Archive for septembre 2016

Centre culturel de Carnoux : la révolte gronde…

28 septembre 2016

logoccLe Centre culturel de Carnoux-en-Provence, comme la plupart des structures similaires dont le modèle a été largement inspiré en France des Maisons de la Culture créées par André Malraux, alors ministre de la Culture, est une association loi 1901 dont le fonctionnement est néanmoins étroitement contrôlé par la municipalité. Ses locaux, qui ont d’ailleurs fait l’objet récemment d’un sérieux lifting entièrement financé sur fonds publics, appartiennent à la ville et sont mis gratuitement à disposition de l’association pour son usage exclusif, la commune se chargeant également à ses frais de leur entretien.phcentreculturel

Quant au fonctionnement du Centre culturel lui-même, il est très largement subventionné par la commune qui lui a octroyé pour l’exercice 2016 une généreuse subvention de 82 000 €, votée en conseil municipal le 7 avril 2016 et représentant près de la moitié du total des subventions versées par la commune à l’ensemble des associations de Carnoux (205 210 €). Cette subvention attribuée au Centre culturel prend d’ailleurs une place croissante dans la part du budget alloué chaque année aux associations carnussiennes. En 2012, son montant s’élevait à 60 000 € alors que le montant total des subventions accordées à une quarantaine d’associations carnussiennes atteignait 356 770 €. Depuis, ce montant global des subventions aux associations a été presque divisé par deux, rigueur budgétaire oblige, mais le montant versé annuellement au Centre culturel a été augmenté de plus d’un tiers en 4 ans !

Ces chiffres confirment clairement que le Centre culturel de Carnoux fait l’objet d’un traitement très privilégié parmi les  plus de 110 associations actuellement répertoriées sur la commune et listées sur le site internet de la mairie (dans un joyeux désordre, permettant à nombre d’entre elles d’être recensées à la fois comme associations sportives, culturelles, de quartier, caritatives, etc.).

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux - juillet 2015)

Passation de pouvoir au Centre culturel (extrait du Bulletin municipal de Carnoux – juillet 2015)

Mais la forte implication de la municipalité dans la gestion de cette association se manifeste aussi par la proximité de ses dirigeants avec l’exécutif municipal. L’ancien président du Centre culturel, Gérard Lambert, resté pendant 13 ans à ce poste, est l’époux de Danièle Lambert, ancienne adjointe à la Communication et toujours conseillère municipale. Le maire Jean-Pierre Giorgi, est systématiquement présent aux assemblées générales de l’association et c’est lui qui a orchestré le changement de président, fièrement affiché dans le bulletin municipal de juillet 2015 et annoncé en grandes pompes lors du spectacle de fin d’année en juin.

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Frédéric Rouquet, conseiller municipal et nouveau président du Centre culturel

Devenu effectif il y a tout juste un an, en septembre 2015, ce changement de président fait quelque peu grincer des dents l’équipe constituée d’une vingtaine d’intervenants, pour la plupart disposant d’un simple statut d’auto-entrepreneurs, qui animent les 27 activités actuellement proposées aux quelques 650 adhérents que revendique le Centre culturel. Le nouveau président n’est autre en effet que Frédéric Rouquet, par ailleurs conseiller municipal délégué aux affaires scolaires et au site internet. On ne saurait mieux exprimer en effet la main mise de la municipalité sur cette structure associative dont on serait bien en peine en revanche de connaître, ne serait-ce que le montant de son budget et la répartition de ses charges, éléments qui ne sont pas communiqués aux membres de l’association.

Le nouveau président, par ailleurs responsable de la salle de cinéma des Trois-Palmes à la Valentine, n’est certes pas un inconnu des Carnussiens, après avoir trusté pendant des années le rôle de représentant PEEP des parents d’élèves au fil de la scolarité de ses trois enfants, d’abord au groupe scolaire Frédéric Mistral, mais aussi au collège des Gorguettes et au lycée Méditerranée. Les enfants étant par ailleurs amateurs de percussions, il va de soi qu’un tel personnage ne pouvait laisser passer l’occasion de s’immiscer également dans la gestion du Centre culturel et c’est donc tout naturellement qu’il en a pris la présidence après s’être fait élire conseiller municipal.

L'équipe d'intervenants du Centre culturel autour du président

L’équipe d’intervenants du Centre culturel autour du président

Un tel dévouement à la cause publique force l’admiration ! A ceci près que l’activisme autoritaire du nouveau président commence à faire jaser. Ses prestations en Monsieur Loyal lors des spectacles de fin d’année pourraient simplement prêter à sourire si elles ne s’accompagnaient en parallèle d’une volonté hégémonique de vouloir régenter lui-même l’ordonnancement du spectacle et le choix des élèves autorisés à se produire, sans tenir compte le moins du monde de l’avis des enseignants. Après seulement un an d’activité à la tête de l’association, cette volonté d’ingérence systématique lui a d’ailleurs valu en interne le doux sobriquet de Staline, un surnom flatteur dans certains milieux mais pas forcément dans le monde feutré de la culture carnussienne…

Les fortes augmentations de tarifs décrétées unilatéralement en début d’année, les clauses abusives de non-concurrence imposées aux intervenants, les oukases interdisant désormais aux enseignants d’accepter des cours individuels de 3/4 d’heure pourtant mieux adaptés à certains niveaux et pour certaines disciplines, toutes ces décisions imposées de manière rigide et sans concertation ni réelle justification, finissent par lasser tant le personnel enseignant que les usagers du Centre culturel, même les mieux disposés à son égard.

Faudra t-il donc attendre la prochaine assemblée générale de l’association pour mettre un terme à une erreur de casting aussi flagrante ? Faut-il que les membres de l’association et le personnel enseignant expriment ouvertement leur mécontentement face à un mode de direction aussi obtus et contre-productif, quitte à organiser une pétition ? Le Centre culturel fait partie des outils dont la commune peut être fière et il serait dommage d’en casser ainsi la dynamique du fait du comportement quelque peu narcissique de son président actuel.

Des usagers du Centre culturel

Après avoir lu cet article, n’oubliez-pas de lire aussi le droit de réponse du maire de Carnoux !

La France toxique passée à la loupe

26 septembre 2016

C’est un vrai travail de Romains auquel s’est livré l’association Robin des Bois. Son rapport sobrement intitulé « l’Atlas de la France Toxique » qui a été publié en mai 2016 aux éditions Arthaud et qui contient pas moins de 36 cartes des sources de pollution recensées en France est le fruit d’un énorme travail de recherche collective dans les archives et d’investigations tous azimuts, pour arriver à mettre en évidence la répartition géographique des périls qui nous menacent.blog346_phrapport

L’inventaire n’est certainement pas exhaustif mais il est déjà bien assez inquiétant. Sont passés en revue non seulement les paramètres classiques liés à la qualité de l’air où à celle des eaux, mais aussi les cyanobactéries dans les eaux de baignades, les risques sanitaires liés à la consommation de coquillages ou aux piqûres des moustiques tigres, les stockages de déchets radioactifs en milieu hospitalier et universitaire, les munitions abandonnées à l’issue des dernières guerres, les sols pollués par d’anciennes activités industrielles, les pesticides issus de l’agriculture intensive ou encore la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments et aménagements urbains. Un vrai cauchemar d’écologistes !

blog346_phlogoL’association Robin des Bois, créée en 1985 par des pionniers de la défense de l’environnement qui tentent de se battre, par la dénonciation verbale et non violente, contre toutes les agressions portées à notre environnement, n’en est pas à son coup d’essai. S’appuyant sur un vaste réseau de militants et de scientifiques, elle agit en menant des investigations de terrain, en publiant des synthèses bibliographiques et des rapports, mais aussi en interpellant les responsables politiques et en participant à des groupes de concertation institutionnels.

