Archive for janvier 2014

Vers le début de la fin des pesticides ?

29 janvier 2014

Bonne nouvelle pour la planète : l’Assemblée Nationale vient d’adopter, le 23 janvier 2014, une proposition de loi qui vise à interdire en France l’utilisation de produits phytosanitaires (insecticides, herbicides, fongicides, etc.) à partir de 2020 dans les espaces verts publics et à compter de 2022 dans les jardins particuliers.

Un geste à oublier ?

Un geste à oublier ?

Il faut dire que, malgré le lobbying intensif des multinationales de la chimie et de l’agroalimentaire, les preuves commencent à s’accumuler de l’effet néfaste des pesticides non seulement sur la biodiversité et sur la qualité de l’eau dans les nappes et les milieux aquatiques, mais aussi plus directement sur la santé humaine. Ainsi, une expertise collective publiée le 13 juin 2013 par l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale, précise les effets sanitaires des principaux pesticides à partir d’une synthèse de données épidémiologiques issus de nombreux pays : il en ressort que les produits phytosanitaires sont bel et bien impliqués dans un grand nombre de pathologies lourdes dont certains cancers et des troubles neurologiques. L’exposition directe à ces produits, par les agriculteurs comme par ceux qui travaillent dans l’industrie agrochimique, aggrave significativement les risques de survenue de certains lymphomes, de cancers de la prostate et de la maladie de Parkinson notamment. En Gironde, région viticole fortement consommatrice de pesticides, l’incidence de certaines tumeurs du système nerveux central serait ainsi trois fois supérieure à la moyenne nationale et a augmenté de 17 % entre 2000 et 2007 !

Blog53_Ph1Certes, l’interdiction de la commercialisation et de la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel à partir de 2022 n’aura qu’un impact très limité, même si l’on considère que chaque année, les jardiniers amateurs utilisent près de 5 000 tonnes de pesticides, sans avoir souvent conscience des dangers qu’ils encourent en les manipulant… En 2011, une campagne officielle avait d’ailleurs déjà été lancée pour les inciter à diminuer leur consommation, sans grand succès manifestement…

Du côté des collectivités, l’évolution est déjà en marche dans les espaces verts publics et nombre d’entre elles sont déjà engagées dans une démarche effective de réduction de l’utilisation de ces produits, favorisant d’autres techniques alternatives, d’ailleurs souvent moins coûteuses, telles que le désherbage thermique ou le paillage.

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Reste que les usages concernés par ce texte de loi ne concernent au final que 5 à 10 % des volumes de pesticides utilisés en France, d’autant que l’usage de ces derniers restera autorisé pour l’entretien des voies ferrées, des pistes d’aéroport et des autoroutes… Rappelons au passage que la France reste le premier consommateur de pesticides en Europe et le troisième du monde derrière les Etats-Unis et l’Inde, triste record sur une planète où le marché mondial des pesticides était évalué en 2011 à 33 milliards d’euros, en progression de 13,6 % par rapport à 2010 !

Cette nouvelle loi présente donc surtout un caractère symbolique mais c’est incontestablement un signal fort adressé aux Français pour nous inciter à regarder ces produits miracles avec davantage de circonspection et à envisager une approche plus raisonnée du jardinage, en attendant que le monde agricole change lui aussi de vision et bascule progressivement vers une généralisation de l’agriculture biologique comme l’y incitent nombres d’experts agronomes… 

LVLutinVertPetit

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Prestations et cotisations sociales : qui sont les fraudeurs ?

27 janvier 2014

Nos gouvernants, ainsi que les médias, lancent régulièrement des campagnes contre la fraude à la sécurité sociale, au RSA, etc…, pour dénoncer « l’État-providence » et justifier la diminution de toutes les aides sociales dont profiteraient une majorité de tire-au-flanc. Une vieille rengaine qui date au moins des débuts de l’ère industrielle, au XIXe siècle et qui clamait que les pauvres sont des fainéants qu’ils ne faut surtout pas aider. Thème de prédilection du grand patronat notamment qui, par contre, ne trouve rien à redire lorsque cet État-providence lui accorde des dizaines de milliards d’euros qui vont servir à conforter les dividendes versés aux actionnaires.

Les graphiques qui suivent, issus de rapports d’organismes officiels, remettent les pendules à l’heure en montrant, d’une part que seule une faible proportion d’ayant droit au RSA en effectuent la demande et, d’autre part, que les grands fraudeurs aux prestations sociales ne sont pas parmi ceux qui en bénéficient mais parmi les dirigeants d’entreprises qui ne paient pas leurs cotisations (les « charges » comme ils disent!).

JCB

 FRAUDES 1

FRAUDES 2

Les données représentées sont pour la plupart des estimations. Leur définition et leur construction peuvent faire l’objet de débats, d’objections et de précisions. Elles émanent toutefois de rapports produits par des institutions très officielles qui répondaient à des demandes politiques plus favorables à la dénonciation des petits « fraudeurs sociaux » qu’à celle des grands…

Sources :

La fraude aux prélèvements obligatoires et son contrôle, Conseil des prélèvements obligatoires, 2007

La lutte contre les fraudes aux prestations dans les branches prestataires du régime général, Cour des comptes, 2010

Rapport d’information sur la lutte contre la fraude fiscale, Assemblée nationale, 2011

Fraudes et protection sociale, Conseil d’État, 2011

Rapport d’activité 2012 ACOSS, Agence centrale des organismes de sécurité sociale, 2013

Évaluation de la première année de mise en œuvre du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, IGAS, 2014

Autres références :

La face cachée de la fraude sociale (Le Monde diplomatique)

Les faux-semblants du rapport sur les fraudes sociales (Le Monde)

« Abus » à la sécurité sociale : un nouveau langage ? (Mediapart)

La fraude sociale est d’abord celle des patrons, mais le contrôle concerne plus les assurés sociaux (Alternatives économiques)

Cumul des mandats : enfin une avancée ?

