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La lessive au glyphosate ?

31 mai 2019

Le sénateur Pierre Médevielle (photo © Didier Goupy / Site P. Médevielle)

Sénateur UDI de Haute-Garonne, Pierre Médevielle est aussi maire de Boulogne-sur-Gesse, une commune rurale de 1600 habitants située près de Saint-Gaudens, en limite du Gers. Peu connu du grand public en dehors de son Sud-Ouest natal, ce pharmacien est pourtant membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat, mais aussi vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Présidé par Gérard Longuet et composé de 18 députés et 18 sénateurs, ce dernier organisme a pour mission, « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d’éclairer ses décisions ». Il permet ainsi au Parlement de disposer d’une expertise pour éclairer des choix politiques de long terme. C’est dans ce cadre que quatre parlementaires dont Pierre Médevielle ont déposé le 2 mai 2019, à l’issue de 15 mois d’enquête, un rapport intitulé « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences : trouver le chemin de la confiance ».

La mission qui leur avait été confiée avait pour objet, à partir de l’exemple emblématique du glyphosate, de comprendre comment travaillent les agences chargées d’évaluer la dangerosité des produits chimiques à risque, de passer en revue leurs protocoles d’investigations, et de suggérer, par une harmonisation des pratiques en France et en Europe par exemple, des pistes d’amélioration de nature à restaurer la confiance entre ces instituts scientifiques et l’opinion publique. Un véritable travail de fond, sur un sujet brûlant d’actualité qui déchaîne facilement les passions et pour lequel toute la sagesse et l’expérience de notre pharmacien sénateur était attendue afin de débrouiller avec prudence et objectivité un dossier aussi ardu et sujet à controverses.

Épandage de glyphosate dans la Sarthe en mai 2018 (photo © Jean-François Monier / Archives AFP / Géo)

Apprenant que le rapport allait être rendu public, la Dépêche du Midi a naturellement contacté le sénateur le 12 mai dernier, afin de l’interroger sur les conclusions de ces travaux. Et là, surprise ! Pensant sans doute à ne pas froisser ses électeurs issus pour beaucoup du monde agricole, Pierre Médevielle tient en effet au journaliste qui le questionne des propos assez tranchés, affirmant « qu’aucune preuve scientifique ne démontre formellement aujourd’hui la cancérogénité du glyphosate. A la question : le glyphosate est-il cancérogène : la réponse est non ! ». Voilà qui contredit ouvertement les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer et relève vaguement de la provocation, surtout quand le sénateur précise que « le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui, pourtant, ne sont pas interdites ». Les agriculteurs victimes de graves intoxications pour avoir manipulé ce produit apprécieront…

Un dessin signé Xavier Delucq, publié dans le Huffington Post

Mais le sénateur décidément en verve lors de cet entretien avec la presse locale, a fait une autre confidence des plus étrange, affirmant sans ciller et toujours en parlant du glyphosate, le produit actif du Roundup commercialisé par Monsanto, que « cette molécule est ajoutée à nos lessives pour nettoyer les canalisations ». De quoi rendre perplexe le moins averti des citoyens face à une affirmation énoncée avec un tel aplomb par un parlementaire scientifique faisant nécessairement autorité.

On ignorait en effet jusque là que les fabricants de lessive se préoccupaient non seulement de la propreté de notre linge mais également de celles de nos canalisations d’évacuation des eaux usées. On savait certes que le Coca Cola est un excellent déboucheur liquide, mais pas que que Monsanto se positionnait comme auxiliaire des égoutiers et fournisseur d’adjuvant pour lessive multi-usage. A se demander comment de tels secrets de fabrication avaient pu restés cachés jusqu’ici…

Face au tollé soulevé par ses propos, alors même que Pierre Médevielle n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement sur le contenu de ce rapport qui n’est toujours pas accessible sur le site de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le sénateur a prétendu avoir été piégé par les journalistes de la Dépêche du Midi qui auraient grossièrement déformé ses propos au mépris de toute déontologie. L’argument est convaincant car on sait que certains journalistes, surtout non spécialisés sur des sujets techniques aussi pointus, peuvent parfois se méprendre et traduire mal à propos les propos qu’on leur a tenus, croyant bien faire en les exprimant dans un langage plus simple sans se rendre compte qu’ils en modifient le sens.

Cédric Villani (en 2015)

Sauf que la totalité de l’entretien a été soigneusement enregistré par le journaliste qui a réalisé l’interview, lequel se propose bien volontiers de transmettre l’enregistrement à qui le souhaite. Au point que le premier vice président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le mathématicien Cédric Villani, a été obligé de se livrer à un délicat exercice de rétropédalage diplomatique pour tenter de venir en aide à son confrère accusé du coup de rouler pour Monsanto : « Je ne vois, à ce stade, aucune raison de douter de l’intégrité de Pierre Médevieille qui, comme ses collègues tout au long des quinze mois de leur mission, a réalisé un excellent travail. Je veux croire qu’il s’agit d’une maladresse : au cours de son entretien, il s’est probablement laissé aller à exprimer des convictions personnelles ».

Reste que la question du glyphosate dans la lessive intrigue… En réalité, il semble que le bon pharmacien de Boulogne-sur-Gesse se soit un peu mélangé les burettes en pensant sans doute à l’acide aminométhylphosphonique, AMPA de son petit nom, qui constitue l’un des composés chimiques les plus fréquemment retrouvé dans les cours d’eau et les nappes souterraines, issu principalement de la dégradation en milieu naturel, du glyphosate utilisé comme herbicide. Mais l’AMPA a aussi une autre origine car il est aussi le résultat de la dégradation des aminométhylène-phosphonates, produits industriels utilisés dans les systèmes de réfrigération et de refroidissement des moteurs, mais aussi dans certains détergents industriels et domestiques (comme adjuvants anticalcaires).

L’eutrophisation des cours d’eau sous l’effet des rejets de phosphates

Ironie de l’histoire, ces phosphonates dans les lessives se sont fortement développés à partir de 2007, lorsqu’a été définitivement interdit l’usage des phosphates dans les détergents textiles ménagers, justement pour limiter les risques d’eutrophisation des cours d’eau. Or les AMPA, qui sont issus de la dégradation de ces phosphonates, ne sont pas éliminés dans les stations de traitement des eaux usées, ce qui explique qu’on les retrouve en proportion croissante dans le milieu naturel. Mais cela n’enlève rien au risque que constitue le glyphosate, non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour la qualité de nos milieux aquatiques. Et cela incite en tout état de cause notre sénateur adepte du Roundup à réviser quelque peu ses cours de chimie et ses traités de déontologie…

L. V.

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A l’école Jules Ferry, les moutons préparent leur rentrée…

9 mai 2019

Manifestation parfaitement réussie et scène quelque peu surréaliste en ce mardi 7 mai 2019 devant l’école Jules Ferry de Crêts-en-Belledonne, une commune qui surplombe le Grésivaudan, entre Uriage et Allevard, en Isère : à 8 heures du matin, 65 moutons conduits par leur berger ont débarqué avec force bêlements dans la cour de l’école devant des enfants qui tenaient des pancartes indiquant notamment : « On ne gère pas une école comme on gère un troupeau », « On ne nous tondra pas » ou encore « On n’est pas des moutons ». Une action lancée par les parents d’élèves et les élus locaux pour protester contre la fermeture annoncée de l’une des 11 classes de l’école du village.

Les futurs inscrits devant l’école (photo © Serge Pueyo / Le Parisien)

Cette fermeture de classe est bien entendue justifiée par l’Éducation nationale par une baisse des effectifs qui passerait à la rentrée 2019 de 266 à 261 élèves. Mais qu’à cela ne tienne ! Le maire, Jean-Louis Maret a trouvé la solution : faute d’enfants, il n’y a qu’à inscrire quelques moutons à la place, histoire de gonfler les effectifs. L’éleveur local, Michel Girerd, a immédiatement donné son accord, pas mécontent de voir certains de ses meilleurs éléments accéder à un enseignement scolaire de qualité, de nature à améliorer le niveau intellectuel du troupeau.

A Crêt-en-Belledonne, les élèves font connaissance avec leurs futurs camarades… (source © France Bleu)

Les enfants n’y sont pas hostiles non plus, trop contents de se faire quelques copains de classe un peu atypiques : « Avoir des moutons dans l’école, c’est super ! Je suis prêt à en prendre un ou deux dans ma classe. Je suis sûr qu’ils vont bien travailler », confie une petite fille de 8 ans aux médias venus en nombre assister au spectacle.

Et l’inscription des nouveaux impétrants a donc eu lieu en public : micro en main, une mère de famille a invité 15 des heureux élus à venir présenter au maire leur extrait de naissance pour que soient officiellement inscrits, en prévision de la prochaine rentrée scolaire, Panurge, Jason Toison d’or, Saute-Mouton ou encore Mouton noir. Une inscription validée dans les registres de la commune et qui devrait sans nul doute convaincre l’inspection d’académie de maintenir en l’état les 11 classes de l’établissement scolaire, dans la mesure où, comme l’analyse finement l’un des parents d’élèves : « L’Éducation nationale, ce n’est malheureusement que des chiffres. Et donc maintenant, avec cette remontée subite des effectifs, on est bon. On peut aller voir la directrice d’académie pour faire valoir nos droits et sauver notre classe ».

Devant l’école, une manifestation bon enfant (photo © Valentine Letesse / Radio France)

On verra bien à l’usage si les responsables locaux de l’Académie de Grenoble se laisseront convaincre mais on ne pourra pas dire en tout cas que les élus locaux sont restés sans rien faire, eux qui avaient déjà eu le courage de fusionner leurs deux communes rurales de Saint-Pierre d’Allevard et de Morêtel-de-Mailles pour créer au 1er janvier 2016 cette commune nouvelle de Crêt-en-Belledonne, avec déjà pour souci principal ce projet d’école de taille suffisante pour en assurer la pérennité.

L’école des moutons (source © Short Edition)

Une belle initiative citoyenne en tout cas, menée dans la bonne humeur et qui a connu un retentissement exceptionnel, la plupart des médias nationaux et même la BBC s’en étant fait l’écho. Il reste désormais aux technocrates du ministère de l’Éducation nationale à faire preuve d’imagination pour trouver comment insérer dans le système éducatif français ces quelques brebis égarées du Grésivaudan si désireuses d’acquérir les rudiments d’une instruction élémentaire de base. Depuis le temps que les pédagogues de tous poils répètent à l’envie que l’élève doit être au cœur du dispositif éducatif et que c’est à l’enseignement de s’adapter à son rythme d’apprentissage, c’est le moment ou jamais de prouver que la démarche fonctionne, y compris pour des moutons en âge d’être scolarisés… Bon courage quand même à l’enseignant qui devra gérer ces recrues supplémentaires !

