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Rivières mystérieuses de Cassis : les explorations se poursuivent…

22 avril 2017

En octobre 2015, une conférence organisée par le Cercle progressiste de Carnoux et animée par l’association Cassis, la rivière mystérieuse, avait attiré plus de 120 personnes pour visionner deux films spectaculaires présentés par Gérard Acquaviva et Louis Potié. Un succès qui s’explique largement par la fascination qu’exerce l’exploration en cours de ces deux résurgences en mer d’eaux douces, connues vraisemblablement depuis l’Antiquité mais dont on commence seulement à mieux appréhender les cheminements souterrains.

Emplacement des sources de Port-Miou et du Bestouan (source KarstEAU)

Au cours de l’année 2016, les explorations de ces conduits karstiques noyés, parcourus et cartographiés désormais sur plusieurs kilomètres et qui débouchent en mer, se sont poursuivies avec notamment plusieurs campagnes de plongée en avril et mai 2016 organisées en présence du plongeur professionnel Xavier Méniscus, qui avait battu en juillet 2015 un record européen de plongée spéléologique en descendant à -262 m dans un gouffre des Corbières.

Matériel utilisé pour la plongée de Xavier Méniscus à Port-Miou le 28 mai 2016

A Port-Miou, le 28 mai 2016, il est descendu à -145 m dans le grand puits terminal (qu’il avait exploré en 2012 jusqu’à -223 m), un puits qui se situe en amont de la galerie d’entrée, à un peu plus de 2 km du débouché en mer, dans la calanque de Port-Miou. Plusieurs vidéos ont été tournées à cette occasion, par Michael Walz et Fred Swierczynski. Le montage de ces images sous-marine donne une bonne idée de la nature de telles expéditions et de la sophistication du matériel nécessaire pour s’engager dans une telle entreprise.

Plongée dans la galerie naturelle de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit les plongeurs se faufiler à travers les buses du barrage anti-sel qui avait été construit dans les années 1970 à une période où l’on espérait pouvoir exploiter un jour cette résurgence d’eau douce en la protégeant des remontées d’eau saline. Depuis, les investigations effectuées par les universitaires du programme KarstEAU, sous la conduite de Bruno Arfib, ont permis de comprendre que d’autres intrusions salines plus profondes permettaient à l’eau de mer de contourner ce barrage.

Coupe schématique de la résurgence de Port-Miou (document extrait de la plaquette Les rivières de Cassis)

Les images tournées à l’occasion de ces plongées récentes donnent une bonne idée de la taille de la galerie principale dans laquelle évoluent les plongeurs, et surtout de l’ampleur du puits qui se développe à l’extrémité de cette galerie.

Plongée dans le puits de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit aussi un plongeur déverser de la fluorescéine dans la galerie fin de réaliser une mesure de débit (par suivi de la dilution).

Essai de coloration à la fluorescéine à Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

En avril 2017, de nouvelles plongées viennent d’avoir lieu, toujours dans la galerie de Port-Miou, qui ont notamment permis d’installer deux fluocapteurs à charbon actif qui devraient permettre de détecter finement toute trace de fluorescéine en vue de nouvelles tentatives de coloration.

Car dans le même temps, les explorations spéléologiques continuent depuis la surface du plateau calcaire, afin de tenter de repérer des voies d’accès terrestres vers l’amont de ces galeries souterraines noyées. En 2015, les spéléologues concentraient beaucoup d’espoir sur le gouffre de la Gorguette qui se situe juste en contrebas de la route départementale, dans la descente entre Carnoux et Cassis. Un essai de coloration y a donc été tenté en octobre 2015, avec l’aide des pompiers pour apporter la charge de dilution nécessaire. Mais grande fut la déception de tous les acteurs de cette expérience car aucune trace de colorant n’a pu être détectée ni dans la résurgence du Bestouan ni dans celle de Port-Miou.

Extrait d’un article de La Provence du 31 octobre 2015 relatant la tentative de coloration depuis le gouffre de la Gorguette

Depuis, les efforts se concentrent donc sur deux autres avens situés à proximité l’un de l’autre, au dessus du Mussuguet, en bordure du camp militaire de Carpiagne, de part et d’autre de la limite administrative du parc National des Calanques (ce qui ne facilite pas les autorisations pour y intervenir !).

Tête de l’aven Mussuguet 3

Le premier, dit Mussuguet 3 de son petit nom, est un puits vertical de 32 m de profondeur dont le fond est obstrué d’éboulis argileux et où la présence de caz carbonique oblige à prendre de nombreuses précautions. Persuadés que cet aven se prolonge en profondeur, les spéléologes s’acharnent depuis 2013 à déblayer le fond du gouffre de ces blocs éboulés. En février 2015, alors qu’ils avaient réussi à approfondir de quelques mètres le fond du trou, une première coloration a montré que ce point d’infiltration naturel était bien en lien direct avec la galerie de Port-Miou située juste en dessous puisque la fluorescéine a été détectée au barrage de Port-Miou 43 heures plus tard, après avoir parcouru environ 3,5 km en souterrain.

Equipement du Mussuguet 3 pour sa désobstruction (photo MV, 18 octobre 2015)

Cette bonne nouvelle a dopé les espoirs des spéléologues qui ont donc redoublé d’efforts, équipant à demeure le puits d’un portique métallique pour y suspendre le treuil destiné à remonter les déblais. Fin 2016, après de nombreux week-end passés à se relayer au fond du puits pour remplir des seaux d’argile, la profondeur de l’aven atteignait 44,15 m. Un travail de fourmi donc qui devra encore se poursuivre sachant que chaque seau remonté à la surface au prix d’efforts qui forcent l’admiration ne permet de faire baisser le fond du puits que de 1,3 cm en moyenne…

Quant à l’aven du Sumac, découvert en 2014 et situé à une centaine de mètres du précédent, il fait lui aussi l’objet d’un travail de forçat pour le désobstruer car il était totalement rempli de pierres lors de sa découverte. Le travail de déblaiement est d’ailleurs plutôt plus rapide dans ce dernier car les éboulis ne sont pas aussi argileux.

L’entrée du Sumac soigneusement protégée

En mai 2015, après avoir remonté plus de 2600 seaux de pierres, les spéléologues avaient ainsi atteint la profondeur de 12 m. Un an plus tard, alors que le fond du puits principal s’établissait à 19 m de profondeur, une diaclase secondaire a été repérée, laissant espérer un prolongement au moins jusqu’à la profondeur de 41 m. Le suspens se poursuit donc et tout laisse espérer que de nouvelles découvertes devraient permettre d’en savoir bientôt davantage sur ces fameuses rivières mystérieuses de Cassis et sur le réseau de conduits karstiques qui les alimentent depuis un vaste espace calcaire qui englobe probablement tout le massif du Beausset et peut-être même au-delà.

Rendons hommage en tout cas à ces passionnés qui se retrouvent tous les week-end pour progresser, centimètre par centimètre, pierre à pierre, seau après seau, dans la connaissance de ces réseaux souterrains qui se déployent sous nos pieds, aux portes de Carnoux.

L.V.  

Le chauffage central, une idée vieille comme le monde !

15 novembre 2016

Les veillées autour du feu de camp ne datent pas de l’invention des joyeuses colonies de vacances ni même de la ruée vers l’ouest et de son folklore de cow-boys. On sait maintenant que la domestication du feu par l’homme est très ancienne, beaucoup plus en tout cas que ce qu’imaginait en 1909 l’écrivain de science fiction connu sous son pseudonyme J.H. Rosny aîné dans son célèbre roman La guerre du feu, qui était supposé se dérouler au Paléolithique, vers 80 000 ans avant notre ère, même si le roman fait se croiser des tribus apparentées pour partie aux Néanderthaliens et pour partie à des Homo sapiens, voire à des reliquats d’Homo erectus pourtant vraisemblablement disparus à cette date.

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Il a été depuis retrouvé en Chine sur le site de Zhoukoudian, des traces indiscutables d’un foyer entretenu par des Sinanthropes il y a plus de 400 000 ans, et sur lequel ont été durcies à la flamme des pointes de flèche en os et en bois de cerf. En Europe même, le plus ancien foyer préhistorique connu serait celui identifié en 2016 sur le site de Cueva Négra en Espagne, qui présente des traces de foyer vieux de 800 000 ans.

De ce point de vue, la grotte de Bruniquel découverte en 1980 en surplomb de l’Aveyron, dans le département de Tarn-et-Garonne, ne manque pas d’intérêt. Une vaste galerie qui a servi d’abri à des générations d’ours des cavernes conduit à une salle, située à plus de 300 m de l’entrée, qui présente au sol une construction circulaire formée d’un amoncellement soigneusement ordonné de 400 fragments de stalagmites brisées entassées comme pour circonscrire un foyer. De fait, des vestiges de combustion et des morceaux d’os calcinés ont été retrouvés dans cette structure étrange.

Structure circulaire construite à l'aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Structure circulaire construite à l’aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Une datation au carbone 14 a été réalisée en 1995 sur un morceau d’os brûlé trouvé sur place, mais le carbone 14 n’y est plus décelable, ce qui indique un âge supérieur à 47 600 ans. Il a fallu attendre 2011 pour qu’une chercheuse belge ait l’idée de procéder à une datation de la calcite des stalagmites en utilisant la méthode uranium-thorium. Cette datation a été effectuée par des équipes franco-belges issues en partie du CNRS, et les résultats de leurs analyses ont été publiées le 25 mai 2016 dans la revue Nature.

Les datations effectuées sur la calcite qui s’est déposée sur la structure construite, donc après l’abandon du site par ses aménageurs, aboutissent à un âge de 176 500 ans ! Cela signifie donc que les hommes qui ont réalisé cette construction et l’ont utilisée étaient les premiers représentants européens de l’Homme de Néanderthal, bien avant le Paléolithique supérieur.

Comme chacun sait, sauf le petit Nicolas (Sarkozy) qui l’a appris à ses dépens à l’occasion d’une visite en Dordogne, les Néanderthaliens ont côtoyé l’homme de Cro Magnon (qui lui est un Homo sapiens) mais ils étaient présents sur notre territoire bien avant lui. Rappelons en effet que les peintures rupestres de Lascaux (datées de 13 000 ans avant notre ère) et même celles de la grotte Cosquer (27 000 ans) voire celles de la grotte Chauvet (qui remontent à 38 000 ans) sont bien postérieures à cette époque où une tribu de Néanderthaliens se massait au fond de sa grotte de Bruniquel pour s’éclairer, se chauffer et sans doute se rassurer, autour d’un bon feu.

