Archive for septembre 2015

L’image du Parti Socialiste en prend un coup…

29 septembre 2015

L’union de la Gauche des années 1970 et la Gauche plurielle de la fin des années 1990 ressemblent de plus en plus à de vieux souvenirs désuets, alors que les candidats se réclamant de la Gauche s’apprêtent à se présenter sur des listes adverses pour les prochaines élections régionales en région PACA et ailleurs.

Blog233_Ph1974Les valeurs communes dont se réclame la Gauche, au pouvoir depuis 2012, ont bien du mal à résister en ces temps de crise, à l’heure où notre ministre de l’économie n’a de cesse de fustiger les 35 heures, de remettre en cause les bases de la fonction publique et de prôner une refonte radicale du droit du travail qui serait un frein à l’emploi, et ceci sous les applaudissements du patronat qui n’en demandait pas tant.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron se targue de n’avoir jamais adhéré au Parti Socialiste mais ce n’est pas le cas de François Hollande qui a dirigé ce parti pendant des années et s’est fait élire en scandant « mon adversaire c’est le monde de la finance » mais qui, depuis qu’il est aux manettes, n’a pas réussi à imposer une seule des grandes réformes qu’il avait promises pour rétablir davantage de justice sociale et fiscale.

On comprend dans ces conditions le désarroi des autres partis de gauche qui se sentent trahis par une telle capitulation en rase campagne, un tel ralliement honteux aux thèses de l’ultra-libéralisme mondialisé, même si l’on voit bien que cette désunion de la Gauche ouvre un boulevard à la Droite, déjà sociologiquement majoritaire dans le pays et qui est en train de reprendre un par un tous les leviers du pouvoir.

Blog233_Ph1978En attendant, on pourra toujours sourire (ou rire jaune, c’est selon…) en jetant un œil aux détournements d’affiches du Parti Socialiste des années 1970, publiés sur le site internet de la revue Regards, une ancienne revue à tendance communiste née dans les années 1930 et dont le dernier avatar est dirigé par Clémentine Autain.

Blog233_PhPatrons

Blog233_Ph1979

Blog233_PhTravailleurs

Le 19 avril 2015, François Hollande déclarait sur Canal + : « Marine Le Pen s’exprime comme un tract du Parti communiste des années 70 », précisant quand même « sauf que le PC ne demandait pas qu’on chasse les étrangers et les pauvres ». Déclaration maladroite de « Monsieur petite blague » ou ultime provocation de l’homme politique qui voudrait tirer un trait définitif sur l’union de la Gauche qui a permis à François Mitterrand d’être élu président de la République le 10 mai 1981 ?

Toujours est-il que la phrase est restée en travers de la gorge de nombre de militants communistes, même si, objectivement, une part croissante de l’électorat du Front National s’ancre dans les territoires populaires, désormais déstabilisés par la désindustrialisation et le chômage de masse, mais qui il y a peu votaient encore massivement à gauche… Mais il est des amalgames et des sous-entendus qui n’aident à la bonne entente au sein d’une famille déjà passablement divisée. Décidément, mieux vaut parfois en rire pour ne pas en pleurer !

L.V. LutinVertPetit

Réacteurs nucléaires à sels fondus : une piste d’avenir ?

27 septembre 2015

Les défenseurs de l’environnement se sont toujours montrés particulièrement méfiants envers l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. Les incertitudes quant à la gestion sur le très long terme des déchets radioactifs et les risques d’accidents graves que fait peser cette industrie où l’opacité et la culture du secret sont des traditions bien ancrées, justifient d’ailleurs amplement ce rejet viscéral.

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

L’accident récent de Fukushima au Japon survenant après celui de Three Mile Island aux États-Unis et celui de Tchernobyl en Ukraine n’ont rien fait naturellement pour apaiser ces craintes. En France même, ce sentiment de rejet est très largement alimenté depuis des années par la politique délibérée de désinformation mise en œuvre pour masquer les retombées radioactives consécutives à l’accident de Tchernobyl en 1986 ou pour minimiser l’ampleur des fuites radioactives périodiquement identifiées au large de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague. Et encore, la plupart des Français continuent d’ignorer qu’une catastrophe majeure a été évitée de justesse lors de la tempête de 1999, lorsque la centrale du Blayais a été inondée, mettant gravement en péril les installation de refroidissement du cœur…

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Pourtant, à quelques semaine de la COP 21, à l’heure où l’on cherche à maîtriser le changement climatique global qui fait peser de lourdes menaces sur notre avenir à tous, beaucoup soutiennent que, malgré tous les dangers qu’elle représente, l’énergie nucléaire présente un impact moindre sur notre environnement que bien des combustibles fossiles, au premier rang desquels le charbon. Par ailleurs, chacun a bien conscience que les énergies renouvelables, dont le solaire et l’éolien, malgré leur grand intérêt, peinent à répondre à l’énorme demande en continu d’électricité du monde actuel.

C’est pourquoi, en attendant que se développent de nouvelles techniques dont peut-être un jour celle de la fusion thermonucléaire qui sera expérimentée sur le site d’ITER encore en construction, certains s’interrogent sur d’autres voies qui semblent avoir été insuffisamment explorées jusque là. C’est le cas notamment de Bill Gates qui a annoncé cet été avoir investi 1 milliard de dollars dans sa firme nouvellement créée, TerraPower, afin d’explorer une technique imaginée dans les années 1950 par le physicien Saveli Feinberg et qui est celle des réacteurs nucléaires à sels fondus.

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Dans cette approche, le combustible nucléaire se présente sous forme de sel fondu maintenu à la pression ambiante, à une température de 600 à 900 °C, qui joue à la fois le rôle de combustible, de fluide caloporteur et de barrière de confinement. Les premiers réacteurs à sels fondus ont été développés dès 1954 pour la propulsion d’avions. Dans les années 1960, le Laboratoire national d’Oak Ridge aux USA a mis au point un réacteur expérimental qui a parfaitement fonctionné pendant 4 ans. Le combustible utilisé était à base de thorium et le principe de base (neutrons thermiques) prévoyait le passage à travers un modérateur en graphite. Ce prototype a permis de tester différents combustibles et de démontrer le caractère attractif du procédé qui permet un bon rendement thermique.

Un autre procédé a été développé, dit à neutrons rapides, dépourvu de modérateur, qui utilise également des sels à base de fluorure mais avec une charge initiale en matière fissile plus importante. La puissance d’un tel réacteur est maîtrisée naturellement car la chaleur provoque une dilatation du sel qui réduit la capacité de fusion et régule le réacteur à son point d’équilibre sans aucune possibilité d’emballement.

Schéma d'un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Schéma d’un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Par rapport aux réacteurs nucléaires actuellement en service en France, les avantages sont donc multiples. Le principal concerne la sécurité du réacteur. Il n’y a ici aucun risque d’explosion (comme à Tchernobyl) du fait de l’absence de vapeur d’eau à haute température, ni d’utilisation de sodium liquide. Il n’y a donc pas besoin d’enceinte de confinement, ce qui réduit considérablement les coûts de construction. Le combustible étant à pression ambiante, la cuve est également plus mince. Pas de risque d’emballement du cœur non plus comme à Fukushima et Three Mile Island, le système de sécurité étant un simple bouchon de sel froid qui s’écoule par gravité en fondant, venant arrêter le réacteur par convection thermique, ce qui permet un redémarrage rapide de la centrale.

Les sels de fluor utilisés sont chimiquement et mécaniquement stables malgré la forte radioactivité au sein de la cuve : ils réagissent très peu avec l’air et se dissolvent mal dans l’eau ce qui limite les risques de pollution accidentelle, même en cas de destruction volontaire de la cuve.

Enfin, l’intérêt majeur de cette technique est qu’elle permet d’utiliser un combustible nucléaire à base de thorium, un matériau qui est disponible en quantités bien plus importantes que l’uranium et qui est actuellement un simple déchet d’extraction des terres rares. Dans la filière à neutrons rapides, la matière fissile utilisée est soit du thorium 232 soit de l’uranium 238, ce qui évite de passer par les démarches très coûteuses d’enrichissement de l’uranium qui sont nécessaires dans la filière nucléaire classique.

Blog232_PhThorium

Sous l’effet des captures de neutrons dans le réacteur, ces deux isotopes se transforment respectivement en uranium 233 et en plutonium 239, qui sont d’excellent isotopes fissiles, ce qui garantit le fonctionnement du réacteur. A défaut, l’uranium 233 se transforme en uranium 235 qui contribue lui aussi à la fission. Le réacteur fonctionne ainsi comme surgénérateur en produisant son propre combustible.

Les déchets produits sont principalement des formes de neptunium et de plutonium dont la durée de désintégration est relativement courte par rapport aux déchets issus des réacteurs actuels dont le cœur doit être vidé périodiquement. Ici, plus de 80 % des produits de fission sont stables en moins de 10 ans et les autres perdent l’essentiel de leur radioactivité en moins de 300 ans, ce qui permet d’envisager des procédés de stockages plus raisonnable à l’échelle humaine que les filières actuellement en vigueur. De surcroît, le traitement peut se faire sans arrêt du réacteur, le combustible usé étant extrait et traité en continu.

Un autre atout de ces réacteurs à sels fondus est qu’ils permettent de consommer également les déchets nucléaires dont on ne sait que faire actuellement, parmi lesquels les transuraniens (dont le plutonium) et les actinides. L’introduction de ces éléments dans le réacteur permet même d’en augmenter considérablement la durée de fonctionnement (effet surgénérateur) mais aboutit à des déchets un peu plus complexes à traiter.

