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Le déluge : mythe ou réalité ?

11 décembre 2017

Chacun a en mémoire le fameux récit biblique du déluge dans lequel il est écrit en substance que Dieu, mécontent de la conduite des hommes, déclencha une formidable inondation qui dura 40 jours et 40 nuits, et noya toute trace de vie sur terre à l’exception du brave Noé et de toute sa famille. Celui-ci avait été chargé de construire une solide arche, aux planches soigneusement calfatées de goudron et dans laquelle il avait mis à l’abri un couple de chacune des espèces animales, ce qui lui permit finalement de repartir sur de nouvelles bases, une fois l’inondation achevée et l’arche échouée.

L’arche de Noé sur le Mont Ararat (tableau de Simon de Myle, peint vers 1570)

Ce récit fondateur qui marque les esprits a longtemps servi de fil conducteur, y compris aux yeux de certains scientifiques qui s’appuyaient sur lui pour expliquer la présence de nombreux coquillages fossiles retrouvés jusque sur les sommets des montagnes alpines. On sait désormais, grâce à la compréhension des mouvements tectoniques et à une meilleure connaissance de la datation des couches sédimentaires, qu’il n’est nul besoin de faire appel à ce récit biblique pour expliquer de telles observations.

Onzième tablette racontant l’épopée de Gilgamesh et le récit du déluge (source © British Museum)

Et pourtant, paradoxalement, les connaissances historiques et géologiques récentes donnent du crédit à ce récit de l’Ancien Testament. L’affaire ne date pas d’hier puisque c’est en 1872 que George Smith, un des premiers à découvrir et à traduire les tablettes d’argile recouvertes d’écritures cunéiformes de Mésopotamie, gravées il y a plus de deux mille ans avant J.-C., a fait connaître au monde entier l’épopée de Gilgamesh.

Dans cette histoire, dont on a désormais retrouvé de nombreuses versions, les plus anciennes remontant à l’époque sumérienne, au 3ème millénaire avant J.-C., le héros Gilgamesh rencontre le supersage Atrahasis qui lui raconte que jadis les dieux en colère, lassés du vacarme incessant des humains, avaient décidé de s’en débarrasser en inondant la terre. Mais le dieu des eaux souterraines, un certain Ea, les trahit, avertit son ami Atrahasis du danger, et lui enjoint de fabriquer sans attendre un solide bateau aux planches calfatées de bitume, et d’y faire entrer un specimen de chaque espèce animale (d’autres versions, plus futuristes, évoquent plutôt « la semence de toutes les créatures vivantes »).

Les tablettes d’argile relatent une inondation plus courte (7 jours seulement) mais l’épilogue, qui consiste à lâcher une colombe pour vérifier si elle aperçoit signe de terre rappelle furieusement l’idée de Noé, même s’il fallut, dans la version sumérienne, doubler la tentative avec le lâcher d’une hirondelle puis d’un corbeau…

Le déluge, frontispice de la bible illustrée par Gustave Doré (1866)

Bref, les nombreuses similitudes entre ces récits indiquent avec une quasi certitude que l’histoire de Noé, probablement écrite vers le VIIe siècle avant J.-C., soit plusieurs millénaires sans doute après les premières versions assyriennes, fixée sur les rouleaux manuscrits de la Mer Morte puis recopiée de génération en génération, s’est très vraisemblablement inspiré du précédent, d’autant que le peuple juif a été longtemps placé sous domination assyrienne.

De nombreux chercheurs ont cherché d’autres filiations de ce type, tant les récits fondateurs qui évoquent des inondations cataclysmiques du même type se retrouvent dans le monde entier, en Inde comme parmi certaines civilisations amérindiennes, et même chez les aborigènes d’Australie où il se raconte l’histoire d’une grenouille qui aurait bu toute l’eau de la Terre, au point que les autres animaux assoiffés n’ont eu d’autre choix que de la faire rire, provoquant de la sorte une formidable inondation…

Certains de ces récits retiennent néanmoins l’attention, dont celui retracé dans les écrits mythologiques du pseudo Apollodore, datés du 1er siècle et qui évoquent un déluge qui aurait mis fin à l’âge du bronze, les seuls survivants étant le fils de Prométhée, un certain Deucalion et son épouse Pyrrha, dont la barque s’échoue sur le sommet des montagnes. Là aussi, les convergences avec le récit biblique sont étonnantes, ce qui tend à affermir l’idée d’une inondation exceptionnelle survenue en des temps très reculés dans cette région et dont la mémoire collective se serait transmise de génération en génération.

Les Américains William Ryan et Walter Pitman, auteurs en 1998 de l’ouvrage Noah’s Flood

Curieusement, plusieurs scientifiques pensent désormais disposer d’hypothèses assez solides qui pourraient expliquer l’origine de tels événements. En 1993, une expédition géologique américano-russe a ainsi en évidence, en analysant des sédiments déposés au fond de la Mer Noire, des indices montrant un passage assez brutal d’eau douce à de l’eau salée. Selon leurs observations, au cours de la dernière glaciation, celle du Würm, qui s’est étalé de -110 000 à -10 000 ans environ, la Mer Noire s’est retrouvée totalement déconnectée de la Méditerranée. Du fait de la glaciation, le niveau des océans avait baissé de plus de 130 m et les détroits du Bosphore et des Dardanelles étaient alors émergés.

Avec le réchauffement progressif, la fonte des glaces sur les plaines ukrainiennes a alimenté en eau la vaste dépression de la Mer Noire qui se transforma en un lac d’eau douce, toujours isolé de la Méditerranée et autour duquel se sont installées de nombreuses populations. Vers 7500 avant J.-C., la brutale remontée du niveau de la Méditerranée se serait traduite par un déversement brutal des eaux de cette dernière dans la Mer Noire dont le niveau se situe 200 m plus bas, provoquant la fuite des populations vers le Mont Ararat, seul point culminant situé à 300 km du rivage mais visible de très loin.

La Mer Noire (source © Google Earth)

Le géologue américain Robert Ballard

En 1999 et 2000, le géologue Robert Ballard, celui-là même qui retrouva l’épave du Titanic, avait également entrepris des investigations dans ce secteur et retrouvé des traces de l’ancien rivage côtier de la Mer Noire avec des vestiges d’érosion qu’il attribue à des flots se déversant sous forme de cataractes depuis la Méditerranée. Autant d’éléments qui accréditeraient cette hypothèse d’une inondation brutale et rapide des riveges de la Mer Noire, provoquant chez les survivants un traumatisme de nature à se transcrire de génération en génération sur un temps long. De nombreux chercheurs attribuent d’ailleurs cette ouverture brutale du détroit du Bosphore à un mouvement sismique de l’extrémité de la faille nord-anatolienne, ce qui aurait en effet pu provoquer un déversement cataclysmique des eaux de la Méditerranée dont le niveau était fortement remonté sous l’effet du réchauffement climatique.

Le chercheur français Guillaume Soulet, auteur d’une thèse intitulée Changements hydrologiques de la mer Noire au cours des 30 derniers millénaires et la dernière déglaciation en Europe centrale, sous la direction d’Edouard Bard et Gilles Lericolais

L’équipe d’Edouard Bard basée au CEREGE s’est également intéressée de près à ce sujet et a montré que la réalité était sans doute beaucoup plus complexe que ne l’avaient imaginé en 1997 les Américains Bill Ryan et Walt Pitman, dont l’ouvrage paru en 1998 sous le nom de Noah’s Flood avait eu alors une énorme retentissement. D’après Guillaume Soulet, qui a soutenu en 2011 une thèse sur le sujet, la connexion de la Mer Noire via le Bosphore est plus ancienne et daterait plutôt de 8 300 avant J.-C. Et il s’agirait plus vraisemblablement d’un phénomène se produisant par a-coups, suite à des épisodes de réchauffement successifs, étalés sur de longues périodes, ce qui laisse penser que les mouvements de population des rives de la Mer Noire vers les plaines plus fertiles de la Mésopotamie, survenus vers 7500 avant J.-C., pourraient avoir été induites au moins davantage par une évolution démographique inéluctable que par un phénomène d’inondation brutale.

Un scénario qui demande sans doute à être confirmé et vraisemblablement affiné mais qui laisse songeur quand à ce qui peut nous attendre du fait du réchauffement climatique actuellement à l’oeuvre et qui lui est d’une rapidité jamais rencontrée dans l’histoire de la Terre. Quand on sait que la fin de cette glaciation, qui s’est traduite par une élévation du niveau des mers d’environ 130 m, ne résulte finalement que d’une augmentation moyenne de 4 °C de la température du globe, soit une valeur tout à fait comparable à ce que prédisent les scénarios du GIEC pour les décennies à venir, voila qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter…

L.V.  

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Payer l’impôt ? Quelle drôle d’idée !

7 décembre 2017

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’impôt ? A priori, ce sacré Charlemagne n’y est pour rien et d’ailleurs, à vrai dire, on ne sait pas très bien… Mais il semblerait que la notion d’impôt, ce tribut que l’on paye à l’État pour alimenter le budget de la Nation et permettre le fonctionnement des services publics, soit une notion ancienne, instauré sous une forme ou sous une autre depuis que l’Homme vit en société. Dès l’instant où la vie en communauté fait émerger des castes spécialisées, de guerriers destinés à défendre le clan contre les razzias ennemies, ou de religieux permettant d’intercéder avec les Dieux, il faut bien subvenir à leurs besoins et l’instauration de l’impôt devient nécessaire.

Dans l’Égypte antique, les paysans étaient déjà lourdement taxés par l’impôt et dans la France du Moyen-Age, la situation de ces derniers n’est guère meilleure. A la corvée, un impôt en nature qui consiste à donner du temps de travail en échange de la protection du seigneur local, succède, surtout à partir du XIe siècle, la taille qui se paye en espèce et à laquelle s’ajoute bientôt la dîme, un autre impôt en nature payé à l’Église ou au seigneur, puis la gabelle, un impôt indirect payé sur certaines denrées de première nécessité comme les draps, le vin ou sel, sans compter bien sûr les droits d’octroi de péage ou de douane…

Le Paiement de la dîme (tableau de Pierre Bruegel le Jeune / musée des Beaux-Arts de Bruges)

Face à cette pression fiscale croissante, les gueux se révoltent, comme l’a rappelé un certain professeur Raymond Butcher, enseignant à la Harvard Business School, dans une conférence intitulée « Les révoltes fiscales, toujours ? », présentée devant le Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise et dont Médiapart s’est fait l’écho.

Le sujet ne manque pas d’intérêt car il montre à quel point le rapport à l’impôt a évolué dans la société française depuis l’Ancien Régime. Une des premières révoltes fiscales que notre pays ait connues et que fait revivre cet érudit est celle des Cabochiens en 1413. A l’époque, le Roi Charles VI qui venait de convoquer les États Généraux pour obtenir de lever de nouveaux impôts permettant de faire face au train de vie dispendieux de la cour, se heurte à une révolte populaire, menée par un certain Simon Caboche, à la tête de la toute puissante corporation des bouchers. Prélude à la Révolution de 1789, les insurgés s’emparent de la Bastille, comme avant eux, en 1382, l’avait déjà fait le Peuple de Paris à l’occasion de la révolte des Maillotins, déjà en rébellion contre un taux d’imposition jugé exorbitant.

La révolte des Nu-pieds (gravure éditée à Rouen)

Et ceci n’est que l’un des épisodes d’une longue série de révoltes populaires contre le poids jugé exorbitant des impôts. En 1637, sous le règne de Louis XIII, ce sont les Croquants du Périgord qui se soulèvent : une véritable jacquerie paysanne contre laquelle il faudra mobiliser plus de 3000 soldats pour en venir à bout. Et deux ans plus tard, ce sont les Nu-pieds de Normandie, ces ancêtres des Sans-dents, qui se révoltent à leur tour contre l’instauration de la gabelle sur le sel. Là encore, la répression est sanglante et sans pitié.

Il y aura bien d’autres révoltes populaires par la suite, contre une fiscalité jugée excessive. On pourrait même entrevoir une lointaine filiation entre ces soulèvements plus ou moins spontanés et le mouvement des Bonnets Rouges qu’a connu récemment la Bretagne pour protester, avec succès, contre l’instauration de l’écotaxe pour les poids lourds.

Manifestation violente des Bonnets Rouges devant le portique écotaxe de la RN12 (photo © Eric Rannou / Le Télégramme de Brest)

Mais la thèse que développe le professeur Butcher est quelque peu différente. Selon lui, le peuple s’est désormais résigné à payer l’impôt et n’en est plus à rassembler fourches et gourdins pour aller affronter les forces de l’ordre afin de protester contre la pression fiscale. En revanche, et toujours selon lui, « les réticents, les contestataires et les pourfendeurs de l’impôt sont aujourd’hui les actionnaires, les milliardaires, les banques, le CAC 40, les fonds d’investissement et leur partie la plus mystérieuse, les hedge funds, en français les fonds spéculatifs ».

Les Pigeons, un mouvement de défense des entrepreneurs français qui maîtrise bien sa communication… (source : Le Monde)

Certes, comme le souligne le conférencier, ces privilégiés ne se rebellent pas ouvertement contre la pression fiscale, encore que les exemples soient nombreux de mouvements de protestations de la sorte : qu’on se rappelle les fameux Pigeons, ces patrons qui avaient réussi à faire reculer le gouvernement Ayrault dans sa tentative de rééquilibrer la taxation des revenus du capital, ou encore le Rassemblement des contribuables français du poujadiste boursicoteur Nicolas Miguet dont les affiches fleurissent régulièrement dans nos rues pour hurler à la spoliation d’État.

Mais selon R. Butcher, la pratique de ceux qui refusent l’impôt est devenue plus insidieuse : plutôt que de protester contre la taxation, le plus efficace, pour ces hommes d’affaires, généralement proches du pouvoir, est plutôt d’user de leur influence et de leurs réseaux pour faire en sorte d’échapper à la pression fiscale en toute légalité.

