit fasse le moine, et je ne crois pas que la cravate fasse le député ».

Une belle polémique comme on les adore s’est donc développée autour de la cravate, cet accessoire de mode quelque peu démodé issu, paraît-il, d’une vielle habitude des cavaliers croates du temps de Louis XIII de nouer autour du cou une étoffe richement brodée… Une polémique qui a culminé de manière quelque peu bouffonne le 26 juillet lorsque le groupe de députés féminins de LFI est arrivée au Palais Bourbon en arborant ostensiblement une cravate autour du cou, nouée négligemment sur un col ouvert, provoquant une conférence de presse pour fustiger leurs collègues de droite qui voudraient imposer le port de la cravate sur les bancs de l’Assemblée, comme si cela était un moyen d’affirmer que seuls les hommes y ont leur place…

Les membres féminins du groupe de députés LFI au Parlement le 26 juillet 2022, toutes en cravate (source © compte Twitter Clémentine Autain)

Dans le monde de tensions et de crise internationale où l’on vit, on est finalement rassuré de constater que nos responsables politiques ne sont pas trop angoissés par les défis auxquels nous avons à faire face et qu’ils trouvent le temps de se quereller sur des sujets de cette nature !

L. V.

Restriction d’eau à Carnoux

28 juillet 2022

Le mois de juillet 2022 restera sans doute dans les annales météorologiques comme l’un des plus chauds que la France ait jamais connu. Il est en tout cas bien parti pour être le plus sec observé en France depuis 1958, selon un communiqué diffusé par Météo-France dès le 26 juillet. Il est tombé en moyenne 8 mm seulement entre le 1er et le 25 juillet : une misère ! C’est deux fois moins que durant tout le mois de juillet 2020, le plus sec jamais observé en France, pour lequel on avait enregistré un cumul annuel moyen de 16 mm sur le territoire national…

Le lit de la Loire à Ancenis en mai 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Certes, l’été est souvent une période plutôt sèche, surtout en climat méditerranéen, et ces pluies estivales ne servent guère à recharger les réserves, à une période où l’évaporation est forte et la végétation avide d’eau. Mais cette année, ce déficit pluviométrique couplé à de fortes chaleurs vient couronner une longue période de faibles précipitations. A tel point que le 26 juillet 2022, pas moins de 87 départements français étaient soumis, sur tout ou partie de leur périmètre, à des mesures préfectorales de restriction d’eau et de limitation de l’irrigation, auxquels s’ajoutaient 3 département placés en vigilance : du jamais vu à l’échelle nationale !

Carte des communes françaises soumis à des mesures de restriction de l’usage de l’eau au 27 juillet 2022 : vigilance en gris, alerte en jaune, alerte renforcée en orange et crise en rouge (source © Propluvia)

On trouve des départements en alerte renforcée jusque dans le Finistère ou les Vosges, régions pourtant habituellement plutôt réputées pour leurs paysages verdoyants. Quant aux départements classés en crise, on les retrouve quasiment sur tout le territoire national jusqu’en Normandie, en Bretagne ou dans le Val de Loire. Voies Navigables de France, qui gère 6700 km de rivières et de canaux constate ainsi que le taux de remplissage de ses réserves ne dépassait pas 60 % globalement début juillet, alors qu’à cette date ce taux tourne plutôt autour de 80 % en moyenne sur les 10 dernières années…

Carte de vigilance sécheresse dans le département des Bouches-du-Rhône au 22 juillet 2022 (source © DDTM 13)

Forcément, les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs le Var voisin où certaines communes voient leurs sources tarir, font partie de ces département en tension, du fait de cette situation de sécheresse inhabituelle. Sur l’ensemble du département, 85 communes ont été placées en état d’alerte et 31 en alerte renforcées tandis que 19 sont en état de crise, le niveau le plus élevé, qui se traduit par des restrictions d’usage fortes. Carnoux-en-Provence fait partie de ce dernier groupe, comme la totalité des communes du bassin versant de l’Huveaune, et ceci sans discontinuer depuis le 19 mai 2022, ce qui traduit bien l’ampleur inhabituelle de la situation hydrométéorologique de cette année.

Le lit de l’Huveaune quasi sec entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune dès le mois de mai 2022 (photo © C. Matias / La Provence)

Un tiers du cours de l’Huveaune est désormais totalement à sec et il devient donc vital de limiter autant que possible les prélèvements dans ce cours d’eau et ses affluents pour tenter d’y préserver un minimum de vie biologique. C’est pourquoi les différents arrêtés préfectoraux pris depuis le mois de mai restreignent de manière drastique les usages de l’eau sur ce bassin, interdisant tout prélèvement en nappe ou en rivière sauf pour des usages considérés comme vitaux.

Le lavage des voitures, le remplissage des piscines ou l’arrosage des espaces verts ou des jardins potagers sont interdits sauf de nuit, à partir de 20 h, et uniquement à partir de « ressources maîtrisée ». Une expression typiquement technocratique qui en réalité vient totalement dénaturer la réalité de ces restrictions. En effet, rappelons qu’à Carnoux-en-Provence comme sur la majeure partie du département, l’alimentation en eau ne se fait plus à partir de ressources locales mais par importation et transfert sur de longues distances de l’eau de la Durance et du Verdon, via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, selon un maillage désormais interconnecté.

Un dessin signé Na !

Par conséquent, les mesures de restriction décidées par les services de l’État sont assez symboliques puisqu’elles ne s’appliquent pas vraiment à l’usage de l’eau du robinet qui continue allègrement à couler, étant prélevée dans les Alpes, bien loin des zones où elle est consommée, jusque sur la presqu’île de Saint-Tropez. Comment dans ces conditions faire véritablement œuvre pédagogique en incitant tout un chacun à ne pas gaspiller cette ressource en eau inestimable en période de sécheresse et vitale pour maintenir la fonction biologique de nos cours d’eau ?

A partir du moment où il suffit de tourner le robinet pour bénéficier à très bas coût d’une eau de qualité quasiment inépuisable, pourquoi se préoccuper de maintenir dans le ruisseau de Carnoux comme dans le fleuve Huveaune, un débit d’eau suffisant pour permettre à nos cours d’eau de rester vivants toute l’année ? C’est bien là tout le paradoxe de notre système régional d’alimentation en eau qui repose sur un import massif d’eau prélevée sur d’autres bassins versants alpins très éloignés, au risque de puiser au-delà des capacités de ces derniers et sans même se rendre compte des impacts de nos prélèvements sur les besoins écologiques et économique de ces zones d’apport…

L. V.

Feux de forêts et fonte des glaciers, fléaux des temps modernes ?

24 juillet 2022

Pour les quelques récalcitrants qui n’auraient pas encore bien saisi les impacts concrets et désormais bien visibles du réchauffement climatique global en train de s’accélérer sous nos yeux, les récents épisodes climatiques de cet été 2022 pourraient peut-être avoir valeur pédagogique. Contribueront-ils à faire enfin réagir nos responsables politiques et, il faut bien le dire, la grosse majorité de nos concitoyens, qui semblent toujours faire comme si rien n’était ?

