Archive for juillet 2015

Les Français tournent le dos à la religion…

31 juillet 2015

« Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » aurait dit André Malraux, même si cette citation fait l’objet de controverses. En tout cas, l’actualité internationale et nationale tendrait plutôt à lui donner raison, elle qui porte au premier plan des conflits armés ou des problèmes de société dont l’origine est principalement d’ordre religieux. Même si les affrontements entre protestants et catholiques en Irlande du Nord ont récemment baissé d’intensité, les nombreux conflits inter-religieux ou entre dogmes « concurrents » de la religion musulmane qui se développent au Proche comme au Moyen-Orient ou en maints pays africains ou asiatiques tendent à montrer que le fait religieux prend une part de plus en plus importante sur notre planète.

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Même en France, les polémiques qui font rage sur la viande halal dans les cantines ou sur le port du voile dans les lieux publics confirment à quel point le sujet reste sensible. Les attentats de janvier dernier et de nombreux faits divers quotidiens ne font que raviver dans notre société française qui se veut moderne, laïque et multiculturelle, des querelles religieuses que l’on pensait éteintes depuis les grands affrontements des guerres de religion ou, plus récemment, de la séparation entre l’Église et l’État.

A ce sujet, un récent article du Monde, vient apporter de très instructifs éclairages sur la place des religions dans notre société et en particulier sur l’importance du sentiment religieux chez les Français. Car le sujet n’est pas simple, ne serait-ce que parce que les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse restent très encadrées en France, au point qu’il est impossible de déterminer le nombre exact d’adeptes des différentes religions.

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Heureusement, plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation, et ceci grâce à l’adoption en 2000 par le Conseil européen, de la directive Race, contre la discrimination raciale et ethnique, qui a permis de débloquer la situation en rendant possible la collecte d’informations sous réserve qu’elle soit « anonyme, librement consentie et réalisée sous le contrôle de la CNIL (Commission nationale Informatique et libertés) », et à condition « d’en faire un usage raisonné, c’est à dire respectant l’intérêt général, que ce soit pour la recherche scientifique et historique ou par souci de mieux lutter contre les discriminations ».

Ainsi, en 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a interrogé plus de 50 000 personnes dans 57 pays et a constaté que seuls 37 % des Français se considéraient comme religieux, les autres se partageant entre non religieux et athées convaincus. Un autre sondage en 2010 avait abouti à des résultats comparables avec une proportion de 40 % d’athées déclarés auxquels s’ajoutent près de 30 % de personnes se déclarant sans religion mais croyant néanmoins à des forces supérieures…

Importance de l'athéisme selon les résultats de l'étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

Importance de l’athéisme selon les résultats de l’étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

De tels chiffres tendent à montrer que la France serait l’un des pays du monde où l’athéisme est le plus présent, derrière quand même la Chine, où des décennies de Maoïsme semblent avoir laissé des traces… Selon cette source, près de 60 % des personnes interrogées dans le monde se déclarent encore religieuses même si cette proportion a baissé de 9 % depuis le précédent sondage en 2005. Celles qui se revendiquent athées ne dépassent pas 13 % dans le monde, très en deçà donc de la proportion affichée en France qui atteint 29 % selon ce sondage. L’analyse du sondage met d’ailleurs en évidence une corrélation assez nette entre l’importance du sentiment religieux et le niveau de développement du pays : plus le pays est riche, moins la religion y est présente. Ce n’est pas une découverte majeure et de nombreux philosophes l’avaient déjà largement pressenti…

Dans un domaine aussi complexe et personnel que le sentiment religieux, on perçoit vite en tout cas les limites de l’outil statistique qu’est le sondage avec ses cases à cocher… Comment répertorier toutes les nuances que l’on imagine entre le matérialiste convaincu qu’il n’existe aucune forme de spiritualité, l’agnostique qui se dit incapable de trancher quand à l’existence ou non d’une divinité supérieur ou le déiste qui croit en une forme de divinité tout en rejetant toute pratique religieuse ?

Blog212_PhEgliseLà où le sujet semble plus affermi, c’est lorsqu’on s’interroge sur les comportements liés à la pratique religieuse. Et là, les chiffres sont éloquents : seuls 4,5 % des Français affirment continuer à se rendre régulièrement à la messe… Même si 70 % des Français seraient encore baptisés, seuls 300 000 d’entre eux ont été nouvellement baptisés en 2010, ce qui représente à peine plus d’un tiers des naissances de cette année là. La pratique religieuse catholique est donc en baisse manifeste dans ce pays.

Quant à celle de l’Islam elle semble un peu plus régulière mais est loin d’être systématique. Ainsi un sondage IFOP commandé par La Croix en 2011 avait estimé que 75 % des Français issus de familles d’origine musulmane se disaient croyants, mais en réalité seuls 41 % se considèrent comme pratiquants (contre 16 % des Français d’origine catholique) et un quart seulement affirment se rendre à la mosquée tous les vendredis. La proportion est plus élevée que pour les catholiques mais reste minoritaire. Une autre analyse parue dans Le Monde évalue ainsi à environ 4 à 5 millions le nombre de personnes de culture musulmane vivant en France (soit environ 8 % de la population française), ce qui représenterait donc un peu plus d’un millions de pratiquant se rendant régulièrement dans un des 2500 lieux de cultes musulmans recensés en France par le Ministère de l’Intérieur. En comparaison, on constate que les quelques 3 millions de catholiques qui disent se rendre régulièrement à la messe ont à leur disposition pas moins de 40 000 églises, ce qui est leur laisse largement la place de prier à défaut de trouver suffisamment de prêtres, crise des vocations oblige…

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l'Express)

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l’Express)

Cet article du Monde fait aussi référence à l’évolution du sentiment religieux qui semble plus fort chez les jeunes générations d’origine musulmane ainsi qu’aux conversions vers l’Islam qui concerneraient en France de l’ordre de 4000 personnes chaque année, chiffre finalement assez faible bien que suscitant de nombreux fantasmes. Cet accroissement de la pratique religieuse et de l’identité musulmane chez les jeunes générations, serait, selon une étude du sociologue Hugues Lagrange publiée en 2013, davantage le reflet d’un « sentiment de relégation sociale » qui favoriserait l’émergence d’une culture de l’islam rigoriste parfois opposé aux valeurs de la République.

A défaut d’être « mystique », notre siècle est en tout cas pour beaucoup d’entre nous celui des inégalités et des frustrations, ce qui peut en effet conduire, si nous n’y prenons garde, à un repli identitaire et une réactivation des conflits religieux dont l’histoire a montré tout les périls qu’ils peuvent engendrer. Espérons que nous saurons les éviter en nous appuyant sur les leçons du passé…

C.M. et L.V.

Maître Eolas, sous son blog caché,

27 juillet 2015

Il en est des blogs comme de certaines œuvres littéraires majeures : écrites sous un pseudonyme, leur auteur reste anonyme et seule la qualité de leur contenu permet de les reconnaître comme des références incontournables. En matière judiciaire, il est un blog qui fait référence depuis des années et dont l’auteur, qui se fait appeler Eolas, reste inconnu du grand public. Avec plus de 50 millions de visiteurs et 176 630 commentaires (selon un récent article de Marianne), ce blog pourrait facilement être qualifié de « blogbuster ». Quelque peu en sommeil ces derniers mois, il renvoie néanmoins à d’autres sources où le même auteur publie également, et notamment à son compte Twitter qui est suivi par plus de 177 000 abonnés : un vrai tabac !

L'avocat inconnu du Barreau de Paris... (photo SEPIA)

L’avocat inconnu du Barreau de Paris… (photo SEPIA)

Il faut dire que ce blog est actif depuis plus de 10 ans puisque les plus anciens articles sont datés d’avril 2004 et qu’il y en aurait pas moins de 1700 ! Pour la plupart, de longs billets savoureux, truffés de jeux de mots et teintés d’ironie, tous très rigoureusement documentés et s’appuyant sur une analyse précise des textes de référence. On sent le spécialiste du droit qui vérifie toutes ses sources plutôt deux fois qu’une. Intitulé « Journal d’un avocat » et sous-titré « Instantanés de la justice et du droit », ce blog est une mine d’information et de réflexion pour toux ceux, spécialistes du Droit ou simples citoyens intéressés par le fonctionnement de la justice ordinaire. Mais c’est aussi une délectation pour le lecteur curieux qui y croisera au hasard de ses pérégrination d’un article à l’autre « un élu écologiste moustachu dont nous respecterons l’anonymat en l’appelant Noël M. » ou encore une des têtes de turc de Maître Eolas, l’ex garde des sceaux Rachida Dati « maquillée comme une voiture volée mais garée place Vendôme ».

Blog211_PhDessinEolas

Le ton est souvent léger, mais le fond est rigoureux et pédagogique à l’extrême. Une excellente source pour comprendre toutes les subtilités de notre actualité judiciaire, de la question prioritaire de constitutionnalité jusqu’aux détails de procédures liés au droit d’asile. Les dialogues extraits de procès en correctionnelle sentent le vécu et trahissent la longue pratique de l’avocat pénaliste. Petit extrait pour la route : « La cour suspend aussitôt pour rendre son délibéré, plongeant les bancs de la presse dans le dilemme cornélien : “ai-je le temps d’aller fumer – boire un coup – me rafraîchir sans risquer de manquer le délibéré”. Risquant de me brouiller à jamais avec la presse judiciaire, je leur indique que je pense que la cour prendra au moins une vingtaine de minutes. La cour a suspendu à 17h10, elle revient à 17h32. Eolas, instrument de mesure validé par l’Institut Français de Pifométrie ». Blog211_PhPub

On y trouvera aussi, au gré de la lecture, quelques dessins humoristiques signés Eolas et qui illustrent certains de ses articles dans un style très personnel. En cherchant bien, on trouvera même sur ce blog où il est aussi question football ou de rugby, et même de Harry Potter, de fausses publicités inventées dans un esprit très potache, un jour de 1er avril après que l’auteur, accaparé par ses activités professionnelles et le temps passé à tenir son blog avoue avoir du mal à faire face et être donc dans la nécessité d’ouvrir son blog aux annonceurs publicitaires pour en sponsoriser le maintien.