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Cette datation récente remet en question bien des préjugés sur la société néanderthalienne dont on n’imaginait pas jusque là qu’elle ait pu atteindre un tel niveau d’organisation collective pour construire et entretenir une telle structure relativement complexe, ni même qu’elle ait pu à une date aussi reculée apprivoiser de telle manière le monde hostile et inhospitalier des grottes souterraines, jusqu’à s’y aménager un intérieur douillet autour d’un bon feu de bois soigneusement entretenu.

L’histoire ne dit pas (encore) à quoi a servi réellement cet amoncellement de fragments de stalagmites peut-être davantage destinées à l’éclairage qu’au chauffage du groupe humain qui l’avait ainsi édifié au centre de son habitation. Elle ne précise pas non plus comment étaient évacuées les fumées dans un espace aussi confiné. Certes, l’époque ne se prêtait pas encore à la controverse quant au rôle nocif des particules fines liées à une combustion incomplète dans un foyer ouvert. Il importe donc de ne pas tirer de conclusion hâtive quant à l’impact sanitaire d’une telle exposition en s’appuyant sur le fait que tous les témoins de la scène sont malheureusement morts depuis belle lurette…

L.V.   lutinvert1small

Alors, la vaccination, est-ce bien utile ?

26 octobre 2016

afficheconfvaccination« Vaccination : agression ou protection » tel était le titre de la conférence donnée par Annick Guimezanes et Marion Mathieu, invitées par le Cercle Progressiste Carnussien le jeudi 6 octobre 2016 au Clos Blancheton à Carnoux devant une trentaine de personnes.

Annick Guimezanes est chercheuse émérite à l’Inserm, plus précisément au Centre d’Immunologie à Marseille Luminy. Elle participe depuis 2009 à des formations en immunologie auprès d’associations de malades. Marion Mathieu est docteur en biologie, formatrice dans « Tous chercheurs », association qui s’est donnée pour mission d’initier le public à la démarche scientifique et au milieu de la recherche, sur des thèmes très variés tels que la vaccination, les essais cliniques, les tests génétiques, etc.

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Si le principe de la vaccination reste constant, les vaccins, eux, ont beaucoup évolué et se sont diversifiés depuis les débuts. Dans le même temps la perception de la population vis-à-vis de la vaccination est passée d’un accueil positif à une solide implantation. Face à cette reconnaissance, on assiste depuis quelques années à la montée de réticences tant vis-à-vis des produits que du principe même de la vaccination généralisée.

phpasteurSi la première vaccination contre la variole, avec la vaccine des vaches par E. Jenner remonte à 1796, ce n’est que dans les années 1860-1870 avec L. Pasteur en France et R. Koch en Allemagne que l’on prend conscience qu’un microbe est responsable de la maladie (bactérie ou virus) et qu’on commence à mettre au point des vaccins grâce à l’injection de la maladie atténuée.

Un rappel du mécanisme de la réponse immunitaire a permis aux intervenantes de mieux faire comprendre la vaccination. La réponse immunitaire à une infection, se fait en deux temps  une réponse innée rapide mais peu spécifique puis une réponse adaptative, plus spécifique et qui garde la mémoire de cette première rencontre avec le microbe. Cette mémoire permettra de répondre beaucoup plus vite lors d’un nouveau contact avec le même microbe. Le principe de la vaccination utilise cette mémoire immunitaire et permet de s’immuniser avec un microbe atténué, pour répondre très vite et sans être malade si l’on est un jour en contact avec le vrai microbe (voir le schéma).

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Il existe deux grands types de vaccins :

– les vaccins vivants atténués. Le microbe a été rendu moins virulent, pour créer chez la personne vaccinée, une infection avec peu ou pas de symptômes. C’est le cas en France pour plusieurs vaccins dirigés contre des virus : poliomyélite (vaccin oral), rougeole-oreillons-rubéole (ROR), varicelle… et une bactérie, la tuberculose ou bacille de Calmette et Guérin : BCG

– les vaccins non vivants ou inactivés. Ils peuvent contenir le microbe entier tué, des fragments de microbe ou la toxine produite par le microbe, qui est alors inactivée. Pour obtenir une meilleure réponse protectrice, depuis la fin des années 1920 des adjuvants ont été utilisés avec les vaccins non vivants qui constituent la plupart des vaccins.

livre-vaccinationBeaucoup de critiques et de méfiance proviennent de l’utilisation des adjuvants. Ces derniers sont nécessaires et on ne sait pas toujours comment ils interviennent. Les sels d’aluminium sont les plus anciens adjuvants utilisés depuis 1926. On sait depuis peu (2009) qu’ils stimulent la réponse du système immunitaire inné, en jouant le rôle du signal de danger. On les soupçonne aujourd’hui d’être, tout comme les déodorants à aluminium, plus ou moins associés à la myofasciite à macrophages, une maladie très rare caractérisée par des lésions musculaires infiltrées par des macrophages.  L’aluminium qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années reste l’adjuvant le plus utilisé, mais de nombreux autres adjuvants sont testés aujourd’hui, pour trouver la « perle rare » qui n’aurait pas d’effets secondaires.

Comment imaginer la couverture vaccinale : la notion d’immunité de groupe

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Ce tableau nous permet d’apprécier que dans une population vaccinée les risques de propagation d’une épidémie sont faibles, les non vaccinés étant protégés par les vaccinés. A cela il faut cependant ajouter que l’immunité n’est pas pérenne, il y a nécessité de faire des rappels. Aujourd’hui avec le recul on s’aperçoit que l’efficacité des vaccins est plus longue que prévue, et pour les rappels, on parle d’âges de vaccination après l’enfance : à 25, 45 et 65 ans.

dessinterrorismeDans la législation française, la confusion existe entre l’obligation et la recommandation des vaccins. C’est une opposition historique qui n’a aucune relation avec la gravité des maladies dont ils nous protègent. Les vaccins les plus anciens (diphtérie, tétanos et poliomyélite) sont obligatoires et exigés pour l’inscription des enfants à l’école, et les autres sont recommandés mais tout aussi importants. Le vaccin est un médicament tout à fait particulier. On a en effet le sentiment de prendre des risques alors qu’on n’est pas malade. On voit beaucoup moins clairement le rapport bénéfice/risque que pour un médicament classique.dessinrats

Dans ce climat de défiance on a fait ainsi la relation entre la vaccination de l’hépatite B et la sclérose en plaque (SEP). La campagne de vaccination qui ne devait concerner que les nourrissons et les enfants de 10/11 ans, a été étendue à un grand nombre de personnes. On a constaté un nombre de cas de SEP qui a paru anormalement élevé parmi les personnes vaccinées.

Depuis, de nombreuses études rétrospectives ont été menées sur cette relation possible. Le consensus actuel dans la communauté scientifique est une absence de causalité : si on compare une population importante de gens vaccinés et non vaccinés on trouve la même proportion de cas de SEP dans les deux populations (environ 1 personne sur 10 000). Quant à la relation entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole et l’autisme, il s’agissait d’une fraude scientifique. La publication relative à ce prétendu lien a été retirée et son auteur a été radié de l’ordre de médecins. Dans un cas comme dans l’autre, la première « information scandale » circule vite tandis que le résultat des études qui contredisent ces informations ne fait plus l’objet de l’attention du public !dessingrippea

Pour d’autres raisons, l’épisode de la grippe H1N1 particulièrement mal géré en France a contribué aussi à la perte de confiance dans la vaccination. La couverture vaccinale des personnes âgées, à risque pour la grippe est passée de 65% en 2008 à 50% en 2013. Alors que 90 % des français se déclaraient favorables à la vaccination en 2000, ils n’étaient plus que 60 % en 2010. Ne rejoint-on pas un comportement général essentiellement individualiste qui ne perçoit plus l’intérêt que l’on prenne un peu de risque pour une protection individuelle et collective ?

On a pu ainsi apprécier combien il était important d’avoir une remise à jour des informations sur des notions parfois trop rapidement mises à mal par des désinformations qui circulent souvent sur internet. Merci vraiment à nos deux conférencières

Après la réponse aux nombreuses questions du public, le verre de l’amitié nous a permis de poursuivre des échanges sur cette question et sur bien d’autres, naturellement !!!

Cécile Tonnelle

Vaccination : agression ou protection ?

24 septembre 2016

Tel est le sujet de la prochaine conférence qui est organisée par le Cercle Progressiste Carnussien et qui se tiendra à Carnoux-en-Provence, le jeudi 6 octobre 2016 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton, située en haut de la rue Tony Garnier, derrière la mairie. Librement accessible à tous, cette conférence destinée à un large public abordera toutes les questions que chacun se pose au sujet de la vaccination, enjeu essentiel en matière de santé public mais aussi source de controverses et de peurs plus ou moins rationnelles.

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Voici un petit aperçu des principaux thèmes qui seront abordés lors de cet échange :

Qu’est-ce que la vaccination ? De quoi sont faits les vaccins ? Comment nous protègent-ils ? Qu’est-ce que la couverture vaccinale ?

livre-vaccinationLa vaccination occupe une place particulière dans le paysage biomédical par les débats qu’elle suscite. En effet, si le principe de la vaccination reste constant, les vaccins eux, ont considérablement évolué et se sont diversifiés depuis leurs débuts. Dans le même temps, la perception de la population à l’égard de la vaccination est passée successivement de débuts héroïques, à une solide implantation dans le paysage sanitaire, et aujourd’hui à la montée de réticences d’une partie de la population tant vis-à-vis des produits que du principe même d’une vaccination généralisée.

Si ces questions vous intéressent, cette conférence est l’occasion d’en savoir plus sur le fonctionnement du système immunitaire, sa réaction à une infection. La conférence sera animée par Annick Guimezanes, chercheuse honoraire à l’Inserm, au Centre d’Immunologie de Marseille Luminy, et Marion Mathieu, biologiste, formatrice scientifique de l’Association Tous Chercheurs*, à Luminy. Cette conférence sur les vaccins est née d’une demande de patients atteints de maladies auto-immunes, qui ne trouvaient pas de réponses à leurs questions sur la vaccination : elle a été donnée dans le cadre des Séminaires Ketty Schwartz organisés par l’Inserm pour informer les membres d’associations de malades.livre-vaccination-2

Après avoir rappelé ce qu’est une infection et comment fonctionne le système immunitaire, elles vous raconteront comment sont fabriqués les vaccins, quel est le rôle des adjuvants, et nous évoquerons les controverses récentes autour de la vaccination.

