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Pourquoi autant de morts du Covid-19 en EHPAD ?

18 mai 2020

Il est sans doute bien trop tôt pour tirer un premier bilan de cette pandémie de Covid-19 qui a totalement bouleversé nos vie depuis maintenant plus de 2 mois en France et qui continue à faire des ravages dans d’autres pays. En France cependant, et sauf mauvaise surprise suite au déconfinement progressif mis en œuvre depuis le 11 mai 2020, le pic de l’épidémie semble bel et bien derrière nous. Certes, 372 nouveaux cas de Covid-19 étaient encore déclarés pour la journée du samedi 16 mai, mais ce chiffre atteignait 7 578 le 31 mars dernier, ce qui atteste que le pire est bien derrière nous ! Sur un total de plus de 142 000 personnes infectées en un peu plus de 2 mois, on voit bien que les chiffres actuels sont plutôt caractéristiques d’un phénomène résiduel en cours de normalisation.

Évolution du nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 en France (source © Wikipedia)

Tous les indicateurs confirment ce diagnostic. Le nombre quotidien de morts attribués à l’épidémie est repassé sous la barre des 100 depuis le 15 mai alors qu’on a enregistré jusqu’à 1 438 décès par jour le 14 avril 2020 et qu’on approche désormais le chiffre effrayant de 28 000 morts consécutifs à l’épidémie, même si ce type de données est par nature imprécise et sujette à caution. Les personnes décédées à leur domicile ne sont en effet pas répertoriées dans ces statistiques qui, inversement, intègrent de nombreux cas de décès de personnes non testées et pour lesquels existe simplement une présomption de contamination.

Le nombre de personnes hospitalisées pour cause de Covid-19 est aussi en baisse, se situant désormais à un peu plus de 19 000 après avoir dépassé 32 000 mi-avril. Parmi elles, il n’en reste plus que 2 132 encore en soins intensifs au 16 mai 2020 alors que ce chiffre est monté jusqu’à 7 148 début avril, au moment où les autorités craignaient d’être localement débordées et devaient organiser des transferts de malades pour désengorger certains établissements. Les guérisons de personnes infectées ayant dû être hospitalisées se multiplient également, évaluées désormais à plus de 61 000.

Comparaison de la mortalité enregistrée en France en 2020 par rapport à celle constatée à la même période en 2019 (source © Wikipedia)

L’évolution des chiffres de surmortalité enregistrée est elle aussi encourageante, d’autant que cet indicateur présente l’avantage d’être plus exhaustif puisque basé sur la mortalité nationale effective, toutes causes confondues, établie à partir des données de l’État civil. Par comparaison à l’année de référence 2019, pour laquelle, comme en temps ordinaire, on observe une mortalité qui décroît progressivement de 1 800 par jour début mars (fin de la période hivernale) vers 1 600 début mai, l’année 2020 a été caractérisée par un pic très marqué de mortalité qui a atteint jusqu’à 2 800 décès par jour fin mars mais les chiffres actuels sont repassés, depuis fin avril, en dessous de ceux observés à la même époque en 2019, ce qui confirme bien ce retour à la normale tant attendu : malgré l’épidémie encore en cours ces deux dernières semaines, on meurt moins qu’en 2019 à la même période, ce qui pourrait même laisser supposer que le confinement a épargné des vies, indépendamment de son effet sur la propagation du coronavirus…

Evolution du nombre cumulé de décès liés au Covid-19 en France, à l’hôpital et en EHPAD (source © Wikipedia)

Reste que la répartition de ces décès selon les établissements interroge. Les décès survenus à l’hôpital s’élèvent ainsi à 17 412 à ce jour (points rouges sur la courbe ci-dessus). A la même date, on en compte 10 213 dans les EHPAD (les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, que l’on appelait jadis les maisons de retraite, avant que ne s’impose un langage technocratique édulcoré) et dans les centres médico-éducatifs (autrement dit des établissements pour enfants et adolescents atteints de déficience mentale). En d’autres termes, plus du tiers des personnes décédées en France du Covid-19 dans des structures d’accueil spécialisées sont mortes sans même avoir été hospitalisées !

Il serait bien entendu hasardeux d’en tirer des conclusions hâtives, d’autant que les caractéristiques des EHPAD diffèrent fortement d’un établissement à l’autre, certains étant médicalisés et parfois même équipés de matériel lourds d’aide respiratoire. Mais quand même, on s’étonne un peu de constater que plus de 10 000 personnes âgées atteintes du Covid-19 sont ainsi décédées en l’espace de 2 mois dans des centres spécialisés, entourés généralement d’un personnel qualifié qui les suit quotidiennement, sans qu’il leur soit proposé une prise en charge adaptée en milieu hospitalier…

Un trait d’humour du dessinateur Seb (source © Le Journal de Saône-et-Loire)

Il ne s’agit bien évidemment pas de faire le procès de ces structures d’accueil dont le personnel fait généralement preuve d’un extrême dévouement au jour le jour, comme il l’a justement montré tout au long de cette crise sanitaire avec de nombreux exemples d’équipes qui se sont volontairement confinées sur leur lieu de travail pendant plusieurs semaines d’affilée, précisément pour éviter d’être les vecteurs involontaires du virus qui aurait pu mettre en danger la vie des résidents les plus fragiles.

L’EHPAD de Mougins où 38 résidents sont décédés du Covid-19 (photo © Sébastien Botella / MAXPPP / France 3 Régions)

Mais certains témoignages individuels ne laissent pas d’interroger. Le cas de l’EHPAD La Riviera, à Mougins, géré par le groupe Korian, a été particulièrement relayé par la presse. Il hébergeait 109 résidents début mars, parmi lesquels 38 seraient décédés du Covid-19, sans même qu’il soit proposé des tests de dépistage pour les survivants. Beaucoup se sont interrogés sur le fait qu’en cas d’engorgement des services d’urgence et surtout de soins intensifs, les personnes âgées risquaient d’être considérées comme non prioritaires et ainsi de ne pas bénéficier de soins adaptés alors qu’on relate au moins deux cas de patients âgés de 101 ans qui ont vaincu la maladie, une femme aux Pays-Bas et un homme à Rimini, en Italie, ainsi qu’une femme de 97 ans hébergée en EHPAD dans le département du Nord.

Mais Libération rapporte notamment le cas d’un homme de 85 ans, atteint de la maladie d’Alzheimer, admis en octobre 2019 dans un EHPAD du Val d’Oise, atteint du Covid-19 début mars 2020, peu après l’interruption des visites autorisées aux familles. Sa fille se plaint alors de ne pouvoir même pas le joindre par téléphone et finit par forcer la porte de l’EHPAD pour se rendre compte que son père est enfermé toute la journée dans sa chambre de 10 m², sans téléphone ni télévision et sans aucun contact donc avec l’extérieur, sans bien entendu en comprendre les raisons du fait de son état psychologique. Un confinement qui s’apparente fort à une séquestration… Début avril, le vieil homme décède, seul, sans avoir pu revoir sa fille alors que celle-ci venait justement de trouver enfin le moyen de lui apporter un téléphone portable, mais trop tard… Le corps serait ensuite resté 2 jours dans la chambre en attendant qu’une place se libère en chambre mortuaire mais sa fille n’a pas été autorisé à le voir et a dû se recueillir sur le parking de l’EHPAD.

Le pape Benoît XVI visitant une maison de retraite le 12 novembre 2012 (photo © AFP / Osservatore romano / La Croix)

Des conditions plutôt rudes et qui méritent effectivement qu’on s’interroge sur les conditions de traitement de nos aînés dans certains de ces établissements, lorsque la crise sanitaire vient s’ajouter à un contexte qui n’est déjà par forcément simple au quotidien. Gandhi avait coutume de dire : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite les animaux ». Le pape Benoît XVI avait justement élargi la réflexion à l’occasion d’une visite dans une maison de retraite en 2012 en déclarant : « La qualité d’une société, je dirais d’une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune ». A méditer…

L. V.

Après la pandémie, le changement climatique ?

12 mai 2020

La pandémie mondiale de coronavirus qui bouleverse notre vie quotidienne depuis maintenant des semaines va-t-elle nous servir de leçon et nous aider à prendre enfin à bras le corps les autres défis écologiques qui nous menacent, dont le changement climatique global et son cortège de catastrophes naturelles annoncées ? Nombreux sont ceux qui s’interrogent à ce sujet en ce moment…

Sans vouloir minimiser les conséquence de la pandémie de Covid-19, force est en effet de constater que le mode de réaction n’est pas du tout le même. Et ce n’est pas une simple question de gravité. Malgré le chiffre effrayant de 26 000 morts enregistrés à ce jour sur le territoire national du fait de cette épidémie, on est encore loin des 48 000 décès prématurés enregistrés chaque année en France du fait de la seule pollution atmosphérique qui n’est que l’une des composante du changement climatique global et de la crise écologique que nous traversons...

François Gemenne, spécialiste de géopolitique de l’environnement

Parmi d’autres, François Gemenne se demande ainsi, dans une interview publiée par Alternatives économiques, en date du 9 mai 2020, pourquoi nous sommes capables de prendre des mesures aussi drastiques contre le coronavirus alors que nous faisons preuve d’une très large impuissance face à cette autre crise mondiale qu’est le changement climatique…

Spécialiste des questions de gouvernance de l’environnement et des migrations, François Gemenne participe au GIEC et enseigne à Sciences Po. Il vient notamment de publier, avec d’autres chercheurs, un ouvrage très remarqué intitulé Atlas de l’anthropocène, une véritable somme qui rassemble de nombreuses données scientifiques sur la crise écologique majeure à laquelle se trouve désormais confrontée l’humanité : changement climatique, érosion de la biodiversité, évolution démographique, urbanisation, pollution atmosphérique, détérioration des sols, catastrophes naturelles, accidents industriels, crises sanitaires, mobilisations sociales, sommets internationaux, rien n’est épargné dans cet atlas illustré de manière remarquablement pédagogique.

En fait, François Gemenne fait le constat que la crise sanitaire actuelle a brusquement rendu possible la prise de décisions radicales que chacun, responsable politique comme acteur économique, jugeait totalement inenvisageables jusqu’alors. Confiner un pays entier, mettre au chômage technique des millions de concitoyens et débloquer d’un seul coût plus de 110 milliards d’euros d’argent public en balayant d’un revers de main les conséquences sur les déficits publics alors que l’austérité budgétaire était considérée comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique, voilà en effet qui surprend et ouvre bien des perspectives.

La lutte contre le Covid-19 : un dessin de Patrick Chappatte daté du 9 mars 2020

Si l’on est capable de faire ainsi passer l’état sanitaire des habitants et la solidarité avant toute considération économique et monétaire, alors on devrait pouvoir s’attaquer enfin aux défis de la crise écologique autrement plus inquiétante a priori que cette simple épidémie virale. Puisque le Chef de l’État n’hésite plus à parler de changement radical de paradigme, voilà peut-être le moment venu de prendre enfin les mesures radicales qui s’imposent pour faire face à ces défis planétaires sur lesquels les scientifiques tirent la sonnette d’alarme en vain depuis des années ?

Mais voilà qui n’est sans doute pas gagné selon l’analyse de François Gemenne car ces crises ne sont pas de même nature. Si la crainte du coronavirus a généré un tel consensus dans la mise en œuvre de mesures aussi fortes, y compris en termes de restriction des libertés individuelles, c’est que chacun s’est senti menacé à titre personnel et à très court terme. L’effet anxiogène des bulletins d’information annonçant quotidiennement la progression du nombre de morts a joué à plein.

Un dessin signé Laserre, publié pour la COP 21…

Bien évidemment, chacun est loin de se sentir aussi concerné par les effets du changement climatique dont on annonce les effets prévisibles pour 2050 voire 2100, lorsque la plupart d’entre nous ne seront plus sur cette Terre. C’est d’ailleurs toute la difficulté de communiquer sur un phénomène insidieux qu’il faudrait combattre dès à présent alors qu’il s’installe progressivement de manière de moins en moins réversible, mais dont les conséquences les plus dommageables commencent tout juste à être observées dans notre environnement proche et iront en s’aggravant dans les années à venir.

François Gemenne estime néanmoins que certaines des réactions que nous avons pu avoir à l’occasion de cette crise sanitaire majeure pourraient nous aider à mieux appréhender la lutte nécessaire contre le changement climatique mais aussi contre l’érosion de la biodiversité. Face à une telle pandémie, même si la tentation est d’abord celle du repli sur soi, de la fermeture des frontières et du confinement, force est de constater que la solidarité est aussi nécessaire. Si ceux qui sont exclus de la société tombent malades, c’est toute la population qui peut être contaminée. C’est ce même ressort qu’il conviendrait d’actionner pour lutter contre les effets du changement climatique, en aidant en priorité les pays les plus touchés, notamment pour éviter les transferts massifs de populations vers les zones les plus favorisées.

Le monde d’après le Covid-19 ? Un dessin de Plantu publié dans Le Monde du 31 janvier 2020

Il n’en reste pas moins que cette crise sanitaire nous interpelle sur la grande vulnérabilité de notre économie nationale fortement dépendante d’un mode de production mondialisé, et a tendance à pousser de nombreux pays à un certain repli nationaliste. Une telle attitude serait catastrophique alors qu’il faudrait au contraire développer la coopération internationale pour gérer à la bonne échelle les défis écologiques qui sont face à nous. La crise a démontré que face à de tels défis, les considérations économiques et monétaires qui nous guidaient jusque là peuvent être mises au second plan. Il ne faudrait pas pour autant qu’elle nous conduise à un repli identitaire nationaliste comme on l’observe actuellement, car alors il deviendrait impossible de trouver ensemble les moyens de s’attaquer à des problèmes planétaires : comme le fait observer François Gemenne, on sait désormais à quelle date s’élancera le prochain Tour de France, mais on n’a pas encore réussi à s’entendre pour fixer la date de la prochaine COP 26, tout un symbole de notre sens des priorités…

L. V .

Monsieur G tire sa révérence

10 mai 2020

Gilbert Garcin est décédé vendredi 17 avril, à l’âge de 90 ans. Né en 1929 à La Ciotat, il avait fait ses études dans une école de commerce et fréquenté une université américaine avant de gérer, durant toute sa carrière professionnelle une entreprise de vente de luminaires. Une vie sans histoire de bourgeois marseillais, vivant dans un bel immeuble cossu avec vue sur le stade Vélodrome. Sauf que celui que certains surnommaient « le papi de Marseille », selon Libération, était devenu en quelques années un photographe mondialement reconnu dont les œuvres figurent dans de grandes collections publiques et privées.