L. V.

Biodiversité : le poisson d’avril menacé ?

2 avril 2019

Un dessin signé Ignace, publié dans Medias presse info

La tradition du poisson d’avril serait-elle en train de se perdre ? Le changement climatique, pour une fois, n’est pour rien dans ce risque d’extinction massive d’une espèce déjà rare puisqu’on ne la rencontre guère qu’un jour par an. En revanche, la grande vogue des fake news, à force de semer le doute sur la véracité des informations colportées par les médias, finit aussi par inciter ces derniers à la plus extrême prudence dans l’art du canular. Déjà que les Français n’ont plus guère confiance dans l’indépendance et l’objectivité des journalistes, au point que ceux-ci se font parfois conspuer, voire molester par les Gilets jaunes en colère…

Le dernier baromètre annuel publié par La Croix en janvier 2019 était à cet égard éloquent : jamais les Français, depuis ces 32 dernières années, n’ont eu une confiance aussi limitée dans les médias ! Seul un quart des sondés jugent les journalistes réellement indépendants. Même la radio, pourtant considérée traditionnellement comme la source médiatique la plus fiable, n’inspire confiance qu’à 50 % des personnes interrogées. Pour la presse écrite, ce taux descend à 44 %. Il tombe à 38 % pour la télévision et dégringole à 25 % pour internet.

Face à une telle défiance, pas étonnant donc que des firmes comme Microsoft aient cette année demandé à leurs employés de s’abstenir de tout poisson d’avril : quant toute information devient suspecte, inutile d’en rajouter… « Les données nous montrent que ces blagues ont un impact positif limité et peuvent même entraîner une couverture médiatique négative » s’est justifié le directeur marketing du groupe dans une note aux salariés révélée par The Verge et citée dans Le Monde.

Difficile en effet de lui donner tort quand on constate à quel point certains canulars de 1er avril ont la vie dure. Ainsi de ce poisson d’avril publié en 2015 par une certaine « Monique Merlan », journaliste au Parisien, qui relatait que la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’était vue retirer son permis de conduire après avoir été arrêtée à 121 km/h sur le périphérique au sortir d’une réunion au cours de laquelle avait été décidée l’interdiction de circuler dans la capitale pour des véhicules de plus de 15 ans d’âge. La fausse information était si crédible que Libération devait encore s’efforcer de la démentir fin 2017…

Mais au-delà de ce risque de rumeur non maîtrisable, les médias se retiennent surtout de crainte de perdre encore davantage de leur crédibilité déjà bien entamée et qu’ils essayent de regagner en s’efforçant justement de débusquer les fausses informations et les intox en tout genre qui ont tendance à inonder les réseaux sociaux et qui se propagent le plus souvent sans aucune vérification.

France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, a ainsi publié, lundi 1er avril, un article expliquant ne pas vouloir « semer le doute ici et participer à mélanger le vrai et le faux, fût-ce pour plaisanter ». Même tonalité sur le site Numerama qui explique sa décision de « ne pas créer de fausses informations pour la blague du 1er avril. Cela ne colle pas avec le job d’un média ».

Poisson d’avril publié par Infoconcert sur Facebook le 1er avril 2019 (source © Infoconcert / L’internaute)

Reste que tous les médias n’ont pas eu cette retenue et que nombre d’entre eux n’ont pas pu se résoudre à oublier cette tradition séculaire du poisson d’avril dont l’origine remonterait à l’habitude de s’échanger des cadeaux pour le jour de l’an qui tombait fin mars jusqu’à ce que Charles IX décide en 1564 de la décaler au 1er janvier pour s’aligner sur le reste de l’Europe de l’empereur Charles Quint. Devenu un « faux nouvel an », la date devient prétexte à s’offrir de faux présents, voire se faire des blagues et des canulars.

On a pu apprendre ainsi, lundi 1er avril 2019, sur le site maddyness.com, que « Mounir Mahjoubi abandonne la course à la mairie de Paris pour rejoindre Amazon ». L’ancien secrétaire d’État à l’économie numérique qui vient tout juste de démissionner du gouvernement après avoir vainement tenté de faire signer une charte de bonne conduite aux GAFA, aurait ainsi annoncé sur Facebook rejoindre les équipes d’Amazon comme conseiller spécial de Jeff Bezos, chargé des relations publiques. Un poisson d’avril, évidemment, mais tellement crédible après avoir vu les étonnants changements de trajectoires de certains anciens responsables politiques reconvertis dans les affaires…

La police nationale aussi s’est déchaînée ce 1er avril, en publiant sur son site Twitter La police recrute, video à l’appui, une information selon laquelle elle allait désormais constituer des brigades de lapins : « Qualités olfactives, auditives, agilité… Les lapins sont de précieux compagnons dans nos missions. #LaPoliceRecrute Votre lapin est motivé pour rejoindre l’une de nos brigades léporiphiles ? Envoyez-nous sa candidature ! » Au moins aussi crédible que la police de Savoie qui indiquait sur son site Twitter : « Les produits de coupe des stupéfiants sont parfois dangereux pour la santé. Les commissariats de police de #Chambery #AixLesBains et #Albertville peuvent réaliser des test de qualité ». Avis aux consommateurs et trafiquants de stupéfiant : en cas de doute sur la qualité de votre produit, apportez-le au commissariat pour un test gratuit… Quant à la gendarmerie de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, elle annonçait de son côté s’être « dotée récemment d’une poule spécialisée dans la détection de produits stupéfiants ». Baptisée STUPS, elle aurait été « formée durant 10 semaines au centre national d’instruction des gallinacées ».

Voilà qui est sans doute révélateur du climat de surmenage qui règle parmi les forces de l’ordre : après des mois de mobilisation pour cause de manifestions récurrentes des Gilets jaunes, on sent que le besoin de décompresser devient irrésistible…

Theresa May à Londres le 15 novembre 2018 (photo © Matt Dunham / AFP)

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut sans doute pas chercher plus loin ce qui a poussé nos amis anglais, en proie aux affres d’un Brexit dont ils ne savent plus comment se dépêtrer, à publier dans le journal conservateur The Telegraph un article repris par Courrier international et informant ses lecteurs que « Le bureau du Cabinet a pris la décision inhabituelle de demander aux médias de ne pas publier les traditionnelles blagues du 1er avril au cas où elles déclencheraient des achats paniques ou provoqueraient des émeutes. »

A en croire ce journal, « lassés des fake news dans cette dernière ligne droite devant les mener au Brexit, Theresa May et son gouvernement auraient ainsi prétexté une loi vieille de 1653 pour les freiner le temps d’une journée ». Evoquant des rumeurs selon lesquelles les Britaniques pourraient manquer de papier hygiénique en cas de sortie de l’Europe sans accord, le porte-parole du gouvernement aurait ainsi déclaré : « Notre message au public est le suivant : si vous entendez à la radio un avertissement effrayant sur un Brexit sans accord, ce n’est pas une blague, c’est juste la politique du gouvernement. », un porte-parole du nom d’Ali Ploorf… l’anagramme d’April Fool’s, qui signifie poisson d’avril en français. Voila qui est rassurant : malgré le contexte morose, les Anglais n’ont pas totalement perdu leur légendaire sens de l’humour !

L. V. 

Une belle leçon de philosophie !

11 mars 2019

Ceci n’est pas un scoop puisque cette vidéo a été publiée le 14 décembre 2016, il y a plus de deux ans, et qu’elle a déjà été visionnée des millions de fois notamment sur YouTube ou Dailymotion. Réalisée par l’Américain Meir Kalmanson, plus connu sous son pseudonyme Meir Kay, elle fait partie de ces vidéos virales qui tournent en boucle sur internet mais qu’on ne résiste pas au plaisir de partager pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue…

Extrait de la vidéo de Meir Kay (source YouTube)

C’est l’histoire d’un professeur de philosophie (joué par l’acteur Kim Emerson) qui donne une leçon de vie à ses élèves avec un pot, quelques balles de golf et autres accessoires : de quoi faire réfléchir tout un chacun au travers d’une performance pédagogique dont certains profs de philo pourraient avantageusement s’inspirer…

A lire ici

Un cas de macrocéphalite aiguë à Carnoux

27 février 2019

Un dessin de Coco publié dans le Ravi le 7 novembre 2013

En ces temps de révolte des gilets jaunes, la démocratie participative à la Française avec ses barons locaux omniprésents semble avoir vécu. La loi a enfin eu raison de cette exception politique française qu’était le député-maire ou le sénateur-maire, qui trustait tous les mandats électifs locaux et nationaux.

Il reste le cas des élus professionnels qui enchaînent mandat après mandat, à l’exemple de l’inamovible et pathétique Jean-Claude Gaudin, élu depuis 1965 à la Ville de Marseille et qui fêtera en 2020 ses 81 ans dont 25 à la tête de la cité phocéenne : il s’en est joué de peu qu’il ne se représente lors des prochaines élections municipales et il a fallu l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne pour qu’il se rende enfin compte que son immobilisme et son clientélisme finissaient par lasser même une population habituellement passive…

Mais il faudra sans doute attendre une loi pour que les élus professionnels de cette trempe ne finissent par admettre qu’en république le pouvoir se partage et ne s’exerce pas indéfiniment : être élu pour gérer le bien public au nom de ses concitoyens est une charge et un honneur ; le faire à vie comme si c’était une activité professionnelle, est généralement source de dérive et contribue à affaiblir la vitalité du débat démocratique.

Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux, entouré de ses amis politiques lors de la cérémonie des vœux à l’Artea le 7 janvier 2019 (photo © Corine Matias / La Provence)

Mais exercer le pouvoir est une drogue et nombreux sont ceux qui ont bien du mal à décrocher d’une telle addiction. Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, fait manifestement partie de cette dernière catégorie. Élu sans discontinuer au conseil municipal de Carnoux depuis 1983, dont déjà trois mandats comme maire (depuis 2001), il ne vient pas moins d’annoncer lors de la cérémonie des vœux début janvier 2019 à l’Artea, qu’il comptait bien briguer un septième mandat et qu’il se représentera donc lors des prochaines élections en mars 2020.

S’il parvient au terme de ce nouveau mandat, il aura 80 ans en 2026 et aura donc passé 43 ans comme élu à Carnoux : un bel exemple d’immobilisme pour celui qui explique dans la pleine page que La Provence vient de lui consacrer, dans son édition du 23 février 2019, qu’il s’était présenté en 1983 justement pour insuffler du dynamisme dans la gestion communale !

