Archive for the ‘Culture’ Category

Croisière autour du monde : 7ème escale

7 février 2017

Samedi 4 février :

San Francisco est une ville qui ressemble peu aux autres cités américaines : les risques réels de tremblement de terre (le pire fut celui de 1906) font que l’on ne construit pas en hauteur et que les gratte-ciel sont rares. Cela donne à cette ville implantée au bord d’une baie magnifique un petit air européen…

Nous y sommes déjà allés plusieurs fois mais il reste toujours un musée, une église que l’on a envie de voir ou de revoir… Nous avons découvert avec bonheur le MOMA, le musée d’art moderne qui nous a réservé de belles surprises. Il faut dire que mon mari et moi sommes fanas de peinture…

Voici en illustration quelques-unes des dizaines de photos que nous avons prises dans le musée !

Une salle du MOMA de San Fransisco avec un tableau d’Andy Wahrol à gauche

Une salle du MOMA de San Francisco avec un tableau d’Andy Wahrol à gauche

Magritte – Les valeurs personnelles

Magritte – Les valeurs personnelles

Edward Hopper - l’entracte

Edward Hopper – l’entracte

Diego Rivera - Le porteur de fleurs

Diego Rivera – Le porteur de fleurs

Frida et Diego Rivera (tableau de Frida Khalo)

Frida et Diego Rivera (tableau de Frida Khalo)

La fin du voyage de Robert Colescott

La fin du voyage de Robert Colescott

 

blog392_phaquarium1Dimanche 5 février :

A San Francisco, nous avons pu voir aussi Grâce Cathedral. Construite au XIXe siècle sur le modèle de…Notre-Dame de Paris ! C’est assez cocasse dans un quartier plutôt chic dont les maisons sont, pour les plus anciennes, victoriennes.

Depuis longtemps je voulais voir Alcatraz la fameuse prison ou fut enfermé, entre autres Al Capone. La visite a été très intéressante ! Sur un bout de rocher battu des vents, des bâtiments sévères qui ne furent fermés qu’en 1963, des cellules minuscules avec le fameux mur donnant sur le couloir et qui est constitué d’une simple grille (on l’a vu dans bien des films !). Dans la boutique d’Alcatraz on a même eu la surprise de rencontrer un ancien taulard venu dédicacer le livre qu’il a consacré à son séjour dans cette prison d’où on pense que personne n’a jamais réussi à s’évader.

On est aussi allés faire coucou aux lions de mer qui donnent un spectacle gratuit aux touristes toujours nombreux. En somme deux jours de visite très variées dans une ville qui ne laisse pas indifférent.

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Et puis, il y a l’aquarium de la Baie de San Francisco : un aquarium petit mais magnifiquement coloré et très bien fait. Un vrai régal pour les yeux !

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Lundi 6 février:

Nous voici désormais en mer pour trois jours, en route pour Hawaï, après avoir passé deux jours fort agréables  à San Francisco.

J’en profite pour apporter quelques réponses aux interrogations de Nicole. Sur le bateau, tout d’abord : le Queen Elizabeth est un navire de croisière lancé en 2010, qui peut embarquer 2 081 passagers et 1 005 membres d’équipage. Il mesure 964 pieds de long (le pied vaut 30 cm, faites le calcul…) sur 106 pieds de large. Les cabines vont de la cabine intérieure sans fenêtre, à la cabine avec fenêtre carrée, puis la cabine avec balcon et enfin les suites plus grandes bien sûr. Il y a même des duplex, cabines sur deux niveaux avec deux chambres et deux salles de bain plus un grand salon et une terrasse !

Pour ce qui est de l’itinéraire, il est bien entendu imposé par la compagnie : on choisit une croisière en fonction de l’itinéraire proposé. Autrefois, quand on faisait un tour du monde, il fallait aller d’un bout à l’autre du trajet. Ce n’est plus ainsi aujourd’hui où on peut faire une fraction du tour du monde selon ses envies et ses possibilités. Nous, nous avons pris le navire à son départ d’Angleterre, à Southampton (c’est là que la compagnie Cunard à son port d’attache et ses bureaux), et le quitterons  à Singapour, soit environ 3 semaines avant son retour à Southampton.

Quant à nos motivations… La Terre n’est pas si vaste et il arrive maintenant fréquemment que nous disions « Oui mais ce port nous l’avons déjà vu plusieurs fois ! » Donc les choix de nos croisières s’avèrent parfois difficiles ! Cet itinéraire nous a séduit car il est assez branché Asie : il propose quatre escales au Japon, une en Corée du Sud, deux au Vietnam, et deux en Chine. Voilà pourquoi nous l’avons choisi cette fois-ci !

A bientôt !

Annie

Que va devenir la Villa Méditerranée ?

21 janvier 2017

La Villa Méditerranée, c’est ce bâtiment bizarre, pourvu d’un immense porte-à-faux surmontant de 19 m un bassin en eau de 2000 m³, et qui trône sur l’esplanade du J4, juste à côté du MUCEM, sur le port de la Joliette à Marseille. C’est Michel Vauzelle, l’ancien président du Conseil régional PACA, qui a initié ce projet architectural destiné à abriter des conférences, des réunions et des expositions afin de « donner à tous des clés de compréhension sur la Méditerranée contemporaine ».blog383_phvillamediterranee

Le concours de maîtrise d’œuvre pour l’édification de ce bâtiment hors-norme a été remporté par l’architecte milanais Stefano Boeri et le chantier a débuté en 2010, pour un coût total évalué à 70 millions d’euros, financé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le bâtiment, inauguré en juin 2013, ne manque ni d’audace ni d’originalité avec une partie en sous-sol située à plus de 2 m sous le niveau de la mer, qui contient une vaste agora destinée aux expositions, un amphithéâtre de 400 places et deux salles de réunion, Le rez-de-chaussée propose quant à lui un atrium de 350 m2 où peuvent être projetées des images sur un mur de 25 mètres de long, ainsi qu’un café. Enfin, le niveau supérieur, qui avance en porte-à-faux au dessus du bassin et qui serait le plus long porte-à-faux (40 m) habité au monde, contient un plateau d’expositions de 760 m2 ainsi qu’un belvédère.

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Reste que ce bâtiment exceptionnel de par sa conception, n’a jamais vraiment prouvé son utilité en dehors de l’accueil d’événements ponctuels tels que conférences, débats, spectacles vivant, cinéma, assortis de rencontres avec des artistes et des experts de l’espace méditerranéen. Or l’entretien d’un tel paquebot, même ancré à terre, coûte cher à la collectivité : pas moins de 4,4 M€ par an, en comptant la rémunération des 40 salariés qui lui sont affectés de manière permanente.

Ce point a d’ailleurs été largement exploité lors de la dernière campagne électorale pour les régionales fin 2015 au cours de laquelle le nouveau président élu, Christian Estrosi, s’est engagé à se débarraser au plus vite de cet encombrant héritage. Las, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui avait imaginé un temps transformer le bâtiment en casino, a finalement renoncé et refuse de reprendre la patate chaude.

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Michel Vauzelle, de son côté, ne se résout pas à ce que ce fleuron architectural érigé en symbole de la coopération méditerranéenne, se transforme en vulgaire temple de la consommation et du jeu. Il se trouve que l’ancien chef de l’exécutif régional est toujours président de la délégation française auprès du Parlement de la Méditerranée et il a donc proposé tout naturellement à ce dernier de venir y installer son siège, basé pour l’instant sur l’île de Malte.

Il faut vraiment être initié pour connaître l’existence de cet obscure Assemblée parlementaire de la Méditerranée, une organisation interétatique régionale, bénéficiant du statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Créée en 2005 à l’occasion de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée et réunie pour la première fois en 2006 à Amman, en Jordanie, cette assemblée qui se réunit une fois par an rassemble des représentants des parlements de 25 pays riverains ou proches de la Méditerranée, dans le but de favoriser le dialogue et d’assurer la stabilité politique entre états méditerranéens. C’est l’un des uniques lieux où l’on débat régulièrement de la situation humanitaire en Syrie, du conflit isarélo-palestinien et du sort des migrants transméditerranéens, avec le succès que chacun peut constater…

blog383_logopamInterrogé récemment par Marsactu, son secrétaire général, Sergio Piazzi, a effectivement confirmé que la France avait proposé en décembre dernier que la Villa Méditerranée puisse accueillir le siège de cette institution. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité par le bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, mais doit maintenant être précisée dans le cadre d’un accord de siège, en cours de préparation par le ministère français des affaires étrangères, afin de préciser les conditions de mise à disposition du bâtiment.

Le deal est en effet très clair : ce sera à l’État français de prendre totalement à sa charge les coûts d’entretien du bâtiment, sans compter bien entendu ceux qui s’y ajouteront pour assurer la sécurité des diplomates. Bon prince, le Parlement de la Méditerranée accepte de prendre à sa charge les frais de chauffage et l’abonnement internet… Ceci dit, c’est le 23 février seulement que l’assemblée générale de l’institution se prononcera sur cette proposition.

Christian Estrosi, manifestement peu intéressé par cette solution à laquelle il affirme ne pas croire, a néanmoins accepté de laisser jusqu’à cette date à Michel Vauzelle pour tenter de faire aboutir cette piste qui permettrait à Marseille de s’affirmer comme un site majeur de la coopération avec les autres pays méditerranéens. Il faut dire qu’il a en tête un tout autre usage pour tenter de valoriser ce bâtiment, ainsi qu’il l’a annoncé début décembre. Après avoir imaginé successivement de le transformer non seulement en casino, mais aussi en cité du vin, en musée des séries voire en centre commercial (un de plus !), le président de la Région souhaite maintenant y implanter une réplique grandeur nature de la Grotte Cosquer !

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Découverte en 1985 près du cap Morgiou par le plongeur professionnel cassidain Henry Cosquer, mais déclarée en 1991 seulement, cette grotte dont l’entrée se situe désormais à 37 m sous le niveau de la mer, contient plus de 200 peintures rupestres datées de 27 000 ans pour les plus anciennes d’entre elles (des empreintes de main pour l’essentiel) et d’environ 19 000 ans pour les autres qui représentent un fabuleux bestiaire de chevaux, bouquetins, cervidés, bisons et aurochs, mais aussi pingouins, poissons et phoques.

Classée monument historique depuis 1992, cette grotte est bien entendu interdite d’accès et la tentation est grande d’en faire une reproduction pour en montrer la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille depuis quelques années déjà à ce projet d’une réplique de la grotte Cosquer et qui a convaincu le président de la Région PACA d’utiliser le sous-sol de la Villa Méditerranée comme écrin à une telle réplique, tandis que le belvédère en porte-à-faux servirait d’espace muséal.

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Il faut dire que la réplique de la grotte Chauvet, ouverte au public en avril 2015 près de Vallon Pont d’Arc, connaît un beau succès avec 590 000 visiteurs dès la première année, là où ses concepteurs en attendaient 300 000 seulement. « Si on arrive à attirer autant de monde au fin fond de l’Ardèche, on ne devrait pas faire moins dans une grande métropole touristique comme la ville phocéenne » affirme Christian Estrosi et pour une fois il paraît difficile de lui donner tort ! Reste que le projet coûterait quand même la bagatelle de 20 millions d’euros, pris en charge à parts égales par la Région et par un partenaire privé chargé de l’exploitation commerciale de l’équipement.

Alors, quid de l’avenir de la Villa Méditerranée : futur siège d’une organisation diplomatique oeuvrant au rapprochement politique entre pays riverains de la Méditerranée ou futur réplique d’une grotte ornée par nos lointains ancêtres du Paléolithique ? Réponse probablement d’ici fin février. Les deux projets ne manquent pas de panache ni d’intérêt et au moins l’édifice devrait-il ainsi échapper à sa transformation en abri pour bandits manchots et autres machines à sous…

L.V.  lutinvert1small

KATULU ? n°51

20 décembre 2016

asie-002Et voilà le n° 51 de Katulu ?, le dernier recueil en date des commentaires de lecteurs du groupe de lecture Katulu ? qui se réunit une fois par mois à Carnoux-en-Provence. Pour vous donner envie de découvrir ou redécouvrir de nouvelles pépites et de venir partager avec nous nos coups de coeur et nos émotions de lecture. A lire sans modération, y compris dans la version intégrale de nos commentaires (katulu51) !

La vallée des rubis

Joseph Kessel

ph1_valleerubisJoseph Kessel écrit ce roman en 1955 à la suite d’un voyage qu’il entreprend avec un ami parisien, spécialiste des pierres précieuses, en haute Birmanie, dans la vallée des rubis, à Mogok. « Ces pierres sont parmi les plus rares du monde. Elles se cachent, elles se dérobent. Et il y a sur place, pour les guetter, tout un peuple sagace de marchands, de courtiers, d’informateurs, d’espions. »

Cette région est très instable, très peu sûre : on ne manipule pas des trésors sans contrebande, sans règlement de compte, sans prise d’otages etc. Sont aussi posés les problèmes des minorités, en particulier le long des frontières : les Chams, les Karens… à qui appartiennent ces pierres ?

L'écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

L’écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

Une histoire de disparition d’une collection de pierres les plus précieuses va soutenir le côté roman policier de ce livre, mais ce qui me semble le plus intéressant est la description de ce coin de l’univers de superbes temples recouverts d’or, ce qui est finalement très fréquent en Birmanie encore aujourd’hui, ce coin de pays où des petites mains vont gratter la terre pour en faire sortir des pierres précieuses.

Ce roman n’est pas le meilleur de Kessel mais il donne une certaine idée de ce pays encore aujourd’hui très peu développé, essentiellement agricole, et étonnant par sa religiosité, qui a été tenu par une main de fer par l’armée depuis l’indépendance en 1946.

Bien sûr il n’est pas question dans ce livre de la situation politique du pays qui sortait de la colonisation anglaise en 1955, mais on a une belle description du rôle joué par la « Ruby Mine Compagny » qui fit finalement faillite. Après la guerre et l’indépendance, seuls les nationaux peuvent désormais acquérir une licence pour exploiter les mines. Encore faut-il savoir ce qu’elles contiennent et c’est bien là le problème…

Cécile

Terre Chinoise

Pearl Buck

ph4_terrechinoiseSouvenez vous : dans les années 60, nous lisions dans « le livre de poche » qui venait d’être inventé, les œuvres de la romancière Pearl Buck qui nous parlait de la Chine dans des romans comme Pivoine, La mère, ou Pavillon de femmes.

J’ai eu l’occasion de retrouver quelques uns de ces vieux ouvrages et j’y ai pris un grand plaisir : Terre chinoise et Les fils de Wang Lung. Il s’agit d’une saga familiale qui se termine avec un troisième volume que je n’ai pas trouvé : La famille dispersée.

On y découvre une Chine moyenâgeuse, des paysans qui sont de véritables bêtes de somme, des familles riches qui n’ont que mépris pour ces gens qui grattent la terre à longueur d’année… Mais, souvent, les riches s’appauvrissent, ils fument l’opium et laissent tout aller à vau l’eau. C’est le moment que choisit Wang Lung pour acquérir un lopin de terre qu ‘il agrandira peu à peu avec l’aide de sa femme O Len.

L'écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

L’écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

Elle, c’est une ancienne esclave de maison riche, qu’il a achetée sans jamais l’avoir vue. Malgré ce début peu prometteur, ils vont avoir une nombreuse famille avec plusieurs fils et une fille que l’on nomme « la petite esclave » et que la jeune maman s’excuse auprès de son mari d’avoir engendrée.