Robin des Bois publie ainsi deux bulletins d’information trimestriels en français et en anglais qui sont devenus de véritables outils de référence. « A la casse », édité depuis 2006 s’intéresse aux chantiers de démolition de navires et « A la trace », publié depuis 2010, traque à travers le monde les actes de braconnage et de contrebande d’espèces animales menacées, deux chevaux de bataille pour cette association agréée au titre de la protection de l’environnement.

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

L’association se mobilise aussi, souvent aux côtés de riverains qui l’ont alertée, contre certaines dégradations environnementales et pollutions locales, depuis le dépôt de déchets sauvages en bord de rivières jusqu’à la construction de bâtiments publics sur d’anciens sites industriels pollués en profondeur. C’est ce travail d’accompagnement et d’investigation sur le terrain qui l’a amenée à fouiller dans les archives pour réaliser des inventaires d’anciennes usines à gaz ou de sites pollués aux PCB par exemple, constituant ainsi au fil du temps une véritable mine de renseignements qui a été valorisée pour établir ce récent Atlas de la France Toxique qui fait référence.

Outre les cartes de France qui sont présentées dans cet atlas aussi original qu’inquiétant, l’étude fait un focus intéressant sur cinq grande agglomérations françaises : Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse et Marseille. Et là, bien entendu, il n’y a aucune surprise : la métropole marseillaise remporte haut la main le concours de l’agglomération urbaine la plus polluée de France !

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Certes, l’agglomération parisienne n’est pas mal placée non plus, bien que sur la troisième marche du podium derrière celle de Lyon et son remarquable couloir de la chimie. Ses cours d’eau sont fortement déconseillés à la baignades et leurs sédiments sont très largement chargés en PCB tandis que l’air est chargé en particules fines, dioxyde d’azote et benzène cancérogène. On relève aussi à Paris et en proche banlieue un nombre impressionnant de cas de saturnisme liés aux peintures au plomb très fréquentes sur les murs des logements anciens. On y recense enfin pas moins de 35 sites connus d’entreposage de sources radioactives disséminés dans des centres de recherche, des entreprises ou des hôpitaux.

Mais Robin des Bois met aussi l’accent sur d’autres sources de risque sanitaire moins connues dont le crématorium du Père Lachaise qui compte parmi les principaux émetteurs de mercure en région parisienne, du fait de la fusion des amalgames dentaires, ou encore les enrobés à base d’amiante qui ont été appliqués pendant des années entre 1970 et 1995 sur la plupart des chaussées pavées pour les rendre plus confortables à la circulation. Les fibres d’amiante avaient pour but de rendre ces revêtements routiers plus durables mais l’usure progressive de la couche de roulement libère progressivement les fibres d’amiante dans l’air ambiant . Un problème identifié en 2013 et qui va nécessiter de traiter des centaines de kilomètres de voirie…

blog346_cartemarseilleQuant à l’agglomération marseillaise, elle détient la palme de l’air le plus irrespirable de France avec une concentration en particules fines qui s’élève en moyenne annuelle à 31,8 µg/m3 (contre 29,5 à Lyon et 27 à Paris), alors même que l’OMS recommande un maximum de 20 µg/m3 en moyenne annuelle. Sont pointés également les anciens sites industriels côtiers déjà évoqués ici où les concentrations en plomb et en arsenic dépassent tous les seuils autorisés, y compris dans des sites de baignade très fréquentés, mais aussi les sédiments portuaires de la Lave et de l’anse de l’Estaque, très riches en arsenic et en mercure.

Robin des Bois s’attarde quelque peu sur les eaux de l’Huveaune et de quelques cours d’eau côtiers, réceptacles de nombreux déchets et rejets peu ragoûtants, et qui charient des monceaux d’immondices et de germes fécaux sur les plages à chaque orage, au point que certains ont surnommé la plage du Prado « épluchures beach ».

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

La question des feux de forêts en limite de zone urbanisée est également pointée comme un risque très présent et ceci a été très largement confirmé par les nombreux incendies qui se sont produits cet été, après la parution de l’atlas donc, et qui se sont notament traduits par la disparition de 375 ha le 15 juillet sur la Côte Bleue, puis le 10 août de 800 ha autour de Fos-sur-Mer et de 2700 ha sur le plateau de Vitrolles, avant les 390 ha partis en fumée dans les calanques le 5 septembre dernier.

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

De nombreuses autres sources de pollution sont pointées par l’étude de Robin des Bois, dont celle provoquée par les bateaux de plaisance et de tourisme qui sillonnent nos côtes en brûlant des millions de litres de gasoil. Le sujet avait déjà fait débat lors de la création du Parc national des Calanques et des aides ont été accordées pour que les navires qui organisent les visites des calanques par la mer se modernisent quelque peu, mais on est encore loin du compte ! A une tout autre échelle, il faut en effet savoir que les quelques 500 gigantesques bateaux de croisière qui font escale chaque année dans le port de Marseille laissent tourner en permanence leurs générateurs au fuel lourd pour assurer un confort maximal à leur passagers… Les ferries en faisaient autant avec leurs moteurs diesel auxiliaires jusqu’en 2015 faute de pouvoir accéder à des branchements électriques à quai. Les choses progressent donc peu à peu mais le chemin restant à parcourir pour que l’agglomération marseillaise s’affranchisse de ses nombreuses sources de pollution résiduelles reste long…

L.V.  LutinVert1Small

Vaccination : agression ou protection ?

24 septembre 2016

Tel est le sujet de la prochaine conférence qui est organisée par le Cercle Progressiste Carnussien et qui se tiendra à Carnoux-en-Provence, le jeudi 6 octobre 2016 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton, située en haut de la rue Tony Garnier, derrière la mairie. Librement accessible à tous, cette conférence destinée à un large public abordera toutes les questions que chacun se pose au sujet de la vaccination, enjeu essentiel en matière de santé public mais aussi source de controverses et de peurs plus ou moins rationnelles.

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Voici un petit aperçu des principaux thèmes qui seront abordés lors de cet échange :

Qu’est-ce que la vaccination ? De quoi sont faits les vaccins ? Comment nous protègent-ils ? Qu’est-ce que la couverture vaccinale ?

livre-vaccinationLa vaccination occupe une place particulière dans le paysage biomédical par les débats qu’elle suscite. En effet, si le principe de la vaccination reste constant, les vaccins eux, ont considérablement évolué et se sont diversifiés depuis leurs débuts. Dans le même temps, la perception de la population à l’égard de la vaccination est passée successivement de débuts héroïques, à une solide implantation dans le paysage sanitaire, et aujourd’hui à la montée de réticences d’une partie de la population tant vis-à-vis des produits que du principe même d’une vaccination généralisée.