Dessin de Deligne publié dans La Croix

Il cite pour exemple, en appui à sa démonstration, le dossier LuxLeaks, ce scandale financier dénoncé en novembre 2014 à la suite des investigations du Consortium international des journalistes d’investigation du Center for Public Integrity : des milliards d’euros de recettes fiscales évaporées grâce à des accords fiscaux conclus de gré à gré entre le gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg et plus de 300 multinationales, parmi lesquelles Apple, Amazon, Ikéa, Pepsi, mais aussi BNP Paribas, Crédit Agricole, Axa, et bien d’autres encore.

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013 et président de la Commission européenne depuis 2014, se rit de la lutte contre les paradis fiscaux… (photo © Francois Lenoir / Reuters)

Le principe de cette fraude fiscale à grande échelle était des plus simples puisqu’il reposait tout simplement sur des accords secrets passés entre l’État du Luxembourg, dont le premier ministre n’était autre que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et des centaines de multinationales afin de faire bénéficier à ces dernières de taux d’imposition dérisoires, parfois inférieurs à 1 %. Libre ensuite à ces entreprises de gérer leur organisation interne de manière à rapatrier au Luxembourg l’essentiel de leurs recettes européennes, grâce à des jeux d’écritures, et les voilà quasiment exemptes d’imposition grâce au bon docteur Juncker qui a alors beau jeu de pointer du doigt les États en déficit budgétaire pour cause de rentrées fiscales insuffisantes…

Tout le monde peut constater l’ampleur de cette évasion fiscale massive que pratiquent les multinationales, mais aussi la timidité avec laquelle sont pointés du doigts les paradis fiscaux sans qui ne pourrait se faire ce détournement de fonds qui siphonne les rentrées fiscales des États et rend si difficile la mise en œuvre de politique publiques ambitieuses.

Dessin de Bar (source : BarActu)

L’Union européenne vient d’ailleurs tout juste de publier une nouvelle liste noire de 17 pays considérés comme paradis fiscaux parmi lesquels les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, la Corée du Sud, Panama ou encore la Tunisie et la Mongolie. Aucun pays européen ne figure sur cette liste bien évidemment, pas même l’île de Jersey et encore moins le Luxembourg, la Suisse ou l’Irlande. L’honneur est donc sauf, même si certaines mauvaises langues ont la désagréable impression qu’on se moque du monde. Même le très libéral commissaire européen à la fiscalité Pierre Moscovici considère que cette liste reste « une réponse insuffisante face à l’ampleur de l’évasion fiscale à l’échelle mondiale ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.

Les derniers rebuts de Thulé

18 novembre 2017

Au printemps 1948, à l’issue de ses études à l’Institut de Géographie de l’Université de Paris, le jeune Jean Malaurie, embarque à 26 ans pour participer à la première expédition polaire conduite par Paul-Emile Victor au Groenland. Il renouvellera l’expérience l’année suivante mais se détourne très vite de ce programme d’exploration scientifique qui ne s’intéresse nullement à la vie des habitants du cru, les Inuits.

Jean Malaurie en avril 1951 (photo © Collection personnelle Jean Malaurie)

En juillet 1950, Jean Malaurie repart donc seul au Groenland pour y conduire, pour le compte du CNRS, la première expédition polaire française à visée à la fois géographique et ethnographique. Il ne s’intéresse pas seulement à la géomorphologie des terres arctiques qui sera le sujet de sa thèse, mais aussi et surtout aux hommes qui y vivent. Il établit ainsi des liens d’amitiés avec le groupe de chasseurs de phoques de Thulé avec qui il passe un hiver entier, dressant pour la première fois et sur quatre générations, l’arbre généalogique de la petite communauté isolée dans des conditions extrèmes.

Avec l’Inuit Kutsikitsoq et deux traineaux à chiens, sans radio ni boussole (inexploitable à ces latitudes), ils seront ainsi les deux premiers hommes au monde à atteindre le pôle nord magnétique, le 29 mai 1951.

Le 16 juin 1951, il découvre fortuitement à Thulé, une base militaire américaine construite secrètement pour accueillir des bombardiers nucléaires. Il observe avec consternation, de ses yeux d’ethnologue, le choc culturel auquel sont confrontés les Inuits dont la civilisation relève alors quasiment de l’âge de la pierre, et qui se retrouvent brutalement face à une débauche de moyens matériels déversés par la puissance militaire américaine. Le choc est brutal et Jean Malaurie saisit rapidement les enjeux culturels et politiques de cette rencontre, au point qu’il décide de prendre publiquement position contre l’implantation de cette base.

C’est cette découverte qui sera une des principales motivations de la publication de son livre intitulé Les derniers rois de Thulé, un best seller qui paraît en 1955 aux éditions Plon, et qui inaugure une nouvelle collection, baptisée Terre humaine, que dirigera désormais Jean Malaurie, une collection prestigieuse qui éditera notamment Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, Le cheval d’orgueil de Pierre Jakez Hélias, ou encore Pour l’Afrique, j’accuse de René Dumont. Élu en 1957, sur recommandation de Fernand Braudel et de Claude Lévi-Strauss, à la première chaire de géographie polaire de l’histoire de l’Université française, créée pour l’occasion à l’École pratique des hautes études, Jean Malaurie fonde en 1958 le Centre d’études arctiques, et lance, en 1960, Inter-Nord, la grande revue arctique du CNRS.

Cette base militaire américaine de Thulé, dont les premières installations datent de 1941, a subi une importante extension en 1951, avec l’accord des autorités danoises et dans le cadre de l’OTAN, mais sans la moindre consultation des populations autochtones. Pire, en 1953, les 187 Inuits qui vivaient à proximité ont été purement et simplement expulsés et contraints en quelques jours seulement d’abandonner leurs campements et leurs territoires de pêche et de chasse qu’ils occupaient depuis des millénaires, pour s’exiler 150 km plus au nord, à Qaanaaq. Il leur faudra attendre 1999 pour qu’ils reçoivent enfin un dédommagement pour cet exil forcé !

Inuits déménagés à Qaanaaq après la construction de la base de Thulé (photo de presse source Yonder)

Avion de chasse américain à Thulé en 1960 (source © United States Air Force)

C’est que la base américaine de Thulé est devenue hautement stratégique puisqu’elle accueille dans le plus grand secret des bombardiers stratégiques et un personnel militaire pléthorique allant jusqu’à 10 000 personnes. C’est depuis cette base que durant l’hiver 1956-57, en pleine guerre froide, des Boeing B-47 Stratojet effectuèrent des vols de reconnaissance pour aller inspecter les défenses soviétiques. En 1954, l’armée US y procède à l’édification de la Globecom Tower, un mât radio d’une hauteur de 378 mètres qui, lors de sa construction, constituait la troisième plus haute construction humaine sur terre…

Vue aérienne de la base de Thulé

Le 21 janvier 1968, alors que l’activité de la base a connu un certain ralentissement mais abrite encore près de 4 000 agents, un bombardier B-52 Stratofortress s’abîme dans l’océan Arctique, près du Groenland. Ce bombardier transportait quatre bombes nucléaires, dont trois ont été pluvérisées sur la banquise et en mer, la quatrième n’ayant jamais pu été repêchée. De nombreux Inuits, réquisitionnés pour participer aux opérations de nettoyage après la catastrophe, ont développé des maladies du fait des radiations auxquelles ils ont été exposés et ont eu toutes les peines du monde à obtenir des indemnisations après des années de combat juridique.

En 1959, c’est depuis la base de Thulé qu’a été entreprise, toujours dans le plus grand secret, la construction d’une autre base militaire, dénommée Camp Century et située au nord du Groenland, à 240 km de la côte. Il s’agissait officiellement d’une simple base de recherche, constituée de tunnels creusés sous la calotte glaciaire, de laboratoires scientifiques et d’un hôpital alimenté en électricité par un petit réacteur nucléaire acheminé sur place en pièces détachées et mis en service en octobre 1960. C’est d’ailleurs depuis cette base qu’ont été extraites les carottes de glace à partir desquelles le géophysicien danois Willi Dansgaard a réalisé les premières études sur l’évolution du climat depuis 100 000 ans.

Tunnel en construction à Camp Century (source © Frank J. Leskovitz)

Mais Camp Century abritait aussi une base militaire top secret construite dans le cadre du projet Iceworm (« ver de glacier ») et dont l’objectif était d’installer 600 missiles balistiques capable de frapper l’URSS. Pas moins de 21 tunnels ont ainsi été creusés sous la glace et jusqu’à 200 personnes travaillaient sur place en période estivale. Mais en 1964, les mouvements de la banquise se sont révélés tels qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence et abandonner le projet. Le réacteur nucléaire a été démantelé et la base est tombée à l’abandon. Faute d’entretien, les tunnels se sont effondrés les uns après les autres et la base a été peu à peu ensevelie. Il a d’ailleurs fallu attendre janvier 1997 pour que le projet soit rendu public, lorsque l’Institut danois de la politique étrangère publia un rapport, à la demande du Parlement danois, concernant l’histoire des armes nucléaires au Groenland. Ce rapport provoqua un véritable scandale, puisqu’il montrait qu’à l’époque le gouvernement danois avait autorisé tacitement le transport d’armes nucléaires au Groenland, en violation avec la déclaration officielle du Premier ministre, Hans Christian Hansen, qui affirmait en 1957 que le Danemark était une zone totalement exempte d’armes nucléaires.

Etat de la base lors d’une inspection en 1969 (source © Frank J. Leskovitz)

Le problème est que, 50 ans après l’abandon du projet, le réchauffement climatique qui touche particulièrement les hautes latitudes terrestres et provoque désormais des feux de brousse jusqu’au Groenland, menace la stabilité de ces vestiges qui à l’époque étaient enfouis sous 30 m de neige et qui s’étendent sur 55 hectares. Si la fonte de la glace se poursuit au rythme actuel, elle ne sera bientôt plus compensée par les chutes de neige, et les vestiges enterrés vont peu à peu être exhumés. Or il reste encore sur place plus de 200 000 l de fuel stocké dans des cuves sans doute percées depuis belle lurette par la rouille, ainsi de 20 000 l de produits chimiques divers et variés, 240 000 l d’eaux usées jamais traitées et 9 200 t de déchets de nature diverses, ainsi que des générateurs et transformateurs contenant des PCB, sans compter l’enceinte de confinement du réacteur nucléaire, toujours radioactive…

Voilà, s’il en était besoin, un exemple supplémentaire des conséquences potentielles de certaines des idées géniales qui ont germé un jour dans l’esprit de nos dirigeants et de nos élites militaires empreintes de la plus grande confiance dans leur toute puissance technologique, mais peu regardantes sur les risques que leurs élucubrations hasardeuses pouvaient faire courir aux générations futures…

L.V.  

11 novembre 1918 : un siècle déjà…

11 novembre 2017

Devant le wagon, après la signature de l’Armistice (source © photo d’archive anonyme)

C’était il y a tout juste un siècle, ou presque : le 11ème jour du 11ème mois de l’année 1918, à 11h du matin : les dernières salves de la Grande guerre débutée 4 ans plus tôt, début août 1914, s’arrêtaient enfin, tandis que, sur tout le territoire national français, se déclenchaient des sonneries de clairons et que les cloches se mettaient à carillonner à tue tête, pour annoncer à chacun la fin de cette immense boucherie qui venait de coûter la vie à 18,6 millions de personnes, dont près de 9 millions de civils (en comptant les pertes liées au génocide arménien).

Cette date symbolique, destinée à marquer la fin des combats entre les troupes françaises et allemandes, résulte d’un choix imposé par l’État-major français puisqu’elle coïncide avec la fête de Saint-Martin, l’ancien légionnaire romain, fondateur du monastère de Ligugé près de Poitiers et devenu malgré lui évèque de Tours. C’est lui en effet que les Francs s’étaient choisis comme saint patron, après que le Mérovingien Clovis, venu se recueillir sur sa tombre, eut remporté en 507 à Vouillé une victoire décisive contre les Wisigoths d’Alaric II.

source © exposition BNF

On frémit en pensant à ces pauvres soldats morts dans les dernières heures de la guerre alors qu’il eut été tout à fait possible de l’abréger de quelques jours sans attendre la date fatidique, mais l’Histoire se nourrit aussi de ces symboles et parfois de ces absurdités… On considère ainsi que pas moins de 11 000 soldats ont été tués au cours du dernier jour de la guerre, dont un Américain abattu 60 secondes avant l’entrée en vigueur de l’armistice, alors qu’il s’échinait à charger un peloton d’Allemands s’apprêtant à fêter la fin des hostilités. Les historiens ont aussi gardé en mémoire l’obstination du général américain William M. Wright qui tenait absolument à reprendre la petite ville de Stenay dans la Meuse, afin d’avoir la certitude de pouvoir s’y établir et profiter de ses installations balnéaires une fois l’armistice signé : 365 soldats de la 89ème division d’infanterie américaine y ont laissé la vie, mais le général a pu prendre son bain en terrain reconquis, ouf !

L’armistice lui-même avait été signé le jour-même, dès poltron minet, à 5h15 du matin, dans le fameux wagon-restaurant réquisitionné auprès de la Compagnie des wagons lits et qui servait de poste de commandement au maréchal Foch, alors commandant en chef des forces alliées sur le front de l’ouest. Mais en réalité, le sort de la guerre était déjà scellé depuis début août 1918.

Arrivée de troupes de renforts à Faverolles (Somme) lors de la seconde bataille de Picardie en août 1918 (source © archives ECPAD)

Depuis la signature du traité de Brest-Litovsk, en mars 1918, actant le retrait de la Russie de la guerre suite à la révolution bolchévique, les Allemands avaient pu replier l’essentiel de leurs troupes sur le front ouest et repasser à l’offensive après des années de guerres de tranchées. Face à ce revirement de situation, beaucoup pensent que la guerre est perdue et de nombreux Parisiens fuient la capitale en mars-avril 1918, pour se mettre à l’abri. Les Allemands franchissent la Marne pour la seconde fois le 15 juillet 1918. Mais des contre-attaques victorieuses rétablissent la situation et le 8 août 1918 a lieu une grande offensive décisive menée par les forces alliées, d’une part en Picardie, par des forces canadiennes soutenues par des soldats australiens, français et britanniques, et d’autre part en Argonne par des forces américaines et françaises.