Avant tout, pour Wang Lung, il y a l’amour pour cette terre chinoise qu’il n’aura de cesse d’engraisser par son travail et sa sueur. Les fils, bien entendu, feront des études et s’éloigneront peu à peu de ces parents qui ne leur font pas honneur dans les cercles un peu plus cultivés qu’ils fréquentent maintenant. Les filles, on les mariera dès que possible avec le fils du voisin et elles s’en iront vivre avec leur nouvelle famille sans plus jamais revenir chez leurs parents ni revoir les lieux où elles ont été élevées.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la condition de la femme, en tous cas en milieu rural comme ici ! Quand l’aisance sera venue, Wang Lung se mettra à fréquenter les salons de thé ; il ira même jusqu’à installer une jeune femme au foyer, tradition de la concubine !

Ces deux romans m’ont plongée dans ce pays si vaste que Pearl Buck a bien connu et qu’elle a surtout aimé profondément. Et pourtant quel abîme insondable entre ce pays moyenâgeux et la libre Amérique !

Annie

Nuit de Feu

Eric Emmanuel Schmitt

ph5_nuitfeuL’auteur, enseignant de philosophie, agé de 28 ans en 1989, entreprend une randonnée à pied, avec un groupe, à la rencontre de Charles de Foucaud, ancien militaire colonial « sage universel » installé à Tamanrasset en 1905. Il était attiré par son mysticisme.

Ce voyage à la recherche de ce sage est aussi pour lui la possibilité de vivre plus intensément ; il s’ennuyait un peu dans sa vie de professeur et inconsciemment il avait senti que quelque chose allait naître en lui : « quelque part mon vrai visage m’attend ». Il est parti athée, il est revenu croyant.

L'auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’écriture est belle, poétique, la découverte du pays est un ravissement. Le lien qu’il noue avec le guide Touareg lui fait découvrir que la langue et la religion ne sont pas un obstacle à la communion mutuelle, à l’amitié.

La réflexion sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu créateur du cosmos est au cœur de ce livre : « l’homme cherche Dieu. Ce qui m’aurait ébranlé c’est que Dieu cherche l’homme, que Dieu me poursuive », « je n’étais pas en quête de Dieu ».

Cette rencontre il la fera au cours de « la nuit de feu » ; perdu dans le désert, s’enfouissant dans le sable pour ne pas mourir de froid, il vit « une expérience mystique » dont il ne sortira pas indemne.

« Plus j’avance, moins je questionne, tout a un sens. Félicité… Feu, qui est mon ravisseur ? Il m’a ravi, je devrais probablement le baptiser Dieu… tout a un sens, tout est justifié.»

Josette J.

L’Archipel d’une autre vie

Andreï Makine

ph7_archipelvieL’Archipel d’une autre vie est un livre d’aventures, qui se passe aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans l’archipel des Chantars, au bord du Pacifique, avec pour unique horizon la Taïga, puissante et mystérieuse qui tient un rôle prépondérant dans l’ouvrage. Ce roman reprend des morceaux de vie de l’auteur.

En 1952, durant la guerre froide, cinq militaires « chacun représentant un fragment de la Russie » doivent retrouver un fugitif évadé d’un goulag. Le héros est Pavel Gartsev que Makine enfant avait rencontré et c’est son « histoire réelle » qu’il romance !

L'auteur, Andreï Makine

L’auteur, Andreï Makine

Une grande partie du roman est cette aventure de ces militaires à la recherche du prisonnier car même si le but de cette mission était banale, peu à peu les embûches se multipliant, l’expédition devient périlleuse ! C’est effréné et incroyable car le fugitif déjoue les pièges de ses poursuivants et fait preuve d’une intelligence face à l’ennemi, d’une rapidité déconcertante ! Mais qui est-il ? Ses ruses multiples excitent les militaires qui malgré les conditions extrêmes dans la Taïga ne renoncent pas et affrontent des situations extrêmement dangereuses que le fugitif surmonte sans peine !

A travers ces pages au rythme échevelé, Pavel Gartsev est le héros entraîné dans cette folle poursuite bien que n’adhérant pas vraiment à cette chasse à l’homme. Il y a en lui « un pantin de chiffon » un individu cruel acquis malgré lui à l’idéologie communiste.

C’est une peinture au vitriol de l’ère stalinienne « une époque atroce et imprévisible » où l’être humain est le jeu de la cruauté, de la peur, de la lâcheté, de l’obéissance aux ordres absurdes.

Pavlev réalise, au fur et à mesure de la course, qu’il est dans le camp sordide de la violence ; il a voulu se défaire du « pantin de chiffon » et inconsciemment il s’est attaché au fugitif… et a cru ainsi en « la possibilité d’une île au cœur de la Nature immense et majestueuse ». « Il y a peut-être la possibilité d’un Archipel où l’homme délivré de ses jeux dangereux de vainqueurs et de vaincus inventerait l’ère nouvelle d’un monde réconcilié »…. « là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour. »

Josette J.

Le Garçon

Marcus Malte

ph9_legarconCoup de foudre ! Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait ainsi captivée ! Un roman fleuve (plus de 500 pages) qui tient en haleine, qu’il est difficile de quitter, qu’on a hâte de reprendre. Un livre dont l’écriture séduit, puissante, poétique, raffinée.

L'auteur, Marcus Malte

L’auteur, Marcus Malte

Peu après sa lecture, j’ai appris que le Prix Fémina lui était attribué. La présidente du Jury, Mona Ozouf, a résumé en quelques mots cet ouvrage :,« Une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage qui parvient à la civilisation. C’est un grand roman d’apprentissage, une allégorie de l’ensauvagement des hommes par la guerre. »

L’histoire se situe entre 1908 et 1938. Le garçon sans nom découvre le monde, les hommes, la femme (la sensualité irrigue le texte) ; détruit par la guerre il redevient l’enfant sauvage. Il ira chercher la mort comme un animal blessé, traqué qui ne se laisse pas prendre.

L’auteur, spécialiste de polar, s’est essayé à un autre genre et pour un coup d’essai c’est un coup de maître.

A lire… absolument !

Marie-Antoinette

Au risque de se perdre

Kathryn Hulme

ph11_aurisqueL’auteur se consacre après la guerre de 1939-45 à l’organisation des camps de personnes déplacées. C’est là qu’elle rencontre une infirmière avec laquelle, pendant sept ans, elle collabore dans ces camps. C’est la vie de cette infirmière qui est racontée dans ce livre.

L'auteur, Kathryne Hulme

L’auteur, Kathryne Hulme

Parce qu’elle ne peut pas épouser l’élu de son cœur, Gabrielle Van Der Mal, élevée de façon stricte par son père, rentre dans les ordres. Elle deviendra Sœur Luc et entreprendra des études d’infirmière, se passionnera pour ce métier, et, à sa demande partira en Afrique. Là, elle travaille aux côtés d’un chirurgien qui la mettra face à ses contradictions intimes. Elle reviendra en Belgique au moment de la guerre de 39 – 45. Durant les vingt ans qu’elle passe dans les ordres, elle se heurte à la règle. Et c’est le cheminement de Sœur Luc qui est intéressant à suivre.

Ce livre qui se lit agréablement. On s’attache à cette jeune femme qui veut être honnête en toutes circonstances. Elle lutte pour accepter la règle, confiante en ses supérieurs. Mais elle est douée d’un solide bon sens qui lui fait remettre en cause les obligations qui régissent la vie des religieuses, les anesthésiant pour les soumettre

Elle finira par prendre la décision qui mettra à l’unisson son cœur et sa raison.

Josette M.

Debout – Payé

Gauz

ph13_deboutpayeGauz est le nom de plume de Armand Patrick Gbaka-Brédé né à Abidjian en 1971. Il arrive en France dans les années 1990 avec l’idée de faire des études universitaires et va devoir survivre de petits boulots, ceux qu’on appelle dans ce milieu de noirs francophones, Debout-Payé, c’est à dire des boulots non qualifiés où on vous paye pour rester debout durant 8 heures d’affilée. En particulier il va devenir vigile dans 3 entreprises parisiennes.

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Avec un humour fabuleux il raconte ses aventures, décrit les riches clientes (ou les moins riches) et épingle d’un oeil acéré les travers de notre société de consommation. Il s’agit d’une véritable satire sociale où chacun en prend pour son grade.

Gauz imagine que l’Europe vient de vivre ses trois « âges » à la manière de la mythologie grecque : L’âge de bronze de 1960 à 1980, alors que l’auteur vivait encore en Afrique, puis l’âge d’or entre 1990 et 2000 où la sécurité est de plus en plus confiée à des vigiles et où donc ces jeunes africains fraîchement émoulus de leur campagne vont trouver à subsister tant bien que mal. Et enfin l’âge de plomb à partir du 11 septembre 2001 où le désir du tout sécuritaire va exiger des papiers, des diplômes pour exercer quelque activité que ce soit, plongeant de ce fait ces gens dans la misère.

Aujourd’hui Gauz exerce de nombreuses activités tant en France qu’en Côte d’Ivoire, photographe, scénariste et rédacteur en chef d’un journal économique satirique ivoirien. Debout-Payé est son premier roman.

Annie

Ces petits printemps qui vont bourgeonner !

16 décembre 2016

En ces temps incertains, les éclaireurs d’avenir ne sont pas légion. Il faut saisir le fruit de leur réflexion, ces véritables pépites vivantes, lorsqu’elles passent dans notre radar… Edgar Morin a produit un texte où il parle de ces indicateurs, de ces innombrables initiatives qui laissent espérer l’avènement de nouvelles manières de faire et d’être.

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Edgar Morin

Les pionniers d’aujourd’hui se trouvent parmi les nombreux acteurs investis dans le champ social et culturel. L’approche glocale, combinaison entre le local et le global, est évidemment une solution d’avenir. De même la culture de « l’autrement » est à élaborer patiemment, avec conviction. Bien la définir est une étape préalable.

La société civile (les associations en particulier), riche de diversité, produit d’autres façons de développer le vivre ensemble. Ce faisant, elle expérimente des formes démocratiques nouvelles, à mille lieues des impasses démocratiques institutionnelles en perte de vitesse.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Les nommer correctement c’est probablement renouveler le vocabulaire qui doit permette d’en parler avec justesse et en adéquation avec les initiatives qui surgissent ça et là ! 

Avant de vivre l’élection présidentielle de 2017 et de recevoir une avalanche des promesses en tout genre, il est heureux de  prendre un peu de hauteur, avec la « pépite » que nous offre Edgar Morin ci-après. Un texte fort qui impose la réflexion et qui peut susciter la critique… 

Mais à déguster sans modération !

Squoten   Jeallnec

 

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Nous vivons dans une civilisation où la domination de l’intérêt (personnel et/ou matériel), du calcul (dont les chiffres ignorent le bonheur et le malheur), du quantitatif (PIB, croissance, statistiques, sondages), de l’économique, est devenu hégémonique. Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, ludique qui  témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourront jamais les résorber. Mais ces oasis  sont dispersés et s’ignorent les uns les autres.

Toutefois, des symptômes d’une civilisation  qui voudrait naitre, civilisation du bien vivre, bien qu’encore dispersés, se manifestent de plus en plus.

BloG370_PhMonde.pngNotons, sur le plan économique, l’économie sociale et solidaire où renait l’élan des mutuelles et coopératives, les banques à microcrédit, l’économie participative, l’économie circulaire, le télé-travail, l’économie écologisée dans la production d’énergie, la dépollution des villes, l’agro-écologie prônée par Pierre Rabbi et Philippe Desbrosses,  qui nous indiquent la voie d’un refoulement progressif d’une économie vouée au seul profit.

Ainsi seraient progressivement refoulées, sur le  plan vital de l’alimentation, l’agriculture industrialisée (immenses monocultures qui stérilisent les sols et toute vie animale, porteuses de pesticides et fournisseuses de céréales, légumes, fruits standardisés privés de saveur) l’élevage industrialisés en camps de concentrations pour bovins, ovins, volailles  nourris de déchets, engraissés artificiellement  et surchargés d’antibiotiques) Ce qui serait  en même temps la progression d’une agriculture  et d’un élevage fermiers ou bios, qui, avec le concours des connaissances scientifiques actuelles, revitaliserait et repeuplerait les campagnes et fournirait aux villes une nutrition saine.

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Le développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, Amap, Internet,  favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.

Sur le plan social et humain, la nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville).

Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité. Ivan Ilitch avait annoncé dès 1970 ce besoin de nouvelle civilisation et le mouvement convivialiste, animé par Alain Caillé, répand le message en France et au delà de nos frontière.

Il s’agit  d’un élément majeur pour une réforme existentielle. Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, et n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Le slow food, mouvement de fond lancé par Pertini pour réduire la fast food, et restaurer les plaisirs gastronomiques, s’accompagne d’une réforme de vie qui alternerait les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes). Nous obéirions successivement  aux deux injonctions qu’exprime excellemment la langue turque : Ayde (allons, pressons), Yawash (doucement, mollo).

La multiplication  actuelle des festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée  par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture  trouvent de plus en plus  une vie nouvelle.

Blog370_PhArbres.jpgNos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévisions nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante et liée dans une communauté de destin planétaire. Le cinéma,  qui  a cessé d’être un produit d’Occident seul, nous permet de voir des films iraniens, coréens, chinois, philippins, marocains, africains  et dans la participation psychique à ces films ressentir en nous l’unité et la diversité humaine.

La réforme de la consommation serait  capitale dans la nouvelle civilisation. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing) qui  opérerait  la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le  goût,  la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant, ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine,  et par là, la domination du profit capitaliste.

Alors que les producteurs  que sont les travailleurs ont perdu leur pouvoir de pression sur la  vie de la société, les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait, une fois éclairé et éclairant, déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie  (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus  conviviales.

Teamwork of businesspeople

Par ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité rehumaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui  pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Enfin une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui  aujourd’hui produit  mécanisation des comportements, voire robotisation,  burn out, chômage, qui donc diminue en fait la rentabilité promue.

En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme de l’État peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par débureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives, et relations constantes en feed back entre les niveaux de direction et ceux d’exécution.

Enfin, la nouvelle civilisation demande  une éducation  où serait enseignée la connaissance complexe, qui  percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permet une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La compréhension d’autrui serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste  psychique qu’est  l’incompréhension,  présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y seraient enseignées les difficultés de la connaissance, qui comporte risque permanent d’erreur et d’illusion, y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait à celle ci d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.

Comme les pièces dispersées au hasard d’un puzzle, les ferments premiers de la nouvelle civilisation  travaillent ici et là, font ici et là lever la pâte nouvelle. Les besoins inconscients d’une autre vie commencent alors à passer à la conscience.  Des oasis de convivialité, de vie nouvelle se sont créés, parfois c’est une municipalité animée d’un nouvel esprit, comme à Grenoble qui anime le mouvement. En vérité la civilisation du bien vivre aspire à naitre, sous des formes différentes,  déjà sous ce label en Équateur.

Blog370_PhPousse.jpg

Ce sont des petits printemps qui bourgeonnent, et qui risquent la glaciation ou le cataclysme. Avant la guerre, c’était sur le plan des idées qu’une nouvelle civilisation se cherchait sous  des noms divers, avec les écrits d’Emmanuel Mounier, Robert Aron, Armand Dandieu, Simone Weil et autres. Elle cherchait à sortir d’une  impuissance  qui n’avait pas évité la crise économique, de la double menace du fascisme et du communisme stalinien, et cherchait la troisième voie. La troisième voie fut écrasée dans l’œuf par la guerre. Aujourd’hui, il s’agit de changer de voie, d’élaborer une nouvelle voie et cela dans et par le développement de la nouvelle civilisation,  qu’incarnent déjà tant de bonnes volontés de tous âges de femmes d’hommes, et qui dessine des nouvelles formes dans les oasis de vie. Mais  les forces obscures et obscurantistes énormes de la barbarie froide et glacée du profit illimité qui dominent la civilisation actuelle progressent encore plus vite que les forces de salut, et nous ne savons pas encore si celles-ci pourrons accélérer et amplifier leur développement.

