Archive for the ‘Culture’ Category

« Cinq zinnias pour mon inconnu »

6 avril 2017

Tel est le titre du livre qu’est venue nous présenter son auteure : Marie-France Clerc, lors d’une session de Katulu ? ce dernier jeudi du mois, soit le 30 mars, à la salle Albert Fayer à Carnoux devant un public d’une vingtaine de personnes.

Les grands parents de Marie-France Clerc ont immigré d’Ukraine vers la Pologne en 1921 où la mère de Marie France Clerc est née, puis ils vont s’installer en Lorraine dès 1923. Ils seront naturalisés français en 1938. Cet épisode de l’exil sera très douloureux pour la famille de Marie-France qui n’en parlera que difficilement. Seules des chansons ou des histoires d’enfants du pays perdu vont nourrir les premiers souvenirs de notre oratrice. A l’occasion de la retraite elle ressent le besoin de faire des recherches puis d’écrire pour se libérer de toute cette angoisse dont elle a hérité de ses parents et grands-parents. Ce sera un livre sous le mode de roman, à l’adresse de ses petits-enfants, s’inspirant de ce qu’elle a retrouvé de ce passé enfoui.

Marie-France Clerc à Carnoux

M.F. Clerc nous parle d’abord de l’histoire de l’Ukraine en général mal connue. Si nous avons une certaine mémoire récente de la Révolution Orange, Maïdan, les manifestations et la répression sanglante vues à la télévision… nous sommes bien en peine d’avoir une idée plus précise de l’histoire de cette nation où la position de Kiev était prépondérante dès le 8ème siècle !

L’Ukraine, d’une superficie semblable à celle de la France, avec 46 millions d’habitants est une nation particulièrement riche en ressources agricoles et minières. Tout au long de l’histoire après avoir été le premier état slave et le plus puissant d’Europe aux 11 et 12ème siècles, l’Ukraine fut asservie par la Russie tsariste, les Polonais, les Turcs, avec quelques périodes de relative indépendance en particulier entre 1917 et 1920 avant l’annexion par la Russie Soviétique. Ce pays a vécu de terribles périodes de famine entre 1930 et 1933, puis la grande terreur entre 1937 et 1938 avec la purge des élites au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes ont disparu. Ceci a contribué à la position mitigée vis-à-vis des Allemands tout d’abord accueillis comme libérateurs en 1941 puis combattus du fait des mauvais traitements infligés, sans parler de la solution finale pour les Juifs.

Aujourd’hui, après l’éclatement de l’URSS en 1991 et la programmation de son autonomie, l’Ukraine doit se « désoviétiser ». Il existe 13 langues en Ukraine avec une dominante de l’ukrainien mais aussi du russe : 70 ans de régime communiste soviétique et 300 ans d’interdiction de l’ukrainien ne s’effacent pas du jour au lendemain.

M.F. Clerc avec Marie-Antoinette Ricard (Katulu ?)

Durant cette rencontre avec l’auteure, nous avons aussi parlé de littérature avec Gogol, Chevtchenko, Kourkov, un Ukrainien qui écrit en russe : « Le pingouin », « Le journal de Maidan »…

Le livre de Marie-France Clerc n’est pas historique. C’est la transmission de la mémoire et la réconciliation avec le passé. Lorsqu’elle l’acheva, elle put enfin se rendre sur la terre de ses ancêtres, retrouver de la famille, prendre connaissance des archives et découvrir un peu de la véritable histoire des siens.

Ce roman est construit sous la forme d’une intrigue qui ne peut être résumée sans la déflorer ! Alors pour plus de détail il faut lire ce livre.

Une excellente soirée très animée par de multiples questions qui s’est terminée de façon tout à fait conviviale autour du verre de l’amitié.

                                                                                                           Cécile T.

Croisière autour du monde : dernière escale

4 avril 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters ont terminé leur tour du monde partiel après une dernière escale au Vietnam.

Vendredi 31 mars :

Ce matin vers 11 heures, nous avons quitté le Queen Elisabeth 2 avec un petit pincement au cœur. Depuis 3 mois c’était devenu un peu notre maison…

Singapour vu ce matin depuis le pont 10

Les gratte-ciel de Singapour

À Singapour, la chaleur et l’humidité sont accablantes. Nous prenons un taxi pour rejoindre notre hôtel, le Mandarin, dans Orchard Road. C’est un quartier voué au shopping. Les centres commerciaux se suivent avec les mêmes marques de luxe : Cartier, Prada, Chanel… Moi, ce n’est pas trop mon truc !

Un centre commercial de grand luxe juste en face de chez nous

La vue de notre chambre d’hôtel au 27e étage de l’hôtel Mandarin

La ville est neuve, ultra moderne, livrée au gigantisme. Notre hôtel a 1000 chambres et ce n’est pas le plus grand !

Nous quitterons dimanche Singapour et rentrerons à la maison….

Ce fut un beau, un très beau voyage, mais maintenant je crois que nous avons envie de nous retrouver chez nous !

J’espère que vous avez aimé nos photos et nos petits textes qui vous ont permis, du moins je l’espère, de voyager un peu par personne interposée.

Bien à vous tous et à très bientôt à Carnoux!

Annie

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie

Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Croisière autour du monde : 21ème escale

22 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters sont de retour à Kobe au Japon où ils étaient déjà passés lors d’une étape précédente.

Lundi 20 mars :

Aller au Japon sans voir Kyoto, c’est impardonnable !

Gare de Kobe, en partance pour Kyoto

Nous avons donc bravement pris les moyens de transport publics et sommes allés visiter cette ville ou l’on retrouve encore un peu du Japon traditionnel : temples innombrables, femmes en kimono et obi, petites rues avec maisons en bois, boutique au rez-de-chaussée et habitation au dessus.

On nous a aidés très gentiment à prendre les billets de métro puis de train, car il n’y a pas de guichets, juste des machines toutes en japonais! Mais les gens sont vraiment serviables. On a une petite chance de se faire comprendre en anglais avec les jeunes (j’ai bien dit une petite chance, ne rêvons pas…).

Une rue dans le vieux Kyoto

Enfin, après environ 1 h de trajet, nous arrivons à Kyoto par une très belle journée ensoleillée. La ville donne une impression d’entassement. Les maisons sont serrées avec parfois à peine 1 mètre entre deux voisins. On sent le manque d’espace vital, d’autant que la plaine côtière est étroite et laisse vite place à la montagne souvent escarpée…

La gare est un chef d’œuvre d’architecture moderne et c’est d’autant plus remarquable que le quartier aux alentours est plutôt ancien.

Temple de Hongwanji à Kyoto

Nous nous dirigeons vers le temple Hongwanji, un immense complexe de salles de prière et de salles de réunion. Il y a même une école et une clinique !

Intérieur du temple

Juste en face, un musée nous attire. Il est en fait associé au temple et se définit comme
« musée bouddhiste par excellence ». Nous y prenons un petit repas fort sympathique avant de nous lancer dans la visite. Nous y voyons une exposition de peintures sur soie, certaines datant du 15e siècle, ainsi que des rouleaux de papier de riz avec calligraphie au pinceau. Les photos sont interdites. Nous arrivons cependant à en faire 1 ou 2 que vous verrez donc !

Au sortir du musée, dans une salle contiguë, de jeunes peintres (élèves de seconde peut être ?) et leur professeur présentent leurs œuvres. Du talent chez certains d entre eux ! Ces jeunes japonais sont plutôt timides, surtout les jeunes filles, ils sourient beaucoup, font des courbettes et semblent tellement ravis de rencontrer des étrangers !

Vue par hasard, une exposition de jeunes étudiants en peinture

A noter que, lorsqu’ils signent leurs tableaux c’est toujours avec l’alphabet latin ! D ailleurs dans les rues les enseignes, les affiches, jonglent avec 4 alphabets différents : le latin (préféré pour tout ce qui est publicité), le chinois (que tout le monde ne sait pas lire toutefois), le japonais classique et le japonais phonétique plus simple. Seuls ces 2 derniers sont enseignés à l’école. Ça paraît bien compliqué mais ils s’y retrouvent !

Nous avons marché toute la journée et n’avons pas vu le dixième de ce qu’il y a voir à Kyoto ! Une ville immensément riche en palais, temples et autels shintô… Il faudrait y revenir, on va y penser !

Nous partons maintenant pour la Chine et le Vietnam. Pas sûr que les connections soient super. Nous ferons de notre mieux !

Mardi 21 mars :

Je vous avais promis de vous parler des toilettes au Japon. Voici donc.

Toilettes à la Japonaise

Il y a au Japon deux sortes de toilettes (voyez les photos). La toilette japonaise qui n’est qu’une toilette à la turque et la toilette qu’ils appellent « western », autrement dit occidentale, et que vous trouverez dans les grands hôtels (alors que l’hôtel à la japonaise en est dépourvu et que vous y dormirez par terre sur un futon).

Toilettes à l’Occidentale : remarquez la barrette couverte de boutons, c’est ça qui fait la différence

Revenons à cette « western ». Vous vous asseyez. La partie en contact avec vos fesses est tiède, ce qui est plutôt agréable ! Vous faites ce que les Anglais appellent votre « business ». Si ça fait du bruit (désolé, mais j’ai promis de tout expliquer !)  vous avez un bouton appelé « flush » qui va imiter le bruit de la chasse d’eau afin de couvrir tout autre bruit inconvenant… Quand vous avez terminé, vous avez deux boutons à votre disposition : un « bidet » et un « jet ». Chacun va humecter d’eau tiède un endroit différent de votre anatomie (là, je vous laisse imaginer…). Enfin le bouton situé le plus en avant et de couleur différente stoppe l’eau.
Vous sortez de là bien propre mais je trouve personnellement que le papier cul est un peu insuffisant pour essuyer tout ça !

Voilà vous savez tout sur les toilettes de ce pays décidément pas comme les autres !

Annie

Croisière autour du monde : 20ème escale

20 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde depuis les côtes britanniques jusque sur le continent asiatique. Les voici désormais en Corée après plusieurs escales au Japon.

 

Le port de Busan, un des plus actifs d’Asie

Jeudi 16 mars :

Busan, on dit aussi Pusan, est un port très actif de Corée du Sud, situé à l’extrême pointe sud du pays. Depuis toujours il fait le lien commercial entre la Chine et le Japon.

Nous avons pris une excursion du bateau ne sachant pas trop à quoi nous attendre dans ce pays là. En fait nous nous débrouillons en général tous seuls, n’appréciant que modérément les bus bondés avec guides parlant mal anglais et horaires rigides…

Depuis le départ de Southampton nous n’avons fait que 4 excursions avec le bateau. Notre jeune guide Coréen dit s appeler « Coup ». Quand je lui montre, geste à l’appui, ce que ça veut dire en français, il est mort de rire !

Rencontre avec un beau jeune Coréen peu loquace !

Il nous emmène dans un centre culturel voir un spectacle de chants et de danses traditionnelles. J’apprécie modérément les sons aigus et nasillards qu’ils tirent de sortes de longues guitares posées sur les genoux et encore moins les bruits tonitruants de gros tambours qui rythment les séquences. C’est très statique, sauf la dernière partie où une troupe de jeunes se déchaîne avec énergie dans des costumes colorés et magnifiques.

Nous reprenons notre car pour nous rendre dans le centre ville. La ville, très animée est moderne, avec beaucoup de bâtiments assez hauts. Nous remarquons de nombreuses églises surmontées de croix. Renseignements pris, il semble qu’environ un quart de la population est chrétienne (plutôt protestante car évangélisée par des Anglais ou des Américains), le reste se partageant entre confucianistes, bouddhistes et athées.

Entrée marché au poisson (Jagalchi)

Nous visitons un marché aux poissons fabuleux. Je pense que le plus clair de leurs protéines vient de la mer. Crabes bleus énormes, anguilles vivantes grouillant dans des bassines d’eau, bulots géants…

Tous les vendeurs sont des femmes. Le guide nous explique que durant la guerre de Corée les hommes étant à la guerre, ce sont les femmes qui se sont mises au boulot, et, depuis, cela n’a plus changé.

Ensuite nous sommes montés sur une colline pour voir les statues des « héros nationaux » (c’est ainsi que le guide s’exprime, en faisant de nombreuses références à la guerre). Finalement, comme nous le disait un de nos conférenciers, ce petit pays a été sacrifie à la fin de la seconde guerre mondiale, coupé en deux alors qu’il n’était responsable d’aucun massacre !

Busan, une ville trépidante

Une pagode de style boudhiste

On y a trouvé un centre commercial pour touristes (c’est écrit en toutes lettres sur la façade) qui vent des bricoles sans grand intérêt sauf, peut-être, le ginseng dont ils sont les premiers producteurs.

Nous voyons aussi une belle pagode de style bouddhiste et profitons d’une très belle vue sur le port et l’ensemble de la ville.

Les camélias, qui ont la taille d’arbres, commencent à fleurir : ça sera magnifique d’ici une semaine. Nous sommes venus trop tôt ! C’était déjà le cas au Japon où les fameux cerisiers dont on attend avec impatience la floraison en sont à peine à leurs premiers boutons. Je pense que la meilleure période pour voir ces pays, c’est avril et mai. Tant pis pour nous !

Le quartier commerçant

L’architecture est globalement plutôt laide : gros immeubles d’habitation de forme cubique, avec de petits balcons aux garde-corps très hauts, qui doivent assombrir énormément les pièces  de la maison et qui, apparemment ne servent qu’à étendre le linge ! Il y a très peu de verdure et il n’est pas rare que deux immeubles soient espacés de quelques mètres seulement l’un de l’autre. Ici, les règles d’urbanisme ne semblent guère contraignantes !

En fin de journée le bateau appareille avec une foule nombreuse venue nous saluer et nous souhaiter un bon voyage. C’est émouvant car il y a beaucoup de familles avec leurs enfants. On nous demande de poser pour des photos, on se sent un peu des stars ! Cet arrêt en Corée aura été bien court mais ca semble un pays intéressant où il serait bon de rester plus longtemps.

Samedi 18 mars :

Hiroshima ! Ce n’est pas une ville comme une autre ! C’est pourquoi nous n’avons pas eu une seconde d’hésitation : nous irions voir le parc dédié au souvenir du 6 août 1945.

La cote très découpée au lever du soleil

Sur le port, les voitures sont prêtes à partir vers l’Occident

La navette nous a conduits à la gare (il est à noter que, presque à chaque escale, Cunard ou la municipalité concernée mettent une navette gratuitement à notre disposition) et de là, il a fallu une demi-heure de tramway pour nous retrouver devant ce beau parc triangulaire situé entre deux rivières.