Extrait de l’article paru dans La Provence le 23 février 2019

Le maire de Carnoux reconnaît d’ailleurs bien volontiers dans son interview à la Provence, qu’il ne reste plus grand-chose à faire à Carnoux, la commune ayant vu la plupart de ses compétences transférées à la Métropole, et tout ce qui pouvait être construit l’ayant déjà été.

Le rond-point des Barles à Carnoux refait à grands frais grâce au financement du Département

Depuis des années d’ailleurs, le rôle du maire de Carnoux se résume surtout à monter des dossiers de demandes de subventions auprès du Département, un rôle dans lequel il excelle et qui a permis de financer tout ce qui pouvait l’être : pendant que les écoles de Marseille tombent en ruine faute de financement public, des tombereaux de subvention se déversent sur Carnoux où l’enfouissement de la totalité des réseaux aériens est sur le point de s’achever, où la mairie pourtant l’une des plus récentes des Bouches-du-Rhône est sur le point de laisser la place à un véritable palace, et où l’on en est même à refaire les ronds-points pour y planter l’olivier centenaire que tout parvenu rêve de posséder…

Mais si le maire de Carnoux souhaite se représenter encore une fois (au moins) en 2020, c’est parce qu’il vise en réalité le coup d’après, celui des élections de 2021 qui marqueront très probablement la disparition du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et sa fusion avec la Métropole Aix-Marseille-Provence. Comme il l’explique d’ailleurs clairement à La Provence, « Lors des prochaines élections en 2021, le scrutin se fera au suffrage universel pour les représentants à la Métropole. C’est un enjeu formidable ».

Effectivement, surtout pour lui qui se présente comme un expert incontournable du sujet et qui se montre persuadé que sans ses lumières et son niveau de connaissance inégalable, jamais la Métropole n’arrivera à surmonter de telles difficultés : « C’est un sujet délicat, technique, complexe, nécessitant de l’expertise pour préserver au mieux les intérêts de Carnoux et éviter tout alourdissement de la fiscalité. Il va y avoir des évaluations financières à faire, commune par commune, des transferts de compétences. C’est un sujet que je connais bien en ma qualité de président de la Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) depuis 2015, et j’entends que ma commune passe ce cap sans turbulence ».

Le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux, victime d’un coup de chaud le 19 juillet 2018 (photo © SDIS des Bouches-du-Rhône / France bleu)

La ville de Carnoux n’a pas suffisamment conscience de la chance qu’elle a de posséder en son sein un tel expert qui va donc s’employer à partir de 2021 à faire en sorte de siphonner les finances de la Métropole après avoir généreusement puisé depuis des années dans les fonds du Département. Le maire de Carnoux avait jusque-là habitué ses concitoyens et électeurs à davantage de modestie, mais on comprend bien que, en pareilles circonstances et face à de tels enjeux, il importe de donner carte blanche à un tel talent au service de la collectivité. A se demander néanmoins si le retard accusé par le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux et les lourds surcoûts annoncés ne sont pas liés aux nécessaires ajustements de la largeur des portes afin de laisser le passage sans encombre à un tel cerveau ?

L. V.

Changement d’heure : l’autre grand débat…

21 février 2019

Alors que le grand débat national bat son plein avec ses discussions à n’en plus finir dans la moindre salle des fêtes et des déplacements tous azimuts du Président de la République et de ses ministres pour prêcher la bonne parole auprès des Gilets jaunes et prouver qu’ils sont à l’écoute, voilà qu’on aurait presque tendance à oublier un autre débat qui porte pourtant sur un sujet crucial pour l’avenir de l’humanité : faut-il ou non revenir sur le passage à l’heure d’été ?

Un dessin signé Philippe Geluck

La question peut paraître futile, et pourtant elle fait partie de celles qui alimentent toutes les conversations et concentrent l’attention, surtout au printemps et à l’automne lorsqu’approche le moment fatidique où il s’agit d’avancer ou de retarder sa montre d’une heure. Les motifs de se plaindre ne manquent pas et on entend chaque année les mêmes récriminations contre ces changements intempestifs d’heure qui viendraient perturber le rythme biologique des vaches laitières ou celui des enfants en âge scolaire, ou encore venir compliquer inutilement la vie des voyageurs ne sachant plus à quelle heure leur train ou leur avion va bien partir…

Les affres du djihadiste : un peu d’humour noir signé Chaunu

Le sujet ne date pas d’hier puisque de nombreux pays européens ont adopté l’heure d’été à la fin des années 1960, poursuivant en cela un objectif bien précis et très louable, à savoir adapter au mieux les rythmes de vie de la majorité pour limiter la consommation énergétique. Au printemps, le dernier dimanche de mars, les horloges sont avancées d’une heure, ce qui revient à ce que, dès lors, le soleil se lève et se couche une heure plus tard. Cela ne change rien le matin puisque la plupart des gens se lèvent alors qu’il fait déjà jour. En revanche, cela se traduit par des soirées où il fait jour beaucoup plus tard, ce qui permet des gains significatifs sur l’éclairage électrique.

Soldat allemand dans une gare française en 1940 (source © Archives fédérales allemandes)

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle puisque Benjamin Franklin, génial précurseur, l’a, paraît-il, évoquée dès 1784, déjà dans le but de faire des économies d’énergie. Il a fallu cependant attendre 1916 pour que l’Allemagne l’adopte, rapidement suivie de l’Angleterre puis de la France. Entre 1947 et 1949, les Allemands poussent même le zèle jusqu’à instaurer un second décalage d’une deuxième heure au cœur de l’été entre le 11 mai et le 29 juin. Sous l’occupation allemande, la France passe d’ailleurs à l’heure allemande en adoptant un décalage d’une heure par rapport au fuseau horaire de Greenwich dans lequel se situe pourtant l’essentiel du pays, à l’exception de l’Alsace.

A la Libération, en 1945, curieusement la France abandonne l’heure d’été mais conserve l’heure allemande qui reste toujours notre référence actuelle, la France étant décalée d’une heure par rapport à l’heure réelle au soleil. Il faut attendre le 28 mars 1976 pour que les Français reviennent à leur tour au principe de l’heure d’été, suite au choc pétrolier de 1973 qui avait remis au goût du jour la nécessité de faire des économies d’énergie. Jusqu’en 1995, le retour à l’heure d’hiver se faisait le dernier dimanche de septembre, mais depuis c’est le dernier dimanche d’octobre qui détermine ce passage.

Un dessin signé Goubelle, publié dans La Charente libre

A partir de 1980, l’Union européenne a jugé que l’adoption de l’heure d’été était devenue un must et depuis 2001, les dates de changement d’heure ont été harmonisées entre tous les pays européens. Sauf que désormais, on se prend à douter de tout… Les critiques se sont multipliées contre ces changements d’heure deux fois par an qui viendraient perturber les rythmes biologiques naturels et compliquer la vie quotidienne sans pour autant se traduire par des économies d’énergies aussi mirobolantes qu’on ne l’aurait imaginé.

Des dizaines d’études ont été engagées sur les incidences de ce dispositif sur le marché intérieur européen, les relations commerciales transfrontalières, l’organisation des transports, des communications et des voyages ainsi qu’en matière d’économie d’énergie, de sécurité routière, d’activités de loisirs en extérieur, de santé et d’impact sur le biorythme humain. Et tout cela pour conclure que tout compte fait, cela ne vaut finalement peut-être pas la peine de s’étriper pour si peu…

Dans sa grande sagesse, la Commission européenne a donc proposé une nouvelle directive mettant fin aux changements d’heure saisonniers dans l’Union européenne. Les ministres des transports européens, réunis le 3 décembre 2018, ont proposé la date de 2021 pour abandonner ce système : chaque État membre devra alors faire le choix de rester à l’heure d’été ou d’hiver.

Et pour préparer une telle révolution transnationale, rien de mieux qu’un bon vieux débat ! C’est dans l’air du temps et la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a décidé de lancer une grande consultation de tous les Français sur un dossier qui ne devrait pas manquer de soulever les passions. Les réponses seront bien entendu analysées, disséquées et présentées en Commission puis relayées auprès des institutions européennes afin que la décision finale puisse répondre au mieux aux attentes du bon peuple.

Infographie publiée dans Le Parisien du 31 août 2018

La consultation est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale et chaque citoyen a jusqu’au 3 mars 2019 à minuit pour apporter une réponse aux 7 questions qui lui sont posées. A chacun désormais de s’exprimer sur un sujet aussi brûlant, de juger avec toute la nuance nécessaire si son « expérience du changement d’heure en vigueur » est « satisfaisante » ou « très négative », d’évaluer les raisons pour lesquelles il faudrait « maintenir le changement d’heure deux fois par an » ou au contraire « interdire tout changement d’heure », et même de se prononcer, en cas d’abandon du changement d’heure, quant à la pertinence de rester à l’heure allemande ou de se rapprocher de l’heure anglaise malgré le Brexit qui se profile.

Des choix stratégiques donc et fortement engageants pour la vie quotidienne des générations futures. On ne remerciera jamais assez les parlementaires à l’origine de cette initiative d’avoir eu le courage de lancer un tel débat au travers d’une aussi large consultation et sur un sujet qui tient autant à cœur de chacun d’entre nous. Quel régal que la véritable démocratie participative ! Espérons du moins que le taux de réponse à cette consultation cruciale pour l’avenir de notre pays sera à la hauteur des espérances et permettra à nos dirigeants de prendre en toute connaissance de cause les décisions éclairées qui s’imposent. N’oubliez-pas de remplir votre questionnaire…

L. V.

Éloge critique du vélo

19 janvier 2019

En France, 3 % seulement des déplacements quotidiens se font en bicyclette. C’est plus du double dans le reste de l’Europe, 10 % en Allemagne et 28 % aux Pays-Bas. Certes, rouler à vélo dans un plat pays est toujours plus aisé, mais quand même, la marge de progrès n’a pas échappé à l’œil exercé du gouvernement d’Edouard Philippe qui a donc publié, le 14 septembre 2018 son Plan vélo et mobilités actives.

Un programme ambitieux qui diagnostique les principaux freins à l’utilisation actuelle du vélo et projette de multiplier par trois l’utilisation du vélo d’ici les prochains Jeux olympiques de 2024 qui, comme chacun sait, se dérouleront en France, ce qui permettrait presque de redonner à la bicyclette l’importance qu’elle avait dans les années 1970…

Du coup, le plan gouvernemental ne tarit pas d’éloge sur la pratique quotidienne du vélo, gage de bonne santé, vecteur de la transition écologique, participant à décongestion des transports en commun, et moyen de transport particulièrement économique. Presque que des avantages qui font oublier les quelques désagréments du cycliste urbain qui frôle parfois la mort de près, cherche en vain les pistes cyclables, passe son temps à se faire insulter et parfois passer à tabac par des automobilistes irascibles, craint en permanence de se faire voler son vélo et respire d’abondance les gaz d’échappement des bus et des camions qui le précèdent…

Un dessin de Hub

Mais qu’à cela ne tienne : le Plan vélo prévoit la création d’un Fonds national « mobilité actives » qui sera doté de 350 millions d’euros pour soutenir la création de nouvelles pistes cyclables par les collectivités. Les règles du Code de la route vont encore évoluer pour mieux protéger les cyclistes tandis que des mesures sont imaginées pour réduire le risque de vol, encourager la pratique du vélo via le développement des indemnités kilométriques pour les déplacements à usage professionnel. On évoque carrément le développement d’une nouvelle culture du vélo… Rouler en vélo pour se rendre au travail ou faire ses courses va devenir un must !