A partir de cette date, Erich Ludendorff, alors général en chef des armées allemandes, sait que la guerre est perdue et il organise le recul des forces allemandes sur tout le front franco-belge, au prix de lourdes pertes. Dès septembre, État-major allemand fait savoir à l’empereur Guillaume II qu’il n’y a plus d’espoir, mais ce dernier n’est pas prêt à assumer la défaite… Pourtant, les autres fronts orientaux s’effondrent les uns après les autres. Le 29 septembre, un armistice est signé avec la Bulgarie et le 30 octobre avec l’empire ottoman (qui ne survivra pas à cette guerre) suite à la lourde défaite de ses armées face aux Britanniques. Enfin, le 4 novembre, c’est l’empire austro-hongrois, lui aussi voué à disparaître dans les oubliettes de l’Histoire, qui signe à son tour un armistice après la percée des armées italiennes et alliées.

Philipp Scheidemann proclamant la République allemande depuis le Reichstag le 9 novembre 1918 (source © Bundesarchiv)

Face à cette accélération de l’Histoire, le chancelier allemand adresse dès le 4 octobre une demande d’armistice au Président américain Woodrow Wilson, mais ce dernier la rejette, exigeant d’abord l’abdication du Kaiser Guillaume II. Une nouvelle constitution impériale à caractère parlementaire est alors adoptée le 28 octobre tandis que le général Ludendorff démissionne. Dès le lendemain, des mutineries éclatent dans la Marine à Kiel, avant de se propager dans d’autres villes. Des conseils ouvriers se forment à Stuttgart le 4 novembre, puis en Bavière. Le climat insurrectionnel s’étend, entraînant la fuite du roi de Bavière puis de celui de Saxe, mais l’empereur, alors à Spa, en Belgique, ne veut rien entendre.

Le mouvement gagne Berlin le 9 novembre où la troupe fraternise avec les comités ouvriers. Face à la tournure des événements, Guillaume II accepte finalement d’abdiquer ce même jour à 11 h et l’annonce par téléphone à son chancelier et cousin, Maximilien de Bade. C’est le social-démocrate Friedrich Ebert qui accepte alors de devenir chancelier et entame des négociations pour stopper le mouvement révolutionnaire en pleine ébullition, tandis que son collègue Philipp Scheidemann proclame la République allemande depuis une fenêtre du Reichstag, pour prendre de vitesse le spartakiste Karl Liebknecht.

C’est donc un représentant civil du gouvernement de la toute jeune République allemande, Mathias Erzberger, qui signera l’armistice, dans le fameux wagon-restaurant stationné à Rethondes, en forêt de Compiègne, alors que la partie française est représentée par le maréchal Foch et son chef d’état-major, le général Weygand. Le texte de l’armistice en soi n’a que pour but de mettre fin aux hostilités pour une période limitée à 36 jours, mais il contient de nombreuses clauses organisant non seulement l’arrêt des combats mais aussi les conditions de l’évacuation des territoires occupés et le retour aux frontières initiales. C’est le radical-socialiste Georges Clémenceau, alors Président du Conseil depuis un an, qui en lira le texte devant l’Assemblée nationale le jour-même à 16 h.

Les signataires de l’Armistice de 1918 (source © ABECASIS/SIPA)

Clemenceau dans les tranchées fin 1917 (source © collection du Musée Clemenceau)

Et c’est d’ailleurs à ce même Georges Clémenceau que le Président de la République, Emmanuel Macron, a rendu aujourd’hui un hommage appuyé, celui-là même à qui la droite nationaliste de l’époque avait donné le sobriquet de « Perd la victoire » parce qu’il avait préféré hâter la signature de l’armistice pour mettre fin dans les meilleurs délais à ce carnage devenu inutile, tandis que certains souhaitaient poursuivre les troupes allemandes jusqu’à Berlin pour pouvoir imposer des conditions de capitulation encore plus humiliantes.

On sait pourtant désormais, avec le recul du temps, que celles qui furent imposées à l’Allemagne lors de la signature du traité de Versailles en juin 1919, portaient en germe les conditions qui déboucheront quelques années plus tard sur l’arrivée au pouvoir du parti hitlérien national-socialiste et le déclenchement de la seconde guerre mondiale, prouvant une fois de plus à quel point il est toujours plus difficile de bâtir la paix que de déclarer la guerre…

L.V.  

A rebours de l’Histoire, un nouvel État pied-noir ?

7 novembre 2017

Décidément, ce début du XXIe siècle connaît un bien inquiétant renouveau des crises identitaires. Alors que les Kurdes revendiquent la création d’un nouvel État dans le nord de l’Irak et que les Catalans cherchent à sortir du giron espagnol, voici que les Pieds-noirs eux-mêmes, ces Français d’origine européenne installés en Afrique du Nord et chassés par la décolonisation, veulent faire reconnaître leur propre État et viennent de constituer un « gouvernement provisoire pied-noir en exil » à cette fin.

Près de soixante ans après les déclarations d’indépendance des pays du Maghreb, il peut sembler incroyable que certains soutiennent ce type de position qui paraît aller totalement à rebours de l’Histoire, d’autant que les références historiques sur lesquelles s’appuie ce mouvement identitaire sont la Convention de Montevideo, adoptée en 1933 sous l’égide de la défunte Société des Nations, et la création en Palestine d’un foyer national juif, rendue possible par la déclaration Balfour en 1917.

Il est vrai que la mémoire des Pieds-noirs, en particulier pour ce qui concerne les rapatriés d’Algérie, est restée vive depuis la signature des accords d’Evian en 1962 et que nombre d’associations s’emploient à entretenir ce souvenir, y compris parmi les jeunes générations nées sur le territoire métropolitain. Les Carnussiens sont bien placés pour le constater avec en particulier ce curieux appendice de la médiathèque municipale Albert Camus privatisé par l’association Carnoux Racines et qui sert de lieu d’archivage pour différents documents rappelant le passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un espace mémoire qui aura bientôt un concurrent direct puisque le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), qui recueille lui aussi depuis 1974 des archives sur cette même période, est en train de voir aboutir son projet de Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du nord.

Pose de la première pierre du futur Conservatoire à Aix le 6 octobre 2017 (source © Philippe Tortora / Le Pertuisien)

Un temps imaginé dans les locaux du fort Saint-Jean à Marseille, c’est finalement à Aix-en-Provence tout près de la maison du Maréchal Juin que sera érigé ce futur édifice dont la première pierre vient d’être posée, le 6 octobre 2017, en présence de tout le gratin des responsables politiques du cru, dont Maryse Joissains, Martine Vassal et Renaud Muselier.

Ce conservatoire qui se veut le dépositaire de la mémoire de la présence française en Algérie, Tunisie et Maroc, sera constitué d’un silo pour le stockage des archives et d’un vaste bâtiment de trois niveaux destiné à l’accueil du public et aux salles de consultation et de conférence.

Un projet architectural ambitieux dont le coût a été estimé à 4,6 millions € et qui sera très largement financé sur fonds publics par les collectivités territoriales, à raison de 900 000 € du Département des Bouches-du-Rhône, autant de la Région PACA, 500 000 € de la Métropole et 750 000 € de la commune qui met en outre le terrain à disposition gratuitement, démontrant s’il en était besoin l’audience politique dont bénéficie localement la communauté pied-noir.

Maquette du futur Conservatoire à Aix (document © CDHA, publié dans La Provence)

De là à ce que les Pieds-noirs obtiennent de la part des Nations-Unies leur reconnaissance comme peuple à part entière comme certains l’ont proclamé le 12 octobre dernier à Marseille, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Peut-on d’ailleurs vraiment parler d’un « peuple pied-noir » puisque c’est le terme qui est utilisé pour désigner cette communauté qui comprendrait, selon ses représentants de l’ordre de 5 millions d’individus dont environ 3,5 millions seraient citoyens et résidents français ?

Selon les termes de « l’État pied-noir en exil », ce « peuple » s’est « enraciné en Afrique du Nord, depuis le deuxième siècle avec l’arrivée de juifs venus de Palestine, au 16ème siècle par l’exode d’Espagnols et au 19ème siècle par la pénétration de Français, d’Italiens et de ressortissants de tous les peuples de la Méditerranée ». La définition est quelque peu alambiquée et à tout le moins sélective : pourquoi intégrer dans cette communauté des Juifs venus de Palestine au IIe siècle et pas les descendants des cohortes romaines qui ont occupé cette région au moins depuis la troisième guerre punique et jusqu’au IVe siècle après J.-C. ?

S’il s’agit des différents envahisseurs étrangers qui ont à un moment ou un autre occupé une partie de l’Afrique du Nord, pourquoi ne pas prendre aussi en compte les descendants des troupes de Barberousse, dont on dit qu’il était d’origine grecque ou albanaise et qui s’est emparé d’Alger en 1516 ? Ou des janissaires ottomans qui ont conservé une emprise sur cette région jusqu’en 1881 ?

Christian Shembré, président du parti Pied-noir, Me Pierre Courbis, secrétaire général du mouvement Pied-noir génération, et Jacques Villard, cofondateur du Cercle algérianiste (photo © Cyril Dodergny)

En tout cas, affirmer que ce « peuple pied-noir » a été victime d’un « génocide » comme l’affirme sans sourciller le communiqué de l’État pied-noir relève sans aucun doute de l’inexactitude, et ceci quel que soit le niveau de compassion que l’on peut avoir pour ces populations prises dans le tourment de l’Histoire et arrachées brutalement au cadre de vie qui était le leur, parfois depuis plusieurs générations. Le fait que ce groupe ait été « injustement et illégalement spolié de ses biens immobiliers et mobiliers » au moment des indépendances ne souffre pas de contestation, mais cela n’en fait pas pour autant un « peuple » au sens juridique et ne peut cacher le fait que les populations indigènes aient elles-mêmes souffert de spoliation au moment de la colonisation de leur territoire, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron, alors en campagne, n’avait pas hésité à évoquer la notion de « crime contre l’humanité » à ce sujet, au prix d’une vive polémique.

Drapeau de la Fédération des deux rives

Ce peuple qui peut difficilement se revendiquer comme tel, est-il vraiment légitime vouloir s’ériger en État ? C’est en tout cas ce que prétend ce groupuscule qui porte cette démarche depuis plus d’un an maintenant et qui s’est donc réuni le 20 septembre 2017 dans un restaurant de Lattes, près de Montpellier, pour acter la constitution de ses instances représentatives. Le nouvel État revendiqué, a donc pris le nom de « Fédération des deux-rives » et est présidé par un certain Pierre Granès, astrophysicien de son état. Une assemblée nationale formée de 35 membres s’est auto-désignée, présidée par Christian Schembré, président montpelliérain de l’Association pour la promotion du peuple pied-noir, et président du parti pied-noir, créé à Marseille en 1999. Un gouvernement provisoire a été constitué, composé de 13 ministres. Il est dirigé par Jacques Villard, cofondateur, en 1973, du Cercle algérianiste, et qui fait office de porte-parole.

Réunion le 20 septembre 2017 à Lattes officialisant la revendication de reconnaissance du peuple pied-noir (source © Fédération des deux rives)

Ce « gouvernement en exil », une formule qui résonne étrangement de manière assez gaulienne, se présente pour l’instant comme sans territoire. On pourrait croire qu’il revendique celui des pays maghrébins d’où il a été chassé par les mouvements de décolonisation. Mais curieusement ce n’est pas le cas puisque les porte-paroles du mouvement mettent plutôt en avant leur souhait d’acquérir des terrains privés dans le Sud de la France voire en Italie afin d’y implanter leur nouvel État. On ne voit pas très bien comment une telle acquisition pourrait permettre juridiquement à ce nouvel État autoproclamé d’y édicter ses propres législations, à moins qu’il ne s’agisse que d’une galéjade, à l’instar de la République Indépendante de Figuerolles, fermement ancrée à La Ciotat depuis plus de 50 ans…

L.V. 

Marseille enterre son passé celto-ligure

14 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin en colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial (source : capture écran © France2)

A Marseille, il est temps de faire table rase du passé. L’inamovible Jean-Claude Gaudin, 77 ans au compteur, vient enfin de se résoudre à quitter son poste de sénateur qu’il occupait depuis 24 ans, et ceci après avoir piqué une énorme colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial venu l’interroger sur les petits chèques de 5000 € qu’il a touchés chaque trimestre pendant au moins 4 ans dans le cadre d’un système très organisé de détournement de fonds publics mis en place par une structure associative dénommée Union républicaine du Sénat. Finies donc les distributions trimestrielles de « chocolats » puisque la loi ne lui permet plus de cumuler cette sinécure sénatoriale avec ses fonctions de maire de la cité phocéenne et de président de la métropole Aix-Marseille-Provence.

Mais la ville s’apprête aussi à enterrer, au sens propre cette fois, certains vestiges de son illustre passé, en l’occurrence un ancien oppidum celto-ligure situé dans le quartier de Verduron, en limite nord de la ville, près de Saint-Antoine. Découvert fortuitement en 1905 par le sculpteur Sébastrien Clastrier qui est tombé sur un amoncellement de grosses pierres et de tessons de poteries en défrichant la propriété qu’il venait d’acquérir, ce site est classé monument historique depuis 2004 et a bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques entre 2000 et 2005.

Vestiges de l’oppidum de Verduron, sur les hauteurs de Marseille (source : Marsactu)

L’oppidum, qui daterait de la fin du IIIème siècle avant J.-C., est implanté sur un éperon rocheux qui culmine à 195 m d’altitude et domine la route menant de Marseille à la plaine de Marignane en passant par l’Estaque. Le site est ceinturé par un fossé et un mur d’enceinte bati en pierres, dont l’épaisseur à la base atteint 80 cm à 1 m. On pénétrait dans l’enceinte via une porte fortifiée située au sud-est, en partie basse, et le site lui même était traversé par une rue principale desservant 36 cases d’habitation dont on a retrouvé les vestiges. Au sommet se trouvent les restes d’un édifice carré divisé en quatre parties.