La ville est bâtie sur un delta : il y a des rivières partout

La ville est en effet construite sur un delta immense où se rejoignent six cours d’eau. De nombreux ponts, donc, donnent à Hiroshima un petit air vénitien…

Dans le parc de la paix, le seul bâtiment resté debout le 6 août 1945

En arrivant dans le parc, on découvre le « dôme ». C’est le seul bâtiment qui soit resté debout dans un rayon de 2 à 3 km autour du point d’impact. Très abîmé évidemment, il est conservé comme souvenir. Ce qui est amusant c’est que le bâtiment, construit en 1914 était un local d’exposition de ce que l’industrie du Japon avait à vendre…

Le 6 août 1945, à 8 h 15, la bombe baptisée « little boy » portée par le B 29 Enola Gay explosa en plein centre ville. Entre 20 et 30 000 personnes moururent instantanément mais beaucoup d’autres allaient périr dans les semaines qui suivirent, brûlées non seulement au niveau de la peau mais atteintes aussi dans leurs organes au plus profond du corps. Les leucémies et les cancers de toute sorte affectèrent les survivants surtout dans les années 60 et jusqu à aujourd’hui…..

Objets retrouvés calcinés dans les décombres

De nombreux monument parsèment le parc, dédiés  aux enfants, aux jeunes étudiants qui avaient été mobilisés dans les derniers mois de la guerre… Un magnifique musée raconte la catastrophe, minute par minute, et expose d’humbles objets de la vie quotidienne : un soulier d’enfant, une boucle de ceinture, un carnet de tickets de tram… C’est très émouvant et la foule qui se presse au musée le fait dans un silence profond, même les enfants restant sagement auprès des parents… Bref, une visite à ne pas manquer si vous allez un jour là-bas.

Une rue animée en ce samedi

Retour en taxi avec toujours la petite crainte : à t-il bien compris où nous voulions aller ? Je ne peux lire son alphabet, il ne peut lire le mien….mais tout se passe très bien et nous sommes au bateau vers 4 heures.

Comme d’habitude, un petit marché à été installé avec un orchestre de jeunes, une démonstration de danses avec des sabres et enfin essayage de kimonos et photos bien sûr.

 

On va me transformer en geisha !

Alors attention : si vous voulez porter le kimono sachez que l’on ne peut le mettre seule, il faut avoir au moins deux aides !

Il n’y a ni boutons, ni fermeture éclair, tout tient par des lacets et c’est long et compliqué !

Mais le résultat est charmant et je me souviendrai longtemps de la gentillesse de toutes ces femmes qui s’affairaient autour de moi, essayant, avec quelques mots d’anglais seulement, de communiquer avec moi.

Le bateau appareille pour Kochi vers 18 h. Le quai est noir de monde, on agite des drapeaux, on nous crie des souhaits de bon voyage (du moins je le pense !). Encore une escale dont nous nous rappellerons.

Dimanche 19 mars :

La bienvenue du matin

Une longue excursion nous a permis de voir beaucoup de choses en ce dimanche ! Kochi (escale non prévue au départ) est une ville moyenne de 300 000 habitants qui jouit d’un climat très agréable avec une végétation quasi méditerranéenne. On y cultive légumes, agrumes, patates douces et gingembre.

Une plage dans les pins

J’offre des bâtonnets de patate douce à Ryoma, un samouraï du 19e siècle

Nous avons vu une très belle plage de sable dans un écrin de pinède, puis ceux qui n’avaient pas mal aux guibolles sont montés au château construit au 17e siècle, pendant que nous nous baladions sur un marché en plein air agréable et où on trouvait de tout : fleurs et plantes, fruits et légumes, coutellerie très belle, et brocante en tout genre. Un arrêt surprise chez un Français de Nice qui a ouvert une crêperie et qui nous a raconté son parcours assez atypique tout de même.

Pèlerin dans la rue

Arrêt dans un temple et, pour finir, on est monté sur une colline découvrir un autre temple en pleine forêt qui jouit d’une grande réputation puisqu’il fait partie des 88 temples où il faut avoir été si on est un bouddhiste pratiquant. Nous croisons de nombreux pèlerins, tout vêtus de blanc avec le chapeau conique bien connu.

Un temple

Concernant la religion, la première du Japon a été le shintoïsme : pas d’image du dieu mais une sorte d’animisme puisque Dieu se trouve dans tout ce qui est vivant et même peut-être dans les pierres… Puis le bouddhisme est arrivé de l’Inde via la Chine. Pas de problème !

Un cimetière fleuri

Comme nous disait notre guide, certains jours je suis shintoiste, le 24 décembre nous sommes tous chrétiens et aujourd’hui où je vous emmène voir un temple bouddhiste, je me sens bouddhiste ! Il me semble qu’avec cette philosophie on éviterait bien des guerres de religion !

Jeunes passants

Un magnolia souleangana

Cérémonie d’au revoir du soir

De retour au bateau, nous sommes épuisés. On s’endort tout de suite et on a même failli rater le dîner !
Ah, c’est dur de faire le tour du monde !

Annie

Croisière autour du monde : 19ème escale

16 mars 2017

Nos deux voyageurs en croisière autour du monde à bord du Queen Elisabeth sont désormais au Japon. Après une première escale à Okinawa, ils arrivent maintenant à Kobe.

Du pont du bateau, une ville très moderne, Kobe

Lundi 13 mars :

Dès le premier coup d’œil, Kobe semble plus belle, plus vaste, plus moderne que Okinawa.
Agrandie par la construction de deux îles artificielles gagnées sur la mer, qui abritent à ce jour plus de 30 000 habitants, Kobe nous a fait un accueil formidable : visite du maire à bord, feu d’artifice, concert par un orchestre local, installation dans les bâtiments du terminal de multiples boutiques vendant kimonos, teeshirts, cartes postales, bonbons et gâteaux, et même présence de jeunes beautés nipponnes qui se prêtent volontiers à la photo…

Du sommet du mont Rokko, très brumeux ce matin

Notre excursion nous a permis de grimper (en bus puis en téléphérique) au sommet du mont Rokko qui qui domine la ville à 900 mètres d’altitude. Malheureusement la vue a été un peu gâchée par un brouillard assez dense.

Dans le petit troquet du sommet nous avons pris notre premier repas japonais. C’est complexe ! Tout d’abord, on choisit sur une machine les plats qu’on veut (comme tout est écrit en japonais, on doit se faire aider !) puis on apporte nos petits tickets à la serveuse. Elle les coupe en deux, en garde un, nous laisse l’autre et prépare le plateau. Quand c’est prêt, on lui rend nos demi-tickets et on peut enfin manger !

On est ensuite redescendus vers la ville par un chemin sinueux au milieu d’une végétation alpine qui n’est pas encore sortie de l’hiver.

En ville nous avons visité une fabrique de saké (parmi les plus célèbres nous a t-on dit). Cette fabrication d’un alcool de riz fermenté qui titre 18 degrés semble bien longue et compliquée.

Les barils de saké prêts à l’envoi

Le musée présentait des instruments de bois en usage au siècle dernier, mais je pense que aujourd’hui, on doit utiliser davantage le métal.

On a découvert les wc japonais ! C’est pas triste ! Je garde ce sujet brûlant pour la prochaine fois, OK ?

Un petit jardin shintoïste

On est rentrés dans notre cabine après 3 heures et on a procédé à une sieste réparatrice avant le départ de nuit. Le 20, nous revenons à Kobe pour un ultime arrêt au Japon. Nous en profiterons sans doute pour aller voir Kyoto dont on dit que c’est la plus belle ville du pays.

 

Mardi 14 mars :

Aujourd’hui, journée en mer. Le bateau grouille de japonais : il en est arrivé 850 ! Visiblement c’est, pour beaucoup d’entre eux, la première croisière et ils ouvrent des yeux ébahis devant tant de merveilles. Hier soir, au restaurant, ils ont pillé le buffet en remplissant des Tupperware… Demain nous découvrirons Kagoshima.

Mercredi 15 mars :

Aujourd’hui, on s’est lancés ! Après deux jours en excursion organisée, on est partis à l’aventure et….mon Dieu, ça s’est bien passé ! Les gens sont très gentils, souriants, se confondent en courbettes mais….ne parlent que le nippon !

Le port de Kagoshima

Nous avons quitté le bateau vers 9 h 30 avec un temps frisquet mais ensoleillé et le shuttle (navette fournie par la ville) nous a déposés au centre de Kagoshima vers 10 h.

On a un peu flâné par les rues, vu un centre commercial assez chic mais où on retrouve toujours les mêmes marques internationales. Ensuite on a fait un tour au supermarché. J’aime bien, on a l’impression de pénétrer dans la vraie vie des gens : dis-moi ce que tu manges… On a vu le bœuf de Kobe, bien trop gras à mon avis, les fromages dits français, mais le sont-ils ? Pas sûr…

Le volcan Sakurajima

Puis nous avons voulu visiter un musée qui présente des Chagall et des Modigliani et, là, il fallait un taxi. Nous en avons trouvé un qui ne parlait, bien sûr, pas un mot d’anglais (je ne mentionne même pas le français !) mais il avait une machine merveilleuse : il disait une phrase et la machine la répétait en anglais. Je répondais dans la même langue et la machine traduisait en japonais pour le chauffeur. On a donc pu se comprendre et il nous a menés sur une colline plantée de palmiers immenses avec une vue époustouflante sur la baie. En face, l’île où se trouve le Sakurajima, un volcan très actif qui a encore craché il y a deux ans. Il a tout à fait l’allure du Vésuve et on comprend pourquoi la ville est surnommée « le Naples du Japon ».

Créé il y a moins de 30 ans par un collectionneur, le musée Nagashima est superbe : marbres divers, grands espaces, jardin, sculptures… Et là, surprise agréable, un vrai concentré de peintures européennes : Kandinski, Chagall, Renoir, Utrillo, Bernard Buffet, Marie Laurencin, Modigliani, un Cézanne quand le peintre était très jeune et que je n’ai jamais vu nulle part, même dans les catalogues détaillés.

Quelques œuvres de Fujita, le seul peintre japonais qui ait eu du succès à Paris.

Bref, ce fut un très bon moment, complété par un petit en-cas sympa au café du musée, avec vue imprenable sur le volcan qui ne fumait pas aujourd’hui.

Retour au bateau à 15 h, le départ étant prévu vers 17 h.

Sur le quai, comme d’habitude, fanfare, jeunes filles en kimonos et beaucoup de gens de la ville venus assister au départ. Demain ce sera la Corée.

Annie

Croisière autour du monde : 18ème escale

12 mars 2017

Nos deux globe trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde depuis le port de Southampton. Après l’Amérique, l’Australie et la Papouasie Nouvelle-Guinée, les voila désormais au Japon pour une première escale à Okinawa.

Samedi 11 mars :

C’est sous une pluie battante que nous avons, ce matin, découvert Okinawa.

Vue du bateau, c’est une ville assez américaine avec de hauts immeubles. Notre excursion, juste après le déjeuner, nous a permis de nous faire une autre opinion de la ville, qui est, avouons-le, tres laide : maisons de bric et de broc, fils électriques emmêlés au dessus de nos têtes, circulation dense, rien de beau à se mettre dans l’œil !

Le jardin royal de Shikinaen sous la pluie…..

Une première visite au jardin royal : jusqu’au milieu du XIXe siècle en effet, l’île était indépendante du Japon avec des liens forts avec Taïwan. Le royaume s’appelait Ryukyu. Le jardin, qui faisait donc partie du palais royal, est superbe, avec un lac et des petits ponts …mais sous la pluie et dans la gadoue ce ne fut pas très drôle !

Ensuite nous avons continué vers le nord et découvert Ryukyu Mura : des maisons anciennes venues de toutes les parties de l’île ont été rassemblées là.

Le Tori qui, dans le Shintoïsme permet de passer du matériel au spirituel

On y voit les tatami, les cloisons en papier huilé, l’absence presque totale de meubles, avec la cuisine un peu à part (par crainte des incendies).

Fleurs de datura

Une végétation luxuriante nous rappelle que nous sommes en climat sub-tropical. Partout des fleurs, des dames en costume ancien avec le « obi » dans le dos… Bref, c’était charmant et nous y avons passé un bon moment, trop court malheureusement.

Entrée du Ryukyu Mura

Avec une musicienne locale

Une petite île artificielle posée sur deux barques

Un lion qui garde le foyer

Famille japonaise traditionnelle

Serpents confits dans l’alcool, présumés bons pour toutes les maladies !

Vers 19 h, le bateau a appareillé pour Kobe que nous atteindrons lundi.

Annie

Croisière autour du monde : 17ème escale

11 mars 2017

La croisière autour du monde de nos deux voyageurs à bord du Queen Elisabeth se poursuit. Après une escale en Papouasie Nouvelle-Guinée, ils s’approchent désormais du Japon.

Jeudi 9 mars :

Il y a quelque chose de magnifique sur ce bateau, ce sont les fleurs et plantes, toutes fraîches, qui sont disséminées partout !

Le fleuriste est un jeune Balinais que vous apercevez sur l’une des photos. Il refait une fois par semaine le gros bouquet en place dans le grand hall et c’est toujours superbe

Mais il a surtout la main verte pour les orchidées. Tous les bars sont fleuris d’orchidées dans des camaïeux de rose et de blanc. Je voulais en parler car c’est assez rare pour être signalé : en effet, nous avons connu des compagnies (je ne cite pas de nom, mais je pourrais le faire) où les fleurs, artificielles, se couvraient lentement de poussière, ce qui était assez laid !! C’est par des petits détails raffinés comme celui-ci que Cunard établit sa réputation.

Samedi, nous allons mettre le pied au Japon pour la première fois.

C’est aussi la première fois pour nombre de personnes sur le Queen. Nous sommes tous assez excités ! Cunard fait le maximum pour nous faciliter les choses : conférences quotidiennes illustrées de photos pour nous présenter les différents ports d’escale, liste de mots à connaître, de phrases toutes faites , de renseignements sur les mœurs du pays, sur son histoire ancienne ou récente etc….

Nous allons donc entamer la dernière partie de notre séjour, celle qui va nous faire connaître ou retrouver l’Extrême-Orient, puisque nous nous arrêtons non seulement au Japon mais aussi en Chine, au Vietnam et en Corée…

Comme d’habitude je vous tiendrai au courant, escale par escale, mais en attendant je bûche sur les guides !

Annie

KATULU ? N°52

7 mars 2017

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous emmène découvrir de nouveaux ouvrages en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de l’ensemble de ces livres (katulu-n52). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

 

Chanson Douce

Leila Slimani

« Chanson douce » ou le roman de la fracture sociale, élu Prix Goncourt 2016. Roman du conflit – universel- entre ambitions professionnelles et raisons familiales.