26 janvier 2014

Enfin ! L’Assemblée Nationale vient de voter, le 22 janvier 2014, la fin du cumul des mandats entre parlementaire et responsable d’exécutif local. Le député–maire ou le sénateur-maire ne sera peut-être bientôt plus qu’un souvenir… Un parlementaire (député, sénateur ou élu au Parlement européen) ne pourra plus être simultanément maire (ou même adjoint), président ou vice président d’un conseil départemental ou régional ou d’une intercommunalité, ni même occuper une fonction exécutive dans un syndicat de communes ou une société d’économie mixte (ce qui ne l’empêchera pas de rester élu local en commune, intercommunalité, département ou région).

Certes, la mesure n’entrera en vigueur qu’à partir de juin 2017 pour les députés, et septembre 2017 voire 2020 pour les sénateurs… Le citoyen de base a d’ailleurs bien du mal à comprendre pour quelle raison la loi ne pourrait pas s’appliquer dès les prochaines élections municipales prévues en mars, ni même celles au parlement européen fixées en juin 2014, ou encore les cantonales de 2015… Autant d’occasions perdues pour assainir un système démocratique représentatif dont le fonctionnement actuel renforce le fossé d’incompréhension entre les citoyens et leurs élus.

D’ailleurs, ce résultat (qui doit encore être validé par le Conseil constitutionnel) n’était pas acquis d’avance : 225 députés ont quand même voté contre le projet de loi, le Sénat a fait tout ce qui était en son pouvoir pour repousser la mesure et l’UMP clame haut et fort qu’elle l’abrogera si elle est majoritaire en 2017 ! La démocratie est un éternel combat…

Le Sénat - photo AFP Jacques Demarthon

Le Sénat – photo AFP Jacques Demarthon

Il était temps portant de mettre fin à cette dérive du cumul des mandats, spécificité dans laquelle la France s’illustre parmi toutes les démocraties modernes. A l’heure actuelle, 60 % des députés et près de 80 % des sénateurs sont cumulards ! Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil au calendrier de l’Assemblée Nationale qui se met purement et simplement en congés du 3 mars au 6 avril 2014 pour permettre aux parlementaires de se consacrer à temps complet à la campagne des élections municipales : on croit rêver ! Quant à la haute assemblée, sur 348 sénateurs, 126 sont maires (et 26 sont adjoints), 140 sont présidents ou vice-présidents d’une intercommunalité, 34 sont présidents de conseil général et 4 de région : qui dit mieux ?

Certes, une loi limite déjà le nombre de mandats exécutifs locaux qu’il est permis de cumuler avec une fonction de parlementaire, mais cela n’empêche pas des situations telles celle de Jean-François Copé, député-maire UMP de Meaux et président de la communauté d’agglomération du Pays de Meaux ou de Charles de Courson, député UDI de la cinquième circonscription de la Marne, maire de Vanault-les-Dames, vice-président du conseil général de la Marne et président de la communauté de communes des Côtes-de-Champagne…

Cette pratique traditionnelle du cumul des mandats contribue clairement à la crise de confiance des Français envers leurs élus qui concentrent ainsi les pouvoirs entre leurs mains et ont montré lors des débats récents à quel point ils cherchent d’abord à défendre leurs propres intérêts y compris en termes d’évolution de carrière ! Espérons que la loi permettra d’élargir la représentativité de nos élus et de participer au renouvellement de la classe politique française qui présente une fâcheuse tendance à se professionnaliser et donc à se couper de la population.  

LVLutinVertPetit

Un nouveau venu dans la presse marseillaise …

19 janvier 2014

« Bons baisers de Marseille » ! Tel est le nom que s’est choisi un nouveau magasine mensuel qui vient de se lancer ce mois-ci dans la ville phocéenne, à l’initiative de l’éditeur Corsica qui vise un tirage de 6 000 à 10 000 exemplaires. Belle aventure et pari audacieux en cette période où la presse écrite peine à conserver un lectorat stable… Un autre titre, « V Marseille », n’a tenu qu’un an avant de fermer boutique fin 2013. Quant au « Ravi », mensuel provençal et satirique, il continue à paraître mais fait face à des difficultés chroniques.

On ne peut donc qu’encourager ce nouveau lancement, en lui souhaitant longue vie et en espérant qu’il parviendra à faire un travail journalistique de qualité, en toute indépendance. Reste bien sûr que l’on ne peut jamais manquer de s’interroger sur les motivations réelles d’une telle entreprise, surtout en pleine période préélectorale… D’autant que le premier numéro n’y va pas avec le dos de la cuillère en affichant à la Une, sa volonté de « faire parler la Kalach »…

Un extrait de la Une du premier numéro

Un extrait de la Une du premier numéro

L’ambition de ce nouveau magasine, sorti le 9 janvier en kiosque, est de « provoquer, jouer les électrons libres, faire bouger les mentalités et défendre le droit à l’information ». De fait, les portraits à charge de l’avocat Gilbert Collard ou du candidat socialiste à la mairie de Marseille Patrick Mennucci ne manqueront probablement pas de susciter l’intérêt du lecteur marseillais, de même que les informations croustillantes sur les dérives policières locales ou le racket des boîtes de nuits aixoises, mais n’est-ce pas une fois de plus prendre les problèmes marseillais par le petit bout de la lorgnette ?

L’avenir dire si cette audacieuse entreprise journalistique locale sera capable de dépasser la simple carte postale cliché et de s’implanter à long terme dans le paysage marseillais en y réalisant un véritable travail d’investigation objectif !      