Cet habitat fortifié d’origine celto-ligure ne semble pas avoir été occupé pendant une très longue période et il a manifestement subi une destruction violente occasionnée par un siège militaire avec utilisation de catapultes, sans qu’on sache très bien si les agresseurs étaient des Grecs ou des Romains. Toujours est-il que l’édifice continue à se dégrader même longtemps après le départ de ceux qui l’ont jadis assiégé, si bien qu’en 2009 une étude scientifique avait préconisé d’en recouvrir les parties les plus vulnérables par une couche de sable afin de les protéger de l’érosion atmosphérique et du vandalisme.

Après réflexion, la Ville de Marseille a finalement annoncé, par la voix de l’adjoint au maire en charge du patrimoine, André Malrait, au cours d’une conférence de presse dont Marsactu s’est fait l’écho, que le site allait être entièrement recouvert et disparaîtrait ainsi des regards. Exit donc l’ex-oppidum de Verduron, en espérant que certains ne l’oublient pas totalement au point d’aller y construire un lotissement, ni vu ni connu, sur ce promontoire à la vue imprenable… Voilà au moins un monument historique dont les urbanistes marseillais n’auront plus à subir le poids des contraintes réglementaires induites !

Il existe certes de multiples autres oppidum de ce type dans toute la région, y compris tout près de Carnoux, sur la commune de Roquefort-La Bédoule, sans oublier naturellement celui d’Entremont, en limite sud du plateau de Puyricard, au nord d’Aix-en-Provence, là où se situait probablement l’ancienne capitale de la confédération des Celto-Ligures, prise en 123 avant J.-C. par les troupes du futur consul de Rome Caius Sextius Calvinus qui fondera au pied du plateau la ville d’Aquae Sextiae, la future Aix-en-Provence.

Vue partielle du site de l’oppidum d’Entremont (source © Archeopterre)

Les nombreux vestiges retrouvés sur ce site et visibles au musée Granet nous en apprennent un peu plus sur les mœurs de nos ancêtres locaux, ces Salyens de l’arrière-pays marseillais qui au IVème siècle avant J.-C. étaient en pleine expansion et avaient chassé les Grecs massaliotes de leur comptoir rhodanien qu’ils rebaptisent Arelate et qui deviendra la future Arles.

Mur d’enceinte du Baou de Saint-Marcel

Un autre site très réputé est celui du Baou de Saint-Marcel, situé dans ce quartier marseillais, au droit d’un rétrécissement de la vallée de l’Huveaune. Cet habitat protohistorique, qui s’étend sur 3 ha environ, présente à l’ouest une falaise rocheuse abrupte constituant une défense naturelle utilisée épisodiquement comme abri au Paléolithique alors que les autres versants en pente douce sont protégés par une enceinte en pierres, construite dès le deuxième quart du VIème siècle av. J.-C. Ce site montre des traces d’occupation quasi continue jusqu’à la deuxième moitié du IIème siècle avant J.-C. et de nombreux restes de poteries provenant principalement de Grèce et d’Etrurie y ont été découverts.

Citons aussi pour faire bonne mesure l’oppidum de La Cloche, situé sur la commune des Pennes-Mirabeau, en haut d’un promontoire rocheux offrant une vue imprenable sur les pistes de l’aéroport de Marignane et l’étang de Berre. On accédait jadis à ce site perché via une voie marqué de profondes ornières encore bien visible et qui passe désormais au dessus du tunnel ferroviaire du Rove dont le tracé est marqué par les cheminées d’aération.

Vue aérienne de l’oppidum de La Cloche (source : © Service régional de l’Archéologie DRAC-PACA)

La porte d’entrée qui permettait de pénétrer à l’intérieur du mur d’enceinte était surmonté d’une poutre à laquelle étaient cloués quelques crânes de guerriers ennemis, en guise de marque d’accueil. Edifié dans la première moitié du premier siècle avant notre ère et probablement détruit en 49 avant J.-C. par les armées romaines du général Trebonius, l’oppidum ressemble à un véritable village perché avec ses nombreuses maisons d’habitation serrées les unes contre les autres et étagées selon la topographie du promontoire rocheux.

Bien d’autres sites archéologiques datant de cette époque salyenne d’avant la conquête romaine pourraient être évoqués ici, qui témoignent s’il en était besoin de la richesse de l’histoire ancienne de cette région. Certains pourraient en être fiers et chercher à mettre en valeur ce patrimoine protohistorique singulier. D’autres préfèrent tout simplement les enterrer à jamais…

L.V.  

Scandale sanitaire : des cochonneries dans le jambon

26 septembre 2017

L’information ne date pas d’hier puisque c’est en octobre 2015 que le Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon et dépendant de l’Organisation mondiale de la santé, l’a confirmé urbi et orbi : les charcuteries sont cancérigènes, directement responsables du cancer colo-rectal, le plus fréquent chez les hommes après ceux du poumon et de la prostate, et chez les femmes après le cancer du sein. Pour cette même année 2015, selon les chiffres de l’Institut national du cancer, on dénombrait en France 43 000 nouveaux cas de cancer du colo-rectum déclarés et près de 18 000 décès du fait de cette maladie : moins que le cancer du poumon qui a tué cette année-là plus de 30 000 Français (hommage aux industriels du tabac !), mais bien davantage que les accidents de la route qui n’ont fait « que » moins de 3 500 morts durant cette même période.

Certes, la chacuterie n’est assurément pas la seule responsable de tous ces cancers mais il semble néanmoins qu’elle en porte une large part. Surtout, tout laisse à penser que l’on se trouve dans un cas de figure très comparable à ce que l’on a observé pour de précédents scandales sanitaires comme celui de l’amiante, du tabac ou de la vache folle pour ne prendre que quelques exemples : d’un côté une perception de plus en plus précise du risque sanitaire, régulièrement dénoncé par l’ensemble des acteurs de la santé publique, et de l’autre une propagande menée sans vergogne par les industriels de l’agro-alimentaire pour enfumer les consommateurs en semant le doute…

Un récent ouvrage, publié il y a quelques semaines sous le titre provocateur « Cochonneries – Comment la charcuterie est devenue un poison » par Guillaume Coudray, formé à Sciences Po et réalisateur de films documentaires, vient mettre bruyamment les pieds dans le plat. Après cinq années d’enquête minutieuse menée dans les archives administratives et médicales, l’auteur y décortique de manière implacable ce qui a conduit à une telle situation.

Pour bien comprendre le problème, il faut remonter en arrière, aux origines de la salaison, qui ne date pas d’hier. Pendant des siècles, l’homme a pris l’habitude de conserver la viande en y ajoutant du sel et des épices. On retrouve ainsi dans les archives un règlement parisien datant de 1476 et détaillant la liste des ingrédients autorisés pour la fabrication de saucisses. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, dans toute l’Europe, seul le sel intervient dans la conservation de la charcuterie, tandis que d’autres épices telles que le poivre, le fenouil et de nombreuses herbes aromatique servent de réhausseurs de goût. La coloration rose est quant à elle assurée par l’ajout de colorants naturels comme le safran pour la mortadelle italienne.

Salaison d’oiseaux dans l’Egypte ancienne (source INRAP)

Comme dans bien d’autres domaines, l’innovation est venue des États-Unis où sont nés, dès la fin du XVIIIème siècle, dans le Massachussetts, les premiers charcutiers industriels, les « packers » qui se mettent à conditionner la viande salée dans des tonneaux ou des caisses destinées notamment aux marins au long-cours. L’activité se déplace peu à peu vers l’ouest et la ville de Cincinnati, dans l’Ohio, prend en 1835 le surnom officiel de « Porkopolis » après être devenue le principal centre de production de porcs du pays et sans doute du monde !

Abattoirs de l’usine Armour à Chicago en 1893 (croquis Octave Uzanne)

A l’époque, la saison d’abattage est strictement limitée entre novembre et mars. Comme en Europe où il est d’usage dans les campagnes de faire les cochonnailles pour Noël, c’est en effet pendant l’hiver, lorsque la température ambiante est suffisamment fraîche, que l’on peut en toute sécurité abattre les bêtes et saler la viande, dans une véritable course contre la montre.

Mais on n’arrête pas la course au profit et bientôt cette activité décline au profit de la ville de Chicago qui s’impose en quelques années comme la capitale mondiale de la viande et notamment de la charcuterie. Sauf qu’entre temps les techniques ont évolué : les charcuteries américaines industrielles sont désormais traitées systématiquement à base de salpêtre (nitrate de potassium), puis de nitrate de sodium, un produit extrait d’immenses gisements situés au pied de la Cordillère des Andes. Après la première guerre mondiale, on se met à utiliser le nitrite de sodium, un produit chimique développé pour l’industrie de l’armement et devenu bon marché. Bien que mortel à partir de 2 g/kg, il est rapidement autorisé dans l’industrie alimentaire à faibles doses car ses propriétés intéressent fortement les charcutiers industriels.

L’intérêt de ces sels, par rapport au chlorure de sodium classique, est en effet multiple : il atténue le goût de salé, donne au jambon une belle coloration rose carmin durable, prolonge la durée de conservation des aliments et surtout il accélère considérablement la maturation de la viande, ce qui permet de formidables gains de productivité.

D’ailleurs, l’effet économique est foudroyant. Dès 1874, la France tente vainement de se protéger contre les importations massives de charcuteries américaines traiées au salpêtre. Mais face aux menaces de rétorsions concernant ses exportations de pinard, les industriels français s’adaptent et tout le monde se met à bourrer la charcuterie de nitrates, borates et autres sulfites : vive la modernité !

Ce n’est qu’au milieu des années 1950 que des chercheurs se rendent compte que les produits nitrés utilisés désormais dans toutes les salaisons provoquent la formation de nitrosamines, dont la diméthylnitrosamine (ou N-nitrosodiméthylamine, qu’on appellera par son petit nom NDMA) considérée comme cancérigène. On sait depuis longtemps que les nitrites sont toxiques à haute dose et les autorités sanitaires ont fixé des limites au dosage en additifs nitrés. Mais l’on découvre à cette date que leur combinaison avec les protéines carnées conduit à la formation de cette NDMA qui provoque des tumeurs cancéreuses.

Un article retentissant paru en 1968 dans le journal médical The Lancet, met en garde contre ce mécanisme. Mais les autorités sanitaires et notamment l’Autorité européenne de sécurité des aliments, empêtrée dans de multiples conflits d’intérêt avec le milieu agro-industriel, se contente de baisser symboliquement les seuils acceptés de nitrites sans prendre nullement en compte ce risque liés à la formation de NDMA. Au contraire, elle relaie vigoureusement les arguments de la filière industrielle qui prétend que, sans les ajouts d’additifs nitrés, les consommateurs seraient exposés au risque de botulisme, liés à l’apparition de la bactérie toxique Clostridium botulinum.

Le jambon de Parme, garanti sans nitrites (source l’Observatoire des aliments)

Or cette affirmation est parfaitement erronée puisque de très nombreuses charcuteries traditionnelles ont toujours été et sont encore produites sans additifs nitrés. C’est notamment le cas du jambon de Parme, qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée et d’un cahier des charges interdisant strictement tout ajout d’additif nitré, et ceci depuis 1993 : en 25 ans, les 9 millions de jambons produits n’ont jamais causé un seul cas de botulisme….

C’était aussi le cas du jambon de Bayonne jusque dans les années 1960, mais ces temps sont désormais révolus… Les besoins de l’industrialisation agro-alimentaire passent aujourd’hui avant les préoccupations de santé publique : bon appétit quand même !

L.V. 

Assemblée nationale (partie 1) : une histoire mouvementée

19 septembre 2017

Cet été, l’Assemblée nationale se trouve au cœur de l’actualité. Après les élections législatives qui ont recomposé le paysage politique, les nouveaux élus se voient face à l’immense chantier des réformes à mettre en œuvre, évolutions promises par le nouveau Président de la République et attendues par les Français avec beaucoup d’interrogations quant à leurs bénéfices au quotidien dans la vie locale.

Mais la rapidité avec laquelle le travail législatif a commencé s’effectue sous la contrainte des événements qui ont entaché la campagne présidentielle, suite aux révélations sur les emplois fictifs d’assistants parlementaires de certains élus, et sur l’usage aléatoire et inéquitable de la « réserve parlementaire », révélations qui ont abouti à la loi de moralisation de la vie publique.

Séance à l’Assemblée nationale (photo © AFP)

Ces mesures, et d’autres attendues (ou annoncées), seront-elles suffisantes pour réconcilier les électeurs avec leur parlement ? Il faut le constater, depuis un certain nombres de scrutins, les Français ont délaissé le chemin des urnes. Aux élections de juin dernier, les abstentionnistes sont devenus majoritaires, représentant 51,3 % des inscrits au 1er tour et même 57,4 % au second.

Rarement pourtant la palette de candidats a été aussi variée ! Cela viendrait-il alors de la qualité de leurs programmes et de leurs résultats qui découragent les électeurs ? Cette défiance envers les élus parlementaires s’expliquerait plutôt, comme on l’entend régulièrement, par leur statut privilégié, leur manque d’assiduité en séance, leur nombre excessif, et surtout leur manque d’indépendance face aux lobbies et aux directives européennes.

Un dessin de Deligne

Si, en effet, ces critiques sont, en partie, fondées, attention à ne pas céder pour autant à un « anti-parlementarisme primaire ». Le socle de notre République, basée sur la représentation et l’expression de tous dans la Nation, réside dans un régime démocratique parlementaire, garant des libertés avec le système judiciaire. Si les Français ont régulièrement élu des représentants depuis 1789, les périodes d’effacement de l’institution parlementaire coïncident généralement avec un recul des libertés publiques.

