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Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

SOS Méditerranée reconnue Grande cause nationale 2017

8 février 2017

blog391_phsauvetage2SOS Méditerranée, jeune association civile de sauvetage en haute mer spécialisée dans l’aide aux migrants en détresse en Méditerranée, vient tout juste de se voir décerner, aux côtés de la SNCM, le prestigieux label de Grande cause nationale 2017, dédié au sauvetage en mer. Une belle consécration pour cette ONG qui a été créée en 2015 seulement, dans un bel élan de la société civile européenne mobilisée face à l’urgence humanitaire en Méditerranée où au moins 46 000 personnes, hommes, femmes et enfants ont péri en mer depuis une quinzaine d’années en cherchant à rejoindre l’Eldorado européen…

blog391_phsauvetage3Déjà en décembre 2015, l’ONG s’était vue remettre le Prix de la Société Civile par le Comité économique et social européen (CESE), en remerciement de ses efforts pour améliorer la vie des migrants et favoriser leur insertion dans la société européenne. Selon le CESE, ce prix récompense des manifestations exemplaires de solidarité en Europe, qui se sont avérées extrêmement efficaces sur le terrain.blog391_phaquarius

Grâce à la solidarité de milliers d’Européens, SOS Méditerranée, dont les équipes se partagent entre Marseille, Berlin et maintenant Palerme, a ainsi pu affréter l’Aquarius, un navire de 77 mètres de long. Depuis février 2016, l’Aquarius assure sans discontinuer sa mission vitale de sauvetage sur l’axe migratoire le plus mortel au monde, entre la Libye et l’Italie.

En 11 mois de présence en mer et 79 opérations, 12 087 personnes ont ainsi été recueillies par SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius : près de 8 000 vies sauvées par les équipes de sauvetage sur des embarcations en détresse et 4 000 personnes prises en charge après transbordement d’un autre navire. Outre les 11 membres d’équipage, l’Aquarius embarque également 6 sauveteurs volontaires qui sont des marins professionnels, ainsi qu’une équipe médicale de 7 à 8 personnes mobilisée par Médecins Sans Frontières. Il faut noter qu’une seule journée de mission sur L’Aquarius coûte 11 000 €.

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L’association se réjouit donc de cette reconnaissance comme Grande cause nationale 2017, qui va lui permettre de conforter son statut de réseau associatif agissant sur le plan national et européen, mais aussi de disposer d’une caution visible de l’État, de favoriser sa communication auprès d’un large public et de faciliter ainsi son appel à la générosité et aux dons.

Le site internet de l’association fourmille de témoignages au quotidien permettant de s’imprégner des actions de sauvetage en mer réalisés chaque jour par les équipes de l’Aquarius. Une magnifique leçon de courage et de dévouement au service de nos voisins du Sud.

J. Tonnelle

Un chant d’espoir en Israël ?

11 janvier 2017

Les médias n’en ont pas forcément beaucoup parlé, encore que Le Monde notamment s’en soit fait largement l’écho : des milliers de femmes israéliennes du mouvement Women Wage Peace, qui rassemble plus de 20 000 adhérents, se sont mobilisées fortement pour la paix en organisant de multiples rassemblements en Israël mais aussi en Cisjordanie.

Des femmes du Women Wage Peace

Des femmes du Women Wage Peace

Cette formidable « marche de l’espoir » s’est achevée par une prière juive et musulmane pour la paix prononcée par 4000 femmes en bord de la Mer morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 femmes, vêtues majoritairement en blanc, devant la demeure du Premier ministre Benjamin Netanyahou, le 19 octobre dernier, pour réclamer la fin du conflit.

Le mouvement est né en 2014, pendant l’opération « Bordure protectrice » menée dans la bande de Gaza et qui causa en cinquante jours la mort de près de 2 100 Palestiniens et de 73 Israéliens (dont 66 militaires). Une des fondatrices de ce mouvement modéré et pragmatique, Marie-Lyne Smadja, universitaire à Tel-Aviv, a pris conscience, à l’occasion de ce conflit sanglant, de la nécessité de dépasser les postures politiciennes pour tenter de remettre en marche le processus de paix.

Le cortège de la Marche pour la Paix (photo A. Momani / AFP/Getty Image)

Le cortège de la Marche pour la Paix (photo A. Momani / AFP/Getty Image)

La vidéo qui rend compte de cet événement sans précédent qu’a constitué cette marche des femmes en faveur de la paix est à voir et à partager sans limite. Outre les images de la marche pacifique et joyeuse de ces femmes de tous âges et de tous horizons, on y voit une magnifique chanson d’espoir, « Prayer of the Mothers » interprétée en arabe et en hébreu par 10 femmes juives et 10 musulmanes, sous la direction de la chanteuse israélienne Yael Deckelbaum.

La Prière des mères conduite par la chanteuse Yael Deckelbaum

La Prière des mères conduite par la chanteuse Yael Deckelbaum

Jean-Claude Guillebaud, a écrit un très beau papier paru dans Sud-Ouest pour attirer l’attention sur cette vidéo pleine d’espoir. En voici quelques extraits :

Tout le monde le dit depuis longtemps : les médias aiment tant les mauvaises nouvelles qu’ils oublient souvent de donner les bonnes. À un journaliste débutant, on expliquera qu’un train qui arrive à l’heure, ce n’est pas une « information ». En revanche, s’il déraille au prix d’une trentaine de morts, alors on en fera la une. Chacun convient, bien sûr, qu’il faut donner TOUTES les nouvelles, même mauvaises. Seules les dictatures aimeraient qu’on publie exclusivement les informations « positives ». Alors ?

Le soldat israélien Elor Azaria reconnu coupable d’homicide sur un Palestinien, le 4 janvier à Tel-Aviv (photo H. Levine / AFP)

Le soldat israélien Elor Azaria reconnu coupable d’homicide sur un Palestinien, le 4 janvier à Tel-Aviv (photo H. Levine / AFP)

Alors, il se trouve que cette semaine nous avons vécu une séquence exemplaire de ce dilemme. Cela concerne Israël. La presse européenne a beaucoup brodé sur deux « affaires » plutôt malodorantes. D’abord, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a été entendu deux fois par la police, qui le soupçonne d’avoir reçu des cadeaux suspects d’hommes d’affaires israéliens. Dans le même temps, la justice a condamné un soldat de Tsahal, le sergent Elor Azaria, pour avoir tiré une balle dans la tête d’un Palestinien gisant au sol et apparemment hors d’état de nuire après avoir attaqué au couteau des militaires israéliens à Hébron.

Les deux affaires sont indirectement liées, car Netanyahou, qui est proche de l’extrême droite, cherche à obtenir la grâce de ce sergent que les extrémistes juifs présentent déjà comme un héros. Beaucoup de commentateurs européens en conviennent : l’État Hébreu, qui est militairement plus fort que jamais, traverse une des plus graves crises morales de son histoire. Voilà pour les mauvaises nouvelles.

Or, cette même semaine s’est produit en Israël un événement qui, à mes yeux, aurait mérité la première place, surtout à la télévision : une initiative féminine propre à redonner espoir. Elle est le fait d’une association, les Mères pour la paix. En octobre dernier, elles avaient lancé la Marche de l’espoir. Or, un film montre les différentes phases de cette Marche de l’espoir. C’est ce film qui vient d’être diffusé et qu’on peut voir en ligne. Je l’ai visionné plusieurs fois avec la même émotion.

Leymah Gbowee, militante pacifiste libérienne, Prix Nobel de la Paix 2003

Leymah Gbowee, militante pacifiste libérienne, Prix Nobel de la Paix 2003

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, courageuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2003 pour avoir contribué à la fin de l’atroce guerre civile dans ce pays. S’adressant à ces « mères pour la paix », elle les encourage à poursuivre la lutte. « La paix est possible, ajoute-t-elle, quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour le futur de leurs enfants. »

Il faudra certainement encore beaucoup de manifestations de la sorte pour que la paix progresse dans cette région, mais ne boudons pas notre plaisir en voyant de telles images, et faisons-les circuler !

SJ

2016 est mort, vive 2017 !

1 janvier 2017

Une nouvelle année vient de se terminer, une de plus ! Elle nous aura apporté, comme toutes les précédentes son lot de malheurs et de désillusions, d’erreurs et de regrets, mais aussi, forcément quelques petits bonheurs et peut-être même de grandes joies en cherchant bien !

Puisque c’est l’occasion de jeter un œil dans le rétroviseur, profitons-en pour nous remémorer certains des événements qui ont jalonné ce cru 2016, au travers du regard de quelques dessins humoristiques parus dans la presse ou relayés sur internet. C’est d’ailleurs l’occasion de rendre un hommage appuyé au talent de ces illustrateurs à qui nous empruntons ces œuvres, et à leur capacité sans cesse renouvelée à tirer profit de l’actualit,é même la plus noire, pour en tirer avec humour et tact, une analyse décalée qui prête à rire mais aussi à faire réfléchir.

La sélection est très personnelle et forcément totalement subjective. Elle n’a aucune autre prétention que de faire sourire à l’issue de cette année écoulée, riche en tragédies de toute sorte et qui n’incite pas forcément à l’optimisme quant à la capacité de l’humanité prise collectivement à surmonter de manière intelligente et constructive les innombrables défis qui nous attendent tous !

C’est en tout cas l’occasion, pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous nos lecteurs, occasionnels ou assidus, une excellente année 2017 en l’espérant aussi riche en rebondissements que celle qui vient de se terminer, avec peut-être un zest supplémentaire de bonnes nouvelles, sait-on jamais ?

