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Cancale : un accueil contre vents et marées

5 octobre 2017

Cancale, paisible cité côtière bretonne de 5 400 habitants, vient de vivre une expérience très forte et passablement déstabilisante en accueillant par deux fois des groupes de réfugiés. En 2015, son maire, Pierre Yves Mahieu, LR tendance gaulliste, exprime son accord pour héberger une famille de réfugiés dans sa commune. Le projet avorte mais quelques mois plus tard, en janvier 2016, ce sont les services de l’État qui le sollicitent pour mettre en place, dans les locaux d’un ancien hôpital gériatrique en cours de désaffection, un CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation pour migrants) destiné à héberger des migrants de Calais.

Pierre-Yves Mahieu, maire de Cancale, avec un réfugié soudanais (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Le maire prend une semaine pour réfléchir seul, lister les arguments pour ou contre, ce qui, dans un premier temps, l’amène à refuser. Une discussion avec le préfet finit cependant par le convaincre d’accepter, mais il pose ses conditions, réclame des garanties de la part de l’État et exige que les migrants « auront quitté Cancale avant la fin du mois de juin, avant la période touristique », ainsi qu’il l’expose auprès des reporters de Breizh-info.

Il va alors partager l’idée du projet autour de lui, en commençant par ses adjoints et les responsables communaux de la sécurité et des services sociaux. Chacun est invité à mettre sur la table toutes les questions susceptibles de bloquer la réalisation de l’accueil. Aucune inquiétude ou peur ne doit rester sans réponse face à l’arrivée de ces migrants. Puisque Cancale est un port, comment sécuriser les 700 bateaux qui mouillent dans le port ? Les migrants voulaient aller en Angleterre, ne vont-ils pas s’emparer d’un bateau pour atteindre les îles anglaises les plus proches de la France, Jersey ou Guernesey ?  S’il y a des enfants parmi les migrants ne vont-ils pas ralentir la progression des petits Français à l’école ?

Des réfugiés soudanais découvrent les rues de Cancale, le 25 octobre 2016 (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

La discussion entre élus municipaux est vive et nécessite une réunion spécifique à huis clos en présence du Préfet de région. Enfin une réunion publique est organisée qui rassemble plus de 300 personnes et au cours de laquelle s’expriment de très violentes oppositions de la part d’une partie des habitants. La population considère que cette solution lui est imposée et menace ouvertement de sanctionner politiquement les élus s’ils l’acceptent.

Les discours de rejet se font violents : « L’invasion continue, avec l’accord de la droite. Ils sont en train d’étaler le problème, mais ça n’est pas une solution, il en arrive tous les jours. Il faut tout bloquer et aider la Hongrie et les pays de l’Est ! On a rien contre ces gens, mais on ne veut ni vivre avec eux, ni partager notre ville ou notre pays. Les frontières, ça sert à quelque chose bon sang ! On a rien demandé. Le droit d’asile, c’est l’excuse désormais pour ouvrir les frontières à tout le monde. Où sont les déboutés ? Où sont les charters de recalés ? Il n’y en a pas ». On annonce des soulèvements populaires : « ça va péter. Les gens en ont ras le bol, et pas que de l’immigration. Le grand coup de balai est pour bientôt, il faut simplement que les gens arrêtent d’obéir et d’avaler la soupe qu’on leur sert au journal de 20 h ».

Premières rencontres dans les rues de Cancale (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Heureusement, certains sont plus mesurés, des personnes âgées en particulier qui y voient « de l’ouverture », et une « solidarité nécessaire pour bien vivre ensemble ».

Un contrat est finalement signé avec la Préfecture et l’opération est gérée via un budget distinct pour ne pas amputer le budget du service social de la commune. Un comité d’accueil se constitue, pour favoriser l’hébergement dans le respect de la dignité humaine, animé par l’association Coallia, qui devient l’interlocuteur de la directrice du Centre. Deux médecins bénévoles interviennent dans le cadre du suivi médical des migrants. Plus d’une cinquantaine de bénévoles assurent l’alphabétisation et l’apprentissage du français, ainsi que la gestion d’un vestiaire pour habiller les migrants, mais aussi l’accueil dans les associations sportives de la ville.

Ce sont ainsi 25 migrants qui sont accueillis à Cancale jusqu’en juillet 2016, puis de nouveau un groupe de 60 migrants d’octobre 2016 à mars 2017, originaires pour la plupart de pays en guerre, principalement du Soudan et d’Erythrée. Par nature, un CAO est un dispositif temporaire pris en charge par l’Etat. Son objectif premier est d’accorder à ces migrants un temps de répit pour leur permettre de préparer la suite de leur parcours. Il s’agit de favoriser l’apprentissage du français et l’aide aux démarches nécessaires pour permettre un examen de leur situation en vue de leur admission ensuite dans un Centre d’Accueil de Demandeur d’Asile (CADA), ou comment passer de la jungle de Calais à la jungle des acronymes propres à l’administration française…

Un réfugié soudanais montre ses documents administratifs à Armelle Musellec, de l’association Coallia (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Peu à peu, les habitants s’habituent à rencontrer des inconnus bien bronzés qui marchent dans leurs rues pour se rendre au local d’alphabétisation, chez le boulanger où ils achètent leur pain à tour de rôle, mais aussi à la bibliothèque où ils ont accès au wifi pour leur téléphone ou dans leur club de sport. Un coiffeur de Cancale partage son salon avec un migrant qui se charge de couper les cheveux de ses collègues.

Pour des raisons de sécurité chaque migrant doit noter chacune de ses entrées et sorties du centre. Ainsi il a été facile de tordre le coup à la rumeur qui s’amplifiait vite, le jour où l’on s’est aperçu qu’il manquait un bateau dans le port. Tous les migrants étaient là, et le bateau s’était échoué après une fausse manœuvre à l’entrée du port !

Le maire veille à ne pas laisser dégénérer les incidents, à faire de la pédagogie et à couper court aux rumeurs injustifiée. Il considère que la dignité humaine n’est pas discutable, que la fraternité inscrite à nos frontons s’applique aussi aux inconnus. Il assume l’idée que l’humanitaire n’est pas une politique et qu’il ne doit pas y avoir de confrontation mais un travail commun.

En mars 2017, comme le relate une enquête du Monde, la quasi-totalité des 60 migrants hébergés à Cancale a introduit une demande d’asile politique en France et 14 d’entre eux ont déjà intégré un CADA. Deux seulement ont choisi volontairement de repartir au Soudan, tandis que les autres sont orientés provisoirement vers d’autres CAO. Tous quittent la ville de Cancale avec un pincement au cœur et tiennent à remettre à la cinquantaine de bénévoles qui les ont accompagnés un « certificat de remerciement » : « La Terre est ma patrie, et l’humanité ma famille. Cancale restera toujours dans nos cœurs. Même lorsque nous aurons 90 ans, nous garderons ce joli mot de Cancale dans notre mémoire. Merci pour tout ».

Pour ceux qui les ont côtoyés pendant de longs mois, ces migrants ne sont plus des anonymes mais des hommes qui avaient momentanément besoin de compassion et de protection. Plus de 400 CAO ont ainsi été ouverts en France, permettant d’accueillir 13 300 personnes depuis fin 2015, une goutte d’eau à l’échelle des besoins, mais un dispositif qui suscite une forte mobilisation locale et garantie l’émergence de débats animés au sein de la population et des élus, de quoi redonner vigueur au débat de société et à la vie démocratique communale. Encore faut-il l’ambition d’entreprendre et aussi d’affronter les préjugés des électeurs : avis aux amateurs !

CJTG

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Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

Les îles Poubelles, une nouvelle nation émergente ?

1 octobre 2017

Que retiendra t-on de la 72ème assemblée générale des Nations-Unies qui vient de se tenir à New-York, du 12 au 25 septembre 2017 ? Le discours belliciste de Donald Trump, menaçant de rayer de la carte la Corée du Nord et de déchirer l’accord obtenu sur le nucléaire iranien, après 12 ans d’âpres négociations ? Celui de son homologue Emmanuel Macron, chantre du multilatéralisme, héraut de la lutte contre le réchauffement climatique et porte-parole des sans-voix et des opprimés ?

Source Plastic Oceans Foundation

Ou peut-être la campagne médiatique qui a beaucoup fait jaser dans les couloirs et qui vise la reconnaissance officielle d’un 196e État baptisé Trash Isles, autrement dit, Les îles Poubelles ? Une pétition toujours en ligne et qui a déjà recueilli plus de 125 000 signatures a en effet été remise au nouveau secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres. Elle cherche, de manière quelque peu symbolique, à faire reconnaître comme un nouvel État, le gigantesque amas de déchets flottants, grand comme la France, qui s’étend au centre du Pacifique Nord.

La campagne est pilotée par le site américain LADbible soutenu par l’ONG Plastic Oceans Foundation. L’idée qu’ils mettent en avant paraît saugrenue mais ne manque pas de panache. On connaît depuis 1997, et leur découverte fortuite par le navigateur Charles Moore, l’existence de ces vastes amas de déchets qui dérivent dans tous les océans de la planète mais dont les principaux se regroupent sous forme d’immenses vortex concentrés par les courants marins circulaires dans le Pacifique nord mais aussi dans le Pacifique sud, l’Atlantique nord et sud et bien sûr l’Océan indien. La Méditerranée elle-même n’est pas épargnée par le phénomène, comme toutes les étendues marines bordées de zone densément urbanisées.

Situation des principales plaques de déchets flottants (infographie © Le Monde)

Les expéditions scientifiques se sont multipliées ces 15 dernières années pour explorer ce que certains ont dénommé « Le septème continent ». En décembre 2014, une vaste étude internationale, parue dans la revue PLOS ONE, à l’issue de 24 campagnes effectuées entre 2007 et 2013, non seulement sur les cinq grands gyres océaniques, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée, avait ainsi estimé à 269 000 tonnes la quantité de détritus flottant sur les mers du globe. On a plus récemment évalué à environ 8 millions de tonnes la quantité de déchets plastiques qui auraient été rejetés directement en mer au cours de la seule année 2010.