Faut-il apprendre à voir ? Faut-il apprendre à lutter contre l’indifférence, la désinvolture, la négligence, la passivité ? Faut-il oublier l’insouciance, la naïveté ?

Leïla Slimani (photo C. Hélie © Éditions Gallimard)

Un double infanticide ouvre le roman. Le genre de ce roman est donc un thriller  dans lequel le lecteur est réduit à remonter le temps, le décrypter, le décliner, l’analyser. Et ceci afin de comprendre cet horreur, ce malheur. Le lecteur est ainsi empoigné par la force de la pensée de l’auteur qui est derrière chaque page et opère une fascination troublante sur notre esprit.

Ce roman est le portrait glacial de notre société. D’un côté des petits bourgeois en quête de réussite sociale et devenant ainsi à leur insu patrons de petites gens à leur service. En effet la soumission, l’obéissance servile de Louise (la nourrisse) va plonger le couple qui l’emploie dans leurs habits de maîtres et peu à peu va glisser vers l’exploitation de l’homme par l’homme.

L’auteur trace selon une coupe chirurgicale parfaite chaque personnage. Le style est pareil à un stylet précis, sobre. Rien n’est en trop, chaque détail sert à l’intrigue, à la vérité de l’instant, chaque élément du décor sert à situer les personnages.

De ce roman se dégage une musique « douce » lancinante aux relents effroyables, effrayants. L’auteur nous tend un miroir qui nous laisse pétrifiés, sidérés, honteux face à cette fracture sociale que l’on ne veut pas voir, avec ses excès de maltraitance ou de condescendance des plus riches envers les plus démunis. Elle nous force à sentir le poids de cette solitude et la misère des plus démunis qui poussent toujours à la haine et au crime parfois.

Le mystère de Louise reste entier. La vérité de chacun reste une part inavouable ou inaccessible à l’autre. Cet instant où tout bascule reste notre « chanson douce » insondable.

                                                                                                           Nicole


Contrepoint

Anna Enquist

Le titre indique tout de suite le rapport avec la musique, « le contrepoint » étant la superposition de deux ou plusieurs lignes mélodiques. Pour les profanes en matière musicale, le contrepoint fait penser à notre petite musique intime secrète qui se cache en chacun de nous comme une doublure invisible.

Ce qui m’a paru intéressant dans ce roman, c’est le travail de captation du lecteur, et ceci dès la présentation du premier tableau : une femme devant un piano, un crayon à la main, face à une partition de Bach, « Les Variations Goldberg ». On se trouve tout de suite emporté dans la fusion des sentiments, des aspirations, des tensions de l’auteur. Son écrit devient musique et nous entraîne malgré nous dans cette confusion structurée des impressions et des volontés. On passe de la légèreté à la gravité, de la joie à la tristesse. On vit la musique.

L’auteur, Anna Enquist

On s’approprie à travers Bach, dans un grand dénuement et naturel, de la vérité d’une « femme » de l’enfant, de la « fille ». Le portrait est tout en anonymat et délicatesse. Le lecteur a été averti dès les premières pages du livre d’une perte, d’un vide, d’un traumatisme. On devine le drame, on vit la dévastation de cette femme qui adhère à cette philosophie dans laquelle le passé est ce qui est devant alors que l’avenir n’est que derrière avec cette force de l’imprévu.

La vie c’est recevoir une chose puis c’est aussi devoir y renoncer. Selon elle, dans la vie « tout arrive deux fois ». Il y a le tragique et la farce. Le tragique vous arrive comme une vague ensuite il y a la phase de farce, celle de l’observation et ce besoin de l’effort anesthésiant, ce besoin de travail pour chasser l’absurde.

Ce livre est un chemin, un apprentissage, un message initiatique, un viatique de l’au-delà. Il nous faut donc entendre ce Contrepoint -malgré nous- et pour notre gloire. Éternel Sisyphe que nous sommes !!! C’est un livre empreint de sensibilité, de simplicité dans l’expression des sentiments, sans doute une plongée dans la technicité de l’art ou seulement dans la curiosité de la découverte de ces Variations Goldberg.

Le lecteur peut aussi s’arrêter à cette leçon de justesse, délicatesse discrétion, dignité, ce chagrin parmi tant de poésie et croire en l’art qui sauve et retenir cette belle image de la fille « embrassée par des papillons ».

                                                                                                     Nicole

 

Dans la peau d’une djihadiste

Anna Erelle

Anna Erelle est journaliste ou plus exactement pigiste dans deux journaux parisiens. Chargée de rendre compte de ce que vivent les familles dont les enfants sont partis en Syrie, elle va  se faire passer pour une jeune fille convertie récemment à l’Islam sous le nom de Mélanie et prendre contact avec Daech par internet, ceci en accord avec la direction de son journal.

Elle va tomber de façon extrêmement rapide et facile par internet sur un chef djihadiste qui va la harceler, nuit et jour, la féliciter pour sa beauté, lui promettre très rapidement le mariage et la vie facile en Syrie en accord avec l’Islam, avec la soumission de la femme et évidemment la guerre contre les impies. Le livre détaille les relations en particulier par Skype que vont avoir cette pseudo jeune fille de 20 ans avec cet homme de 38 ans. Un départ en Syrie est organisé mais n’aboutira pas.

Cette expérience périlleuse a permis, de mettre en évidence la facilité avec laquelle Daech entre en contact avec des inconnus, les convainc de partir, avec des promesses qui ne reposent sur rien et un discours semi religieux, les incitant à surtout ne pas réfléchir, faire confiance à cet homme dont les promesses vont d’ailleurs évoluer en fonction du temps, laissant en particulier beaucoup d’approximations quant à l’arrivée en Turquie ou en Syrie, un voyage où les accueillants finalement ne sont pas là et pour lequel il faut trouver d’autres solutions de dernier moment. On imagine facilement le nombre de jeunes garçons ou filles qui ont dû se trouver particulièrement seuls, perdus et qui ont dû accepter n’importe quelles conditions de vie après leur départ de France.

Les services secrets français vont d’ailleurs pouvoir récupérer un certain nombre d’informations en particulier à propos de ce chef djihadiste français qui a été repéré dès 2003. Il s’en suivra des conséquences sur la vie d’Anna qui doit changer de journal, d’appartement et de domaine d’investigation. Une fatwa a été lancée contre elle (p. 249).

Un livre qui se lit très vite comme un thriller et qui met bien en évidence le rôle de première importance que jouent les réseaux sociaux auprès des jeunes prêts à vivre une aventure supposée les sortir de la morosité de leur vie, de leur non reconnaissance par leur entourage, répondant à des arguments finalement relativement peu convaincants pour des personnes adultes.

Comment lutter contre ces enrôlements que l’on sait très importants, quand on voit aujourd’hui qui sont les auteurs des attentats de ces deux dernières années ?

Cécile

 

Heureux les heureux

Yasmina Reza

Le titre « Heureux les heureux » évoque les huit Béatitudes du Sermon sur la montagne (Matthieu), formule reprise par Jorge Luis Borges « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. »

Un roman choral, récompensé par le Prix littéraire français Le Monde 2013, qui emboîte les êtres et les histoires et qui aborde des sujets aussi universels que l’amour et l’amitié, la vie et la mort, le couple et la famille, le pouvoir, la filiation, la maladie…

L’auteur, Yasmina Reza

Il se présente sous forme de courts chapitres, chacun portant le nom d’un personnage. Les récits de la vie des personnages sont écrits à la première personne. Les décors sont des lieux quelconques comme un supermarché. C’est donc une comédie humaine contemporaine.

Les personnages, écorchés vifs se débattant avec la vie qui s’échappe, les rêves et les idéaux, la spiritualité. Ils sont plus ou moins liés les uns aux autres : ce sont des maris, des filles, des pères, des maîtresses, des épouses, des collègues. Ce sont dix-huit individus qui prennent la parole et donnent des points de vue différents sur certains des événements de leur vie

Les heureux de ce récit nous ressemblent. Ils racontent nos aptitudes aux affres : s’ennuyer, subir, s’affronter, se tromper, blesser, déchaîner son sadisme. Dans de telles occupations quotidiennes, difficile de trouver son bonheur ! Ces « heureux » sont des tourmentés.

Ainsi, en plein XXIe siècle, seul, en famille, avec amant, maîtresse, même pourvu de smartphone, l’Homme est inexorablement seul.

                                                                                                           Antoinette

 

Parler d’amour au bord du gouffre

Boris Cyrulnik

C’est un essai dont le thème est la résilience, soit la capacité de chacun, à tout âge, à surmonter les épreuves et à se remettre des traumatismes. Il décrit et analyse des cas de résilience adulte, expliquant l’incidence de ces histoires de vie sur le couple et la fonction parentale. La démonstration est ainsi faite de la possibilité de surmonter de graves blessures affectives et d’entreprendre le « travail de revivre ».

L’auteur, Boris Cyrulnik

C’est un ouvrage qui nous concerne et qui nous instruit en donnant des éléments de réponse aux questions sur notre propre vie, sur celles de nos proches. Il éclaire certains de nos comportements. Il donne de l’espoir en nous montrant qu’il n’y a pas de fatalité, pas de déterminisme. Penser le traumatisme nous amène à comprendre qu’un être meurtri n’est pas condamné à le rester.

La résilience permet de surmonter les épreuves, à tous les âges et dans tous les domaines de la vie. La résilience est en effet liée à l’amour, l’amour permet la résilience, et la résilience permet l’amour, c’est ce lien qui lui donne sa valeur salvatrice. L’amour apparaît comme le remède !

L’intérêt de de ce concept faisant appel à plusieurs disciplines (psychiatrie, neurologie, psychologie, éthologie) permet de montrer les fondements biologiques, physiologiques de nos comportements. Ainsi, la résilience qui préconise de donner une représentation au traumatisme en le remaniant par des images ou des mots, a un effet concret sur notre cerveau, sa « reconfiguration » pouvant être observée par l’imagerie médicale.

                                                                                                           Antoinette

 

A l’ombre des cerisiers

Dorte Hansen

Au « Vieux Pays », en 1945, dans une campagne de Prusse occidentale, entre l’Elbe et la mer : on y parle encore le Platt, sorte de vieil allemand. Les protagonistes : Ida Eckhoff, veuve et propriétaire terrienne, Karl Eckhoff, son fils, revenu de la guerre, la jambe raide et l’esprit dérangé, Hildegarde von Kamcke, musicienne, veuve et réfugiée Prusse orientale, Vera von Kamcke, ses deux filles et Anne sa petite fille.

C’est une arborescence humaine à laquelle répondent les hautes silhouettes des cerisiers et des pommiers dans les champs. La composition évoque le style de Bruegel l’ancien, peintre de froidure rythmée de groupes humains plongés dans des historiettes qui s’interpénètrent et se répondent en un grand souffle vital.

L’auteur, Dorte Hansen

Généalogies de femmes ancrées à la terre : on les en prive, elles meurent comme Ida qui se pend dans sa grange. Ou encore, elles s’échappent de cette gangue pour y revenir âpres, taiseuses mais plus fortes car il faut se protéger face au futur instable. Souvent épousées pour leurs biens, elles protègent leur nichée et leurs hommes travaillent dur pour perpétrer les traditions.

Anne, la petite fille, mère célibataire, revient au village pour trouver un sens à sa vie et la sécurité pour son enfant Léon. Elle restaure l’antique construction ; c’est son havre, son ancrage… peut-être le vrai sujet du récit,  annoncé dès la première page : « la maison gémissait, elle ne sombrerait pas. Son toit hérissé tenait bien sur ses poutres. Les intempéries avaient altéré l’inscription du pignon … écrite en Platt : MIENNE EST CETTE MAISON ET PAS TANT MIENNE, QU’APRES MOI LA DIRA AUSSI SIENNE.

La transmission et l’intégration se sont réalisées en trois générations. La maison est, vivra… Le petit Léon y grandira dans la joie et la tendresse de sa mère et de sa grand-tante.

Roselyne

 

Le grand marin

Catherine Poulain

Un livre envoûtant : vous embarquez avec Lili et vous ne décrochez plus.

« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska ; mais y arriver à quoi bon…. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue. De malheur. Je pars. » Ces deux lignes résument cette expérience de vie : tout quitter, se plonger dans une autre vie, pour ne pas mourir ou pour renaître ?

L’auteur, Catherine Poulain

Alors c’est Kodiak en Alaska « Je voudrais qu’un bateau m’adopte » : ce sera le « Rebel ». Il va falloir faire ses preuves. C’est la découverte des hommes, ceux qui embarquent, qui sentent la bière, chiquent du tabac, crachent, peignent la ville en rouge (ça veut dire aller se cuiter). C’est la tournée des bars, des bordels où les indiennes attendent… C’est le « shelter » l’asile de nuit, abri du frère Francis, quand on n’a pas d’argent pour l’hôtel…

A chaque retour de pêche l’auteur nous replonge dans l’atmosphère glauque du port, un monde déglingué qu’elle fait vivre avec force par des portraits saisissants des hommes à la dérive qui ne se révèlent que lorsqu’ils affrontent la mer. Et on ré-embarque, pêche à la morue noire, pêche au flétan.

Une expérience physique et mentale, d’une rudesse hors du commun pour celle que les hommes appellent « le moineau », qu’elle raconte dans un style simple, clair, sans pathos (et pourtant cela serait tentant), avec une fluidité et un certain suspens qui vous prend et vous emmène jusqu’au bout… au bout du livre, au bout de l’interrogation sur le sens de la vie !

Et puis il y aura le « grand marin », le temps d’une saison… Chacun repart de son côté. Le temps des « attaches » est passé…

Après 10 années passées dans le Grand Nord, l’auteur vit entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc : bergère, ouvrière viticole… Libre.

Marie-Antoinette

 

L’amie prodigieuse

Elena Ferrante

Dans un quartier pauvre de Naples, vers 1950, deux amies d’une dizaine d’année, Elena dite Lunù et Raphaela dite Lila, sont de brillantes écolières poussée par la maîtresse Madame Oliviero vers des études plus évoluées. La famille d’Elena accepte, celle de Lila, pourtant plus douée, refuse.

Sur fond d’histoire de quartier coincé entre talus et voie ferrée, parlant encore le patois napolitain, mêlant travail, mafia, scandales locaux, dettes et adultères, les fillettes vont fonctionner comme des vases communicants : Lila, plus dynamique, insuffle sa hargne et son génie à son amie jusqu’à un arrêt brutal dû à la nécessité de venir en aide à son frère Rino et son père le cordonnier Fernando Cerullo.