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Janvier

Le 27 janvier 2016, la garde des sceaux Christiane Taubira, dernière conscience de gauche du gouvernement de Manuel Valls démissionne en fanfare après des semaines de malaise intense qui se cristallise en particulier autour des débats (finalement avortés) relatifs à la déchéance de nationalité. Elle quitte le ministère de la Justice sur son vélo jaune avec ces mots qui feront date ; « Parfois, résister, c’est partir ». Un dessin de l’illustrateur Ixène.blog375_ph01

Février

Le remaniement ministériel tant attendu a finalement lieu le 11 février 2016 et voit le départ de Laurent Fabius pour le Conseil constitutionnel, remplacé au poste de ministre des affaires étrangères par l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, tandis que trois écologistes font leur entrée au gouvernement. L’ambiance n’est cependant pas à la fête dans ce gouvernement au plus bas dans les sondages à un an de la prochaine échéance électorale présidentielle, comme l’a bien souligné le dessinateur Ysopeblog375_ph02

Mars

Le premier ministre britannique David Cameron négocie avec Bruxelles des conditions financières plus favorables pour son pays en menaçant de quitter l’Union européenne via un référendum s’il n’obtient pas satisfaction. La plupart de ses exigences sont satisfaites, ce qui n’empêchera pas le peuple britannique de voter largement en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Ces négociations se passent avec en toile de fond une grave crise européenne due à l’afflux de migrants, provenant notamment de Syrie et face auxquels les pays européens ne savent plus comment se positionner. Un dessin de Cambon.blog375_ph03

Avril

Dans le contexte des manifestations contre la loi sur la réforme du Code du Travail présentée par la ministre Myriam El Khomry, la Place de la République à Paris est occupée à partir du 31 mars 2016 par la mouvement Nuit debout qui rassemble chaque nuit des milieux de citoyens tandis que le mouvement s’étend progressivement à d’autres villes. De nombreuses personnalités tentent de récupérer le mouvement, dont Alain Finkelkraut qui se fait expulser sans ménagement. Pendant ce temps-là, le gouvernement est à la peine, empêtré dans le projet de loi El Khomry : la gauche et les syndicats sont vent debout contre cette réforme qui répond avant tout aux attentes du patronat. Bien que promulguée le 9 août après avoir été fortement édulcorée, la loi continuera de provoquer des manifestations jusque fin septembre. Un dessin de Plantu publié dans Le Monde.blog375_ph04

Mai

En Autriche, les élections présidentielles voient s’affronter au 2ème tour, le 22 mai 2016, un candidat d’extême droite, Norbert Hofer, et un indépendant, Alexander Van der Bellen, ancien chef du parti des Verts. Les deux grands partis traditionnels sont éliminés de ce second tour, ce qui provoque un véritable séisme politique. L’écart de voix entre les deux finalistes est cependant si faible que le résultat est finalement invalidé le 1er juillet et un troisième tour doit être organisé, prévu initialement début octobre puis reporté au 4 décembre. C’est en définitive le candidat écologiste qui remporte ces élections, mais dans un pays où le FPÖ, parti d’extrême droite, reste très fortement soutenu, ce qui augure mal de l’avenir. Un dessin signé Vissecq.blog375_ph05

Juin

A l’occasion des matchs de l’Euro 2016 qui se déroulaient en France et qui se sont soldés par la victoire de l’équipe portugaise contre la France, des supporters russes et anglais se livrent à un déchaînement de violence qui provoque une trentaine de blessés sur le Vieux Port de Marseille le 11 juin 2016. Le lendemain, des hooligans allemands s’en prennent à des supporters ukrainiens. Quelques jours lus tard, c’est une bagarre qui éclate dans un train entre supporters éméchés anglais et gallois. Qui a dit que le sport facilite le rapprochement ? Un dessin réalisé par Deligne et publié sur son site.blog375_ph06

Juillet

Le 14 juillet, un camion conduit par un déséquilibré se revendiquant de DAECH fonce dans la foule assemblée sur la promenade des Anglais à Nice pour admirer le feu d’artifice. Après cet attentat meurtrier, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, lance une polémique accusant la police nationale de n’avoir pas suffisamment été présente tandis qu’il pousse la responsable de sa police municipale à remettre en cause le rapport officiel du Ministère de l’Intérieur sur ces événements tragiques. Le dessin de Placide fait référence au camion blanc du meurtrier et à cette polémique déplacée alimentée par la responsable locale de la police municipale aux ordres de Christian Estrosi.blog375_ph07

Août

Pendant tout l’été se prolonge un véritable débat national pour ou contre l’interdiction du burkini, ce fameux vêtement de bain porté par quelques femmes musulmanes intégristes. Plusieurs maires prennent des arrêtés municipaux pour interdire le port de ce vêtement sur les plages. Le Conseil d’État finit par invalider le 26 août 2016 l’arrêté pris par la commune de Villeneuve-Loubet qui interdisait les vêtement religieux ostentatoire sur la plage, rappelant que cette tenue de bain n’est pas attentatoire à l’ordre public. Un dessin de KAK publié sur son site.blog375_ph08

Septembre

La liste des candidats autorisés à concourir à la primaire de la droite et du centre est dévoilée le 21 septembre 2016 par la Haute-Autorité en charge de ce processus. Sept candidats sont finalement dans la course dont une seule femme, Nathalie Kosciusko-Morizet, et aucun candidat du centre, comprenne qui pourra. L’ancien premier ministre, pourtant condamné pour détournement de fonds publics, Alain Juppé est largement favori dans les sondages, devant l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy qui concentre les critiques de son camp du fait des nombreuses affaires judiciaires qui le concernent, relatifs en particulier aux modalités de financement de ses campagnes précédentes. Un dessin de Vadot, publié dans la revue Sandawe.com.blog375_ph09

Octobre

La campagne présidentielle aux États-Unis se termine dans un climat de tension exacerbée par l’élection surprise du milliardaire démagogue et conservateur Donald Trump face à la démocrate Hilary Clinton, considérée comme la candidate du système et fortement critiquée pour son opportunisme politique. Un dessin de Rodho paru dans le magazine Diacritik.blog375_ph10

Novembre

François Fillon remporte haut la main les primaires de la droite en prévision des prochaines élections présidentielles, éliminant dès le premier tour Nicolas Sarkozy qui avait pourtant fait le forcing pour être de nouveau candidat à l’élection présidentielle et à l’immunité judiciaire. Pour la seconde fois de sa carrière, l’ancien président de la République renonce à la vie politique, ce qui devrait lui laisser du temps libre pour s’occuper de sa défense dans les multiples affaires judiciaires dans lesquelles il est empêtré. Un dessin de Fix.blog375_ph11

Décembre

Après un suspens savamment entretenu, François Hollande annonce finalement qu’il ne briguera pas un second mandant présidentiel, ouvrant la porte à une candidature de son premier ministre, Manuel Valls, qui annonce aussitôt qu’il participera à la primaire du Parti socialiste. La cote de popularité du Président de la république était tombée si bas que ce retrait s’imposait. Pour autant, il fallait oser filer la métaphore du désamour et de la désillusion : Gros l’a fait, dans ce dessin paru dans Marianne !blog375_ph12

Joyeux Noël 2016 !

24 décembre 2016

Crise économique, chômage, insécurité, déréglement climatique, montée des extrémismes et repli identitaire : la période se prête plutôt au tragique qu’à la franche rigolade… Et pourtant, quelles que soient ses convictions religieuses, les fêtes de fin d’année sont toujours l’occasion de laisser un peu de côté ses soucis du quotidien et ses angoisses existentielles pour se laisser pénétrer par l’ambiance festive, source de générosité et de bonne humeur.

Alors, une fois de plus, laissons opérer la magie de Noël et partageons ensemble quelques sourires devant les productions de dessinateurs talentueux et débridés à qui nous empruntons les œuvres suivantes :

Avec la crise, les traditions d'hospitalité ne sont plus ce qu'elles étaient… (dessin de Delucq, à retrouver aussi ici)

Avec la crise, les traditions d’hospitalité ne sont plus ce qu’elles étaient… (dessin de Delucq, à retrouver aussi ici)

 

Noël, des relents de fête commerciale ? (dessin de Ucciani, à retrouver sur son site)

Noël, des relents de fête commerciale ? (dessin de Ucciani, à retrouver sur son site)

C'est toujours la crise… (dessin de Coco, publié ici)

C’est toujours la crise… (dessin de Coco, publié ici)

 

L'élevage aussi est en crise, et tout le monde n'est pas à la fête… (dessin de Samson, à retrouver ici)

L’élevage aussi est en crise, et tout le monde n’est pas à la fête… (dessin de Samson, à retrouver ici)

Le sentiment d'insécurité vient parfois gâcher la fête… (dessin de Lardon, à retrouver sur son blog)

Le sentiment d’insécurité vient parfois gâcher la fête… (dessin de Lardon, à retrouver sur son blog)

Et pendant ce temps-là, les bombardements se poursuivent en Syrie… (dessin d'Ysope, à retrouver sur son site)

Et pendant ce temps-là, les bombardements se poursuivent en Syrie… (dessin d’Ysope, à retrouver sur son site)

L’ensemble de l’équipe de rédaction du blog collectif souhaite à ses lecteurs d’excellentes fêtes de fin d’année, dans la joie et la bonne humeur !

L’ogre Monsanto va t-il disparaître ?

15 octobre 2016

Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au fonctionnement de l’agriculture moderne et à ses effets délétères sur l’environnement, la firme américaine Monsanto, leader mondial des semences OGM, fait figure de repoussoir universel ! On ne compte plus les reportages qui dénoncent le rôle de cette multinationale toute puissante qui contrôle une large part du marché mondial des semences et poursuit en justice les paysans qui s’obstinent à vouloir produire leurs propres semences à partir d’une sélection de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de nombreux pays, Monsanto n’hésite pas à les traduire en justice pour cela afin d’assurer sa suprématie commerciale.