 

LVLutinVertPetit

KATULU à l’honneur !

18 janvier 2014

Un article paru dans La Provence le 18 janvier 2014…

Katulu LP 180114

KATULU n° 35

16 janvier 2014

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu dans le numéro 35 d’octobre 2013 Katulu35

Randonnée… à travers les livres !

Ou l’été saison de la lecture

Envie de vous communiquer quelques titres de ces lectures qui ont rempli et ravi mon été un peu solitaire… mais qui fut une évasion aux quatre coins du monde…

Le Mexique avec Juan Rulfo et son roman « Pedro Paramo » publié en 1955, réédité 50 ans plus tard d’après le manuscrit original. L’auteur est reconnu comme l’une des figures majeures de la littérature mexicaine. Il n’a pourtant écrit que trois livres qui ont « marqué le renouveau de la fiction narrative, annonçant la révolution du réalisme magique dans les lettres latino-américaine ». Pedro Paramo, une histoire fascinante, un voyage vertigineux « raconté par un chœur de personnages insolites »…un autre monde où les vivants et les morts vous accompagnent dans le réalisme et la magie d’un village du Mexique, perdu au fond des montagnes, en survie… Une écriture « d’une beauté rare ».

Le Canada avec Hubert Reeves et ses mémoires : « Je n’aurai pas le temps ». Un livre délicieux où l’un des plus grands astrophysiciens raconte avec une simplicité et une humilité sans commune mesure, le cheminement de sa carrière, expose ses réflexions personnelles sur le monde, sur la vie… Un livre passionnant…même si on ne comprend pas toujours ses théories et ses démonstrations…mais il y a tellement d’autres choses dans ce livre !

Les États Unis avec Joyce Carol Oates et son roman « Fille noire, fille blanche » ou la rencontre de la ségrégation raciale avec celle de 2 jeunes étudiantes dans une université américaine…un livre sombre qui fait toucher du doigt combien la citoyenneté américaine est bien loin d’être la même pour tout le monde.

Le Japon avec Yôko Ogawa et son roman « Hôtel Iris ». Là aussi un autre monde…un roman étrange, sombre, dérangeant et fascinant de la perversion d’une relation sado-masochiste entre une très jeune fille et un vieillard…un récit sans aucune vulgarité où rien n’indique que le Japon est le lieu de l’intrigue…l’auteur semble nous dire que peu importe le cadre ou le milieu l’essentiel est bien la relation entre les personnages.

Le Liban avec Rachid El-Daïf et « Passage au crépuscule » ainsi qu’avec « Histoire de Zarha » de Hanan El Cheikh. Deux livres au cœur de la guerre et du chaos LIBANAIS. Deux livres poignants, parfois insoutenables, où les êtres sont broyés… Une très belle écriture de ces 2 auteurs… Des livres qui ne peuvent laisser indifférents…

PhSalwaNeimiLa Syrie, la Tunisie, avec Salwa Neimi et « La preuve par le miel ». Ce livre, publié en arabe en 2007 met en miroir les textes érotiques de la littérature classique arabe, ses souvenirs personnels et les témoignages qu’elle recueille autour d’elle, dans le monde arabe. Sortir ces œuvres de l’ombre est pour elle, « une entreprise de salut public ! Il faut les ouvrir au grand jour ». « les arabes sont le seul peuple au monde pour lequel le sexe est une grâce dont il faut remercier Dieu ». Ce livre, lors de sa parution, a été un phénomène sans précédent dans les pays arabes ; en tête de la liste des best-sellers, il a crée un véritable choc dans le grand public et dans la presse. L’auteur, poétesse syrienne, vit à Paris et travaille à l’Institut du Monde Arabe.

L’Italie avec Italo Calvino et « Les villes invisibles »…des histoires fantastiques dans un monde imaginaire où chaque récit est une leçon de vie et un modèle d’écriture…

L’Espagne avec « Immortelle randonnée – Compostelle malgré moi » de J.Ch. Ruffin. Pourquoi Compostelle ? Que se passe-t-il sur ce chemin ? Qu’éprouve-t-on pendant, après ? Autant de questions qui trouvent réponse dans ce livre, la réponse de J. Christophe Ruffin…Mais quand on connaît un peu la carrière du personnage ou quelques uns de ses écrits, on ne peut-être qu’étonné (et aussi ébloui pour ma part) par la vérité de ce témoignage…et la spiritualité de ses réflexions.

PhRuffinCompostelleEt je reviens dans notre douce France pour rêver à l’amour avec Jacqueline de Romilly et le roman publié après sa mort mais écrit au début des années 60 : « Rencontre ». Prenez le temps, ce sera un court moment car vous ne quitterez pas ce petit livre, dégustez-le, laissez-vous prendre par sa poésie et son écriture merveilleuse…et il vous conduira là où vous ne l’aviez pas prévu !!!

Un autre amour, plus dur, plus rude dans « L’état du ciel » de Pierre Péju. Une histoire un peu complexe, des personnages tourmentés mais très attachants qui vous mèneront aussi en Italie…un roman très bien écrit qui captive…

Un détour par l’histoire avec Max Gallo : « L’oubli est la ruse du diable ». Non pas l’histoire des autres, « les grands », qu’il a su faire revivre de manière si vivante et convaincante, mais la sienne d’histoire, de son enfance marquée par sa situation de réfugié italien, de ses ambitions, de son action, de ses désillusions, de ses déchirures (sa fille se suicide à 17 ans )…Il avait écrit : « ma première vie n’était qu’une apparence. Un jour je n’aurais plus à donner le change…je serais libre ». Et à 80 ans, il se demande , dubitatif, s’il a gagné son pari…Un livre qui fait comprendre cet homme parfois très déroutant dans ses prises de position…et que l’on dévore avec facilité !