Socialisme ou barbarie disait on autrefois. Aujourd’hui il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie.

Edgar Morin

Katulu ? n° 50

4 novembre 2016

affichekatulu50A l’occasion des cinquante ans de la création de Carnoux-en-Provence le groupe de lecture Katulu ?, activité culturelle du CPC, a choisi le thème de « l’exil » pour présenter cinq livres au cours d’une séance ouverte au public qui s’est déroulée le 29 septembre 2016. Le texte complet de nos notes de lecture est accessible ici : katulu-n50

Le cri des oiseaux fous

Dany Laferrière

L’exil éveille en chacun d’entre nous de très singuliers échos. Cela peut être des cris rauques, déchirants comme ceux des oiseaux fous avant l’accouplement. Des cris désespérés et tragiques mais nécessaires.LaSolutionEsquimauAW

Dans ce roman cette histoire concerne Vieux Os, un jeune homme de 23 ans qui raconte son exil, un certain 1er juin 1976. Ce jour-là, il est contraint de quitter son pays, Haïti, avec « une petite valise en tôle »Vieux Os, en fait, n’est autre que Dany Laferrière car il s’agit bien d’un roman autobiographique dédié à son ami « Gasner Raymond (assassiné) dont la mort a changé ma vie »L’action se déroule en un jour « nuit fatale », en un lieu et s’apparente en cela fortement aux tragédies antiques. Le pays, Haïti, se trouve être un personnage essentiel qui se découvre à travers la déambulation amoureuse et hallucinée de notre héros.

De ce roman se dégage un souffle de jeunesse, de plaisir, de sensualité. L’appétit de culture, le goût de la chair, de l’amitié se mélangent. Les remarques, les dialogues sont savoureux. Le style est d’une grande fraîcheur et simplicité.

L'écrivain Dany Laferrière, reçu à l'Académie Française

L’écrivain Dany Laferrière, reçu à l’Académie Française

Tout au long de cette nuit il lutte contre son attachement à son pays natal, ses amis, sa mère mais aussi il crie, se révolte : « Moi je veux vivre. Je préfère vivre de n’importe quelle manière plutôt que de mourir en héros ». Sa mère le supplie de partir car il sera « plus utile vivant que mort »Ce roman quête de soi insinue combien un pays vous façonne, combien il est difficile de trancher entre amour et individualisme entre idéal et pragmatisme entre raison et magie. Ce cri des oiseaux fous plane longtemps dans notre cœur et nous hante avec cette beauté sombre et grave de la dernière nuit avant l’exil.

Nicole

Rêves oubliés

Leonor de Recondo

Reves oublies 9782757834350-crg.inddCe livre raconte la vie d’une famille espagnole, obligée de rejoindre la France et de fuir l’Espagne à cause de la guerre civile qui a éclaté dans les années 1936 à 1939. 21 Mai 1940 : « Depuis hier nous avons définitivement perdu la guerre. L’Espagne nous ferme ses portes et le dictateur s’assure de longues années de règne où la moindre voix discordante sera muselée ! ».

la mère de famille, Ama, déracinée va tenir un journal secret tout au long de ces jours interminables depuis le 18 août 1936 jusqu’au 2 janvier 1941. Les pages sont datées et nous découvrons ainsi leur quotidien mais il n’y a aucune révolte, tout est dans la retenue, la justesse ! L’écriture lui permet de comprendre la situation, de la supporter, de maîtriser ses émotions et cela lui fait du bien : « je ne me plains pas, c’est ainsi ». 

Dans ces pages émouvantes, délicates et poétiques on assiste à la lutte intérieure de cette famille, à sa résistance pour refouler son chagrin et continuer à vivre malgré tout, pour les enfants d’abord, puis comprendre que les rêves peu à peu font place à une résignation pour accepter le présent insatisfaisant ! …

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

« J’abandonne une partie de moi-même là-bas au pied des orangers. J’y laisse mes rêves et je prie pour que nous restions unis, en vie ». « Je comprends votre peine, nous la ressentons tous. L’abandon de notre passé est un déchirement qui s’étire un peu plus chaque jour, ne cédons pas aux mirages de la nostalgie ».« Être ensemble c’est tout ce qui compte » ou «  malgré ces temps orageux et glacial nous sommes toujours là ensemble ».

Ce roman est délicieux à lire parce que la poésie s’écoule à chaque phrase, les mots sont choisis, les phrases sont courtes et simples, pudiques, tout en finesse ! « Ce roman a la pureté du cristal, la douceur d’une caresse… écriture délicate, aérienne, un pur bonheur de lecture ».

Josette J.

Saïgon-Marseille aller simple

Nguyen Van Thanh

livresaigonmarseilleL’auteur, né en 1921 à Hué au Viet-Nam, est décédé à 91 ans, le 2 décembre 2012 à Lattes dans l’Hérault. La première partie du livre est un récit plein d’anecdotes sur la vie familiale de l’auteur, sur la société dans laquelle vivaient les élites vietnamiennes dans les années 20. Son père, issu d’une famille de lettrés pauvres, avait acquis le titre de mandarin, et exerçait la fonction de sous-préfet de la région de Vinh.

En juillet 1939, l’empereur Bao Dai lance un appel afin de recruter 20 000 volontaires pour la France, non comme soldats mais comme main d’œuvre dans les usines d’armement. Il y eut si peu de volontaires que cela se mua en mobilisation forcée. Thanh s’engage ! Il n’a alors que dix-sept ans. Le récit du voyage, de l’arrivée à Marseille, de l’envoi dans des camps ne fait pas honneur à la France. Les Indochinois furent traités comme des « sous-hommes », « nous n’étions que des bêtes… ».

Puis se sont les années passées à la poudrerie nationale de Bergerac, un travail de manutention sans aucune protection des matières nocives. Une promesse de salaires au retour au pays qui ne seront jamais versés. Enfin le travail dans les propriétés agricoles. Thanh fait ressortir « le racisme ordinaire », combien les Vietnamiens étaient pris pour des « bêtes curieuses » : « nous apportions une variante raciale ». Un autre lieu de honte pour la France : le centre de redressement de Sorgues destiné aux Vietnamiens protestataires, agitateurs politiques… « aux mauvais Annamites ». Un véritable camp de concentration… des pages édifiantes !

En 1948, la France commença à organiser le rapatriement des travailleurs indochinois. Ce n’est qu’en 1952 que les derniers purent enfin revoir leur patrie, après douze années d’exil forcé. Environ un millier d’entre eux firent le choix de rester en France, le plus souvent parce qu’ils avaient rencontré une femme, et fondé une famille, comme Nguyen Van Thanh.

En février 1975 premier voyage au Vietnam après 35 ans d’absence, 2 mois avant que Saïgon ne tombe aux mains des communistes. Après la réunification, Thanh raconte comment ses frères et sœurs se retrouvèrent dépouillés de tout ; leur tentative de départ « en boat-people » . Et Tanh de s’interroger « Pourquoi s’enfuir de son pays pour aller endurer dans un autre la misère, le chômage et surtout le mépris ? »

La souffrance intime de l’exilé qu’est Thanh, ce fut moins son pays, son déclassement social, que sa famille… Son exil a provoqué avec elle une incompréhension qui en raison de ses choix politiques et de l’éloignement est devenue un mur infranchissable. « Je me résigne à prendre ce que ma famille m’accorde et à m’en contenter pour m’estimer comblé. »

Une page d’histoire peu connue, bouleversante à découvrir, qui interroge le passé de notre pays.

Marie-Antoinette

« Écoutez la mer »

Marie Cardinal

ph_ecoutezÉcrit en 1961-62, ce livre est un hymne à la patrie perdue où le sang coule rue Michelet, là où Marie est née. L’auteure y explique cette double appartenance culturelle, la France, un pays de rationalité, de cérébralité, et l’Algérie terre de la jouissance, des odeurs, des chants qui ont bercé l’enfance de la petite fille. Et puis bien sûr, il y a la mer omniprésente. Et les noms de ces plages sont comme une litanie, comme des grains de chapelet, les perles d’un collier qui ceinture la côte nord du pays algérois.

Elle raconte son amour pour un allemand, Karl, un être qui est un peu l’antithèse de cette méditerranéenne, spontanée, vif argent… Et pourtant, paradoxalement, c’est son amour pour Karl qui lui fait retrouver son pays perdu avec ses parfums de lauriers roses et de couscous, son soleil impitoyable et ses musiques rythmées par les derboukas et la petite flûte des bergers de la ferme.

Marie Cardinale « l’exilée absolue » : « Je suis une fille d’Algérie j’ai des rapports difficiles avec la France ». Chacun de ses ouvrages reprend sans cesse ce thème du pays natal et ce pays n’est pas la France !

Ainsi dans « Au pays de mes racines » : « Nécessité de partir là bas. D’y retourner. Là bas, l’Algérie, Alger. Pourquoi ? Ce ne sont pas les maisons que j’ai habitées qui m’attirent. Non, c’est quelque chose qui vient de la terre, du ciel, de la mer, que je veux rejoindre, quelque chose qui, pour moi, ne se trouve que dans cet endroit précis du globe terrestre ». « Vivre ailleurs cela a changé pour moi le sens du mot vivre. […] Il n’y a plus d’instants où je sois en parfaite harmonie avec le monde ».

Annie

Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda

ph_danslamerIl s’agit de l’histoire d’un petit garçon afghan Enaiatollah, de l’ethnie Hazara (chiites) persécutée par les Talibans et les Pachtounes (sunnites). Son père, il y a quelques années est mort assassiné dans son camion qui a été volé avec toutes les marchandises commandées et achetées pour les Pachtounes en Iran. Les Pachtounes le recherchent pour lui faire payer la dette du père en le réduisant en esclavage. Aussi, à son insu, sa mère le conduit et l’abandonne au Pakistan, pour qu’il puisse vivre libre, après lui avoir imposé 3 promesses : ne jamais prendre de drogues, ne jamais utiliser d’armes, ne jamais voler.

C’est le récit de 5 années d’errance : 1 an au Pakistan, 3 ans en Iran et une année pour rejoindre l’Italie en passant par la Turquie. Un livre sur la vie d’un garçon dont l’enfance se termine à 10 ans, le jour où il n’a plus de mère pour le guider, où il faut qu’il prenne des décisions pour lui. C’est un récit sur la peur de mourir, la peur d’être pris par la police et d’être torturé : il ne le sera pas, mais il connaîtra les postes de police.

Soumis à la volonté des passeurs, il fait route avec d’autres jeunes afghans comme lui mais la plupart du temps il est seul. Être seul est parfois payant, permet plus facilement la bienveillance de l’autre. C’est enfin la chance immense de trouver une famille italienne qui va l’héberger, lui permettre de faire des études et d’obtenir un permis de séjour. Un récit vivant, sans rancune, la survie avant tout, la peur mais aussi la prise en main de soi.

« Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ? Tu le reconnais parce que tu n’as plus envie de t’en aller. Bien sur il n’est pas parfait. Ça n’existe pas un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins, personne ne cherche à te faire du mal ».

« Un jour j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer ».

Cécile

Ces chroniques littéraires ont fait l’objet d’une séance publique de Katulue organisée dans le cadre du jubilé de Carnoux-en-Provence. Retrouvez en le compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Rencontres Katulu ? autour de livres sur l’exil

24 octobre 2016

affichekatulu_29sept2016Ce sont plus de trente amateurs de lecture, parmi lesquels nous saluons la présence de madame Claude Dalmasso, directrice de la médiathèque Albert Camus de Carnoux, qui ont répondu à l’invitation du groupe KATULU ? du Cercle Progressiste Carnussien pour assister en cette fin d’après-midi du 29 septembre 2016 à la présentation par cinq des lectrices du groupe d’un livre récemment publié ou plus ancien traitant de l’Exil. Un événement organisé à l’occasion du jubilé de Carnoux.

Avec Le Cri des oiseaux fous de Dany Laferrière, Nicole Bonardo a relaté les dernières heures de l’auteur en Haïti avant son départ pour Montréal afin d’échapper aux milices de la famille Duvallier qui faisaient la chasse aux opposants, et notamment aux journalistes comme lui. Son roman, au-delà d’une épreuve personnelle, révèle toute la noblesse du peuple haïtien, population tant malmenée depuis de très nombreuses années.Reves oublies 9782757834350-crg.indd

Léonor de Récondo, dans Rêves oubliés, retrace l’itinéraire d’Ama qui fuit avec sa famille la guerre d’Espagne pour s’installer dans l’exil dans une ferme landaise et qui laisse en Espagne l’aïeul. Josette Jégouzo a su faire partager à l’auditoire à partir de cette fresque romanesque la douleur mais aussi l’énergie d’une famille déclassée socialement, qui tente cependant de vivre avec la peur et la nostalgie.

ph_danslamerCécile Tonnelle a choisi de présenter le roman du journaliste italien Fabio Geda Dans la mer il y a des crocodiles qui aborde la question de l’exil à partir du récit d’un jeune afghan que sa mère décide d’abandonner au Pakistan afin de le sauver et pour que de là il rejoigne des membres de sa communauté installés en Europe.

Le roman s’inscrit à la fois dans l’espace, depuis l’Afghanistan jusqu’en Italie en passant par la Turquie et la Grèce, et dans le temps puisque l’itinéraire suivi par Enaiatollah se déroule sur huit années. Ce texte nous donne à partager une épreuve humaine où le courage et la rage de vivre dominent.livresaigonmarseille

Le quatrième roman est présenté par Marie-Antoinette Ricard. Il s’agit de l’autobiographie de Nguyen Van Thanh, jeune vietnamien qui s’est engagé, en 1939, avec 20 000 de ses compatriotes « réquisitionnés de force » comme ouvriers pour faire fonctionner les poudreries dans le sud de la France. Intitulé Saïgon-Marseille aller simple, l’ouvrage nous permet d’abord de suivre un épisode douloureux qu’ont connu différents autochtones engagés dans les troupes françaises, mais aussi d’appréhender et souvent de découvrir comment s’est déroulé l’accueil de ces exilés dans les campagnes françaises. Une révélation qui a suscité de très nombreuses questions qui sont ô combien d’actualité.

ph_ecoutezEnfin, il est revenu à Annie Monville de faire revivre à partir de deux ouvrages de Marie Cardinale. Le premier, Écoutez la mer décrit comment l’auteure a difficilement vécu son déracinement de sa terre natale d’Algérie et combien la nécessité de ciel, de terre et de mer se faisait sentir depuis son installation en métropole. Le second, Les mots pour le dire, relate la démarche analytique suivie par Marie Cardinale pour tenter d’apaiser une douleur profonde et persistante.

Chaque présentation a croisé analyse et citation d’extraits afin de donner à l’auditoire envie de partager la lecture du ou des ouvrages retenus.

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

De cet après-midi consacré à des témoignages d’exil, ressortent des constantes : la nécessité d’échapper à un destin cruel, la douleur de ceux qui s’expatrient, douleur d’autant plus vive quand toute une famille ne peut être réunie dans cet exode, l’indispensable reconstruction après cette épreuve qui s’accompagne souvent d’un déclassement social, enfin le vécu de qualités d’accueil contrastées, des rejets mais heureusement aussi de très belles rencontres.

Les échanges qui ont suivi chaque présentation ont été denses et ont enrichi les propos par des citations d’autres auteurs traitant de la même question. Notons pour conclure que l’initiative de réunir des amateurs de lecture a dépassé les limites de la commune puisque nous avons enregistré la présence de membres de deux associations de lecteurs de Ceyreste.