Notre pays se doit de moderniser ses institutions pour faire face aux défis d’un monde en perpétuelle évolution, mais pour engager cette modernisation il faut rappeler que la situation d’aujourd’hui est le résultat d’un héritage qu’il pourrait être bon d’évoquer (source principale : site de l’Assemblée nationale).

A cet égard, les dénominations ne sont pas innocentes. Celle d’Assemblée nationale, choisie dans la ferveur de 1789, ne réapparaîtra – si l’on excepte la brève parenthèse de 1848 – qu’en 1946. Se succéderont entre temps des appellations plus ou moins réductrices (« Chambre des représentants », « Corps législatif », « Chambre des députés » …) qui traduisent, à des degrés divers les réticences, voire l’hostilité déclarée des gouvernants à l’égard du principe de la souveraineté du peuple.

La naissance : 1789

Le 17 juin 1789, un mois après la réunion à Versailles des États généraux, les députés du Tiers état, considérant qu’ils représentent « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation » se proclament Assemblée nationale. Ils font acte de souveraineté en matière d’impôt et décident d’élaborer une constitution limitant les pouvoirs du roi. La souveraineté réside désormais, non plus dans la personne du monarque, mais dans la nation qui l’exerce par l’intermédiaire de représentants qu’elle choisit. Cette conception révolutionnaire va trouver son expression dans les constitutions de 1791 et de 1795.

L’Assemblée nationale constituante dans la nuit du 4 août 1789 (gravure d’Isidore Stanislas Helman)

Après la déchéance de Louis XVI, le 10 août 1792, une nouvelle assemblée élue au suffrage universel, dénommée Convention par référence à l’exemple américain, est chargée d’élaborer une constitution républicaine. Après quatre années de forte instabilité politique, le coup de grâce est porté à ce régime le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) par Bonaparte dont la prise de pouvoir ouvre une longue période d’effacement des assemblées.

La représentation muselée (1799-1830)

La Constitution de l’an VIII (1799), qui régit la France sous le Consulat et le Premier Empire, partage le pouvoir législatif entre quatre assemblées (Conseil d’État, Tribunat, Corps législatif et Sénat) dont aucune n’est élue au suffrage direct.

Avec le retour du roi durant la Restauration, la Chambre des députés des départements, élue pour cinq ans au suffrage restreint, et la Chambre des pairs héréditaires ou désignés à vie, constituent des instances privées de toute initiative ou moyen d’action sur le Gouvernement.

Prémices du régime parlementaire (1830-1848)

Sous le régime qui succède à la Révolution de 1830 se fait jour une conception nouvelle de la souveraineté : la Charte constitutionnelle est votée par la Chambre et acceptée par le roi qui lui jure fidélité. Les deux Chambres se voient restituer l’initiative des lois. C’est au cours de cette période qu’apparaît le principe de la responsabilité des ministres devant le Parlement.

De l’épisode républicain au Second Empire (1848-1870)

La Constitution républicaine établie après la révolution de 1848 plaçait face à face une Assemblée nationale législative de 750 membres et un président élus tous deux au suffrage universel mais dépourvus de tout moyen d’action l’un sur l’autre. Cette séparation excessive des pouvoirs aboutit au coup d’État du 2 décembre 1851 : Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’assemblée et se fait remettre, par un plébiscite, le pouvoir constituant.

La Troisième République (1870-1940)

C’est elle qui enracine le régime parlementaire en promulguant Les lois constitutionnelles de 1875 qui partagent le pouvoir législatif entre la Chambre des députés, élue pour quatre ans au suffrage universel direct, et le Sénat, élu pour neuf ans au suffrage indirect. Dans la pratique, ce pouvoir est exercé essentiellement par la Chambre des députés.

Séance au Palais-Bourbon sous la Troisième République (peinture de Rousseau-Decelle, 1907)

Le 10 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat convoqués à Vichy en Assemblée nationale confèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain malgré le refus de 80 parlementaires. Il n’existera plus aucun organe de représentation de la volonté nationale jusqu’en août 1944, date à laquelle le Gouvernement provisoire mettra en place une assemblée consultative, avant qu’une assemblée constituante élue élabore les institutions de la Quatrième République.

La Quatrième République (1944-1958)

La Constitution du 27 octobre 1946 consacre, comme la précédente, la souveraineté parlementaire et la primauté du pouvoir législatif. L’Assemblée nationale élue au scrutin proportionnel peut seule renverser le Gouvernement. En contrepartie, le Gouvernement peut la dissoudre. Favorisée par un régime électoral qui ne permet pas la constitution de majorités politiques homogènes, l’instabilité ministérielle sera de nouveau la règle jusqu’à la crise de mai 1958 qui voit le retour du général de Gaulle.

Georges Pompidou, Premier ministre, à la tribune de l’Assemblée nationale le 22 mai 1968, avec Jacques Chaban-Delmas au perchoir (photo © AFP)

La Cinquième République (depuis 1958)

Les institutions de la Cinquième République, mises en place en 1958, correspondent aux idées du général de Gaulle, telles qu’il les avait exposées dès 1946. Une phase s’engage, sur le plan institutionnel, avec l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et l’apparition d’une majorité homogène à l’Assemblée nationale. l’Assemblée nationale de 2002 et de 2007 ont peu à peu modifié le fonctionnement des institutions. L’Assemblée nationale voit son rôle de plus en plus affirmé, tant du point de vue politique qu’en matière de contrôle du Gouvernement, disposition confirmée par la révision constitutionnelle de juillet 2008 (modifiant ainsi le temps législatif : partage de l’ordre du jour, renforcement du rôle des commissions parlementaires, pacification des débats à l’Assemblée nationale) .

La façade de l’Assemblée nationale et le pont de la Concorde à Paris

Le palais Bourbon est le siège de l’Assemblée Nationale, avec l’Hôtel de Lassay. Il tient son nom de la duchesse de Bourbon qui le fit édifier de 1722 à 1725. Confisqué en 1791, le palais « ci-devant Bourbon » fut déclaré « bien de la Nation ». Il abrita en 1794 la future école polytechnique avant d’être affecté en 1795 au Conseil des Cinq-Cents (chambre basse, assemblée législative du Directoire).

Au total, le Palais Bourbon et ses annexes représentent aujourd’hui une superficie au sol de 124 000 m², occupée par près de 9 500 locaux de toute nature dans lesquels travaillent, toutes catégories confondues, environ 3 000 personnes.

C.M.

Gardanne valorise ses friches minières

22 août 2017

La ville de Gardanne fait partie de ces terroirs durablement marqués par l’extraction minière. Dès le 18e siècle, de nombreux habitants de la région s’adonnaient à l’exploitation du charbon de terre pour pallier la rareté du bois de chauffage. Au début du 19e siècle, on compte ainsi déjà plus de 80 puits de mines en activité et sans doute 200 déjà abandonnés.

L’arrivée du chemin de fer accélère le mouvement et les années 1880-90 voient à la fois le creusement du premier puits de mine moderne au coeur de la cité minière de Biver, et l’installation de l’usine Péchiney d’alumine, qui profite du lignite de Gardanne et de la bauxite extraite dans le bassin minier varois tout proche. C’est cette même usine qui sera à l’origine des rejets en mer de boues rouges dans les années 1960 et qui défraie toujours la chronique sous son nouveau nom d’Alteo. Après la deuxième guerre mondiale, enfin, est édifiée la centrale thermique de Meyreuil, alimentée par le lignite dont l’extraction bat alors son plein à Gardanne.

Mais tout cycle minier a une fin. L’exploitation du lignite de Gardanne stagne à partir des années 1960. Soutenue artificiellement pour des raisons politiques, la production s’effondre à partir des années 1990 et le dernier puits ferme en 2003. Alors que l’industrie minière employait jusqu’à 6500 personnes au début des années 1950, à une période où le site attirait une forte population de travailleurs immigrés, et encore autour de 2000 après la relance de l’activité impulsée en 1981, il ne restait plus que 600 à 700 mineurs encore employés au moment de la fermeture du dernier site.

Depuis, la ville de Gardanne s’efforce de retrouver un nouveau souffle, à l’image du bassin d’emploi voisin, qui s’étend sur les communes de Peynier, Fuveau et Rousset, où s’est développée depuis les années 1960 une activité industrielle florissante axée sur la micro-électronique. L’histoire de cette zone d’activité est d’ailleurs très intéressante car liée étroitement au déclin de l’extraction minière comme l’a bien analysé Olivier Lambert, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de l’histoire industrielle locale.

Zone industrielle de Peynier-Rousset vue d’avion (source : Pays d’Aix développement)

Cette zone industrielle de Peynier-Rousset, créée en 1961, est en effet située dans le même bassin minier que Gardanne, situé à une quinzaine de km seulement. Les premiers puits pour l’exploitation du lignite y ont été creusés à partir de 1912 et une usine de production d’alumine y est construite à partir de 1917 par les Norvégiens de la Norsk Aluminium Company qui ont bien repéré l’intérêt des lieux, situés à proximité des futures mines de lignite en cours d’aménagement, de la vallée de l’Arc, source d’eau abondante, et de la voie ferrée Carnoules-Gardanne, pourvoyeuse de la bauxite varoise.

Mais en décembre 1918, alors que le creusement des puits atteint 425 m de profondeur, l’eau de la nappe s’engouffre brusquement dans les travaux miniers et ruine définitivement toute velléité d’exploitation houillère. Echaudés par cet échec industriel, les Norvégiens se retirent également. De nouveaux projets industriels sont bien relancés dans les années 1940 pour valoriser l’usine d’alumine en vue de produire des carburants de synthèse puis du gaz de ville, mais sans succès et en 1949, l’ensemble des terrains et des bâtiments est racheté par les Houillères du bassin de Provence, issues de la nationalisation des mines de charbon décidée à la Libération.

Ce sont donc les Houillères qui seront à l’origine de la création de la zone industrielle de Peynier-Rousset, la première des Bouches-du-Rhône, en 1961, déjà dans une perspective de reconversion pour pallier la baisse d’activité inéluctable de l’extraction du lignite de Gardanne. Fortement aidée à coup de subventions publiques et malgré certaines implantations durables comme celle de Volvic qui y produit son jus de fruit Oasis avec l’eau du puits de l’Arc, la zone industrielle vivote pendant une vingtaine d’années, tenue à bout de bras par les Houillères.

En 1979, la zone industrielle prend enfin son essor avec l’arrivée d’Eurotechnique, issu d’une association entre les Américains de National Semiconductor et le Français Saint-Gobain. La première usine de fabrication de puces électroniques au silicium est construite à Rousset. Elle passera en 1983 dans le giron de Thomson avant de rejoindre en 1987 SGS-Thomson, une nouvelle société franco-italienne de semi-conducteurs qui prendra plus tard son nom actuel de STMicroelectronics.

Effectifs des Houillères et de la zone industrielle de Rousset entre 1945 et 2010 (source : O. Lambert / revue Rives, 2013)

Depuis, ce site est devenu un pôle d’activités prospère tourné vers la microélectronique et les nouvelles technologies, qui employait en 2013 de l’ordre de 7000 personnes, soit davantage que l’industrie minière de Gardanne à son apogée, sans pour autant qu’il s’agisse d’une véritable reconversion industrielle même si le contexte politico-économique mis en place par l’action des Houillères et les nombreuses aides publiques à la reconversion de cet ex-bassin minier ont fortement contribué à ce succès.

Centre Georges Charpak à Gardanne (source : Ville de Gardanne)

Nul doute en tout cas que la ville de Gardanne souhaite manifestement s’inspirer de cet exemple pour assurer l’avenir de ses propres friches minières. L’inauguration en 2008 du centre de microélectronique Georges Charpak, rattaché à l’école des mines de Saint-Étienne, sur un campus de 6 ha, partie prenante du pôle de compétitivité « Solutions communicantes innovantes », illustre bien cette volonté de s’inscrire dans un environnement technologique en pleine évolution.

Centrale thermique de Meyreuil

En parallèle, la centrale thermique à charbon de Meyreuil, d’abord détenue par une filiale de Charbonnage de France, et désormais dans les mains de l’énergéticien allemand Uniper, tente une conversion difficile d’une des deux unités vers une centrale à biomasse. Le projet, lancé en 2103 et pour lequel ont déjà été investis 250 millions d’euros, devrait permettre à terme de brûler 850 000 t de bois chaque année, issus pour moitié de déchets et pour moitié de coupes de bois. C’est cependant ce dernier point qui inquiète fortement les associations locales de défense de l’environnement puisque cela reviendrait à prélever un tiers du gisement forestier disponible dans un rayon de 250 km… Le Tribunal administratif de Marseille a d’ailleurs annulé, le 8 juin dernier, l’autorisation d’exploitation accordée à la centrale !

Quant aux anciennes installations minières elles-mêmes, la ville tente de les valoriser après avoir racheté en 2006 les emprises du puits Morandat et du puits Z. Les puits ont été au préalable mis en sécurité et obturés en tête par des dalles en béton armé très épaisses pour éviter tout risque d’effondrement. La SEMAG (Société mixte d’aménagement de Gardanne) est ainsi à l’oeuvre pour réaménager les 14 ha de la future zone d’activité qui sera développée autour du puits Morandat, avec pour objectif l’implantations d’entreprises innovantes et de PME axées vers l’économie sociale et solidaire, permettant de générer près d’un millier d’emplois selon les prévisions les plus optimistes.

L’ancien hall des mineurs accueille d’ores et déjà une pépinière d’entreprises tandis que le bâtiment du Parc héberge l’unité territoriale après-mine créée par le BRGM et Charbonages de France pour gérer la mise en sécurité des anciennes mines dans le tiers sud-est de la France.

Le chevalement de l’ancien puits Morandat (source : Ville de Gardanne)

Les travaux de viabilisation ont déjà été lancés en vue d »aménager les premières tranches destinées à l’accueil d’entreprises. Il est notamment prévu la fourniture de chaleur via un réseau qui exploite le gisement géothermique des anciennes galeries minières désormais ennoyées. Une société spécifique, dénommée Énergie solidaire, a été créée pour cela, via une association entre la SEMAG et Dalkia EDF. Elle prévoit un investissement de 4 millions d’euros, la moitié de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner la station de pompage étant issue de panneaux photovoltaïques.