Granulés de thorium

Granulés de thorium

Il est quand même nécessaire, pour amorcer la réaction, d’introduire une certaine quantité d’uranium 233 qui doit être produite dans un autre réacteur puisque cet isotope n’existe pas naturellement. Pour cette raison, il est envisagé de faire fonctionner certains réacteurs classiques à eau pressurisée avec un combustible à base de thorium qui pourrait produire l’uranium 233 et alimenter ainsi plusieurs réacteurs à sels fondus. C’est sur de tels scénarios que travaille actuellement un laboratoire du CNRS à Grenoble et les réacteurs à sels fondus constituent une des options de recherche retenue dans le cadre du forum international sur les réacteurs de 4ème génération.

On se demande bien d’ailleurs pourquoi une technique aussi prometteuse a été aussi négligée jusqu’à présent. Un documentaire de Citizens-films, joliment intitulé « Thorium, la face gâchée du nucléaire » laisse entendre que les filières classiques à base d’uranium ont été privilégiées précisément pour leur retombées sous forme de production de plutonium à usage militaire…

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

En Chine, mais aussi en Inde (gros producteur de thorium), d’importants projets de recherche en vue de développer rapidement de tels réacteurs à sels fondus sont en cours. La France, actuellement embourbée dans ses déboires liés à la construction de l’EPR de Flamanville, sera t-elle en mesure de suivre le mouvement et d’adapter son parc électronucléaire à cette nouvelle technologie qui semble promise à un bel avenir ?

L.V.  LutinVertPetit

Vie politique : à Marseille, le client est roi…

25 septembre 2015

Blog231_PhMonnierC’est un documentaire à charge sur les mœurs de la vie politique locale que vient de diffuser France 3 lundi 21 septembre 2015 ! Intitulé « Marseille, le jeu du clientélisme », ce film a été réalisé par Xavier Monnier que l’on voit au début du film en train d’interpeller l’ex président du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et toujours sénateur Jean-Noël Guérini. Rédacteur en chef du site d’investigation bakchich.info, ce journaliste marseillais qui n’a pas froid aux yeux dénonce dans ce film les pratiques mafieuses des élus locaux en général et du clan Guérini en particulier.

On y retrouve les principaux acteurs de la vie politique locale, de Jean-Claude Gaudin à Renaud Muselier en passant par Eugène Caselli et Patrick Menucci. L’ombre de Gaston Deferre y est aussi largement évoquée, ainsi que le vieil adage marseillais selon lequel « service rendu vaut voix », le tout énoncé avec beaucoup de franchise et sans fausse honte devant la caméra par les ténors de la politique marseillaise. Pas de caméra cachée dans ce reportage où chacun s’exprime à visage découvert pour expliquer les règles du jeu politique local où le clientélisme fait force de loi.

Blog231_PhJeu

Reste à savoir ce qu’on appelle clientélisme et chacun y va de sa définition. Pour Jean-Noël Guérini, « s’occuper des gens qui sont dans le besoin, c’est normal » : aider ceux qui le demandent à obtenir un logement, c’est bien la moindre des choses quand on préside un département qui gère à lui seul 34 000 logements sociaux . Jean-Claude Gaudin reconnaît de même que quand on vient le voir c’est généralement pour demander un service et si possible obtenir un poste à la mairie, de préférence bien payé et pas trop exigeant, ce qui explique sans doute pourquoi les services municipaux de la Ville de Marseille comptent pas moins de 12 000 agents. Quant à Renaud Muselier il avoue sans détour : « le clientélisme, on en fait tous » !

Sauf que le clientélisme classique s’est peu à peu transformé en clanisme selon Michel Pezet et que désormais l’attribution des logements sociaux et des subventions sert tout simplement à acheter des voix, ce qui s’apparente ni plus ni moins qu’à du trafic d’influence… Et, cerise sur le gâteau, avec de l’argent on achète pas seulement des électeurs mais aussi des élus !

Petit exemple développé dans le documentaire : après les municipales de 2008, la Droite est largement majoritaire à la Communauté urbaine MPM avec 88 sièges contre 69 seulement pour les élus de gauche. Renaud Muselier, adjoint au maire de Marseille, est désigné comme candidat à la présidence. Mais Jean-Noël Guérini est à la manœuvre et son équipe joue habilement des vieilles rancœurs de certains et surtout de son pouvoir de séduction.

Jean-Noël Guérini (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Jean-Noël Guérini (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Le fait que le Conseil Départemental des Bouches du Rhône distribue chaque année 80 à 130 millions d’euros de subventions aux communes lui confère certains arguments auxquels tous ne sont pas insensibles. La commune de Carnoux est d’ailleurs visée parmi d’autres dans ce reportage et force est de reconnaître que ses 7000 habitants ont été particulièrement bien servis par les subventions départementales qui ont permis de rénover de fond en comble les écoles, les gymnases et le stade ainsi que la voirie et la place centrale (plutôt deux fois qu’une), sans compter l’enfouissement des lignes électriques, pendant que les habitants de certains quartiers nord de Marseille voyaient leurs équipements publics se délabrer chaque jour davantage sans le moindre investissement public.

Eugène Caselli, ex président de MPM

Eugène Caselli, ex président de MPM

Toujours est-il qu’en avril 2008 c’est le premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, Eugène Caselli, qui est élu président de MPM dès le premier tour à la surprise générale et grâce à de nombreuses voix d’élus de droite. La conséquence, selon le réalisateur du documentaire, c’est que la Communauté urbaine devient le jouet de Jean-Noël Guérini et de son frère Alexandre, entrepreneur avisé dans le domaine de la propreté urbaine, qui du jour au lendemain se sent chez lui dans les locaux de MPM.

Il en résultera de nombreuses dérives, désormais aux mains de la justice. L’affaire de l’attribution d’un marché de collecte des ordures ménagères lancé en mai 2009 est bien décrite dans le documentaire. Deux entreprises s’affrontent et le rapport d’analyse d’offre privilégie contre toute attente l’offre pourtant la plus chère (de 4 millions d’euros) et techniquement moins avantageuse puisque proposant 50 agents de moins que sa concurrente. La commission d’appel d’offres s’oppose logiquement à ce choix mais s’attire les foudres du directeur de la propreté et apprend qu’en réalité tout avait été négocié à l’avance…

Blog231_PhDessinMais tout n’est pas perdu pour la société qui a été ainsi écartée. Une grève des éboueurs est alors déclenchée fort opportunément en son sein, grève manifestement instrumentalisée par Alexandre Guérini avec l’aide semble t-il du syndicat majoritaire Force Ouvrière. Eugène Caselli est bien obligé de céder et de relancer le marché comme l’exigeait Alexandre Guérini qui finit donc par arriver à ses fins.

Les suites judiciaires de l’affaire ne sont pas réellement abordées dans le film de Xavier Monnier, pourtant bien informé puisqu’il fait partie de ceux qui l’ont dénoncé dès 2009. Seule la garde à vue d’Eugène Caselli en février 2011 est évoquée mais il n’est fait nulle mention de la lettre anonyme reçue par le Parquet de Marseille le 2 février 2009, accusant Alexandre Guérini de détournement de fonds et de trafic d’influence dans la gestion de plusieurs décharges publiques. C’est pourtant cette accusation qui a déclenché l’ouverture d’une information judiciaire contre X confiée au juge d’instruction Charles Duchaine, ainsi que les nombreuses perquisitions et les écoutes téléphoniques croustillantes qui ont suivi.

Blog231_PhCartes

Le spectateur reste donc sur sa faim suite à ce documentaire un peu court et qui donne l’impression d’être surtout un réquisitoire à charge contre Jean-Noël Guérini alors que les dérives qu’il incarne sont manifestement plus largement réparties au sein de la classe politique locale. On est heureux pour Renaud Muselier et Jean-Claude Gaudin qu’ils soient présentés à travers ce reportage sous un visage aussi vertueux dans un simple rôle de témoins de moralité, mais on a du mal à croire totalement à leur angélisme au travers de leurs déclarations, surtout lorsque sont évoquées à mots couverts, les interventions musclées de représentants de la pègre locale pour fluidifier les rapports entre agents électoraux lors de certaines campagne. Rien que de très banal en somme…

L.V.  LutinVertPetit

Côte d’Ivoire : une élection sous haute tension

23 septembre 2015

Alors qu’un nouveau coup d’état militaire vient tout juste de se produire au Burkina Faso, quelques semaines avant la tenue d’élections programmées pour le 11 octobre, voilà qu’on reparle de la Côte d’Ivoire où des élections présidentielles sont aussi prévues très prochainement. Ces élections, dont le premier tour devrait se tenir le 25 octobre, s’annoncent à haute tension avec pas moins de 33 candidats déclarés (mais 10 seulement retenus par le Conseil constitutionnel) et 34 000 soldats dont 6 000 casques bleus d’ores et déjà mobilisés pour en assurer la sécurité. Le président en exercice, Alassane Ouattara se présente à sa propre succession pour 5 ans, bien que déclaré inéligible par un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en 2000…

Alassane Ouattara avec son épouse Dominique, lors de son investiture en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Alassane Ouattara avec son épouse Dominique, lors de son investiture en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

De nationalité burkinabé, il ne peut en effet prétendre à la magistrature suprême au vu de l’article 35 de la Constitution. Les accords de Prétoria avaient éludé ce point en lui accordant la possibilité de présenter quand même sa candidature à titre exceptionnel pour les élections de 2005, qui finalement n’ont pas eu lieu, mais la Constitution n’ayant pas été amendée depuis, ce point reste toujours pendant, pour les élections à venir comme pour les précédentes de 2010… Et ceci n’est qu’un des aspects de la situation politique pour le moins chaotique qui prévaut depuis des années dans ce pays.