Des miliiers de déchets plastiques flottant (photo © Christophe Launay / Race for Water)

Nous avons tous en tête ces images de milliers de déchets flottants de toutes sortes qui s’amassent sur les plages et près des côtes, que certains essaient tant bien que mal de récupérer et de valoriser. Mais les études montrent que les vortex de déchets qui dérivent au milieu des océans ressemblent en réalité plutôt à une soupe compacte constituée de milliards de microdéchets de polyéthylène, de polypropylène et de polyéthylène téréphtalate (PET) dont la taille ne dépasse guère quelques millimètres et qui ne sont pas détruits par les micro-organismes..

Les gros éléments en plastique ont tendance en effet à se fragmenter sous l’action des vagues et du rayonnement solaire, mais aussi parce qu’ils rencontrent de nombreux oiseaux et mammifères marins qui les croient comestibles et qui en meurent bien souvent comme en attestent leurs cadavres. En revanche, ces minuscules fragments de plastique eux ne disparaissent pas et continuent de flotter entre deux eaux pendant des siècles, constituant d’immenses radeaux de la taille d’un pays européen voire bien davantage, et dont on a encore du mal à évaluer l’ampleur du volume immergé. On commence en revanche à mieux identifier les nombreux effets néfastes de ces micro-résidus non seulement sur la faune marine mais aussi comme vecteurs de la prolifération de certaines espèces invasives.

C’est pour tenter d’attirer l’attention sur cette situation inacceptable que certains ont eu l’idée de faire reconnaître comme un nouveau pays le plus vaste de ces continents de déchets, celui que l’on surnomme le « Great Pacific Garbage Patch » (la grande poubelle du Pacifique). L’ancien candidat aux élections présidentielles américaines, Al Gore, fait ainsi partie des tous premiers signataires de cette pétition et aspire à devenir citoyen de ce nouvel État en voie d’émergence qui possède déjà son drapeau, son passeport et même sa monnaie, le « débris », bien entendu…

Un billet du futur Etat en gestation ? (photo © Mario Kerkstra)

Pour pouvoir être reconnu comme nation, il faut en effet disposer d’un territoire, former un gouvernement, avoir une population permanente et être capable d’interagir avec les autres nations. D’où l’idée de cette pétition qui vise à recenser tous les volontaires désireux de devenir citoyen de ce futur État. 

Le passeport du futur pays ? (photo © Mario Kerkstra)

Si d’aventure le processus arrivait à son terme, ce radeau flottant de déchets serait en mesure de solliciter l’application de la charte de l’environnement édictée par les Nations-Unies et qui postule : « tous les membres doivent coopérer dans un esprit de partenariat global pour conserver, protéger et restaurer la santé et l’intégrité de l’écosystème planétaire ». Autrement dit, cela obligerait les autres nations à s’engager à venir nettoyer ce continent de déchets.

Une démarche pour le moins originale donc, qui, bien évidemment, n’a aucune chance d’aboutir, mais qui ne manque pas d’interpeller. Voilà que des dizaines de milliers de citoyens du monde, Américains pour beaucoup, se revendiquent citoyens d’un nouvel État en voie d’émergence et s’échinent à le faire reconnaître par les autres nations non pas pour le coloniser mais tout simplement pour le faire disparaître. A côté d’un tel casse-tête juridique, la crise de la Corée du Nord ressemble à de la petite bière…

L.V.  

Assemblée nationale (partie 3) : un nouveau visage ?

21 septembre 2017

A l’issue des élections législatives de juin 2017, parmi les 577 députés, 431 siègent pour la première fois. C’est un renouvellement inédit sous la Vème République. 189 d’entre eux (dont 92 % élus avec l’étiquette LREM) n’ont aucune expérience élective, souvent issus de la société civile. L’âge moyen des élus est de 48 ans avec un net accroissement du nombre des femmes (223) soit 39 % du total.

Les 308 députés LREM à Paris, le 24 juin 2017 (photo © Gilles Bassignac / AFP)

Le profil socio-professionnel le plus représenté est celui de cadre (114). En revanche, seuls 2,6 % des députés sont des employés et ouvriers, alors que ces derniers représentent 50,2 % de la société française. Si cette représentativité ne reflète pas fidèlement la représentation sociologique du pays il faut espérer que les nouveaux députés auront à cœur de traduire dans la loi les aspirations des Français pour mettre fin à la crise de confiance qu’ils expriment. Mais cela semble déjà un vœu pieux !

La loi de moralisation a été engagée et concerne aussi, outre l’emploi des assistants parlementaires, la redistribution du budget de la réserve parlementaire (130 à 150 millions €/an), après que trop de favoritisme envers certaines communes, départements ou régions ait été constaté au détriment d’une répartition équitable et moins clientéliste. Elle concerne aussi l’interdiction du cumul avec des fonctions exécutives locales, pour permettre à l’élu d’être disponible totalement pour assumer sa fonction. Elle vise enfin à favoriser le renouvellement des élus en limitant à 3 le nombre de mandats successifs.

François Bayrou, porteur fragilisé du projet de loi de moralisation de la vie publique (photo © François Guillot / AFP)

N’est-ce qu’une étape vers des réformes plus profondes dans la perspective d’une France plus décentralisée, apte à affirmer son rôle dans une Europe qui devra elle aussi trouver de nouvelles voies de développement plus démocratiques pour susciter l’adhésion des populations de l’UE?

A ce propos, les compétences de l’Assemblée nationale se sont étendues. Les parlements nationaux se sont vus confier la responsabilité d’adapter en droit national les grandes orientations communautaires (la transposition des directives). C’est en contrôlant l’application de ces directives, en s’informant dans le souci de comprendre le fondement des institutions européennes que les élus pourront peser davantage sur les décisions européennes, avant que les textes ne soient définitivement adoptés à Bruxelles.

Aujourd’hui, la France est dans la moyenne européenne pour la transposition des directives des textes législatifs, c’est à dire 20 %, ce qui reste très loin des objectifs affichés.

Dessin de Deligne paru dans La Croix

Pour une représentativité reflet réel des opinions et courants politiques du pays, faudra-t-il réintroduire le scrutin à la proportionnelle totale ou partielle ? Quand et comment y parvenir pour obtenir des majorités de gouvernement quelles que soient les alternances ? Cela implique un mode de pensée et de travail basés sur la culture du consensus sur les grands sujets d’orientation du pays (économie, sociale, aménagement du territoire,..) qui ne peuvent s’engager et se poursuivre qu’au cours de plusieurs mandatures.

De même, le besoin de simplification et d’économies à réaliser concernant le fameux « mille-feuilles administratif » tant décrié, aura sans doute comme conséquence de privilégier les pouvoirs des régions et des métropoles, plus structurantes pour le développement du pays.

Cela implique, comme certains le proposent, une diminution (d’un tiers ?) du nombre des députés, le nombre des circonscriptions étant recalculé suite à la disparition totale ou partielle des départements. Mais cela pose la question du maintien de la proximité entre les institutions et les citoyens.

Cela dit, si ces réformes sont engagées, le rôle du député se verra renforcé. Sa disponibilité pour effectuer le travail législatif devra être totale, mais le risque d’une nouvelle « professionnalisation » pourrait lui être reproché car en effet il devra être apte à porter au Parlement des dossiers d’une technicité complexe sur des sujets allant de l’économie au social, en passant par l’environnement, la défense, l’aménagement du territoire, l’Europe ….

Un dessin de Placide

Pour éviter cette dérive tout en lui donnant les éléments pertinents pour des prises de décisions efficientes, ne faudrait-il pas, à l’exemple de certains pays, lui adjoindre un minimum de collaborateurs faisant office de conseiller et d’assistants dans sa circonscription, afin de lui permettre d’assurer la gestion des dossiers nationaux tout en gardant un lien privilégié avec la population et les élus locaux sans pour autant être soupçonné de « clientélisme », chacun ayant des attributions spécifiques sans confusion des rôles?

La perception de son travail au service de la collectivité sera-t-elle alors plus évidente pour rétablir une confiance, souvent mise en cause, entre les électeurs et leur représentant à l’Assemblée ?

La démocratie n’a pas de prix mais présente un coût de fonctionnement. Aussi les citoyens que nous sommes doivent accepter le financement de l’institution parlementaire, garante de nos libertés, dans une transparence réelle contrôlée par les organes officiels déjà mis en place mais aussi par des actions collectives de citoyens pour rappeler à la vigilance et à la nécessité de vérifier le bon usage des fonds publics.

Un dessin de Besse publié dans Marianne

C’est sous la pression de ces associations de citoyens, soutenues par l’opinion publique choquée par certaines pratiques, qu’au cours des dernières années des avancées déontologiques ont été mises en place, comme la déclaration de patrimoine, la déclaration d’intérêts et d’activités à produire à la prise de mandat par le nouveau parlementaire.

D’autres réformes peuvent être engagées pour faire vivre notre démocratie. L’Assemblée nationale est et restera l’organe majeur où elles pourront être élaborées. La crédibilité des parlementaires, au service de l’intérêt général, est vitale pour notre régime républicain, qui serait « le meilleur régime pour ne pas être d’accord ensemble… » !

C.M.

Assemblée nationale (partie 2) : comment ça marche ?

20 septembre 2017

Les fonctions de l’Assemblée nationale

Les 577 députés sont élus pour cinq ans, au suffrage universel direct. Sous l’égide du Président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’État, le bureau de l’Assemblée détient, soit directement, soit par délégation de pouvoirs accordée à certains de ses membres, une compétence générale sur l’organisation et le fonctionnement interne de l’Assemblée. Avec les questeurs (chargés des services financiers et administratifs), ce sont au total 22 membres qui composent ce bureau.

Les députés ont l’initiative, comme les sénateurs et le Premier ministre, de proposer des lois, expressions de la volonté générale. La procédure législative comprend trois phases principales : le dépôt du texte, son examen par le Parlement et sa promulgation par le Président de la République (après une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel pour examen de la conformité du texte à la Constitution).

La préparation et l’examen des textes de lois se font en commissions avant présentation en séance pour adoption. Les commissions permanentes traitent des affaires culturelles, économiques, étrangères, sociales, liées à la défense, au développement durable, aux finances, aux lois.

Il existe aussi d’autres commissions spéciales, d’enquêtes ou des affaires européennes. D’autres missions d’étude et d’information peuvent également être confiées aux députés.

Le statut des députés

Élu pour représenter la Nation (et non sa seule circonscription), le député participe à l’exercice de la souveraineté nationale. Il bénéficie, comme le sénateur, d’un statut protecteur, conçu non comme un privilège mais comme un moyen destiné à lui assurer l’indépendance et la liberté d’expression nécessaires à l’exercice de son mandat. Cette protection spécifique est consacrée par le principe des immunités parlementaires, qui trouvent son fondement dans la Constitution elle-même.

