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Le déluge : mythe ou réalité ?

11 décembre 2017

Chacun a en mémoire le fameux récit biblique du déluge dans lequel il est écrit en substance que Dieu, mécontent de la conduite des hommes, déclencha une formidable inondation qui dura 40 jours et 40 nuits, et noya toute trace de vie sur terre à l’exception du brave Noé et de toute sa famille. Celui-ci avait été chargé de construire une solide arche, aux planches soigneusement calfatées de goudron et dans laquelle il avait mis à l’abri un couple de chacune des espèces animales, ce qui lui permit finalement de repartir sur de nouvelles bases, une fois l’inondation achevée et l’arche échouée.

L’arche de Noé sur le Mont Ararat (tableau de Simon de Myle, peint vers 1570)

Ce récit fondateur qui marque les esprits a longtemps servi de fil conducteur, y compris aux yeux de certains scientifiques qui s’appuyaient sur lui pour expliquer la présence de nombreux coquillages fossiles retrouvés jusque sur les sommets des montagnes alpines. On sait désormais, grâce à la compréhension des mouvements tectoniques et à une meilleure connaissance de la datation des couches sédimentaires, qu’il n’est nul besoin de faire appel à ce récit biblique pour expliquer de telles observations.

Onzième tablette racontant l’épopée de Gilgamesh et le récit du déluge (source © British Museum)

Et pourtant, paradoxalement, les connaissances historiques et géologiques récentes donnent du crédit à ce récit de l’Ancien Testament. L’affaire ne date pas d’hier puisque c’est en 1872 que George Smith, un des premiers à découvrir et à traduire les tablettes d’argile recouvertes d’écritures cunéiformes de Mésopotamie, gravées il y a plus de deux mille ans avant J.-C., a fait connaître au monde entier l’épopée de Gilgamesh.

Dans cette histoire, dont on a désormais retrouvé de nombreuses versions, les plus anciennes remontant à l’époque sumérienne, au 3ème millénaire avant J.-C., le héros Gilgamesh rencontre le supersage Atrahasis qui lui raconte que jadis les dieux en colère, lassés du vacarme incessant des humains, avaient décidé de s’en débarrasser en inondant la terre. Mais le dieu des eaux souterraines, un certain Ea, les trahit, avertit son ami Atrahasis du danger, et lui enjoint de fabriquer sans attendre un solide bateau aux planches calfatées de bitume, et d’y faire entrer un specimen de chaque espèce animale (d’autres versions, plus futuristes, évoquent plutôt « la semence de toutes les créatures vivantes »).

Les tablettes d’argile relatent une inondation plus courte (7 jours seulement) mais l’épilogue, qui consiste à lâcher une colombe pour vérifier si elle aperçoit signe de terre rappelle furieusement l’idée de Noé, même s’il fallut, dans la version sumérienne, doubler la tentative avec le lâcher d’une hirondelle puis d’un corbeau…

Le déluge, frontispice de la bible illustrée par Gustave Doré (1866)

Bref, les nombreuses similitudes entre ces récits indiquent avec une quasi certitude que l’histoire de Noé, probablement écrite vers le VIIe siècle avant J.-C., soit plusieurs millénaires sans doute après les premières versions assyriennes, fixée sur les rouleaux manuscrits de la Mer Morte puis recopiée de génération en génération, s’est très vraisemblablement inspiré du précédent, d’autant que le peuple juif a été longtemps placé sous domination assyrienne.

De nombreux chercheurs ont cherché d’autres filiations de ce type, tant les récits fondateurs qui évoquent des inondations cataclysmiques du même type se retrouvent dans le monde entier, en Inde comme parmi certaines civilisations amérindiennes, et même chez les aborigènes d’Australie où il se raconte l’histoire d’une grenouille qui aurait bu toute l’eau de la Terre, au point que les autres animaux assoiffés n’ont eu d’autre choix que de la faire rire, provoquant de la sorte une formidable inondation…

Certains de ces récits retiennent néanmoins l’attention, dont celui retracé dans les écrits mythologiques du pseudo Apollodore, datés du 1er siècle et qui évoquent un déluge qui aurait mis fin à l’âge du bronze, les seuls survivants étant le fils de Prométhée, un certain Deucalion et son épouse Pyrrha, dont la barque s’échoue sur le sommet des montagnes. Là aussi, les convergences avec le récit biblique sont étonnantes, ce qui tend à affermir l’idée d’une inondation exceptionnelle survenue en des temps très reculés dans cette région et dont la mémoire collective se serait transmise de génération en génération.

Les Américains William Ryan et Walter Pitman, auteurs en 1998 de l’ouvrage Noah’s Flood

Curieusement, plusieurs scientifiques pensent désormais disposer d’hypothèses assez solides qui pourraient expliquer l’origine de tels événements. En 1993, une expédition géologique américano-russe a ainsi en évidence, en analysant des sédiments déposés au fond de la Mer Noire, des indices montrant un passage assez brutal d’eau douce à de l’eau salée. Selon leurs observations, au cours de la dernière glaciation, celle du Würm, qui s’est étalé de -110 000 à -10 000 ans environ, la Mer Noire s’est retrouvée totalement déconnectée de la Méditerranée. Du fait de la glaciation, le niveau des océans avait baissé de plus de 130 m et les détroits du Bosphore et des Dardanelles étaient alors émergés.

Avec le réchauffement progressif, la fonte des glaces sur les plaines ukrainiennes a alimenté en eau la vaste dépression de la Mer Noire qui se transforma en un lac d’eau douce, toujours isolé de la Méditerranée et autour duquel se sont installées de nombreuses populations. Vers 7500 avant J.-C., la brutale remontée du niveau de la Méditerranée se serait traduite par un déversement brutal des eaux de cette dernière dans la Mer Noire dont le niveau se situe 200 m plus bas, provoquant la fuite des populations vers le Mont Ararat, seul point culminant situé à 300 km du rivage mais visible de très loin.

La Mer Noire (source © Google Earth)

Le géologue américain Robert Ballard

En 1999 et 2000, le géologue Robert Ballard, celui-là même qui retrouva l’épave du Titanic, avait également entrepris des investigations dans ce secteur et retrouvé des traces de l’ancien rivage côtier de la Mer Noire avec des vestiges d’érosion qu’il attribue à des flots se déversant sous forme de cataractes depuis la Méditerranée. Autant d’éléments qui accréditeraient cette hypothèse d’une inondation brutale et rapide des riveges de la Mer Noire, provoquant chez les survivants un traumatisme de nature à se transcrire de génération en génération sur un temps long. De nombreux chercheurs attribuent d’ailleurs cette ouverture brutale du détroit du Bosphore à un mouvement sismique de l’extrémité de la faille nord-anatolienne, ce qui aurait en effet pu provoquer un déversement cataclysmique des eaux de la Méditerranée dont le niveau était fortement remonté sous l’effet du réchauffement climatique.

Le chercheur français Guillaume Soulet, auteur d’une thèse intitulée Changements hydrologiques de la mer Noire au cours des 30 derniers millénaires et la dernière déglaciation en Europe centrale, sous la direction d’Edouard Bard et Gilles Lericolais

L’équipe d’Edouard Bard basée au CEREGE s’est également intéressée de près à ce sujet et a montré que la réalité était sans doute beaucoup plus complexe que ne l’avaient imaginé en 1997 les Américains Bill Ryan et Walt Pitman, dont l’ouvrage paru en 1998 sous le nom de Noah’s Flood avait eu alors une énorme retentissement. D’après Guillaume Soulet, qui a soutenu en 2011 une thèse sur le sujet, la connexion de la Mer Noire via le Bosphore est plus ancienne et daterait plutôt de 8 300 avant J.-C. Et il s’agirait plus vraisemblablement d’un phénomène se produisant par a-coups, suite à des épisodes de réchauffement successifs, étalés sur de longues périodes, ce qui laisse penser que les mouvements de population des rives de la Mer Noire vers les plaines plus fertiles de la Mésopotamie, survenus vers 7500 avant J.-C., pourraient avoir été induites au moins davantage par une évolution démographique inéluctable que par un phénomène d’inondation brutale.

Un scénario qui demande sans doute à être confirmé et vraisemblablement affiné mais qui laisse songeur quand à ce qui peut nous attendre du fait du réchauffement climatique actuellement à l’oeuvre et qui lui est d’une rapidité jamais rencontrée dans l’histoire de la Terre. Quand on sait que la fin de cette glaciation, qui s’est traduite par une élévation du niveau des mers d’environ 130 m, ne résulte finalement que d’une augmentation moyenne de 4 °C de la température du globe, soit une valeur tout à fait comparable à ce que prédisent les scénarios du GIEC pour les décennies à venir, voila qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter…

L.V.  

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Les inondations irriguent aussi la photographie

9 décembre 2017

Certains sujets semblent davantage que d’autres inspirer les artistes, à moins qu’il ne s’agisse d’effets de mode. Les peintres d’antan se délectaient de natures mortes et de batailles navales. Les photographes d’aujourd’hui s’inspirent beaucoup des inondations, certes devenues de plus en plus spectaculaires à force de construire toujours davantage en zone inondable…

Nous avions déjà cité ici le travail remarquable de Jérôme Knez qui avait eu l’idée de juxtaposer à des photos d’archives de la grande crue parisienne de janvier 1910 d’autres clichés pris exactement au même endroit pendant l’inondation de juin 2016. Il faut croire que ce dernier événement a frappé les imaginations. Bien que modeste par son impact sur Paris, il avait quand même occasionné pour environ 1,4 milliards d’euros de dommages selon les assureurs si on totalise l’ensemble des dégâts observés durant toute la durée de cet événement météorologique, plutôt rare pour la saison et qui s’était traduit sur certains cours d’eau dont le Loing par une crue au moins centennale. Un tel montant en fait d’ailleurs l’inondation la plus coûteuse depuis 35 ans qu’existe le dispositif d’indemnisation des catastrophes naturelles en France !