Le commentaire s’aventure parfois sur le terrain politique et on perçoit, derrière le spécialiste du droit, le citoyen engagé qui a bien du mal à cacher ses sentiments : « Les bras m’en tombent, ce qui m’oblige à écrire ce billet avec les dents ». Il cogne d’ailleurs aussi durement sur Nicolas Sarkozy que sur François Hollande et ne semble guère hésiter à se faire des ennemis. Il a d’ailleurs été appelé à comparaître le 7 juillet dernier dans une procédure où il est attaqué en diffamation par le très réactionnaire Institut pour la Justice, adepte d’une politique répressive à outrance, ce qui risque de le contraindre à se dévoiler publiquement pour la première fois…

L'avatar d'Eolas sur son compte Twitter

L’avatar d’Eolas sur son compte Twitter

Car, contrairement à bien d’autres ténors du barreau, avides de notoriété, Maître Eolas ne se montre pas à la télé ou alors sans se dévoiler. On sait juste de lauteur de ce bijou de la blogosphère qu’il est avocat pénaliste au barreau de Paris mais bien peu savent qui se cache derrière ce pseudonyme d’Eolas qui signifie « Connaissance » en gaélique irlandais et dont l’avatar sur son compte Twitter fait référence à la chauve-souris, d’où son surnom de Batman du Barreau... Souhaitons en tout cas qu’il ait le courage de poursuivre longtemps son œuvre d’utilité publique qui permet à chacun de se familiariser avec les coulisses de la Justice française, et avec quel talent !

L.V. LutinVertPetit

Jean Tirole, un prix Nobel qui fait des gâches…

25 juillet 2015
Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Chacun a encore en tête les paroles fortes de Jean Tirole, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2014, affirmant alors à Paris Match : « les scientifiques ne font pas leur métier pour de l’argent ». Tant de désintéressement de la part d’un économiste aussi distingué et mondialement reconnu, fleuron du système universitaire à la française, faut chaud au cœur !

En lui attribuant en octobre 2014 le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », désigné habituellement sous le terme de Prix Nobel d’économie, l‘Académie royale des sciences de Suède avait souligné que ses travaux sur le pouvoir du marché et de la réglementation faisaient de l’économiste français « l’un des économistes les plus influents de notre temps ». Une belle reconnaissance donc pour ce polytechnicien français de 63 ans, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, et titulaire d’un doctorat obtenu au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sous la direction d’Eric Maskin, un autre prix Nobel d’économie...

Plutôt d’inspiration libérale, cet économiste a pourtant été distingué pour ses recherches sur le rôle des oligopoles et la nécessité de les contrôler davantage. Entre la situation classique de monopole et celle du marché parfait où règle la « concurrence libre et non faussée » si chère à nos dirigeants européens, on constate en effet de plus en plus une concentration des activités entre un tout petit nombre d’acteurs qui s’entendent comme larrons en foire au détriment du consommateur citoyen.

Jean Tirole recevant le prix Nobel d'économie

Jean Tirole recevant le prix Nobel d’économie

Les travaux menés par Jean Tirole dans les années 1980-90 se sont notamment intéressés aux contrats passés avec le secteur privé lorsque les États ont ouvert aux acteurs privés certains de leurs monopoles publics tels que les chemins de fer, les autoroutes, l’eau, la poste ou les télécommunications, voire les services d’éducation et de santé. Il lui est ainsi apparu que les autorités chargées de la régulation et du contrôle de ces contrats avaient énormément de mal à jouer un véritable rôle, souvent faute d’informations précises sur la réalité de ces marchés, et que les risques de collusion étaient avérés. Une position qui appelle donc clairement à davantage de régulation des acteurs économiques privés par le pouvoir collectif et à un renforcement de ce dernier.

Il a beaucoup écrit également sur la crise financière depuis 2008 et sur la nécessité de mieux réguler les excès de la finance internationale et du système bancaire. Il ne fait pas non plus mystère de son appréhension face au changement climatique global qui lui apparaît comme une menace majeure face à laquelle nos responsables politiques font preuve d’une désinvolture coupable. Il a ainsi cosigné en juin dernier avec une quarantaine d’économistes un « appel pour un accord climatique ambitieux et crédible » lors du sommet de Paris de décembre 2015, dans lequel est préconisée notamment la mise en place d’une tarification mondiale du carbone.

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l'honneur de JeanTirole

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l’honneur de JeanTirole

Jean Tirole s’est aussi exprimé à plusieurs reprises en faveur d’une fusion des trop nombreux contrats de travail (il existerait actuellement 15 sortes de CDD différents!) pour simplifier le paysage et tenter d’inciter les entreprises françaises à embaucher davantage. Préoccupé par la grande difficulté des jeunes à s’insérer dans le monde du travail, il préconise un contrat de travail unique qui permet aux salariés d’acquérir progressivement des droits supplémentaires en fonction de leur ancienneté et a proposé en 2003 d’instaurer une taxe sur les licenciements afin de responsabiliser davantage les entreprises quant à leur rôle social.

Certains lui reprochent de faire preuve d’un libéralisme excessif en se montrant globalement favorable à une privatisation des services publics sous couvert d’une régulation adaptée, mais il se montre très prudent quant à ses idées politiques qu’il refuse d’afficher ouvertement, se réfugiant derrière le masque du scientifique objectif qui travail sans idéologie ni préjugé. Et pourtant, cet « honnête homme » qui se veut aussi mesuré qu’indépendant, ne semble pas aussi désintéressé qu’il voudrait le faire croire…

Blog210_PhTSECelui que ses pairs qualifient, selon Le Monde, d’ « entrepreneur en recherche » a fondé, en 2007, la Toulouse School of Economics, un nom ronflant, de nature à heurter certaines oreilles occitanes délicates mais qui affiche sans complexe son ambition internationale d’inspiration américaine. Outre le patronyme, cet établissement, qui a absorbé en 2011 la faculté de sciences économiques de Toulouse, présente en effet une particularité très spécifique dans le paysage universitaire français.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une fondation de droit privé regroupant des établissements publics, dont les membres fondateurs sont l’Université Toulouse 1 Capitole, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le CNRS et l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), mais dont une bonne partie des financements est apportée par des entreprises privées. Ce statut très particulier lui permet en tout cas de déroger aux règles traditionnelles de la gestion publique des universités et centres de recherche. On se doute qu’une telle création n’a pu que susciter des polémiques dans les milieux universitaires quant à son statut dérogatoire, à son mode de financement et aux critères de sélection appliqués pour son recrutement. D’ailleurs, 50 % des étudiants et 30 % des enseignants viennent de l’étranger, ce qui n’a rien d’étonnant dans un établissement où les cours sont prodigués en anglais.

Mais on apprend de surcroît, via une enquête publiée dans Marianne le 2 juillet 2015 par le journaliste Frédéric Dessort, que notre prix Nobel d’économie national, est aussi un homme d’affaire avisé qui n’hésite pas à faire des gâches pour arrondir ses fins de mois de fonctionnaire d’État. Selon ces investigations, Jean Tirole a en effet créé avec son épouse en 1994 une société civile intitulée Tirole Economie dont le seul objet semble être de percevoir les rémunérations complémentaires qu’il reçoit en dehors de ses activités. Les montants en cause ne sont pas totalement négligeables puisqu’ils ont permis au couple Tirole de se verser 319 000 € de dividendes sur la seule période 2005-2010…

 (AP Photo/Fred Scheiber)

(AP Photo/Fred Scheiber)

En réalité, cette société civile sert principalement à facturer les services rendus par notre grand économiste via l’Institut d’économie industrielle (Idei) dont il est directeur scientifique depuis 1992. Cette structure associative, à la fois centre de recherche et cabinet de conseil, fait l’interface entre les grandes entreprises privées et trois laboratoires publics toulousains dont le GREMAQ auquel est rattaché Jean Tirole. Les contrats passés avec certaines multinationales via cette association sont ainsi facturés par les chercheurs via leur propre société civile dont ils sont généralement actionnaire principal, laissant la gérance à un homme de paille (en l’occurrence ici la propre fille de Jean Tirole).

Rappelons au passage que la loi Le Pors qui régit la fonction publique encadre très précisément le cumul d’activité et prescrit notamment que « […] les agents de l’État […] doivent consacrer l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées dans l’administration qui les emploie ». Un principe logique qui oblige en principe un fonctionnaire à se concentrer sur les fonctions pour lesquelles il est payé… Le fait de cumuler cette responsabilité de directeur scientifique de l’Idei avec ses autres fonctions ne semble pas tout à fait entrer dans le cadre légal car cette structure associative dont le budget atteignait 3,5 M€ en 2011 n’a rien d’une « association de quartier » ou « à caractère social et philanthropique » pour laquelle la loi accepte de faire exception…

Le journaliste de Marianne s’interroge d’ailleurs sur le caractère licite de telles activités lucratives parallèles qui pourraient relever de la prise illégale d’intérêt. Une infraction que le Code pénal définit par « le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement » et qui est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €.

Espérons que notre brillant économiste national, président de la Toulouse School of Economics, professeur invité au MIT, directeur d’études à l’EHESS, membre de l’Académie des sciences morales et politique ainsi que du Conseil d’analyse économique, apprenne à résister aux sirènes de l’enrichissement personnel et se recentre à l’avenir sur les responsabilités qui lui ont été confiées et qui devraient largement l’occuper à temps complet !