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié qu’à l’issue des élections de 2010, deux des candidats se sont successivement autoproclamés vainqueurs : Alassane Ouattara revendiquait 54,1 % des suffrages tandis que le président sortant Laurent Gbagbo se voyait attribuer 51,45 % des voix par le Conseil Constitutionnel. On ne saura jamais lequel des deux l’avait réellement emporté car le camp Ouattara s’est toujours opposé à un recomptage des voix. Toujours est-il que cette situation avait débouché sur un véritable climat de guerre civile qui a fait plus de 3000 morts avec, incontestablement des exactions des deux côtés.

Laurent Gbagbo (à gauche) et Alassane Ouattara lors du débat avant le second tour des présidentielles en 2010 (source : news.abidjan.net)

Laurent Gbagbo (à gauche) et Alassane Ouattara lors du débat avant le second tour des présidentielles en 2010 (source : news.abidjan.net)

Une médiation internationale a bien été tentée sous l’égide de l’OUA, qui aurait même été sur le point d’aboutir si l’on en croit les confidences de son ex-président, l’Équato-Guinéen Téodoro Obiang au site Afrik.com. Mais c’était sans compter sans les appuis de la communauté internationale qui soutenait comme un seul homme son champion, économiste et ancien haut technocrate du FMI, Alassane Ouattara.

Alassane Ouattara aux côtés de Nicolas Sarkozy (DR)

Alassane Ouattara aux côtés de Nicolas Sarkozy (DR)

Le blocage a donc été réglé à l’ancienne, selon les bonnes vieilles traditions de la Françafrique, et à l’initiative du président de la République française Nicolas Sarkozy, grand ami d’Alassane Ouattara avec qui il entretient des relations très étroites au moins depuis 1993. A l’époque, Alassane Ouattara était premier ministre de Côte d’Ivoire, pays qui détenait la moitié de la masse monétaire en francs CFA, alors que Nicolas Sarkozy, comme ministre du budget, était à la manœuvre pour organiser la dévaluation de cette monnaie, opération qui aurait donné lieu à de gigantesques trafics par camions entiers chargés de billets avant que ne soit mis fin à la convertibilité du franc CFA, le 2 août 1993.

Bernard Houdin, ancien conseiller de Gbagbo

Bernard Houdin, ancien conseiller de Gbagbo

Déjà en 2002, un coup d’état fomenté par des groupes rebelles venus du nord du pays et du Burkina avait tenté de déstabiliser Laurent Gbagbo, élu deux ans plus tôt à l’issue d’un bras de fer avec le général putschiste Robert Gueï qui refusait de lui céder le pouvoir. Dans un livre qui vient de paraître (Les Ouattara, une imposture ivoirienne, éd. du Moment), Bernard Houdin, un proche de Laurent Gbagbo, laisse entendre que la France ne serait pas totalement étrangère à ces troubles, citant cette confidence que lui aurait faite Denis Tillinac en septembre 2002, selon laquelle les législatives qui ont suivi la victoire écrasante de Jacques Chirac ont amené à l’Assemblé une forte majorité de députés de droite qui « défilent tous à l’Élysée en répétant : on a viré Jospin, virons ses amis socialistes en Afrique ! ».

Finalement, les accords de Marcoussis en janvier 2003 permettront à Gbagbo de se maintenir au pouvoir mais ne supprimeront pas pour autant les troubles dans le pays jusqu’à l’attaque aérienne contre le camp de Bouaké en novembre 2004. En 2007, Gbagbo est contraint d’accepter comme premier ministre l’ancien chef de la rébellion Guillaume Soro, lequel échappera de peu à plusieurs attentats. On imagine donc sans peine dans quel climat délétère s’est déroulée en 2010 l’élection présidentielle maintes fois repoussée qui a vu s’affronter les deux vainqueurs autoproclamés Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara…

Blog230_PhLivreSarkoEn tout cas, la France alors n’a pas hésité pour choisir son camp comme le raconte benoîtement Nicolas Sakozy lui-même dans une confidence aux journalistes Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel, que ces derniers se sont empressé de rapporter dans leur livre intitulé « Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy », publié en novembre 2014 chez Flammarion. Commentant l’intervention de l’armée française au Mali et en Centrafrique, il a ces mots d’anthologie : « Il y a eu une improvisation sur le Mali et la Centrafrique. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas intervenir, mais je n’ai toujours pas compris ce qu’on allait y faire. Le Mali, c’est du désert, des montagnes et des grottes. Quand je vois le soin que j’ai mis à intervenir en Côte d’Ivoire… On a sorti Laurent Gbagbo, on a installé Alassane Ouattara, sans aucune polémique, sans rien ».

Du grand art diplomatique en effet, exprimé avec une rare élégance et qui se traduit par un mois de combat, en mars 2011, puis par un assaut contre la résidence de Laurent Gbagbo et son arrestation le 11 avril.

Laurent Gbagbo devant le Cour pénale internationale à La Haye le 5 décembre 2011 (photo AFP)

Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale à La Haye le 5 décembre 2011 (photo AFP)

Il aura néanmoins eu plus de chance que son homologue lybien et est depuis emprisonné à La Haye où il devrait être jugé devant la Cour pénale internationale le 10 novembre prochain, accusé ni plus ni moins que de crime contre l’humanité… Pendant ce temps, sa femme, Simone Gbagbo, qui elle a été jugée en Côte d’Ivoire, a été condamnée à 20 ans de réclusion criminelle pour « attentat contre l’autorité de l’Etat, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l’ordre public ». Comme l’avaient déjà remarqué les Romains, malheur aux vaincus…

Nicolas Sarkozy sensible aux charmes de la jeune Afrique à Yamoussoukro en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Nicolas Sarkozy sensible aux charmes de la jeune Afrique à Yamoussoukro en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Bref, tout indique que cette prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire ne sera qu’une formalité pour le président sortant Alassane Ouattara. D’autant que, comme se plaît à le rappeler RFI, ses adversaire du Front Populaire Ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, se déchirent entre ceux qui voudraient garder la place de leur ex-leader et ceux qui préfèrent tourner rapidement la page à leur profit, au premier rang desquels le président actuel du FPI, Pascal Affi N’Guessan. Le terrain est donc largement dégagé pour Alassane Ouattara et il est très probable que, comme en mai 2011, son vieil ami, Nicolas Sarkozy, sera présent lors de sa prochaine investiture, ainsi que ses grands copains Martin Bouygues et Vincent Bolloré. Voila une Afrique enfin bien partie !

L.V.  LutinVertPetit

Métropoles : où en est le projet du Grand Paris ?

21 septembre 2015
Ultime provocation de la maire d'Aix-En-Provence sur le site de La Provence du 13 septembre 2015

Ultime provocation de la maire d’Aix-En-Provence sur le site de La Provence du 13 septembre 2015

Alors que 12 nouvelles métropoles françaises ont vu le jour au 1er janvier 2015, dont celle de Lyon qui vient consolider un processus amorcé dès 1966 avec la création de la Communauté urbaine de Lyon, voilà que la maire d’Aix-en-Provence, l’inénarrable Maryse Joissains, en est encore à tenter de torpiller la future métropole Aix-Marseille-Provence qui doit pourtant être créée dans trois mois seulement, au 1er janvier 2016… Contre toute attente et par pur esprit de provocation, elle vient en effet de lancer le projet d’une métropole à elle toute seule, s’appuyant sur le seuil de 400 000 habitants qui permet d’exclure ni plus ni moins que la ville de Marseille : une agglomération sans la ville principale, il fallait oser, mais on sait depuis longtemps que certains osent tout…

Et pendant ce temps là, pendant que quelques élus locaux provençaux en sont encore à un tel niveau d’enfantillage, où en est le projet du Grand Paris, la future métropole qui doit voir le jour officiellement le 1er janvier 2016, en même temps que sa consœur du Sud ? Là aussi, le dossier est lourd et le territoire ne manque pas d’élus locaux obtus et égoïstes, prêts à tout pour ne pas voir le pouvoir leur échapper. Il a donc fallu, comme à Marseille, concocter des règles spécifiques, inscrites dans la loi du 27 janvier 2014 et fortement remodelées dans la nouvelle loi NOTR du 7 août 2015, pour s’adapter au contexte local et aux rapports de force en vigueur.

La future métropole du Grand Paris aura donc, comme celle d’Aix-Marseille, un statut particulier. Elle rassemblera 124 communes au total, en comptant la ville de Paris, mais ces communes seront regroupées en une douzaine de « territoires », sous la forme d’établissements publics qui garderont une personnalité morale et une certaine autonomie fiscale puisqu’ils bénéficieront, jusqu’en 2020, de la Cotisation foncière des entreprises. En d’autres termes, il faudra donc attendre 2020 pour achever l’intégration fiscale au sein de la nouvelle métropole…

Les contours probables du futur Grand Paris et des territoires

Les contours probables du futur Grand Paris et des territoires

Le futur Conseil de métropole devrait disposer de 210 sièges et il faudra là aussi attendre 2020 pour qu’ils soient élus au suffrage universel direct. Comme à Marseille, ils coexisteront avec les Conseils de territoires qui feront perdurer les intercommunalités actuelles : contrairement au discours ambiant, ce sont une fois de plus les élus locaux qui se sont battus bec et ongles pour qu’on ne supprime pas une des couches du mille-feuille territorial dont ils raffolent !

Cette métropole assumera en lieu et place des communes plusieurs compétences dont l’aménagement du territoire, l’habitat, le développement économique, social et culturel, la politique de la ville mais aussi la protection de l’environnement et du cadre de vie. Comme à Marseille, les plus fortes crispations durant les débats au Parlement, se sont focalisées sur l’élaboration des documents d’urbanisme, les maires redoutant de voir leur échapper cette arme favorite du clientélisme électoral au profit de la métropole.