Un dessin de Gilles Macagno (source © Le Bien public)

Les alertes de tous les scientifiques ont beau se multiplier et les rapports du GIEC se succéder, chaque fois plus alarmants, rares sont ceux qui semblent avoir vraiment pris la mesure des changements climatiques radicaux en train de se produire sous nos yeux, à une vitesse probablement jamais observée sur la Terre, couplés, qui plus est, à un effondrement massif et tout aussi brutal de la biodiversité qui nous entoure…

En juin puis en juillet 2002, les températures ont atteint des records en plusieurs endroits du globe et notamment en France. Le 19 juillet 2022, on a par exemple enregistré 40,2 °C à l’aéroport londonien d’Heathrow, dans un pays habituellement plutôt réputé pour ses brumes et son crachin persistant. En France, dès le 16 juin, le thermomètre grimpait déjà à 40 °C dans l’Hérault, ce qui ne s’était jamais vu aussi tôt dans la saison. Le 18 juin, le mercure indiquait jusqu’à 43 °C dans le bassin d’Arcachon ! Et une semaine plus tard, rebelote avec une nouvelle vague de chaleur qui s’est amplifiée jusqu’au 18-19 juillet. La station de Biscarosse, dans les Landes, a ainsi battu ses records de température à deux reprises cet été, avec 41 °C en juin puis 42,6 °C en juillet ! Et c’est loin d’être la seule, celle de Nantes ayant battu de près de 2 degrés son précédent record qui datait de 1949… Même la ville normande de Dieppe a vu le thermomètre dépasser 40 °C en juillet 2022, tandis qu’il frôlait les 43 °C à Biarritz comme à Paris !

Pins brûlés le 26 mars 2022, sur le versant nord de la colline de Carnoux, au dessus de l’A50 (photo © CPC)

Avec de telles températures, pas étonnant que les feux de forêts aient été catastrophiques en ce début d’été 2022 qui est encore bien loin d’être terminé. Comme à l’accoutumée, la région PACA fait partie des victimes avec déjà 213 incendies recensés à cette date dans le seul département des Bouches-du-Rhône. A Carnoux même, un feu de forêt s’était déclaré dès le samedi 26 mars 2022, en bordure de l’autoroute A50, dans un secteur très escarpé où les pompiers avaient dû batailler pendant plusieurs heures avant d’arriver à fixer l’incendie attisé par un fort vent de mistral. Et bien d’autres départs de feux ont eu lieu depuis dans tout le département, notamment à Velaux début juillet, puis à Martigues, quelques jours plus tard, ou encore dans le massif de la Montagnette, pour le 15 juillet.

Feu de forêt dans les landes bretonnes des Monts d’Arrée, à Brasparts le 19 juillet 2022 (photo © Mathieu Rivrin / France 3 Régions)

Mais ce qui a surtout frappé les esprits cet été, c’est la localisation plus improbable de feux de forêts majeurs dans le nord de la Gironde ou encore dans les Monts d’Arrée, en Bretagne. Dans cette région de landes habituellement humides du Centre Bretagne, la canicule avait complètement desséché la végétation qui s’est embrasée en plusieurs endroits, probablement sous l’effet d’une mise à feu volontaire sur la commune de Brasparts, dans le Finistère, le 18 juillet 2022. Les pompiers ont dû lutter plusieurs jours avec une forte mobilisation pour venir à bout de ce feu qui a ravagé plus de 1700 hectares, du jamais vu dans cette région, même si des feux de ce type avaient déjà eu lieu, lors de la sécheresse historique de 1976.

En Gironde, ce sont deux incendies majeurs qui se sont déclarés dès le 12 juillet, l’un dans la forêt de Landiras, l’autre dans celle de La Teste de Buch, nécessitant l’évacuation de plus de 37 000 personnes et de plusieurs campings directement menacés sous les pins. Le 19 juillet, on recensait déjà plus de 19 000 hectares partis en fumée sur ces deux secteurs où les dégâts, matériels et écologiques, sont considérables.

Incendie en cours dans la forêt de la Teste de Buch, près de la dune du Pilat (photo © Guillaume Bonnaud / Sud-Ouest / Le Parisien)

Et voilà qu’en parallèle on observe aussi des mouvements inquiétants du côté des glaciers alpins qui soufrent directement des effets de la canicule. Chacun a pu voir les images effrayantes de la propagation de blocs issus de l’effondrement d’une partie du sérac du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, le dimanche 3 juillet 2022. La coulée de blocs et de glace a dévalé la pente à une vitesse prodigieuse, estimée à environ 300 km/h, balayant tout sur son passage et emportant plusieurs cordées d’alpinistes, faisant au moins 11 morts.

Un événement spectaculaire et plus fréquent qu’on ne l’imagine, à l’image de celui qui s’est produit une semaine plus tard au Kirghizistan, dans les gorges du Juuku, à l’ouest de la Chine et qui a été filmé par une cordée d’alpinistes britanniques. On y voit, là-aussi, une véritable avalanche de blocs et de neige dévaler la pente à une allure prodigieuse, parcourant une distance incroyable et remontant même sur le versant opposé où les observateurs, qui se croyaient bien abrités et filmaient goulûment la scène, se sont retrouvés brusquement enfouis sous une nuée de blocs lancés à pleine vitesse. Heureusement, ils ont pu s’abriter suffisamment pour n’écoper que de blessures et d’entailles non létales…

Avalanche issue de la fonte d’un glacier au Kirghizistan le 11 juillet 2022, filmée depuis le versant opposé par des alpinistes britanniques (source © YouTube)

Dans les dolomites en tout cas, le glacier de la Marmolada, qui culmine à 3.343 m d’altitude, avait enregistré un record de température avec 10 °C la veille de l’effondrement, ce qui n’arrive jamais à une telle altitude où la température reste toujours proche de 0 °C, même en plein été. A 2.000 m d’altitude, le thermomètre était même monté à 24 °C. Des conditions idéales pour faire fondre le glacier et en détacher d’énormes blocs, lorsque de l’eau se met à couler dans les interstices et sous la glace.

Point de départ de l’effondrement de sérac sur le glacier de la Marmolada, près de Punta Rocca, dans les Dolomites italiennes (photo © Soccorso alpino / MaxPPP / France TV info)

Ces conditions n’étaient pas limitées à ce secteur des dolomites puisqu’on a relevé également 10,4 °C au sommet du Mont Blanc, à 4.807 m d’altitude, le 18 juin 2022, du jamais vu ! Sur le versant autrichien aussi, les alpinistes ont constaté que début juillet, toute la neige qui recouvre habituellement le mont Sonnblick, lequel culmine à 3.105 m, avait déjà disparu alors qu’une telle fonte n’avait jusque-là jamais été observée avant le 13 août, lors de la précédente canicule de 2003. Autant d’indices qui confirment, s’il en était besoin, que nos glaciers alpins sont en sursis et ne devraient pas tarder à disparaître définitivement, les scientifiques estimant que celui de la Marmolada n’en a plus que pour 25 ou 30 ans au mieux.

