Archive for the ‘Culture’ Category

Katulu ? n° 60

13 juillet 2019

Vous l’attendiez tous avec impatience ? Le voici, le voilà : le dernier numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en avril et en juin 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n°60). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Dans la maison de la liberté

Interventions

David Grossman

Ce livre est la compilation de onze interventions de l’auteur entre 2008 et 2018, en Allemagne (Berlin, Munich, Francfort), en Italie (Florence), en France (publications dans Libération), à l’Université de Harvard, et à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

De nombreux thèmes y sont abordés, de manière récurrente : la recherche de la paix entre Israël et les Palestiniens, les effets dévastateurs de la guerre sur la société israélienne, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive. Et aussi une réflexion sur la littérature (qu’est-ce écrire ?), sur la liberté (quand suis-je libre ?).

L’auteur aborde son œuvre littéraire qui se nourrit du quotidien et de la « situation », euphémisme israélien pour désigner le conflit au Proche-Orient et comment le deuil (la mort de son fils tué pendant la guerre du Liban), l’angoisse existentielle et la violence l’incitent à écrire.

« Au cœur de la réflexion, une métaphore […] : la maison – et l’urgence, pour chacun de retrouver le sens d’un foyer commun, dont les murs seraient synonymes, non plus de séparation, mais de rapprochement, d’harmonie, d’échange et de fraternité. »

Quatre thèmes majeurs sont ainsi abordés : la légitimité de l’État Israélien, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive, le conflit israélo-palestinien, et enfin la politique du gouvernement actuel, avec la loi sur l’État-nation du peuple juif (19 juillet 2018). Et l’auteur de conclure : cette loi représente l’abandon d’une chance quelconque de clore un jour le conflit avec les Palestiniens. AVEC CETTE LOI ISRAËL A SOMBRÉ. « Nous avons mal à Israël et nous avons mal à sa falsification. »

Un livre très riche, impossible à résumer, très intéressant sur sa vision d’Israël, sur le conflit Israélo-palestinien. A lire… absolument !

                                                                                               Marie-Antoinette

 

L’opticien de Lampedusa

Emma-Jane Kirby

En octobre 2013, après le naufrage d’une embarcation, à 1 km des côtes de Lampedusa, qui fait 366 morts, l’auteure se rend sur l’île de Lampedusa pour enquêter sur le drame. Elle témoigne alors du sauvetage de 47 migrants par l’opticien de la ville.

Ce dernier est un homme d’une cinquantaine d’années, attentif à sa femme, soucieux de ses enfants. En somme, « monsieur tout le monde ». Ses amis tiennent une boutique l’été, ensuite, ils rentrent chez eux, à Naples. Ils déplorent la baisse de la fréquentation touristique de l’île à cause de la présence des migrants. L’opticien en a entendu parler : lui dont le métier est d’éclaircir la vision de ceux qui ne voient pas très bien, ne voit pas grand-chose de ce qui l’entoure.

Emma-Jane Kirby (photo © SDP)

A la fin de la saison estivale, l’opticien, sa femme Teresa et leurs amis ont prévu une balade en mer Ils embarquent un matin, la mer est calme, les mouettes crient. Mais ces cris incessants, étranges les intriguent, s’agit-il de mouettes ? Scrutant des points noirs à l’horizon, ils s’approchent … Des centaines de cadavres flottent autour du bateau, par centaines encore des naufragés se débattent en appelant au-secours dans une langue qu’ils ne connaissent pas.

Les huit amis lancent l’unique bouée de sauvetage de leur embarcation, tendent leurs mains pour extirper sans relâche des hommes à demi nus, à bout de force, qui s’agrippent au bord. Ils sauveront ainsi quarante-sept personnes.

Les jours suivant le drame, ils tenteront de revoir « leurs naufragés » prendre de leurs nouvelles, ils se verront éjectés faute d’accréditation. Ce n’est que de loin, brièvement, qu’ils pourront les apercevoir et se faire voir d’eux à travers le grillage. C’est un séisme qui a ébranlé leur esprit et leur corps. Entre crises d’angoisse, cauchemars, insomnies, dépression, asthme ou diverses maladies de peau ou de la nutrition, ils sont tous profondément marqués et peinent à retrouver leur équilibre.

C’est un récit court, saisissant, affolant, émouvant dans un style direct au présent. L’immigration est une tragédie humaine gérée par l’Europe de façon techniciste avec une profonde indifférence !

                                                                                               Antoinette

 

SALINA

Laurent Gaudé

Salina, cela vient de « sel ». Salina est la mère (du narrateur) au nom et aux larmes de sel. Cette femme a d’abord été l’enfant jetée par un cavalier solitaire dans la tribu Djamba quelque part dans un pays de caravaniers et de vaillants guerriers.

Ce conte colporte une histoire, une légende qui se transmet à l’infini des temps et des contrées. Rien ne sera dévoilé de l’origine de Salina ni de son mystère. Le destin de Salina nous plonge dans le merveilleux, la magie. Venue de nulle part, vivante contre toute attente. Résistante à des épreuves surréalistes. Les hyènes épargneront sa vie réduite aux cris.

Le cri parcourt ce récit. Il raconte la force sauvage. Il raconte la vie avec ses lots de douleurs, d’injustices, de violences. Le cri est violence. Il vient des entrailles. Il n’a pas de mots. Le cri est rauque, épais, lourd sans soulagement.

Laurent Gaudé (photo © Leonardo Cendamo / Leemage)

Ce conte fascine parce qu’il rapproche de ce qui nous caractérise, l’immuabilité de notre destin. Qui que nous soyons à travers des siècles et des siècles, il se noue entre nous des chaînes invisibles de destinées communes. Salina est sans doute une part de nous-mêmes avec sa voix fêlée, brisée par les épreuves de la vie et les exils qu’elle subit.

L’auteur nous entraîne surtout sur le chemin du Passage. Il nous plonge dans les rites de l’embaumement du fleuve à traverser pour atteindre l’île du cimetière du repos. Il nous délivre les valeurs de la transmission filiale, des devoirs, du respect de la mort et du poids de l’héritage.

Salina, c’est aussi une leçon de résistance, d’espérance, de transmission. Elle nous apprend que l’amour n’est pas un dû, qu’être mère reste un choix et que vivre dans la haine ou la vengeance apporte le malheur. Violences et rédemptions se côtoient et se disputent infiniment. Des rites mystérieux et ancestraux nous accompagnent de la vie à la mort et nous sont transmis à travers les siècles par la pierre, le papier, le chant, le conte.

                                                                                                          Nicole

 

Transparence

Marc Dugain

Avec Transparence, l’auteur aborde le roman d’anticipation, faisant ainsi penser à Jules Verne qui un siècle avant lui imagine des progrès scientifiques, pour certains justifiés par l’histoire. Il place son roman vers l’année 2068 c’est-à-dire cent ans après la révolution sociale de mai 68 qui, pour lui, marque la fin de l’ère scientifique pour entrer dans l’ère numérique.

En Islande, moins sensible au réchauffement climatique, son héroïne, après avoir quitté un poste de cadre chez Google, crée une société de contact pour couple, la société « Endless ».

Un jour, elle est dénoncée pour un geste apparemment criminel : on l’a vu pousser une femme du haut d’une falaise, au-dessus de l’océan glacial. Elle promet à la police expliquer son geste sous cinq jours et, au regard de sa position sociale, obtient ce sursis.

L’auteur, Marc Dugain (source : Gallimard)

Avec « Endless » l’héroïne est aussi en possession de milliards de données informatiques très secrètement stockées. Elle a également mis au point un processus permettant de rappeler une âme humaine dans un exosquelette, enveloppe perpétuellement regénérable, et de créer des êtres immortels sélectionnés pour leur haute moralité. Pour ces êtres d’exception, plus de nécessité d’alimentation, de sommeil ni d’adaptation à la température etc… Ceux qui ne sont pas éligibles sur le Net, ou ne le désirent pas, pourront se reproduire et quitter ce monde suivant le procédé classique libérant l’âme immortelle du corps périssable.

On comprend alors qu’elle a envoyé son double à la mer après un transfert vital dans un corps recréé. Voilà pour la trame romanesque. Mais l’intérêt se porte aussi sur le monde actuel avec une analyse des crises politiques, scientifiques et morales durant les cent dernières années. La planète risque-t-elle, à court terme, la double explosion volcanique qui va la ramener à l’état d’origine ? Peut-on sauver le « Savoir » en embarquant vers d’autres galaxies ? A vous de le découvrir…

« Nous aurions aimé en savoir plus sur cette jeune femme, mais apparemment, elle a laissé derrière elle très peu de données susceptibles de dire qui elle était vraiment. »

                                                                                               Roselyne

 

L’inconsolé

Kazuo Ishiguro

De cette œuvre se dégage surtout le thème du couple aux relations tourmentées. Elle suscite aussi des réflexions sur le spatial–temporel en nous plongeant dans un brouillage inquiétant, époques éloignées, décors étranges, fiction et réalités confondues, et le retour du Temps qui triomphe toujours à nos dépens. Ainsi de ce roman se dégage une souffrance discrète mais lancinante, un effort et une lutte têtus de ses héros, tous pétris de désespoirs, espoirs et finalement d’acceptation mélancolique d’un sort inévitable.

Le héros M. Ryder est un pianiste international célèbre qui arrive pour un concert dans une ville qui est « obséquieuse, ou étrange…». Dès l’entrée en matière, le livre fascine, le mystère plane. La ville est un personnage. De plus cette ville est-elle inconnue du héros ? Les hommes et les femmes rencontrés lui sont-ils réellement étrangers ?

Kazuo Ishiguro, Prix Nobel de Littérature (photo © Jeff Cottenden)

Le roman semble emprunter les codes du roman policier. Il aiguise l’intérêt et la curiosité du lecteur. Il nous entraîne dans une enquête où il s’agira de reconstituer les liens entre ces personnages, apprivoiser cette ville labyrinthe aux époques emmêlées et espérer le fameux concert !!

L’auteur ne cesse de nous plonger en effet dans un désordre temporel et un vertige spatial à couper le souffle. Nous sommes confrontés à la terrible question : rêve ou réalité ? ou cauchemar ? Toutes ces pages à lire, l’auteur à les écrire, nous à les vivre par procuration.  Les histoires se répètent inlassablement sans trouver solution ni consolation. Ainsi un indéfinissable chagrin parcourt ce roman où il semble que le succès de l’artiste n’efface ni la solitude ni n’étouffe son sanglot. Il parle avec pudeur de ces blessures invisibles liés à l’enfance. La rupture ou l’éloignement ne paraissent pas guérir une âme à jamais blessée. La souffrance reste sous-jacente même dans les silences, dans les séparations consenties ou les exils.

En conclusion cette lecture est usante, essoufflée, déchirante, accablante… mais inoubliable pour sa puissance évocatoire, la reconstitution des sentiments vécus dans nos rêves par exemple et son réalisme tragique sur nos pauvres destins humains.

                                                                                                          Nicole

 

Montedidio

Erri De Luca

Montedidio est l’histoire d’un gamin de Naples de treize ans à qui son père offre pour son anniversaire un « boumeran » qu’il garde toujours près de lui. Il le fait tourner, mais il ne veut pas le lancer il a trop peur de le perdre. Il est mis en apprentissage chez Mast’Errico, un menuisier de leur quartier, un brave homme qui héberge dans sa boutique un cordonnier roux et bossu, Rafaniello. Le jeune garçon esseulé par l’hospitalisation de sa mère trouvera un réconfort auprès de ce cordonnier qui répare les chaussures des pauvres de Montedidio sans se faire payer et qui lui raconte le temps où il s’appelait Rav Daniel et où il étudiait « les choses de la foi » ainsi que « le métier des souliers » dans le Talmud. Il lui raconte aussi son pays dont les habitants ont disparu dans la guerre et lui révèle qu’il possède une paire d’ailes dans l’étui de sa bosse pour voler jusqu’à Jérusalem.

L’auteur, Erri De Luca (source : Wikipédia)

Tout ce que lui dit Rafaniello, le jeune garçon le consigne par écrit avec soin sur un rouleau de papier que lui a donné l’imprimeur de son quartier. Si pour Mast’Errico, le menuisier, la journée est une bouchée et qu’il faut travailler vite, pour notre jeune héros son enfance sera également une bouchée, il devra mûrir rapidement : « Au printemps, j’étais encore un enfant et maintenant je suis en plein dans les choses sérieuses que je ne comprends même pas.» Montedidio est présenté sous la forme du journal intime de son jeune héros qui découvre peu à peu la bonté et la bienveillance comme les dangers du monde des adultes, la force de l’amour comme une alliance contre le monde extérieur et également en lui « une force amère capable d’attaquer ».

Une écriture poétique extrêmement légère : un beau livre !!!

                                                                                                          Cécile

 

Gabriële

Anne et Claire Berest

Ce sont les arrières-petites filles de l’héroïne qui ont écrit à quatre mains, en 2018, la biographie, passionnante, de Gabriële Buffet-Picabia.

Gabriële est née en 1881 dans une famille aisée, mais conservatrice. Elle se passionne rapidement pour la musique en tant que théoricienne, elle rêve d’être créatrice. Après ses études musicales à la Schola Cantorum, « lieu de l’Avant Garde musicale à Paris où elle rencontre Claude Debussy et Vincent d’Indy, pédagogue adoré qui « ouvre les fenêtres vers d’autres arts » elle part à Berlin en 1906.

Mais « la carrière musicale de Gabriële prit fin avec la rencontre de Francis Picabia». Il ne reste rien de son goût pour la musique, « pas une œuvre, aucune partition, pas même le titre d’un poème musical ». Tout de suite il va l’accaparer… Ils se marient le 27 janvier 1909 à Versailles.

Anne et Claire Berest (photo © Rebekka Deubner / Les Inrockuptibles)

Au contact de Gabriële, l’art de Picabia évoluera : « je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles … une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination ». Gabriële poursuit donc la mission qu’elle s’est donnée : apporter à son mari les éléments de pensée qui vont lui permettre de changer sa façon de peindre ; elle se plonge dans l’histoire de la musique et de la peinture, travaille sur des livres et des catalogues, conceptualise et trouve dans Hegel une idée qui la séduit : « l’art ne doit pas imiter la nature aussi parfaite que soit son imitation, rival de la nature, comme elle et mieux qu’elle, il représente des idées ; il se sert de ses formes comme des symboles pour les exprimer » « Francis, tu dois peindre les sons ! ». La couleur est vibration, de même que la musique, c’est l’intuition de Gabrielle.

C’est là que naît l’œuvre maîtresse de Picabia « Caoutchouc » ; on est en juin 1909, pour la première fois, un peintre peint quelque chose qui ne présente rien. Avant Kandinsky et avant Picasso. Caoutchouc est « le fruit de la pensée musicienne de Gabrielle » Picabia peint l’une des premières peintures abstraites de l’histoire de l’Art. Il y eut des doutes pour certains sur la paternité de l’art abstrait car celui-ci jaillit un peu partout à ce moment-là, mais Picabia fut le précurseur !

Un livre fascinant sur la vie d’une femme et d’un couple au début du 20éme siècle, la place injuste donnée aux femmes à l’époque, destinées surtout au ménage et à la maternité. Gabrielle a su occuper une place primordiale dans l’Art dont elle fut ardente théoricienne !

Josette J.

 

Dix-sept ans

Éric Fottorino

« Un dimanche de décembre, ma mère nous a invités à déjeuner chez elle ses trois fils nos compagnes et notre ribambelle d’enfants ». Elle va leur révéler un douloureux secret (« ce repas c’était Waterloo »), préambule à la confession qu’elle va leur faire ce jour-là : « le 10 janvier 1963 j’ai mis au monde une petite fille, on me l’a enlevé aussitôt je n’ai pas pu la serrer contre moi, je ne me souviens même pas de l’avoir vu, d’avoir vu le moindre détail, elle n’est pas entrée dans mes yeux. »

Elle qui était déjà « fille mère » se retrouve enceinte. C’était plus ce que pouvait supporter sa propre mère qui a organisé l’abandon avec la complicité de l’Église sans la consulter bien sûr : « honte sociale » se taire et oublier sans laisser le choix à la jeune fille mineure qui n’a pas droit au chapitre.

Éric Fottorino (photo © Joel Saget / AFP)

Alors que ses frères sont sous le choc et émus, Éric reste de marbre et rentre chez lui, persuadé que tout va bien. Il reprend ses cours à la fac mais en véritable automate. La semaine qui suit, il part à Nice, la ville où il est né, où il va tenter de percer le mystère de cette mère de 17 ans.

Cette recherche de la mère pour laquelle il n’a jamais pu témoigner de l’affection : ils ne se sont rien dit durant des années. Il va découvrir Lina jeune et jolie jeune fille, niée par les siens depuis son adolescence, entourée d’hommes qui lui donnaient un semblant d’amour qu’elle recherchait tant. A Nice, Lina va goûter à la liberté, à la chaleur et la lumière méditerranéenne.