Si ces questions vous intéressent, cette conférence est l’occasion d’en savoir plus sur le fonctionnement du système immunitaire, sa réaction à une infection. La conférence sera animée par Annick Guimezanes, chercheuse honoraire à l’Inserm, au Centre d’Immunologie de Marseille Luminy, et Marion Mathieu, biologiste, formatrice scientifique de l’Association Tous Chercheurs*, à Luminy. Cette conférence sur les vaccins est née d’une demande de patients atteints de maladies auto-immunes, qui ne trouvaient pas de réponses à leurs questions sur la vaccination : elle a été donnée dans le cadre des Séminaires Ketty Schwartz organisés par l’Inserm pour informer les membres d’associations de malades.livre-vaccination-2

Après avoir rappelé ce qu’est une infection et comment fonctionne le système immunitaire, elles vous raconteront comment sont fabriqués les vaccins, quel est le rôle des adjuvants, et nous évoquerons les controverses récentes autour de la vaccination.

Au moment où des informations contradictoires circulent sur les vaccins, cette conférence dressera un état des lieux de la vaccination et vous donnera des clés de compréhension sur la vaccination

Cette rencontre abordera les aspects biomédicaux mais aussi les aspects historiques et sociétaux qui entourent la question de la vaccination.

Annick Guimezanes et Marion Mathieu

 

 

*L’association Tous Chercheurs, située sur le Campus Universitaire de Luminy, a pour projet d’initier un large public à la démarche scientifique. Elle reçoit des lycéens et des patients dans des locaux dédiés permettant au public d’expérimenter, pour mieux comprendre.

La guerre de l’eau aura bien lieu !

22 septembre 2016
Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Ingénieur agronome de formation et passionné de photographie, Franck Vogel fait partie de ces témoins infatigables qui consacrent leur vie à essayer d’attirer l’attention du grand public sur les grands défis environnementaux et géopolitiques qui menacent directement la stabilité de notre petite planète bleue. Ses photo-reportages sur le massacre des Albinos de Tanzanie, la disparition du peuple Aroumain en Albanie ou la situation des Tatars de Crimée, ainsi que ses photos du Rajasthan exposées sur les grilles du Jardin du Luxembourg ont largement contribué à le faire connaître.blog345_phlivre

Franck Vogel s’intéresse actuellement aux tensions liées à l’accès à l’eau sur les fleuves transfrontaliers et a déjà pu réaliser des reportages sur le Nil, le Brahmapoutre et le Colorado, qui ont donné lieu à de multiples publications et des expositions. Il vient aussi d’en tirer un livre dont le premier tome vient de sortir en septembre 2016 aux éditions de La Martinière et dont les médias ont largement rendu compte, en particulier au travers d’un article d’Anne-Sophie Nouvelle dans le Monde.

Le cas du Colorado ne manque pas d’intérêt en effet. Véritable artère vitale du Sud-ouest américain où il alimente pas moins de 27 millions d’habitants, ce fleuve puissant qui a su façonner à sa guise les gorges majestueuses du Grand Canyon, n’arrive même plus jusqu’à son embouchure dans la Mer de Cortez. La quasi-totalité de l’eau qui reste dans son lit est en effet captée juste avant la frontière avec le Mexique via le canal All American (tout un programme !) qui achemine toute l’eau restante vers l’Imperial Valley, une zone d’agriculture intensive dans le Sud de la Californie où 300 fermiers s’accaparent 70 % du débit du fleuve…

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le delta du Colorado n’est plus désormais qu’une vaste étendue boueuse dans un paysage semi-désertique. Toute l’eau du fleuve est exploitée et souvent gaspillée pour alimenter en eau potable les nombreuses villes qui ont poussé comme des champignons dans le désert, parfois autour de lacs artificiels comme celui de Lake Vegas, mais aussi pour arroser les golfs et surtout irriguer les cultures. Comme dans de nombreuses régions françaises, c’est de l’ordre de 80 % des ressources en eau qui servent ainsi à l’irrigation agricole, dans un climat soumis à une très forte évaporation.

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Avec l’impact du réchauffement climatique, ce modèle de développement commence à voir ses limites et on assiste de plus en plus à des tempêtes de poussières qui ravagent le secteur, lorsque ce ne sont pas des incendies gigantesques qui détruisent des villes entières. Mais les agriculteurs que Franck Vogel a rencontrés ne voient que leur propre intérêt économique. On trouve en effet dans l’Imperial Valley des fermes d’élevage de 90 000 vaches en plein désert, mais aussi des champs de luzerne dont la production est exportée au Japon pour nourrir le bœuf de Kobé : un business très rentable qui se moque éperdument du gaspillage inouï des ressources locales en eau !

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Autre lieu, autre fleuve. Un géant de 6 500 km de long, tout aussi mythique mais bien davantage chargé d’histoire : le Nil.  Alimenté par ses deux principaux contributeurs, le Nil Blanc et le Nil Bleu, il traverse au total 11 pays dont le Soudan et l’Égypte, deux anciennes colonies britanniques aux paysages largement désertiques dès que l’on s’éloigne des rives du fleuve nourricier. Ce sont justement les Anglais  qui, en 1929 ont décidé du partage des eaux entre les différents pays. Amendé en 1959, cet accord est particulièrement favorable pour l’Égypte qui s’arroge ainsi 55,5 milliards de m3 par an tandis que le Soudan s’en réserve 18,2 milliards, ne laissant aux autres pays riverains que 13 % du volume d’eau qui s’écoule annuellement dans le fleuve !

Cet accord pour le moins inégal contient de surcroît une clause qui accorde à l’Égypte un droit de veto pour empêcher tout projet de barrage en amont du fleuve. Une situation intenable que les pays de l’amont tentent désespérément de faire évoluer au travers de l’Initiative du Bassin du Nil lancée en 1999. Mais l’Égypte s’accroche à son privilège qu’elle juge inaliénable car il en va de la survie de sa population qui approche des 100 millions d’habitants.

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

En mai 2010, les pays de l’amont passent outre et décident de lancer la construction à la frontière de l’Éthiopie d’un nouveau barrage en amont du fleuve : le Barrage du Millénaire dont l’achèvement est programmé pour 2017. Un chantier pharaonique qui permettra de retenir 63 milliards de m3 d’eau et de produire de l’électricité grâce à une centrale de 6 000 MW, soit trois fois la puissance du barrage d’Assouan. Ce gigantesque chantier, dont l’accès est totalement interdit dans un rayon de 50 km à la ronde, a créé de très fortes tensions entre l’Éthiopie et ses voisins égyptiens qui ont été jusqu’à menacer de bombarder le futur barrage, au risque de déclencher une nouvelle guerre impliquant même Israël à qui les Éthiopiens proposent de louer les terres environnantes pour leur mise en valeur agricole. C’est en effet de cette région que viennent les Falachas, ces fameux Juifs noirs qui ont tant défrayé la chronique.

L’accord de Khartoum, signé en 2015, semble avoir quelque peu apaisé les tensions et écarté le spectre de la guerre. Mais on ne peut oublier qu’en 1983 un conflit sanglant avait déjà éclaté au sujet du barrage du canal de Jongleï, situé sur le Nil Blanc, au Sud Soudan, un autre chantier titanesque destiné à détourner une partie du fleuve pour limiter l’évaporation et qui a dû être abandonné en catastrophe, mais qui a largement alimenté la guerre civile, aboutissant à la partition de ce pays.

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Comme dans le Colorado, l’ex agronome qu’est Franck Vogel s’interroge sur la durabilité du modèle agricole qui se développe dans ces terres largement désertiques de la vallée du Nil. Les immenses fermes irriguées en plein désert posent question en effet, comme celle de Kadco, propriété d’un riche prince saoudien, où l’on cultive du trèfle destiné à nourrir les purs-sangs arabes des pays du Golfe, mais aussi du raisin de table exporté dans le monde entier.