Enfin faire une pause au « théâtre français » : relire « Château en Suède » de F. Sagan ou Jean Cocteau « L’aigle à deux têtes », « Les parents terribles », ou « En attendant Godot » de Samuel Beckett…ce fut une fête ! Ne vous privez pas de ces relectures…ces textes sont inépuisables.

Marie-Antoinette Ricard

 

La mémoire est une chienne indocile

Elliot Perlman

PhElliotPerlmanElliot Perlman est né en 1964 en Australie, où il vit. Il a reçu le Book of the Year Award pour son premier roman, « Trois dollars ». Il est le fils de la deuxième génération d’Australiens juifs d’Europe de l’Est. Perlman fait des études de droit à l’université de Melbourne. Il a été admis au barreau en 1997, mais tout en travaillant en tant que collaborateur d’un juge au début des années 1990, il a commencé à écrire des histoires courtes, et a gagné le concours de nouvelles «The Age» en 1994. Il vit à Melbourne, en Australie.

ll est des vies tellement éloignées de la nôtre que jamais on n’aurait imaginé les croiser, des liens dont on n’aurait jamais pensé qu’on les tisserait. Et puis, un jour, on croise ces vies, on tisse ces liens, l’histoire se transmet qu’on ne peut plus oublier et l’on en est transformé à jamais… Récemment libéré de prison, Lamont Wiiliams entame une période probatoire au service d’entretien du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center à New York. Le succès de cette réinsertion est crucial pour lui : c’est son unique espoir de retrouver un jour sa petite fille, dont sa malchance récurrente avec la justice lui a fait perdre la trace.

Quelques kilomètres plus loin, Adam Zigelnik, professeur d’histoire à Columbia, subit simultanément l’effondrement de sa carrière (il est sur le point d’être renvoyé de l’Université) et de son couple (Diana, l’amour de sa vie, le quitte). Alors qu’il est en pleine dépression, il découvre, oubliés dans la poussière d’un sous-sol depuis des décennies, des enregistrements inconnus, des voix jamais entendues, les tout premiers témoignages, à n’en pas douter, de la plus indicible des barbaries ; ces voix que le monde entier doit entendre pourraient à la fois sauver sa carrière et son couple… Pendant ce temps, à l’hôpital, Lamont noue une improbable amitié avec un vieux juif polonais atteint d’un cancer en phase terminale qui, survivant de la même barbarie, ne peut envisager de mourir avant de l’avoir racontée… Entremêlée au destin personnel de ces deux jeunes hommes et de la myriade de personnages qui les entourent dans le New York d’aujourd’hui, c’est l’histoire du XXe siècle, de la Shoah au Mouvement pour les droits civiques, du fin fond des ghettos d’Europe de l’Est à ceux du Bronx, qu’Elliot Perlman interroge avec autant d’humanité que d’acuité et dans une construction narrative aussi virtuose qu’émouvante. Un retour sur notre histoire du XXème siècle qu’on voudrait n’être qu’un cauchemar. Une vision de l’histoire par le biais de témoins qui n’ont pas encore été reconnus comme tels, une autre description de ce qu’on a pu lire ou voir par ailleurs de la Shoah. Le style est très vivant, avec un peu de suspens, très facile à lire malgré ses 570 pages.

Cécile Tonnelle 

Corps et Âme

Frank Conroy

PhConroyL’auteur, Frank Conroy, né en 1936 aux États Unis, a enseigné dans plusieurs universités. Directeur du prestigieux atelier de création littéraire de l’Iowa, il partage son temps entre Iowa City et Nantucket. Il est décédé en avril 2005. Écrire n’était pas son métier. Il n’a publié que deux livres et quelques nouvelles, ainsi que des articles sur la musique. Pianiste de talent et passionné de jazz, il nous parle de Art Tatum et Charlie Parker entre autres.

A New-York, dans les années 40, un enfant enfermé dans un sous-sol regarde les chaussures des passants. Pauvre, sans autre protection que celle de son excentrique mère obèse, chauffeur de taxi, qui ne s’occupe pas de lui, il ne possède qu’un vieux piano trouvé au fond de la cave où ils vivent et une incroyable capacité à se débrouiller. Claude Rawlings a 7 ans, sa mère a accouché dans une église et ne tient pas trop à lui en parler, ni à lui révéler qui est son père. En déchiffrant les secrets du clavier de son piano désaccordé, il découvre son don pour la musique.

Il tombe malade, se remet et prend le chemin de l’école. Mais ce qui l’intéresse ce sont les instrument de musique exposés dans la vitrine du magasin qu’il regarde longuement chaque fois qu’il passe pour aller en classe. Un jour il entrera dans la boutique et, de sa rencontre avec Monsieur Weisfeld, musicien lui aussi, sa vie sera changée. Cet homme ne lui apprendra pas que la musique. C’est un vieux monsieur juif qui a tout perdu à cause de la guerre, qui va s’attacher à cet enfant et faire en sorte de lui faire rencontrer ceux qui vont lui faire monter les marches de la notoriété.

Il ressemble un peu à un Oliver Twist américain. Il sera aidé mais c’est aussi un travailleur acharné. Grâce à la musique, il aura une vie à laquelle sa misérable naissance ne le destinait pas. La lecture devient rapidement prenante et on pardonne à l’auteur, qui, pour nous parler de musique, a crée un gentil héros, un peu lisse, beaucoup aidé, très aidé, s’en rend-t-il vraiment compte ? On referme le livre frustré : on a souvent envie, à la lecture, d’explications sur la musique, d’avoir près de soi un piano et un pianiste qui joue ce qui est décrit. Et lorsque l’auteur nous parle de morceaux de musique classique et de concerts, on se révolte de ne pouvoir les entendre.