A mesure qu’il reconstitue la vie de Lina, il se promène dans Nice, se familiarise avec les lieux qu’elle a connus, fait des rencontres improbables qui l’aident à se rapprocher d’elle. Plus tard au gré d’une rencontre, une femme lui dira « avec une kippa vous feriez un bon juif à la synagogue, il y a du juif en vous. Quel jour êtes-vous né ? 26 août c’est le nombre parfait des juifs ». Son père naturel, il le retrouvera à 17 ans, c’est un médecin juif.

Des retrouvailles apaisées entre une mère et son fils, cet amour filial entravé par un lourd passé : c’est cela que je retiendrai de ce roman. Les blessures et les secrets ne pèsent plus le même poids « l’amour de ma mère, je ne l’ai pas senti. Il a manqué une étincelle ».

Un style facile, des mots superbes, beaucoup d’émotion.

                                                                                               Suzon

 

Chien-Loup

Serge Joncour

Le roman se présente de façon originale. Deux périodes : juillet 1914 et août 2017. A chaque chapitre l’auteur change de période. On y découvre deux histoires à un siècle de distance. C’est surprenant parfois gênant !

Année 1914 : C’est le début de la guerre, les hommes sont partis. Nous sommes dans un petit village du Lot, les femmes gèrent les travaux des fermes. Le mont d’Orcières c’était des terres à vignes opulentes et gaies mais dévastées par le phylloxera à la fin du 19e siècle. L’angoisse et la peur pèsent lourdement ! On parle de hurlements, hourvari… aboiements heurtés et déchirants. Un dompteur, « un boche » arrive dans le village avec son cirque et ses fauves ! « cet Allemand là avec son armada de tigres et de lions tonitruants était travaillé par le mal ». Le maire lui propose d’occuper la maison inhabitée sur le Mont d’Orcières, lieu sauvage et inhospitalier. « Avant le boche, jamais Orcières n’avait reçu autant de colère et d’eau… tout foutait le camp désormais ».

L’auteur, Serge Joncour (source : Babelio)

Année 2017 : Un couple de parisiens, Frank et Lise, louent pour les vacances dans le Lot une maison « absente de toutes les cartes et privée de réseau, perdue au milieu des collines, de calme et de paix ! ». Éblouis par la beauté des lieux ils ignoraient que cette colline avait pendant la guerre de 14 abrité un dompteur allemand et ses fauves ! Une découverte étrange à leur arrivée : un chien loup, sans collier attiré irrésistiblement par eux semblant chercher un maître.

Franck contrarié par le fait que son smartphone ne capte pas de réseau s’adapte peu à peu, il s’attache au chien qu’il appellera Alpha ! Il découvre la nature environnante et surtout une espèce de fosse où il apprend qu’en 1914 des fauves ont été enfermés ! Franck va devenir, dans cette nature hostile « charognard », bourreau insensible qui n’hésite pas à emprisonner toute une nuit dans une cage ses jeunes collaborateurs qu’il a fait venir, à les perdre dans la forêt afin qu’ils signent l’avenant au contrat qui le protégera d’un monde de « requins » ….

L’auteur à travers ces deux histoires montre la violence du monde, par les guerres tragiques, mais aussi révèle la brutalité du monde contemporain, où on ne se fait pas de cadeau ! Il met en évidence aussi l’importance grandissante de l’écologie dans notre société actuelle, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les risques de manger trop de viande : « la barbaque » qui a provoqué le cancer dont Lise fut frappée !

Peinture d’une grande nature sauvage, images multiples des animaux : « dans l’animal le plus tendre dort toute une forêt d’instinct » dit l’auteur qui questionne la cohabitation hommes-animaux dans la nature.

                                                                                                          Josette J.

 

Lady Mary

Danielle Digne

Lors d’une exposition de peintres de l’époque victorienne à Londres, l’auteure est attirée par un tableau représentant une petite fille richement vêtue et qui dégage une indifférence à tout ce qui l’entoure. « Intriguée, mes recherches me mettent sur la piste de cette aristocrate érudite réputée pour sa beauté ». Son père, Evelyn Pierrepont, comte de Kingston, appartenait à la haute ligné, héritier d’une grande fortune. Avant de mourir sa femme lui avait donné 3 enfants : Mary née en 1689 en France, un an plus tard Evelyn en 1691 et William en 1692. Mary est élevée par sa grand-mère qui lui donnera le goût de la lecture.

Son père possède une bibliothèque où il lui est interdit d’entrer. Avec la complicité de son frère elle va pouvoir y accéder. Elle étudie 5 à 6 heures par jour, apprend le latin. Elle écrit dans son journal « je suis une femme je n’ai aucun avantage d’éducation j’ai 14 ans ».

Elle va rencontrer l’homme qui sera son mari Edward Worthley. Son père s’oppose à ce mariage, elle fugue avec son amant. Elle ne reverra jamais son père. Elle est présentée à la Cour : Mary est resplendissante, le roi Georges 1ere lui dit : « vous serez le joyau de notre cour » mais elle préfère s’ouvrir au monde littéraire et artistique.

Danielle Digne à La Ciotat (source : son blog)

Malheureusement en 1715 elle contracte la variole. Cette maladie fit des ravages sur son visage mais loin de se lamenter elle apprit à se maquiller pour surmonter la disgrâce.

Son époux est nommé ambassadeur extraordinaire en Turquie et ils partirent découvrir le monde. Les turkish embassy letters : au terme de ce périple Mary commence à écrire « terme d’un voyage qu’aucun chrétien avait entrepris depuis le temps des empereurs grecs ». Elle pense que ses lettres feront date : « je dois la vérité aux femmes des générations futures pour qu’elles s’inspirent de ma liberté ».

Mary entend parler d’un vaccin contre la variole. Elle veut protéger son fils de ce fléau qui avait abîmé son beau visage et emporté son frère. En cachette de son mari, elle fait pratiquer l’injection à son fils.

Le 24 juin 1718 les Wortley embarquent pour le voyage de retour. Rentrée en Angleterre Mary continua à briller par son esprit et ses reparties piquantes. Voltaire exprimera toute son admiration pour ses qualités littéraires. Elle tint parole en popularisant le vaccin de la variole en Angleterre.

Sa vie bascula en 1736, à 47 ans : elle rencontra Francesco Algarotti un italien de Venise. Elle quitte l’Angleterre pour Venise et passe les dernières années de sa vie en Italie et dans le sud de la France sans revoir le bel italien. Elle meurt à l’âge de 73 ans d’un cancer

Ses lettres furent publiées sans l’autorisation de sa famille, le succès fut immédiat. « J’ai tout sacrifié pour conquérir mon indépendance aliénée par le despotisme de la coutume. J’ai rompu avec toutes les attaches du cœur. Malgré cela je n’ai point trouvé l’indépendance et à cause de cela même je ne crois pas qu’on puisse la rencontrer ».

C’était un esprit libre, une personnalité unique par son caractère sa culture et l’éclat de son esprit. A une époque où les femmes étaient prisonnières des conventions familiales et sociales elle a démontré qu’elles avaient le droit de vivre leur propre vie et ne pas être l’esclave de leurs maris.

                                                                                                          Suzon

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Requiem pour les morts…et surtout les vivants

20 juin 2019

Le latin est un peu passé de mode, remplacé comme langue véhiculaire universelle par un anglais « globish ». La spiritualité occidentale y a sans doute perdu un peu de son mystère et les messes de leur musicalité. C’est pourtant une expression latine qu’Isabelle Jarry a choisi comme titre de son dernier roman : In paradisum, publié en février 2019 chez Gallimard. La traduction est transparente, comme l’est la référence au requiem, cette messe pour le repos éternel des morts, dont l’absoute commence justement par ces mots : In paradisum deducant te angeli : que les anges te conduisent au paradis.

Une spiritualité qui n’est pourtant pas la caractéristique première des 4 personnages principaux de ce roman foisonnant et particulièrement attachant : trois sœurs et un frère, tous dans la quarantaine, confrontés à l’inexplicable, la mort brutale et mystérieuse de leurs deux parents. C’est Thomas, le seul garçon de la famille, qui découvre les corps sans vie de Clarisse et Pierre Horubel, l’une étranglée, l’autre éventré : une mort violente et totalement inattendue pour un couple de jeunes retraités sans histoire dans leur résidence secondaire champêtre en Normandie.

L’auteur, Isabelle Jarry (DR)

L’auteur ne s’attarde guère sur les morts eux-même ni sur les circonstances réelles de leur décès. Ce sont plutôt les vivants qui l’intéressent, ces 4 frère et sœurs et tous leurs proches, conjoint, enfants, neveux, collègues de travail, amis, amants… La mort certes, surtout lorsqu’elle surgit ainsi à l’improviste, venant bousculer des vies bien remplies, en prise avec un monde moderne trépidant, joue l’effet d’un révélateur. Tous profondément athées, les enfants devenus orphelins, bien qu’adultes depuis longtemps et pas précisément bégueules, se posent beaucoup de questions sur le mystère de la mort et de l’au-delà, et pas seulement pour tenter de choisir en toute connaissance de cause s’il vaut mieux enterrer ou incinérer ces parents disparus sans crier gare ni laisser aucune consigne…

Chacun des chapitres de ce livre est centré sur l’un des membres de la fratrie. Des liens très forts les unissent, largement distendus avec le temps mais que la mort brutale des parents vient soudainement retisser. Et pourtant, chacun a sa propre personnalité, complexe, attachante, souvent pétrie de contradictions. L’aînée, Céliane, est passionnée par son travail d’enseignante en école d’architecture mais aussi par son projet un peu fou de maison flottante, imaginée avec ses étudiants, mais qu’elle a bien du mal à mettre en œuvre dans le milieu rural où elle tente de l’implanter. Camille, la mère de famille, organisée et efficace, mais déçue par sa vie de couple, fait de la figuration dans une maison d’édition à la dérive, tout en vivant une relation torride avec son amant à éclipses. Thomas, l’ex diplômé d’une école de commerce, ex directeur commercial et ex père de famille comblé, est en pleine crise existentielle après son divorce et la perte de son emploi. Pauline, enfin, la doctorante en anthropologie devenue fleuriste qui déploie une grande énergie pour faire tourner sa boutique tout en jonglant entre ses trois amants du moment, aussi différents que possible l’un de l’autre.

Isabelle Jarry (DR)

La particularité de ce roman dont il est bien difficile de s’extraire tant on s’y reconnait et tant on y reconnait notre monde de tous les jours, réside justement dans la grande finesse avec laquelle chacun de ces personnages, y compris tous ceux qui gravitent autour des 4 frère et sœurs, est peint. C’est une véritable fresque de notre monde moderne, où chacun forcément se retrouve au travers de toutes les facettes de ces personnages dont on fouille l’intimité au plus profond de leur être. Le style est parfaitement adapté pour rendre compte de cette vie de tous les jours, au ton très libre, plein d’humour et de finesse. L’amour, la mort, le sexe, le rapport au travail, à l’argent, à la nature, les relations entre générations, tout de ce qui fait partie de notre vie quotidienne, de nos émois, de nos interrogations, de nos doutes, voire de nos désespoirs, surgit ainsi au gré des cheminements de chacun de ces personnages saisis avec beaucoup de tendresse mais sans complaisance.

Pour qui a côtoyé un peu Isabelle Jarry, qui a déjà publié une dizaine de romans, récits de voyages et essais biographique dont un livre d’entretiens avec le naturaliste pacifiste et écologiste dans l’âme, Théodore Monod, grand arpenteur du Sahara, disparu fin 2000, ce dernier roman In paradisum révèle beaucoup de l’auteur qui y dépose, par petites touches, son expérience personnelle et sa grande humanité, fruit d’un intérêt pour l’autre, d’une grande capacité d’écoute et d’un sens inné de l’observation.

C’est ce qui fait le sel de ce livre qui se lit d’une traite tant les personnages sont attachants, en proie au doute et parfois à l’épuisement mais emplis d’une vitalité débordante qui les pousse malgré tout à se remettre en question, à rebondir. Le regard bienveillant de l’auteur qui décrit sans fard toutes leurs interrogations et leurs petits travers nous donne à voir chacun de ces personnages avec une grande tendresse. On les suit dans leurs cheminements et on se laisse totalement embarqué dans cette histoire. Malgré le tragique de la situation, on sourit beaucoup en lisant ce livre qui, plus qu’un requiem pour les morts, est un bel hommage à la vie, un encouragement pour ceux qui restent et qui doivent, tant bien que mal, se dépêtrer avec ce que les morts leur ont laissé. Une magnifique ode à la vie en quelque sorte, à la vie complexe et tortueuse dans laquelle chacun se débat comme il peut ! A lire en tout cas absolument…

L. V.

A l’école, le serment de la souris

16 juin 2019

Notre société est abreuvée d’information. Grâce aux outils numériques et aux nouvelles technologies de l’information, jamais nous n’avons eu accès à autant de données. Et ceci sans même avoir à se déplacer : un simple ordinateur portable relié à internet ou un smartphone donnent accès à une masse d’informations à laquelle les érudits les plus assidus des plus grandes bibliothèques du monde n’auraient jamais pu imaginer pouvoir un jour accéder.

Un enfant de 8 ans surfant sur internet (photo © Rex Features REX/ SIPA / 20 minutes)

Sauf que toutes ces données ne se valent pas ! Rumeurs, canulars, fausses informations, opinions délictueuses pullulent sur la toile et jamais sans doute nous n’avons été autant exposés à toutes ces « fake news » et autres « hoax » qu’il est parfois bien difficile d’identifier. Accéder à tout ce savoir sans se faire manipuler, voilà un enjeu majeur pour nos sociétés démocratiques…

Et cela commence dès l’école, car les plus jeunes sont aussi parmi les plus gros consommateurs de ces circuits de diffusion de l’information. Ainsi, selon une étude publiée en avril 2019 par l’HADOPI (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet), les trois-quarts des adolescents de 14 ans utilisent régulièrement un ordinateur, tout comme la moitié des enfants de 8 à 10 ans. Avant même d’entrer au collège, 83 % des jeunes internautes d’une dizaine d’années se connectent pour regarder des vidéos, 59 % pour faire des recherches sur Internet, 19 % pour envoyer des messages et 11 % pour échanger des courriels. Certains d’entre eux (3 à 5 %), ont même déjà pris l’habitude de commenter des blogs, participer à des forums, ou publier des images en ligne.

Un dessin signé Manuel Lapert (source © caricatures.fr)

C’est pour cette raison que l’Éducation nationale est de plus en plus vigilante pour inculquer dès l’école primaire l’esprit critique nécessaire pour consulter avec profit toutes ces données si aisément accessibles mais aussi potentiellement dangereuses si l’on n’est pas en mesure d’en mesurer la fiabilité. Être capable de discerner un fait d’une simple rumeur voire d’une manipulation délibérée s’apprend dès le plus jeune âge. Depuis maintenant 30 ans est ainsi organisée une « semaine de la presse et des médias dans l’école », justement pour inciter les élèves, de la maternelle jusqu’en classes préparatoires, à s’intéresser aux médias avec un œil critique et développer leur esprit d’investigation. Lors de la dernière session, qui s’est déroulée du 18 au 23 mars 2019 et qui avait pour thème « l’information sans frontières », près de 4 millions d’élèves répartis dans plus de 18 000 établissements scolaires français se sont ainsi mobilisés pour mieux comprendre le fonctionnement des médias, développer leur goût pour l’actualité mais aussi leur jugement critique et ainsi forger leur identité de citoyen.

 

Une démarche pour laquelle de nombreux enseignants sont particulièrement attentifs car elle se situe au cœur des apprentissages. L’une de ces institutrices, ancienne journaliste, enseignant en Haute-Savoie en classe de CM2, Rose-Marie Farinella, a ainsi été mise à l’honneur récemment par la MAIF qui évoque sa méthode pédagogique dans sa dernière lettre d’information.

Un programme ambitieux puisqu’il s’articule en 16 séances de trois-quarts d’heure chacune. La première étape consiste à comprendre ce qu’est une information et à la caractériser : un simple slogan publicitaire relevant d’une vague promesse diffère d’une véritable information fiable et vérifiable… Les élèves consultent différents médias et interrogent des journalistes pour se familiariser avec les 5 questions-clés qui permettent classiquement au chroniqueur de synthétiser les faits : qui ?, quoi ?, où ?, quand ? et pourquoi ?

Rose-Marie Farinella intervenant dans une classe (extrait vidéo © Hygiène mentale)

Puis les élèves apprennent à analyser et décortiquer des informations, ce qui suppose de se renseigner sur l’auteur de l’article, sur la date de publication, sur la date à laquelle l’événement s’est déroulé, mais aussi sur le média qui publie l’article et ses règles déontologiques, autant d’éléments que l’on a parfois tendance à zapper lorsqu’on surfe sur internet, au risque de prendre pour argent comptant ce qui ne sont que des fake news pourtant déjà identifiées comme telles.