Gilbert Garcin devant certaines de ses œuvres lors des Rencontres photographiques d’Arles en 2013 (photo © François Baille / MaxPPP / La Croix)

Une passion qui ne lui est venue qu’à l’âge de la retraite, lui qui, jusque là n’avaient pris que quelques banales photos de vacances comme tout un chacun. En 1995, à plus de 65 ans donc, alors qu’il cherchait de quoi occuper sa retraite, Gilbert Garcin remporte le premier prix d’un concours de photographes amateurs organisé par le photo-club d’Aubagne. Il gagne ainsi la possibilité de participer à un stage de formation organisé dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie à Arles, par le photographe Pascal Dolomieux.

Le Funambule, cliché de Gilbert Garcin (photo © Gilbert Garcin)

Et là, c’est la révélation : il découvre qu’il n’est nul besoin de faire le tour du monde et d’attendre le bon rayon de soleil pour faire des clichés surprenants. Il suffit d’une maquette bricolée sur un coin de table avec des figurines découpées en carton et quelques accessoires pour recréer un décor minimaliste éclairé de manière astucieuse. Comme il maîtrise bien les éclairages après avoir vendu des luminaires toute sa vie, il s’aménage donc son propre studio dans son cabanon de La Ciotat et se met au travail, sous l’œil amusé et plutôt sceptique de sa femme Monique qui n’hésite pas à jeter un regard critique sur ses créations.

Habillé d’un vieux pardessus récupéré dans la penderie de son beau-père, Gilbert Garcin se met en scène lui-même dans son petit théâtre d’ombre, photographiant dans différentes positions sa propre silhouette de Monsieur Tout le Monde qui évoque irrésistiblement celle de Jacques Tati et qu’il appelle lui-même affectueusement Monsieur G. Ses effigies découpées constituent des petites figurines de 10 à 15 cm de haut qu’il met en situation dans des décors improbables dont le fond n’est autre qu’une image projetée sur un écran, le tout éclairé par des néons ou simplement à la lampe de poche, pour donner l’illusion de la réalité.

Le charme de l’au-delà, cliché de Gilbert Garcin (© galerie Camera obscura  / Le Monde)

Et le résultat est étonnant, teinté de surréalisme, d’humour et de philosophie. Comme le rapporte Le Monde, « Gilbert Garcin fait des photos intelligentes que tout le monde peut comprendre », selon le journaliste marseillais Yves Gerbal, qui fut l’un des premiers à avoir découvert son travail et qui préfaça l’ouvrage Mister G, paru en 2009 aux éditions Filigranes. Un univers poétique qui rappelle non seulement Jacques Tati ou Magritte pour ce côté surréaliste qui met le doigt sur les aspects absurdes de la condition humaine, mais aussi Hitchcock pour cette faculté à se mettre lui-même en scène, parfois avec son épouse, dans chacune de ses œuvres et bien sûr par ce choix du noir-et-blanc pour toutes ses photographies.

Les précaution élémentaires, une allégorie qui ne manque pas de prémonition pour la situation actuelle de confinement… (photo © Gilbert Garcin)

Les clichés de Gilbert Garcin ne cherchent pas à dénoncer ou à donner des leçons de morale, juste à aider chacun à réfléchir à la vie, à l’amour, au temps qui s’écoule, aux difficultés de l’existence, à l’angoisse de la mort, à tout ce qui fait le quotidien de la condition humaine. Un univers vaguement onirique où chacun peut s’identifier.

Regard sur la peinture contemporaine (photo © Gilbert Garcin)

Son œuvre comporte quelques centaines de clichés seulement mais, en 15 ans, Gilbert Garcin était devenu un photographe mondialement reconnu dont les œuvres, publiées via plusieurs ouvrages et exposées dans différentes galeries et musées, ont connu une très forte notoriété. Certains de ses clichés figurent dans les collections publiques de la Maison européenne de la photographie, du Fonds national pour l’art contemporain, ou du FRAC à Marseille. Une belle consécration pour celui qui hésitait, au moment de prendre sa retraite, entre faire de la photo ou aller à la pêche…

L. V.

1720 : Marseille déjà confinée…

5 mai 2020

Coronavirus et son fidèle ami Bacillus (source © Astérix et la Transitalique de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad)

Il y a tout juste 300 ans, en mai 1720, débutait à Marseille une autre épidémie que celle du coronavirus qui nous occupe actuellement. Selon les historiens, et comme pour le Covid-19 en 2020, les chroniqueurs de l’époque ont identifié avec force détail ceux qui ont apporté la maladie dans la ville et ceux qui en furent les premières victimes. Ils ont détaillé, jour après jour le nombre de décès et la propagation du mal dans la ville puis dans ses alentours. Ils ont analysé et parfois critiqué les méthodes de lutte qui ont été mises en place pour tenter d’enrayer la progression de l’épidémie, comment le confinement a été instauré et souvent contourné par des individus inconscients, comment les autorités ont essayé de maintenir l’ordre et d’imposer une organisation efficace pour venir à bout de l’épidémie, sans forcément disposer de toute l’information médicale nécessaire.

Gérer une crise sanitaire majeure dans une ville où chacun est d’abord préoccupé par le maintien de ses activités économiques : tout compte fait, la crise du Covid-19 et celle de la dernière grande peste qui sévit en Occident il y a 300 ans, ne manquent pas de points communs…

A l’époque, Marseille était un port en plein essor, porte d’entrée des nombreuses marchandises importées du Levant et dont la population s’élève à plus de 80 000 habitants (10 fois moins qu’en 2020 tout de même). La ville est alors entièrement ceinturée par des remparts récents, construits sur ordre de Louis XIV et achevés en 1694, permettant de tripler la superficie urbaine avec une forte extension vers le Sud où l’urbanisme se développe autour de larges avenues rectilignes comme la rue de Rome ou la rue Paradis.

Plan de Marseille en 1720 et propagation de la peste dans les quartiers (source © Wikipedia)

Échaudées par de nombreuses épidémies de peste du fait de ses contacts incessants avec le Proche-Orient où ce mal est alors endémique et se souvenant notamment de l’épisode de 1580 qui fut particulièrement meurtrier, les autorités locales avaient mis en place un système de prévention particulièrement draconien avec un dispositif de lettres patentes délivrées dans les ports du Levant aux navires qui y font escales avant de rejoindre la France. Les bateaux arrivant à Marseille étaient alors tenus de mouiller aux abord de l’île de la Jarre ou de celle de Pomègues, tandis que le capitaine se rendait en barque présenter ses patentes au bureau de santé installé depuis 1719 sur le Vieux-Port, lequel décide alors de la durée de quarantaine exigée pour le navire, ses passagers et sa cargaison.

Maquette du Grand Saint-Antoine réalisée en 2017 par Guy Seguin et désormais au Musée d’Histoire de Marseille (source © Made in Marseille)

Un dispositif extrêmement rigoureux et terriblement efficace puisqu’il avait permis d’éviter toute nouvelle épidémie de peste à Marseille depuis plus de 60 ans. Ce 25 mai 1720, cependant, il semble bien que le système ait été quelque peu contourné, même si des études réalisées en 2016 par l’Institut Max Planck et révélées par Science et Avenir, laissent encore planer un doute quant à l’origine exacte de la fameuse peste de 1720 dont le bacille ne viendrait pas d’Orient mais serait une résurgence de la Peste noire qui avait ravagé l’Europe au XIVe siècle et serait resté présente à l’état de foyers latents isolés.

Selon toute vraisemblance néanmoins, ce sont bien les puces présentes dans les étoffes issues des cales du Grand Saint-Antoine qui ont répandu leur bacille mortel dans les rues de Marseille, faisant leurs premières victimes parmi les lavandières, les portefaix et les tailleurs qui eurent à les manipuler. Si le dispositif sanitaire préventif a pu être ainsi contourné, ce fut à la suite d’une accumulation de négligences, d’erreurs administratives et surtout de pressions multiples liées au fait que le navire avait été affrété par des personnalités puissantes, dont le premier échevin de la Ville, l’équivalent du maire actuel.

Pourtant, les signaux précurseurs avaient été multiples : entre Tripoli et Marseille, 5 personnes étaient mortes à bord, dont le chirurgien lui-même. Détourné sur Livourne, le bateau n’avait pas pu y accoster, par refus des autorités sanitaires et 3 personnes supplémentaires y sont décédé. Le 27 mai, deux jours après l’arrivée à Marseille, un matelot meurt à son tour, et pourtant, le bureau de santé finit par revenir sur sa position initiale, tandis que le capitaine falsifie son rapport, prétendant que les décès survenus en mer sont liés à une alimentation inadaptée. Des pressions successives ont conduit à autoriser finalement le navire à décharger aux infirmeries ses marchandises les plus précieuses qui étaient destinées à être vendues à la foire de Beaucaire prévue en juillet, et ceci en contradiction avec les règles habituelles.

Dès lors, la mécanique est enclenchée et la décision tardive, prise début juillet, de transférer le Grand-Saint-Antoine à l’île de la Jarre pour le brûler avec le reste de sa cargaison (des balles de coton et des sacs de cendre qui servaient alors de déshumidificateur dans les cales de navire et étaient ensuite revendues pour la fabrication du savon), ne permet pas d’enrayer l’épidémie qui, avec les beaux jours, se propage rapidement dans les quartiers insalubres de Marseille au nord du Vieux-Port.

Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, œuvre du peintre Michel Serres en 1721 (© Marseille, musée des Beaux-Arts / INRAP)

Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les autorités ordonnent des fumigations de soufre dans les habitations des personnes décédées afin de les désinfecter, tandis que le corps des galères se retranche dans son arsenal. De nombreuses familles pauvres préfèrent quitter leurs taudis dans les rues tortueuses du Panier pour aller se réfugier à La Plaine où un vaste campement s’organise tandis que les familles les plus aisées quittent précipitamment la ville pour aller se réfugier dans leurs bastides à la campagne : toute ressemblance avec les comportement de certains Parisiens qui ont fui la capitale mi-mars 2020 pour aller se confiner dans leur résidence secondaire en Normandie, n’est pas totalement fortuite…

Médecin soignant les pestiférés avec son masque protecteur rempli de plantes aromatiques (source frontispice du Traité de la Peste publié en 1721 par Jean-Jacques Manget / Office de tourisme de Bandol)

Fin août, malgré les efforts pris par les autorités pour cloisonner les différents quartiers, la peste s’est répandue dans toute la ville et on dénombre jusqu’à 1000 morts par jour. Dès le 31 juillet, le Parlement d’Aix interdit aux Marseillais de sortir de la ville et un arrêt du Conseil d’Etat, le 14 septembre, prononce le blocus de Marseille. La municipalité est placée par le pouvoir royal sous l’autorité d’un commandant militaire, le chevalier de Langeron, qui s’appuie dès lors sur de ordonnances de police pour administrer la ville, une situation qui durera jusqu’en 1723 et qui a été analysée en détail dans les travaux de Fleur Beauvieux. C’est l’État dès lors qui gère la police maritime tandis que la ville est découpée en 6 quartiers sans communication entre eux et géré chacun par un commissaire de police.

Des billets de santé sont instaurés pour permettre le contrôle des déplacements de la population. Des médecins sont nommés par quartier pour assister les commissaire dans leur tâche de recensement quotidien des malades et des morts. Les forçats des galères, surnommés les corbeaux, sont mis à disposition pour les tâches les plus ingrates dont la récupération et l’ensevelissement des corps. Des contrôles spécifiques sont instaurés en direction des groupes sociaux jugés à risques pour la propagation de l’épidémie, parmi lesquels les prostituées, les étrangers mais aussi les fripiers, accusés de revendre clandestinement les effets des personnes décédées.

Vestiges du mur de la peste à Saumane-de-Vaucluse (source © Office de tourisme Pays des Sorgues Monts de Vaucluse)

Malgré le cordon sanitaire mis en place tout autour de la ville, y compris avec la construction d’un mur en pierres sèches édifié sur 27 km de long le long de la frontière avec le Comtat Venaissin, ainsi que la mise en place de lieux d’échange sécurisés pour permettre le ravitaillement de la ville, l’épidémie se propage à l’extérieur. Allauch, Cassis, Aubagne sont fortement touchés. Dans une étude très fouillée, datée de 2002, il est indiqué que, sur les 3980 que comptait alors Aubagne, 2114 sont mortes de la peste entre août 1720 et octobre 1721. A Cassis, qui dénombrait alors 2980 habitants, 26 sont décédés durant la première vague de la peste arrivée dès le 21 juillet 1720, mais encore 226 lors d’une rechute survenue entre septembre 1721 et mars 1722. A Auriol, c’est près de la moitié de la population du village qui a été décimée avec 1319 morts sur 3095 habitants. A Marseille, c’est probablement la moitié de la ville, soit entre 40 000 et 50 000 personnes qui sont décédées de la peste entre 1720 et 1722, tandis que le bilan pour l’ensemble de la Provence est estimé autour de 100 000 morts soit un quart de la population totale.

Pendant le festival historique 1720 à La Ciotat en 2015, un figurant déguisé en médecin (photo © Stéphane Bonhomme / de-natura.net)

Seule la ville de La Ciotat a été totalement épargnée par ce fléau, à l’abri derrière ses remparts maintenus hermétiquement fermés tandis que le port connaissait un essor inespéré accueillant nombre de navires de ravitaillement qui ne pouvaient plus accoster à Marseille. Un effet d’aubaine dont le souvenir est soigneusement entretenu depuis par un festival historique dont la 16e édition a eu lieu en août 2019. Même les moulins de Carnoux auraient parait-il profité de cette période pour développer leur production, à l’écart des villes d’Aubagne et de Cassis, mais proche des points de ravitaillement en blé par le port de La Ciotat : comme lors de chaque crise, certains arrivent toujours à tirer leur épingle du jeu…

L. V.

Confinés de rire…

3 mai 2020

Quoi de mieux que le rire pour conjurer ses angoisses ? Lorsque chacun s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé et celle de ses proches, mais aussi des répercussions économiques voire sociale, l’humour peut aider à dérider et à apaiser les craintes. Tous les sociologues en font le constat, c’est en cas de crise collective que fleurissent les meilleures blagues ! De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 n’aura pas échappé à la règle et internet regorge de ces petites blagounettes faciles et de dessins humoristiques de plus ou moins bon goût qui prolifèrent pour tourner en dérision notre condition de confiné.