La sieste de Raymond Barre à l’Assemblée (photo © Pascal Pavani – AFP)

L’irresponsabilité, immunité absolue, soustrait les parlementaires à toute poursuite pour les actes liés à l’exercice de leur mandat. L’inviolabilité tend à éviter que l’exercice du mandat parlementaire ne soit entravé par certaines actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que simples citoyens.

En contrepartie de ces immunités, des incompatibilités sont à respecter avec les fonctions publiques électives et non-électives comme l’impossibilité légale de cumuler certaines fonctions avec le mandat parlementaire (ou d’exercer des responsablités de direction d’entreprises publiques ou privées). Des obligations et interdictions s’appliquent aux députés qui se doivent d’établir une déclaration de patrimoine et une déclaration d’intérêts d’activités dans un but de transparence.

Ces pratiques déontologiques (encadrées par de nombreux textes de lois) relèvent de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Cependant l’actualité démontre qu’il faut encore aller plus loin dans cette direction : c’est l’objet de la loi de moralisation de la vie publique.

Les indemnités

Il est bon de rappeler quelles étaient, jusqu’au début de cette nouvelle législature, les indemnités dont bénéficient les députés pour exercer leurs fonctions.

Dessin de Péhel publié dans la Nouvelle République

Depuis le 1er février 2017, l’indemnité brute mensuelle d’un député est de 7 209,74 €, qui se décompose ainsi :

indemnité de base: 5 599,80 €;

indemnité de résidence (3 %): 167,99 €;

– indemnité de fonction (25 % du total) : 1 441,95 €.

Des indemnités spéciales sont attribuées en sus à certains membres (montant brut mensuel) :

– Président: 7 267,43 €

– Questeurs : 5 003,57 €

– Vice-présidents : 1 038,20 €

– Présidents de commission et rapporteurs généraux de la commission des finances et de la commission des affaires sociales : 879,59 €

– Président de la commission spéciale chargée d’apurer les comptes : 879,59 €

– Président de l’Office d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : 879,59 €

– Secrétaires du Bureau : 692,14 €

Sur le plan fiscal, l’indemnité parlementaire de base majorée de l’indemnité de résidence et de l’indemnité de fonction, à l’exclusion des indemnités spéciales, est imposée suivant les règles applicables aux traitements et salaires.

Après prélèvements, un député perçoit ainsi un net mensuel de 5 782,66 € ou, en cas d’adhésion au système complémentaire facultatif, de 5 380,93 €.

Des moyens individuels sont de surcroît fournis aux parlementaires pour leur permettre d’exercer leur mandat, conformément à leurs propres besoins. Ils bénéficient ainsi d’une indemnité représentative de frais de mandat (montant mensuel : 5 840 € brut). Ils disposent en outre d’un crédit affecté à la rémunération de collaborateurs (montant mensuel : 9 618 €), les charges patronales, sociales et fiscales, afférentes aux rémunérations financées par ce crédit étant prises en charge par l’Assemblée nationale.

Dessin de Goubelle publié dans La Charente libre

Ils bénéficient par ailleurs de facilités de circulation. L’Assemblée nationale prend en charge les déplacements des députés sur le réseau métropolitain de la RATP et de la SNCF en 1èreclasse, et fait profiter les députés de la flotte de véhicules protocolaires pour leurs déplacements liés à leur mandat parlementaire et effectués à partir du Palais Bourbon dans Paris ou à destination des aéroports. L’utilisation justifiée de taxis est remboursée (somme plafonnée). Ils bénéficient aussi de voyages aériens gratuits à raison de 80 passages entre Paris et leur circonscription lorsqu’elle est desservie par une ligne aérienne régulière, ainsi que 12 passages pour toute destination hors circonscription, en France métropolitaine. Pour les députés d’outre-mer, un crédit égal leur est accordé.

Certains appuis matériels sont enfin destinés à faciliter l’exercice de leur mandat. Chaque député dispose ainsi d’un bureau individuel dans l’enceinte du Palais Bourbon ou ses dépendances. Il bénéficie de matériel informatique, téléphonique (avec un forfait téléphonique jusqu’à 7 670 €/an), mais aussi de facilité de restauration et d’hébergement.

Un dessin de André-Philippe Coté (Quebec)

D’autres prestations familiales, d’allocations d’assurance mutuelle, différentielles et dégressives de retour à l’emploi sont accordées. L’allocation versée aux députés non réélus à la recherche d’un emploi est désormais limitée à 6 semestres (3 ans) au maximum. Cette allocation est dégressive, représentant au maximum 100 % de l’indemnité parlementaire le premier semestre (5 599,80 € brut), et 20 % (soit 1 119,96 €) le dernier semestre.

Les députés sont obligatoirement affiliés au fonds de sécurité sociale de l’Assemblée nationale, régime spécial créé par le Bureau de l’Assemblée nationale en 1948. L’âge d’ouverture du droit à pension est passé progressivement de soixante ans à soixante-deux ans. La pension est calculée au prorata des annuités acquises, sans minimum de durée de mandat et dans la limite d’un plafond fixé à 41,5 annuités. Ce plafond sera porté progressivement à 43 annuités en 2033.

Toutes ces données sont consultables sur le site internet de l’Assemblée Nationale très riche en contenu. Ces chiffres et données sont des éléments de transparence attendus par les électeurs, mais cette démarche de contrôle des élus doit se poursuivre car les Français sont de plus en plus attentifs, non seulement au fonctionnement et la représentativité de la nouvelle assemblée, mais aussi à la probité de leurs élus.

C.M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 1) : l’actualité…

13 septembre 2017

Jean-Michel Blanquer à l’Elysée, le 18 mai 2017 (photo © AFP/Archambault)

Suite aux récentes orientations décidées par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et à la possibilité offerte aux communes de revenir, dès la rentrée scolaire 2017, à la semaine de quatre jours pour les écoles maternelles et primaires, un tiers des communes a choisi ce retour aux quatre jours, dont notre ville de Carnoux-en-Provence.

Le choix d’une semaine de quatre jours et demi avait été décidé puis mis en place en 2014 afin de réduire la journée de classe et ainsi optimiser la concentration des élèves sur les apprentissages. Les études scientifiques qui sous-tendaient cette mesure, analysées dans un rapport publié en 2010, montraient en effet que la concentration des élèves était meilleure le matin et de 14 h (ou 14 h 30 pour les plus jeunes) jusqu’à 16 h.

Il revenait alors aux communes de proposer, sur les plages ainsi libérées, des activités de découverte, scientifiques, artistiques, sportives ou autres, animées par des personnels recrutés pour leurs compétences dans les domaines concernés.

La mise en place de cette mesure a été délicate, voire volontairement freinée comme ce fut le cas à Marseille. Elle a nécessité le recrutement d’animateurs, la mise sur pied d’une organisation favorisant l’accès sécurisé des élèves aux activités (locaux, matériels…) ainsi que la mobilisation de moyens financiers, en partie assurée par l’Etat.

Malgré cela, des communes ont décidé de mettre un terme à ce dispositif qui, dès son instauration, a soulevé de multiples critiques.

Ce sont d’abord les enseignants qui ont manifesté leurs doutes sur le bien-fondé de la mesure, même s’ils adhéraient aux bilans des scientifiques qui, rappelons-le, les avaient fait réagir quand en 2008 le ministre Darcos avait instauré la semaine de quatre jours avec suppression des cours du samedi matin !

Il faut aussi savoir que les instituteurs, n’étant plus logés sur place, habitent souvent loin de l’endroit où ils enseignent et qu’ils se voient ainsi contraints d’effectuer des déplacements supplémentaires. S’ajoute surtout, et contrairement aux ambitions du projet, qu’ils ne perçoivent pas l’allègement espéré de la journée de classe puisque les activités proposées étaient souvent regroupées sur une demi-journée, le mardi ou le vendredi après-midi.  Rares en effet sont les villes qui ont été en mesure de proposer des ateliers chaque journée de la semaine hormis le mercredi. Enfin, un nombre infime d’écoles a adopté le principe de cinq journées discontinues avec classe lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi matin.

Ce sont ensuite les parents qui ont argué de la fatigue des élèves qui devaient se lever tôt cinq jours consécutifs (du lundi au vendredi) ainsi que de la modestie des ambitions de certaines activités proposées, sans parler des coûts imputés par plusieurs communes (mais pas à Carnoux). S’ajoutent à cela des questions d’organisation familiale, particulièrement au sein de familles séparées ou monoparentales pour qui la semaine de quatre jours avec un week-end de deux jours est plus adaptée. Il y a alors débat entre l’intérêt de l’enfant et celui de l’élève.

Les réticences viennent enfin des élus qui ont eu à mettre en place le dispositif et à en assurer le fonctionnement.

Issu d’un constat auquel une large majorité de pédagogues adhérait, le dispositif instauré en 2014 semble condamné à disparaître sans qu’une évaluation nationale rigoureuse ait été réalisée. Une fois de plus l’opinion et le confort budgétaire prévalent. Ce mal français qui consiste à abandonner une disposition en cours de route et avant la fin de contrats qui avaient été signés (ici pour deux ou trois ans) ne contribue pas à renforcer la crédibilité de l’Etat s’agissant ici d’une question première : la réussite de la formation des élèves, les citoyens de demain.

M.M.

Le bateau des militants anti-immigration bloqué en Méditerranée

1 septembre 2017

Bateau de migrants en perdition repéré par un avion luxembourgeois (photo © EUNAVDOR MED / Reuters)

La question des flux migratoires à travers la Méditerranée est de celles qui alimentent tous les fantasmes et suscite les controverses les plus acharnées. Une chose est sûre : le phénomène a considérablement augmenté ces dernières années, en lien direct avec l’instabilité politique et les nombreux conflits qui ont éclaté dans plusieurs pays du sud de la Méditerranée. En 2008, on estimait à un peu moins de 60 000 le nombre de migrants arrivés dans l’année via la Méditerranée. Jusqu’en 2013, ce nombre n’a guère été dépassé, avec toutefois de très fortes fluctuations d’une année sur l’autre au gré des vicissitudes économico-politiques chez nos voisins du sud.