Le chevalement du puits Morandat pourrait, quant à lui, être reconverti en un restaurant panoramique tandis que l’ancien vestiaire des mineurs devrait accueillir d’ici 2022 un centre de culture scientifique et technique imaginé dans l’esprit de la Cité des sciences de la Villette à Paris. Bref, les projets ne manquent pas à Gardanne pour valoriser ces anciennes friches minières, sans totalement tourner le dos à un passé dont la ville continue à s’enorgueillir.

L.V.  

6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

U-864 : une bombe à retardement ?

27 juin 2017

Michel L’Hour, directeur du DRASSM

L’affaire a été de nouveau évoquée à l’occasion d’un colloque sur le trafic d’antiquités en eaux profondes, organisée tout récemment pour célébrer la création du tout nouveau tribunal maritime de Marseille qui couvre désormais 26 départements de la façade sud du pays. Michel L’Hour, directeur du DRASSM, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service de l’État créé par André Malraux et basé à l’Estaque, y a notamment rappelé que le trafic d’antiquités, actuellement en pleine expansion, est désormais le troisième au monde en importance, derrière celui des stupéfiants et celui des armes.

Et les antiquités présentes dans les nombreuses épaves qui jonchent les fonds marins sont de plus en plus exposées à ces pilleurs modernes redoutablement équipés. Comme l’a évoqué Michel L’Hour, « l’archéologue aux pieds palmés », ainsi qu’il aime se définir lui-même, « la mer est le plus grand musée du monde, ouvert jour et nuit, mais sans aucune sécurité ni vitrines protégées », d’où cette grande vulnérabilité aux pilleurs d’épaves.

Mais Michel L’Hour a aussi évoqué un autre danger qui guette les fonds marins du fait de ces multiples épaves coulées au fil de l’Histoire : le risque de pollution. Des centaines de milliers d’épaves de navires engloutis jouchent les fonds marins : on en recense 9000 uniquement sur les côtes Sud et Est de l’Angleterre ! Plus de 70 % des épaves qui se trouvent dans les eaux européennes datent de la première et seconde Guerre mondiale. Or, la corrosion, menace de libérer leurs contenus : dans la mer, le métal se corrode inéxorablement, perdant chaque année de l’ordre de un dizième de mm d’épaisseur…

Caisses de munitions jetées en mer au large de Singapour après la 2ème guerre mondiale (photo d’archive, Imperial War Museums)

Le pétrole qui se trouve encore dans ces épaves n’est pas le pire des composants qu’ils contiennent. Les anciennes munitions et certains produits chimiques sont autrement plus inquiétant. C’est le cas notamment du fameux gaz moutarde, l’ypérite, largement utilisé lors de la Première guerre mondiale et dont on s’est souvent débarrassé des stocks devenus inutiles en les immergeant en mer. Dans l’eau, ce produit se transforme en une pâte jaunâtre ingérée par les poissons et qui entre ainsi dans notre chaîne alimentaire…

Et parmi ces bombes à retardement qui hantent nos côtes, citons le cas du sous-marin allemand U-864 et de sa cargaison de mercure qui se déverse lentement au large des côtes scandinaves depuis meintant plus d’un demi-siècle…

Torpillé devant Bergen, en Norvège, par les Britanniques le 9 février 1945, avec à bord 73 hommes d’équipage, alors qu’il partait pour le Japon avec les moteurs et les plans du Messerschmitt 262, premier avion à réaction, ce sous-marin allemand transportait aussi à son bord 67 tonnes de mercure conditionné dans des bouteilles en acier de 37 kg. Parti le 5 décembre 1944 de Kiel, il était chargé d’une mission secrète, baptisée « Opération Caesar », destinée à apportée aux alliés japonais les technologies nécessaires pour augmenter leur effort de guerre en cette période décisive. Mais lors d’une escale technique à Bergen, il subit un bombardement car les Britanniques ont percé le code Enigma et identifié l’enjeu de cette mission. Lorsqu’il peut enfin reprendre la mer, une nouvelle avarie machine le contraint à rebrousser chemin vers Bergen et c’est là qu’il est pris en chasse par un sous-marin britannique, le HMS Venturer, qui l’envoie par le fond, au large de l’ïle de Fedge.

L’épave de l’U-864 au fond de la mer (photo © Van Oord)

Au début des années 2000, un pêcheur norvégien remonte dans un de ses filets une pièce de U-Boot et la Marine norvégienne entreprend des recherches qui lui permettent de retrouver, le 22 février 2003, l’épave du sous-marin, coupé en deux, reposant par 150 m de fond, à quelques km des côtes de la petite île norvégienne. Dès lors se pose la question de l’avenir des 1857 flasques en acier contenant les 67 tonnes de mercure liquide, destiné à la fabrication d’amorces de munitions (à base de fulminate de mercure) et désormais éparpillé au fond de l’eau.

En 2005, on observe ainsi qu’une de ces bouteilles s’est ouverte sous l’effet de la corrosion et que tout le mercure s’en est échappé. On en retrouve sur une surface estimée à 3 ha ! Les Norvégiens commencent à redouter une nouvelle catastrophe sanitaire à l’égal de ce qui s’était produit dans la baie de Minamata au Japon, où les rejets de métaux lourds issus de l’industrie pétrochimique avaient occasionné plus de 900 décès entre 1949 et 1965. Des prélèvements sont effectués et on constate que l’acier des flasque, dont l’épaisseur initiale atteignait 5 mm, ne faisait plus qu’1 mm par endroit, du fait de la lente corrosion…

Une des 1857 flasques remplies de mercure et désormais fuyardes

Les études s’enchaînent à partir de 2006, pour tester différentes solutions techniques. Les autorités privilégient plutôt le recouvrement de l’épave par un sarcophage tandis que les populations riveraines, dont les 561 habitants de l’île de Fedge, préfèrent une solution plus durable mais plus coûteuse et techniquement complexe qui consiste à renflouer l’épave. Un bras de fer s’engage et finalement en 2009, le gouvernement norvégien accepte d’engager les travaux de renflouement pour un montant estimé à un milliard de couronnes norvégiennes, mais estime nécessaire d’engager au préalable des études complémentaires…

Quatre ans plus tard, en janvier 2013, Lisbeth Berg-Hansen, ministre des Pêches et Affaires côtières, indique devant le Parlement que les études sont toujours en cours et qu’il n’existe toujours pas de calendrier prévisionnel pour les travaux. D’ailleurs, en mai 2014, un nouveau rapport est publié, préconisant une fois de plus la solution du recouvrement par un sarcophage jugée plus raisonnable. Il a fallu finalement attendre le printemps 2016 pour que les travaux de recouvrement de l’épave soient enfin réalisés, confiés au spécialiste néerlandais du dragage et des opérations offshore Van Oord. Une couche de sable a été déposée sur l’ensemble de l’espace contaminé et l’épave, au moyen d’un diffuseur crée spécialement pour cet usage et été installé sur le robot télé-opéré (ROV) du navire de pose de flexibles Stornes. En tout, près de 30.000 tonnes ont été déposées, formant une couche de 50 cm d’épaisseur. Celle-ci a ensuite été recouverte par 160.000 tonnes de rochers. Pourvu que ça dure…

L.V.  

Le Sénat, mode d’emploi

21 juin 2017

Le vent d’un besoin de réformes souffle depuis plusieurs mois, dès avant la campagne des élections présidentielles. Ces réformes pourraient concerner en particulier le mode de fonctionnement de nos institutions, dont le Sénat. Des partis réformistes proposent en effet soit la suppression pure et simple de celui-ci, soit une diminution drastique du nombre des sénateurs.

Le Conseil des Anciens, au Palais des Tuileries en 1795, ancêtre du Sénat

Avant d’aller plus loin, un petit rappel historique s’impose pour nous, citoyens souvent oublieux des prérogatives parlementaires. Seconde chambre créée par la Constitution de Thermidor de 1785 et dénommée Conseil des Anciens, le Sénat dans l’histoire fut successivement le Sénat du Consulat et de l’Empire appelé Sénat Conservateur, la Chambre des Pairs de la Restauration puis de la Monarchie de Juillet, le Sénat du Second Empire, puis le Sénat Républicain. Sous la IVème République, il devient Conseil de la République avec un rôle moindre avant d’être rétabli par la Constitution de 1958 qui fonde la Vème République.

Le Sénat siège au palais du Luxembourg dont la première pierre fut posée en 1615 par Marie de Médicis. D’abord demeure royale, le bâtiment devient une prison révolutionnaire, puis brièvement le siège du pouvoir exécutif après la Révolution. Il accueille le Sénat de la République depuis 1879.

Le Palais du Luxembourg à Paris, siège du Sénat (crédit photo : 7sprod.com)

Comment fonctionne le Sénat ?

Aujourd’hui au nombre de 348, les sénateurs examinent les projets de loi que le gouvernement leur soumet. Ils peuvent également déposer des propositions de loi. Ils contrôlent aussi l’action du gouvernement et vérifient que les lois sont bien appliquées. Ils peuvent créer des instances temporaires (mission d’information, commission d’enquête, etc.) pour étudier un sujet particulier de manière approfondie et proposer des réformes.

En vertu de la Constitution, le Sénat « assure la représentation des collectivités territoriales de la République ». Il est le garant de la stabilité des institutions et, à la différence de l’Assemblée nationale, il ne peut être dissous. De plus, le Président du Sénat assure l’intérim en cas de vacance ou d’empêchement de la Présidence de la République.

Les sénateurs en séance au Palais du Luxembourg (crédit photo Denis / REA)

Les sénateurs sont élus pour 6 ans au suffrage universel indirect par 162 000 grands électeurs représentant notamment les élus municipaux, départementaux et régionaux. Leur nombre varie selon la population : un seul pour la Lozère, 8 dans les Bouches-du-Rhône et 12 à Paris.

Chaque renouvellement, tous les 3 ans, permet d’élire environ la moitié des sénateurs répartis en deux séries : la série 1 qui comporte 170 sièges sera renouvelée lors des élections sénatoriales de septembre 2017, les 178 sièges de la série 2 ayant été renouvelés en septembre 2014.

Selon le nombre de sièges à pourvoir, les sénateurs sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours (circonscriptions désignant 1 ou 2 sénateurs) ou au scrutin de liste à la représentation proportionnelle (circonscriptions désignant 3 sénateurs ou plus). La durée du mandat est de 6 ans et il faut être âgé d’au moins 24 ans pour pouvoir se présenter aux élections sénatoriales.

Pour accomplir leur mandat dans de bonnes conditions, les sénateurs disposent de moyens qui leur sont accordés par l’institution. Chaque sénateur dispose d’un bureau dans l’enceinte du palais du Luxembourg ou à proximité. Près de 1 200 fonctionnaires et contractuels assistent les sénateurs dans l’exercice de leur mandat. Chaque sénateur dispose d’un crédit de 7 548,10 € bruts (chiffres de 2016) pour rémunérer ses collaborateurs (3 en moyenne).

Les sénateurs, qu’ils soient élus de métropole, d’outre-mer ou représentant les Français établis hors de France, bénéficient de la prise en charge de leurs déplacements, en transports publics entre Paris et leur département. Ils ont en effet à gérer une permanence parlementaire dans leur circonscription.

Un dessin de Vissecq publié dans Pointe à mines

Au premier janvier 2016, un sénateur perçoit une indemnité parlementaire de 5 514,68 € bruts par mois, et une indemnité de résidence de 165,44 € bruts par mois. Il touche également une indemnité de fonction de 1 420,03 € bruts (l’indemnité parlementaire de base ainsi que l’indemnité de résidence étant soumis à l’impôt sur le revenu). Enfin, une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) est destinée à couvrir les frais liés à l’exercice de la fonction de sénateur : elle s’élève à 6 037,23 € nets par mois au 1er janvier 2016.

Par ailleurs, un sénateur ne peut cumuler son indemnité parlementaire et les indemnités afférentes à d’autres mandats électifs que dans la limite d’une fois et demi le montant brut de l’indemnité parlementaire de base. Depuis le 1 er octobre 2015, un dispositif de retenues financières visant l’indemnité de fonction et/ou l’IRFM a été mis en place à l’égard des sénateurs n’atteignant pas les seuils de présence fixés par le règlement. Moyennant ces dispositions, le Sénat coûte 5 € par an et par Français…

Quelles prérogatives pour le Président du Sénat ?

Gérard Larcher au Sénat, en 2016 (crédit photo Lionel Bonaventure / AFP)

Le Président du Sénat préside l’assemblée et dirige les débats. Il préside en outre deux organes essentiels : le bureau du Sénat et la Conférence des présidents. Il dispose de prérogatives constitutionnelles majeures puisqu’il exerce un pouvoir de nomination et peut saisir le Conseil constitutionnel si des dispositions de lois votées ou des traitées lui paraissent contraires à la Constitution.

Il exerce provisoirement les fonctions de Président de la République en cas de vacance ou d’empêchement de celui-ci et est à ce titre présenté comme le 2ème personnage de la République. C’est Gérard Larcher, sénateur des Yvelines, qui assure la présidence actuelle du Sénat depuis 2014.

Quelles sont les missions des sénateurs ?

Chaque sénateur est membre de l’une des 7 commissions : Affaires économiques, Affaires étrangères, défense et forces armées, Affaires sociales, Culture, éducation et communication, Aménagement du territoire et développement durable, Finances, Lois constitutionnelles, législation, suffrage universel, règlement et administration générale, Affaires Européennes.

Avant la séance publique, les textes sont examinés par la commission compétente sur le sujet. Un rapporteur analyse le texte et fait des propositions : supprimer, ajouter ou modifier un article par exemple.

Le contrôle s’exerce sur le Gouvernement en séance publique et, de façon permanente, par le travail des commissions et des délégations. Les actions de contrôle prennent aussi la forme de questions d’enquête, missions d’information, auditions et débats. Cela peut concerner l’audition de ministres, de responsables publics, d’ambassadeurs, de ministres de gouvernements étrangers, de commissaires européens, de représentants de la société civile ou du secteur privé.