Source : Biba magazine

Petit florilège non exhaustif et pioché au hasard, en remerciant leurs auteurs respectifs d’accepter de partager ce petit moment de détente…

Comme après chaque fléau, on cherche les coupables… Des rumeurs insistantes circulent sur des erreurs de manipulation dans un laboratoire de recherche chinois, mais la malveillance n’est pas prouvée…

 

L’autre coupable désigné à la vindicte populaire, le pangolin bien sûr… Un dessin signé Sanaga

 

Le Covid-19, ennemi public n°1 : la maladie qui guérit de toutes les autres angoisses… Un dessin signé Antoine Chéreau

Le confinement dans la durée, cela demande un peu de patience… Un dessin signé AH du dessinateur belge Arnaud Ahache

Pour un confinement réussi, il faut avoir pensé en amont à stocker l’essentiel. Les spécificités culturelles peuvent influer sur ce choix… Un dessin signé Ixène, publié le 2 avril 2020 dans Familles chrétiennes

Être confiné chez soi, c’est aussi devoir cohabiter avec son chat : pas si facile au quotidien… Source : Biba magazine

Les joies du confinement, comme un air de nostalgie… Un dessin de Laurent Salles, publié dans l’Alsace

Dans la rue, le masque bientôt obligatoire ? De quoi susciter certaines interrogations légitimes… (Photomontage DR republié par le site Compétences relationnelles)

Le jardinage, une alternative au ravitaillement en grande surface ? Pas si simple… Un dessin signé Deligne

Au moins, jardiner est un bon dérivatif quand le confinement en famille devient tendu… (photomontage DR republié sur Facebook)

La pénurie de masques au début de la crise a pu générer quelques incompréhensions… Un dessin signé Espé du dessinateur Sébastien Portet


L’enseignement scolaire à distance, un vrai bonheur… (source : Cahiers Joséphine)

Les parents découvrent avec attendrissement comment leur progéniture s’épanouit au quotidien en découvrant avec avidité de nouveaux savoirs… Où comment les enseignants remontent dans l’estime des parents d’élèves… Un dessin du dessinateur Lapuss’ et de son compère Tartuff, extrait de la série En quarantaine

Les enfants confinés dans la durée : un véritable bonheur familial… (source : photomontage DR)

Le confinement, un handicap pour les carrières professionnelles ? (source : Le Lombrik)

Pendant le confinement, le télétravail devient la norme… Un dessin de Marc Large pour le quotidien Sud-Ouest

Attention car la gestion du confinement par le gouvernement pourrait lui donner de mauvaises idées… Un dessin signé Deligne


Et pendant ce temps-là, les relations internationales se poursuivent, dans un esprit de coopération fraternelle et solidaire… (source : Biba magazine)

Et après le confinement, que va-t-on faire ? Un dessin signé Antoine Chéreau et publié le 7 avril 2020 sur Urtikan

Et quelques pensées de circonstance, issues d’une longue réflexion, confinement oblige…

Les hommes malades du Covid

26 avril 2020

En cette période sombre de confinement forcé, il est temps de relire ses classiques, qui donnent parfois l’illusion d’une troublante actualité. Après Le Cid, de Corneille, Les Fables de La Fontaine, inspiré de la fable Les animaux malades de la peste

Un mal qui libère sa fureur

Gravure de Jean-Baptiste Oudry illustrant les animaux malades de la peste (source © BNF / Utpictora 18)

Plonge le monde dans la terreur.

Issu de Chine, il s’est partout répandu

Sous le nom de Covid-19, un sacré tordu,

Donnant aux hommes la fièvre et une toux carabinée.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient confinés.

L’activité s’était brutalement arrêtée,

Chacun craignant désormais pour sa santé.

On ne les voyait guère préoccupés

Qu’à tout faire pour ne pas l’attraper

Ne sortant qu’avec un masque et des gants

Et fuyant leur semblable comme s’il était un brigand.

Les hôpitaux étaient engorgés et chaque soir

On comptait les morts par arrêt respiratoire.

Emmanuel Macron s’exprime sur le Coronavirus COVID-19 (source © Élysée)

Macron tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le libre-échange a permis

Pour notre malheur cette pandémie affreuse.

Il nous faut désormais, de manière rigoureuse,

Pour permettre demain le retour des jours heureux,

Reconnaître nos erreurs et être plus généreux.

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mon goût de la finance,

Des économies budgétaires et de la bonne gouvernance,

J’ai saigné l’hôpital, pressuré les soignants.

Que m’avaient-ils fait ? Pas plus que les enseignants…

Il m’est arrivé aussi de vendre à la découpe

Quelques usines, ce n’est pas un scoop.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit tout évaluer sans dispense
Pour pouvoir juger sans émoi.

– Président, dit le journaliste des Échos,

Manifestation des employés de Luxfer à Gerzat (photo © Franck Boileau / La Montagne)

Là n’est pas la source de nos ennuis médicaux.

Certes, nous devons désormais tout importer

Les masques, les tests et les bouteilles d’oxygène.

Pour autant, il n’y a pas à s’inquiéter

C’est la loi de la mondialisation !

Il n’y a bien que les Aborigènes

Qui la rejettent sans hésitation.

A ces mots, chacun d’applaudir

Sans trop chercher à approfondir…

Le patron de clinique, le banquier,

Et tous les grands boutiquiers,

Les plus gros spéculateurs

Comme le plus petit boursicoteur,

Chacun habilement se défaussa.

Pangolin à courte queue (source © Wikipedia)

Jusqu’à ce qu’on s’intéressât

A un être méconnu et pas très malin

un cuirassé sur pattes, dénommé pangolin,

Dont on fait, parait-il, commerce en Chine

Et qui aurait donc grippé la machine

En permettant la transmission

A l’Homme du coronavirus.

Chacun dès lors approuve la condamnation

Trump, l’Europe et même les Russes…

Qu’un tel animal ait pu ainsi mettre à mal

Toute l’économie mondiale

Et faire trembler la planète entière

Voilà qui mérite châtiment exemplaire !

L. V. 

Pandémie : la Suède fait cavalier seul…

18 avril 2020

Alors que l’épidémie mondiale de Covid-19 bat encore son plein, ce sont selon un article du Monde en date du 17 avril 2020, pas moins de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays qui sont actuellement soumis à un confinement généralisé, malgré les dramatiques conséquences économiques et sans doute sociales qui en résultent. Du jamais vu à une telle échelle. Partout dans le monde, avec de légères variantes selon les gouvernements, les cultures locales et surtout le niveau d’acceptation de la population, les consignes sont les mêmes : « Restez chez vous ! ».

Un dessin signé Yelch (source © Pinterest)

Partout désormais les frontières sont fermées, les avions cloués au sol, le trafic routier fortement ralenti, les écoles et les restaurants fermées, les travailleurs confinés à domicile et même les bateaux de croisière sont à l’arrêt. Quelques pays ont bien essayé de passer outre cette politique d’immobilisation générale, cette règle de confinement générale qui nous vient de Chine, la seule réputée de nature à « s’en sortir sans sortir »…

Le premier ministre britannique Boris Johnson, lors d’un point presse sur le Convid-19 le 18 mars 2020 (photo © Eddie Mulholland/ Reuters / Courrier international)

La Grande-Bretagne en particulier a longtemps résisté, visant une stratégie d’immunité collective : plutôt que de protéger la population contre le virus, l’idée était de le laisser faire son œuvre jusqu’à ce que plus de la moitié des Britanniques aient été infestés et aient donc développé des anticorps permettant de faire barrière à la propagation de l’épidémie. Sauf que le 24 mars 2020, face à la propagation rapide de la maladie, le pays s’est finalement résolu à battre en retraite et à annoncer un confinement généralisé. Après avoir longtemps adopté une attitude de déni face au risque sanitaire, le premier ministre, Boris Johnson, annonçait trois jours plus tard être lui-même atteint du Covid-19, avant d’être hospitalisé quelques jours plus tard et même placé en soins intensif le 6 avril.

Tous les pays d’Europe sont donc désormais confinés, tous sauf un : ce dernier pays qui résiste envers et contre tout n’est pourtant pas constitué d’irréductibles Gaulois mais plutôt de descendants des Vikings puisqu’il s’agit de la Suède. Alors que tous ses voisins norvégiens, danois et finlandais se sont progressivement claquemurés depuis maintenant plus d’un mois, les Suédois continuent à n’en faire qu’à leur tête et à refuser tout confinement imposé.

Dans ce pays, le premier cas a été détecté le 31 janvier 2020 et le 22 mars, le bilan faisait état d’un peu moins de 2000 personnes infectées et de 21 morts. A la même date, on en était en France à près de 20 000 cas avérés et de l’ordre de 860 morts déclarés. Il faut dire que le pays est 6 fois moins peuplé que la France, avec un peu plus de 10 millions d’habitants contre 67 en France, et surtout une densité de population sensiblement plus faible.

Nombre de nouveaux cas avérés de Covid-19 identifiés par jour depuis le début de l’épidémie en France et en Suède (source © Wikipédia)

Un mois plus tard, au 17 avril 2020, on dénombre désormais près de 110 000 cas de Covid-19 en France (et désormais près de 19 000 décès en comptant ceux survenus dans les EHPAD). A cette même date, le nombre total de cas enregistrés en Suède est d’un peu moins de 14 000 pour environ 1500 morts constatés. Ramenés à la population respective des deux pays, force est donc de constater que les Suédois ne s’en sortent pas si mal, malgré tous les oiseaux de mauvais augures, et notamment ceux des pays limitrophes, qui ne se sont pas privés de dénigrer une inconscience collective et criaient à la catastrophe annoncée faute de respecter les règles de confinement devenues la norme mondiale depuis le début de cette pandémie…

Et pourtant, ce n’est pas la fameuse hydrochloroquine du bon professeur Raoult qui peut expliquer ce bilan plus qu’honorable puisque le gouvernement suédois a décidé début avril de ne plus y recourir, en dehors des essais cliniques, à cause des effets secondaires jugés excessifs.

Mais si les Suédois n’ont pas cédé à l’injonction du confinement général, ils n’ont pas pris pour autant à la légère cette épidémie, d’autant que le système hospitalier suédois est loin d’être pléthorique puisqu’on n’y compte que 2,2 lits d’hôpital pour 1000 habitants contre 6 en France.

A Stockholm le 27 mars 2020 (photo © TT News Agency / Reuters / Le Monde)

Dès le 12 mars, les rassemblements de plus de 500 personnes étaient interdits, une mesure étendue le 27 mars à tous les groupes de plus de 50 personnes, et le 18 mars, quasiment en même temps qu’en France, les lycées et les universités ont fermé leurs portes. Les stations de ski ont été fermées à leur tour et les visites dans les maisons de retraite sont désormais interdites, comme en France. Le 1er avril, les recommandations à la population ont été rappelées avec force pour inciter chacun à maintenir une distance de sécurité dans les transports en commun, les restaurants ou les commerces.

Le premier ministre suédois Stefan Löfven (photo © Petras Malukas / AFP / La Croix)

Mais pour autant, les écoles et les collèges continuent à fonctionner normalement. Cafés, restaurants, cinémas et jardins publics restent ouverts et rien n’empêche de les fréquenter. En fait, le gouvernement suédois, dirigé par le social-démocrate et ex-syndicaliste Stefan Löfven, part du principe que les citoyens sont informés et responsables, et sont donc en capacité de comprendre et d’appliquer les mesures de santé publique sans que la contrainte soit nécessaire. Comme l’exprime la ministre des Affaires étrangères, « Notre modèle est basé sur la responsabilité personnelle et la confiance dans les décisions prises par les agences gouvernementales. C’est valable en temps de crise comme en temps normal ».

De fait, force est de constater qu’à Stockholm il y a désormais 70 % de gens en moins dans les rues du centre-ville et 50 % en moins dans les transports en commun, ce qui confirme que les citoyens ont bien adapté leurs comportements à la situation. Un tiers des Suédois sont d’ailleurs actuellement en télétravail. Un résultat qui explique sans doute la relative retenue constatée dans la propagation du virus et qui repose donc largement sur la responsabilité collective et le sens des responsabilités de chacun. Des qualités qui expliquent par exemple que le taux de vaccination atteigne 98 % en Suède, alors que la vaccination n’y est pas obligatoire : de quoi faire rêver les épidémiologistes français qui se plaignent sans cesse de la mauvaise volonté de nos compatriotes à suivre les directives sanitaires nationales…

L. V.

La complainte du coronastressé

16 avril 2020

Ô rage ! ô désespoir ! ô virus ennemi !

N’ai-je donc tant vécu que pour un tel tsunami ?

Ce fléau venu de Chine et qui nous effraie

Qui sème la mort comme tombe le couperet.

Mon masque, qu’avec effroi j’enfile pour sortir,

Mon masque, que sans arrêt je dois revêtir,

Sans oublier mon autorisation à signer

Pour tenter dans la rue de pointer mon nez.

Ô cruel rappel de ma liberté passée !

Mon travail, mes amis, pour l’instant effacés

Qui jusque-là avaient pourtant tant d’importance

Et qu’il faut désormais bien tenir à distance.

Jusqu’où faudra-t-il donc tous rester confiner ?

S’abstenir de sortir, rester à lambiner ?

Suivre les courbes, attendre que passe le pic

De cette pandémie virale vraiment atypique ?

Pendant que Raoult peaufine sa chloroquine,

Et que tous les Français confinés s’enquiquinent,

L’activité s’est arrêtée, la crise nous guette,

Et tout le monde stocke des coquillettes.

Faut-il poursuivre ce gel de nos activités,

Et sombrer dans la crise ou vivre dans la crainte ?

Nous sommes en guerre, Macron l’a assez répété,

Tout est à recréer : il faut tout faire péter !

Il est temps de relocaliser, de produire

Tout ce dont on aura besoin pour rebâtir

Quand l’épidémie sera terminée, demain

Pourra-t-on reprendre notre destin en main ?

 

Toute ressemblance même très vague et néanmoins flatteuse avec certains extraits de l’acte I, scène 4 du Cid de Corneille, serait bien entendu totalement fortuite : vous voyez bien que cela n’a rien à voir…

L. V.

Coronavirus : mieux vaut en rire…

31 mars 2020

En cette période de pandémie mondiale de Covid-19, certains ont tendance à se laisser aller au pessimisme ambiant, voire à la panique généralisée. Mais heureusement, l’humour aide parfois à ne pas dramatiser inutilement la situation et à prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs. Et de ce point de vue, certains ne manquent pas d’imagination… Petit florilège non exhaustif du talent de quelques dessinateurs de presse, histoire de tuer le temps avant que le virus ne nous tue !