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Pour la plupart des tenants d’une agriculture raisonnée et les défenseurs de l’environnement, le nom de Monsanto est détesté. La firme fait d’ailleurs l’objet depuis le 12 octobre 2016 d’un procès retentissant, accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide » par un tribunal international citoyen qui siège à La Haye. Son crime : avoir commercialisé des produits dangereux responsables de la mort de milliers de personnes. Parmi ces produits toxiques, les polychlorobiphényles (PCB), le Lasso (un herbicide cancérigène, interdit en Europe depuis 2006), le glyphosate (un herbicide connu sous la marque Roundup et dont l’Union européenne vient de prolonger l’autorisation d’usage !) ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, le fameux « agent orange », un puissant défoliant pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

blog351_dessintribunalCertes, ce procès, pour le financement duquel a été monté une vaste opération de financement citoyen, est largement symbolique et d’ailleurs la firme Monsanto a refusé d’y participer pour se défendre. Les membres du tribunal n’en sont pas moins des juges professionnels aguerris en matière de droit pénal international et parmi le comité de direction de cette initiative, on retrouve de vrais spécialistes du sujet, dont l’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corine Lepage, la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du documentaire « Le monde selon Monsanto » ou encore l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

Au delà du cas Monsanto, emblématique des pires excès du business de l’agro-alimentaire industriel, responsable de l’empoisonnement de milliers de personnes sur la planète, mais aussi de l’accélération de la perte de biodiversité, l’enjeu de ce tribunal est aussi de mettre en évidence l’ampleur des stratégies de désinformation, de corruption et de lobbying qui ont permis à la firme américaine d’imposer ses produits à travers le monde entier malgré leurs effets redoutables sur la santé humaine et sur l’environnement.

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Et voila que l’on apprend que la firme Monsanto est sur le point de disparaître, rachetée par un de ses concurrents, le géant allemand Bayer, pour la modique somme de 59 milliards d’euros ! Il faut dire que la firme américaine avait eu un petit coup de mou avec une baisse de 15 % de son bénéfice en 2015, mais elle avait déjà annoncé la suppression de 3 600 emplois d’ici 2018, histoire de redresser la barre…

En tout cas, la fusion du leader des semences et du roi des pesticides ne va pas passer inaperçue dans le paysage agricole mondial… Le chiffre d’affaire annuel des deux sociétés est de 23  milliards d’euros et elles comptent pas moins de 140 000 salariés à travers le monde. Mais surtout, après la fusion, le groupe contrôlera 24 % du marché mondial des pesticides et 30 % de celui des semences. De quoi se placer en bonne position dans le grand Monopoly mondial auquel jouent les six grands qui se partagent le marché.

blog351_phbourseEn décembre 2015, les deux géants américains Dow Chemical et Dupont de Nemours avaient déjà fusionné pour 130 millions de dollars. Monsanto avait alors tenté de racheter le suisse Syngenta dont les frasques judiciaires ont déjà été évoquées ici, mais c’est finalement le Chinois ChemChina qui l’a absorbé pour la somme conséquente de 43  milliards de dollars. Les trois mastodontes ainsi créés vont désormais contrôler à eux trois 60 % des semences et 75 % des produits phytosanitaires vendus sur la planète. Pas très rassurant pour l’avenir des agriculteurs et celui de notre environnement…

Du coup, il paraît probable que le nom de Monsanto, honni à travers toute la planète par des cohortes de petits agriculteurs et les défenseurs de la biodiversité, va disparaître, histoire de se refaire une virginité. On peut d’ailleurs faire confiance aux communicants pour dénicher un autre nom que celui de Bayer dont la réputation n’est pas moins ternie par des décennies de bonnes affaires.

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Rappelons en effet au passage que cette dernière société, dont selon une analyse d’Agoravox, les principaux actionnaires sont désormais des fonds d’investissement américains, est l’héritière de la firme allemande IG Farben, qui fournissait le Reich en Zyklon B, pour l’alimentation des chambres à gaz des camps d’extermination, après avoir été l’inventeur du gaz moutarde largement utilisé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. La société avait d’ailleurs été condamnée lors du procès de Nuremberg pour avoir acheté des déportés du camp d’Auschwitz à des fins de cobayes. Ses produits phares que sont les insecticides Gaucho et Regent, accusés d’exterminer les abeilles, sont également de sinistre mémoire, mais chacun sait bien qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…blog351_dessinfusion

La stratégie d’intégration menée par Bayer et Monsanto ne manque en tout cas pas de clairvoyance. En fournissant à la planète entière semences, engrais et pesticides mais aussi de plus en plus conseils techniques et encadrement, ils transforment peu à peu les agriculteurs en de simples opérateurs industriels totalement à leur merci. Et s’ils tombent malades du fait de l’ingestion massive des produits toxiques utilisés pour les traitements phytosanitaires, c’est encore Bayer qui leur vendra à prix d’or les médicaments anti-cancéreux dont ils ont besoin.

blog351_dessindangerLa fusion entre Monsanto et Bayer laisse en effet entrevoir un avenir radieux pour la profitabilité des actionnaires du monstre ainsi créé qui maîtrisera à la fois la production alimentaire mais aussi les traitements pharmaceutiques nécessaires pour corriger les dégâts collatéraux malencontreusement causés par une industrie agroalimentaire peu regardante en matière environnementale. La tentation serait même grande pour arrondir les dividendes des actionnaires, d’introduire dans les semences des modifications génétiques porteuses de maladies dont la firme fournirait en parallèle le traitement médical approprié. Un vrai jackpot en perspective !

L.V. LutinVert1Small

Le Cercle Progressiste Carnussien a un nouveau président !

5 octobre 2016

logocpcLe Cercle Progressiste Carnussien vient de tenir son assemblée générale annuelle, samedi 17 septembre 2016, dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux. Le rapport moral a été présenté par la présidente, Cécile Tonnelle, et le rapport financier a fait l’objet d’un exposé par Josette Manforti, trésorière de l’association. Ces deux rapports ont été validés à l’unanimité.

Suite au renouvellement des membres sortants, le nouveau Conseil d’administration a été constitué et il a élu un nouveau bureau. La présidente Cécile Tonnelle souhaitait en effet passer la main au terme de huit ans de mandat, ainsi que le vice-président Marc Vincent, appelé à de hautes responsabilités professionnelles en Ile de France.

Les membres du Conseil d’administration remercient Cécile Tonnelle pour la qualité de son action, d’abord comme vice-présidente puis  présidente, action à laquelle ils associent son prédécesseur Jacques  Boulesteix qui a eu l’initiative de la création du CPC en 2001.

Ils saluent aussi le vice-président sortant, Marc Vincent, qui poursuivra avec la même détermination son rôle de webmestre, de rédacteur et de concepteur d’affiches ou de journaux.

L'ancien et le niuveau bureau du CPC : à gauche, Michel Motré, nouveau président de l'association

L’ancien et le nouveau bureau du CPC : à gauche, Michel Motré, nouveau président de l’association

Enfin, ils enregistrent les candidatures de l’actuel secrétaire Michel Motré à la présidence, de Marie-Antoinette Ricard à la vice-présidence et de Charles Marcarelli au secrétariat, Josette Manforti poursuivant sa mission de trésorière. Tous s’engagent à porter les valeurs qui fondent notre engagement associatif : éthique de responsabilité,  justice sociale et progrès,  sens de la préservation de  notre santé et notre cadre de vie, dans ses dimensions économiques et écologiques.

Quel apport pour le CPC ?

Pour répondre à cette interrogation, reprenons les grandes lignes des statuts du CPC :

Le Cercle Progressiste Carnussien est porteur des valeurs de la société citoyenne et de toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Créé en 2001 avec le statut d’association Loi 1901, il se propose de promouvoir les idées progressistes.

Rappelons au passage que l’idée de progrès est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières (XVIIIème siècle) qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissances dotant les êtres humains des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d’Ancien Régime …et cela demeure une acception valide !

Le progressisme à l’heure actuelle s’attache à défendre des idéaux comme l’égalité entre les humains, quels que soient leurs origines, leurs nationalités et leur sexe, ainsi que  la laïcité. Dans le domaine économique, il défend les valeurs sociales et écologistes.

Philosophiquement, les courants progressistes prônent l’humanisme et le rationalisme. En quelques mots,  progressiste s’oppose à réactionnaire.

Les objectifs du CPC sont les suivants :

  • favoriser l’information, la participation et les rencontres entre citoyens,
  • créer des lieux permanents de débats relatifs à l’évolution de la Société, tant sur les aspects sociaux, culturels, éducatifs, économiques que sur les grands enjeux planétaires,
  • développer la démocratie participative.

Quelles missions pour le nouveau bureau élu ?

  • Poursuivre et si possible amplifier le travail en équipe qui réunit des adhérents aux parcours personnels et professionnels riches ;
  • Consacrer un large temps pour chacune de nos réunions mensuelles au traitement d’une question (économique, sociétale….) sur laquelle un ou plusieurs adhérents auraient au préalable réfléchi (par exemple, l’article de J. Stiglitz intitulé Zone Euro : la réforme ou le divorce paru récemment dans Les échos) ;
  • Diversifier les formes de rencontres entre citoyens à l’instar de la séance ouverte de KATULU ? sur le thème de l’exil ;
  • Proposer des sujets de réflexion (conférences ou autres) qui concernent des publics larges avec une attention portée à la jeunesse ;
  • Faire infuser la démocratie participative au-delà des adhérents du CPC… en manifestant par des rencontres, des visites, notre intérêt pour le monde du travail et l’action des associations.

Quinze ans après sa création, le Cercle Progressiste Carnussien est toujours aussi actif et ne manque pas d’idées pour poursuivre sa mission !

Michel Motré

Jeux Olympiques 2016 : Rio, c’est fini !

23 août 2016

Blog335_LogoAprès 15 jours de compétition, les jeux olympiques de Rio viennent de se clôturer par une cérémonie grandiose dans le stade mythique de Maracana. En attendant ceux de 2020 qui se dérouleront à Tokyo, il est temps de revenir sur quelques moments de ces 31ème Olympiades, au travers de dessins d’humeur parus dans la presse. Une petite rétrospective totalement subjective sur un de ces grands événements qui captivent une bonne partie de la planète !