Certes, quelques esprits chagrins regrettent que les évolutions soient encore bien lentes et finalement assez timides. A Marseille, le collectif Vélos en ville, se plaint que le projet de piste cyclable annoncé depuis 15 ans sur la Corniche Kennedy devrait seulement intégrer cette année la programmation de travaux du Conseil départemental à l’occasion du renforcement de cette voirie en encorbellement.

Et le site Weels, magazine en ligne sur le vélo urbain, a relayé au tout début de l’année un post Facebook d’un certain Bilook 75 qui détaille, avec beaucoup d’ironie, tous les griefs que l’on peut faire au cycliste, considéré comme « un désastre pour l’économie », lui qui est sobre dans ses dépenses de déplacement, mais aussi de stationnement, d’assurance et même de santé… Une véritable catastrophe pour le taux de croissance et le PIB qui s’accommodent très bien de modes de vie plus énergivores et plus polluants qui créent de nouveaux marchés permettant de faire des profits, même si c’est sur le dos du plus grand nombre et au détriment des générations futures !

Le même magazine évoque également une campagne de communication intitulée Bike For Brussels, initiée par l’opérateur de mobilité de la Région Bruxelles-Capitale, sur un ton complètement décalé. Les panneaux d’affichages montrent en effet des animaux à vélo se faire insulter par des automobilistes, mais en mode positif, avec des admonestations du style : « Sale petit conservateur d’environnement », « Bouge-toi, fils de Bobo anti CO2 », ou encore « Libérateur de parking en string ». L’humour est belge, traduit en Français et en Flamand comme il se doit, mais l’idée est plutôt bien trouvée : « Vous pouvez toujours insulter les cyclistes, mais insultez-les pour ce qu’ils font de bien », à savoir leur impact sur la qualité de l’air en ville, la décongestion des voies urbaines et la libération des places de parking…

Affiche publicitaire bruxelloise (source : Weelz)

Peut-être faudra-t-il d’ailleurs que le gouvernement français aille piocher du côté de nos voisins belges pour trouver les arguments permettant de contribuer à l’instauration de cette culture du vélo qu’il appelle de ses vœux. Car les exemples ne manquent, parmi lesquels on pourrait aussi évoquer les vidéos déjantées de Marie Chaussée, « PDG de la route », qui expliquent avec un peu de pédagogie et beaucoup d’humour les subtilités du « tourne à droite » et du « contresens cyclable », ou comment rouler à vélo en sens interdit autorisé.

Une vidéo de Marie Chaussée relayée par le site Weelz

La Belgique est décidément le pays de l’humour vélocipédique et la promotion du vélo en ville mérite sans doute de faire preuve d’imagination. On se souvient des conseils culinaires de Pierre Dac indiquant : « Cycliste, fortifiez vos jambes en mangeant des œufs mollets ! » et rappelant ce jugement plein de bon sens : « Il est idiot de monter une côte à bicyclette quand il suffit de se retourner pour la descendre », mais on ne dédaignera pas non plus cette recommandation, publiée dans le Républicain Lorrain en 1954 selon Le Figaro, et bien utile aux automobiliste en vue d’une cohabitation apaisée avec les cyclistes sur la chaussée : « Quand vous doublez un cycliste, laisse-lui toujours la place de tomber ». C’est bien la moindre des politesses en effet…

L. V. 

2018 : petite rétrospective souriante…

1 janvier 2019

L’année 2018 vient de se terminer et une nouvelle a commencé. C’est l’occasion pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous ses lecteurs, fidèles ou occasionnels, une bonne et heureuse année 2019, en espérant qu’elle apporte son lot d’espoirs et de petits bonheurs malgré la morosité ambiante, la crise économique persistante et les craintes de catastrophe écologique annoncée…

C’est aussi l’occasion de jeter, comme chaque année à cette période, un petit coup d’œil dans le rétroviseur, histoire de se remémorer quelques-uns des faits, majeurs ou insignifiants, qui ont jalonné les derniers mois écoulés et qui ont inspiré, avec plus ou moins de bonheur, les dessinateurs de presse qui savent, comme personne, faire se télescoper l’actualité et la présenter sous son angle le plus loufoque ou décalé.

La sélection est totalement subjective et n’a pas prétention à constituer une rétrospective exhaustive et structurée de l’année écoulée, mais si elle peut faire sourire quelques-uns de ceux qui tomberont par hasard sur cette petite compilation, alors notre objectif sera atteint. A défaut, ce sera du moins l’occasion de présenter à nos visiteurs du jour tous nos vœux pour une joyeuse année 2019 !

Janvier

Le 17 janvier 2018, le Premier Ministre Edouard Philippe annonce la décision du gouvernement d’abandonner le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, une opération initiée en 1963 et relancée en 2000 dans l’objectif d’y transférer l’aéroport de Nantes. Déclaré d’utilité publique en 2008, le projet avait fait l’objet d’une consultation locale en 2016, réservée aux seuls habitants de Loire-Atlantique et qui avait dégagé une majorité de 55 % en faveur du projet. Celui-ci suscitait néanmoins depuis 1972 une forte opposition, car sa mise en œuvre aurait signifier la destruction de vestes surfaces naturelles d’intérêt écologique et agricole majeur. La « zone d’aménagement différé » (ZAD, rebaptisée « zone à défendre » par les opposants au projet) faisait l’objet depuis 2008 d’une occupation par des militants venus parfois de très loin. Un dessin malicieux signé Wingz.

Février

Après le décès du chanteur Johnny Hallyday, ses proches se disputent l’héritage. Le 12 février 2018, Laura Smet et David Hallyday, les enfants de Johnny Hallyday, font savoir leur intention de contester devant la justice le dernier testament de leur père qui les déshérite au profit de sa quatrième et dernière épouse, Laetitia. Ils revendiquent aussi un droit de regard sur le dernier album posthume de Johnny et réclament le gel de ses biens immobiliers. Les médias se font alors l’écho de fortes tensions qui se seraient développées depuis des années entre Laetitia et les deux premiers enfants du chanteur décédé. Une situation qui n’a pas manqué d’attirer le regard acéré du dessinateur Tartrais…

Mars

En mars 2018, la guerre civile syrienne, qui fait rage depuis 2011, connait un nouveau paroxysme et s’invite régulièrement aux informations télévisées comme en témoigne ce dessin signé Hub. Le 11 mars, la poche rebelle de la Ghouta, à l’Est de Damas, est scindée en trois sous les assauts de l’armée syrienne de Bachar El Assad, épaulée par l’aviation russe, après d’intenses bombardements qui font des ravages parmi la population civile. Les groupes rebelles capitulent les uns après les autres, le dernier début avril après une nouvelle attaque chimique organisée par le régime syrien. Dans le même temps, l’armée turque appuyé par l’Armée syrienne libre, poursuit son offensive dans la région kurde et s’empare de la ville d’Afrine qui tombe le 18 mars 2018, confirmant le jeu mortel que se livrent différentes puissances étrangères évoluant sur le sol syrien.

Avril

Après une manifestation nationale le 22 mars 2018, les cheminots entament à partir du 2 avril une grève perlée qui durera jusqu’à l’été et perturbera fortement le trafic ferroviaire. Ce mouvement social est lié à la volonté du gouvernement de réformer le statut de cheminot dans le cadre de l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence et de la transformation de la SNCF en société anonyme. Bien que le gouvernement ait renoncé à recourir aux ordonnances pour mettre en œuvre la réforme projetée et qu’il se montre ouvert à la reprise de la dette colossale de la SNCF, les tensions avec les syndicats sont fortes et relèvent largement de ressentis divergents, comme l’a bien analysé le dessinateur Pascal Gros.

Mai

La Commission européenne ayant décidé de prolonger de 5 ans l’autorisation d’utiliser le glyphosate, principe actif du Roundup, malgré son effet cancérigène probable et son impact avéré sur la destruction des abeilles, le Président Macron s’était engagé à interdire le glyphosate en France dans les trois ans. Pourtant, en mai 2018, le gouvernement refuse d’inscrire cette mesure dans le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation. La condamnation en août de Monsanto, pour non avertissement du danger lié à l’utilisation du Roundup, puis la démission de Nicolas Hulot, en septembre, font monter la pression sur le dossier. Mais le 15 septembre 2018, la majorité présidentielle, en accord avec le gouvernement, rejette une nouvelle fois l’interdiction du glyphosate lors de l’adoption définitive de la loi. Encore une occasion manquée face à la puissance des lobbies de l’agro-alimentaire… Un dessin signé Mutio.

Juin

Aux États-Unis, les fusillades dans les lieux publics se multiplient malgré une forte mobilisation de la jeunesse pour mieux contrôler la commercialisation des armes à feu. Le 28 juin 2018, ce sont 5 personnes qui sont tuées par balles dans la salle de rédaction d’un quotidien d’Annapolis, tandis que le 18 mai, un adolescent de 17 ans avait massacré 8 lycéens et 2 professeurs dans son établissement scolaire de Santa Fé au Texas, et que le 14 février, une autre fusillade avait fait 17 morts dans le lycée de Parkland en Floride. Une série morbide qui n’empêche pas les lobbyistes de la NRA (National Rifle Association) de continuer à défendre mordicus le libre droit à l’acquisition et à l’usage des armes à feu. Un dessin féroce, signé Marc Large.

Juillet

Le 19 juillet 2018, Le Monde révèle qu’Alexandre Benalla, adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron et responsable de la sécurité pendant sa campagne présidentielle, avait été filmé en train de passer à tabac des militants en marge des manifestations du 1er mai, place de la Contrescarpe à Paris. Intervenant comme « observateur » auprès des CRS, le garde du corps du Président n’avait pas pu s’empêcher de faire le coup de poing. Sanctionné légèrement par une simple exclusion de 15 jours avant de réapparaître dans ses fonctions, Alexandre Benalla déclenche une véritable tornade médiatique qui affaiblira durablement le Président de la République. Un dessin signé Fabrice Grégoire.