L’auteur, Elena Ferrante

Leur route se sépare. Lila est le point de départ d’une création d’entreprise de chaussures pour laquelle elle accepte d’épouser un riche jeune voisin et camarade d’enfance. Lenuccia continue jusqu’au bac, voire plus loin, comme elle le promet à son amie.

Certains épisodes comme l’expédition des jeunes du quartier vers le centre de Naples et leur rencontre violente avec des jeunes des « Beaux Quartiers » laissent supposer une suite bouillonnante de tensions sociales ou psychologiques.

Ce premier tome se termine par le mariage de Lila, selon les traditions méridionales où les plus pauvres se ruinent pour paraître. Richesse des histoires familiales qui s’entrecroisent en fresque populaire. Subtilité d’approche d’une amitié d’enfance oscillant entre la rugosité et la grande tendresse.

Un livre plein de clarté et de fluidité, agréable à lire. Une saga populaire. Les suites : « Le nouveau nom », « Celle qui reste et celle qui fuit ».

Roselyne

 

Manderley for ever

Tatiana de Rosnay

Ce livre débute par la première phrase du roman de Daphné du Maurier « Rebecca » : « j’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley ». Il y a des lectures qui peuvent vous marquer à jamais. C’est sans doute ce qui a eu lieu pour l’auteur lorsque sa mère lui offre « Rebecca », une révélation pour la petite fille de 12 ans : « je voulais déjà être romancière, j’étais possédée ».

L’auteur, Tatiana de Rosnay

Certaines scènes de ce roman restent en mémoire et font vivre Daphné loin des clichés de l’époque. Elle qui ne comprenait pas pourquoi elle avait un nom français se réfugie dans un pays imaginaire, se créant un double masculin qui lui permet d’exprimer ses instincts de garçon manqué : Menabilly le manoir abandonné auquel elle redonna vie, qu’elle habitera pendant plus de 20 ans et qui lui inspirera le château de Rebecca, ses amours féminines sensuelles ou platoniques qui ne l’empêcheront pas d’être profondément amoureuse de son mari.

Sous la plume de Tatiana de Rosnay, Daphné devient un personnage de roman « mais tout est absolument vrai je n’ai rien inventé ». Elle a rencontré les enfants et petits-enfants de la romancière, elle a lu tous ses livres, elle est allée à Mayfair, à Hampstead, à Meudon en Cornouailles. Elle a noué des liens d’amitiés avec Tessa une de ses filles qui lui a confié des lettres échangées avec sa mère. Elle y a découvert la facette méconnue de la romancière qu’on disait froide et préférant son fils.

L’auteur rend un vibrant hommage à Daphné qui l’a fascinée pendant son enfance et dont le parcours a guidé le sien au point d’avoir surnommé son bureau Manderley. Après cette lecture j’ai évidemment lu « Rebecca » qui m’a enchantée. Je vous recommande ces deux livres.

Suzanne

The Heir (l’héritier)

Vita Sackville West

Victoria Sackville West, dite Vita, naît en 1892 au château de Knole dans le Kent, d’une famille noble et très riche. « Poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice, et….jardinière », c’est dire qu’elle s’intéressait à tout !

En 1913 elle a 21 ans et épouse Harold Nicolson. Ils resteront unis jusqu’à la fin en un mariage improbable, chacun d’eux se revendiquant comme bisexuel. Son mari fait de la politique, il est ministre de Churchill durant la seconde guerre mondiale. Le couple voyage beaucoup, au Moyen-Orient en particulier.

Victoria Sackville West

En 1928, à la mort de son père, la loi anglaise qui exclut les filles, l’empêche d’hériter du château de Knole. C’est un traumatisme pour la jeune femme et plusieurs de ses romans traiteront de l’amour que l’on peut éprouver pour un lieu, amour aussi puissant, plus puissant peut être, que celui que l’on a pour une personne.

Vita commence à écrire en 1919, alors qu’elle a 27 ans : 15 romans, des poèmes, deux recueils de nouvelles composent son œuvre qui la relie au groupe d’écrivains britanniques dit « de Bloomsbury » auquel appartient aussi Virginia Woolf. Vita décrit ce qu’elle connaît, c’est à dire l’aristocratie, la vie dans les grands manoirs à la campagne, l’amour des plantes, des chiens, des jardins.

Ses romans, souvent très courts, parlent de la mélancolie, du ciel anglais en été (il fait presque toujours beau dans ses histoires !) et montrent un profond amour de l’Angleterre. Un style fluide, des intrigues simples avec des personnages bien typés, c’est un régal pour qui est amoureux de l’Angleterre et de ses ciels changeants, des thés sur des pelouses verdoyantes, des parties de cricket disputées par des gentlemen tout de blanc vêtus.

Les dernières années d’une vieille femme sont évoquées dans « All passion spent » (toute passion abolie, 1931). « Grand canyon » composé en 1942 est le seul essai de Vita en science fiction. Elle y imagine les USA envahis par les Nazis. Enfin, son dernier ouvrage, qui paraît juste avant sa mort en 1961, « Escales sans nom » (No signposts in the sea) évoque ses voyages avec son mari entre les deux guerres.

Annie

 

JESSIE

Stephen KING

Gérald Burlingame, avocat réputé à Portland (État du Maine, États-Unis) et son épouse, Jessie, de son nom de jeune fille Mahout, forment un couple depuis une vingtaine d’années. Ce ne devait être qu’un simple jeu sexuel, comme les affectionnait Gérald, dans leur maison de campagne au bord du lac Kashwakamak, agrémentant le petit séjour tranquille.

L’auteur, Stephen King

Jessie se retrouve donc menottée, à la tête du montant du lit « dont les chaînes lui laissaient quinze centimètres de mou. Pas beaucoup de liberté de mouvement ».Jessie cherche vainement à faire comprendre à Gérald que ce petit jeu ne lui convient pas et qu’il la libère de ces menottes. Mais Gérald ne veut rien entendre.

Jessie prise d’une rage soudaine, lui porte deux violents coups de son pied droit et de son talon gauche. Gérald pousse un hurlement et bascule au sol, raide mort. Isolée au milieu de nulle part, nue et menottée, Jessie lutte contre ses peurs qui semblent la mener vers la folie…

Un chien errant, affamé, s’offre un festin de choix en consommant Gérald et plus tard une ombre se glisse dans la pièce et observe Jessie. Celle-ci croit voir le fantôme de son père décédé. En réalité cette silhouette est bien plus inquiétante et redoutable.

Un « huis clos » hallucinant, des scènes d’un réalisme et d’une telle intensité dramatique (mais non dépourvue d’humour) qu’il nous semble « lire un film ».

Ghislaine

Le mystère Henri Pick

David Foenkinos

« Les dernières heures d’une histoire d’amour », manuscrit signé Henri Pick est trouvé dans « la bibliothèque des livres refusés ». Ce secteur original fut crée à Crozon, en Bretagne, par Jean-Pierre Gourvec, veuf et introverti, bibliothécaire d’un très petit village au fin fond du Finistère qui apprend qu’à Vancouver existe la « Brautian Library » pour les ouvrages refusés par les éditeurs.

L’auteur, David Foenkinos

Sa mort n’éteint pas son action qui végète cependant, jusqu’à la visite impromptue d’une jeune éditrice originaire de Crozon. Elle y découvre ce manuscrit qu’elle fait publier avec grand succès mais… qui en est l’auteur réel ? Commence alors un jeu de piste socio-littéraire.

Subtilement, c’est une histoire de mise sous presse avec en broderie romanesque le cheminement d’auteurs malchanceux et de journalistes accros.

Très amusant, voire édifiant.

                                                                                                           Roselyne

 

 

 Un été avec Montaigne

Antoine Compagnon

Une quarantaine d’extraits choisis dans « Les essais » de Michel de Montaigne, sont commentés par Antoine Compagnon, professeur au Collège de France.

L’auteur, Antoine Compagnon

Ces quarante chapitres, concis et vifs, sont issus de petites interventions qui lui avaient été commandées par France Inter pour une émission littéraire. Cela sent encore le commentaire parlé, dans un style alerte ; les sujets, clairement listés dans la table des matières, sont commentés et émaillés de longues citations du philosophe bordelais.

On reste ébloui de se re-souvenir : Montaigne…quel écrivain ! Sur tous les plans, c’est un plaisir délicieux.

Roselyne

 

L’Absente

Lionel Duroy

Ce récit autobiographique commence par un départ vers l’espoir d’un renouveau : Augustin, quelque peu déboussolé par sa famille et son enfance veut retourner en Bretagne. Il espère y retrouver quelque chose de sa vie qui l’attacherait, qui ferait qu’à cet endroit il aurait du plaisir à se tenir, nourri de ce souvenir.

En fait le but de ce voyage c’est d’aller sur les traces de sa mère dont il veut comprendre le caractère, la vie, les causes de sa dépression. Une mère qu’il a détestée toute son enfance. Mais réflexion faite et n’ayant pas retrouvé l’auberge qu’il cherchait, il se souvient que la route de Verdun était somptueuse et change de direction en pleine nuit pour aller à Sainte-Menehould.

L’auteur, Lionel Duroy

Le roman est ce voyage en voiture, une espèce de fuite en avant d’un homme seul, malheureux mais voulant renaître, dormant dans des hôtels simples, attaché à ses deux vélos comme on aime ses enfants, écrivain reconnu qui rencontre même un amour en chemin.

A travers ce livre l’auteur montre aussi combien la lecture et l’écriture ont eu pour lui un rôle salvateur : « je m’en suis sorti enfant parce que je me suis mis à habiter mes livres ». Il s’échappe de la vie quand déprimé elle lui devient insupportable : il va vers un nouveau lieu ou dans un nouveau livre ! Concordance entre le livre et le lieu de refuge. « L’Absente » traduit bien ce lien : c’est un parcours nécessaire à sa survie intellectuelle et psychologique !

« Écrire des choses que nous portons tous plus ou moins en nous mais que nous ne parvenons pas à exprimer, des choses que nous préférons taire parfois ». « J’écris ce que je dois écrire au moment où le livre s’impose à moi, au moment où il est prêt à venir, et je me moque de savoir si c’est un roman ou autre chose ».

                                                                                                           Josette J.

Croisière autour du monde : 7ème escale

7 février 2017

Samedi 4 février :

San Francisco est une ville qui ressemble peu aux autres cités américaines : les risques réels de tremblement de terre (le pire fut celui de 1906) font que l’on ne construit pas en hauteur et que les gratte-ciel sont rares. Cela donne à cette ville implantée au bord d’une baie magnifique un petit air européen…

Nous y sommes déjà allés plusieurs fois mais il reste toujours un musée, une église que l’on a envie de voir ou de revoir… Nous avons découvert avec bonheur le MOMA, le musée d’art moderne qui nous a réservé de belles surprises. Il faut dire que mon mari et moi sommes fanas de peinture…

Voici en illustration quelques-unes des dizaines de photos que nous avons prises dans le musée !

Une salle du MOMA de San Fransisco avec un tableau d’Andy Wahrol à gauche

Une salle du MOMA de San Francisco avec un tableau d’Andy Wahrol à gauche

Magritte – Les valeurs personnelles

Magritte – Les valeurs personnelles

Edward Hopper - l’entracte

Edward Hopper – l’entracte

Diego Rivera - Le porteur de fleurs

Diego Rivera – Le porteur de fleurs

Frida et Diego Rivera (tableau de Frida Khalo)

Frida et Diego Rivera (tableau de Frida Khalo)

La fin du voyage de Robert Colescott

La fin du voyage de Robert Colescott

 

blog392_phaquarium1Dimanche 5 février :

A San Francisco, nous avons pu voir aussi Grâce Cathedral. Construite au XIXe siècle sur le modèle de…Notre-Dame de Paris ! C’est assez cocasse dans un quartier plutôt chic dont les maisons sont, pour les plus anciennes, victoriennes.

Depuis longtemps je voulais voir Alcatraz la fameuse prison ou fut enfermé, entre autres Al Capone. La visite a été très intéressante ! Sur un bout de rocher battu des vents, des bâtiments sévères qui ne furent fermés qu’en 1963, des cellules minuscules avec le fameux mur donnant sur le couloir et qui est constitué d’une simple grille (on l’a vu dans bien des films !). Dans la boutique d’Alcatraz on a même eu la surprise de rencontrer un ancien taulard venu dédicacer le livre qu’il a consacré à son séjour dans cette prison d’où on pense que personne n’a jamais réussi à s’évader.

On est aussi allés faire coucou aux lions de mer qui donnent un spectacle gratuit aux touristes toujours nombreux. En somme deux jours de visite très variées dans une ville qui ne laisse pas indifférent.

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Et puis, il y a l’aquarium de la Baie de San Francisco : un aquarium petit mais magnifiquement coloré et très bien fait. Un vrai régal pour les yeux !

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Lundi 6 février:

Nous voici désormais en mer pour trois jours, en route pour Hawaï, après avoir passé deux jours fort agréables  à San Francisco.

J’en profite pour apporter quelques réponses aux interrogations de Nicole. Sur le bateau, tout d’abord : le Queen Elizabeth est un navire de croisière lancé en 2010, qui peut embarquer 2 081 passagers et 1 005 membres d’équipage. Il mesure 964 pieds de long (le pied vaut 30 cm, faites le calcul…) sur 106 pieds de large. Les cabines vont de la cabine intérieure sans fenêtre, à la cabine avec fenêtre carrée, puis la cabine avec balcon et enfin les suites plus grandes bien sûr. Il y a même des duplex, cabines sur deux niveaux avec deux chambres et deux salles de bain plus un grand salon et une terrasse !

Pour ce qui est de l’itinéraire, il est bien entendu imposé par la compagnie : on choisit une croisière en fonction de l’itinéraire proposé. Autrefois, quand on faisait un tour du monde, il fallait aller d’un bout à l’autre du trajet. Ce n’est plus ainsi aujourd’hui où on peut faire une fraction du tour du monde selon ses envies et ses possibilités. Nous, nous avons pris le navire à son départ d’Angleterre, à Southampton (c’est là que la compagnie Cunard à son port d’attache et ses bureaux), et le quitterons  à Singapour, soit environ 3 semaines avant son retour à Southampton.

Quant à nos motivations… La Terre n’est pas si vaste et il arrive maintenant fréquemment que nous disions « Oui mais ce port nous l’avons déjà vu plusieurs fois ! » Donc les choix de nos croisières s’avèrent parfois difficiles ! Cet itinéraire nous a séduit car il est assez branché Asie : il propose quatre escales au Japon, une en Corée du Sud, deux au Vietnam, et deux en Chine. Voilà pourquoi nous l’avons choisi cette fois-ci !