Josette Manforti 

 

La Nonne et le brigand

Fréderique Deghelt

Après avoir été journaliste et réalisatrice de télévision, l’auteur consacre désormais son temps à l’écriture. Un de ses romans « La Vie d’une autre » a été adapté au cinéma par Sylvie Testud.

PhDeghelt

Voici son dernier roman qui a été écrit en Inde, au Brésil, à Paris et surtout en « terre d’amour fou ». Je cite l’auteur « il a traversé des paysages il m’a hanté et torturé, il m’a fait traverser des zones d’ombre, une femme amoureuse fait n’importe quoi, un homme fait ce qu’il peut ». Certains hommes sont des moines entraînés par des femmes voyous. N’y a-t-il pas toujours un qui aime et l’autre qui se laisse aimer ?

Alors qu’elle se lance dans une relation amoureuse avec Pierre, un reporter photographe rencontré dans un avion en direction de Bombay, Lysange, démographe, grande voyageuse, reçoit un courrier d’un certain Tomas qui lui propose de lui laisser à disposition « une cabane dans une dune de Sud Ouest ». Elle accepte pour « s’éloigner pour comprendre ».

Dans cette petite maison elle se sent immédiatement très bien et, au fil de la découverte de la maison elle trouve un journal d’une religieuse Sœur Madeleine qui raconte le voyage qu’elle a entrepris pour une mission au Brésil « long et dangereux avec pour guide le diable en personne, Angel », et de citer Victor Hugo : « il était laid les traits austères / la main plus rude que le gant / Mais l’amour a bien des mystères / et la nonne aima le brigand »

Sœur Madeleine commence à ressentir l’ombre menaçante du doute et que Dieu ne l’a pas mise à l’abri du grand amour. Au hasard d’une embuscade, ils se retrouvent et la religieuse se laisse emporter par le désir : « mon corps existe et je ne suis plus que sensation ». Mais au retour, Angel est repris par ses démons et Sœur Madeleine, qui s’appelle Louise, attend un enfant : « je ne cesse de l’aimer cet homme qui dévaste mon cœur il me dit qu’il m’aimera toujours mais au matin il avait disparu ».

Lysange a compris que Tomas n’est autre que Angel, qu’il est le père de son frère et non le sien. Il lui raconte ce que le journal ne lui a pas révélé, qu’il a revu Louise et son fils avant que celui-ci ne meurt et que sa mère ne puisse lui survivre. « Votre mère était une sainte, elle m’a aimé comme vous peut être vous aimez ce Pierre qui occupe vos pensées ». Elle découvre une facette de sa mère qu’elle n’a jamais soupçonnée : « cette femme amoureuse ardente me trouble » mais ne lui ressemble t elle pas ? Sa relation avec son mari plutôt douce mais celle avec Pierre ? Cette histoire lui fait comprendre bien des choses et sa relation avec Pierre devient plus sereine : « et maintenant si je peux imaginer d’abandonner ce qui me lie à toi, je ne suis pas aveugle pour autant ».

J’ai lu ce livre de 345 pages qui m’a passionné ; c’est vrai que j’ai préféré les extraits du journal de la nonne plutôt que les passages enfiévrés de son amour pour Pierre. Mais finalement ces deux histoires se télescopent et se rejoignent. Elle étudie ces flux de population qui ont aujourd’hui tant d’écho avec tout les réfugiés qui fuient leur terre pour échapper à la guerre à la torture à la famine et qui ne trouvent bien souvent rien à la mesure de leurs attentes.

Suzanne Bastit 

 

Le paradis un peu plus loin 

Mario VARGAS LLOSA (Prix Nobel de Littérature 2010)

PhVargasLlosaC’est l’histoire de Flora Tristan et de Paul Gauguin, soit deux personnages réels dont la biographie est complètement respectée. Le titre nous trace les thèmes majeurs du roman : Le Paradis, symbole de pureté, recherche d’innocence, de liberté, de nature sauvage pour Gauguin, de justice pour Flora sa grand-mère. Le lecteur voyage beaucoup avec les deux protagonistes : trouvent-ils leur bonheur ? là s’installe la frénésie inassouvie des deux héros, leur quête sans fin…

 L’œuvre est épique par l’étendue des lieux, par le choix de la durée – un siècle – par la densité de l’action. Vargas Llosa déploie un style flamboyant dans une fresque gigantesque. Sur le plan géographique, des paysages à couper le souffle, des continents s’ouvrent à nous. Le voyage nous mène sur des terres lointaines : le Pérou, Panama, la Martinique, Tahiti, les Marquises, l’Europe. La durée chronologique est inouïe : plus d’un siècle, de 1800 à 1913. Il s’en dégage une impression d’infini, un souffle puissant une sensation d’universalité. Roman épique aussi parce qu’il flatte au passage le genre qui exalte, les situations de guerre et de violences comme la révolte des canuts à Lyon en 1831.

Cette œuvre est ancrée dans le réel par le détail, par la précision des dates, des événements, des réalités sociales. A travers Flore, l’auteur montre l’ébauche de la lutte pour l’égalité entre l’Homme et la Femme. En effet cette pasionaria a lutté pour une « femme qui vaut pour elle et non comme appendice de l’homme ». Elle a lutté pour le droit au divorce et contre toutes formes d’esclavages. Pour elle le sexe est un instrument majeur de l’exploitation et de la domination de la femme y compris dans le mariage. Elle dénonce la vie des prisonniers forçats à Toulon et plaide déjà contre la peine de mort, elle se révolte contre l’état d’indifférence des maîtres envers leurs domestiques. A sa suite Llosa s’attarde sur la description de Londres en 1839 où avec le même travail l’enfant gagne 8 cents, la femme 75 cents et l’homme 1 livre 50.