Blog229_PhSarkozy

Cette dernière sera chargée de l’élaboration du SCOT, le schéma de cohérence territoriale, qui fixe les grandes lignes de l’aménagement du territoire mais qui n’est pas prescriptif. Quant aux PLU (plan local d’urbanisme), ils seront élaborés par les territoires qui la constituent, et la métropole se contentera de donner un simple avis, dans la droite ligne de l’arrangement obtenu par les maires de l’aire marseillaise…

Le Grand Paris qui se dessine rassemblera près de 7 millions d’habitants et constituera un pôle économique de premier plan en Europe avec plus de 4 millions d’emplois, 38 millions de m2 de surface de bureaux et près de 47 millions de visiteurs chaque année. Comme sur l’aire métropolitaine marseillaise, les principaux défis à relever sont liés au logement (avec un objectif ambitieux de 70 000 création de logements neuf chaque année) et aux transports urbains.

Dans ce dernier domaine, force est de constater que les choses avancent à grands pas. En mai 2010 a été créée la Société du Grand Paris, un établissement public mis en place par l’État pour élaborer un projet novateur de métro automatique dénommé Grand Paris Express, un projet d’ampleur inégalée depuis la mise en œuvre des réseaux express régionaux, les fameux RER, dans les années 1980.

Blog229_PhMetro2Dans ce cadre, ce sont pas moins de 205 km de lignes de métro interconnectées qui vont voir le jour, pour un coût estimé à 26 milliards d’euros ! Outre la construction de ces lignes nouvelles, la Société du Grand Paris joue aussi un rôle de maîtrise d’ouvrage publique pour l’aménagement de l’espace autour des gares afin de favoriser l’émergence de grands pôles d’activité et de logement, bien desservis par les transports en commun. Au travers de cette amélioration du réseau de transports, c’est donc toute la question de l’aménagement du territoire qui est en jeu, avec enfin la possibilité de raisonner à une échelle suffisamment globale pour permettre un rééquilibrage raisonné de l’aire métropolitaine.

Les futures lignes de métro du Grand Paris Express

Les futures lignes de métro du Grand Paris Express

La mise en service du nouveau réseau qui comptera pas moins de 72 gares se fera progressivement entre 2018 et 2030. Des travaux sont déjà en cours pour prolonger certaines lignes de métro et de tramway et pour mettre en place un bus à haut niveau de service destiné à desservir le plateau de Saclay. Un des premiers grands chantiers concerne le prolongement de la ligne 14 déjà automatisée qui reliera à terme l’aéroport d’Orly (au sud de Paris) jusqu’à Saint-Denis et permettre de rallier l’aéroport de Roissy.

Baptême du tunnelier pour le prolongement de la ligne 14

Baptême du tunnelier pour le prolongement de la ligne 14

En parallèle a été lancée une enquête publique pour la future ligne 15 qui servira de rocade proche et permettra de relier notamment Noisy à La Défense. Trois autres lignes (16 à 18) sont prévues pour favoriser la desserte de la Seine-Saint-Denis et du Sud-Ouest parisien (Yvelines). C’est donc tout le schéma global de déplacement de la région parisienne qui va être bouleversé par ce nouveau maillage, bénéficiant aux 8,5 millions d’habitants d’ÎIe-de-France qui empruntent chaque jour le réseau de transports en commun.

Blog229_Bouchon

Une véritable révolution donc, qui pourrait rendre de nouveau attractif ce territoire actuellement largement congestionné. Espérons que nos futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence sauront se montrer aussi ambitieux dans l’élaboration d’un réseau de transports en commun adapté aux besoins de notre propre aire urbaine…

L.V.  LutinVertPetit

Les « haut-perché-e-s » à l’assaut des Hauts de Carnoux…

19 septembre 2015

Blog229_AfficheL’artiste Rodia Bayginot exposera à la médiathèque de Carnoux-en-Provence du 15 au 25 septembre 2015 ses suspensions en tissu, dans le cadre d’une thématique science et art sur les arbres. Elle sera présente dans l’installation vendredi 25 septembre de 17 h à 19 h, en compagnie de l’équipe de la médiathèque et de la naturaliste Claude Gadbin-Henry.

« Les haut- perch-ée-s », leur nom a d’emblée évoqué, à mes yeux, ces arbres tropicaux, dépourvus de troncs, qui doivent utiliser le corps des autres végétaux arborés pour accéder à la lumière source d’énergie et garante de survie pour l’espèce…

Regardez les : ils se balancent doucement, agités par les souffles environnants. Elles/Ils sont de tissus : surfaces souples constituées par un assemblage de fils tressés ou maillés, dit le Robert.

Semblables et différentes sont les feuilles, constituées de tissus foliaires à la surface lisse où glissent les gouttes de pluie, mais qui possèdent de minuscules ostioles, parfois béantes, pour capturer sur son passage éphémère, l’eau nourricière …

Ces arbres des tropiques, en croissant étranglent parfois, ceux qui les ont portés vers le soleil, depuis leur naissance. Ainsi ces Ficus étrangleurs, survivront sans tronc, mais portés par leurs vigoureuses racines aériennes. Ce sont elles qui  apporteront les sels de la terre, assimilés grâce à l’énergie solaire…Cependant, que leur généreux « sus-porteurs », vont mourir doucement…

Blog229_PhCarnoux

Mais les « haut- perché-e-s »s, n’ont nul  besoin d’étrangler leur tuteur !  Rodia leur a donné une suspension ronde et mobile qui leur permet de se retourner vers les spectateurs ébahis !

Groupés en un lieu, elles/ils deviendront forêt : le mystère est dévoilé : Ils recèlent en leur sein des êtres étranges, énigmatiques… un visage ? serait-ce celui d’une sylphide, d’une fée ?  Se présentent un elfe, un sylphe, un enfant, un passant  tous assez sages pour se cacher et vivre là ?…

Leurs petits compagnons évoquent à s’y méprendre les « animalcules » que sont bactéries, champignons, arthropodes.  Ils sont les « minuscules », qui assurent le futur de cette forêt suspendue. Sa survie dépend de leurs activités, ils transforment les tissus végétaux et animaux en nouveaux nutriments pour les tous hôtes de cette forêt !

Ces « haut-perché-e-s » regorgent de vies et du dynamisme discret et durable des lointaines et familières forêts.

Claude Gadbin-Henry

Les feux de l’enfer en Californie

17 septembre 2015

Chaque année en moyenne depuis 2010, si l’on en juge par les fiches de la base de données Prométhée, ce sont 800 ha de forêts qui partent en fumée dans la seule région Provence – Alpes – Côte d’azur, dont plus de la moitié dans le département des Bouches-du-Rhône. Il y a quelques semaines seulement, ce sont 13 ha de massif boisé qui ont ainsi brûlé juste à côté de Carnoux, entre l’autoroute et la carrière Bronzo. Sur l’ensemble du territoire national, on estime que les feux de forêts détruisent en moyenne de l’ordre de 300 km2 chaque année avec parfois des pointes exceptionnelles comme en 2003 où de multiples incendies, en particulier dans le Var, avaient porté la surface totale incendiée à 740 km2 et causé la mort de 10 personnes.

Ph6 : Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Mais ces chiffres ne sont rien si on les compare à ce qui se passe dans bien d’autres pays et notamment aux États-Unis qui sont aux prises en ce moment même avec de gigantesques incendies, tout particulièrement dans le nord de la Californie soumise à une forte sécheresse. Depuis le début de l’année 2015 et selon des chiffres cités par Le Monde, ce sont plus de 36 000 km2 qui sont ainsi partis en fumée, soit plus que la superficie totale de la région PACA ! L’année n’est pas encore terminée mais on se rapproche déjà du record historique de l’année 2006 où 40 000 km2 avaient brûlé.

Ph3 : Maison en feu le long de l'autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en feu le long de l’autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Ainsi un feu violent, baptisé Valley fire, ravage depuis la semaine dernière le nord de la Californie, mobilisant plus de 3500 pompiers. Parti samedi 12 septembre près de la ville de Cobb, il est désormais contenu mais continue à brûler. En trois jours, il avait déjà brûlé près de 25 000 ha, soit une fois et demi la superficie de la forêt de Fontainebleau et le dernier bilan fait état de plus de 30 000 ha brûlés.

Ph1 : Maisons et voitures brûlées  par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Maisons et voitures brûlées par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Près de 600 maisons et une centaines d’autres bâtiments sont déjà partis en fumés, en particulier dans la petite ville de Middletown, située à 160 km au nord de San Francisco et qui a été évacuée in extremis. Quatre pompiers ont été brûlés au second degré et une femme âgée qui n’avait pas pu quitter à temps son habitation est décédée. Selon le Los Angeles Times de ce jour, deux autres victimes sont à déplorer dont les corps viennent d’être retrouvés.

Ph5 : Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Un autre incendie, dénommé Butte Fire, est aussi en cours près de San Andreas, à l’Est de San Francisco, depuis la semaine dernière, ayant déjà ravagé près de 30 000 ha également et menaçant des milliers de bâtiments dont 233 maisons d’habitation qui ont déjà brûlé, nécessitant là aussi des évacuations massives. Deux morts sont à déplorer sur ce second sinistre. Au total, ce sont pas moins de 12 feux de forêts qui sévissent en ce moment en Californie, avec des vitesses de propagation rarement observées qui atteindraient 30 km/h selon les équipes de pompiers engagées sur le terrain.

