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Les Français, ignares en matière de changement climatique ?

27 août 2022

En matière de politique publique, l’adhésion des populations est un point essentiel, surtout dans un pays comme la France qui se targue de démocratie et où la mauvaise humeur du peuple a plus d’une fois conduit nos responsables politiques à une piteuse reculade, voire à une fuite éperdue lorsque la révolte devenait trop violente…La crise des gilets jaunes, fin 2018, tout comme celle des bonnets rouges en 2013, sont là pour nous rappeler que l’esprit insurrectionnel n’est jamais très loin lorsque le gouvernement s’attaque à certains sujets qui fâchent.

Manifestation des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre 2018 (photo © AFP / La Dépêche)

C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’extrême prudence de nos dirigeants, voire leur frilosité que beaucoup jugent excessive, à imposer des mesures qui permettraient de lutter plus efficacement contre l’aggravation du changement climatique et ceci malgré l’urgence de la situation. L’été 2022, comme plusieurs autres ces dernières années, vient pourtant encore nous rappeler que le réchauffement climatique global n’est pas qu’une lubie de spécialiste mais a des effets désormais bien visibles sur notre vie quotidienne.

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 personnes tirées au sort dans un échantillon représentatif de la population française, avait mené à bien un travail intense de débats et de réflexion et établi une série de 149 propositions de bon sens, destinées à adapter nos modes de consommation, de production, de déplacement, de nourriture et de logement, en vue de limiter notre impact climatique et se donner une chance de ne pas trop dépasser les seuils au-delà duquel on sait d’ores et déjà que le réchauffement global risque de conduire au chaos généralisé.

Intervention d’Emmanuel Macron lors de la Convention citoyenne pour le climat (photo © Lemouton / SIPA / 20 minutes)

Mais le gouvernement, qui s’était engagé à ce que ces propositions soient soumisse « sans filtre » à adoption directe ou à référendum, s’est bien vite empressé de remiser ce brûlot au fond d’un placard, estimant manifestement que l’opinion publique n’était pas prête à mettre en œuvre des mesures pourtant identifiées comme nécessaires par un groupe de citoyen lambda pour peu qu’il prenne la peine de creuser un minimum le sujet.

De fait, une étude récente, publiée le 27 juin 2022 par l’OCDE, vient conforter cette impression que la population française dans son ensemble est loin d’être convaincue par la nécessité de prendre des mesures volontaristes pour tenter de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre. Certes, les pseudo-scientifiques climato-sceptiques à la Claude Allègre ont désormais quasiment disparu du paysage médiatique et les médias eux-mêmes peuvent difficilement se voir reproché de ne pas en faire assez sur le problème de la perte de biodiversité et sur les effets délétères du changement climatique.

Comment concilier politiques climatiques et justice sociale ? Un dessin signé Notto

Cette vaste enquête de l’OCDE a été menée auprès de plus de 40 000 citoyens du monde entier, issus de 20 pays différents, les plus concernés puisque émettant à eux seuls de l’ordre de 72 % des gaz à effet de serre de la planète. Et ses résultats sont assez consternant pour les Français qui se classent parmi les plus climato-sceptiques, au-delà même des États-Unis ou de l’Australie. Malgré tout le battage médiatique auquel nous sommes soumis, seule une petite moitié des Français (57 %) se dit effectivement persuadée de l’existence d’un lien entre le réchauffement climatique observé et l’activité humaine ! Pire encore, 12 % des Français se disent même convaincus que le réchauffement climatique est une pure chimère… Par comparaison, 84 % des Chinois et des Japonais ont parfaitement intégré ce lien entre activité humaine et changement climatique, de même que 80 % des Espagnols et des Anglais. En France, manifestement, la vulgarisation des sujets scientifiques a encore des marges de progression…

Selon cette enquête, plus de 80 % des Français ont bien intégré que le réchauffement climatique allait se traduire par une aggravation des périodes de sécheresse et une montée du niveau de la mer, même si cette proportion est plutôt de l’ordre de 90 % dans bon nombre de pays, voire supérieure en Indonésie par exemple. Mais curieusement ils ne sont pas moins de 63 % à penser que ce changement climatique est lié à des éruptions volcaniques plus fréquentes ! Force est de constater que la plupart des Danois, des Allemands ou même des Sud Coréens sont, ce ce point de vue, nettement moins crédules que nous…

Des stratégies personnelles liées à une mauvaise compréhension des mécanismes du changement climatique… Un dessin signé Wingz

Quant à déterminer les facteurs qui permettent de caractériser la source des gaz à effets de serre (GES) responsable de ce changement climatique, les Français sont systématiquement ceux des pays développés qui fournissent le plus fort taux de mauvaises réponses. Ainsi ils ne sont que 72 % à avoir intégré que produire de la viande de bœuf émet davantage de GES que produire des pâtes ou du poulet. Seuls 62 % des Français interrogés sont en capacité d’affirmer que l’empreinte environnementale de l’avion est supérieur à celle du train ou du bus. Et seuls 50 % ont compris que l’émission de GES de l’énergie nucléaire était inférieure à celle du gaz ou du charbon : étonnant dans un pays champion du monde du recours à l’électricité d’origine nucléaire et dont le gouvernement se bat pour tenter d’imposer cette réalité à ses voisins européens…

Dans un autre registre, un Français sur deux ignore que les USA sont le pays du monde qui émet le plus de GES par tête d’habitant et 40 % d’entre eux ne savent pas que c’est la Chine qui est le plus gros émetteur mondial de GES. Un niveau d’information aussi faible sur un sujet dont on nous rebat pourtant les oreilles à longueur de journée interroge de fait sur la capacité de notre pays à prendre les décisions qui s’imposent en la matière et surtout à les faire accepter par l’opinion publique. Nombre de scientifiques se sont d’ailleurs émus de ce constat, parmi lesquels François Gemenne, spécialiste des questions de migrations environnementales et climatique qui déplore qu’en France, la science soit devenue « affaire de croyance et d’opinion politique, ce qui est dramatique pour la démocratie ».

Toute l’ambiguïté de la lutte contre le changement climatique, un dessin d’Alexandre Magnin

Pas très rassurant en effet quant à l’acceptation collective de politiques publiques plus volontaristes en matière environnementale, d’autant que, sur ce point, les Français rejoignent les autres, comme le souligne l’OCDE qui constate que « dans tous les pays, le soutien aux politiques climatiques dépend des perceptions des citoyens concernant trois facteurs clés : l’efficacité perçue des politiques en matière de réduction des émissions, leur impact distributif présumé sur les ménages à faibles revenus (préoccupations en matière d’inégalité), et leur impact direct anticipé (gains et pertes) sur le revenu disponible du ménage ». Autrement dit, chacun est d’accord pour s’investir mais à condition que cela soit efficace, que l’effort soit équitablement réparti et que les conséquences sur son pouvoir d’achat et son niveau de confort personnel soit minimes. Une équation pas si facile à résoudre…

L. V.

Droit à l’avortement : la menace américaine

8 juillet 2022

Le droit des femmes à l’avortement est un long combat qui s’est toujours heurté au conservatisme et au fondamentalisme religieux, qu’il soit catholique, protestant, orthodoxe, juif ou musulman… Aux États-Unis d’Amérique, pays conservateur par excellence, l’avortement était interdit partout en 1973, jusqu’à la publication de ce fameux arrêt Roe vs Wade, rendu par la Cour suprême, avec l’accord de sept des neuf juges qui la composaient à l’époque.

Un dessin signé de l’Algérien Dilem (source © Cartooning for Peace)

Jane Roe était une jeune Texane de 21 ans qui souhaitait avorter de son troisième enfant après avoir abandonné le précédent et qui avait donc engagé une procédure judiciaire pour cela, l’interruption volontaire de grossesse étant alors totalement illégale et quasi impossible aux USA. Après trois ans de bataille judiciaire acharnée contre l’État du Texas, représenté par l’avocat Henry Wade, la Cour suprême avait donc tranché le 22 janvier 1973, en reconnaissant que le 14e amendement de la Constitution américaine garantissait un droit des femmes à avorter et que les États ne pouvait pas les en priver.

Depuis, la même Cour avait précisé, en 1992, que ce droit était valable tant que le fœtus n’est pas considéré comme « viable », soit jusqu’à 22 à 24 semaines de grossesse. Mais malgré cet arrêt, le droit à l’avortement aux USA reste fragile et soumis à de multiples attaques de la part des lobbies fondamentalistes. Le 1er septembre 2021, le Texas a ainsi adopté une nouvelle loi qui interdit l’IVG quatre semaines après la fécondation, et ceci même en cas d’inceste ou de viol. A ce jour, ce sont pas moins de 31 États sur les 50 que compte les USA qui ont ainsi introduit des propositions de lois restreignant le droit à l’avortement.

Un dessin signé Large (source © Twitter)

Et voila que le 3 mai 2022, une fuite délibérée a révélé que la Cour suprême était en train de concocter une décision remettant en cause ce fameux arrêt de 1973 et laissant chaque État décider de sa position en matière de droit à l’avortement. Une décision qui a finalement été confirmée le 24 juin dernier, votée par cinq des neufs juges, dont le fameux juge Clarence Thomas, 74 ans, nommé à ce poste en 1991 par Georges W. Bush, et qui ne cache pas sa volonté de revoir toutes les jurisprudences un tant soit peu libérales, y compris celles autorisant les rapports entre personnes du même sexe. Son collègue, Samuel Alito, également nommé par Bush, l’a rejoint dans cette décision, de même que les trois juges nommés par Donald Trump, à savoir l’ultra religieuse Amy Coney Barett, le conservateur Neil Gorsuch et le juge Brett Kavanaugh, lui-même accusé d’agression sexuelle. Le président de la Cour suprême, John Roberts, ne les a pas suivis mais avait lui-même approuvé une loi du Mississippi, interdisant l’avortement au-delà de 15 semaines…

Le président des États-Unis, Joe Biden, en visioconférence le 1er juillet 2022 avec des gouverneurs après la décision de la Cour suprême révoquant le droit à l’avortement (photo © Tom Brenner / Reuters / RFI)

Cette offensive conservatrice contre le droit des femmes à disposer de leur corps a bien entendu déclenché de nombreuses protestations indignées. Le président Joe Biden lui-même a dénoncé sans équivoque cette « décision terrible et extrême » qui « chamboulera des vies », tout en reconnaissant son impuissance, dans le rapport de forces actuel, à s’y opposer faute de majorité progressiste suffisante au Sénat et à la Chambre des représentants. Il appelle d’ailleurs ses compatriotes à profiter des élections de mid-term qui se profilent en novembre prochain, pour conforter sa majorité et lui permettre de revenir sur cette décision.

En attendant, trois nouveaux États se sont déjà appuyés sur l’arrêt du 24 juin pour interdire l’avortement et 19 avaient déjà anticipé la décision des juges suprêmes. On estime désormais que plus de la moitié des États, principalement dans le sud et le centre du pays, le plus conservateur, devraient restreindre fortement le droit à l’IVG à très court terme. Pourtant, l’on considère qu’environ 25 % des femmes américaines ont eu recours un jour à l’avortement et que un million d’entre elles en bénéficie chaque année pour différentes raisons, suite à un viol, à une grossesse non désirée ou pour des raisons de pathologie.

Un dessin de Chapatte, publié dans le Canard enchaîné

Il est donc étonnant qu’il puisse ainsi se dégager une telle majorité politique pour imposer à ces femmes des conditions qui vont totalement à l’encontre de leur souhait le plus profond, et ceci pour des raisons purement idéologiques voire strictement religieuses. A l’instar d’autres nations, les États-Unis d’Amérique, malgré leur long attachement à un parcours démocratique, libéral et progressiste, ont bien du mal à lutter contre ces vieux démons du fondamentalisme le plus obtus et le plus rétrograde qui constitue une menace permanente contre les avancées, même les plus intimes, de la société humaine. Et tout laisse à penser que d’autres pays ne sont pas à l’abri d’un tel risque de retour en arrière : «Rien n’est jamais acquis à l’Homme… » rappelait le poète !

L. V.

Cet été, sous-traitez la gestion de vos mails…

30 juin 2022

Avec le télétravail, voilà une situation qui n’est pas prête de s’arranger ! Tout le monde est devenu accro aux nouveaux outils de communication numérique et chacun passe sa vie sur son smartphone ou devant son ordinateur pour ne pas rater d’une seconde le dernier message reçu, même si son contenu est aussi futile qu’inutile…Dans le milieu professionnel il est désormais considéré comme un outrage de la dernière espèce que de ne pas répondre dans la minute à un e-mail, comme si chaque message exigeait une réponse immédiate, quitte à dire simplement qu’on a bien reçu le message et qu’on prend le temps de le traiter…

Il est loin le temps où tout se gérait par courrier et où chacun avait la patience d’attendre quelques jours, voire quelques semaines, avant de recevoir une réaction à sa demande. Être connecté en permanence pour pouvoir répondre à tout moment à n’importe quel message même le plus anodin, de son patron comme de ses subordonnés ou de ses partenaires, est en passe de devenir une exigence de base, au risque de faire baisser considérablement la productivité des professionnels, désormais incapables de se concentrer plus de 5 minutes sur un travail minutieux ou la rédaction d’une note de fond, sans devoir tout interrompre sur le champ pour tapoter sur son clavier « Bonjour, j’ai bien reçu votre proposition et je vous en remercie. Je ne manquerai pas de vous recontacter dès que possible à ce sujet et je vous adresse, en attendant, mes plus cordiales salutations… »

Un dessin de Gérard Mathieu dans la Charte pour un bon usage de la messagerie informatique dans la vie professionnelle (source © ORSE)

Cette nouvelle plaie des temps modernes est devenue tellement intrusive que plus personne ne s’étonne désormais de recevoir sur les coups de 2 heures du matin, dans la nuit du dimanche au lundi, un mail de son patron qui confirme qu’il a bien lu votre note et qu’il vous propose d’en parler de vive voix à l’occasion… Et en période estivale, même quand on est en vacances, en train de buller sur la plage, de réparer la toiture de sa vieille maison de campagne qui tombe en ruine au fin fond de la Lozère, ou de se retrouver autour d’un feu de camp au soir d’une méharée dans le désert, la tentation est grande de quand même jeter un coup d’œil à ses mails professionnels, histoire de s’assurer qu’il n’est rien arrivé d’exceptionnel en votre absence au bureau…

Lire ou ne pas lires ses mails pendant ses congés, telle est la question… Un dessin signé Alsy (source ©
Les Moutons / France 3 Régions)

Et vous voila parti pour une petite heure, ou une longue nuit, à prendre connaissance de toutes sortes de futilités que vous auriez tout aussi bien pu attendre une semaine ou deux avant de découvrir. Sauf que la pratique s’est tellement généralisée que, selon un sondage récent, au moins 55 % des personnes interrogées reconnaissent consulter leurs e-mails professionnels pendant leur congés ! Le droit à la déconnexion est encore un long combat, peut-être même perdu d’avance…

Le droit à la déconnexion, pas encore totalement entré dans les mœurs : un dessin signé Wingz, pour la CFDT banques et assurances

C’est en tout cas fort de ce constat que l’Office national islandais du tourisme a eu l’idée de développer, au bénéfice des voyageurs qui viennent passer leurs vacances en Islande, un service de messagerie permettant de générer des messages personnalisés d’absence, histoire que ses visiteurs puissent garder l’esprit tranquille, lâcher les rênes et profiter à fond des merveilles naturelles de cette île aux paysages grandioses, sans être en permanence pollués par les messages intempestifs du bureau.