Les débats se sont ensuite poursuivis autour d’un apéritif dinatoire offert par les membres du Cercle Progressiste Carnussien.

L’expérience est à renouveler.

Michel Motré

Retrouvez ce compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Land Art à Carnoux-en-Provence

22 octobre 2016

La jeune ville de Carnoux qui fête cette année son jubilé se verrait-elle honorée par une installation artistique récemment apparue en différents points de la ville ?Blog324_PhJubile

Depuis cet été, nous avons constaté le surgissement d’éléments métalliques ou de béton de couleur orange (couleur retenue avec le vert olive pour le visuel du jubilé) qui ponctuent un itinéraire depuis le quartier des Barles jusqu’aux abords de la départementale en direction de Cassis.

Quel artiste se réclamant du Land Art a-t-il pu ainsi œuvrer sur le territoire de notre commune ?

Pour information, le land art est une tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, eau, rocher, etc.). Le plus souvent, les œuvres sont en extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l’érosion naturelle. Ce courant est apparu aux Etats Unis au début des années 1970.

Dans notre région et plus précisément sur un territoire proche de Digne les Bains, l’artiste Andy Goldsworthy a créé à partir de la fin des années 1990 un parcours jalonné par des constructions de pierres récoltées sur place,  intitulées Refuges, abris réels ou fictifs.

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Dans le cas qui nous interroge, nous rencontrons une combinaison entre Land Art et sculpture avec une référence à des œuvres comme celle  ci-dessous d’Alain Kirili, Oratorio de 1988, qui est composée de plusieurs blocs d’aluminium forgé. Aluminium, bauxite…. Il y a peut-être là une piste à explorer ?

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

En s’approchant des objets surgis dans notre paysage urbain carnussien, nous découvrons que chaque objet, plutôt qu’un cartel comme c’est le cas dans les musées ou les galeries, porte une plaque qui  indique « Alteo, borne n°… » et la mention « conduite sous pression ».

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Alteo n’est pas le pseudonyme d’un artiste, c’est le nom de l’entreprise internationale dont l’usine de Gardanne a rejeté pendant de trop nombreuses années ses fameuses boues rouges en Méditerranée dans la fosse de Cassidaigne située au large de Cassis !

Pour informer les riverains des canalisations sur l’installation des bornes oranges, l’entreprise Alteo leur a adressé en août 2016 un courrier nominatif émanant du responsable Santé, Sécurité Environnement qui précise qu’ « Alteo s’est engagé à mettre en place des éléments de repérage de  cette canalisation » souterraine qui traverse notre ville « afin d’éviter tout risque de dégradation lors de travaux ».

landart_lettre

 

En effet, s’il n’y a plus de boues rouges qui circulent dans le sous-sol de Carnoux, il subsiste des eaux industrielles sodiques (PH12 environ dixit la note). Rappelons que le PH (potentiel hydrogène) de degré 12 est celui de l’eau de Javel !

Loin d’un parcours artistique, Alteo a mis en place différents éléments de repérage à caractère préventif, bases aériennes hors du sol, bornes en béton et plaques avec sous plaques, toutes équipées de plaques d’identité informatives.

Voila, l’énigme des bornes oranges est levée. Il ne s’agissait pas d’une intervention artistique, mais alors pourquoi ne pas envisager l’installation d’une véritable œuvre d’art contemporain à Carnoux ?

MM

Centre culturel : le droit de réponse du maire de Carnoux

20 octobre 2016

logoccIl avait été évoqué ici même  la situation très particulière du Centre culturel de Carnoux dont le nouveau président, par ailleurs conseiller municipal, est loin de faire l’unanimité au sein des équipes d’intervenants comme des usagers et membres de l’association. Comme il fallait s’y attendre, le maire de Carnoux a pris la mouche. Il a  téléphoné immédiatement au président du Cercle Progressiste Carnussien pour se plaindre que certains de ses concitoyens aient osé exprimé publiquement un regard un tant soit peu critique vis-à-vis de sa gestion municipale sur ce dossier et il nous a adressé un courrier virulent que nous nous empressons naturellement de reproduire in extenso, droit de réponse oblige.

Carnoux, le 18 octobre 2016

 

Monsieur le Président

CERCLE PROGRESSISTE CARNUSSIEN

 

Lettre RECOMMANDEE EN MAINS PROPRES

 

Monsieur le Président,

A la recherche de « sensationnel » et de lecteurs vous vous êtes autorisés à publier sur votre blog un article anonyme intitulé « Centre Culturel de Carnoux : la révolte gronde …» !

Il est dommage que votre argumentaire à partir de chiffres bruts glanés sur les documents budgétaires de la commune ait donné lieu à des conclusions hâtives non conformes à la réalité.

Il est aussi lamentable que vous vous attaquiez à un  homme actif certes mais dévoué à sa commune qui n’a que le tort d’être attentif à la bonne marche de l’association dont il est président et de ne point faire partie des gens « bien-pensants » que vous êtes censés représenter.

C’est pour ces raisons que je vous demande d’insérer dans votre blog l’ensemble de la présente en vertu de notre droit de réponse.

1/ Sur l’implication de la municipalité dans la gestion du Centre Culturel

Effectivement la municipalité et son maire sont impliqués dans le fonctionnement de l’association :

  • Juridiquement les statuts du centre culturel prévoient que le maire ou son représentant est participant de droit au Conseil d’Administration.

La nature de l’activité de l’association est en effet assimilable à un service public, financé en partie par des fonds publics et il serait irresponsable de ne pas « contrôler » le bon usage des subventions qui lui sont allouées.

  • D’une manière générale, le maire ou son représentant est « systématiquement » présent aux assemblées générales des associations chaque fois qu’il est invité, à plus forte raison à celle du Centre Culturel qui a pour mission d’offrir à la collectivité avec l’aide d’intervenants qualifiés, des activités culturelles diversifiées et de qualité.

2/ Sur les « généreuses » subventions allouées par la municipalité au Centre Culturel

Avant de tirer quelques conclusions erronées, il est nécessaire de préciser qu’il s’agit de subventions d’équilibre fixées en fonction des activités déployées, du nombre d’adhérents et des besoins chiffrés au plus juste. C’est ainsi que celles-ci peuvent varier aussi bien à la hausse qu’à la baisse suivant les années.

L’objectivité élémentaire eut été d’indiquer que si en 2012 le montant de la subvention était de 60.000 €, il était en 2013 de 86.000 €, en 2014 de 72.000 € et en 2016 effectivement de 82.000 €.

Je suis surpris que le Cercle progressiste trouve excessif cette somme de 82.000 € pour le développement d’une politique culturelle au service de plus de 500 usagers !

En 2016, il faut signaler la prise en charge financière par le centre culturel de l’opération « orchestre à l’école » appréciée par les enseignants, les élèves et leurs familles.

Enfin l’auteur anonyme de l’article fait des comparaisons hasardeuses entre les subventions versées au centre culturel par rapport à celles versées à l’ensemble des associations.

Il ne suffit pas d’affirmer pour être crédible.

Il est dit qu’en 2012 l’ensemble des subventions s’élevait à 356.770 € et en 2016 à 205.210 € « rigueur budgétaire oblige ! ».

Or l’objectivité sinon l’honnêteté eut été de souligner que depuis 2012 186.000 € ne sont plus versés en raison – soit d’une réorganisation, c’est le cas des activités de l’OMS prise en charge intégralement sur le budget communal pour un total de 178.000 € – soit d’un arrêt d’activité total ou partiel d’autres associations pour un total de 8.000 €.

Avec ces corrections le total des subventions versées en 2012 est ramené à 170.770 € contre    205.210 € en 2016 !

3/ Sur le fonctionnement du Centre Culturel

Si l’auteur anonyme de l’article était mieux informé, il n’aurait pas laissé entendre que la gestion du centre culturel était opaque.

Celle-ci est en effet discutée par le bureau, validée par le conseil d’administration et exposée à l’assemblée générale.

Le budget et les résultats financiers sont présentés par la trésorière de l’association à chaque assemblée générale et les documents sont consultables par les adhérents.

Enfin en s’attaquant d’une façon éhontée à la personne du président « un tel personnage » en évoquant sa vie professionnelle, élective et associative, en le qualifiant de « Staline », l’auteur anonyme se disqualifie de lui-même  ainsi que ceux qui ont relayé ses dires.

Monsieur Frédéric ROUQUET, puisqu’il s’agit de lui, en guise de pétition a reçu, depuis la distribution de l’article sous forme de tracts, des témoignages de soutien et de sympathie de la part de nombreux professeurs et intervenants de ce même Centre Culturel !

Oui Carnoux peut être fier de son Centre Culturel qui après avoir été entièrement rénové va bientôt s’enrichir d’une nouvelle salle de chants.

C’est grâce à la Collectivité, aux bénévoles du Conseil d’Administration, à son Président, aux personnels et aux adhérents de plus en plus nombreux qu’il est devenu un pôle majeur de la culture, n’en déplaise à ceux qui tiennent inutilement des propos désobligeants voir diffamatoires.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Pierre GIORGI

Maire

 

On ne saurait trop remercier le maire de Carnoux pour ce courrier très explicite qui confirme point par point la véracité de tous les chiffres énoncés dans l’article paru sur notre blog. On regrettera néanmoins qu’après ce long plaidoyer aussi argumenté on ne soit toujours pas en mesure de connaître le budget effectif du Centre culturel de Carnoux. Loin de nous l’idée saugrenue de penser que cela pourrait confirmer cette légère impression d’opacité évoquée dans l’article, mais nous regrettons néanmoins que la municipalité n’ait pas profité d’une telle occasion pour apporter quelques précisions à ce sujet. Réjouissons-nous enfin que cet article ait pu être l’occasion de déclencher d’aussi nombreuses marques d’affection et de soutien envers le président du Centre culturel dont nous avions sans doute mal apprécié l’immensité du talent et en tout cas la solidité des soutiens politiques dont il dispose !

Centre culturel de Carnoux : la révolte gronde…

28 septembre 2016

logoccLe Centre culturel de Carnoux-en-Provence, comme la plupart des structures similaires dont le modèle a été largement inspiré en France des Maisons de la Culture créées par André Malraux, alors ministre de la Culture, est une association loi 1901 dont le fonctionnement est néanmoins étroitement contrôlé par la municipalité. Ses locaux, qui ont d’ailleurs fait l’objet récemment d’un sérieux lifting entièrement financé sur fonds publics, appartiennent à la ville et sont mis gratuitement à disposition de l’association pour son usage exclusif, la commune se chargeant également à ses frais de leur entretien.phcentreculturel

Quant au fonctionnement du Centre culturel lui-même, il est très largement subventionné par la commune qui lui a octroyé pour l’exercice 2016 une généreuse subvention de 82 000 €, votée en conseil municipal le 7 avril 2016 et représentant près de la moitié du total des subventions versées par la commune à l’ensemble des associations de Carnoux (205 210 €). Cette subvention attribuée au Centre culturel prend d’ailleurs une place croissante dans la part du budget alloué chaque année aux associations carnussiennes. En 2012, son montant s’élevait à 60 000 € alors que le montant total des subventions accordées à une quarantaine d’associations carnussiennes atteignait 356 770 €. Depuis, ce montant global des subventions aux associations a été presque divisé par deux, rigueur budgétaire oblige, mais le montant versé annuellement au Centre culturel a été augmenté de plus d’un tiers en 4 ans !

Ces chiffres confirment clairement que le Centre culturel de Carnoux fait l’objet d’un traitement très privilégié parmi les  plus de 110 associations actuellement répertoriées sur la commune et listées sur le site internet de la mairie (dans un joyeux désordre, permettant à nombre d’entre elles d’être recensées à la fois comme associations sportives, culturelles, de quartier, caritatives, etc.).

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux - juillet 2015)

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux – juillet 2015)

Mais la forte implication de la municipalité dans la gestion de cette association se manifeste aussi par la proximité de ses dirigeants avec l’exécutif municipal. L’ancien président du Centre culturel, Gérard Lambert, resté pendant 13 ans à ce poste, est l’époux de Danièle Lambert, ancienne adjointe à la Communication et toujours conseillère municipale. Le maire Jean-Pierre Giorgi, est systématiquement présent aux assemblées générales de l’association et c’est lui qui a orchestré le changement de président, fièrement affiché dans le bulletin municipal de juillet 2015 et annoncé en grandes pompes lors du spectacle de fin d’année en juin.

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Devenu effectif il y a tout juste un an, en septembre 2015, ce changement de président fait quelque peu grincer des dents l’équipe constituée d’une vingtaine d’intervenants, pour la plupart disposant d’un simple statut d’auto-entrepreneurs, qui animent les 27 activités actuellement proposées aux quelques 650 adhérents que revendique le Centre culturel. Le nouveau président n’est autre en effet que Frédéric Rouquet, par ailleurs conseiller municipal délégué aux affaires scolaires et au site internet. On ne saurait mieux exprimer en effet la main mise de la municipalité sur cette structure associative dont on serait bien en peine en revanche de connaître, ne serait-ce que le montant de son budget et la répartition de ses charges, éléments qui ne sont pas communiqués aux membres de l’association.

Le nouveau président, par ailleurs responsable de la salle de cinéma des Trois-Palmes à la Valentine, n’est certes pas un inconnu des Carnussiens, après avoir trusté pendant des années le rôle de représentant PEEP des parents d’élèves au fil de la scolarité de ses trois enfants, d’abord au groupe scolaire Frédéric Mistral, mais aussi au collège des Gorguettes et au lycée Méditerranée. Les enfants étant par ailleurs amateurs de percussions, il va de soi qu’un tel personnage ne pouvait laisser passer l’occasion de s’immiscer également dans la gestion du Centre culturel et c’est donc tout naturellement qu’il en a pris la présidence après s’être fait élire conseiller municipal.

L'équipe d'intervenants du Centre culturel autour du président

L’équipe d’intervenants du Centre culturel autour du président

Un tel dévouement à la cause publique force l’admiration ! A ceci près que l’activisme autoritaire du nouveau président commence à faire jaser. Ses prestations en Monsieur Loyal lors des spectacles de fin d’année pourraient simplement prêter à sourire si elles ne s’accompagnaient en parallèle d’une volonté hégémonique de vouloir régenter lui-même l’ordonnancement du spectacle et le choix des élèves autorisés à se produire, sans tenir compte le moins du monde de l’avis des enseignants. Après seulement un an d’activité à la tête de l’association, cette volonté d’ingérence systématique lui a d’ailleurs valu en interne le doux sobriquet de Staline, un surnom flatteur dans certains milieux mais pas forcément dans le monde feutré de la culture carnussienne…

Les fortes augmentations de tarifs décrétées unilatéralement en début d’année, les clauses abusives de non-concurrence imposées aux intervenants, les oukases interdisant désormais aux enseignants d’accepter des cours individuels de 3/4 d’heure pourtant mieux adaptés à certains niveaux et pour certaines disciplines, toutes ces décisions imposées de manière rigide et sans concertation ni réelle justification, finissent par lasser tant le personnel enseignant que les usagers du Centre culturel, même les mieux disposés à son égard.

Faudra t-il donc attendre la prochaine assemblée générale de l’association pour mettre un terme à une erreur de casting aussi flagrante ? Faut-il que les membres de l’association et le personnel enseignant expriment ouvertement leur mécontentement face à un mode de direction aussi obtus et contre-productif, quitte à organiser une pétition ? Le Centre culturel fait partie des outils dont la commune peut être fière et il serait dommage d’en casser ainsi la dynamique du fait du comportement quelque peu narcissique de son président actuel.