Le Grand Palais et le pont Alexandre III (photo © Benoît Lapray)

En tout cas, cet événement a inspiré d’autres artistes dont Benoit Lapray qui s’était déjà fait connaître notamment pour ces photos de superhéros « en quête d’absolu ». La série d’images intitulées « when te night falls » et qui est notamment consultable dans le magazine The Photo Academy, est constituée également de doublons de clichés, pris exactement au même endroit et selon un cadrage rigoureusement identique.

Les immeubles du quai André Citroën dans le 15e arrondissement (photo © Benoît Lapray)

Mais pour chacun des sites, les deux images sont le jour et la nuit. Tous les clichés nocturnes ont été pris de nuit, au plus fort de la crue de juin 2016. Quant à leurs équivalents diurnes, ils ont été pris sous un soleil radieux, un an plus tard, alors que la crue de 2016 n’était plus qu’un lointain souvenir.

Quai de la Rapée (photo © Benoît Lapray)

Du coup, le contraste est saisissant entre les clichés pris à la lueur des réverbères en juin 2016 alors que l’eau noire de la Seine submergeait les voies sur berges et venait lécher le tablier de certains ponts, et ceux pris en plein jour un an plus tard et pour lesquels on a bien du mal à imaginer que les promenades verdoyantes et les jardins publics en bordure de Seine puissent être recouverts par 1 m d’eau voire bien davantage.

Au pied du pont Alexandre III (photo © Benoît Lapray)

Une série de clichés en tout cas très pédagogique et qui incite les Parisiens à conserver en tête cette idée que le coeur de la capitale et notamment certains quartiers en bord de Seine sont particulièrement vulnérables en cas de crue majeur du fleuve qui les traverse.

Et ce photographe n’est pas le seul à mettre ainsi en scène l’impact des inondations sur notre quotidien. Citons aussi son collègue sud-africain Gideon Mendel dont les clichés ont fait le tour du monde et ont été repris par de très nombreux médias. Depuis 2007, cet artiste a sillonné le monde, de la Caroline du Sud au Pakistan, en passant par le Brésil, l’Allemagne ou le Nigéria, pour témoigner visuellement de la manière dont les habitants sont impactés dans leur intimité par des inondations.

Un cliché de la série Portraits submergés (photo © Gideon Mendel)

Il en a tiré quatre séries rassemblées sous le titre accrocheur « Un monde qui se noie » et qui ont été notamment exposées aux Rencontres d’Arles en septembre dernier. La première de ces séries, « Portraits submergés », peut-être la plus spectaculaire, met en scène de simples habitants, souvent des couples, qui posent sur le pas de leur porte ou dans leur salon envahi d’eau boueuse dans laquelle ils disparaissent parfois jusqu’à mi-corps voire jusqu’aux épaules.

Dans une maison inondée du Yorkshire (Royaume-Uni) en 2007 (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Portaits submergés)

On lit dans le regard de ces victimes des intempéries un certain fatalisme, mais aussi beaucoup de désarroi et de désespoir devant la perte de leur propre habitat devenu totalement inutilisable du fait de l’eau boueuse qui s’est engouffrée partout. On repense au slogan choc qu’avait mis en avant l’établissement public Loire pour rappeler aux populations riveraines que le risque inondation est toujours présent même si les populations l’ont largement oublié depuis les fortes crues qui s’étaient succédé en 1846, 1856, 1866 et 1907 notamment : « parce que la Loire est mieux dans son lit que dans le vôtre… ».

Maison inondée au Royaume-Uni (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Lignes de crue)

Sauf que pour ces victimes d’inondation, l’eau s’est bel et bien répandue dans leur salon et leur chambre à coucher, tranformant à jamais ce qui était leur cadre de vie quotidien en un milieu hostile dans lequel leurs effets personnels sont en train de pourrir lentement. La série de clichés intitulée « Ligne d’eau » insiste justement sur les marques laissées par l’eau dans un décor vide de ses habitants mais tout aussi poignant de désolation.

Photo délavée récupérée dans une maison au Bengladesh (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Trace d’eau)

Quant à la série dénommée « Traces d’eau », le photographe Gideon Mendel montre des agrandissements des photos personnelles définitivement altérées par le séjour prolongé dans l’eau boueuse et que leurs propriétaires ont soigneusement repêchées pour tenter de conserver un peu des souvenirs de leur vie, gâchée à tout jamais par la catastrophe qui les a touchés. On y voit des visages à moitié effacés, révélateurs de la fragilité de tout ce qui fait notre vie quotidienne face à un risque naturel.

Un beau travail esthétique et pédagogique qui mérite d’être salué en espérant qu’il pourra aider certains à prendre conscience qu’il vaut mieux se préparer à toute éventualité quand on vit en zone inondable : le fait d’avoir conscience du risque permet en effet de réduire fortement sa propre vulnérabilité. Une crue n’est jamais qu’un événement naturel récurrent et il dépend largement de notre comportement et de notre niveau d’adaptation qu’il ne se transforme pas en un drame personnel. Une chose est sûre : faire l’autruche en se persuadant que cela n’arrive qu’aux autres n’est certainement pas la meilleure façon de s’y préparer…

L.V.  

Au Texas, Houston sous les eaux

30 août 2017

Le sud du Texas est en train de connaître une des pires inondations de son histoire récente. En cause, l’ouragan Harvey, né à la mi-août d’une onde tropicale en Afrique de l’Ouest, et dont les météorologues ont suivi l’évolution à travers tout l’Océan atlantique jusqu’aux côtes vénézuéliennes.


L’ouragan Harvey a tout balayé sur son passage dans les zones côtières (photo © Gabe Hernandez / AP)

Arrivé sur le golfe du Mexique, l’ouragan s’est brusquement intensifié au-dessus des eaux chaudes et a abordé la côte texane vendredi 25 août, classé en catégorie 4 avant de se transformer en simple tempête tropicale à partir du samedi après-midi. Depuis, du fait de l’absence de vent en altitude, la tempête Harvey fait quasiment du sur-place et se déplace très lentement vers l’Est tout en se rechargeant en permanence avec les eaux chaudes du Golfe du Mexique tout proche.

Carte de situation publiée dans Le Monde (source NOAA, New York Times), montrant les cumuls de précipitation et la trajectoire de la tempête au 30 août 2017

Le résultat est assez effrayant puisque on comptabilise désormais en 5 jours un cumul de précipitations tout à fait inhabituel qui pourrait atteindre localement, d’ici jeudi, 1270 mm, bien davantage que ce qui peut tomber sur Marseille en une année entière ! La ville littorale de Corpus Christi, qui compte 300 000 habitants, a été une des premières dévastées par l’ouragan Harvey avec des vents soufflant en pointe à 215 km/h, et à partir du dimanche 27 août c’est la ville de Houston, quatrième plus grande ville des Etats-Unis avec 2,3 millions d’habitants, qui a été à son tour noyée sous des trombes d’eau continues.

Maisons d’habitation ravagées par l’ouragan Harvey à Rockport (photo © Mark Ralston / AFP)

De nombreux axes routiers ont été inondés parfois sous plusieurs mètres d’eau et on a vu des habitants attraper à main nue des poissons passant devant leur porte tandis que les épaves de voitures partent à la dérive dans une eau boueuse qui envahit peu à peu toute la ville.

Au moins 10 personnes ont déjà trouvé la mort depuis le déclenchement de ces inondations, dont une personne qui est décédée dans l’incendie de sa maison à Rockport tandis qu’une femme s’est noyée à Houston en sortant de sa voiture dans une zone où la vitesse d’écoulement était rapide. L’état de catastrophe naturelle a été déclaré dès vendredi et la population est invitée à rester confinée chez elle pour limiter les risques de noyades dans des rues totalement submergées par les eaux.

A Corpus Christi comme en plusieurs autres endroits, des consignes d’évacuation volontaires ont été données, tandis que 4500 prisonniers du centre de détention de la ville de Rosharon, au sud de Houston, ont dû être évacués en catastrophe. Au moins 230 000 foyers étaient privés d’électricité dès dimanche et la situation ne fait qu’empirer depuis. Quant aux deux aéroports de Houston dont les pistes étaient sous les eaux, ils ont dû fermer l’un après l’autre.

Autoroute submergée à Houston dimanche 27 août 2017 (photo © Richard Carson / Reuters)

Le niveau de la mer s’est élevé de près de 4 m au plus fort de la tempête, alors même que la côte texane accueille près d’un tiers des capacités de raffinerie de pétrole des Etats-Unis et le Golfe du Mexique 20 % de la production américaine. Au moins 112 plateformes ont été évacuées, représentant environ un quart de la production quotidienne de brut et de gaz, et de nombreuses installations à terre ont fermé. Il est encore trop tôt pour évaluer le coût de cette catastrophe d’autant que la tempête se déplace désormais vers la Louisiane voisine, encore sous le traumatisme du cyclone Katrina qui avait provoqué en 2005 la rupture de plusieurs digues, ravageant des quartiers entiers de La Nouvelle Orléans, provoquant plus de 1800 morts et laissant une ardoise estimée à 118 milliards de dollars. A ce jour, les estimations pour la tempête Harvey font état d’un bilan qui pourrait néanmoins s’élever autour de 42 milliards de dollars, ce qui est tout à fait considérable et s’explique largement par l’importance économique du Texas dont le PIB dépasse celui d’un pays comme le Canada.