Aurores boréales au dessus du Mont Kirkjufell, en Islande (source © National Geographic)

L’originalité du dispositif est que les proposés mis à contribution pour générer vos messages de réponse pendant que vous vous prélassez dans une source d’eau thermale perdue au milieu de nulle part, sont des petits chevaux islandais, cette race emblématique du pays, trop souvent assimilée à des poneys. On les voit donc, sur la vidéo de promotion de l’Office du tourisme islandais, en train de tapoter plus ou moins nerveusement du sabot, sur d’immenses claviers d’ordinateurs en pleine nature. Une prestation déjà adoptée par plusieurs milliers de touristes et dont le nom en soit est tout un programme : « Outhorse your email », autrement dit « sous-traitez vos e-mail » avec un jeu de mots des plus subtils sur ces chevaux en extérieur qui s’en chargent à votre place…

Faites écrire vos mails professionnels par un cheval islandais… (source © kbd.news)

Bien évidemment, le résultat de leur piétinement quelque peu aléatoire risque de laisser assez perplexe votre patron qui voulait savoir de toute urgence si vous serez bien rentré à temps pour l’accompagner le 18 à 9H45 pour aller signer ce fameux contrat. Le message de réponse lui indique en effet qu’un cheval islandais se permet de l’informer que la personne qu’il cherche à contacter est momentanément indisponible, le tout suivi du message énigmatique suivant, tapé par le cheval lui-même : « jjjjjjklmù*2222222222 »

Il n’est pas absolument certain que ce message le rassure totalement sur la fiabilité voire la bonne santé mentale de son employé temporairement absent, mais l’essentiel est que ce dernier passe de bonnes vacances aussi reposantes que dépaysantes dans les étendues sauvages et verdoyantes islandaises. C’est en tout cas le message que cherche manifestement à véhiculer l’office de tourisme de ce pays, Visit Iceland, lequel en profite pour truffer sa vidéo promotionnelle de paysages tous plus attractifs les uns que les autres : savoir bien communiquer ne consiste pas seulement à répondre à ses mails en temps et en heure : c’est un vrai métier…

L. V.

Primaires à gauche : pourquoi tant de haine ?

23 janvier 2022

C’est entendu, le pouvoir rend fou et l’aspiration à exercer le pouvoir y contribue largement… Avant chaque élection, c’est la même chose dans tous les partis : chacun s’étripe pour avoir une place et espérer être élu. Comme si exercer la lourde tâche de représenter ses concitoyens et prendre en leur nom les décisions souvent difficiles qui s’imposent pouvaient compenser le rythme épuisant et l’absence totale d’intimité familiale qui caractérisent la vie quotidienne de nos élus. A croire que la griserie du pouvoir et de l’exposition médiatique est une drogue à laquelle il est bien difficile de renoncer une fois qu’on y a goûté…

Dans moins de trois mois auront lieu les prochaines présidentielles et chacun a pu constater, à l’occasion des primaires des écologistes puis celles de la droite, comment des hommes et des femmes engagés en politique dans le même camp et partageant grosso modo les mêmes idées ont pu s’affronter violemment, uniquement pour avoir le privilège de présenter leur candidature devant les électeurs. Assurément, le régime présidentiel qui caractérise notre Cinquième République explique largement cette course à l’échalote liée à la personnalisation de la fonction de chef de l’État.

Les candidats de gauche disent pourtant tous la même chose… Un dessin signé Ganaga (source © Blagues et dessins)

Dans ce contexte, certains bords politiques s’en tirent plutôt bien, soit parce qu’ils ont un candidat naturel incontesté, comme Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, soit parce qu’ils ont réussi, malgré les obstacles et les frustrations immenses qui en découlent, à faire émerger un candidat à l’issue de primaires, comme c’est le cas de Valérie Pécresse pour le parti LR.

En revanche, la gauche se retrouve dans un véritable champ de ruines à quelques mois de l’échéance électorale avec toujours 7 candidats en lice malgré le retrait d’Arnaud Montebourg, dont la « remontada » annoncée avec panache le 4 septembre 2021 s’est finalement plutôt terminée en « degringolada » pour reprendre l’expression vacharde de nombreux médias et qui a donc jeté l’éponge le 19 janvier 2022 dans une video testament tournée sur le site gaulois de Bibracte au mont Beuvray…

Arnaud Montebourg sur le mont Beuvray annonçant qu’il renonce à sa candidature aux présidentielles (photo © capture d’écran Twitter / France TV info)

Si l’on excepte les candidatures d’extrême gauche de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud, qui n’ont aucune prétention à accéder aux responsabilités et seraient bien en peine de mettre en œuvre un programme de gouvernement cohérent, ce sont donc cinq personnalités de gauche qui se présentent pour l’instant à la candidature suprême, dont deux seulement ont déjà exercé des responsabilités ministérielles et qui toutes sont issues ou appartiennent encore aux partis historiques de la gauche française, associés au gouvernement lorsque la gauche était en responsabilité, sous François Mitterrand, dans le gouvernement de Lionel Jospin ou durant le quinquennat de François Hollande.

Jean-Luc Mélenchon en 1997, alors membre du parti socialiste, ici avec François Hollande et Lionel Jospin, dont il sera ministre délégué à l’enseignement supérieur (photo © Philippe Wojazer / Reuters / Le P’tit Libé)

Pourquoi alors cette incapacité totale à dialoguer et à envisager un programme commun de gouvernance alors que les différences idéologiques entre ces différentes composantes de la gauche sont pour le moins subtiles ? On pourrait certes pointer l’insistance de Fabien Roussel, candidat du Parti communiste, à vouloir développer coûte que coûte la filière nucléaire, ce qui a le don d’agacer un écologiste comme Yannick Jadot, lequel aurait pourtant bien du mal, même avec la meilleure volonté du monde, à tourner totalement la page du nucléaire s’il devait par miracle être élu à la tête du pays.

Pour peu que ces différentes personnalités politiques veuillent bien sortir de leurs positions les plus caricaturales, il ne leur serait sans doute pas très difficile de se rejoindre sur un socle commun et de gouverner ensemble sur la base de propositions pragmatiques. Avec à peine 25 % d’intentions de vote selon tous les sondages qui se succèdent à un rythme effréné depuis le début de cette campagne, la gauche est objectivement minoritaire dans le paysage politique actuel et il est donc parfaitement évident pour tout le monde qu’elle n’a pas la moindre chance d’arriver en tête de ces élections présidentielles, surtout si elle est incapable de surmonter ses querelles de préséances qui relèvent du pur enfantillage.

Christiane Taubira, une nouvelle candidature qui ne règle pas le problème de la gauche… Un dessin d’Emmanuel Chaunu publié dans Ouest France

La seule stratégie possible, dans un tel régime politique et avec les règles électorales qui sont les nôtres, est que les différents mouvements de gauche s’unissent et s’entendent sur un programme commun de gouvernement. C’est ce qui lui a permis d’arriver en responsabilité en 1981 (sans même remonter à 1936 !), en 1997 et en 2012. Comment dans ces conditions ne pas être désespéré par la situation actuelle où chacun des candidats refuse de faire le moindre compromis et de discuter avec ses alliés politiques naturels en vue d’élaborer une plateforme commune de gouvernement.

Arnaud Montebourg avait tenté de se placer dans cette dynamique mais a dû y renoncer. Christian Taubira tente désormais de s’y inscrire à son tour en s’appuyant sur la démarche de la Primaire populaire qui a tout tenté pour faire émerger cette candidature commune que la majorité des électeurs de gauche appellent de leurs vœux. Certains, autour du député européen Pierre Larrouturou et de la petite-fille de Stéphane Hessel, ont été jusqu’à entamer une grève de la faim pour alerter sur cette situation kafkaïenne.

Pierre Larrouturou entouré de militants écologistes en grève de la faim pour appeler à un sursaut de responsabilité en faveur d’une candidature unie à gauche (photo © Daniel Fouray / Ouest France)

Mais les réponses de certains des candidats et de leur entourage, notamment du côté de la France Insoumise, sont sans appel et rejettent catégoriquement ces appels au rassemblement, avec des mots d’une violence inouïe qui feraient presque passer ces alliés de la gauche écologiste ou social-démocrate pour des suppôts du capitaliste et en tout cas des ennemis à combattre, plus dangereux à leurs yeux que le clan LR ou même RN. La France de 2022 est en train de revivre le cauchemar de la république allemande de Weimar, lorsque communistes et sociaux-démocrates se déchiraient à qui mieux mieux, laissant finalement le champ libre au parti nazi en pleine ascension… Même le maire de Marseille, Benoît Payan, s’en est ému dans une interview à Libération, lui qui est bien placé pour savoir que seule une alliance de tous les mouvement de la gauche et de la société civile a permis de mettre fin au règne sans partage d’une droite marseillaise solidement implantée. « Nous sommes condamnés à être la gauche la plus bête du monde pendant encore combien de temps ? » a ainsi cinglé Benoît Payan, ajoutant : « Certains candidats de cette présidentielle ont été dans le même parti, d’autres ont soutenu les mêmes gouvernements. Ils dirigent ensemble des coalitions dans les villes et on essaie de nous faire croire que pour diriger le pays, ce n’est pas possible ? ».

Benoît Payan s’inquiète de la stratégie suicidaire de la gauche à 3 mois des présidentielles… (photo © Patrick Gherdoussi / La Croix)

Assurément, certains ont bien du mal à dépasser cette course égocentrique au pouvoir suprême qui les aveugle, oubliant que l’on ne gouverne pas seul mais en équipe et nécessairement en faisant des compromis pour pouvoir dégager des mouvements majoritaires. Aspirer à gouverner quant on est minoritaire ne peut fonctionner que sous un régime dictatorial, peut-être n’est-il pas inutile de le rappeler…

L. V.

Maisons terriers : pour vivre heureux, vivons caché !

17 janvier 2022

Serait-ce une nouvelle mode architecturale en train de se développer ? Après les gratte-ciels les plus audacieux, voilà que certains redécouvrent les vertus d’un habitat moins tape-à-l’œil, au ras des pâquerettes, voire carrément enfoui dans le sol.

La Villa Vals, semi-enterrée au pied des pistes de ski (source © Bubblemania)

C’est le cas par exemple de cette villa construite en 2009 en pied des pistes de ski de la station suisse de Vals. Conçue par les architectes Bjarne Maestenbroek et Christian Müller, elle présente une façade circulaire inclinée vers le soleil qu’on pourrait prendre, de loin, pour une vaste antenne parabolique posée sur le talus. Un habitat incontestablement intégré à son environnement naturel puisque quasiment rien ne dépasse en dehors de cette façade en pierres apparentes et ses grandes baies vitrées qui lui donnent une vue imprenable sur la vallée en contrebas.

Un aménagement intérieur qui profite à plein de l’exposition ensoleillée de la façade (photo © Search / Moderne House)

L’aménagement intérieur y est luxueux mais sans ostentation pour cette « maison-terrier » perdue au milieu des terriers de marmottes et des troupeaux de vaches, et qui est d’ailleurs ouverte à la location saisonnière pour la modique somme de 3450 € la semaine en haute saison… Un caprice de riches sans aucun doute, mais dont la conception très spécifique a le mérite de limiter fortement l’impact environnemental.

La Villa Vals dans son environnement naturel (photo © Iwan Stoecklin / Archdaily)

Enfouie largement dans le sol elle bénéficie en effet d’un chauffage naturel puisque la terre est un excellent isolant thermique et phonique, maintenant toute l’année une température sensiblement constante, tandis que la façade exposée plein sud capte au maximum les rayons du soleil. De surcroît, on n’accède à la terrasse que par une série de pas japonais insérés dans la pente herbeuse, l’accès principal se faisant par un escalier enterré qui la relie à une ancienne grange traditionnelle restaurée, située en bord de route, ce qui donne vraiment l’impression aux occupants d’être isolés en pleine nature !

Mais cet exemple d’habitat semi-enterré est loin d’être isolé et les constructions de ce type pullulent un peu partout dans le monde. Il faut dire que l’idée n’est pas nouvelle. Le site archéologique de Skara Brae, sur l’île principale des Orcades, un archipel situé au nord de l’Écosse, a permis de mettre à jour les restes de 8 maisons datées du Néolithique, soit environ 3000 ans av. J.-C., édifiées en pierres et recouvertes de sable, ce qui leur a permis de traverser les âges sans encombres.

Les habitations semi-enterrées du Néolithique à Skara Brae (source @ Écosse partage)

Le succès planétaire de Bilbo le Hobbit, le livre de Tolkien publié en 1937 et adapté au cinéma par Peter Jackson en 2012, a lancé une véritable vogue pour ces habitats rustiques de la Terre du Milieu, aux ouvertures arrondies et recouvertes de terre. Le village de Hobbiton, édifié en Nouvelle-Zélande initialement pour les besoins du tournage des films de Peter Jackson puis reconstruit à des fins touristiques, présente ainsi pas moins de 44 maisons de Hobbit enfouis sous un épais gazon et égayées de petits jardins fleuris.

A Hobbiton, en Nouvelle-Zélande, les maisons de Bilbo le Hobbit… (source © Avygeo)

Sans attendre que déferle la mode des Hobbits, de nombreuses maisons troglodytes ont été aménagées en France, particulièrement dans les vallée entaillant des plans de falaises comme en Dordogne ou dans le Val de Loire par exemple. Dans les années 1970, l’architecte Étienne Fromanger a conçu à Plaisir, dans les Yvelines, une maison avec voûtes en béton recouvertes de 1,50 m de terre. Une maison originale, consacrée en 2011 « maison la plus originale de France » et qui présente surtout l’immense avantage d’être bioclimatique grâce à l’inertie thermique de la terre qui lui confère une température constante, chaude en hiver (13 °C garantis) et fraîche en été.

Maison semi-enterrée conçue en 1975 par Étienne Fromanger dans les Yvelines (source © Jardiland)

Au delà de l’originalité des bâtisses ainsi conçue, ce concept de maisons avec voûtes en béton armé recouvertes d’une bâche imperméable pour éviter l’humidité et couverture en terre végétalisée, présente donc de multiples atouts pour garantir une bonne isolation thermique à faible coût, pourvue que les façades vitrées soient bien exposées pour emmagasiner au mieux le rayonnement solaire. Ces techniques étant parfaitement maîtrisées, ce type de construction est en train de se multiplier un peu partout.

L’architecte suisse Peter Vetsch par exemple s’est fait connaître avec ses « maisons organiques » en forme de bulles pour Barbapapa mais recouvertes de terre et édifiées à flanc de colline pour pouvoir récupérer l’eau de pluie et arroser les jardins potagers en contrebas. Des maisons présentant assurément un faible impact écologique, une excellente inertie thermique avec des factures de chauffage très réduites, résistant bien dans le temps avec peu d’entretien car faiblement exposées aux intempéries, et permettant un confort de vie satisfaisant moyennant une bonne ventilation pour éviter le risque d’humidité.

Maisons semi-enterrées conçues par Peter Vetsch et édifiées à Dietikon, en Suisse (source © Erdhaus)

La multiplication de ce type de projets laisse penser qu’ils répondent à un véritable souci de développer des habitats plus respectueux de l’environnement et plus durables à terme, même s’il ne s’agit que de renouveler des modèles éprouvés depuis bien longtemps dans certains pays scandinaves notamment. Cette nouvelle mode en dit long aussi sur une évolution du rapport à l’habitation, considérée davantage comme un cocon discret et masqué que comme un édifice racoleur et visible de tous. Une manière peut-être de mettre en pratique la maxime des Schtroumpfs sui clôturait déjà la délicieuse fable du poète du XVIIIe siècle, Jean-Pierre Clarisse de Florian, sur les états d’âmes d’un pauvre grillon jaloux du succès d’un magnifique papillon virevoltant, avant de se raviser en le voyant se faire attraper par une troupe de gamins enragés :

Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.