Mais ces considérations ne semblent guère émouvoir ceux qui considèrent encore que tout ceci n’est qu’une élucubration de scientifiques déjantés à tendance écologiste et que rien surtout ne doit venir entraver notre business as usual : les Cassandre d’aujourd’hui ne sont pas plus écoutées que celles d’hier…

L. V.

Le Maire et le Pharaon…

10 juillet 2022

Nous n’avons pu assister à l’inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, en raison d’un engagement de longue date, la visite de l’exposition « Pharaons Superstars » au MUCEM. Magnifique matinée au cœur d’une exposition remarquable : 5000 ans d’Histoire et 300 pièces issues des plus grandes collections françaises et européennes. Comme le rappelle le musée, les Pharaons « peuvent servir de parabole pour illustrer la nature et les voies de la célébrité, rappelant que la renommée est éphémère, versatile et n’a pas toujours à voir avec le mérite historique. »

L’exposition Pharaons superstars au MUCEM (source © Facebook)

Rien à voir avec Carnoux donc… Sauf que des esprits apparemment mal intentionnés ont voulu nous indiquer que, ce matin-là, le télescopage de l’inauguration et notre visite n’était certainement pas fortuit, sous entendant le côté surdimensionné, voire pharaonique de la réalisation municipale.

Les degrés de la pyramide conduisant au parvis majestueux de l’hôtel de ville de Carnoux (source © Facebook)

Ceci nous semble tout à fait injustifié. Une commune a le devoir de disposer d’une mairie fonctionnelle à la hauteur des besoins locaux. Ce n’est pas parce que la commune a vu transférer la plupart de ses prérogatives administratives et politiques à la métropole que le bâtiment municipal doit être riquiqui. Ce n’est pas parce que les communes avoisinantes de même importance ont de petites mairies que l’on doit afficher la même modestie. Cassis, Roquefort-la-Bédoule ou Roquevaire n’ont ni la même histoire, ni le même rayonnement que Carnoux. Et évidemment, ce n’est pas parce que leurs élus n’ont pas la même ambition que nous devrions suivre le même sillon.

Un extrait de La Provence du dimanche 3 juillet 2022

Les mauvais coucheurs raillent ainsi la superficie de l’ édifice (1400 m2) à leurs yeux inhabituelle pour une commune de 6500 habitants. S’appuyant sur des calculs débiles, ils font remarquer que cela correspondrait, pour la population de Marseille, à une surface de près de 200 000 m2, c’est-à-dire une mairie équivalente à 12 fois le MUCEM, 8 fois le centre Bourse, 2 fois l’hôtel du département à Saint-Just qui est déjà un symbole évident de grandeur. Effectivement, une mairie de cette taille ferait certainement jaser. Mais Marseille est Marseille et Carnoux est Carnoux et on ne peut comparer des pommes et des fraises des bois.

Le Maire de Carnoux, à droite,, lors de l’inauguration de l’hôtel de ville, le 2 juillet 2022, avec Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal (photo © CPC)

Une autre critique concerne le coût du projet. Elle est tout aussi absurde. Oui, plus de 5 000 € le mètre carré. Mais, même s’il faut rajouter 50 % pour les espaces extérieurs, ce n’est quand-même pas la mer à boire ! Cela fait guère plus que 2 fois le coût du mètre carré du dernier collège construit par le Département à Lançon… Mais ce n’est pas comparable. Oui, ils se sont payé là-bas un architecte internationalement connu, Rudy Ricciotti, mais rien ne prouve que ce collège soit aussi fonctionnel et agréable que l’hôtel de ville de Carnoux. Tout ceci n’est que chicane.

Nous sommes d’accord. On ne peut comparer les coûts de construction des monuments de l’Égypte ancienne avec ceux de l’hôtel de ville de Carnoux. Une pyramide n’a rien à voir avec un cube. Et puis, l’espace de vie et de travail quotidien des habitants évolue vite et il faudra aussi mieux le prendre en compte à l’avenir, non ? Afin de réduire les dépenses injustifiées, nous devrons mutualiser, voire fusionner nos communes. Le nouveau bâtiment pourrait alors devenir le centre administratif de ce nouvel espace… C’est alors, et alors seulement, que nous mesurerons à sa juste valeur l’esprit visionnaire de notre maire.

Marianne et Ramsès

Cet article a été publié le 3 juillet 2022 sur le site Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

Droit à l’avortement : la menace américaine

8 juillet 2022

Le droit des femmes à l’avortement est un long combat qui s’est toujours heurté au conservatisme et au fondamentalisme religieux, qu’il soit catholique, protestant, orthodoxe, juif ou musulman… Aux États-Unis d’Amérique, pays conservateur par excellence, l’avortement était interdit partout en 1973, jusqu’à la publication de ce fameux arrêt Roe vs Wade, rendu par la Cour suprême, avec l’accord de sept des neuf juges qui la composaient à l’époque.

Un dessin signé de l’Algérien Dilem (source © Cartooning for Peace)

Jane Roe était une jeune Texane de 21 ans qui souhaitait avorter de son troisième enfant après avoir abandonné le précédent et qui avait donc engagé une procédure judiciaire pour cela, l’interruption volontaire de grossesse étant alors totalement illégale et quasi impossible aux USA. Après trois ans de bataille judiciaire acharnée contre l’État du Texas, représenté par l’avocat Henry Wade, la Cour suprême avait donc tranché le 22 janvier 1973, en reconnaissant que le 14e amendement de la Constitution américaine garantissait un droit des femmes à avorter et que les États ne pouvait pas les en priver.

Depuis, la même Cour avait précisé, en 1992, que ce droit était valable tant que le fœtus n’est pas considéré comme « viable », soit jusqu’à 22 à 24 semaines de grossesse. Mais malgré cet arrêt, le droit à l’avortement aux USA reste fragile et soumis à de multiples attaques de la part des lobbies fondamentalistes. Le 1er septembre 2021, le Texas a ainsi adopté une nouvelle loi qui interdit l’IVG quatre semaines après la fécondation, et ceci même en cas d’inceste ou de viol. A ce jour, ce sont pas moins de 31 États sur les 50 que compte les USA qui ont ainsi introduit des propositions de lois restreignant le droit à l’avortement.