Pour appréhender tous ces concepts, l’enseignante incite les élèves à s’exercer via des jeux de rôle. Nos journalistes en herbe apprennent à couvrir des faits divers, comme un accident de la route par exemple, mais aussi des sujets plus clivant, tels qu’une manifestation contre la chasse : certains élèves jouent le rôle des chasseurs, d’autres celui des écologistes, et les apprentis journalistes tentent de rapporter leurs différents points de vue sans prendre parti. Un bon moyen de comprendre que tous les témoignages ne se valent pas : certains évoquent des faits, tandis que d’autres relèvent d’une opinion. Or, rester objectif dans le traitement de l’information n’est pas si simple qu’il n’y paraît lorsqu’on a soi-même des convictions et des valeurs !

Les Hoaxbusters, chasseurs de canulars (extrait vidéo © Hygiène mentale)

L’apprentissage concerne aussi le traitement de l’image. Rose-Marie Farinella encourage donc ses élèves à recontextualiser l’image et à se poser la question du cadrage en se demandant ce qui peut se trouver « hors champ ». Pour cela, rien ne vaut la mise en pratique. Les élèves sont envoyés en reportage photo dans les rues voisines de l’école, avec pour mission de montrer ce qui est le plus esthétique ou le plus laid. Ils manipulent également le logiciel Photoshop, pour se rendre compte de la facilité avec laquelle on peut truquer une image. Puis vient le temps de la réflexion sur les intentions de ceux qui produisent de fausses informations : veulent-elles nous faire rire, nous convaincre, simplement générer de l’audience, ou cherchent-elles délibérément à nuire ?

Une partie de ces cours a été filmée par l’enseignante et on peut les visionner sur la chaîne Youtube Hygiène mentale, animée par Christophe Michel de l’Observatoire zététique, une association qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux et qui veille donc précisément à démêler le vrai du faux dans les nombreuses informations qui circulent à ce sujet sur la toile. On y voit notamment les investigateurs en herbe au travail dans leur salle de classe, affublés de masques qu’ils ont eux-mêmes confectionnés avec des coupures de presse, des masques de « hoaxbusters » ou chasseurs de canulars en bon français.

On les voit aussi, à la fin du cycle de formation, prononcer solennellement le « serment de la souris » : « Je jure sur la souris de mon ordinateur qu’avant d’utiliser ou de retransmettre une information, toujours je la vérifierai ! ». Presque aussi classe que le serment d’Hippocrate, et en tout cas bien utile pour garantir un esprit critique à ces futurs citoyens…

L. V.

Notre-Dame de Paris : un toit tout de suite ?

7 mai 2019

Lundi 15 avril 2019 : les Français stupéfaits découvrent en direct au JT de 20 heures les images saisissantes de la cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes. La toiture de cet édifice emblématique dont la charpente dans son état actuel a été posée entre 1220 et 1240, part en fumée sous les yeux médusés de millions de Français. Et dès le lendemain, au même JT de 20 h, le Président de la République, Emmanuel Macron, depuis son bureau de l’Élysée, annonce en direct que la cathédrale ravagée par le feu sera reconstruite : « Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore. Je veux que ce soit achevé d’ici cinq année ».

La cathédrale ND de Paris en flammes lundi 15 avril 2019 (photo © SIPA Press)

Cinq ans ! Le temps d’un quinquennat… Le symbole est fort L’annonce ne manque pas de panache et on en perçoit bien tout l’intérêt politique dans un monde où les annonces comptent plus que les faits, où la posture et la communication ont plus d’importance que l’action. Est-ce bien sérieux pour autant ? Honnêtement, quel maître d’ouvrage digne de ce nom peut ainsi programmer en moins de 24 heures la durée prévisionnelle d’un chantier d’une telle ampleur ? Et d’ailleurs, pourquoi 5 ans sinon pour que l’inauguration de la cathédrale ressuscitée coïncide avec l’ouverture des Jeux Olympiques de 2024 ? Encore un symbole qui en dit long sur l’ordre des priorités en matière de communication politique !

Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe, devant la cathédrale Notre-Dame, lundi 15 avril 2019 (photo © Philippe Wojazer / AFP)

Et ceci alors même que le bâtiment n’a pas encore pu être expertisé, que l’ampleur des dégâts réels n’est pas connue et que nul à cette date n’est capable d’assurer avec certitude que les murs chauffés à blanc durant l’incendie ne vont pas s’effondrer, au point d’ailleurs qu’il a fallu évacuer par sécurité un certain nombre d’immeubles avoisinant…

Le général Jean-Louis Georgelin le 26 avril 2016 à Paris (photo © Etienne Laurent / AFP.com)

Mais qu’à cela ne tienne ! L’exécutif n’a pas le temps de s’embarrasser de l’avis d’experts. C’est d’ailleurs à un militaire galonné, le général d’armée Jean-Louis Georgelin, ancien chef des opérations extérieures sur différents champs de bataille dans les Balkans comme en Afghanistan, que le Président de la République a confié la lourde tâche de mener à la baguette le chantier de reconstruction. Un homme à poigne, qui n’a pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds par les historiens de l’art et autres architectes des Bâtiments de France.

Quant à la fameuse flèche construite lors de la rénovation de l’édifice par Viollet-le-Duc en 1859, le premier ministre, Édouard Philippe, annonce que son sort sera tranché par un concours international d’architecture. Le recours aux techniques les plus modernes et aux formes architecturales les plus novatrices n’est donc pas exclu pour la reconstruction de la toiture de Notre-Dame de Paris : une preuve de plus que ce gouvernement progressiste en diable, ne reculera devant rien pour montrer qu’il est prêt à tout oser et que rien ne l’arrêtera…

Un tel volontarisme force le respect, d’autant qu’il est accompagné d’une véritable surenchère dans la course aux dons pour financer les travaux. Pour autant, on ne peut totalement s’empêcher de douter quant au réalisme d’un tel calendrier : est-il bien raisonnable de vouloir ainsi agir avec autant de précipitation et de brûler les étapes dans le seul souci de montrer son efficacité ? Certes, on se doute que les procédures réglementaires habituellement si tatillonnes dès qu’il s’agit d’intervenir sur un monument historique d’une telle importance, seront rapidement allégées et que le général 5 étoiles qui sera à la manœuvre ne se laissera pas intimidé par quelques fonctionnaires zélés.

Vue de l’intérieur de la cathédrale ND de Paris après l’incendie du 15 avril (photo © Christophe Petit Tesson / MaxPPP)

Et pourtant, on ne peut éviter de faire le parallèle avec le temps qu’il a fallu pour construire cet édifice. Décidée en 1160, lors de l’élection de Maurice de Sully comme évêque de Paris, la pose de la première pierre n’a eu lieu que trois ans plus tard, en présence du pape Alexandre III. Il fallu alors près de 20 ans pour édifier le chœur et son double déambulatoire, puis encore 10 ans pour construire les trois dernières travées de la nef et les bas-côtés, avant d’attaquer les assises de la façade et les deux premières travées de la nef. En 1250 enfin sont achevées la galerie haute et les deux tours en façade, mais les travaux se poursuivront jusqu’au début du XIVe siècle, avec notamment l’achèvement des portails, l’aménagement des chapelles du chœur et la mise en place des grands arcs-boutants du chœur et du chevet.

ND de Paris et l’ile de la Cité : extrait d’un plan de Paris vers 1510 (source © Archives nationales)

Certes, les techniques de construction ont beaucoup évolué depuis cette époque et les matériaux modernes que certains envisagent pour remplacer les milliers de poutres en chêne de la charpente et les tuiles de plomb qui constituaient la couverture de l’édifice, autorisent désormais des cadences d’approvisionnement et de mise en œuvre infiniment plus rapides. Il n’en reste pas moins qu’on peut s’interroger sur cette volonté du politique de vouloir à tout prix imprimer un rythme d’enfer dans la réalisation d’un tel chantier comme dans la mise en œuvre de réformes structurelles de nature à bouleverser certaines catégories sociales.

« Il faut qu’on laisse le temps au temps » disait François Mitterrand en 1981, répétant un vieux proverbe déjà cité par Cervantes, « Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l’échelle de l’histoire n’est pas celle des gazettes ». Une maxime que certains jeunes énarques pressés semblent avoir quelque peu oubliée…

L. V.

Carnoux : une conférence où on se dit tout…

1 mai 2019

Comme à l’habitude, c’est la salle du Clos Blancheton qui accueillait le public ce dernier vendredi d’avril, pour assister à la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien intitulée « On nous cache tout on nous dit rien… », sur le thème de l’influence des réseaux sociaux et de la communication de fausses informations.

Notre conférencier du jour était Alain Ghiglia, qui fut présenté conjointement par le président du Cercle Michel Motré, et par Christian Bonardo, ami personnel de l’intervenant et lui aussi ancien professionnel de santé. Alain Ghiglia est docteur en pharmacie de formation et a exercé en officine, à l’hôpital et pour des laboratoires. Sa carrière a pris ensuite diverses orientations et il occupe actuellement un poste de chef de projet en santé publique à la ville de Marseille où il intervient notamment dans les secteurs de la petite enfance, des addictions et de la vaccination.

Présentation du conférencier par Christian Bonardo (à gauche) et Michel Motré (à droite) (photo © CPC)

Il explique ainsi comment il en est venu à s’impliquer dans une démarche citoyenne pour s’opposer à l’attitude de plus en plus réfractaire de la population, influencée par des campagnes de désinformation développant des théories complotistes et parfois orchestrées par des groupes sectaires, en particulier sur la remise en cause du bénéfice de la vaccination.

Alain Ghiglia en conférence à Carnoux le 29 avril 2019 (photo © CPC)

C’est un comportement de « lanceur d’alertes » qu’il adopte afin de développer les positions rationnelles qui guident son action. Il en est venu ainsi naturellement à s’interroger sur les motifs qui poussent ces groupes de populations à croire et à suivre des propos sans fondements scientifiques, voire totalement irrationnels.

C’est avec les connaissances fournies par les études de la sociologie cognitive qu’il a construit ses propres raisonnements pour disséquer et analyser ces phénomènes. La sociologie cognitive consiste à analyser comment les individus perçoivent la réalité dans laquelle ils sont plongés (dépendant de leur culture, de leur niveau de connaissance, de leur environnement).

Alain Ghiglia a notamment expliqué comment les différentes théories du complot circulent facilement, grâce aux outils modernes de communication de masse que sont internet et les réseaux sociaux, et trouvent des oreilles réceptives pour ensuite propager ces informations non fondées voire fabriquées à des fins souvent malveillantes.

Sa grande connaissance de l’Histoire, de l’Antiquité à nos jours, lui permet de prouver que la théorie du complot n’est pas récente, depuis la guerre de Troie jusqu’aux manœuvres des services secrets de nos pays modernes, en passant par les conjurations dans l’empire Romain ou à la cour des Médicis. Pour autant, ces théories prennent actuellement une proportion qui devient incontrôlable dans des domaines touchant le grand public. Dans un passé encore récent, les autorités n’accordaient qu’une attention toute relative aux théories fantaisistes diffusées par des personnes ou groupes qualifiés d’illuminés.

Or, l’absence de prise en compte par les pouvoirs publics de ce phénomène provoque des effets mortifères. Ainsi, l’hésitation vaccinale se développant de façon exponentielle au sein du public à travers les réseaux sociaux aboutit actuellement à une dramatique épidémie de rougeole dans plusieurs pays.

Un dessin de presse signé Rodho

Comment cette influence peut-elle se propager aussi rapidement et sans discernement ? Alain Ghiglia constate que c’est depuis le début des années 2000, avec la création d’internet puis des réseaux sociaux grâce auxquels chaque individu de la société est devenu potentiellement diffuseur d’informations en toutes directions et sur la planète à la vitesse de la lumière. Par exemple, la France compterait 35 millions de compte Facebook…

Certes, depuis des siècles, la diffusion de nouvelles par l’écrit est un fait qui n’est pas nouveau, mais les proportions ont changé considérablement. Alain Ghiglia explique ainsi que chaque jour est édité sur internet en format pdf l’équivalent en volume de tout ce que l’humanité a publié depuis l’invention de l’imprimerie. Bien entendu, une telle masse d’informations dépasse largement nos capacités de compréhension et notre aptitude à les discriminer et à les vérifier.

Le conférencier s’appuie notamment sur les études de Gérald Brommer, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg et membre de l’Institut Universitaire de France. Ses domaines de recherche recouvrent en particulier l’analyse des croyances. Ainsi il explique que nos émotions guident notre perception et que la part de l’affect étant importante on privilégie ce qui nous plaît le plus, et ce qui nous coûte le moins en réflexion.

Il cite aussi le philosophe des sciences, Karl Popper (anglais d’origine autrichienne) : « toute science repose sur des sables mouvants » constatant que l’on peut prouver scientifiquement, par exemple, que le vaccin contre la rougeole est efficace, mais pas que les licornes n’existent pas ! Ces théories mettant l’accent sur la « réfutabilité » par l’expérimentation pour différencier la science de la pseudo-science.

Dans les ruines d’Hiroshima après l’explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945 (photo © AP/SIPA)

Alain Ghiglia donne une explication sociologique à l’évolution de nos modes de pensée concernant les sciences et la rationalité, rappelant qu’au XIXème siècle, le progrès, incarné par le développement des sciences et des techniques, avait une image très positive parmi la population. Mais le XXème siècle a mis un frein à cet engouement car la science y a été associée à des atrocités inacceptables telles que les exterminations de masse nazies ou les bombardements atomiques américains au Japon.

A partir de la fin du XXème siècle l’irrationnel a refait irruption dans nos sociétés, comme mode de pensée s’opposant à la raison, l’irrationnel proposant des « vérités alternatives » et niant les bénéfices du progrès. Une tendance fortement amplifiée par le développement de l’individualisme, chacun se sentant autorisé à dire ce qu’il pense, et par l’amplification rendue possible via le développement d’internet où chacun peut, sous couvert d’anonymat, diffuser très largement des informations erronées, voire des inepties.

Des informations qui sont souvent reprises, sans discernement, par un public manquant de références culturelles, d’autant que l’omnipotence de l’image, dans ces messages, vient marquer les esprits, bloquant toute réflexion où questionnement et leurs donnant un caractère de véracité apparente.

Ce sont les techniques modernes mises au service de la propagande et de la désinformation, largement utilisées au profit d’organisations politiques ou religieuses et de sectes. Alain Guiglia cite un exemple de technique de création d’une théorie du complot qui, pour être efficace en étant largement reprise sur internet doit associer des éléments violents et touchant l’affect, l’émotivité.

Post Facebook relayant le canular sur les Minions et les Nazis (source © 20 minutes)

Il s’agit en l’occurrence d’un canular créé de toute pièce par un jeune Chilien pour démontrer la crédulité des internautes et insinuant un lien entre les Minions popularisés par le film Moi, moche et méchant (Minions en anglais) paru en 2010, et des enfants qui auraient fait l’objet d’expériences nazies, le tout en s’appuyant sur une photo d’archive de la marine britannique montrant un équipage équipé de scaphandres. L’association de mots à forte charge émotionnelle, tels que « enfants » et « expérimentation nazie » ainsi que le lien avec une référence culturelle mondialement connue produite par Illumination Entertainment (et non pas par Disney Pixar comme le suggère le post initial) ont permis à cette intox de connaitre un succès foudroyant malgré les très nombreux démentis publiés rapidement. Un bel exemple pour attester de la crédulité d’une grande partie des utilisateurs des réseaux sociaux.

Un dessin d’actualité signé Wingz

Ce fait est aussi la conséquence de l’individualisation des comportements qui favorisent la diffusion d’informations, fruits d’un égocentrisme affirmé, l’internet ayant l’avantage de donner une égalité de parole à chacun et permettant de promouvoir des savoirs approximatifs, d’exprimer que son seul avis est incontestable, que sa conception de la loi est unique et doit être appliquée sans réserve.

Avant de donner la parole au public pour des questions-réponses, Alain Ghiglia a aussi fait un parallèle entre la diffusion sur internet de fausses nouvelles et la parution de nombreuses publications livresques diffusant eux aussi des théories farfelues mais qui enrichissent leurs auteurs. Durant les échanges avec le public, il est abordé le besoin de faire supprimer l’anonymat sur les réseaux sociaux : il suffirait pour cela d’interdire les pseudonymes et d’obliger à enregistrer son identité officielle lors de la création d’un compte.

Un dessin d’actualité signé Cerbère

Pour limiter la diffusion de « fake news » notre conférencier conseille de ne pas « partager » sans avoir pris le temps de bien décortiquer le sens du message, de repérer les mots clés d’une information, et d’en vérifier l’origine autant que possible. Il reconnaît qu’il est difficile d’être aujourd’hui en dehors du « tunnel informatif » utilisé dans notre société contemporaine, et qu’il n’est pas aisé d’éduquer les masses comme le montre l’exemple de l’hésitation vaccinale. Il fait remarquer que l’homme, depuis toujours, a besoin d’histoires et que dans le cadre complexe qui est le nôtre, ces théories du complot aident aussi à « réenchanter le monde ».

Plus rationnellement il déplore que les quelques mesures prises par l’Education Nationale pour aborder ce sujet auprès des jeunes ne soient pas portées par les bons intervenants, ni toujours avec les bonnes méthodes. Un débat qui s’est poursuivi par un apéritif dinatoire, offert par le Cercle, réunissant le public et le conférencier.