Août

Le 14 août 2018, deux travées du pont Morandi à Gênes s’effondrent brusquement, ainsi qu’une des piles du viaduc sur lequel l’autoroute A10 franchit le Val Polcevera. De nombreuses voitures sont précipitées dans le vide et l’accident, aussi rare que spectaculaire, fait 43 morts et 16 blessés. Le gouvernement met rapidement en cause la responsabilité de la société concessionnaire Autostrade per l’Italia, accusée d’avoir négligé ses obligations d’entretien d’une infrastructure particulièrement sollicitée. Mais la catastrophe survient quelques mois à peine après la constitution du nouveau gouvernement formé suite à la victoire électorale du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord en mars 2018, un gouvernement qui a tendance à accuser l’Union européenne de tous les maux et à vouloir restreindre fortement l’immigration, comme le souligne judicieusement le dessinateur Oli

Septembre

Le 26 septembre 2018, le Président Emmanuel Macron a reçu des mains d’Erik Solheim, directeur du Programme des Nations-Unies de l’environnement (PNUE) la distinction de « Champion de la Terre », un prix qui récompense des personnes reconnues comme « leaders environnementaux exceptionnels » et qui a notamment été attribué à Al Gore ou au Français Yann Arthus-Bertrand. Un titre qui témoigne de la haute estime en laquelle est tenu le président français à l’international sur les questions environnementales depuis l’organisation fin 2017 du « One Planet Summit » et son fameux slogan « Make our planet great again ». Emmanuel Macron organisait d’ailleurs ce même jour à New-York, le deuxième sommet du genre en présence de chefs d’entreprise et d’opérateurs financiers. Et ceci alors que les émissions françaises de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse et dépassent largement les objectifs que la France s’était fixée, comme le suggère malicieusement le dessinateur Le Placide dans ce dessin publié par Chalon TV

Octobre

Le 29 octobre 2018, le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, militaire de réserve, raciste, climato-sceptique et homophobe, est élu Président de la République du Brésil avec plus de 55 % des suffrages, déclenchant une forte inquiétude internationale quant à l’évolution de ce pays, le plus peuplé d’Amérique du Sud et celui où les enjeux liés à la déforestation ont un impact mondial, mais qui se caractérise aussi par de fortes inégalités sociales, une corruption endémique et une violence au quotidien. A quoi ressemblera le prochain carnaval de Rio ? Telle est la question que se pose le dessinateur Péji

 

Novembre

Le mouvement des gilets jaunes, initié en réaction à la hausse des prix du carburant, prend de l’ampleur. A partir de la mi-novembre, blocages de routes et de ronds-points se multiplient tandis que les manifestations s’enchainent chaque week-end, parfois accompagnées de mouvements de violence urbaine. Un dessin de Christophe Besse publié dans Marianne le 23 novembre 2018.

Décembre

Le 11 décembre 2018, un terroriste islamiste s’attaque à des passants sur le marché de Noël de Strasbourg, causant la mort de 5 personnes et en blessant 11 autres avant de réussir à s’enfuir après un échange de tirs avec une patrouille de l’opération Sentinelle. Il sera abattu deux jours plus tard par la police. Le marché de Noël est rouvert dès le 14 décembre, et le mouvement des gilets jaunes se poursuit, comme l’a malicieusement noté le caricaturiste Bauer, dans ce dessin publié dans Le Progrès le 14 décembre 2018.

Joyeux Noël 2018 !!!

25 décembre 2018

Comme chaque année, le jour de Noël est l’occasion de sourire un peu et d’oublier pour quelques instants au moins les soucis du quotidien. Et, pour cela, rien de mieux qu’un petit dessin humoristique. Merci aux dessinateurs de presse et à leur humour décalé, tendre ou ironique qui leur permet avec beaucoup de talent de faire passer des idées de manière subtile, et … joyeux Noël 2018 à tous les lecteurs assidus ou occasionnels de ce blog collectif !

Un dessin signé Ucciani (source © Centerblog.net)

Un dessin signé Deligne (source © Pinterest.fr)

Un dessin signé Ranson (source © home.scarlet.be)

 

Un dessin signé F. Breant (source © blog Pierre la pierre)

 

Un dessin signé Phil Interlandi (source © Bric-à-brac.org)

 

Un dessin signé Flym (source © Jennely)

 

Un dessin signé Chapatte

Méfi ! A Marseille, les poètes sont dans la rue…

12 décembre 2018

Rarement un événement aura autant secoué le quartier de Noailles, dans le centre-ville de Marseille. L’effondrement des deux immeubles vétustes qui ont enseveli 8 personnes le 5 novembre 2018, victimes non seulement de la pluie, comme a vainement tenté de le faire croire Jean-Claude Gaudin, mais aussi de l’incurie et de l’inertie des autorités municipales, voire de la cupidité de certains propriétaires peu scrupuleux, cet événement a déclenché comme un vent de révolte.

Rue d’Aubagne, désormais, même les murs s’expriment, avec hargne souvent, avec une certaine poésie aussi parfois…

JBx

Photo prise rue d’Aubagne, le 1er décembre 2018, sur un mur, à quelques mètres des immeubles effondrés (photo © JBx)

Pipi, caca : les matériaux du futur ?

23 novembre 2018

Bill Gates et son pot de merde lors de son discours à Pékin, le 6 novembre 2018 (photo © Nicolas Asfouri / AFP)

Bill Gates, co-fondateur de Microsoft, vient encore de faire le buzz en animant une conférence internationale à Pékin, le 6 novembre 2018, devant un aréopage de personnalités et de businessmen, en ayant posé, à côté de son pupitre, un bocal en verre contenant… des excréments humains ! L’affaire, reprise en boucle par les médias dont le Huffington Post, a déclenché comme il se doit de nombreuses réactions plus ou moins offusquées, y compris sur les pauvres collaborateurs du milliardaire excentrique, chargés de préparer le bocal pour leur patron…

Le message que cherchait à faire passer Bill Gates par ce geste quelque peu spectaculaire à défaut d’être de très bon goût, n’avait, on s’en doute, rien à voir avec un parallélisme éventuel quant à la qualité des logiciels distribués par Microsoft et que certains pourraient parfois être tentés d’assimiler à de la « merde ». L’objectif n’était pas non plus de rappeler que les excréments ont parfois rendu de grands services à l’humanité qui les utilise traditionnellement comme amendement agricole ou comme matière première dans la confection du banco, ce mélange à base d’argile, d’eau, de paille coupée et de bouse de vache ou d’autres déjections selon les habitudes locales et les coutumes traditionnelles.

Prototype de l’Omniprocessor, développé en 2014 par la firme américaine Janicki Bioenergy

On était loin également de la machine du futur qu’avait présenté le même Bill Gates début 2015 sous le nom d’Omniprocessor, destinée à valoriser non seulement nos déjections mais l’ensemble des boues issues des stations d’épuration, en les chauffant à très haute température (plus de 1000 °C) pour transformer la matière en un produit cendreux inodore susceptible de servir d’engrais dans les champs, tout en produisant à la fois de la vapeur d’eau qui génère de l’électricité via une turbine, et de l’eau potable pure après condensation de la vapeur.

Un dessin d’Olivier Lascar publié dans Sciences et Avenir

En l’occurrence, le message que cherchait à faire passer ce jour-là le milliardaire américain était plutôt d’ordre sanitaire, à l’occasion de ce salon des toilettes du futur organisé par sa fondation. Il s’agissait en effet d’attirer l’attention sur l’absence de lieux d’aisance appropriés dans de nombreux endroits de la planète, exposant les enfants à entrer en contact avec des germes fécaux porteurs de très nombreuses maladies infectieuses. Comme l’a doctement expliqué Bill Gates à son auditoire ébahi, « ce petit tas de matière fécale contient environ mille milliards de cellules du rotavirus, vingt milliards de bactéries de shigellose, et cent mille œufs de vers parasites », de quoi en effet refiler une bonne gastro-entérite à toute l’assemblée… Une bonne entrée en matière en tout cas pour faire la publicité de toilettes révolutionnaires conçues par Firmenich SA, une entreprise basée à Genève, n° 2 mondial de la parfumerie et des arômes alimentaires…

Ce spécialiste suisse des vaporisateurs et de la lutte contre les mauvaises odeurs a en effet investi le champ des latrines et, à l’issue d’une vaste enquête de terrain et d’études approfondies menées de l’Inde jusqu’au Kenya, est désormais en mesure de proposer, sur le marché, des toilettes sèches, qui fonctionnent sans eau donc sans nécessité de raccordement sur le réseau d’eaux usées, un concept particulièrement adapté à des pays comme la Chine où le réseau d’eau usées reste à développer dans bien des endroits.

Toilettes permettant la collecte séparée des urines (source © Lovely Toilettes)

Des toilettes qui pourraient permettent aussi de récupérer séparément les urines, le futur or jaune du futur, pour lequel on réfléchit désormais un peu partout dans le monde à la meilleure manière d’imaginer sa valorisation. Tout indique en effet que cette substance particulièrement riche en azote et en phosphore, qui empoisonne la vie de tous les gestionnaires de stations d’épuration et qui explique largement les difficultés à atteindre un jour la bonne qualité des milieux aquatiques en aval de nos grandes agglomérations, va devoir à plus ou moins brève échéance, être collectée et valorisée.

L’affaire pourrait d’ailleurs devenir d’autant plus intéressante qu’une équipe de chercheurs sud-africains vient d’annoncer, comme l’a relayé récemment Le Monde, avoir découvert un nouveau procédé révolutionnaire pour créer, à partir de l’urine humaine… des briques !  L’idée n’est pas totalement nouvelle puisque les Américains l’avaient déjà testée avec de l’urine de synthèse mais les chercheurs du Cap ont montré que cela pouvait fonctionner aussi avec de la simple urine humaine, recueillie dans les urinoirs de l’université.

Vukheta Mukhari, l’un des inventeurs des briques fabriquées à partir d’urine, à l’Université du Cap, le 2 novembre 2018 (photo © Rodger Bosch / AFP)

Le principe est tout simple et rappelle celui qui permet naturellement au sable de se transformer en calcaire au fond des océans grâce à la diagénèse, sauf que le processus est beaucoup plus rapide puisqu’il suffit de 6 à 8 jours pour transformer un petit tas de sable, 30 litres d’urine et quelques bactéries adéquates en une brique prête à l’emploi et sans odeur… Contrairement aux briques de terre cuite qui exigent de grosses quantités d’énergie puisqu’il faut chauffer l’argile à 1400 °C, et qui émettent de fortes quantités de gaz carbonique, le processus est nettement plus vertueux puisqu’il se fait à froid, qu’il absorbe au contraire du CO2 pour le transformer en carbonate qui va souder progressivement les grains de sable, et qu’en plus il permet de valoriser un sous-produit actuellement traité comme un déchet aussi encombrant que polluant.