L.V. LutinVertPetit

La vache qui rote…

23 juillet 2015

Blog209_PhVacheRitLes temps sont durs pour les éleveurs bovins, étranglés par leurs emprunts bancaires, mis à mal par la baisse des cours et la diminution de la consommation de viande et achevés par la rapacité de la grande distribution et des intermédiaires avides de marges. Condamnés à bloquer les routes des vacances et à déverser du lisier sur les parkings des supermarchés, les voilà aussi accusés, en cette période d’intense tractation en prévision du prochain sommet mondial sur le climat, de participer au réchauffement climatique !

Et pas qu’un peu puisque la filière mondiale de l’élevage produirait à elle seule 18 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète selon la FAO. En France, l’agriculture serait responsable de 21 % de ces émissions de gaz à effet de serre, dont plus de la moitié serait imputable au seul élevage bovin. En cause, les émissions de méthane dégagés par la fermentation des aliments dans la panse des ruminants.

La vache, un danger pour l'équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

La vache, un danger pour l’équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

Chaque jour, une bonne laitière normande envoie ainsi dans l’atmosphère ses 400 à 600 litres de méthane, auxquels s’ajoutent 600 à 900 litres de gaz carbonique (mais l’impact sur l’effet de serre d’un kg de méthane est 25 fois plus élevé que celui d’un kg de CO!). La panse étant très proche de la bouche des vaches, l’essentiel de ces gaz est émis sous forme de rots fréquents. Après fermentation résiduelle et passage dans le gros intestin, une partie de ces gaz est aussi expulsée sous forme de flatulences, mais cela est assez marginal. De cette véritable usine à gaz qu’est la vache, on estime que 95 % sort par l’avant et seulement 5 % par l’arrière. Contrairement aux idées reçues, la vache qui rote est en définitive assez peu péteuse…

Toujours est-il que la filière de l’élevage bovin ne peut se satisfaire d’être ainsi montrée du doigt quant à son impact catastrophique sur le réchauffement climatique mondial. Les chercheurs de l’INRA sont sur le coup et préconisent une alimentation des troupeaux à base de luzerne ou de graines de lin, naturellement riches en oméga 3, qui permettrait de réduire de 20 à 30 % les émissions de méthane. Du coup, même McDonald’s s’y met et a signé un partenariat avec l’école vétérinaire de Purpan pour accélérer ces recherches sur la nutrition des bovins en vue de réduire leur émissions de gaz à effet de serre.

Blog209_DessinMacDo

Selon une information rapportée par le journal suisse Le Matin, certains auraient même imaginé, pour régler le problème, de greffer à nos paisibles limousines des estomacs de kangourous, cet animal étant l’un des rares ruminants qui ne produit pas de méthane grâce à la présence d’une bactérie qui lui est propre. Une solution sans doute un peu radicale mais qui a inspiré le ministère de l’agriculture australien à lancer un vaste programme de recherche en vue de développer l’élevage du kangourou comme alternative à la production de viande sans impact sur le réchauffement climatique. Les Gallois, quant à eux, orientent leurs recherches dans une autre direction également prometteuse qui consiste à donner de l’ail aux vaches, ce qui permettrait de diminuer leurs émissions de méthane, à défaut d’améliorer la qualité de leur haleine…

Plus sérieusement, les éleveurs français militent plutôt pour intégrer dans leur bilan carbone global le rôle bénéfique des prairies qui absorbent des quantités importantes de CO2, ce qui compense une large part des gaz à effets de serre émis par leurs troupeaux. Un modèle d’équilibre qui est de plus en plus menacé par le développement des exploitations industrielles du type de la ferme des 1000 vaches implantée dans la Somme et de ses nombreux homologues encore bien plus vastes qui fleurissent dans toute l’Europe du Nord. Plus que la vache qui rote, il semble bien que le danger vienne plutôt du paysan qui pète plus haut que son cul et qui se prend pour un industriel en herbe…

L.V. LutinVertPetit

Pollution de l’air : le prix à payer…

18 juillet 2015

Jour après jour, l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé humaine est de plus en plus évident. On estime ainsi que ce sont pas moins de 45 000 personnes qui meurent prématurément en France chaque année du fait de la pollution de l’air. Les principaux responsables : les particules fines, principalement émises par les véhicules diesel mais aussi par la combustion du bois dans les cheminées et par certaines activités industrielles.

Blog208_PhMarseilleL’agglomération marseillaise est particulièrement touchée par ce fléau avec au moins 1000 morts par an du fait de cette pollution de l’air ambiant, liée surtout à l’importance de la circulation automobile. Nous avons ainsi le privilège d’habiter dans une des zones françaises les plus exposées où les taux de particules fines dépassent très régulièrement les normes admises, ce qui vaut à la France de se trouver sous le coup d’une procédure d’infraction lancée par la Commission européenne et qui pourrait coûter plus de 11 milliards d’euros à la France ! Certains militent d’ailleurs (en vain malheureusement) pour que le tunnel de Montolivet sur le trajet de la L2 encore en chantier soit équipé de filtres permettant de limiter localement ces émissions de particules.

D’autres substances sont largement en cause dans cette pollution atmosphérique : monoxyde et dioxyde d’azote, ozone, oxyde de soufre, benzène, ammoniac et de nombreux produits plus ou moins volatils dont certains sont identifiés comme perturbateurs endocriniens avec des effets néfastes encore mal connus à long terme. Même les pollens verraient leur impact allergisant augmenté du fait de l’interaction avec certains polluants chimiques présents dans l’atmosphère !

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Les principales sources de production de ces différents éléments sont liées à l’activité industrielle (et agricole), au chauffage et surtout aux transports. Des réseaux de capteurs, particulièrement denses dans l’ouest des Bouches-du-Rhône autour de l’étang de Berre, permettent de suivre en direct, sur le site Air PACA, les pics de pollutions générés par l’évolution des conditions climatiques, mais ces pollutions sont désormais considérées comme chroniques dans la plupart des agglomérations et dans leur périphérie plus ou moins lointaine selon la configuration des vents dominants.

L’impact sanitaire de cette pollution qui provoque bronchites chroniques, asthme, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, et on en oublie… est désormais bien connu. Rappelons au passage que chaque être humain inspire dans la journée pas moins de 12 à 15 m3 d’air : même à faibles concentrations, ces substances dispersées dans l’air ambiant s’avèrent fortement nocives pour nos organismes, avec bien entendu des dégâts particulièrement élevés chez les jeunes enfants, les femmes enceintes ou les personnes âgées, mais aussi les plus vulnérables que sont les asthmatiques et autres insuffisants respiratoires.

Un impact qui coûte très cher à notre système de santé ! Déjà en avril dernier, un rapport du Commissariat général au développement durable avait estimé que les pathologies imputées directement à la pollution de l’air coûtaient chaque année entre 0,9 et 1,8 milliards au système sanitaire national, en comptant les coûts de consultation, de traitement, d’examens ou encore d’hospitalisation. Mais il semble qu’ils étaient encore bien en deçà de la réalité, à en juger par un nouveau rapport que vient de rendre public le 15 juillet 2015, une commission sénatoriale présidée par le sénateur Jean-François Husson et dont la rapporteur est Leila Aïchi, sénatrice EELV de Paris.

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

Cette nouvelle évaluation estime ainsi que la pollution de l’air en France coûte chaque année à la collectivité plus de 100 milliards d’euros ! Deux fois plus que le tabac à titre de comparaison… Et encore, ils n’ont pas pris en compte l’impact de l’air à l’intérieur des bâtiments, qui est souvent chargé en polluants de toutes sortes et dont les effets délétères se cumulent. Il faut dire que cette estimation ne se limite pas au seul coût sanitaire pour la Sécurité sociale, que les sénateurs ont chiffré pour leur part à 3 milliards d’euros. S’y ajoutent selon eux pas moins de 650 000 journées d’arrêt de travail qui seraient prescrites chaque année du fait de pathologies liées à la mauvaise qualité de l’air ambiant, mais surtout de nombreux coûts induits et dommages intangibles qui font très largement monter l’addition.

Au-delà des impacts sanitaires, la pollution de l’air a aussi des conséquences néfastes sur les rendements agricoles, la biodiversité ou encore la dégradation des façades des bâtiments dont le calcaire est rongé par les pluies acides tandis que les verres sont rendus opaques par les dépôts de suies et particules fines. L’INRA estime par exemple que le rendement du blé en région parisienne est réduit en moyenne de 10 % par rapport à une région non polluée, du fait de la pollution à l’ozone. Même la pollution des cours d’eau pourrait être liée en partie à certains apports atmosphériques pour des éléments très volatils comme les hydrocarbures aromatiques. Ces impacts non sanitaires restent encore mal connus et difficiles à chiffrer, mais la commission sénatoriale les évalue a minima à 4,3 milliards d’euros.

Blog208_PhParis

Ce rapport intitulé sobrement « Pollution de l’air : le coût de l’inaction » n’hésite pas à l’affirmer : « la pollution de l’air n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est aussi une aberration économique ». Mais les sénateurs ne se contentent bien évidemment pas de ce constat et font des propositions concrètes pour prendre enfin à bras le corps ce problème qui fait partie des préoccupations majeurs des Français, quoique souvent négligé par nos responsables politiques. Les auteurs du rapport regrettent en particulier qu’ait été abandonnée la mise en œuvre de l’écotaxe et ils préconisent logiquement d’aligner les fiscalités sur les carburants afin de limiter progressivement l’impact des véhicules diesel qui représentent encore en France les deux-tiers des véhicules nouvellement immatriculés (contre un quart seulement aux Pays-Bas !). Blog208_PhGazEchappementIls prônent également un renforcement de certaines normes, n’hésitant pas à aller à l’encontre d’un mouvement général en faveur de la suppression progressive de l’arsenal normatif qui briderait la créativité (et les profits) des entreprises… Ils militent aussi en faveur d’une amélioration de la connaissance quant à l’impact sanitaire et économique de ce fléau des temps modernes qu’est la pollution atmosphérique et ses incidences, y compris par exemple dans la recrudescence des cancers en milieu agricole.