Au moment où des informations contradictoires circulent sur les vaccins, cette conférence dressera un état des lieux de la vaccination et vous donnera des clés de compréhension sur la vaccination

Cette rencontre abordera les aspects biomédicaux mais aussi les aspects historiques et sociétaux qui entourent la question de la vaccination.

Annick Guimezanes et Marion Mathieu

 

 

*L’association Tous Chercheurs, située sur le Campus Universitaire de Luminy, a pour projet d’initier un large public à la démarche scientifique. Elle reçoit des lycéens et des patients dans des locaux dédiés permettant au public d’expérimenter, pour mieux comprendre.

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Le soleil comme on n’a pas l’habitude de le voir…

12 février 2016

Blog274_PhSoleilC’est une vidéo tout à fait exceptionnelle qui avait été diffusée en novembre dernier par la NASA et qui a été déjà largement relayée par les médias du monde entier mais dont on ne se lasse pas, tant les images en sont spectaculaires !

Les photos ont été prises par la sonde SDO (Solar Dynamic Observatory) lancée en 2010 dans le cadre du programme joliment nommé « living with a star », et qui envoie des images toutes les 12 secondes, prises selon 10 logueurs d’ondes différentes. Mais ces images ont ensuite été assemblées par milions afin de reconstituer cette vidéo ultra haute définition qui, outre son grand intérêt scientifique, présente une qualité esthétique tout à fait remarquable. Le résultat est d’autant plus bluffant que ce qui se présente comme une simple vidéo banale, résulte en fait d’un travail de titan puisqu’il a fallu pas moins de 300 heures pour en réaliser le montage à raison d’une dizaine d’heures pour chaque minute ! A déguster en plein écran bien entendu…

Blog274_PhEruption

On y voit notamment les impressionnantes éruptions solaires avec d’immenses fontaines de feu qui s’élèvent très haut dans l’espace sous forme de jets de gaz incandescent dont la température atteindrait 20 millions de dégrés : chaud devant…

Blog274_PhCouleur

Pour mettre en évidence ces geysers jaillissant à la surface de l’astre solaire, ce sont des capteurs à longueur d’onde unique qui ont été utilisés alors que d’autres images plus colorées ont été prises dans un domaine de longueur d’ondes très large, qui révèle un rayonnement intense de la matière dans une gamme de couleurs somptueuses mais qui ne permet plus de voir les éruptions solaires car ces dernières sont moins lumineuses que le fond d’image.

Blog272_PhRXCertaines séquences qui montrent la surface crevassée du soleil résultent de l’assemblage d’images prises à l’aide d’un capteur utilisant des rayons X. Cette partie superficielle du soleil constitue une sorte de peau froide (à 6 000 °C quand même) alors que le gros du soleil est une boule gazeuse.

Quant à la petite balle noire qui traverse subrepticement la vidéo à plusieurs reprises, il s’agit tout simplement de Vénus qui se balladait justement entre le soleil et la Terre, comme chacun bien sûr l’avait deviné…

C.T.  

A la recherche de mécènes pour le Glacier Blanc

19 décembre 2015

Le mécénat d’entreprise s’est jusqu’à présent surtout distingué dans le domaine sportif où l’on s’est habitué depuis longtemps à voir fleurir les noms de marques commerciales sur les maillots des athlètes et dans les tribunes des stades. Verra t-on un jour cette pratique se développer pour investir d’autres champs comme la solidarité internationale où la protection de l’environnement ? De nombreuses initiatives ont été tentées dans ce sens mais avec un succès pour l’instant très relatif, surtout dans notre pays à forte tradition étatiste où ces domaines relèvent classiquement plutôt de l’engagement national via le financement d’organismes publics.

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Mais en ces temps où l’argent public se fait rare, certaines initiatives méritent d’être relayées ! Alors que le musée du Louvre lance des souscriptions citoyennes pour l’acquisition d’œuvres d’art, le Réseau régional des espaces naturels (RREN PACA) anime, quant à lui, une démarche visant à promouvoir le mécénat d’entreprises en faveur des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur : financer des projets visant à préserver la biodiversité dans des sites naturels d’exception, voilà un bel investissement fédérateur et valorisant pour une entreprise citoyenne soucieuse de son intégration sociale !

Blog259_PhMecenatCe réseau, créé en 1985 et animé par l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement (ARPE), regroupe 28 membres, tous gestionnaires d’espaces naturels en région PACA, parmi lesquels 4 parcs nationaux (ceux des Calanques, des Écrins, du Mercantour et de Port-Cros), 7 parcs naturels régionaux, 6 départements (gestionnaires de leurs espaces naturels sensibles), 2 conservatoires botaniques nationaux, mais aussi le Conservatoire du littoral ou la Réserve nationale de Camargue. La troisième rencontre Entreprises et Espaces naturels, consacrée à ce mécénat d’entreprises en faveur de la biodiversité, s’était d’ailleurs tenue en juin 2015 à Forcalquier, avec l’appui de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, afin de mobiliser les acteurs impliqués dans la démarche.

Une liste de 35 projets en recherche de mécènes est ainsi disponible sur le site de l’ARPE, à l’attention des entreprises désireuses de s’investir. Parmi ces projets, citons celui du Glacier Blanc, un site emblématique du Parc national des Écrins. Premier massif glaciaire français avec 120 km2 de glaciers (plus que le versant français du massif du Mont-Blanc), le massif des Écrins est menacé par le réchauffement climatique global et un programme de suivi a été mis en place en partenariat entre le Parc, l’IRSTEA (Institut national de la recherche en sciences et technologie de l’environnement et de l’agriculture) et un laboratoire universitaire de Grenoble, le LGGE (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement).Blog259_PhGlacier

Un bilan de masse est effectué chaque année depuis 2004 pour suivre l’évolution du volume de neige et de glace qui s’accumule chaque hiver puis fond en été tandis que le front glaciaire recule sous l’effet d’un réchauffement climatique inexorable. On constate ainsi que le Glacier Blanc a déjà perdu un quart de sa superficie en 30 ans et que son épaisseur a diminué de 9,30 m au cours des 12 dernières années ! Ces mesures systématiques et rigoureuses, effectuées selon un protocole très précis et sur plusieurs années, permettent d’accumuler des données très précieuses pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes montagnards en lien avec le changement climatique.

Car un glacier est un milieu en évolution permanente qui, outre sa valeur patrimoniale et paysagère, joue un rôle important comme réserve d’eau douce et comme source d’alimentation des cours d’eau. Suivre son évolution à long terme permet certes de disposer d’un bon indicateur naturel des changements climatiques globaux mais donne aussi de précieuses indications pour la gestion des ressources en eau, voire pour la prévention des risques naturels.

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

La formation de poches d’eau sous-glaciaires peut en effet être à l’origine de mouvements de terrain dévastateurs comme celui qu’ont connu en Haute-Savoie les communes de Saint-Gervais et Le Fayet en 1892, dévastées par une lave torrentielle de 800 000 m3 suite à la rupture d’une poche d’eau sous-glaciaire au niveau du glacier de la Tête-Rousse, à 3 200 m d’altitude, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, faisant pas moins de 175 morts. En 2010, l’histoire a d’ailleurs failli se renouveler lorsque les glaciologues du CNRS de Grenoble se sont aperçus de l’existence d’une énorme poche d’eau de 60 000 m3 sous pression à l’intérieur de ce même glacier, menaçant cette fois plus de 3 000 personnes. Un système de pompage a alors été mis en place et actionné en 2010 puis à nouveau en 2011 afin de diminuer fortement le volume de cette eau emprisonnée sous la glace et réduire ainsi les risques de rupture soudaine.

Le sémaphore de Callelongue

Le sémaphore de Callelongue

L’enjeu de la surveillance de ces glaciers alpins en voie de disparition sous l’effet du changement climatique global dépasse donc le seul intérêt scientifique et mérite largement la mobilisation de l’ensemble de la société, y compris des entreprises mécènes dont la générosité est également sollicitée sur bien d’autres projets allant de la remise en état de zones humides jusqu’à la mise en valeur de patrimoines bâtis dont le sémaphore de Callelongue dans les Calanques, en passant par des actions d’éradication de plantes envahissantes. Espérons que les entreprises seront sensibles à ces arguments en cette période de vache maigre budgétaire et de crise économique…

L.V.  LutinVertPetit

Chez les fourmis aussi, certains se la coulent douce…

2 octobre 2015

Contrairement à sa cousine la cigale, la fourmi est travailleuse, bien que peu prêteuse : l’affirmation va de soi, fermement ancrée dans notre inconscient collectif par les fables de La Fontaine que tout écolier français a appris, génération après génération… La fourmilière est même considérée comme l’archétype de la société parfaitement organisée, basée sur une stricte division du travail, où chacun prend sa part de l’organisation collective et fait preuve d’un dévouement à toute épreuve, n’hésitant pas à porter de lourdes charges pour aller emplir les réserves de la colonie.

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Et pourtant, une expérience récente, menée par deux chercheurs de l’université d’Arizona, vient quelque peu mettre à mal ce mythe admirable, comme le relate Pierre Barthélémy dans son blog Passeurs de science. Dans un article paru en septembre 2015 dans la revue scientifique Behavioral Ecology and Sociobiology Daniel Charboneau et Anna Dornhaus expliquent en effet que certaines fourmis se sont fait une spécialité de ne strictement rien faire pendant toute la sainte journée, pendant que leurs congénères s’activent sans relâche pour le bien de la collectivité…

En fait, le constat n’est pas neuf et ceux qui observent les fourmilières se sont aperçu depuis belle lurette qu’une bonne moitié des individus se contentent de glander lamentablement pendant que leurs congénères s’activent en tous sens pour assurer le bon fonctionnement de la collectivité. Mais on pouvait supposer que ce ne sont pas toujours les mêmes qui travaillent et que les fourmis ont simplement développé avant nous le travail posté qui permet à certains de se reposer pendant que d’autres prennent la relève.

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Pour en avoir le cœur net, nos deux chercheurs de Tucson (Ariizona) sont aller recueillir cinq petites colonies de Temnothorax rugatulus, une fourmi nord-américaine, et les ont installées dans des nids artificiels imitant les fissures de rochers où vit habituellement cette espèce, mais recouvert d’une plaque de verre pour permettre de les observer. Les fourmis avaient à leur disposition eau, nourriture et grains de sable qu’elles utilisent pour construire des murs dans leurs colonies.