Un dessin signé Large (source © Twitter)

Et voila que le 3 mai 2022, une fuite délibérée a révélé que la Cour suprême était en train de concocter une décision remettant en cause ce fameux arrêt de 1973 et laissant chaque État décider de sa position en matière de droit à l’avortement. Une décision qui a finalement été confirmée le 24 juin dernier, votée par cinq des neufs juges, dont le fameux juge Clarence Thomas, 74 ans, nommé à ce poste en 1991 par Georges W. Bush, et qui ne cache pas sa volonté de revoir toutes les jurisprudences un tant soit peu libérales, y compris celles autorisant les rapports entre personnes du même sexe. Son collègue, Samuel Alito, également nommé par Bush, l’a rejoint dans cette décision, de même que les trois juges nommés par Donald Trump, à savoir l’ultra religieuse Amy Coney Barett, le conservateur Neil Gorsuch et le juge Brett Kavanaugh, lui-même accusé d’agression sexuelle. Le président de la Cour suprême, John Roberts, ne les a pas suivis mais avait lui-même approuvé une loi du Mississippi, interdisant l’avortement au-delà de 15 semaines…

Le président des États-Unis, Joe Biden, en visioconférence le 1er juillet 2022 avec des gouverneurs après la décision de la Cour suprême révoquant le droit à l’avortement (photo © Tom Brenner / Reuters / RFI)

Cette offensive conservatrice contre le droit des femmes à disposer de leur corps a bien entendu déclenché de nombreuses protestations indignées. Le président Joe Biden lui-même a dénoncé sans équivoque cette « décision terrible et extrême » qui « chamboulera des vies », tout en reconnaissant son impuissance, dans le rapport de forces actuel, à s’y opposer faute de majorité progressiste suffisante au Sénat et à la Chambre des représentants. Il appelle d’ailleurs ses compatriotes à profiter des élections de mid-term qui se profilent en novembre prochain, pour conforter sa majorité et lui permettre de revenir sur cette décision.

En attendant, trois nouveaux États se sont déjà appuyés sur l’arrêt du 24 juin pour interdire l’avortement et 19 avaient déjà anticipé la décision des juges suprêmes. On estime désormais que plus de la moitié des États, principalement dans le sud et le centre du pays, le plus conservateur, devraient restreindre fortement le droit à l’IVG à très court terme. Pourtant, l’on considère qu’environ 25 % des femmes américaines ont eu recours un jour à l’avortement et que un million d’entre elles en bénéficie chaque année pour différentes raisons, suite à un viol, à une grossesse non désirée ou pour des raisons de pathologie.

Un dessin de Chapatte, publié dans le Canard enchaîné

Il est donc étonnant qu’il puisse ainsi se dégager une telle majorité politique pour imposer à ces femmes des conditions qui vont totalement à l’encontre de leur souhait le plus profond, et ceci pour des raisons purement idéologiques voire strictement religieuses. A l’instar d’autres nations, les États-Unis d’Amérique, malgré leur long attachement à un parcours démocratique, libéral et progressiste, ont bien du mal à lutter contre ces vieux démons du fondamentalisme le plus obtus et le plus rétrograde qui constitue une menace permanente contre les avancées, même les plus intimes, de la société humaine. Et tout laisse à penser que d’autres pays ne sont pas à l’abri d’un tel risque de retour en arrière : «Rien n’est jamais acquis à l’Homme… » rappelait le poète !

L. V.

Conseil de territoire : la Dernière Séance…

4 juillet 2022

Voilà, c’est fait : le 1er juillet 2022, les six Conseils de territoire qui subsistaient encore comme un vestige historique des anciennes intercommunalités, maillant tant bien que mal le périmètre géographique des 92 communes de l’actuelle Métropole Aix-Marseille-Provence, ont donc bel et bien disparu : paix à leur âme…

Rappelons quand même au passage que la Métropole en question est dans les limbes depuis des années et opérationnelle depuis le 1er janvier 2016, malgré l’opposition acharnée de tout ce que le territoire compte de petits barons locaux accrochés à leur commune comme la moule à son rocher. Il a donc fallu six ans et une nouvelle disposition législative, en l’occurrence la loi 3DS, adoptée en février 2022, pour que, enfin, disparaissent ces résidus d’un passé révolu, héritages d’un découpage purement politique et devenus totalement obsolètes, sans réelle compétence sinon celles que les maires refusaient obstinément de transmettre à la strate métropolitaine pourtant créée à cette fin et surtout pourvues d’un fort pouvoir de nuisance, au point de pousser la Métropole à s’endetter dangereusement pour financer leurs petits caprices de potentats locaux au détriment de l’intérêt général.

La Métropole Aix-Marseille-Provence vue par le dessinateur Ysope, en 2015…

Bien évidemment, cette n-ième réforme de la métropole marseillaise ne réglera rien dans l’immédiat. On ne change pas par la loi un mode de fonctionnement qui perdure depuis des années et qui ne pourra évoluer que si les mentalités bougent, permettant de passer enfin d’un esprit de chapelle étriqué à une vision territoriale globale, solidaire et prospective.

Toujours est-il que les six Conseils de territoire de notre métropole ont tous tiré le rideau ces derniers jours, après une ultime séance d’adieu qui a eu lieu mercredi 22 juin pour le Pays d’Aix, le temps d’attribuer une dernière salve de subventions pour arroser au maximum avant de transférer la caisse à l’échelon métropolitain, suivie le lendemain par la dernière réunion de celui du Pays de Martigues, toujours sous étiquette communiste, avec ses trois malheureuses communes. Lundi 27 juin, c’était au tour du CT1, celui des 18 communes de l’ancienne Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, de tirer sa révérence, en même temps que celui d’Istres et avant celui d’Aubagne qui clôturait la série le lendemain.

L’amphithéâtre du Pharo, siège des réunions de la Métropole et de feu le Conseil de territoire Marseille-Provence (source © Made in Marseille)

Et pour cette ultime réunion du CT1, dans son amphithéâtre du Pharo, c’est donc le maire de la petite commune de Gémenos, Roland Giberti, grand brûlé de la toute récente législative où il avait été éliminé sèchement dès le premier tour, qui présidait pour la dernière fois ce Conseil de territoire moribond. Une belle cérémonie funéraire à laquelle avaient tenu à assister les 4 anciens présidents de cette instance en perdition. L’ancien maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, était ainsi venu en personne pour égrainer ses vieux souvenirs, rappelant avec raison que c’est son prédécesseur, Gaston Deferre, qui s’était opposé en 1966 et sur la base d’une simple analyse des rapports de forces politiques avec le parti communiste de l’époque, à la création d’une première communauté urbaine, faisant prendre 50 ans de retard à l’agglomération marseillaise par rapport à son homologue lyonnaise notamment. C’est ce même Jean-Claude Gaudin qui s’était retrouvé en 2000 à la tête de la toute nouvelle Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, enfin créée à cette date, mais sur la base d’un périmètre très restreint puisque limité aux 18 communes alors dirigées par la droite, de la Côte bleu jusqu’à La Ciotat, en englobant au passage notre commune de Carnoux-en-Provence…

Dernière séance du CT1, le 27 juin 2022, avec, à la tribune, Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, Roland Giberti, Guy Tessier et Jean Montagnac (photo © Julie Rampal-Guiducci / GoMet)