En 2014, ce nombre est brusquement monté au-delà de 200 000 pour atteindre carrément le chiffre de 1 million en 2015 ! Dès 2016, la fièvre est fortement retombée pour se stabiliser autour de 350 000. Quant aux 6 premiers mois de l’année 2017, les chiffres provisoires font état de 111 000 migrants débarqués en Europe depuis les rivages méditerranéens, pour l’essentiel sur les côtes italiennes, dont 2 360 au moins sont morts en tentant la traversée.

Des chiffres qui permettent donc de fortement relativiser l’ampleur de ce que certains assimilent un peu vite à une véritable invasion totalement incontrôlée et de nature à modifier en profondeur l’équilibre démographique européen. Mais un phénomène suffisamment significatif pour faire tourner la tête de nombre de militants d’extrême-droite arc boutés sur la défense de l’Europe chrétienne contre ces hordes de barbares islamisés.

Manifestation du mouvement Génération identitaire à Paris le 28 mai 2016 (capture video Youtube)

Parmi eux, le groupuscule lyonnais Génération identitaire, qui ne cache pas son attachement à l’idéologie ultra-nationaliste de l’extrême droite et au traditionalisme catholique qu’il brandit comme rempart contre l’arrivée de migrants. Créé en 2012 suite à la dissolution du mouvement Jeunesse identitaire qui venait d’être condamné car émanation directe du mouvement Unité radicale, lui-même dissout en 2002 après que l’un de ses sympathisants eut tenté d’assassiner Jacques Chirac, alors Président de la République, ce mouvement politique Génération identitaire se définit comme une « communauté de combat » qui se revendique ouvertement de la Reconquista et prône sans complexe la résistance par tous les moyens contre l’arrivée de populations de confession musulmane.

Ces joyeux drilles ont lancé en juin 2017 une collecte en ligne via la plateforme PayPal afin de financer leur projet, curieusement intitulé « Defend Europe », et qui consiste en toute simplicité à « sauver l’Europe de l’immigration clandestine » en préparant « une grande mission de sauvetage en Méditerranée (.) pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ».

Dans l’esprit de ces militants qui ne s’arrêtent guère à la complexité des situations géopolitiques au sud de la Méditerranée, les associations humanitaires comme SOS Méditerranée, qui s’efforcent de venir en aide aux migrants en détresse entassés sur des canots mal dimensionnés pour affronter la traversée, ne sont ni plus ni moins que les complices des passeurs qui leur envoient leur cargaison de migrants à récupérer.

Le navire Aquarius transportant des migrants au port de Catane en Sicile, le 21 mars 2017, après une opération de secours (photo © Giovanni Isolino / AFP)

Génération identitaire est ainsi persuadé que l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée est en liaison radio directe avec les organisations de passeurs qui lui indiquent où et quand venir réceptionner les chaloupes de migrants pour les conduire directement dans les camps d’accueil.

Le C-Star au large des côtes libyennes, le 5 août 2017 (photo © Angelos Tzortzinis / AFP)

Le plan de ces militants anti-émigration est donc simple : affréter un navire, le C-Star, pour pister l’Aquarius et démontrer sa collusion avec les passeurs, mais aussi intercepter des bateaux de migrants, les couler et remettre leurs occupants entre les mains des garde-côtes libyens. Objectif affiché : terroriser les filières d’émigration et « fermer l’autoroute de l’immigration en Méditerranée ».

Ce que semblent oublier ces justiciers des temps modernes, comme le rappelle un article très documenté du Monde, c’est que l’action des associations qui œuvrent en Méditerranée pour venir en aide aux migrants est très fortement encadrée. Leurs navires ne peuvent intervenir qu’après demande explicite du centre de coordination de sauvetage en mer, basé à Rome, qui coordonne toutes les actions de secours sur zone. Elles se doivent aussi de rendre des comptes, lors de chaque opération de sauvetage, à de multiples autorités dont l’Agence européenne de garde-côtes Frontex mais aussi le ministère italien de l’Intérieur et celui de la Santé qui devront ensuite prendre le relai pour la prise en charge des migrants à terre.

Bateau rempli de migrants au large des côtes italiennes (photo © MaxPPP)

Toutes les communications et les mouvements de leurs bateaux sont donc étroitement surveillés, ce qui laisse bien peu de place à d’éventuelles échanges avec les passeurs eux-mêmes, ainsi d’ailleurs qu’a pu le constater le C-Star lui-même après avoir suivi l’Aquarius et lui avoir même foncé dessus, le 5 août dernier, au risque de l’éperonner, au mépris de tous les règlements maritimes.

Au-delà, la mission du C-Star interroge quant à son intérêt, voire sa légalité. L’idée même de penser tarir le flot de migrants en rendant la traversée encore plus périlleuse qu’elle ne l’est déjà, témoigne simplement d’une méconnaissance des motivations profondes des migrants.

En 2013, la marine italienne avait lancé la mission Mare nostrum qui avait permis de secourir 150 000 personnes et d’arrêter 351 passeurs, mais avait dû stopper l’opération à cause des nombreuses critiques considérant que cela provoquait un appel d’air en faveur d’un mouvement migratoire accru. Or l’arrêt de la mission en 2014 a coïncidé au contraire avec un très fort développement du nombre de candidats au départ, sans aucune relation naturellement avec les efforts de la marine italienne, mais du fait simplement de l’aggravation de la situation politique dans plusieurs pays du sud. En revanche, si le flot de migrant n’a pas baissé, le taux de mortalité dans leurs rangs a plus que doublé, confirmant a posteriori à quel point l’opération de secours était indispensable.

Bateau de migrant secouru par la marine italienne dans le cadre de l’opération Mare Nostrum en 2014 (photo © Marina militare / Reuters)

Quant à renvoyer, comme le souhaite Génération identitaire, les migrants dans les mains des garde-côtes libyens, c’est contraire à la Convention de Genève et cela revient le plus souvent à les condamner à une mort quasi certaine, d’autant que la plupart de ces garde-côtes sont de simples milices régionales qui n’obéissent en rien au gouvernement d’union nationale reconnu par les Nations-Unies alors qu’elles sont en revanche souvent fortement liées aux réseaux de passeurs…

Les solutions simplistes prônées par les militants de Génération identitaire semblent donc bien mal adaptées à un phénomène autrement plus complexe à gérer. Leur projet semble d’ailleurs désormais prendre l’eau de toute part. Une première pétition avait déjà conduit l’organisme PayPal à bloquer la cagnotte récoltée pour financer la mission. Une seconde a ensuite poussé le Crédit Mutuel à fermer le compte de l’association moyennant un préavis de 2 mois, comme le permet la loi.

Manifestants bloquant l’accès du C-Star au port de Catane le 29 juillet 2017 (capture écran Twitter)

Quant au bateau, il a été un temps immobilisé sur l’île de Chypre où une partie de l’équipage a même été interpellée avant d’être relâchée. Début août, il a été empêché d’accoster dans le port de Catane, en Sicile, grâce à la mobilisation de nombreux militants associatifs locaux qui brandissaient des pancartes indiquant « closed for racists ». Même en Tunisie, où le navire était venu se ravitailler dans le port de Zarsis, l’équipage s’est vu refuser l’accostage par les marins locaux syndiqués à l’Union générale tunisienne du travail.

Décidément, la bataille navale autour des migrants perdus en Méditerranée ne fait que commencer…

L.V.  

La santé a t-elle un prix ?

12 août 2017

Hôpital d’Aubagne (photo © Frédérique Gros / La Provence)

Le sort de l’hôpital public Edmond Garcin d’Aubagne est une nouvelle fois sur la sellette. Soumis à un premier plan de redressement en 2008, qui avait occasionné une forte mobilisation en vue de maintenir opérationnel cet établissement, c’est maintenant son service de réanimation qui est voué à être transféré à la clinique privée de la Casamance selon les conclusions d’un cabinet d’audit, mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS).

L’inauguration d’Argilla, organisée tous les deux ans à Aubagne, en a fait les frais le 5 août dernier, perturbée par une centaine de manifestants venus protester contre cette décision fortement orientée puisque le cabinet d’audit Nordmann reconnaît bien volontiers que son diagnostic avait été établi en vue de démontrer qu’un transfert au privé était la meilleure solution, comme le demandait l’ARS.

Banderolle devant l’hôpital d’Aubagne (source : Matin 9)

Face à une attitude aussi partisane, les médecins réanimateurs de l’hôpital d’Abagne ont décisé de relever le gant et de mener leur propre étude d’impact quant aux conséquences qu’aurait, sur le fonctionnement de l’établissement et surtout sur l’offre de soin proposée à la population, le transfert de son service de réanimation et sa transformation en Unité de soins continus come le préconise l’ARS. Leur conclusion est sans appel et radicalement opposée aux hypothèses initiales de l’ARS puisqu’ils considèrent qu’un tel transfert se traduirait par une aggravation du déficit de l’établissement hospitalier et par une dégradation de la qualité de l’offre de soin dont profitent des patients venant non seulement du bassin proche estimé à 180 000 habitants mais parfois aussi du Var.

Cette lutte incessante et fortement idéologique entre public et privé pour l’organisation des soins de santé va bien au-delà du seul cas de l’hôpital d’Aubagne. Elle agite fortement nos amis canadiens fermement attachés à une offre de soin publique et qui constatent avec effarement la dérive du système américain, largement aux mains du privé et qui se révèle être l’un des plus mauvais du monde en termes d’efficience. Alors que des pays comme la France ou le Canada consacrent grosso modo 10 % de leur richesse nationale à la santé, ce taux grimpe à plus de 17 % aux Etats-Unis alors que la proportion de ceux qui n’ont pas accès aux soins y atteint des sommets…

Dessin de Lardon

Alors que ce pays se déchire autour de l’avenir de la loi santé et du dispositif Medicaid mis en place par la volonté de Barak Obama et que son successeur, Donald Trump, fait tout pour renvoyer dans les oubliettes de l’histoire, un livre fort intéressant, intitulé « An American sickness », vient mettre en évidence le point faible du système sanitaire américain : son coût totalement exorbitant !

Elisabeth Rosenthal, auteur de An American sickness

L’auteur de cette étude, l’ex-médecin devenue journaliste, Elisabeth Rosenthal, dresse en effet un tableau assez effrayant d’un système de santé entièrement privatisé où les décisions ne sont plus prises par le personnel médical en fonction de règles d’éthique et en vue de favoriser le bien-être des patients, mais par des gestionnaires qui répondent avant tout aux intérets de leurs actionnaires en cherchant à maximiser les profits à court terme et le retour sur investissement.