A bientôt !

Annie

Que va devenir la Villa Méditerranée ?

21 janvier 2017

La Villa Méditerranée, c’est ce bâtiment bizarre, pourvu d’un immense porte-à-faux surmontant de 19 m un bassin en eau de 2000 m³, et qui trône sur l’esplanade du J4, juste à côté du MUCEM, sur le port de la Joliette à Marseille. C’est Michel Vauzelle, l’ancien président du Conseil régional PACA, qui a initié ce projet architectural destiné à abriter des conférences, des réunions et des expositions afin de « donner à tous des clés de compréhension sur la Méditerranée contemporaine ».blog383_phvillamediterranee

Le concours de maîtrise d’œuvre pour l’édification de ce bâtiment hors-norme a été remporté par l’architecte milanais Stefano Boeri et le chantier a débuté en 2010, pour un coût total évalué à 70 millions d’euros, financé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le bâtiment, inauguré en juin 2013, ne manque ni d’audace ni d’originalité avec une partie en sous-sol située à plus de 2 m sous le niveau de la mer, qui contient une vaste agora destinée aux expositions, un amphithéâtre de 400 places et deux salles de réunion, Le rez-de-chaussée propose quant à lui un atrium de 350 m2 où peuvent être projetées des images sur un mur de 25 mètres de long, ainsi qu’un café. Enfin, le niveau supérieur, qui avance en porte-à-faux au dessus du bassin et qui serait le plus long porte-à-faux (40 m) habité au monde, contient un plateau d’expositions de 760 m2 ainsi qu’un belvédère.

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Reste que ce bâtiment exceptionnel de par sa conception, n’a jamais vraiment prouvé son utilité en dehors de l’accueil d’événements ponctuels tels que conférences, débats, spectacles vivant, cinéma, assortis de rencontres avec des artistes et des experts de l’espace méditerranéen. Or l’entretien d’un tel paquebot, même ancré à terre, coûte cher à la collectivité : pas moins de 4,4 M€ par an, en comptant la rémunération des 40 salariés qui lui sont affectés de manière permanente.

Ce point a d’ailleurs été largement exploité lors de la dernière campagne électorale pour les régionales fin 2015 au cours de laquelle le nouveau président élu, Christian Estrosi, s’est engagé à se débarraser au plus vite de cet encombrant héritage. Las, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui avait imaginé un temps transformer le bâtiment en casino, a finalement renoncé et refuse de reprendre la patate chaude.

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Michel Vauzelle, de son côté, ne se résout pas à ce que ce fleuron architectural érigé en symbole de la coopération méditerranéenne, se transforme en vulgaire temple de la consommation et du jeu. Il se trouve que l’ancien chef de l’exécutif régional est toujours président de la délégation française auprès du Parlement de la Méditerranée et il a donc proposé tout naturellement à ce dernier de venir y installer son siège, basé pour l’instant sur l’île de Malte.

Il faut vraiment être initié pour connaître l’existence de cet obscure Assemblée parlementaire de la Méditerranée, une organisation interétatique régionale, bénéficiant du statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Créée en 2005 à l’occasion de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée et réunie pour la première fois en 2006 à Amman, en Jordanie, cette assemblée qui se réunit une fois par an rassemble des représentants des parlements de 25 pays riverains ou proches de la Méditerranée, dans le but de favoriser le dialogue et d’assurer la stabilité politique entre états méditerranéens. C’est l’un des uniques lieux où l’on débat régulièrement de la situation humanitaire en Syrie, du conflit isarélo-palestinien et du sort des migrants transméditerranéens, avec le succès que chacun peut constater…

blog383_logopamInterrogé récemment par Marsactu, son secrétaire général, Sergio Piazzi, a effectivement confirmé que la France avait proposé en décembre dernier que la Villa Méditerranée puisse accueillir le siège de cette institution. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité par le bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, mais doit maintenant être précisée dans le cadre d’un accord de siège, en cours de préparation par le ministère français des affaires étrangères, afin de préciser les conditions de mise à disposition du bâtiment.

Le deal est en effet très clair : ce sera à l’État français de prendre totalement à sa charge les coûts d’entretien du bâtiment, sans compter bien entendu ceux qui s’y ajouteront pour assurer la sécurité des diplomates. Bon prince, le Parlement de la Méditerranée accepte de prendre à sa charge les frais de chauffage et l’abonnement internet… Ceci dit, c’est le 23 février seulement que l’assemblée générale de l’institution se prononcera sur cette proposition.

Christian Estrosi, manifestement peu intéressé par cette solution à laquelle il affirme ne pas croire, a néanmoins accepté de laisser jusqu’à cette date à Michel Vauzelle pour tenter de faire aboutir cette piste qui permettrait à Marseille de s’affirmer comme un site majeur de la coopération avec les autres pays méditerranéens. Il faut dire qu’il a en tête un tout autre usage pour tenter de valoriser ce bâtiment, ainsi qu’il l’a annoncé début décembre. Après avoir imaginé successivement de le transformer non seulement en casino, mais aussi en cité du vin, en musée des séries voire en centre commercial (un de plus !), le président de la Région souhaite maintenant y implanter une réplique grandeur nature de la Grotte Cosquer !

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Découverte en 1985 près du cap Morgiou par le plongeur professionnel cassidain Henry Cosquer, mais déclarée en 1991 seulement, cette grotte dont l’entrée se situe désormais à 37 m sous le niveau de la mer, contient plus de 200 peintures rupestres datées de 27 000 ans pour les plus anciennes d’entre elles (des empreintes de main pour l’essentiel) et d’environ 19 000 ans pour les autres qui représentent un fabuleux bestiaire de chevaux, bouquetins, cervidés, bisons et aurochs, mais aussi pingouins, poissons et phoques.

Classée monument historique depuis 1992, cette grotte est bien entendu interdite d’accès et la tentation est grande d’en faire une reproduction pour en montrer la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille depuis quelques années déjà à ce projet d’une réplique de la grotte Cosquer et qui a convaincu le président de la Région PACA d’utiliser le sous-sol de la Villa Méditerranée comme écrin à une telle réplique, tandis que le belvédère en porte-à-faux servirait d’espace muséal.

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Il faut dire que la réplique de la grotte Chauvet, ouverte au public en avril 2015 près de Vallon Pont d’Arc, connaît un beau succès avec 590 000 visiteurs dès la première année, là où ses concepteurs en attendaient 300 000 seulement. « Si on arrive à attirer autant de monde au fin fond de l’Ardèche, on ne devrait pas faire moins dans une grande métropole touristique comme la ville phocéenne » affirme Christian Estrosi et pour une fois il paraît difficile de lui donner tort ! Reste que le projet coûterait quand même la bagatelle de 20 millions d’euros, pris en charge à parts égales par la Région et par un partenaire privé chargé de l’exploitation commerciale de l’équipement.

Alors, quid de l’avenir de la Villa Méditerranée : futur siège d’une organisation diplomatique oeuvrant au rapprochement politique entre pays riverains de la Méditerranée ou futur réplique d’une grotte ornée par nos lointains ancêtres du Paléolithique ? Réponse probablement d’ici fin février. Les deux projets ne manquent pas de panache ni d’intérêt et au moins l’édifice devrait-il ainsi échapper à sa transformation en abri pour bandits manchots et autres machines à sous…

L.V.  lutinvert1small

KATULU ? n°51

20 décembre 2016

asie-002Et voilà le n° 51 de Katulu ?, le dernier recueil en date des commentaires de lecteurs du groupe de lecture Katulu ? qui se réunit une fois par mois à Carnoux-en-Provence. Pour vous donner envie de découvrir ou redécouvrir de nouvelles pépites et de venir partager avec nous nos coups de coeur et nos émotions de lecture. A lire sans modération, y compris dans la version intégrale de nos commentaires (katulu51) !

La vallée des rubis

Joseph Kessel

ph1_valleerubisJoseph Kessel écrit ce roman en 1955 à la suite d’un voyage qu’il entreprend avec un ami parisien, spécialiste des pierres précieuses, en haute Birmanie, dans la vallée des rubis, à Mogok. « Ces pierres sont parmi les plus rares du monde. Elles se cachent, elles se dérobent. Et il y a sur place, pour les guetter, tout un peuple sagace de marchands, de courtiers, d’informateurs, d’espions. »

Cette région est très instable, très peu sûre : on ne manipule pas des trésors sans contrebande, sans règlement de compte, sans prise d’otages etc. Sont aussi posés les problèmes des minorités, en particulier le long des frontières : les Chams, les Karens… à qui appartiennent ces pierres ?

L'écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

L’écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

Une histoire de disparition d’une collection de pierres les plus précieuses va soutenir le côté roman policier de ce livre, mais ce qui me semble le plus intéressant est la description de ce coin de l’univers de superbes temples recouverts d’or, ce qui est finalement très fréquent en Birmanie encore aujourd’hui, ce coin de pays où des petites mains vont gratter la terre pour en faire sortir des pierres précieuses.

Ce roman n’est pas le meilleur de Kessel mais il donne une certaine idée de ce pays encore aujourd’hui très peu développé, essentiellement agricole, et étonnant par sa religiosité, qui a été tenu par une main de fer par l’armée depuis l’indépendance en 1946.

Bien sûr il n’est pas question dans ce livre de la situation politique du pays qui sortait de la colonisation anglaise en 1955, mais on a une belle description du rôle joué par la « Ruby Mine Compagny » qui fit finalement faillite. Après la guerre et l’indépendance, seuls les nationaux peuvent désormais acquérir une licence pour exploiter les mines. Encore faut-il savoir ce qu’elles contiennent et c’est bien là le problème…

Cécile

Terre Chinoise

Pearl Buck

ph4_terrechinoiseSouvenez vous : dans les années 60, nous lisions dans « le livre de poche » qui venait d’être inventé, les œuvres de la romancière Pearl Buck qui nous parlait de la Chine dans des romans comme Pivoine, La mère, ou Pavillon de femmes.

J’ai eu l’occasion de retrouver quelques uns de ces vieux ouvrages et j’y ai pris un grand plaisir : Terre chinoise et Les fils de Wang Lung. Il s’agit d’une saga familiale qui se termine avec un troisième volume que je n’ai pas trouvé : La famille dispersée.

On y découvre une Chine moyenâgeuse, des paysans qui sont de véritables bêtes de somme, des familles riches qui n’ont que mépris pour ces gens qui grattent la terre à longueur d’année… Mais, souvent, les riches s’appauvrissent, ils fument l’opium et laissent tout aller à vau l’eau. C’est le moment que choisit Wang Lung pour acquérir un lopin de terre qu ‘il agrandira peu à peu avec l’aide de sa femme O Len.

L'écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

L’écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

Elle, c’est une ancienne esclave de maison riche, qu’il a achetée sans jamais l’avoir vue. Malgré ce début peu prometteur, ils vont avoir une nombreuse famille avec plusieurs fils et une fille que l’on nomme « la petite esclave » et que la jeune maman s’excuse auprès de son mari d’avoir engendrée.

Avant tout, pour Wang Lung, il y a l’amour pour cette terre chinoise qu’il n’aura de cesse d’engraisser par son travail et sa sueur. Les fils, bien entendu, feront des études et s’éloigneront peu à peu de ces parents qui ne leur font pas honneur dans les cercles un peu plus cultivés qu’ils fréquentent maintenant. Les filles, on les mariera dès que possible avec le fils du voisin et elles s’en iront vivre avec leur nouvelle famille sans plus jamais revenir chez leurs parents ni revoir les lieux où elles ont été élevées.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la condition de la femme, en tous cas en milieu rural comme ici ! Quand l’aisance sera venue, Wang Lung se mettra à fréquenter les salons de thé ; il ira même jusqu’à installer une jeune femme au foyer, tradition de la concubine !

Ces deux romans m’ont plongée dans ce pays si vaste que Pearl Buck a bien connu et qu’elle a surtout aimé profondément. Et pourtant quel abîme insondable entre ce pays moyenâgeux et la libre Amérique !

Annie

Nuit de Feu

Eric Emmanuel Schmitt

ph5_nuitfeuL’auteur, enseignant de philosophie, agé de 28 ans en 1989, entreprend une randonnée à pied, avec un groupe, à la rencontre de Charles de Foucaud, ancien militaire colonial « sage universel » installé à Tamanrasset en 1905. Il était attiré par son mysticisme.

Ce voyage à la recherche de ce sage est aussi pour lui la possibilité de vivre plus intensément ; il s’ennuyait un peu dans sa vie de professeur et inconsciemment il avait senti que quelque chose allait naître en lui : « quelque part mon vrai visage m’attend ». Il est parti athée, il est revenu croyant.

L'auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’écriture est belle, poétique, la découverte du pays est un ravissement. Le lien qu’il noue avec le guide Touareg lui fait découvrir que la langue et la religion ne sont pas un obstacle à la communion mutuelle, à l’amitié.

La réflexion sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu créateur du cosmos est au cœur de ce livre : « l’homme cherche Dieu. Ce qui m’aurait ébranlé c’est que Dieu cherche l’homme, que Dieu me poursuive », « je n’étais pas en quête de Dieu ».

Cette rencontre il la fera au cours de « la nuit de feu » ; perdu dans le désert, s’enfouissant dans le sable pour ne pas mourir de froid, il vit « une expérience mystique » dont il ne sortira pas indemne.

« Plus j’avance, moins je questionne, tout a un sens. Félicité… Feu, qui est mon ravisseur ? Il m’a ravi, je devrais probablement le baptiser Dieu… tout a un sens, tout est justifié.»

Josette J.

L’Archipel d’une autre vie

Andreï Makine

ph7_archipelvieL’Archipel d’une autre vie est un livre d’aventures, qui se passe aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans l’archipel des Chantars, au bord du Pacifique, avec pour unique horizon la Taïga, puissante et mystérieuse qui tient un rôle prépondérant dans l’ouvrage. Ce roman reprend des morceaux de vie de l’auteur.

En 1952, durant la guerre froide, cinq militaires « chacun représentant un fragment de la Russie » doivent retrouver un fugitif évadé d’un goulag. Le héros est Pavel Gartsev que Makine enfant avait rencontré et c’est son « histoire réelle » qu’il romance !