En avril 2008, alors que la droite était toujours largement majoritaire sur cet ensemble de plus de 1 million d’habitants et que Renaud Muselier s’apprêtait à en prendre la tête avec la bienveillance apparente d’un Jean-Claude Gaudin vieillissant, c’était finalement le socialiste Eugène Caselli qui était élu à la tête de l’institution, à la surprise générale, sauf pour les quelques maires de droite, dont celui de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, qui avaient préféré, pour une fois, voter à gauche, pour respecter le pacte passé avec le Président du Conseil général de l’époque, le socialiste Jean-Noël Guérini, qui lui ouvrait tout grand le chéquier du Département et lui promettait de financer un bel hôtel de ville flambant neuf : Paris vaut bien une messe…

Lors de inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, Eugène Caselli, Joëlle Mélin, Martine Vassal, Christophe Mirmand, Jean-Pierre Giorgi et Jean-Claude Gaudin (photo © CPC)

Le grandiose nouvel hôtel de ville de Carnoux vient d’ailleurs d’être inauguré en fanfare, justement ce samedi 2 juillet 2022, et en présence, comme par hasard d’Eugène Caselli et de Jean-Claude Gaudin. Une belle cérémonie républicaine, en présence du Préfet Christophe Mirmand comme de l’ancien député Bernard Deflesselles et de celle qui vient de le remplacer, Joëlle Mélin, encore un peu plus à droite… La Présidente de la Métropole et du Département, Martine Vassal, qui a largement sorti son chéquier pour financer une bonne partie de ces investissements, au détriment d’autres territoires, a d’ailleurs failli s’étrangler lorsque Jean-Pierre Giorgi a rappelé que cette toute nouvelle construction majestueuse qui écrase le centre ville du haut de son parvis pyramidal, n’aurait jamais vu le jour sans la générosité du regretté Jean-Noël Guérini, toujours sénateur malgré sa récente condamnation en appel à 3 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité…

Jean-Noël Guérini, ici en 2013, alors président du Conseil général des Bouches-du-Rhône (photo ©
Anne-Christine Poujoulat / AFP / France TV info)

Toujours est-il que ce même Eugène Caselli, désormais retiré de la vie politique, n’avait pas de mots assez dur, lors de cette dernière séance du CT1, pour fustiger « les blocages localistes » de la part de ces petits élus locaux pour qui « la création d’entités intermédiaires a été le moyen de privilégier leurs propres intérêts à des logiques métropolitaines » : une critique dans laquelle nos élus locaux désormais à la tête de cette entité en dépit de tout esprit démocratique, de Roland Giberti à Jean-Pierre Giorgi, premier Vice-Président de cette institution avant sa disparition, ont dû quelque peu se reconnaître…

Eugène Caselli, Bernard Deflesselles et Jean-Claude Gaudin à Carnoux le 2 juillet 2022 avec Danielle Milon, maire de Cassis, et Joëlle Mélin, nouvelle députée (photo © CPC)

Le dernier et éphémère président de la Communauté urbaine, l’ancien député Guy Tessier, lui aussi désormais retiré de la vie politique, qui avait déjà enterré cette institution officiellement disparue le 31 décembre 2015, était présent également au Pharo ce lundi 27 juin 2022. De même que l’ancien maire de Carry-le-Rouet, Jean Montagnac, qui lui avait succédé en juillet 2017 et jusqu’en 2020, à la tête du Conseil de territoire, lequel avait donc remplacé l’ex Communauté urbaine malgré la création de la toute nouvelle métropole.

Et le plus cocasse est que cette ultime réunion du CT1 a permis d’entériner, comme si de rien n’était, pas moins de 180 délibérations, sur le tramway, les pistes cyclables ou la rénovation urbaine, à trois jours seulement du premier vrai conseil métropolitain, qui a eu lieu la même semaine, le vendredi 30 juin, au cours duquel quelques 202 délibérations ont été examinées au pas de charge, toujours sans réel débat quant à l’avenir du fonctionnement de la « Métropole de l’An II » comme s’est laissé aller à l’appeler sa présidente, Martine Vassal. Du moins les six président sortants des défunts Conseils de territoire qui ont disparu ce 1er juillet 2022 n’auront-ils pas tout perdu puisque la loi 3DS, dans sa grande mansuétude, leur octroie de fait le titre de vice-présidents de la Métropole, avec une délégation adaptée à leur territoire, ce qui leur permet au passage de conserver leur indemnité supplémentaire de 2139,16 € par mois : c’est l’essentiel ! Les actuels vice-présidents, à l’instar du maire de Carnoux, ont plus de souci à se faire car le cadre législatif n’a rien prévu pour eux, mais gageons que la Métropole ne les oubliera pas…

L. V.

Géopolitique : le double jeu de la Turquie

24 juin 2022

Décidément, le nouveau sultan d’Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan, élu à ce poste depuis août 2014, n’en fini pas de faire des siennes ! En plein conflit entre l’Ukraine et la Russie, voilà que le ministre turc des Affaires étrangères a reçu son homologue russe, Sergueï Lavrov, en grandes pompes à Ankara, pour évoquer le dossier des exportations de blé ukrainien bloquées par Moscou, même si certains en Ukraine accusent les Russes de s’accaparer tout simplement par la force ces stocks de céréales pour les exporter à leur profit. L’image de Sergueï Lavrov tout sourire en visite officielle dans un des 30 pays membres de l’Alliance atlantique alors même qu’il est sous le coup de graves sanctions internationales et persona non grata en Occident, a de quoi interroger…

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en visite officielle à Ankara le 8 juin 2022 (photo ©
Adem Altan / AFP / L’Orient le jour)

Surtout quand on voit en parallèle la Turquie opposer tranquillement son veto à la demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande, toutes deux désireuses désormais de rejoindre les rangs de l’OTAN. Erdogan profite en effet des procédures d’adhésion qui exigent l’unanimité pour accepter de nouveaux membres, comme s’il ne reculait devant aucune provocation pour imposer de manière brutale ses desiderata. Prenant prétexte de la bienveillance suédoise envers les réfugiés politiques kurdes du PKK, persécutés en Turquie, Erdogan est prêt à user de toutes les armes pour imposer son point de vue par la force.

Son mépris affiché pour la diplomatie traditionnelle policée vient d’ailleurs de se manifester par une nouvelle convocation, fin mai 2022 des ambassadeurs français et allemands à Ankara, histoire de leur rappeler fermement que la Turquie ne peut tolérer aucune manifestation en Occident de membres du PKK considérés en Turquie comme des terroristes que le régime d’Erdogan s’emploie à exterminer sans pitié, sur son sol comme en Syrie voisine.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, ici en 2018, après la dernière réélection du président turc (photo © Umit Bektas / Reuters / Paris Match)

Déjà en juin 2016, Ankara avait ostensiblement rappelé son ambassadeur en Allemagne pour protester violemment contre l’adoption, par le Bundestag d’une résolution sur le génocide arménien de 1915 que la Turquie se refuse toujours officiellement à reconnaître. Et en octobre 2020, c’est la France qui avait dû rappeler son propre ambassadeur à Ankara, à la suite des propos injurieux de Recep Tayyip Erdogan envers le Président de la République, Emmanuel Macron, à la suite de la décapitation en pleine rue de l’enseignant français Samuel Paty. Erdogan s’était alors interrogé ouvertement sur la santé mentale de notre président, sur son attitude envers les musulmans et sur sa « propre mort cérébrale » en référence aux interrogations de Macron sur l’avenir de l’OTAN. Un climat de forte tension alors exacerbé par les nombreuses incursions de la Turquie dans les eaux grecques et chypriotes pour y explorer les ressources en hydrocarbures, en faisant fi des traités maritimes internationaux.