L. V.

Surtout ne pas paniquer, même si le contexte est quelque peu anxiogène : un dessin signé Patrick Chapatte et publié dans le journal suisse Le Temps)

 

Les grands événements sportifs affectés par l’épidémie : la course cycliste Milan San Rémo a dû être annulée, un dessin du Belge Sondron (source Le Courrier International)

 

Le contrôle des attestations de déplacement dérogatoire, un vrai casse-tête pour les forces de l’ordre : un dessin signé Na !

 

Un appel gouvernemental à aller aider les agriculteurs pour les travaux des champs : heureusement que certains ont l’esprit civique développé… (source Blog Médiapart Monkeyman)

 

Braver le confinement, un geste inconscient… Humour noir signé Ranson

La crise sanitaire a pour effet de renforcer les liens familiaux, en général du moins : un dessin de Sébastien Lacombre (source Le Journal de Saône-et-Loire)

 

Faire des provisions en période de confinement, une bataille mémorable… (source Facebook / Pleine Vie)

 

L’épidémie de Covid-19 a permis à de nombreux travailleurs d’expérimenter le télétravail, avec malgré tout ses limites… (source D. Parreaux / France Bleu)

 

Pendant le confinement, les joies de l’école à la maison, un calvaire pour certains parents… Un dessin signé Philippe Tastet

 

Un effet positif de la pandémie mondiale : le niveau de pollution est en baisse significative… Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

 

Rien ne sera plus comme avant : les effets inattendus de cette crise sanitaire sur les schémas de pensée de nos dirigeants ? Un dessin signé Soulcié, publié dans Marianne le 20 mars 2020

Collecte des déchets : ça bouge !

24 mars 2020

Collecte des ordures ménagères par des agents de la métropole d’Aix-Marseille-Provence (photo © Patrick Magnien / 20 minutes)

Nous nous sommes habitués depuis plusieurs décennies à laisser le soin à des professionnels, rémunérés par la collectivité, d’assurer la collecte et le traitement de nos déchets dont le volume ne fait qu’augmenter d’année en année. Mais on ne peut continuer indéfiniment à accumuler des déchets que l’on enfouit ou que l’on incinère, car cette activité, malgré toutes les précautions qui sont prisses, coûte cher à la collectivité et contribue à polluer l’air, les sols et l’eau.

Pour sortir de ce cercle vicieux, toutes les solutions sont bonnes à prendre : éviter autant que possible de produire des déchets, recycler tout ce qui peut l’être et limiter l’impact environnemental de l’élimination des déchets ultimes, telles sont les grandes lignes des politiques publiques mises en œuvre… Et en la matière, les choses évoluent, même si l’agglomération marseillaise fait, jusqu’à présent, plutôt figure de retardataire.

Montagne de déchets en 2011 à Limeil-Brévannes dans le Val de Marne (photo © Jacques Demarthon / AFP / BFM TV)

Chaque Français génère en moyenne de l’ordre de 250 kg de déchets par an, collectés via le ramassage des ordures ménagères. En région PACA, ce volume s’élève en moyenne à 340 kg, ce qui signifie que l’on a une forte marge de progression pour mieux recycler et réduire à la source les volumes de matière à traiter !

Les activités économiques sont en partie responsables de cette surcharge pondérale coûteuse. Alors qu’en moyenne nationale les déchets issus des entreprises et des commerces qui continuent à être collectés et traités comme des ordures ménagères représentent 20 % du volume total des déchets ramassés par les collectivités, ce pourcentage est le double en région PACA. Une anomalie qui devrait être amenée à disparaître progressivement puisque depuis déjà des années, il revient aux acteurs économiques de s’organiser pour collecter et traiter eux-mêmes les déchets générés par leur activité.

Déchets dans la zone industrielle de Lambesc (source © association AZALEE / La Provence)

La collectivité n’a en effet aucune obligation de prendre en charge avec le reste des ordures ménagères la collecte des déchets issus de l’activité économique, surtout lorsque cela représente des volumes aussi importants. La plupart des collectivités ont d’ailleurs arrêté de le faire et laissent le soin aux entreprises et aux gestionnaires des zones d’activité de s’organiser en conséquence. A Marseille, sur les anciens territoires du Pays d’Aix et de la Communauté urbaine de Marseille, cette collecte s’est d’ailleurs arrêtée au 1er janvier 2020, au grand désarroi de nombreux industriels malgré toute la communication réalisée en amont…

Et les choses vont bouger aussi du côté des biodéchets, tout ce qui concerne les déchets organiques fermentescibles qui constituent une part très importante de nos déchets ménagers, souvent plus de 30 % du contenu de nos poubelles ! Réduire en fumée, via un incinérateur, ces déchets organiques gorgés d’eau, est une ineptie car cela consomme énormément d’énergie inutilement. Les enfouir avec les autres déchets est tout aussi regrettable voire potentiellement dangereux car leur fermentation en masse produit du biogaz qu’il faut évacuer à défaut de le valoriser.

Inversement, ces déchets organiques sont très facilement valorisables pour produire du biogaz et du compost parfaitement adapté pour de multiples usages en agriculture, ou pour les parcs et jardins des collectivités. Mais cela suppose de les collecter à part. Ce sera bientôt le cas puisque la loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 17 août 2015, rend obligatoire la collecte séparée des déchets organiques à compter de 2025. Et le calendrier s’accélère puisqu’une directive cadre relative aux déchets a été modifiée en 2018 et qu’elle ramène cette date limite au 31 décembre 2023, dans moins de 3 ans donc.

Composteur artisanal en bois à construire soi-même (source © Backyardfeast)

Les municipalités qui viennent d’être réélues ou qui le seront d’ici quelques mois, à l’issue de la crise sanitaire qui actuellement occupe tous les esprits, vont donc avoir à mettre en lace et à gérer une nouvelle étape importante, à savoir le tri à la source par chaque citoyen, de ces déchets organiques pour pouvoir les collecter séparément et les valoriser. Car tous les retours d’expérience ont confirmé que le tri mécanique de ces déchets, s’ils n’ont pas été séparés dès le départ, est totalement impossible et en tout cas sans aucune pertinence économique. C’est donc bien à chacun de faire en sorte de ne pas mélanger dès le départ ses épluchures de pommes de terre avec ses emballages de pizza. Encore un domaine où le citoyen va devoir réapprendre, très vite, à se montrer responsable et proactif, au lieu de se reposer entièrement sur l’action des agents municipaux ou de leurs prestataires, au prétexte qu’il paye des impôts pour cela…

Des composteurs individuels mis à disposition des familles (source © SYDED)

Le changement n’est pas si naturel qu’il ‘y paraît. Heureusement, de très nombreuses collectivités ont déjà franchi le pas et d’innombrables familles pratiquent déjà de manière quotidienne ce tri à la source des déchets organiques, soit pour nourrir leurs poules, soit pour alimenter le composteur placé dans un coin du jardin… Dans le Lot par exemple, un syndicat de traitement des ordures ménagères, le SYDED, a déjà installé sur son territoire quelques 270 composteurs partagés, souvent mis à disposition de structures telles que des établissements scolaires. Chacun de ces sites, grâce aux conseils pratiques de professionnels, permet de traiter de 500 kg à 3 tonnes de déchets organiques par an, autant de volume qui ne finit plus en décharge et permet de produire du terreau à usage local.

Un guide pratique réalisé parle réseau Compostplus à l’attention des collectivités (source © actu-environnement)

Ces composteurs de proximité, qui disposent désormais, depuis un arrêté du 9 avril 2018, d’un cadre réglementaire sécurisé pour des capacités ne dépassant pas 1 t de matière déposée par semaine, sont certainement appelés à se multiplier, tandis que plusieurs villes testent des tournées de collecte des déchets organiques en porte à porte. C’est le cas désormais à Grenoble et dans trois arrondissement de Paris par exemple. Il existe même un guide pratique de la collecte séparée des biodéchets, réalisé à l’attention des collectivités par le réseau Compostplus.

Peut-être un nouveau chantier que la nouvelle municipalité de Carnoux et les futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence auront à cœur de mettre en œuvre, sans même attendre l’échéance réglementaire du 31 décembre 2023, histoire de rattraper le retard accumulé dans le tri sélectif des ordures ménagères dans les logements collectifs ?

L. V.

Et si Carnoux passait au vert ?

8 mars 2020

Un dessin militant de Philippe Geluck…

Dans une semaine, dimanche 15 mars 2020, se tiendra le premier tour des élections municipales, à Carnoux-en-Provence comme dans les près de 35 000 communes que compte la France. Contrairement à la dernière échéance, en 2014, où pas moins de 5 listes se présentaient, cette fois le paysage électoral est nettement plus dégagé et tout laisse penser que l’affaire sera réglée dès le premier tour. Exit le Rassemblement national qui n’avait obtenu qu’un seul élu en 2014 malgré ses scores électoraux pléthoriques à Carnoux et qui ne présente donc pas de liste cette année. Exit également Gérard Garcia qui est passé du statut d’opposant déterminé à celui de soutien inconditionnel au maire sortant, au point de laisser son propre fils figurer en bonne place sur la liste de ce dernier.

Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer depuis 37 ans à Carnoux (source © Ensemble pour Carnoux)

Un maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, qui n’a même pas pris la peine de faire réellement campagne tant il est persuadé d’être réélu, et qui n’a pas vraiment jugé utile d’élaborer un véritable programme, se contentant de mettre en avant sa très longue expérience d’élu municipal, depuis 1983 et sa parfaite connaissance des procédures pour monter des dossiers de demandes de subvention auprès du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, lequel finance à tout va tous les projets d’investissements de la commune, même les plus farfelus. Sa gestion des finances communales, dont il fait le seul et unique argument de sa campagne, est pourtant loin d’être irréprochable, elle qui a fait l’objet d’un rapport au vitriol de la Chambre Régionale des Comptes, pointant de graves irrégularités et un manque flagrant de transparence.

Mais celui qui incarnait l’opposition dans la municipalité sortante (tout en votant sans discuter la plupart des décisions importantes) et qui a mis en avant les errements financiers du maire actuel, Gilles Di Rosa n’est jamais qu’un des anciens fidèles soutiens de Jean-Pierre Giorgi. S’il n’a pas pu être son adjoint en 2008, c’est simplement parce que son élection avait été invalidée et qu’il avait été déclaré inéligible, du fait de sa fonction professionnelle aux Renseignements Généraux, sur le territoire même où il briguait le suffrage des électeurs. Un comportement assez révélateur d’un représentant de l’autorité qui réclame l’application sévère des règles de droit mais qui n’imagine pas qu’il pourrait lui même les respecter…

Gilles Di Rosa, une vraie ambition (très personnelle) pour Carnoux (source © site Facebook du candidat)

Depuis 6 ans, les 4 conseillers d’opposition menés par Gilles Di Rosa n’ont guère été forces de proposition et il faut bien constater que la ville, dirigée par Jean-Pierre Giorgi depuis bientôt 20 ans s’enfonce dans l’immobilisme, tout en affichant sur d’immenses panneaux publicitaires payés à l’année le slogan « Carnoux avance », tel un mantra supposé masquer la triste réalité. Privilégiant l’entre-soi et le clientélisme, la pratique politique locale décourage les jeunes et les forces vives de la commune qui se détournent peu à peu de la vie publique et associative. La commune dispose de luxueux équipements culturels et sportifs mais qui se vident peu à peu de leur substance, faute d’être accessibles à tous…

Peut-être le moment est-il venu de tourner la page de cette gestion communale d’un autre temps et de s’attaquer enfin aux grands enjeux de notre temps ? Préparer la transition énergétique en promouvant l’isolation thermique des bâtiments et le recours aux énergies renouvelable pour le chauffage et les transports, afin de limiter autant que possible le réchauffement climatique qui menace l’avenir même de l’humanité : l’objectif est global mais sa mise en œuvre, pour être efficace, doit être locale et l’affaire de tous. La commune est le bon échelon pour initier de telles évolutions, dans la concertation.

Car la commune est par excellence le lieu de la démocratie de proximité. C’est dans ce cadre que l’on peut se mobiliser, s’appuyer sur l’intelligence collective et s’accorder sur les investissements qui prépareront la société de demain. Logement, cadre de vie, transports collectifs, aménagement du territoire, développement économique, équipements publics, autant de sujets qui concernent notre vie quotidienne et qui demandent une approche concertée et collaborative.

Un extrait du programme de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire (source © site CCES)

C’est dans cette optique que s’affiche délibérément la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par le scientifique Jaques Boulesteix, et qui comporte plusieurs membres du Cercle progressiste carnussien. C’est la première fois à Carnoux qu’une liste se présente ainsi en mettant en avant des propositions concrètes pour mieux préserver notre environnement, développer le recours aux budgets participatifs, introduire une véritable pratique de la démocratie participative de proximité, renouveler l’esprit de solidarité, bref engager une autre approche de la vie publique locale pour faire face ensemble aux véritables défis de notre société moderne.

Prendre enfin à bras le corps le problème de la pollution et de l’insécurité occasionnée par le flot incessant de voitures qui traversent chaque jour le centre ville de Carnoux, l’un des axes routiers les plus fréquentés du département, engager des projets de verdissement de notre espace urbain, chercher des solutions aux difficultés de logement des jeunes générations, développer un réseau de transports en commun plus performant et plus fiable, mettre en œuvre des panneaux photovoltaïques sur les bâtiments publics et optimiser leur système de chauffage et d’isolation thermique, autant de chantiers qui devront être pris à bras le corps dans les années à venir et qui demandent un véritable changement de pratiques à la tête de la municipalité de Carnoux. Alors chiche : et si Carnoux passait enfin au vert ?

L. V.

Faut-il avoir peur du coronavirus ?