Le Bayou Buffalo en crue dans la traversée de Houston (photo © Carole Enarn / Reuters)

Le président Donald Trump ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Contrairement à son prédécesseur Georges W. Bush qui avait été accusé d’indifférence en ne se rendant que tardivement à la Nouvelle Orléans où il s’était contenté d’un rapide survol en hélicoptère, le Président s’est rendu dès mardi 29 août sur place, accompagné de son épouse dont les talons aiguilles n’étaient pas des plus adaptés pour une telle visite de terrain…

A Houston, le maire a décrété le couvre-feu dès mardi pour tenter de sauvegarder la ville des risques de pillage car beaucoup d’habitants ont fui pour se mettre à l’abri, et le gouverneur du Texas a fini par mobiliser l’ensemble des 12 000 soldats de la Garde nationale texane. Mardi, 10 000 habitants étaient déjà hébergés dans le Centre des conventions de Houston et le flux de réfugiés continuait à enfler. Les autorités les dirigeaient alors vers d’autres villes de l’intérieur, moins exposées, dont Dallas, située à 400 km de là et dont les 3 centres d’accueil ont été rapidement saturés.

Evacuation de sinistrés à Houston (photo © Texas Military Department)

A Houston, une des plus grosses inquiétudes a trait à l’état de deux vastes réservoirs endigués construits dans les années 1930 à l’ouest de la ville, précisément pour la protéger contre les inondations, et qui approchent depuis mardi de leur niveau de saturation. Dès la création de la ville en 1836, à la confluence entre deux rivières, le bayou Buffalo et le bayou du Chêne blanc, il est apparu en effet que le site était particulièrement vulnérable au risque d’inondation. En un siècle, la ville a connu 16 inondations majeures, avec parfois jusqu’à 12 m d’eau dans les points bas de la ville !

Après la crue de 1935, particulièrement dévastatrice et qui avait fait 7 morts, une structure spécifique a été mise en place pour développer la prévention du risque inondation, ce qui n’empêche pas qu’on dénombre 30 crues importantes depuis, dont celle liée au passage de la tempête tropicale Allison, le 5 juin 2001, qui a causé 22 victimes et endommagé 95 000 véhicules et 73 000 habitations dans cette région texane.

Les deux réservoirs Addicks et Barker, dont l’état inquiète au plus haut point les ingénieurs de l’US Army Corps of Engineers en charge de leur exploitation, ont été mis en service en 1938 et font l’objet d’un programme de confortement entamé en 2014 mais dont l’achèvement n’est prévu qu’en 2019. Ces vastes cuvettes, dont la capacité de stockage cumulée atteint 510 millions de m3, soit près de la moitié du barrage de Serre-Ponçon, sont fermées par des digues en terre dont la hauteur maximale atteint respectivement 34 et 37 m. Ils interceptent plusieurs affluents en amont du bassin versant du Bayou Buffalo qui ensuite traverse toute l’agglomération de Houston. Ces cuvettes, aménagées en parcs urbains et espaces verts récréatifs, ne servent à retenir l’eau qu’en cas de crue, afin de protéger les zones urbanisées en aval.

Zones résidentielles inondées par les lâchers d’eau du réservoir Addicks, mardi 29 août 2017 (photo © David J. Phillip)

Mais les deux vastes réservoirs ont atteint leur cote maximale autorisée de remplissage dès le lundi 28 août au matin. Il a donc fallu alors commencé à délester avant que le niveau de l’eau ne monte trop haut et ne menace la stabilité des digues elles-mêmes. C’est en effet le point faible de ce type d’ouvrage qui, en cas de submersion peut se rompre, provoquant alors une onde qui se propage très rapidement en aval, dévastant tout sur son passage. C’est donc pour éviter ce risque que les autorités ont préféré ouvrir les vannes, inondant de ce fait l’ensemble des quartiers situés en contrebas, et venant rappeler à tous qu’une protection contre les inondations est toujours dimensionnée pour un niveau de crue donné : au-delà, il faut bien que l’eau s’écoule et reprenne son chemin naturel, en l’occurrence la vaste plaine alluviale dans laquelle les hommes ont choisi, peut-être un peu imprudemment, de bâtir une ville de 2,3 millions d’habitants !

Vue aérienne du réservoir d’Addicts lors d’une inondation récente (photo © US Army Corps of Engineers)

L’histoire n’est certes pas terminée et l’heure des comptes n’est pas encore arrivée. Après le passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans, ce sont environ 1 million d’habitants qui ont dû faire appel aux services sociaux de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence et on estime déjà que ce nombre pourrait avoisiner les 450 000 après le passage de la tempête Harvey, de nombreux Américains n’étant pas assurés contre ce type de risque naturel. La seule bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que les assureurs ne sont pas inquiets puisque leur secteur dégage un bénéfice confortable évalué actuellement à 700 milliards de dollars, de quoi largement voir venir…

L.V. 

Inondation : une nouvelle stratégie pour la métropole marseillaise

14 avril 2017

A Marseille comme dans le reste de la Provence, on craint traditionnellement surtout la sécheresse et les feux de forêt mais le risque d’inondation est loin d’être négligeable et souvent bien plus meurtrier. Les inondations de juin 2010 dans le Var, avec ses 26 morts et des dommages matériels évalués à un milliard d’euros, l’ont rappelé une fois de plus, de même que celles d’octobre 2015 dans les Alpes-Maritimes. Certains se souviennent peut-être de ce jeune homme mort noyé en août 1986 sur la route départementale entre Carnoux et La Bédoule, mais plus près de nous un orage survenu le 19 septembre 2000 avait encore fait 3 morts à Marseille et rebelote, 3 ans plus tard, avec encore 3 morts et 2 disparus à l’occasion de nouvelles pluies diluviennes en décembre 2003.

Un extrait de La Provence après l’inondation du 19 septembre 2000

Quand on fouille un peu dans les archives, on se rend rapidement compte que ces événements n’ont rien d’exceptionnel et se reproduisent de manière récurrente. De violentes crues de l’Huveaune ont laissé des traces dans les chroniques historiques en 1518, 1610 ou encore 1716. Le 22 octobre 1810, le centre-ville de Marseille était inondé suite à un violent orage, entraînant la mort d’une jeune fille. On pourrait citer de même d’autres épisodes catastrophiques du même type en date du 1er octobre 1892 ou encore le 8 novembre 1907 où l’on déplore 4 victimes et de gros dégâts. Début octobre 1973, ce sont 7 personnes en tout qui se noient à l’occasion d’une nouvelle vague d’inondations sur Marseille, tandis qu’en 1976 on dénombre plus de 1000 sinistrés suite à une nouvelle crue de l’Huveaune.

Bref, le territoire de la métropole Aix-Marseille est fortement exposé au risque inondation, même si chacun n’en a pas forcément conscience. C’est donc tout l’intérêt de la stratégie locale de gestion du risque inondation qui vient d’être adoptée le 14 mars 2017 par arrêté préfectoral, que de rappeler l’étendue de ce risque et de proposer une démarche cohérente pour le prévenir.

Cette stratégie locale, est la dernière étape d’un processus initié en 2010 suite à la transposition en droit français d’une directive européenne de 2007 sur les inondations. Cette démarche a consisté d’abord à mieux délimiter, sur l’ensemble du territoire national, les zones potentiellement inondables, puis à identifier les territoires les plus exposés. Ces territoires à risque important sont au nombre de 122 en France dont deux sur le périmètre de la métropole marseillaise : l’un qui va de Gemenos à Marseille et l’autre qui couvre la zone d’Aix-en-Provence depuis Gardanne jusqu’à Salon-de-Provence.

Cinq fleuves côtiers principaux baignent l’agglomération d’Aix-Marseille : la Touloubre qui prend naissance au pied de la Sainte-Victoire et se jette dans l’étang de Berre, l’Arc qui passe près d’Aix-en-Provence et se jette également dans l’étang de Berre, la Cadière qui traverse Vitrolles et Marignane, le ruisseau des Aygalades, issu du massif de l’Etoile et qui se jette dans la mer à Marseille, tout comme le dernier, l’Huveaune qui traverse Aubagne et dont le bassin versant englobe l’essentiel de la commune de Carnoux.

Par souci de cohérence et même si des structures administratives différentes interviennent sur ces différents bassins hydrographiques, la stratégie locale qui vient d’être adoptée couvre ces 5 bassins versants et intéresse du coup les deux territoires à risque importants, dont l’ensemble du périmètre de la métropole Aix-Marseille-Provence qui a d’ailleurs vocation, de par la loi, à prendre en charge la compétence liée à la gestion de l’eau et des milieux aquatiques et à la prévention des inondations.

L’avenir dire si cette stratégie sera efficace, qui vise à améliorer les différents volets de la prévention du risque inondation sur ce territoire, depuis l’alerte et la gestion de crise jusqu’à la réduction de la vulnérabilité des enjeux exposés, en passant par une gestion plus adaptée des flux en cas de crue. Une chose est sûre : les services de l’État qui ont organisé l’élaboration de cette stratégie locale ont fait un gros effort de communication pour faire connaître la démarche et en diffuser largement les grandes lignes. Le contenu de la stratégie est librement accessible en ligne ainsi qu’une plaquette d’information et deux vidéo, l’une qui explique en quoi consiste la démarche et l’autre qui se veut un document de sensibilisation de la population vis-à-vis du risque inondation sur le territoire de la métropole marseillaise.

Extrait de la vidéo réalisée par la DDTM 13 sur la stratégie locale

Ce dernier document destiné au grand public mérite d’être largement diffusé. Il rappelle à tous la présence de ces cours d’eau qui traversent notre agglomération, souvent endigués voire busés comme l’Huveaune dans la traversée du centre-ville d’Aubagne, disparaissant de notre vue et se rappelant brusquement à notre souvenir lorsqu’ils cherchent à se frayer un lit au milieu des zones urbanisées à l’occasion d’un événement pluvieux plus intense que d’habitude. Leurs eaux, grossies par les flux qui ruissellement rapidement sur les terrains imperméabilisés des parkings de centres commerciaux et des zones industrielles ou pavillonnaires, débordent alors et empruntent les axes routiers où elles déferlent en emportant tout sur leur passage.

