Fréjus : un nouveau débarquement en Provence

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Timbre commémoratif (source © Histoire de)

Le débarquement de Provence fait d’ores et déjà parti de l’Histoire. Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, une armada de 2200 navires, dont 880 vaisseaux de guerre anglo-américains et 34 bateaux de la marine française, débarquent des troupes alliées sur les côtes varoises. Prévue initialement en même temps que le débarquement de Normandie, l’opération avait été retardée car Winston Churchill y était opposé, préférant une percée sur le front d’Italie vers les Balkans afin de prendre en tenailles l’armée allemande et arriver à Berlin avant l’Armée rouge.

Mais Charles de Gaulle, qui visait avant tout la libération du territoire national, avait réussi à convaincre les Américains de l’opportunité de ce débarquement en Provence, qui s’est donc déroulé un peu plus de deux mois après le déclenchement de l’opération Overlord sur les côtes normandes, alors que les alliés venaient de s’emparer d’Argentan et de parvenir à traverser la Loire mais se heurtaient encore à une farouche résistance allemande notamment à Saint-Malo.

Débarquement de Provence près de Fréjus en août 1944 (photo d’archive / source © TV 83)

Programmé sous le nom de code Anvil (enclume) puis rebaptisé Dragoon par Churchill qui assiste au lancement de l’opération à bord d’un destroyer, le débarquement des troupes se répartit sur trois secteurs de Cavalaire jusqu’à Saint-Raphaël. Des commandos français sont quant à eux débarqués sur les flancs est (à Miramar) et ouest (de part et d’autre du Cap Nègre) pour empêcher l’arrivée des renforts allemands, tandis qu’un parachutage massif a lieu entre Le Muy et La Motte.

Ce débarquement a connu un succès remarquable, aidé par le fait que l’armée allemande avait été bien dégarnie sur ce secteur, occupée qu’elle était à freiner l’avancée des troupes alliées en Normandie mais aussi en Italie où les Américains venaient de s’emparer de Florence, tandis que l’armée russe progressait rapidement dans les pays baltes. Dès le 19 août, les villes de Digne et de Sisteron sont libérées et les alliés poursuivent leur progression rapide à travers les Alpes, jusqu’à Grenoble qui est reprise dès le 22 août.

Défilé célébrant la libération de Marseille, sur le Vieux Port le 29 août 1944 (photo © Julia Pirotte / Réseau Canopé)

En Provence, l’avancée est rapide également et le 20 août, les premiers combattants alliés pénètrent dans Toulon qui sera entièrement reprise le 26 août. A Marseille où les FFI de la Résistance intérieure ont lancé l’insurrection dès le 21 août mais se retrouvent rapidement en grande difficulté, ce sont des régiments de tirailleurs algériens, de tabors marocains et de zouaves qui sauvent la situation en s’emparant d’Aubagne le 22 août puis en progressant vers Marseille où les combats seront acharnés jusqu’au 26 août, en particulier autour de la gare Saint-Charles et de Notre-Dame de la Garde.

La grande plage de sable qui s’étend à l’embouchure de l’Argens et du Reyran, juste en face de la base aéronautique de Fréjus, aménagé en aérodrome depuis 1911, a été l’un des théâtres du débarquement du 15 août 1944. C’est la force Camel, commandée par le général Dahlquist, à la tête de la 36ème division d’infanterie, qui avait pour mission de s’emparer de ce site stratégique.

Tortue caouanne regagnant l’eau après sa ponte sur la plage des Sablettes, dans la nuit du 11 au 12 juillet 2020 (source © Paris Match)

Mais cette même plage a été cette année le théâtre d’un tout autre débarquement, celui d’une tortue caouanne venue y pondre ses œufs… Dans la nuit du 11 au 12 juillet 2020, une tortue marine est en effet sortie des ondes pour débarquer sur la longue plage de sable fin des Esclamandes, qui s’étend entre Fréjus et Saint-Aygulf et y a pondu ses œufs. Un événement d’autant plus remarquable que la veille, vers 1 heure du matin, la même scène s’était déjà produite à moins de 2 km de là, sur la plage des Sablettes, située en plein centre ville de Fréjus, entre la marina de Port-Fréjus et le casino.