Blog208_DessinUn document ambitieux et foisonnant, riche en enseignements et qui mériterait d’alimenter des politiques volontaristes. La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, ne s’y est d’ailleurs pas trompé et a promis de prendre « des mesures extrêmement fermes » et ceci « dès la semaine prochaine ». Après des décennies d’inaction, on n’en espérait pas tant…

L.V. LutinVertPetit

Des images de fin du Monde…

16 juillet 2015

« Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ». Ce vieux proverbe Cree devient une réalité de plus en plus brutale dans un monde où la surpopulation et la surexploitation des ressources naturelles ont déjà largement ravagé notre environnement, désormais menacé de surcroît par le changement climatique global. Et pourtant, même aujourd’hui, beaucoup n’en sont pas encore conscients et restent réticents à regarder en face les conséquences de notre style de vie. Blog207_PhLivre

Parfois, les mots sont insuffisants pour exprimer l’indicible, mais certaines images qui donnent froid dans le dos sont souvent plus expressives qu’un long discours. C’est le parti pris d’un livre publié en mars 2015 aux États-Unis et intitulé Overdevelopment, Overpopulation, Overshoot. Le titre se passe de traduction : trop, c’est trop ! Un ouvrage en tout cas qui a déjà fait le tour du monde et que l’on peut feuilleter librement pour en découvrir les quelques 200  photos quelques peu provocatrices qui l’illustrent.

Et comme une image vaut toujours mieux qu’un long discours, voici quelques-unes de ces photos aussi spectaculaires qu’intrigantes : partageons-les sans retenue…

L.V. LutinVertPetit

Une vague de déchets…

Le surfer indonésien Dede Surinaya évolue dans une mer couverte de déchets (photo Zak Noyle)

Le surfer indonésien Dede Surinaya évolue dans une mer couverte de déchets (photo Zak Noyle)

Des métropoles à perte de vue…

Une vue aérienne (partielle) de la ville de Mexico, une métropole de 20 millions d'habitants qui s'étend toujours davantage (photo Pablo Lopez Luz)

Une vue aérienne (partielle) de la ville de Mexico, une métropole de 20 millions d’habitants qui s’étend toujours davantage (photo Pablo Lopez Luz)

Même les îles sont surpeuplées…

Une des îles Maldives largement urbanisée et désormais menacée par la montée des océans (photo Peter Essick)

Une des îles Maldives largement urbanisée et désormais menacée par la montée des océans (photo Peter Essick)

Une société de consommation devenue folle…

Scène de bousculade à l'ouverture d'un magasin lors du « vendredi noir » en Idaho aux USA : des consommateurs saisis par la fièvre acheteuse (photo Darin Oswald – Idaho Statesman)

Scène de bousculade à l’ouverture d’un magasin lors du « vendredi noir » en Idaho aux USA : des consommateurs saisis par la fièvre acheteuse (photo Darin Oswald – Idaho Statesman)

Une agriculture déconnectée…

Des serres de plastique à perte de vue autour d'Almeria en Andalousie (photo Yann Arthus Bertrand)

Des serres de plastique à perte de vue autour d’Almeria en Andalousie (photo Yann Arthus Bertrand)

Un monde sous perfusion pétrolière…

Un champ pétrolifère en Californie, exploité jusqu'à la dernière goutte (photo Mark Gamba)

Un champ pétrolifère en Californie, exploité jusqu’à la dernière goutte (photo Mark Gamba)

Le mirage des gaz de schiste…

Un paysage lunaire ravagé par l'exploitation de gaz de schiste en Alberta (photo Garth Lentz)

Un paysage lunaire ravagé par l’exploitation de gaz de schiste en Alberta (photo Garth Lentz)

Une forêt qui part en fumée…

Troupeau de chèvres pâturant dans la forêt qui brûle au Brésil (photo Daniel Beltra)

Troupeau de chèvres pâturant dans la forêt qui brûle au Brésil (photo Daniel Beltra)

Des montagnes de déchets…

Récupération de métaux à partir de déchets d'appareils électroniques à Accra au Ghana (photo Peter Essick)

Récupération de métaux à partir de déchets d’appareils électroniques à Accra au Ghana (photo Peter Essick)

Des oiseaux abreuvés de déchets…

Cadavre de cormoran desséché sur l'île de Midway dans le Pacifique nord (photo Chris Jordan)

Cadavre de cormoran desséché sur l’île de Midway dans le Pacifique nord (photo Chris Jordan)

Une extinction rapide d’espèces animales…

Cadavre d'un éléphant tué par les braconniers au Kenya (photo Kristian Schmidt – Wild Aid)

Cadavre d’un éléphant tué par les braconniers au Kenya (photo Kristian Schmidt – Wild Aid)

Une banquise qui fond à vue d’oeil…

Chute d'eau en bordure de la banquise au Spitzberg (photo Cotton Coulson – Keenpress)

Chute d’eau en bordure de la banquise au Spitzberg (photo Cotton Coulson – Keenpress)

Des ours polaires aux abois…

La dépouille d'un ours polaire mort de faim au Spitzberg dans un milieu désormais libre de glace (photo Ashley Cooper)

La dépouille d’un ours polaire mort de faim au Spitzberg dans un milieu désormais libre de glace (photo Ashley Cooper)

Rejet des boues rouges à Cassis : entre chantage et séduction…

14 juillet 2015

C’est le préfet Michel Cadot qui l’a annoncé le 3 juillet dernier aux journalistes de La Provence : la fameuse enquête publique destinée à permettre le prolongement des rejets en mer des résidus de fabrication de l’alumine par l’usine Alteo de Gardanne, va finalement avoir lieu cet été. Elle se déroulera du 17 août au 25 septembre, en pleine période estivale, dans 27 communes dont celle de Carnoux-en-Provence. Parions qu’elle ne devrait pas susciter une grande mobilisation alors qu’est toujours affiché sur notre commune, et dans la plus grande discrétion, l’avis indiquant que l’enquête initialement prévue a été annulée. Rares sont ceux qui comprennent encore quelque chose à ce feuilleton abracadabrantesque !

Blog206_PhGardanneAncienneQuelques rappels donc pour bien saisir toute la saveur de ce nouveau rebondissement… Et tout d’abord, qui est ce fameux Alteo qui détient désormais l’usine d’alumine de Gardanne, laquelle a été construite en 1893 comme nous l’avions rappelé ici ? Longtemps propriété de Péchiney, l’activité locale de fabrication d’alumine a été ensuite rachetée successivement par Alcan puis Rio Tinto (un groupe minier anglo-australien) et finalement, depuis le 1er août 2012, par le fonds d’investissement HIG European Capital Partners, qui a donc regroupé sous ce nom d’Alteo, plusieurs sites de production d’alumine (dont deux autres usines en France), l’alumine étant un produit à haute valeur ajouté issu de la transformation de la bauxite et destiné notamment à la fabrication de céramiques, matériaux réfractaires, abrasifs et verres spéciaux pour les smartphones et téléviseurs plats. Un nouvel exemple en tout cas du démantèlement en cours par des fonds d’investissement anglo-saxons de fleurons historiques de notre industrie nationale.

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Le procédé Bayer de fabrication d’alumine calcinée à partir du minerai de bauxite est grosso modo toujours le même depuis la fin du XIXème siècle, lorsqu’il a été mis en œuvre pour la première fois sur ce site de Gardanne, même si le minerai utilisé ne vient plus des mines varoises mais est désormais importé par bateau depuis la Guinée, à raison de 300 000 tonnes par an qui transitent par le port de Marseille.

Les résidus de traitement, les fameuses boues rouges, riches en métaux lourds et très alcalines mais aussi (selon une étude de la CRIIRAD) faiblement radioactives sur fait de la présence d’uranium et de thorium, ont été longtemps stockées sur différents sites puis, à partir de 1966, purement et simplement rejetées en mer via une canalisation de 47 km qui débouche dans le canyon de la Cassidaigne au large de Cassis.

Blog206_PhBauxalineOr la convention de Barcelone impose l’arrêt de ces déversements en milieu marin (a fortiori dans un Parc national !) au plus tard le 31 décembre 2015. Ces résidus sont désormais partiellement transformés en bauxaline grâce à des filtres-presses et stockés sur le site de Mange-Gari, dont les défauts de sécurisation et les fuites ont déjà été évoqués ici. Mais cette valorisation partielle des résidus se traduit par la production de quantités importantes d’effluents liquides qu’il faut évacuer. C’est pourquoi Alteo a demandé en mai 2014 une nouvelle autorisation pour rejeter en mer des résidus liquides qui dépassent allègrement les seuils admis, tandis que la société Aluminium Péchiney, toujours propriétaire de la fameuse canalisation, sollicitait pour sa part le renouvellement de la concession d’utilisation du domaine public maritime pour ses activités de rejet. De ce côté, les décisions contradictoires se succèdent et il devient difficile d’y voir clair.

Blog206_PhCalanquesEn septembre 2014, comme nous l’avions déjà évoqué ici, c’est le conseil d’administration du Parc national des Calanques qui, contre toute attente, donnait un avis favorable pour prolonger de 30 ans les rejets en mer via l’émissaire de la Cassidaigne, en plein cœur marin du Parc. Mais les réactions offusquées de la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, avaient obligé Didier Réault, président du Parc des Calanques, à calmer un peu ses ardeurs. Des études complémentaires commandées au BRGM et à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avaient en effet mis en évidence que ces rejets pouvaient avoir un impact négatif sur la santé humaine du fait des contaminations possibles de certaines espèces pêchées.