Des usagers du Centre culturel

Après avoir lu cet article, n’oubliez-pas de lire aussi le droit de réponse du maire de Carnoux !

Mais que faisait donc Tony Garnier à Carnoux ?

19 septembre 2016

Chacun à Carnoux-en-Provence a déjà entendu le nom de Tony Garnier qui a donné son patronyme à une salle municipale, une rue et maintenant au parc qui vient d’être aménagé en plein centre ville, en lieu et place de l’ancienne galerie marchande désuète et vétuste, construite en 1960 entre l’église et la mairie de Carnoux. Mais qui à Carnoux sait réellement qui était ce fameux Tony Garnier et en quoi il a marqué d’une telle empreinte indélébile l’histoire de la jeune commune qui vient tout juste de fêter son premier cinquantenaire ?

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Ce n’est en effet ni un de ces pionniers qui ont aménagé ce vallon suite à leur rapatriement forcé d’Afrique du Nord, ni un ancien maire de la commune comme Jean Chaland qui a laissé son nom à un autre jardin public de la ville, ni même un de ces anciens officiers de l’armée coloniale, le maréchal Lyautey en tête, dont on retrouve les noms sur nombre de plaques de rue carnussiennes.

L'architecte Tony Garnier

L’architecte Tony Garnier

A Lyon, en revanche, chacun connaît Tony Garnier, un enfant du pays, qui y est né en 1869 et y a passé l’essentiel de sa vie. Cet architecte a remporté en 1899 le premier grand prix de Rome, ce qui lui a valu un séjour très prisé à la fameuse Villa Médicis à Rome, séjour durant lequel il imagine son projet de Cité industrielle, une forme urbaine idéale en béton armé et en verre, destinée à héberger 35 000 habitants et conçu dans le plus pur esprit des utopies socialistes du XIXème siècle.

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

L’arrivée à la mairie de Lyon du radical Edouard Herriot en 1905 lui permet de lancer ses premières grandes réalisations. C’est notamment lui qui érige la fameuse halle en structure métallique de 210 m de longueur qui porte toujours son nom et qui servit longtemps d’abattoirs pour l’agglomération lyonnaise. Classée monument historique en 1975, elle est toujours debout et a été reconvertie en salle polyvalente et lieu d’exposition.

Vue aérienne récente de l'hôpital Edouard Herriot

Vue aérienne récente de l’hôpital Edouard Herriot

A partir de 1911, c’est le même Tony Garnier qui s’attelle à la construction de l’hôpital Grange-Blanche, qui reste à ce jour le plus grand complexe hospitalier de la métropole lyonnaise, après avoir été rebaptisé du nom de l’ancien maire Edouard Herriot. Conçu sous forme de multiples pavillons spécialisés reliés entre eux par des coursives souterraines, cet hôpital est toujours fonctionnel près d’un siècle après son achèvement.

Le stade de Gerland peu après sa construction

Le stade de Gerland peu après sa construction

Et ce n’est pas tout car on doit aussi à cet architecte lyonnais la réalisation du célèbre stade de Gerland, toujours exploité même si l’Olympique Lyonnais a désormais déménagé pour investir le nouveau stade construit à Décines à l’occasion de l’Euro 2016.

La cité des États-Unis à Lyon

La cité des États-Unis à Lyon

C’est lui encore qui a conçu et réalisé, entre 1919 et 1933, le fameux quartier des États-Unis, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Un ensemble urbain pour revenus modestes, inauguré en même temps que le quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, encore habité de nos jours et où a été récemment installé un musée urbain en son honneur, qui retrace son parcours et ses réflexions d’urbaniste précurseur. Son style dépouillé et très fonctionnel inspirera d’ailleurs largement les urbanistes soviétiques de la période stalinienne.

On ne s’attend donc pas nécessairement à ce qu’un tel personnage soit autant célébré dans une ville comme Carnoux, aussi loin de ses terres de prédilection ! La raison d’un tel engouement des habitants de Carnoux en faveur de cet architecte et urbaniste lyonnais réside en réalité dans le fait que Tony Garnier est venu passer les dernières années de sa vie à l’hôtellerie de la Crémaillère où il est mort en janvier 1948… A l’époque, la ville de Carnoux n’existait pas encore et l’ancienne bâtisse du XVIIème siècle, autrefois utilisée comme relais de diligence et alors reconvertie en hôtel, se trouvait à cette époque sur le territoire de Roquefort-La Bédoule.

L'hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’architecte n’est d’ailleurs même pas enterré ici puisque ses restes ont été rapatriés à Lyon dès 1949 et reposent désormais au cimetière de la Croix-Rousse. Il n’en demeure pas moins que sa villégiature provençale au soir de sa vie aura suffi à ancrer fortement la mémoire de ce personnage dans l’imaginaire carnussien au point de voir son nom omniprésent dans la commune. Comme quoi, la renommée post-mortem ne tient parfois qu’à un fil…

L.V.  LutinVert1Small

Katulu ? fête à sa manière le jubilé de Carnoux

13 septembre 2016

Katulu ? est un « groupe de lecture » créé en 2008 à l’initiative de Maggy Portefaix, institutrice retraitée, et de deux de ses amies, « les deux Josette ».

Son objectif :    « A Katulu ? nous désirons partager nos plaisirs de lecture et nous donner mutuellement envie de lire. Aucun genre de livre n’est exclu, aucun plaisir contesté. Chacun est libre ». Ainsi s’est défini ce groupe, qui au fil du temps s’est élargi à une dizaine de membres.

Avec le départ de Maggy Portefaix de Carnoux, en octobre 2011, Katulu ? est devenu une des activités du Cercle Progressiste Carnussien.

Les réunions de « Katulu ? » se poursuivent chaque mois avec une grande régularité et la présence à chaque séance de 6 personnes au minimum, dans une salle prêtée par la municipalité.

Chacun présente un livre qu’il a lu avec esprit critique souvent positif mais parfois négatif aussi et fait un compte-rendu, lequel est diffusé sur le présent blog du CPC, depuis 2013.

C’est une cinquantaine de livres qui est ainsi évoquée chaque année au sein du groupe.

Depuis sa création, 49 numéros de Katulu ? ont été édités, regroupant les comptes-rendus des livres et des réunions. Ces journaux ont été reliés en 3 volumes pour les années 2008-2011, 2012-2013 et 2014-2015, consultables par ceux qui le souhaitent. Un répertoire de tous les livres présentés depuis 2008 a été réalisé par ordre alphabétique d’auteurs avec référence au numéro de Katulu ? où se trouve le compte-rendu correspondant.

Les réunions de « Katulu ? » où règne une ambiance sympathique et une bonne humeur sans faille, sont des moments d’enrichissement, de culture, de détente… Des moments où il fait bon se retrouver, discuter, échanger… sur les livres mais aussi sur mille et un autres sujets : spectacles, théâtre, opéra, cinéma, parfois politique ou tout simplement des « choses de la vie ».

Nous avons aussi prolongé nos rencontres en nous retrouvant aux retransmissions cinématographiques des ballets et opéras du Royal House Opera ou du Met de New-York diffusées soit à l’Artéa soit dans les deux cinémas d’Aubagne avec, alors, co-voiturage assuré depuis Carnoux !

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A l’occasion du Jubilé de Carnoux-en-Provence une réunion publique est proposée jeudi 29 septembre à 18 h au Clos Blancheton. Cinq livres seront présentés autour du thème de « l’exil ». Des époques, des auteurs, des histoires de vie, tous différents, un tour du monde où des hommes, face à la dictature ou la guerre, ont dû « renaître » et donnent une très grande leçon de courage, de force vitale et d’optimisme, comme l’ont fait les « créateurs » de Carnoux. Une manière de leur rendre hommage, 50 ans après la création de notre commune, nous tous qui avons trouvé dans cette petite ville, la possibilité de créer notre « nid ».

Marie Antoinette Ricard

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Philippe Echaroux, messager de l’éphémère

19 juin 2016

Blog314_PhLaCiotatLe Bec de l’Aigle, c’est ce cap aux formes déchiquetées qui borde à l’ouest la baie de La Ciotat au dessus de la calanque du Mugel et des anciens chantiers naval. Une masse rocheuse imposante taillée dans des dépôts géologiques déposés à l’estuaire d’un ancien fleuve qui drainait la bordure nord d’un continent aujourd’hui disparu, en dehors de quelques vestiges parsemés des Pyrénées à l’Esterel en passant par la Corse et la Sardaigne !

Le site naturel est remarquable et le choc est grand en voyant dans La Provence du 14 juin 2016 une photo de ce massif recouvert d’un tag géant à l’entrée de la calanque du Mugel… La lecture de l’article rassure un peu, sinon sur les connaissances géographiques de la journaliste (qui attribue généreusement l’altitude de 1700 m au Bec de l’Aigle, le confondant de toute évidence avec son homonyme du Cantal ! ), du moins sur la nature de ce grafiti qui n’en est pas un…

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

La mise en garde « Ne grandis pas trop vite, tu vas de cogner au plafond », qui se détache en énormes lettres capitales sur le poudingue orangé du Bec de l’Aigle n’a pas été tracée à la peinture blanche mais résulte d’une projection réalisée par le photographe Philippe Echaroux dans le cadre de son projet artistique Painting with ligths : tout un programme !

Blog314_PhHopeEducateur spécialisé de formation, mais photographe de mode depuis 2008, le Marseillais Philippe Echaroux s’est lancé depuis 2014 dans une nouvelle discipline artistique : le street art 2.0. Armé de son vidéoprojecteur, il projette sur des éléments de paysage urbain des images ou des textes de sa composition et les photographie pour en conserver la trace. Une approche très originale, qui ne laisse pas de trace sinon sous forme d’archives visuelles, mais dont le résultat est totalement bluffant, d’autant que l’artiste s’intéresse avant tout à la réaction des passants qui découvrent son œuvre éphémère et réagissent en direct.

Blog314_PhTourEiffel

Marseille fait partie des terrains de prédilection de Philippe Echaroux même si ses pérégrinations l’ont conduit aussi à s’intéresser à bien d’autre terrains de jeu, de Cannes à Val d’Isère en passant par Barcelone, Paris ou Cuba où ses slogans libertaires projetés sur les façades de La Havane ont fait sensation et ont été largement rapportés par le Figaro

Blog314_PhValIsere

Certains se souviennent ainsi de ce mystérieux portait de Zinédine Zidane apparu un soir de 2014 sur une façade aveugle de la Corniche, celle-là même où avait été apposée un portrait géant du footballeur marseillais en hommage à la victoire de l’équipe de France lors du Mondial de 1998. C’était l’oeuvre de Philipe Echaroux dont les photographies et les vidéos prises sur la place Paul Ricard ont alors fait le tour du monde.

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Au début de cette année, l’artiste a lancé une autre initiative qui a connu aussi un large échos dans les médias, dont 20 minutes qui en diffuse la video. La scène se passe dans une rue mal éclairée de Marseille, devant une place de parking réservée aux personnes à mobilité réduite. La rue est déserte et les automobilistes pressés n’hésitent pas à emprunter la place de parking, ni vu ni connu. Pas de chance, ils sont filmés et quand ils sortent de leur voiture, ils voient s’afficher sur le mur en immenses lettres le slogan vaguement ironique : « L’incivilité est-elle un handicap ? ».

Blog314_PhIncivilité

Certains, pris de honte, remontent au volant pour disparaître tandis que d’autres, peu gênés, s’abritent derrière le classique « J’en ai pour 5 minutes .. ». L’objectif de l’ex éducateur spécialisé au travers de ce « handicap happening » est d’ailleurs avant tout pédagogique, une sorte de sensibilisation éphémère destinée à faire comprendre sans être agressif, comme l’explique l’artiste : « Le but n’est pas de dire « t’es un connard » aux automobilistes. Je suis dans une démarche pédagogique ».

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Une bien belle initiative citoyenne en tout cas, filmée par le complice vidéaste de Philippe Echaroux, Jean-Claude Piéri, indispensable alter ego du photographe, qui permet de fixer pour l’éternité les réactions du public à ces projections éphémères qui interpellent. Des artistes de talent dont les réalisations méritent d’être encouragées !

L.V.  LutinVert1Small

EuropaCity, le nouveau délire d’Auchan !

26 mai 2016

Nous avions déjà évoqué ici le projet quelque peu délirant imaginé sur le site des Gargues à Aubagne et porté par Immochan, la filiale immobilière du champion de la grande distribution Auchan, aux mains de la famille Mulliez qui détient une des plus grosses fortunes de France. A force d’engranger des profits il faut bien investir un peu pour arriver à dépenser des sommes d’argent aussi colossales !

Alors, Immochan ne recule devant rien et est en train de concevoir en région parisienne un projet encore mille fois plus ambitieux, rien moins que « le plus important projet d’aménagement culturel et commercial en Europe ». Dans la famille Mulliez, on est discret mais pas forcément modeste…

Blog306_PhExterieur

Le projet en question est un chantier tout simplement pharaonique pour lequel l’enquête publique vient d’être lancée. Il consiste ni plus ni moins à bâtir une nouvelle ville (une « living city » en bon français) totalement artificielle au nord de Paris en lieu et place des dernières terres agricoles du Val d’Oise, dans un secteur impropre à la construction d’habitat car survolé chaque jour par 1500 avions atterrissant et décollant sur les pistes de Roissy. Ce sera donc une ville sans logement, « le nouveau quartier de loisir du Grand Paris », entièrement dédiée au commerce et au plaisir pour satisfaire le nouveau consommateur « à la recherche d’un acte d’achat intégrant une dimension de plaisir ».

Blog306_VueEnsemble

Et pour cela, Immochan voit grand : sur une superficie totale de 80 hectares, il est prévu 230 000 m² de commerces, 2 700 chambres d’hôtel, 20 000 m² de restaurants, 50 000 m² d’espaces dits culturels avec une scène circulaire géante, un parc aquatique de 2 hectares avec vague de surf et, pendant qu’on y est, une piste de ski artificiel (pardon, un « snowpark » dédié aux « freestylers »). Avec de tels atouts, l’affluence sera forcément au rendez-vous et il est donc attendu pas moins de 30 millions de visiteurs par an dont 6 millions de touristes : deux fois plus qu’à Dysneyland et trois fois plus qu’au Louvre ! La Joconde n’a qu’à bien se tenir car il paraît quand même plus fun d’aller faire du ski dans une bulle artificielle implantée au milieu des champs de betteraves du triangle de Gonesse, coincée entre l’autoroute A1 et les pistes de Roissy…

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Certains esprits chagrins s’étonnent naturellement qu’on puisse encore imaginer de tels projets qui se traduiront par la bétonnisation des dernières terres fertiles encore cultivées aux portes de Paris. Alors que l’Ile de France est déjà obligée d’importer 90 % de sa consommation agricole et à l’heure où les députés viennent de voter à l’unanimité l’obligation pour les cantines scolaires de servir au moins 40 % de produits locaux, on peine à distinguer la justification d’un tel projet. Imaginer une telle concentration d’espaces climatisés de loisir qui draineront 60 millions de déplacements annuels dans un secteur déjà bien engorgé ne paraît pas non plus très cohérent avec les engagements pris à 2 km seulement de là, dans l’enceinte du Bourget, lors de la COP 21, comme l’a judicieusement rappelé Eric Conan dans Marianne !

A croire en fait que le groupe Auchan a fait tourner la tête de tous nos décideurs politiques, avec bien entendu l’argument massue de créer 12 000 emplois sur le site (soit autant de déplacements quotidiens supplémentaires puisqu’il ne sera pas possible de loger à proximité…). Tous sans exeption semblent séduits par le projet, y compris Laurent Fabius, l’ex grand prêtre de la COP 21, qui salue « un projet majeur qui structurera notre territoire ».