Ce sont des policiers municipaux en maraude qui ont assisté, ébahis, à la scène plutôt insolite sur cette plage particulièrement animée et où la vie nocturne n’est pas de tout repos. Nullement impressionnée, la tortue caouanne a lentement marché sur la sable, déblayé un trou avec ses fortes nageoires et a pondu ses œufs qu’elle a soigneusement recouverts avant de repartir vers le large. Des spécialistes ont immédiatement été appelés à la rescousse, parmi lesquels Sidonie Catteau, chef de projet tortue marine à l’association Marineland, également experte du Réseau tortues marines de Méditerranée française (RTMMF).

Site de ponte sur la plage des Sablettes, à Fréjus, protégé contre le vandalisme (photo © Philippe Arnassan / Var Matin)

Un enclos a aussitôt été mis en place autour du site de ponte pour éviter que les plaisanciers ne s’en approchent de trop près et ne viennent piétiner les œufs si fragiles, enfouis sous 20 cm de sable seulement. Aux Esclamandes en revanche, il n’a pas été repéré de ponte alors que cette même plage avait déjà été choisie il y a deux ans comme berceau par une autre tortue marine qui y avait pondu ses 78 œufs le 22 juillet 2016 sous les yeux d’une touriste. Il avait fallu alors attendre 70 jours pour observer les premières éclosions et les œufs avaient dû être sortis du sable et placés en couveuse les 10 derniers jours à cause de la baisse des températures. , 7 œufs avaient ainsi éclos, libérant de petites tortues pressées de regagner le rivage pour se mettre à l’abri des prédateurs.

Après 46 jours d’incubation, les premiers nouveaux nés ont regagné la mer ! (photo © Stéphane Jamme / Association Marineland / France3 Région)

Cette année, il a fallu attendre 46 jours, pendant lesquels les agents municipaux se sont relayés pour surveiller le précieux site de ponte. Mercredi 26 août aux aurores, les premières petites tortues ont pointé le bout de leur museau et se sont extraites du sable en gigotant avant de partir pour une course effrénée vers la mer où elles se sont rapidement coulées dans les flots. En fin de matinée, une dizaine d’autres petites tortues les ont suivies, mettant fin à cet épisode dé débarquement inédit.

Il est fréquent d’observer ce type de scène sur certaines plages de Grèce ou de Turquie mais l’événement reste assez rarissime sur les côtes méditerranéennes françaises et certains se demandent si ces débarquements inopinés de tortues marines ne sont pas une conséquence supplémentaire du réchauffement climatique. Des tortues marines qui n’auront en tout cas pas attendu pour regagner le large, le lancement de l’université d’été du Rassemblement national, prévue à Fréjus, comme ces deux dernières années, ce week-end des 5 et 6 septembre, dans la ville où David Rachline a été réélu dès le premier tour le 15 mars dernier. Marine Le Pen n’aura donc pas eu l’occasion de commenter en direct le comportement de ces tortues marines venues du Sud et surgies de la Méditerranée pour déposer sur le sol français leur progéniture innombrable, mais qui a le bon goût de repartir en courant dès sa naissance vers des contrées plus accueillantes…

L. V.

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2 Réponses to “Fréjus : un nouveau débarquement en Provence”

  1. Que nous enseigne l’histoire ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] troupes coloniales débarquées en Provence ont notamment participé à la prise de Toulon et de Marseille, avec un mois d’avance, en […]

  2. On a trouvé le Trésor de Carpiagne… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] de la Wehrmacht, jusqu’au 22 août 1944, lorsque plusieurs Goums du 2e groupe de Tabors marocains débarqués à Fréjus, partent à l’assaut du camp de Carpiagne depuis les hauts de Carnoux, avant de poursuivre leur […]

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