Extrait de la vidéo

La vidéo imagine un journal télévisé relatant le déroulement de la prochaine inondation qui ne devrait pas manquer de se produire sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, en s’appuyant sur des images d’archives d’inondations récentes. Le résultat est assez saisissant et mérite d’être regardé, l’objectif étant bien évidemment de rappeler à chacun la réalité du risque et les bons comportements à adopter lors d’un tel événement.

Photo d’archive (copyrigth France 3)

Les inondations de ces dernières années, en zone méditerranéenne, ont en effet montré à quel point nombre de victimes dans ce type de catastrophe meurent parce qu’elles ont eu des comportements inadaptés et imprudents : vouloir à tout prix aller rechercher sa voiture dans un parking souterrain en cours d’inondation, s’engager dans une route partiellement inondée ou faire le forcing pour aller chercher ses enfants à l’école alors qu’ils y sont en sécurité, autant de gestes anodins mais qui sont trop souvent à l’origine de tragiques noyades.

Photo d’archive de l’inondation du 19 septembre 2000 à Marseille

Les automobilistes en particulier payent un lourd tribut à chaque inondation car ils se croient en sécurité dans leur voiture sans avoir conscience que celle-ci devient rapidement incontrôlable avec seulement 30 cm d’eau, pour un peu que celle-ci soit boueuse et qu’elle s’écoule rapidement, sans compter qu’il devient rapidement très difficile d’ouvrir les portières pour sortir d’un véhicule du fait de la poussée de l’eau.

Mieux vaut donc avoir conscience de ces éléments plutôt que de les découvrir par soi-même dans la panique d’une inondation ! C’est pourquoi on ne peut qu’inciter chacun à visionner cette courte vidéo qui rappelle ces quelques notions de base et invite à une vigilance active.

L.V.  

A Carnoux, les poissons sentent l’huile de friture…

25 février 2017

Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960.

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Tout laisse penser néanmoins qu’avant l’urbanisation de ce vallon, l’oued ne devait être en eau que pour de courtes périodes consécutives aux épisodes pluvieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la partie visible du cours d’eau, qui sert de fossé pluvial bétonné en contrebas de la route départementale RD 41E, entre le rond-point des Barles et la limite Est de la commune, coule désormais quasiment toute l’année, en dehors de quelques rares périodes sèches. Car le ruisseau a été transformé en exutoire pluvial de la ville de Carnoux : toutes les eaux plus ou moins souillées qui s’épandent sur la chaussée, y compris au niveau de la zone industrielle, mais aussi les vidanges de piscines et les pompages permanents d’exhaure finissent tous dans le ruisseau, sans le moindre traitement !

Sortie à l'air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Sortie à l’air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le cours d’eau, dans la partie où il s’écoule à l’air libre, à partir du rond-point des Barles, ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à un ruisseau, avec des eaux qui passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au gré des produits qui y ont été déversés par les habitants et les entreprises de Carnoux…

Durant toute la traversée de la ville le ruisseau est en effet purement et simplement busé, ce qui est bien commode pour éviter d’avoir à se poser trop de questions existentielles quant à ce qu’on y rejette. On voit ainsi, au gré du parcours du ruisseau, des huiles de vidange et des solvants qui sont versés directement par les « bouches d’égout » installées le long des bordures de trottoirs, mais qui en réalité communiquent directement dans le ruisseau.

Regard sur le réseau d'eaux pluviales le long de la place du marché

Regard sur le réseau d’eaux pluviales le long de la place du marché

Des travaux ont pourtant été fait tout récemment en vue du réaménagement du centre-ville et on pourrait penser que l’esplanade où se tient le marché de Carnoux deux fois par semaine est au minimum muni d’une bouche d’évacuation reliées au réseau qui permet d’évacuer les eaux usées vers la station de traitement (située à Marseille près du stade Vélodrome). Mais il semble bien que rien de tel n’ait été prévu et on peut voir les commerçants déverser leurs huiles de friture usagées directement dans le réseau d’eau pluvial via les regards protégés par les grilles en fonte le long de la rue, autrement dit directement dans le ruisseau qui coule en dessous !

blog400_phruisseauC’est bien dommage pour la qualité de l’eau du Merlançon et de l’Huveaune en aval, pour lequel sept communes se sont pourtant regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune qui pilote depuis 2015 un contrat de rivière doté d’un budget global de 18 millions d’euros en vue d’améliorer la qualité de ce milieu aquatique remarquable et d’en protéger les abords contre le risque d’inondation. La cohérence aurait voulu que la commune de Carnoux adhère au syndicat et participe à ce contrat de rivière dans une logique bien comprise de solidarité amont-aval.

Mais, comme à l’acoutumée, la municipalité a préféré joué les égoïstes et se soucie comme d’une guigne de ce qui se passe en aval de son territoire. Plutôt que de chercher à retenir autant que possible les eaux de ruissellement en amont et favoriser leur infiltration, elle bétonne à outrance, imperméabilise le moindre espace et élargit les tuyaux d’évacuation afin d’accélérer encore les flux qui iront inonder nos voisins en aval. Quant à la qualité des eaux qui alimentent l’Huveaune via le ruisseau de Carnoux, mieux vaut ne pas regarder de trop près ce qu’elles contiennent : assurément, les huiles de fritures que le vendeur de paëlla et ses collègues forains y déversent deux fois par semaine ne sont certainement pas les produits les plus nocifs qui s’y retrouvent ! Avis aux pêcheurs qui taquinent le goujon sur les berges de l’Huveaune : si le poisson sent un peu l’huile de friture, c’est qu’il baigne dans des eaux qui ont transité par le très buccolique vallon de Carnoux…

L.V.  lutinvert1small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

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Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Les Paluds : une zone inondable qui a du mal à l’admettre…

5 juin 2016

Le nom des lieux-dits est souvent révélateur de la réalité de leur configuration naturelle. Le mot « palud », qui dérive en ligne droite du vocable latin palus, -udis désignant un marais est répertorié dès le XIIIe siècle pour désigner une plaine inondable marécageuse et a donné lieu à une riche toponymie un peu partout en France, avec son corollaire bien connu de « paludisme » qui désigne la maladie (également dénommée malaria) transmise par les moustiques qui s’y développent habituellement.

Zone d'activité des Paluds à Aubagne

Zone d’activité des Paluds à Aubagne

A Aubagne, la zone d’activité des Paluds qui regroupe plus de 600 entreprises sur une superficie d’environ 120 hectares est la parfaite illustration de ces zones industrielles et commerciales qui ont poussé comme des champignons dans les années 1970-80 en périphérie des zones urbaines et à proximité des grands axes de communication mais au mépris total de leur environnement naturel.

Petit retour en arrière : en 1437, la baronnie d’Aubagne, alors rattachée au Comté de Provence, fut vendue par le Roi René à son ami Charles de Castillon, histoire de renflouer ses caisses (déjà à l’époque, les barons locaux devaient faire face à ce problème récurrent de déficit public mais pouvaient compter sur leur réseau de relations pour y faire face…). A partir de 1454 et sous l’impulsion du nouveau seigneur local, on entreprend donc d’assécher la plaine marécageuse des Paluds en creusant de multiples fossés, les filholos en patois provençal local, fossés qui convergent vers un axe de drainage central, la Maïre, laquelle conduit les eaux vers l’Huveaune.

Extrait du cadastre napoléonien à l'est d'Aubagne (début du XIXe siècle)

Extrait du cadastre napoléonien à l’est d’Aubagne (début du XIXe siècle)

Selon des éléments recueillis par Sandra Rouqueirol, archiviste communale aubagnaise, deux membre du conseil municipal, les « obriers de la Palun » étaient alors chargés de veiller à ce que ces canaux soient entretenus et curés régulièrement. Dès 1472, les terres nouvellement drainées sont attribuées en fermage et 10 ans plus tard les premières vignes commencent à produire tandis que les travaux de drainage s’étendent progressivement aux marais voisins de Cuges et de Gémenos. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, la ville d’Aubagne connaît un essor économique notable grâce en partie à la production agricole issue de ces terres particulièrement riches de la vallée de l’Huveaune où l’on cultive la vigne mais aussi câpres, abricots et fraises. Jusque dans les années 1950, toute la plaine située à l’Est d’Aubagne est une zone agricole exploitée de manière très intensive qui contribue fortement à l’approvisionnement de l’agglomération marseillaise et au-delà.

Carte du réseau hydrographique autour d'Aubagne

Carte du réseau hydrographique autour d’Aubagne

Mais dans les années 1960, la société a d’autres préoccupations et les paysans d’Aubagne vendent en masse leurs terres pour permettre la réalisation à partir de 1967 d’une immense zone industrielle et commerciale sur le site des Paluds. Pourquoi s’échiner à cultiver des fraises et des salades, même sur des terres extrêmement fertiles et bien irriguées, alors que l’on peut s’enrichir facilement en revendant à prix d’or ce foncier pour y installer hypermarchés et magasins de revente qui permettent d’approvisionner toute la région avec des produits fabriqués à l’autre bout du monde pour un coût dérisoire ?

Il n’en reste pas moins que cette ancienne plaine alluviale marécageuse, désormais drainée, reste très vulnérable aux crues de l’Huveaune. Ce petit fleuve côtier qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume et se jette dans la mer à Marseille après un parcours de 48 km est, comme tous les cours d’eau méditerranéens, sujet à des crues violentes dont la plus ancienne connue par les archives date de 1518.