Selon le site Le Devoir, trois autres feux ravagent l’Oregon plus au nord, et 10 l’État de Washington (nord-ouest). Des pompiers venus d’Australie et de Nouvelle-Zélande prêtent main-forte à leurs collègues américains dans l’ouest du pays et au total, ce sont 20 000 pompiers qui luttent actuellement à travers le pays contre 33 grands feux, notamment dans l’Idaho, le Montana, le Wyoming et l’Utah. Depuis le début de l’année, ce sont déjà 13 pompiers qui ont perdu la vie en combattant le feu…

Certains gardent en mémoire un autre incendie particulièrement destructeur, baptisé Tunnel Fire (car les Américains donnent systématiquement des noms aux feux de forêts comme on le fait pour les ouragans, par commodité ou pour mieux les maîtriser ?) : en 1991, il avait fait 25 victimes et détruit pas moins de 2900 bâtiments, même si la surface brûlée ne dépassait pas 650 ha…

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Au début du mois d’août, alors que les pompiers américains luttaient contre un autre gigantesque incendie au nord de San Francisco, Rocky Fire de son petit nom, un article du Courrier International rapportait les propos alarmistes du gouverneur de Californie, Jerry Brown, déclarant à CNN : « l’extrême sécheresse a transformé la Californie en poudrière ».

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

De fait, une étude menée par des chercheurs américains et australiens sur l’influence des données climatiques observées depuis 1979, met en évidence que le réchauffement climatique a une incidence directe sur l’augmentation du nombre de feux de forêt, et sur leur intensité. A l’échelle mondiale, la période où les conditions sont favorables aux départs de feux (température élevée, vent fort, faible taux d’humidité et absence de pluie) a ainsi augmenté de 4 jours en moyenne, mais localement de 5 semaines dans certaines forêts de conifères d’Amérique du Nord, ce qui est considérable !

Une raison de plus pour commencer à prendre au sérieux les effets du changement climatique global ?

L.V. LutinVertPetit

KATULU ? N° 45

15 septembre 2015

Ph_Couverture45Ce nouveau numéro (Katulu_45) du cercle de lecture Katulu ? reprend les échanges du groupe qui s’est réuni au complet le 18 juin 2015 pour sa dernière séance avant la coupure estivale. Une saison très riche autour d’un groupe fidèle qui s’est retrouvé très régulièrement pour des réunions pleines de cordialité, de partage d’idées et d’échange de réflexion, dans une ambiance très agréable, prolongée par des soirées à Aubagne pour assister aux retransmission des spectacles du Royal House Opera et du Met de New-York. Depuis septembre dernier ce sont pas moins de 52 livres qui ont été présentés et discutés au sein du groupe. Deux volumes reliés avec les comptes-rendus des réunions de Katulu ? depuis sa création en 2008 sont d’ores et déjà archivés auprès du Cercle Progressiste Carnussien qui héberge le groupe de lecture. Les réunions reprennent, tous les deuxièmes jeudis du mois et le cercle de lecture est prêt à s’agrandir en accueillant de nouveaux lecteurs pour élargir et enrichir les échanges : n’hésitez-pas à venir nous rejoindre !

Casual Vacancy

JK Rowlings

Ph_CasualDans une petite ville du nord de l’Angleterre, un conseiller paroissial décède (Casual Vacancy signifie, « vacance de poste »). La ville va alors se déchirer pour savoir QUI succédera à cette personne très aimée.

L’histoire met en scène des adultes (plus de 35 personnages : on a intéret à prendre des notes!). D’autant plus que plusieurs sont indiens et qu’on ne sait même pas si ce sont des filles ou des garçons, néanmoins on sent très vite que ce sont les ados qui intéressent JK Rowlings. Ce sont tous ces jeunes qui vont faire bouger la ville mais ce ne sera pas sans dégats : trois morts, des séparations de couples, un malade en phase terminale, des déménagements etc……

Ecrit dans une langue très argotique, le livre est assez difficile et surtout il nous présente une image très « noire » de la société britannique : personne n’aime personne, les services sociaux sont dévalorisés, l’école est une pétaudière où les petites frappes terrorisent leurs camarades…

Un livre qui m’a intéressée mais il me semble que JK Rawlings (l’auteur d’Harry Potter) se cherche encore un peu dans ce nouveau créneau !

Annie

«Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Claude Halmos

Ph_LivreHalmostClaude Halmos est psychanalyste et écrivain. Ce livre a un autre titre : « Faire face à la crise et résister ». Il est dédié « à ceux dont il parle pour qu’ils en fassent un outil pour retrouver la voie de la dignité, du combat et de l’espoir » : les gens ordinaires qui prennent de plein fouet les conséquences de ce fléau : l’angoisse, le stress, la dévaluation de soi.

« La crise économique balaye la vie, un peu, suffisamment… et non contente de détruire le présent, elle assassine le futur » ou encore « troubles psychologiques tels que dépression, alcoolisme, stress… conséquences profondes sur le plan humain… et si elle dure elle peut condamner toute une jeune génération ».

La crise est dramatique pour les jeunes : « elle n’impose pas des choix mais des non-choix ! « c’est ça ou rien ». Le chômage est devenu une peur sociale,c’est une « Mise à mort sociale ».

La pauvreté atteint l’être :« des êtres l’incarnent : les SDF devenus le symbole absolu de la précarité ». « Confrontés à la crise et à la pauvreté les hommes et les femmes redeviennent inconsciemment dans leur détresse les nourrissons qu’ils ont été ».

Josette J.

La septième nuit de Venise

Thierry Maugenest

Ph_MaugenestC’est un roman très libertin et très vénitien, inspiré de personnages réels, en particulier Carlo Goldoni (le « Molière italien ») et Zorzi Baffo (poète érotique) intégrés dans une intrigue policière qui associe littérature et vérité historique.

La véritable héroïne de ce roman, c’est Venise. L’histoire se déroule en 1727, en hiver. Venise redouble d’insouciance, sombre dans les excès en tous genres, revêt mille masques, vivant six mois par an au rythme du carnaval.

A la suite de Zorzi Baffo, et, de Carlo Goldoni, c’est le monde du carnaval, de la prostitution et du théâtre qui sont dépeints, dans une Venise traversant sa septième nuit, celle de sa décadence.

Ce roman, où se marient, littérature et vérité historique, nous entraîne dans cette lente décadence de la Sérénissime. Si les vénitiens ont conservé ce décor somptueux, légué par leurs ancêtres, ils semblent avoir perdu, dans l’ivresse des longs carnavals, la part essentielle de leur héritage, celle de l’âme des premiers vénitiens qui ont bâti une ville dans un environnement aussi hostile et dont ils ont écrit les plus belles pages de son histoire.

Antoinette

Le maître

Patrick Rambaud

Ph_LivreMaitreCe livre est l’histoire romancée de Tchouang-tseu, fils du surintendant de l’empereur, au V°siècle avant J.-C., le premier écrivain chinois ayant signé un texte de sa main.

Les éléments connus sont sa date et son lieu de naissance, son métier « superviseur des laques ». « Son grand livre », dont les 7 premiers chapitres ont été écrits de sa main, retrace sa philosophie, « le tao » (la voie), « chemin de sagesse fait de non-agir, de fluidité, de lâcher-prise devant l’inutilité des actes, des gouvernements, des lois et des conventions. »Ph_Rambaud

Patrick Rambaud invente la vie de ce personnage d’après les éléments historiques en sa possession. Il le fait naître le sourire aux lèvres, au grand désespoir de sa mère qui en meurt sur le champ. « Depuis quand rit-on en naissant ? ». Élevé au palais du Duc Wuc, il découvre le pouvoir, les abus, l’ambition, la luxure, l’argent, les meurtres mais aussi la culture, les femmes. Adolescent il connaît l’exil, la guerre, les massacres.

Il observe, il écoute, il se tait et après une brève expérience du pouvoir il part, errant dans les campagnes, dans les montagnes. Il découvre la nature, vit pauvrement, s’enrichit de l’expérience des paysans, des artisans.

C’est toute une philosophie qu’il construit et qu’il écrira à la fin de sa vie, entouré de disciples qui continueront son œuvre. A travers ce personnage, l’auteur se joue de notre monde moderne et règle ses comptes avec lui !

Un livre délicieux, « avec une langue pleine de truculence et de légèreté » et méditez la sage recommandation de Tchouang : « la laideur de ce monde, voyez-vous, c’est de croire qu’il nous appartient ».

Marie-Antoinette

Le nazi et le barbier

Edgar Hilsenrath

Ph_LivreNaziBarbierDans une toute nouvelle et pétillante traduction à quatre mains, Le Nazi et le Barbier entame sa résurrection en France (1ère publication en 1971).

« Je me présente : Max Schulz, fils illégitime mais aryen pur souche… » Ainsi commence cette farce, qui met en scène un narrateur à la fois antipathique et attachant, qui choisit, non par opportunisme mais par conviction, de suivre Hitler, d’adhérer au nazisme. Avec ferveur, il s’engage dans les SS. Le juif est l’ennemi. Le juif doit mourir.

Max Schulz, méthodique, doué d’un savoir-faire diabolique, fait des exploits. Il tue, élimine tout ce qui est juif, même Itzig, son ami d’enfance. La guerre prend fin. Le voilà décrété criminel nazi. Qu’à cela ne tienne, il vole l’identité de son ami, devient plus juif que juif, sioniste militant, s’installe en Palestine dans un kibboutz, apprend l’hébreu, se fait religieux jusqu’à enseigner les textes sacrés, jusqu’à jouer au bon petit soldat de l’armée d’Israël dans une guerre contre les Arabes : « Moi-même, Itzig Finkenstein, alias le génocidaire Max Schulz, j’avais été promu sergent et j’étais vachement fier de mon grade ».Ph_Hilsenrath

En presque cinq cents pages frénétiques, mêlant le ton badin aux mots les plus crus, les situations loufoques aux scènes les plus tragiques, Edgar Hilsenrath accomplit un tour de force, fait de l’intelligence sa grande œuvre.