Autant dire que l’on commence à voir arriver le moment où nos urines et nos excréments vont devenir des ressources naturelles à haute valeur ajoutée, susceptibles peut-être de remplacer les matières premières fossiles sur lesquelles nous avons assis jusque-là notre développement industriel… Nous vivons décidément une époque formidable !

L. V.

Saoul comme un pigeon néo-zélandais…

18 octobre 2018

En France, il existe, selon les spécialistes, 570 espèces d’oiseaux. En Nouvelle-Zélande, ce nombre s’élève, paraît-il, à 168, pas une de plus ! On comprend donc que les Néo-zélandais, amoureux de la nature par tradition culturelle, soient très attachés à la préservation de leur faune ailée. Chaque année, ils votent donc en masse pour élire « l’oiseau de l’année ». Un concours organisé depuis 2005 par l’association environnementaliste Forest & Bird et qui connait traditionnellement un grand succès…

En 2018, les résultats du vote, dont le scrutin s’est clôturé dimanche 14 octobre ont été rendus publics dès le lundi matin. And the winner is… Pas le kiwi en tout cas, pourtant emblème symbolique du pays qui avait déjà été couronné de ce titre prestigieux en 2009. Non, cette année, les quelques 50 000 Néo-zélandais qui ont participé au vote ont décerné la majorité de leurs suffrages à un gros pigeon sauvage, dénommé kereru en langue Maori, Hemiphaga novaeseelandiae de son petit nom scientifique.

Le Kereru ou pigeon de Nouvelle-Zélande

Une espèce assez banale en apparence et qui n’est pas spécialement menacée d’extinction bien que son habitat soit localement en danger de régression. Mais un oiseau qui, comme tout un chacun, présente ses petites faiblesses… En l’occurrence, le pigeon de Nouvelle-Zélande se gave de fruits dont il contribue d’ailleurs à disséminer les graines, jouant un rôle très important dans la reproduction des espèces arborées.

Kereru dans une forêt de Nouvelle-Zélande (photo © Hawke’s Bay Today / South China Morning Post)

Mais il lui arrive souvent, à force d’ingurgiter des fruits très murs et partiellement fermentés, de voir son taux d’alcoolémie augmenter au-delà du raisonnable. Il n’est donc pas rare, à la fin de l’été, d’observer de gros pigeons tituber au bout de leur branche, voire carrément tomber de l’arbre faute de pouvoir maintenir leur équilibre tellement ils sont saouls… Un comportement qui les rend particulièrement vulnérables face aux prédateurs, dont les chats, qui peuvent alors facilement les attaquer. Des centres de protection animales sont donc régulièrement sollicités pour recueillir des pigeons ramassés à terre par des âmes charitables, afin de les placer en cellule de dégrisement, le temps qu’ils reprennent leurs esprits.

Grive musicienne dans une vigne (source grives.net)

On connaissait déjà l’expression « saoul comme une grive » qui fait référence au comportement des grives, grandes amatrices de raisins et qui font des ravages dans les vignes lorsque le raisin est bien mûr, se gavant de fruits au point de ne plus pouvoir s’envoler lorsque le danger guette. L’expression date, parait-il, d’un texte de 1486 où l’on peut lire « plus estourdy qu’une grive », le mot « estourdy » signifiant alors « saoul » en vieux français.

D’après l’ouvrage La mystérieuse histoire du nom des oiseaux (éditions Robert Laffont), ce verbe « étourdir » est probablement issu du bas latin « exturdire », lequel signifie agir follement. Un verbe qui dérive justement du latin « turdus », mot qui désigne la grive, à cause précisément du comportement de cet oiseau qui titube au point de ne plus pouvoir s’envoler lorsqu’il s’est gavé de raisin.

A croire finalement que, des vignes du Bordelais jusqu’aux forêts de Nouvelle-Zélande, les oiseaux ne sont finalement guère plus raisonnables que les humains et ne savent pas mieux qu’eux résister à un bon jus de fruit, un tantinet alcoolisé…

L. V.

Carnoux : le château de mon maire…

24 septembre 2018

Monsieur Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer dans sa bonne ville de Carnoux-en-Provence depuis maintenant 35 ans, dont 17 ans comme maire inamovible, restera sans conteste dans la jeune histoire de cette commune qui vient tout juste de fêter ses 50 ans d’existence, comme le baron qui a su faire édifier le premier château jamais construit dans ce petit vallon provençal dont il a fait son fief, à quelques encablures du Garlaban si cher à l’enfance de Marcel Pagnol.

Le nouvel hôtel de ville de Carnoux avec le futur bâtiment de l’Office de tourisme sur la gauche (photo © CPC)

Un château encore en chantier, certes, et qui risque de coûter un peu plus cher que prévu, mais qui a déjà fière allure, s’étendant tout autour de l’ancien hôtel de ville qui ne date pourtant que de 1970. Bien qu’encore non achevé, le bâtiment est déjà particulièrement imposant. Les hautes parois des façades extérieures renforcent cet aspect de forteresse imprenable, encore accentué par la présence d’un fortin édifié à l’angle de la place Tony Garnier, sous forme de bastion avancé et dont l’architecture rappelle furieusement celle d’un blockhaus fortifié. C’est l’Office de tourisme qui est destiné à prendre ses quartiers dans ce corps de garde, un beau symbole de l’ouverture d’esprit et de l’hospitalité des Carnussiens, toujours prompts à accueillir l’étranger.

Vue du chantier de l’hôtel de ville, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Avec 900 m2 de surface supplémentaire, sur deux étages, la superficie au sol a été fortement augmentée par rapport à l’ancienne mairie qui n’était pourtant pas ridicule pour une commune de moins de 7000 habitants et dont la totalité du foncier disponible est déjà occupée, ce qui rend toute nouvelle urbanisation depuis longtemps impossible.

Les nouveaux bâtiments permettront certes d’accueillir la police municipale et le CCAS, mais on a quand même un peu de mal à imaginer pourquoi il était nécessaire de procéder à une telle extension alors même que la quasi-totalité des compétences communales a désormais été transférée à la métropole et que le nombre d’agents municipaux à loger est particulièrement faible, la commune ayant choisi d’externaliser la quasi-totalité de ses missions.

Vue du chantier de l’hôtel de ville depuis la rue Tony Garnier (photo © CPC)

On aurait cependant bien mauvaise grâce à faire la fine bouche devant ce monument imposant en cours de construction en plein cœur de Carnoux et qui se veut le point d’orgue du projet de rénovation du centre-ville de Carnoux, un programme initié depuis plus de 10 ans désormais et qui montre à quel point une petite commune comme Carnoux peut s’offrir ainsi de somptueux espaces publics en faisant appel pour l’essentiel à la générosité des contribuables d’autres communes.

C’est d’ailleurs un des points qui ont été relevés dans le rapport au vitriol que vient de dresser la Chambre régionale des comptes après avoir procédé à un contrôle de la gestion municipale depuis 2013. Adopté le 24 mai 2018, ce rapport est désormais consultable sur le site de la commune, assorti des réponses du maire en date du 27 juillet 2018. La Chambre régionale des comptes (CRC) y relève notamment que les quelques 15,4 millions d’euros dépensés par la commune entre 2013 et 2016 ont été très largement financés par près de 8 millions d’euros de subventions versés pour l’essentiel par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Une manne de près de 200 € par an et par habitant, totalement inhabituelle aux yeux de la CRC qui constate que les subventions d’investissement pour des communes comparables ne dépassent pas en moyenne 58 € par an et par habitant.

Le patio du nouvel hôtel de ville en travaux, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Les Carnussiens ne remercieront donc jamais assez les autres contribuables d’Aubagne ou de Marseille qui acceptent bien volontiers de se serrer la ceinture et de laisser leurs propres établissements publics tomber en ruine, pour permettre à la commune de Carnoux de rénover et d’embellir à grands frais son cadre de vie. Il suffit d’ailleurs de comparer l’état des infrastructures scolaires pour constater à quel point les habitants de Carnoux sont bien servis, ce qui explique au passage pourquoi, comme l’a relevé avec étonnement la CRC, la ville de Carnoux accueille dans ses établissements autant d’élèves venant des communes voisines.

Et bien entendu, on ne louera jamais assez l’habileté de notre maire bienaimé qui est devenu le champion toutes catégories des demandes de subventions auprès du Département qui ne sait rien lui refuser. La quasi-totalité des délibérations prises en conseil municipal tournent d’ailleurs autour de ce sujet central. Une belle illustration en est donnée par le dernier compte-rendu en date du 26 juillet 2018, qui fait état de pas moins de 6 délibérations de ce type pour réclamer au Département de subventionner à hauteur de 60 à 70 % pour 1,6 millions de nouveaux travaux dans le cadre de l’enfouissement des réseaux aériens.

L’ancien hôtel de ville de Carnoux ceinturé par les nouveaux bâtiments en construction (photo © CPC)

Comme l’explique crûment le maire, selon les termes du compte-rendu officiel, « la collectivité a décidé de taper un grand coup dans l’enfouissement des réseaux aériens et de l’éclairage public avant que l’éclairage public ne passe de compétence métropolitaine, ce qui devrait avoir lieu en 2020 » car « il n’est pas certain que la collectivité obtienne des subventions en 2020 puisque le département doit fusionner avec la métropole. De plus, il n’est pas certain que la métropole, avec l’ampleur des travaux à entreprendre pour les différentes communes, vote 1 600 000 € de travaux. Il faut donc anticiper ». En d’autres termes, il faut en profiter tant qu’on peut siphonner les caisses du Département parce que Martine Vassal est en campagne et peut allégrement arroser tous ses soutiens car lorsqu’elle prendra les rênes de la Métropole après la disparition programmée du Conseil départemental, il faudra nécessairement partager le gâteau avec les maires des autres communes. C’est donc la course contre la montre pour dépenser tout ce qui peut l’être, quitte à prévoir un peu large pour le nouvel hôtel de ville dont les horaires d’ouverture au public ont pourtant été encore réduits…

L. V. 

 

Monsieur le Maire tient à préciser…

En réaction à cet article, Monsieur le Maire de Carnoux a immédiatement écrit au Président du Cercle progressiste carnussien pour justifier son action et c’est bien sûr avec grand plaisir que nous publions ses observations qui ne sont en rien contradictoires avec ce que nous avions noté, sinon sur des points pour lesquels notre analyse a manifestement été lue un peu rapidement car il n’y a jamais été écrit que les nouveaux locaux n’étaient pas destinés à accueillir des services externalisés, ni bien entendu que les élèves des communes voisines sont accueillis sans contrepartie financière… On a donc un peu de mal à discerner où se situe « l’inexactitude du propos ». En tout cas, que le maire se rassure, il n’y avait nulle méchanceté dans notre analyse qui ne reflète que les interrogations d’un citoyen curieux de la manière dont sont gérées les affaires publiques dans sa commune !