C’est la raison pour laquelle l’enquête publique prévue à partir du 20 avril 2015 a dû être reportée malgré les protestations énergiques d’Alteo, relayées par plusieurs élus locaux qui se lamentent sur le risque de délocalisation des 400 employés du site de Gardanne. Une nouvelle campagne de prélèvement a donc été réalisée par l’IFREMER pour essayer de mieux caractériser l’impact potentiel de ces effluents sur la faune marine et c’est sur cette base que l’enquête publique va être relancée, sans qu’on en sache bien davantage sur la réalité de cet impact environnemental.

Force est en tout cas de constater que l’industriel est sorti de sa réserve et vient de changer de stratégie de communication. Ayant constaté que l’intimidation et le chantage à l’emploi n’avaient manifestement pas suffi à lever toutes les réticences, ils viennent de se livrer à une véritable offensive de charme auprès des journalistes de La Provence qui s’est plié très complaisamment à l’exercice en publiant 2 pages entières à la louange du site dans son édition du 9 juillet 2015.

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

On y apprend ainsi que les dirigeants d’Alteo avaient déjà tenté de convaincre Ségolène Royal en octobre dernier en lui apportant un échantillon des fameux effluents qu’ils souhaitent rejeter en mer, histoire de persuader la ministre de leur parfaite innocuité. Mais cette dernière ne s’est pas démontée et leur a proposé de boire la fiole en question : le PDG d’Alteo n’ayant pas osé s’y résoudre, cela limite quelque peu la force de son argumentation… Il faut dire que, même en faisant abstraction de tous les métaux lourds qu’ils contiennent, la teneur en soude de ces effluents ne les rend guère appétissants !

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

L’enquête publique qui débutera en août et qui prévoit une réunion publique sur Gardanne risque d’être déterminante pour l’avenir de ce dossier où coups bas et arrières pensées de toute sorte ne manqueront certainement pas, surtout dans le contexte politique actuel qui a vu l’invalidation des dernières élections municipales à Gardanne avec un deuxième tour qui s’annonce plutôt serré selon La Provence ! C’est finalement le préfet qui tranchera, au vu du rapport de la commission d’enquête publique et après avis du CODERST (Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) et du CSPRT (Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques). On ne peut que lui souhaiter bon courage car la décision risque d’être difficile à prendre, d’autant que le préfet en question ne sera pas Michel Cadot, qui vient d’être nommé préfet de police à Paris ce 8 juillet, mais son successeur : un beau cadeau empoisonné en perspective…

L.V. LutinVertPetit

Des banquiers millionnaires par centaines !

10 juillet 2015

C’est le magazine économique Les Echos qui l’affirme : « Les millionnaires des banques européennes n’ont pas vu passer la crise ». Les Grecs seront sans doute fortement soulagés de l’apprendre, ainsi bien sûr que l’ensemble des contribuables européens qui ont mis la main à la poche depuis 2008 pour sauver les établissements bancaires de la faillite.

En tout cas tout va bien pour les plus gros salariés du secteur bancaire qui émargent à des niveaux stratosphériques. C’est en fait la première fois cette année que l’Autorité bancaire européenne oblige les banques de l’Union européenne à rendre public le nombre de leurs salariés qui ont gagné en 2014 chacun plus de 1 million d’euros, autrement dit plus de 83 000 € chaque mois, près de 60 fois le SMIC !

Blog205_PhEchos

Et le résultat est totalement rassurant pour la bonne santé financière de nos établissements bancaires. Rien qu’en France, les trois seules banques qui ont déjà communiqué leurs chiffres (BNP Paribas, Natixis et la Société générale) dénombrent à elles seules pas moins de 277 salariés qui émargent au dessus de cette barre symbolique. En 2012, l’Autorité bancaire européenne s’était déjà essayé à l’exercice et n’avait comptabilisé, parmi l’ensemble des banques françaises, que 177 salariés touchant plus de 1 million d’euros par an : une misère ! On voit donc que les plus grands établissements bancaires français n’ont pas hésité à récompenser leurs meilleurs éléments par des augmentations salariales substantielles, confirmant une fois de plus que le coût du travail n’est pas le seul frein au développement de l’activité économique, au moins pour les cadres dirigeants…

Blog205_DessinBalance

D’ailleurs, de manière générale, les banques françaises payent plutôt bien leurs employés puisque le salaire annuel moyen brut y est de l’ordre de 52 000 euros, nettement au dessus de la moyenne qui s’établit actuellement en France à environ le double du SMIC, soit un peu moins de 35 000 euros par an.

Blog205_DessinBanquierEt pourtant, les banquiers français ne semblent pas être forcément les mieux servis par rapport à leurs homologues des autres pays européens. Ainsi, la première banque d’affaires européenne, la britannique HSBC, bien connue pour les pratiques peu regardantes de sa filiale suisse, compte pas moins de 320 millionnaires, dont une poignée de dirigeants qui perçoivent chacun entre 7 et 9 millions d’euros annuels. Ils n’étaient que 180 l’année précédente à émerger au dessus de la barre de 1 million d’euros : une belle progression pour cette banque florissante ! Mais la palme du plus grand nombre de salariés millionnaires revient à la banque allemande Deutsche Bank, dans laquelle on dénombre pas moins de 816 employés millionnaires, avec là aussi, quelques très gros salaires compris entre 6 et 9 millions d’euros annuels…

Blog205_DessinBNP1Ces données confirment en tout cas que le secteur bancaire n’est manifestement pas très affecté par les crises financières qui mettent à genoux certaines économies nationales. Les scandales qui les touchent régulièrement les ont pourtant contraintes à payer pour plus de 190 milliards d’euros d’amendes depuis la crise de 2008 comme l’a comptabilisé récemment Le Monde. On se souvient par exemple de l’amende record de 9 milliards de dollars infligée en 2014 à BNP Paribas pour avoir violé l’embargo sur le commerce du pétrole. Mais du coup, ces chiffres sont à relativiser quand on s’aperçoit qu’ils ne sont finalement que du même ordre de grandeur que le salaire sur une année d’un seul cadre d’une banque européenne !

En matière salariale comme dans d’autres domaines, l’égalité de traitement ne semble pas vraiment à l’ordre du jour et le secteur bancaire tire bien son épingle du jeu…

L.V. LutinVertPetit

Les robots tueurs entrent en scène !

8 juillet 2015
Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Nous savions déjà que l’automatisation des tâches et l’introduction de la robotisation dans l’industrie tuaient l’emploi. Les canuts de Lyon s’en étaient déjà rendus compte dès le XIXe siècle, l’introduction des métiers à tisser automatisés les ayant conduit à l’une des premières révoltes ouvrières, en novembre 1831 puis à nouveau en avril 1834, une insurrection sociale qui s’était d’ailleurs terminée dans un bain de sang…

Un siècle plus tard, l’automatisation dans l’industrie n’a fait que progresser, aboutissant à la quasi disparition des emplois d’ouvriers peu qualifiés, en particulier en Europe. Un des arguments avancé pour favoriser ce remplacement de l’homme par la machine est qu’il vaut mieux faire faire par des robots les tâches les plus dangereuses et les plus répétitives, ce qui permet de libérer les travailleurs pour leur permettre de se consacrer à des tâches plus qualifiées et plus valorisantes. Le raisonnement est louable même si on est bien obligé de constater que ce développement de l’automatisation s’est quand même traduit par une installation durable du chômage de masse dans les pays industrialisés.

Mais au delà de cette considération macroéconomique, un fait divers récent vient nous rappeler que la généralisation de la robotisation dans les usines peut être dangereuse non seulement pour l’emploi des salariés, mais pour leur vie elle-même !

Chaine de montage Volkswagen

Chaine de montage Volkswagen

L’affaire s’est passée le 29 juin 2015 dans l’usine Volkswagen de Baunatal près de Kassel en Allemagne, un site qui emploie 15 000 personnes. Selon le Berliner Zeitung, un intérimaire de 22 ans a été happé par un robot sur lequel il intervenait après avoir pénétré à l’intérieur de la cage de sécurité : l’homme a été frappé par la machine qui l’a écrasé contre une plaque métallique. Bien que ranimé sur place et transporté rapidement à l’hôpital, le jeune homme a succombé à ses blessures. Une enquête pour déterminer les responsabilités est en cours, mais il semblerait qu’une deuxième personne aurait dû se trouver à proximité des commandes du robot pour intervenir rapidement en cas de dysfonctionnement, ce qui n’a pas été respecté.

Chaîne de montage Citroën

Chaîne de montage Citroën

Toujours est-il que cette « mort en bout de chaîne » (pour reprendre le titre d’un documentaire de Mourad Laffitte sur l’usine Goodyear d’Amiens), sous les coups d’un robot en furie, n’est pas des plus rassurantes pour ceux qui côtoient tous les jours un univers de plus en plus robotisé sur les chaînes de montage. D’autant qu’il existe des précédents. Ainsi, un site proche du NPA mentionne la mort en décembre 2007 d’un ouvrier écrasé par une presse de 32 tonnes à l’usine d’emboutissage de PSA à Sochaux, mais aussi l’accident mortel d’un cariste de 30 ans à l’usine de PSA Saint-Ouen en 2009, ou encore un accident grave survenu en avril 2015 chez un équipementier automobile du Maine-et-Loire où un électricien s’est retrouvé coincé entre deux robots alors qu’il effectuait une opération de maintenance.

Faut-il alors avoir peur de ces nouveaux robots de plus en plus sophistiqués et de plus en plus présents dans notre environnement quotidien ?Blog204_PhMissiles De nombreux films d’anticipation sur le sujet auraient tendance à nous faire en effet largement fantasmer sur le sujet… Mais la question n’est plus si théorique à l’heure où l’on apprend, par un article du Courrier international, que le gouvernement norvégien finance un programme visant à développer des « robots tueurs » capables de décider seuls de tirer sur une cible. Il s’agirait en fait de nouveaux missiles destinés à équiper les avions de combat et qui pourraient décider, sans intervention humaine, de tuer ou non, ce qui pose à tout le moins un certain nombre de questions éthiques…

Une photo du film I, Robot

Une photo du film I, Robot

Nous n’en sommes pas encore au scénario du film « I, Robot » du réalisateur Alex Proyas, un film de science-fiction américain sorti en 2004 et inspiré librement d’un roman d’Isaac Asimov. L’histoire, censée se dérouler en 2035 à Chicago, relate un meurtre commis par un robot dans une usine de production, mais bien entendu toute ressemblance avec la réalité serait pure coïncidence !