Sa farce se révèle poético-politique. Avec une liberté déconcertante et ô combien salutaire, Edgar Hilsenrath, qui a également écrit un roman sur le génocide arménien, affirme qu’une seule chose est pour lui sacrée. Ce n’est pas la Shoah, ce n’est pas l’horreur, mais la mémoire – le contraire de l’oubli qui fait qu’en notre pas si bonne et vieille humanité sommeille toujours le monstre.

Lu par Josette M. – analyse Martine Laval – Télérama n° 3141

Le PRINCIPE

Jérôme Ferrari

Ph_LivrePrincipeNe pas décevoir, ne pas se répéter, ne pas se dédire, ne pas s’égarer. Forte est l’injonction à la perfection qui pèse sur tout écrivain de retour en librairie après un prix Goncourt. Comment rebondir, deux ans après le couronnement du Sermon sur la chute de Rome, roman sur l’éternel cycle d’apparition et de désagrégation de toute chose, homme, famille, idée, sensation, civilisation ? Jérôme Ferrari s’est placé pour cela sous la protection du scientifique allemand Werner Heisenberg, prix Nobel de physique 1932, modèle de persévérance et d’humilité, en proie au doute comme aux illuminations intérieures, dont il propose, dans Le Principe, un portrait en creux aussi clinique qu’halluciné.

Quoi de plus rassurant, de plus galvanisant aussi, que de confier ses incertitudes à l’inventeur même du principe d’incertitude, selon lequel il est impossible de connaître en même temps la vitesse et la position d’une particule élémentaire, la précision de l’une entraînant le flou de l’autre ? Jérôme Ferrari illustre la théorie avec le brio qui le caractérise. Particulièrement envoûtantes sont ses phrases de fin de chapitres, déroulées avec une évidence triomphale, comme des conclusions de démonstrations scientifiques, synthétiques et poétiques, ouvertes sur l’infini de la pensée.

Ph_Ferrari

La transmission : voilà sans doute le thème principal de l’œuvre que Jérôme Ferrari peaufine méticuleusement depuis une dizaine d’années. Admirer, recevoir, grandir, puis donner, respecter, pour grandir encore, tel est le processus à l’œuvre dans tous ses livres, peuplés de pères spirituels et de fils symboliques engagés dans une passation de pouvoir implicite que rien ne peut enrayer. Même quand l’histoire la plus chaotique et la plus pernicieuse se mêle de malmener les destins, comme ce fut le cas pour Werner Heisenberg, courtisé par le régime nazi, Jérôme Ferrari a l’art de mettre au jour l’humanité de chaque être, son impuissance face à la marche du monde, son incapacité à tout comprendre. Alors que le principe d’incertitude étend « son influence sur les hommes dont les pensées s’estompent et se colorent des teintes pâles de l’indétermination », un principe de certitude régit tout son travail : la parole et le silence ne font qu’un, unis par le pouvoir de l’écriture, force de connexion entre tous les êtres.

Lu par Marie-Antoinette – analyse Marine Landrot – Telerama n° 3398

SOUMISSION

Michel Houellebecq

Ph_SoumissionLe héros est un universitaire qui a consacré sa thèse à HUYSMANS, compagnon et ami fidèle. Un homme ordinaire à l’abri des besoins matériels

Dès l’introduction le ton du livre est donné : dégoût, désespoir, lassitude. Houellebecq à cœur ouvert, roman du « je » qui émeut à bien des instants. Il est question certes de déprime, de malaise, de solitude, d’échec mais aussi d’un cruel manque d’amour, de peur de vieillir, de peur de la mort.

Un livre qui ne laisse pas indifférent aussi puisqu’il reste résolument une fiction. C’est une fable politique qui se passe en 2020 et qui pose par son point de vue visionnaire une énigme morale insoluble. Ph_Houellebecq

L’Europe est décadente, la religion catholique perdue, il reste l’Islam conquérante qui offre la paix, la tranquillité avec des hommes politiques modérés adoubés par les partis UMP-PS vidés de leurs pouvoirs et de leurs sens. Une perspective d’ouverture sur des pays d’Orient en voie de développement à l’inverse d’une Europe vieillissante.

la vie culturelle, est sans espoir de transmission ; de même la vie spirituelle est en réalité sans foi. DONC : ISLAM, fin des questions, fin des doutes Obéissance, refuge suprême. Au bout : le bonheur dans la Soumission

Soumission serait donc un rêve idéalisé de Paradis avec beaucoup d’avantages et peu de contraintes.

Faut il aspirer à ce monde sans choix, sans liberté, être robotisé et soumis à une volonté supérieure ? Est-ce un roman d’éveil des consciences, un roman d’alarme ou un vœu de PIEUSE Soumission inéluctable et souhaitable puisque l’homme est vaincu ?

Nicole

Dotation aux communes : le maire de Carnoux crie au loup !

12 septembre 2015

Blog227_PhTractAMFChaque habitant de Carnoux l’a reçu dans sa boîte aux lettres cette semaine, distribué manifestement par la mairie dont le logo s’affiche fièrement en bas de la page : un tract de campagne de l’association des Maires de France au ton plus qu’alarmiste. La Patrie est en danger, non, encore pire : « Notre commune est en danger ! », « Réagissons avant qu’il ne soit trop tard ». Aux armes, citoyens, l’heure est grave… C’est l’avenir même de notre vie quotidienne qui est en jeu si nous n’agissons pas dès à présent.

A quelques semaines de la COP 21, alors que les impacts du changement climatique global se montrent chaque jour plus flagrants, alors que notre environnement se dégrade de manière irréversible, que la crise économique mondiale creuse les inégalités sociales, que la violence des haines se déchaîne au Moyen-Orient, poussant des familles entières à un exil désespéré, il y a de quoi être inquiet en effet. Sauf que le sujet du tract de la mairie de Carnoux porte sur tout autre chose : c’est simplement la baisse de la dotation globale de financement que reçoit la commune qui alarme notre maire et ses collègues de l’AMF dirigée par le très libéral François Baroin, sénateur-maire de Troyes et ancien ministre du budget de Nicolas Sarkozy.

François Baroin,, président de l'AMF (photo C. Platiau /Reuters)

François Baroin,, président de l’AMF (photo C. Platiau /Reuters)

De quoi s’agit-il donc pour que notre maire se mobilise au point d’aller distribuer ainsi des tracts alarmistes dans toutes les boîtes aux lettres de la ville et d’afficher, sur la page d’accueil du site officiel de la commune, un vibrant appel à « préserver l’échelon communal, seul lien démocratique avec les français », rien de moins ?

La dotation globale de fonctionnement (DGF), c’est une ressource annuelle que reçoit chacune des 36 658 communes française de la part de l’État et qui contribue à son budget de fonctionnement. En 2004, son volume a doublé et en 2014, le montant total de cette dotation à l’ensemble des collectivités territoriales s’élève à un peu plus de 40 milliards d’euros. Une partie importante de cette DGF est attribuée aux communes sous forme d’une part forfaitaire qui s’élevait en 2012 à 13,5 milliards d’euros, et d’une part variable qui permet une certaine péréquation entre communes selon leur richesse propre mais dont le montant reste relativement modeste, de l’ordre de 3 milliards d’euros en 2012.

Pour Carnoux-en-Provence, dont le site officiel ne donne aucune indication quant à la répartition des ressources et dépenses de la commune, et si l’on en croit les chiffres disponibles notamment sur les sites ProXiti et Décomptes Publics, la DGF reçue par la commune a effectivement fortement augmenté en 2004 et depuis cette date se stabilise autour de 1,5 millions d’euros par an, le dernier chiffre publié étant de 1 596 k€ pour l’exercice 2013. Les éléments communiqués dans le n° 41 du Messager font, quant à eux, état d’un montant de 1 245 k€ pour l’année 2015, ce qui représente effectivement une baisse importante (évaluée à près de 13 % sur 3 ans) mais qui ramène aux mêmes chiffres que ceux des années 2000 et 2001.

Blog227_GrapheDGF

Se pose donc la question cruciale qui empêche manifestement notre maire de dormir et le pousse à provoquer une véritable insurrection populaire : notre commune est-elle pour autant en danger de disparition ? Si l’on se réfère aux chiffres de l’exercice 2012, date où la DGF a atteint son point culminant pour la ville de Carnoux, celle-ci représentait 26 % du total des recettes du budget de fonctionnement de la commune qui s’élevait alors à 6,26 millions d’euros dont près de la moitié provenait en réalité des impôts locaux levés par la commune. On voit donc que l’apport de la DGF, pour important qu’il soit, n’est donc pas si déterminant qu’on pourrait le croire. D’autant que les dépenses en fonctionnement sont très inférieures aux recettes, ce qui permet -et c’est heureux- de dégager un résultat comptable supérieur (toujours en 2012) à 1,5 millions d’euros, lequel va permettre d’abonder les recettes du budget d’investissement de la commune.

Pour l’année 2013, les éléments de budget rendus publics sur le Journal du Net montrent que ce résultat comptable était également conséquent, de l’ordre de 1,2 millions d’euros, mais quand même inférieur de 300 k€ par rapport à l’année précédente alors que la variation de DGF reçu ne dépassait pas 50 k€ d’une année à l’autre, ce qui oblige donc à relativiser grandement l’impact de ce facteur…

Toujours pour cet exercice 2013, les ressources d’investissement s’élevaient à 4,5 millions d’euros alors que les dépenses n’étaient que de 3,3 millions. Il en résulte ainsi un excédent de l’ordre de 1,2 million d’euros qui n’a pas été employé en 2013 et a dû être reporté sur l’exercice 2014. On le voit donc, la commune est loin d’être en péril puisque son taux d’endettement est nul et qu’elle dégage ainsi sur une année un résultat dont le montant est du même ordre de grandeur que la dotation qu’elle a reçu de la part de l’État ! D’autant que la plupart des investissements qu’elle réalise sont en réalité très largement subventionnés par d’autres collectivités territoriales au premier rang desquelles le Département.