L'auteur, Andreï Makine

L’auteur, Andreï Makine

Une grande partie du roman est cette aventure de ces militaires à la recherche du prisonnier car même si le but de cette mission était banale, peu à peu les embûches se multipliant, l’expédition devient périlleuse ! C’est effréné et incroyable car le fugitif déjoue les pièges de ses poursuivants et fait preuve d’une intelligence face à l’ennemi, d’une rapidité déconcertante ! Mais qui est-il ? Ses ruses multiples excitent les militaires qui malgré les conditions extrêmes dans la Taïga ne renoncent pas et affrontent des situations extrêmement dangereuses que le fugitif surmonte sans peine !

A travers ces pages au rythme échevelé, Pavel Gartsev est le héros entraîné dans cette folle poursuite bien que n’adhérant pas vraiment à cette chasse à l’homme. Il y a en lui « un pantin de chiffon » un individu cruel acquis malgré lui à l’idéologie communiste.

C’est une peinture au vitriol de l’ère stalinienne « une époque atroce et imprévisible » où l’être humain est le jeu de la cruauté, de la peur, de la lâcheté, de l’obéissance aux ordres absurdes.

Pavlev réalise, au fur et à mesure de la course, qu’il est dans le camp sordide de la violence ; il a voulu se défaire du « pantin de chiffon » et inconsciemment il s’est attaché au fugitif… et a cru ainsi en « la possibilité d’une île au cœur de la Nature immense et majestueuse ». « Il y a peut-être la possibilité d’un Archipel où l’homme délivré de ses jeux dangereux de vainqueurs et de vaincus inventerait l’ère nouvelle d’un monde réconcilié »…. « là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour. »

Josette J.

Le Garçon

Marcus Malte

ph9_legarconCoup de foudre ! Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait ainsi captivée ! Un roman fleuve (plus de 500 pages) qui tient en haleine, qu’il est difficile de quitter, qu’on a hâte de reprendre. Un livre dont l’écriture séduit, puissante, poétique, raffinée.

L'auteur, Marcus Malte

L’auteur, Marcus Malte

Peu après sa lecture, j’ai appris que le Prix Fémina lui était attribué. La présidente du Jury, Mona Ozouf, a résumé en quelques mots cet ouvrage :,« Une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage qui parvient à la civilisation. C’est un grand roman d’apprentissage, une allégorie de l’ensauvagement des hommes par la guerre. »

L’histoire se situe entre 1908 et 1938. Le garçon sans nom découvre le monde, les hommes, la femme (la sensualité irrigue le texte) ; détruit par la guerre il redevient l’enfant sauvage. Il ira chercher la mort comme un animal blessé, traqué qui ne se laisse pas prendre.

L’auteur, spécialiste de polar, s’est essayé à un autre genre et pour un coup d’essai c’est un coup de maître.

A lire… absolument !

Marie-Antoinette

Au risque de se perdre

Kathryn Hulme

ph11_aurisqueL’auteur se consacre après la guerre de 1939-45 à l’organisation des camps de personnes déplacées. C’est là qu’elle rencontre une infirmière avec laquelle, pendant sept ans, elle collabore dans ces camps. C’est la vie de cette infirmière qui est racontée dans ce livre.

L'auteur, Kathryne Hulme

L’auteur, Kathryne Hulme

Parce qu’elle ne peut pas épouser l’élu de son cœur, Gabrielle Van Der Mal, élevée de façon stricte par son père, rentre dans les ordres. Elle deviendra Sœur Luc et entreprendra des études d’infirmière, se passionnera pour ce métier, et, à sa demande partira en Afrique. Là, elle travaille aux côtés d’un chirurgien qui la mettra face à ses contradictions intimes. Elle reviendra en Belgique au moment de la guerre de 39 – 45. Durant les vingt ans qu’elle passe dans les ordres, elle se heurte à la règle. Et c’est le cheminement de Sœur Luc qui est intéressant à suivre.

Ce livre qui se lit agréablement. On s’attache à cette jeune femme qui veut être honnête en toutes circonstances. Elle lutte pour accepter la règle, confiante en ses supérieurs. Mais elle est douée d’un solide bon sens qui lui fait remettre en cause les obligations qui régissent la vie des religieuses, les anesthésiant pour les soumettre

Elle finira par prendre la décision qui mettra à l’unisson son cœur et sa raison.

Josette M.

Debout – Payé

Gauz

ph13_deboutpayeGauz est le nom de plume de Armand Patrick Gbaka-Brédé né à Abidjian en 1971. Il arrive en France dans les années 1990 avec l’idée de faire des études universitaires et va devoir survivre de petits boulots, ceux qu’on appelle dans ce milieu de noirs francophones, Debout-Payé, c’est à dire des boulots non qualifiés où on vous paye pour rester debout durant 8 heures d’affilée. En particulier il va devenir vigile dans 3 entreprises parisiennes.

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Avec un humour fabuleux il raconte ses aventures, décrit les riches clientes (ou les moins riches) et épingle d’un oeil acéré les travers de notre société de consommation. Il s’agit d’une véritable satire sociale où chacun en prend pour son grade.

Gauz imagine que l’Europe vient de vivre ses trois « âges » à la manière de la mythologie grecque : L’âge de bronze de 1960 à 1980, alors que l’auteur vivait encore en Afrique, puis l’âge d’or entre 1990 et 2000 où la sécurité est de plus en plus confiée à des vigiles et où donc ces jeunes africains fraîchement émoulus de leur campagne vont trouver à subsister tant bien que mal. Et enfin l’âge de plomb à partir du 11 septembre 2001 où le désir du tout sécuritaire va exiger des papiers, des diplômes pour exercer quelque activité que ce soit, plongeant de ce fait ces gens dans la misère.

Aujourd’hui Gauz exerce de nombreuses activités tant en France qu’en Côte d’Ivoire, photographe, scénariste et rédacteur en chef d’un journal économique satirique ivoirien. Debout-Payé est son premier roman.

Annie

Ces petits printemps qui vont bourgeonner !

16 décembre 2016

En ces temps incertains, les éclaireurs d’avenir ne sont pas légion. Il faut saisir le fruit de leur réflexion, ces véritables pépites vivantes, lorsqu’elles passent dans notre radar… Edgar Morin a produit un texte où il parle de ces indicateurs, de ces innombrables initiatives qui laissent espérer l’avènement de nouvelles manières de faire et d’être.

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Edgar Morin

Les pionniers d’aujourd’hui se trouvent parmi les nombreux acteurs investis dans le champ social et culturel. L’approche glocale, combinaison entre le local et le global, est évidemment une solution d’avenir. De même la culture de « l’autrement » est à élaborer patiemment, avec conviction. Bien la définir est une étape préalable.

La société civile (les associations en particulier), riche de diversité, produit d’autres façons de développer le vivre ensemble. Ce faisant, elle expérimente des formes démocratiques nouvelles, à mille lieues des impasses démocratiques institutionnelles en perte de vitesse.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Les nommer correctement c’est probablement renouveler le vocabulaire qui doit permette d’en parler avec justesse et en adéquation avec les initiatives qui surgissent ça et là ! 

Avant de vivre l’élection présidentielle de 2017 et de recevoir une avalanche des promesses en tout genre, il est heureux de  prendre un peu de hauteur, avec la « pépite » que nous offre Edgar Morin ci-après. Un texte fort qui impose la réflexion et qui peut susciter la critique… 

Mais à déguster sans modération !

Squoten   Jeallnec

 

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Nous vivons dans une civilisation où la domination de l’intérêt (personnel et/ou matériel), du calcul (dont les chiffres ignorent le bonheur et le malheur), du quantitatif (PIB, croissance, statistiques, sondages), de l’économique, est devenu hégémonique. Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, ludique qui  témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourront jamais les résorber. Mais ces oasis  sont dispersés et s’ignorent les uns les autres.

Toutefois, des symptômes d’une civilisation  qui voudrait naitre, civilisation du bien vivre, bien qu’encore dispersés, se manifestent de plus en plus.

BloG370_PhMonde.pngNotons, sur le plan économique, l’économie sociale et solidaire où renait l’élan des mutuelles et coopératives, les banques à microcrédit, l’économie participative, l’économie circulaire, le télé-travail, l’économie écologisée dans la production d’énergie, la dépollution des villes, l’agro-écologie prônée par Pierre Rabbi et Philippe Desbrosses,  qui nous indiquent la voie d’un refoulement progressif d’une économie vouée au seul profit.

Ainsi seraient progressivement refoulées, sur le  plan vital de l’alimentation, l’agriculture industrialisée (immenses monocultures qui stérilisent les sols et toute vie animale, porteuses de pesticides et fournisseuses de céréales, légumes, fruits standardisés privés de saveur) l’élevage industrialisés en camps de concentrations pour bovins, ovins, volailles  nourris de déchets, engraissés artificiellement  et surchargés d’antibiotiques) Ce qui serait  en même temps la progression d’une agriculture  et d’un élevage fermiers ou bios, qui, avec le concours des connaissances scientifiques actuelles, revitaliserait et repeuplerait les campagnes et fournirait aux villes une nutrition saine.

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Le développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, Amap, Internet,  favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.

Sur le plan social et humain, la nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville).

Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité. Ivan Ilitch avait annoncé dès 1970 ce besoin de nouvelle civilisation et le mouvement convivialiste, animé par Alain Caillé, répand le message en France et au delà de nos frontière.

Il s’agit  d’un élément majeur pour une réforme existentielle. Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, et n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Le slow food, mouvement de fond lancé par Pertini pour réduire la fast food, et restaurer les plaisirs gastronomiques, s’accompagne d’une réforme de vie qui alternerait les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes). Nous obéirions successivement  aux deux injonctions qu’exprime excellemment la langue turque : Ayde (allons, pressons), Yawash (doucement, mollo).

La multiplication  actuelle des festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée  par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture  trouvent de plus en plus  une vie nouvelle.

Blog370_PhArbres.jpgNos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévisions nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante et liée dans une communauté de destin planétaire. Le cinéma,  qui  a cessé d’être un produit d’Occident seul, nous permet de voir des films iraniens, coréens, chinois, philippins, marocains, africains  et dans la participation psychique à ces films ressentir en nous l’unité et la diversité humaine.

La réforme de la consommation serait  capitale dans la nouvelle civilisation. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing) qui  opérerait  la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le  goût,  la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant, ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine,  et par là, la domination du profit capitaliste.

Alors que les producteurs  que sont les travailleurs ont perdu leur pouvoir de pression sur la  vie de la société, les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait, une fois éclairé et éclairant, déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie  (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus  conviviales.

Teamwork of businesspeople

Par ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité rehumaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui  pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Enfin une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui  aujourd’hui produit  mécanisation des comportements, voire robotisation,  burn out, chômage, qui donc diminue en fait la rentabilité promue.

En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme de l’État peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par débureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives, et relations constantes en feed back entre les niveaux de direction et ceux d’exécution.

Enfin, la nouvelle civilisation demande  une éducation  où serait enseignée la connaissance complexe, qui  percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permet une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La compréhension d’autrui serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste  psychique qu’est  l’incompréhension,  présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y seraient enseignées les difficultés de la connaissance, qui comporte risque permanent d’erreur et d’illusion, y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait à celle ci d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.

Comme les pièces dispersées au hasard d’un puzzle, les ferments premiers de la nouvelle civilisation  travaillent ici et là, font ici et là lever la pâte nouvelle. Les besoins inconscients d’une autre vie commencent alors à passer à la conscience.  Des oasis de convivialité, de vie nouvelle se sont créés, parfois c’est une municipalité animée d’un nouvel esprit, comme à Grenoble qui anime le mouvement. En vérité la civilisation du bien vivre aspire à naitre, sous des formes différentes,  déjà sous ce label en Équateur.

Blog370_PhPousse.jpg

Ce sont des petits printemps qui bourgeonnent, et qui risquent la glaciation ou le cataclysme. Avant la guerre, c’était sur le plan des idées qu’une nouvelle civilisation se cherchait sous  des noms divers, avec les écrits d’Emmanuel Mounier, Robert Aron, Armand Dandieu, Simone Weil et autres. Elle cherchait à sortir d’une  impuissance  qui n’avait pas évité la crise économique, de la double menace du fascisme et du communisme stalinien, et cherchait la troisième voie. La troisième voie fut écrasée dans l’œuf par la guerre. Aujourd’hui, il s’agit de changer de voie, d’élaborer une nouvelle voie et cela dans et par le développement de la nouvelle civilisation,  qu’incarnent déjà tant de bonnes volontés de tous âges de femmes d’hommes, et qui dessine des nouvelles formes dans les oasis de vie. Mais  les forces obscures et obscurantistes énormes de la barbarie froide et glacée du profit illimité qui dominent la civilisation actuelle progressent encore plus vite que les forces de salut, et nous ne savons pas encore si celles-ci pourrons accélérer et amplifier leur développement.

Socialisme ou barbarie disait on autrefois. Aujourd’hui il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie.

Edgar Morin

Katulu ? n° 50

4 novembre 2016

affichekatulu50A l’occasion des cinquante ans de la création de Carnoux-en-Provence le groupe de lecture Katulu ?, activité culturelle du CPC, a choisi le thème de « l’exil » pour présenter cinq livres au cours d’une séance ouverte au public qui s’est déroulée le 29 septembre 2016. Le texte complet de nos notes de lecture est accessible ici : katulu-n50

Le cri des oiseaux fous

Dany Laferrière

L’exil éveille en chacun d’entre nous de très singuliers échos. Cela peut être des cris rauques, déchirants comme ceux des oiseaux fous avant l’accouplement. Des cris désespérés et tragiques mais nécessaires.LaSolutionEsquimauAW

Dans ce roman cette histoire concerne Vieux Os, un jeune homme de 23 ans qui raconte son exil, un certain 1er juin 1976. Ce jour-là, il est contraint de quitter son pays, Haïti, avec « une petite valise en tôle »Vieux Os, en fait, n’est autre que Dany Laferrière car il s’agit bien d’un roman autobiographique dédié à son ami « Gasner Raymond (assassiné) dont la mort a changé ma vie »L’action se déroule en un jour « nuit fatale », en un lieu et s’apparente en cela fortement aux tragédies antiques. Le pays, Haïti, se trouve être un personnage essentiel qui se découvre à travers la déambulation amoureuse et hallucinée de notre héros.

De ce roman se dégage un souffle de jeunesse, de plaisir, de sensualité. L’appétit de culture, le goût de la chair, de l’amitié se mélangent. Les remarques, les dialogues sont savoureux. Le style est d’une grande fraîcheur et simplicité.