Paul, son petit-fils connaîtra un siècle plus tard la misère des esclaves, des nègres, des prostituées. Il tentera de dénoncer le venin de l’Argent. Dans ses îles perdues il y a aussi la corruption des religieux, les luttes acharnées entre les cultes protestants contre catholiques. La curiosité malsaine, potinière, frivole de la Bonne Société tandis que se développent les maladies indigènes dans la plus parfaite indifférence des blancs. La peinture sociale de Llosa est sans concession.

Le parti pris engagé de Llosa laisse tout de même la place à beaucoup de douceur dans la transcription de la nature. Des villes surgissent, telles Lima, Arequipa, avec beaucoup de tendresse pour « les places secrètes bruissantes de roses et d’œillets » avec la « chicha », l’alcool de maïs, le chocolat réputé de Cuzco, les traditions quetchua, les prisons de riches dans les couvents où les veuves, les filles célibataires sont retenues parmi les rideaux, les tapis et autres richesses à l’abri de l’État. Le lecteur est plongé dans le passé par des détails : à l’époque il fallait 3 mois pour parvenir de France à Lima… A travers cette œuvre Llosa parle de tous les grands problèmes qui touchent les hommes et cela à travers tous les siècles : « Dieu, la vie, la mort, la folie, l’art ».

Outre le caractère autobiographique très argumenté sur ces deux héros, le lecteur amateur de peinture retiendra les chefs d’œuvre de Gauguin qui sont ici commentés par le peintre lui-même, Llosa utilisant le procédé littéraire de dialogue intérieur. Il nous est ainsi rappelé que l’art dépasse la réalité, les couleurs sont toujours en accord avec l’intime, donc le soleil peut être noir, les nuages verts, les tournesols de Van Gogh sont un halo d’or pur, les formes sont toujours celles de la mémoire et expriment donc des vérités secrètes. L’Art avant d’être la reproduction de la nature est une création, une sublimation, l’expression globale de la culture de l’intelligence des instincts, des croyances. L’œuvre de Gauguin est l’expression d’une quête de pureté, de perfection au lieu du monde sordide et vulgaire, une quête de sauvagerie primitive. Ses couleurs sont audacieuses, vert bouteille, blanc moucheté de rose, bleu outremer. Il cherche partout la rusticité, les rites anciens. Son œuvre représente « les forces obscures venues du fond de l’âme, le bouillonnement des passions, la fureur des instincts ». Il nous parle d’une « culture païenne, heureuse sans honte du corps, non déformée par l’idée du péché ». Gauguin est le chantre du dévergondage, d’une sensualité débridée, d’une sexualité qui admet toutes les expériences toutes les métamorphoses y compris l’hermaphrodisme, l’androgénie. Cela le mènera à une mort précoce à 52 ans « tel un sarment défraîchi » avec un « corps maltraité, malade, fatigué plein de rage ».

PeintureGauguin

Avec le procédé du héros qui se parle, se confesse, s’explique, Llosa permet au lecteur de pénétrer le cœur de l’intime au delà de la mort, sur les lisières de l’immortalité et de l’universalité. La réussite majeure de ce roman est le mouvement du plus grand vers le plus intime. Ce balancement vertigineux entre le siècle de Flora et celui de Gauguin. Ces deux destins fabuleux sont pourtant si proches de nous, de notre terrible magnifique et tragique condition humaine.

Tout le talent de l’analyse sociologique de Vargas Llosa tient dans la dissection rigoureuse des maux et des vices de la Société et dont la vérité permanente traverse les siècles. Rage, fureur, intensité dramatique se dégagent de ce roman envoûtant par une composition polyphonique. Un style fait de jaillissements poétiques, de styles directs, indirects, d’accents intimistes, de dialogues intérieurs, d’imbrications chronologiques palpitantes qui, en nous, font écho, une impression familière d’humanité universelle. A travers le personnage de Gauguin – dont l’Art est un cri de révolte contre notre monde « étroit » – Vargas Llosa nous parle aussi de sa lutte douloureuse pour un monde meilleur, car le Paradis est toujours plus loin, trop loin. Avec ce beau chef-d’œuvre le lecteur comprend à sa suite que « La vocation littéraire naît du désaccord d’un homme avec le monde ». A la fin du roman nous attend une belle nostalgie et une grande leçon de liberté.

Nicole Bonardo

 

Lettre à D.

André Gorz

André Gorz, de son vrai nom Gerhart Hirsch puis Gérard Horst, né en 1923, mort en 2007, est un philosophe et journaliste français. Personnalité discrète, il est l’auteur d’une pensée qui oscille entre philosophie, théorie politique et critique sociale. Disciple de l’existensialisme, il s’éloigne de Sartre après1968 et devient l’un des principaux théoriciens de l’écologie politique. Il est co-fondateur du Nouvel Observateur. Autrichien d’origine, il fait ses études à Lausanne pendant la guerre et c’est là qu’il fait la connaissance de Dorine d’origine anglaise.

PhGorzDorineC’est le récit d’une histoire d’amour de l’auteur et de sa femme : «Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. .. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien […] Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble ». Ils vont d’ailleurs se suicider ensemble le 22 septembre 2007.

Il reconnaît dans ce livre combien il a été injuste vis-à-vis d’elle dans ses premiers livres : « pourquoi es-tu si peu présente dans ce que j’ai écrit alors que notre union a été ce qu’il y a de plus important dans ma vie ? » Dans son livre Le traitre « je parlais de toi sur un ton d’excuse, de faiblesse » « je ne m’aimais pas de t’aimer ». Ils ont tout fait ensemble. C’est elle qui organisait les différentes soirées ou réunions chez eux ou à leur campagne. Elle va tomber malade des suites d’une anesthésie faite 8 ans plus tôt. Puis ce fut un cancer dont elle va sortir : « tu avais vu l’autre coté, tu étais revenue d’un pays d’où on ne revient pas, cela avait changé ton optique ».