Monsieur le Président,

Il m’a été « conseillé » de lire l’excellent article du courageusement nommé LV paru sur votre blog sous le titre « le château de mon maire… »

Je dois dire que je n’ai pas été surpris par le ton, la méchanceté et surtout l’inexactitude du propos.

Dans un premier temps je n’ai pas jugé utile de répondre puis à la réflexion j’ai estimé que je me devais de rectifier et de préciser certains points.

  • La surface de l’extension mairie n’est pas faite pour accueillir des services externalisés, mais pour donner de meilleures conditions de travail aux agents et pour offrir des locaux plus fonctionnels à la police municipale et au CCAS comme vous le dites mais aussi au service des sports et à la PMI.
  • Vous parlez du rapport au « vitriol » de la chambre régionale des comptes. C’est une affirmation gratuite. Beaucoup de communes souhaiteraient avoir le même puisque la qualité de notre gestion est reconnue.
  • Les investissements de la commune, certes importants pour sa taille, sont aidés financièrement par le Département mais aussi par la Métropole comme toutes les communes semblables à la nôtre. Vous aurez bien entendu remarqué que notre autofinancement est conséquent grâce à une gestion « responsable » et maitrisée.
  • Les élèves trop nombreux à votre sens que nous recevons de l’extérieur sont ceux qui résident à Carpiagne et qui relèvent des communes de Marseille et d’Aubagne. Pour votre information, une participation financière est versée par chacune d’elle pour chaque élève scolarisé dans notre groupe scolaire Frédéric Mistral, dans le cadre d’une convention établie il y a près de 20 ans !

Certains se réjouissent d’avoir une commune qui se modernise et s’embellit, sans endettement et sans hausse de la pression fiscale, d’autres comme vous trouvent le moyen avec un humour douteux et sans discernement de s’adonner à la critique systématique ! Ce qui est excessif n’est pas crédible..

Je n’ai certes pas la prétention de tout bien faire mais soyez assuré que dans mon action, je n’ai qu’un objectif, l’intérêt de notre ville et de ses concitoyens.

Je vous remercie d’insérer dans votre blog ce courriel en vertu de mon droit de réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées .

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

 

 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

La fraise Tagada, argument décisif de Macron

9 mai 2018

Les campagnes présidentielles se suivent et ne se ressemblent pas. On se souvient que celle de 2012, qui avait permis l’arrivée au pouvoir du socialiste François Hollande, s’était également soldée, fait rarissime, par le rejet des comptes de campagne du candidat sortant Nicolas Sarkozy. A l’époque, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), créée en 1990 mais qui ne contrôle les comptes de la campagne présidentielle que depuis 2007, avait estimé que les dépenses du candidat UMP dépassaient de 363 000 € le plafond maximal de dépenses autorisé, fixé à 16,85 millions d’euros pour le premier tour et à 22,5 pour le second tour.

Un dessin de Mutio publié sur le site Pinterest

En réalité, l’enquête judiciaire qui s’en est suivi a révélé que les turpitudes du candidat étaient sans commune mesure avec ce que la commission, aux moyens d’investigation très limités, avait pu imaginer, puisque le dépassement se montait en fait à au moins 18,5 millions d’euros. L’ex Président de la République a d’ailleurs depuis été mis en examen, en février 2017, pour financement illégal de campagne électorale, tandis que de forts soupçons pèsent également sur le financement illégal de sa campagne précédente de 2007 par le gouvernement libyen.

Pour l’élection présidentielle de 2017, les comptes de campagnes des 11 candidats présents au premier tour ont donc été examinés à la loupe par la commission, composée de 9 membres permanents et qui recrute, pour se faire aider, des rapporteurs chargés d’éplucher les liasses de justificatifs. Publiés au Journal officiel du 3 août 2017 tels qu’ils ont été déposés par les équipes de campagnes, les comptes ont été passés à la moulinette et la commission a remis son verdict cinq mois plus tard, en janvier 2018.

Cette fois, aucun des candidats n’a dépassé le plafond autorisé, même si Emmanuel Macron, le plus dépensier de tous, s’en est approché avec un montant total de 16,6 M€ pour le premier tour. Une analyse détaillée de ces dépenses, disponible notamment sur BFMTV, montre d’ailleurs que sa stratégie très ciblée, avec près de 5 millions consacrée aux appels téléphoniques, courriers et SMS, a été payante puisque l’investissement rapporté au nombre de suffrages obtenus est de 0,81 € par voix. Par comparaison, la campagne du socialiste Benoît Hamon, qui a coûté un peu plus de 15 M€ est un vrai fiasco économique, et pas seulement idéologique, avec un prix de revient de 6,58 € par voix obtenue…

Emmanuel Macron en meeting à Bercy pendant la campagne des présidentielles (photo © Eric Feferberg / AFP)

A se demander d’ailleurs si un tel déluge de moyens financiers est vraiment nécessaire dans une telle campagne quand on constate que l’iconoclaste Jean Lassalle, avec un budget très modeste de 257 000 €, a obtenu le meilleur retour sur investissement puisque chaque suffrage recueilli ne lui a coûté que 0,51 € !

En tout cas, chacun des candidats a pu obtenir un remboursement conséquent de ses frais de campagne, quasi intégral pour un candidat comme Jean Lassalle ou Philippe Poutou et atteignant jusqu’à 10,7 M€ pour les deux finalistes Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Certes, toutes les dépenses présentées par les candidats n’ont pas été intégralement retenues dans les calculs de la commission, mais les écarts avec les comptes présentés restent modestes.

Un dessin de Lara publié dans le Nouvel Obs

Le Monde signale néanmoins que l’un des rapporteurs, en charge d’examiner les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon (qui s’élèvent quand même à 10,7 M€ soit quasiment autant que le Front national) a émis de fortes réserves quant à l’éligibilité de certaines des dépenses présentées, pour un montant de 1,5 M€) et a démissionné avec fracas de la Commission car cette dernière ne l’a pas suivi dans son analyse, permettant à la France insoumise d’empocher, suite à cette élection, un joli pactole de plus de 6 millions d’euros, soit trois fois plus que le pauvre François Fillon pourtant arrivé devant lui : le monde est décidément trop injuste…

Et voilà que l’on apprend, via La Dépêche du Midi, que les comptes de campagne du candidat de la France en marche, élu triomphalement en mai 2017, recèlent des ingrédients insoupçonnés qui expliquent peut-être en partie le succès inattendu de ce mouvement surgi de nulle part. En épluchant les documents comptables remis à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, cette dernière s’est en effet étonnée de trouver une facture correspondant à l’achat de 17,8 kg de fraises Tagada !

Les politologues ne manqueront pas, bien entendu, d’analyser les vertus pédagogique et la force de persuasion d’une friandise sucrée offerte au tournant d’une campagne présidentielle. Nul doute en tout cas que les fraises Tagada d’Emmanuel Macron l’ont porté au pouvoir bien plus sûrement que les costumes pourtant de bonne facture du candidat LR…

Le député Mickaël Nogal en compagnie du Président de la République dans les rues de Toulouse le 11 septembre 2017 (source : site Mickaël Nogal)

 

Certes, la vérité oblige à dire que les fraises Tagada en question n’ont pas été commandées en direct par le candidat lui-même mais par l’un de ses stratèges, le futur député LREM de la 4ème circonscription de Haute-Garonne, Mickaël Nogal, qui est allé lui-même acheter ces paquets de fraises Tagada, le 1er mars 2017, au magasin Haribo du village de marques de Nailloux, au sud de Toulouse, pour la somme rondelette de 102,80 €. L’idée était de distribuer aux passants de petits sachets de bonbons accompagnés d’un flyer détaillant les propositions du candidat Macron à l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars 2017.

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques s’est longuement tâtée au sujet de l’éligibilité de cette facture et a interrogé officiellement l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron pour qu’elle fournisse « des éléments démontrant le caractère électoral de cette dépense ». Il semblerait néanmoins que la fraise Tagada soit désormais considérée comme faisant partie intégrante de la panoplie du candidat en campagne, un argument que les campagnes publicitaires d’Haribo ne devraient pas manquer d’exploiter…

L.V.  

Inondations : on a trouvé les coupables !

3 février 2018

Une nouvelle fois, la France vient de connaître une vague d’inondations spectaculaires. A Paris, le niveau de la Seine est monté la semaine dernière à 5,85 m et aurait selon toute vraisemblance dépassé les 6,40 m sans l’action des quatre lacs-réservoirs situés en amont du Bassin parisien. A un tel niveau, certes très inférieur à celui observé en janvier 1910, mais qui n’avait pas été atteint depuis 1955, les dégâts sur les réseaux et infrastructures auraient pu être considérables, en particulier sur le réseau de transports et notamment le RER C qui commence à être sérieusement menacé au-delà de 6,20 m.

Les bords de Seine à Paris le 22 janvier 2018 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Et comme toujours dans ces cas-là, on cherche les coupables… Ainsi que lors de chaque épisode de ce type, les rumeurs les plus absurdes courent, alimentées par la certitude, aussi irrationnelle que récurrente, selon laquelle : « ils nous ont inondés pour protéger Paris » (ou tout autre ville d’ailleurs, selon l’endroit où l’on se place…). Il est toujours difficile d’admettre que l’on a été inondé parce qu’il a beaucoup plu et que l’on est situé en zone inondable, dans le lit majeur d’un cours d’eau…

Et ceci malgré tous les dispositifs de protection contre les inondations qui ont pu être mis en place et qui ont souvent joué un rôle atténuateur très bénéfique comme cela a été le cas en janvier 2018 avec les lacs-réservoirs qui ont dérivé et stocké en amont du bassin versant des centaines de millions de mètres cube d’eau, réduisant d’autant les débits en aval.

Alors, puisque l’on a vraiment besoin de trouver un bouc émissaire, ne cherchez-plus. L’explication à ces inondations, exceptionnelles par leur ampleur et leur durée, est parfaitement claire sur la photo suivante, prise le 31 janvier 2018 sur la commune de Montesson, dans les Yvelines, et garantie sans trucage : c’est simplement un étourdi qui a oublié de fermer le robinet…

A Montesson, le 31 janvier 2018 (photo © Frédéric Gache / EPTB Seine Grands Lacs)

Et pour les Parisiens qui ont une dent contre la politique menée depuis des années par la Ville de Paris en faveur de la réduction de la voiture en ville et de la réappropriation des voies sur berges par les piétons, voici une seconde explication, tout aussi recevable…

Dessin de Lacombe publié dans Marianne le 2 février 2018

Lorsque les forces de la nature dépassent l’entendement, il est toujours rassurant de se raccrocher à des explications simples et pleines de bon sens !