C. M.

Marseille : cure de jouvence pour la corniche Kennedy

26 avril 2019

A Marseille, la route de la corniche, qui longe le bord de mer, de la plage des Catalans jusqu’à celles du Prado, reliant les quartiers d’Endoume et du Roucas Blanc, a fait l’objet de gros travaux d’élargissement entre 1954 et 1968, sous la mandature de Gaston Deferre. Une promenade piétonne a alors été réalisée en encorbellement, surplombant la mer d’une dizaine de mètres et la corniche a été dénommée en hommage au président américain John Fitzgerald Kennedy, assassiné à Dallas en 1963 alors que le chantier était en cours.

Tronçon de la corniche Kennedy (source © AMP métropole)

Serpentant sur 3 km en bordure de la Méditerranée et offrant une vue imprenable sur le large et l’archipel du Frioul, cette promenade est constituée de deux trottoirs dénivelés séparés par un immense banc, réputé pour être le plus long du monde en bord de mer. Ce banc avait fait l’objet d’un premier ravalement effectué en 2009 au dessus de la plage du Prophète, mais 50 ans d’exposition aux embruns marins avaient fortement corrodé certaines des armatures pourtant indispensables pour assurer la stabilité des plaques en béton armé formant encorbellement et garantir la sécurité des milliers de promeneurs et de joggers qui empruntent quotidiennement cette promenade.

La Corniche Kennedy vue depuis la mer (photo © Diades)

Il était temps de réagir et la Direction des Infrastructures de la Métropole Aix-Marseille-Provence, désormais en charge de la gestion de cet ouvrage, a fait appel depuis 2016 à un groupement de maîtrise d’œuvre piloté par le bureau d’études Setec et mobilisant notamment sa filiale Diadès basée à Vitrolles, ainsi que l’architecte marseillais André Mascarelli. Il s’agit de rénover totalement la promenade entre le Marégraphe, près du pont de la Fausse Monnaie, et l’hôtel Palm Beach situé à l’entrée des plages du Prado. Le montant de l’opération n’est pas anodin puisqu’il devrait s’élever à 28 millions d’euros TTC pour ce lifting peu commun.

Les travaux sont programmés en deux tranches sur une durée totale de 5 ans, l’objectif étant que tout soit terminé avant les Jeux olympiques de 2024 dont certaines épreuves devraient se dérouler dans la rade de Marseille. La première tranche de travaux, dont le montant est d’un peu plus de 13 millions d’euros, a débuté en octobre 2018 et concerne un premier tronçon de 670 m entre le marégraphe et le Club des Dauphins. Elle se déroulera en 2 ans jusqu’en mai 2020, les travaux étant interrompus durant la saison estivale entre mai et septembre pour ne pas trop impacter l’activité touristique. Les parties d’ouvrage les plus gravement endommagées sont entièrement remplacées et les autres font l’objet d’un simple ragréage.

Les éléments d’ouvrage qui sont conservés seront désormais protégés de la corrosion marine par un dispositif de protection cathodique par courant imposé. Le fameux banc et le parapet seront refaits en béton fibré à hautes performances, le parapet ayant fait l’objet d’un travail architectural spécifique permettant de le mettre aux normes de sécurité actuelles sans le rehausser, ce qui aurait gêné la vue sur la mer, pour qui s’assoit sur le banc.

Dispositif provisoire de circulation sur la corniche pendant les travaux (source © AMP métropole / Info travaux octobre 2018)

La circulation automobile, qui se fait habituellement à 2 x 2 voies, a été réduite à 2 x 1 voies depuis le mois d’octobre, ce qui n’est pas sans susciter un certain agacement de la part des riverains. Un cheminement piéton a néanmoins été conservé, protégé par des palissades transparentes afin de préserver la vue sur la mer et sur le déroulement du chantier.

La piste cyclable en projet sur la corniche Kennedy (source © AMP métropole / Made in Marseille)

En parallèle a débuté en janvier 2019 un autre chantier consistant à créer une piste cyclable sur la voirie qui sera donc amputée d’une voie de circulation côté mer. Une bonne nouvelle pour les cyclistes et en particulier les porte-paroles du Collectif Vélos en ville qui se félicitent de ce nouveau projet sur lequel Martine Vassal s’était engagée. C’est néanmoins bien sûr une source de récrimination pour les habitants qui voient surtout les nuisances liées au chantier et les embouteillages qui en résultent. De quoi déclencher la fureur du président de la fédération des CIQ du 7ème arrondissement qui s’est plaint de la situation auprès du maire de secteur et s’est épanché au micro de France Bleu, estimant que « tout est fait à l’envers ! Nous avions proposé d’étudier le projet de piste cyclable une fois le Boulevard Urbain Sud ouvert et censé désengorger la corniche, c’est à dire dans 2 ou 3 ans et d’une offre de transports en communs supplémentaire ». Manifestement, pour certains Marseillais, la place du vélo en ville même sur une promenade aussi emblématique, ne fait pas partie des priorités…

Banc recouvert de céramique sur la corniche Kennedy (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le banc de la corniche Kennedy fait aussi l’objet d’un projet artistique des plus originaux, initié par l’art-thérapeuthe Paola Cervoni, qui dirige l’association Viv’arthe, et dont l’objectif est de recouvrir de mosaïque 77 portions du fameux banc. Il lui a fallu beaucoup de ténacité et 7 ans de patience selon le site Made in Marseille, pour obtenir les autorisations nécessaires pour cela. Mais le résultat est magnifique bien qu’engagé avec de bien faibles moyens en 2017 comme l’explique l’artiste : « Le concept est artistique et citoyen car les mosaïques sont réalisées dans des écoles, des centres sociaux, et une maison de retraite. Environ 900 élèves ont participé ainsi que trois mamies. J’avais besoin de cet aspect partage et transmission pour mon projet ». Un projet qui est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur puisqu’une entreprise marseillaise L’esprit Céramique, sensible à la démarche citoyenne et marseillaise du projet, soutient désormais l’idée en offrant à l’association Viv’arthe tout le carrelage nécessaire pour les 77 bancs. Sur la corniche de Marseille, les petits carreaux font les grands ouvrages…

L. V. 

Rappel : tout sur les fake news à Carnoux…

24 avril 2019

Dans le cadre des conférences du Cercle Progressiste Carnussien, se tiendra vendredi 26 avril 2019, à 18h30, dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, un échange animé par Alain Ghiglia, portant sur les réseaux sociaux et la communication de fausses informations.

Alors qu’un sondage récent réalisé par l’IFOP en décembre 2018 pour la Fondation Jean Jaurès et Conspirancy Watch, vient de mettre en évidence l’influence préoccupante des représentations conspirationnistes dans la société française où plus de 20 % des personnes interrogées se déclarent en accord avec 5 énoncés manifestement complotistes qui leur sont présentés, il peut être pertinent de s’interroger sur la manière dont l’information plus ou moins fiable se diffuse via internet et comment se transmettent les informations plus ou moins vérifiées via les réseaux sociaux.

Ce sont ces questions qu’abordera Alain Ghiglia lors de cette prochaine conférence ainsi que la manière dont se fabriquent les rumeurs, les théories du complot et les fake news qui ont tendance à envahir notre environnement, notamment dans le domaine de la santé publique, au point de remettre en cause l’efficacité même de certaines politiques publiques de prévention.

Un sujet brûlant d’actualité, à venir découvrir vendredi soir à Carnoux : l’entrée est libre et ouverte à tous et les échanges avec le public seront suivis d’un apéritif convivial.

Biodiversité : le poisson d’avril menacé ?

2 avril 2019

Un dessin signé Ignace, publié dans Medias presse info

La tradition du poisson d’avril serait-elle en train de se perdre ? Le changement climatique, pour une fois, n’est pour rien dans ce risque d’extinction massive d’une espèce déjà rare puisqu’on ne la rencontre guère qu’un jour par an. En revanche, la grande vogue des fake news, à force de semer le doute sur la véracité des informations colportées par les médias, finit aussi par inciter ces derniers à la plus extrême prudence dans l’art du canular. Déjà que les Français n’ont plus guère confiance dans l’indépendance et l’objectivité des journalistes, au point que ceux-ci se font parfois conspuer, voire molester par les Gilets jaunes en colère…

Le dernier baromètre annuel publié par La Croix en janvier 2019 était à cet égard éloquent : jamais les Français, depuis ces 32 dernières années, n’ont eu une confiance aussi limitée dans les médias ! Seul un quart des sondés jugent les journalistes réellement indépendants. Même la radio, pourtant considérée traditionnellement comme la source médiatique la plus fiable, n’inspire confiance qu’à 50 % des personnes interrogées. Pour la presse écrite, ce taux descend à 44 %. Il tombe à 38 % pour la télévision et dégringole à 25 % pour internet.

Face à une telle défiance, pas étonnant donc que des firmes comme Microsoft aient cette année demandé à leurs employés de s’abstenir de tout poisson d’avril : quant toute information devient suspecte, inutile d’en rajouter… « Les données nous montrent que ces blagues ont un impact positif limité et peuvent même entraîner une couverture médiatique négative » s’est justifié le directeur marketing du groupe dans une note aux salariés révélée par The Verge et citée dans Le Monde.

Difficile en effet de lui donner tort quand on constate à quel point certains canulars de 1er avril ont la vie dure. Ainsi de ce poisson d’avril publié en 2015 par une certaine « Monique Merlan », journaliste au Parisien, qui relatait que la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’était vue retirer son permis de conduire après avoir été arrêtée à 121 km/h sur le périphérique au sortir d’une réunion au cours de laquelle avait été décidée l’interdiction de circuler dans la capitale pour des véhicules de plus de 15 ans d’âge. La fausse information était si crédible que Libération devait encore s’efforcer de la démentir fin 2017…

Mais au-delà de ce risque de rumeur non maîtrisable, les médias se retiennent surtout de crainte de perdre encore davantage de leur crédibilité déjà bien entamée et qu’ils essayent de regagner en s’efforçant justement de débusquer les fausses informations et les intox en tout genre qui ont tendance à inonder les réseaux sociaux et qui se propagent le plus souvent sans aucune vérification.

France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, a ainsi publié, lundi 1er avril, un article expliquant ne pas vouloir « semer le doute ici et participer à mélanger le vrai et le faux, fût-ce pour plaisanter ». Même tonalité sur le site Numerama qui explique sa décision de « ne pas créer de fausses informations pour la blague du 1er avril. Cela ne colle pas avec le job d’un média ».

Poisson d’avril publié par Infoconcert sur Facebook le 1er avril 2019 (source © Infoconcert / L’internaute)

Reste que tous les médias n’ont pas eu cette retenue et que nombre d’entre eux n’ont pas pu se résoudre à oublier cette tradition séculaire du poisson d’avril dont l’origine remonterait à l’habitude de s’échanger des cadeaux pour le jour de l’an qui tombait fin mars jusqu’à ce que Charles IX décide en 1564 de la décaler au 1er janvier pour s’aligner sur le reste de l’Europe de l’empereur Charles Quint. Devenu un « faux nouvel an », la date devient prétexte à s’offrir de faux présents, voire se faire des blagues et des canulars.

On a pu apprendre ainsi, lundi 1er avril 2019, sur le site maddyness.com, que « Mounir Mahjoubi abandonne la course à la mairie de Paris pour rejoindre Amazon ». L’ancien secrétaire d’État à l’économie numérique qui vient tout juste de démissionner du gouvernement après avoir vainement tenté de faire signer une charte de bonne conduite aux GAFA, aurait ainsi annoncé sur Facebook rejoindre les équipes d’Amazon comme conseiller spécial de Jeff Bezos, chargé des relations publiques. Un poisson d’avril, évidemment, mais tellement crédible après avoir vu les étonnants changements de trajectoires de certains anciens responsables politiques reconvertis dans les affaires…

La police nationale aussi s’est déchaînée ce 1er avril, en publiant sur son site Twitter La police recrute, video à l’appui, une information selon laquelle elle allait désormais constituer des brigades de lapins : « Qualités olfactives, auditives, agilité… Les lapins sont de précieux compagnons dans nos missions. #LaPoliceRecrute Votre lapin est motivé pour rejoindre l’une de nos brigades léporiphiles ? Envoyez-nous sa candidature ! » Au moins aussi crédible que la police de Savoie qui indiquait sur son site Twitter : « Les produits de coupe des stupéfiants sont parfois dangereux pour la santé. Les commissariats de police de #Chambery #AixLesBains et #Albertville peuvent réaliser des test de qualité ». Avis aux consommateurs et trafiquants de stupéfiant : en cas de doute sur la qualité de votre produit, apportez-le au commissariat pour un test gratuit… Quant à la gendarmerie de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, elle annonçait de son côté s’être « dotée récemment d’une poule spécialisée dans la détection de produits stupéfiants ». Baptisée STUPS, elle aurait été « formée durant 10 semaines au centre national d’instruction des gallinacées ».

Voilà qui est sans doute révélateur du climat de surmenage qui règle parmi les forces de l’ordre : après des mois de mobilisation pour cause de manifestions récurrentes des Gilets jaunes, on sent que le besoin de décompresser devient irrésistible…

Theresa May à Londres le 15 novembre 2018 (photo © Matt Dunham / AFP)

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut sans doute pas chercher plus loin ce qui a poussé nos amis anglais, en proie aux affres d’un Brexit dont ils ne savent plus comment se dépêtrer, à publier dans le journal conservateur The Telegraph un article repris par Courrier international et informant ses lecteurs que « Le bureau du Cabinet a pris la décision inhabituelle de demander aux médias de ne pas publier les traditionnelles blagues du 1er avril au cas où elles déclencheraient des achats paniques ou provoqueraient des émeutes. »

A en croire ce journal, « lassés des fake news dans cette dernière ligne droite devant les mener au Brexit, Theresa May et son gouvernement auraient ainsi prétexté une loi vieille de 1653 pour les freiner le temps d’une journée ». Evoquant des rumeurs selon lesquelles les Britaniques pourraient manquer de papier hygiénique en cas de sortie de l’Europe sans accord, le porte-parole du gouvernement aurait ainsi déclaré : « Notre message au public est le suivant : si vous entendez à la radio un avertissement effrayant sur un Brexit sans accord, ce n’est pas une blague, c’est juste la politique du gouvernement. », un porte-parole du nom d’Ali Ploorf… l’anagramme d’April Fool’s, qui signifie poisson d’avril en français. Voila qui est rassurant : malgré le contexte morose, les Anglais n’ont pas totalement perdu leur légendaire sens de l’humour !

L. V. 

Katulu ? n°59

15 mars 2019

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en janvier-février 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu59). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

Dans une brève introduction, Françoise Héritier raconte qu’après la publication de sa « fantaisie » autobiographique appelée Le sel de la vie, elle désira utiliser les documents et notes inemployés, simples pensées jetées sur le papier tout au long de son existence.

De bric et de broc est pour cette raison le titre de la première partie. Elle est écrite presque sans point ni majuscule ; les idées coulent et découlent sur une cinquantaine de pages d’émotions anciennes et contenues dans forme récitante… mais subtilement organisées.

L’écrivaine Françoise Héritier (photo © Leemage)

Façonnage est le titre de la seconde partie faite de souvenirs. Depuis « Ce jourd’hui, ce lundi de Pâques 2017 », où elle est si triste de se sentir décliner, consciente qu’elle ne sait rien, « à peine savoir vivre », elle remonte vers son enfance, sa famille affligée par la guerre, ses lectures, l’adolescence confinée des filles de son époque, ses études, sa rencontre magique avec Lévy-Strauss.

En 1983, on lui diagnostique une polychondrite atrophiante évolutive, maladie rare auto-immune, qu’elle traitera avec persévérance. Mais dans ce dernier ouvrage, elle constate « La nature s’affaiblirait-elle au même rythme que nous ou la devancerions-nous sur le chemin d’une perte où elle nous accompagnerait obligeamment en nous donnant le change… Qu’est-ce que savoir, qu’est-ce que vieillir ? »

Alors elle se tourne vers l’humour et la légèreté des amitiés « sans arrière-pensées, sans chausse-trappes, sans ambiguïté, simplement parce que c’est nous… » dit-elle citant Montaigne.

Un livre bref, un livre fort, un livre tendre.

                                                                                                          Roselyne

 

Le dynamiteur

Henning Mankell

Ce roman, paru en 1973 a été traduit du suédois par René Cassaigne en septembre 2018 et publié aux éditions du Seuil.

En 1911, dans les vastes espaces, au pied d’une colline de schiste, une équipe de dynamiteurs arasent les reliefs pour aménager une voie ferrée. C’est une fin de journée.  L’explosion. Oskar Johanson, un grand gaillard de vingt-trois ans, blond aux yeux bleus, retombe inconscient et scalpé, une main arrachée. Dès son rétablissement, il est réembauché par l’entreprise. Il se débrouille bien dans la vie et au bout de quatre ou cinq ans, grâce à l’amour de sa femme, n’a « pas le sentiment d’avoir été handicapé ».