Chaque individu a été repéré avec une série de points de couleurs et les colonies ont été filmées à raison de 18 épisodes de 5 mn chacun, répartis sur une durée de 3 semaines. Il ne s’agit donc pas vraiment d’une observation en continu, mais qui est quand même jugée représentative. Ensuite, chaque séquence a été analysée en repérant soigneusement les activités auxquelles s’adonne chacun des individus : un véritable travail de fourmi, bien évidemment…

Fourmis de l'espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Fourmis de l’espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Au total, ce sont 225 fourmis dont l’activité individuelle a été ainsi scrutée à la loupe, ce qui a permis de distinguer 4 grandes catégories. Les puéricultrices, qui sont au nombre de 34, prennent soin des œufs et des larves tandis que les ouvrières (26) travaillent principalement hors du nid à l’approvisionnement. Un petit tiers du groupe (62 fourmis) ont été considérées comme des généralistes qui font un peu de tout, depuis la construction du nid jusqu’à leur toilette personnelle ou celle de leurs congénères, en passant par la trophallaxie, cette activité si particulière qui consiste à régurgiter un peu de nourriture dans le « jabot social » des fourmis trop occupées pour prendre le temps de se nourrir elles-mêmes.Blog235_PhFourmis2

Quant aux 103 fourmis restantes, elles sont décrites par les chercheurs comme de simples oisives qui ne font quasiment rien, quelle que soit la période à laquelle on les observe : de véritables glandeurs professionnels, spécialisés à ne rien faire !

Les deux chercheurs se perdent en conjectures quant aux raisons d’une telle aptitude de certains individus au farniente prolongé. Ils observent que cette catégorie de fourmis semble fuir les interactions sociales avec ses congénères, ce qui pourrait expliquer qu’elle manque d’information quant à la nature du travail qui l’attend, à moins tout simplement qu’elle évite soigneusement de le savoir, préférant se la couler douce pendant que les autres s’échinent aux tâches ménagères…

Blog235_PhLivreWerberIl faudra certainement de plus longues périodes d’observation pour confirmer ce constat étonnant qui semble indiquer que la société des fourmis, que l’auteur Bernard Werber avait su si bien évoquer dans ses romans, n’est finalement pas si éloignée des sociétés humaines en général et du monde du travail en particulier. Qui n’a jamais observé avec quelle habileté certains se débrouillent pour faire semblant de s’activer en tout sens sans jamais rien faire de réellement efficace pour la collectivité ?

Retenons en tout cas que les fourmis arrivent semble t-il à se débrouiller même avec une petite moitié d’oisifs, ce qui n’est pas forcément très éloigné de ce qui se passe dans notre propre société et finirait presque par être rassurant…

L. V. LutinVertPetit

Réacteurs nucléaires à sels fondus : une piste d’avenir ?

27 septembre 2015

Les défenseurs de l’environnement se sont toujours montrés particulièrement méfiants envers l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. Les incertitudes quant à la gestion sur le très long terme des déchets radioactifs et les risques d’accidents graves que fait peser cette industrie où l’opacité et la culture du secret sont des traditions bien ancrées, justifient d’ailleurs amplement ce rejet viscéral.

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

L’accident récent de Fukushima au Japon survenant après celui de Three Mile Island aux États-Unis et celui de Tchernobyl en Ukraine n’ont rien fait naturellement pour apaiser ces craintes. En France même, ce sentiment de rejet est très largement alimenté depuis des années par la politique délibérée de désinformation mise en œuvre pour masquer les retombées radioactives consécutives à l’accident de Tchernobyl en 1986 ou pour minimiser l’ampleur des fuites radioactives périodiquement identifiées au large de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague. Et encore, la plupart des Français continuent d’ignorer qu’une catastrophe majeure a été évitée de justesse lors de la tempête de 1999, lorsque la centrale du Blayais a été inondée, mettant gravement en péril les installation de refroidissement du cœur…

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Pourtant, à quelques semaine de la COP 21, à l’heure où l’on cherche à maîtriser le changement climatique global qui fait peser de lourdes menaces sur notre avenir à tous, beaucoup soutiennent que, malgré tous les dangers qu’elle représente, l’énergie nucléaire présente un impact moindre sur notre environnement que bien des combustibles fossiles, au premier rang desquels le charbon. Par ailleurs, chacun a bien conscience que les énergies renouvelables, dont le solaire et l’éolien, malgré leur grand intérêt, peinent à répondre à l’énorme demande en continu d’électricité du monde actuel.

C’est pourquoi, en attendant que se développent de nouvelles techniques dont peut-être un jour celle de la fusion thermonucléaire qui sera expérimentée sur le site d’ITER encore en construction, certains s’interrogent sur d’autres voies qui semblent avoir été insuffisamment explorées jusque là. C’est le cas notamment de Bill Gates qui a annoncé cet été avoir investi 1 milliard de dollars dans sa firme nouvellement créée, TerraPower, afin d’explorer une technique imaginée dans les années 1950 par le physicien Saveli Feinberg et qui est celle des réacteurs nucléaires à sels fondus.

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Dans cette approche, le combustible nucléaire se présente sous forme de sel fondu maintenu à la pression ambiante, à une température de 600 à 900 °C, qui joue à la fois le rôle de combustible, de fluide caloporteur et de barrière de confinement. Les premiers réacteurs à sels fondus ont été développés dès 1954 pour la propulsion d’avions. Dans les années 1960, le Laboratoire national d’Oak Ridge aux USA a mis au point un réacteur expérimental qui a parfaitement fonctionné pendant 4 ans. Le combustible utilisé était à base de thorium et le principe de base (neutrons thermiques) prévoyait le passage à travers un modérateur en graphite. Ce prototype a permis de tester différents combustibles et de démontrer le caractère attractif du procédé qui permet un bon rendement thermique.

Un autre procédé a été développé, dit à neutrons rapides, dépourvu de modérateur, qui utilise également des sels à base de fluorure mais avec une charge initiale en matière fissile plus importante. La puissance d’un tel réacteur est maîtrisée naturellement car la chaleur provoque une dilatation du sel qui réduit la capacité de fusion et régule le réacteur à son point d’équilibre sans aucune possibilité d’emballement.

Schéma d'un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Schéma d’un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Par rapport aux réacteurs nucléaires actuellement en service en France, les avantages sont donc multiples. Le principal concerne la sécurité du réacteur. Il n’y a ici aucun risque d’explosion (comme à Tchernobyl) du fait de l’absence de vapeur d’eau à haute température, ni d’utilisation de sodium liquide. Il n’y a donc pas besoin d’enceinte de confinement, ce qui réduit considérablement les coûts de construction. Le combustible étant à pression ambiante, la cuve est également plus mince. Pas de risque d’emballement du cœur non plus comme à Fukushima et Three Mile Island, le système de sécurité étant un simple bouchon de sel froid qui s’écoule par gravité en fondant, venant arrêter le réacteur par convection thermique, ce qui permet un redémarrage rapide de la centrale.

Les sels de fluor utilisés sont chimiquement et mécaniquement stables malgré la forte radioactivité au sein de la cuve : ils réagissent très peu avec l’air et se dissolvent mal dans l’eau ce qui limite les risques de pollution accidentelle, même en cas de destruction volontaire de la cuve.

Enfin, l’intérêt majeur de cette technique est qu’elle permet d’utiliser un combustible nucléaire à base de thorium, un matériau qui est disponible en quantités bien plus importantes que l’uranium et qui est actuellement un simple déchet d’extraction des terres rares. Dans la filière à neutrons rapides, la matière fissile utilisée est soit du thorium 232 soit de l’uranium 238, ce qui évite de passer par les démarches très coûteuses d’enrichissement de l’uranium qui sont nécessaires dans la filière nucléaire classique.

Blog232_PhThorium

Sous l’effet des captures de neutrons dans le réacteur, ces deux isotopes se transforment respectivement en uranium 233 et en plutonium 239, qui sont d’excellent isotopes fissiles, ce qui garantit le fonctionnement du réacteur. A défaut, l’uranium 233 se transforme en uranium 235 qui contribue lui aussi à la fission. Le réacteur fonctionne ainsi comme surgénérateur en produisant son propre combustible.

Les déchets produits sont principalement des formes de neptunium et de plutonium dont la durée de désintégration est relativement courte par rapport aux déchets issus des réacteurs actuels dont le cœur doit être vidé périodiquement. Ici, plus de 80 % des produits de fission sont stables en moins de 10 ans et les autres perdent l’essentiel de leur radioactivité en moins de 300 ans, ce qui permet d’envisager des procédés de stockages plus raisonnable à l’échelle humaine que les filières actuellement en vigueur. De surcroît, le traitement peut se faire sans arrêt du réacteur, le combustible usé étant extrait et traité en continu.

Un autre atout de ces réacteurs à sels fondus est qu’ils permettent de consommer également les déchets nucléaires dont on ne sait que faire actuellement, parmi lesquels les transuraniens (dont le plutonium) et les actinides. L’introduction de ces éléments dans le réacteur permet même d’en augmenter considérablement la durée de fonctionnement (effet surgénérateur) mais aboutit à des déchets un peu plus complexes à traiter.

Granulés de thorium

Granulés de thorium

Il est quand même nécessaire, pour amorcer la réaction, d’introduire une certaine quantité d’uranium 233 qui doit être produite dans un autre réacteur puisque cet isotope n’existe pas naturellement. Pour cette raison, il est envisagé de faire fonctionner certains réacteurs classiques à eau pressurisée avec un combustible à base de thorium qui pourrait produire l’uranium 233 et alimenter ainsi plusieurs réacteurs à sels fondus. C’est sur de tels scénarios que travaille actuellement un laboratoire du CNRS à Grenoble et les réacteurs à sels fondus constituent une des options de recherche retenue dans le cadre du forum international sur les réacteurs de 4ème génération.

On se demande bien d’ailleurs pourquoi une technique aussi prometteuse a été aussi négligée jusqu’à présent. Un documentaire de Citizens-films, joliment intitulé « Thorium, la face gâchée du nucléaire » laisse entendre que les filières classiques à base d’uranium ont été privilégiées précisément pour leur retombées sous forme de production de plutonium à usage militaire…

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

En Chine, mais aussi en Inde (gros producteur de thorium), d’importants projets de recherche en vue de développer rapidement de tels réacteurs à sels fondus sont en cours. La France, actuellement embourbée dans ses déboires liés à la construction de l’EPR de Flamanville, sera t-elle en mesure de suivre le mouvement et d’adapter son parc électronucléaire à cette nouvelle technologie qui semble promise à un bel avenir ?