Même le sociologue Jean Viard, pourtant habituellement plus perspicace, s’est laissé embarquer dans l’aventure, n’hésitant pas à apporter sa caution morale au travers de sa participation au « Comité d’orientation scientifique » et déclarant avec emphase : « EuropaCity constitue un remarquable laboratoire de réponses possibles à des évolutions sociales majeures ». On ne saurait mieux dire…

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En tout cas, Immochan ne lésine pas sur les moyens et l’affaire est rondement menée. Alors que les premières esquisses ont été présentées début 2012 seulement au comité de pilotage, le projet a reçu dès février 2012 le label du Grand Paris et il est d’ores et déjà prévu, alors même que débute seulement l’enquête publique, la construction d’une gare spécifique pour permettre de désservir le projet via le futur Grand Paris Express. Le cabinet d’architecte retenu travaille déjà sur le projet depuis 2013 et Immochan vient de s’adjoindre les services du puissant groupe chinois Dalian Wanda, heureux nouveau propriétaire des studios Legendary Pictures, qui participera au financement du projet et « apportera son expertise et son savoir-faire, en termes de loisirs, d’hôtellerie et de divertissement ».

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Les premiers travaux sont prévus dès 2019 pour une ouverture programmée en 2024, et on ne voit pas bien ce qui pourrait freiner la réalisation d’un tel projet puisque tous les élus locaux, de droite comme de gauche, et même le Préfet de Région, sont le petit doigt sur la couture du pantalon prêt à accepter les moindres desiderata de l’investisseur privé qui mène la danse selon son bon plaisir. Certes, le groupe Auchan s’est vu décerner en 2012 le prix Pinnocchio dans la catégorie « plus vert que vert » destinée à récompenser les sommets de duplicité auxquels se livre le groupe Auchan pour justifier son projet. Mais un moment de honte est vite passé et l’horizon semble désormais bien dégagé pour ce « nouveau temple du consumérisme alors que la région est déjà saturée d’hypermarchés » comme l’a décrit le Canard Enchaîné…

L.V.  LutinVertPetit

Katulu ? n° 48

29 avril 2016

n°48 5Ce nouveau numéro (Katulu48) du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous emmène découvrir de nouveaux ouvrages en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

Innocent

Gérard Depardieu

P1_LivreInnocent« L’innocence, c’est quelque chose de gratuit, de désintéressé, un simple état de l’être, sans espoir de contrepartie ». Ce livre est un cri du cœur et un livre criant de vérité où l’acteur Gérard Depardieu cherche, selon moi, à se faire aimer et à retrouver l’estime du lecteur.

Ce livre est vrai parce que Depardieu dit ce qu’il pense, ses bonheurs et ses peines, ses qualités et ses défauts …Différents thèmes sont abordés :

– l’amitié qui, selon lui peut être comme une fleur. Ça pousse, ça se fane, ça disparaît, puis la saison d’après, ça peut revenir comme une pivoine que l’on croyait perdue et qui d’un coup se donne à voir, éclabousse de ses plus belles couleurs.

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– le cinéma : « Le cinéma, ça doit être dangers, des brûlots, de la dynamite, des pierres brûlantes avec lesquelles on essaie de jongler, l’Art, quel qu’il soit doit être le contraire de la bienveillance, pour être utile l’art doit être dangereux, le cinéma doit être vrai c’est à dire dangereux ! ».

– le monde politique : « je n’ai jamais rencontré un homme de pouvoir honnête, jamais. Quand je dis homme de pouvoir, je parle de ceux qui prétendent des choses, qui prétendent prendre notre vie en main, faire notre bien, nous diriger…».

les religions : Profond pessimisme, peur de l’extrémisme, de l’intégrisme ! Que feront-ils après ? « Parce que tu crois que détruire ça amène à créer après, abruti… ».

Est-il vraiment sincère ? il se montre sous un jour différent : il mérite l’estime et la confiance, il est vrai !

Josette J.

 

 

Robe de marié

Pierre Lemaitre

P3_LivreLemaitreL’auteur, Pierre Lemaitre, est né en 1951. Ses romans sont des polars, des romans noirs où il rend souvent hommage à ses « maîtres » : A. Dumas, R. Dorgelès, James Ellroy, E. Gaboriau, Aragon, Proust mais aussi Hitchcock. Il a obtenu de nombreux prix mais surtout le Goncourt en 2013 pour « Au revoir là haut » une histoire qui met en scène, dans une langue magnifique, les tribulations de deux jeunes démobilisés en 1918 et qui ne reconnaissent plus leur pays gangrené par des scandales, dont des trafics de monuments aux morts et de sépultures. On peut penser aux « marchands de gloire » de Pagnol sur le même thème.

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Le titre de ce livre, Robe de Marié, est emprunté à une lettre de poilu fusillé pour désertion et que l’on vient de réhabiliter. Il serait dommage de déflorer l’histoire de ce thriller qui, un peu à la manière d’Hitchcock, décrit la folie de Sophie qui devient meurtrière sans jamais se souvenir vraiment de ses crimes. Près d’elle, comme un fantôme malfaisant, il y a Frantz, son journal intime et sa moto…

Dans une troisième et dernière partie de ce gros roman de 270 pages, les deux protagonistes vont enfin se rencontrer et s’affronter mais… Je ne vous en dirai pas plus, lisez « Robe de marié » (et notez bien l’orthographe du dernier mot car tout est là !). C’est le genre de bouquin qu’on ne peut plus quitter et je dois dire qu’il y a longtemps qu’un livre ne m’avait pas passionnée à ce point !

Annie

 

 

LES PROFANATEURS

Michael Collins

P5_LivreCollinsA l’âge de cinq ans, Franck Cassidy a vécu un drame effroyable : la mort de ses parents dans l’incendie de leur maison. L’enfant, seul témoin, est confié à un psychiatre qui, croyant fermement au pouvoir du subconscient, teste ses méthodes d’hypnose sur l’enfant afin d’élucider le mystère de l’incendie. Il sera élevé, par son oncle, un fermier taciturne, sévère et sa femme Martha et grandit avec son cousin Norman.

Franck quitte, adolescent, la ferme de son oncle. On le retrouve au début du roman, adulte, marié à Honey Wainscot avec laquelle il a un petit garçon, Ernie. Franck apprend par un article de presse qu’un fermier a été retrouvé mort dans sa maison et un homme suspect a été appréhendé sans résistance. Sur la photo de la victime il reconnaît son oncle qu’il a toujours appelé père.

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Le mystère s’épaissit lorsque l’homme arrêté est retrouvé pendu dans sa cellule et sur son bras un tatouage portant « C. Green, Corée ». C. comme Chester, le fils de Sam Green le voisin de la ferme de ses parents. Or, pour Franck, cet homme, le Dormeur, ainsi surnommé, ne pouvait être Chester, ce dernier étant mort une trentaine d’années auparavant. Mais la police, les autorités ne l’entendent pas et ne cherchent même pas à vérifier ses allégations.

Qui est donc le Dormeur ? Quel jeu joue l’énigmatique et inquiétant Docteur Brown ? Et enfin, qui est (ou sont) à l’origine de l’incendie dans lequel ont péri les parents de Franck ?

Ghislaine

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Rosa Montero

Rosa Montero devait préfacer le journal que Marie Curie a écrit après la mort de son mari Pierre. Mais ce journal l’a immédiatement passionnée et elle s’est attelée à l’écriture de « L’idée ridicule de ne jamais plus te revoir » en 2013.

Elle même venait de perdre son époux Pablo Lizcano et en découvrant ce journal, elle avoue : « l’envie d’utiliser sa vie comme un mètre étalon pour raconter la mienne »… « On me dit : il est mort. Peut-on comprendre des choses pareilles… Mais comment çà je ne vais plus le revoir… c’est une réalité inconcevable que l’esprit rejette : ne plus jamais le revoir est une mauvaise blague, une idée ridicule ».

Marie Curie, le livre et l'auteur...

Marie Curie, le livre et l’auteur…

Ce livre n’est pas une biographie de Marie Curie. C’est pour l’auteur l’occasion de parler des états d’âme de l’homme, de ses souffrances, de la mort… mais aussi du bonheur. Grâce à ce journal Marie Curie a « été sauvée de l’anéantissement » ; « La littérature, comme toute forme d’Art est l’aveu que la vie ne suffit pas » et Rosa Montero ajoute : « elle ne suffit pas non. C’est pour ça que je suis en train d’écrire ce livre, c’est pour ça que vous êtes en train de le lire ».

Ce livre est aussi un livre sur le machisme ordinaire dont a été victime Marie Curie. Or elle ne fut pas seulement la première femme à recevoir un Prix Nobel et la seule à en recevoir deux mais aussi la première à être diplômée en sciences à la Sorbonne, la première à obtenir un doctorat de sciences en France, la première à avoir une chaire. Une pionnière absolue. Un être différent. La première femme aussi à être enterrée au Panthéon des Grands Hommes.

Marie a fait preuve d’un courage extraordinaire pour tout assumer : « comment a t-elle fait pour survivre, pour s’en sortir… quelle puissance ! ». Quand elle eut une relation avec Paul Langevin, la haine et l’anti sémitisme firent rage « on la traita de Russe, d’Allemande, de Juive, de Polonaise, c’était la femme étrangère ».

Josette J.

 

 

 Le viking qui voulait épouser la fille de soie

Katarina Mazetti

Le livre se situe au Xème siècle. Certains personnages vivent dans une île au sud de la Suède. Ce sont « les Vikings » : paysans et constructeurs de bateaux comme ce père et ses deux fils. La mère a disparu quand le dernier fils avait 3 ans.

Une autre famille est originaire de Kiev. Le père est un riche marchand de soie qui voyage pour son commerce en particulier dans les grandes villes telle que Byzance. Il a un fils et une fille. Cette dernière a reçu en cadeau deux esclaves. Toutes les trois vont grandir ensemble et ne plus se quitter.

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Quand la ville de Kiev tombe aux mains des pillards, le riche marchand est tué ; ses enfants et les deux esclaves vont être recueillis par un des fils Viking et ramenés sur l’île suédoise. Le viking est tombé fou amoureux de la « fille de soie » qui partage son amour, mais le destin l’empêchera de l’épouser et il s’enfuira laissant sa « fiancée » enceinte qui finira par épouser son frère …

Est-ce vrai ou pas, on découvre qu’à cette époque le trafic d’esclaves est très important. Lors des raids des pillards, l’enlèvement des garçons ou des filles pour les revendre comme esclaves fait partie des butins à acquérir quand on part à l’assaut de nouveaux territoires. Chez les Vikings, pas d’organisations centralisées, pas de roi, de prince, les problèmes de vie commune sont débattus et la justice rendue par les sages de la communauté : le clan. Mais pas d’impôts ni d’armée pour défendre les intérêts d’un roi lointain.

Pour ne pas tout dévoiler de l’intrigue, il y aura un dénouement inattendu à la fin du livre…

Un livre très agréable à lire, on est transposé dans une autre époque, dans un autre monde. Ce n’est pas un livre historique scientifiquement parlant, mais il y a tout de même des bases archéologiques qui ont permis à l’auteur de faire de son livre une petite fenêtre ouverte sur ce petit peuple Viking qui a parcouru le monde sur les mers et souvent semé la terreur. Un bon moment.

Cécile

 

Brèves… pour trois « coup de cœur »

Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

Les passants de Lisbonne – Philippe Besson

Les chauves-souris, les singes et les hommes – Paule Constant

Ces trois livres ont, pour moi, un point commun : l’écriture. Une écriture riche dans le style, le vocabulaire, la construction de la phrase. Une écriture pleine de musicalité, de finesse, de raffinement.

Cette écriture il est difficile d’en parler, il faut la lire ! Il faut d’autant plus la lire que les trois sujets traités sont aux antipodes les uns des autres : la vie de Racine, le deuil et l’épidémie Ebola.

Trois sujets merveilleusement traités, aux personnages intéressants et attachants. Après lecture j’ai écouté ce que chaque auteur disait de son livre (grâce à internet). Une expérience intéressante qui permet soit de se trouver en concordance avec ce qu’il a voulu communiquer soit de constater la marge interprétative du lecteur que je suis.

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Dans Titus n’aimait pas Bérénice, c’est l’œuvre de Racine qui a inspiré l’auteur. Pourquoi, se demande-t-elle, Racine a-t-il créé des personnages féminins aussi tragiques ? La force des textes viennent de l’observation, de la compréhension qu’a eu Racine du chagrin d’amour et de la souffrance de la femme. A partir de cette façon universelle de dire le chagrin d’amour, de sa résonance actuelle, Nathalie Azoulai crée un personnage meurtri par l’abandon de son amant  qui se plonge dans la lecture de Racine.

P11_LivreBessonDans Les passants de Lisbonne, il est question des catastrophes naturelles dont les images créent émotion et compassion, mais qui sont aussi pour certains la cause d’une disparation unique, le deuil d’un proche. Il en est ainsi de l’héroïne du roman qui, assistant à la télévision, à la destruction de San Francisco, rasée par un tremblement de terre et un tsunami, réalise que son mari était présent dans un hôtel de cette ville. Après avoir cherché des signes de vie, elle cherchera des signes de sa mort. Celle-ci étant avérée, elle quitte Paris pour Lisbonne, ville de la « mélancolie douce », « la saudade », une cité romanesque, une atmosphère, un état d’esprit, une topographie… Ce livre est le roman de deux formes de relation à l’absence : le deuil et la séparation amoureuse.

P12_LivreConstantQuant au roman Les chauves-souris, les singes et les hommes, le premier sur l’épidémie Ebola, l’auteur, fille de médecin militaire, explique avoir toujours vécu « avec les épidémies ». Lèpre et tuberculose soignées par son père, peste et choléra, et aujourd’hui ébola, objet de recherche de son mari. La chaîne de la maladie qu’elle décrit est totalement exacte. Face à ce fléau c’est l’ignorance : personne ne comprend, ne voit le processus de contamination ; c’est aussi la superstition, la malédiction, la recherche du bouc émissaire. Contrairement à l’idée reçue que les grandes épidémies appartiennent à l’Histoire, aux siècles passés, l’auteur montre qu’elles nous guettent car elles résultent de la mondialisation actuelle.

Marie-Antoinette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au MUCEM, l’Algérie joliment encartée…

22 avril 2016

BloG294_PhMucemDepuis le 20 janvier et prolongée jusqu’au 8 mai 2016 se tient au MUCEM à Marseille, le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, construit à l’entrée du Vieux Port, une exposition temporaire qui aura beaucoup fait parler d’elle et qui mérite vraiment le détour.

Organisée en collaboration avec l’Institut National d’Histoire de l’Art et la Bibliothèque Nationale de France, cette exposition est intitulée « Made in Algeria, généalogie d’un territoire ». Tout un programme, destiné à illustrer comment a évolué la représentation cartographique de ce vaste pays, parallèlement à sa conquête coloniale et à son histoire récente.

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« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage publié en 1976 par le géographe Yves Lacoste et force est de constater que la principale fonction des cartes, avant de servir à guider les touristes sur leur route des vacances, a été de faciliter le travail des armées en campagne : les fameuses cartes d’état-major, éditées au 1/80 000, avec leurs fines hachures destinées à figurer les reliefs, ont bel et bien précédé nos cartes routières Michelin…

Jean Antoine Simeon Fort, vue générale de l’itinéraire depuis Constantine jusqu’à Alger - Chateau de Versailles, photo C.Fouin

Jean Antoine Simeon Fort, vue générale de l’itinéraire depuis Constantine jusqu’à Alger – Chateau de Versailles, photo C.Fouin

Jusqu’au débarquement du corps expéditionnaire français à Sidi Ferruch en juin 1830, amorce de la colonisation française en Algérie, ce pays reste relativement méconnu des Européens, surtout en dehors de sa frange littorale. C’est ce que montrent les premières salles de l’exposition, justement dénommées « Vue de loin ». Si dans l’Antiquité le royaume de Numidie ne se distinguait guère du reste du monde méditerranéen, ce n’est plus le cas au-delà de la chute de Grenade en 1492 et de l’expulsion vers l’Afrique du Nord des maures d’Espagne.