L’auteur suédois, Henning Mankell (photo © archives Reuters)

En 1962, sur une petite île, dans un vieux sauna en bois ayant appartenu à l’armée, le narrateur décrit l’installation précaire dans laquelle son vieil ami Oskar Johanson aime passer les mois d’été. Veuf, retraité, loin de ses deux enfants qui ont fait des études et travaillent dans des villes différentes, il est plutôt taiseux, mais il lui arrive de lâcher des bribes sur sa vie passée de travailleur, de syndicaliste, d’amoureux de sa femme Elvira rencontrée dans un cortège de manifestation car tous deux croient en la révolution.

Récit haché et fractionné lorsque le dynamiteur se rappelle les joies et les peines de la vie ouvrière, sur les cinquante premières années du vingtième siècle. Chapitre très court ou chapitre long, alinéas ou intervalles blancs, longs comme des silences. Mankell ajoute la typographie pour sensibiliser le lecteur à l’histoire du prolétariat suédois, « cette tentative de construction d’une société décente en une entreprise de casse sociale… Aujourd’hui, à l’extérieur des villes suédoises, il y a des ghettos…»

Et voici les derniers mots du livre : « Oskar est mort. Reste l’avenir. Exactement comme il disait ».

                                                                                                          Roselyne

 

Le problème Spinoza

Irvin David Yalom

Le problème Spinoza est un roman historique où l’auteur met en parallèle la vie de deux hommes : le philosophe Bento ou Baruch Spinoza qui a vécu au 17ème siècle entre 1656 à 1670 et Albert Rosenberg (1910-1946), l’idéologue du parti nazi en Allemagne. Irvin Yalom reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire en inventant des interlocuteurs recueillant les états d’âme de Spinoza et Rosenberg. Cela permet une approche très facile du cheminement de Spinoza, dont le livre l’Éthique détaillant sa pensée philosophique est inabordable pour les non-initiés.

L’écrivain américain Irvin David Yalom (source © Babelio)

Spinoza est issu d’une famille juive portugaise ayant fui l’Inquisition pour s’installer en Hollande. Il fut excommunié, mis au ban de la communauté juive. Les thèses auxquelles il croit et avec lesquelles il va tenter de vivre en harmonie le reste de sa vie : Dieu c’est la nature, tout est Dieu. Il n’a pas besoin des hommes. Toutes les religions sont des fabrications de l’homme pour maintenir les communautés sous le pouvoir de ceux qui les dirigent. Dans ce livre, la philosophie de Spinoza ne fait pas l’objet d’une analyse exhaustive, mais les principes fondateurs, et le contexte social au sein duquel ils ont vu le jour sont clairement exposés.

En parallèle, Albert Rosenberg, qui fut à l’origine de l’idéologie nazie prônant la supériorité de la race aryenne et l’antisémitisme, se trouve confronté d’une façon obsédante à la pensée que Goethe, qu’il vénère, puisse admirer ce philosophe, ce juif.

Le contraste est frappant entre celui qui sacrifie sa vie personnelle et se démarque de sa communauté afin de privilégier sa liberté de penser et est heureux de son choix et l’autre, véritable éminence grise du nazisme, Rosenberg, qui n’aura de cesse de se construire et d’évoluer au sein de l’appareil d’État, quémandant douloureusement la caresse servile d’un Führer qui l’utilise plus qu’il ne l’apprécie.

Deux portraits forts et complexes, tout aussi passionnants l’un que l’autre.

Ce roman permet d’aborder des questions philosophiques et religieuses sans difficulté. Il retrace aussi la manière dont les thèses du nazisme se sont diffusées et comment Hitler est arrivé au pouvoir et s’est servi de Rosenberg.

                                                                                                          Cécile

 

Carré 35

Documentaire d’Éric Caravaca du 01.11.2017

Les premières images : des images anciennes, un portail, une fenêtre ouverte. Éric interroge les membres de sa famille, lui est hors champ. Sa mère décrit sa fille : « Christine avait la peau très claire, elle avait beaucoup de papa ; elle a parlé vers 4 ans ; elle n’a pas pleuré à la naissance : maladie bleue. Le fils souligne : aucune photo d’elle « je n’en ai pas voulu sauf une sur sa tombe. J’ai tout brûlé même les films. Je naime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? pleurer »

Le réalisateur Eric Caravaca (source © Allociné)

Ce n’est qu’à l’adolescence qu’Éric et son frère entendent parler de leur sœur. Éric nous fait alors partager ses doutes. Ce deuil inconsolable relève de quelque chose de plus complexe et il cherche la vérité : il découvre que sa sœur est décédée à l’âge de 3 ans et que sa mère n’était pas présente lors de sa mort.

Alors qu’il pose les bonnes questions à sa mère qui ne peut pas dire la vérité mais uniquement sa vérité « elle se raconte une histoire elle se réinvente ». Et pourtant elle affirme « vous, on ne vous a rien caché on ne vous a jamais menti même si ça coûte ».

Carré 35 est un film au propos universel qui interroge sur l’intemporalité de l’image en réhabilitant l’existence d’une enfant morte à 3 ans, puis morte de l’absence d’images et de souvenirs. C’est aussi une rencontre entre une mère et son fils. Infiniment pudique et d’une grande délicatesse, le cinéaste ne juge pas, prenant garde de ne jamais heurter, afin de faire revivre un passé. Comme souvent dans les histoires de famille on tire un fil et on se retrouve avec la véritable bobine.

                                                                                                          Suzon

 

Fausse Note

Pièce de théâtre sur un texte de Didier Caron

Comment vivre confortablement avec son passé ? Faut-il l’effacer ou l’assumer ?

Nous sommes au Philharmonique de Genève, dans la loge d’un chef d’orchestre de renommée internationale, HP Miller (Tom Novembre) à la fin du concert. Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa femme pour souper, il est importuné par un spectateur envahissant, Léon Dinkel (Christophe Malavoy) qui semble être un grand admirateur. D’agaçant, cet intrus devient peu à peu inquiétant, dévoilant des informations sur la vie privée de Miller, sa femme Anna, sa famille, ses parents et son passé, jusqu’à révéler la véritable raison de sa visite : « il cherche des réponses car les deux hommes ont un passé commun ».

L’auteur Didier Caron (source © Théâtres parisiens associés)

Les phrases de Dinkel sont des couperets. Des éléments matériels viennent étayer ses mots, des vêtements, des lettres… C’est toute une entreprise de démolition de la vie de Miller qu’il a élaboré depuis des années. Dinkel ne savoure pas sa victoire ; il regarde cet homme qu’il a traqué pendant des années ; on le sent désabusé. Quand on a attendu longtemps sa vengeance ne mettons-nous pas un peu d’amertume à réaliser ce qui nous a tenu debout après un drame, les années étant passées ?

Est-ce que l’aboutissement est une rédemption ? « la vengeance assouvit elle la douleur du passé » ?

                                                                                                          Suzon

 

Un personnage de roman

Philippe Besson

Emmanuel Macron et Philippe Besson étaient amis assez proches et ce roman donne un portrait intime, proche mais avec certaine réserve !

C’est le 30 août 2016 quand E. Macron annonce sa démission de son poste de Ministre de l’Économie que P. Besson décide de le suivre de près et d’écrire l’histoire de cet homme qui a voulu prendre son destin en main.

L’auteur Philippe Besson (photo © Joël Saget / AFP)

Il se veut objectif mais présente son roman comme l’œuvre d’un écrivain, pas d’un journaliste. Il dit qu’il était en empathie avec son personnage, mais ça ne l’empêchait pas d’être franc et lucide vis à vis de lui !

Pourquoi ce titre « Personnage de Roman » ? Pour l’auteur, E. Macron est un personnage de roman, presque un héros, qui a su diriger sa vie, s’inventer un destin. Il s’apparente aux héros stendhaliens ou balzaciens : Julien Sorel (amoureux lui aussi d’une femme plus âgée) ou Rastignac, qui rêvait de conquérir Paris, la finance et les affaires ! Bien qu’Emmanuel Macron dise : « si j’aimais tant que çà les puissances de l’argent je serais resté dans cet univers. Mais je n’aime pas le cynisme qui s’en dégage ».

En juin après son installation à l’Élysée, P. Besson demande à Macron « Au fait, Emmanuel, pas de regret de ne pas être devenu écrivain ? ». Sa réponse fuse : « La vie n’est pas finie »…

On a reproché à ce roman de manquer de panache. On ne sent pas le bouillonnement intérieur de celui qui allait à la conquête du pouvoir ! Mais P. Besson défend son livre : « Il n’était rien, c’était un banquier, puis un ministre et là il s’engouffre dans le grand vent de l’histoire. C’est ce qui était intéressant pour le romancier que je suis d’essayer de comprendre cette trajectoire ».

                                                                                               Josette J.

 

Un tournant de la vie

Christine Angot

Ce roman commence ainsi : « Je traversais la rue… Vincent passait sur le trottoir d’en face. Je me suis arrêtée au milieu du carrefour. J’étais là, figée. Je regardais son dos qui s’éloignait. Torse large, hanches étroites ». Et il se termine ainsi : «Tout à coup, j’ai vu Vincent qui passait lentement… Je retenais mon souffle. Je ne bougeais pas. Je le suivais des yeux… Ma respiration a pris un rythme naturel. J’ai regardé son dos qui s’éloignait jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin de la rue. Et j’ai constaté que mon cœur ne battait plus. »

Christine Angot (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Et le lecteur/trice constate que Christine Angot raconte à la première personne du singulier l’histoire d’un amour rompu depuis neuf ans, qui se réanime vaguement au gré de ses humeurs, créant pour son compagnon du moment, un fin mulâtre prénommé Alex, un trouble d’autant plus douloureux qu’il est ami et fut compagnon de travail de Vincent.

Alex tombe gravement malade.

Retour d’âme de la narratrice qui constate… ce que je viens de citer plus haut. Et cela ne lui fait plus rien.

A moi non plus d’ailleurs !

                                                                                   Roselyne

Une belle leçon de philosophie !

11 mars 2019

Ceci n’est pas un scoop puisque cette vidéo a été publiée le 14 décembre 2016, il y a plus de deux ans, et qu’elle a déjà été visionnée des millions de fois notamment sur YouTube ou Dailymotion. Réalisée par l’Américain Meir Kalmanson, plus connu sous son pseudonyme Meir Kay, elle fait partie de ces vidéos virales qui tournent en boucle sur internet mais qu’on ne résiste pas au plaisir de partager pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue…

Extrait de la vidéo de Meir Kay (source YouTube)

C’est l’histoire d’un professeur de philosophie (joué par l’acteur Kim Emerson) qui donne une leçon de vie à ses élèves avec un pot, quelques balles de golf et autres accessoires : de quoi faire réfléchir tout un chacun au travers d’une performance pédagogique dont certains profs de philo pourraient avantageusement s’inspirer…

A lire ici

Un pneu d’opéra à Paris…

6 mars 2019

Jusqu’où l’art moderne ira-t-il se nicher ? Jusque sur les pilastres du grand escalier de l’Opéra Garnier sur lesquels trônent depuis le 30 décembre 2018 et pour un an seulement, deux gigantesques pneus de tracteurs !… Certes, les pneus sont dorés (en fait simplement recouvert de feuilles de cuivre mat sur un moulage en résine), mais tout de même, le mélomane ne s’attend guère à voir des pneus de tracteur dans un tel décor. Et nombreux sont ceux d’ailleurs qui ne se sont pas gênés pour exprimer leur rejet en s’épanchant sur les réseaux sociaux, devenus réceptacles du ressentiment ordinaire.

Les fameux pneus dorés dans le grand escalier de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Sur Twitter, les habitués de l’Opéra Garnier s’en sont évidemment donnés à cœur joie, évoquant pour certains « deux immondices dorés » ou se demandant s’il s’agit, en introduisant ces pneus de tracteur dans un haut-lieu de la bourgeoisie parisienne de sensibiliser cette dernière à la révolte des Gilets jaunes. « Le palais Garnier est sponsorisé par Michelin ? », s’interroge-t-on sur les réseaux sociaux, tandis que d’autres ironisent : « C’est le salon de l’auto ou quoi ? »…

Pourtant, force est de constater que ces deux gigantesques pneus de tracteurs de 2 m de diamètre, qui ont été réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Paris à l’initiative de l’artiste plasticien français Claude Lévêque, ne manquent pas d’allure dans cet immense escalier dessiné par l’architecte Charles Garnier sous le règne de Napoléon III.

Les anneaux lumineux dans la Rotonde de l’Opéra Garnier (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

En fait, ces deux pneus sont un des éléments d’une œuvre ambitieuse dénommée Saturnales, en référence à ces fêtes romaines qui se déroulaient une semaine avant le solstice d’hiver. Outre les pneus dorés, elle comprend notamment des anneaux lumineux accrochés dans la Rotonde, toujours cette référence aux formes circulaires qui évoquent « un carrousel, une invitation à la danse, à la valse »… Mais elle intègre aussi une sorte de diadème lumineux constitué de 16 branches d’inox illuminées la nuit, qui couronne le toit de l’Opéra Bastille.

Le diadème qui ceint le toit de l’Opéra Bastille (Photo © Christophe Pelé / Opéra National de Paris / Claude Lévêque)

Car tout ceci, qui a quand même coûté la bagatelle de 200 000 €, financée dans le cadre du mécénat d’entreprise qui a le vent en poupe en ce moment, s’inscrit dans les célébrations d’un anniversaire peu commun. Il s’agit en effet de fêter à la fois les 30 ans de l’Opéra Bastille, inauguré en 1989, et les 350 ans de l’Opéra de Paris, vénérable institution qui découle en droite ligne de la compagnie française d’opéras et de ballets fondée en 1669 sous le nom d’Académie royale de musique de Paris.

Eclair de néon rouge dans la pyramide du Louvre (Photo © François Guillot / AFP / Le Monde)

C’est Stéphane Lissner, directeur général depuis juillet 2014 de l’Opéra national de Paris, qui a invité le plasticien français Claude Lévêque à œuvrer au cœur du monument en lui laissant carte blanche. Né en 1953 à Nevers, l’artiste qui vit et travaille principalement à Montreuil a acquis une renommée internationale. Il a d’ailleurs représenté la France lors de la Biennale de Venise en 2009 et en 2014 son œuvre intitulée Sous le plus grand chapiteau du monde, qui consistait à parer d’effets lumineux le musée du Louvre et la pyramide, avait beaucoup fait parler d’elle.

« Je ne suis pas un artiste de la provocation » a coutume de dire Claude Lévêque. On veut bien le croire mais pour autant, ses œuvres ne laissent pas totalement indifférent…

L. V.

Un musée sous-marin bientôt à Marseille ?

25 février 2019

Récif artificiel immergé dans le Parc marin de la Côte Bleue (photo © Laurent Piechegut / BIOS / PMCB)

A Marseille, on adore immerger toutes sortes de structures au fond de la mer. Les premières expériences datent de 1983 sur la Côte Bleue, même si l’idée n’est pas nouvelle : les Romains déjà immergeaient des amphores au fond de la mer pour y attirer le poulpe et les Japonais se sont fait une grande spécialité de cette approche qui consiste à mettre en place, sur les fonds marins, des structures immergées durables destinées à favoriser le développement et la fixation de nombreuses espèces animales et végétale qui s’en servent de support et d’abris.

Entre 1986 et 1990, ce sont ainsi 183 structures artificielles en béton qui ont été immergées au large de Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins pour y recréer un habitat favorable au développement de certaines espèces halieutiques. Puis, à l’automne 2007, ce sont pas moins de 401 récifs artificiels de toutes formes et de toutes tailles qui ont été déposés par la Ville de Marseille à 25 m de profondeur entre la Corniche et les Iles du Frioul, afin d’essayer de redonner un peu de vie aux fonds marins totalement ravagés par la construction de la plage du Prado dans les années 1970 et par des années de déversements de toutes sortes. Plus de 10 millions d’euros ont ainsi été investis pour construire et mettre en place près de 30 000 m3 de récifs artificiels sur 220 ha, mais aussi pour assurer un suivi scientifique afin d’étudier l’impact d’un projet aussi ambitieux.

Récifs artificiels immergés au large du Prado dans la rade de Marseille (photo © DR / Made in Marseille)

Dix ans plus tard, la Ville de Marseille a fêté bruyamment la réussite d’un tel pari qui, malgré de nombreuses critiques, a permis de faire revenir de nombreuses espèces qui avaient déserté ces fonds marins et d’augmenter la biodiversité de ce secteur, le nombre d’espèces de poissons ayant été multiplié par trois en 10 ans. Une réussite qui tient sans doute aussi en grande partie au fait que la zone en question est désormais protégée par arrêté préfectoral, interdisant toute pêche, plongée, ou même simple mouillage.