Combien je vais aimer ma retraite profonde !

Pour vivre heureux, vivons caché.

L. V.

Depuis 10 ans, Carnoux se dépeuple…

8 janvier 2022

Le 20 décembre 2021, l’INSEE a publié les résultats de son dernier recensement qui correspond à l’année 2019, une nouvelle campagne de recensement étant prévue très prochainement. Ces données confirment que Carnoux continue à perdre des habitants : 6 999 en 2008, 6 754 en 2013, 6 498 en 2019. En 10 ans, Carnoux aura donc perdu 500 habitants, soit un peu plus de 7 % de sa population. Elle n’est pas la seule : Cassis a perdu, dans la même période plus de 11 % de sa population. Par contre Roquefort-la-Bédoule, Ceyreste, Aubagne ou La Ciotat se sont peuplées d’une manière significative : presque 20 % d’habitants en plus pour Roquefort-la-Bédoule !

Evolution de la population communale entre 2008 et 2019 sur Carnoux et alentours (source © Carnoux citoyenne)

Alors, évidemment, on peut s’interroger. Les raisons de fluctuations de populations sont nombreuses : construction de logements, création d’emplois, services, transports, cadre de vie, etc. Mais sur une longue période, l’insertion dans la dynamique métropolitaine, la situation géographique ou la cohérence des politiques publiques locales, jouent tout autant.

La maire de Cassis estime dans La Provence du 5 janvier que le prix du foncier, « qui a fait un bond phénoménal », et les locations de courte durée de type Airbnb, « qui privent les Cassidains de logements à l’année », expliquent en grande partie la diminution de la population. La contrainte foncière ayant d’ailleurs amené le gouvernement à l’autoriser à « baisser de 50 % de taux de logements à construire pour les trois ans à venir ». Augmentation du prix du foncier et ralentissement de la construction de logements sociaux, on voit bien quelle est la population qui est amenée à quitter Cassis : la plus pauvre, celle qui ne peut plus s’y loger…

Extrait d’un article publié par La Provence le 5 janvier 2022 (source © Carnoux citoyenne)

L’augmentation du coût du foncier, de l’immobilier et les locations Airbnb touchent également Carnoux. Les 500 habitants perdus ne pourront malheureusement pas être rattrapés par les seuls logements sociaux, récemment inaugurés et au nombre de 60, du programme Saint-Augustin…

Logements sociaux construits à Carnoux à la place de l’ancien établissement scolaire privé Saint-Augustin (source © Agence Jérôme Siame architectes)

Alors, la question qui se pose est plutôt de savoir si les « variables fondamentales » que sont l’emploi, le prix du foncier ou le pourcentage de logements sociaux, donnent une explication suffisante, ou s’il faut aller chercher au-delà. Le prix de l’immobilier est certes plus élevé à Cassis (5 380 €/m2), mais il l’est également à La Ciotat (4 300 €) ou Gémenos (4 280 €), loin devant Carnoux (3 430 €), qui est plus proche de Roquefort-la-Bédoule (3 100 €) ou de Ceyreste (3 100 €). Il n’y a donc, ici, aucune relation évidente entre le prix du foncier et l’évolution de la population.

Le pourcentage de logements sociaux est le plus faible à Gémenos (2 %) et Ceyreste (5 %), contrairement à Roquefort (11 %), Cassis (13 %) ou Carnoux (16 %), La Ciotat (17 %) ou Aubagne (24 %). Ainsi, même si les populations concernées sont différentes, l’évolution du parc de logements sociaux n’est pas vraiment sensible sur une décennie.

Enfin l’emploi n’est pas une explication décisive. Gémenos ne connaît que 9,9 % de chômage, Carnoux, Ceyreste et Cassis 11,5 %, tandis qu’Aubagne et La Ciotat sont respectivement à 14,3 et 13,7 %.

Une population vieillissante à cassis comme à Carnoux… (photo © Julio Pelaez / Le Bien Public)

Le vieillissement de la population est une facteur explicatif : Cassis et Carnoux sont, parmi les 4 villes citées, celles dont le nombre des personnes de plus de 65 ans est le plus élevé : 39,7 % pour Cassis, 31,4 % pour Carnoux à comparer à 28,1 % pour Roquefort-la-Bédoule et 29,5 % à Ceyreste. Or la densité d’occupation des logements diminue avec l’âge, notamment avec le départ des enfants.

La difficulté d’avoir un emploi pourrait être l’une des raisons de la baisse démographique, mais pas du tout. Les politiques locales, notamment de création de zones d’activités nouvelles comme à Cassis, ont été bénéfiques. Carnoux, et surtout Cassis, offrent un nombre d’emplois locaux supérieur aux autres communes. C’est donc un paradoxe : tout se passe comme si plus le nombre d’emplois locaux est fort, moins la commune est attractive ! Evidemment on ne retrouvera pas ce phénomène à Gémenos où, s’agissant d’une zone industrielle à l’origine favorisée par la défiscalisation, le nombre d’emplois offerts n’a rien à voir avec la démographie de la commune. Mais c’est le cas de Cassis et de Carnoux.

Proportion d’emploi locaux sur Carnoux et ses voisines (source © Carnoux citoyenne)

La raison en est que plus les communes se retrouvent à l’écart des flux économiques, plus elles accueillent des commerces ou des entreprises vivant du territoire sur lequel elles se trouvent. Il y a un effet « bulle ». Ces emplois sont avant tout en prise directe avec les besoins locaux et ceux qui ne travaillent pas dans ces communes ont moins de raisons de venir y habiter. Carnoux et Cassis pâtissent sur le plan démographique du fait de ne se situer vraiment ni sur l’axe Marseille-Aubagne-La Ciotat, ni sur l’axe La Ciotat-Aubagne-Aix. Le retard en matière d’offre de transports collectifs fait le reste. Ceyreste, ville dortoir de La Ciotat échappe à ce phénomène.

Ainsi, ce dernier recensement nous montre aussi les répercussions des problèmes de la mise en place poussive de la métropole. La fluidité insuffisante des échanges et l’absence de complémentarité des zones économiques, figent en quelque sorte les populations. Seules les zones à la croisée des flux voient leur population régulièrement augmenter. Les communes restées plus à l’écart, comme Cassis et Carnoux voient par contre leur population baisser recensement après recensement. Et la faiblesse structurelle des transports collectifs n’aide pas…

Pythéas

Sources :

Conseil municipal des jeunes : quand les voisins montrent la voie…

5 janvier 2022

Carnoux n’a jamais spécialement brillé pour son inventivité citoyenne mais, en ce qui concerne la responsabilisation, la participation des jeunes et leur formation à la vie démocratique, elle est bonne dernière de la classe. Il y a seulement quelques jours, fin décembre, la mise en place de conseils des jeunes par la ville de Roquefort-la-Bédoule ainsi que par la Métropole elle-même, vient de pointer notre grand retard dans le domaine.

La plupart des villes alentour se sont dotés, ces dernières années d’un Conseil municipal des jeunes. La municipalité de Carnoux, reste, pour sa part, fermée aux différentes initiatives que sont les commissions extramunicipales, les conseils de quartiers, les conseils de jeunes, les ateliers thématiques ouverts ou les budgets participatifs ciblés. Car les conseils municipaux de jeunes (CMJ) sont aussi, souvent, dotés de budgets leurs permettant de faire réaliser leurs projets par les services municipaux.

Le Conseil municipal des jeunes, une instance incontournable de la vie démocratique locale… (source © Ville de Valbonne Sophia-Antipolis)

Les CMJ sont des écoles pratiques de la démocratie. Ils permettent de donner la parole aux jeunes, de les faire participer à la vie de la commune, de penser et réaliser des projets, de représenter les autres, bref, de devenir citoyen. En général, les CMJ participent aux forums des associations, au Téléthon, à des visites du conseil régional, du Sénat, de l’Assemblée Nationale, voire du Parlement Européen.

Le Conseil municipal des jeunes n’est pas un gadget

C’est un organisme qui peut interpeller le maire et le conseil municipal. Les conseils municipaux des jeunes sont clairement encouragés par l’article 55 de la Loi du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté.

Les jeunes ne peuvent pas être réduits à des utilisateurs de services communaux. Aider les jeunes, notamment scolarisés est une chose. C’est un devoir municipal de base. Les responsabiliser et leur ouvrir la citoyenneté, en est une autre, qui nécessite beaucoup plus d’inventivité de la part d’une municipalité.

Affiche pour susciter des candidatures au Conseil municipal des jeunes créé en 2010 à Saint-Marcellin, ville de 7000 habitants dans l’Isère (source © Ville de Saint-Marcellin)

66 % des communes de la taille de Carnoux ont un conseil municipal des jeunes

A la décharge de Carnoux, comme l’indique l’étude de l’INJEP d’avril 2021, c’est toute la région PACA qui est en retard, même si notre ville est certainement largement en retard elle-même par rapport aux autres communes de la région.  26 % des communes françaises ont un conseil municipal des jeunes en fonction, 66 % dans la strate de population de Carnoux ! Pour 50 % de ces communes, il s’agit de « permettre aux jeunes de faire un apprentissage de la vie citoyenne ».

78 % des communes entre 5000 et 20000 habitants ont doté leur conseil de jeunes d’un budget. 94 % de leurs habitants jugent positifs le CMJ, tout comme 92 % des élus et 91 % des jeunes. Son rôle semble d’ailleurs apprécié puisque 29 % des décisions ont même été changées grâce au conseil municipal des jeunes…

Alors pourquoi pas un conseil municipal des jeunes à Carnoux ? « Aux jeunes, ne traçons pas un seul chemin, ouvrons leur toutes les routes », disait Léo Lagrange…

JBx

A Cassis, le Conseil municipal des jeunes à la une du bulletin municipal de février 2015 (source © Ville de Cassis)

A Cassis : Créé en 2015, le conseil municipal des jeunes est composé de 18 jeunes élus, élèves de CM2 des écoles cassidennes, élus pour deux ans par les jeunes Cassidens du CP au CM2, qu’ils soient scolarisés ou non à Cassis. Il travaille dans deux commissions : « culture et sports » et « environnement et citoyenneté ». Les élections désignant les élus se déroulent comme celles auxquelles participent leurs parents : authentique bureau de vote, vérification d’identité, enveloppes et bulletins, passage à l’isoloir, urne, listes électorales, émargement et tampon sur la carte d’électeur…

A Roquefort-La Bedoule: C’est lors du dernier conseil municipal, en décembre 2021, qu’a été décidé la création prochaine d’un conseil municipal des jeunes, qui devrait voir le jour à la rentrée de septembre 2022, afin d’initier de jeunes Bedoulens à l’exercice de la démocratie locale et à la conception des projets locaux, tout en représentant la jeunesse lors de cérémonies officielles. Une structure qui sera dotée d’un budget de 2000 € et qui devrait permettre de favoriser l’implication des plus jeunes dans la vie de leur commune.

Le Conseil municipal des jeunes d’Aubagne nouvellement élu en janvier 2020 (source © Ville d’Aubagne)

A Aubagne : Le conseil municipal des jeunes a été créé en 2015. Peuvent être candidats les jeunes aubagnais en classe de 5e et de 4e dans l’un des 4 collèges de la ville. Ils sont élus pour 2 ans et ont la possibilité de présenter des projets en conseil municipal. En 2018, les élus du CMJ aubagnais ont bénéficié d’un financement Erasmus qui leur a permis de se rendre à Marseille, Paris et Bruxelles pour découvrir le fonctionnement des institutions, dont le Parlement européen.

A La Bouilladisse : C’est samedi 20 novembre 2021, dans la salle des fêtes de la Mairie, que s’est réuni le nouveau conseil municipal des jeunes. Composé de 27 jeunes conseillers municipaux, il a élu à sa tête Lilou Fremaux, âgée de 13 ans et collégienne en quatrième à Roquevaire.

A Gémenos : Depuis novembre 2015, une quinzaine de jeunes Gémenossiennes et Gémenossiens de CM1, CM2 et 6e, élus au conseil municipal de la jeunesse, peuvent proposer des actions au conseil municipal. Ils ont suggéré des modifications ou créations dans la commune, notamment en ce qui concerne les pistes cyclables. Ils ont aussi agi pour la création d’un spectacle, souhaité des actions de solidarité, récolté des fonds pour une association « Au nom d’Andréa », et des fournitures scolaires pour une action humanitaire au Bénin.  Les jeunes élus souhaitent être associés aux commissions adultes des transports. Ils souhaitent également organiser des ateliers cuisine, ce qui entretient le lien intergénérationnel.

A La Ciotat, le Conseil municipal des jeunes a été mis en place dès 2007, ici en juin 2018 (source © La Provence)

A La Ciotat: Le conseil municipal des jeunes citoyens fonctionne depuis 2007. Il se réunit une fois par mois par commission de travail, et deux fois par an en réunion plénière pour expliquer et voter l’avancée des projets. Ses propositions font l’objet de négociations, montages financiers et programmations avec le Conseil municipal et une enveloppe budgétaire, attribuée en concertation avec les différents services municipaux, leur est allouée. Le CMJC, renouvelé en 2021, est composé de 30 collégiens pour un mandat de 2 ans. Les jeunes élus ont souhaité présenter des projets autour de 3 thématiques : « écologie et développement durable », « social » et « sport et loisirs ».

A la Métropole Aix-Marseille-Provence : Après le Département des Bouches-du-Rhône et la Région PACA, c’est au tour de la Métropole d’adopter, lors de sa séance du 16 décembre 2021 et dans une belle unanimité, le principe de créer en son sein un « Conseil des jeunes métropolitains » qui devrait rassembler 60 jeunes, âges de 18 à 25 ans, et qui seront donc associés, à partir d’avril 2022, à la définition des politiques publiques et à la mise en œuvre des projets d’aménagement sur le territoire métropolitain. « Il est important d’associer les jeunes à la vie institutionnelle » a déclaré à cette occasion la Présidente Martine Vassal, « d’autant que certains projets sont longs, prennent du temps, et que c’est aussi pour les jeunes que nous travaillons ».

2021 est finie : place à 2022 !

1 janvier 2022

Qui l’eut cru ? Apparu en 2019 dans la lointaine province chinoise du Hunan, le coronavirus à l’origine de l’épidémie de Covid-19 est toujours présent et bien implanté alors que l’on vient de tourner la page de l’année 2021 pour entrer en 2022. Variant après variant, et malgré le développement de plusieurs vaccins dans des délais records, malgré des mesures de confinement que l’on n’aurait jamais cru possibles dans nos démocraties assoiffées de liberté individuelle, malgré un effort de vaccination sans précédent à l’échelle mondiale, le virus s’accroche et continue à nous pourrir la vie…

Heureusement, quand tout va mal, il reste l’humour et la dérision que les dessinateurs de presse savent manier avec un talent toujours renouvelé, de quoi nous faire échapper, le temps d’un regard, à un quotidien parfois morose et bien déprimant. Profitons donc de leur coup de crayon plein d’empathie et parfois d’ironie mordante pour sourire une dernière fois de ces quelques événements, petits ou grands, qui ont fait un peu de notre actualité durant cette année 2021 qui vient de se refermer.

Les contributeurs de ce blog collectif vous souhaitent, pour cette nouvelle année 2022 qui débute, une bonne santé sans (trop de) coronavirus, même si l’on commence à s’attacher à ces petites bêtes, et surtout une grosse dose de bonne humeur, de bienveillance et d’esprit critique, jamais inutile pour prendre un peu de hauteur face à une actualité parfois excessivement anxiogène. N’hésitez-pas à venir régulièrement jeter un coup d’oeil à nos articles, pour partager ensemble petits potins, réflexions de fond, coups de coeur et actualité locale… et bonne année 2022 à tous !