L.V. LutinVertPetit

Les Grecs disent non à l’austérité !

6 juillet 2015

Le résultat du référendum qui s’est déroulé en Grèce ce dimanche 5 juillet 2015 est sans appel : avec plus de 61 % de non, les Grecs ont clairement choisi leur camp et renforcé sans détour la position de leur gouvernement dirigé par Aléxis Tsípras. C’est une victoire éclatante de la démocratie qui fait écho au résultat du référendum de 2005, lorsque les Français, comme les Néerlandais, s’étaient opposés à l’adoption du traité constitutionnel européen, garant d’une « concurrence libre et non faussée ». Dans les deux cas, le Peuple a largement voté contre les injonctions de l’élite économique, relayées sans nuance par les médias.

Scène de liesse à Athène après la victoire du non au référendum du 5 juillet (photo L. Gouliamaki / AFP)

Scène de liesse à Athène après la victoire du non au référendum du 5 juillet (photo L. Gouliamaki / AFP)

Les Grecs ne se sont pas pliés aux multiples pressions qu’ils subissent depuis des mois pour les inciter à rejeter le choix démocratique qu’ils avaient faits en portant au pouvoir le parti Syriza le 25 janvier dernier. Et pourtant, toutes les manœuvres politiques les plus ignobles ont été tentées pour dénigrer et humilier les représentants grecs élus démocratiquement. Ainsi, Xavier Bertrand, ancien ministre du travail de Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à traiter Aléxis Tsípras de « menteur » qui aurait commis « un vol à main armé contre les créanciers européens ».

La Droite française toute entière d’ailleurs se déchaîne contre le gouvernement grec accusé de tous les maux, et ses réactions suite au référendum de ce week-end sont proprement glaçantes. Hervé Morin estime ainsi que la Grèce a choisi délibérément de sortir de la zone Euro (alors que les sondages confirment que près de trois-quart des Grecs souhaitent fermement y rester !) et promet ce pays au chaos sans le moindre état d’âme. Christian Estrosi, avec toute la finesse qui le caractérise, estime lui aussi qu’il n’est pas question d’exprimer la moindre solidarité envers le peuple grec et n’hésite pas à assimiler la gauche radicale grecque au Front National de Marine Le Pen : comprenne qui pourra… Même tonalité du côté d’Alain Juppé qui ne pense qu’à sortir la Grèce au plus vite de l’Europe tout en réfléchissant déjà à la suppression de l’Impôt sur le fortune en France dès que la Droite reviendra au pouvoir, confirmant une fois de plus que sa fibre sociale reste pour le moins limitée…

Quant aux institutions européennes, elles n’ont pas arrêté de jeter de l’huile sur le feu, allant jusqu’à interdire aux représentants grecs de participer à la dernière réunion de l’Eurogroupe, le 27 juin dernier, un coup de force totalement antidémocratique, dénoncé par de nombreux observateurs politiques dont l’économiste Jacques Sapir, ce qui a poussé Aléxis Tsípras à organiser en catastrophe ce référendum qui s’est tenu 8 jours plus tard. Il faut dire que la situation avait été dramatisée à souhait avec ce fameux ultimatum du 30 juin à minuit, date à laquelle la Grèce devait rembourser un prêt de 1,6 milliard d’euros au FMI, sauf à se retrouver en défaut de paiement.

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre grec Aléxis Tsípras (photo A. Jocard / AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre grec Aléxis Tsípras (photo A. Jocard / AFP)

Pourtant, même le FMI s’était montré beaucoup moins intransigeant que les dirigeants européens, Angela Merkel en tête. Son rapport, dont la Commission européenne a tenté en vain d’empêcher la publication, confirmait en effet ce que répètent depuis des mois nombres d’économistes tels que les prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz, mais aussi des spécialistes reconnus internationalement comme James Galbraith ou Thomas Piketty, à savoir que, sans une restructuration de la dette accompagnée d’une annulation d’une partie de cette dernière, la Grèce ne pourrait retrouver le chemin de la croissance. Il serait donc logique d’accorder à la Grèce ce qui fut, en 1953, accordé à l’Allemagne. Ce n’est pas autre chose que ce que réclament depuis leur arrivée au gouvernement Aléxis Tsípras et son ministre de l’économie Yanis Varoufakis ! Certains experts reconnaissent d’ailleurs bien volontiers que « la Grèce est le pays qui a mené le plus de réformes pendant la crise ».

Mais l’objectif des dirigeants européens, surtout en Allemagne, n’est pas de sauver la Grèce, seulement de limiter la casse pour les banques privées européennes et d’imposer une nouvelle cure d’austérité à ce pays qui est pourtant dans un état de récession jugé pire que celui qu’ont connu les États-Unis en 1930 ! Les manœuvres de la Banque centrale européenne dirigée par Mario Draghi, ont contribué à cette situation catastrophique en gelant le plafond de l’accès des banques grecques à la liquidité d’urgence, ce qui a conduit à la mise en place d’un contrôle des capitaux et à la fermeture des banques, de manière à peser sur le scrutin en faveur du « oui ». Une véritable ingérence dans la vie politique d’un État membre de la part d’une institution qui est clairement sorti de son strict rôle monétaire !

Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix Nobel d'économie

Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix Nobel d’économie

De ce point de vue, l’analyse de Joseph Stiglitz est sans ambiguïté : « Les dirigeants européens commencent enfin à révéler la vraie nature du débat sur la dette, et la réponse n’est pas plaisante : il s’agit de pouvoir et de démocratie, bien plus que de monnaie et d’économie […] Soyons clairs : la Grèce n’a profité de presque aucune des sommes qui lui ont été prêtées. Elles ont servi à rembourser les créanciers du secteur privé – dont les banques allemandes et françaises. La Grèce a obtenu guère mieux que des miettes, mais a payé un énorme prix pour préserver les systèmes bancaires de ces pays. Le Fonds monétaire international et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est demandé. Dans un schéma de commerce classique, l’argent qu’ils récupèrent serait probablement prêté à nouveau à la Grèce. […] Ce que l’on voit aujourd’hui, 16 ans après que l’eurozone a institutionnalisé les relations entre ses membres, est l’antithèse de la démocratie : de nombreux leaders européens veulent voir la fin du gouvernement de gauche mené par Aléxis Tsípras ».

Les dernières propositions de la Commission européenne, telles qu’elles sont connues au travers des éléments rendus publics lors du référendum, n’augurent en effet rien de bon pour l’avenir des Grecs, exigeant notamment une nouvelle hausse de la TVA, une baisse de 900 millions d’euros de l’aide sociale, une limitation des pré-retraites et l’abolition progressive de la retraite complémentaire, une augmentation de 4 à 6 % des prélèvements pour soins de santé sur les pensions, le gel des retraites jusqu’en 2021, une nouvelle législation sur les licenciements collectifs, une réduction des salaires dans le secteur public et la poursuite de la privatisation du secteur de l’électricité : un véritable programme d’ajustement structurel qui s’ajoute à des années de cures d’austérité qui ont déjà mis le pays à genoux !

Yanis Varoufakis, le 28 juin à Athènes (photo M. Djurica / Reuters)

Yanis Varoufakis, le 28 juin à Athènes (photo M. Djurica / Reuters)

Que va t-il maintenant se passer après ce non retentissant du peuple grec qui fait s’étrangler de fureur la plupart des dirigeants européens ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais la démission du turbulent ministre des finances, Yanis Varoufakis, constitue sans conteste un geste d’apaisement stratégique très intelligent de la part du gouvernement grec qui ouvre ainsi la porte à une réouverture des négociations dans un climat plus apaisé. Espérons que nos responsables politiques, François Hollande en tête, sauront se montrer à la hauteur d’un tel enjeu et sauront faire retrouver à l’Europe la voie d’un comportement un peu plus solidaire et moins dogmatique !

L.V. LutinVertPetit

KATULU ? n°44

5 juillet 2015

44-1Voici un aperçu des échanges et notes de lecture rédigés par les lecteurs de Katulu ? dans le numéro 44 de mars-avril 2015. Pour plus de détail, nous vous invitons à télécharger ici le texte intégral des avis sur les livres abordés lors de cette rencontre (Katulu_44).

Passion Française

Gilles Kepel

Ph1_LivreKepel« Passion Française » de Gilles Kepel est un essai qui part des dernières élections législatives de juin 2012, où 400 candidat(e)s issus de l’immigration, surtout nord africaine, se sont présentés. Il en interroge une centaine. Comment ces individus ont cherché à représenter la France ou leur communauté aux Français ? Dans un monde complètement bouleversé où les repaires se délitent, quelle est l’identité nationale là où l’exclusion et les communautarismes s’affichent, s’opposent, où le système craque de tous les côtés laissant un boulevard au FN ?

Il focalise son analyse sur deux villes témoins : Marseille et Roubaix. « La 7eme circonscription des Bouches du Rhône est emblématique des quartiers nord de Marseille. La sénatrice et maire de secteur Samia Ghali a appelé l’armée à la rescousse d’un État dont les institutions civiles sont impuissantes devant les caïds de la drogue. C’est dans ces quartiers que l’islam peut apparaître comme régulateur, mais dans ces cités où la citoyenneté s’est estompée pour y substituer des normes d’un autre ordre, qui vont de la foi du charbonnier à un salafisme exacerbé. Le FN de son côté a obtenu entre 30 et 50 % des voix, soutenu par des Français de souche européenne, mais aussi par des jeunes votants d’origine maghrébine ».