Un tout petit livre très facile à lire, mais touchant d’un homme à la fin de sa vie qui se retourne et analyse ce qu’il a fait et comment son épouse complémentaire en tout, lui a permis de faire leur vie, de faire sa vie à lui.

Cécile Tonnelle

Les vœux d’Ariane Mnouchkine pour 2014

6 janvier 2014

Le site de Mediapart a diffusé, le 31 décembre 2013, les vœux d’Ariane Mnouchkine, metteure en scène et fondatrice du Théâtre du Soleil, des vœux revigorant qui méritent une large diffusion…

 PhotoArianeMnouchkine

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entraînera et entraîne déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments. Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici. »

Petit bréviaire à l’usage des militants de gauche déboussolés…

5 janvier 2014

Le 22 janvier 2012, en pleine campagne présidentielle, François Hollande prononçait les phrases suivantes, restées dans toutes les mémoires : « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies ».

Dessin de Tignous, paru dans Marianne, janvier 2014

Dessin de Tignous, paru dans Marianne, janvier 2014

Deux ans plus tard, force est de constater que le combat est loin d’être gagné… La réforme fiscale tant attendue reste dans les cartons alors que les mesures les plus injustes d’augmentation de la TVA, prônées par le gouvernement précédent ont été mises en application. La loi de séparation des activités bancaires de spéculation et de dépôt est très en retrait des objectifs affichés. La lutte contre les paradis fiscaux n’a pas encore connu le moindre commencement de mise en oeuvre. Quant à la politique économique, elle s’inspire plus de l’austérité que de la relance keynésienne… Et pendant ce temps, que fait le gouvernement ? Il attend que la croissance revienne et que la courbe du chômage veuille bien enfin s’inverser, comme par miracle…

Blog50_Ph2Face à un tel contexte, plus d’un militant de gauche se sent quelque peu déboussolé voire désabusé ! A croire que la Gauche, une fois au pouvoir, serait incapable de faire autre chose qu’une politique de droite… C’est pour ces sympathisants honteux de gauche que Bruno Gaccio, ex chroniqueur des « Guignols de l’Info », a écrit son « Petit manuel de survie à l’intention d’un socialiste dans un dîner avec des gens de gauche ».

Drôle et même parfois franchement hilarant, ce petit ouvrage qui se dévore d’une traite, n’esquive pas les vraies difficultés ni les incontestables errements du gouvernement en poste depuis mai 2012. Mais il ne se contente pas non plus d’une critique assassine toujours facile, surtout sous la plume d’un habile pamphlétaire comme Bruno Gaccio. A y regarder de plus près, l’entreprise est même d’une grande finesse car elle consiste à faire passer, sur un ton badin et drôlatique, la plupart des idées que défend par ailleurs le collectif Roosevelt 2012 (source).

Créé sous l’impulsion de plusieurs personnalités dont Stéphane Hessel, Edgar Morin, Susan George ou encore Pierre Larrouturou, ce collectif développe une analyse sans concession de la situation économique mondiale et propose des solutions concrètes sous forme d’une quinzaine d’engagements forts. L’idée générale est bien entendu que le libéralisme débridé qui a défait une à une toutes les instances de régulation mises en place après la deuxième guerre mondiale doit être de nouveau encadré de manière plus ferme pour assurer un partage plus équitable des richesses dans une société plus équilibrée et plus durable. Les analyses sont présentées de manière très pédagogique. Un seul exemple : si on annulait la totalité des baisses d’impôt consenties en France entre 2000 et 2010, le gain annuel pour les recettes de l’État serait de 100 milliards, ce qui est supérieur au déficit du budget affiché en 2013 (de l’ordre de 80 milliards d’euros) ! Le calcul a été fait en toute objectivité par Gilles Carrez, député UMP, et publié par les Echos. Il confirme bien qu’il existe de fortes marges de manœuvre pour équilibrer le budget de la Nation sans recourir pour autant à des procédés fiscaux jugés confiscatoires…

Bref, voilà en tout cas de quoi redonner une boussole aux militants et sympathisants de gauche désemparés par le contexte politique actuel. Comme l’indique le titre de l’ouvrage de Pierre Larrouturou publié en 2012 : « C’est plus grave que ce qu’on vous dit… Mais on peut s’en sortir ! ». 

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Dans deux ans, la future métropole Aix Marseille Provence…

4 janvier 2014

Le 1er janvier 2016, la nouvelle métropole Aix Marseille Provence devrait voir le jour. C’est en effet ce que prévoit la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, adoptée par l’Assemblée Nationale le 19 décembre 2013. Cette métropole rassemblera finalement 93 communes réparties actuellement dans six intercommunalités différentes : la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole, la Communauté d’agglomération du pays d’Aix, celle du pays de Martigues, celle du pays d’Aubagne et de l’Étoile, celle de l’Agglopole Provence et enfin le Syndicat d’agglomération nouvelle Ouest-Provence.

Les contours de la future métropole Aix Marseille Provence (carte AGAM)

Les contours de la future métropole Aix Marseille Provence (carte AGAM)

Toutes ces structures fusionneront ainsi dans une collectivité territoriale unique qui exercera toutes les compétences jusque là dévolues aux intercommunalités et assurera de surcroît les principales compétences suivantes :

– développement et aménagement économique, social et culturel,

– aménagement de l’espace métropolitain (dont le Plan local d’urbanisme et la mobilité),

– politique de l’habitat et politique de la ville,

– gestion des services publics (eau, assainissement, incendie et secours, cimetière),

– environnement et cadre de vie (déchets, pollution de l’air, nuisance sonores, etc.).