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Depuis le XVe siècle, on a gardé la mémoire d’une vingtaine de crues largement débordantes, la plus importante semblant être celle d’octobre 1892. Durant le XXe siècle, quatre épisodes majeurs ont été enregistrés, en 1907, 1935, 1960 et 1978 (sans compter l’orage du 26 août 1986 qui avait fait une victime sur un de ses affluents entre La Bédoule et Carnoux). En 1978, le débit de l’Huveaune à Aubagne n’a toutefois pas dépassé 90 m³/s alors qu’il avait atteint plus du double de cette valeur en 1935. D’autres inondations ont été observées en 2000, 2003 et 2008, mais avec des débordements très limités.

L'Huveaune à l'entrée d'Aubagne en 2008

L’Huveaune à l’entrée d’Aubagne en 2008

Cette période assez longue sans crue majeure de l’Huveaune a sans aucun doute facilité la transformation de sa plaine alluviale en une vaste zone largement urbanisée, segmentée par plusieurs talus autoroutiers et couverte en partie par les immenses hangars et bâtiments industriels de la zone des Paluds, sans compter les parkings et voiries imperméabilisées.

Autant d’éléments qui augmentent le risque car ils accélèrent les ruissellements et rendent le secteur très vulnérable en cas d’inondation. Les inondations récentes sur d’autres bassins versants montrent en effet que les zones industrielles et commerciales concentrent à elles seules souvent plus de la moitié des dommages matériels en cas d’inondation. Lors des inondations de l’Argens le 15 juin 2010, les dégâts observés sur la seule zone d’activité de La Palud (encore un homonyme…) à Fréjus avaient été évalués à plus de 100 millions d’euros, une zone d’activité déjà inondée en 2006 et qui a connu de nouvelles inondations en 2011 et deux fois en 2014 !

La zone d'activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

La zone d’activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

Pour mieux gérer le risque inondation sur le bassin de l’Huveaune jugé particulièrement vulnérable, les services de l’État ont engagé des études hydrauliques à partir de 2012 et prescrit en 2015 la réalisation d’un plan de prévention du risque inondation (PPRI) actuellement en phase de concertation depuis le 12 avril 2016, l’ouverture de l’enquête publique étant envisagée pour septembre prochain.

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

A cette occasion a été modélisé l’impact d’une crue centennale, c’est à dire un événement qui a une chance sur cent de se produire chaque année, très supérieure donc à la dernière crue encore dans les mémoires, celle de 1978, qui était relativement modeste. Le résultat est spectaculaire (voir la video) et confirme que la zone des Paluds serait très largement sous les eaux, ce qui incite les services de l’État à proposer, dans le futur PPRI de réglementer de manière très stricte les constructions dans ce secteur. Une partie importante de la zone d’activité actuelle se trouverait ainsi en zone rouge, ce qui rend quasiment impossible toute nouvelle construction en dehors de certaines extensions d’ampleur limitée.

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Depuis que ces résultats ont été portés à connaissance de la commune et de l’agglomération du Pays d’Aubagne, début 2014 (après les élections pour ne pas perturber le jeu électoral…), les élus locaux ne décolèrent pas et tentent par tous les moyens de freiner le processus. Le dernier épisode en date a eu lieu la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale des propriétaires de la zone d’activité réunis en assemblée syndicale libre, une sorte de syndic de copropriété. Comme l’a abondamment rapporté La Provence, on y a vu à la tribune trois élus locaux de poids, Bernard Deflesselles (député et 1er vice-président de la Région), Gérard Gazay (maire d’Aubagne et vice-président du Département mais aussi de la Métropole) et Sylvia Barthélémy (président du Territoire et vice-présidente de la Métropole et du Département), tous soutenant fermement la lutte des chefs d’entreprises contre toute tentative de l’État de vouloir imposer des mesures contraignantes du fait du risque d’inondation.

Les responsables de l'ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Les responsables de l’ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Une telle mesure serait, à les entendre, de nature à provoquer ni plus ni moins que « la disparition de la ZI des Paluds à court terme ». Les chefs d’entreprises soutenus par nos élus sont donc prêts à tout pour obtenir « l’assouplissement des contraintes imposées par le PPRI » et ont d’ores et déjà sollicité une rencontre avec le préfet pour négocier de tels arrangements. La question n’est pas de savoir si les activités industrielles et commerciales sont effectivement menacées en cas de forte inondation et comment mieux se préparer pour limiter autant que possible les dommages comme les y invite le PPRI.

Non, l’important est d’éviter à tout prix que l’État puisse afficher ce risque et imposer toute contrainte réglementaire qui en découlerait. La politique de l’autruche a fait ses preuves et il sera toujours temps, en cas de grosse catastrophe, de se retourner vers les assurances et la solidarité nationale pour se faire indemniser, tandis que les mêmes élus locaux se répandront en imprécations devant les médias complaisants, pour reprocher à l’État son incapacité à avoir su prévenir le risque…

Zone d'activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Zone d’activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Une telle attitude peut paraître étonnante alors même que le sud de la région parisienne connaît une de ses plus fortes crues depuis 30 ans et que les médias passent en boucle des images de zones d’activité régulièrement sous les eaux du fait d’une sous-estimation du risque d’inondation lors de leur aménagement.

Une attitude qui rappelle étrangement celle du maire de La Faute-sur-Mer qui s’était opposé avec obstination (et succès!) pendant des années aux efforts des services de l’État pour tenter d’imposer sur sa commune un PPRI de nature à en réglementer l’urbanisation. Son obstination avait largement contribué à la situation catastrophique qu’a connue sa commune lors du passage de la tempête Xynthia avec 29 morts à déplorer. Mais il est vrai que son procès en appel s’est conclu, contre toute attente, par un verdict des plus cléments, l’élu ayant échappé à toute peine de prison. Manifestement, le message a été entendu cinq sur cinq par nos propres élus locaux…

L.V.  LutinVertPetit

Procès en appel de La Faute-sur-Mer : où en est-on ?

13 mars 2016
Après l'inondation...

Après l’inondation…

En matière d’inondation, les catastrophes se suivent et se ressemblent. Le rythme médiatique nous confronte périodiquement à l’horreur de ces vies quotidiennes ravagées en quelques heures par des torrents de boue qui viennent dévaster leur salon, s’immiscant au coeur même de l’intime et du foyer dans lequel chacun investit tant de charge sentimentale. Nimes en 1988, Vaison-la Romaine en 1992, l’Aude en 1999, La Bretagne en 2000, la Somme en 2001, le Rhône en 2002 puis 2003, le Var en 2010, 2011 et 2014, les Pyrénées en 2013, la Côte d’Azur en octobre 2015… La liste est longue et bien incomplète. A chaque fois, les mêmes images de désolation, les mêmes témoignages de colère et d’impuissance, les mêmes réflexions sur l’irresponsabilité des pouvoirs publics et des élus locaux qui laissent construire en zone inondable !

De ce point de vue, le procès qui s’est tenu en octobre 2014 suite aux dégâts de la tempête Xynthia qui avait causé 51 morts en février 2010 sur la côte atlantique dont 29 sur la seule commune vendéenne de La Faute-sur-Mer, et que nous avions déjà évoqué ici, est exemplaire. A l’issue de débats qui avaient duré cinq semaines, le jugement prononcé le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d’Olonnes analyse en effet en détail et sur plus de 300 pages les raisons qui ont conduit à une telle catastrophe.

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l'inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l’inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Volonté des élus locaux d’urbaniser à tout prix cette partie du littoral située sous le niveau de la mer et où les vaches paissaient autrefois les pieds dans l’eau, mais protégée en apparence par de hautes digues, conflits d’intérêt entre responsabilités politiques et activités lucratives dans la construction immobilière, déni manifeste du risque de submersion marine pourtant bien connu des autochtones, refus d’afficher des mesures de prévention qui pourraient faire peur aux nouveaux arrivants et déprécier le territoire, légéreté dans l’examen des demandes de permis de construire, laxisme dans l’entretien et la surveillance des ouvrages de protection, etc.

Le jugement prononcé sur la base de ce réquisitoire est sévère, en particulier pour René Marratier, maire de la commune pendant 25 ans de 1989 à 2014 et encore réélu conseiller municipal en mars 2014, qui écope de quatre ans de prison ferme. Son ancienne adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, par ailleurs promoteur immobilier et propriétaire de nombreux terrains rendus opportunément constructibles, est condamnée quant à elle à deux ans de prison ferme, et son fils, Philippe Babin, à dix-huit mois de prison ferme, en particulier pour défaut d’entretien et de surveillance de la digue.

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

A l’époque, le procès avait été fortement médiatisé et l’énoncé du jugement avait provoqué un tollé parmi la classe politique. De nombreux élus locaux, largement relayés par l’Association des maires ruraux de France se sont alors élevés vigoureusement contre ce jugement considéré comme profondément injuste à l’encontre d’un des leurs qui se serait dévoué corps et âme en faveur de l’intérêt de sa commune, faisant abstraction des fautes graves commises par René Marattier dans l’exercice de sa fonction et de la constance avec laquelle ce dernier s’est opposé pendant plus de 10 ans aux services de l’État qui cherchaient à mettre en place un plan de prévention du risque inondation et des mesures d’information et de protection vis-à-vis de ce risque.