Travaux en cours dans le centre-ville de Carnoux

Travaux en cours dans le centre-ville de Carnoux

On comprend bien que dans un tel contexte la commune n’ait pas besoin d’augmenter les impôts locaux qui suffisent donc amplement aux besoins. On comprend moins en revanche pourquoi il serait nécessaire de hurler ainsi avec les loups en faisant croire qu’une baisse de la DGF mettrait en péril notre avenir quotidien. Chacun sait à quel point le budget de la Nation est déficitaire et ceci depuis des années. Faudrait-il donc creuser encore ce déficit et aggraver notre endettement qui pèse déjà lourdement sur l’avenir des jeunes générations, voire met en danger nos orientations politiques nationales comme vient de le montrer la situation en Grèce ? Est-il vraiment responsable pour un élu local dont les ressources excèdent largement les besoins et alors que les compétences des communes se réduisent comme peau de chagrin au bénéfice de l’intercommunalité, de réclamer des transferts supplémentaires de fonds de la part d’un budget national aussi mal en point ? N’y a t-il donc pas, dans le contexte actuel, des sujets plus sérieux pour mobiliser nos concitoyens ?

L.V. LutinVertPetit

Élections régionales 2015 : quelles perspectives ?

7 septembre 2015

Dans trois mois aura lieu le premier tour des prochaines élections régionales, le 6 décembre 2015, et bien malin qui pourrait dire ce qu’il en ressortira… Une chose est sûre néanmoins : la Gauche qui dirige, depuis 2010 et souvent depuis bien plus longtemps, 21 des 25 Conseils régionaux actuels (à l’exception de l’Alsace, de la Guyane et de la Réunion) risque fort de devoir céder du terrain, dans la droite ligne des élections municipales, départementales, sénatoriales, et européennes qui se sont toutes soldées par des défaites relativement sévères…

La nouvelle carte des 13 régions métropolitaines

La nouvelle carte des 13 régions métropolitaines

Le contexte de ces élections qui se profilent est toutefois assez particulier. Depuis le dernier scrutin, qui remonte à mars 2010, le paysage a bien changé. Le territoire métropolitain sera désormais divisé en 13 régions à partir du 1er janvier 2016, en lieu et place des 22 qui préexistaient et la fusion s’est bien souvent faite dans la douleur…

La compétence des régions s’est renforcé également à l’occasion de la loi récente de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles adoptée en janvier 2014, puis de celle portant sur la nouvelle organisation territoriale de la république et qui vient tout juste d’être votée. La Région est désormais clairement identifiée comme chef de file sur de multiples compétences dont le développement économique, la formation professionnelle, la gestion des lycées, les transports ferroviaires régionaux, mais aussi la gestion de nombreux schémas d’aménagement du territoire et le développement des grandes infrastructures, au travers notamment des contrats de plan État-Région. Un rôle qui s’accroît au détriment de celui des départements, la région et l’intercommunalité sortant nettement renforcées des récentes évolutions législatives en matière d’organisation territoriale.

Christophe Castaner, député-maire de Forcalquier (photo © J. Matheron / AFP)

Christophe Castaner, député-maire de Forcalquier (photo © J. Matheron / AFP)

La Région PACA fait partie des rares régions métropolitaines dont les contours restent inchangés. Mais il n’en sera très probablement pas de même quant à son mode de gouvernance. Présidé depuis 1998 par le socialiste Michel Vauzelle qui a été réélu sans difficulté en 2004 et en 2010, le Conseil régional changera forcément de président puisque l’ancien maire d’Arles et éphémère ministre de la Justice de François Mitterrand ne se représente pas. C’est l’actuel député des Alpes de Haute-Provence et maire de Forcalquier, vice-président du Conseil régional délégué à l’emploi et à l’économie jusqu’en 2012, qui devrait mener la liste socialiste lors des prochaines élections.

L’assemblée sortante, élue en mars 2010 et qui compte 123 membres, comporte une large majorité de gauche qui s’appuie sur 41 élus socialiste ou radicaux, 20 écologistes et 11 représentants du Front de Gauche. L’opposition actuelle se partage entre 30 élus de Droite et 21 du Front National. Mais le contexte politique actuel ne paraît guère favorable à la Gauche. Face à la liste conduite par Christophe Castaner, c’est le maire de Nice, Christian Estrosi qui mènera le combat, à la tête d’une liste rassemblant Les Républicains (ex-UMP) et l’UDI, et dont le chef de file dans les Bouches-du-Rhône sera le revenant Renaud Muselier, déjà député européen. A entendre les discours ultra-réactionnaires et xénophobes de M. Estrosi depuis son entrée en campagne, on comprend d’ailleurs que son principal adversaire dans cette campagne ne sera pas la liste socialiste mais plutôt celle du Front National, dirigée par la petite fille de Jean-Marie Le Pen, la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen qui entend bien confirmer lors de ces prochaines élections les bons scores récents de ce parti dans plusieurs des départements de PACA.

Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi (photos © B. Horvat et V. Hache / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi (photos © B. Horvat et V. Hache / AFP)

Les débats entre ces deux listes promettent d’être assez nauséeux, avec un vrai risque de surenchère autour de politiques de repli sécuritaire. Mais curieusement, la Gauche préfère aborder ces élections de manière désunie. Les écologistes, dont la tête de liste devrait être la Marseillaise Sophie Camard, présidente du groupe EELV à la Région, ont en effet refusé de s’associer à leurs alliés socialistes et feront donc liste à part au premier tour, sauf peut-être à s’allier au Front de Gauche, mais rien n’est encore décidé de ce côté. Une chose est sûre, les communistes et le Parti de Gauche, emmenés par Jean-Marc Coppola, vice-président du Conseil régional en charge des lycées et du patrimoine, refusent également de faire liste commune avec les socialistes. Une stratégie qui globalement arrange bien leurs adversaires de Droite et d’Extrême-Droite…

Jean-Marc Coppola et Sophie Camard

Jean-Marc Coppola et Sophie Camard

Que ressortira t-il de ce joyeux pastis dans lequel chacun semble chercher à tirer la couverture à lui sans guère se préoccuper pour l’instant de bâtir un quelconque programme ? L’avenir le dira. Les règles du scrutin sont certes plutôt favorables à un émiettement des candidatures au premier tour puisqu’il suffit de 5 % des suffrages exprimés pour pouvoir fusionner avec une autre liste et 10 % pour se maintenir au second tour. Mais cela reste un suffrage majoritaire, contrairement à celui qui prévalait en 1986, à l’époque où Jean-Claude Gaudin dirigeait sans aucun état d’âme la Région PACA avec ses alliés du Front National. Désormais, la liste arrivée en tête du 2ème tour obtient d’emblée 25 % des sièges et le reste se partage à la proportionnelle, de telle sorte que la liste majoritaire, même avec 33 % des suffrages obtient la majorité absolue des sièges.

Reste à voir si la stratégie de division de la Gauche au premier tour de ces élections est la meilleure pour espérer arriver en tête du second tour face à des listes de Droite et d’Extrême-Droite emmenées par des ténors très médiatisés et qui se présentent soudés face à leurs électeurs ?

L.V.  LutinVertPetit

Vente d’armes : la France se porte très bien, merci…

5 septembre 2015

Blog225_PhRapportParlementC’est le dernier rapport annuel au Parlement qui l’affirme : les exportations d’armes françaises sont en plein boom : 8,2 milliards d’euros pour l’année 2014 et vraisemblablement plus du double pour l’année 2015 qui devrait être un crû exceptionnel selon les informations de Libération qui s’appuie en particulier sur le travail remarquable effectué par le SIPRI, l’institut international de recherche sur la paix, basé à Stockholm.

D’après ce dernier, le volume mondial des dépenses militaires pour l’année 2014 était estimé à 1776 milliards de dollars, ce qui représente de l’ordre de 2,3 % du PIB mondial soit environ 245 $ par personne. Le plus gros budget militaire reste de très loin celui des États-Unis avec 661 milliards de dollars, soit près de 40 % des dépenses mondiales militaires pour à peine 4,5 % de la population mondiale, un record.

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Quant au volume des ventes d’armes, il est nettement reparti à la hausse depuis une dizaine d’années, ce qui n’a rien de rassurant, et s’établit actuellement autour de 100 milliards d’euros par an. Les statistiques établies par le SIPRI pour la période 2010-14 montrent que la France se place ainsi au cinquième rang des pays les plus gros vendeurs d’armes, juste après la Chine et l’Allemagne, loin derrière la Russie et surtout les États-Unis qui couvrent à eux-seuls plus de 30 % du marché mondial. Selon le magazine Challenges, la France aurait même perdu deux places dans ce classement du fait de l’annulation de la vente à la Russie en 2014 : c’est ballot, mais notre pays devrait largement se rattraper en 2015 comme s’en enorgueillit le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian qui, pour un peu, se féliciterait du regain de tensions internationales si favorable à notre balance commerciale dopée par nos ventes d’armement tous azimuts.