Des plongeurs déposent des récifs artificiels « hôtel à poissons » d’une dizaine de tonnes à 30 mètres de profondeur au large des calanques de Marseille, le 30 janvier 2018 (photo © Boris Horvat / AFP)

C’est en tout cas fort de ce succès que la Ville de Marseille s’est lancée l’an dernier dans l’immersion de nouveaux récifs artificiels, cette fois dans les Calanques, au niveau de l’exutoire de Cortiou qui rejette en mer les eaux issues de la station d’épuration de toute l’agglomération marseillaise, Carnoux y compris. Un secteur où la qualité des eaux reste très médiocre avec des concentrations en métaux lourds, mais aussi en résidus médicamenteux ou en fragments de plastiques qui n’incitent guère à la baignade, comme l’évoque Sciences et Avenir. Une situation qui explique d’ailleurs les critiques soulevées par de nombreux défenseurs de l’environnement, craignant que le fait d’attirer artificiellement la faune aquatique à se fixer dans ce secteur, ne se traduise en réalité par une fragilisation de ces espèces soumises à un environnement très pollué.

Mais cela n’a pas empêché l’immersion en février 2018 de 300 t de récifs artificiels sous forme de blocs de béton déposés par 20 m de fond, sous le pilotage de la start-up montpelliéraine Seaboost et pour un budget de 1 million d’euros. Là aussi, un programme de suivi scientifique est prévu et l’avenir dira si les résultats sont à la hauteur des espérances malgré le contexte a priori guère favorable.

Plan de situation du futur musée sous-marin de la plage des Catalans (source : enquête publique / Made in Marseille)

En tout cas, immerger des objets en béton au fond de la mer est devenue une habitude bien ancrée dans la cité phocéenne puisqu’on y étudie également la faisabilité de créer un musée sous-marin au large de la plage des Catalans, un projet qui devait voir le jour dès le printemps 2017, mais qui a été retardé le temps de recevoir toutes les autorisations réglementaires nécessaires. C’est désormais chose faite puisque le Préfet a finalement donné son accord à l’issue de l’enquête publique qui s’était déroulée entre mai et juin 2018.

En l’occurrence, il s’agit d’immerger par 5 m de fond, à une centaine de mètres du rivage, une dizaine de statues entre lesquelles les visiteurs munis de palmes et de tubas pourront librement se promener, des statues qui serviront elles-aussi de récifs artificiels puisque la faune et le flore sous-marines pourront les coloniser.

Musée subaquatique d’art de Cancun

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle puisqu’un musée de ce type est ouvert depuis 2009 près de Cancún, sur la presqu’île du Yucatán au Mexique. L’artiste britannique Jason de Caires Taylor y a réalisé 400 sculptures dont certaines particulièrement spectaculaires que l’on peut découvrir au gré de ses plongées. Toutes réalisées avec du ciment alcalin, de la fibre de verre et différentes substances résistantes et écologiques, ces œuvres d’art ont été transportées sur des plateformes flottantes et immergées avec précision dans différents endroits, près de récifs naturels de manière à créer des salles de différentes thématiques.

Et ce n’est pas le seul site de ce genre puisque le même artiste, qui avait déjà créé un premier projet de ce type en 2006 sur l’île de la Grenade dans les Caraïbes, a récidivé cette fois au large de Lanzarote, dans les Canaries, où le Museo Atlántico a ouvert ses portes sous-marines début 2017 après 3 ans de travaux nécessaires pour installer ses 250 sculptures par 12 m de fond.

Lampedusa, une œuvre immergée de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Le résultat est saisissant d’autant que les effigies réalisées dans un béton spécifiquement adapté ont été moulées directement sur des habitants de l’île. Certaines sculptures représentent les migrants de Lampedusa venus s’échouer sur les plages des îles Canaries : « Ce travail ne se veut pas un hommage ou un mémorial aux nombreuses vies perdues, mais un rappel brutal de notre responsabilité collective. » explique d’ailleurs l’artiste. L’installation principale, appelée Rubicon, est constituée d’un groupe de 35 personnes marchant vers une porte, un point de non-retour, qui fait référence aux menaces pesant sur les océans de la planète.

Rubicon, œuvre magistrale de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Reste que le futur musée sous-marin de la plage des Catalans ne sera probablement pas constitué d’œuvres de Jason de Caires Taylor car l’artiste anglais a semble-t-il perdu patience en attendant la fameuse autorisation préfectorale que l’association des “Amis du musée subaquatique de Marseille” a finalement reçue fin novembre 2018 seulement, comme l’indique Made in Marseille, et ceci pour une durée de 15 ans. L’association qui porte le projet est donc désormais à la recherche d’un nouvel artiste pour meubler les fonds de ce qui sera le premier musée sous-marin en Méditerranée : avis aux amateurs…

L. V. 

A Marseille, la métamorphose du J1

30 janvier 2019

Le port de Marseille n’a pas fini sa mue ébouriffante. Après la rénovation des Docks, l’édification du MuCEM, la transformation du Silo en salle de spectacle, la rénovation des voûtes de la Major ou encore l’aménagement des Terrasses du port, et en attendant la reconstitution de la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée, c’est maintenant le hangar maritime J1 qui est sur la sellette et devrait bénéficier prochainement d’une belle cure de jouvence.

La façade du J1 côté ville avant la construction du viaduc autoroutier (photo © DR / Go Met)

Construite à la fin des années 1920, cette immense halle de 25 000 m2 a été conçue par l’architecte marseillais Gaston Castel, formé dans la toute nouvelle Ecole régionale d’architecture de Marseille ouverte en 1905 puis à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Alors architecte en chef de la Ville de Marseille, poste qu’il occupera jusqu’en 1941, c’est lui qui dessine les 5 bâtiments en béton armé qui constituent le gigantesque complexe formant la gare maritime de la Joliette. Le J1 (J pour Joliette, évidemment) est l’un des deux vestiges encore debout de cette construction, le seul à être pourvu de 2 étages, couvert d’une immense charpente métallique.

Surplombant 2 postes à quais, le hangar qui représente donc 3 niveaux de 8 500 m2 chacun, a servi longtemps au conditionnement des fruits et légumes transitant par le port de Marseille puis au transport des passagers embarquant pour la Corse et le Maghreb. Partiellement rénové en 2013 à l’occasion des manifestations de Marseille capitale européenne de la culture, les étages supérieurs du vaste hangar ont alors servi de hall d’exposition alors que le rez-de-chaussée continuait de recevoir les passagers des ferries en transit. Le site avait alors connu des records d’affluence, provoquant un engouement totalement inédit pour ses expositions gratuites déployées au dernier étage avec vue sur le port.

Exposition Le Corbusier dans le J1 pendant les manifestations de Marseille-Provence 2013 (photo © Philippe Houssin)

C’est le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) qui est toujours propriétaire de ce bâtiment imposant, offrant une vue imprenable sur la mer et les îles du Frioul, et dont une partie est encore utilisée pour l’embarquement des passagers vers la Tunisie et l’Algérie. Le site a été quelque peu laissé en jachère pendant plusieurs années au cours desquelles différents projets de transformation ont successivement avorté, puis a été repris en main à partir de 2017 par l’association MJ1, missionnée par la Ville de Marseille pour faire de ce lieu hors-normes un espace de happening, « au service du rayonnement et de l’attractivité de la Métropole ». Le J1 a ainsi accueilli en octobre 2017 une exposition intitulée « Le Monde tel qu’il va », issue des Rencontres de la photographie d’Arles, suivi de nombreux autres événements, dont un salon international d’art contemporain du Sud de la France…

Le hangar du J1 dans son état actuel (photo © GPMM / L’Antenne)

En parallèle, un appel à projet « Osez le J1 » a été lancé en juin 2017 en vue de « faire émerger un projet de prestige, innovant et pluriel pour la valorisation immobilière durable de la halle J1, l’aménagement de ses abords et la diversification des usages sur les postes à quais qu’elle surplombe ». A l’horizon 2020, l’ensemble du transit des passagers vers le Maghreb pourra en effet être transféré vers le terminal du Cap Janet, libérant la totalité de l’espace du J1 et le moment était donc venu de valoriser ce patrimoine potentiellement attractif et servant de trait d’union entre la ville et le port.

Après 2 ans de consultation, le GPMM a finalement dévoilé, le 11 janvier dernier, à l’occasion de la présentation de son bilan 2018, le nom du lauréat retenu parmi les 4 projets soumis, tous portés par des architectes de renom. Le groupement retenu par le jury allie Adim Immobilier Provence, la Caisse des Dépôts, le constructeur Vinci et le cabinet d’architectes Reichen & Robert et associés, lequel s’est fait une solide réputation sur les chantiers précédents de la Grande Halle de la Villette à Paris ou encore des Grands Moulins de Pantin en Seine-Saint-Denis.

La maquette du projet proposé par les lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt (photo © Reichen & Robert / La Tribune)

Le parti pris architectural retenu est relativement simple puisqu’il conservera l’essentiel de la structure existantes avec ses immenses verrières. Un nouveau fronton sera reconstitué côté ville pour rappeler celui qui avait été rasé en 1971 pour laisser la place à l’immense autopont édifié au ras du bâtiment. La grande place triangulaire latérale mise à disposition du projet ne sera pas construite mais abritée par une vaste ombrière accrochée à 10 m de hauteur, dont une partie sera aménagée en « jardin du retour », en souvenir des plantes exotiques que marins et botanistes rapportaient de leurs expéditions lointaines du temps de la splendeur du port de Marseille.

Maquette du projet avec le parvis et son jardin tropical surmontés d’une ombrière, ainsi que le quai nord pouvant accueillir des yachts de grande plaisance (photo © Reichen & Robert / La Provence)

Le groupement, qui devrait investir au moins 100 millions d’euros dans ce projet de « pôle multifonction » dont l’achèvement est prévu en 2023, bénéficiera ensuite pendant 70 ans du droit de l’exploiter. Les détails restent encore à affiner mais il est prévu a priori une piscine côté sud, des restaurants, un hôtel de 130 chambres, mais aussi 8000 m2 de bureaux et un espace de coworking dédié à des activités en lien avec le monde maritime. Les bateaux pourront d’ailleurs continuer à accoster sur le quai attenant, confirmant le rôle de lien entre la ville et le port.

Un beau projet en perspective qui devrait contribuer à renforcer encore l’attractivité de cette partie du port de la Joliette redevenu en quelques années un nouveau pôle d’attraction touristique.

L. V.

Éloge critique du vélo

19 janvier 2019

En France, 3 % seulement des déplacements quotidiens se font en bicyclette. C’est plus du double dans le reste de l’Europe, 10 % en Allemagne et 28 % aux Pays-Bas. Certes, rouler à vélo dans un plat pays est toujours plus aisé, mais quand même, la marge de progrès n’a pas échappé à l’œil exercé du gouvernement d’Edouard Philippe qui a donc publié, le 14 septembre 2018 son Plan vélo et mobilités actives.

Un programme ambitieux qui diagnostique les principaux freins à l’utilisation actuelle du vélo et projette de multiplier par trois l’utilisation du vélo d’ici les prochains Jeux olympiques de 2024 qui, comme chacun sait, se dérouleront en France, ce qui permettrait presque de redonner à la bicyclette l’importance qu’elle avait dans les années 1970…

Du coup, le plan gouvernemental ne tarit pas d’éloge sur la pratique quotidienne du vélo, gage de bonne santé, vecteur de la transition écologique, participant à décongestion des transports en commun, et moyen de transport particulièrement économique. Presque que des avantages qui font oublier les quelques désagréments du cycliste urbain qui frôle parfois la mort de près, cherche en vain les pistes cyclables, passe son temps à se faire insulter et parfois passer à tabac par des automobilistes irascibles, craint en permanence de se faire voler son vélo et respire d’abondance les gaz d’échappement des bus et des camions qui le précèdent…

Un dessin de Hub

Mais qu’à cela ne tienne : le Plan vélo prévoit la création d’un Fonds national « mobilité actives » qui sera doté de 350 millions d’euros pour soutenir la création de nouvelles pistes cyclables par les collectivités. Les règles du Code de la route vont encore évoluer pour mieux protéger les cyclistes tandis que des mesures sont imaginées pour réduire le risque de vol, encourager la pratique du vélo via le développement des indemnités kilométriques pour les déplacements à usage professionnel. On évoque carrément le développement d’une nouvelle culture du vélo… Rouler en vélo pour se rendre au travail ou faire ses courses va devenir un must !

Certes, quelques esprits chagrins regrettent que les évolutions soient encore bien lentes et finalement assez timides. A Marseille, le collectif Vélos en ville, se plaint que le projet de piste cyclable annoncé depuis 15 ans sur la Corniche Kennedy devrait seulement intégrer cette année la programmation de travaux du Conseil départemental à l’occasion du renforcement de cette voirie en encorbellement.

Et le site Weels, magazine en ligne sur le vélo urbain, a relayé au tout début de l’année un post Facebook d’un certain Bilook 75 qui détaille, avec beaucoup d’ironie, tous les griefs que l’on peut faire au cycliste, considéré comme « un désastre pour l’économie », lui qui est sobre dans ses dépenses de déplacement, mais aussi de stationnement, d’assurance et même de santé… Une véritable catastrophe pour le taux de croissance et le PIB qui s’accommodent très bien de modes de vie plus énergivores et plus polluants qui créent de nouveaux marchés permettant de faire des profits, même si c’est sur le dos du plus grand nombre et au détriment des générations futures !

Le même magazine évoque également une campagne de communication intitulée Bike For Brussels, initiée par l’opérateur de mobilité de la Région Bruxelles-Capitale, sur un ton complètement décalé. Les panneaux d’affichages montrent en effet des animaux à vélo se faire insulter par des automobilistes, mais en mode positif, avec des admonestations du style : « Sale petit conservateur d’environnement », « Bouge-toi, fils de Bobo anti CO2 », ou encore « Libérateur de parking en string ». L’humour est belge, traduit en Français et en Flamand comme il se doit, mais l’idée est plutôt bien trouvée : « Vous pouvez toujours insulter les cyclistes, mais insultez-les pour ce qu’ils font de bien », à savoir leur impact sur la qualité de l’air en ville, la décongestion des voies urbaines et la libération des places de parking…

Affiche publicitaire bruxelloise (source : Weelz)

Peut-être faudra-t-il d’ailleurs que le gouvernement français aille piocher du côté de nos voisins belges pour trouver les arguments permettant de contribuer à l’instauration de cette culture du vélo qu’il appelle de ses vœux. Car les exemples ne manquent, parmi lesquels on pourrait aussi évoquer les vidéos déjantées de Marie Chaussée, « PDG de la route », qui expliquent avec un peu de pédagogie et beaucoup d’humour les subtilités du « tourne à droite » et du « contresens cyclable », ou comment rouler à vélo en sens interdit autorisé.

Une vidéo de Marie Chaussée relayée par le site Weelz

La Belgique est décidément le pays de l’humour vélocipédique et la promotion du vélo en ville mérite sans doute de faire preuve d’imagination. On se souvient des conseils culinaires de Pierre Dac indiquant : « Cycliste, fortifiez vos jambes en mangeant des œufs mollets ! » et rappelant ce jugement plein de bon sens : « Il est idiot de monter une côte à bicyclette quand il suffit de se retourner pour la descendre », mais on ne dédaignera pas non plus cette recommandation, publiée dans le Républicain Lorrain en 1954 selon Le Figaro, et bien utile aux automobiliste en vue d’une cohabitation apaisée avec les cyclistes sur la chaussée : « Quand vous doublez un cycliste, laisse-lui toujours la place de tomber ». C’est bien la moindre des politesses en effet…

L. V. 

Les gilets jaunes vus de loin…

14 janvier 2019

Après une nette accalmie pendant les fêtes de fin d’année, le mouvement des gilets jaunes vient de reprendre de l’ampleur avec plus de 80 000 manifestants mobilisés sur toute la France samedi 12 janvier 2019 dont sans doute autour de 2 500 à Marseille et 3000 à Toulon où l’autoroute A50 a été temporairement bloquée tandis que le péage de La Ciotat reste entre les mains des Gilets jaunes. Pour cette neuvième manifestation nationale d’ampleur du mouvement, c’est un succès incontestable qui confirme que la mobilisation se poursuit.

Manifestation des Gilets jaunes à Marseille le 12 janvier 2019 (photo © Jean-Louis Boudart / France 3 Provence Alpes)

Depuis la mi-novembre 2018, date des premiers blocages de routes et de ronds-points en réaction à l’annonce de l’augmentation programmée des taxes sur les carburants, le mouvement de grogne sociale s’est nettement amplifié et élargi. Tout a déjà été dit sur ce mouvement qui fait parler de lui bien au-delà de nos frontières, suscitant selon les interlocuteurs craintes, mépris, incompréhension mais parfois aussi sentiment de solidarité.

Barricade improvisée par des Gilets jaunes sur les Champs Elysées à Paris, le 24 novembre 2018 (photo © François Guillot / AFP)

Globalement, les images de violence, les dégradations auxquelles se sont livrés certains casseurs notamment sur l’Arc de Triomphe, et les scènes de pillage près des Champs Elysées, en particulier lors de la manifestation parisienne du 24 novembre 2018 ont beaucoup choqué dans certains pays étrangers, où les médias ont tendance à mettre en avant le côté révolutionnaire et indiscipliné du peuple français en rappelant les précédents de 1968 voire 1848 ou 1789. C’est notamment le cas en Chine où la France est présentée par certains journalistes, comme « le centre de la révolution en Europe », ainsi que l‘a rappelé Libération.