L’eau est un bien précieux et rare, qui risque de le devenir de plus en plus avec les effets du réchauffement climatique et de l’augmentation démographique. « A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or » rappelle Hubert Reeves sur la couverture du livre de Franck Vogel, une réflexion qui mérite en effet d’être méditée…

L.V.  LutinVert1Small

Mais que faisait donc Tony Garnier à Carnoux ?

19 septembre 2016

Chacun à Carnoux-en-Provence a déjà entendu le nom de Tony Garnier qui a donné son patronyme à une salle municipale, une rue et maintenant au parc qui vient d’être aménagé en plein centre ville, en lieu et place de l’ancienne galerie marchande désuète et vétuste, construite en 1960 entre l’église et la mairie de Carnoux. Mais qui à Carnoux sait réellement qui était ce fameux Tony Garnier et en quoi il a marqué d’une telle empreinte indélébile l’histoire de la jeune commune qui vient tout juste de fêter son premier cinquantenaire ?

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Ce n’est en effet ni un de ces pionniers qui ont aménagé ce vallon suite à leur rapatriement forcé d’Afrique du Nord, ni un ancien maire de la commune comme Jean Chaland qui a laissé son nom à un autre jardin public de la ville, ni même un de ces anciens officiers de l’armée coloniale, le maréchal Lyautey en tête, dont on retrouve les noms sur nombre de plaques de rue carnussiennes.

L'architecte Tony Garnier

L’architecte Tony Garnier

A Lyon, en revanche, chacun connaît Tony Garnier, un enfant du pays, qui y est né en 1869 et y a passé l’essentiel de sa vie. Cet architecte a remporté en 1899 le premier grand prix de Rome, ce qui lui a valu un séjour très prisé à la fameuse Villa Médicis à Rome, séjour durant lequel il imagine son projet de Cité industrielle, une forme urbaine idéale en béton armé et en verre, destinée à héberger 35 000 habitants et conçu dans le plus pur esprit des utopies socialistes du XIXème siècle.

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

L’arrivée à la mairie de Lyon du radical Edouard Herriot en 1905 lui permet de lancer ses premières grandes réalisations. C’est notamment lui qui érige la fameuse halle en structure métallique de 210 m de longueur qui porte toujours son nom et qui servit longtemps d’abattoirs pour l’agglomération lyonnaise. Classée monument historique en 1975, elle est toujours debout et a été reconvertie en salle polyvalente et lieu d’exposition.

Vue aérienne récente de l'hôpital Edouard Herriot

Vue aérienne récente de l’hôpital Edouard Herriot

A partir de 1911, c’est le même Tony Garnier qui s’attelle à la construction de l’hôpital Grange-Blanche, qui reste à ce jour le plus grand complexe hospitalier de la métropole lyonnaise, après avoir été rebaptisé du nom de l’ancien maire Edouard Herriot. Conçu sous forme de multiples pavillons spécialisés reliés entre eux par des coursives souterraines, cet hôpital est toujours fonctionnel près d’un siècle après son achèvement.

Le stade de Gerland peu après sa construction

Le stade de Gerland peu après sa construction

Et ce n’est pas tout car on doit aussi à cet architecte lyonnais la réalisation du célèbre stade de Gerland, toujours exploité même si l’Olympique Lyonnais a désormais déménagé pour investir le nouveau stade construit à Décines à l’occasion de l’Euro 2016.

La cité des États-Unis à Lyon

La cité des États-Unis à Lyon

C’est lui encore qui a conçu et réalisé, entre 1919 et 1933, le fameux quartier des États-Unis, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Un ensemble urbain pour revenus modestes, inauguré en même temps que le quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, encore habité de nos jours et où a été récemment installé un musée urbain en son honneur, qui retrace son parcours et ses réflexions d’urbaniste précurseur. Son style dépouillé et très fonctionnel inspirera d’ailleurs largement les urbanistes soviétiques de la période stalinienne.

On ne s’attend donc pas nécessairement à ce qu’un tel personnage soit autant célébré dans une ville comme Carnoux, aussi loin de ses terres de prédilection ! La raison d’un tel engouement des habitants de Carnoux en faveur de cet architecte et urbaniste lyonnais réside en réalité dans le fait que Tony Garnier est venu passer les dernières années de sa vie à l’hôtellerie de la Crémaillère où il est mort en janvier 1948… A l’époque, la ville de Carnoux n’existait pas encore et l’ancienne bâtisse du XVIIème siècle, autrefois utilisée comme relais de diligence et alors reconvertie en hôtel, se trouvait à cette époque sur le territoire de Roquefort-La Bédoule.

L'hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’architecte n’est d’ailleurs même pas enterré ici puisque ses restes ont été rapatriés à Lyon dès 1949 et reposent désormais au cimetière de la Croix-Rousse. Il n’en demeure pas moins que sa villégiature provençale au soir de sa vie aura suffi à ancrer fortement la mémoire de ce personnage dans l’imaginaire carnussien au point de voir son nom omniprésent dans la commune. Comme quoi, la renommée post-mortem ne tient parfois qu’à un fil…

L.V.  LutinVert1Small

Eric Ciotti : faites ce que je dis, pas ce que j’ai fait…

17 septembre 2016

Décidemment, les hommes politiques sont incorrigibles ! Toujours en train de donner des leçons de morale et d’exiger (pour les autres) des règles de plus en plus contraignantes, tout en étant totalement réfractaires à l’idée de se les appliquer à eux-mêmes…

On se souvient de Jérôme Cahuzac, pris la main dans le sac pour blanchiement d’argent provenant de fraude fiscale alors qu’il était Ministre du Budget, justement en charge de la lutte contre l’évasion fiscale, ou de Dominique Tian, grand pourfendeur de la fraude sociale et détenteur d’un compte en Suisse non déclaré au fisc… Mais à ce jeu-là, les ténors de la Droite décomplexée sont les rois, dans le sillage de leur patron, l’ex-Président de la République Nicolas Sarkozy, qui accumule les déclarations pour exiger une Justice toujours plus sévère et plus implacable, tout en se moquant ouvertement des juges et en multipliant les procédures dilatoires dans les multiples affaires judiciaires où il est lui-même impliqué !

Eric Ciotti en mai 2016 à Cannes (photo V. Hache / AFP archives)

Eric Ciotti en mai 2016 à Cannes (photo V. Hache / AFP archives)

C’est justement le porte-parole de la campagne présidentielle de ce dernier, le député Les Républicains Eric Ciotti, par ailleurs président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, qui vient de se faire épingler à son tour. Ardent défenseur du système des voisins vigilants et longtemps considéré comme le Monsieur Sécurité de l’UMP, un domaine dans lequel la concurrence est pourtant rude, il se distingue depuis des années par ses propositions toujours plus répressives, exigeant notamment une application plus stricte des peines de prisons malgré la surpopulation carcérale, et est à l’origine de la loi votée en 2010, visant à supprimer les allocations familiales en cas d’absentéismeblog343_phlivre scolaire.

Depuis cette date, il milite pour un retour au service militaire obligatoire. En décembre 2011, il fait ainsi voter par le Parlement l’organisation d’un « service citoyen » avec encadrement de type militaire obligatoire pour les mineurs délinquants de plus de 16 ans. Depuis, il ne rate pas une occasion de revenir à la charge en faveur du rétablissement d’un service militaire obligatoire pour tous et en a même fait une des propositions phare du livre qu’il a publié en avril 2015, sobrement titré « Autorité ». Il y décrit « l’abandon de l’autorité, celle des parents, des enseignants, de l’État, de la justice et du pouvoir » et plaide pour une restauration de cette valeur. Pour cela, il préconise notamment le retour à un service national obligatoire, parmi diverses mesures toutes plus humanistes les unes que les autres, telles que le renforcement de la légitime défense des policiers, le paiement des coûts d’incarcération par les détenus, la suppression de l’aide médicale de l’État ou encore l’interdiction des syndicats dans la magistrature.