Janvier 2021 :

L’année commence bien : le 16 janvier, le gouvernement décrète le couvre feu généralisé à partir de 18h sur tout le territoire, par extension des mesures qui avaient déjà instauré le couvre feu à partir de 20h avant de le faire passer à 18h dans 25 départements jugés prioritaires. La levée de cette mesure de restriction des déplacements sera progressive mais il faudra attendre le 20 juin pour que le couvre feu encore fixé à 23h soit finalement supprimé.

Un dessin d’actualité signé Zaïtchick (source © Blagues et dessins)

Février 2021 :

Le 18 février 2021, le robot mobile Perseverance, développé par la NASA, se pose à la surface de la planète Mars, dans le cratère d’impact Jezero, lequel a abrité, il y a plusieurs millions d’années un lac permanent. L’objectif de la mission est de rechercher des traces de vie en procédant à des carottages de sol et à des analyses par spectrométrie de masse, durant son parcours qui est prévu pour durer 2 ans. Les échantillons prélevés sont déposés le long du trajet en vue de pouvoir être rapatriés un jour sur Terre, probablement pas avant 2031, mais aucun Martien n’a été rencontré à ce jour par le robot…

Un dessin signé Ysope

Mars 2021 :

Lundi 1er mars 2021, l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, est condamné à 3 ans de prison dont 1 an ferme, pour corruption et trafic d’influence, dans l’affaire des écoutes téléphoniques, datant de 2014. A l’époque il échangeait par téléphone et sous le nom d’emprunt de Paul Bismuth, avec son avocat sur ses propositions de corruption d’un magistrat de la Cour de cassation, espérant ainsi accéder à des informations confidentielles sur son dossier suite à l’affaire Bettencourt. Des conversations qui avaient été interceptées et enregistrées par les enquêteurs…

Un dessin d’actualité signé Deligne (source © Blog Bernard Lusset)

Avril 2021 :

C’est paradoxal : alors que le Premier ministre, Jean Castex, annonce fin avril la levée de certaines mesures de confinement pour le mois de mai, une groupe de 4 astronautes, dont le Français Thomas Pasquet, protégés de pied en cap par une combinaison intégrale, embarque à destination de la station spatiale internationale pour aller se confiner dans l’espace, à des milliers de kilomètres de leur domicile. Un paradoxe qui n’a pas échappé au facétieux Emmanuel Chaunu…

Un dessin d’actualité signé Chaunu (source © Ouest France)

Mai 2021 :

Dimanche 23 mai, un avion de ligne de la compagnie aérienne Ryanair, reliant les villes d’Athènes et de Vilnius, est détourné par un avion de chasse vers Minsk, capitale de la Biélorussie, sous prétexte d’une alerte à la bombe. A son bord, le journaliste biélorusse Roman Protassevitch, opposant du régime d’Alexandre Loukachenko est aussitôt arrêté et emprisonné. Malgré les protestations européennes, la Russie de Vladimir Poutine soutient ouvertement cet acte de piraterie aérienne, elle qui est accusée d’avoir abattu, le 7 juillet 2014, un Boeing 777 assurant le vol MH17 de la Malaysia airlines entre Amsterdam et Kuala Lumpur, ne laissant aucun survivant parmi les 283 passagers et les 15 membres de l’équipage. Le survol du Donetz, cette région d’Ukraine en proie à un conflit séparatiste attisé par l’armée russe, n’était pourtant pas interdite aux avions civils…

Un dessin du Néerlandais Joep Bertrams publié dans Le Monde (source © Cartooning for Peace)

Juin 2021 :

A l’occasion des élections départementales et régionales, pourtant regroupées en même temps les 20 et 27 juin 2021, le taux d’abstention enregistre de nouveaux records ! Sur les 48 millions d’électeurs appelés aux urnes, un tiers seulement s’est déplacé pour aller voter : 33,27 % au premier tour et 34,58 % au second tour. En dehors de la Corse, le taux d’abstention a dépassé les 60 % dans toutes les régions françaises : du jamais vu !

Un dessin d’actualité signé Ganaga (source © Blagues et dessins)

Juillet 2021 :

Prévus initialement en 2020 mais reportés pour cause de pandémie mondiale, les Jeux olympiques de Tokyo s’ouvrent finalement le 23 juillet 2021. La situation sanitaire ne s’étant pas vraiment améliorée, les autorités olympiques prennent finalement la décision de ne pas ouvrir les tribunes aux spectateurs et les épreuves se déroulent pour l’essentiel à huis clos dans des stades vides, y compris pour la cérémonie d’arrivée de la flamme olympique : une décision inédite et guère de nature à encourager l’esprit olympique de concorde et de communion sportive…

Un dessin d’actualité signé Oli (source © Les humeurs d’Oli)

Août 2021 :

Dimanche 15 août 2021, les Talibans arrivent aux portes de Kaboul à l’issue d’une offensive éclair qui leur a permis de reprendre en une dizaine de jours seulement quasiment toutes les grandes villes d’Afghanistan, profitant du retrait des troupes américaines après 20 ans de présence militaire. Le dernier avion militaire américain quittera le sol afghan le 30 août seulement mais c’est le début, pour une partie de la population afghane, d’une période particulièrement éprouvante, surtout pour tous ceux qui comptaient sur l’aide occidentale pour faire évoluer leur pays vers un climat social plus ouvert et plus libéral.

Un dessin signé du caricaturiste algérien Dilem (source © France 24)

Septembre 2021 :

Le 15 septembre 2021, l’Australie met brutalement fin et sans préavis au contrat qui la liait avec le groupe d’armement français Naval Group pour la commande de 12 sous-marins, un contrat signé en 2016 pour un montant de 34,3 milliards d’euros. L’annonce en est faite lors d’une allocution commune du premier ministre australien Scott Morrison, de l’Anglais Boris Johnson et de l’Américain Joe Biden, ces trois pays ayant décidé de créer une nouvelle alliance devant déboucher sur la fabrication de 8 sous-marins nucléaires américains au bénéfice de l’Australie. La France rappelle aussitôt ses ambassadeurs en Australie et aux États-Unis mais la crise diplomatique sera de courte durée…

Un dessin de Chapatte (source © Le Temps)

Octobre 2021 :

En cet automne 2021, les sondages ne sont pas très favorables à la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui avait annoncé le 12 septembre sa candidature aux présidentielles de 2022 et qui vient pourtant de remporter une primaire fermée du Parti socialiste face à Stéphane Le Foll. Créditée d’à peine 7 % des intentions de vote au lancement de sa campagne, elle ne cesse de baisser dans les sondages, derrière Yannick Jadot qui a remporté, difficilement, une primaire écologiste ouverte, et encore plus loin de Jean-Luc Mélenchon qui se présente au nom de la France insoumise tout en refusant toute idée de candidature commune à gauche.

Un dessin signé Kak, publié le 15 octobre 2021 (source © L’Opinion)

Novembre 2021 :

La 26e conférence des parties organisée en novembre 2021 à Glasgow, en Ecosse, a débouché sur un fiasco quasi total, même si davantage de pays (dont l’Inde) se sont engagés pour une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre en vue de viser la neutralité carbone. Même si tous les engagements pris lors de cette rencontre devaient être tenus, l’augmentation de la température moyenne du globe devrait atteindre 2,4 °C d’ici 2100, très au-delà des 1,5 °C qui étaient visés à l’issue de l’accord de Paris lors de la COP 21 : on régresse…

Un dessin signé Alex publié par La Liberté (source © Courrier international)

Décembre 2021 :

C’est le temps de Noël et de la crèche. Mais en ces temps de pandémie et de nouveau pic épidémique, se déplacer n’est pas simple et même les Rois Mages ne sont pas à l’abri des désagréments liés aux procédures sanitaires. Heureusement, Amazon est là pour palier les défaillances de nos porteurs de cadeaux : la tradition a du plomb dans l’aile…

Un dessin signé Soulcié publié dans Marianne le 24 décembre 2021

Vaccination : certains ne savent pas calculer !

28 décembre 2021

On dit souvent que les Français manquent de formation en économie et qu’ils ont parfois du mal à calculer, ce qui expliquerait leurs réticences à se couler dans le moule de la mondialisation heureuse et de la spéculation financière débridée… Foutaises, bien entendu ! En revanche, l’actualité récente vient, une fois encore, de démontrer que certains de nos responsables politiques ont un peu de mal à jongler avec les réalités mathématiques, au point que leurs manipulations des données statistiques relève plutôt de la manipulation mentale, pour ne pas dire de la malhonnêteté intellectuelle !

Contexte sanitaire aidant, la dernière polémique en date ne porte pas sur les chiffres cachés du chômage ou ceux de l’immigration clandestine comme à l’accoutumée, mais sur le nombre de malades du Covd-19. C’est Philippe de Villiers qui a dégainé le premier, à l’occasion d’une intervention sur Europe 1 le 20 décembre 2021, dans une diatribe déchaînée où le tribun de la droite conservatrice affirme, ni plus ni moins : « le pass sanitaire, c’est de l’apartheid » avant de s’en prendre à l’efficacité même de la vaccination, estimant que «  le vaccin ne marche pas (…). Le gouvernement fait n’importe quoi, ce sont des amateurs (…). Ils veulent le contrôle total de la population »…

Philippe de Villiers au micro d’Europe 1 le 20 décembre 2021 (source © Europe 1)

Et à l’appui de sa démonstration, le désormais soutien d’Eric Zemmour, brandit une fiche Bristol sur laquelle sont scrupuleusement notés les chiffres qu’il assènent à l’antenne pour confirmer sa théorie selon laquelle le vaccin ne sert à rien : « 63 % des décès sont des vaccinés (…). On nous ment (…). Si on est dans la situation où on est aujourd’hui, c’est que le vaccin n’a pas marché ». Un chiffre qu’un autre responsable politique de droite, Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle de 2022 et que le maire de Carnoux juge « extrêmement sympathique », au point de lui accorder régulièrement son parrainage, a repris à l’identique 2 jours plus tard, au micro de RTL, pour appuyer sa propre théorie selon laquelle le vaccin devrait être strictement réservé aux seules personnes à risque.

Une analyse du dessinateur algérien Karim (source © Pinterest)

Pourtant, ce n’est pas tant le chiffre lui-même qui est contestable que l’interprétation un peu hâtive qui en est faite par des personnages dont l’audience publique est importante, ce qui mériterait de leur part sans doute un peu plus de circonspection. Le chiffre ainsi mis en avant est de fait, à une petite exagération près, issu directement d’une étude publiée le 17 décembre 2021 par la DARES, la direction des études statistiques du Ministère de la Santé et qui porte justement sur l’analyse de l’efficacité du vaccin contre le Covid sur la période toute récente qui court du 8 novembre au 5 décembre 2021.

Sur cette période en effet, ce sont bel et bien 62 % des personnes décédées du Covid-19 qui étaient vaccinées, et même, pour quelques-uns d’entre elles avec une troisième dose de rappel. Faut-il pour autant en déduire, comme le suggèrent avec beaucoup d’aplomb ces deux politiciens, que le vaccin ne sert strictement à rien ? En réalité, ces chiffres traduisent simplement le fait que la vaccination s’est généralisée dans la population malgré l’existence de quelques réfractaires, puisqu’à ce jour il ne reste plus que 9 % des plus de 20 ans qui n’ont encore reçu aucune dose de vaccin. Le jour où toute la population française sera vaccinée, gageons sans aucun risque de se tromper, que 100 % des morts du Covid seront à jour de leur vaccination et que ces chiffres traduiront simplement le fait que toute vaccination n’est jamais efficace à 100 %. Il est donc pour le moins réducteur de s’en tenir à ce seul indicateur !

Répartition entre juin et décembre 2021 des décès liés au Covid en fonction de leur parcours vaccinal (source des données © DARES ; Infographie © Datawrapper / Marianne)

L’évolution de ces mêmes chiffres montre d’ailleurs qu’entre juin et septembre, les décès liés au Covid étaient presque exclusivement le fait de personnes encore non vaccinées. La généralisation de la vaccination, alliée au fait que l’efficacité de la protection vaccinale s’érode au fil du temps (d’où l’importance de la dose de rappel), ont fait que désormais les victimes du Covid se rencontrent aussi parmi des personnes vaccinées, surtout lorsqu’elles souffrent de comorbidité où sont fragilisées par le grand âge.

Pour autant, il n’est reste pas moins que, statistiquement et quoi qu’en pensent nos deux trublions, une personne non vaccinée, est nettement plus exposée à décéder du Covid-19 qu’une personne comparable vaccinée. Il suffit pour s’en convaincre de rapporter ces chiffres de décès constatés à la taille de ces deux populations. Si 38 % des décès observés concernent des non-vaccinés alors que seule 9 % de la population française n’est pas vaccinée, cela signifie mathématiquement que sur cette période, un individu non vacciné a quand même six fois plus de risque de mourir du Covid que s’il était vacciné. Il suffit d’ailleurs de rapporter les chiffres de la DARES à chacune des populations correspondantes pour s’en convaincre : sur 10 millions de personnes, le nombre de décès du Covid dépasse désormais 60 parmi les non-vaccinés alors qu’il atteint à peine 10 pour les vaccinés après avoir oscillé autour de 5 au cours des 6 derniers mois.

Nombre de décès liés au Covid en fonction du parcours vaccinal, rapportés à une population de 10 millions de personnes de plus de 20 ans (source des données © DARES ; Infographie © Datawrapper / Marianne)

Et encore, la DARES fait totalement abstraction, dans son analyse, des cas pourtant manifestement fréquents, de faux pass sanitaires qui viennent perturber ces statistiques, nombre de malades étant enregistrés comme vaccinés alors qu’on se rend compte, parfois après leur décès et sans que cela puisse être pris en compte dans les statistiques officielles, qu’en réalité ils ne l’étaient pas…

En réalité, le bénéfice statistique du vaccin est encore plus flagrant quant on élargit l’analyse au nombre de personnes hospitalisées en soins intensifs et pas seulement aux décès. Malgré une proportion croissante de personnes désormais vaccinés, il est flagrant de constater que l’essentiel des malades graves qui viennent encombrer les services de réanimation et désorganiser notre système hospitalier restent, pour une large part, des personnes qui ont refusé de se faire vacciner malgré le travail intense de mise à disposition d’une couverture vaccinale facilement accessible et gratuite. Comme le rappelle la DARES, sur cette période de novembre-décembre 2021, pourtant peu favorable à sa démonstration, les 9 % de personnes encore non-vaccinées parmi les plus de 20 ans en France, représentent à elles seules 25 % des tests PCR positifs, 41 % des hospitalisations pour Covid, 52 % des admissions en soins critiques et 38 % des décès.

Répartition entre juin et décembre 2021 des entrées en soin critique liés au Covid en fonction de leur parcours vaccinal (source des données © DARES ; Infographie © Datawrapper / Marianne)

Des chiffres qui traduisent néanmoins une baisse indéniable d’efficacité de l’injection au fil du temps. Sur leur base, la DARES en déduit que, pour les adultes de plus de 40 ans pour lesquels on dispose de davantage de recul, la protection vaccinale contre le risque de décès reste élevée, de l’ordre de 90 à 95 % dans les premiers mois, pour redescendre ensuite progressivement autour de 80 %, la dose de rappel permettant de remonter vers 98 %.

Au delà de ces données statistiques assez convaincantes, l’actualité regorge d’exemples concrets qui ne peuvent que confirmer l’intérêt d’une telle couverture vaccinale, non seulement comme outil de politique publique, mais aussi à l’échelle du bénéfice individuel. Ainsi, aux Antilles où les manifestations, parfois violentes, se poursuivent contre l’obligation vaccinale faite aux professionnels de santé et à la généralisation du pass sanitaire.