En séance publique, dans l’hémicycle, les sénateurs débattent, votent et contrôlent le gouvernement. Ils prennent position sur les grandes orientations de chaque texte puis l’examinent en détail, article par article. Ils le modifient en déposant des amendements (repris par l’Assemblée nationale pour plus de la moitié).

Une caricature de Diem en 2013

Au cours de l’année parlementaire (2015-2016) l’activité de contrôle se résume à : 113 rapports d’information, 145 heures consacrées au contrôle en séance, 4 837 questions écrites déposées, et 34 séances de questions d’actualité au gouvernement.

Les sénateurs se répartissent par affinités politiques dans des groupes qui doivent comprendre au minimum 10 membres. Un sénateur peut être membre d’un groupe, lui être apparenté ou lui être simplement rattaché administrativement.

Pour protéger leur indépendance, les sénateurs bénéficient d’une immunité leur permettant de s’exprimer en totale liberté dans l’exercice de leurs fonctions et ne peuvent faire l’objet d’une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de liberté sans l’accord préalable du Bureau du Sénat.

Quel avenir pour le Sénat ?

Cette institution doit-elle disparaître ou se réformer en vue de moderniser la vie démocratique pour une plus grande efficacité dans la prise de décision du Parlement d’une nation moderne ? Ce sont des questions que doivent se poser les citoyens que nous sommes et interpeller nos élus qui sont les premiers impliqués dans les conséquences de tels choix, s’ils en ont la volonté.

Un référendum sur le Sénat fatal au général De Gaulle…

Rappelons que le référendum de 1969 soumis au peuple de France par Charles de Gaulle avait deux objets : la création des régions et la réforme du Sénat qui aurait été fusionné avec le Conseil économique et social. La question posée était la suivante : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat ? ». Près de 80 % des Français s’exprimèrent et le non l’emporta par 52,41 % des voix… Mais plus qu’un rejet des réformes, c’est celui du Président de la République qui a prévalu.

Notons pour conclure et boucler avec l’introduction de cet article que la fusion du Sénat avec le Conseil économique, social et environnemental demeure un point de questionnement qui fait régulièrement l’objet de propositions de lois, de rapports et de déclarations. L’Histoire n’est sans doute pas terminée !

C.M.

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Croisière autour du monde : 18ème escale

12 mars 2017

Nos deux globe trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde depuis le port de Southampton. Après l’Amérique, l’Australie et la Papouasie Nouvelle-Guinée, les voila désormais au Japon pour une première escale à Okinawa.

Samedi 11 mars :

C’est sous une pluie battante que nous avons, ce matin, découvert Okinawa.

Vue du bateau, c’est une ville assez américaine avec de hauts immeubles. Notre excursion, juste après le déjeuner, nous a permis de nous faire une autre opinion de la ville, qui est, avouons-le, tres laide : maisons de bric et de broc, fils électriques emmêlés au dessus de nos têtes, circulation dense, rien de beau à se mettre dans l’œil !

Le jardin royal de Shikinaen sous la pluie…..

Une première visite au jardin royal : jusqu’au milieu du XIXe siècle en effet, l’île était indépendante du Japon avec des liens forts avec Taïwan. Le royaume s’appelait Ryukyu. Le jardin, qui faisait donc partie du palais royal, est superbe, avec un lac et des petits ponts …mais sous la pluie et dans la gadoue ce ne fut pas très drôle !

Ensuite nous avons continué vers le nord et découvert Ryukyu Mura : des maisons anciennes venues de toutes les parties de l’île ont été rassemblées là.

Le Tori qui, dans le Shintoïsme permet de passer du matériel au spirituel

On y voit les tatami, les cloisons en papier huilé, l’absence presque totale de meubles, avec la cuisine un peu à part (par crainte des incendies).

Fleurs de datura

Une végétation luxuriante nous rappelle que nous sommes en climat sub-tropical. Partout des fleurs, des dames en costume ancien avec le « obi » dans le dos… Bref, c’était charmant et nous y avons passé un bon moment, trop court malheureusement.

Entrée du Ryukyu Mura

Avec une musicienne locale

Une petite île artificielle posée sur deux barques

Un lion qui garde le foyer

Famille japonaise traditionnelle

Serpents confits dans l’alcool, présumés bons pour toutes les maladies !

Vers 19 h, le bateau a appareillé pour Kobe que nous atteindrons lundi.

Annie

Croisière autour du monde : 15ème escale

4 mars 2017

La croisière autour du monde à bord du Quenn Elisabeth se poursuit, avec des nouvelles de la Grande barrière de corail où nos deux correspondant viennent de jeter l’ancre après une escale à Brisbane, en Australie.

Plage artificielle en ville : un mur la sépare de la haute mer en protection contre les crocodiles d'eau salée

Plage artificielle en ville : un mur la sépare de la haute mer en protection contre les crocodiles d’eau salée

Jeudi 2 mars :

Cairns est une ville moyenne de 160 000 habitants située au bord de la mer sur une plaine basse et marécageuse. C’est le domaine du « crocodile d’eau salée » un animal beaucoup plus dangereux que les crocodiles d’eau douce. Une bonne partie des rives de Cairns sont d ailleurs souvent interdites à la baignade.

Cairns est à 2 200 km au nord de Sydney. La ville exporte des minerais et du sucre, avec des plantations de canne dans toute la région. Mais sa plus grande richesse reste le tourisme. La ville jouit d’un climat tropical chaud qui permet de profiter de la nature 12 mois par an.

Arrivée des touristes dans cette banlieue de Cairns

Arrivée des touristes dans cette banlieue de Cairns

Enfin, il y a la grande barrière de corail ! Elle s étend sur 2 600 km au large de Cairns et remonte jusqu’à la pointe la plus au nord de l’Australie. Elle couvre une superficie totale de 350 000 km2, soit presque autant que l’étendue d’un pays comme l’Allemagne, par exemple, qui couvre 357 000 km2!

La barrière est constituée de coraux de centaines d’espèces différentes. Certains sont juste sous la surface de l’eau, d’autres sont beaucoup plus profonds. La barrière abrite de tès nombreuses espèces vivantes : algues, fruits de mer, étoiles de mer, méduses…

Demain vendredi, je vais aller retrouver ce milieu marin exceptionnel que j’ai déjà vu il y a une dizaine d’années et qui m’a laissé un souvenir ébloui…

Embarquement sur le catamaran vers la barrière de corail

Embarquement sur le catamaran vers la barrière de corail

Vendredi 3 mars :

Il a plu toute la journée à Cairns ! Le déluge ! De ces pluies tropicales d’eau chaude, caractéristiques de cette région. C’est que la saison des pluies n’est pas terminée…

Robert, qui n’aime pas beaucoup l’eau, est allé se balader à Cairns pendant que j’allais revoir les récifs coralliens que j’avais déjà vus il y a une dizaine d’années. J’avais un peu peur de ce que j’allais trouver : on parle tellement de destruction de ces coraux par l’homme, du fait de la surexploitation touristique et en raison du réchauffement climatique…

Eh bien, bonne nouvelle ! Les coraux sont apparemment en bonne santé, colorés, variés en formes et en couleurs.… Par contre, alors qu’il y a 10 ans les poissons pullulaient tot autour, aujourd’hui il y en a, bien sûr, mais beaucoup moins nombreux. Est-ce dû à la saison ? Je ne sais pas !

En tous cas, ce fut une journée superbe. Arrivés sur le récif vers 11 h, on a pris pied sur un ponton flottant de 55 m de long où on a pu se mettre en maillot et récupérer notre équipement, palmes, masque et tuba. Pour ceux qui le voulaient, il y avait des combinaisons de plongée mais je m’en suis passée !

Les coraux sont au maximum à 2,30 m de la surface. Il suffit donc de nager le masque dans l’eau pour admirer des jardins sous marins dignes de « la petite sirène » d’Andersen !

Un bateau à fond de verre nous a transportés un peu plus au large et nous avons pu voir un coquillage géant, de ceux qu’on appelle benitiers, et même une belle tortue à la carapace presque dorée qui nous a croisés sans aucune crainte.

On nous a ensuite servi un bon déjeuner avec de délicieuses crevettes et nous n’avons regagné « notre Queen » qu’à 5 heures de l’après midi.

Samedi 4 mars :

Aujourd’hui il fait très beau, la mer est d’huile…

Demain nous allons voir les cannibales de PNG (Papouasie Nouvelle-Guinée). Vous pensez que je plaisante mais la guide nous a dit très sérieusement que cette coutume était encore pratiquée dans les zones reculées !

C’est promis, nous ne quitterons pas le bord de mer… et puis on n’a pas trop peur, on se dit qu’on est un peu trop vieux pour leur faire envie ! De plus ils n’aiment pas la viande blanche paraît-il…..!

Annie

Croisière autour du monde : 14ème escale

1 mars 2017

Nos deux croisiéristes à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour de l’Australie : après une escale à Sydney, les voici désormais à Brisbane.

 Nos deux reporters sous un « arbre bouteille » qui aurait plu à Botero !

Nos deux reporters sous un « arbre bouteille » qui aurait plu à Botero !

Mardi 28 février :

Brisbane est une ville de 2 000 000 d’habitants, située au bord du fleuve Brisbane (du nom d’un gouverneur des Nouvelles Galles du Sud).

L’Australie est composée de 6 états : Western  Australia, Northern territory, Queensland, New South Wales, Victoria, South Australia, plus la Tasmanie au sud. A Sydney, nous étions dans les Nouvelles Galles du Sud. A Brisbane, nous voila dans le Queensland.

C’est un pays plat, où les colons s’installèrent dès 1842. La tribu des Turball, venue du détroit de Torres, nommait la ville Mian Jin.

Le plus grand hôtel de la ville dans un bâtiment victorien

Le plus grand hôtel de la ville dans un bâtiment victorien

Nous n’avons pas prévu d’excursions et allons nous balader au gré de nos envies. Il faudra être de retour pour 18 h, le départ étant prévu à 18 h 30.

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blog402_phgrattecielUne petite balade sur le fleuve nous a permis d’admirer l’architecture ultra moderne de la ville, avec des gratte-ciel tout en verre dignes des USA.blog402_phguerre

 

Le monument aux morts des deux guerres mondiales mérite le coup d’œil : c’est émouvant d’y lire comme lieux de bataille La Somme, Amiens…

 

 

 

Mercredi 1er mars :

Nous voici de nouveau au large : deux jours de mer nous attendent pour atteindre Cairns et la grande barrière de corail….

Je vais profiter de ces deux jours de mer pour vous parler un peu de la nourriture sur le bateau. Au 9ème il y a le Lido : il est ouvert presque 24 h sur 24. Le matin, il fait le petit déjeuner sous forme de buffet, plus copieux que je ne saurais dire ! A midi, il sert le déjeuner toujours en buffet et toujours très bon. A 4 h il sert le the à l’anglaise avec scones, crème fouettée et confitures, petits sandwiches au pain de mie fourrés au saumon, concombre (très british !). Le soir, dîner buffet et, avec supplément d’environ 18 dollars, repas typiques changeant tous les soirs : indien, mexicain, chinois…

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Un stand « pizza » existe aussi. Votre pizza est préparée devant vous et vous en choisissez les ingrédients. Ce n’est pas mauvais mais un peu fade car sans thym, ni romarin, ni huile d’olive ! A éviter si on aime la vraie pizza comme à Naples !

blog402_phbritanniaAu 2ème et 3ème (sur deux niveaux donc), le Britannia vous accueille pour un petit déjeuner servi à table (sympa mais un peu long) et un déjeuner idem. Le soir, nous y avons notre table réservée  depuis le début du voyage. Un repas de 3 plats, service grand style, sommelier, musique d’ambiance… Le grand chic, quoi !blog402_phannie

Maintenant si vous payez votre cabine plus chère ou si vous prenez une suite (ce qui n’est pas notre cas), vous aurez droit à des restaurants pour les « happy few » comme le Princess Grill, le Queen Grill, le Britannia club.

Enfin, la cuisine française se trouve à « la verandah », pont 2. On la dit très bonne, mais nous n’avons pas essayé ! Le supplément est de 25 dollars pour le lunch, et 35 pour le diner.

J’ajoute qu’à tout moment de la journée et de la nuit, the, café, boissons fraîches, biscuits sont disponibles.
En somme, il est difficile de ne pas prendre du poids sur un bateau comme celui-ci !

Annie

Croisière autour du monde : 13ème escale

27 février 2017

La croisière autour du monde de nos deux voyageurs à bord du Queen Elisabeth se poursuit. Après une escale en Nouvelle-Zélande, ils arrivent désormais en Australie, à Sydney.

Nos deux reporters devant Harbour bridge à Sydney

Nos deux reporters devant Harbour bridge à Sydney

Vendredi 24 février :

Nous arriverons demain à Sydney. Tout le monde est impatient !

En attendant, voici quelques généralités sur cette ville fascinante et dont nous sommes tombés amoureux dès notre premier voyage en 2007.

C’est la plus grande ville d’Australie avec 4 200 000 habitants mais ce n’en est pas la capitale qui est Canberra, une ville nouvelle à égale distance des deux mégapoles qui se disputaient l’honneur d’être capitale : Sydney et Melbourne.

La baie, tres découpée et offrant un mouillage idéal, a été découverte par Cook (encore lui !) en 1770, mais ce n’est qu’en 1788 qu’arrive le premier lot de bagnards (convicts) qui vont peupler ce véritable continent avec l’aide, si l’on peu dire, de prostituées et voleuses tirées des prisons londoniennes.

Après ce début peu reluisant, ce sera une « succes story » : des émigrants affluent de partout, surtout au moment de la découverte de métaux et pierres précieuses. A Sydney, on compte à peu près 100 nationalités d’origine différentes, dont 50 % d’Europe et 22 % d’Asie.