Ce plaidoyer en faveur d’un encadrement militaire systématique de la jeunesse française vient cependant de perdre quelque peu de sa force de conviction suite aux révélations du Canard enchaîné qui, dans son édition du 14 septembre 2016, raconte, documents à l’appui, comment le jeune Eric Ciotti a tout fait pour se faire lui-même exempter de service militaire alors que ce dernier était encore obligatoire…

En 1991, Eric Ciotti a alors 25 ans et il est l’attaché parlementaire de son grand ami Christian Estrosi, déjà député RPR des Alpes-Maritimes. N’ayant pas du tout l’intention d’aller perdre son temps sous les drapeaux alors qu’il a bien mieux à faire ailleurs, le jeune Eric Ciotti demande donc à son patron d’intercéder en sa faveur pour pouvoir se faire exempter. Bien entendu, Christian Estrosi approuve la manœuvre et saisit illico son collègue du RPR, François Fillon, à l’époque président de la Commission de la Défense à l’Assemblée Nationale.

Ce dernier est en bons termes avec le Ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement. Il saisit donc sa plume et écrit aussitôt un courrier au Ministre en personne pour plaider la cause du jeune Ciotti qui mérite tout de même mieux que d’aller perdre son temps avec d’autres jeunes bidasses, et tant pis pour le fameux brassage social tant vanté par les défenseurs de la conscription nationale… Interrogé par le Canard enchaîné, l’ancien Premier Ministre François Fillon dit ne plus se souvenir de ce courrier mais confirme bien volontiers que la pratique était tout à fait courante à l’époque. Chacun sait bien en effet que c’est le principal rôle de tout député qui se respecte que d’intercéder pour régler les petites affaires de ses électeurs et de ses amis, tout ceci n’ayant bien évidemment aucun rapport avec le clientélisme…

Etic Ciotti avec ses deux mentors, Christian Estrosi et François Fillon (photo Reuters)

Etic Ciotti avec ses deux mentors, Christian Estrosi et François Fillon (photo Reuters)

Pas de chance cependant pour les affaires du jeune Ciotti : le ministre Chevènement démissionne le lendemain du jour où il reçoit le courrier de son ami Fillon, pour cause de désaccord concernant la guerre en Irak. Malgré ce coup du sort, Eric Ciotti réussira quand même à échapper au service national qu’il ne veut faire à aucun prix, et ceci grâce à la grossesse fort opportune de son épouse… « J’ai fait une demande de dispense au titre du soutien de famille, et je l’ai obtenue » a t-il ainsi expliqué au Canard enchaîné.

C’est sans doute le fait d’avoir ainsi échappé au service militaire dans sa jeunesse qui le rend si nostalgique d’une telle pratique qu’il juge indispensable pour « restaurer l’autorité républicaine et inculquer les valeurs de la République aux jeunes », bien que très coûteuse pour la Nation, peu adaptée aux exigences actuelles de l’Armée et fortement inégalitaire comme l’illustre si bien le cas du jeune Ciotti. Quand donc certains élus comprendront-ils qu’un peu de cohérence les rendrait peut-être davantage crédibles ?

L.V. LutinVert1Small

Katulu ? fête à sa manière le jubilé de Carnoux

13 septembre 2016

Katulu ? est un « groupe de lecture » créé en 2008 à l’initiative de Maggy Portefaix, institutrice retraitée, et de deux de ses amies, « les deux Josette ».

Son objectif :    « A Katulu ? nous désirons partager nos plaisirs de lecture et nous donner mutuellement envie de lire. Aucun genre de livre n’est exclu, aucun plaisir contesté. Chacun est libre ». Ainsi s’est défini ce groupe, qui au fil du temps s’est élargi à une dizaine de membres.

Avec le départ de Maggy Portefaix de Carnoux, en octobre 2011, Katulu ? est devenu une des activités du Cercle Progressiste Carnussien.

Les réunions de « Katulu ? » se poursuivent chaque mois avec une grande régularité et la présence à chaque séance de 6 personnes au minimum, dans une salle prêtée par la municipalité.

Chacun présente un livre qu’il a lu avec esprit critique souvent positif mais parfois négatif aussi et fait un compte-rendu, lequel est diffusé sur le présent blog du CPC, depuis 2013.

C’est une cinquantaine de livres qui est ainsi évoquée chaque année au sein du groupe.

Depuis sa création, 49 numéros de Katulu ? ont été édités, regroupant les comptes-rendus des livres et des réunions. Ces journaux ont été reliés en 3 volumes pour les années 2008-2011, 2012-2013 et 2014-2015, consultables par ceux qui le souhaitent. Un répertoire de tous les livres présentés depuis 2008 a été réalisé par ordre alphabétique d’auteurs avec référence au numéro de Katulu ? où se trouve le compte-rendu correspondant.

Les réunions de « Katulu ? » où règne une ambiance sympathique et une bonne humeur sans faille, sont des moments d’enrichissement, de culture, de détente… Des moments où il fait bon se retrouver, discuter, échanger… sur les livres mais aussi sur mille et un autres sujets : spectacles, théâtre, opéra, cinéma, parfois politique ou tout simplement des « choses de la vie ».

Nous avons aussi prolongé nos rencontres en nous retrouvant aux retransmissions cinématographiques des ballets et opéras du Royal House Opera ou du Met de New-York diffusées soit à l’Artéa soit dans les deux cinémas d’Aubagne avec, alors, co-voiturage assuré depuis Carnoux !

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A l’occasion du Jubilé de Carnoux-en-Provence une réunion publique est proposée jeudi 29 septembre à 18 h au Clos Blancheton. Cinq livres seront présentés autour du thème de « l’exil ». Des époques, des auteurs, des histoires de vie, tous différents, un tour du monde où des hommes, face à la dictature ou la guerre, ont dû « renaître » et donnent une très grande leçon de courage, de force vitale et d’optimisme, comme l’ont fait les « créateurs » de Carnoux. Une manière de leur rendre hommage, 50 ans après la création de notre commune, nous tous qui avons trouvé dans cette petite ville, la possibilité de créer notre « nid ».

Marie Antoinette Ricard

Dividendes : les actionnaires se régalent, les salariés trinquent…

11 septembre 2016

Le monde économique est en crise et le taux de rendement des obligations est en baisse : 1,5 % seulement pour les bons du Trésor américains sur 10 ans et même des taux négatifs pour leurs équivalents allemands ! Alors, pour attirer les investisseurs, les grosses entreprises se montrent très généreuses sur le versement des dividendes à leurs actionnaires, histoire de récompenser leur fidélité et de les inciter à conserver leurs actions… Plusieurs analyses parues récemment dans la presse et notamment un article de Laszlo Perelstein publié dans la Tribune détaillent l’ampleur du phénomène.