Stanislas Cazelles, Préfet de la Martinique (source © France TV info)

Le 6 décembre 2021, le Préfet de la Martinique, Stanislas Cazelles, annonçait ainsi avoir été testé positif au Covid après une réunion de travail avec plusieurs représentants de l’intersyndicale, suite aux manifestations monstres du 22 novembre 2021 à l’issue desquelles un appel à la grève générale avait été lancée. Mis à l’isolement pendant quelques jours, le préfet qui était dûment vacciné, avait continué d’assumer ses fonctions en télétravail et n’avait ressenti que quelques légers symptômes peu invalidants. En revanche, deux représentants syndicaux contaminés en même temps, Alain Decaille, président de la fédération des taxis indépendants de Martinique, et Aimé Agat, président du syndicat pour la défense des artistes martiniquais, qui protestaient contre le pass sanitaire et refusaient obstinément l’idée même de vaccination, sont décédés le 20 décembre 2021. Puisse cet exemple, parmi tant d’autres, contribuer à convaincre les derniers récalcitrants…

L. V.

2021 : la magie de Noël se perd…

24 décembre 2021

Ah la féerie de Noël… Ses illuminations dans les rues, ses vitrines alléchantes et luxueusement décorées, les montagnes de cadeaux, les yeux des enfants qui brillent et les repas de famille interminables et joyeux.

Sauf qu’en temps de crise et de pandémie mondiale, forcément, la fête est un peu moins glamour. S’étriper entre la dinde et la bûche sur la montée des extrémismes, la peur des mouvements migratoires, la désindustrialisation, la désorganisation des services hospitaliers ou l’angoisse des effets du réchauffement climatique, forcément ça crispe un peu et c’est de nature à altérer l’ambiance festive…

Heureusement, certains savent encore prendre les choses à la légère et faire sourire des situations même les plus anxiogènes. Un petit dessin vaut toujours mieux qu’un long discours, surtout s’il s’agit d’un dessin humoristique, et surtout s’il permet de faire baisser la pression pour se souhaiter à tous, envers et contre tout, un joyeux Noël 2021 !

L. V.

Un dessin signé Phil (source © DNA)
Un dessin signé Deligne (source © Pinterest)
Un dessin signé Ixène
Un dessin signé Geluck (source © Pinterest)
Un dessin signé Nathalie Jomard (source © Pinterest)
Un dessin signé du Mexicain Boligan (source © Cartooning for Peace)

Grippe espagnole de 1918 : la grande oubliée

17 novembre 2021

Publié en 2018, aux éditions Vendémiaire, l’ouvrage de Freddy Vinet, universitaire spécialisé dans la gestion des catastrophes et des risques naturels, a fait du bruit. Intitulé « La Grande grippe », il revenait en effet sur les raisons qui ont fait de cette « pire épidémie du siècle » une des grandes oubliées de l’Histoire, alors même que l’expérience montre que c’est en s’appuyant sur les leçons du passé que l’on gère le mieux les catastrophes du présent, par nature imprévisibles. Le déclenchement peu après, de la pandémie de Covid-19, alors même que l’humanité entière s’était persuadée que ces grandes épidémies mondiales n’étaient plus que de lointains souvenirs, venait pourtant à point nommé rappeler à tout un chacun que « rien n’est jamais acquis en matière de lutte anti-infectieuse »…

Comment en effet peut-on avoir à ce point perdu la mémoire d’une telle pandémie qui aurait causé, en à peine plus d’un an, d’avril 2018 à juin 2019, probablement de l’ordre de 50 à 100 millions de morts, qui plus est principalement des adultes dans la force de l’âge, soit 2 à 5 % de la population mondiale de l’époque ? Il faut remonter à la Peste noire de 1348 pour retrouver des bilans aussi effroyables, c’est dire ! Même la pandémie de Covid-19 dont on nous rebat quotidiennement les oreilles depuis bientôt 2 ans, n’a pas encore atteint officiellement les 5 millions de morts, même si ce chiffre est très probablement sous-évalué, dans un monde où la population mondiale est néanmoins passée, grosso modo de 1,8 à 7,8 milliards d’habitants.

Pourtant quand la grippe fait son apparition dans les médias de l’époque, à partir de mai 2018 (alors même qu’elle fait déjà des ravages depuis mars-avril dans nombre de camps d’instruction militaire, surtout aux États-Unis, où le transfert de troupes vers les champs de bataille européens vire parfois à l’hécatombe), on la traite par la dérision. L’Espagne faisant partie des pays affectés, à l’image de son roi, Alphonse XIII, contaminé comme ses ministres à la suite d’un office religieux, les journaux commencent à parler de « la grippe espagnole » que les chansonniers surnomment même « l’espagnolette », sans même se rendre compte que dans le même temps, certaines unités combattantes française sont décimées par cette grippe particulièrement contagieuse.

Un entrepôt utilisé en 1918 aux États-Unis pour garder des malades de la grippe en quarantaine (source © Universal History Archive / Getty images / France Culture)

Mais c’est surtout à l’automne 1918 que la Grande grippe fait des ravages en France, frappant village après village, au gré des déplacements des personnes contaminées. En octobre, la surmortalité est partout manifeste et on commence par endroits à manquer de cercueils. Après un troisième pic de l’épidémie en mars-avril 2019 et malgré quelques répliques jusqu’en 2021, le spectre de la Grande grippe finit par s’éloigner mais le bilan est lourd. En France, on estime ainsi à 250 000 le nombre de personnes fauchées, souvent de jeunes adultes, alors que le bilan de la dernière grande épidémie de choléra qui avait sévi en 1832, était d’environ 100 000 décès.

Et, comme pour la pandémie actuelle de Covid-19, l’impact est mondial. Toute l’Europe est touchée, l’Allemagne comme la France, et même la Suisse, pays neutre, où deux-tiers des soldats tombés pendant la Grande Guerre sont morts de la grippe. Aux États-Unis, on considère désormais que la grippe a alors tué plus de 600 000 personnes, et dans le grand nord canadien, certains villages sont été fortement décimés. Les chiffres manquent de précision pour de nombreux pays dont la Chine ou l’ancien empire ottoman, mais en Inde par exemple, l’administration coloniale a estimé le nombre de décès à environ 18,5 millions, pour une population totale de 308 millions d’habitants.

Un médecin militaire suisse examinant un malade en 1918 (photo © Keystone / Photopress archive / Le Temps)

Du fait de la généralisation des déplacements, renforcée encore par le conflit mondial alors en cours, rares sont les pays qui ont pu échapper à l’épidémie. Dès le mois d’août 2018, la ville de Dakar est contaminée par l’arrivée d’un navire brésilien et celle de Freetown, en Sierra Leone, par un bâtiment britannique. La propagation de l’épidémie se fait par les bateaux sur les côtes puis par le trafic ferroviaire et par les déplacements quotidiens de ville en ville. Le Japon, qui avait fermé ses ports aux navires européens est contaminé par un bateau russe. En novembre 1918, un navire en provenance de Nouvelle-Zélande, introduit le virus dans tout l’archipel des Fidji avant de contaminer les Samoas occidentales où un quart de la population meurt en quelques semaines !

A l’échelle mondiale, on estime désormais qu’un tiers de la population a alors été contaminé par la grippe. Heureusement, le taux de létalité reste modeste, sans doute de l’ordre de 8 %, et même très en deçà en Europe ou aux États-Unis où l’on considère que 2 à 4 % des personnes malades sont décédées, souvent en quelques jours seulement, du fait de complications respiratoires liées à des surinfections par pneumocoques, mais aussi du fait de surréactions immunitaires.

En 1918 déjà, aux États-Unis, le port du masque commence à se généraliser pendant l’épidémie de grippe espagnole (photo © C. Raymond / Médiapart)

A l’époque, le virus de la grippe n’est pas encore identifié et il a fallu attendre 1933 pour que des chercheurs britanniques arrivent à l’isoler chez l’homme, ouvrant la voix au développement de la vaccination pour la grippe saisonnière. Il a fallu ensuite que les chercheurs aillent exhumer des cadavres de soldats américains morts de la grippe espagnole pendant la grande guerre, après avoir vainement tenté d’exploiter ceux de villages inuits décimés à plus de 80 % par l’épidémie, pour enfin arriver à reconstituer, à la fin des années 1990, le virus grippal à l’origine de l’hécatombe de 1918. Il s’agissait d’une souche de type A (H1N1), née de la combinaison d’une souche humaine (H1) et d’une souche aviaire de type N1. Ce virus s’est avéré particulièrement dangereux car la population, alors exposée à une grippe saisonnière de type H3N8 n’était pas immunisée, mais bien entendu, les conditions d’hygiène, de promiscuité et de désorganisation des services de santé civils, liées à la guerre mondiale alors en vigueur ont constitué un facteur aggravant incontestable.

En 1918 déjà, certains ne jurent que par la quinine pour combattre la grippe, mais l’alcool a aussi ses adeptes… (caricature parue dans le Pêle-mêle le 2 février 1919 – source © Gallica)

Curieusement, cette souche H1N1, présente dans la grippe saisonnière jusqu’en 1957, a quitté la scène à cette date au profit d’une souche de type A (H2N2) à l’origine de la grippe dite « asiatique » qui aurait fait de l’ordre de 100 000 morts en France. Depuis, bien d’autres alertes se sont produites parmi lesquelles le grippe de Hong Kong en 1969, la grippe porcine en 1976, le SARS en 2003 qui marque l’arrivée des coronavirus qui nous sont désormais si familiers, la grippe aviaire en 2006, ou encore la grippe « mexicaine » de 2009, marquée en France par un beau fiasco médiatico-politique à l’origine de bien des difficultés prophylactiques actuelles.

Malgré les progrès de la science, nous n’avons pas fini d’être confrontés à de nouvelles maladies infectieuses et il est essentiel d’apprendre des errements du passé pour mieux se préparer à gérer les crises de demain. Encore faut-il ne pas perdre la mémoire des catastrophes d’hier…

L. V.

Un festival de la connerie à Marseille…

18 octobre 2021

Décidemment, Marseille fait le buzz en ce moment, et pas seulement pour la mode pittoresque du règlement de comptes entre caïds des cités ou pour ses grèves dantesques des poubelles. La semaine dernière, la cité phocéenne était ainsi le théâtre, entre l’enterrement grandiose de Bernard Tapie et un n-ième voyage présidentiel d’Emmanuel Macron venu au chevet d’une métropole en phase terminale, d’un événement culturel exceptionnel, du genre de ceux que le monde entier nous envie et qui a fait les choux gras de tous les humoristes branchés, à la manière d’un Guillaume Meurisse déchaîné sur France Inter.

C’est en effet à Marseille que s’est déroulé, du 11 au 16 octobre 2021 la Semaine de la Pop Philosophie consacrée à une réflexion approfondie rassemblant les meilleurs spécialistes français d’un sujet qui touche tout un chacun puisqu’il s’agissait de débattre des « Constellations de la connerie ». Au programme de cette semaine studieuse et d’une très haute tenue intellectuelle, philosophes, sociologues, universitaires, journalistes mais aussi psychologues, linguistes, politologues ou encore historiens étaient ainsi invités à disséquer les ressorts de la connerie humaine sous tous ses aspects.

Pas moins de 15 conférences-débats étaient ainsi organisées sur différents lieux de Marseille et des environs, à l’initiative de Jacques Serrano, fondateur de cette Semaine de la Pop Philosophie qui se déroule chaque année depuis 2009 à Marseille. Artiste lauréat de la Villa Médicis Hors les Murs et réalisateur de films publicitaires, Jacques Serrano est aussi l’initiateur des rencontres Place Publique entre intellectuels et professionnels du monde artistique.

Maxime Rovere et Jacques Serrano (source © Frequence Mistral)

Cette saison XIII de la pop philosophie était centrée comme les précédentes sur un objet iconoclaste issu de la culture populaire et médiatique, en l’occurrence la connerie humaine, celle qu’Albert Einstein, fin connaisseur, jugeait infinie, davantage peut-être même que l’étendue de l’Univers. Un objet d’étude dont chacun forcément fait l’expérience au quotidien, comme victime parfois, comme acteur bien souvent.

La conférence inaugurale de ce cycle, qui avait lieu lundi 11 octobre au théâtre de La Criée traitait ni plus ni moins que de la « psychologie de la connerie en politique ». Vaste sujet de débat entre spécialistes reconnus du sujet, parmi lesquels une ancienne ministre, Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi un psychiatre, un professeur de sciences politiques et un psychologue, Jean-François Marmion, auteur notamment en 2019 d’une Histoire universelle de la connerie qui fera date dans les annales de la pensée.

Najat Vallaud-Belkacem, intervenante experte en psychologie de la connerie en politique (photo © Sandrine Thesillat / Panoramic / Bestimage / Gala)

Le lendemain, la réflexion intellectuelle sur la connerie humaine s’est encore approfondie avec une conférence animée par le philosophe Maxime Rovere qui a tenté de répondre à cette question angoissante : « Que faire des cons ? ». Vaste sujet de débat pour celui qui a écrit dans un précédent ouvrage : « Les cons sont partout, mais aucun philosophe n’en a jusqu’à présent formulé le concept (…) Le problème n’est pas la connerie, ce sont les cons. En effet, qui peut dire sérieusement qu’on doit les anéantir – à part peut-être les plus dangereux, les pires des cons eux-mêmes ? Il s’agit d’une maladie extrêmement contagieuse, ou plus exactement, d’une pathologie des interactions, apte à faire déchoir n’importe qui de sa propre intelligence : et c’est ainsi que chacun se retrouve être le con ou la conne d’un autre » : terrible constat…

Une pathologie contagieuse donc, et dont la transmission mondialisée passe en partie par les réseaux sociaux mais aussi peut-être par les médias eux-mêmes. C’est en tout cas l’objet de cet autre débat sur « la médiaconnerie » animée par Isabelle Barbéris, chercheuse associée au CNRS et Alain Léauthier, de Marianne, journal partenaire de ces Constellations de la connerie, lequel n’hésite pas à se remettre en question en s’interrogeant ainsi : « Si l’Internet rend con, comme il est d’usage de le répéter, les médias ont peut-être leur responsabilité dans cet affaissement de l’intelligence collective ».

Des conférences d’une haute tenue sur la connerie dans tous ses états (source © Semaine de la pop philosophie / Made in Marseille)

L’histoire de la connerie humaine a été largement disséquée au cours de cette semaine de débats intellectuels intense, avec notamment une conférence qui s’est tenue jeudi 14 octobre au MUCEM sur « la connerie, un moteur de l’Histoire » au cours de laquelle le sociologue Jean-François Dortier s’est interrogé doctement sur le rôle incontestable de la connerie dans les grandes évolutions historiques des sociétés humaines, s’appuyant sur l’analyse d’un illustre penseur Winston Churchill, persuadé en son temps que « la part de bêtise est toujours plus grande que celle de la malice dans les affaires humaines ».

Une indulgence que ne partage pas forcément le journaliste scientifique Laurent Testot, auteur de l’essai intitulé Cataclysmes. Une histoire environnementale de l’humanité, qui s’interroge ainsi : « le propre de l’humain n’est-il pas, à la réflexion, sa prodigieuse propension à la connerie et conséquemment sa capacité à s’auto-illusionner ? ». De quoi en effet alimenter sa conférence qui s’est tenue vendredi 15 octobre dans les murs du Museum d’histoire naturelle et qui portait ni plus ni moins que sur « une histoire globale de la connerie ».