7 mars 2020

L’affaire est en train de tourner à la psychose collective. La pandémie de coronavirus qui s’étend peu à peu génère des comportements de panique et de repli sur soi. Ce qui n’était perçu il y a quelques mois encore que comme un gros rhume un peu spécifique centré sur la ville chinoise de Wuhan, est en passe de devenir un fléau mondial qui incite certains à cesser toute activité sociale, à faire des stocks de pâtes au supermarché puis à se calfeutrer chez soi…

Un dessin du Canadien Côté (source © Le Monde)

A ce stade, début mars 2020, on recense désormais plus de 100 000 cas déclarés de personnes touchées par cette épidémie dénommé COVID-19 (pour coronavirus desease 2019) dont la majorité apparaissent désormais dans d’autres pays que la Chine, foyer initial mais qui a très rapidement essaimé sur toute la planète grâce aux bienfaits de la mondialisation des échanges. A ce jour, ce sont au moins 96 pays qui sont concernés, le premier cas d’infection hors territoire chinois ne datant que du 13 janvier 2020, ce qui atteste en tout cas de la vitesse de propagation du phénomène.

Les symptômes du Coronavirus (infographie © Le Parisien)

A ce jour, on considère qu’un peu plus de 3400 personnes sont décédés suite à cette maladie dont plus de 3000 sur le seul territoire chinois, même si d’autres foyers importants ont été identifiés notamment en Corée du Sud, en Iran ou en Italie. La France fait désormais partie des pays européens les plus concernés. On recense à ce jour 613 cas déclarés, un chiffre qui augmente de jour en jour. On dénombre à ce jour 9 morts sur le territoire national et une petite quarantaine de cas considérés dans un état grave. La totalité des régions métropolitaines est désormais concernée avec au moins sept cas dans le département des Bouches-du-Rhône.

Faut-il pour autant céder à la panique ? Certains s’en défendent et préfèrent utiliser l’humour, comme ce commerçant belge qui a organisé une campagne de promotion originale destinée à doper les ventes de la bière de marque Corona, dont les ventes ont chuté de 38 % aux États-Unis par le seul fait de l’homonymie avec le virus… Le Shop and go de Bruxelles a trouvé la parade en offrant à ses clients des lots attractifs : « 2 Corona achetées = 1 Mort subite offerte« . Un humour belge qui a ravi les réseaux sociaux mais que n’a guère goûté la Direction du groupe de distribution Delhaize qui a fait rapidement retirer les affiches !

De l’humour belge qui ne fait pas rire tout le monde…. (source © RTBF)

Pourtant, les coronavirus ne sont pas des inconnus. Il s’agit d’une famille de virus spécifiques à nombre de mammifères et d’oiseaux, qui provoquent, chez l’homme, des infections des voies respiratoires, simples rhumes la plupart du temps, mais avec des formes parfois plus graves comme lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait déjà sévi en 2002-2003, provoquant près de 800 morts en Chine, Hong Kong et Singapour. La pneumopathie qui a atteint plusieurs patients à Wuhan en décembre 2019 avant de se répandre un peu partout, est issue d’une forme pathogène spécifique de coronavirus, identifié sous le nom de SARS-CoV 2 et dont on découvre peu à peu les caractéristiques.

Le professeur Eric Caumes (source © Edimark)

Selon un article très pédagogique rédigé par le journaliste médecin Jean-Yves Nau, à partir d’éléments communiqués par le professeur Eric Caumes, expert en infectiologie à la Pité-Salpêtrière, le taux de mortalité de cette infection reste très faible et concentré sur les personnes âgées et fragiles : les enfants et jeunes adultes en bonne santé ne meurent pas de cette pathologie. Le taux de contagion est du même ordre que celui d’une grippe classique : une personne infectée en contamine en moyenne 2 à 3. Mais certains font beaucoup mieux, sans qu’on sache très bien à quoi sont dues ces capacités de « super-propagateurs » : un Britannique, pourtant désormais en pleine forme, a ainsi contaminé à lui tout seul au moins une quinzaine de personnes, dont des Français croisés à la station de ski des Contamines-Montjoie…

La difficulté principale liée à cette infection est que 35 à 50 % des patients contaminés sont porteurs sains et ne présentent aucune pathologie. Ce taux, qui varie selon les études, reste encore à préciser, mais il est en tout cas très élevé, ce qui complique fortement les politiques publiques de prévention. Une telle épidémie est tout simplement impossible à arrêter par des méthodes classiques de prévention… Pour l’instant, on soigne les symptômes mais aucun traitement n’est encore disponible pour éradiquer l’infection. Ce n’est pas forcément très grave puisque le taux de mortalité reste relativement faible. La principale crainte des épidémiologistes n’est pas que la pandémie provoque de nombreuses victimes, mais surtout qu’elle ne vienne engorger nos établissements de santé déjà complètement débordés et à bout de souffle…

Un dessin signé Picou publié dans le Petit Bleu des Côtes d’Armor (source © Actu insolite)

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les consignes diffusés par les autorités sanitaires ont évolué aussi rapidement. Contenir la diffusion de la maladie en mettant en quarantaine (en fait en isolant pendant 14 jours seulement puisque la durée d’incubation est assez brève) ceux qui revenaient d’un pays jugé à risque n’avait de sens que pendant une certaine période. Dès lors que l’épidémie est installée en France avec des foyers un peu partout, rien ne sert de maintenir de telles consignes. L’objectif actuel est donc d’éviter que les personnes infectées, et qui pour la plupart ne s’en rendent même pas compte, ne contaminent d’autres jugés fragiles. D’où les conseils visant à se laver fréquemment les mains, à conserver autant que possible une distance de sécurité avec les autres et de ne pas rendre visite plus que nécessaire aux personnes âgées et en mauvaise santé, afin de les protéger de toute contamination inopportune.

Bref, l’épidémie COVID-19 n’est pas la peste du XXIe siècle ! Rien ne sert de s’affoler face à une épidémie qui se propage très vite mais qui n’est pas si dangereuse en termes de santé publique. Les conséquences sociales et économiques liées à la gestion de la crise seront sans aucun doute plus graves que les dommages sanitaires proprement dits, surtout si viennent se manifester des peurs irrationnelles et des fantasmes irraisonnés, sources de comportements inadaptés. Une bonne occasion de vérifier si, comme le disait le philosophe, l’Homme est bien un animal doué de raison….

L. V.

Julian Assange : l’homme à abattre ?

29 février 2020

Même en démocratie, les lanceurs d’alerte ont rarement la vie facile… La législation a beau essayer de les protéger, certains gouvernements (pour ne pas dire la grande majorité d’entre eux) n’apprécient guère que des citoyens trop curieux viennent se mêler de ce qui ne les regarde pas et se piquent de dénoncer certains agissements qui iraient à l’encontre des grands principes démocratiques ou du respect des droits de l’Homme auxquels tout le monde se dit naturellement très attaché, du moins en théorie…

Écran d’accueil de Wikileaks (la vérité triomphera toujours…)

Rarement cependant, un lanceur d’alerte aura été autant persécuté que Julian Assange. Ce journaliste Australien n’avait pourtant pas précisément le profil de l’ennemi public n°1. Précurseur en matière de technologies de l’information, il avait participé dès 1993 au lancement d’un des premiers services internet grand public en Australie avant de se lancer dans l’édition de logiciels libres. En 2006, il fonde avec d’autres l’organisation non gouvernementale Wikileaks (le mot « leaks » signifiant « fuites » en anglais). Celle-ci se donne pour mission de publier, à l’échelle mondiale, des analyses politiques et sociales ainsi que des données transmises par des lanceurs d’alerte pour lesquels le site garantit la protection de la source. Plusieurs millions de documents relatifs à des scandales de corruption, d’espionnage et de violations des droits de l’Homme ont ainsi été publiés sur le site internet depuis sa création.

Julian Assange lors d’une interview au Danemark en novembre 2009 (photo © Peter Erichsen / New Media Day / Public Radio International)

Depuis juillet 2010, les informations publiées par Wikileaks ont été très largement relayées par de grands médias internationaux comme Le Monde, der Spiegel, El Pais, The Guardian ou encore le New York Times. Une telle audience devenant manifestement gênante pour certains intérêts, le site a dû faire face à partir de décembre 2010 à un véritable blocus financier organisé par la Bank of America, Visa, Mastercard, Pay Pal et autres Western Union

Extrait d’une vidéo avec la bande son tournée depuis un hélicoptère Apache de l’armée américaine en juillet 2007 à Bagdad : 2 journalistes de Reuters abattus car les soldats ont pris leurs caméras pour des armes… (source © Wikileaks / Le Figaro)

Il faut dire que depuis avril 2010, Wikileaks s’est attaché à diffuser un certain nombre de documents classifiés sur l’intervention américaine en Irak. Plusieurs vidéos dont celle qui montre les effets de l’attaque aérienne menée par des hélicoptères de l’armée américaine à Bagdad le 18 juillet 2007 et le meurtre d’au moins 18 civils dont deux journalistes de l’agence Reuters. La diffusion mondiale de ces documents qui donnent une image très dégradée de la violence avec laquelle l’armée américaine s’est comportée sur ce théâtre d’opération a mis en fureur le Pentagone qui commence aussitôt à enquêter sur Wikileaks et son porte-parole, Julian Assange, en s’appuyant sur une loi américaine de 1917 punissant des faits d’espionnage.

Dès juillet 2010, lorsque les documents compromettant sont publiés avec l’aide de Wikileaks, Julian Assange devient persona non grata aux États-Unis où il risque des poursuites judiciaires. Mais la traque déborde largement du territoire américain puisque les autorités demandent immédiatement à tous leurs alliés d’inonder Julian Assange de toutes les accusations criminelles possibles pour les 25 ans à venir !

Le Suisse Nils Melzer, rapporteur des Nations Unis sur la torture (photo © Keystone / SOTT)

Et les choses ne traînent pas… En août 2010, alors qu’il se rend en Suède pour une série de conférences, Julian Assange se retrouve pris au piège d’une accusation de viol portée par une femme. Une affaire qui, après coup, s’avère montée de toute pièce par la police suédoise comme le relate avec forces détails le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, dans un témoignage glaçant publié sur le site du journal belge militant Le Grand soir, mais relayé également par de nombreux autres médias dont Médiapart.

Selon ce spécialiste qui a eu à intervenir sur de multiples théâtres de guerre et de violations répétées des droits de l’Homme, « En 20 ans de travail avec les victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu… ». De fait, son analyse rétrospective de tout ce qu’a enduré Julian Assange depuis 2010 fait vraiment froid dans le dos.

Julian Assange, alors réfugié à l’ambassade équatorienne de Londres (photo © David G Silvers / Ambassade Equateur / L’Usine Nouvelle)

Sans rentrer dans les détails de l’affaire dont le scénario est digne des meilleurs histoires d’espionnage, le fait est que Julian Assange a été accusé pendant 9 ans d’avoir commis deux viols et ceci sur la base d’un simple témoignage de deux femmes qui avaient eu des relations sexuelles consenties avec lui à l’occasion de son séjour en Suède, où elles faisaient partie de son comité d’accueil. Sauf que aucune des deux femmes ne l’a jamais accusé de viol mais que la police suédoise a délibérément falsifié les compte-rendus d’interrogatoire.

Lorsque Julian Assange a appris, par la presse, qu’il était sous le coup d’une telle accusation, il a lui-même demandé à être entendu par la police. Le procureur avait souhaité clôturer l’affaire dès septembre 2010, mais le gouvernement suédois a fait pression pour qu’elle soit réouverte. Julian Assange a alors insisté à plusieurs reprises pour pouvoir être de nouveau entendu et se défendre de ces accusations, mais sans pouvoir jamais obtenir satisfaction. Lorsqu’il a demandé à pouvoir quitter le territoire suédois pour se rendre à Berlin puis à Londres, la justice lui a donné officiellement son accord. Une fois à Londres, Julian Assange s’est néanmoins retrouvé sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par la justice suédoise ! A une trentaine de reprises, ses avocats ont offert qu’il se rende en Suède pour répondre de ces accusations totalement infondées, mais en exigeant la garantie qu’il ne soit pas extradé vers les États-Unis, ce que la Suède s’est toujours refusée à promettre, au prétexte qu’il n’y avait pas de demande officielle d’extradition formulée par ce dernier pays. Le Royaume-Uni cherchant de son côté à extrader de force Julian Assange vers la Suède, ce dernier n’a au d’autre choix que de se réfugier en 2012 à l’Ambassade d’Équateur à Londres, où il s’est retrouvé comme prisonnier pendant 7 longues années. Bien que naturalisé citoyen équatorien en 2017, Julian Assange est de fait victime de détention arbitraire, surveillé en permanence par Scotland Yard et la CIA, et ne pouvant sortir de l’ambassade sans être aussitôt extradé vers les USA où l’attend le camp de Guantanamo.

Alors que la justice suédoise avertissait les autorités britanniques qu’elle ne voyait plus très bien comment maintenir ses poursuites contre Julian Assange, ces dernières répliquaient « surtout, ne vous dégonflez-pas ». Car l’enjeu dans cette affaire, pour les Américains comme pour leurs alliés britanniques est bien de réduire définitivement au silence un citoyen australien qui a eu le courage de diffuser des éléments factuels qui les accusent ouvertement de torture et de crime de guerre. Une situation inacceptable aux yeux de l’armée américaine qui souhaite juger Julian Assange devant un tribunal aux ordres, lequel pourrait le condamner jusqu’à 175 ans de prison (alors même que les pires criminels de guerre de l’ex-Yougoslavie ont été condamnés à des peines nettement plus légères et que les responsables des crimes de guerre commis par des Américains en Irak ou en Afghanistan n’ont jamais été le moins du monde inquiétés).

Julian Assange lors de son arrestation à l’ambassade d’Équateur à Londres le 11 avril 2019 (extrait vidéo © RTL / M6)

En 2017, à l’issue d’élections en Équateur, le nouveau gouvernement a finalement accepté, à la demande des États-Unis, de déchoir Assange de sa nouvelle nationalité et de le livrer aux Britanniques qui l’ont sorti manu militari de l’ambassade le jour-même et jeté immédiatement en prison, condamné en quelques heures pour violation de liberté sous caution, et enfermé pour au moins 50 semaines dans une prison de haute sécurité, le temps que les Américains finalisent leur demande d’extradition. Du coup, les Suédois ont soudainement décidé de clore leur procédure engagée pour viol et qui n’avait que pour seul objectif de refermer le piège duquel le citoyen Julian Assange n’avait aucune chance de s’échapper. Pas très glorieux pour des pays qui se prétendent tous être des États de droit, attachés à la démocratie et au respect des libertés individuelles…

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

Bombes à graines : une nouvelle arme de dissémination massive ?