Assemblée générale des actionnaires de l'Oréal, le 20 avril 2016

Assemblée générale des actionnaires de l’Oréal, le 20 avril 2016

C’est ainsi qu’au 30 juin 2016 les 500 plus grosses entreprises côtées en bourse aux États-Unis et regroupées au sein du S&P 500 affichaient en moyenne un taux de rendement des dividendes très attractif de 2,24 % tandis que celui des entreprises prises en compte par l’indice européen Stoxx 600 atteignait 3,1 % et même, pour les 40 locomotives du CAC 40 français, le taux mirobolant de 4,05 %… Comme l’expliquaient benoîtement en 2015 les analystes financiers d’Allianz Global Investors, « les dividendes peuvent constituer un substitut attrayant aux coupons obligataires, en particulier durant les périodes de répression financière ».

Du coup, toutes les grandes multinationales s’engouffrent dans la brèche, Apple en tête qui a versé les plus gros dividendes en 2015 après avoir interrompu cette pratique entre 1995 et 2012. Des firmes comme le géant pharmaceutique Pfizster ou le fabricant de jouets Mattel ont ainsi versé en 2015 sous forme de dividende payé rubis sur l’ongle à leurs actionnaires, un montant supérieur à leur profit annuel ! Et le cas n’est pas isolé puisqu’il concerne plus de 40 des 500 plus grosses entreprises américaines…

blog342_dessincaterpillarBien évidemment, l’opération n’est pas indolore car les montants en cause sont faramineux même si cela ne représente souvent que quelques euros par action. C’est ainsi que la firme pétrolière Shell a été amenée à réduire de 2 milliards de dollars ses projets d’investissements et de 3 milliards ses coûts d’exploitation afin de servir en priorité l’appétit de ses actionnaires, tandis que son concurrent ExxonMobil baissait d’un quart le montant de ses investissements en 2016 après l’avoir déjà diminué de 20 % en 2015. Quant au fabricant d’engins de chantier Caterpillar, il a procédé en juin 2015 à une augmentation de 10 % du montant des dividendes versés à ses actionnaires avant d’annoncer trois mois plus tard la supression de 10 000 emplois, soit 9 % de ses effectifs totaux.

Il faut bien en effet trouver quelque part l’argent pour rémunérer les actionnaires et forcément on coupe en priorité dans les investissements et dans les salaires (du personnel, pas des dirigeants).

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

En France, où le grand patronat se plaint en permanence de la crise de liquidité et de l’étranglement des charges sociales qui ne lui permettent pas d’investir pour développer son appareil industriel, cette course aux dividendes prend des proportions tout à fait étonnantes. Le dernier rapport du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors qui porte sur le second trimestre 2016 est éloquent à cet égard. Après les États-Unis et les Pays-Bas, « les dividendes français ont enregistré la troisième hausse la plus rapide au monde, en augmentation de 11,2%, et tous les secteurs ont réalisé de bons résultats ».

C’est bien simple, la France est devenue le plus gros payeur de dividende d’Europe, hors Royaume-Uni puisque désormais les analystes financiers considèrent ce pays comme extra-européen… Toujours selon les experts d’Henderson, « les dividendes totaux français ont atteint 40 milliards de dollars US, en hausse de 13,9 % », avec une pensée toute particulière pour les gros pourvoyeurs de dividendes que sont Total (malgré la baisse des cours du pétrole et la fermeture de ses raffineries…) et Saint-Gobain, mais aussi des grands groupes bancaires qui, à l’image de la Société Générale, de BNP-Paribas ou du Crédit Agricole ont augmenté leurs distributions de dividendes de 50 à 70 % ! Voilà qui confirme que la crise financière et celle des liquidités est loin derrière nous, au moins pour ce qui concerne les actionnaires…

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Pour l’année 2015, c’est ainsi un total de 35 milliards d’euros que les sociétés françaises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires sous forme de dividendes, soit presque autant que le fameux montant de 40 milliards d’exonération de charges consenti par le budget de la Nation pour leur venir en aide sous forme d’allègement de cotisations sociales. Une baisse sensible néanmoins par rapport à l’année 2014 pour laquelle les actionnaires du CAC 40 avaient quand même perçu pour près de 46 milliards d’euros de dividendes versés en cash, grâce, il est vrai, à deux opérations exceptionnelles liées d’une part à la sortie partielle de Nestlé du capital de L’Oréal et, d’autre part, à une distribution d’actions Hermès par LVMH. Si l’on excepte ces opérations exceptionnelles, la hausse est de 11,2 % d’une année sur l’autre.

Le pire c’est que ces dividendes versés par les grandes sociétés françaises sert pour l’essentiel à rémunérer des investisseurs étrangers. L’actionariat du CAC 40 est en effet à 45 % étranger, constitué principalement de fonds de pension anglo-saxons et de fonds souverains du Moyen-Orient et de Chine. Certes, le patronat tempère cette analyse en rappelant qu’une partie de cet argent a été gagné en dehors de nos frontières et qu’il est donc normal qu’il y retourne, à l’instar de Danone par exemple, qui ne réalise que 10 % de son chiffre d’affaires en France. On peut quand même s’interroger sur l’intérêt à long terme d’un tel dispositif pour l’avenir de l’économie française…

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Les actionnaires sont donc à la fête. Mais est-ce bien raisonnable ? Pour la même année 2015 en effet, le bénéfice cumulé dégagé par ces mêmes entreprises du CAC 40 s’élève à 55,21 milliards d’euros, en baisse de 12,8 % par rapport à 2014. Certes, ces moins bons résultats sont surtout dus aux lourdes pertes enregistrées par Engie (ex GDF-Suez) ou encore Arcelor Mittal (pour ce qui est des banques, rassurez-vous, tout va pour le mieux…).

Du coup, la part du bénéfice reversée sous forme de dividendes atteint des proportions importantes, largement supérieures à 80 % pour la plupart de ces sociétés, et ceci au détriment des montants consacrés à l’investissement en vue de moderniser l’outil de travail et le rendre plus compétitif à l’avenir. Hors banques et assurances, l’investissement total des sociétés du CAC 40 a été ainsi de 83 milliards d’euros en 2014, contre 86 milliards en 2013 et 92 milliards en 2012 : une baisse constante qui augure mal de l’avenir de nos principales entreprises…

Ce décalage est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les salaires stagnent. En un an, le SMIG n’a augmenté que de 0,5 % et la croissance en France a été proche de 0. En économie comme ailleurs, il n’y a pas de miracle et il faut bien prendre d’un côté ce que l’on donne de l’autre. Si le groupe Total maintient en 2015 ses versement de dividendes au même niveau qu’en 2014 (5,7 milliards d’euros toute de même!) alors que son résultat est en baisse de 18 %, il faudra compenser cette générosité en baissant de 17 % les investissements et en supprimant encore 2000 emplois dans le monde. Même chose pour Sanofi qui a déjà supprimé plus de 5 000 emplois depuis 2008 et prévoit une nouvelle charrette de 600 suppressions de poste sur 3 ans, tout en reversant cette année encore à ses actionnaires plus de la moité de ses bénéfices, soit la coquette somme de 3,8 milliards d’euros.

L’économiste Keynes estimait déjà en son temps qu’il faudrait « euthanasier les actionnaires ». Peut-on vraiment lui donner tort quand on voit à quels excès conduit le fonctionnement des systèmes boursiers acuels ?

L.V.  LutinVert1Small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

Saga familiale à Aix-en-Provence

5 septembre 2016

C’est un article de Marianne, un média national, qui vient attirer l’attention de la France entière sur l’ambiance « fin de règne » qui plombe la ville d’Aix-en-Provence suite aux déboires judiciaires de Maryse Joissains-Masini, l’éternelle opposante à la métropole.