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Avant le début de ces jeux, tous les projecteurs du monde entier étaient braqués sur ces chantiers brésiliens qui accumulaient du retard et pour lesquels chacun prédisait que rien ne serait prêt à temps. Et puis s’est déclenchée l’épidémie de zika transmise par certains moustiques et à l’origine de malformations congénitales chez le fœtus, de troubles neurologiques et de paralysies. Le Brésil étant l’un des foyers les plus touchés et malgré les efforts du gouvernement pour démoustiquer tout en s’efforçant de minimiser le risque, l’inquiétude est montée d’un cran, au point de convaincre plusieurs sélectionnés d’éviter de faire le déplacement …

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Ajoutez à cela les révélations sur les athlètes russes confondus par l’Agence mondiale antidopage de dopage à grande échelle, organisé méticuleusement par la fédération russe d’athlétisme, mais sauvés in extremis grâce à la mansuétude du CIO alors qu’il était question d’exclure de la compétition l’ensemble des sportifs de ce pays, et voilà un cocktail idéal pour inspirer les humoristes du monde entier…

Blog335_D1_Dopage

Pour la cérémonie d’ouverture des jeux, de nombreux responsables politiques avaient fait le déplacement, parmi lesquels le roi des Belges et son épouse, et ceci en plein épisode rocambolesque de destitution de la présidente brésilienne. Mais pas question pour autant que le Brésil n’offre au reste du monde le spectacle de la misère dans les favelas…

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pour ces premiers jeux olympiques à se dérouler au Brésil, plus de 11 000 sportifs étaient en compétition, appartenant à 204 nations différentes. Au total, 28 sports différents étaient au programme avec, comme à chaque fois, des nouveautés. C’est ainsi que ces Olympiades de Rio ont vu apparaître pour la première fois le rugby à sept et même le golf. A quand les épreuves olympiques de pétanque ?

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

L’ombre des attentats terroristes d’inspiration islamiste planait sur ces jeux comme sur l’ensemble des grands rassemblements médiatisés. Pas d’attentat revendiqué par DAECH pourtant, mais les polémiques sur le voile islamique étaient présents dans de nombreuses têtes, à Rio comme ailleurs…

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Les jeux olympiques, c’est l’esprit de compétition mais aussi le dépassement de soi, parfois poussé à l’extrême, comme dans le cas du Français Yohann Dinitz, dont le calvaire en finale du 50 km marche a ému le monde entier. C’est aussi l’esprit d’équipe, la solidarité voire la main tendue à l’adversaire pour l’aider à se relever.

C’est aussi parfois le pire, avec ce public chauvin qui conspue lamentablement le sauteur à la perche Renaud Lavillenie. Ce sont aussi des individualités qui crèvent l’écran comme cet haltérophile des iles Kiribati qui fait le pitre et esquisse quelques pas de danse, même après avoir échoué dans son épreuve. Où le sprinter américain Usain Bolt qui sourit tranquillement en demi-finale du 100 m en se retournant vers ses adversaires laissés loin derrière !

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

La France est finalement repartie de Rio avec une belle moisson de médailles : 42 dont 10 en or, ce qui est inespéré après les contre-performances du début et certains échecs cuisants et inattendus !

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

On est certes loin du score des Américains ou même des Anglais qui se sont surpassés avec 67 médailles dont 27 en or… Mais on saluera quand même la performance de certains pays qui à l’occasion de ces jeux ont décroché leur première médaille d’or olympique de leur histoire, comme c’est le cas du Vietnam, de la Jordanie ou de la Côte d’Ivoire. Même s’il est bien connu que l’important c’est de participer, la victoire ne laisse jamais personne indifférent…

L.V. LutinVert1Small

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Après l’attentat de Nice, les odieuses surenchères de la Droite

23 juillet 2016

Après l’attaque sanglante contre les journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 et malgré certaines réactions pour le moins inappropriées, la classe politique française avait globalement su faire bloc et appeler à l’unité nationale contre de tels agissements manifestement tournés contre la liberté de pensée et d’expression qui caractérisent notre démocratie. Des citoyens s’étaient rassemblé en masse, faisant fi de leurs divergences politiques, pour exprimer ensemble leur attachement à ces valeurs communes.

Curieusement, la cote de popularité du Chef de l’État, pourtant au plus bas dans les sondages, était même remontée de manière très significative, reflet de ce souhait d’unité nationale soudée autour des institutions nationales. « Certains me prenaient pour un Charlot. Ils me soutiendront désormais en tant que Charlie » aurait alors pronostiqué François Hollande, jamais à court d’un bon mot…

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Mais après le spectaculaire attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 84 morts à Nice, la configuration semble bien différente. Il est vrai que l’échéance des présidentielles et, plus encore, celle des primaires de la Droite, approchent. Mais on se s’attendait pas pour autant à des réactions aussi impulsives et irresponsables de la part d’un Alain Juppé, pourtant ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, fustigeant les incuries du gouvernement et déclarant dès le lendemain matin au micro de RTL, alors même que les circonstances du drame étaient loin d’être parfaitement connues, « Je ne suis pas enquêteur mais si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». On n’a pas souvenir qu’il tenait des discours aussi simplistes lorsqu’il faisait face, alors en poste à Matignon, à une précédente vague d’attentats qui avaient déjà meurtri la France entre juillet et octobre 1995…

Quels moyens ? Rien de plus simple, comme l’a si bien détaillé dès le 15 juillet également et toujours sur RTL, un autre candidat éventuel à la primaire des Républicains, Henri Guaino, expliquant à plusieurs reprises : « il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrête le camion de 15 tonnes, voila c’est tout ! ». On se demande bien pourquoi nos responsables de la sécurité intérieure n’y ont pas pensé plus tôt…

On attend maintenant avec impatience de voir les trois pauvres paras qui déambulent toute la journée au milieu de la foule à la gare Saint-Charles se trimbaler, en plus de leur attirail déjà aussi impressionnant qu’encombrant, un bazooka de 1,55 m sur l’épaule. Voilà qui aurait de la gueule et serait de nature à sécuriser les touristes en goguette. Dans l’hypothèse de l’arrivée inopinée d’un camion kamikaze déboulant via la dépose-minute, on imagine d’avance le beau feu d’artifice si d’aventure le camion est bourré d’explosif et qu’il est la cible d’une roquette. Mais l’imaginatif Henri Guaino a certainement une parade innovante en réserve…

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l'attentat de Nice (photo AFP)

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l’attentat de Nice (photo AFP)

Il est vraiment désespérant de voir à quel point un événement aussi tragique peut susciter des réactions aussi irresponsables. Passons sur le groupe de Niçois déchainés qui ont copieusement hué le Premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite officielle, n’hésitant pas à le traiter d’assassin, les sifflets étant d’ailleurs tout autant destinés à l’ancien maire de la Ville, Christian Estrosi qui se trouvait à ses côtés. Il s’agissait semble t-il de militants FN que la député Marion Maréchal-Le Pen est d’ailleurs allé gentiment saluer, tout sourire, après la cérémonie.

Blog325_DessinDaechUn tel déchaînement de violence verbale n’est pas si anodin qu’il n’y paraît et sans doute pas de nature à apaiser les tensions. L’extrême-droite bien sûr se réjouit d’une telle situation, se félicitant d’enregistrer depuis l’attentat de Nice une augmentation significative des demandes d’adhésion au Front National. Ses dirigeants n’hésitent pas à attiser cette colère, à l’image de Marion Maréchal-Le Pen, encore elle !, proclamant au lendemain de l’attentat de Nice : « si nous ne tuons pas l’islamisme, c’est lui qui nous tuera ». On n’est pas très loin des slogans les plus extémistes qui fleurissent ici ou là, du style « L’Islam tue, tuons l’Islam », alors même qu’on a vu à quelles extrémités conduisaient ce genre d’amalgames… Aux attentats revendiqués par Daech va t-il bientôt se succéder d’autres attaques comparables menées par des extrémistes tout aussi radicalisés mais agissant au nom de la sauvegarde des racines chrétiennes de l’Occident comme on l’a déjà vécu en Norvège où le militant d’extême-droite Anders Breivik avait tué sauvagement 77 personnes ?

Blog325_DessinSarkoClownLa Droite des Républicains en tout cas n’a pas fait dans la dentelle non plus, en réaction à l’attentat de Nice, à l’image d’un Nicolas Sarkozy hargneux, attribuant tout les torts au gouvernement au prétexte que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Le ministre de l’Intérieur a beau rappeler qu’il s’efforce tant bien que mal de reconstituer depuis 2012 les effectifs de police amputés de près de 13 000 agents durant le quinquennat de Sarkozy et de réorganiser les services de renseignement mis à mal par ses prédécesseurs, cela n’empêche pas les outrances des ténors de la Droite. L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, pourtant expert en la matière, a beau s’échiner à expliquer que « face à un fou soutenu par une idéologie », « aucune loi ne peut empêcher cela », rien n’empêche la Droite de réclamer un arsenal législatif toujours plus répressif bien que de portée purement symbolique.

Dans cette affaire, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, qui se vante depuis des années d’avoir mis en place la plus forte densité de police municipale et de caméras de surveillance qui puisse exister, aurait pu se trouver quelque peu déstabilisé par un tel attentat. Comment expliquer en effet que seulement 10 % des effectifs de la police municipale étaient mobilisés en ce jour du 14 juillet pour un rassemblement d’une telle importance ? Comme justifier que l’auteur de l’attentat ait pu en toute impunité rouler avec son camion sans se faire inquiéter sur une artère pourtant interdite aux poids-lourds et truffée de caméras, non seulement le soir de l’attentat mais aussi les deux jours qui ont précédé afin d’effectuer tranquillement les reconnaissances nécessaires ?