Laurent Testot, annonciateur de cataclysmes liés à la connerie humaine… (source © Le Télégramme)

Une réflexion d’ailleurs largement confortée par celle de Jean-Paul Demoule, un archéologue, qui s’est penché le lendemain sur « la préhistoire de la connerie », prolongeant une analyse historique déjà amorcée en 1986 par le regretté François Cavanna dans son ouvrege de référence Et le singe devint con. Avec le recul que permet désormais l’analyse historique, « c’est bien la connerie, en effet, qui a permis à un primate, parmi 181 autres, de prendre possession de la planète au point d’agir sur son climat et d’enclencher la sixième extinction massive des espèces ». Un magnifique triomphe de la connerie humaine donc, d’autant plus remarquable que cette même espèce de « primates réputés intelligents » est capable, dans le même temps, de porter sur elle-même ce regard rempli d’humour et d’auto-dérision pour analyser, avec autant de finesse que de rigueur dialectique, cette catastrophe annoncée à laquelle nous conduit cette connerie humaine dont nous sommes si fiers !

L. V.

Laïcité et valeurs de la République

16 octobre 2021

Plusieurs dizaines de personnes venues de Carnoux, de Cassis, d’Aubagne et de Roquefort la Bédoule se sont retrouvées le 8 octobre 2021 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton de Carnoux pour assister à la conférence proposée par notre association et qui a traité de la laïcité et des valeurs de la République.

C’est Michel Motré, Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional honoraire de l’Académie d’Aix-Marseille, qui est intervenu pour aborder ce sujet sensible. Son propos s’est notamment appuyé sur le dernier ouvrage de Patrick Weil intitulé « De la laïcité de France », paru en 2021 aux éditions Grasset, qui dans ses premiers chapitres développe une réflexion sur les raisons qui ont conduit en France à ériger la Laïcité en principe républicain :

« La laïcité est l’une des variantes d’un processus de sécularisation qui a touché tout l’Occident. Il y a trois siècles, la vie personnelle, civile, sociale comme toutes les institutions politiques étaient réglées par la religion et par Dieu. Progressivement, la sécularisation va prendre trois dimensions. La diversité religieuse, le nombre d’agnostiques et de non-croyants augmente. Tout le monde fait connaissance avec l’existence d’options de conscience, avec le fait notamment que l’on peut vivre sans croire en Dieu. Dans la vie sociale, des sphères – éducative, économique, politique – sont sécularisées, c’est-à-dire deviennent neutres – la religion en est absente. Quand se produit une sécularisation complète des institutions publiques, quand l’État est séparé de la religion, on parle alors d’un régime de laïcité. »

Laïcité, liberté, égalité… des mots mais pas seulement (source © Le Labauratoire)

Quelques repères historiques, philosophiques et juridiques ont ensuite montré comment s’est progressivement construit et institutionnalisé le principe de Laïcité en France :

  • Avant et pendant la Révolution française en se fondant sur les réflexions et les écrits de philosophes comme Nicolas de Condorcet dans lesquels ce dernier développe les principes de tolérance, de laïcité et de liberté de penser qui seront le fondement de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789,
  • Sous la IIIe République avec les lois sur l’École Publique de 1882-1886, dites lois Jules Ferry et surtout avec la loi de 1905 sur la séparation des églises et de L’État,
  • De nos jours avec la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République

La laïcité, d’abord visée humaniste et philosophique puis principe démocratique, est affirmée dans la Constitution de 1946. Elle sera réaffirmée dans celle de 1958 avec, à l’article 1er (extrait) : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».

Avant 1905, il y avait une confusion du fait de la présence de la religion dans la politique et de la politique dans la religion.Pour Aristide Briand, l’ennemi n’était pas la religion mais le cléricalisme, c’est-à-dire l’intervention des religieux dans les affaires politiques.

La loi de 1905 constitue un acte souverain

Loi de rupture du Concordat qui date du Premier Empire, elle a pour conséquence l’égalité des citoyens devant l’État. Avec la séparation, il n’y a plus en effet de citoyens favorisés, ceux qui pratiquent les cultes reconnus, toutes les options spirituelles sont dorénavant égales, et les non-croyants sont égaux aux croyants.

Cette neutralité de l’État s’affirme vis-à-vis des citoyens mais il y a une deuxième dimension dans la séparation d’avec l’autorité morale et spirituelle d’inspiration catholique qui est celle de l’État français depuis ses origines. C’est le deuxième point qui révèle l’acte de souveraineté que constitue cette loi.

La troisième dimension de souveraineté c’est que le dispositif mis en place par la loi de 1905 est celui de « l’Église religieusement libre dans l’État politiquement à l’abri de ses menaces» D’où des dispositions pénales qui protègent l’individu qui veut exercer un culte ou ne pas l’exercer, les lieux de culte contre les agressions extérieures ainsi que les instituteurs, les fonctionnaires, et plus largement les citoyens, contre l’intrusion des ecclésiastiques (de toute religion) dans les affaires publiques.

La charte de la laïcité à l’école (source © Ministère de l’éducation nationale)

Comment faire vivre la laïcité ?

La séparation à la française signifie la neutralité de l’espace étatique, c’est-à-dire que les fonctionnaires ne peuvent pas exprimer leurs croyances, même s’ils en ont une.

Ensuite, on trouve l’espace du lieu de culte où les règles du lieu s’appliquent, dans le respect de la loi française bien sûr. Quand vous êtes un homme, vous vous couvrez en entrant dans une synagogue, vous vous découvrez en entrant dans une église et vous enlevez vos chaussures en entrant dans une mosquée.

Puis, lorsque vous êtes dans l’espace de votre domicile, vous faites ce que vous voulez.

Et enfin, il y a ce qu’on appelle l’espace public civil, dans lequel il peut y avoir des conflits du fait que s’y rencontrent des individus qui ont des options spirituelles par définition différentes. Cela recouvre des espaces très libres comme la plage ou la rue et des espaces où certaines régulations sont autorisées comme l’entreprise.

Les limites entre ces espaces sont parfois incertaines, ce qui donne lieu à des querelles de frontières que les juges tranchent le plus souvent.

L’école est un des lieux où se construit le sens des valeurs de la République, Liberté, Égalité et Fraternité. La charte de la laïcité à l’école instaurée en 2013 affirme la solidarité entre laïcité et principes constitutionnels de la République, mais elle n’a pu empêcher que le fanatisme conduise à assassiner Samuel Paty en 2020 !

Ainsi, constate-t-on aussi, depuis plusieurs années, la remise en question de contenus d’enseignements, notamment :

  • En sciences : le vivant, l’évolution
  • En EPS : cours de natation mixtes
  • En instruction morale et civique : les représentations caricaturales
  • En arts visuels : le patrimoine architectural religieux

Pour conclure, l’intervenant a rappelé quelques principes sur lesquels repose la laïcité :

  • La liberté de conscience
  • La liberté de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public
  • La séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

Il a enfin proposé cette réflexion d’André Comte-Sponville :

Des échanges avec l’assistance qui ont ponctué la conférence et conclu cette soirée, nous retiendrons ces questions et les éléments de réponse qui ont pu être apportés :

Q. Qui autorisait la diffusion des ouvrages éducatifs avant les lois de 1882-1886 dites Lois Jules Ferry ?

C’était l’autorité cléricale qui accordait l’imprimatur pour l’utilisation des manuels dans les établissements scolaires avant l’établissement de la IIIe République.

Q. Dans les établissements publics, l’enseignement est exclusivement confié à un personnel laïc, dans quelles conditions ?

L’enseignant reçoit dans sa formation professionnelle une formation aux questions qui concernent les principes républicains dont la laïcité. De plus, il doit connaître une multitude de textes relatifs aux lois à mettre en œuvre (décrets, arrêtés et circulaires), ce qui n’est pas facile dans la pratique au quotidien sachant que le premier objectif est d’enseigner des savoirs définis dans les programmes en mettant en œuvre des situations pédagogiques adaptées.

Q. Pourquoi le texte sur l’interdiction du port de signes religieux ne s’applique-t-il pas aux universités.

Selon le degré d’enseignement il y a un distinguo à faire entre les élèves mineurs et les majeurs qui composent le public des universités.

Un dessin signé Deligne, publié dans La Nouvelle République

Q. Comment commenter un fait religieux sans entrer dans la religiosité?

Cela demande une formation à acquérir par l’enseignant, son niveau de culture doit être suffisant pour se mettre à la portée des élèves dans le respect de leurs convictions, eux-mêmes manquant de culture ou influencés par leurs croyances religieuses. Les formes pédagogiques adoptées, s’agissant du comportement laïc, ne doivent pas s’assimiler à un « catéchisme », même quand il s’agit d’aborder en histoire ou en arts plastiques une œuvre au sujet religieux. Les faits religieux font l’objet d’études par un abord rationnel sans interprétation dogmatique.

Q. La France « fille aînée de l’église » semble poser des problèmes qui ne sont pas rencontrés dans les pays anglo-saxons, pourquoi?

Cela vient de l’histoire de ces pays, dont les constitutions (et les lois qui en découlent) ou leurs absences (GB), n’instaurent pas de séparation entre l’état et les religions. Beaucoup de pays interprètent la laïcité comme une attitude hostile aux religions.

Q. Qu’en est -il de la dispense de cours pour le contenu qu’il aborde ?

Cela ne doit pas être toléré, mais l’application de cette mesure est difficile selon les cas, notamment en éducation morale et civique où la question de la tolérance vis-à-vis des caricatures a coûté la vie à Samuel Paty.

Q. Les sorties éducatives dont des accompagnatrices sont voilées (portant le foulard) sont-elles en conformité avec l’enseignement laïc ?

On peut y trouver une attitude positive quant à l’intérêt porté par les parents au déroulement des activités scolaire. L’identification d’une appartenance religieuse pose la question du lieu où il est porté : sphère publique ou privée? Et s’il exprime une conviction qui pourrait être un contrôle du contenu de l’activité, cela ne peut être admis.

Q. Comment adapte-t-on la Laïcité de « 1905 » à la société actuelle?

C’est la difficulté car en 1905, la loi visait à inclure tous les membres de la société et par conséquent à se reconnaître égaux dans le partage des valeurs de la République. Aujourd’hui, certains citoyens se sentent socialement exclus de la société et adoptent une attitude identitaire qui les pousse à ne pas adhérer à ces valeurs.

Q. La persistance du « statut concordataire » en Alsace-Moselle n’est-elle pas une rupture du principe de l’indivisibilité de la République ?

C’est le résultat du Concordat signé par Bonaparte, qui a été accordé en 1918 suite à l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace-Moselle en 1871, la loi de 1905 ayant été appliquée sur le territoire hormis dans cette province (non française), à leur retour dans le territoire de la République (1918) les législateurs ont permis de conserver ce statut. Il en est de même pour certains territoires d’outre-mer qui bénéficient « d’aménagements » en rupture avec une stricte application de la Laïcité (lois Mandel).

Après des échanges nourris, tous et toutes ont pu se retrouver autour d’un buffet offert par le Cercle Progressiste Carnussien.

Pour ceux qui n’ont pas pu assister à la conférence, voici le document utilisé comme support :

Ontario : les autodafés de la bêtise

12 octobre 2021

Brûler des livres dont on juge le contenu offensant, après en avoir fait une sélection soigneuse et pour le moins orientée au vu des croyances dominantes du moment, voilà une démarche digne des grandes heures de l’Inquisition et que l’on espérait ne plus revoir de sitôt dans nos démocraties occidentales éclairées. La dernière fois que cela avait été mis en pratique en Europe, c’était le 10 mai 1933 à minuit, lorsque l’Union des étudiants allemands nationaux-socialistes, encadrée par une troupes de SA d’Adolf Hitler qui venait tout juste d’accéder au pouvoir, initiait un grand feu de joie en brûlant en grandes pompes devant l’Opéra de Berlin des milliers d’ouvrages jugés néfastes à la santé morale des Aryens.

Autodafé de triste mémoire à Berlin en 1933 (source © Wikimedia commons / NARA / Le Point)

Des temps que l’on pensait donc bien révolus, même si le 12 août 1998, les talibans arrivés au pouvoir en Afghanistan remettaient le couvert en brûlant publiquement plus de 50 000 volumes de la bibliothèque publique de Kaboul dont certains manuscrits anciens comme une version du XIIe siècle du Livre des rois qui raconte les mythes fondateurs de la culture perse.

Mais il faut croire que certains occidentaux sont tout à fait capables de rivaliser, en matière de bêtise et d’étroitesse d’esprit, avec les fondamentalistes islamistes les plus obtus. C’est peut-être en tout cas la conclusion qu’on ne peut s’empêcher de tirer en repensant à ce nouvel autodafé qui s’est déroulé dans la belle province canadienne de l’Ontario, il y a deux ans seulement, en 2019, à l’initiative du Conseil scolaire catholique Providence, qui gère 23 écoles primaires et 7 collèges dans les secteurs de Windsor, London et Sarnia, au sud-ouest de l’Ontario.

Parmi les initiateurs de ce brillant projet, on trouve une certaine Suzy Kies, gardienne autoproclamée du « savoir autochtone » et coprésidente de la Commission des peuples autochtones du Parti libéral du canada, nommée à ce poste par l’actuel premier ministre canadien, Justin Trudeau. Une fonction d’ailleurs largement usurpée puisqu’une enquête récente de Radio-Canada vient de révéler, début septembre 2021, que la porte-parole des Amérindiens du Canada n’avait, contrairement à ses affirmation, pas la moindre ascendance liée à ces fameux peuples autochtones et que son nom ne figure pas dans les registres du peuple Abénaquis dont elle se revendiquait pourtant, se présentant comme « la petite fille des pins, du clan de la Tortue » alors que son père est né au Luxembourg et que sa mère est d’origine française.

Suzy Kies, adepte d’une lutte un peu trop zélée de la cancel culture (photo © Crestwood.on.ca / Radio Canada)

L’affaire a fait tellement de bruit que cette proche de Justin Trudeau a dû démissionner illico de son poste officiel ! Mais cela ne justifie en rien cette démarche pour le moins discutable et pourtant typique de cette « cancel culture » qui se développe Outre-Atlantique et qui a tendance à s’insinuer de plus en plus dans certains milieux intellectuels et universitaires, y compris en France qui se réclame pourtant de l’esprit des Lumières et du cartésianisme…

En l’occurrence, l’autodafé qui s’est déroulé en Ontario en 2019 s’est résumé à brûler une trentaine de livres. Des cérémonies similaires étaient prévues dans la trentaine d’écoles du groupe, mais l’épidémie de Covid-19 n’a pas permis de mener à bien le projet, d’autant que des voix se sont rapidement élevées pour contester cette démarche consistant à brûler en public des livres jugés impurs pour la jeunesse. Surtout lorsqu’il s’agit de bandes dessinées comme Tintin en Amérique, Pocahontas ou Astérix et les Indiens…

Tintin et Astérix, victimes d’un autodafé… Un dessin signé Ygreck

Et pourtant, le choix de ces livres a été mûrement réfléchi puisqu’il résulte du travail d’une commission ad hoc constituée de représentants du Conseil scolaire et des peuples autochtones, lesquels ont identifié, à l’issue de leurs travaux pas moins de 155 œuvres à détruire irrémédiablement, soit 4716 livres au total qui ont été retirés des rayonnages des bibliothèques scolaires et qui étaient donc destinés à être brûlés publiquement devant les étudiants, histoire de marquer les esprits. Le Ministère de l’Éducation de l’Ontario n’a pas directement participé à cette sélection mais était bel et bien représenté lors de la première « cérémonie de purification par les flammes » organisée en ce sens…

Obélix séduit par une belle autochtone : shocking ? (source © Les éditions Albert René / Radio Canada)

Le critère de sélection de ces ouvrages jugés néfastes pour la jeunesse canadienne était simple puisqu’il s’agissait d’expurger toutes les œuvres présentant des personnages autochtones jugés « pas fiables, paresseux, ivrognes, stupides », ou simplement aguicheuse comme la belle Indienne dont le pauvre Obélix est tombé éperdument amoureux… Même des biographies pourtant très documentées de Jacques Cartier ou de l’explorateur français Étienne Brûlé, interprète de Samuel de Champlain dès 1608 et premier Européen à avoir cohabité avec des tribus de Hurons, ont été censurés sans pitié car ils feraient mention d’une vision désuète et déséquilibrée des rapports entre explorateurs et autochtones.