Exactement le modèle que cherchent à imposer les fonds d’investissement qui détiennent désormais une part importante des plus de 1000 établissements hospitaliers privés actuellement opérationnels en France, lesquels accueillent environ un tiers des 45 millions de personnes hospitalisés annuellement dans ce pays.

Un domaine en pleine concentration dans lequel les fonds d’investissement rachètent à tour de bras des établissements aux médecins qui les ont créés, pour les restructurer, pressurer le personnel et maximiser les profits en externalisant nombre de fonctions annexes et souvent en revendant les murs pour fluidifier le capital investi. Le leader actuel est ainsi le groupe australien Ramsay Health Care qui a racheté en 2014 la Générale de Santé et détient désormais quelques 125 cliniques privées en France.

Aux USA, ce qui ressort de l’analyse de la journaliste c’est une formidable dérive des coûts d’hospitatlisation avec une surenchère liée au marketing médical. On choisit désormais son établissement hospitalier en fonction de la qualité architecturale des chambres et parce que le café est offert à l’accueil, ce qui explique que la journée d’hospitalisation peut être facturée 5000 $ ! Une opération de l’appendicite coûte jusqu’à 40 000 $ aux USA et le prix moyen d’un accouchement y dépasse 30 000 $…

Dessin de Schwartz paru dans le livre « La santé publique en questions de Laurent Chambaud en 2017 (source Luc Perino)

Le salaire des médecins y est en augmentation constante et un chirurgien orthopédique américain gagne en moyenne deux fois plus qu’un confrère allemand. Une dérive dont est largement responsable le réseau d’assurances privées puisque c’est lui qui finance l’essentiel du secteur, au détriment du patient dont l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.

Face à un tell constat, Elisabeth Rosenthal critique l’acharnement de certains, dont la majorité des élus républicains, à considérer que la santé doit obéir aux seules règles du marché. On ne choisit pas d’être malade et le patient n’est pas seulement un consommateur qui pourrait choisir en toute connaissance de cause tel ou tel traitement. L’exemple américain est de ce point de vue assez instructif quant aux dérives dans lesquelles peut nous mener une conception aussi mercantile de la santé publique telle que souhaitent la pratiquer les cliniques privées françaises, avec parfois la complicité des responsable politiques. A chacun d’être vigilant car nous sommes tous concernés !

L.V.  

Marseille, nouveau roi du coffre-fort numérique ?

22 juillet 2017

Longtemps reconnue mondialement pour son rôle de port colonial, puis pour celui de cerveau de la French connexion et pour sa réputation déplorable de violence urbaine, Marseille tente depuis des années de se forger une nouvelle image de port d’accueil pour le tourisme de la croisière de luxe. Mais c’est dans un tout autre domaine que la ville est en train de connaître un développement inattendu : celui des data centers, ces coffres-forts modernes où sont stockées physiquement les milliards de données numériques que l’on a tendance à imaginer évaporées sur un nuage éthéré, le fameux « Cloud »…

Salle blanche pour le stockage des baies informatiques

Car la tendance actuelle en informatique est d’avoir des ordinateurs de plus en plus puissants mais paradoxalement de plus en plus vides, ce qui génère des flux de données croissant et totalement gigantesques à travers la planète entière. Les logiciels et le stockage de données, qui prend de plus en plus de place, sont désormais hébergés sur des serveurs situés on ne sait où, chez un prestataire informatique qui conserve de manière sécurisée nos données personnelles.

Un tel service d’hébergement des données numériques personnelles (nos photos, la vidéo des premiers pas du petit dernier, nos courriels, nos fiches de paies et autres papiers administratifs, nos fichiers numériques, etc.) est même fourni gratuitement par la plupart des fournisseurs d’accès internet, bien trop contents de récupérer ainsi à bon compte toutes nos données personnelles qui seront ensuite valorisées pour développer des sollicitations commerciales adaptées à nos centres d’intérêts personnels. C’est aussi un service payant qu’offrent de plus en plus de prestataires, tels que la Poste ou la Caisse d’Epargne, sous le nom de « coffres-forts numériques ».

Il s’est ainsi créé un nouveau marché très juteux, celui du stockage sécurisé de données numériques. Du fait de l’importance vitale de toutes ces données numériques qu’il convient d’archiver pour de longue durées tout en en conservant une parfaite traçabilité et en étant sûr de pouvoir les retrouver et les exploiter à tout moment, de nombreux prestataires sont ainsi apparus qui proposent de garantir la disponibilité, l’intégrité et la pérennité de ces données, moyennant juste rétribution…

Comme les château-forts d’antan, ces nouveaux coffres-forts numériques que sont les data centers sont conçus avec de multiples barrières de sécurité successives, ainsi que l’explique Fabrice Coquio, président d’Interxion France, un groupe néerlandais fondé en 1988, qui héberge les serveurs informatiques de plus de 200 clients dont Microsoft, Amazon, Facebook, Twitter, Yahoo, etc.

Comme tout château fort qui se respecte, il faut bien entendu une muraille solide, avec plusieurs niveaux de protections successifs : l’enceinte du bâtiment, protégée par barrières infra-rouges et vidéo surveillance avec détection de mouvement et vision nocturne, le bâtiment lui-même, équipé de sas d’accès sous alarmes, d’accès anti-effraction et de vidéo surveillance, les salles de stockage ensuite, protégées par contrôle d’accès et par système biométrique, et enfin les baies qui sont les systèmes informatiques dans lesquels sont stockées les données numériques, elles-mêmes rassemblées au sein de cubes fermés à l’aide d’un code ou d’un système de clé.

Autout du château s’étendent bien entendu, les douves, matérialisées ici par les systèmes de sécurisation des réseaux, sous forme de fibre noire cryptée qui fait transiter les données grâce à des signaux encodés. Quant aux armées qui gardent le château, ce sont les agents de sécurité habilités qui assurent une veille sur site 24h/24. Enfin, le donjon qui est consitué par le poste de pilotage et de commande par lequel transitent toutes les informations nécessaires à la maintenance du bâtiment.

Les bâtiments du premier data center d’Interxion implanté à Marseille depuis 2015 (source © Interxion)

Reste à savoir où implanter ces châteaux-forts de l’ère numérique. Et c’est là que Marseille se révèle, parmi d’autres, comme un emplacement particulièrement favorable. La présence de 13 câbles sous-marins qui arrivent ici en font en effet un point névralgique pour les échanges digitaux et télécoms entre l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. Les grands acteurs du Cloud ont bien repéré cette spécificité et l’activité tend donc à se développer.

C’est ainsi que la société Interxion y a ouvert en 2015 son huitième centre français de stockage, dans les locaux d’un ancien site SFR basé à la Joliette. Un investissement de 45 millions d’euros pour une surface utile qui sera portée à terme à 5 700 m² et une puissance électrique installée de 6 MW. Et ce n’est pas fini puisque cette société, numéro 2 mondial, qui exploite désormais 45 data centers à travers l’Europe, compte ouvrir deux nouveaux sites marseillais mitoyens, dans le secteur du cap Janet, à l’Estaque.

La halle Freyssinet du Cap Janet et la base U-boot attenante (photo © Kariyou)

Une maquette du futur centre MRS2 dans la halle Freyssinet rénovée (source © Interxion)

Le premier, dont la première pierre vient d’être posée à l’occasion d’un grand raout officiel en présence de Jean-Claude Gaudin, de Gérard Gazay et de Christine Cabau-Woehrel, présidente du Grand Port maritime de Marseille, se développera dans les locaux désaffectés des anciens ateliers de réparation navale Fouré-Lagadec, inoccupés depuis 1995. Il s’agit d’une vaste halle Freyssinet, c’est à dire conçue sur le modèle du gigantesque hangar à trois nefs surmontées de voûtes cylindriques minces que l’ingénieur Eugène Freyssinet avait conçu et réalisé en 1929 pour abriter les voies de la gare d’Austerlitz. Un ouvrage de référence, inscrit depuis 2012 au titre des monuments historiques, et dont la conception a inspiré un très grand nombre de hangars militaires, aéroportuaires et industriels à travers tout le pays.

Sur ce site, la demande de permis de construire a été déposée en vue d »aménager courant 2017 dans ce bâtiment 4 000 m² de salles blanches destinées au stockage sécurisé de données informatiques, et ceci pour un coût d’investissement évalué à 70 millions d’euros.

Vue aérienne du site de la base de sous-marins après la guerre

Quant au troisième site convoité par Intexion qui souhaite y aménager 10 000 m² de stockage supplémentaire, il s’agit ni plus ni moins que du bâtiment voisin, une ancienne base de sous-marins allemands datant de la seconde guerre mondiale, le « U-bootbunker Martha ». En réalité, cet imposant complexe en béton armé de 208 m de longueur et 45 m de largeur, dont la construction a été lancée en janvier 1943 et qui devait accueillir une vingtaine de sous-marins militaires, n’a jamais servi. Les travaux ont été stoppés en août 1944, suite au débarquement allié en Provence, avant même que le chenal d’accès des sous-marins ne soit creusé. La bâtiment n’a donc jamais été opérationnel, sauf ponctuellement pour y assurer la détention de prisonniers de guerre allemands, dont les fresques dessinées sur les murs peur meubler leur captivité sont encore visibles sur les parois.

Ce bâtiment, resté en l’état depuis sa construction, intéresse a plus haut point l’amateur de châteaux forts qu’est le directeur de la société Interxion. Véritable bunker massif construit sur le modèle des bases de Lorient, Brest et La Rochelle, il est surmonté d’une dalle de toit en béton armé de près de 6 m d’épaisseur, capable de résister à des bombes d’une tonne comme la Royal Air Force en avait fait l’expérience à Lorient. Quant aux murs, leur épaisseur varie entre 90 cm et 2,85 m pour ceux qui sont situés face à la mer et qui étaient susceptibles d’être bombardés depuis le large.