Les élus condamnés avaient immédiatement fait appel et le procès s’est déroulé du 15 septembre au 2 décembre 2015 devant la Cour d’appel de Poitiers dans une totale indifférence ! Pourtant, l’association de victimes, la Fenvac, a fait un travail considérable pour aider à la diffusion de l’information en rendant publiques, jour après jour, ses notes prises au fur et à mesure du déroulement des audiences. Mais la Presse s’est cette fois montrée très discrète sur le sujet…

Le Figaro a évoqué l’affaire en signalant que le verdict est attendu pour le 4 avril prochain et en précisant que le réquisitoire du procureur demandait finalement des peines moins sévères qu’à l’issue du procès en première instance. Ainsi, l’ancien maire de La Faute-sur-Mer pourrait voir réduire sa peine de prison à deux ans fermes seulement, assortis d’une interdiction définitive d’exercer un mandat publique. De même, pour Françoise Babin, la peine requise pourrait se limiter à 15 mois de prison ferme et 75 000 € d’amende, et à 9 mois ferme pour son fils Philippe Babin.

Malgré cette relative clémence, qui reste à confirmer lors du jugement, rien dans le réquisitoire du procureur ne vient vraiment modifier l’analyse des responsabilités telle qu’elle avait été décortiquée en détail lors du procès des Sables d’Olonnes. Les principaux manquements reprochés aux élus locaux concernent toujours leur absence totale de volonté, voire leur obstruction en matière d’information, d’alerte et de prévention face au risque inondation. Comme en pemière instance, il est clairement précisé que les risques étaient parfaitement identifiés depuis au moins 2002 mais que les élus locaux ont tout fait pour cacher cette réalité à la population au lieu de réflechir de manière concertée à l’élaboration de mesures de prévention adaptées.

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Nul doute que l’énoncé du verdict dans quelques semaines verra un regain d’attention pour ce procès qui inquiète tant les élus locaux confrontés à des situations comparables. On peut en tout cas d’ores et déjà affirmer qu’il a permis un débat approfondi sur la responsabilité de certains élus locaux qui ont tendance à rejeter systématiquement la faute sur les services de l’État et font passer leurs intérêts à courte vue avant ceux de leur territoire.

Au cours de ce procès en appel, l’avocat général Thierry Phelippeau a estimé que l’ancien maire de La Faute-sur-Mer avait « trahi l’intérêt général », en n’informant pas ses administrés des risques d’inondation, et en faisant preuve le soir de la tempête « d’amateurisme et de légèreté », en ne prenant pas connaissance des messages d’alertes météorologiques, et en n’organisant pas de surveillance de la digue Est. Le jugement est sévère mais s’il peut conduire d’autres élus locaux à prendre conscience des risques qu’ils font encourir à leurs concitoyens par de tels comportements, peut-être cela permettra-t-il de rendre plus efficaces les efforts déployés depuis tant d’années en matière de prévention des risques naturels ?…

L.V.  LutinVertPetit

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit

Procès Xynthia : le verdict qui fait peur aux élus…

19 décembre 2014

Après cinq semaines d’un procès qui s’était achevé le 17 octobre dernier, le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne a rendu, vendredi 12 décembre, son verdict qui était très attendu par les familles des 29 victimes mortes noyées dans leur maison dans la nuit du 27 au 28 février 2010 à La Faute-sur-Mer. Et ce verdict est particulièrement sévère pour René Marratier, maire de la commune pendant 25 ans de 1989 à 2014 et réélu conseiller municipal en mars dernier : il écope de quatre ans de prison ferme, davantage encore que ce qu’avait requis le procureur de la République à son encontre !

René Marratier à l'issue de l'énoncé du verdict - Photo G. Gobet (AFP)

René Marratier à l’issue de l’énoncé du verdict – Photo G. Gobet (AFP)

Il faut dire que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas anodins puisque il est très largement responsable de l’urbanisation à outrance de sa commune où ont été construites d’innombrables maisons de plain-pied en zone inondable qui se sont révélées des pièges mortels pour leurs habitants, principalement des retraités et leurs petits-enfants, au cours de cette nuit tragique lorsque les digues de protection ont été submergées. L’audience a en effet clairement démontré la constance dont a fait preuve cet élu durant sa longue carrière politique pour masquer le risque à ses concitoyens afin de ne pas gêner sa frénésie d’urbanisation, ainsi que l’énergie qu’il a développée pour s’opposer systématiquement et pendant plus de 10 ans à toutes les mises en garde des services de l’État en freinant autant que possible la mise en place d’un plan de prévention des risques dans cette zone où le risque d’inondation était pourtant parfaitement connu et identifié.

Son ancienne adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, par ailleurs promoteur immobilier et propriétaire de nombreux terrains rendus opportunément constructibles, écope elle aussi d’une condamnation sévère à deux ans de prison ferme, tandis que son fils, Philippe, est condamné à dix-huit mois de prison ferme pour défaut d’entretien et de surveillance de la digue. Le jugement détaille sur plus de 300 pages tous les errements répétés de ces élus obnubilés par le développement à tout prix de leur commune où pas moins de 781 nouvelles maisons ont été construites entre 1989 et 2012 (alors que la population de la commune était d’un peu plus de 900 habitants en 2010). Et ce document est accablant pour les élus incriminés !

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010 - photo AFP

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010 – photo AFP

Les associations de victimes ont plutôt bien accueilli ce jugement relativement sévère mais qui paraît largement justifié par l’ampleur des défaillances constatées. Et pourtant, les prévenus ne semblent pas en avoir véritablement tiré les leçons. L’ex-maire de La Faute-sur-Mer a annoncé immédiatement qu’il allait faire appel de ce jugement et n’hésite pas à dénoncer « un scandale d’État », dans un entretien accordé au Journal du dimanche ! Il se considère comme un lampiste alors que les audiences du Tribunal ont mis en évidence le rôle central qu’il a joué pendant des années pour contester pied à pied les analyses concordantes qui insistaient sur la nécessité de mieux protéger les habitations contre le risque de submersion marine et d’avertir du danger les populations potentiellement exposées.

Plus grave, de nombreux élus locaux et même l’Association des maires ruraux de France se sont également élevés contre ce jugement considéré comme profondément injuste à l’encontre d’un des leurs qui se serait dévoué corps et âme en faveur de l’intérêt de sa commune. Certains s’inquiètent même déjà d’un risque de crise grave des vocations si l’on met trop la pression sur les pauvres élus qui n’en peuvent plus de l’avalanche de normes que leur imposent les technocrates de l’État.

Ainsi, le maire UMP de Port-Vendres dans les Pyrénées-Orientales s’est dit « écoeuré et outré » par ce jugement. Il faut dire que sa commune de 4000 habitants est en attente de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle suite aux dernières inondations qui ont fait un mort dans la région. Il reconnaît néanmoins que cette affaire a pesé dans la décision qu’il vient de prendre de refuser un permis de construire pour un restaurant situé en zone inondable.

Comme quoi, ce jugement aura peut-être le mérite de pousser les élus locaux à prendre davantage au sérieux l’impact des risques naturels sur leur territoire et de sortir de leur attitude schizophrène qui consiste à combattre par tous les moyens les services de l’État lorsqu’ils alertent sur le risque puis à se tourner vers ce même État pour exiger des réparations et des aides au titre de la solidarité nationale une fois la catastrophe arrivée…

Corinne Lepage, avocate des parties civiles lors du procès Xynthia (photo AFP)

Corinne Lepage, avocate des parties civiles lors du procès Xynthia (photo AFP)

C’est d’ailleurs ce point qu’a tenu à souligner l’ancienne ministre Corinne Lepage, qui a suivi de près ce dossier en tant qu’avocate des parties civiles et qui explique aujourd’hui dans un article de la Gazette des Communes que ce jugement ne doit surtout pas être considéré comme une attaque en règle contre des élus locaux victimes expiatoires d’un État tout puissant et d’une Justice vengeresse qui leur feraient payer leur propre incapacité à protéger leurs concitoyens contre les forces de la Nature. La décentralisation est passée par là et ce sont désormais les collectivités qui sont aux manettes en matière d’aménagement du territoire et de prévention contre les inondations, même si les services de l’État continuent à les accompagner. En l’occurrence, ce procès n’est donc pas celui des maires ruraux dépassés par des éléments naturels déchaînés et une réglementation extravagante. C’est plus prosaïquement celui de quelques élus dévoyés qui pendant de longues années se sont réfugiés dans le déni le plus obtus et se sont acharnés à combattre toutes les mesures de prévention préconisées par les services de l’État tout en empêchant par tous les moyens que la population concernée soit tenue informée du risque auquel elle était exposée dans cette « cuvette de la mort » pourtant clairement identifiée comme telle depuis des années.

L. V. LutinVert 

La Faute-sur-Mer, c’est la faute à Voltaire…

27 octobre 2014

Le procès des responsables de la Faute-sur Mer (Vendée), où 29 personnes avaient perdu la vie lors de la tempête Xynthia dans la nuit du 27 au 28 février 2010, vient de s’achever et il est riche d’enseignements !

Réné Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer © PHOTO FRANCK DUBRAY / "OUEST FRANCE"

Réné Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer © PHOTO FRANCK DUBRAY / « OUEST FRANCE »

L’ancien maire, René Marratier, a comparu avec deux de ses adjoints devant le tribunal correctionnel pour « homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et manquement grave à l’obligation d’information des populations », aux côtés d’un promoteur immobilier local et d’un fonctionnaire de l’ancienne Direction départementale de l’Équipement.

Ce procès, qui a duré cinq semaines et a été fortement médiatisé, est exemplaire car il jette une lumière crue sur la manière dont est gérée au jour le jour la question des risques naturels dans une petite commune de 800 habitants, par une équipe municipale fortement appréciée puisque le maire a même failli être réélu lors des dernières élections municipales de mars 2014 !