Samia Ghali et Jean-Noël Guérini en novembre 2013 (photo P. Maillé)

Samia Ghali et Jean-Noël Guérini en novembre 2013 (photo P. Maillé)

On y découvre l’importance du clientélisme, en particulier développé par Jean-Noël Guérini, et la mainmise du trafic de drogue qui signent des particularité de la ville. « Outre que la toxicomanie et la dépendance à l’argent public sont toutes deux des formes d’addiction, elles peuvent se combiner dans un seul et même secteur lorsque le caïd du trafic se fait agent électoral rémunéré par une association vers laquelle tel candidat a détourné les subventions ».

Un livre très instructif qui permet de comprendre que rien n’est simple dans ce monde où se côtoient salafisme et nationalisme, ambitions personnelle et clientélisme, trafic de drogue et misère sociale, politique et religion…

Cécile

BLUE BOOK

Elise Fontenaille-N’Diaye

Ph3_LivreBlueBookBlue Book est un récit qui raconte l’histoire de l’Afrique du Sud-Ouest, l’actuelle Namibie. Il est établi à partir d’un rapport daté de 1917 par un juge Irlandais Thomas O’Reilly. Les faits évoqués se situent dans les années 1883 à 1916.

Qu’est-ce qu’un récit ? Le rapport d’une histoire. Le récit est comme un reportage assorti de quelques photos, cartes de géographie ; il s’appuie sur des sources historiques, journaux, correspondance. Le récit se veut le reflet d’une réalité, d’une vérité ancrée dans une chronologie précise.

Elise Fontenaille-N’Diaye s’exprime naturellement. Face aux massacres sanguinaires subis par ce peuple et perpétrés par ses occupants allemands, elle nous interpelle : Pourquoi cet oubli devant le mal ? Pourquoi ces génocides ? ces holocaustes ?

L'auteur, Elise Fontenaille-N'Diaye

L’auteur, Elise Fontenaille-N’Diaye

Ce récit est aussi un procès contre la théorie de hiérarchie raciale, les dérives de l’eugénisme, la fabrication d’une race supérieure qui justifierait tous les massacres, les totalitarismes, l’esclavagisme.

Ce récit est aussi une démonstration des petits calculs et manigances à l’origine des guerres, des génocides. Il montre la banalité du mal. La Namibie ou la répétition macabre de la seconde guerre mondiale, le laboratoire nazi.

Nicole

Bravo

Régis Jauffret

Ph5_LivreBravoCe livre est dédié à ceux qui ont dépassé la soixantaine et qui sont entrés dans le « continent gris » des petits vieux !

La vieillesse n’est-elle que hargne, indignité, mépris, méchanceté, perversité, haine, cruauté, cynisme ? C’est ce que nous laisse à penser l’auteur tout au long des 16 nouvelles mettant en scène des personnes âgées de 55 à 125 ans, accrochées à la vie comme un naufragé à un morceau de bois.

L'auteur, Régis Jauffret

L’auteur, Régis Jauffret

De sinistres portraits, tous aussi cruels les uns que les autres et qui, lorsque vous fermez le livre, vous laissent un sentiment de nausée. La mise en accusation de cette population qui oblige la jeunesse « à courber l’échine pour assurer sa subsistance » est sans pitié : les vieux prennent tout, s’en réjouissent et ne veulent surtout pas laisser leur place.

Que souhaite l’auteur ? L’euthanasie des vieux ? Sans le dire aussi clairement c’est la conclusion qui vient à l’esprit au fil des pages. Ce serait sans doute plus simple, en effet !…et cela fait frisonner lorsqu’on se penche sur l’histoire du XX° siècle.

Un livre à parcourir ou troisième ou au quatrième degré !

Marie-Antoinette

                                                 La Religion

Tim Willocks

Ph7_LivreReligion1565 : les armées de  Soliman le magnifique, sultan des ottomans, assiègent Malte, fief des chevaliers de l’ordre de Malte, ses ennemis jurés, proches des Templiers. « La religion » c’est le nom que se donnent les chevaliers cloîtrés sur leur petit archipel au sud de la Sicile.

L'auteur, Tim Willocks

L’auteur, Tim Willocks

A un contre cinq, les Chrétiens tiendront le siège au prix de combats effroyables. Cette période de l’histoire sert de toile de fond à ce roman qui met en scène Mattias Tannhäuser, ancien janissaire, qui connaît aussi bien les Turcs que les Chrétiens. Trafiquant d’armes et d’opium, il s’embarque pour cette terre de violence avec deux femmes pour retrouver le fils de la belle comtesse Carla La Penautier. Cet homme que la violence ne rebute pas est pourtant sensible à la musique et capable de beaux sentiments humains, amicaux et amoureux, tout comme d’autres personnages tout aussi violents que lui par ailleurs.

J’ai beaucoup aimé ce livre dans lequel les intrigues au sein de l’Église pour le pouvoir et l’inquisition sont évoquées. Il a une suite : « Les douze enfants de Paris ».

Josette M.

Un bon fils

Pascal Bruckner

Ph11_LivreBonFilsPascal Bruckner est un auteur contemporain qui a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le Prix Médicis pour « La tentation de l’innocence ».

J’ai lu « Le bon fils » sans entrain et avec un a priori négatif. Je le trouve un peu dur et ceci dès le début : «  mon Dieu, je vous laisse le choix de l’accident, faites que mon père se tue ! ». Finalement au fur et à mesure de la lecture, le livre me retient de plus en plus ! Il est bien écrit, avec un vocabulaire riche, poétique parfois, de l’humour aussi.

Pascal Bruckner (photo SIPA)

Pascal Bruckner (photo SIPA)

En fait ce roman est la biographie de l’auteur, dont l’enfance a été marquée par les disputes familiales violentes, injustes pour sa mère. L’auteur souffre beaucoup de ce climat de haine : «  Rentrer dans l’intimité de notre famille, c’était comme soulever une pierre sous laquelle grouillent les scorpions ».

Il demande très tôt à Dieu de le débarrasser de son père ! : «  mon Dieu débarrassez-nous de lui je vous en prie, je serai très sage ! [.] Dieu n’exaucera pas mes vœux et quatre ans plus tard, je cesserai de croire en Lui ». le Père, héros malgré tout du roman, est un être complexe : « caïd omnipotent », être intelligent, ingénieur des Mines, extrêmement cultivé mais profondément antisémite.

Josette J.

Meursault, contre enquête

Kamel Daoud

Ce roman tente de donner une suite à « L’Etranger » de Camus. L’étranger c’est Meursault, un homme jugé pour avoir tué, froidement et sans raison, un Arabe sur une plage, près d’Alger, durant l’été 1942. Meursault n’est finalement pas condamné à mort pour avoir tué un arabe mais pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère.

Dessin tiré de la BD L'étranger d'Albert Camus par Jacques Ferrandez (Ed. Gallimard)

Dessin tiré de la BD L’étranger d’Albert Camus par Jacques Ferrandez (Ed. Gallimard)

Dans le roman de Camus, l’Arabe n’a pas de nom. Cette non reconnaissance, même pas un prénom et un nom, va être le fil conducteur du livre. Toute la vie de Haroun, frère de Moussa (l’Arabe sans nom), sous la pression sans relâche de sa mère, va se résumer à réhabiliter ce frère assassiné sans laisser de trace. Il y a beaucoup de ressemblance entre ce roman et celui de Camus. Haroun comme Meursault vit avec beaucoup de détachement peu impliqué dans la vie sociale, sous l’emprise de sa mère.

A la manière de Meursault, en 1962, il va tuer un français sans raison : c’est enfin la réparation de la mort de Moussa. Au procès qui s’en suivra on lui reprochera non pas l’assassinat du français, mais sa non participation à la libération du pays et d’avoir tué le français un jour trop tard, le lendemain de l’indépendance.

Le romancier algérien Kamel Daoud (photo N. Tucat ; AFP)

Le romancier algérien Kamel Daoud (photo N. Tucat ; AFP)

Dans ce roman l’auteur revient sur la colonisation, critique très fortement le régime politique algérien, l’emprise de la religion, la liberté d’expression bafouée, les relations hommes femmes redessinées par la religion…

Un très beau livre, bien écrit, complexe, qui pose vraiment la question de l’absurde, de l’identité de chacun avec les héritages que l’on ne contrôle pas, l’époque, le pays, la famille, la religion, la question de son intégration dans son environnement, dans sa communauté.

Cécile

Plonger

Christophe Ono Dit Biot

Plonger est une belle histoire d’amour, d’un amour tragique qui fait mal et qui détruit. Le narrateur écrit l’histoire de cet amour pour que son fils de 4 ans connaisse sa mère à travers ce récit.Ph13_LivrePlonger

Le récit de cette brève passion qui s’échoue sur une plage d’Arabie est un peu celui de notre modernité où tout va trop vite et rien ne dure. César avant de rencontrer Paz, n’était pas bien dans sa peau, mal dans son siècle, déjà vieux avant l’âge. Un baroudeur devenu bobo, un angoissé de la fin prochaine de sa civilisation qui se console en lisant l’Iliade et en écumant les muses. La rencontre avec Paz bousculera ses certitudes et son confort : avec son fils, il arrivera peut-être à grandir et à mûrir…

Ce roman est une belle réussite, riche de poésie, mais dévoile la difficulté de vivre dans nos sociétés contemporaines individualistes et la soif de liberté des artistes.

Suzanne

TEMPS GLACIAIRES

Fred Vargas

Ph14_LivreVargasLe titre est déjà là pour nous plonger dans la glace de l’Islande qui est un des personnages de ce roman et ces temps glaciaires évoquent aussi la deuxième composante du roman la terreur glaciale sous Robespierre.