L.V.  LutinVertPetit

Crédit d’impôt recherche : un rapport critique passe à la trappe !

31 août 2015
Jean-Marc Germain, député socialiste

Jean-Marc Germain, député socialiste

Les socialistes réunis au sein de la commission qui réfléchit au futur budget 2016 en cours de préparation viennent de lancer un pavé dans la mare. Emmenés par un proche de Martine Aubry, Jean-Marc Germain, par ailleurs membre de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, ils préconisent en effet de réorienter, à l’occasion de la prochaine loi de finance, les baisses d’impôts en direction des ménages et des collectivités plutôt qu’en faveur des entreprises.

Leur constat est simple : les baisses de charges particulièrement généreuses consenties ces dernières années en faveur des entreprises ont permis à ces dernières de reconstituer leurs marges à un niveau exceptionnel qui n’avait plus été atteint depuis 2002 et qui est l’un des plus élevés observé au cours de ces 30 dernières années. Pour autant, malgré cette bonne santé financière, les entreprises n’embauchent pas et n’investissent guère car la demande est atone. Il est donc urgent de relancer l’investissement (d’où l’intérêt du coup de pouce en faveur des collectivités territoriales) et de redonner du pouvoir d’achat aux ménages.

On se pince que le gouvernement ne soit pas capable de tenir de lui-même un tel raisonnement aussi enfantin, d’autant que rien n’indique qu’il ne soit prêt à le suivre ! La réaction du ministre de l’économie, Michel Sapin, est d’ailleurs édifiante, qui balaye d’un revers de main de telles recommandations, estimant qu’il n’est pas question de « changer tout le temps de politique » et s’obstinant avec persévérance dans la voie de l’échec tandis que son collègue Emmanuel Macron vient expliquer devant l’université d’été du MEDEF, aux patrons ébahis, qu’il est temps de revenir sur les politiques de partage du temps de travail…

Blog224_PhRecherche

Pendant ce temps, un autre rapport est un peu passé inaperçu. Et pour cause d’ailleurs : la commission sénatoriale chargée de l’adopter l’a purement et simplement rejeté, ce qui du coup ne permet pas de le rendre public ! Sur quoi porte donc un tel brûlot pour qu’il finisse ainsi à la broyeuse sans même que l’on puisse en prendre connaissance ? Il s’agissait d’une évaluation du dispositif de crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR), lequel existe depuis 1983 mais a été surtout renforcé à partir de 2008. Considéré comme une méga niche fiscale en faveur des entreprises, les critiques à l’encontre de ce dispositif particulièrement favorable, le plus généreux de tous les pays de l’OCDE puisqu’il porte sur un montant équivalent à 0,26 % du PIB, ne manquent pas et semblent pour l’essentiel largement justifiées. Mais les sénateurs de droite ont considéré que cela ne devait pas se divulguer…

A vrai dire, la Cour des comptes y avait déjà consacré un rapport en juillet 2013 et son analyse, bien que présentée sans doute de manière plus feutrée, était déjà particulièrement sévère. Le crédit d’impôt dont bénéficient les entreprises correspond en effet à 30 % de leurs dépenses de recherche et développement (plafonné à 100 M€, avec un taux réduit à 5 % au delà), ce qui est considérable. Pour l’année 2014, la réduction d’impôts sur les sociétés du fait de ce dispositif représenterait ainsi de l’ordre de 6 milliards d’euros, ce qui est colossal et correspond à près de deux fois le budget annuel du CNRS !

Blog224_Dessin1Si du moins cet argent était bien employé et servait effectivement l’innovation technologique, base des développements industriels à venir, ce serait un bon investissement. Mais tant les critiques de la Cour des comptes que celles de la commission sénatoriale, du moins pour ce qui en a fuité via Le Monde ou Médiapart, montrent que l’efficacité du dispositif est pour le moins contestable. L’effet de levier que ce crédit d’impôt est supposé créer s’avère très faible et le dispositif ne semble guère avoir permis d’augmenter le montant investi par les entreprises en matière de recherche et développement.

Automates pour trading haute fréquence

Automates pour trading haute fréquence

De nombreuses pratiques frauduleuses ont été mises à jour et il s’avère qu’une part non négligeable des sommes en cause servent en fait à financer des intermédiaires spécialisés dans l’optimisation fiscale et le montage de ces procédures complexes. Plus grave, il apparaît qu’une part importante de la manne financière ainsi accordée sur le budget de la Nation a été captée par le secteur de la finance (pour développer notamment des automates de trading haute fréquence) et celui de la grande distribution, au détriment de l’industrie productive et des PME pour lesquelles le dispositif avait été principalement créé.

Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice communiste

Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice communiste

Dans un communiqué, la rapporteure du groupe communiste, républicain, citoyen (CRC), Brigitte Gonthier-Maurin, parle d’« omerta » à la suite du rejet de son rapport par ses collègues du Sénat. Elle rappelle que le CIR est de plus en plus perçu « comme un simple outil d’optimisation fiscale et de réduction de l’impôt sur les sociétés pour les grands groupes du CAC 40 qui, en volume, en sont les premiers bénéficiaires ». Elle regrette que l’on préfère ainsi se voiler la face plutôt que de chercher à améliorer un dispositif afin d’en éliminer certains effets pervers et d’en augmenter l’efficacité globale pour favoriser l’effort de recherche-développement des entreprises françaises et les rendre plus compétitives à l’avenir. On se demande bien pourquoi en effet nos responsables politiques préfèrent glisser discrètement sous le tapis les rapports qui posent les bonnes questions ?

L.V.  LutinVertPetit

La vache qui rote…

23 juillet 2015

Blog209_PhVacheRitLes temps sont durs pour les éleveurs bovins, étranglés par leurs emprunts bancaires, mis à mal par la baisse des cours et la diminution de la consommation de viande et achevés par la rapacité de la grande distribution et des intermédiaires avides de marges. Condamnés à bloquer les routes des vacances et à déverser du lisier sur les parkings des supermarchés, les voilà aussi accusés, en cette période d’intense tractation en prévision du prochain sommet mondial sur le climat, de participer au réchauffement climatique !

Et pas qu’un peu puisque la filière mondiale de l’élevage produirait à elle seule 18 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète selon la FAO. En France, l’agriculture serait responsable de 21 % de ces émissions de gaz à effet de serre, dont plus de la moitié serait imputable au seul élevage bovin. En cause, les émissions de méthane dégagés par la fermentation des aliments dans la panse des ruminants.

La vache, un danger pour l'équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

La vache, un danger pour l’équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

Chaque jour, une bonne laitière normande envoie ainsi dans l’atmosphère ses 400 à 600 litres de méthane, auxquels s’ajoutent 600 à 900 litres de gaz carbonique (mais l’impact sur l’effet de serre d’un kg de méthane est 25 fois plus élevé que celui d’un kg de CO!). La panse étant très proche de la bouche des vaches, l’essentiel de ces gaz est émis sous forme de rots fréquents. Après fermentation résiduelle et passage dans le gros intestin, une partie de ces gaz est aussi expulsée sous forme de flatulences, mais cela est assez marginal. De cette véritable usine à gaz qu’est la vache, on estime que 95 % sort par l’avant et seulement 5 % par l’arrière. Contrairement aux idées reçues, la vache qui rote est en définitive assez peu péteuse…

Toujours est-il que la filière de l’élevage bovin ne peut se satisfaire d’être ainsi montrée du doigt quant à son impact catastrophique sur le réchauffement climatique mondial. Les chercheurs de l’INRA sont sur le coup et préconisent une alimentation des troupeaux à base de luzerne ou de graines de lin, naturellement riches en oméga 3, qui permettrait de réduire de 20 à 30 % les émissions de méthane. Du coup, même McDonald’s s’y met et a signé un partenariat avec l’école vétérinaire de Purpan pour accélérer ces recherches sur la nutrition des bovins en vue de réduire leur émissions de gaz à effet de serre.

Blog209_DessinMacDo

Selon une information rapportée par le journal suisse Le Matin, certains auraient même imaginé, pour régler le problème, de greffer à nos paisibles limousines des estomacs de kangourous, cet animal étant l’un des rares ruminants qui ne produit pas de méthane grâce à la présence d’une bactérie qui lui est propre. Une solution sans doute un peu radicale mais qui a inspiré le ministère de l’agriculture australien à lancer un vaste programme de recherche en vue de développer l’élevage du kangourou comme alternative à la production de viande sans impact sur le réchauffement climatique. Les Gallois, quant à eux, orientent leurs recherches dans une autre direction également prometteuse qui consiste à donner de l’ail aux vaches, ce qui permettrait de diminuer leurs émissions de méthane, à défaut d’améliorer la qualité de leur haleine…

Plus sérieusement, les éleveurs français militent plutôt pour intégrer dans leur bilan carbone global le rôle bénéfique des prairies qui absorbent des quantités importantes de CO2, ce qui compense une large part des gaz à effets de serre émis par leurs troupeaux. Un modèle d’équilibre qui est de plus en plus menacé par le développement des exploitations industrielles du type de la ferme des 1000 vaches implantée dans la Somme et de ses nombreux homologues encore bien plus vastes qui fleurissent dans toute l’Europe du Nord. Plus que la vache qui rote, il semble bien que le danger vienne plutôt du paysan qui pète plus haut que son cul et qui se prend pour un industriel en herbe…

L.V. LutinVertPetit

Les robots tueurs entrent en scène !

8 juillet 2015
Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Nous savions déjà que l’automatisation des tâches et l’introduction de la robotisation dans l’industrie tuaient l’emploi. Les canuts de Lyon s’en étaient déjà rendus compte dès le XIXe siècle, l’introduction des métiers à tisser automatisés les ayant conduit à l’une des premières révoltes ouvrières, en novembre 1831 puis à nouveau en avril 1834, une insurrection sociale qui s’était d’ailleurs terminée dans un bain de sang…

Un siècle plus tard, l’automatisation dans l’industrie n’a fait que progresser, aboutissant à la quasi disparition des emplois d’ouvriers peu qualifiés, en particulier en Europe. Un des arguments avancé pour favoriser ce remplacement de l’homme par la machine est qu’il vaut mieux faire faire par des robots les tâches les plus dangereuses et les plus répétitives, ce qui permet de libérer les travailleurs pour leur permettre de se consacrer à des tâches plus qualifiées et plus valorisantes. Le raisonnement est louable même si on est bien obligé de constater que ce développement de l’automatisation s’est quand même traduit par une installation durable du chômage de masse dans les pays industrialisés.