Elle pourra également recevoir délégation d’autres compétences de la part de l’État, de la Région et du Département (pour la voirie départementale notamment).

Ce sont au total un peu plus de 1,8 millions d’habitants qui seront ainsi regroupés dans la même structure de gestion territoriale. Il s’agit localement d’un véritable bouleversement institutionnel qui verra le jour 50 ans après que Gaston Deferre ait refusé en 1966 la création d’une communauté urbaine à Marseille, de peur à l’époque de se retrouver minoritaire face aux bastions communistes d’Aubagne, Martigues et Gardanne… Depuis, l’agglomération a cumulé un retard important dans de nombreux domaines dont celui des transports publics. Cette absence d’intégration territoriale l’aurait ainsi privé d’une manne estimée à 3 milliards d’euros, versé par l’Etat au titre de la Dotation générale de fonctionnement aux autres communautés urbaines françaises.

L’agglomération d’Aix-Marseille ne manque pourtant pas d’atouts, comme l’a encore rappelé un rapport récent de l’OCDE (source). Mais le morcellement administratif a considérablement freiné son développement économique comme le précise clairement ce rapport et comme l’ont souligné de très nombreux observateurs lors de la conférence métropolitaine qui s’est tenue le 20 décembre 2013 (source). Ainsi, on considère qu’il manque sur l’aire métropolitaine de l’ordre de 100 000 emplois et 12 milliards d’euros d’activité économique annuelle par rapport à l’agglomération lyonnaise (source). Un tel retard s’explique par de multiples facteurs dont une répartition spatiale des richesses très inégale, des problèmes sociaux importants, un taux de chômage élevé (12,2 % comparé à une moyenne nationale de 9,9 %), un déficit en cadres et en diplômés, mais aussi une gouvernance locale éclatée, des transports publics mal organisés et un manque d’organisation et d’infrastructures favorisant le développement économique.

2ème conférence métropolitaine au Pharo le 20 décembre 2013

2ème conférence métropolitaine au Palais du Pharo le 20 décembre 2013

Le pari de la future métropole est qu’une intégration plus aboutie des collectivités territoriales fournira un cadre plus favorable pour exploiter les atouts de ce territoire. La fusion des trois universités d’Aix et de Marseille, réalisée en 2012, et la réussite unanimement saluée de Marseille Provence capitale européenne de la culture 2013, montrent qu’un tel défi n’est pas hors de portée.

De nombreux élus locaux opposés à la métropole...

De nombreux élus locaux opposés à la métropole…

Mais il reste à vaincre de très nombreuses résistances, dont celles des élus locaux et notamment les maires des communes concernées, de droite comme de gauche, qui sont très majoritairement opposés au projet de métropole et qui l’ont combattu par tous les moyens. Ils redoutent notamment de perdre une partie de leur pouvoir et craignent qu’une harmonisation fiscale se fasse au détriment des riches communes périphériques. Les nouveaux conseils de territoires qui ont été imaginés à l’issue des phases de concertation répondront en partie à ces craintes puisqu’ils permettront une gestion à l’échelle des intercommunalités actuelles, pour les compétences qui leur auront été déléguées par la métropole.

Gageons toutefois que la mission de préfiguration, animée par Laurent Théry, préfet délégué à la métropole, aura encore beaucoup à faire pour entraîner tous les élus locaux et les principaux acteurs du territoire dans une dynamique constructive face à cet immense défi qui nous attend et qui en inquiète plus d’un !

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Rétrospective subjective de l’année 2013…

1 janvier 2014

Petite rétrospective sélective de quelques faits marquants de l’année écoulée, illustrés par des dessinateurs imaginatifs et talentueux :

Janvier : intervention française au Mali et exil fiscal de Gérard Depardieu en Belgique

Blog48_Janv_MaliDessin de Vissecq (source)

Février : de la viande de cheval dans les lasagnes…

Blog48_Fev_LasagneDessin de Gremi (source)

Mars : Election du nouveau pape François

Blog48_Mars_PapeDessin de Ixène (source)

Avril : affaire Jérôme Cahuzac

Blog48_Avril_CahuzacDessin de Wingz (source)

Mai : débat sur le mariage pour tous

Blog48_Mai_MariageGayDessin de Na (source)

Juin : inondations à Lourdes

Blog48_Juin_InondationsDessin de Yral (source)

Juillet : déraillement d’un train à Saint-Jacques de Compostelle

Blog48_Juillet_StJacquesDessin de Thierry Siva (source)

Août : utilisation de gaz chimique en Syrie

Blog48_Aout_SyrieDessin de Frizou (source)

Septembre : élections fédérales en Allemagne

Blog48_Sept_ElectionsAllemagneDessin d’Oli (source

Octobre : révolte des bonnets rouges en Bretagne

Blog48_Oct_BonnetsRougesDessin de Groutal (source)

Novembre : révélations sur les écoutes de la NSA

Blog48_Nov_AngelaDessin de Christian Creseveur (source)

Décembre : mort de Nelson Mandela

Blog48_Dec_MandelaDessin de Lacombe (source)

Nous souhaitons à tous nos lecteurs une excellente année 2014, riche en rebondissements ! Merci de votre assiduité dans la lecture de notre blog collectif, en espérant que sa lecture vous apporte beaucoup de plaisir et de découverte, qu’il aiguise votre ouverture d’esprit et renforce votre esprit critique de citoyen ! Meilleurs voeux de la part de toute l’équipe de rédaction !