Le roman compte 500 pages qui se lisent avec délectation et curiosité bien sûr. L’histoire démarre sur une première mort intrigante à cause d’une lettre mystérieuse égarée par la victime et d’un signe étrange qui pourrait être une guillotine…

Fred Vargas (photo Visual)

Fred Vargas (photo Visual)

Vargas sait tenir en haleine son lecteur. Le ton du roman est enlevé, rapide, étonnant, mystérieux. Le dangereux assassin menace :5 crimes ont été commis or ils étaient douze sur cette île d’Islande, pays de brume !!

Ainsi par son atmosphère, mélange savant d’indices rationnels, d’analyses psychologiques fines, de réalisme, de poésie liée aux décors, au passé ressuscité, aux forces des puissances occultes qui s’invitent çà et là,à l’art du dialogue vivant, Temps glaciaires intrigue et son suspens nous envoûte et nous déroute jusqu’au bout !!!

A vous de dénouer le puzzle et de parier…si vous aimez le genre policier !!!

Nicole

Maud Fontenoy, la meilleure ennemie de l’environnement

3 juillet 2015

La nouvelle déléguée à l’environnement du parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, s’est mise au diapason de son nouveau patron qui n’avait pas hésité à affirmer le fond de sa pensée en déclarant en 2011 lors d’une table ronde devant un parterre d’agriculteurs : « l’environnement, ça commence à bien faire ».

BloG202_PhTraverséeL’ex-navigatrice Maud Fontenoy, plus connue pour son fameux coup de rame qui lui avait permis de traverser l’Atlantique Nord en 2003, puis une partie du Pacifique, vient en effet de rejoindre la commission exécutive de l’ex-UMP après avoir figuré déjà en 2004 sur la liste UMP conduite alors par Jean-François Copé lors des élections régionales en Ile-de-France. Elle figure d’ailleurs en bonne place dans l’équipe de campagne de Christian Estrosi pour les prochaines Régionales fin 2015, cette fois en PACA.

Habituée à naviguer « à contre-courant », Maud Fontenoy avait d’ailleurs clairement annoncé la couleur dans le titre de son précédent livre paru en 2013 et intitulé « Ras le bol des écolos ». Pour quelqu’un qui a construit toute sa notoriété sur la défense de l’écologie et qui se présente comme porte-parole de l’UNESCO pour la défense des océans, la formule est pour le moins provocatrice. Mais elle va beaucoup plus loin dans son dernier ouvrage qui vient de paraître sous le titre de « Les raisons d’y croire » et qui défend les thèses les plus réactionnaires en matière environnementale, au point d’avoir conduit le magazine Elle à la traiter d’ « abbé Pierre militant en faveur de l’optimisation fiscale ».Blog202_PhLivreRaisonsCroire

Il faut dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère, n’hésitant pas à qualifier le recours aux gaz de schiste d’ « atout écologique ». Elle estime en effet que les méthodes d’extraction utilisées au Canada n’ont finalement qu’un impact limité sur la pollution des milieux naturels et en particulier des nappes souterraines, ce qui rend ce type d’exploitation tout à fait acceptable. Pourquoi en effet se casser la tête à développer les énergies renouvelables alors qu’il reste encore un peu d’huile et de gaz de schiste à exploiter sous nos pieds et que les compagnies pétrolières piaffent d’impatience pour développer l’exploration dans nos contrées après avoir ravagé le sous-sol américain ? Avec ce genre de raisonnement, l’homme en serait sans doute resté à l’âge de la pierre car après tout, ce n’est pas la matière première qui manque, n’est-ce pas ? Oublié en tout cas l’impact catastrophique des énergies fossiles sur le changement climatique global : il est vrai que lorsqu’on flotte sur les océans, on se moque bien de l’élévation de leur niveau…

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Pas d’état d’âme non plus vis-à-vis des OGM dont elle ne voit absolument pas pour quelle raison on se montrerait méfiant quant à leur généralisation. Le fait que ce développement se fasse pour le grand profit des multinationales comme Monsanto et au détriment des petits agriculteurs, contraints d’acheter chaque année des semences stériles et les produits de traitement qui vont avec, ne semble pas le moins du monde gêner la navigatrice très à l’aise avec le grand patronat, au point d’avoir installé le milliardaire François Pinault en bonne place de sa fondation comme cela lui a été parfois reproché.

Blog202_PhRoundupCe coup de pouce en faveur des multinationales de l’agro-chimie va même bien plus loin puisque Maud Fontenoy n’hésite pas à plaider dans son dernier livre en faveur du Roundup, le produit phare de Monsanto, injustement attaqué par la vindicte populaire. Et pour cela, les approximations les plus grossière et les mensonges les plus éhontés ne lui font pas peur ! Comme l’indique la revue Politis, elle explique tranquillement que l’étude du Centre International sur le Cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation Mondiale pour la Santé, n’apporte aucune preuve pour classer le principal composant de ce désherbant, le fameux glyphosate que l’on retrouve désormais dans la majorité de nos cours d’eau, comme « probablement cancérigène ». Elle réclame, posture classique de la Droite qui relaie les demandes des industriels et de la FNSEA, de nouvelles études « pour réfléchir ». Manifestement, la leçon de l’amiante et celle du sang contaminé se semblent pas avoir été retenues par tous…

Même posture sur la question des modes de transports. A Paris, Maud Fontenoy ne craint pas d’affirmer que les vélos commencent à prendre beaucoup trop de place et qu’il est temps de réaffecter les voies sur berge à la circulation automobile : même sa concurrente Nathalie Kosciusko-Morizet s’en étrangle d’étonnement ! Quant au diesel, qui émet certes un peu moins de CO2 qu’un moteur à essence, mais dégage davantage d’oxydes d’azote, encore plus impactant pour notre environnement, et surtout des particules fines très nocives pour la santé humaine, l’ex-navigatrice ne voit aucune raison d’en limiter progressivement l’usage comme le souhaite Anne Hidalgo à Paris. A l’entendre, « il y a des filtres à particules fines qui existent, il y a des diesel qui ne polluent pas ». La solution est donc simple : il suffit de subventionner l’achat de nouveaux véhicules diesel et les industriels ne s’en porteront que mieux…

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l'hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l’hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Avec de tels défenseurs de l’environnement, au moins la Droite ne prend pas le risque d’inquiéter ses électeurs quant à l’ampleur des défis environnementaux qui nous attendent. On est bien loin du discours que tenait en 2008 un certain Nicolas Sarkozy à l’occasion des discussions du Grenelle de l’environnement, lorsqu’il affirmait tout feu tout flamme : «  La France considère avoir une impérieuse obligation de résultat en matière de préservation de l’environnement. On n’est plus dans l’incantation, on est dans la décision ». Une erreur de jeunesse sans doute, bien vite oubliée par lui et par ceux qui le soutiennent, et tant pis pour l’avenir de notre planète et des futures générations…

L.V. LutinVertPetit

Crise grecque : petite réflexion personnelle…

1 juillet 2015

Ce matin, lundi 29 juin 2015, le cours d’Euronext, le principal opérateur financier de la zone euro, a chuté de 6,16 % (actualisé à 13h30). La capitalisation boursière totale d’Euronext est de 2 600 milliards d’euros : 160 milliards d’euros sont donc partis en fumée. Les autres fonds européens étaient, à la même heure, dans la même tourmente. Par exemple, Deutsche Börse (bourse de Francfort), avec -2,54 % a perdu en une matinée 50 de ses 2 000 milliards d’euros.

La Bourse de Francfort, en Allemagne (photo D. Roland AFP)

La Bourse de Francfort, en Allemagne (photo D. Roland AFP)

Il est vraisemblable que sur la totalité de la capitalisation de la zone euro, la perte de ce matin soit supérieure au montant total de la dette grecque qui est de 320 milliards d’euros. Elle est même nettement supérieure si l’on rajoute le London Stock Echange Group, essentiellement en Livres Sterling, bien sûr, mais qui gère aussi la Borsa Italiana (en euros). Le London SE avait perdu 1,84 % soit 83 milliards d’euros quand-même.

Depuis la « prise en mains » de la dette grecque par l’Europe, le PIB de la Grèce a perdu 25 % et la dette grecque a continué d’augmenter. Par idéologie et faiblesse politique, aucune action efficace n’a été menée. Oui, une : les dettes privées ont été rachetées en 2010 par les fonds publics (BCE, États, …), pour le plus grand bénéfice des banques privées européennes (57 milliards de dette transférées pour les banques françaises, 30 milliards pour les allemandes).  Merci aux contribuables ! Et les politiques de rigueur n’ont fait qu’empirer la crise.

Blog203_DessinGrece

Cette situation est pénalisante pour les Grecs, qui n’ont pas d’issue économique. Elle l’est aussi pour l’Europe. Lorsque les valeurs boursières baissent, ainsi que celle de l’euro (1,10 $ aujourd’hui), les entreprises européennes sont vulnérables, pouvant être rachetées par les Américains, les Chinois ou d’autres à des prix intéressants (Alstom, Alcatel-Lucent, Dentressangle, etc.). Quant aux Grecs, les Russes ou les Chinois, se feront un plaisir de les maintenir la tête hors de l’eau. Les dirigeants européens ont vraiment une compétence géostratégique subtile…

En résumé, les bourses européennes ont perdu en une matinée autant que la dette cumulée grecque. Cela permet de méditer sur l’affirmation selon laquelle les déficits doivent être comblés avant tout investissement. Nous n’avons ni l’équilibre budgétaire, ni les investissements, ni la croissance. Au contraire, la politique européenne, soutenue par la France, appauvrit l’Europe. Depuis 3 ans, nous sommes le seul continent sans croissance. Il serait quand-même temps de regarder la vérité en face et de changer le fusil d’épaule ?

JBx