Des relations conflictuelles s’instaurent dès lors avec le royaume de Tlemcen puis avec la régence ottomane qui s’installe à partir de 1515. Le territoire prend alors le nom, pour les Européens de « Barbarie », ce qui en dit long sur le climat de méfiance qui s’instaure entre les deux rives de la Méditerranée. Le terme actuel de « Berbère » en est d’ailleurs directement dérivé et l’exposition insiste sur la méconnaissance qui règne à cette époque en Europe quant à la configuration de cette contrée, vaste terra incognita ubi sunt leones, même si certains s’aventurent, à leurs risques et périls, dans cette contrée jugée hostile, tel l’espion Vincent Yves Boutin, dont les notes prises en 1808 seront précieuses lors de la conquête de l’Algérie.

Blog294_PhDessinOn entre ici dans la deuxième partie de l’exposition, intitulée « Tracer le territoire : de la conquête à la colonisation ». Ou comment la cartographie se met au service de la conquête militaire, à la fois outil pour guider les mouvements de troupes et instrument de propagande pour affirmer sa main-mise sur un territoire dont la toponymie est largement modifiée, histoire d’affirmer à tous que c’est le vainqueur qui prend possession du territoire et qui nomme les lieux.

Peu à peu, les zones blanches des cartes de l’Algérie se remplissent et les contours se précisent dans l’intérieur du pays. A partir de 1842, les soldats laissent la place aux colons qui commencent à s’installer pour prendre possession des terres et les cultiver. On entre dans le troisième temps de l’exposition où il est question de « capter l’Algérie ». Le territoire se structure tandis que de nombreux scientifiques, mais aussi des artistes, sont envoyés sur place, un peu dans la lignée de l’expédition scientifique en Egypte, pour déchiffrer les paysages, comprendre la géologie des lieux et en découvrir les richesses naturelles. En 1899, une expédition scientifique à travers le Sahara facilite la prise d’In Salah, à 1000 km d’Alger, ouvrant la porte aux explorations de vastes étendues désertiques…

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A partir de 1842, le territoire algérien fait son entrée dans un atlas national et à partir de 1848, il est directement intégré au territoire français, auquel il apporte trois départements supplémentaires. L’imagerie cartographique coloniale insiste alors sur la richesse de ce nouvel eldorado dont les trois-quarts de la production agricole et manufacturière sont envoyés en métropole alors que les populations indigènes s’enfoncent dans la misère. Il en résultera la guerre de libération à partir de 1954, jusqu’à l’indépendance accordée en 1962 au terme d’une période sanglante qui laissera, de part et d’autre, des traces amères et des cicatrices encore difficiles à refermer.

La dernière partie de l’exposition donne des « Aperçus de l’Algérie après 1962 » avec les réalisations du nouveau régime socialisant et des regards plus contemporains d’artistes algériens qui se réapproprient leur pays. Une note d’optimisme qui permet de confirmer que décidément l’Algérie est tout sauf la « Barbarie » qu’on a voulu lui faire endosser. Un magnifique parcours en tout cas qui mérite la visite et suscite la réflexion !

L.V.  LutinVertPetit

Si Carnoux m’était contée… (partie 4)

15 avril 2016

LogoJubileEt voici le quatrième et dernier épisode de cette série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence, retraçant les premières années de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Après les années de l’acquisition des terrains, celles des premières constructions, puis l’arrivée des pieds-noirs algériens, voici venu le temps de la constitution en commune nouvelle…

En 1964, le projet de faire de Carnoux une commune est approuvé par le Conseil général, mais il faudra attendre encore deux ans pour le voir aboutir.

On se souvient que c’est par un vote en date du 19 décembre 1964 que le Conseil général approuve enfin le projet de faire de Carnoux une commune à part entière. Le dossier est alors transmis à Paris. Mais la politique de l’époque ne favorise pas la création de villes nouvelles ; tout au contraire, on prône le regroupement de communes ! Le dossier va donc être enterré pendant deux ans, et c’est grâce à une intervention de trois Carnussiens, MM. Verlet, Couston et Dubois, auprès du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, que le décret portant création de la commune voit enfin le jour le 26 août 1966. Entre temps, des élections municipales avaient eu lieu en 1965. Aucun Carnussien sur la liste élue à Aubagne. En revanche, 5 Carnussiens sur celle de Roquefort-la-Bédoule. Parmi eux, deux personnages qui joueront un rôle dans l’avenir de Carnoux et dont nous aurons l’occasion de reparler, MM. Maret et Faure, qui seront respectivement premier et second maire de la ville.

Mais un village sans église n’est pas tout à fait un village ! Or, on se souvient que les messes continuaient à être dites par l’abbé Morin de Roquefort-la-Bédoule, dans une ancienne écurie de la Bastide. C’est en juillet 64 que va être posée, sur un terrain donné par la CIF, la première pierre de la nouvelle église érigée en partie grâce à une souscription régionale.

Pose de la première pierre de l'église Notre-Dame d'Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

Pose de la première pierre de l’église Notre-Dame d’Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

L’architecte en est M. Faure-Ladreyt. Le style en a été voulu contemporain pour mieux s’insérer dans ce village moderne. C’est l’archevêque de Marseille, monseigneur Lallier, qui posera symboliquement la première pierre en présence d’une foule nombreuse. Le choix du nom de l’église, Notre-Dame d’Afrique, fait bien entendu référence à la population pied-noire de Carnoux. Rappelons que Notre-Dame d’Afrique est le nom de la basilique qui s’élève sur les hauteurs d’Alger, en un site assez semblable, d’ailleurs, à celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

1966, année de l’indépendance

Dans son discours, Monseigneur Lallier déclarait : « Si tous ceux qui ont prié Notre-Dame d’Afrique à Alger restent unis, alors Dieu saura écouter leur intense prière. La vierge Marie qui dut fuir son village pour sauver Jésus enfant, connaît bien la souffrance qui est au cœur des rapatriés ». Le 10 septembre 1966, une grande fête réunit des centaines de personnes sur la place Lyautey. La Marseillaise titre : « Carnoux-en-Provence dans la joie et dans l’union a fêté son indépendance ». Il y a là M. Edmond Garcin, député maire d’Aubagne, qui déclare : « N’oubliez jamais que l’administration d’une commune doit toujours être déterminée par l’intérêt de la population, et que jamais ne doivent prévaloir les intérêts particuliers ». Maurice Aimonetto, maire de Roquefort-la-Bédoule rappelle dans son discours que dès 1958, il avait déclaré : « Camoux sera indépendante, c’est la seule façon pour cette cité de vivre et de prospérer ».

Le sénateur Léon David, qui avait œuvré lui aussi pour cette indépendance, était également présent. La réunion était présidée par Adolphe Faure, qui faisait alors figure de prochain maire de la commune. L’année 66 devait voir l’achèvement de l’église et sa consécration à Notre-Dame d’Afrique. Un peu plus tard s’installait la tradition du pèlerinage du 15 août qui, chaque année, attire une assistance nombreuse dans notre ville.

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d'Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d’Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Chaque municipalité apporte sa pierre

Les 8 et 15 janvier 1967 sont organisées les premières élections à Carnoux. Deux listes, toutes deux de droite, sont en présence : celle du colonel Verlet et celle conduite par Pierre Maret, enseignant. C’est cette dernière qui sera élue. Écoutons encore une fois Maurice Bonneau : « Je me suis présenté deux fois. Avec Maret, j’ai été conseiller municipal et avec Adolphe Faure, je suis devenu adjoint ». Adolphe Faure se présente contre Henri Faig en mars 71. Il fera un premier mandat puis un second, de mars 77 à décembre de la même année. Il démissionne alors pour laisser la place à son adjoint Marc Laprie. « Tout ça avait été entendu d’avance ! », confie M. Bonneau.

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Chaque municipalité ajoute sa pierre à la nouvelle cité : le gymnase le Montfleury, la halte garderie, l’école en dur, la mairie. Le temps a passé. La 119e commune des Bouches-du-Rhône a grandi. Elle dépasse actuellement les 7 500 habitants. Dès les années 70, les Marseillais découvrent et investissent cette petite ville accueillante où les terrains sont vastes et tellement moins chers qu’à Marseille ! Que reste-t-il maintenant de la population de départ ?

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Jean Chaland, qui fut le cinquième maire de Carnoux, citait le chiffre de 30 %. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui… Mais qu’importe ? Tout le monde s’est fondu dans le creuset carnussien et les vieilles inimitiés ne sont plus que des souvenirs. Carnoux existe envers et contre tout, elle peut légitimement revendiquer la devise du maréchal Lyautey dont le buste orne la salle des mariages et le monument aux morts : « Réussir l’impossible ».

Annie MONVILLE

Article publié le 31 décembre 2004 dans La Provence

Réforme de l’orthographe : faut-il vraiment s’alarmer ?

29 mars 2016

Les Français adorent les polémiques et celle qui concerne la mise en œuvre de la dernière évolution des règles orthographiques en est un bel exemple ! Souvenons-nous, c’était le 29 janvier 2016 que la mèche a été allumée, par l’intermédiaire d’un reportage de 2 mn 10 diffusé dans le journal télévisé de TF1. Il était expliqué qu’une nouvelle réforme de l’orthographe allait entrer en vigueur à la prochaine rentrée à l’occasion d’une refonte des manuels scolaires, réforme allant bien entendu dans le sens d’une simplification de certaines règles jugées obsolètes et inutilement compliquées. Il sera désormais licite d’écrire « porte-monnaie » sans trait d’union, de supprimer le « i » muet à « oignon », d’enlever l’accent circonflexe sur les mots « coût » ou « maîtresse », et même de remplacer par un f le ph de « nénuphar ».

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Forcément, une telle annonce s’est aussitôt traduite par une lever de bouclier de la part de tous les bien-pensants persuadés qu’une telle simplification n’était rien de moins que la signature d’une décadence inéluctable de notre pays et l’expression du laxisme abêtissant de la Gauche au pouvoir. Le frontiste Florian Philippot, parmi de nombreux autres politiciens s’est illustré dans l’hystérie collective qui s’en est suivie, déclamant à qui voulait l’entendre : « Face à l’infâme et bête réforme, devant laquelle quelques démagogues se pâment, parce que le français est notre âme, #Jesuiscirconflexe »…Blog289_DessinChat

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une telle volonté qui ne peut conduire qu’à une régression inédite de la pensée intellectuelle française et la ruine de notre belle civilisation. Les humoristes bien entendu se sont emparés du sujet et s’en sont donnés à coeur joie pour rajouter un peu d’huile sur le feu.

Blog289_DessinBaionette

Pourtant, si l’on veut bien sortir de ces anathèmes un peu excessifs, force est de constater que l’ampleur de cette évolution n’est pas si majeure que certains ont voulu le faire croire et qu’en tout état de cause le gouvernement actuel n’y est strictement pour rien ! Il n’est pas inutile en effet de préciser que cette modification, qui, contrairement à ce qu’affirment certains, n’a pas non plus le moindre lien avec le projet de réforme du collège mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale, date en fait de juin 1990 ! A l’époque, c’est Michel Rocard qui avait chargé le tout nouveau Conseil supérieur de la langue française de « formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français ». L’idée était à l’époque, comme le rappelle Pierre Breteau dans Le Monde, de « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr ».

Blog289_DessinInfameParticipaient alors à ce Conseil des personnalités comme Eric Orsenna, Bernard Pivot, Jean Daniel, Jean-Luc Godard ou encore l’académicien Maurice Druon qui n’est pas spécialement connu pour ses idées révolutionnaires… De fait, les recommandations issues de ces réflexions, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel le 6 décembre 1990, sont pour le moins mesurées puisqu’elles ne portent au final que sur environ 2400 mots (soit moins de 4 % du vocabulaire disponible en langue française) pour lesquels il est désormais admis deux orthographes, l’actuelle graphie restant d’usage.

Pas de quoi donc fouetter un chat avec cette nouvelle rectification orthographique qui n’est que la dernière en date d’une longue série puisque notre langue ne cesse d’évoluer au fil du temps. L’accent circonflexe constitue bel et bien l’un des points concernés mais il n’est pas question, loin s’en faut, de faire disparaître cet appendice bien que d’usage relativement récent puisqu’il n’est apparu dans la langue française qu’en 1740 comme le rappelle Laurent Nunez dans Marianne.

Blog289_DessinChomageCe fameux accent circonflexe qui cristallise toutes les protestations ne sera en réalité plus obligatoire uniquement sur les lettres i et u (le chômage n’en sera donc pas allégé pour autant, malgré certaines affirmations prématurées…) et encore seulement lorsqu’il ne marque pas une terminaison verbale ou permet une distinction de sens (entre « mur » et « mûr » par exemple, mais aussi entre « jeune » et « jeûne »), ainsi que le détaille Juliette Laborde dans Libération. Les académiciens ont donc parfaitement fait la distinction entre l’accent circonflexe témoin d’une graphie ancienne (dans le mot « hôpital » par exemple) et son homologue ajouté au fil du temps sans véritable justification (comme dans « piqûre » ou « chaîne »).

Quelques mots pourront aussi être simplifiés en particulier pour supprimer certaines aberrations qui exigent actuellement de mettre deux f à « souffler » et un seul à « boursoufler », alors que ces mots sont manifestement de la même famille. Quelques accents incongrus pourront également être assouplis et on pourra désormais écrire indifféremment « sècheresse » ou « sécheresse », ce qui ne devrait pas constituer une révolution majeure, de même qu’il sera dorénavant toléré d’écrire « ils se sont laissé faire » sans accorder au pluriel le passé composé…Blog289_DessinJeune

On se demande bien en fait pourquoi cette réforme qui est donc en vigueur depuis maintenant plus de 25 ans sans avoir fait beaucoup de vagues jusqu’à présent, a déclenché un tel tollé à l’occasion de ce brusque coup de projecteur de la part de certains médias ! En réalité, l’évolution ne vient pas de l’Éducation nationale puisque les programmes officiels intègrent déjà cette réforme au moins depuis 2008, mais bel et bien des éditeurs de manuels scolaires. En bons commerçants, ces derniers poussent en effet à la roue pour que les programmes évoluent rapidement afin de pouvoir refourguer à nos chères têtes blondes de nouveaux manuels sans cesse revisités et remaniés, gage de profits toujours renouvelés grâce à un fabuleux marché captif. Ce sont donc eux qui ont brusquement décidé d’éditer de nouveaux manuels pour la prochaine rentrée scolaire prenant en compte cette nouvelle évolution orthographique, et qui l’ont fait bruyamment savoir à la France entière… Encore un mauvais coup de la notion d’obsolescence programmée qui guide les lois du marketing en vigueur dans notre société de consommation !

L.V.  LutinVertPetit

KATULU ? N° 47

5 mars 2016

Carel_Fabritius_-_n°47De nouvelles analyses de la part du groupe de lecture Katulu ? pour sa réunion de décembre 2015 – janvier 2016. Retrouvez l’intégralité des articles dans le compte-rendu complet (Katulu47).

LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE

Qui a tué Roland Barthes ?