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Certes, Christian Estrosi a cédé, depuis peu et pour cause de cumul de mandat, son fauteuil de maire à un homme de paille, un certain Philippe Pradal, que personne n’a entendu au cours de cet épisode désastreux, silence que l’intéressé a d’ailleurs justifié sans ambage et en toute spontanéité : « c’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien ». Il faut dire que l’ancien maire est resté premier adjoint de Nice, délégué à la Sécurité, aux Ressources humaines, aux Finances, aux Transports, aux Travaux, à la Voirie et au Stationnement (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut rester comme délégations aux autres élus : le fleurissement des monument aux morts peut-être ?).Blog325_DessinSarko

Dans ces conditions, en politique avisé qu’il est et pour éviter d’avoir à répondre aux critiques éventuelles, M. Estrosi préfère attaquer les autres plutôt que justifier ses propres errements. Il n’a ainsi pas hésité, dès le lendemain de l’attentat, à évoquer « un mensonge d’État » quant aux effectifs de la police nationale déployée ce jour-là à Nice, alors que la liste en est parfaitement connue et vérifiable, et que de toute façon une fouille éventuelle de chacun des badauds n’aurait bien évidemment pas empêché le camion fou de se jeter dans la foule…

On a beaucoup polémiqué aussi sur l’absence de blocs de béton posés à l’entrée de la zone afin de bloquer le passage de tout véhicule. Les Israéliens, que le président de la Région PACA Christian Estrosi considère comme un modèle indépassable en matière de sécurité publique, prônent ce type d’approche. Il y a fort à parier néanmoins que si elle avait été préconisée par les services du Préfet, il aurait été le premier à la critiquer au prétexte que ces blocs de béton auraient gêné l’arrivée des secours et l’évacuation des blessés après l’attentat !

La situation actuelle mérite peut-être, de la part de nos dirigeants politiques, un peu moins de mauvaise foi et de surenchères, mais un peu plus de sang-froid et de sens des responsabilités…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

Blog321_PhOdeon

Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Philippe Echaroux, messager de l’éphémère

19 juin 2016

Blog314_PhLaCiotatLe Bec de l’Aigle, c’est ce cap aux formes déchiquetées qui borde à l’ouest la baie de La Ciotat au dessus de la calanque du Mugel et des anciens chantiers naval. Une masse rocheuse imposante taillée dans des dépôts géologiques déposés à l’estuaire d’un ancien fleuve qui drainait la bordure nord d’un continent aujourd’hui disparu, en dehors de quelques vestiges parsemés des Pyrénées à l’Esterel en passant par la Corse et la Sardaigne !

Le site naturel est remarquable et le choc est grand en voyant dans La Provence du 14 juin 2016 une photo de ce massif recouvert d’un tag géant à l’entrée de la calanque du Mugel… La lecture de l’article rassure un peu, sinon sur les connaissances géographiques de la journaliste (qui attribue généreusement l’altitude de 1700 m au Bec de l’Aigle, le confondant de toute évidence avec son homonyme du Cantal ! ), du moins sur la nature de ce grafiti qui n’en est pas un…

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

La mise en garde « Ne grandis pas trop vite, tu vas de cogner au plafond », qui se détache en énormes lettres capitales sur le poudingue orangé du Bec de l’Aigle n’a pas été tracée à la peinture blanche mais résulte d’une projection réalisée par le photographe Philippe Echaroux dans le cadre de son projet artistique Painting with ligths : tout un programme !

Blog314_PhHopeEducateur spécialisé de formation, mais photographe de mode depuis 2008, le Marseillais Philippe Echaroux s’est lancé depuis 2014 dans une nouvelle discipline artistique : le street art 2.0. Armé de son vidéoprojecteur, il projette sur des éléments de paysage urbain des images ou des textes de sa composition et les photographie pour en conserver la trace. Une approche très originale, qui ne laisse pas de trace sinon sous forme d’archives visuelles, mais dont le résultat est totalement bluffant, d’autant que l’artiste s’intéresse avant tout à la réaction des passants qui découvrent son œuvre éphémère et réagissent en direct.

Blog314_PhTourEiffel

Marseille fait partie des terrains de prédilection de Philippe Echaroux même si ses pérégrinations l’ont conduit aussi à s’intéresser à bien d’autre terrains de jeu, de Cannes à Val d’Isère en passant par Barcelone, Paris ou Cuba où ses slogans libertaires projetés sur les façades de La Havane ont fait sensation et ont été largement rapportés par le Figaro

Blog314_PhValIsere

Certains se souviennent ainsi de ce mystérieux portait de Zinédine Zidane apparu un soir de 2014 sur une façade aveugle de la Corniche, celle-là même où avait été apposée un portrait géant du footballeur marseillais en hommage à la victoire de l’équipe de France lors du Mondial de 1998. C’était l’oeuvre de Philipe Echaroux dont les photographies et les vidéos prises sur la place Paul Ricard ont alors fait le tour du monde.

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Au début de cette année, l’artiste a lancé une autre initiative qui a connu aussi un large échos dans les médias, dont 20 minutes qui en diffuse la video. La scène se passe dans une rue mal éclairée de Marseille, devant une place de parking réservée aux personnes à mobilité réduite. La rue est déserte et les automobilistes pressés n’hésitent pas à emprunter la place de parking, ni vu ni connu. Pas de chance, ils sont filmés et quand ils sortent de leur voiture, ils voient s’afficher sur le mur en immenses lettres le slogan vaguement ironique : « L’incivilité est-elle un handicap ? ».

Blog314_PhIncivilité

Certains, pris de honte, remontent au volant pour disparaître tandis que d’autres, peu gênés, s’abritent derrière le classique « J’en ai pour 5 minutes .. ». L’objectif de l’ex éducateur spécialisé au travers de ce « handicap happening » est d’ailleurs avant tout pédagogique, une sorte de sensibilisation éphémère destinée à faire comprendre sans être agressif, comme l’explique l’artiste : « Le but n’est pas de dire « t’es un connard » aux automobilistes. Je suis dans une démarche pédagogique ».

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Une bien belle initiative citoyenne en tout cas, filmée par le complice vidéaste de Philippe Echaroux, Jean-Claude Piéri, indispensable alter ego du photographe, qui permet de fixer pour l’éternité les réactions du public à ces projections éphémères qui interpellent. Des artistes de talent dont les réalisations méritent d’être encouragées !

L.V.  LutinVert1Small

A Aubagne, le tramway menacé par un effondrement…

23 mars 2016

Décidément, la journée du 9 mars 2016 aura été celle de tous les dangers pour les canalisations de la région ! Dans la nuit, une conduite transportant de la soude sous pression avait lâché à 2 heures du matin sur le site industriel d’Alteo à Gardanne, provoquant un panache de vapeur d’eau qui s’était étalé sur les environ, déposant de jolis cristaux de soude sur près de 35 hectares. Le même jour, à Aubagne, en début d’après-midi, c’est le collecteur principal des eaux usées qui s’est rompu, sur l’avenue des Goums au niveau du pont de la Californie, provoquant un effondrement spectaculaire sur la chaussée, juste en bordure de la plateforme du tramway.

Blog287_PhTrou

Le tramway qui passe en surface juste au dessus du collecteur a dû être immédiatement interrompu et remplacé par des bus de substitution pour assurer la continuité du service public entre la gare d’Aubagne et le quartier du Charrel, tandis qu’un système de circulation alternée a dû être organisé en urgence par les services techniques de la ville. Une chance que le fontis ne se soit pas ouvert au droit des rails du tramway lors du passage de ce dernier…

Le tramway d'Aubagne sur l'avenue des Goums

Le tramway d’Aubagne sur l’avenue des Goums

Cette canalisation assez ancienne puisqu’elle date de 1933 et qui n’a manifestement pas été consolidée lors des travaux de voirie en vue de la mise en place du tramway, évacue en direction de la station d’épuration Géolide, opérationnelle depuis 1987 en bordure de l’Huveaune près du stade Vélodrome à Marseille, l’ensemble des eaux usées d’Aubagne et de plusieurs communes avoisinantes, dont celle de Carnoux-en-Provence. Il s’agit donc d’une branche majeure du réseau d’assainissement de l’est marseillais, propriété des communes du Pays d’Aubagne et de l’Etoile mais aussi de Gemenos et de Carnoux. L’ouvrage lui-même est un ovoïde en maçonnerie de 1,60 m de hauteur, enterré à près de 6 m de profondeur.

Depuis 2014, c’est la SPL (société publique locale) créée par les communes de l’ex communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile et joliment dénommé L’eau des collines, qui a repris la compétence assainissement sur une partie de son territoire. Mais sur les communes d’Aubagne ou de La Penne-sur-Huveaune, ce n’est pas encore le cas car cette compétence est confiée par délégation à la Société des Eaux de Marseille, une filiale de Véolia, dans le cadre d’un contrat qui court jusqu’au 31 décembre 2016. C’est néanmoins sur le site de la SPL que l’on trouve les informations les plus complètes sur cet effondrement intempestif sur lequel sont intervenus, outre les équipes techniques de la SEM et de la SPL, des agents missionnés par la société Bronzo.

Blog287_PhTravaux

Tout ce petit monde a procédé dans un premier temps à une mise en sécurité du site avant de se livrer à un diagnostic plus approfondi de la situation. Aux dernières nouvelles, en date du 15 mars 2016, la société Bronzo avait procédé aux terrassements nécessaires pour accéder au toit du collecteur à partir de la zone effondrée et pour sécuriser la fouille par un blindage approprié. Un barrage a alors été mis en place en amont de la zone effondrée afin de court-circuiter cette dernière et de procéder aux pompage nécessaires pour vider progressivement le collecteur dans le tronçon qu’il va falloir consolider.

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Un chantier relativement important donc qui risque de se prolonger quelques semaines. Les usagers du tramway n’ont sans doute pas fini d’emprunter les bus de substitution, en espérant que les inspections du tronçon effondré ne mettent pas en évidence la nécessité d’entreprendre une réfection de l’ensemble du collecteur qui se prolonge ensuite via La Penne-sur-Huveaune jusqu’à Marseille. La collecte des eaux usées n’est jamais un long fleuve tranquille…

M.V.