Mais au delà de cette considération macroéconomique, un fait divers récent vient nous rappeler que la généralisation de la robotisation dans les usines peut être dangereuse non seulement pour l’emploi des salariés, mais pour leur vie elle-même !

Chaine de montage Volkswagen

Chaine de montage Volkswagen

L’affaire s’est passée le 29 juin 2015 dans l’usine Volkswagen de Baunatal près de Kassel en Allemagne, un site qui emploie 15 000 personnes. Selon le Berliner Zeitung, un intérimaire de 22 ans a été happé par un robot sur lequel il intervenait après avoir pénétré à l’intérieur de la cage de sécurité : l’homme a été frappé par la machine qui l’a écrasé contre une plaque métallique. Bien que ranimé sur place et transporté rapidement à l’hôpital, le jeune homme a succombé à ses blessures. Une enquête pour déterminer les responsabilités est en cours, mais il semblerait qu’une deuxième personne aurait dû se trouver à proximité des commandes du robot pour intervenir rapidement en cas de dysfonctionnement, ce qui n’a pas été respecté.

Chaîne de montage Citroën

Chaîne de montage Citroën

Toujours est-il que cette « mort en bout de chaîne » (pour reprendre le titre d’un documentaire de Mourad Laffitte sur l’usine Goodyear d’Amiens), sous les coups d’un robot en furie, n’est pas des plus rassurantes pour ceux qui côtoient tous les jours un univers de plus en plus robotisé sur les chaînes de montage. D’autant qu’il existe des précédents. Ainsi, un site proche du NPA mentionne la mort en décembre 2007 d’un ouvrier écrasé par une presse de 32 tonnes à l’usine d’emboutissage de PSA à Sochaux, mais aussi l’accident mortel d’un cariste de 30 ans à l’usine de PSA Saint-Ouen en 2009, ou encore un accident grave survenu en avril 2015 chez un équipementier automobile du Maine-et-Loire où un électricien s’est retrouvé coincé entre deux robots alors qu’il effectuait une opération de maintenance.

Faut-il alors avoir peur de ces nouveaux robots de plus en plus sophistiqués et de plus en plus présents dans notre environnement quotidien ?Blog204_PhMissiles De nombreux films d’anticipation sur le sujet auraient tendance à nous faire en effet largement fantasmer sur le sujet… Mais la question n’est plus si théorique à l’heure où l’on apprend, par un article du Courrier international, que le gouvernement norvégien finance un programme visant à développer des « robots tueurs » capables de décider seuls de tirer sur une cible. Il s’agirait en fait de nouveaux missiles destinés à équiper les avions de combat et qui pourraient décider, sans intervention humaine, de tuer ou non, ce qui pose à tout le moins un certain nombre de questions éthiques…

Une photo du film I, Robot

Une photo du film I, Robot

Nous n’en sommes pas encore au scénario du film « I, Robot » du réalisateur Alex Proyas, un film de science-fiction américain sorti en 2004 et inspiré librement d’un roman d’Isaac Asimov. L’histoire, censée se dérouler en 2035 à Chicago, relate un meurtre commis par un robot dans une usine de production, mais bien entendu toute ressemblance avec la réalité serait pure coïncidence !

L.V. LutinVertPetit

Tout sur les abeilles !

22 avril 2015
La conférencière, Claude Gadbin-Henry

La conférencière, Claude Gadbin-Henry

C’est dans une salle Tony Garnier où plus de 70 personnes avaient réussi à prendre place que Mme Claude Gadbin-Henry, Maître de conférence à Aix-Marseille Université, a traité de la question : Pourquoi les abeilles sont-elles si importantes pour notre avenir ?

Son exposé, scientifiquement étayé et très richement illustré, a d’abord situé l’apparition des abeilles sur la Terre (40 millions d’années) ainsi que leur processus de diversification qui en France compte plus de 1000 espèces dont l’abeille domestique (abeille mellifère), connue depuis l’antiquité et qui fait l’objet d’une récolte de son miel depuis environ 20 000 ans.

Il s’est ensuite poursuivi par des éclairages concernant successivement la reproduction des abeilles, et les différenciations sexuelles et fonctionnelles pour les femelles, reines et ouvrières, et pour les mâles.

Une assistance très attentive

Une assistance très attentive

abeille_fleur_chardon-redUn point a captivé le public présent (des jeunes enfants aux apiculteurs), c’est celui qui concerne les tâches des ouvrières au sein de la ruche, tour à tour ménagères, nourrices, productrices de galettes de cire et constructrices d’alvéoles, régulatrices de l’hygrométrie et de la température (ventileuses) et enfin, pour les plus expérimentées : les butineuses chargées de la récolte du nectar et du pollen.

Claude Gadbin-Henry a aussi traité de la transmission des informations entre les ouvrières. Le repérage dans l’espace, puis le rôle essentiel des abeilles pour la pollinisation des fleurs et la production de fruits de qualité gustative élevée (fraises, pommes …) a été évoqué.

Blog178_DessinPh2_AbeillePour conclure, et avant qu’un échange nourri s’établisse avec l’assistance, la conférencière nous a sensibilisé aux dangers qui menacent la survie des abeilles : les parasites comme le varroa ou un prédateur invasif tel le frelon asiatique, et des maladies comme les Teignes qui peuvent entraîner la mort rapide d’une colonie entière. Dans un autre registre, la monoculture peut provoquer des hécatombes dans la population des ruches, de même l’action des redoutables pesticides : herbicides et insecticides qui affaiblissent leurs défenses immunitaires, perturbent leur système nerveux et les font parfois brutalement mourir.

Blog178_SchemaAprès avoir joué aux apprentis sorciers par le recours inconsidéré aux traitements chimiques des plantes, certains chercheurs imaginent de recourir à des robots pollinisateurs pour pallier l’absence d’abeilles. Un comble !

Au final, deux heures d’exposé et d’échanges denses qui ont pu se poursuivre autour du verre de l’amitié.

A nous maintenant de veiller à ce que les abeilles, que nous ne devons pas craindre, trouvent dans notre environnement un cadre propice à leur préservation. Il en va de la qualité de notre vie.

M. Motré

Conférence sur les abeilles : rappel !…

19 avril 2015

Demain soir, lundi 20 avril 2015 se tiendra à Carnoux une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien. Ouverte gratuitement à tous, c’est l’occasion d’en savoir plus sur ces insectes si utiles pour notre alimentation et pourtant directement menacés du fait de nos propres errements en matière de développement agricole ! Rendez-vous salle Tony Garnier pour mieux comprendre les enjeux de cette terrible méprise !

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Les abeilles : une nouvelle conférence du CPC

19 mars 2015

Une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien aura lieu à Carnoux-en-Provence, lundi 20 avril 2014, à 18h30 en salle Tony Garnier. Ce sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement des abeilles et le rôle capital qu’elles jouent pour nous aider à préserver la production et la variété de notre agriculture, sur une planète en pleine transformation.

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Qui sont les abeilles ? Comment vivent-elles ? Pourquoi parle-t-on si souvent des abeilles dans les médias ? Que mangerions nous si elles n’étaient pas là ? Pourquoi sont elles si importantes pour nous, pour notre avenir et celui de l’agriculture ? Autant de questions que chacun se pose et dont les réponses vous surprendront…

abeille_fleur_chardon-redCette conférence sera animée par Claude Gadbin-Henry, maître de conférence et spécialiste de ces insectes à l’université d’Aix-Marseille. Elle nous fera découvrir le mode de vie des abeilles, leur organisation sociale et leur comportement, qui sont les garants de la variété des plantes sauvages et cultivées. Elle nous expliquera le rôle de la « reine » et de la gelée royale, mais aussi comment elles arrivent à se repérer sans GPS, comment elles ont inventé bien avant nous les économies d’énergie et une certaine forme de démocratie.

Rendez-vous donc à Carnoux lundi 20 avril à 18h30 pour en apprendre davantage sur les abeilles, ces précieux auxiliaires de notre agriculture, dont nous oublions parfois la grande vulnérabilité…

Sur le pont d’Avignon… en 3D

1 mars 2015
Dessin du pont Saint Bénézet par le père Martelange (17ème siècle)

Dessin du pont Saint Bénézet par le père Martelange (17ème siècle)

Depuis tout petit, nous savons que « sur le pont d’Avignon, on y danse tous en rond ». En réalité, on y dansait plutôt dessous, dans les nombreuses guinguettes qui ont fleuri au XIXe siècle sur l’île de la Barthelasse sur laquelle prend appui le fameux pont, et il est même très probable que la célèbre chanson fasse plutôt allusion au pont construit en bois un peu plus loin en 1811, à l’emplacement de l’actuel pont Édouard Daladier… Toujours est-il qu’on en sait désormais beaucoup plus sur ce fameux pont Saint-Bénézet, dont les travaux ont commencé en 1177, probablement à l’emplacement d’un ancien pont romain ruiné. Selon la légende, l’initiative en revient à un certain Petit-Benoît dit Bénézet, simple berger du Vivarais, qui sut, semble t-il, convaincre les notables de la cité de récolter les fonds nécessaire à la construction d’un ouvrage aussi monumental.

A l’époque, le Rhône marque la frontière entre le royaume de France, l’empire germanique et le comtat venaissin, propriété des papes. Construit initialement en bois et achevé dès 1185, le pont est détruite lors du siège de la ville par Louis VIII en 1226, mais il sera reconstruit, en maçonnerie cette fois, dès 1234. L’ouvrage, de style roman, est alors le seul pont en pierres au dessus du Rhône entre Lyon et la mer ! Il mesure pas moins de 920 m de long et comporte 22 arches, traversant les deux bras du Rhône pour relier le Palais des Papes à la tour Philippe Le Bel, située dans la bourgade de Saint-André, rebaptisée rapidement Villeneuve. Point de passage obligé pour de nombreux marchands et voyageurs, il sera une source de profit important pour la ville d’Avignon grâce au péage perçu…

Extrait du plan aux personnages (16ème siècle - bibliothèque municipale d'Avignon)

Extrait du plan aux personnages (16ème siècle – bibliothèque municipale d’Avignon)

Fréquemment endommagé par les crues du Rhône, le pont fait l’objet de plusieurs réparations dont une importante suite à la crue de 1479 qui emporte deux arches. En 1603, une nouvelle arche s’effondre, suivie de deux autres en 1605, remplacées par de simples passerelles en bois. En 1628, les arches sont reconstruites mais deux d’entre elles sont emportées dès 1633. C’est l’époque du petit âge glaciaire et les crues du Rhône sont particulièrement violentes. En 1669, le pont est tellement endommagé que la décision est prise de déplacer les reliques de Saint Bénézet de la chapelle Saint Nicolas vers l’église des Célestins, et de laisser le pont ruiné sensiblement dans son état actuel, avec seulement 4 arches résiduelles. Le pont fait l’objet de travaux de restauration à partir de 1825 mais ne sera jamais reconstruit.