Selon certains commentateurs chinois, ce mouvement qui traduit le mécontentement des classes moyennes face à une société inégalitaire et dans une contexte économique peu favorable ne peut qu’inciter la Chine à renforcer sa propre trajectoire visant toujours davantage de stabilité politique et de développement économique, comme le laisse entendre cet éditorialiste : « Alors que les Français descendent dans les rues, leurs semblables dans les pays asiatiques comme la Chine, le Vietnam et l’Inde se trouvent dans les salles de classe ou les usines et se battent pour leur futur ».

Fresque peinte sur un mur rue d’Aubervilliers (XIXème arrondissement de Paris) par l’artiste Pascal Boyart (photo Julien Duffé / Le Parisien)

Une analyse du quotidien Zhongguo Jingyingbao, rapportée par le Petit Journal, évoque quant à elle les errements politiques d’un Emmanuel Macron décrit comme « un jeune homme trop pressé qui n’a pas su garder les pieds sur terre » et lui rappelle doctement que si ses réformes suscitent autant de mécontentement, c’est parce que « pour réformer, il ne suffit pas d’avoir un projet. Il faut également de l’intelligence politique et une vision globale pour en maîtriser le rythme. »

Et les donneurs de leçon ne se limitent pas à l’Empire du Milieu… En Egypte, toujours selon Libération, un journal proche du gouvernement du maréchal Al-Sisi dénonce ainsi le « chaos » et la « sédition » qui gagnent la France comme au plus fort des printemps arabes, y voyant même la main des Frères musulmans en Europe voire une manipulation de Daech… Quant aux proches du régime syrien d’Al-Assad, certains n’hésitent pas à dénoncer « le régime de Macron qui réprime sauvagement les manifestants pacifiques » !  Même son de cloche en Iran où des médias pro-gouvernementaux dénoncent « le poing de fer de Macron qui frappe les Français à la tête, dans un Paris transformé en zone de guerre » et où certains n’hésitent pas à suggérer au Président Rohani de téléphoner à son homologue français pour « l’appeler à la modération » face à ses opposants…

Véhicule incendié sur les Champs-Elysées, samedi 24 novembre à Paris, lors de la manifestation des Gilets jaunes (photo © Bertrand Gay / AFP)

Quant aux Etats-Unis, on y admire le côté marketing du mouvement car, comme l’a noté le New York Times, « il n’y a pas eu de symbole de révolte vestimentaire aussi efficace depuis que les sans-culottes se sont saisis de leur pantalon pour se démarquer de l’aristocratie pendant la Révolution française ». Le Président Trump, observe de son côté avec beaucoup d’intérêt cette révolte populaire contre l’augmentation des prix de l’essence, n’hésitant pas à twitter : « Je suis heureux que mon ami Emmanuel Macron et les manifestants à Paris soient tombés d’accord sur la conclusion à laquelle j’avais abouti il y a deux ans. L’accord de Paris est fondamentalement mauvais car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays responsables ».

De quoi donner raison aux médias russes qui dénient tout caractère spontané à cette révolte populaire et y voient forcément la main de Trump qui chercherait une fois de plus à déstabiliser un pays pour y défendre ses propres intérêts, comme cela aurait été le cas lors de la révolution orange en Ukraine. C’est en tout cas l’analyse du quotidien officiel Rossiiskaïa Gazeta, cité par le Nouvel Obs, expliquant que  « l’affaiblissement de Macron, et avec un peu de chance sa démission, va dans l’intérêt de Trump ». CQFD…

Dessin signé Herrmann, publié dans La Tribune de Genève (source : Courrier international)

En Argentine en revanche, où le Président Mauricio Macri, élu en 2015, fait face lui aussi à une situation économique délicate et à des mouvements de contestation parfois violents, la correspondante de Libération a recueilli des témoignages de compréhension face au mouvement des gilets jaunes : « Les questions de pouvoir d’achat en berne, la violence d’un gouvernement libéral pour les riches, on connaît bien ça, malheureusement. Et la répression des forces de l’ordre aussi. Macron et Macriils se ressemblent beaucoup. Alors ils nous sont plutôt très sympathiques, ces gilets jaunes » !

Un dessin signé Zaïtchick (source : Blagues et dessins)

Une compréhension que l’on retrouve dans d’autres pays européens et pas seulement en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas, où le mouvement des Gilets jaunes trouve un certain écho. En Grèce, bien sûr, où la presse estime que le mouvement exprime un « mécontentement général qui dépasse la hausse des carburants » et qui rappelle furieusement les manifestations populaires parfois violentes qu’a connu le pays entre 2010 et 2014, alors étranglé et aux prises avec une crise politique et économique de grande ampleur.

En Italie, où le leader du Mouvement 5 étoiles a appelé les Gilets jaunes à « ne rien lâcher » et, ainsi que le souligne le Courrier International, le mouvement de protestation qui embrase la France depuis plusieurs mois, bénéficie d’une indéniable compréhension. Il faut dire qu’il rappelle furieusement celui dit des forconi (les fourches) qui avait surgi en Italie en 2013. Un mouvement qui n’était lié ni aux syndicats ni aux partis représentés au Parlement, né principalement sur les réseaux sociaux, et qui formulait également une série de revendications très larges et très confuses.

Manifestation des Forconi en 2013 (photo © Reuters / Europe 1)

A croire que les politiques menées à l’échelle européennes produisent finalement les mêmes types de réaction d’un pays à l’autre, ce qui n’étonnera personne…

L.V. 

Katulu ? n° 57

27 décembre 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres découvertes et partagées entre juin et octobre 2018, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu57). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

La carte et le territoire

Michel Houellebecq

Ce roman retrace une grande partie de la vie d’un artiste, Jed Martin, né dans une famille aisée mais où les relations humaines sont relativement réduites. Le roman se structure en 3 parties. Dans un premier temps il photographie des objets, cela sera pour lui un gagne-pain sans avoir le sentiment d’être un artiste, tout en vivant de son art. Il flashe sur une carte routière et se met à réaliser des centaines de photos couleur des cartes Michelin. Ceci va lui donner l’aisance de vie qu’il n’avait pas vraiment cherché… l’occasion de rencontrer Olga et d’une longue histoire d’amour… Mais il la laissera partir et les ponts seront rompus, sans discussion.

L’impression est étrange. Il est seul désormais, en fait il semble complètement handicapé par la relation humaine. Il n’a jamais eu vraiment d’amis. Il ne connaît que son père et encore très mal. C’est alors qu’il va, après avoir détruit toutes ses photos, se lancer avec beaucoup de frénésie dans la peinture de portraits de personnages : série des métiers simples puis série de « composition d’entreprises ». Il va ainsi passer presque 9 ans à accumuler plus de 60 tableaux.

L’écrivain Michel Houellebecq, le 5 octobre 2008 à Paris (photo © Olivier Laban-Mattei / AFP / Libération)

La deuxième partie du livre est le récit de l’exposition de ses tableaux et de sa rencontre avec Michel Houellebecq qui s’est retiré à ce moment-là en Irlande et qui est dans une phase dépressive. L’écrivain fait le catalogue de son exposition. L’exposition est un succès, tous les tableaux se vendent en particulier à des collectionneurs étrangers, à des prix exorbitants… Il va à nouveau rencontrer Olga… il a laissé passer l’occasion… toujours son incapacité de relations humaines dont il semble prisonnier pour la vie.

La troisième partie est consacrée à la recherche de l’assassin de Houellebecq et la fin de vie de l’artiste. Un assassinat abject. La police et tous les services spécialisés vont travailler sur ce crime et finir par l’élucider plus de 5 ans plus tard. A la tête d’une fortune colossale, Jed achète tous les terrains autour de la maison de ses grands-parents où il s’installe. Il va clore sa propriété pour que personne ne puisse y entrer. Il fait des photos, des vidéos, qu’il va retraiter informatiquement afin d’obtenir « ces trames végétales mouvantes, à la souplesse carnassière, paisibles et impitoyables en même temps…pour représenter le point de vue végétal du monde ». La nature reprend toujours le dessus des activités humaines dès que celles-ci cessent.

Ce livre est vraiment passionnant. Il décrit la vie d’un artiste très seul, créatif, mais enfermé dans son art, sans qu’on ait le sentiment qu’il en souffre vraiment. C’est aussi le cas de Houellebecq qui semble dans ce livre particulièrement dépressif en Irlande et très seul dans la campagne où il est assassiné. Il y a beaucoup de descriptions de situations, de l’état d’esprit des personnages, des paysages, des retours en arrière. Un style très vivant. Un très bon moment.

                                                                                                          Cécile

 

LE CAS EDUARD EINSTEIN

Laurent Seksik.

Ce livre est, sous une forme romancée, la biographie documentée du fils cadet d’Albert Einstein et de sa première épouse Mileva Maric. Mariés en 1903 ils eurent deux fils : Hans-Albert en 1904 et Eduard en 1910. Puis les époux se séparent : Mileva qui ne supporte pas Berlin vivra à Zurich tandis qu’Albert restera à Berlin pour son travail…. et d’autres tendres sentiments.

Très directement, l’auteur nous projette dans la vie d’Eduard Einstein, le fils cadet, à l’époque où commencent les crises psychiques qui vont perturber l’existence de ce garçon de vingt ans. Intelligent, il est en première année de médecine, et musicien, il a étudié avec les meilleurs maîtres. Albert est venu à Zurich proposer à son fils de partir avec lui aux États-Unis où il serait soigné. Eduard, qui ne lui pardonne pas sa séparation avec Mileva, lorsqu’il avait quatre ans, refuse. Il n’y aura plus le moindre contact entre le père et le fils.

Laurent Seksik (photo © David Ignaszewski / Koboy@Flammarion / Le Télégramme)

Plus tard, depuis Princeton Albert Einstein tente de faire venir ses fils, mais seul l’aîné, Hans-Albert, est autorisé par les services d’émigration à venir s’installer aux States. Pendant ce temps, en Suisse, Mileva consacre sa vie à soutenir son enfant handicapé et diagnostiqué schizophrène. Hospitalisé à Zurich dans une grande clinique psychiatrique, le Burghözli. Eduard n’a plus que sa mère pour tout référent. Il vivra jusqu’en 1965, relativement apaisé.

C’est alors que le monde se pose des questions au sujet du psychisme de la famille Einstein. Et c’est l’enquête de Laurent Seksik : analyse du cerveau du théoricien de la relativité. Commentaires journalistiques sur la photo des 70 ans d’Einstein tirant la langue comme un gamin malicieux. Solitude du grand homme, éloigné du programme atomique en fin de carrière. Mobilisation pour les grandes causes communistes ou humanitaires. Passion pour la musique et les artistes. Foucades pour les femmes. Incapacité volontaire ou non à communiquer avec ses proches.

L’analyse des correspondances échangées avec la famille, les amis, les confrères d’Albert Einstein ouvre des perspectives infinies (grosse bibliographie en fin de volume). Aux lecteurs de réfléchir aux raisons du non-dit, du non-fait, voir du silence volontaire.

                                                                                                          Roselyne

 

La vraie vie

Adeline Dieudonné

L’histoire se passe dans une sinistre banlieue belge, une forêt et un cimetière de voitures, une voisine pour le moins originale, Monica, qui raconte des histoires de dragons… La maison, avec un jardin, trois biquettes, dans un lotissement « une cinquantaine de pavillons alignés comme des pierres tombales ». « Dans la maison il y a 4 chambres, la mienne, celle de mon frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres ».

Adeline Dieudonné (source © Le carnet et les instants)

Le père immense « boit autant qu’il chasse et qu’il bat sa femme ». La mère insignifiante mais obsédée par le jardinage et les chèvres « une amibe un ectoplasme rempli de crainte qui ne se défend pas ni se plaint elle souffre en silence. » Elle, 10 ans, qui aime son petit frère d’une tendresse de mère. Dans la chambre des cadavres, des animaux empaillés, les trophées du père chasseur, des cerfs, des antilopes, des zèbres, un lion et dans un coin la hyène et la défense d’éléphant qu’il est interdit de toucher.

Les enfants font du cimetière de voitures leur terrain de jeux et attendent tous les soirs la visite du marchand de glace. Lorsque celui-ci est tué accidentellement, Gilles commence à avoir un comportement étrange, il torture les animaux domestiques et se mure dans le silence. La petite fille est persuadée que la hyène est allée habiter chez son frère et qu’elle vit à l’intérieur de lui. Elle se met en tête d’inventer une machine à remonter le temps qui lui permettrait d’empêcher l’accident mortel du vieux marchand.

Au fil de l’histoire, les dernières pages m’ont laissée KO. Je me demande comment cette héroïne garde espoir face à tant de noirceur et j’ai aimé avoir accompagné cette jeune femme qui n’a jamais capitulé face à l’enfer.

                                                                                               Suzanne

 

Frappe-toi le cœur

Amélie Nothomb

Dans ce livre, « la Belge au chapeau » raconte la relation mère-fille, complexe voire toxique, entre Marie la mère, Diane, sa première fille, son second enfant, Nicolas et la troisième, une fille, Célia. Marie aime être le centre du monde, se grise d’attirer les regards et surtout de susciter la jalousie, de voir briller dans le regard des autres une pointe d’envie. Évidemment elle séduit le plus beau garçon de la ville, Olivier fils du pharmacien. Quand sa première fille naît, la jolie Diane, couronnée de toutes les qualités, Marie perd l’admiration de son entourage au profit du bébé. Le calvaire de Marie commence : sa fille lui vole la vedette (Quelle beauté un si beau bébé !). Elle rejettera sa fille qui s’en sortira en ne l’aimant pas. Elle élèvera correctement son fils Nicolas et bouffera littéralement la dernière Célia.

Diane avait 5 ans et « elle se transforma en une créature désenchantée ». Elle se jette à corps perdu dans les études. Elle se prend d’amitié pour une de ses maîtres de conférence mais sera déçue en s’apercevant que cette femme se sert d’elle. Elle retrouve chez cette femme les défauts de sa mère envers elle.

Ce roman nous plonge dans les chemins tortueux de l’âme humaine et surtout cette relation mère- fille si importante si difficile mais indispensable. Avoir une fille c’est parfois délicieusement pervers.

Pourquoi le titre ? « Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est une phrase d’Alfred de Musset qui m’a impressionnée. Quelle révélation ! c’est un organe qui n’a rien à voir avec les autres, je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée de l’âme ».

Je ne raconterai pas la fin de ce roman : c’est à vous de le découvrir.

                                                                                                                      Suzanne

 

CAPITAINE

Adrien BOSC

« Nous ne saurions connaître le goût de l’ananas par la relation des voyageurs » se rappelle Bosc en préambule. C’est pourquoi il rédige sous forme de roman la vaste documentation accumulée en souvenir des personnages historiques qui embarquent le 24 mars 1941, parmi les 250 migrants, sur le « Capitaine Paul-Lemerle » assurant la jonction entre Marseille et les Antilles,armé par la SGTMV pour évacuer l’énorme afflux de personnes en attente de passeports et visas afin de fuir la France à moitié conquise, avant l’invasion hitlérienne complète.

Adrien Bosc (photo © Eric Feferberg / AFP / Stock)

Tout au long de la traversée, une myriade d’anecdotes nous rendront plus familiers l’écrivain André Breton, le jeune savant Claude Lévi-Strauss, le révolutionnaire russe Victor Serge et son fils Vlady, la photographe Germaine Krull, jusqu’au jeune militant de la cause noir, Aimé Césaire, en Martinique, qui sous l’impulsion de sa rencontre avec ces passagers remarquables, se verra conforté dans la publication de sa première feuille de chou, « Tropiques ».

Le bateau arrive à Fort de France le premier mai 1941. Et après cette interminable traversée, les passagers sont mis sous contrôle policier et enfermés au Fort du Lazaret… La Martinique est déjà sous les ordres de Vichy ! Préfet, policiers et gendarmes obéissent à une France collabo ! Alors, selon leur destination finale, les transfuges attendent dans l’anxiété les bâtiments qui vont les emmener vers le Brésil, Porto-Rico, Haïti où New-York. Pays d’accueil différemment réceptifs.

L’auteur, envahi par son sujet, nous projette dans un microcosme à l’image d’une société en crise fuyant l’horreur et cherchant l’espoir… Il conclut en un vaste épilogue sur les fenêtres magiques de sa recherche « obsessionnelle ». En un style souple et prolifique, suivant un fil conducteur sur lequel s’entrelacent un écheveau d’historiettes, il veut la participation du lecteur… bien que Leibnitz ait affirmé que : « Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs ». C.Q.F.D.

                                                                                                           Roselyne

 

Les Salamandres

Michel Peyramaure

Auteur très prolifique, Michel Peyramaure, né en 1921, se consacre à l’histoire de France. Il est également l’auteur de nombreuses biographies de personnages historiques. Avec Claude Michelet et Denis Tillinac, il fonde dans les années 1980, l’École de Brive, mouvement d’écrivains de Corrèze, dans la tradition du roman populaire du XIXe siècle.