Autant de provocations de la part du président turc qui ne craint pas de donner des coups de poignards dans le dos de ses alliés de l’OTAN, et de s’afficher aussi ouvertement avec son grand voisin russe, ne manque pas d’interroger sur la fiabilité de cet amis un peu encombrant. Ainsi, en mars 2019, les Américains avaient été contraints de sommer la Turquie de choisir entre le système de défense anti-aérienne S-400 russe que le pays venait d’acquérir, et le maintien de sa participation au programme de fabrication du nouvel avion furtif F-35 américain. Les USA craignaient en effet que les puissants radars du dispositif russe S-400 ne viennent déchiffrer les secrets de ses propres appareils technologique dernier-cri. Mais la Turquie ne s’est pas laissé intimider et a persisté dans son équipement avec le système russe S-400 tout en continuant à bénéficier de l’entraînement de ses pilotes sur les F-35 américains…

Le système russe de défense anti-missiles S-400, acquis par la Turquie, pourtant membre de l’OTAN (photo © Sergeï Malgavko / RIA Novosti / Russia Beyond)

Et tout ceci n’empêche pas Ankara de laisser ouvertement transiter par le Bosphore, des navires commerciaux russes soupçonnés de transporter du matériel militaire à destination de la Syrie, tout en bafouant sans complexe l’État de droit et en réprimant la moindre contestation sur son propre sol, ce qui lui vaut d’être régulièrement rappelé à l’ordre par ses alliés occidentaux. Le 7 juin 2022, le Parlement européen a ainsi, une fois de plus, retardé les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, regrettant la détérioration continue de la situation des droits humains dans le pays, ainsi que les pressions juridiques et administratives continues exercées sur la société civile, les défenseurs des droits humains, les avocats et les journalistes.

Arrestation musclée de manifestants près de la place Taksim, à Istanbul, le 1er mai 2022 (photo © Kemal Aslan / Reuters / Le Figaro)

Mais la Turquie n’a cure de ces critiques occidentales pour la bonne et simple raison qu’elle est au centre du jeu diplomatique. Partenaire incontournable des Occidentaux en tant que deuxième force militaire de l’OTAN, fournisseur de l’Ukraine à qui elle livre ses drones qui ont déjà fait permis à son allié azéri d’écraser les forces arméniennes dans le conflit du Haut-Karabagh, la Turquie s’affiche donc aussi comme partenaire solide de la Russie car elle a besoin de son gaz et de son blé…

Erdogan, qui se positionne clairement comme héritier du tout puissant empire ottoman, profite à fond de sa position centrale entre l’Orient et l’Occident, entre le nord et le sud de la Méditerranée, entre l’Europe et la Russie, capable de dialoguer aussi bien avec Israël qu’avec les pays du Golfe, n’hésitant pas à recourir à la force et au chantage géopolitique pour affirmer sa toute puissance et souffler sur les braises du nationalisme turc pour compenser les piètres résultats économiques de son gouvernement confronté à une inflation galopante. Une politique machiavélique dont les Européens n’ont pas finir de faire les frais mais qui peut aussi contribuer à apaiser la situation tant il est vrai que pour sortir d’un conflit armé, le recours à un médiateur est souvent indispensable, quelles que soient les intentions plus ou moins avouables de ce dernier…

L. V.

A Carnoux, on lorgne sur l’Univers…

22 juin 2022

Ne manquez pas la nouvelle conférence proposée par le Cercle Progressiste Carnussien qui aura lieu

Lundi 27 juin à 18h30, à Carnoux,

dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie)

La conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS

Le thème est le suivant : Du ciel à l’Univers, le long cheminement de la pensée humaine

Que serait la pensée humaine sans cette infime lumière qui nous vient des étoiles ?

C’est dans ce long cheminement de l’astronomie depuis l’antiquité jusqu’aux découvertes les plus récentes que nous entraînera Jacques Boulesteix. La conférence nous montrera comment la découverte d’un Univers en mouvement a bouleversé nos connaissances et notre imaginaire. Étoiles, nébuleuses, galaxies, big bang, mirages gravitationnels, trous noirs, masse noire, expansion, c’est un voyage de 25 siècles d’observations et de connaissances dans notre Univers âgé de presque 14 milliards d’années.

Nous vous attendons nombreux pour cette soirée tout public et en accès libre.

Carnoux s’est donc choisi une députée d’extrême droite…

20 juin 2022

Bien sûr, c’était couru d’avance au vu des résultats locaux de la présidentielle qui s’était déroulée en avril dernier : à moins d’un miracle ou d’un sursaut des nombreux abstentionnistes, le Rassemblement national avait toutes les chances d’arriver en tête du second tour des législatives dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, outre Carnoux, les deux grandes villes de l’Est marseillais, Aubagne et La Ciotat, ainsi que plusieurs communes de moindre importance, à savoir, Cassis, Gémenos, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et Cuges-les-Pins. Déjà au premier tour de la présidentielle, le 10 avril 2022, plus de 50 % des électeurs de la circonscription qui s’étaient déplacés au bureau de vote, avaient choisi un bulletin en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan…


Joëlle Mélin, nouvelle députée de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (source © Europeen Union 2019 / Flickr)

Avec un peu plus de 14 000 voix exprimées en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon finissait à une troisième place très honorable, sur la circonscription comme à l’échelle nationale, mais on se doutait bien que son score local de 23,8 % serait un peu court pour que son candidat, même estampillé Nouvelle union populaire écologique et sociale, puisse espérer finir en tête à l’issue de ce second tour des législatives. Déjà sa qualification à l’issue du premier tour, la semaine dernière, s’était faite sur le fil, le jeune candidat de la France insoumise, Lucas Trottmann engrangeant à peine 470 voix de plus que l’expérimenté référent départemental de la République en marche, le Cassiden Bertrand Mas-Fraissinet.

Lucas Trottmann (au centre), le candidat malheureux de la NUPES le 15 juin 2022 à Gémenos, entre les deux tours des législatives (photo © Marius Rivière / Marsactu)

Cette qualification inespérée pour le second tour était de bonne augure, dans une dynamique plutôt favorable aux idées de la gauche, pour une fois unie. Mais cela n’aura pas suffi pour battre la candidate du Rassemblement national, une Joëlle Mélin déjà député européen et pourtant usée par ses multiples candidatures à à peu près toutes les élections locales depuis une petite trentaine d’années… Mais les électeurs ont exprimé une certaine constance en la plaçant largement en tête de ce second tour des législatives, avec plus de 58,6 % des suffrages exprimés.