Laurent Binet

Les deux titres de ce livre posent d’emblée la question du sujet réel de ce roman, sans compter l’avertissement de l’auteur : « La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce vous voudriez croire » !1_LivreBinet

Roman policier. Le sujet du roman est une enquête : mort avec vol d’un document au contenu mystérieux mettant en jeu la sécurité nationale. Le lecteur va vite être entraîné dans des aventures rocambolesques. Nous plongeons dans les coulisses d’une élection présidentielle car le monde politique n’est jamais bien loin des têtes intellectuelles.

Du monde politique, l’auteur ne peut s’empêcher d’y dénoncer le cynisme, le pragmatisme, les compromis voire les compromissions. Du monde intellectuel, il écorche par exemple les soirées mondaines véritables carnages, aux échanges de traits acérés, des débats immortels, des commentaires sportifs et surtout des petites trahisons sexuelles !!!

Des mystères, des rebondissements, des courses poursuites, le complot est international, Bulgares, Japonais, Russes sont réunis. Tout cela nous transporte d’ailleurs à Bologne, Venise, Ithaca (USA ), Naples . Nous pénétrons dans une Société Secrète : le LOGOS CLUB.

 Laurent Binet (photo H. Assouline / Opale / Leemage)


Laurent Binet (photo H. Assouline / Opale / Leemage)

Leçon de linguistique : les maîtres sont cités Barthes, Saussure, Jacobson Foucault, Deleuze, Derrida. Les figures de style savamment démontrées, les six fonctions du langage rappelées et la fameuse 7ème la fonction magique : INCANTATOIRE. La force est dans la maîtrise du Langage : on gouverne sur la Crainte ; le but est toujours le POUVOIR, Dire c’est FAIRE…

Dans l’admiration du LOGOS l’auteur n’hésite pas à nous démontrer la puissance de la langue, jusqu’à la violence extrême mais la langue est aussi ce qui nous fait exister, dompter la mort. Le réel tient par le seul pouvoir de la langue qui l’analyse, le décrypte mais aussi l’invente, le déduit, l’imagine

En résumé ce livre est un hymne à l’écriture, c’est aussi un hymne à la parole, LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, sa MAGIE : LE POUVOIR.

Nicole

D’après une histoire vraie

Delphine de Vigan

3_LivreViganSituation d’un écrivain qui connaît un mal-être et une difficulté à écrire, paniquée devant le vertige de la page blanche… Dans cette période de malaise elle rencontre, par hasard, une jeune femme L. qui peu à peu prend de l’emprise sur elle ! Elle la diminue psychologiquement et fait un travail de sape pour la déstabiliser un peu plus chaque jour en lui faisant perdre sa confiance ! Elle s’installe chez elle, l’imite dans sa façon de s’habiller, prétend qu’elles étaient ensemble à l’école, à la Fac ! Un mimétisme s’installe puisqu’elle prend même sa place lors d’une séance de présentation d’un livre dans une école !

Delphine de Vigan

Delphine de Vigan

Le suspens s’intensifie, c’est haletant ! Mais plus l’emprise de L. est forte et plus l’héroïne perd ses capacités… Elle s’inquiète de cette domination, sans se révolter. Mais peu à peu, comme François, son compagnon, on doute parfois de la réelle présence de L. à ses côtés : serait-ce un effet de ses troubles psychologiques, sa dépression, sa solitude ? Cette L. n’est-elle pas un double d’elle-même qui assume très bien ce qui l’effraie ? Un double qui est partisan d’un autre genre littéraire : elle défend l’autobiographie quand elle-même croit davantage en la fiction, mais malgré tout le doute s’installe, le lecteur est désorienté, que faut-il en penser ? Où est le vrai du faux ?

C’est un autre aspect de ce roman : l’opposition entre ces deux personnages du roman sur ce qu’est la littérature et c’est cela l’intérêt principal du livre. Je ne révélerai pas la suite pour vous permettre de découvrir ce livre passionnant et qui, en plus, est très bien écrit !

Josette J.

Jérusalem

Gonçalo M. Tavares

5_LivreJerusalemJérusalem, un livre kafkaïen, un univers entre raison et folie, où la violence est au centre ; des personnages dont le destin se croise dans cette folie et cette violence allant jusqu’au meurtre.

Une vision du monde réaliste, cruelle, prémonitoire où l’espérance perce encore, envers et contre tout. Theodor, médecin, personnage central, fait un travail de recherche documentaire, à travers les siècles, sur la relation entre l’horreur et le temps. Il veut parvenir à une formule qui résume les causes du mal qui existe sans intervention de la peur (donc les temps de guerre sont exclus), mal terrible car il n’est pas justifié. Cette courbe de l’horreur montrera si celle-ci est en progression, si elle diminue, si elle est stable et dans ce dernier cas cela signifiera un entretien de la normalité de l’horreur qui ne laisse plus place à aucun espoir.

Gonçalo M. Tavares

Gonçalo M. Tavares

Cette recherche expliquée au début du roman trouvera son apogée dans les dernières pages. C’est le fil rouge du livre : la fascination du bien et du mal. Résumer ce livre est impossible… Il faut entrer dans son univers, un univers qui donne à réfléchir sur la place de l’homme dans ce monde, ce monde de violence et de folie. N’est-il que cela ? C’est peut-être la question que l’on se pose, une fois la dernière page tournée. « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite se dessèche ». « Et à vrai dire il est impossible d’oublier ».

Marie-Antoinette

Le chardonneret

Dona Tartt

7_LivreChardonneretLe héros qui dit « je », est Théo Decker, 13 ans, qui vit seul avec sa mère, le père, un acteur minable, buveur et joueur les ayant abandonnés peu avant le début de l’histoire. Le gamin a une relation très fusionnelle avec sa mère. Un matin fatal où ils ont un rendez vous au collège de Théo, la mère et le fils sont en avance. Ils décident donc de passer un moment au Metropolitan museum de New York. Un attentat à l’explosif (Dona dit avoir été inspirée par l’attentat de Oklahoma city ) va priver Théo de sa mère..

Dans les salles couvertes de gravats, il rencontre un vieux monsieur mourant qui le supplie de mettre en lieu sûr un petit tableau peint au XVII° par un flamand : sur un fond jaune un chardonneret est attaché sur un perchoir. Le tableau, est, évidemment symbolique de la condition humaine, solitude, manque de liberté, et néanmoins, une certaine joie de vivre …

Dona Tartt

Dona Tartt

A partir de ce moment, le tableau va suivre le jeune Théo dans ses pérégrinations à travers le monde, New York, Las Vegas, Amsterdam… Enfant abandonné ou presque par un père indigne, Théo va devenir une sorte d’Oliver Twist du 21° siècle. Le roman s’achève sur une fin très ouverte : Théo, qui a désormais 25 ans, rendra t-il le tableau au musée auquel il appartient ?

Dans ce roman, Dona Tartt a su créer un monde avec ses bons et ses méchants, ses tentations, ses deuils (il y a beaucoup de morts dans Le chardonneret ! ). Elle a peint un héros dans la lignée des enfants martyrs de Dickens ou d’ Hector Malot, mais ce sont des enfants de notre siècle, sans religion ni principes moraux, qui n’hésitent ni devant le vol ni devant le crime et qui sont cependant aussi pitoyables que le petit chardonneret de C Fabritius, dont la patte filiforme est attachée par un fil de cuivre et qui ne pourra jamais goûter à la liberté à laquelle il aspire.

Annie

L’Exercice de la médecine

Laurent Seksik

9_LivreMedecine« L’histoire des Thérapeutes était devenue comme une seconde légende familiale. Depuis son plus jeune âge, Léna avait entendu son père la raconter ». C’est cette légende que nous raconte l’auteur à travers Léna Kotev, cancérologue, la dernière de la lignée, descendante de Pavel-Alexandrovitch, l’aïeul russe, Mendel, le grand-père allemand, Tobias, le père français.

« La médecine avait toujours été l’autre religion des Kotev… Guérir c’était servir Dieu, et si Dieu n’existait pas c’était servir l’humanité ». C’est tout ce poids du passé, de la destinée que Léna porte en elle… Ce poids de la Destinée, Léa pourra-t-elle s’en dégager et choisir sa liberté ?

Laurent Seksik (photo D. Ignaszewski / Koboy ©Flammarion)

Laurent Seksik (photo D. Ignaszewski / Koboy ©Flammarion)

L’histoire de chaque personnage s’inscrit dans l’Histoire : survol de l’histoire du peuple juif soumis à l’oppression quel que soit le siècle ou le pays : lois antisémites d’Alexandre III et Nicolas II en Russie, terreur nazie des années 30 en Allemagne, des années 40 en France, de la répression stalinienne des années 50. Les pages sur l’exercice de la médecine, que ce soit celles de Pavel en 1904 jusqu’à celles de Léa en 2015, sont magnifiques. Il en est de même de celles sur la mélancolie de l’âme juive ou celles en fin de livre sur l’enterrement du père.

Un livre à l’écriture agréable, très prenant par l’histoire racontée, très fort dans la réflexion sur « l’âme juive », sur la destinée du peuple juif.

Marie-Antoinette

L’Herbe des nuits

Patrick Modiano

11_LivreModianoJean, le narrateur, arpente les rues de Paris, de Montparnasse à la Cité universitaire, et en rive gauche. Pour retrouver les lieux de son passé, dans les années soixante, il déchiffre des notes prises autrefois sur un cahier à couverture noire, lorsqu’il avait 20 ans. Les notes parlent d’un autre temps, du Paris d’avant 1968, à l’époque de la décolonisation, dans une atmosphère trouble, un monde disparu. Il part ainsi à la recherche d’une jeune femme, Dannie qui évoluait dans les milieux de la sécurité marocaine. Il arpente les rues de Paris qu’il fréquentait, jeune étudiant effacé, en compagnie de Dannie, jeune fille sans pedigree qui cachait sa véritable identité et un secret plus pesant qui lui valut de sérieux ennuis avec la police.

Patrick Modiano (photo J. Creedy Smith / ©Madame Figaro)

Patrick Modiano (photo J. Creedy Smith / ©Madame Figaro)

Sa rencontre avec le commissaire Langlais, de la brigade des mœurs, et chargé de l’enquête autrefois, lui permet de recouper ses souvenirs avec les pièces du dossier de l’affaire classée sans suite, et dont il est vraisemblablement le dernier témoin.

Pour la plupart, le temps non rempli, est du temps perdu, non vécu. Pour Patrick Modiano, il n’y a pas de vide à combler, le temps qui passe ne semble pas chronométré mais perçu comme une entité qui peut changer de dimension et apporter par elle-même des sensations. Entre ce qui a eu lieu, ce qui n’est qu’hypothèse, ce qui vient du songe, la frontière est de plus en plus difficile à tracer. Modiano se fait le détective de sa propre vie, sa recherche mêle le passé et le présent. Le temps n’étant pas linéaire, il est dompté. L’écrivain semble ainsi maître de son temps, il sait superposer hier et aujourd’hui.

Antoinette

Meursault contre-enquête

Kamel Daoud

13_LivreMeursaultDe ce roman, j’ai aimé la rage, la violence. Ce ton emporté, passionné, cette fièvre, cette ardeur, cette révolte. Il s’agit d’un cri contre l’injustice, toutes les injustices. Un cri comme une révolte contre l’Absurde, contre le Gratuit. K. Daoud interpelle Camus ! Camus, prix Nobel, a parlé dans L’étranger de « l’Arabe » mais L’Arabe n’était pas son sujet. Son livre est un chef d’œuvre « Or : il a nié toute identité toute humanité au mort, à l’Arabe !! ». K. Daoud écrit donc une suite, une contre-enquête. Il donne un nom au mort, une famille mais cela vaut-il identité ? Ce mort ne reste-t-il pas une ombre et certainement pas un reflet pour nous ?

Karim Daoud

Karim Daoud

K. Daoud, en répondant à Camus, ne se contente pas de faire le contre point de « Maman est morte » en écrivant « Maman est encore vivante ». Il dresse le portrait de l’Algérie. Il oppose les hommes entre eux, de part et d’autre, « roumis » « djounoud », moudjahid, colons, arabes. Ce mélange si subtil de deux cultures. Il nous parle avec émotion de son pays hanté par ses morts, ses guerres coloniales puis religieuses. Il confie sa fascination du passé colonial et son amour de la langue française.

Le style est brillant, un coup de poing contre le convenu. Il ose se mesurer à Camus et s’offrir un éclairage nouveau. Il défie un chef-d’œuvre ! Il répond à l’écho éclaté, démultiplié, lancinant entêtant de notre condition Notre absurde destin, L’acte gratuit insignifiant, jamais puni. Il reproduit l’écho assourdissant sans fin du coup de feu qui a tué… L’Homme, ETERNEL SISYPHE.

Nicole

Profession du Père

Sorj Chalandon

15_LivreChalendonC’est l’histoire d’un petit garçon, Émile Choulans, un enfant de 12 ans en 1960, asthmatique, gentil, quelque peu introverti entre une maman totalement soumise, uniquement préoccupée par sa maison, ses repas, et un père qui le terrifie. Le père, un homme ahurissant, d’une dureté extrême, violent, égoïste et hystérique !

Émile est passionné de dessin, c’est un artiste, on l’appelle Picasso, souvent triste, c’est un enfant isolé sans camarade. La maison est un « labyrinthe », une prison face au minotaure qui est le père ! On le bat, on le méprise. Même sa mère ne le comprend pas, ne le défend pas et accepte qu’il soit privé de repas.

Sorj Chalendon (photo M. Ollivier)

Sorj Chalendon (photo M. Ollivier)

Nous sommes en 1961, en pleine guerre d’Algérie. Le père explique à l’enfant de 12 ans qu’ « il a été chanteur, footballeur, parachutiste, conseiller personnel du Général de Gaulle ». Le Général qu’il a conseillé est devenu son pire ennemi : il veut le tuer et son fils devra l’aider !!! Le père le persuade qu’il l’entraîne physiquement pour qu’il soit à la hauteur, pour sauver l’Algérie ! Pourquoi ce titre Profession du Père ? « C’est ce que l’on demande aux enfants à l’école lors de la rentrée scolaire et lui ne savait que dire ! Il ne savait pas exactement mais son père qu’il aimait le fascinait et le terrorisait à la fois ! ».

Ce roman est majoritairement le reflet de la réalité mais comporte une part d’imaginaire ! A travers ces rappels des événements dont le père s’approprie la « paternité », de Gaulle, le nouveau Franc, la guerre d’Algérie, la décolonisation, l’attentat du Petit Clamart, bref tout le XXème siècle défile !

« Le printemps n’entrait pas ici. La lumière restait à la porte, épuisée par les volets clos ».

Josette J.

Le désert des Tartares

Dino Buzzati

17_LivreTartaresUn jeune lieutenant, Giovanni Drogo, rejoint sa première affectation, le vieux fort Bastiani perdu non loin de la frontière avec un ennemi qui restera vague et, pourrait-on dire « virtuel », les Tartares. Dans ce vieux fort isolé, la vie est faite d’horaires, de gardes, de longues journées où il ne se passe rien et où on cherche surtout à tuer le temps.

Extrait du film réalisé en 1976 par Zurlini : Le désert des Tartares

Extrait du film réalisé en 1976 par Zurlini : Le désert des Tartares

Toute sa vie, Drogo va aller d’échec en échec, tant avec ses collègues que dans sa vie amoureuse. Il va attendre sans fin la venue de ces ennemis dont il espère qu’ils lui apporteront la gloire et, au moment où, enfin, sur les confins de l’horizon, leur armée se montre, la maladie et la vieillesse vont l’empêcher de participer à la bataille qu’il a souhaitée toute sa vie. On le voit, un thème assez depressif, poignant, à ne pas lire un soir de solitude et de tristesse !

Annie