10 février 2020

Germination d’une bombe à graine (source © Grainette)

C’est la nouvelle mode chez certains urbains adeptes d’un retour à la nature en ville : les bombes à graines… Comme toutes les modes, bien évidemment, elle nous vient des États-Unis ! Elle y a été développée dans les années 1970 par un mouvement citoyen qui cherchait à revitaliser le quartier de Bowery à New York et qui s’était dénommé par provocation The guerilla gardening. Elle consiste en effet à lancer dans des terrains vagues et autres délaissés urbains plus ou moins accessibles des boules d’argile et de terreau parsemées de graines de fleurs prêtes à germer. Une manière de faire refleurir ces espaces urbains à l’abandon et de favoriser la biodiversité locale…

Bousier roulant sa boule remplie de graines (photo © Rafaël Brix)

En fait, la technique est vieille comme le monde. Les anciens Égyptiens déjà avaient observé comment le bousier, ce gros scarabé noir, pousse inlassablement sa boule de fumier qui constitue un terreau idéal pour favoriser la germination des graines qui y sont involontairement incorporées. Les fellah s’en sont inspirés et ont utilisé la technique pour organiser, sitôt la décrue amorcée, la remise en culture des terrasses inondées par les crues annuelles du Nil.

Dans les années 1950, l’agronome japonais adepte de l’agriculture naturelle, Masanobu Fukuoka, a repris l’idée pour développer l’ensemencement des terrasses peu accessibles sur l’île montagneuse de Shikoku aux riches sols volcaniques. En 1997, c’est un ingénieur en aéronautique du MIT qui imagine de procéder à une reforestation massive de certaines régions dont les landes des Highlands écossaises, via un largage aérien de jeunes pousses de pins dans des sachets biodégradables de terreau.

Et maintenant, ce sont donc des militants écologistes qui se sont emparés de la technique pour jeter leurs seedbombs ou bombes à graines dans les espaces urbains délaissés ou peu accessibles : terrains vagues, jardinets en bordure de rue, chantiers et friches urbaines ou même toitures terrasses où un substrat naturel finit toujours par s’accumuler sous l’effet du vent et de la pluie.

Fabrication de bombes à graines (source © La ruche qui dit oui)

La plupart fabriquent eux-même leurs bombes et les tutoriels pour les guider sont légions sur internet. Le principe est des plus simples : les graines sont enrobées dans un mélange d’humus et de compost ou de terreau, puis l’ensemble est incorporé dans de l’argile que l’on malaxe pour en faire des boules de quelques centimètres de diamètre.

Grenade en terre cuite pour lancer des graines (source © blog.defi-ecologique)

Les variantes sont innombrables. Certains préfèrent insérer le mélange dans une coquille d’œuf dont l’extrémité est refermée par un morceau de papier journal collé. D’autres, à l’esprit de guérilleros militants, vont jusqu’à introduire leur mélange dans une poterie en terre cuite en forme de grenade dégoupillée, sans doute pour retrouver la jouissance de l’acte subversif qui consiste à lancer cette fausse grenade sur le toit du voisin et à la voir exploser en libérant ses précieuses semences…

L’efficacité de la méthode est des plus variables, certaines graines se prêtant plus que d’autres à une telle dissémination. Selon le site bien documenté blog.defi-ecologique, les variétés recommandées seraient le chèvrefeuille, particulièrement apprécié de nombreux insectes pollinisateurs, le coquelicot, qui se ressème ensuite naturellement, ou encore le cosmos, pour ses fleurs très esthétiques, ainsi que des espèces assez rustiques qui ne craignent pas trop la sécheresse, telles le rudbeckia ou certains sedum.

Conditionnement commercialisé par Balles de graines

La mode s’est tellement répandue que des entreprises spécialisées se sont même installées sur ce créneau. C’est le cas par exemple de la société française Balles de graines, installée près de Bordeaux et qui a lancé l’été dernier une opération promotionnelle pour envoyer des échantillons gratuits à tous ceux qui lui adressaient une enveloppe affranchie à leur adresse : une belle action de publicité…

En Grande-Bretagne, l’association Plantlife milite ainsi depuis 2013 pour inciter les municipalités à ensemencer les accotements à l’aide de bombes à graines pour y faire germer des plantes à fleurs mellifères plutôt que d’y planter du gazon qu’il faut tondre chaque semaine : une économie de main d’œuvre pour les services techniques de la commune et un gain pour favoriser la survie des insectes pollinisateurs…

Bordure de voirie fleurie par ensemencement à l’aide de balles à graines, dans la ville britannique de Rotherham (photo © pictorialmeadows.co.uk / Neozone)

Distributeur de bombe à graine aux États-Unis (source © urba-actu)

Aux États-Unis, on trouve même dans certaines boutiques ou sur l’espace public des distributeurs automatiques de bombes à graines prêtes à l’emploi : il suffit de glisser une pièce de 50 cents dans la fente et de récupérer sa boulette farcie de graines que l’on peut ensuite jeter à volonté sur le terrain vague qui s’étend devant sa fenêtre et avoir ainsi le plaisir de voir germer et fleurir quelques plantes au milieu de la friche abandonnée.

Faisant le constat que depuis 40 ans en Europe, 70 % des plantes à fleurs et 80 % des insectes pollinisateurs auraient disparu, une nouvelle société vient ainsi de se créer à Marseille sous le joli nom de Grainette. Elle commercialise ces bombes à graines sous différents types d’emballages, de la caisse en bois de 2 kg pour les événements festifs jusqu’au petit sachet en coton (bio, cela va de soi) de 20 grainettes, idéal pour les cadeaux de fin d’année entre militants branchés, le tout avec un slogan publicitaire soigneusement étudié : « Lancez, c’est planté ». Décidément, le marketing germe dans tous les terreaux…

L. V.

Duel d’artillerie lourde à Carnoux…

8 février 2020

Il y a encore quelques mois, tout le monde annonçait une campagne municipale terne, sur fond de découragement des élus qui, à en croire les médias, étaient tous sur le point de jeter l’éponge, et de démobilisation des citoyens, gagnés par l’apathie et tentés par l’abstention. Mais à un peu plus d’un mois du premier tour, il n’en est rien ! Voilà qu’à Carnoux, la campagne a pris des allures d’affrontement sanglant..

C’est Gilles Di Rosa qui a déclenché l’offensive dès le mois d’octobre 2019, alors que le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 37 ans, avait annoncé dès le mois de janvier, sa volonté de briguer un quatrième mandat de maire. Les tracts distribués, semaine après semaine, par l’équipe de Gilles Di Rosa, ont peu à peu instillé leur venin… C’est d’abord le rond-point des Barles qui a été pointé du doigt : une dépense somptuaire à 70 000 €, présentée comme un « gaspillage de l’argent public ». Puis c’est le placement financier de 200 000 €, immobilisé depuis 2014 sous forme de parts sociales dans un établissement bancaire, qui a été mis en cause. Et c’est enfin le crédit quasi gratuit de 800 000 € accordé par la commune fin 2013 au diocèse de Marseille en toute illégalité, afin de permettre à ce dernier de réaliser à bon compte la reconstruction du collège privé Saint-Augustin, une opération qui avait fait l’objet de vertes critiques de la part de la Chambre régionale des comptes.

Attaqué sur son terrain favori de la gestion financière des deniers publics, le sang du maire sortant n’a fait qu’un tour. Et le voici donc qui diffuse dans toutes les boîtes aux lettres de la ville un tract incendiaire où on le voit, les manches retroussées et les bras croisés dans une allure de défi, répondre pied à pied à son adversaire animé d’une « véritable ambition » comme le rappellent chacun de ses tracts de campagne.

Et c’est carrément l’artillerie lourde qui est employée pour répondre aux tirs de snipers de la liste adverse. A ce niveau-là, les cibles mineures comme le rond-point et son olivier centenaire, sont négligées : trop petit pour la Grosse Bertha avec laquelle le maire sortant pilonne le camp adverse… Les arguments manquent un peu de précision, mais l’essentiel est d’impressionner l’adversaire !

Le fond du problème est que la commune a trop d’argent et dégage année après année un excédent budgétaire important : 520 000 € en 2017 et quasiment 1,2 millions en 2018 ! La commune a beau s’efforcer de réaliser des dépenses somptuaires, du rond-point de l’olivier à l’hôtel de ville quelque peu disproportionné en passant par l’enfouissement des lignes électriques, comme la quasi totalité des investissements est subventionnée, parfois jusqu’à 70 %, par le Conseil départemental, il reste toujours trop d’argent en fin d’exercice et c’est ce qui explique ces placements financiers et ces prêts quelques peu inhabituels et normalement interdits dans une commune pour laquelle l’annuité du budget est un principe de base.

Le collège Saint-Augustin à Carnoux (source site du collège)

Sur la question du crédit de 800 000 € accordé au diocèse pour la reconstruction du collège Saint-Augustin, l’argument mis en avant par le maire est tout simplement effarant, surtout venant de la part d’un spécialiste en finances publiques. Il reconnaît bien volontiers, comme l’a expressément écrit la Chambre régionale des comptes que se décision était parfaitement illégale, ce qui est un peu surprenant de la part de celui qui, de par sa fonction même de représentant de l’État et d’officier de police judiciaire, est garant de la légalité des décisions de la collectivité. Mais il estime que c’était faute vénielle car elle est restée exceptionnelle. C’est comme si un malfrat se targuait de son honnêteté en plaidant : « oui, j’ai braqué une banque, mais je ne l’ai fait qu’une fois, et en plus je n’ai même pas été condamné… »

Ces échanges nourris de tirs d’artillerie entre deux listes que seules séparent des ambitions personnelles (rappelons quand même au passage que Gilles Di Rosa était l’adjoint de Jean-Pierre Giorgi de 2001 à 2008 et qu’il a été élu sur sa même liste en 2008, même si son élection a été ensuite invalidée) transforment depuis quelques semaines déjà la place du marché en champ de bataille où les deux équipes au complet s’affrontent sous l’œil amusé des quelques Carnussiens qui viennent y faire leurs courses.

Article publié dans La Provence le 6 février 2020

Pendant ce temps et loin de ces batailles d’ego d’un autre temps, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire trace pas à pas son sillon en mettant en avant des thématiques qui touchent à la vie quotidienne des Carnussiens dans un monde mouvant et soumis à des défis majeurs tels que le changement climatique global, la montée des inégalités sociales ou la transition énergétique. Comment mieux associer chaque citoyen aux choix d’investissement via la mise en place de budgets participatifs ? Comment mieux faire face collectivement aux défis d’une métropole en pleine construction et qui n’a guère fait preuve d’efficacité jusqu’à présent alors que c’est à son échelle que doivent être gérés le développement d’une activité économique innovante, le rééquilibrage des offres de logement accessibles à tous, la mise en place de transports publics performants, le maintien d’un maillage adapté de services publics accessibles, mais aussi la gestion des ressources en eau, la prévention des risques naturels et technologiques, la préservation des espaces naturels et agricoles ou encore la lutte contre les pollutions ?

Toutes ces thématiques et bien d’autres encore font l’objet d’analyses et de propositions concrètes, détaillées sur le site internet de la liste. Elles ont été largement abordées lors d’une réunion publique qui s’est tenue à la Crémaillère, mardi 4 février 2020 et qui a rassemblé une soixantaine de Carnussiens avides de donner leurs avis et d’émettre des propositions concrètes : comment développer le réseau de pistes cyclables à Carnoux ? Comment mettre en place un dispositif de pedibus pour accompagner les enfants à l’école communale ? Comment rendre plus accessibles les équipements culturels et sportifs de qualité dont dispose la commune et qui sont largement sous-utilisés ? Comment encourager et accompagner les initiatives individuelles d’isolation thermique des maisons et de mise en place de panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire et la production électrique ? Comment mieux évaluer le niveau de pollution de l’air du fait des flux incessant de voitures qui traversent la ville et surtout comment réduire cette circulation ? Comment développer les espaces verts et lutter contre les îlots de chaleur en ville ?

Réunion publique de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire à la Crémaillère, le 4 février 2020 (source © CPC)

Autant de questions qui passionnent nombre de Carnussiens, intéressés par cette démarche citoyenne un peu à rebours des querelles de politiciens semi-professionnels qui se disent bon gestionnaires parce qu’ils savent faire des dossiers de demande de subvention et des placements financiers. Gérer une commune est bien plus que cela : c’est aussi associer les habitants aux décisions pour créer du consensus et du lien social afin d’anticiper sur les défis qui nous attendent collectivement et trouver ensemble les meilleures voies pour y faire face…

L. V.

Les gendarmes et les éleveurs…

14 janvier 2020

La voiture où l’éleveur a été abattu en mai 2017 (photo © E. Bouland / LSL / Le Bien Public)

Un agriculteur abattu dans le dos par des gendarmes comme s’il était un dangereux terroriste, voilà qui aurait paru inimaginable il y a quelques décennies alors que la maréchaussée était plutôt là pour protéger les propriétaires terriens contre d’éventuels voleurs et que s’étaient instaurés des liens de proximité souvent très étroits entre gendarmes et agriculteurs dans le moindre village de campagne.

C’est pourtant ce qu’il s’est passé il y a un peu plus de deux ans, le 20 mai 2017, dans le petit village de Sailly, en Saône-et-Loire. Ce jour-là, Jérôme Laronze, un jeune éleveur bio de 36 ans, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, en délicatesse avec l’administration pour de sombres histoires de non déclaration de certains de ces veaux, a été abattu de trois balles tirées intentionnellement par un gendarme qui, au lieu d’appeler les pompiers, a immédiatement demandé du renfort et l’aide de sa hiérarchie pour tenter de maquiller la scène du drame et masquer ainsi sa propre responsabilité.

Jérôme Laronze, l’éleveur de Trivy abattu en 2017 (source : Le journal de Saône-et-Loire)

Une scène qui depuis hante la famille de l’éleveur, dont l’une de ses quatre sœurs aînées, elle-même avocate de profession et qui tente d’obtenir justice, comme le relate en détail une série d’articles parus sur le site Reporterre. Mais une situation qui paraît surtout totalement inconcevable dans un état de droit où la priorité semblerait plutôt de venir en aide à une filière d’élevage en pleine décomposition.

Survenue au lendemain de l’élection présidentielle, l’affaire, considérée comme un simple fait divers, n’avait guère retenu l’attention médiatique à l’époque. Elle a pourtant donné lieu à des manifestations de soutien de la part de certains éleveurs qui se retrouvent dans le cauchemar qu’a vécu Jérôme Laronze, à l’occasion notamment d’une journée organisée par la Confédération Paysanne le 19 mai dernier à Cluny.