Même si la participation n’a pas été davantage au rendez-vous que lors de la présidentielle, moins d’un électeur sur deux ayant fait l’effort de se déplacer, encore moins qu’au premier tour de ces législatives, Joëlle Mélin a incontestablement fait un très bon score avec plus de 23 500 voix exprimées en sa faveur, moins que ce qu’avait recueilli Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2022 sur cette même circonscription, mais deux fois plus que son score du premier tour, ce qui traduit un très net report de voix en sa faveur de nombre d’électeurs de droite qui, pour rien au monde, n’accepteraient de glisser dans l’urne un bulletin de la France insoumise !

La victoire du RN dans notre circonscription est donc sans appel, Joëlle Mélin réussissant même l’exploit de l’emporter largement dans chacune des 9 communes de la circonscription. Un grand chelem qui en dit long sur l’influence désormais majoritaire des idées d’extrême droite sur notre secteur… Bien sûr, il subsiste des disparités d’une commune à l’autre, mais, pour une fois, c’est Cassis qui se distingue en donnant le meilleur score à la candidate RN qui l’emporte avec 72,4 % des suffrages exprimés, Joëlle Mélin faisant plus que tripler son nombre de voix entre les deux tours, une bonne partie des électeurs de Roland Giberti et de Bertrand Mas-Fraissinet la préférant manifestement à son challengeur de gauche.

C’est à peu près le même scénario qui s’est produit dans toutes les communes, y compris à Carnoux où Joëlle Mélin recueille 68,7 % des suffrages et double son nombre de voix par rapport au premier tour. Pourtant, le candidat de gauche, Lucas Trottmann est loin d’avoir démérité, lui qui est crédité à Carnoux de 31 % des suffrages exprimés et qui améliore nettement son score entre les deux tours.

Des législatives boudées par les électeurs, comme en 2017 (photo © Jacques Witt / SIPA / 20 minutes)

Ailleurs, les écarts sont plus serrés entre les deux candidats mais Joëlle Mélin dépasse quand même les 60 % à Gémenos, Ceyreste comme à Cuges et frôle cette barre à Roquefort-La Bédoule. Même dans les anciens bastions communistes d’Aubagne, La Ciotat ou La Penne-sur-Huveaune, elle dépasse largement les 54 % et augmente sensiblement son nombre de voix entre les deux tours.

Cette victoire d’un élu RN dans notre circonscription est loin d’être isolée puisque ce sont pas moins de 89 députés RN qui vont ainsi faire leur entrée à l’Assemblée nationale, là où ils n’étaient que 8 en 2017. Pour la première fois depuis 1986, date à laquelle le FN avait réussi à faire élire 35 députés grâce à l’instauration de la proportionnelle, le RN disposera ainsi d’un groupe parlementaire puissant, plus étoffé même que celui de la France insoumise qui a pourtant réalisé un très beau score en remportant pas moins de 75 sièges, tandis que le Parti socialiste, en sein de la NUPES en gagne 27, les écologistes 16 (juste assez pour former enfin un groupe parlementaire) et le PC 12.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon perd son pari un peu fou d’obtenir la majorité qui lui aurait permis de briguer ce fameux poste de Premier ministre. Mais le revers est nettement plus sévère pour la coalition présidentielle qui, malgré ses 245 députés fraîchement élus, perd donc sa majorité absolue au Palais Bourbon. Le gouvernement d’Élisabeth Borne, qui a perdu au passage trois de ses ministres dans la bataille électorale, dont son poids lourd, Amélie de Montchalin, devra nécessairement s’appuyer sur une partie des 64 députés LR qui siégeront dans la nouvelle assemblée, ce qui augure a priori d’un durcissement des politiques déjà nettement néolibérales mises en œuvre par Emmanuel Macron.

Des élections désastreuses pour Emmanuel Macron : un dessin signé Oli

Ce dernier aura sans doute fort à faire avec ses deux oppositions majeures, celle de la gauche et celle de l’extrême-droite, avec lesquelles il lui sera sans doute bien difficile de trouver des compromis, vu leurs divergences d’idées. Les deux sortent fortement renforcées de cet épisode électoral, y compris dans notre région. Ainsi, dans les Alpes de Haute-Provence, les deux sièges reviennent au RN et à la France insoumise, dont le candidat, Léo Walter, élimine Christophe Castaner. Dans les Hautes-Alpes en revanche, les deux députés élus sont issus du parti présidentiel. Dans les Alpes-Maritimes, LR sauve les meubles en réussissant à faire élire 5 députés dont Eric Ciotti, tandis que le RN remporte 2 sièges, le dernier revenant à la coalition présidentielle. Dans le Var, le RN remporte haut la main 7 des 8 circonscriptions, la dernière échouant au camp présidentiel. Dans le Vaucluse, également, 4 des 5 sièges en lice reviennent au RN, le dernier étant remporté, de justesse par un candidat macroniste.

En région PACA, une forte poussée du RN (en bleu foncé), les candidats LR (bleu roi) ne résistant que dans le 06, ceux de la NUPES (rouge) et de LREM (violet) se partageant le reste (source © France 3 Régions / Flourish)

Quant aux Bouches-du-Rhône, sur les 16 circonscriptions en jeu, le RN en a quand même remportées 6, dont une à Marseille même, tandis que la République en Marche a réussi a faite élire 6 de ses candidats, dont le nouvellement rallié Lionel Royer-Perreaut. Enfin, la NUPES a obtenu 4 sièges dont celui du communiste Pierre Dharréville facilement réélu à Martigues tandis que Manuel Bompard récupérait, les doigts dans le nez, l’ancien fauteuil de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat malheureux Lucas Trottmann, qui était son assistant au Parlement européen, arrivera peut-être à conserver son poste lorsqu’il rejoindra les bancs de l’Assemblée nationale : tout n’est pas perdu…

L. V.

RN : l’extrême droite qui inquiète…

15 juin 2022

On a déjà connu pareille situation au soir du 21 avril 2002, lorsque, à la surprise générale, le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, s’était qualifié pour le second tour des élections présidentielles, devançant le Premier ministre sortant, Lionel Jospin, pourtant porteur d’un bilan plus qu’honorable. A l’époque, de nombreux citoyens, y compris à Carnoux, étaient descendu dans la rue pour clamer leur indignation et marquer leur attachement à un régime républicain modéré dans lequel l’extrême droite, de sinistre mémoire, n’a pas sa place. Le 1er mai 2002, on dénombrait ainsi entre 1 et 2 millions de manifestants qui affichaient ouvertement leur refus de voir le Front National arriver au pouvoir.