Tableau représentant Étienne Brûlé avec des Indiens Hurons à l’embouchure de la rivière Humber, peint en 1956 par Frederik Sposton Chellener (source © The french canadian genealogist)

La censure ainsi mise à l’œuvre dans ces bibliothèques scolaires canadienne, selon des principes qui rappelle furieusement « l’index », cette liste des manuels jugés autorisés par l’Église catholique jusque dans les années 1960, va jusqu’à exclure des livres comme celui qui raconte une légende indienne liée à la création de l’Ile-du-Prince-Edouard au prétexte que seul un autochtone issu de la tribu des Mi’kmaq aurait pu être autorisé à raconter une telle histoire. C’est en effet une constante de cette « cancel culture » qui anime de nombreux intellectuels à l’image de Suzy Kies, que d’estimer qu’il devrait être interdit à un non autochtone d’écrire un ouvrage sur les autochtones, de la même manière que seuls des Noirs peuvent parler de ce qui regarde les Noirs et que seule une femme peut imaginer un personnage féminin.

Une vision bien morcelée et réductrice qui risque, si elle devait se développer, conduire tout droit, au nom d’une logique de haine et de repli communautaire, à renforcer le racisme et la guerre des clans, dressant les hommes contre les femmes, les Blancs contre les Noirs, les bien portants contre les handicapés… Une démarché qui prône un idéal de pureté et n’hésite pas à réécrire l’histoire comme savent si bien le faire les régimes totalitaires. « On commence par brûler les livres, on finit par les personnes » avait déjà observé finement le grand humaniste hollandais Érasme à l’époque de la Renaissance…

L. V.

Échanges sur la laïcité à Carnoux

8 octobre 2021

Comment aborder la laïcité et les valeurs de la République dans notre système éducatif moderne et plus largement dans notre société ouverte et multiculturelle, exposée aux quatre vents de la mondialisation et confrontée à bien d’autres influences sociales, politiques, religieuses ou économiques ?

Un sujet brûlant d’actualité qui servira de socle de réflexion pour cette nouvelle conférence du Cercle Progressiste Carnussien qui se tiendra vendredi 8 octobre à 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, rue Tony Garnier à Carnoux-en-Provence.

Animée par Michel Motré, ancien inspecteur d’Académie et ancien inspecteur pédagogique régional, par ailleurs Président du Cercle Progressiste Carnussien qui fête cette année ses 20 ans d’existence, cette conférence-débat permet de renouer avec le cycle des conférences organisées régulièrement à Carnoux par le CPC, après une longue parenthèse liée à l’épidémie de Covid-19.

Comme à l’accoutumée, l’accès y est libre et gratuit et les échanges seront suivis par un apéritif offert par le Cercle Progressiste Carnussien.

Grève des éboueurs : chronique d’une crise annoncée

3 octobre 2021

La collecte des ordures ménagères n’est pas une sinécure. Ramasser les poubelles des autres n’a jamais été gratifiant. Les moyens modernes de collecte avec des bennes de plus en plus sophistiquées ont certes permis d’améliorer le confort des rippeurs, ces agents qui ouvrent les bacs et les déversent dans la benne avant de sauter sur le marchepied et de poursuivre leur tournée dans le vent et les odeurs pestilentielles. Pour autant, le métier reste pénible et l’on considère d’ailleurs que l’espérance de vie moyenne de ces agents est amputée de quelques années par rapport à celle d’employés de bureau.

Le ramassage des ordures dans les rues de Marseille, une activité pénible (photo © Patrice Magnien / 20 minutes)

Pendant la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19, chacun avait salué le courage de ces agents qui, parmi bien d’autres professions engagés dans des missions de service publique, avaient poursuivi leurs tournées tant bien que mal pour ne pas ajouter au risque sanitaire déjà bien préoccupant.

Mais depuis une semaine, ce spectre des ordures qui s’entassent sur la chaussée, bloquent le passage des piétons sur les trottoirs, empestent les cœurs de ville et favorisent la pullulation des nuisibles, est revenu hanter plusieurs arrondissements de Marseille, ainsi que nombre de villes de la Métropole, d’Aix-en-Provence à Martigues, en passant par Aubagne ou Salon-de-Provence. Carnoux-en-Provence, de même que plusieurs arrondissements de Marseille, où le ramassage des ordures est délégué à une société privée, ont certes été épargnées par ce spectacle désolant des monceaux de sacs poubelles et de déchets en tous genre qui envahissent rapidement les rues et rendent le voisinage invivable.

Slalomer entre les poubelles, le lot du piéton marseillais ! (photo © Frédéric Speich / MaxPPP / France bleu)

En effet, la grève des éboueurs, cette fois, s’est limitée aux seuls secteurs où la collecte est assurée par des agents territoriaux employés par la Métropole Aix-Marseille-Provence. Et à Marseille, on a malheureusement une longue habitude de ces « grèves des poubelles » qui éclatent sporadiquement, dans un milieu où les rapports sociaux sont loin d’être apaisés. Déjà dans les années 1920, le maire de l’époque, Simon Sabiani, précurseur d’un clientélisme engagé et proche de la pègre locale, s’appuyait sur les éboueurs municipaux non seulement pour ramasser les bordilles, mais aussi pour éclaircir les rangs de ses opposants politiques à coups de barres de fer.

A Marseille, des poubelles qui débordent sur les trottoirs (photo © Mathilde Ceilles / 20 minutes)

Des habitudes et une proximité qui ont laissé des traces, au travers d’une politique de cogestion assumée pendant des années avec le syndicat Force Ouvrière, créé en 1947, et sur lequel Gaston Deferre, avant Jean-Claude Gaudin, s’est beaucoup appuyé pour contrecarrer la CGT alors toute puissante. Mais une proximité qui n’a pas empêché la tenue périodique de grèves dantesques dont celle de juin 1983 où il avait fallu mobiliser l’armée pour venir à bout des 1000 tonnes d’ordures entassées dans les rues, dans une chaleur étouffante et une odeur pestilentielle…

Cette année, c’est une loi adoptée en septembre 2019 qui a mis le feu aux poudres, avec deux ans de retard ! Cette loi de modernisation de la fonction publique impose à toutes les collectivités le passage obligatoire aux 35 heures hebdomadaires, soit 1607 heures de travail annuel, au 1er janvier 2022. Certains pourraient penser naïvement que le passage aux 35 heures, initié par Martine Aubry, est entré dans les habitudes depuis belle lurette. Mais certaines collectivités précurseurs sont allées bien plus loin que ce que prévoyait la loi…

A Marseille, il a fallu plusieurs rappels à l’ordre de la Chambre régionale des comptes pour finalement mettre en place un système de pointage et revenir progressivement aux 1607 heures annuelles pour la majorité des agents. La Métropole aussi a fait, depuis plusieurs années, des efforts d’harmonisation pour rapprocher la plupart de ses agents de ce temps de travail réglementaire. Mais, du fait de la séquence électorale de ces derniers temps, Martine Vassal n’a pas voulu déclencher les hostilités avec les éboueurs…

Elle a donc attendu le 16 septembre 2021 pour annoncer que ses 3658 agents métropolitains en charge de la collecte des ordures ménagères allaient passer l’an prochain à 1530 heures de travail annuel, justifiant par la pénibilité de leur travail cette décote par rapport au minimum légal, ce que permettent en effet les textes. L’évolution proposée paraît plutôt raisonnable, d’autant que Roland Mouren, le maire de Châteauneuf-les-Martigues, par ailleurs vice-président de la Métropole en charge du traitement des déchets, a proposé d’accorder 9 jours de repos compensatoire supplémentaires via la création d’un compte épargne-temps.

Roland Mouren, vice-président de la Métropole en charge de la réduction et du traitement des déchets (photo © Made in Marseille)

Mais les syndicats ont aussitôt vu rouge et se sont donc mis en grève dès le jeudi 23 septembre pour la CGT et à partir du lundi 27 septembre par FO, menaçant de faire durer leur mouvement jusqu’au 15 octobre prochain, date prévue pour la prochaine visite annoncée du Chef de l’État à Marseille. Un mouvement de grève qui a nécessité la mise en place de 26 bennes temporaires dans les secteurs les plus impactés pour permettre aux habitants d’y jeter leurs sacs poubelles…

Dans les rues de Marseille, les déchets s’accumulent sur la chaussée (photo © Ph. L. / La Provence)

A cette occasion, on a d’ailleurs appris que la fameuse pratique du « fini, parti », tant décriée parce qu’elle incite à bâcler les tournées pour rentrer au plus vite chez soi, quitte à enchaîner avec une nouvelle journée de travail, au noir, est toujours en vigueur à la métropole et vient à nouveau d’être critiqué par la Chambre régionale des Comptes dans un rapport sur la gestion métropolitaine des déchets qui sera rendu public lors du prochain Conseil métropolitain prévu jeudi 7 octobre 2021, mais dont les bonnes pages ont déjà largement fuité dans la presse, à l’occasion justement de ce conflit social.

La CRC pointe ainsi une nouvelle fois l’absence totale de moyens de contrôle qui ne permet pas de savoir quelle est la durée effective de travail actuelle des éboueurs, en dehors des secteurs d’Istres et de Martigues, les seuls à avoir mis en place des dispositifs de pointage. Alors que la durée moyenne de travail journalier ne dépasse pas 3h30 pour nombre d’agents, la CRC s’étonne notamment du paiement systématique d’heures supplémentaires aux agents, attribuées de manière forfaitaire et très au-delà des 25 heures mensuelles maximales autorisées par la loi.

Et, bien sûr, la CRC déplore, encore une fois, les piètres résultats de la Métropole en matière de collecte sélective des déchets destinés à être recyclés ou valorisés, avec à peine plus de 20 kg par an et par habitant, soit deux fois moins que la moyenne nationale et très en deçà des objectifs assignés. Elle pointe aussi le coût exorbitant de la collecte des déchets qui revient à 183 € par habitant ou 278 € la tonne contre un prix moyen de 224 € à l’échelle nationale, soit un surcoût de 30 % qui n’est certes pas gage d’efficience… La CRC est d’autant plus amère que ses conclusions sont exactement les mêmes que dans son précédent rapport qui datait de 2017, le constat étant que le transfert de compétence par la Métropole n’a permis aucun gain d’efficacité malgré les économies d’échelle que cela aurait dû impliquer comme partout ailleurs.

Des salariés de Suez appelés en renfort pour évacuer les montagnes de déchets après la fin de la grève, samedi 2 octobre 2021 (photo © Clémentine Sabié / Radio France)

Encore une pierre dans le jardin de Martine Vassal donc, après la leçon sévère d’Emmanuel Macron lors de sa dernière visite à Marseille. Fort heureusement, une ultime réunion de négociation, vendredi 1er octobre avec des représentant syndicaux de FO et du FSU, a finalement permis de débloquer la situation en aboutissant à un compromis autour de 1450 heures annuelles au lieu des 1530 imposées initialement pour essayer de se rapprocher du minimum légale. La CGT qui boycottait les négociations, réclamait une décote deux fois supérieure mais la collecte des ordures a néanmoins repris dès ce week-end. Il faudra une bonne semaine pour évacuer les monceaux de déchets qui encombrent les rues de certains quartiers mais tout devrait être fini pour la prochaine venue du chef de l’État : on respire !

L. V.

Gaël Giraud, l’économiste iconoclaste

20 septembre 2021

L’homme n’est pas forcément très connu du grand public. Et pourtant son nom fait partie de ceux qui émergent dans le cadre du processus de la Primaire Populaire, ce mouvement citoyen qui s’inspire quelque peu du Printemps Marseillais et dont les militants étaient justement réunis le week-end du 11-12 septembre 2021 dans les locaux du centre associatif marseillais Coco Velten.

Réunion de la Primaire Populaire dans les locaux associatifs de Coco Velten à Marseille en septembre 2021 (photo © Clara Lalanne / France TV info)

L’objectif de la démarche, initiée par des sympathisants de l’écologie politique et de l’économie sociale et solidaire, est de faire émerger, sans forcément passer par le carcan désuet des partis politiques, un candidat qui puisse défendre lors de la prochaine élection présidentielle de 2022, un socle commun de 10 mesures phares destinées à enclencher une véritable transition écologique, une évolution majeure de l’agriculture, une politique fiscale et une répartition des revenus du travail plus justes, ainsi qu’une évolution vers une Sixième République modernisée, plus démocratique et plus participative.

Un programme ambitieux dans lequel se retrouvent néanmoins plusieurs personnalités dont certaines ont déjà fait part de leur candidature à la Présidentielle, comme Arnaud Montebourg, Anne Hidalgo, Fabien Roussel ou encore Pierre Larrouturou mais aussi les cinq candidats engagés dans la primaire écologique qui se déroule en parallèle. D’autres personnalités néanmoins émergent spontanément de cette démarche dans laquelle chaque citoyen qui s’inscrit peut mettre en avant un candidat de son choix.

Le processus devrait se poursuivre jusqu’au 11 octobre 2021 mais plus de 100 000 personnes se sont d’ores et déjà inscrits sur la plateforme, ce qui se rapproche du nombre de participants à la primaire écologiste dont le premier tour, qui s’est achevé le 19 septembre 2021, a rassemblé plus de 122 000 votants !

Les cinq candidats en lice pour la primaire écologiste :  Yannick Jadot, Sandrine Rousseau, Delphine Batho, Eric Piolle et Jean-Marc Governatori. (photo © Geoffroy Van Der Hasselt et Valery Hache / AFP / Les Echos)

C’est ainsi que certaines personnalité rencontrent un beau succès dans le cadre de cette Primaire Populaire, dont l’ancienne garde des Sceaux de François Hollande, Christiane Taubira, qui vient pourtant de déclarer qu’elle ne sera pas candidate, elle qui n’avait recueilli que 3,2 % des suffrages lors de la Présidentielle de 2002. D’autres figures politiques rencontrent aussi un beau succès dans le cadre de cette démarche assez inédite. C’est le cas en particulier du député de la France Insoumise, François Ruffin qui se place pour l’instant en tête des potentiels candidats masculins.

Mais son challenger actuel est donc Gaël Giraud, cet inconnu qui pour l’instant fait mieux que Yannick Jadot, Benoît Hamon ou même Jean-Luc Mélenchon, dont la notoriété est pourtant incontestablement supérieure. A 51 ans, ce prêtre jésuite, économiste de profession, ancien économiste en chef de l’Agence Française de Développement, qui enseigne la théorie des jeux et l’économie mathématique à la Sorbonne et à l’École polytechnique, et qui n’a jamais détenu le moindre mandat électif, fait un peu figure d’OVNI parmi cet aréopage de militants politiques chevronnés…

Gaël Giraud, le jésuite économiste iconoclaste (photo © Clément Tissot / Revue Projet)

Cet enseignant-chercheur, formé à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm puis à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE), entré au CNRS en 1999 et qui a refusé en 2003 un poste de trader à New York avant d’entrer dans les ordres et de soutenir une thèse de doctorat en théologie politique, est pourtant, malgré son cursus atypique, un militant incontestable de la transition écologique, membre du conseil scientifique de la Fondation Hulot et du Shift Project, qui alerte sans relâche depuis 2012 sur les risques liés au réchauffement climatique et à l’utilisation de ressources énergétiques non renouvelables.