Façade de l'hôtel de ville d'Aix-en-Provence

Façade de l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que l’histoire politique du clan Joissains et de sa main-mise sur la bonne ville d’Aix-en-Provence commence en 1977, il y a bientôt 40 ans. Il n’y a donc pas qu’au Gabon ou en Corée du Nord que certaines dynasties familiales s’incrustent au pouvoir… A l’époque, Alain Joissains, époux de Madame, Maryse Charton de son vrai nom, et père de Sophie Joissains, se présente aux élections municipales sous l’étiquette du Parti radical valoisien. Il perd alors l’élection face au maire sortant socialiste, Félix Ciccolini.

Qu’à cela ne tienne ! L’ancien docker toulonais, devenu avocat, conteste les résultats devant les tribunaux. Les Aixois revotent donc en 1978 et cette fois c’est Alain Joissains qui remporte l’élection, laquelle est de nouveau invalidée par le Tribunal administratif ! Rebelote donc en 1979 : face à une liste de gauche conduite par Jean-François Picheral, Alain Joissains confirme sa victoire de l’année précédente.

En 1983 cependant, alors qu’il s’apprête à se présenter pour un second mandat , le Canard enchaîné révèle qu’Alain Joissains a fait réaliser d’importants travaux d’embellissement dans la villa de ses beaux-parents en échange de l’attribution de marchés publics. Une vilaine affaire qui entrainera sa condamnation définitive en 1988 pour recel d’abus de biens sociaux à 150 000 francs d’amende et deux ans de prison avec sursis. Une affaire qui l’empêche de se représenter à la mairie et qui pousse le père de Maryse à se suicider.

Alain et Maryse Joissains lors de l'élection de cette dernière à la mairie d'Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière à la mairie d’Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Mais en 2001, l’heure de la vengeance a sonné. Cette fois c’est Maryse Joissains qui se présente après avoir accolé à son patronyme le nom de son grand-père maternel corse Masini. Elle est élue d’un cheveu à la mairie, face au maire sortant, le même Jean-François Picheral. Alors qu’elle est séparée (mais pas divorcée) d’Alain Joissains, son premier acte consiste à le recruter comme conseiller spécial puis directeur de cabinet, poste qu’il occupera jusqu’à sa mise en retraite en 2008, moyennant un salaire plus que confortable de 5820 € par mois. Une telle générosité peut surprendre, en faveur d’un époux condamné par la justice et qui lui a fait deux enfants dans le dos, dont elle dit elle-même « Alain a fait le couillon ». Mais chacun sait que Maryse a la main sur le coeur…

Non seulement elle héberge chez elle son ex-époux, mais elle dépose en 2005 une proposition de loi pour que les chefs et directeurs de cabinets, recrutés sur des critères purement politiques et souvent dans l’entourage proche, puissent intégrer directement la fonction publique territoriale sans même passer de concours. Il faut dire qu’à cette date, elle rémunère non seulement Alain à la mairie, mais aussi sa propre fille Sophie qui est son chef de cabinet à la communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont elle également présidente depuis sa création en 2001…

Lucien Alexandre Castronovo, élu d'opposition d'Aix-en-Provence

Lucien Alexandre Castronovo, élu d’opposition d’Aix-en-Provence

Malheureusement, l’un de ses opposants, Lucien Alexandre Castronovo, élégamment surnommé par le couple Joissains « Casse-couilles » et auteur prolixe d’un blog très documenté, trouve quelque peu à redire à cette générosité familiale poussée à l’extrême. Il découvre ainsi, après d’âpres investigations, que le traitement perçu par Alain Joissains est très largement au-delà de ce que permet le plafond légal.En 2008, le Tribunal administratif annule purement et simplement le contrat de travail de Monsieur, mais s’ensuivent des années d’intenses batailles judiciaires. Ce n’est qu’en février 2015, à l’issue de 10 ans de procédures, que la plus haute juridiction administrative française peut trancher définitivement le débat, obligeant le coupable à rembourser l’intégralité du traitement indûment perçu, soit plus de 475 000 €.

Mais encore faut-il que la commune le lui réclame ! Avec Madame aux commandes, on se doute bien que cela ne va pas de soi… Elle se contente donc d’émettre à l’encontre de son époux et toujours conseiller un titre de recette de 71 000 € seulement, montant aussitôt contesté par ce dernier devant les tribunaux. Et c’est reparti pour une nouvelle course de lenteur qui permet de faire traîner le dossier !

En attendant, Maryse Joissains doit faire face à moult polémiques liées à son franc-parler et ses jugements à l’emporte-pièce. On se souvient de ses propos de 2012 dans lesquels la députée sarkozyste mettait en doute la légitimité de François Hollande pourtant fraîchement élu à la Présidence de la République (alors qu’elle même sera sèchement battue aux législatives qui se tiennent la même année).Blog340_PhMaryse

Mais d’autres affaires judiciaires ternissent son mandat actuel. Elle a notamment été placée en garde à vue en avril 2013 dans le cadre d’une affaire d’emplois fictifs présumés qui est toujours pendante. Cette fois, le principal intéressé n’est plus son mari mais celui qu’elle appelle en public « mon chéri », qui partage tous ses repas et lui tient lieu de chauffeur et de standardiste après avoir été longtemps rémunéré comme attaché parlementaire jusqu’à ce que sa patronne perde son mandat en 2012. A l’époque, et pour compenser cette perte de revenu, Maryse Joissains avait décidé arbitrairement de promouvoir son protégé au grade d’attaché territorial, une décision qui n’était pas passée inaperçue puisque l’impétrant était passé devant 167 collègues pour la plupart nettement mieux classés…

L’arrêté de nomination a été annulé suite à un recours administratif mais la mairie a fait appel et l’affaire n’est pas encore jugée, d’autant qu’en 2013, la mise en garde à vue de Maryse Joissains pour trafic d’influence et détournement de fonds publics portait aussi sur d’autres pécadilles dont des emplois suposés fictifs à la ville ou à la Communauté d’agglmomération concernant notamment le propre fils du même chauffeur-confident…

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d'Aix-en-Provence

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d’Aix-en-Provence

Il est bien difficile d’évaluer à quel point la maire d’Aix-en-Provence, qui vient de fêter ses 74 ans et a conservé toute sa gouaille, est affectée par cette accumulation d’affaires judiciaires. A droite manifestement, ce genre de considération ne gêne guère l’électorat comme l’a montrée encore récemment la réélection triomphale du couple Balkany à Levallois-Perret, ou le succès annoncé de Nicolas Sarkozy aux prochaines primaires.

En tout cas, la relève familiale est d’ores et déjà assurée puisque la fille d’Alain et Maryse, Sophie Joissains, s’est faite élire en 2008 à la fois à la commune (où elle est désormais 4ème adjointe en charge de la Politique de la ville et de la Culture), à la communauté d’agglomération et au Sénat. Réélue à ces mêmes fonctions en 2014, elle a par ailleurs depuis 2015 cumulé ces postes avec celui de vice-présidente de la Région PACA, dont elle vient de démissionner en juin 2016 pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. On n’a pas fini d’entendre parler de la dynastie des Joissains du côté d’Aix-en-Provence…

L.V.  LutinVert1Small

Au Gabon, les élections mettent le feu aux poudres

3 septembre 2016

Alors qu’en France les prochaines élections présidentielles approchent à grands pas, aiguisant l’appétit de toute la classe politique qui commence déjà à se déchirer, l’élection qui vient de se dérouler au Gabon est en train de virer à la tragédie. Contrairement à la présidentielle française, la gabonaise se joue à un seul tour. Le président sortant, Ali Bongo Ondimba, briguait tout naturellement un second mandat de 7 an, histoire de prolonger au moins jusqu’en 2023 une tradition familiale bien ancrée.