Une structure parfaitement adaptée donc à l’usage envisagé, d’autant que les salles de maintenance prévues par les ingénieurs allemands à l’étage, pourront facilement être aménagées en salles blanches. Une belle opportunité également pour le Grand Port maritime de Marseille qui se demande depuis plus de 70 ans ce qu’il pourrait bien faire de ce vestige historique aussi délabré qu’encombrant et dont la déconstruction coûterait une fortune. Une petite inquiétude néanmoins pour l’approvisionnement en électricité de ce château fort futuriste qui aura besoin en permanence d’une puissance électrique de 8 mégawatts, à comparer aux 50 MW que consomment l’ensemble des serveurs informatiques de Google et aux 100 MW produits par une tranche de réacteur nucléaire. De quoi se rappeler que le numérique commence à prendre une part non négligeable dans notre empreinte carbone globale…

L.V.  

Stationnement payant : un jackpot en perspective !

14 juillet 2017

A compter du 1er janvier 2018, les 800 communes françaises où le stationnement est payant vont pouvoir en confier la gestion au privé : fini donc les aubergines parisiennes et autres policiers municipaux qui déambulent sur les trottoirs pour vérifier si vous avez bien glissé une pièce dans l’horodateur : ce sont bientôt des dizaines de planches des albums de Gaston Lagaffe qui vont devenir vraiment vintage. L’agent Longtarin va devoir se consacrer désormais à d’autres tâches plus gratifiantes…

L’agent Longtarin, gardien séculaire des parcmètres… (© Franquin / Dargaud ed.)

Cette évolution est une des conséquences de la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles adoptée en janvier 2014 et qui donne donc aux municipalités la totale maîtrise du stationnement, leur permettant de décider désormais en toute liberté de la politique tarifaire adoptée et de la manière de procéder au contrôle et à la sanction éventuelle en cas de fraude. Libre ensuite aux maires de choisir s’ils souhaitent conserver en interne la gestion du contrôle ou le confier au privé.

Nouveaux horodateurs à Metz permettant le paiement par smartphone

Et bien entendu, de nombreux édiles piaffent d’impatience de déléguer au privé la gestion de cette nouvelle compétence, histoire d’en maximiser les profits. C’est le cas notamment à Metz où la ville a déjà confié à l’entreprise Indigo (ex Vinci Park), un des leaders du secteur (avec son concurrent Effia), la gestion complète du stationnement payant sur la voirie. L’ensemble des horodateurs de l’agglomération a déjà été changé en début d’année pour les remplacer par des dispositifs plus sophistiqués permettant le paiement par carte bancaire sans contact au moyen d’applications smartphone qui permettent d’alimenter à distance le parcmètre pour prolonger sa durée de stationnement, et qui fournissent directement le numéro d’immatriculation du véhicule, histoire de faciliter l’envoi du PV en cas de fraude…

Bien entendu, la ville profite de cette petite révolution pour augmenter fortement les tarifs de stationnement dans les zones les plus tendues, afin de dissuader les voitures ventouses. Et les PV vont passer désormais de 17 à 35 €. C’est en effet une des conséquences directes de la dépénalisation du stationnement en voirie, inscrit également dans la loi de 2014. On n’est plus tenu désormais de payer un PV en cas de fraude puisque ce n’est plus un délit. En revanche, il convient dans ce cas de s’acquitter d’un simple « forfait post-stationnement », sur le même principe que l’automobiliste qui a perdu son ticket et qui se voit réclamer, au péage de l’autoroute, le montant maximal puisqu’il n’est pas en mesure de prouver à quelle gare de péage il est entré. De la même manière, l’automobiliste négligent qui dépasse la durée de stationnement autorisé, devra s’acquitter du tarif maximal autorisé.

Et dans ce cas, l’addition risque d’être salée. A Paris, il en coûtera pas moins de 50 € aux étourdis ! Tel est en effet le montant du nouveau forfait maximal de 6 heures que vient fort opportunément d’autoriser la ville de Paris, alors que la durée maximale de stationnement jusque là n’était pas autorisée au-delà de 2 heures. Du coup, c’est un véritable jackpot que devrait toucher la capitale d’ici quelques mois. Jusque là, c’était l’État qui percevait le montant des PV et en reversait une partie aux villes, selon un système de péréquation qui profitait également aux petites communes de moins de 10 000 habitants.

Verbalisation pour stationnement dépassé à Paris (© Le Parisien /Delphine Goldsztejn)

Dorénavant, les grandes agglomérations garderont pour leurs propres besoin la totalité du pactole. A Paris, où la maire Anne Hidalgo avait quelque peu surpris en affirmant que 91 % des automobilistes fraudent, ce sont actuellement près de 6 millions de PV qui sont dressés chaque année pour stationnement interdit, ce qui jusque là rapportait, bon an mal an, la somme de 35 millions à la ville. Avec le nouveau montant de l’amende qui n’en est plus une, ce sont pas moins de 300 millions d’euros de recettes qui devraient désormais alimenter les caisses de la capitale ! Une belle culbute, même si tout laisse penser qu’elle ne sera pas durable car on voit mal les Parisiens continuer à payer de telles sommes sans adapter leurs habitudes…

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Madrid où le contrôle du stationnement se fait désormais au moyen de scooter et de voitures équipées de caméras qui patrouillent dans les rues en scannant systématiquement les plaques d’immatriculation des véhicules garés des deux côtés de la chaussée. Les données sont transmises instantanément à un système centralisé qui vérifie en temps réel si chacun a bien payé son dû et qui, sinon, alerte les agents chargés de verbaliser.

Véhicules de contrôle du stationnement à Madrid (© Le Parisien /J.-G.B.)

Les numéros de plaques d’immatriculation sont en effet obligatoirement saisis lors du paiement si bien que la base de données centrale sait en permanence, rue par rue, quels sont les véhicules qui ont payé et pour combien de temps. Avec un tel dispositif de flicage instantané, le taux de fraude est tombé très rapidement à moins de 15 % et il devient statistiquement impossible d’échapper à une prune si on reste stationné au moins une heure en centre ville : avis aux amateurs !

Un tel système fait bien évidemment baver d’envie la plupart des maires confrontés au problème de la fraude généralisée et c’est le même dispositif que devrait être mis en place prochainement à Paris, toujours par la société Indigo qui sera chargée de fournir et gérer les nouveaux horodateurs, de procéder aux contrôles avec le même système de véhicules pourvus de dispositifs de « lecture automatisée des plaques d’immatriculation » (LAPI) et d’encaisser les fameux forfaits de post-stationnement. Au vu de l’expérience madrilène, on peut s’attendre à ce qu’une voiture équipée LAPI contrôle en moyenne 1500 véhicules à l’heure (un peu moins pour un scooter), là où une aubergine traditionnelle peine à vérifier 150 véhicules dans le même temps : un gain de productivité qui risque d’être redoutable pour l’automobiliste moyen…

Bien entendu, l’opération ne sera pas indolore. A l’échelle nationale, le GART (Groupement des autorités responsables de transport) a déjà fait ses comptes : alors que les recettes actuelles des horodateurs atteignent péniblement 540 millions d’euros, ce sont pas moins de 1 voire 1,5 milliards d’euros supplémentaires qui devraient ainsi être récupérés, directement de la poche des automobilistes et sans que cette recette supplémentaire pour les collectivités ne soit assimilée à un prélèvement obligatoire : brave vache à lait de conducteur…

L.V.  

6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Peut-on encore croire au progrès ?

10 juin 2017

Le progrès n’est pas un concept nouveau puisqu’il se dit que c’est François Rabelais qui a employé ce mot pour la première fois dans le Tiers Livre publié en 1546. Repris depuis par bien d’autres, dont Montaigne qui définit cette notion quelques années plus tard dans ses Essais, comme une « transformation graduelle vers le mieux », jusqu’à notre nouveau Président de la République qui considère désormais qu’ « Aujourd’hui, le vrai clivage se situe entre progressistes et conservateurs », lui qui affirme ni plus ni moins que « la maison des progressistes s’appelle En marche », renvoyant ainsi implicitement tous ceux qui ne le suivent pas dans le camp des réactionnaires et autres ringards, accrochés à la tradition comme des moules à leur rocher…

Dessin de Tesson

Fini donc le clivage dépassé entre Gauche et Droite, entre Jacobins et Girondins, entre Républicains et Démocrates. Place désormais à l’alternative entre Progressistes et Conservateurs ! Voilà en tout cas qui interpelle nécessairement une association comme le Cercle progressiste carnussien qui a justement voulu accoler, lors de sa création en 2001, ce qualificatif de « progressiste » à la notion de « cercle républicain », en référence à ces mouvements qui avaient fleuri dans la Provence de la 3ème République sous forme de lieux de convivialité et de débats, destinés à animer la vie publique locale et à forger, au coeur des villages et dans les milieux les plus populaires, une certaine conscience politique républicaine.

Reste à savoir ce que recouvre ce mot-valise de « progrès » ? A quelques jours de l’épreuve de philosophie qui attend nos candidats bacheliers et dont les sujets tournent régulièrement autour de cette notion de progrès, on se gardera bien de disserter sur une telle question car le sujet est vaste et complexe !

Dessin de Gros (source : Le Progrès social)

Le concept même de progrès, qui renvoie à une tendance générale à l’amélioration, présente plusieurs facettes. Les plus évidentes sont sans doute celles qui correspondent au progrès technique, qui donne à l’Homme une emprise croissante sur les forces de la Nature, et au progrès économique qui permet à nos sociétés de globalement s’enrichir. Mais on peut aussi envisager la notion de progrès social, qui pourrait se traduire par une amélioration des conditions matérielles d’existence de chacun des membres de la société, ce qui suppose une juste répartition des fruits du progrès économique. Et on peut s’attacher aussi au progrès culturel et moral qui vise à l’épanouissement intellectuel de chacun et à un enrichissement des interactions entre individus, visant au bonheur de tous.

La vision rationnelle du siècle des Lumières, qui animait des hommes comme Condorcet ou Diderot, a longtemps incité à penser que ces différentes formes de progrès découlaient naturellement l’une de l’autre, le progrès technique débouchant sur le progrès économique, lui-même à l’origine du progrès social qui, à son tour, ne pouvait que concourir au bonheur de chacun. Cette vision humaniste d’un progrès qui, s’apuyant sur l’éducation, le travail, la recherche scientifique et l’inovation technique ne pouvait que déboucher sur un avenir meilleur de la société toute entière, a fortement prévalu durant tout le XIXème siècle et jusqu’aux deux guerres mondiales.