Manifestation contre le Front national le 1er mai 2002, ici à Grenoble, rassemblant environ 60 000 personnes, soit un tiers des habitants de la ville ! (source © Le Dauphiné libéré)

Entre les deux tours des présidentielles de 2002, la quasi totalité des responsables politiques avaient affiché sans ambiguïté leur rejet de l’extrême droite et appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen, à l’exception du dissident d’extrême droite d’alors, Bruno Megret, et, accessoirement, d’Arlette Laguiller, leader de Lutte ouvrière, qui renvoyait dos à dos les deux prétendants. En dehors de ces quelques extrémistes très éloignés des valeurs démocratiques, un consensus émerge alors clairement pour ne pas laisser la France s’embarquer dans une aventure à rebours de ses traditions républicaines, et Jacques Chirac avait été réélu dans un fauteuil le 5 mai 2002, avec 82,21 % des suffrages exprimés.

Vingt ans plus tard, le Front national a disparu et son héritière, Marine Le Pen, a tout fait pour banaliser l’image de son parti d’extrême droite, devenu le Rassemblement national, mais qui reste ouvertement attaché à la préférence nationale et à un pouvoir fort dans lequel les notions de liberté individuelle, d’égalité républicaine et de solidarité passent au second plan. Élection après élection, ce parti n’a cessé de recueillir des scores de plus en plus élevés, sa présidente se plaçant comme challenger au second tour des deux dernières élections présidentielles, en 2017 comme en 2022, avec un nombre de suffrages croissant, comme si de plus en plus de Français finissaient par être séduits par ce discours radical et xénophobe.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du débat des présidentielles de 2022 (photo © Jacques Witt / SIPA / DNA)

Depuis des années, les électeurs de gauche se sont toujours érigés en gardiens des valeurs républicaines pour voter contre les candidats RN, quitte à voter en se pinçant le nez pour des candidats de droite pour lesquels ils n’avaient guère d’affinités. On a ainsi vu à deux reprises, en 2015 comme en 2021, les candidats de gauche aux élections régionales en région PACA, pourtant dûment qualifiés pour le second tour, se retirer volontairement de la compétition électorale pour faire barrage au Front national, sous les remerciement polis et les ricanements retenus, de leurs adversaires de droite qui se frottaient les mains devant tant d’abnégation.

Et voila que pour ce deuxième tour des législatives 2022, on se retrouve pour une fois dans une situation un peu différente. Les partis de gauche, socialistes, écologistes, insoumis et communistes ayant réussi, une fois n’est pas coutume à mettre de côté leurs petites divergences pour présenter enfin des candidatures unies, comme la droite le fait depuis des années, voila que le paysage politique a subrepticement changé… On assiste ainsi, à l’échelle nationale, à pas moins de 63 duels au second tour prévu ce dimanche 19 juin qui opposeront un candidat d’extrême droite, généralement estampillé RN, à un candidat de gauche, pour l’essentiel porteur de l’étiquette NUPES (Nouvelle union populaire écologiste et solidaire).

Carte des circonscriptions avec mention des candidats arrivés en tête à l’issue du premier tour le 12 juin 2022 (infographie © Le Parisien)

Cela représente plus de 10 % des circonscriptions en jeu, et le phénomène est donc loin d’être négligeable, même s’il reste très minoritaire par rapport au cas de figure le plus répandu de ce second tour qui verra dans 276 circonscriptions, soit la moitié de celles qui restent en lice, s’affronter un candidat de l’alliance de gauche à un représentant du parti présidentiel Ensemble ! Même les duels entre Ensemble ! et le RN sont plus nombreux puisqu’on en dénombre plus d’une centaine sur l’ensemble du territoire national, tandis que 18 circonscriptions verront s’opposer un candidat Les Républicains à un candidat RN. Une situation assez inédite par rapport aux législatives précédentes de 2017 où les seuls candidats FN qui s’étaient maintenus au second tour avaient tous pour adversaire un candidat de La République en Marche, le parti d’Emmanuel Macron. Il y a six ans, ces candidats d’extrême droite qualifiés pour le second tour des législatives n’étaient qu’une centaine alors qu’ils sont plus du double cette année, ce qui confirme, s’il en était besoin, la progression incontestable des idées d’extrême droite dans notre pays !

Toujours est-il que cette confrontation attendue dans plus de 60 circonscriptions, au second tour des législatives 2022, entre la gauche et l’extrême droite interpelle directement les électeurs de droite et du centre-droit qui n’avaient quasiment jamais été confrontés à ce cas de figure jusqu’à présent. Une situation qui concerne notre territoire puisque c’est celle de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui opposera Joëlle Mélin à Lucas Trottmann, mais aussi celle de la 10° circonscription voisine, sur Gardanne et Allauch, où le RN est en tête face à la candidate NUPES Marina Mesure. Une configuration que l’on retrouve également à Martigues où le député communiste sortant, Pierre Dharréville est opposé à un candidat RN, de même qu’à Arles où le RN est en tête face au socialiste Christophe Caillault, de même que dans deux circonscriptions marseillaises où les candidats NUPES, Mohamed Bensaada et Sébastien Delogu, affronteront aussi un membre du RN dimanche prochain.

Joëlle Mélin et Lucas Trottmann lors d’un débat organisé par La Provence avant le premier tour des législatives 2022 (source © La Provence)

Et voila que brusquement les responsables politiques de droite comme du parti présidentiel se font bien silencieux pour conseiller leurs électeurs dans ce dilemme, oubliant toute notion de front républicain dont ils ont pourtant largement profité depuis des années. De crainte sans doute de froisser leurs ouailles qui penchent de plus en plus ouvertement vers les idées du Rassemblement national, la plupart d’entre eux se gardent bien de prendre parti, ne voulant pour rien au monde être taxés de sympathie pour des valeurs de gauche, quitte à laisser l’extrême droite investir en nombre les bancs de l’Assemblée nationale.

Même du côté d’Emmanuel Macron, pourtant lui-même issu des rangs du Parti socialiste (on finirait presque par l’oublier…) et qui s’est longtemps targué de vouloir être « en même temps » de gauche et de droite, le discours est pour le moins ambigu. « Aucune voix ne doit manquer à la République » a-t-il ainsi lancé de manière martiale mardi 14 juin, sur le tarmac de l’aéroport d’Orly avant de s’envoler pour une réunion de l’OTAN en Roumanie, comme si glisser dans l’urne un bulletin qui ne porterait pas la mention Ensemble ! serait une atteinte grave à nos valeurs républicaines…

Allocution d’Emmanuel Macron devant l’avion présidentiel, le 14 juin 2022 (photo © Reuters / JDD)

Élisabeth Borne elle-même avait largement entretenu la confusion au soir du premier tour en renvoyant dos à dos le RN et la NUPES, évoquant une « confusion inédite entre les extrêmes », avant de revenir sur ses déclarations à l’emporte-pièce et fixer comme ligne : « ne jamais donner une voix à l’extrême droite » tandis que son ministre Clément Beaune appelait encore plus clairement à privilégier les candidats de gauche à ceux du RN. Reste à savoir comment les électeurs qui ont voté au centre ou à droite lors du premier tour se positionneront dimanche prochain : préféreront-ils se faire représenter à l’Assemblée par un député d’extrême droite ou par un représentant de la gauche républicaine ? Réponse dimanche soir…

L. V.