A Gardanne, Alteo fait sa lessive de printemps…

21 mars 2016

On a longtemps reproché à l’usine d’alumine de Gardanne, ex-Péchiney et désormais rebaptisée Alteo par son actuel propriétaire, le fonds d’investissement américain HIG, de rejeter sans vergogne ses fameuses boues rouges dans la Grande Bleue, au large de Cassis, en plein coeur de ce qui est devenu le Parc national des Calanques. Voilà qu’on l’accuse désormais de vouloir laver plus blanc que blanc en aspergeant la ville de Gardanne d’un nuage de cristaux de soude, un puissant détergent qui constitue l’essentiel de la célèbre lessive Saint-Marc bien connue des ménagères et des bricoleurs du dimanche…Blog286_PhStMarc

C’est dans la nuit du 8 au 9 mars 2016 que s’est produit l’incident, sous la forme d’une rupture de canalisation de soude sous pression et à haute température, comme l’a relaté La Provence dans son édition du 11 mars. Le directeur des opérations du groupe Alteo s’est empressé de préciser que cette canalisation devait être changée en avril. Ce n’est donc vraiment pas de chance pour cet industriel déjà dans le collimateur de nombreux acteurs locaux du fait de ses rejets de produits toxiques en mer et pour ses stockages à l’air libre de boues rouges dans les bassins de décantation de Mange-Garri, d’où s’envolent de nombreuses particules fines corrosives et qui ont été à l’origine de fuites récentes dans la nappe…

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Toujours est-il que cette rupture intempestive de canalisation a occasionné le départ d’un magnifique panache de vapeur d’eau fortement chargée en soude qui, poussé par le vent d’est, est rapidement sorti du périmètre de l’usine pour survoler le centre-ville tout proche. C’est Roger Meï, maire de la ville depuis 39 ans, qui a dû être content, lui qui se plaît à dire qu’ici, « on aime voir fumer les cheminées d’usines » !

En revanche, les nombreux automobilistes qui ont retrouvé au petit matin le capot de leur voiture recouvert d’une épaisse couche de cristaux blancs en train d’attaquer la peinture de la carrosserie, semblent avoir globalement moins apprécié cette manifestation de la vitalité économique et industrielle de leur commune…

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

La ministre de l’environnement Ségolène Royal, qui s’était fermement opposée à la prolongation des déversements en mer des rejets toxiques d’Alteo mais avait été désavouée par Manuel Valls, s’est laissée allée à un communiqué vengeur, rapporté par La Provence : « Cette fuite confirme la vétusté d’une partie des installations de traitement et appelle à examiner au plus tôt les solutions envisagées pour traiter les pollutions rejetées en Méditerranée, à travers une autre canalisation, mise en service en 1966 ». L’occasion était en effet trop belle pour la laisser passer…

Plusieurs enquêtes ont été immédiatement diligentées, confiées d’une part par le Parquet d’Aix à la gendarmerie pour déterminer les causes de l’accident, et d’autre part par le Préfet qui a saisi la DREAL dans le cadre d’une enquête administrative sur les origines et conséquences de la rupture et sur les modalités de réaction de l’industriel. Le Préfet a aussi demandé aux services en charge de la Police de l’Eau de vérifier l’impact éventuel de cette pollution sur les cours d’eau, et à l’Agence régionale de santé d’évaluer les éventuelles conséquences sanitaires pour la population.

L'usine Altéo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

L’usine Alteo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

Les pompiers du SDIS sont quant à eux chargés de mesurer l’impact de la pollution. Selon les chiffres communiqués, le volume de vapeur d’eau chargée en soude qui a été ainsi lâché dans la nature serait de l’ordre de 15 m³, ce qui représente une belle quantité, et la surface impactée par les retombées couvrirait au total 35 hectares, dont 15 fortement touchés…

Une cellule de suivi a été installée en mairie, avec les services de l’État concernés et la direction du site, pour coordonner les opérations de nettoyage devant être menées par Alteo. Un numéro vert a été mis en place afin de répondre aux plaintes des nombreux riverains, inquiets de la présence de ces petits critsaux de soude qui recouvrent une partie de la ville : du carbonate de soude, de formule chimique Na2Co3, largement utilisé pour dégraisser les murs, ou toute autre surface, ainsi que dans les lessives, mais qu’il vaut mieux éviter de manipuler à mains nues et qui peut causer de sévères irritations, voires des lésions oculaires graves.

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

D’ailleurs, dès l’après-midi du 9 mars (un mercredi heureusement), la commune a fait nettoyer à grande eau les cours de récréation des écoles, de la maternelle jusqu’au lycée, ainsi que les rues, les trottoirs et les jeux d’enfants dans les jardins publiques. Une sage précaution, qui n’a sans doute pas amélioré la qualité des cours d’eau à l’exutoire des réseaux pluviaux de la ville ! Mais une fois qu’on se lance dans le grand nettoyage de printemps, on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail…

M.V.

Le soleil comme on n’a pas l’habitude de le voir…

12 février 2016

Blog274_PhSoleilC’est une vidéo tout à fait exceptionnelle qui avait été diffusée en novembre dernier par la NASA et qui a été déjà largement relayée par les médias du monde entier mais dont on ne se lasse pas, tant les images en sont spectaculaires !

Les photos ont été prises par la sonde SDO (Solar Dynamic Observatory) lancée en 2010 dans le cadre du programme joliment nommé « living with a star », et qui envoie des images toutes les 12 secondes, prises selon 10 logueurs d’ondes différentes. Mais ces images ont ensuite été assemblées par milions afin de reconstituer cette vidéo ultra haute définition qui, outre son grand intérêt scientifique, présente une qualité esthétique tout à fait remarquable. Le résultat est d’autant plus bluffant que ce qui se présente comme une simple vidéo banale, résulte en fait d’un travail de titan puisqu’il a fallu pas moins de 300 heures pour en réaliser le montage à raison d’une dizaine d’heures pour chaque minute ! A déguster en plein écran bien entendu…

Blog274_PhEruption

On y voit notamment les impressionnantes éruptions solaires avec d’immenses fontaines de feu qui s’élèvent très haut dans l’espace sous forme de jets de gaz incandescent dont la température atteindrait 20 millions de dégrés : chaud devant…

Blog274_PhCouleur

Pour mettre en évidence ces geysers jaillissant à la surface de l’astre solaire, ce sont des capteurs à longueur d’onde unique qui ont été utilisés alors que d’autres images plus colorées ont été prises dans un domaine de longueur d’ondes très large, qui révèle un rayonnement intense de la matière dans une gamme de couleurs somptueuses mais qui ne permet plus de voir les éruptions solaires car ces dernières sont moins lumineuses que le fond d’image.

Blog272_PhRXCertaines séquences qui montrent la surface crevassée du soleil résultent de l’assemblage d’images prises à l’aide d’un capteur utilisant des rayons X. Cette partie superficielle du soleil constitue une sorte de peau froide (à 6 000 °C quand même) alors que le gros du soleil est une boule gazeuse.

Quant à la petite balle noire qui traverse subrepticement la vidéo à plusieurs reprises, il s’agit tout simplement de Vénus qui se balladait justement entre le soleil et la Terre, comme chacun bien sûr l’avait deviné…

C.T.  

Compassion et détermination

25 novembre 2015

Comment réagir face aux événements qui nous sidèrent ? Quelles peuvent être nos attitudes, nos pensées, nos actions ?

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Compassion d’abord tant il est vrai que c’est l’essence même de l’humanité : l’homme n’est homme que parce qu’il sait faire preuve de compassion envers ceux qui soufrent, sont malades, pleurent. Toute l’histoire, les religions, les philosophes nous l’enseignent. Il s’agit donc d’aller vers les proches des disparus, des blessés et de leur témoigner de notre solidarité. Ce d’autant plus qu’à Paris, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos frères et sœurs.

Blog251_PhCamusDétermination ensuite : Comment agir, réagir ? Une œuvre nous aide sans doute à y voir plus clair : « La Peste » d’Albert Camus. Pouvons-nous comparer les instants que nous vivons à la situation décrite dans ce roman ? Il peut en tout cas nous aider, nous guider dans notre réflexion. Que dit-il qu’il me semble devoir retenir aujourd’hui ? Dans ces moments-là, il faut faire son travail, tout simplement mais plus que jamais, avec cœur et ardeur. Et le héros, c’est bien Joseph Grand qui malgré les menaces, ses propres échecs, fait et refait toujours son ouvrage. C’est aussi le docteur Rieux qui rejette les arguties des uns et des autres, ceux-là même qui ne veulent rien faire, se voilent la face, fuient. Il choisit de se battre contre le virus, au péril de sa vie et malgré ces hommes restés inertes.

Comme le docteur Rieux, soyons déterminés à être citoyens. Croire à la démocratie, à la solidarité, est nécessaire mais pas suffisant. Il nous faut la vivre au quotidien, en témoignant, en respectant les paroles des autres, en accueillant celui qui soufre, en éduquant nos enfants. Bref, il nous faut faire notre travail, jour après jour, avec détermination.

Restons modestes : nos petits bras, musclés ou non, ne changeront pas le monde à eux tout seuls, mais y contribueront certainement avec tous les autres de bonne volonté. Et restons optimistes : « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser1 ».

Antoine Malafosse

18 novembre 2015

1 La Peste, Albert Camus, 1947

Exposition universelle de Milan : entre information et propagande…

6 août 2015

Blog213_PhExpoL’exposition universelle 2015 qui se tient en ce moment à Milan, depuis le 1er mai et jusqu’au 31 octobre prochain, s’est choisi pour thème un objectif pour le moins ambitieux : « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». Le sujet est vaste et il en va ni plus ni moins du sort futur de l’humanité sur notre Terre : sera t-on capable, en valorisant les ressources naturelles par définition limitées et de plus en plus fragilisées par des années de surexploitation peu responsable, de nourrir à leur faim les 7 milliards et quelques d’hommes et de femmes qui y vivent ainsi que les 2 à 3 milliards supplémentaires attendus dans les toutes prochaines décennies ?

Mais voilà : une exposition universelle est-elle bien le lieu où l’on réfléchit en profondeur et de manière objective à des questions aussi fondamentales ? Depuis la première session qui avait été organisée à Londres en 1851 pour présenter au public les outils de la révolution industrielle en plein essor et pour démontrer au monde entier la suprématie économique du Royaume-Uni alors à son apogée, ces manifestations internationale se sont codifiées, régies depuis 1928 par une Convention et un Bureau international des expositions.