L'écrivain Dany Laferrière, reçu à l'Académie Française

L’écrivain Dany Laferrière, reçu à l’Académie Française

Tout au long de cette nuit il lutte contre son attachement à son pays natal, ses amis, sa mère mais aussi il crie, se révolte : « Moi je veux vivre. Je préfère vivre de n’importe quelle manière plutôt que de mourir en héros ». Sa mère le supplie de partir car il sera « plus utile vivant que mort »Ce roman quête de soi insinue combien un pays vous façonne, combien il est difficile de trancher entre amour et individualisme entre idéal et pragmatisme entre raison et magie. Ce cri des oiseaux fous plane longtemps dans notre cœur et nous hante avec cette beauté sombre et grave de la dernière nuit avant l’exil.

Nicole

Rêves oubliés

Leonor de Recondo

Reves oublies 9782757834350-crg.inddCe livre raconte la vie d’une famille espagnole, obligée de rejoindre la France et de fuir l’Espagne à cause de la guerre civile qui a éclaté dans les années 1936 à 1939. 21 Mai 1940 : « Depuis hier nous avons définitivement perdu la guerre. L’Espagne nous ferme ses portes et le dictateur s’assure de longues années de règne où la moindre voix discordante sera muselée ! ».

la mère de famille, Ama, déracinée va tenir un journal secret tout au long de ces jours interminables depuis le 18 août 1936 jusqu’au 2 janvier 1941. Les pages sont datées et nous découvrons ainsi leur quotidien mais il n’y a aucune révolte, tout est dans la retenue, la justesse ! L’écriture lui permet de comprendre la situation, de la supporter, de maîtriser ses émotions et cela lui fait du bien : « je ne me plains pas, c’est ainsi ». 

Dans ces pages émouvantes, délicates et poétiques on assiste à la lutte intérieure de cette famille, à sa résistance pour refouler son chagrin et continuer à vivre malgré tout, pour les enfants d’abord, puis comprendre que les rêves peu à peu font place à une résignation pour accepter le présent insatisfaisant ! …

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

« J’abandonne une partie de moi-même là-bas au pied des orangers. J’y laisse mes rêves et je prie pour que nous restions unis, en vie ». « Je comprends votre peine, nous la ressentons tous. L’abandon de notre passé est un déchirement qui s’étire un peu plus chaque jour, ne cédons pas aux mirages de la nostalgie ».« Être ensemble c’est tout ce qui compte » ou «  malgré ces temps orageux et glacial nous sommes toujours là ensemble ».

Ce roman est délicieux à lire parce que la poésie s’écoule à chaque phrase, les mots sont choisis, les phrases sont courtes et simples, pudiques, tout en finesse ! « Ce roman a la pureté du cristal, la douceur d’une caresse… écriture délicate, aérienne, un pur bonheur de lecture ».

Josette J.

Saïgon-Marseille aller simple

Nguyen Van Thanh

livresaigonmarseilleL’auteur, né en 1921 à Hué au Viet-Nam, est décédé à 91 ans, le 2 décembre 2012 à Lattes dans l’Hérault. La première partie du livre est un récit plein d’anecdotes sur la vie familiale de l’auteur, sur la société dans laquelle vivaient les élites vietnamiennes dans les années 20. Son père, issu d’une famille de lettrés pauvres, avait acquis le titre de mandarin, et exerçait la fonction de sous-préfet de la région de Vinh.

En juillet 1939, l’empereur Bao Dai lance un appel afin de recruter 20 000 volontaires pour la France, non comme soldats mais comme main d’œuvre dans les usines d’armement. Il y eut si peu de volontaires que cela se mua en mobilisation forcée. Thanh s’engage ! Il n’a alors que dix-sept ans. Le récit du voyage, de l’arrivée à Marseille, de l’envoi dans des camps ne fait pas honneur à la France. Les Indochinois furent traités comme des « sous-hommes », « nous n’étions que des bêtes… ».

Puis se sont les années passées à la poudrerie nationale de Bergerac, un travail de manutention sans aucune protection des matières nocives. Une promesse de salaires au retour au pays qui ne seront jamais versés. Enfin le travail dans les propriétés agricoles. Thanh fait ressortir « le racisme ordinaire », combien les Vietnamiens étaient pris pour des « bêtes curieuses » : « nous apportions une variante raciale ». Un autre lieu de honte pour la France : le centre de redressement de Sorgues destiné aux Vietnamiens protestataires, agitateurs politiques… « aux mauvais Annamites ». Un véritable camp de concentration… des pages édifiantes !

En 1948, la France commença à organiser le rapatriement des travailleurs indochinois. Ce n’est qu’en 1952 que les derniers purent enfin revoir leur patrie, après douze années d’exil forcé. Environ un millier d’entre eux firent le choix de rester en France, le plus souvent parce qu’ils avaient rencontré une femme, et fondé une famille, comme Nguyen Van Thanh.

En février 1975 premier voyage au Vietnam après 35 ans d’absence, 2 mois avant que Saïgon ne tombe aux mains des communistes. Après la réunification, Thanh raconte comment ses frères et sœurs se retrouvèrent dépouillés de tout ; leur tentative de départ « en boat-people » . Et Tanh de s’interroger « Pourquoi s’enfuir de son pays pour aller endurer dans un autre la misère, le chômage et surtout le mépris ? »

La souffrance intime de l’exilé qu’est Thanh, ce fut moins son pays, son déclassement social, que sa famille… Son exil a provoqué avec elle une incompréhension qui en raison de ses choix politiques et de l’éloignement est devenue un mur infranchissable. « Je me résigne à prendre ce que ma famille m’accorde et à m’en contenter pour m’estimer comblé. »

Une page d’histoire peu connue, bouleversante à découvrir, qui interroge le passé de notre pays.

Marie-Antoinette

« Écoutez la mer »

Marie Cardinal

ph_ecoutezÉcrit en 1961-62, ce livre est un hymne à la patrie perdue où le sang coule rue Michelet, là où Marie est née. L’auteure y explique cette double appartenance culturelle, la France, un pays de rationalité, de cérébralité, et l’Algérie terre de la jouissance, des odeurs, des chants qui ont bercé l’enfance de la petite fille. Et puis bien sûr, il y a la mer omniprésente. Et les noms de ces plages sont comme une litanie, comme des grains de chapelet, les perles d’un collier qui ceinture la côte nord du pays algérois.

Elle raconte son amour pour un allemand, Karl, un être qui est un peu l’antithèse de cette méditerranéenne, spontanée, vif argent… Et pourtant, paradoxalement, c’est son amour pour Karl qui lui fait retrouver son pays perdu avec ses parfums de lauriers roses et de couscous, son soleil impitoyable et ses musiques rythmées par les derboukas et la petite flûte des bergers de la ferme.

Marie Cardinale « l’exilée absolue » : « Je suis une fille d’Algérie j’ai des rapports difficiles avec la France ». Chacun de ses ouvrages reprend sans cesse ce thème du pays natal et ce pays n’est pas la France !

Ainsi dans « Au pays de mes racines » : « Nécessité de partir là bas. D’y retourner. Là bas, l’Algérie, Alger. Pourquoi ? Ce ne sont pas les maisons que j’ai habitées qui m’attirent. Non, c’est quelque chose qui vient de la terre, du ciel, de la mer, que je veux rejoindre, quelque chose qui, pour moi, ne se trouve que dans cet endroit précis du globe terrestre ». « Vivre ailleurs cela a changé pour moi le sens du mot vivre. […] Il n’y a plus d’instants où je sois en parfaite harmonie avec le monde ».

Annie

Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda

ph_danslamerIl s’agit de l’histoire d’un petit garçon afghan Enaiatollah, de l’ethnie Hazara (chiites) persécutée par les Talibans et les Pachtounes (sunnites). Son père, il y a quelques années est mort assassiné dans son camion qui a été volé avec toutes les marchandises commandées et achetées pour les Pachtounes en Iran. Les Pachtounes le recherchent pour lui faire payer la dette du père en le réduisant en esclavage. Aussi, à son insu, sa mère le conduit et l’abandonne au Pakistan, pour qu’il puisse vivre libre, après lui avoir imposé 3 promesses : ne jamais prendre de drogues, ne jamais utiliser d’armes, ne jamais voler.

C’est le récit de 5 années d’errance : 1 an au Pakistan, 3 ans en Iran et une année pour rejoindre l’Italie en passant par la Turquie. Un livre sur la vie d’un garçon dont l’enfance se termine à 10 ans, le jour où il n’a plus de mère pour le guider, où il faut qu’il prenne des décisions pour lui. C’est un récit sur la peur de mourir, la peur d’être pris par la police et d’être torturé : il ne le sera pas, mais il connaîtra les postes de police.

Soumis à la volonté des passeurs, il fait route avec d’autres jeunes afghans comme lui mais la plupart du temps il est seul. Être seul est parfois payant, permet plus facilement la bienveillance de l’autre. C’est enfin la chance immense de trouver une famille italienne qui va l’héberger, lui permettre de faire des études et d’obtenir un permis de séjour. Un récit vivant, sans rancune, la survie avant tout, la peur mais aussi la prise en main de soi.

« Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ? Tu le reconnais parce que tu n’as plus envie de t’en aller. Bien sur il n’est pas parfait. Ça n’existe pas un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins, personne ne cherche à te faire du mal ».

« Un jour j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer ».

Cécile

Ces chroniques littéraires ont fait l’objet d’une séance publique de Katulue organisée dans le cadre du jubilé de Carnoux-en-Provence. Retrouvez en le compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Rencontres Katulu ? autour de livres sur l’exil

24 octobre 2016

affichekatulu_29sept2016Ce sont plus de trente amateurs de lecture, parmi lesquels nous saluons la présence de madame Claude Dalmasso, directrice de la médiathèque Albert Camus de Carnoux, qui ont répondu à l’invitation du groupe KATULU ? du Cercle Progressiste Carnussien pour assister en cette fin d’après-midi du 29 septembre 2016 à la présentation par cinq des lectrices du groupe d’un livre récemment publié ou plus ancien traitant de l’Exil. Un événement organisé à l’occasion du jubilé de Carnoux.

Avec Le Cri des oiseaux fous de Dany Laferrière, Nicole Bonardo a relaté les dernières heures de l’auteur en Haïti avant son départ pour Montréal afin d’échapper aux milices de la famille Duvallier qui faisaient la chasse aux opposants, et notamment aux journalistes comme lui. Son roman, au-delà d’une épreuve personnelle, révèle toute la noblesse du peuple haïtien, population tant malmenée depuis de très nombreuses années.Reves oublies 9782757834350-crg.indd

Léonor de Récondo, dans Rêves oubliés, retrace l’itinéraire d’Ama qui fuit avec sa famille la guerre d’Espagne pour s’installer dans l’exil dans une ferme landaise et qui laisse en Espagne l’aïeul. Josette Jégouzo a su faire partager à l’auditoire à partir de cette fresque romanesque la douleur mais aussi l’énergie d’une famille déclassée socialement, qui tente cependant de vivre avec la peur et la nostalgie.

ph_danslamerCécile Tonnelle a choisi de présenter le roman du journaliste italien Fabio Geda Dans la mer il y a des crocodiles qui aborde la question de l’exil à partir du récit d’un jeune afghan que sa mère décide d’abandonner au Pakistan afin de le sauver et pour que de là il rejoigne des membres de sa communauté installés en Europe.

Le roman s’inscrit à la fois dans l’espace, depuis l’Afghanistan jusqu’en Italie en passant par la Turquie et la Grèce, et dans le temps puisque l’itinéraire suivi par Enaiatollah se déroule sur huit années. Ce texte nous donne à partager une épreuve humaine où le courage et la rage de vivre dominent.livresaigonmarseille

Le quatrième roman est présenté par Marie-Antoinette Ricard. Il s’agit de l’autobiographie de Nguyen Van Thanh, jeune vietnamien qui s’est engagé, en 1939, avec 20 000 de ses compatriotes « réquisitionnés de force » comme ouvriers pour faire fonctionner les poudreries dans le sud de la France. Intitulé Saïgon-Marseille aller simple, l’ouvrage nous permet d’abord de suivre un épisode douloureux qu’ont connu différents autochtones engagés dans les troupes françaises, mais aussi d’appréhender et souvent de découvrir comment s’est déroulé l’accueil de ces exilés dans les campagnes françaises. Une révélation qui a suscité de très nombreuses questions qui sont ô combien d’actualité.

ph_ecoutezEnfin, il est revenu à Annie Monville de faire revivre à partir de deux ouvrages de Marie Cardinale. Le premier, Écoutez la mer décrit comment l’auteure a difficilement vécu son déracinement de sa terre natale d’Algérie et combien la nécessité de ciel, de terre et de mer se faisait sentir depuis son installation en métropole. Le second, Les mots pour le dire, relate la démarche analytique suivie par Marie Cardinale pour tenter d’apaiser une douleur profonde et persistante.

Chaque présentation a croisé analyse et citation d’extraits afin de donner à l’auditoire envie de partager la lecture du ou des ouvrages retenus.

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

De cet après-midi consacré à des témoignages d’exil, ressortent des constantes : la nécessité d’échapper à un destin cruel, la douleur de ceux qui s’expatrient, douleur d’autant plus vive quand toute une famille ne peut être réunie dans cet exode, l’indispensable reconstruction après cette épreuve qui s’accompagne souvent d’un déclassement social, enfin le vécu de qualités d’accueil contrastées, des rejets mais heureusement aussi de très belles rencontres.

Les échanges qui ont suivi chaque présentation ont été denses et ont enrichi les propos par des citations d’autres auteurs traitant de la même question. Notons pour conclure que l’initiative de réunir des amateurs de lecture a dépassé les limites de la commune puisque nous avons enregistré la présence de membres de deux associations de lecteurs de Ceyreste.

Les débats se sont ensuite poursuivis autour d’un apéritif dinatoire offert par les membres du Cercle Progressiste Carnussien.

L’expérience est à renouveler.

Michel Motré

Retrouvez ce compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Land Art à Carnoux-en-Provence

22 octobre 2016

La jeune ville de Carnoux qui fête cette année son jubilé se verrait-elle honorée par une installation artistique récemment apparue en différents points de la ville ?Blog324_PhJubile

Depuis cet été, nous avons constaté le surgissement d’éléments métalliques ou de béton de couleur orange (couleur retenue avec le vert olive pour le visuel du jubilé) qui ponctuent un itinéraire depuis le quartier des Barles jusqu’aux abords de la départementale en direction de Cassis.

Quel artiste se réclamant du Land Art a-t-il pu ainsi œuvrer sur le territoire de notre commune ?

Pour information, le land art est une tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, eau, rocher, etc.). Le plus souvent, les œuvres sont en extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l’érosion naturelle. Ce courant est apparu aux Etats Unis au début des années 1970.