Neuf mouvements pour une cavale, la pièce de Guillaume Cayet, compagnie Le Désordre des choses, septembre 2018 (photo © Aurelia Lüscher / blog de Guillaume Lasserre)

Et l’histoire tragique de cet éleveur est à l’origine d’une pièce de théâtre mise en scène par Aurélia Lüsher et jouée de manière itinérante sous le titre Neuf mouvements pour une cavale. Une pièce bouleversante, écrite en hommage à ce jeune agriculteur atypique, lui-même passionné de théâtre et de littérature, jouant dans une troupe amateur. L’auteur, Guillaume Cayet, a écrit son texte après de multiples entretiens avec un éleveur bio auvergnat, Jean-Paul Ozon, et avec la sœur du disparu, Marie-Pierre Laronze, dont le personnage d’Antigone moderne à la recherche de la vérité et de la justice est mis en scène dans une suite de monologues aux accents de tragédie grecque.

Aux dernières nouvelles, on ne sait pas encore sous quelle forme la Justice sera amenée à se prononcer sur cette affaire encore pendante, qui mêle soupçon de bavure policière et situation de harcèlement administratif, mais les faits, tels qu’ils semblent établis à ce jour, ne laissent pas d’interroger sur la manière dont notre société gère les situations dramatiques dans lesquelles se débattent certains éleveurs.

La ferme familiale que le jeune Jérôme Laronze a reprise, perchée sur les hauteurs du village de Trivy, était initialement plutôt prospère avec ses 120 hectares de pâturages en plein pays charolais. Comme son père avant lui, et contrairement à la coutume locale, il a préféré se constituer un cheptel de vaches Limousines, une race sans doute moins productive que les Charolaises, mais plus rustiques et capables de rester toute l’année en plein air. Esprit curieux et ouvert, assistant à de nombreuses conférences, Jérôme Laronze était convaincu des vertus d’un retour à des pratiques d’élevage plus traditionnelles, ce qui l’avait amené à convertir, dès 2010 son exploitation en bio, à commercialiser ses produits en circuit court, et à développer les mélanges fourragers sur ses parcelles enherbées.

La ferme de Jérôme Laronze à Trivy (photo © Le journal de Saône-et-Loire / Le Parisien)

Cultivé et s’exprimant avec aisance, le jeune éleveur avait adhéré dès 2014 à la Confédération Paysanne dont il était devenu un des porte-parole locaux en février 2016, s’attirant les foudres de nombre de ses collègues et voisins, plutôt adeptes du syndicat majoritaire, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) à la fibre nettement plus productiviste.

Son engagement militant et ses idées iconoclastes ne manquent pas néanmoins de le mettre rapidement en porte-à-faux avec les exigences d’une administration tatillonne. En septembre 2014, les agents de l’ASP (Agence des services de paiement, en charge des contrôles pour le versement des aides de la Politique agricole commune), lui reprochent de n’avoir pas notifié à temps la naissance de 45 bovins. Les veaux en question portaient bien à l’oreille la boucle numérotée réglementaire mais n’avaient pas déclarés dans les registres de l’administration.

Manifestant en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

C’est le début des ennuis pour l’éleveur militant mais trop laxiste aux yeux de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Début 2015, celle-ci demande à l’éleveur, pour prouver la filiation des bêtes, d’effectuer des tests génétiques à ses frais. Le refus d’obtempérer de Jérôme Laronze l’entraîne dès lors dans une spirale infernale. Dans un texte de six pages écrit peu avant sa mort sous le titre Chroniques et états d’âmes ruraux, le jeune éleveur se dit « submergé de menaces, de mises en demeure, d’injonctions, d’intimidations et de contrôles sur ma ferme avec, à chaque fois, toujours plus de gens en armes ». Un acharnement qu’il vit comme une injustice alors que les mêmes services vétérinaires ferment complaisamment les yeux sur les dérives du système de commercialisation par la grande distribution de viande bovine à l’origine douteuse.

Dès février 2015, la DPPR confisque à l’éleveur les papiers de son cheptel et lui interdit toute vente d’animaux, le menaçant d’abattre les bêtes mal répertoriées. Plusieurs contrôles de l’administration se passent mal, dont l’un, le 6 juin 2016, au cours duquel plusieurs vaches, effrayées par les cris des agents et les mouvements des gendarmes venus en renfort, se noient en tentant de s’échapper.

Se sentant persécuté, et déçu par le manque de mobilisation de ses amis syndicalistes, Jérôme Laronze en vient peu à peu à délaisser son troupeau pour tenter de régler ses difficultés administratives. Le 11 mai 2017, l’éleveur se voit ainsi confisquer son cheptel dans un déploiement impressionnant de force armée tandis qu’il est lui-même menacé d’internement. Il s’enfuit et sera traqué pendant 9 jours par les forces de l’ordre. Deux gendarmes le retrouvent sur un chemin de terre à quelques kilomètres de sa ferme, alors qu’il somnolait dans son véhicule. Il tente de s’enfuir de nouveau et c’est alors qu’il est abattu.

Six balles sont tirées dont trois qui l’atteignent, mais les gendarmes attendent 25 mn avant d’appeler les pompiers, préférant réclamer d’abord des renforts dont celui de leur hiérarchie. Seules deux douilles seront retrouvées sur place, montrant à quel point la scène du crime a été saccagée par les gendarmes, rendant bien difficiles les expertises balistiques ultérieures. Une instruction est en cours au tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône pour « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », étendue désormais à des faits d’omission de porter secours et d’altération de scène de crime.

Manifestation en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

L’avenir dira comment se prononcera la Justice, alors même que la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Toulouse vient tout juste de confirmer le non-lieu accordé au gendarme qui avait tué Rémi Fraisse en 2014, lors des manifestation contre le projet de barrage de Sivens dans le Tarn. Pas sûr que le procès du jeune éleveur bio, aussi convaincu qu’impulsif, ne fasse la une des médias lorsqu’il se tiendra…

L. V.

2019 est passé, n’en parlons plus…

1 janvier 2020

C’est chaque année la même chose : une année s’achève, avec son lot de petites joies et de grandes misères. Chacun ne pense qu’à la suivante qui vient tout juste de débuter. On se congratule et on se souhaite une « Bonne année, et surtout la santé ! », comme de coutume. On ne se souvient sur le moment que des multiples catastrophes qui ont jalonné l’année écoulée : les deuils de personnalités ou de proches, les maladies et les accidents qui nous ont pourri la vie et jeté dans l’angoisse, les crises planétaires qui s’aggravent, la situation économique qui n’en finit pas de se dégrader et les décisions de nos responsables politiques qui nous paraissent toutes plus injustes et inappropriées les unes que les autres.

Mais avec le temps, on se souviendra aussi peut-être des bons moments que l’on a vécus durant l’année qui vient de s’écouler et l’on en viendra même à sourire en se remémorant certains de ces événements passés. Alors, autant commencer tout de suite, grâce à la vision décalée et subjective de certains dessinateurs de presse dont on ne saluera jamais assez, non seulement le talent, mais surtout la capacité de nous faire sourire des situations les plus déprimantes : les dessinateurs d’actualité devraient être élevés au rang de bienfaiteurs de l’humanité !

Janvier :

Le 17 janvier 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, au nom du principe de précaution, demande la suspension de l’utilisation des LBD, ces fameux lanceurs de balles, qui ont fait des dégâts considérables lors des manifestations de lycéens puis lors de celles des Gilets jaunes. Au moins une soixantaine de blessures graves ont été alors recensées : œil éborgné, fractures de la mâchoire, joue trouée, traumatismes crâniens… Le Directeur de la Police nationale diffuse une note interne rappelant les conditions d’engagement de cette arme mais le gouvernement refuse d’en interdire l’usage malgré la grave blessure à l’œil survenue à l’un des leaders des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, lors de la manifestation du samedi 26 janvier.

Un dessin signé Mutio, paru sur Urtikan.net

Février :

Le 26 février 2019 et à l’issue d’une longue polémique, le distributeur d’articles de sport et de loisir, Decathlon, annonce qu’il renonce finalement à commercialiser en France son « hijab de running » destiné aux sportives de confession musulmane et déjà vendu au Maroc. Bien que la ministre de la santé ait rappelé que la vente de cet article n’était pas interdite par la loi, l’enseigne a préféré jeter l’éponge avant même la mise en rayon du vêtement controversé, après que ses employés ont reçu des centaines d’appels outrés et essuyé de nombreuses insultes de la part des clients en magasin.

Un dessin de Xavier Lacombe publié dans Marianne le 1er mars 2019

Mars :

Le 11 mars 2019, après deux semaines de contestation dans la rue, le président algérien Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il renonce à briguer un cinquième mandat et évoque un report de l’élection présidentielle prévue le 18 avril. De retour à Alger après deux semaines d’hospitalisation en Suisse, il fait savoir : « Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République ».

Un dessin signé Ali Dilem

Avril :

Le 17 avril 2019, le surlendemain seulement de l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris, dans une allocution télévisée de 6 minutes, le chef de l’État, Emmanuel Macron déclare à la surprise générale : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années ». Une déclaration péremptoire qui laisse pantois plus d’un spécialiste de la restauration du patrimoine historique et ouvre la voie à bien des polémiques : un délai aussi court et non dénué d’arrières-pensées électoralistes est-il bien raisonnable alors que les expertises sont à peine commencées pour évaluer l’étendue des dommages et la nature des travaux de consolidation à entreprendre ? Faudra-t-il restaurer à l’identique ou profiter de l’opération pour moderniser radicalement l’édifice en utilisant les techniques contemporaines ?

Un dessin d’Ysope

Mai :

Le 1er mai 2019, vers 16h, alors que les forces de police venaient d’opérer une violente charge avec utilisation massive de gaz lacrymogène contre un cortège parisien, un groupe de manifestants escalade les grilles de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière afin de chercher refuge. Alors que les forces de l’ordre les poursuivent dans l’enceinte de l’hôpital, une vingtaine de manifestants, pour se mettre à l’abri, tente de pénétrer à l’intérieur d’un bâtiment. Le personnel soignant s’y oppose car l’accès en question donne sur un service de réanimation. Le soir même, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, accuse les manifestants d’avoir tenté de prendre d’assaut l’hôpital, prétendument pour s’en prendre à un capitaine de CRS qui y aurait été hospitalisé, et d’avoir par cette attaque délibérée mis en danger la vie des malades, une rumeur qui se dégonflera rapidement au fil des témoignages qui s’accumulent et convergent.

Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.net

Juin :

Dimanche 2 juin 2019, une semaine après le piteux score de la liste Les Républicains (LR) aux élections européennes (moins de 8,5 %), Laurent Wauquiez annonce sa démission de son poste de président du parti. De nombreux cadres LR saluent une décision « sage, digne et courageuse » sans s’étendre sur le fait qu’ils faisaient pression sur lui depuis plusieurs jours pour qu’il annonce au plus vite son départ après un tel fiasco électoral et une série de boulettes qui avaient déjà provoqué de nombreux remous au sein du parti. Marine Le Pen en profite pour appeler à un large rassemblement de la droite et de l’extrême-droite. Élu en décembre 2017 à la tête du parti après la défaite cinglante de François Fillon lors des présidentielles, Laurent Wauquiez avait imprimé au parti LR une ligne très conservatrice, que son successeur, Christian Jacob, élu en octobre 2019, ne devrait guère infléchir.

Un dessin signé Na !

Juillet :

Le 23 juillet 2019, la jeune militante suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, intervient devant l’Assemblée Nationale pour rappeler aux députés français l’urgence de se mobiliser en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. Sa venue est précédée par de nombreux quolibets de députés qui ironisent sur sa jeunesse et sa position de lanceuse d’alerte. « Ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culotte courte » se déchaîne ainsi le député LR du Vaucluse, Julien Aubert. Quelques heures après son passage et malgré ses mises en garde, les députés approuvent, comme si de rien n’était, la ratification du CETA, le traité de libre échange entre l’Europe et le Canada…

Dessin de Georges Million

Août :

Deux fusillades de masse aux États-Unis, le 3 août 2019 à El Paso (Texas) et le 4 août à Dayton (Ohio) font au moins 30 morts et 52 blessés, relançant une nouvelle fois la mobilisation d’une partie de l’opinion publique américaine contre la détention libre d’armes de tir. Le même week-end, trois autres fusillades de moindre ampleur se sont également produites à Memphis et à Chicago, ajoutant à ce triste bilan 2 morts et 17 blessés supplémentaires. Depuis le début de l’année 2019, on en est déjà à 348 morts et 1162 blessés recensés à l’occasion de 297 fusillades de masse dans le pays. 2019 se classe ainsi en tête des années noires depuis 2013 : depuis le début de l’année, il ne s’est jamais écoulé plus de 6 jours consécutifs sans une nouvelle tuerie de masse ! Mais Donald Trump dispose toujours d’une large majorité pour éviter toute évolution législative sur cette question de société, malgré la mobilisation de nombreuses personnalités et citoyens ordinaires, comme l’évoque ce dessin de Pascal Gros.

Un dessin de Pascal Gros publié dans Marianne le 9 août 2019

Septembre :

L’ancien Président de la République, Jacques Chirac, décède le 26 septembre 2019, à l’âge de 86 ans. Le dessinateur Frizou se souvient du débat historique qui a opposé en 1988, entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Chirac, alors président du RPR et premier ministre de cohabitation, à François Mitterrand qui achevait son premier septennat. Chirac tenta de déstabiliser son adversaire en affirmant d’emblée : « Ce soir, je ne suis pas le premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité. […] Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand ?». La repartie fut cinglante : « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier ministre…».