Pourquoi la salamandre ? « Ce grand lézard en apparence redoutable a été choisi comme emblème par le roi. Il a le pouvoir d’échapper aux flammes. Cela s’appelle une salamandre. Elle protège Sa Majesté des brasiers de la guerre et de l’amour mais sa peau sécrète un poison »

Michel Peyramaure en 2018 (photo © Sylvain Marchou / Brive Mag)

Ce roman historique se présente comme l’Histoire de la vie à la Cour de François 1er au XVIéme siècle à travers les récits faits par deux de ses favorites : la Comtesse Françoise de Chateaubriant et Anne de Pisseleu, Duchesse d’Étampe Ce livre m’a intéressée surtout pour sa valeur historique : la monarchie, l’esclavage que l’on découvre « indigènes ramenés au-delà de la mer océane par des marchands castillans qui les vendent comme esclaves. Ce spectacle me rappelait, en plus cruel, les exhibitions d’ours apprivoisés, sur les places de nos villages ».

François 1er était un roi poète, passionné par les arts, n’hésitant pas à écrire des petits poèmes pour sa favorite. C’était un roi bâtisseur. Sans négliger les affaires du royaume, il donnait libre cours à son goût pour l’architecture rapporté d’Italie, les constructions de Chambord qu’il appelait « son bouquet de pierre », son hommage à Léonard de Vinci, créateur de machines appelées, à l’entendre, à révolutionner l’industrie, le transport et les contingences de la vie quotidienne. « François 1er insuffle au pays un essor artistique extraordinaire… un commerce intense avec le nouveau monde » ! Ce fut La Renaissance française !

                                                                                                          Josette J.

Méfi ! A Marseille, les poètes sont dans la rue…

12 décembre 2018

Rarement un événement aura autant secoué le quartier de Noailles, dans le centre-ville de Marseille. L’effondrement des deux immeubles vétustes qui ont enseveli 8 personnes le 5 novembre 2018, victimes non seulement de la pluie, comme a vainement tenté de le faire croire Jean-Claude Gaudin, mais aussi de l’incurie et de l’inertie des autorités municipales, voire de la cupidité de certains propriétaires peu scrupuleux, cet événement a déclenché comme un vent de révolte.

Rue d’Aubagne, désormais, même les murs s’expriment, avec hargne souvent, avec une certaine poésie aussi parfois…

JBx

Photo prise rue d’Aubagne, le 1er décembre 2018, sur un mur, à quelques mètres des immeubles effondrés (photo © JBx)

Une ronde de Cercles à Gémenos pour fêter 140 ans d’activités !

9 décembre 2018

Samedi 1er décembre 2018, le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos a convié les cercles des villes et villages voisins à fêter ses 140 ans !

A Gémenos, réunion pour le 140ème anniversaire du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos (photo © M. Motré / CPC)

C’est en effet le 25 septembre 1878 qu’est créé à Gémenos le Cercle du Progrès Démocratique, quelques mois après les élections du 6 janvier 1878, jour où la IIIème République, proclamée en septembre 1870, est véritablement établie. Rappelons que le 25 septembre 1792 est le jour où la 1ère République a été proclamée « une et indivisible ». D’où le choix du 25 septembre pour la création du Cercle de Gémenos !

A l’initiative des deux co-présidentes du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos, Mesdames Josette DAVID et Valérie THYOT, l’anniversaire donne l’occasion à plusieurs de ses membres de rappeler le contexte de sa création.

Quelques repères historiques de 1878

1878, sous la présidence de Mac Mahon et après la Commune de 1871, Louise Michel est déportée avec d’autres Communards en Nouvelle-Calédonie ou elle apporte son aide aux Kanaks.

Le 1er mai 1878, c’est aussi l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris, suivie le 18 mai par la création de l’Administration des chemins de fers de l’Etat.

Le 25 septembre, Gémenos voit la création du Cercle du Progrès Démocratique placé sous le signe de Marianne dont le buste est toujours présent dans ses locaux.

Siège du Cercle de l’Harmonie à Aubagne en 1915 (source © Cartes Postales Anciennes)

Quelques repères marquants pour le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos 

A l’origine, le Cercle n’accueille pas les femmes. Pour adhérer, il faut être présenté par deux parrains qui garantissent la bonne moralité de l’impétrant. Les cotisations sont réglées mensuellement, faute de quoi, la radiation peut être prononcée.

1893, le Cercle s’installe dans le bâtiment situé au 1 rue Jean Jaurès où il demeure toujours.

1902, date de création de la Section locale de l’Internationale ouvrière.

1936, création d’une cellule du Pari Communiste.

1941, les Allemands occupent le bâtiment du Cercle.

1978, les premières femmes intègrent le Cercle du Progrès Démocratique.

1988, dans ses locaux se tiennent des réunions et des activités de distraction. Le 17 mai 1988, l’état de l’édifice nécessitant des travaux importants, afin de régler leur coût, le Cercle cède une partie du bâtiment à la Mairie de Gémenos. Le débit de boisson est fermé.

1994, après les travaux, le Cercle ouvre de nouveau, avec une vocation citoyenne.

Les activités du Cercle

Tous les samedis, se tiennent des activités liées à la lecture : Les livres sous l’olivier (arbre qui a remplacé le platane présent à l’origine). Parmi les nombreuses actions, distinguons actuellement deux ateliers d’écriture, un cercle de lecture, des discussions sur différents thèmes de société. Auparavant, le Cercle a développé une Université du Gai Savoir, des ateliers Philosophie et toponymie, ainsi qu’une chorale et une formation au provençal.

Après cette large présentation à plusieurs voix, les Cercles invités ont pu présenter leurs objectifs ainsi que leurs activités.

Le siège du Cercle des Républicains à Roquefort – La Bédoule (photo © M. Motré / CPC)

Le Cercle Républicain des Travailleurs de Roquefort-La Bédoule, représenté par Françoise Vergne, a annoncé qu’en 2019 il fêterait ses 140 ans ! Cette rencontre fut l’occasion d’offrir un ouvrage sur son histoire (1) au Cercle de Gémenos et de préciser qu’il organisait, dans le cadre de son association Carrefour Citoyen, des conférences dont la prochaine se déroule le 6 décembre 2018 et sera consacrée au Populisme de Gauche. Ce Cercle est installé dans un bâtiment qui comporte un débit de boisson, caractéristique des cercles ruraux créés à a fin du XIXème siècle.

Le siège du Cercle du Progrès à Beaudinard (photo © Cyclo Sport Ciotaden)

Le Cercle du Progrès de Beaudinard dispose lui aussi d’un local et d’une cour qui sont la propriété des adhérents (1050 à ce jour). Il organise des réunions et des fêtes (Saint-Eloi), et propose des activités diverses (boules, cartes).

Septembre 2015 : le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne fête ses 125 ans (photo © Florent de Corbier / La Marseillaise)

Le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne a fêté ses 128 ans d’existence. Il dispose de 1000 m2 en propriété et dispose d’un débit de boisson (licence IV). Ses activités marquent une forte dominante culturelle : concerts, théâtre, cinéma, expositions artistiques, caractéristique qui vise à pallier la fermeture récente de la MJC de la ville. Il organise une aide aux devoirs pour les scolaires. Le Cercle a initié des partenariats avec différentes associations d’Aubagne et, comme la plupart des Cercles, il vise à rajeunir son public.

Le Cercle Progressiste Carnussien représenté par son bureau a enfin énoncé ses objectifs et ses activités. Outre sa jeunesse (18 ans), il a rappelé que, ne disposant pas de locaux propres, il bénéficiait de salles prêtées par la commune pour la tenue de réunions mensuelles et de conférences (4 par année environ) axées sur des questions concernant l’éducation, les sciences, l’économie, la santé…) qui réunissent entre cinquante et cent personnes. Son club de lecture KATULU ? est fréquenté par des lectrices assidues qui rendent compte de leur intérêt pour les livres lors de présentations publiques ainsi que sur le blog. Pour favoriser la réflexion citoyenne, le Cercle Progressiste Carnussien édite deux journaux par an et diffuse, via son blog et le relai de sa page Facebook, des articles portant sur des questions de société et de culture, locales, nationales et internationales.

Parmi les souhaits qui ont été émis, dont celui qui vise à partager nos calendriers d’initiatives, nous retiendrons aussi le bonheur de relations d’expériences au travers de rencontres à venir plus régulières.

Titre d’un article publié dans La Provence le 5 janvier 2019

Au terme de ces présentations et d’échanges avec les nombreuses personnes présentes, les co-présidentes du Cercle de Gémenos ont convié le public à se réunir à l’extérieur pour une photographie marquant cet anniversaire et chanter au son d’un orgue de barbarie puis à regagner le local pour un apéritif de l’Amitié.

Longue et belle vie aux Cercles, lieux de sociabilité en Provence (2) !

Michel Motré

  • Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.
  • Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence), 2006.

KATULU ? : une séance au profit du Téléthon

7 décembre 2018

Le groupe de lecture « KATULU ? », composante du Cercle Progressiste Carnussien, a organisé dans le cadre de ses activités une séance publique, le 6 décembre 2018, consacrée à la présentation de romans sélectionnés par les lectrices au cours de l’année et les ayant marquées plus particulièrement d’où l’intitulé de cette séance : « Coups de cœur ».

En plus de l’intérêt littéraire de cette manifestation, le public a pu exprimer sa générosité au profit de l’AFM-Téléthon car cette séance était inscrite au programme des manifestations 2018, organisées par la ville de Carnoux-en-Provence.

Les lectrices de Katulu ? à la tribune (photo © CPC)

En préambule, l’animatrice du groupe, Marie-Antoinette, a présenté ses collègues qui ont ensuite lu avec talent et émotion des extraits sélectionnés, nous permettant de découvrir des portraits de personnages et des parcours de vie aussi divers qu’émouvants.

Les sept ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie « Le Préambule » de Cassis.

Un public très attentionné (photo © CPC)

Chamonix-Langtang : Pierre Pili

Le grand Marin : Catherine Poulain

Mandeley for ever : Tatiana de Rosnay

L’Abbé Pierre : Pierre Lunel

Une femme à Berlin : Marta Hillers

Alma : J.M.G Le Clézio

Paris est une fête : Ernest Hemingway

 

L’analyse détaillé des lectrices de Katulu ? pour chacun de ses ouvrages est accessible directement (Katulu_58)et permet à chacun d’en prendre connaissance : n’hésitez-pas à le consulter !

Un apéritif offert au public a permis de poursuivre les conversations dans une ambiance conviviale.

C. M.

La biodiversité dans toute sa banale splendeur

5 décembre 2018

La salle du Clos Blancheton à Carnoux accueillait, jeudi 29 novembre 2018, ses adhérents et un public fidèle pour une conférence consacrée à la « biodiversité », animée par Madame Claude Gadbin-Henry, docteur ès- sciences. C’est en déroulant un diaporama extrêmement riche en illustrations d’espèces animales et végétales qui peuplent notre planète que la conférencière évoqua leur interdépendance, et leur contribution à la constitution de ce que l’on nomme la biodiversité.

Un public particulièrement attentif (photo © CPC)

On peut définir la biodiversité comme la diversité des organismes vivants. Elle se construit avec :

– la diversité des écosystèmes : milieux de vie et interactions entre les espèces qu’ils hébergent en un lieu donné, aux conditions édaphiques homogènes. Ce milieu est déterminé par la nature des sols, des sous-sols et des conditions climatiques locales ;

– la diversité des espèces : variété d’espèces existantes ;

– la diversité au sein de chaque espèce : on constate des variations d’origine génétique entre les individus : c’est la biodiversité génétique, liée à l’existence des allèles variables pour chaque gène, à l’intérieur d’une espèce, cette variabilité est un avantage évolutif, car il permet l’adaptation aux changement du milieu de vie.

Les différents niveaux de la biodiversité (source © Académie de Dijon)

Une analyse scientifique internationale, publiée en 2018, met en évidence que la Coccinelle asiatique, espèce introduite, devenue envahissante et mettant en péril la faune locale de coccinelles, présente une variabilité morphologique (coloration et nombre de points) exceptionnelle déterminée cependant par un seul gène, sous diverses formes alléliques.

Les multiples facettes de la coccinelle asiatique (photo © Entomart / Sciences et avenir)

La biodiversité locale dépend toujours également du milieu où se développent les espèces animales et végétales, et ce milieu est parfois modifié par l’homme.

L’adaptation des espèces animales ou végétales à ces milieux est liée à la pression de sélection au cours du temps long de l’évolution, mais on peut l’observer actuellement : à l’occasion de variations du climat, des espèces introduites accidentellement entrent en compétition avec des espèces indigènes et peuvent les faire disparaître, ou devenir des nuisances majeures car elles sont dépourvues de prédateurs ou de concurrents. Ainsi la coccinelle asiatique, introduite à des fins de lutte biologique contre les pucerons, caractérisée par son extrême variabilité génétique, pourtant reposant sur un seul gène, est devenue une espèce envahissante. De même le Frelon asiatique ou le Moustique tigre sont devenus envahissants après des introductions accidentelles.

L’introduction sans précaution d’un végétal parasité peut parfois amener la destruction de l’espèce introduite et des espèces indigènes, ainsi les palmiers porteurs du Charançon rouge, extrêmement nuisible…

Claude Gadbin-Henry, la conférencière (photo © CPC)

C’est avec une intention particulière que notre conférencière oriente son propos sur le monde des insectes. Ils constituent en effet 85 % des espèces animales, sans compter celles non encore connues ! Et ceci, même si, pour la plupart d’entre nous, la biodiversité animale évoque le plus souvent les grands mammifères, les oiseaux, les poissons, et les animaux domestiques. Jean Henri Fabre, connu pour ses « Souvenirs entomologiques », fut en plus de ses talents de conteur, un excellent observateur des insectes, et un éthologue avant que cette science ne voit le jour.

L’histoire nous apprend que l’homme a connu les insectes depuis l’aube de l’humanité : des gravures rupestres, trouvées dans l’Ariège et datant de 14 000 ans, représentent des sauterelles : elles témoignent des nuisances pour l’environnement humain (vols de crickets migrateurs dévastant les champs)…

Papillon vanesse du chardon

Par contre, on sait maintenant, que les insectes ont un rôle majeur et indispensable pour la reproduction, et la fructification des plantes à fleurs car ils permettent le processus de pollinisation, sans lequel de nombreux fruits et légumes disparaitraient de nos assiettes !

La suite du diaporama projeté nous fit rentrer dans le monde minuscule de ces espèces, visualisant ainsi la morphologie spécifique des insectes, tous hexapodes (6 pattes), leur corps étant composé d’une tête, d’un thorax et d’un abdomen. A partir d’images photographiques réalisées à différentes échelles nous avons observé :

– leur tête adaptée et modifiée en fonction du mode de nutrition : mâchoires pour broyer des végétaux (criquet) ou pour déchiqueter des proies (libellules), trompe pour absorber le nectar (papillon)…

– des yeux composés de multiples facettes, qui atteignent un champ de vision proche de 360°.

– leur déplacement est assuré par des pattes adaptées à diverses fonctions (saut, récolte du pollen) et des ailes procurant un vol spécifique pour chaque espèce, tel celui de la mouche qui peut être stationnaire.

Mante religieuse

Une autre particularité des insectes est une carapace rigide ou squelette externe protecteur. Cette peau rigide nécessite d’en changer lors de la croissance (la mue). Certaines espèces possèdent des aspects et couleurs ayant la faculté « d’effrayer » les prédateurs, tandis que d’autres permettent de se dissimuler dans l’environnement (mimétisme).

Abeille pollinisatrice (photo © Maciej Olszewski, Shutterstock / Futura Sciences)

La reproduction et la protection de la descendance ont été illustrées par des exemples spécifiques prouvant cette longue évolution adaptative, telles les antennes des papillons mâles qui détectent leurs femelles à plusieurs kilomètres de distance (antennes constituées de micros-tubes, chacun ayant fonction de récepteur moléculaire).

La diversité du monde floral fut illustrée par la projection d’une multitude de photographies caractéristiques des nombreuses couleurs et formes infinies composant l’univers des fleurs et des végétaux.

La finalité de cette conférence était de sensibiliser au monde inconnu des insectes, adapté à presque tous les milieux naturels. Leur rôle est fondamental pour la conservation de la biodiversité animale; ainsi que pour l’avenir du monde végétal, où leur rôle de pollinisateurs est garant de la variabilité génétique des graines. Cette variabilité permettra les adaptations fonctionnelles nécessaires pour la survie des espèces aux modifications en cours et à venir de notre environnement. Les insectes sont ainsi un des piliers de l’avenir du vivant. Mais l’homme prédateur au sommet de cette chaîne ne mettra-t-il pas fin à cet équilibre harmonieux ? C’est la question abordée entre les participants au cours de l’échange puis de l’apéritif offert par le Cercle à l’issue de cette présentation enrichissante.

C. M.