Mais l’état d’esprit général est resté le même : plus que de mettre en commun les intelligences et les inventivités pour faire face aux défis communs auxquels l’Homme est confronté, ce sont avant tout des vitrines où chaque nation, voire chaque entreprise, rivalise pour mettre en valeur ses propres réalisations et ses atouts dans un esprit de compétition assumé.

Blog213_PhSlowFoodDe ce point de vue, et même sur un sujet aussi vital que notre survie future, l’exposition universelle de Milan ne fait pas exception. Certes on y trouve, relégué tout au bout du gigantesque site de 100 hectares, là où seuls quelques courageux ont encore la force de se traîner, à l’extrémité d’une allée couverte de plus d’1 km de longueur, un stand très pédagogique sur l’agriculture biologique et l’importance de préserver la biodiversité, sous l’égide du mouvement « Slow food » qui fait l’éloge d’un retour vers une agriculture paysanne plus respectueuse de l’environnement et plus durable. Certains pavillons nationaux dont ceux du sultanat d’Oman ou de l’Ouganda, mettent bien en valeur les pratiques agricoles traditionnelles, mais présentées davantage comme une activité folklorique que comme l’avenir de l’agriculture mondiale…

Blog213_PhBasmati

Un film présenté dans le pavillon de la France explique également de manière très argumentée que, s’il n’y a pas d’autres solutions pour nourrir toute la planète que d’augmenter la productivité, ce n’est pas pour autant qu’on doit le faire en généralisant les solutions de l’agriculture industrielle qui a déjà fait des ravages. Le dessin animé, support de ce discours officiel du gouvernement français, met en scène Thomas, le céréalier beauceron dont les rendements sont 15 fois supérieurs à ceux de son homologue nigérien Ibrahim. Blog213_PhFilmFrance

Pourtant et contre toute attente (mais que fait donc la FNSEA?), le texte explique doctement que les pratiques qui ont permis l’obtention de tels rendements à coup de remembrement, de mécanisation à outrance et d’utilisation massive de pesticides, ne sont malheureusement pas généralisables en l’état puisque Thomas lui-même (serait-il donc adhérent à la Confédération paysanne?) s’interroge sur leur opportunité face à la pollution des nappes et à l’appauvrissement des sols… Et le film de mettre en avant les solutions de la lutte biologique et de l’irrigation au goutte à goutte pour ne pas épuiser davantage nos ressources naturelles.

Blog213_PhPavillonFranceOn sent derrière cette production les débats homériques entre ministères de l’écologie et de l’agriculture… Ces derniers n’ont d’ailleurs pas totalement rendu les armes car le film met finalement en avant l’intérêt d’une agriculture très industrialisée voire robotisée, bien éloignée de l’agriculture biologique traditionnelle ! Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris le message, le reste du stand l’illustre en montrant des cultures hors-sol où tous les apports d’intrants sont réglés par des automates reliés à des capteurs : le rêve du jardinier moderne !

Et le message est peu ou prou le même dans la plupart des autres stands, du moins pour ceux qui traitent effectivement du sujet et qui ne sont finalement pas si nombreux, disséminés entre les vitrines de l’agroalimentaire mondial – Mac Donald’s, Coca Cola et Ferrero en tête- ou du business international -chinois surtout-, et les simples agences de voyage officielles qui vantent les mérites économiques et les charmes touristiques d’une kyrielle de pays, du Turkménistan aux Émirats Arabes Unis en passant par la Birmanie, le Soudan, la Chine ou l’Azerbaïdjan, pas toujours réputés pour leur respect des droits de l’homme ni leur goût immodéré pour la démocratie.Blog213_PhEmiratsArabes

On découvre ainsi que le Maroc est le champion toutes catégories de l’exportation de toute une série de produits agricoles de l’huile d’argan jusqu’aux haricots verts. L’écrin est de toute beauté et les images magnifiques mais on cherche en vain des explications sur la manière dont y sont produites tomates et clémentines qui inondent le marché européen, ainsi que sur les difficultés de l’agriculture vivrière locale.

Le stand de l’Espagne présente des vidéos de promotion à la gloire des crus viticoles les plus prestigieux du pays mais reste étonnamment discret sur les champs de tunnels en plastique d’Alméria. Celui du Qatar montre, à grands renforts de maquettes, comment on parvient à faire de l’agriculture et de l’élevage dans des fermes intégrées ultramodernes au milieu du désert, quitte à désaliniser l’eau de mer une fois qu’on a finit d’épuiser les nappes phréatiques fossiles. Quant aux Pays-Bas, c’est un festival d’agro-technologie qui finirait presque par faire oublier que la production agricole a encore un rapport quelconque avec la nature…

Blog213_PhMurVegetal

Mais trêve de critique ! Malgré ces messages parfois un peu agaçants, la visite de l’exposition universelle de Milan vaut vraiment le détour. La diversité et l’audace architecturale des pavillons sont fabuleuses. Le pavillon de la France, sorte de grande halle en bois, bizarrement coincée entre les stands du Vatican et d’Israël, n’est sans doute pas le plus original mais mérite la visite. La pagode en bois finement sculptée du Népal est somptueuse. Plusieurs murs végétaux et certains massifs fleuris sont superbes. Les sculptures gigantesques inspirées par les œuvres d’Arcimboldo qui accueillent le visiteur à l’entrée du site ne laissent pas indifférent.

Blog213_PhArcimboldo

L’immense vannerie qui surplombe le stand du Qatar attire inévitablement le regard, de même que l’arbre de vie entouré de jets d’eau qui s’illumine chaque soir au rythme d’un spectacle féerique.

Blog213_PhQatar

Bref un beau spectacle et une réussite architecturale incontestable (pour un investissement de 4 milliards d’euros tout de même…) qui vaut vraiment la visite ! Et une belle réussite pour des armées de communicants très compétents, capables de faire passer pour de l’information ce qui ne relève hélas bien souvent que de la vulgaire propagande : chapeau les artistes !

L.V. LutinVertPetit

Alternatiba, tout juste « toléré » à Marseille !

30 juin 2015

Blog201_PhBanderolleL’année 2015 est l’année de tous les enjeux avec l’organisation à Paris, au mois de décembre, de la COP 21, sommet mondial sur le changement climatique. Les initiatives citoyennes fleurissent pour inciter tous les habitants de notre planète à se mobiliser. Lancé à Bayonne en octobre 2013, où le village des alternatives avait rassemblé près de 12 000 personnes, Alternatiba est l’un de ces mouvements citoyens qui incitent à s’engager pour relever le défi climatique. Parti de Bayonne le 5 juin 2015, Alternatiba fait actuellement son tour de France en 187 étapes, prévoyant de parcourir 5 000 km, pour arriver le 26 septembre à Paris.

Le tour Alternatiba était de passage à Marseille le 24 juin sur le Vieux Port à 17h30, puis au cours Julien à 20 h, tandis que le 27 juin était prévue l’inauguration de l’installation du village des alternatives au changement climatique. Dans un premier temps, les services techniques de la ville de Marseille avaient donné un avis favorable à la manifestation. Mais au dernier moment, comme l’a notamment rapporté Politis, la mairie a interdit la manifestation, avant de finalement revenir sur sa décision sous la pression des organisateurs, pour laisser l’expression se dérouler – sans aucun débordement – sur le cours Julien. On a donc assisté à une véritable intimidation politique, puis à un recul des autorités devant le vaste effort de mobilisation de la société civile qui suspecte les élites de capter, à leur seul profit, l’intérêt grandissant pour la Conférence de fin d’année.Blog201_PhAfficheRefus

Alternatiba est pourtant une dynamique exemplaire de mobilisation citoyenne face au changement climatique, à laquelle ont déjà participé 120 000 personnes, et dont les rassemblements se sont déjà tenus sans le moindre problème dans de nombreuses villes – dirigées par des majorités de droite comme de gauche – à Bayonne ou Montpellier mais aussi prochainement à Bordeaux, Nantes, Lille, Nancy, etc. Partout, les collectivités locales, conscientes du défi climatique, font naturellement tout leur possible pour faciliter ce type d’engagement collectif aussi nécessaire que constructif.

Les raisons du refus de la mairie de Marseille n’ont pas été explicites…c’est d’ailleurs ce qui a abouti à une attitude curieuse : interdire la manifestation sur le Vieux Port le 24 mais tolérer le rassemblement sur le cours Julien le même jour où 2000 personnes se sont finalement retrouvées malgré l’interdiction. Ce sera l’interdiction de l’inauguration du village d’Alternatiba le samedi 27 au Kiosque en haut de la Canebière mais le laisser-faire sur le cours Julien ce même samedi 27 (avec tout de même 14 fourgons de police aux alentours pour surveiller et menacer Alternatib’aioli. Il faudra que le maire un jour explique une telle attitude qui a, bien sûr, mis un frein à cette initiative citoyenne, 100 % non violente, éducative, joyeuse et festive.

Quelques stands d'Alternatiba sur le Cours Julien

Quelques stands d’Alternatiba sur le Cours Julien

En effet, cette interdiction a été un coup dur sur le plan financier pour les citoyens et collectifs ayant impulsé Alternatib’aïoli (Alternatiba Marseille) qui se retrouvent sans ressources face à d’importants frais engagés, dans la perspective d’un événement qui voulait rassembler plus de 10 000 personnes. Les pertes sont estimées à 18 000 euros. L’ensemble de la population est appelée à se solidariser avec eux en participant massivement (même avec des petites sommes) au financement participatif qu’ils avaient initialement mis en place ici.

Le programme de la manifestation a dû être modifié en fonction des évènements. Par exemple, la conférence de Patrick Viveret, philosophe, parrain d’Alternatiba et auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels « Pourquoi ça ne va pas plus mal ? » (édition Fayard, 2005) et « Fraternité j’écris ton nom » (édition Les liens qui libèrent, 2015), a finalement inauguré le village d’Alternatiba vers 11h mais sur le cours Julien plutôt que sur la Canebière.

Un forum de discussion, animé et bon enfant...