Dans la chronique régulière qu’il livre depuis 2007 à la revue Projet sur l’actualité économique et financière, il insiste notamment sur la nécessité d’investir massivement en faveur d’une transition écologique ambitieuse, de plafonner les revenus, d’annuler les dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne (BCE), ou encore d’instaurer davantage de protectionnisme aux frontières de l’Europe.

Le prêtre jésuite Gaël Giraud dialoguant avec Nicolas Hulot dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en novembre 2015 (photo © Corinne Simon / La Croix)

En juillet 2021, celui qui n’est pas candidat déclaré mais dont le nom figure néanmoins en bonne position de cette Primaire Populaire, faisait ainsi état sur son blog de 12 mesures phares qu’il souhaite mettre en avant et qui sont pour le moins iconoclastes. Adepte d’une démocratie citoyenne redynamisée, il propose ainsi un rapporteur citoyen chargé de présenter devant l’Assemblée tout amendement élaboré par la formation citoyenne du Conseil économique, social et environnemental, ou issu d’une pétition citoyenne rassemblant au moins 50 000 voix. Pour renforcer les capacités de projections militaires et humanitaires de la France, il suggère le lancement d’un projet d’avion gros porteur qui fait toujours défaut à la défense nationale, tandis qu’il souhaite tendre progressivement vers un futur service national obligatoire.

Le blog de Gaël Giraud, une source de réflexion sur l’actualité économique et politique, et de propositions pour la prochaine présidentielle…

Pour faire face à l’hégémonie américaine des GAFAM, il préconise le lancement d’une suite numérique européenne sécurisée et simple d’utilisation. Il propose des solutions pour reprendre en main la BCE et favoriser l’investissement public. Il envisage la mise en place d’une protection sociale alimentaire pour répondre aux besoins de millions de Français qui rencontrent des difficultés au quotidien pour se nourrir. Il suggère la création d’une banque publique de l’eau pour répondre aux besoins d’investissement majeurs en vue de sécuriser et optimiser les réseaux de distribution, notamment dans les DOM-TOM. Pour favoriser l’efficacité thermique des bâtiments dans un contexte de changement climatique global, il estime nécessaire d’investir de l’ordre de 20 milliards d’euros par an.

Inscrire les préoccupations environnementales au cœur des enjeux de l’Éducation nationale, revoir la tarification des actes médicaux, rééquilibrer la pression fiscale pour un impôt progressif plus juste en faveur des classes moyennes, ou encore renforcer le statut des salariés face à l’actionnariat au sein des entreprises, sont autant de mesures humanistes et progressistes émises par ce prêtre jésuite et économiste averti qui se penche ainsi au chevet de notre société sans craindre de mettre les mains dans le cambouis. Une belle révélation de cette Primaire Populaire, et peut-être un des acteurs politiques des prochaines élections présidentielles ?

L. V.

Marseille, pas encore vraiment en marche…

12 septembre 2021

Rarement déplacement présidentiel aura eu autant d’échos que les trois jours complets que le Président de la République, Emmanuel Macron vient de passer à Marseille, bras dessus bras dessous avec le nouveau maire de la ville, Benoît Payan, et venu lui confirmer que l’État participera bien au financement du vaste plan de rénovation des écoles publiques laissées en déshérence complète depuis des décennies par Jean-Claude Gaudin qui avait bien d’autres priorités.

Emmanuel Macron avec Benoît Payan à Marseille le 2 septembre 2021 (photo © Guillaume Horcajuelo / AFP / Le Dauphiné libéré)

Un plan ambitieux à 1,2 milliards d’euros mais qui n’est malheureusement pas la seule préoccupation de la cité phocéenne, confrontée à la violence qui se déchaîne des certaines citées des quartiers nord, à l’absence de logements sociaux et à la dégradation de l’habitat dans le centre-ville, mais aussi aux dysfonctionnements de la métropole et au retard monstrueux pris dans le développement des transports publics.

Assurément, Emmanuel Macron a mouillé la chemise lors de ce déplacement et pas seulement sous l’effet de la violente averse qui s’est abattue sur les jardins du Pharo alors qu’il tentait difficilement de se faire entendre. Il aurait pu se contenter de faire un discours convenu à l’occasion du congrès mondial de la nature organisé au parc Chanot par l’UICN, mais il a tenu à enchaîner les déplacements sur le terrain, entre visite d’école, rencontre avec les habitants de la cité Bassens, entretien avec les élus locaux, passage au commissariat, déjeuner avec Martine Vassal et même sortie en mer dans les Calanques.

Le Président de la République sur le voilier 7e Continent à Marseille le 3 septembre 2021 (photo © Daniel Cole / EPA / MaxPPP / La Croix)

Pour autant l’énergie débordante dont a fait preuve le Président « en Marche » lors de ce long séjour méridional ne peut suffire à masquer le fait que l’agglomération marseillaise traîne globalement les pieds, et pas seulement sur le plan de son organisation institutionnelle malgré la pluie de critiques que n’a pas hésité à déverser le Président de la République évoquant les multiples blocages « parce qu’à Marseille, c’est trop compliqué. Parce que c’est le seul endroit où on a créé une Métropole qui passe beaucoup trop de temps à redistribuer, qui a gardé la complexité d’avant, avec des coûts de fonctionnement trop importants et qui, du coup, a, elle aussi, du mal à porter les projets d’intérêt métropolitain. Tout cela doit se régler (…) Sinon, je ne mets plus d’essence dans un système qui continue à garder les mêmes freins... »

Le 7 septembre 2021, le collectif Place aux piétons qui regroupe plusieurs associations, parmi lesquelles rue de l’Avenir et 60 millions de piétons a rendu publics les résultats d’une étude réalisée en collaboration avec la Fédération française de la randonnée pédestre, et qui résulte d’une large consultation nationale des Français amenés à se prononcer sur leur ressenti en tant que piéton dans leur ville. Plus de 43 000 personnes ont répondu de manière exploitable à ce questionnaire, ce qui permet d’avoir une vision assez représentative de la réalité pour 200 villes qui figurent donc dans ce premier baromètre des villes « marchable », celle où il fait bon se balader à pied.

Forcément, à cette aune, on se sera pas surpris de retrouve en tête de ce palmarès des petites villes comme Acigné ou Cesson-Sévigné, en Bretagne, qui figurent aux premières places, classées selon des critères de sécurité, de confort mais aussi en tenant compte des efforts faits par les communes pour rendre plus agréable les déplacements des piétons. Inutile de chercher dans ce classement la ville de Carnoux-en-Provence avec ses trottoirs minuscules et souvent encombrés de voitures en stationnement, où le piéton est frôlé par les voitures et les camions lancés à pleine vitesse quand il ne risque pas carrément l’électrocution

Des trottoirs trop souvent encombrés par un stationnement illicite et du mobilier urbain inadapté (source © 60 millions de piétons)

Seules les communes pour lesquelles au moins 40 personnes ont renvoyé un questionnaire exploitable sont prises en compte dans cette analyse, pour des raisons statistiques évidentes, mais toutes les catégories de villes sont bien représentées, ce qui permet de constater que des communes de taille moyenne, comme Chambéry, Bourges, Vannes ou Vincennes tirent plutôt bien leur épingle. Dans la catégorie des villes de plus de 200 000 habitants, c’est Rennes qui arrive en tête du classement, suivie, sans surprise par des villes comme Strasbourg, Nantes, Lyon ou Bordeaux. En revanche, la ville de Marseille se classe bonne dernière de ce palmarès national avec une note de ressenti global des piétons qui ne dépasse pas 5,2 sur 20, tandis que la note qui évalue la perception par les habitants des efforts faits par la municipalité pour rendre la marche en ville plus sûre et plus agréable atteint le triste record de 3,2 sur 20.

Des priorités clairement identifiées pour faciliter la marche en ville… (source © dossier de presse Place aux piétons)

Assurément, la marge de progression pour que Marseille se mette enfin à la marche à pied, reste élevée et nul doute que la municipalité actuelle va regarder de près cette enquête pour tenter de remédier à cette situation peu glorieuse, elle qui a déjà instauré des journées sans voitures sur le Vieux-Port et sur la Corniche.

Des élus de Marseille, dont le maire, Benoît Payan, à l’occasion de la première édition de La voie est libre , sur la Corniche le 23 mai 2021, édition renouvelée depuis le 13 juin et le 12 septembre 2021 (photo © Julie Rampal-Guiducci / GoMet)

D’ailleurs, ce constat des difficultés à se déplacer à pied en ville est globalement assez partagé au niveau national et est loin d’être une spécificité marseillaise puisque la moyenne des notes en terme de ressenti global ne dépasse pas la moyenne avec une valeur de 9,2 sur 20 sur l’ensemble des 200 villes classées. Trottoirs trop étroits, mal entretenus et encombrés par du mobilier urbain inutile, stationnement sur les trottoirs, conflits d’usage avec les deux-roues et les trottinettes, mauvaise qualité de l’air, absence de bancs et de toilettes publiques, carrefours dangereux, etc. Les chantiers pour rendre la vie du piéton en ville sont innombrables et le sujet devrait encore être amplement débattu à l’occasion des premières assises de la marche piétonne qui se tiendront le 17 septembre 2021, à… Marseille justement !

L. V.

Le bar du Titanic est ouvert…

30 août 2021

Le titre est évocateur : c’est celui d’un éditorial rédigé par Denis Clerc et publié dans le dernier numéro d’Alternatives économiques, ce journal qu’il a lui-même créé en 1980, il y a plus de 40 ans donc, à une période où le néolibéralisme triomphant de Margaret Thatcher faisait dire à cette dernière, avec force conviction : « There is no alternative ». Agrégé de techniques économiques de gestion et agrégé de sciences sociales, Denis Clerc fait partie de ces économistes engagés qui persistent au contraire à penser qu’il y a plein d’alternatives possibles et que le chemin emprunté par le capitalisme dominant n’est peut-être pas le plus prometteur pour l’humanité…

Denis Clerc, un économiste clairvoyant (photo © Vincent Arbelet / France Bleu)

Voici donc de larges extraits de sa dernière tribune de retour de congés, dans laquelle il s’étonne quelque peu de la tournure que prennent les événements, alors même que « notre maison brûle », que l’on peine à faire face à une pandémie mondiale meurtrière, que les inégalités sociales explosent, que le réchauffement climatique menace la survie même de l’humanité et que la biodiversité connaît un effondrement inédit. Le bateau coule, mais heureusement le bar du Titanic est ouvert, l’orchestre joue à fond et les riches en profitent pour se goinfrer pendant qu’il est encore temps !

L. V.

Un dessin signé de l’Algérien Karim (source © Blagues et dessins)

« (…) Je pensais, comme beaucoup d’entre vous sans doute, que la pandémie et le climat auraient pour effet positif de nous amener à réfléchir sur notre mode de vie, et donc sur nos priorités économiques. Sans être naïf, j’espérais que le « monde d’après » deviendrait plus solidaire et moins consommateur. Loupé.

Le 27 juillet, Les Échos titre, triomphant : « LVMH renoue avec une croissance exceptionnelle ». 29 milliards de ventes en un semestre et une marge opérationnelle (ce qu’il en reste après déduction des coûts de production) de 27 %. La capitalisation boursière du groupe (le prix de marché de ses actions) dépasse 345 milliards. Ce même semestre, Kering (groupe Pinault qui comprend Gucci et Saint-Laurent) bat aussi des records, tout comme Hermès. Le luxe – donc les inégalités- ne s’est jamais aussi bien porté, les dividendes à venir aussi. Du jamais vu : 57 milliards de bénéfice en un semestre pour les sociétés du CAC 40. Les banques « affichent des résultats historiques ».

Un dessin signé Lupo

(…) En un an, les profits de Microsoft, Google et Apple ont doublé tandis que Facebook a réalisé 10 milliards de dollars de bénéfice net en un trimestre. Aux États-Unis, la fortune des 1 % les plus riches a progressé de 23 % en un an, tout comme les ventes de pesticides en France. Les dividendes des sociétés minières n’ont jamais été aussi élevés.

Dessin de Philippe Geluck publié dans Le Parisien du 22 juin 2019

Oublié le 28 juillet, le « jour du dépassement » (« le jour à partir duquel nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, construit et cultivé sur plus de terres que ce que la nature peut nous procurer au cours d’une année » selon le WWF), presque un mois plus tôt que l’an dernier (le 20 août) : nous consommons 43 % de plus que ce que la planète produit en ressources renouvelables. Oublié aussi que pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de la planète en 2100, il faudrait « un effort hors du commun », comme il est écrit dans Les Échos du 10 août. Oubliée enfin la note de la Banque de France déclarant que « la flexibilité du marché du travail repose essentiellement sur les salariés en CDD et intérim. Ceux-ci sont moins bien rémunérés, reçoivent moins de formations et obtiennent difficilement un CDI ».

On a retrouvé l’ordre du « monde d’avant ». Et la fête bat son plein au bar du Titanic… »

Satanés mots de passe !

12 août 2021

Pour un oui ou pour un nom, il faut désormais saisir un mot de passe : pour accéder à sa messagerie, pour allumer son smartphone, pour mettre en route l’alarme du bureau ou de la maison, pour payer ses impôts, pour consulter son compte en banque, pour acheter en ligne, pour payer sa facture d’électricité, pour mettre en route son ordinateur et tous les objets connectés qui se multiplient dans notre entourage. Pour la moindre démarche administrative ou le moindre achat, il faut être capable de se souvenir d’un mot de passe.

Et pour des raisons de sécurité, on nous encourage à ne jamais utiliser le même mot de passe pour deux applications différentes, à changer très régulièrement de mot de passe et, bien sûr, à ne pas utiliser pour ses mots de passe les trucs évident qui nous viennent immédiatement à la tête comme son prénom ou celui de ses enfants, sa date de naissance, la ville où on habite, le sport que l’on pratique ou même le nom de son chien : beaucoup trop facile à retrouver par n’importe quel hacker un peu futé !

123456, le mot de passe qui reste encore le plus utilisé : un dessin publié dans Mobile24

Le bon mot de passe, celui qui répondra aux critères des applications les plus exigeantes, n’a aucun rapport avec sa vie personnelle, est un joyeux mélange de minuscules, de chiffres, de majuscules et de caractères de ponctuation. Bref, la combinaison tellement improbable qu’il est absolument impossible de s’en souvenir au retour de trois jours de vacances. Car, bien évidemment, il est hors de question de noter ses mots de passe dans son agenda et encore moins sur un post-il collé sur l’écran du PC : n’importe quel expert en sécurité informatique vous le dira…

Un dessin signé Glez, publié dans Blagues et dessins

Alors, si vous aussi, vous avez un peu de mal à vous souvenir de tous les mots de passe que vous avez dû créer, un jour ou l’autre, pour des applications que vous n’utilisez jamais mais dont vous avez brusquement besoin dans l’urgence sans évidement vous souvenir quel satané mot de passe vous avez bien pu inventer à l’époque, alors ces quelques dessins vous aideront peut-être à déstresser et à vous dire que vous n’êtes pas tous seul à galérer dans ce monde de fous…

L. V.

Un dessin signé Erik Tartrais (source © Pinterest)
Un dessin non signé publié sur le site Humour-blagues
Une petite astuce de Docteur Ordinateur pour les cas les plus désespérés…
Un dessin signé Tesson
Même les petits oiseaux galèrent… (source © Birds dessinés)
On sent le vécu… (source © Pinterest)