Petit retour en arrière sur cette nuit tragique de février 2010 où 51 personnes ont péri sur la côte atlantique, du fait de la tempête Xynthia. Le phénomène météorologique avait été bien anticipé et largement annoncé par Météo-France, avec des vents violents qui ont atteint jusqu’à 242 km/h au Pic du Midi. Mais son impact sur la côte atlantique, où le vent a soufflé à 160 km/h au maximum, a surpris les habitants. En effet, ces vents violents mais pas exceptionnels se sont conjugués à un coefficient de marée élevé (102), ce qui s’est traduit par une surcote marine particulièrement élevée, de l’ordre de 1,50 m. C’est ce phénomène de submersion marine qui a créé les plus gros dégâts, avec de multiples ruptures de digues érigées tout le long du littoral charentais et vendéen.

La Faute-sur-Mer après la tempête Xynthia © MaxPPP – 2014

La Faute-sur-Mer après la tempête Xynthia © MaxPPP – 2014

A La Faute-sur-Mer, le bilan est particulièrement lourd dans ce que certains ont depuis rebaptisé « la cuvette mortifère » : un immense lotissement situé à 1m sous le niveau de la mer, en contrebas d’une digue qui borde un fleuve côtier, le Lay. Vers 3 heures du matin, alors que tout le monde dort, la digue est submergée et le lotissement est envahi par l’eau. Les pavillons de plain-pied sont surtout occupés par des retraités dont certains gardent leurs petits-enfants en cette période de vacances scolaires. Beaucoup sont piégés dans leur maison où l’eau glacée s’engouffre après avoir fait exploser les baies vitrées. Certains passeront une partie de la nuit dans le noir, perchés sur une table, accrochés à un meuble ou réfugiés sur la toiture à attendre les secours au milieu des hurlements de détresse. Mais 29 personnes, dont les âges s’échelonnent entre 3 et 87 ans, ne survivront pas à cette terrible nuit…

Recherches des disparus à La Faute-sur-Mer, le 2 mars 2010 © PHOTO ARCHIVES AFP FRANK PERRY

Recherches des disparus à La Faute-sur-Mer, le 2 mars 2010 © PHOTO ARCHIVES AFP FRANK PERRY

Quatre ans plus tard, dans la salle des congrès des Sables-d’Olonne, transformée en palais de justice pour accueillir les nombreuses parties civiles défendues notamment par la députée européenne Corine Lepage, cette ambiance de cauchemar est revenue hanter les survivants. Mais au delà de l’émotion, ces cinq semaines de procès ont surtout mis en évidence la manière dont les élus locaux ont fait fi pendant des années de toutes les mises en garde afin de minimiser le risque d’inondation pour pouvoir construire toujours davantage. La Faute-sur-Mer est en cela typique de ces villages de la Baie de l’Aiguillon et d’ailleurs où l’appât du gain a transformé d’anciens prés marécageux où les vaches pataugeaient régulièrement en d’immenses lotissements pour retraités et vacanciers.

Entre 1989 (date à laquelle René Marratier a accédé au fauteuil de maire) et 2010, plus de 2 500 pavillons ont ainsi été construits à la Faute-sur-Mer. Face à une telle fièvre bâtisseuse, les services de l’État ont tiré la sonnette d’alarme et ont prescrit dès 2001 un plan de prévention du risque inondation. Mais les élus veillent au grain et négocient pied à pied avec les techniciens de la DDE pour retarder autant que possible la mise en œuvre de cette mesure réglementaire, tout en s’efforçant d’en minimiser les effets. A partir de 2007, la ténacité des services de l’État finit par imposer des côtes minimales de plancher pour les nouvelles maisons, interdisant de fait la construction de nouveaux rez-de-chaussée habitables. Mais le maire passe outre et continue à accorder une quinzaine de permis de construire sans respecter ces prescriptions.

Sauvetages à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES AFP

Sauvetages à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES AFP

Il est d’ailleurs bien secondé dans cette démarche par sa première adjointe et présidente de la commission d’urbanisme, Françoise Babin, également poursuivie pour « homicides involontaires aggravés et mise en danger d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence ». Il faut dire que cette dernière est d’autant plus concernée par ces projets d’urbanisation qu’elle se trouve être justement propriétaire des parcelles devenues par bonheur constructibles, de même que son fils, Philippe Babin, également poursuivi, et qui est précisément à la tête de l’agence immobilière qui a réalisé la majorité des transactions : le hasard fait bien les choses dans cette affaire, même si la justice n’a finalement pas retenu le délit de prise illégale d’intérêt…

La Faute-sur-Mer au lendemain du passage de Xynthia, le 1er mars © PHOTO JEAN-PIERRE MULLER / AFP

La Faute-sur-Mer au lendemain du passage de Xynthia, le 1er mars © PHOTO JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Autre coïncidence, Philippe Babin est en même temps président de l’association responsable de l’entretien de la digue de protection qui a été submergée en février 2010, provoquant l’inondation brutale du lotissement. Un autre prévenu, Patrick Maslin (décédé avant la fin du procès), était également à la fois conseiller municipal et patron de deux entreprises de construction qui ont justement réalisé la plupart des pavillons du lotissement, le hasard encore… Dans une de ces maisons, dont le permis de construire a été délivré par le maire en décembre 2007 et qui a été construite par l’entreprise de Patrick Maslin, quatre personnes ont trouvé la mort en 2010…

Ce risque d’inondation était clairement identifié et les différents préfets qui se sont succédés ont mis tout leur poids dans la balance pour freiner cette course au bétonnage en zone inondable et imposer non seulement le plan de prévention des risques mais aussi un plan communal de sauvegarde afin d’anticiper sur l’organisation des secours en cas de catastrophe. Mais ils se sont sans cesse heurtés aux élus locaux qui s’appuyaient sur leur soi-disant parfaite connaissance du terrain pour nier tout risque, accusant les techniciens de porter une vision technocratique sans lien avec la réalité.

Destructions de maisons à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES XAVIER LEOTY

Destructions de maisons à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES XAVIER LEOTY

Malheureusement, la tempête Xynthia a rappelé tout ce petit monde clientéliste et avide au gain au sens des réalités. Dans le lotissement où 29 personnes ont péri, ce sont 472 maisons qui ont dû être rachetées par l’État pour un coût de 118 millions d’euros, puis purement et simplement démolies : un beau gâchis ! L’ancien maire et son adjointe ont bien tenté à la barre de se dédouaner de toute responsabilité, alternant déni brutal et perte de mémoire, leurs vaines tentatives ne semblent guère avoir convaincu, leur discours rappelant la chansonnette de Gavroche sur les barricades de Paris :

On est laid à Nanterre / C’est la faute à Voltaire, / Et bête à Palaiseau, / C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire, / C’est la faute à Voltaire, / Je suis petit oiseau, / C’est la faute à Rousseau.

Le jugement est désormais mis en délibéré jusqu’au 12 décembre, chacun des prévenus risquant cinq ans d’emprisonnement. Le procureur a requis 30 000 euros d’amende et quatre ans de prison contre l’ancien maire, dont trois ans ferme. Plus que l’ampleur des peines qui seront prononcées, ce procès a d’ores et déjà eu le mérite de mettre en avant la responsabilité des élus locaux, dont la seule ambition semble être l’urbanisation à outrance de leur fief électoral, quitte à mettre en danger leur population alors qu’ils sont les garants de leur sécurité. Le problème dépasse largement le territoire de la Faute-sur-Mer puisque 17 millions de Français vivent actuellement en zone inondable !

Le comportement des élus jugés pour le drame de Xynthia est malheureusement emblématique de celui de la grande majorité de leurs pairs qui cherchent d’abord à défendre leurs intérêts à court terme ainsi que celui de leurs administrés et électeurs, quitte à prendre des risques sur le long terme. Tout élu local, de par sa fonction même, a du mal à résister au clientélisme et il préférera souvent accorder un permis de construire en zone à risque plutôt que de faire un mécontent : avec un peu de chance, le risque ne se produira pas dans la durée du mandat… C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pendant les 21 ans où René Marratier a été sans cesse triomphalement réélu !

L. V. LutinVertPetit

Quelle relation entre Carnoux et l’Huveaune…?

22 janvier 2013

Le Bassin Versant de l’Huveaune

Qu’est-ce qu’un bassin versant ?

Le bassin versant représente l’ensemble d’un territoire drainé par un cours d’eau et ses affluents. Les limites du territoire d’un bassin versant sont appelées lignes de partage des eaux et sont constituées des sommets qui séparent les directions d’écoulement des eaux de ruissellement.

Dans un bassin versant, l’écoulement des eaux se fait de l’amont vers l’aval au travers d’un réseau hydrographique (réseau de drainage) d’ordre plus ou moins important. Il comprend un cours d’eau récepteur (cours d’eau principal) et des affluents. Chaque bassin versant est composé de plusieurs sous-bassins versants.

La direction d’écoulement des eaux dans un bassin versant implique que ces eaux se dirigent vers un exutoire commun (cours d’eau, lac, fleuve, océan). Les eaux souterraines, au même titre que les eaux de surface, font partie intégrante du bassin versant.

L’Huveaune et son bassin versant

L’Huveaune est un fleuve car il se jette dans la mer Méditerranée au niveau de Marseille. Le bassin versant de l’Huveaune fait partie du bassin versant hydrographique Rhône-Méditerranée.

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bassin versant hydrographique Rhône-Méditerranée

Le bassin versant de l’Huveaune constitue une unité territoriale cohérente de gestion de l’eau.

L’Huveaune

Source : Vallon de la Castelette (Massif de la Sainte-Baume : altitude 590 m)
Embouchure : Mer Méditerranée (Marseille : altitude 0 m)
Environ 51 km de cours d’eau

Carte d’Identité du Bassin versant de l’Huveaune

Territoire établi par le SDAGE Rhône-Méditerranée

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Le bassin versant de l’Huveaune

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Carte d’identité du bassin versant de l’Huveaune

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les 27 communes du Bassin Versant

Pourquoi un contrat de rivière pour le bassin versant de l’Huveaune ?