Un forum de discussion, animé et bon enfant…

Sur ce même cours Julien il y avait du monde ce samedi après midi. Une population jeune avec beaucoup d’enfants, avec des espaces de prise de parole dans un petit amphithéâtre aménagé, et de nombreux stands axés sur l’économie de l’eau, les énergies renouvelables, la biodiversité, les Paniers marseillais etc. De très nombreux artistes, comédiens, chanteurs et des groupes de musiciens étaient présents, le tout dans une ambiance festive où l’orchestre invitait à danser, sans oublier les coins buvette… car il faisait chaud !!!

Une ambiance extraordinairement festive sur le Cours Julien, à Marseille

Une ambiance extraordinairement festive sur le Cours Julien, à Marseille

On avait d’ailleurs vu quelques-uns de ces stands à Carnoux pour la journée du développement durable le 30 mai, tout en regrettant alors que l’âne présent sur la place n’ait pas réussi à mettre l’ambiance festive qui favorise le plaisir de regroupement de tout groupe humain. Dommage que les organisateurs marseillais d’Alternatib’aioli n’aient pas pensé à faire ce rassemblement à Carnoux plutôt qu’à Marseille : le maire ne s’y serait certainement pas opposé…

C.G.

Pierre Stambul, victime d’une incursion brutale du Raid à son domicile

13 juin 2015

Le coprésident de l’Union juive française pour la paix, Pierre Stambul, vient de subir à son domicile marseillais de Montredon, dans la nuit du 8 au 9 juin 2015, une incursion nocturne pour le moins musclée de la part du RAID, soi-disant unité d’élite de la Police nationale française, qui s’est violemment attaqué à son domicile en pleine nuit après avoir terrorisé tout le voisinage, utilisant les techniques les plus brutales de la lutte anti-terroriste et l’embarquant menotté pour une garde à vue qui a duré pas moins de 7 heures…Blog194_PhRaid

Pourquoi un tel déchaînement de violence contre un paisible citoyen ? En réalité, c’est une simple erreur de la police suite à un mauvais canular téléphonique, comme l’a reconnu à La Provence le préfet de police de Marseille Laurent Nunez. Pas de quoi fouetter un chat donc, et d’ailleurs, trois jours plus tard, la victime attendait toujours des excuses officielles ou au moins des explications, comme elle l’indique sur le site de Politis où elle raconte sa mésaventure…

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul est un militant associatif qui se présente comme juif, athée et antisioniste et qui était d’ailleurs intervenu en septembre 2013 à Carnoux, à l’invitation du Cercle progressiste carnussien pour une conférence remarquable intitulée « La guerre israélo-palestinienne : quelles causes ? Quelle issue ? ». Une de ses tribunes récentes sur l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme a aussi été reproduite sur ce même blog et c’est également sur ce thème récurrent qu’il s’apprêtait à donner une nouvelle conférence à Toulouse, le 9 juin dernier, co-organisée par l’Union juive française pour la paix et le comité BDS (Boycott, Désinvestissement Sanctions) qui cherche à mobiliser l’opinion internationale pour inciter Israël à se conformer au droit international.

La veille de son départ pour Toulouse, alors qu’il dormait paisiblement à son domicile marseillais aux côtés de son épouse Sarah, son téléphone sonne longuement vers 1h du matin. Lorsqu’il finit par répondre, le mystérieux interlocuteur raccroche et Pierre Stambul se recouche après avoir laissé le combiné décroché. Deux heures plus tard, à 3h30, sa porte d’entrée est violemment défoncée et un commando du RAID lourdement armé fait irruption. Pierre Stambul est immédiatement plaqué au sol, menotté, insulté par les brutes armées qui l’empêchent de s’exprimer. Il reste ainsi pendant trois quart d’heure sans pouvoir s’expliquer tandis que le commando fouille son domicile à la recherche de caches d’armes devant les voisins accourus à la rescousse. Le fils de son propriétaire qui tente de s’interposer est également brutalisé et plaqué au sol. Le portail d’entrée du lotissement et les portes d’entrée de deux autres locataires ont aussi été fracturés sans ménagement.

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Ce n’est que peu à peu que la cause d’un tel déchaînement de violence se fait jour. Pierre Stambul apprend ainsi à sa grande surprise qu’il est accusé d’avoir tout simplement tué son épouse pourtant bien vivante à ses côtés ! Un mystérieux interlocuteur a en effet appelé vers 1h30 le commissariat de police du 9ème arrondissement, se faisant passer pour Pierre Stambul et déclarant qu’il venait de frapper sa femme. Les policiers rappellent aussitôt et tombent sur le même homme qui leur affirme alors que sa femme est morte et qu’il les attend armé d’un fusil, d’où le branle-bas de combat et l’intervention musclée du RAID.

Mais l’affaire n’en reste pas là, comme si la victime était nécessairement suspecte. C’est donc menotté qu’il est remis à la police nationale et emmené avec sa compagne au commissariat situé rue de…Haïfa selon le récit de La Marseillaise (ça ne s’invente pas !). Il finit la nuit en cellule et ce n’est qu’à 8h du matin qu’il est enfin interrogé avant d’être de nouveau placé en garde à vue, pour finalement quitter le commissariat à 11h30 seulement. Il assurera quand même la conférence à Toulouse le soir même à 20h30, conférence à laquelle assistent près de 300 personnes malgré les protestations de la Ligue de défense juive qui appelait à empêcher cette conférence par tous les moyens.

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Or ce mauvais canular dont a été victime Pierre Stambul est clairement signé, comme le reconnaît en effet le Préfet de police. Son auteur est selon toute vraisemblance le franco-israélien Grégory Chelli, un militant sioniste proche de l’extrême droite israélienne, qui se définit lui-même comme « hacktiviste » et qui se présente sous le pseudonyme de « Ulcan ». Né en 1982 à Paris, cet ancien membre de la Ligue de défense juive s’est fait connaître à la fin des années 2000 en publiant sur un site Web intitulé ViolVocal, des impostures et canulars téléphoniques, technique qu’il maîtrise parfaitement et qu’il a largement appliquée à partir de 2013 à des fins d’activisme politique.

Grégory Chelli, alias Ulcan, sur son profil Facebook

Grégory Chelli, alias Ulcan, sur son profil Facebook

Hacker émérite et par ailleurs webmaster d’un site pour adultes en Roumanie, il lance de multiples actes de piratage informatique contre différents médias et personnalités politiques au cours de la guerre de Gaza en 2014, bloquant notamment les sites de France Inter et de France Info, qu’il rend momentanément inaccessibles, mais revendiquant aussi des attaques contre les sites de Rue89, Libération, Médiapart, Arrêt sur images ou encore celui du NPA Franche-Comté.

Plus grave, il s’attaque directement aux personnes, n’hésitant pas à harceler et menacer de nombreux journalistes et personnalités, parmi lesquels des rappeurs, mais aussi l’écrivain d’extrême droite Hervé Ryssen, le chroniqueur Aymeric Caron ou l’islamologue Tarik Ramadan, ainsi déjà qu’un autre dirigeant de l’Union juive française pour la paix, Jean-Guy Greilsamer, le 31 mars dernier. Sa spécialité : obtenir les données confidentielles d’infractions issues du fichier STIC de la police et les rendre publiques ou s’en servir pour du harcèlement téléphonique. Sa technique : le phreaking, qui lui permet de falsifier le numéro de l’appelant, et l’utilisation des codes radio utilisés pour l’identification des commissariats de police.

De tels outils s’avèrent des armes redoutables dans les mains de ce psychopathe fanatique, comme le relate un article très documenté du Monde. Ainsi, en juillet 2014, il appelle la police en se faisant passer pour le journaliste de Rue89, Pierre Haski, et il déclare avoir tué son épouse et s’être retranché armé à son domicile. Quelques jours plus tard, il s’en prend à un autre journaliste de Rue89, Benoît Le Corre, dont il appelle les parents en leur faisant croire que leur fils est mort. Puis il téléphone à la police en se faisant passer pour le père du journaliste, lequel déclare avoir tué sa femme et son fils puis s’être barricadé chez lui, déclenchant ainsi un assaut du GIGN en pleine nuit. Le père du journaliste n’y survivra pas et décédera d’un infarctus quelques jours plus tard, ce qui n’empêchera pas Grégory Chelli de harceler encore le malheureux journaliste pour le narguer.

Une autre de ses victimes, Sihem Souid, chargée de mission auprès du ministère de la justice, raconte également son calvaire rapporté par Arrêt sur images. Harcelée en septembre 2014 de centaines d’appels de menaces revendiqués par le même Grégory Chelli, elle porte plainte après que ses propres parents ont été eux-aussi convoqués au commissariat suite aux embrouilles d’Ulcan. Et elle croit vivre un cauchemar en découvrant que l’enquête est confiée à un certain Michel Thooris, par ailleurs secrétaire général du syndicat policier d’extrême-droite France Police, et qui serait un proche de la Ligue de défense juive. Grégory Chelli s’est d’ailleurs lui-même vanté d’être passé par ce même policier pour accéder aux données du fichier STIC !

Le policier Michel Thooris, proche des milieux d'extrême droite sioniste

Le policier Michel Thooris, proche des milieux d’extrême droite sioniste

Arrêté et condamné à deux reprises en 2008 et 2009 pour des actes de violence commis alors qu’il militait au sein de la Ligue de défense juive, Grégory Chelli quitte la France en juillet 2014 pour aller se réfugier à Ashdod en Israël, peu avant qu’une nouvelle information judiciaire ne soit ouverte contre lui. Depuis, la coopération judiciaire avec l’État d’Israël ne semble guère avoir prospéré sur ce dossier et Pierre Stambul se demande même si un mandat d’arrêt international a bien été lancé à son encontre. En tout cas, Grégory Chelli ne semble pas prêt d’arrêter ses « canulars téléphoniques » puisqu’il a recommencé dès le lendemain, s’en prenant cette fois à l’ancien député communiste (et ancien président de l’association France Palestine Solidarité) Jean-Claude Lefort, une autre des têtes de turc de la Ligue de défense juive, avec exactement le même mode opératoire que la veille auprès de Pierre Stambul.

L.V. LutinVertPetit