Omar Bongo et Jacques Foccart

Omar Bongo et Jacques Foccart

Rappelons en effet pour mémoire que son défunt père, l’ex employé des PTT de Libreville Omar Bongo, avait dirigé ce pays de 1967 jusqu’à sa mort en juin 2009, date à laquelle les Gabonais avaient tout naturellement élu son fils pour le remplacer à la tête du pays : la force de l’habitude sans doute… « En Afrique, le pouvoir se prend et ne se rend pas », disait Omar Bongo. Le fils a bien retenu la leçon !

Il n’est peut-être pas inutile non plus de rappeler que feu Omar Bongo a toujours été très proche des cercles dirigeants de l’ancienne puissance coloniale française. C’est Jacques Foccart en personne, éminence grise du général de Gaulle pour les affaires africaines, qui avait eu l’idée en 1965 de désigner cet ancien membre des services secrets français comme héritier du premier président gabonais Léon Mba, tombé gravement malade en 1965. Un petit toilettage de la constitution avait alors été opéré pour créer un poste de vice-président et des élections avaient été organisées à la va vite en mars 1967 pour que le président soit réélu avec son nouveau dauphin désigné, histoire de le légitimer juste avant la mort du président en exercice, quelques mois plus tard.

Omar Bongo avec l'ancien président Léon Mba

Omar Bongo avec l’ancien président Léon Mba

Du cousu main qui permet au nouveau président de s’installer au pouvoir pour plus de 40 ans. En 1973, il remporte haut la main (avec 99,6 % des suffrages) une première élection présidentielle après que son principal opposant ait été -heureux hasard- assassiné par deux mercenaires français. C’est le début du « miracle gabonais » grâce à la hausse des prix du pétrole dont le pays est producteur. En 1977, son nouvel opposant, le poète Ndouna Depenaud, est assasiné à son tour, ce qui permet à Omar Bongo de se faire réélire triomphalement avec cette fois 99,8 % des voix…

Forcé à mettre en place une amorce de multipartisme à partir de 1990, après que les légionnaires français aient été appelés en renfort pour mater un début de révolte populaire, il est néanmoins constamment réélu depuis lors, avec encore plus de 79 % des voix lors de son dernier scrutin en 2005, contesté par l’opposition. C’est en Espagne qu’il décède en juin 2009 car il se méfiait depuis quelque temps des risques judiciaires encourus sur le territoire français où plusieurs membres de sa famille étaient poursuivis dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis » : plus de 150 millions d’euros investis en France sous forme de biens immobiliers, dont 33 appartements et hôtels particuliers.

L’ex juge Eva Joly, qui avait d’ailleurs placé sous sequestres l’un de ses comptes en Suisse, lui reprochait de s’être largement servi au détriment de sa population, s’étonnant que le Gabon dont le PIB est équivalent à celui du Portugal, ne construise que 5 km de route par an et possède un des taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, tandis que les avoirs de son président dans la seule Citybank de New York ont été évalués, dans le cadre d’une enquête du Sénat américain, à 130 millions de dollars…

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait le voyage à Libreville pour demander à Omar Bongo des « conseils » pour sa propre campagne présidentielle, ce qui l’avait amené à nouer des relations très étroites avec son aîné, au point de lui donner satisfaction en limogeant son ministre de la coopération, Jean-Marie Bockel, tout comme l’avait fait François Mitterrand avec Jean-Pierre Cot quelques années auparavant.

En 2009, c’est donc tout naturellement que Nicolas Sarkozy avait approuvé l’arrivée à la Présidence gabonaise de l’un des fils d’Omar Bongo (lequel a reconnu pas moins de 54 enfants, ce qui rend sa succession quelque peu complexe…). Ali Bongo, qui était déjà ministre de la Défense de son père avait été élu avec officiellement 41 % des voix, contre plusieurs opposants dont André Mba Obame qui conteste ce résultat et revendique lui aussi la victoire. Selon certaines sources, Obame aurait effectivement été crédité de 42 % des suffrages, mais le Conseil constitutionnel gabonais, à la botte du clan Bongo valide le résultat officiel tandis que Nicolas Sarkozy se précipite pour féliciter chaudement son ami Ali Bongo malgré les émeutes qui embrasent alors la capitale gabonaise.

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Lors des dernières présidentielles qui viennent de se dérouler, le président sortant avait failli être invalidé du fait des révélations montrant qu’il n’est pas de nationalité gabonaise, étant né au Nigéria et ayant en fait été adopté par Omar Bongo. Mais les faux certificats de naissance successifs fournis ont finalement suffi à le qualifier malgré les polémiques.

Pour cette élection, les principaux opposants s’étaient rangés sous la bannière de Jean Ping qui se présente au nom du Front uni de l’opposition pour l’alternance. Ancien ministre d’Omar Bongo, dont il fut le gendre, ce diplomate de haut vol a même présidé l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2004-2005. A l’issue des élections qui se sont tenues le samedi 27 août, les premiers résultats donnent Jean Ping largement vainqueur avec environ 67 000 voix d’avance. Mais le 30 août, trois jours après le scrutin, il manque encore les résultats d’une des 10 provinces, celle du Haut-Ogooué, le fief de la famille Bongo. Cette province compte un nombre d’inscrits qui varie selon les versions mais qui tourne autour de 71 000.

Jean Ping, candidat de l'opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Jean Ping, candidat de l’opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Et là, miracle : alors que le taux de participation dans le reste du pays s’établit autour de 53 %, il atteint 99,93 % dans cette province particulièrement civique, avec bien entendu une nette préférence pour Ali Bongo qui recueille pas moins de 95,5 % des suffrages exprimés. Un heureux retournement de situation pour le président sortant qui se proclame donc vainqueur avec quelques milliers de voix d’avance !

Bien sûr, l’opposition a aussitôt crié au tripatouillage électoral et les débats ont été rudes au sein de la commission électorale, au point que les observateurs étrangers dépêchés par l’Union européenne ont été priés de sortir le 31 août au matin lors de l’analyse des résultats fraîchement arrivés du Haut-Ogooué…

Manifestations d'opposants à Libreville après l'annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Manifestations d’opposants à Libreville après l’annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Sitôt ces résultats proclamés, l’opposition a hurlé au scandale et depuis la situation est des plus confuses. Dès l’après-midi du 31 des manifestants se sont répandus dans les rues de Libreville où l’Assemblée nationale a été partiellement incendiée dans la nuit, provoquant de violents heurts avec l’armée qui s’était déployée en masse. On dénombre déjà au moins 5 morts suite à ces affrontements qui semblent se poursuivre et se propager à d’autres villes dont la capitale économique Port-Gentil.

Les États-Unis comme l’Union européenne appuient la demande de l’opposition de préciser les résultats par bureau de vote, quitte à procéder à un recomptage des bulletins dans les bureaux litigieux, ce dont le pouvoir en place ne veut même pas entendre parler. Même les ténors de la Droite française, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy qui ne s’est pas exprimé, semblent reconnaître que le clan Bongo est peut-être cette fois allé un peu loin dans le tripatouillage électoral, c’est dire… En attendant, la situation reste pour l’instant bloquée et potentiellement explosive.

L.V.  LutinVert1Small