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C’est en 2010 qu’a été lancé sur cet ouvrage emblématique un vaste projet de recherches scientifiques qui a mobilisé pendant 4 ans une quinzaine de chercheurs issus de quatre laboratoires rattachés respectivement au CNRS (Modèle et simulation pour l’architecture, l’urbanisme et le paysage), à l’Université Aix-Marseille (Laboratoire d’archéologie médiévale moderne en Méditerranée et Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement) et à l’université d’Avignon (Centre inter-universitaire d’histoire et d’archéologie médiévale). Soutenu financièrement par de nombreux partenaires dont le Grand Avignon et les villes d’Avignon et de Villeneuve-lez-Avignon, ainsi que par l’Agence nationale de la recherche, la Région PACA, la Compagnie nationale du Rhône et l’Union européenne, ce projet particulièrement ambitieux a permis de réaliser plusieurs forages carottés qui ont permis de mieux comprendre l’évolution du lit du Rhône et la manière dont l’ouvrage avait été conçu.

Reconstitution du pont en 3D (Source CNRS)

Reconstitution du pont en 3D (Source CNRS)

Au total, plus de 6 milliards de prises de vues ont été réalisées, ce qui a permis de réaliser une reconstitution complète de l’ouvrage en 3 dimensions qui restitue dans leur état initial les 18 arches désormais disparues ainsi que les ouvrages de défense annexes du pont, mais qui permet aussi de faire revivre un paysage fluvial qui a subi des évolutions morphologiques majeures depuis le Moyen-Age.

La tour Philippe le Bel avec son pont édifié en 1293 et que le roi Soleil traversa en 1660 (Source CNRS)

La tour Philippe le Bel avec son pont édifié en 1293 et que le roi Soleil traversa en 1660 (Source CNRS)

Reste maintenant à capitaliser ce travail scientifique remarquable pour favoriser le développement touristique du site. Une maquette 3D du site va être construite et installée dans un centre d’interprétation tandis que des installations de réalité augmentée seront mises en place sur des points hauts, en particulier sur la terrasse de la tour Philippe Le Bel et au Fort Saint-André en rive droite, mais aussi du côté d’Avignon en rive gauche. En 2013, 380 000 visiteurs sont venu découvrir le pont d’Avignon et ils seront très certainement encore bien plus nombreux dans les années futures pour essayer de s’imaginer à quoi ressemblait cet ouvrage d’art exceptionnel au temps de sa splendeur passée. Un beau projet en tout cas, qui a eu les honneurs des médias (FR3 et Midi Libre notamment) et qui montre à quel point la recherche scientifique peut aider à valoriser un patrimoine culturel emblématique de notre territoire !

L. V.  PetitLutinVert

Recherche universitaire : vers la désexcellence ?

7 février 2015

Blog153_PhExcellence« Au royaume des slogans de l’époque, voici la nouvelle tromperie : il faut être excellent. Pour réussir dans tous les secteurs de la vie, pour briller en société, un seul objectif : devenir le meilleur. On est en pleine héroïsation de l’individu. De tous ? Mais parvenir au rang de « héros » en reconnaissance de services rendus est forcément réservé à quelques uns : les gagnants, les astucieux, les débrouillards. Ce principe fallacieux s’applique déjà à la recherche, l’enseignement, l’administration et aux services publics. Sous quelles formes ? Avec quels bénéfices ? Que signifie pour la dignité humaine de ne pas être excellent ? Et tous les secteurs de notre vie sont potentiellement visés par la charge déshumanisante de la course effrénée à la performance. »

Décrire et dénoncer les risques de l’« excellence » qui « exprime le dépassement de soi et des autres, l’accroissement continu des performances, la réussite dans un monde où seuls les plus forts seraient appelés à survivre », tel est l’ambition de cette charte de la désexcellence que viennent de publier une série d’enseignants-chercheurs de l’université libre de Bruxelles (CharteDesexcellence).

L'Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l'Excellence ?

L’Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l’Excellence ?

L’initiative est intéressante qui met en garde contre les excès de ce mantra incantatoire mis en avant par la pensée néolibérale et les pratiques managériales depuis les années 1980 : la recherche à tout prix de l’excellence a certes des vertus en matière d’émulation et d’amélioration de la productivité, mais ses effets pervers ne doivent pas être non plus sous-estimés, liées à l’hyper-compétition, à la dévalorisation de certains savoirs, au primat de l’évaluation selon des critères strictement économiques et au triomphe de la communication et du faire savoir sur le savoir-être et le savoir-faire.

Blog153_PhRechercheLongtemps abrité de cette épidémie qui a d’abord contaminé le monde de l’entreprise, le milieu universitaire de l’enseignement supérieur et de la recherche se retrouve confronté à cette nouvelle doxa, dans la foulée des accords de Bologne, qui ont consacré la mise en compétition des universités européennes. Du coup les impératifs de recherche et de formation tendent à devenir secondaires face à d’autres préoccupations qui consistent à «  soigner son image de marque, transformer son institution en machine de guerre capable d’absorber les meilleurs crédits, les meilleurs enseignants-chercheurs, le plus grand nombre d’étudiants, et renforcer son positionnement sur les scènes nationales et internationales ».

Blog153_DessinChercheurC’est ce que dénoncent avec beaucoup de conviction ces enseignants-chercheurs qui constatent que ces « indicateurs d’excellence » qui se sont multipliés masquent en réalité une baisse de la qualité du travail universitaire, qui se traduit par un « formatage des champs et des objets de recherche, la multiplication des résultats invalides et des fraudes, un manque de recul et d’esprit critique, la construction d’une relation marchande à l’apprentissage, la substitution des savoirs instrumentaux aux connaissances et à la réflexion, etc ».

Cette réflexion les amène à appeler, non sans ironie, à la « désexcellence » ! Il s’agit ni plus ni moins que de s’opposer « au dévoiement actuel des universités » en invitant à se préoccuper de la qualité effective du travail comme le ferait un artisan soucieux de donner un sens à ce qu’il conçoit ou fabrique. Cette démarche met aussi en avant un recentrage sur des valeurs telles que le partage, le désintéressement, l’honnêteté intellectuelle, la solidarité, des notions qui paraissent souvent bien éloigné du monde actuel de la recherche universitaire où chacun piétine allégrement son voisin et la déontologie pour essayer d’émerger dans ce qui ressemble de plus en plus à une jungle où tous les coups semblent permis.Blog153_DessinShadock

Les auteurs de la charte en ont d’ailleurs tellement conscience qu’ils conseillent un usage très prudent de leur propre manifeste pour tendre vers « une université de service public, démocratique et accessible » : seuls les professionnels disposant d’une réelle marge de manœuvre sont invités à s’emparer de cette charte, ce qui en dit long sur la précarité d’une grande partie des chercheurs actuels !

S.J.

Une palme pour les sauveurs de palmiers

3 janvier 2015

Nous l’avions déjà évoqué sur ce blog, les palmiers de la région, qui font le bonheur de nombreux jardiniers et assurent la renommée de plusieurs villes côtières dont Hyères-Les Palmiers, sont depuis quelques années soumis à rude épreuve. Deux insectes sont la cause principale de ces attaques.

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le premier, un papillon géant (9 à 11 cm d’envergure), est originaire d’Amérique du Sud, et répond au joli nom de Paysandia archon, dit aussi sphynx des palmiers. Sa larve, une grosse chenille blanchâtre de 8 à 10 cm de long, se nourrit des tiges du palmier dans lequel elle creuse des galeries avant de se transformer en nymphe en s’enrobant dans un cocon bien caractéristique, hérissé de débris de fibres. L’animal se transforme ensuite en un magnifique papillon qu’on voir voleter autour des palmiers, entre juin et septembre surtout pendant la pause méridienne, au plus chaud de la journée. Introduit en France depuis le milieu des années 1990, en provenance d’Argentine, il est désormais présent dans toute la région PACA où il cause de gros dégâts à la plupart des espèces de palmiers.

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Le second prédateur, arrivé dans le sud-est de la France en 2006, est le fameux charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, un coléoptère originaire d’Indonésie et qui s’est propagé progressivement en Europe via le Moyen-Orient. Très présent dans le Var, il cause des dégâts encore plus importants que le précédent et les palmiers attaqués meurent en l’espace de 2 à 5 ans par pourrissement complet du stipe, d’autant que les premiers symptômes n’apparaissent que bien après le début de l’infestation.

Face à ces fléaux redoutables, des procédés de lutte biologique ont été testés. Le premier utilise des vers microscopiques, des nématodes, qui tuent par septicémie les larves de l’un comme l’autre de ces ravageurs, mais ne survivent pas à la mort de leur hôte. Le second procédé consiste à épandre des spores d’un champignon pathogène, Beauveria bassiana, qui  tue également les deux types d’insectes, mais doit être lui aussi renouvelé fréquemment et son efficacité semble limitée…

Face à cette menace, s’était créée en 2007 l’Association française des professionnels du palmier, pour tenter de trouver des parades en lorgnant du côté de puissants insecticides utilisés en horticulture dans d’autres pays mais interdits en France. A l’initiative des services de l’État, des comités de pilotage se sont mis en place dans le Var et les Alpes-Maritimes, pour tenter de coordonner cette lutte contre les ravageurs des palmiers. Mais l’association a jeté l’éponge et s’est auto-dissoute en novembre 2013, déplorant que demain, Hyères-Les Palmiers ne doive être rebaptisée « Hier-Les Pamiers »…

Heureusement, tout le monde ne s’est pas découragé pour autant. Une autre association, les fous de palmiers (dont le siège est à Hyères), se démène ainsi pour tenter d’autres approches, plus artisanales mais apparemment efficaces. La Provence relatait ainsi il y a quelques jours une belle démonstration à Carry-le-Rouet d’un de ses membres, Antoine De Tata, qui s’est inspiré des expériences d’un chercheur de l’INRA, Michel Ferry, pour mettre au point un système de lutte sans produit phytosanitaire.