Depuis, force est de constater que cet optimisme indécrottable en un avenir radieux de l’humanité, a été un peu douché par les horreurs dont les hommes ont su faire preuve à l’occasion de ces conflits meurtriers. L’Holocauste orchestrée par le régime nazi ou les bombardements atomiques décidés par les Américains ont été vécus comme des preuves évidentes que le progrès technique et le rafinement intellectuel n’étaient en rien des garanties d’amélioration du sort de l’humanité, bien au contraire.

L’humanité en marche vers le progrès ? (dessin de Gunduz Aghayev – source : epanews)

Les excès du néolibéralisme au cours des dernières décennies et les ravages de notre environnement, rendus possibles grâce au haut niveau de technicité et de développement économique auquel nous sommes parvenus, confirment cette appréciation pessimiste et suscitent nécessairement de fortes interrogations : jamais sans doute nous n’avons connu collectivement, surtout dans un pays riche comme la France, un tel niveau de maîtrise technique, d’éducation, de confort, de sécurité. Et pourtant, jamais non plus les inégalités n’ont été aussi fortes et les tensions aussi palpables, avec un état d’esprit globalement plus proche de la dépression et de la peur généralisée du déclassement que de l’euphorie et du bonheur collectif !

Extrait des « Temps modernes », de Charlie Chaplin (NANA PRODUCTIONS/SIPA)

Il ne serait bien évidemment pas raisonnable, dans un tel contexte, de tout miser sur le progrès, en espérant que les évolutions technologiques et les avancées scientifiques à venir résoudront d’elles-mêmes les défis qui se posent à nous. Les avancées techniques ne sont jamais que des outils dont on peut tirer le meilleur comme le pire, même si elles contribuent globalement à améliorer la condition humaine.

De même, réformer et moderniser nos codes sociaux et nos règles économiques n’ont d’intérêt que si cela se traduit par plus d’efficacité et de fluidité dans notre mode de fonctionnement et nos rapports humains, mais on a connu trop de réformes qui s’apparentent à de véritables retours en arrière et à une régression sociale pour ne pas considérer avec prudence ces velléités de changements.

Emmanuel Macron a sans doute raison de vouloir mobiliser la société française pour la faire évoluer, en insistant sur cette démarche qu’il qualifie de progressiste. On voit bien d’ailleurs qu’il s’oppose en cela assez frontalement au discours conservateur de la droite et en particulier des franges les plus traditionalistes qui ne rêvent que de « restaurer », « rétablir », « revenir » en arrière vers un passé jugé plus faste.

Les relations sociales en France, en particulier dans le monde du travail, manquent fortement de fluidité et le dialogue social s’y apparente trop souvent à un dialogue de sourds où chacun campe sur ses positions et préfère la démonstration de force à la recherche du compromis. S’il est un domaine où la notion de progrès à un sens, c’est donc sans doute celui-là ! L’avenir dira si le nouveau Président aura été capable de faire bouger les lignes et de redonner de la cohésion à notre corps social. Pour des citoyens qui croient encore à la notion de progrès social et moral, la voie mérite en tout cas d’être explorée…

L.V.  

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.  

FN : ils en ont parlé…

29 avril 2017

Un dîner en famille – dessin de presse de Caran d’Ache publiée dans le Figaro le 14 février 1898

Chacun se souvient du célèbre dessin du caricaturiste Caran d’Ache en plein débat sur l’affaire Dreyfus qui divisait alors la France en deux camps irréconciliable, provoquant querelles et déchirements au sein même des foyers, jusqu’à transformer les repas familiaux en batailles rangées…

A une semaine du deuxième tour des élections présidentielles qui verront s’affronter la présidente du Front National et un candidat centriste qui se veut « en marche » mais ni à gauche ni à droite, bien qu’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande et ancien ministre du gouvernement Valls, voilà que ce climat de guerre civile larvée reprend de la vigueur…

Il faut dire que tout concourt à dramatiser la situation, avec un Front National arrivé en tête du premier tour dans plusieurs régions françaises, dont PACA où Marine Le Pen a engrangé plus de 28 % des sufrages exprimés, et des reports de voix qui s’annoncent cahotiques. L’accord de gouvernement que vient de passer Nicolas Dupont-Aignan avec le Front National est ressenti par beaucoup comme un véritable coup de tonnerre dans le paysage politique français alors que rien n’annonçait un tel ralliement dans son discours jusque là. Les élus qui, comme le maire de Carnoux Jean-Pierre Giorgi, lui ont apporté leur parainnage pour qu’ils puissent présenter sa candidature, doivent s’en mordre les doigts…

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen annonçant leur alliance, samedi 29 avril 2017 (photo © G. Van der Hasselt / AFP)

Quant aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, rien n’indique que leurs voix se porteront en majorité sur le candidat d’En marche lors du second tour. Leur leader a en effet fortement évolué depuis 2002, lorsqu’il appelait sans la moindre hésitation à voter en faveur de Jacques Chirac, estimant que ce « devoir républicain » était une nécessité absolue pour toute « conscience de gauche ». Mais 15 ans plus tard, il n’est plus question de front républicain en faveur d’Emmanuel Macron, alors même qu’ils sont issus tous les deux des rangs du Parti socialiste ! Aurait-il perdu entre temps sa conscience de gauche, lui qui avait déjà rejeté avec dédain toute participation éventuelle aux primaires de la gauche ? Comprenne qui pourra…

Bref, dans un tel climat, mieux vaut ne pas aborder les sujets politiques en famille ! Parmi les très nombreuses vidéos engagées qui circulent sur le net pour mettre en garde contre l’arrivée possible au pouvoir du Front National, nous vous conseillons ce court-métrage savoureux, sobrement intitulé Raclure, réalisé par Maxime Péméja et Clara Collange, qui met en scène justement un de ces dîners de famille qui dégénère.

L’ambiance est pourtant plutôt à la fête pour cette famille attablée autour d’une raclette, deux mois seulement après l’installation à l’Elysée de Marine Le Pen. Evan, le fils aîné, engagé dans l’armée depuis 4 ans, est tout fier d’annoncer sa récente nomination au grade de sous-lieutenant et explique que sa compagnie va être envoyée à Calais pour y nettoyer la ville des migrants qui l’encombrent. Sophie, la nouvelle copine du petit frère s’étonne un peu d’une décision aussi radicale, et c’est parti pour une discussion un peu animée comme on les aime dans les chaumières dès qu’il s’agit de débat d’idées…

Photo extraite de la video

Les positions sont tranchées mais pas caricaturales et chacun se retrouvera facilement dans cet échange où s’affrontent deux visions opposées mais totalement sincères vis à vis de la gestion des migrants bloqués à Calais et, bien au-delà, sur l’attitude à adopter face aux flux migratoires. La mise en scène est soignée et les dialogues réalistes. On est dans un débat d’idées et de valeurs, mais à l’échelle humaine. Le père, boulanger, s’inquiète pour la baisse d’activité de sa boutique, du fait de la concurrence du kebab qui a ouvert en face de chez lui. La mère, s’enorgueillit d’avoir privilégié la présence auprès de ses enfants à sa carrière professionnelle et aspire tout simplement au bonheur de la vie.

Une discussion passionnée en famille…

Pas de vision idéologique donc, mais des échanges du quotidien entre membres d’une même famille dont les visions diffèrent en raison de leur sensibilité propre. Et pourtant, cela suffit à faire exploser le consensus festif du dîner familial. Car, d’argument en argument, les choses dégénèrent rapidement tandis que le fromage bouillonne dans le plat à raclette… Les portes finissent par claquer et le paisible climat de convivialité du début ne résiste pas à cette discussion animée où chacun se renvoie à la figure des arguments de plus en plus radicaux.

A regarder et à faire circuler sans modération en cette période de banalisation de la vision de la société que propose le Front National, dans laquelle priment la recherche de la sécurité individuelle, le repli sur soi et le rejet de l’étranger que l’on affuble de tous les maux. Pas sûr que cette vidéo suffira à convaincre ceux qui ont voté Front National ou qui s’apprêtent à le faire dimanche prochain de modifier leur choix. A défaut de vouloir peser sur le cours des élections, elle a surtout le mérite d’inciter chacun à s’interroger sur son positionnement, dans un domaine où rien n’est tout blanc ou tout noir, mais surtout affaire d’équilibre et dicernement car, comme le disait Raymond Aron, « voter, ce n’est pas choisir entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable ».

Bravo en tout cas aux jeunes réalisateurs de ce court-métrage qui mérite d’être largement diffusé !

L.V.  

Débat sur l’école (partie 4) : une école inclusive…

3 avril 2017

Le dernier sujet de cette table ronde aborde la question de l’égalité des chances pour les élèves souffrant de handicaps et leur intégration dans l’école.

C’est Laurent Mauneau, professeur des écoles spécialisé en charge du suivi de la scolarisation des élèves handicapés sur les villes de La Ciotat et Ceyreste, acteur du dispositif AEBEP (Élèves A Besoins Éducatifs Particuliers) qui fait en bref rappel de l’historique de la prise en charge de ces élèves « particuliers » .

Laurent Mauneau

Dans un passé encore récent, ces élèves identifiés « handicapés » étaient voués à être enfermés dans des institutions avec une quasi impossibilité de retrouver une vie sociale normale. A part quelques cas  de lourdes pathologies médicales ou comportementales nécessitant une scolarisation  dans un établissement spécialisé, la volonté d’accueillir des enfants différents dans l’école ordinaire s’est faite progressivement.

Le but est de passer d’un système de séparation, d’exclusion (incapacité à accueillir et prodiguer un enseignement adapté) à un système d’intégration (dans certaines conditions, dans un nombre limité d’établissement, avec des éducateurs spécialisés) vers un concept d’inclusion où l’élève « à besoins particuliers » est totalement intégré au sein d’une classe ordinaire.

C’est l’esprit de la loi de 2005 prônant l’accueil de tous les élèves en prenant compte  leurs handicaps à travers des adaptations et aménagements. Encore faut-il définir ce que sont ces incapacités. Ce sont aussi bien celles d’un enfant diabétique, d’un dyslexique, d’un enfant ayant des difficultés pour écrire, d’un déficient visuel ou auditif, ou d’un élève précoce voire d’un paraplégique.

C’est aussi poser le postulat que dès le départ, tous les élèves devraient être réunis sans distinction obligeant l’école à s’adapter. Pour Laurent Mauneau, c’est possible. Des protocoles sont prévus pour chaque cas pour compenser leurs difficultés, car la capacité  intellectuelle de ces élèves est équivalente aux autres et leurs facultés d’acquisition des connaissances sont similaires.