Le bassin versant de l’Huveaune n’était jusqu’en 2012 concerné par aucune procédure de gestion globale et concertée qui permettra d’atteindre les objectifs de bon état des eaux fixés par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (DCE) et de préserver, protéger et mettre en valeur ces milieux naturels.

Le SDAGE 2010-2015 définit le Bassin versant de l’Huveaune comme territoire pour lequel la mise en place d’une telle démarche de gestion concertée de l’eau est un facteur essentiel pour l’atteinte des objectifs de la DCE.

Le contrat de rivière visera d’une part à permettre de mettre en œuvre les actions du Programmes de Mesures du SDAGE, mais également à avoir une vision globale des problématiques environnementales à l’échelle de ce territoire et d’en dégager les actions prioritaires à porter.

Ainsi, par délibération en date du 4 avril 2011, le Syndicat Intercommunal de l’Huveaune s’est porté volontaire en tant que structure porteuse de la démarche de contrat de rivière.

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Inondation : qui se souvient du 26 août 1986 ?

25 novembre 2012

Pour beaucoup d’entre nous, une telle date paraît bien lointaine ! Il s’en est passé des évènements en 26 ans et bien peu sans doute, parmi les habitants des Bouches-du-Rhône, se souviennent du gros orage qui s’est abattu ce jour-là et qui a fait de nombreux dégâts dans les environs d’Aubagne. Des arrêtés de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ont été pris pour cette date sur plusieurs communes du secteur dont Carnoux et Roquefort-la-Bédoule, mais ceci n’a rien d’exceptionnel : sur Aubagne, depuis cet événement, 9 autres dates ont fait l’objet d’une reconnaissance de catastrophe naturelle pour des inondations !

Ce jour-là et d’après les archives de Météo-France[1], un violent orage d’été s’est attardé entre Roquefort-la-Bédoule et Cuges-les-Pins, entraînant un cumul de précipitation de 200 mm en 24 h. C’est beaucoup, mais pas totalement exceptionnel non plus : le 16 janvier 1978, il était déjà tombé 213 mm à Roquefort-la-Bédoule et le 15 juin 2010, ce cumul a atteint 400 mm, en quelques heures également, sur la commune des Arcs-sur-Argens près de Draguignan !

Pourquoi alors se remémorer ce gros orage du 26 août 1986 ? Le Dossier départemental des risques majeurs, diffusé par la Préfecture[2] pour porter à connaissance des populations les risques naturels auxquelles elles sont exposées, mentionne cet épisode orageux au détour d’une phrase en indiquant qu’il a causé la mort d’une personne sur la commune de Roquefort-la-Bédoule. De fait, lorsqu’on parcourt la route départementale qui relie La Bédoule à Carnoux, en contrebas de l’autoroute, le regard est attiré par une plaque de granite rose, à demi cachée par la glissière de sécurité, qui commémore cet événement en précisant que la victime était un tout jeune homme de 23 ans.

Les seuls vestiges : une plaque en bord de route…

Pour qui habite dans le secteur, on imagine que cet événement a certainement dû frapper les esprits, mais hormis cette plaque du souvenir, il n’est pas si facile d’en apprendre davantage sur ce drame, comme si la mémoire humaine cherchait à oublier ces épisodes tragiques qui nous rappellent notre vulnérabilité face aux risques naturels…

Pour tenter d’en savoir plus, la mairie de Roquefort-la-Bédoule paraît l’interlocuteur tout désigné. Un appel à la mairie se révèle portant décevant : personne ici ne se souvient de quoi que ce soit et n’a jamais entendu parler d’inondation sur la commune. Pour en savoir plus, il faut écrire au maire, ce qui déclenche d’ailleurs une réaction surprenante : Monsieur le Maire veut bien rechercher dans les archives communales mais pas question de transmettre la moindre information à ce sujet sans un entretien préalable en tête-à-tête, à croire que ce genre de sujet relève de la plus stricte confidentialité… Rendez-vous est donc pris, pour pas grand chose en réalité : le maire se souvient de l’épisode mais affirme n’avoir retrouvé aucune trace écrite s’y rapportant, pas même un fond de dossier ni la moindre coupure de presse. Lui même se dit sensibilisé à ces questions de prévention des risques naturels mais se mélange un peu les pinceaux entre Plan de prévention des risques et document d’information… Quant aux pompiers, qu’il affirme avoir interrogés, ils n’ont pu non plus fournir aucune information sur cet épisode, comme s’il avait disparu des mémoires au lieu d’essayer d’en tirer les leçons…

En désespoir de cause, on s’oriente donc vers les archives de la presse locale. Heureusement, celles du journal La Provence sont bien organisées : pour 5 €, il est possible d’avoir une copie d’un article paru le 28 août 1986 et qui relate le drame. On y apprend ainsi que la victime était un jeune ressortissant de La Bédoule qui rentrait d’Aubagne vers 22 h avec sa sœur, au volant d’une Ford Fiesta. Leur véhicule s’est trouvé pris par le torrent d’eau et de boue qui coulait sur la chaussée, s’est mis à flotter puis s’est retourné et a parcouru quelques centaines de mètres sur le toit, emporté par les flots. La jeune fille a réussi à s’échapper par la fenêtre et à rejoindre la terre ferme à la nage pour aller chercher du secours. Mais son frère n’a pas pu sortir de la voiture dont les pompiers ont retrouvé l’épave totalement disloquée sous la violence des flots.

… et un article dans les archives de La Provence

A cet endroit pourtant, le fossé qui longe la route, en contrebas de l’autoroute, paraît bien modeste. Il s’agit en fait du Merlançon qui, comme la plupart des cours d’eau méditerranéens, est à sec une bonne partie de l’année mais qui, tel un oued, peut charrier un débit important lors d’un gros orage. Il draine en effet la majeure partie de la commune de Roquefort-la-Bédoule, ce qui représente une surface importante sur laquelle les ruissellements peuvent être rapides, surtout dans les zones urbanisées où l’eau ne plus peut aussi facilement s’infiltrer. Au rond-point des Barles, ce ruisseau est rejoint par celui qui draine le vallon de Carnoux et l’ensemble va ensuite se jeter dans l’Huveaune.

Localisation du drame (sur fond Geoportail@)

Entre Aubagne et La Bédoule, la vallée dans laquelle serpente le Merlançon est large, mais le cours naturel de l’oued a été fortement perturbé non seulement par le tracé de la route départementale, mais surtout par la masse énorme du remblai de l’autoroute A8, construite sur ce tronçon au début des années 1970 par la société ESCOTA (désormais propriété du groupe Vinci). Le cours d’eau traverse l’autoroute en plusieurs points par des passages busés. C’est le cas là où s’est produit le drame de 1986. Le diamètre de la buse métallique qui permet ce passage des eaux sous le talus de l’A50 est largement dimensionné mais l’ouvrage n’est pas protégé par un piège à embâcles en amont. Lors du gros orage d’août 1986, des branches et des déchets emportés par les flots se sont accumulées à l’entrée de la buse, formant bouchon. Du coup, tous les écoulements se sont retrouvés bloqués contre le remblai de l’autoroute et l’eau est montée jusqu’à une hauteur d’environ 5 m sur la route départementale qui se trouve en cuvette à cet endroit. Aucune mesure n’ayant été prise pour couper ce tronçon de voie à la circulation, c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu plus de victimes ce jour-là…

La configuration du site

On peut légitimement se demander si une telle tragédie pourrait se reproduire. Une chose est sûre, l’épisode pluvieux du 26 août 1986 n’a rien d’exceptionnel. De nombreux indices laissent même penser que le réchauffement climatique en cours pourrait rendre ce type de phénomènes de plus en plus fréquent. De surcroît, l’urbanisation a beaucoup progressé ces dernières années : il suffit de regarder les photos aériennes du secteur pour le constater. Une pluie d’orage de même intensité se traduirait désormais par des ruissellements encore plus rapides et plus violents !

Or le passage busé sous l’autoroute qui a provoqué l’inondation de la route départementale en 1986 est toujours le même. Même si le Conseil général veille à un entretien périodique du fossé le long de la route, le risque d’embâcle existe toujours comme le montrent les tas de branches mortes et de déchets qu’on peut voir en plusieurs points du cours d’eau. Quant aux ruissellements qui proviennent des chaussées de la route et de l’autoroute elle-même, ils continuent à  se déverser dans le Merlançon juste en amont du passage busé, augmentant le flot à cet endroit. Certes, des bassins de rétention viennent d’être réalisés plus en aval, suite aux récents travaux d’élargissement de l’autoroute, car désormais la loi sur l’eau impose ce type de compensation lorsqu’on imperméabilise de nouvelles surfaces. Mais ils n’auront aucun impact sur les tronçons situés plus en amont du bassin versant !

Bassin de rétention en construction aux Barles

Le seul espoir, pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise à nos portes, est que la vigilance des acteurs locaux permette de mieux anticiper ce genre de situation en fermant préventivement à la circulation une route, avant qu’elle ne devienne un piège mortel pour des automobilistes non avertis. Ceci suppose de la part des décideurs locaux qu’ils aient conscience de ce type de risque. Pour que leurs décisions soient efficaces, encore faut-il que la population les accepte, ce qui suppose que chacun d’entre nous ait également conscience de l’existence de tels risques. C’est bien pourquoi la politique de l’autruche n’est certainement pas la meilleure et qu’il vaut mieux entretenir la mémoire du risque plutôt que de tout faire pour oublier au plus vite ce qui s’est passé le 26 août 1986…

Le Merlançon en sortie de Carnoux

[1] http://pluiesextremes.meteo.fr/eevenements-marquants-sur-les-bouches-du-rhone_r84.html