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

La méthode est simple : il s’agit d’abord d’éliminer les premières palmes qui ont été attaquées, puis d’araser les pétioles le plus près possible du stipe (le tronc) afin de mettre au jour les galeries faites par les larves du charançon rouge ou du papillon. En même temps, on en profite pour retirer tous les cocons. Ensuite, on nettoie entre les insertions des pétioles pour chasser le chanvre à l’aide d’un grattoir. Puis on envoie de l’eau avec un appareil à haute pression (sans toutefois dépasser 100 bars) en utilisant un embout le plus large possible en caoutchouc et orientable. Ceci permet d’extraire les larves et les œufs de l’intérieur des galeries, en veillant soigneusement à ne pas créer de lésion.

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

D’après Antoine De Tata, le procédé est efficace à condition que le palmier ne soit pas infecté à plus de 40 %. Il conseille néanmoins de terminer l’opération en pulvérisant un fongicide à large spectre car, selon lui, « les charançons sont attirés par la sève qu’ils sentent à 5 ou 7 km à la faveur des coupes de palmes ». Voilà en tout cas un espoir pour des milliers d’amoureux de palmiers désespérés à l’idée de voir dépérir leurs chers Phoenix dactylofera et autres Livinstonia chinensis

L. V. LutinVertPetit

Moustique tigre : un cas de dengue à Aubagne

6 octobre 2014

Le moustique tigre, Aedes albopictus, est désormais présent et bien implanté dans les Bouches-du-Rhône depuis au moins 2009. Signalé dans les Alpes-Maritimes depuis 2004, il a désormais colonisé toute la vallée du Rhône et on l’a même aperçu cette année jusqu’en Gironde, ce qui tend à confirmer que cet insecte s’acclimate très bien dans nos contrées... Tout va bien pour lui, merci !

Moustique tigre à l'action...

Moustique tigre à l’action…

Du fait de sa remarquable capacité d’adaptation, les maladies pour lesquelles il sert d’hôte vecteur, se propagent également à grande vitesse dans le monde. C’est en particulier le cas du chikungunya et de la dengue. Cette dernière, souvent dénommée « grippe tropicale », est caractéristique des zones tropicales à subtropicales où elle toucherait 50 millions de personnes chaque année, d’après l’OMS, dont 500 000 atteintes de dengue hémorragique, mortelle dans 20 % des cas. Ainsi dans les seules Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe), 86 000 cas de dengue ont été répertoriés en 2014, ce qui donne une idée de l’ampleur du phénomène.

Mais la dengue commence peu à peu à se propager aussi en Europe. Pour l’instant, la grande majorité des cas sont importés, c’est à dire se développent sur des personnes à leur retour de voyage dans un pays où ils ont été infectés. Cependant, deux premiers cas autochtones, c’est à dire touchant des personnes qui n’ont pas voyagé en dehors de la zone dans les 15 jours précédents, ont été signalés dès 2010 près de Nice. Et l’été 2014 voit se poursuivre la tendance inquiétante avec trois nouveaux cas déclarés.

Le premier a été signalé par l’ARS dans le Var, le 21 août 2014, ce qui a amené à placer ce département en niveau 2 du plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue, avec mise en œuvre de mesures de démoustication dans les environs de la résidence du patient. Un deuxième cas a été signalé, toujours dans le Var, près de Toulon, le 12 septembre. Enfin, le 19 septembre, un troisième cas de dengue autochtone a été signalé, à Aubagne cette fois. Dans ce dernier cas il semblerait que le virus ait été importé par un voisin de la victime qui avait contracté la maladie au retour d’un séjour en Thaïlande et le virus a été transmis par un moustique local.

Représentation du virus de la dengue (source Atlanta 2010)

Représentation du virus de la dengue (source Atlanta 2010)

Dans les trois cas, les personnes affectées ont été rapidement guéries et leur cas n’inspire aucune inquiétude. Souvent bénigne, la maladie provoque une forte fièvre accompagnée de maux de tête intenses, de vomissements, de douleurs musculaires et articulaires, et d’une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. La durée d’incubation est de 2 à 7 jours. On observe généralement une brève rémission 3 à 4 jours après les premiers symptômes, puis ceux-ci s’intensifient, avec parfois des saignements de nez ou des hémorragies conjonctivales, et les symptômes disparaissent rapidement au bout d’une semaine sans laisser de séquelle. Seule la forme hémorragique est réellement dangereuse.

Il n’existe pour l’instant aucun traitement ni vaccin contre la dengue même si de très nombreuses recherches sont en cours. La seule parade consiste donc à se protéger contre les moustiques et à supprimer les sites favorables à leur développement, à savoir tous les lieux humides avec un peu d’eau stagnante. La période d’activité des moustiques tigres dans nos régions s’étend principalement entre début mai et fin octobre, mais cet insecte s’avère remarquablement résistant au froid des périodes hivernales, ce qui explique qu’il s’adapte si bien à notre climat méditerranéen. Bref, un hôte encombrant avec qui il va falloir s’habituer à cohabiter en ces périodes de réchauffement climatique…

L. V. LutinVertPetit

Les fourmis de la Crau : un chantier à haute intensité de main d’œuvre !

10 août 2014
Constat des dégâts après la rupture du pipeline (photo © RNCC – CEN PACA)

Constat des dégâts après la rupture du pipeline
(photo © RNCC – CEN PACA)

Le 7 août 2009, un garde de la réserve naturelle des coussouls de Crau a la désagréable surprise d’observer un geyser de pétrole brut en plein milieu de la plaine de Crau, un écosystème très particulier qui s’étend entre Arles et Fos-sur-mer, et dont une grande superficie est classée Natura 2000.

Ce fameux coussoul de Crau constitue en effet un milieu naturel très spécifique. Cette immense plaine caillouteuse est issue des dépôts alluvionnaires de la Durance qui y avait là son delta avant qu’elle ne change son cours pour aller se jeter dans le Rhône. Le sol est ainsi constitué d’une épaisse couche de galets plus ou moins cimentés et a donné naissance à un milieu d’apparence hostile recouvert d’une maigre végétation, broutée par des générations de moutons, grillée par le soleil provençal et balayée par les furieux assauts du mistral que rien n’arrête.

Blog93_PhCrau

Ganga cata dans la Crau

Ganga cata dans la Crau

Mais cette steppe aride, proche de celles d’Afrique du Nord ou de l’Espagne, est aussi un écosystème d’une incroyable richesse où l’on peut observer près de 300 espèces d’oiseaux sur les 479 répertoriées en France ! Parmi celles-ci se trouvent le faucon crécerelle, l’outarde canepière ou encore le ganga cata dont la Crau constitue le seul habitat connu en France. D’autres espèces sont également emblématiques des coussouls de Crau, dont le lézard ocelé ou le criquet rhodanien sans aile…

Bref, on comprend l’émoi du garde face à cette marée noire qui se déverse en ce petit matin d’août 2009 sur près de 5 hectares… Le coupable est un oléoduc enterré à faible profondeur et qui conduit le pétrole depuis le l’étang de Berre vers les zones de raffinage et les complexes pétrochimiques de Feyzin et de l’axe rhénan en Allemagne. Il appartient à la Société du pipeline sud-européen, la SPCE, une filiale des majors du pétrole (Shell, Exxon, Total et BP). Malgré l’alerte précoce, la quantité de pétrole répandue est estimée à environ 5000 tonnes avec un risque de pollution pour la nappe phréatique qui est exploitée pour l’approvisionnement en eau potable.

Vue aérienne de la pollution en 2009

Vue aérienne de la pollution en 2009

Des systèmes de pompage sont aussitôt mis en place pour éviter que les hydrocarbures n’aillent migrer dans la nappe et un chantier énorme d’excavation est entrepris sans tarder. Ce sont au total 72 000 m3 de terre souillées qui sont décaissés et mis en décharge, le chantier de dépollution mobilisant près de 50 hectares. Des biologistes de l’Institut méditerranéen de biologie et d’écologie, l’IMBE, un laboratoire de l’université d’Avignon rattaché au CNRS, sont mis à contribution. Une carrière proche est remise en exploitation pour y extraire les terrains de substitution, lesquels sont mis en place en respectant l’ordre des horizons pédologiques et en tentant de conserver la faune d’invertébrés qui les a colonisés.

Au total, la SPCE affirme avoir dépensé de l’ordre de 50 millions d’euros pour remettre en état le site. Assignée en justice par deux associations de protection de l’environnement, dont France Nature Environnement, la société vient d’être condamnée le 29 juillet 2014 par le Tribunal correctionnel de Tarascon, à payer une amende dérisoire de 75 000 euros, assortie de 400 000 euros de dommages et intérêts, les juges ayant considéré que la société avait entrepris des efforts incontestables pour réparer autant que possible les dommages occasionnés.

Fourmi moissonneuse au travail (photo R. Jaunâtre - CNRS-IMBE)

Fourmi moissonneuse au travail (photo R. Jaunâtre – CNRS-IMBE)

Pour tenter de recréer l’écosystème, la SPCE a subventionné l’équipe de chercheurs de l’IMDE afin de mettre en place une démarche originale en vue de réinstaller la végétation initiale malgré l’aridité du climat et les conditions naturelles assez hostiles. Le programme de recherche imaginé par Thierry Dutoit et son équipe s’appuie sur une main d’œuvre locale toute trouvée, l’une des 14 espèces de fourmis présentes dans la Crau, en l’occurrence les fourmis moissonneuses (messor barbarus). Les ouvrières de cette espèce ont en effet la particularité d’aller rechercher des graines jusqu’à une trentaine de mètres de leur nid et ceci plusieurs fois par jour. Malgré leur ténacité, il arrive fréquemment qu’elles perdent leur fardeau en chemin, si bien qu’elles jouent gratuitement le rôle de semoir manuel.

Introduction d'une reine sous un galet (photo IMDE)

Introduction d’une reine sous un galet (photo IMDE)

A l’automne 2011, les chercheurs de l’IMDE ont donc récupéré près de 200 reines qu’ils ont acclimatées sur les 5 hectares pollués en 2009 ainsi que sur un autre espace de 375 hectares jadis exploité en verger et rendu à sa vocation naturelle. Protégées sous un galet, les reines ont pondu et produit les premières équipes d’ouvrières dès l’année suivante. Trois ans plus tard, 40% des reines fondatrices ont survécu, chaque nid comprenant entre 8000 et 20000 ouvrières qui travaillent d’arrache-pied à la revégétalisation du secteur. Une belle tentative de restauration écologique dont l’avenir dira si l’opération peut être reproductible dans d’autres écosystèmes…

L. V. LutinVertPetit