Comme l’analyse le blog BastaMag, blindés, missiles, frégates, avions et hélicoptères de combat made in France se vendent bien et un peu partout, surtout au Proche et au Moyen-Orient ainsi qu’en Asie. La France a ainsi livré des missiles et des frégates au Maroc, des blindés et des canons d’artillerie à l’Indonésie ou au Gabon, et un peu de tout à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis… Elle a même enfin réussi à vendre à l’Égypte et au Qatar les fameux avions de combat Rafale construits par Dassault mais dont personne ne voulait jusqu’à présent. Sans oublier un contrat à plus de deux milliards d’euros pour livrer divers équipements au Liban, financé par l’Arabie Saoudite, ainsi que de gros contrats en perspective pour la vente d’hélicoptères de combats et de transport de troupes en Pologne et au Koweit.

Frégates Mistral en construction à Saint-Nazaire (photo ©SIPA)

Frégates Mistral en construction à Saint-Nazaire (photo ©SIPA)

Quant aux frégates Mistral que la France a finalement refusé de vendre à la Russie pour cause de comportement belliqueux en Ukraine, il semble que leur revente soit d’ores et déjà assurée. Comme le précise Le Monde, cette vente serait quasiment acquise suite à la visite effectuée début août par François Hollande pour inaugurer l’extension du Canal de Suez, aux côtés du président soudanais Omar al-Bechir, pourtant sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. L’Égypte du maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi, qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, ne s’embarrasse guère de respect des droits de l’homme et a déjà envoyé à la mort ou en prison des milliers de militants d’opposition, est en passe de devenir un excellent client pour la production d’armement français, ayant déjà acquis, outre les Rafale, une frégate multimission Fremm et des corvettes Gowind.

Avion Rafale commercialisé par Dassault aviation

Avion Rafale commercialisé par Dassault aviation

Il faut dire que l’Égypte bénéficie d’une aide financière particulièrement généreuse de la part de l’Arabie saoudite depuis qu’elle a accepté de participer, sous sa bannière, à la coalition arabe qui, le 26 mars dernier, a lancé son offensive aérienne « Tempête décisive » contre les miliciens houthistes au Yémen. Une histoire déjà retombée dans les oubliettes médiatiques alors que sur place rien n’a été réglé selon une analyse de l’IRIS. Intervenue pour tenter de remettre en selle le président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi, la coalition cherche surtout à contrer l’avancée iranienne qui soutient la rébellion, se préoccupant assez peu des combattants islamistes d’Al-Qaïda pourtant également à l’œuvre dans ce pays. Après 14 semaines de bombardement intense, ayant causé plus de 2000 morts et d’innombrables blessés et réfugiés parmi la population civile, l’échec militaire de l’opération semble total et son bilan humanitaire désastreux. Mais pour les marchands d’armes c’est assurément un théâtre d’opération fructueux qui participe à ce climat économique florissant malgré les nombreux embargos qui sévissent un peu partout sur la planète.

Car la France n’est pas la seule à se féliciter de ce climat favorable aux bonnes affaires pour les marchands de canons, dans un domaine où la morale et la cohérence politique ne tiennent pas beaucoup de place comme en témoigne la position de l’Allemagne qui continue à pourvoir largement la Grèce en matériel militaire (pour plus de 400 millions d’euros pour la seule année 2010 !) tout en lui reprochant âprement de ne rien faire pour résorber ses déficits publics… Certains députés de gauche allemands se sont certes alarmés de savoir si leur pays continuait à approvisionner l’Arabie saoudite (deuxième importateur mondial d’armement) pendant que celle-ci bombardait allégrement les populations yéménites et la réponse est positive : les avions Tornado et Eurofighter utilisés ont été livrés par le Royaume-Uni mais une partie de leurs composants est allemande, ainsi que les missiles Iris et les fusils d’assaut G36 Heckler & Koch. En avril 2015, Berlin a ainsi autorisé la livraison à l’Arabie Saoudite pour plus de 12 millions d’euros d’équipements militaires en pleine opération au Yémen…

Après un bombardement au Yemen à Sana'a le 26 mars 2015 (photo Khales Abdullah / Reuters)

Après un bombardement au Yemen à Sana’a le 26 mars 2015 (photo Khales Abdullah / Reuters)

En principe, les exportations d’armes sont soumises à un contrôle de la part des États et bien sûr au respect des règles internationales. En France, les décisions d’exporter sont prises par le Premier ministre, sur avis de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre, composée des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Économie. Mais cela n’a pas empêché la France de fournir des armes aux rebelles syriens en 2013, ni de livrer pour plus de 500 millions d’euros d’armements à Pékin entre 2010 et 2014 malgré l’embargo européen toujours en vigueur suite à la répression de Tiananmen en 1989. L’Union européenne stipule certes que les États « refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée servent à la répression interne », mais l’interprétation de ce texte est souvent très subjective… La France n’a d’ailleurs toujours pas transposé dans sa législation une recommandation de l’ONU datant de 1998 qui vise à punir la violation des embargos sur les ventes d’armes !

Pays actuellement concernés par des embargos sur les ventes d'armes (rapport au Parlement 2014)

Pays actuellement concernés par des embargos sur les ventes d’armes (rapport au Parlement 2014)

Un nouveau traité international sur le commerce des armes a bien été adopté en avril 2013. Signé par 130 pays et désormais ratifié par 69 d’entre eux dont une bonne partie de l’Union européenne, il est entré en vigueur en décembre 2014 mais son effet risque d’être limité car il a simplement pour but de faciliter la régulation et de limiter la corruption, mais pas de réduire véritablement le commerce des armes. La France est d’ailleurs clairement dans une logique de soutien à l’industrie d’armement, l’État restant le principal actionnaire de plusieurs acteurs majeurs du secteur tels qu’Airbus, Thalès ou Safran.

Comme le rappelle le dernier rapport au parlement, « les exportations de défense sont nécessaires à la préservation de notre base industrielle et technologique de défense » et, de fait, les ventes aux pays tiers contribuent à réduire les coûts de développement d’équipements militaires, donc à équilibrer le budget de la Défense nationale. Quant à l’argument de l’impact social, il n’est pas négligeable avec 27 500 emplois directs et indirects qui seraient concernés, un argument auquel nombre d’élus locaux sont très sensibles et qui aide aussi à fermer les yeux sur les conséquences de notre petit commerce sur les nombreux conflits dans le monde. Décidément, l’industrie de l’armement française a encore de beaux jours devant elle…

L.V.  LutinVertPetit

Bientôt une conférence sur les rivières souterraines de Cassis

2 septembre 2015

Trois ans après la création du Parc national des Calanques et alors que se déroule l’enquête publique en vue d’une prolongation éventuelle des rejets d’effluents toxiques d’Altéo au large de Cassis, le Cercle Progressiste Carnussien organise sa prochaine conférence sur le thème des rivières souterraines mystérieuses qui parcourent le massif calcaire en profondeur et vont se déverser en mer.

Source sous-marine de Port-Miou en crue

Source sous-marine de Port-Miou en crue

C’est une association basée à Cassis et qui porte le nom charmant de « Cassis : la rivière mystérieuse » qui s’attache depuis des années à mieux connaître ces circulations d’eau souterraines à l’origine d’arrivées en mer d’eau douce. Deux sources sous-marines sont ainsi connues depuis plusieurs siècles au large de Cassis : l’une située au Bestouan, sous la villa Le Rastoin, et l’autre à Port-Miou.

Les premières études scientifiques datent de 1706 mais c’est surtout avec le développement des scaphandres autonomes que leur exploration a pu se réaliser, à partir de 1956 sous l’égide de l’Office français de recherches sous-marines. En 1964 est créé le Syndicat de recherches de Port-Miou (SRPM) qui imagine d’exploiter ces arrivées d’eau douce à des fins d’alimentation en eau potable. La SEM (Société des eaux de Marseille) et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) s’associent, avec l’aide notamment du bureau d’études Coyne et Bellier et des entreprises Solétanche et la Comex, afin de réaliser des barrages dans la galerie noyée de Port-Miou pour empêcher les remontées d’eau saline.

PhSpéléonauteCes travaux titanesques connaîtront de multiples vicissitudes et l’on s’apercevra au fil du temps que capter ces arrivées d’eaux douces en empêchant tout mélange avec les remontées d’eaux salées n’est pas si simple qu’il n’y paraît dans un massif calcaire karstifié en profondeur où les eaux circulent librement, parfois avec des débits colossaux… Pour s’y retrouver, il faut sans cesse repousser les limites de l’exploration qui se fait dans des conditions extrêmes de plongées souterraines particulièrement dangereuses.

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

A Port-Miou, la galerie principale a ainsi été reconnue sur plus de 2 km et on y a plongé dans un puits jusqu’à la profondeur de 178 m sous le niveau de la mer. Les spéléologues recherchent désormais des accès terrestres à la partie amont de la galerie et fondent leurs espoirs sur un gouffre déjà exploré jusqu’à une profondeur d’une quarantaine de mètres… Quant à l’émergence du Bestouan, plus de 4 km de galeries ont été explorées, à des profondeurs variant entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer. Le point le plus éloigné a été atteint en 1991 à 2 650 m de la grotte noyée, mais là aussi les explorations se poursuivent pour rechercher d’éventuels accès terrestres.

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C’est donc un véritable feuilleton riche en rebondissements que viendront évoquer prochainement à Carnoux Gérard Acquaviva, actuel président de l’association Cassis, la rivière mystérieuse, mais aussi Louis Potié, précédent président de l’association et ancien gérant de la SRPM, et Claude Touloumoudjan, plongeur réputé qui a participé activement aux explorations des galeries.

Leur intervention, qui sera accompagné d’un film retraçant cette épopée, aura lieu au Clos Blancheton (derrière la mairie de Carnoux, au bout de la rue Tony Garnier) mardi 13 octobre 2015 à 18h30. L’entrée est libre et gratuite comme pour toutes les conférences du Cercle : avis aux amateurs !

L.V.  LutinVertPetit