Les solutions passent par des adaptations tant matérielles que  comportementales. En effet, des outils très simples peuvent compenser les difficultés comme par exemple un ordinateur avec un clavier « Braille » pour un déficient visuel, la disponibilité d’une armoire à pharmacie pour stocker l’insuline d’un diabétique, instituer une discipline et des méthodes d’expression orale (élèves – professeurs) pour qu’un déficient auditif assimile en totalité les connaissances orales dispensées.

Il est évident que la mise en œuvre de ces dispositifs ne peut se faire qu’avec la coopération des familles, des enseignants, des partenaires éducatifs, chacun d’eux devant prendre en compte que la notion de « temps » (d’apprendre et de s’épanouir à son rythme) n’est pas la même pour tous pour atteindre l’objectif de la réussite de tous dans un milieu scolaire sous pression des programmes, des effectifs et des autres familles.

Il est encourageant de constater qu’en maternelle, par exemple, un sentiment d’empathie naturelle existe chez les enfants envers ceux qui sont en situation de handicap. Dans les classes supérieures, cela peut parfois faire naître des interrogations, car les élèves bénéficiant  d’aménagements spéciaux peuvent être perçus comme avantagés par rapports aux autres, comme quoi  un travail permanent doit être effectué pour ancrer dans les esprits la notion d’égalité.

Cette approche de l’accompagnement des élèves en situation de handicap révèle le besoin identique des élèves  en  difficulté scolaire « ordinaire » et l’obligation de l’école, de la société de s’adapter pour créer les conditions d’une réussite pour tous. Cette tâche est immense mais les solutions proposées au cours de cette table ronde ouvrent de réelles perspectives.

L’école : un océan de questions qui restent sur la table…

Les conférenciers furent ensuite interpellés par le public pour engager un échange d’idées sur les arguments et thèmes abordés précédemment. Il en résulte que les préoccupations relatives à l’école, au cours du temps, restent les mêmes :

– l’école doit-elle ne transmettre que des savoirs ou des valeurs ; émanciper ?

– l’orientation est-elle bien faite (stages, alternance) ?

– l’internat pourrait-il être une solution pour certains ?

– malgré de multiples réformes, la régression des performances est constatée. Pourquoi ?

– l’idéal ne serait-il pas une réponse individuelle adaptée à chaque élève, une utopie ?

La discussion se poursuivit un verre à la main pour clôturer cette soirée riche en contenu. Il semble évident, qu’à l’avenir, une autre conférence devrait être proposée pour éclairer notre vision sur l’école et son devenir.

C. M.

Débat sur l’école (partie 2) : les potentialités des TPE…

1 avril 2017

« On n’arrive plus à intéresser les élèves ! » entend-on chez les professeurs. « Les élèves s’ennuient » lit-on aussi parfois. Ces plaintes témoignent d’un certain découragement qu’un professionnel doit savoir dépasser. Dans cet objectif Jacques Tonnelle, ex professeur de mathématiques et formateur à l’IUFM, a exploré des pistes pour  repenser le rapport au savoir des élèves et le rôle des professeurs dans la manière d’attirer et captiver l’attention des élèves.

Jacques Tonnelle

Il n’hésite pas à redonner du sens au verbe « apprendre » qui, pour lui, au travers des TPE (Travaux Personnels Encadrés) permettent de découvrir ce qu’il appelle la raison d’être des « œuvres » sélectionnées dans les programmes. Pour lui une « œuvre » (savoir) est une création humaine nécessitant la mobilisation de connaissances diverses comme par exemple, une équation mathématique, le droit constitutionnel, une recette de cuisine, la génétique, etc. Cela peut dépasser le cadre purement scolaire d’une discipline figée, contrainte par des directives nationales (textes et instructions).

Quel est le  dispositif des TPE ? Actuellement les élèves en classe de Première doivent mener un projet « personnel encadré ». Des thèmes sont sélectionnés par les professeurs de la classe et les documentalistes sur la base d’une liste nationale, les élèves de la classe sont répartis en différents groupes autour des sujets choisis en accord avec les deux professeurs qui suivent leur recherche, à raison de deux heures par semaine.

C’est une question qui initialise un TPE, comme celle-ci : Comment la technologie  de GPS peut-elle s’avérer utile dans la gestion des catastrophes naturelles ? Les élèves travaillent en autonomie, par groupes et/ou individuellement. La constitution d’un dossier thématique atteste le travail de recherche documentaire. De plus chaque élève remplit un carnet de bord où est consignée la progression du travail individuel. La réalisation finale fait l’objet d’une communication orale face à un jury en fin d’année. Une note est portée au livret scolaire et sera prise en compte au baccalauréat.

L’objectif des TPE est de définir des situations problématiques motivantes de manière à stimuler l’action volontaire d’apprendre et, par la même, rompre avec la perte de saveur des savoirs qui font trop souvent l’objet d’une visite superficielle dans l’approche scolaire. Il s’agit de développer chez l’élève le goût pour l’enquête en organisant un parcours d’étude et de recherche qui permette de proposer une contribution à la question sélectionnée.

L’originalité de cette méthode – qu’on peut généraliser en l’adaptant – est de proposer des questions comme source de l’enseignement ! C’est alors la situation qui vient motiver l’action d’apprendre. D’où l’importance de la formulation d’un « sujet d’étude » sous forme de question. Le rôle des professeurs est primordial dans la gestion de la recherche. Il faut en effet montrer la pertinence des savoirs existants, mais aussi en mobiliser d’autres qui peuvent ne pas être inscrits dans les programmes.

On pourra ainsi parler du fonctionnement du GPS sans rentrer par exemple dans les nombreux aspects scientifiques et techniques qui pourraient entrer dans l’étude. Ces derniers seront alors utilisés comme boîtes noires, prises en compte certes, mais sans être travaillées. L’important est de faire apparaître, chemin faisant, les besoins de l’enquête, et d’en travailler quelques uns.

Le dispositif des TPE veut donc répondre à la nécessité de motiver les savoirs diffusés par l’école. Avant de céder la parole au nouvel intervenant, Jacques Tonnelle conclut par une citation de Gaston Bachelard : « C’est le travail qui est producteur d’un savoir, et pas le produit fini (la formule mathématique par exemple) .

C. M.

Débat sur l’école (partie 1) : un diagnostic déroutant…

31 mars 2017

Les adhérents du Cercle Progressiste Carnussien et le public portant un intérêt au sujet du rôle de l’école dans la mise en pratique de méthodes et initiatives permettant une amélioration de la transmission des savoirs ce sont retrouvés, Clos Blancheton, pour participer à une conférence sur l’école et la société. Un débat en forme de table ronde où quatre professionnels de l’éducation ont exposé, à tour de rôle, leur expérience et leur vision sur les méthodes et les pratiques pédagogiques pouvant réconcilier tous les acteurs de l’école : élèves, parents, enseignants et décideurs politiques. Le but de la soirée était de donner la parole au public pour échanger sur les thèmes abordés.

Michel Motré, président du CPC, présente les conférenciers et introduit la séance en rappelant que  l’objectif des communications est de lever les incompréhensions qui entourent le rôle de l’école, de ses acteurs dans notre société souvent en conflit avec celle-ci, tout en soulignant qu’il n’y avait pas de solutions  définitives mais  que des réponses existaient, des expériences tangibles probantes.

Les 4 conférenciers au Clos Blancheton, le 16 mars 2017

C’est Michel Neumayer, spécialiste de « l’éducation nouvelle » et formateur d’enseignants, qui prend la parole en premier pour dresser un tableau de la situation actuelle de l’école, diagnostiquer tel un examen clinique les conflits et tensions qui parcourent la société à son sujet.

Michel Neumayer

Il constate que l’école est à l’image de la société, c’est à dire inégalitaire ; les enfants de cadre et d’enseignants réussissent mieux que les autres, pourquoi ? « L’ascenseur social » qui profitait, au siècle dernier, aux classes défavorisées, ne fonctionne plus.

L’école est prise dans la double injonction d’éduquer, d’instruire et, dans le même temps, de trier les enfants par  une orientation précoce. La coupure « manuel » / « intellectuel » subsiste toujours avec un  mépris inavoué de l’enseignement professionnel.

L’école est tiraillée, à l’heure « d’internet », par le doute de ce qu’il faut transmettre et comment ? Le poids de l’enseignement « intemporel » persiste alors que les savoirs humains évoluent dans les sciences, la linguistique, et d’autres domaines.

A l’heure  de la globalisation planétaire et de ses enjeux, il est nécessaire d’aborder la transmission de nouveaux savoirs en évitant les conflits qui agitent l’école à propos de la laïcité en particulier ou d’autres sujets de clivages.

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles. Cela pose le problème de l’évaluation des connaissances qui sont sanctionnées par des notes perçues  comme « une punition » quand elles sont mauvaises et déclenchent, alors souvent un blocage de la motivation de l’élève qui subit  la conséquence d’une absence d’individualisation des méthodes alors qu’en matière d’apprentissage, l’hétérogénéité, bien encadrée, est un moyen de redonner le goût au travail scolaire et de créer une progression efficace des ses acquis.

Des expériences et innovations existent mais suffisent-elles ? Aujourd’hui, le contrat qui lie la société  et l’école est régi par le Politique, est-ce suffisant ? Quelle place fait-on aux parents dans l’école ? Comment en fait-on des partenaires du devenir scolaire de leur enfant ?

Il ne faut certes pas que l’école devienne un objet de consommation mais qu’une juste appréciation des moyens mis à sa disposition, une formation adaptée pour les enseignants, une administration centrale efficace puissent alors contribuer à la création d’une vision ambitieuse, confiante (non anxiogène) de l’école du futur, telle est la conclusion de Michel Neumayer à cet instant du débat.

C. M.

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie

Rappel : l’école en débat à Carnoux !

15 mars 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 16 mars 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Elle prendra la forme d’une table-ronde animée par quatre intervenants, ayant tous une expérience éducative en milieu scolaire et qui proposeront des pistes de réflexion et d’action pour améliorer notre système éducatif qui fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.

Si le sujet vous interpelle, n’hésitez-pas à venir participer à ce débat citoyen sur le fonctionnement de notre système éducatif, plus que jamais au coeur des enjeux de notre société ! L’accès y est gratuit et sans restriction, en dehors du nombre de places limité qu’offre la salle mise à disposition par la commune.