Dans notre région et plus précisément sur un territoire proche de Digne les Bains, l’artiste Andy Goldsworthy a créé à partir de la fin des années 1990 un parcours jalonné par des constructions de pierres récoltées sur place,  intitulées Refuges, abris réels ou fictifs.

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Dans le cas qui nous interroge, nous rencontrons une combinaison entre Land Art et sculpture avec une référence à des œuvres comme celle  ci-dessous d’Alain Kirili, Oratorio de 1988, qui est composée de plusieurs blocs d’aluminium forgé. Aluminium, bauxite…. Il y a peut-être là une piste à explorer ?

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

En s’approchant des objets surgis dans notre paysage urbain carnussien, nous découvrons que chaque objet, plutôt qu’un cartel comme c’est le cas dans les musées ou les galeries, porte une plaque qui  indique « Alteo, borne n°… » et la mention « conduite sous pression ».

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Alteo n’est pas le pseudonyme d’un artiste, c’est le nom de l’entreprise internationale dont l’usine de Gardanne a rejeté pendant de trop nombreuses années ses fameuses boues rouges en Méditerranée dans la fosse de Cassidaigne située au large de Cassis !

Pour informer les riverains des canalisations sur l’installation des bornes oranges, l’entreprise Alteo leur a adressé en août 2016 un courrier nominatif émanant du responsable Santé, Sécurité Environnement qui précise qu’ « Alteo s’est engagé à mettre en place des éléments de repérage de  cette canalisation » souterraine qui traverse notre ville « afin d’éviter tout risque de dégradation lors de travaux ».

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En effet, s’il n’y a plus de boues rouges qui circulent dans le sous-sol de Carnoux, il subsiste des eaux industrielles sodiques (PH12 environ dixit la note). Rappelons que le PH (potentiel hydrogène) de degré 12 est celui de l’eau de Javel !

Loin d’un parcours artistique, Alteo a mis en place différents éléments de repérage à caractère préventif, bases aériennes hors du sol, bornes en béton et plaques avec sous plaques, toutes équipées de plaques d’identité informatives.

Voila, l’énigme des bornes oranges est levée. Il ne s’agissait pas d’une intervention artistique, mais alors pourquoi ne pas envisager l’installation d’une véritable œuvre d’art contemporain à Carnoux ?

MM

Centre culturel : le droit de réponse du maire de Carnoux

20 octobre 2016

logoccIl avait été évoqué ici même  la situation très particulière du Centre culturel de Carnoux dont le nouveau président, par ailleurs conseiller municipal, est loin de faire l’unanimité au sein des équipes d’intervenants comme des usagers et membres de l’association. Comme il fallait s’y attendre, le maire de Carnoux a pris la mouche. Il a  téléphoné immédiatement au président du Cercle Progressiste Carnussien pour se plaindre que certains de ses concitoyens aient osé exprimé publiquement un regard un tant soit peu critique vis-à-vis de sa gestion municipale sur ce dossier et il nous a adressé un courrier virulent que nous nous empressons naturellement de reproduire in extenso, droit de réponse oblige.

Carnoux, le 18 octobre 2016

 

Monsieur le Président

CERCLE PROGRESSISTE CARNUSSIEN

 

Lettre RECOMMANDEE EN MAINS PROPRES

 

Monsieur le Président,

A la recherche de « sensationnel » et de lecteurs vous vous êtes autorisés à publier sur votre blog un article anonyme intitulé « Centre Culturel de Carnoux : la révolte gronde …» !

Il est dommage que votre argumentaire à partir de chiffres bruts glanés sur les documents budgétaires de la commune ait donné lieu à des conclusions hâtives non conformes à la réalité.

Il est aussi lamentable que vous vous attaquiez à un  homme actif certes mais dévoué à sa commune qui n’a que le tort d’être attentif à la bonne marche de l’association dont il est président et de ne point faire partie des gens « bien-pensants » que vous êtes censés représenter.

C’est pour ces raisons que je vous demande d’insérer dans votre blog l’ensemble de la présente en vertu de notre droit de réponse.

1/ Sur l’implication de la municipalité dans la gestion du Centre Culturel

Effectivement la municipalité et son maire sont impliqués dans le fonctionnement de l’association :

  • Juridiquement les statuts du centre culturel prévoient que le maire ou son représentant est participant de droit au Conseil d’Administration.

La nature de l’activité de l’association est en effet assimilable à un service public, financé en partie par des fonds publics et il serait irresponsable de ne pas « contrôler » le bon usage des subventions qui lui sont allouées.

  • D’une manière générale, le maire ou son représentant est « systématiquement » présent aux assemblées générales des associations chaque fois qu’il est invité, à plus forte raison à celle du Centre Culturel qui a pour mission d’offrir à la collectivité avec l’aide d’intervenants qualifiés, des activités culturelles diversifiées et de qualité.

2/ Sur les « généreuses » subventions allouées par la municipalité au Centre Culturel

Avant de tirer quelques conclusions erronées, il est nécessaire de préciser qu’il s’agit de subventions d’équilibre fixées en fonction des activités déployées, du nombre d’adhérents et des besoins chiffrés au plus juste. C’est ainsi que celles-ci peuvent varier aussi bien à la hausse qu’à la baisse suivant les années.

L’objectivité élémentaire eut été d’indiquer que si en 2012 le montant de la subvention était de 60.000 €, il était en 2013 de 86.000 €, en 2014 de 72.000 € et en 2016 effectivement de 82.000 €.

Je suis surpris que le Cercle progressiste trouve excessif cette somme de 82.000 € pour le développement d’une politique culturelle au service de plus de 500 usagers !

En 2016, il faut signaler la prise en charge financière par le centre culturel de l’opération « orchestre à l’école » appréciée par les enseignants, les élèves et leurs familles.

Enfin l’auteur anonyme de l’article fait des comparaisons hasardeuses entre les subventions versées au centre culturel par rapport à celles versées à l’ensemble des associations.

Il ne suffit pas d’affirmer pour être crédible.

Il est dit qu’en 2012 l’ensemble des subventions s’élevait à 356.770 € et en 2016 à 205.210 € « rigueur budgétaire oblige ! ».

Or l’objectivité sinon l’honnêteté eut été de souligner que depuis 2012 186.000 € ne sont plus versés en raison – soit d’une réorganisation, c’est le cas des activités de l’OMS prise en charge intégralement sur le budget communal pour un total de 178.000 € – soit d’un arrêt d’activité total ou partiel d’autres associations pour un total de 8.000 €.

Avec ces corrections le total des subventions versées en 2012 est ramené à 170.770 € contre    205.210 € en 2016 !

3/ Sur le fonctionnement du Centre Culturel

Si l’auteur anonyme de l’article était mieux informé, il n’aurait pas laissé entendre que la gestion du centre culturel était opaque.

Celle-ci est en effet discutée par le bureau, validée par le conseil d’administration et exposée à l’assemblée générale.

Le budget et les résultats financiers sont présentés par la trésorière de l’association à chaque assemblée générale et les documents sont consultables par les adhérents.

Enfin en s’attaquant d’une façon éhontée à la personne du président « un tel personnage » en évoquant sa vie professionnelle, élective et associative, en le qualifiant de « Staline », l’auteur anonyme se disqualifie de lui-même  ainsi que ceux qui ont relayé ses dires.

Monsieur Frédéric ROUQUET, puisqu’il s’agit de lui, en guise de pétition a reçu, depuis la distribution de l’article sous forme de tracts, des témoignages de soutien et de sympathie de la part de nombreux professeurs et intervenants de ce même Centre Culturel !

Oui Carnoux peut être fier de son Centre Culturel qui après avoir été entièrement rénové va bientôt s’enrichir d’une nouvelle salle de chants.

C’est grâce à la Collectivité, aux bénévoles du Conseil d’Administration, à son Président, aux personnels et aux adhérents de plus en plus nombreux qu’il est devenu un pôle majeur de la culture, n’en déplaise à ceux qui tiennent inutilement des propos désobligeants voir diffamatoires.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Pierre GIORGI

Maire

 

On ne saurait trop remercier le maire de Carnoux pour ce courrier très explicite qui confirme point par point la véracité de tous les chiffres énoncés dans l’article paru sur notre blog. On regrettera néanmoins qu’après ce long plaidoyer aussi argumenté on ne soit toujours pas en mesure de connaître le budget effectif du Centre culturel de Carnoux. Loin de nous l’idée saugrenue de penser que cela pourrait confirmer cette légère impression d’opacité évoquée dans l’article, mais nous regrettons néanmoins que la municipalité n’ait pas profité d’une telle occasion pour apporter quelques précisions à ce sujet. Réjouissons-nous enfin que cet article ait pu être l’occasion de déclencher d’aussi nombreuses marques d’affection et de soutien envers le président du Centre culturel dont nous avions sans doute mal apprécié l’immensité du talent et en tout cas la solidité des soutiens politiques dont il dispose !

Centre culturel de Carnoux : la révolte gronde…

28 septembre 2016

logoccLe Centre culturel de Carnoux-en-Provence, comme la plupart des structures similaires dont le modèle a été largement inspiré en France des Maisons de la Culture créées par André Malraux, alors ministre de la Culture, est une association loi 1901 dont le fonctionnement est néanmoins étroitement contrôlé par la municipalité. Ses locaux, qui ont d’ailleurs fait l’objet récemment d’un sérieux lifting entièrement financé sur fonds publics, appartiennent à la ville et sont mis gratuitement à disposition de l’association pour son usage exclusif, la commune se chargeant également à ses frais de leur entretien.phcentreculturel

Quant au fonctionnement du Centre culturel lui-même, il est très largement subventionné par la commune qui lui a octroyé pour l’exercice 2016 une généreuse subvention de 82 000 €, votée en conseil municipal le 7 avril 2016 et représentant près de la moitié du total des subventions versées par la commune à l’ensemble des associations de Carnoux (205 210 €). Cette subvention attribuée au Centre culturel prend d’ailleurs une place croissante dans la part du budget alloué chaque année aux associations carnussiennes. En 2012, son montant s’élevait à 60 000 € alors que le montant total des subventions accordées à une quarantaine d’associations carnussiennes atteignait 356 770 €. Depuis, ce montant global des subventions aux associations a été presque divisé par deux, rigueur budgétaire oblige, mais le montant versé annuellement au Centre culturel a été augmenté de plus d’un tiers en 4 ans !

Ces chiffres confirment clairement que le Centre culturel de Carnoux fait l’objet d’un traitement très privilégié parmi les  plus de 110 associations actuellement répertoriées sur la commune et listées sur le site internet de la mairie (dans un joyeux désordre, permettant à nombre d’entre elles d’être recensées à la fois comme associations sportives, culturelles, de quartier, caritatives, etc.).

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux - juillet 2015)

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux – juillet 2015)

Mais la forte implication de la municipalité dans la gestion de cette association se manifeste aussi par la proximité de ses dirigeants avec l’exécutif municipal. L’ancien président du Centre culturel, Gérard Lambert, resté pendant 13 ans à ce poste, est l’époux de Danièle Lambert, ancienne adjointe à la Communication et toujours conseillère municipale. Le maire Jean-Pierre Giorgi, est systématiquement présent aux assemblées générales de l’association et c’est lui qui a orchestré le changement de président, fièrement affiché dans le bulletin municipal de juillet 2015 et annoncé en grandes pompes lors du spectacle de fin d’année en juin.

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Devenu effectif il y a tout juste un an, en septembre 2015, ce changement de président fait quelque peu grincer des dents l’équipe constituée d’une vingtaine d’intervenants, pour la plupart disposant d’un simple statut d’auto-entrepreneurs, qui animent les 27 activités actuellement proposées aux quelques 650 adhérents que revendique le Centre culturel. Le nouveau président n’est autre en effet que Frédéric Rouquet, par ailleurs conseiller municipal délégué aux affaires scolaires et au site internet. On ne saurait mieux exprimer en effet la main mise de la municipalité sur cette structure associative dont on serait bien en peine en revanche de connaître, ne serait-ce que le montant de son budget et la répartition de ses charges, éléments qui ne sont pas communiqués aux membres de l’association.

Le nouveau président, par ailleurs responsable de la salle de cinéma des Trois-Palmes à la Valentine, n’est certes pas un inconnu des Carnussiens, après avoir trusté pendant des années le rôle de représentant PEEP des parents d’élèves au fil de la scolarité de ses trois enfants, d’abord au groupe scolaire Frédéric Mistral, mais aussi au collège des Gorguettes et au lycée Méditerranée. Les enfants étant par ailleurs amateurs de percussions, il va de soi qu’un tel personnage ne pouvait laisser passer l’occasion de s’immiscer également dans la gestion du Centre culturel et c’est donc tout naturellement qu’il en a pris la présidence après s’être fait élire conseiller municipal.

L'équipe d'intervenants du Centre culturel autour du président

L’équipe d’intervenants du Centre culturel autour du président

Un tel dévouement à la cause publique force l’admiration ! A ceci près que l’activisme autoritaire du nouveau président commence à faire jaser. Ses prestations en Monsieur Loyal lors des spectacles de fin d’année pourraient simplement prêter à sourire si elles ne s’accompagnaient en parallèle d’une volonté hégémonique de vouloir régenter lui-même l’ordonnancement du spectacle et le choix des élèves autorisés à se produire, sans tenir compte le moins du monde de l’avis des enseignants. Après seulement un an d’activité à la tête de l’association, cette volonté d’ingérence systématique lui a d’ailleurs valu en interne le doux sobriquet de Staline, un surnom flatteur dans certains milieux mais pas forcément dans le monde feutré de la culture carnussienne…

Les fortes augmentations de tarifs décrétées unilatéralement en début d’année, les clauses abusives de non-concurrence imposées aux intervenants, les oukases interdisant désormais aux enseignants d’accepter des cours individuels de 3/4 d’heure pourtant mieux adaptés à certains niveaux et pour certaines disciplines, toutes ces décisions imposées de manière rigide et sans concertation ni réelle justification, finissent par lasser tant le personnel enseignant que les usagers du Centre culturel, même les mieux disposés à son égard.

Faudra t-il donc attendre la prochaine assemblée générale de l’association pour mettre un terme à une erreur de casting aussi flagrante ? Faut-il que les membres de l’association et le personnel enseignant expriment ouvertement leur mécontentement face à un mode de direction aussi obtus et contre-productif, quitte à organiser une pétition ? Le Centre culturel fait partie des outils dont la commune peut être fière et il serait dommage d’en casser ainsi la dynamique du fait du comportement quelque peu narcissique de son président actuel.

Des usagers du Centre culturel

Après avoir lu cet article, n’oubliez-pas de lire aussi le droit de réponse du maire de Carnoux !