Un dessin signé Frizou, publié dans Le Figaro

Octobre :

Le 11 octobre 2019, le conseiller régional Rassemblement national (RN) Julien Odoul, interpelle en pleine séance la présidente du Conseil régional Bourgogne Franche Comté, Marie-Guite Dufay, pour lui demander de faire expulser une femme portant un foulard islamique et accompagnant un groupe de scolaires qui assistait à la séance dans le public. La Présidente de la Région lui rétorque que ni la loi ni le règlement intérieur ne lui permettent d’accéder à sa demande dans la mesure où cette accompagnatrice de sortie scolaire n’est manifestement pas de nature à troubler l’ordre public. Les élus RN quittent la séance pour exprimer leur mécontentement et c’est le début d’une nouvelle polémique nationale sur le port du voile dans les lieux publics et les sortie scolaires, une polémique qui agite régulièrement la France depuis des années comme le rappelle malicieusement le dessinateur Antoine Chereau…

Un dessin signé Antoine Chereau, publié sur Urtikan.net

Novembre :

Après 8 mois de crise dans les hôpitaux, le premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn annoncent, le 20 novembre 2019, un plan urgence hôpitaux qui consiste en une reprise partielle de la dette, une rallonge budgétaire et des primes supplémentaires pour le personnel soignant. « L’idée de ce plan, c’est de redonner de l’oxygène aux soignants, qui n’en peuvent plus » affirme Édouard Philippe. Ces mesures ne semblent cependant guère convaincre le personnel hospitalier engagé dans un mouvement de grève durable, débuté dès le mois de mars dans certains services d’urgence en région parisienne. Certains reprochent au gouvernement de se livrer à un tour de bonneteau en recyclant des ressources budgétaires du ministère de la santé, comme le suggère ce dessin de Cambon…

Un dessin de Cambon, publié sur Urtikan.net

Décembre :

Le 21 décembre 2019, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara signent la fin du franc CFA, relique de l’histoire coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pendant ce temps-là, les transports publics en France sont largement paralysés par les mouvements syndicaux qui se mobilisent contre la réforme des retraites, rendant très difficile la vie quotidienne de nombreux salariés, surtout en région francilienne et menaçant des millions de Français de ne pas pouvoir se déplacer à l’approche des fêtes de fin d’année.

Un dessin d’Alex publié dans le Courrier Picard

L. V.

Élections municipales : un pacte pour l’avenir ?

27 décembre 2019

Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg le 3 septembre 2002 (photo © SIPA Press)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait reconnu, lors du Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002, le Président Jacques Chirac, dans un éclair de lucidité, lui qui ne s’embarrassait guère de scrupules en matière de gestion durable et équitable des ressources naturelles comme d’ailleurs des deniers publiques, au point de finir sa carrière avec une infamante condamnation à deux ans de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.

La phrase est restée dans les annales et reflète bien le sentiment d’impuissance qui caractérise chaque citoyen face à cette catastrophe écologique qui se précise de jour en jour et devant laquelle chacun se bouche les yeux en espérant pouvoir continuer à vivre comme si de rien n’était, profitant à plein des bienfaits confortables de notre société de consommation tout en priant pour que le système tienne le coup au moins jusqu’à la génération suivante…

Manifestation d’étudiants en faveur de la transition écologique à Nantes en février 2019 (photo © Estelle Ruiz / Nur Photo / La Croix)

Les plus jeunes l’ont d’ailleurs bien compris et ce n’est pas par hasard qu’ils constituent de très loin les plus gros bataillons de ceux qui se mobilisent en faveur d’un mode de vie plus respectueux des ressources naturelles limitées de notre planète et pour une transition écologique vers une société qui modère ses émissions de gaz à effet de serre en développant le recours à des sources d’énergie renouvelables. Une véritable révolution culturelle, sociale, économique et politique qui malheureusement indiffère totalement voire suscite la plus grande ironie de la part d’une très large majorité de nos responsables politiques, souvent âgés et qui se sentent bien plus concernés par les résultats à court terme du marché boursier que par ces enjeux planétaires de long terme.

Nicolas Hulot en son temps, avait bien tenté de faire signer par les principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007 un « Pacte écologique » les engageant à mettre en œuvre une politique ambitieuse permettant une prise en compte centrale des enjeux environnementaux. Le gagnant de cette élection, Nicolas Sarkozy, avait d’ailleurs signé sans barguigner cet engagement, de même que 342 des députés élus lors des législatives qui ont suivi, ce qui ne les a pas empêchés de s’asseoir allègrement sur leurs promesses et de mettre en œuvre, une fois élus, des mesures qui n’ont fait qu’aggraver la situation.

De là à en déduire que la transition écologique est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls politiques, il n’y a qu’un pas que nombre de militants associatifs ont franchi depuis belle lurette. On assiste d’ailleurs, à l’occasion des prochaines élections municipales prévues en mars 2020, à l’éclosion de très nombreuses listes dites citoyennes et écologistes, issues précisément de la société civile, et qui cherchent à mettre en avant une démocratie basée davantage sur la concertation et la participation citoyenne, avec pour objectif une meilleure prise en compte de l’intérêt général via des mesures concrètes en faveur de plus d’équité, de solidarité et de responsabilité y compris envers les générations futures.

C’est dans cet esprit qu’ont travaillé une quarantaine d’associations et organismes réunis au sein d’un « Collectif pour une transition citoyenne » afin d’élaborer un nouveau « Pacte pour la transition » destiné justement à inspirer les politiques publiques qui pourront être conduites dans les quelques 35 000 communes de France, à compter des prochaines échéances électorales.

On sait bien que les enjeux climatiques et environnementaux, qui par nature dépassent les frontières administratives, ne peuvent être traités de manière correcte qu’à l’échelle planétaire. Mais le principe de réalité oblige à constater qu’il n’existe pas de volonté politique parmi nos responsables politiques pour impulser ces évolutions nécessaires. L’échec de la COP 25 l’a encore récemment démontré.

En revanche, chacun peut agir au niveau local sans attendre un hypothétique consensus global. C’est bien en effet à l’échelle de la commune et, de plus en plus, de l’intercommunalité, enjeux des prochaines échéances électorales de mars 2020, que se mettent en œuvre la plupart des politiques publiques qui ont un impact direct sur nos émissions de gaz à effet de serre et sur l’avenir de notre environnement. Gérer de manière plus durable nos ressources en eau, développer des transports en communs accessibles et fiables comme alternative au tout voiture, développer la production d’énergie renouvelable, favoriser les débouchés commerciaux des exploitations agricoles bio locales, réduire les rejets dans le milieu naturel d’eaux usées insuffisamment traitées, stopper l’artificialisation et l’imperméabilisation des terres par un aménagement urbain repensé, mieux trier et recycler les déchets, etc. : la liste est longue de toutes les mesures en faveur d’une transition écologique qui relèvent directement du champ de compétence de la commune et de la métropole.

Fribourg, la ville écologique de demain ? (photo © Bertrand Rieger / Ville intelligente)

Issu d’une très large concertation citoyenne, les propositions du Pacte pour la transition, mettent en avant trois principes et 32 mesures sous forme d’un catalogue dans lequel peuvent puiser les candidats qui s’engagent à le respecter. Les principes sont simples puisqu’il s’agit d’une part d’impulser et soutenir auprès du plus large public les actions de sensibilisation à la nécessité de cette transition écologique, d’autre part de mettre en place un processus de construction collective et concerté des politiques locales, et enfin de prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux à long terme dans tous les projets et les décisions de la commune.

Quant aux 32 mesures qui sont listées et qui sont détaillées dans des fiches techniques pratiques expliquant comment les mettre en œuvre, exemples à l’appui, elles sont très variées puisqu’elles concernent aussi bien la mobilisation citoyenne, via notamment la création d’une commission extra-municipale destinée à s’assurer de la compatibilité des projets municipaux avec les enjeux sociaux, climatiques et environnementaux de long terme, que par exemple la limitation de la place de la publicité dans l’espace public ou la mise en place d’une tarification incitative au tri des déchets.

Urbanisme, logement, gestion de l’eau et des espaces naturels, éclairage public, transports en commun, pistes cyclables, cantine scolaire, achat public, tous les thèmes sont abordés et l’exercice montre de manière très éclairante à quel point les élus municipaux ont entre leurs mains la plupart des leviers qui permettent d’agir en faveur d’une transition écologique ambitieuse. Encore faut-il qu’ils aient la volonté de s’engager dans une telle direction. Mais c’est à chaque citoyen de faire en sorte de l’y inciter par son vote…

L. V.

Notre système de retraite ne va pas si mal, merci !

11 décembre 2019

On entend souvent en ce moment, de la part du gouvernement mais aussi des milieux patronaux et de certains économistes l’affirmation péremptoire selon laquelle notre système de retraite français serait au bord du gouffre et que la réforme annoncée serait indispensable pour sauver le dispositif qui sinon risque l’explosion à court terme. Une analyse pour le moins catastrophiste destinée à faire accepter de nouveaux sacrifices pour les futurs retraités menacés de devoir travailler toujours plus longtemps pour des niveaux de pension espérée toujours plus faibles.

Un dessin signé Deligne (source © Urtikan.net)

Pourtant, une vision aussi pessimiste semble pour le moins exagérée si l’on en croit un article de Guillaume Duval publié tout récemment par le magazine Alternatives économiques, lequel s’appuie sur le rapport rendu public en novembre 2019 par le Conseil d’orientation des retraites (COR).

Tout d’abord et contrairement au discours ambiant, le déficit actuel de notre système de retraite, loin de se creuser de manière irrémédiable comme certains voudraient le laisser croire, est plutôt en train de se résorber et les projections sur les prochaines années n’ont rien d’inquiétant. C’est la crise financière de 2008 et le ralentissement de l’activité économique qui s’en est suivi qui ont vraiment creusé le déficit. Ce dernier a ainsi atteint 6 % en 2010, la part des cotisations sociales (payées par les salariés et leurs employeurs, et donc fortement dépendante du niveau de l’activité économique du pays) étant alors tombée à son plus bas niveau (77 % des recettes globales). Depuis, la part des cotisations sociales est remontée et le niveau actuel de définit s’est considérablement réduit, autour de 1 %, un niveau marginal qui n’a donc rien de préoccupant.

Evolution du financement du système de retraite français (y compris Fonds de solidarité vieillesse) en pourcentage des dépenses (source infographie © Alternatives économiques)

La question est néanmoins de savoir ce que va devenir ce déficit dans les années à venir, et c’est justement l’objet de l’étude prospective conduite par le COR à la demande de l’État et qui vient donc d’être publiée. Or, les conclusions du COR sont plutôt rassurantes, puisque la part des retraites dans la richesse nationale, qui représente actuellement de l’ordre de 13,8 % du PIB, ne devrait guère bouger dans les 10 à 15 prochaines années. Le COR est formel : l’augmentation prévisible des dépenses de retraites dû au vieillissement de la population sera compensée par l’évolution des pensions qui est désormais moins rapide que celle du revenu moyen du fait des réformes engagées ces dernières années. Loin de se creuser, le déficit actuel ne devrait guère bouger et pourrait même disparaître selon les hypothèses de croissance envisagées.

Manifestation contre la réforme des retraites à Marseille le 5 décembre 2019 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Libération)

En fait, la principale menace qui pèse sur l’équilibre à venir de notre système de retraite est la baisse des recettes plus que la hausse des dépenses. Or le facteur principal qui provoque cette réduction des recettes est provoqué par la politique actuelle du gouvernement qui comprime inexorablement la masse salariale publique en gelant le niveau de rémunération des fonctionnaires et en supprimant toujours plus d’emplois publics. Une politique de relance de l’action publique permettrait de revenir rapidement à l’équilibre de notre système de retraite, mais ce n’est pas dans l’air du temps…

Evolution du montant brut mensuel moyen des retraités français à 66 ans, en euros constant (valeur 2017) – source © Alternatives économiques

Une chose est sûre, en tout cas : la France est le pays européen, après la Grèce et l’Italie, qui consacre la part la plus importante de sa richesse nationale à payer les pensions de ses retraités. Un point qui exaspère tout ce que notre pays compte d’adeptes du néolibéralisme débridé et du « toujours moins d’État providence ». Mais c’est aussi un choix de société qui explique que notre pays fait partie de ceux où la part des plus de 65 ans vivant sous le seuil de pauvreté est la plus faible de toute l’Europe : seuls 7,8 % des séniors français vivent avec moins de 60 % du revenu médian. Ce taux monte à 15,8 % dans un pays comme la Suède, pourtant présenté comme le modèle indépassable de l’État social et de la retraite à points. Il atteint même 17 % en Allemagne où les retraités pauvres commencent à devenir un vrai problème de société.

Un rééquilibrage semble donc inévitable. Dans les années qui viennent, l’Allemagne va devoir consacrer une part plus importante de sa richesse nationale pour renforcer le pouvoir d’achat de ses citoyens retraités, tandis qu’en France, sous l’effet des mesures déjà prises depuis plusieurs années, l’évolution du montant des pensions versées connait un ralentissement progressif.

Évolution de l’âge moyen de départ en retraite dans les différents régimes (source © Alternatives économiques)

Mais il n’est pas besoin pour autant d’aller au-delà des mesures déjà adoptées et qui semblent largement de nature à permettre d’accompagner cette évolution, y compris d’ailleurs pour intégrer l’allongement prévisionnel de la durée de vie. De ce point de vue aussi, les affirmations selon lesquelles l’allongement de l’espérance de vie obligerait à retarder sans cesse l’âge de départ en retraite sont quelque peu battues en brèche par la réalité.

D’abord, l’âge moyen de départ en retraite a très sensiblement augmenté sous l’effet des réformes déjà adoptées. Il atteint désormais 63,1 ans dans le privé et 62,7 ans dans le public (hors policiers et gendarmes), et même 63,2 ans dans la fonction publique territoriale (abstraction faite des pompiers qui partent plus tôt). En 2002, cet âge moyen de départ en retraite était inférieur à 62 ans dans le privé et inférieur à 61 ans dans le public.

Quant à la durée de vie moyenne, elle continue à augmenter, mais de manière quasi imperceptible. L’espérance de vie à 60 ans est passée en 15 ans (jusqu’en 2014) de 20,4 à 23,1 ans pour les hommes et de 25,6 à 27,7 ans pour les femmes. Mais depuis plusieurs années, elle stagne et n’évolue quasiment plus, ce qui rend totalement inopérant un des principaux arguments avancés pour justifier d’augmenter toujours l’âge du départ en retraite, d’autant que, dans le même temps, le taux d’emploi des séniors est loin d’évoluer à la hausse…

Un dessin signé Plantu, publié dans Le Monde du 10 décembre 2019

On peut être pour ou contre le projet de réforme envisagé par le gouvernement pour harmoniser les différents régimes de retraite et passer à un système de répartition par points, mais au vu de ces chiffres il paraît bien difficile de justifier le volet initialement associé à ce projet et qui consiste à augmenter encore l’âge (ou la durée de cotisation) requis pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein : on peut d’ores et déjà parier que le gouvernement sera contraint de lâcher du lest sur ce dernier point s’il veut aller poursuivre son objectif de réforme sans mettre le pays à feu et à sang !

L. V.