Durant nos deux jours d’escale nous espérons voir ou revoir le magnifique jardin botanique avec ses chauves souris et ibis blancs, mais aussi l’opéra construit en 1973 par le danois Joern Utzon qui est à Sydney ce que la Tour Eiffel est à Paris !

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Nous circulerons sur les mignons ferries qui se croisent sans cesse dans la baie. Nous flânerons dans le beau jardin chinois de l’amitié. Nous boirons un pot sur Circular quay avec ses bars et ses restaurants. Nous irons voir quelques musées. Nous ferons du shopping dans le quartier des Rocks, un ancien quartier de débauche et de bordels qui a été joliment rénové et qui est tres « tendance » aujourd’hui.

Vous aurez des photos de tout cela au fur et à mesure ! Amitiés.

blog401_phsydney1Samedi 25 février :

Ce matin il pleut dru sur la ville de Sydney ! Au fond Harbour bridge, puis le Queen Mary 2 que nous croisons pour la première fois. Au premier plan, un des nombreux ferries qui parcourent la ville par la mer.

Ce n’est vraiment pas le temps idéal pour visiter ! Souhaitons qu’il fasse meilleur demain !

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Dimanche 26 février :

blog401_phhyattAprès cette première journée si pluvieuse, Sydney, en ce dimanche matin, nous a offert son visage le plus beau sous un ciel d’une pureté magnifique. Nous avons flâné de Circular  quay au marché artisanal, avons bu un café dans un hôtel du quartier des Rocks et avons même craqué pour une lithographie par un peintre local qui, par ses couleurs, nous évoque Dufy ou les impressionnistes.

Quelques photos de notre deuxième journée à Sydney : un ferry jaune et vert passe devant l’opéra, un selfie devant Harbour bridge…

Depuis le Hyatt plaza, nous avons une vue superbe de notre bateau amarré en plein centre…

Annie

Croisière autour du monde : 11ème escale

21 février 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux voyageurs parcourent l’Océan Pacifique : après les îles Samoa, une escale manquée dans les Tonga….

Dimanche 19 février :

Les îles Tonga c’est cela: des assiettes vertes posées sur la table de la mer ! Malheureusement nous n’en avons pas vu davantage…. Le temps est devenu mauvais avec un vent à 32 noeuds et la passe pour entrer dans le port est étroite et bordée de récifs. Très sagement, le capitaine a décidé de renoncer à l’escale et a repris la mer en direction d’Auckland en Nouvelle-Zélande.

Nous devions y arriver mardi mais il a pu obtenir une place à quai pour lundi soir. C’est donc ce soir que nous retrouverons cette ville où modernisme et reliques de l’ère victorienne cohabitent harmonieusement.

La mer est de nouveau forte. Il a plu cette nuit mais le soleil chasse peu à peu les nuages. Comme chaque matin je reviens de faire ma demi-heure de gym, vélo, tapis roulant, haltères… Il faut se forcer un peu pour sortir du lit avant 7 heures mais en définitive ça fait du bien avec une bonne douche en prime !

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blog398_phsallereposVoici quelques photos des installations de la salle de « fitness » comme on l’appelle, avec ses douches, ses salles de repos et son sauna. blog398_phsauna

Il y a aussi les coiffeurs, pédicures et manucure, salles de massages et traitements de beauté. C’est un endroit bien agréable que je fréquente tous les jours.

 

Lundi 20 février :

Auckland, avec ses 1 400 000 habitants est la plus grande ville de tout le Pacifique. Elle a été la capitale de la Nouvelle-Zélande de 1840 à 1865. Aujourd’hui, c’est Wellington.

La colonisation britannique n’y a pas été facile. Les Maoris se sont défendus longtemps à partir de leurs villages fortifiés, les « pa ». En 1840, le capitaine Hobson signe, au nom de la couronne, le traité de Waitangi. Très contesté, encore aujourd’hui, il donne lieu à 40 années de guerres, les  land wars. En fait les aborigènes n’avaient pas pleinement compris ce à quoi ils s’engageaient en signant le traité.

Auckland a été surnommée la ville des voiliers. Le vent toujours présent, permet de nombreuses compétitions. En entrant dans le port, on est accueilli par le cône volcanique de Rangitoto qui a surgi de la mer il y a seulement 600 ans.

C’est Cook qui a, le premier, fait le tour des deux îles et en a dressé la carte. Auckland possède 3 belles plages et de nombreux musées dont le plus grand concerne la civilisation maori et se trouve au milieu d’un parc verdoyant magnifique « the domain ».

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A notre arrivée, le temps est beau mais un peu frais. Nous attendons pour débarquer que les autorités nous donnent le feu vert…

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blog398_phraieEn balade en bus nous visitons un aquarium, puis nous promenons à travers la ville de nuit… Quand vous traiterez quelqu’un de « gueule de raie », sachez de quoi vous parlez ! Et ne restez pas médusés devant ces bestioles élégantes !blog398_phmeduses

Annie

Algérie : Macron met les pieds dans le plat de couscous…

16 février 2017

A moins de trois mois de l’élection présidentielle française et alors que le candidat Emmanuel Macron est crédité de scores assez inattendus dans les sondages, voila qu’une nouvelle polémique vient de naître, comme les médias en raffolent. En visite en Algérie depuis la fin de la semaine dernière, l’ancien ministre de l’économie, le seul des candidats à la présidentielle qui ait jugé utile de se déplacer dans ce pays, a en effet tenu des propos sur la colonisation qui ont fait bondir la droite et encore plus l’extrême droite !

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Tout heureux de faire oublier momentanément ses petits déboires avec la justice et surtout ses grands écarts avec la morale, François Fillon est aussitôt monté sur ses grands chevaux, jugeant indignes les propos tenus par Emmanuel Macron qui avait qualifié de crime contre l’humanité et de barbarie la colonisation française en Algérie. Sur ce plan, le clivage entre les deux candidats est flagrant, François Fillon ayant exprimé sa volonté en août dernier de réécrire l’Histoire de France sous forme d’un grand roman destiné à glorifier uniquement les grandeurs de la Nation et n’hésitant pas à affirmer que « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique ».

Quant au Front National, il se déchaîne, accusant Macron de tirer dans le dos de la France depuis l’Algérie et le jugeant indigne de représenter la France à partir du moment où il ose dénigrer certains pans de son histoire.

Mais qu’a donc bien pu dire Emmanuel Macron pour déclencher de telles passions sur un sujet qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas franchement au cœur de la campagne électorale ni au centre des préoccupations du Français moyen ? Il suffit pour s’en rendre compte de surfer sur le site d’information particulièrement bien fait de TSA (pour « Tout sur l’Algérie », tout simplement…). On peut y voir in extenso l’interview télévisée donnée par Emmanuel Macron et diffusée mardi 14 février 2017 à la chaîne algérienne Echorouk News.

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Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le candidat à la présidentielle fait preuve d’un ton éminemment mesuré et responsable, très éloigné de celui qu’emploient ses adversaires pour le dénigrer. L’essentiel de son discours porte d’ailleurs sur des aspects plus généraux liés au renforcement de la coopération entre la France et l’Algérie, qu’il appelle de ses vœux dans de nombreux domaines culturels, mais aussi économiques et diplomatiques voire sécuritaires mais aussi linguistiques.

Sur la colonisation française en Algérie, Emmanuel Macron commence par citer une phrase qu’il avait lui-même employée la veille lors d’une intervention précédente : « La France a apporté la déclaration des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ». Le propos résume finalement assez bien la position de Macron qui ne nie pas les effets bénéfiques de la colonisation mais ne cherche pas non plus à en masquer les effets délétères et les excès auxquels elle a donné lieu : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il ainsi expliqué.

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On le voit, le propos n’est pas aussi caricatural que certains voudraient le faire croire. Il est d’ailleurs cocasse qu’on lui ait fait exactement le procès inverse, comme le lui rappelle le journaliste qui l’interroge, pour avoir déclaré en novembre dernier dans une interview au Point : « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ».

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Serait-on encore, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un tel climat passionnel qu’il ne serait pas possible d’envisager avec la sérénité et le recul de l’historien, les deux faces antagonistes de la colonisation comme s’efforce de l’exprimer Emmanuel Macron lorsqu’il déclare : « La colonisation est un acte de domination et de non reconnaissance de l’autonomie d’un peuple. Tout en reconnaissant ce crime, je ne veux pas qu’on tombe dans la culture de la culpabilisation sur laquelle, on ne construit rien. C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble » ?

Combien de temps faudra t-il encore pour que Français et Algériens puissent enfin regarder en face ce passé qui décidément a bien du mal à passer ? Il n’est finalement peut-être pas inutile que certains, de temps à autre, mettent un peu les pieds dans le plat pour rappeler des vérités que l’on aimerait tellement oublier après les avoir discrètement glissées sous le tapis. Ce n’est pas dénigrer son pays que de rappeler que ses responsables n’ont pas toujours été irréprochables ! Un regard lucide et objectif sur les erreurs du passé n’est jamais inutile et vaut sans doute mieux qu’une réécriture aveugle et orientée de notre histoire commune…

Ceci dit, Emmanuel Macron n’imaginait sans doute pas soulever un tel tollé en exprimant en Algérie ses réflexions sur la colonisation et il s’est du coup senti obligé, de retour sur le sol français et face à la polémique naissante, d’enregistrer un message vidéo spécifique pour expliquer et justifier sa position. C’est le problème quand on met les pieds dans le plat de couscous : on risque ensuite de pédaler quelque temps dans la semoule…

L.V. lutinvert1small

Croisière autour du monde : 8ème escale

12 février 2017

Des nouvelles de nos deux croisiéristes en vadrouille autour du monde à bord du Queen Elisabeth, après leur dernière halte à San Francisco.

Mercredi 8 février :

Sur le bateau, quelque part dans l’Océan Pacifique entre San Francisco et Hawaï…

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A bord, la musique est partout et c’est toujours de la musique vivante et non un enregistrement. Ici vous avez le quatuor à cordes Tiffany, mais aussi un orchestre de jazz et un piano solo…

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Ici deux duos très performants : flûte traversière et guitare par 2 jeunes Allemands, piano et violon par deux Anglais.

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blog394_phhonolulu3Jeudi 9 février :

Quelques mots sur Hawaï que nous atteignons aujourd’hui. C’est un archipel de 6 îles appartenant aux USA qui les ont annexées en 1898. Hawaï est la plus grand île de l’archipel, Ohau la plus peuplée, les autres étant Honolulu et Pearl Harbour où nous feront escale demain, puis Mauï où nous ferons escale ensuite, mais aussi Lauai, Molokai et Kauaï.

Elles ont été découvertes par Cook, le grand homme de la région dont le nom revient à chaque fois ! Il y avait La Perouse aussi bien sûr mais il a été probablement tué et peut-être même mangé dans les Samoa… Des traces retrouvées récemment laissent à penser que les Espagnols avaient peut être trouvé ces îles 200 ans avant Cook mais qu’il ne s’y étaient pas intéressés…

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Les îles sont une grande destination pour le tourisme avec un climat très agréable toute l’année. On y pratique tous les sports nautiques et en particulier le surf. Deux vues de la plage de Waikiki à Honolulu…

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui !

blog394_phhawai3Vendredi 10 février :

Quelques mots sur Pearl Harbour où nous avons débarqué aujourd’hui. C’est un excellent mouillage à 11 km au nord ouest d’Honolulu et dont le nom vient du fait qu on y a élevé des huîtres perlières.

En décembre 1941, 150 avions japonais détruisent presque toute la flotte US et précipitent les USA dans la seconde guerre mondiale, faisant des milliers de morts.

Aujourd hui c’est un lieu de recueillement pour les Américains. On y évoque la mémoire de 3 bateaux en particulier, le SS Arizona, le SS Missouri et le SS Bowfin, un sous-marin.

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A Pearl Harbour, le sous marin Bowfin, la plaque d’accueil et des canons embarqués sur les sous marins.

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Une scène qui m’a évoqué irrésistiblement un plan du film culte de Fred Zinnemann, avec Burt Lancaster et Frank Sinatra, « Tant qu’il y aura des hommes »…

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blog394_phmaui2Samedi 11 février :

Hello, nous venons d’apprendre qu’il y a une modification par rapport à l’itinéraire prévu : avant d’aborder aux îles Tonga, nous nous arrêterons un jour (le 16 mars) à Apia, dans les îles Samoa, là où Robert Louis Stevenson a vécu les dernières années de sa vie et où il est enterré.

Par contre on est vraiment au bout du monde et je ne sais pas si les communications seront faciles ! Je ferai pour le mieux..…

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blog394_phmaui3Nous étions aujourd’hui sur l’île de Mauï. Dans le patio du Pioneer inn, le plus ancien hôtel de l’île. Une pirogue polynésienne et un bouquet de fleurs qui sont naturelles je vous le jure !

Pas grand chose à faire sur l’île de Mauï… Il faisait gris et donc prendre un bain n’était pas très tentant.  Des inondations avaient coupé la route menant aux volcans. Alors on s’est contenté de flâner dans le centre de la petite bourgade, sorte de super marché pour touriste proposant les inévitables tee shirts, magnets, colliers de fleurs en soie…

Sur la grand place nous avons admiré un banian géant, planté en 1870. Nous avons vu l’ancien tribunal et la maison du missionnaire Baldwin. Nous avons bu un verre dans le très charmant Pioneer Inn, premier hôtel construit à Mauï, et puis nos chaloupes nous ont ramenés au bateau.

En effet Mauï ne possède pas de port et on effectue le transport avec des canots appelés tenders. De retour à bord, une belle surprise nous attendait: des baleines s’ébattaient dans la baie et nous avons vu un festival de sauts, souffle projeté très haut, acrobaties de toute sorte effectuées par ces mastodontes qui sont en même temps si légers dans leurs déplacements dans l’eau…

Cinq jours de mer à présent pour rejoindre, en franchissant l’équateur, les îles Samoa. La mer est très calme et la température voisine de 25 degrés, fort agréable.

A bientôt !

Annie