L.V.  

Vade retro 2017…

1 janvier 2018

L’année 2017 vient de s’achever. Les nostalgiques de toujours la regretteront sans doute : on sait ce qu’on perd mais on ne sait jamais ce qui nous attend… Les plus pessimistes redoutent déjà la nouvelle année qui vient de démarrer et le lot de futures catastrophes qu’elle ne manquera pas de nous apporter…

C’est en tout cas pour tous le moment de se remémorer quelques uns des événements qui ont jalonné l’actualité de cette année 2017, riche en rebondissements. Pour cela, mieux vaut un bon dessin qu’un long discours : un dessin de presse bien entendu, de ces petits chef-d’oeuvres d’humour grinçant ou décalés, parus dans la presse ou relayés sur internet, qui savent mieux que personne prendre l’actualité par son côté dérisoire et permettent de faire sourire de tous ces événements qui font notre quotidien !

Merci donc à ces dessinateurs de presse, tous plus talentueux les uns que les autres, qui savent à merveille tirer profit des événements les plus tragiques ou les plus insignifiants pour nous faire rire. Cette rétrospective toute personnelle n’est bien entendu ni objective ni exhaustive. C’est juste une manière de se remémorer certains événements petits ou grands survenus en 2017 et déjà oubliés, laminés par le flot quotidien d’informations qui nous submergent…

C’est aussi l’occasion, pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous nos lecteurs, occasionnels ou assidus, une excellente année 2018 en espérant, sait-on jamais, qu’elle n’apporte pas que de mauvaises nouvelles mais permette, pourquoi pas ?, de reprendre espoir dans la capacité des hommes à ne pas choisir systématiquement les options les plus regrettables…

L.V.  

Janvier

Le 25 janvier 2017, un article du Canard enchaîné informe ses lecteurs que François Fillon, vainqueur de la Primaire de la Droite et candidat favori pour les prochaines élections présidentielles, est soupçonné d’avoir utilisé son indemnité de parlementaire pour fournir pendant des années un emploi fictif à sa femme Pénélope. Les révélations s’enchaînent et ont un énorme retentissement, d’autant que François Fillon commence par tout nier en bloc avant d’accepter l’évidence tout en accusant un hypothétique cabinet noir à l’Elysée d’être à la manœuvre.

Ses amis LR, Gérard Larcher en tête font mine de le soutenir en espérant qu’il finisse par se retirer, mais en vain. Sa morgue et son obstination conduiront finalement à son élimination dès le premier tour de la présidentielle. Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.

 

Février

Le 2 février, à Aulnay-sous-Bois, un jeune noir de 22 ans, surnommé Théo, éducateur de quartier, est violemment molesté par 3 policiers tandis qu’un quatrième tient à distance à coups de gaz lacrymogène d’autres jeunes du quartier. Embarqué au commissariat, Théo fait l’objet d’insultes racistes et reçoit des coups. Un des policiers le blesse profondément en lui introduisant sa matraque dans l’anus. Il pore plainte pour viol et le parquet de Bobigny ouvre une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique ». Plusieurs manifestions en soutien ont lieu pour dénoncer les méthodes musclées de certains policiers. En pleine campagne électorale, Marine Le Pen se refuse néanmoins à condamner de telles pratiques. Un dessin de Marc Large publié sur Pinterest.

Mars

Alors que la campagne électorale des présidentielles bat son plein, le débat se focalise sur le clause Molière, obligeant les ouvriers à parler la langue française pour bien comprendre les consignes de sécurité, en réalité destinée à freiner l’emploi de travailleurs détachés sur les gros chantiers de travaux publics.

En février, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, avait fait adopter une telle clause pour les marchés publics de sa collectivité. En mars, c’est au tour de la Région Ile-de-France de lui emboîter le pas. Le Tribunal administratif validera cette clause en juillet 2017 pour un marché passé par la Région Pays de la Loire, mais le 13 décembre 2017, le Tribunal administratif de Lyon annule la délibération du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, invoquant un « détournement de pouvoir » et mettant en doute le réel motif de cette disposition : « La délibération a été adoptée, non pour assurer la protection de la santé et la sécurité des salariés, mais pour exclure les travailleurs détachés des marchés publics régionaux et favoriser les entreprises régionales en méconnaissance des principes de liberté d’accès à la commande publique et d’égalité de traitement des candidats ». Un dessin de Pétillon publié dans le Canard enchaîné du 15 mars 2017.

 

Avril

Pour le premier tour de l’élection présidentielle qui se déroule le 23 avril, beaucoup de Français se déclarent indécis jusqu’à la dernière minute et les sondages, qui pour une fois se révéleront très fiables dans leurs prévisions, montrent une très forte évolution des intentions de vote entre les 11 candidats déclarés. Un dessin d’Ixène publié le 19 avril.

 

Mai

Elu au deuxième tour de la présidentielle le 7 mai face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron prend officiellement ses fonctions de Président de la République à l’issue d’une cérémonie de passation de pouvoir le 14 mai avec son prédécesseur, le socialiste François Hollande. Ce dernier avait vu les débuts de son quinquennat marqué par de violentes précipitations et la presse s’était gaussé de ces différentes cérémonies officielles au cours desquelles le Président Hollande finissait trempé comme une soupe et emprunt d’une image de looser malchanceux. Au contraire, son ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée avait reçu plusieurs coups de pouce du destin durant la campagne présidentielle, dont le retrait de la compétition de François Hollande lui-même, l’absence d’alliance à gauche entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, l’élimination à la Primaire de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé, puis l’affaire Fillon qui a eu raison de son principal adversaire. Un dessin signé JM.

 

Juin

A la suite des élections législatives des 11 et 18 juin, La République en marche obtient une large majorité avec 308 élus auxquels s’ajoutent 42 députés MODEM. Nommé garde des Sceaux dans le premier gouvernement d’Edouard Philippe, François Bayrou doit faire face à des accusations d’emplois fictifs d’attachés parlementaires européen alors qu’il tente de mettre en place son projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Il finit par démissionner du gouvernement le 21 juin après n’être resté que 35 jours au ministère de la Justice. Nommée ministre des Affaires européennes, sa collègue Marielle de Sarnez quitte également le gouvernement à la même date. Un dessin de Na !

 

Juillet

Le 12 juillet, un iceberg géant de plus de 6 000 km2 se détache de la barrière de glace Larsen en Antarctique. La fissure s’était propagée depuis plusieurs mois et a fini par atteindre la mer, provoquant le détachement irrémédiable de cette immense laque de banquise.. Il s’agit d’un des plus grands icebergs observés de mémoire d’homme, vaste comme deux fois la superficie du Luxembourg. D’un poids estimé à plus de 1 million de tonnes, cet immense bloc de glace contient autant d’eau que le lac Ontario. Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan.

 

 

Août

Pour ses premières vacances de Président de la République, Emmanuel Macron a choisi de les passer à Marseille où on a pu le voir sirotant un Pastis à la terrasse d’un café ou faisant son jogging aux couleurs de l’OM, son club fétiche. Le couple Macron a ainsi profité de la villa avec piscine du préfet de la région qui surplombe la Corniche Kennedy.

Ce séjour marseillais n’a pas manqué de faire jaser. Le sociologue Jean Viard a ainsi estimé que cette visite était un message adressé à Jean-Luc Mélenchon, lequel convoiterait la mairie marseillaise pour 2020, date à laquelle chacun espère que Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas. Un dessin de Placide publié sur son site.

 

 

Septembre

Le 6 septembre, l’ouragan Irma dévaste les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy aux Antilles. Quelques jours plus tard, alors qu’il s’attarde sur la Floride, un autre ouragan, José, traverse à son tour l’Atlantique, avant d’être rejoint par la tempête tropicale Maria qui frappe notamment Porto Rico, la Dominique, la Guadeloupe et les ïles Vierges. Le 19 septembre, Emmanuel Macron succède à la tribune à Donald Trump pour son premier discours devant l’assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies. Contrairement au président américain qui est obnubilé par la lutte contre l’immigration clandestine, il se pose en porte-parole des sans-voix et insiste lourdement sur notre responsabilité vis-à-vis du réchauffement climatique et sur les conséquences de ce dernier en matière de risques naturels. Un dessin de Chaunu paru dans l’Est Eclair le 19 septembre 2017.

 

Octobre

Le 1er octobre se tient un référendum pour l’indépendance de la Catalogne organisé par le président de la Généralité de Catalogne, Carles PuigdemontCe référendum a été approuvé par le Parlement de Catalogne mais jugé illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol. Le oui à l’indépendance l’emporte à plus de 90 % mais le taux de participation ne dépasse pas 43 % et la consultation est entachée de nombreuses violences policières. Il s’ensuit un bras de fer entre les indépendantistes catalans et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, chacun jetant de l’huile sur le feu.

La République catalane est proclamée le 27 octobre mais dans la foulée le sénat espagnol vote la dissolution du Parlement de Catalogne et la destitution de Carles Puigdemont qui se réfugie en Belgique pour éviter la prison. De nouvelles élections sont organisées pour le 21 décembre. Pendant ce temps-là, la Grande-Bretagne s’efforce de trouver un accord avec l’Union européenne suite au référendum en faveur du Brexit. Un dessin de Chappate.

Novembre

Un « projet de loi pour un Etat au service d’une société de confiance » est présenté le 27 novembre en Conseil des ministres. L’objectif est de simplifier les relations avec l’administration et de créer un « droit à l’erreur » en faveur des citoyens et des entreprises. Un contribuable de bonne fois et non récidiviste pourra invoquer la clémence des services fiscaux en cas d’erreur ou d’omission dans sa déclaration. Un concept qui fait beaucoup jaser et donne des idées aux politiques qui auraient négligé d’appliquer leurs promesses électorales en toute bonne foi… Un dessin de Diego Aranega publié dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.

Décembre

Le 5 décembre disparaissent quasi simultanément deux monstres de la culture française. D’abord l’académicien Jean d’Ormesson, mort à 92 ans, puis le rocker Johnny Hallyday décédé la nuit suivante à 74 ans des suites d’un cancer du poumon. Avec plus de 100 millions de disques vendus et une vie tumultueuse largement mise en scène par la presse people, le chanteur aura fortement marqué sa génération et sa disparition suscite d’innombrables commentaires dans les médias. Un dessin d’Olivier Ménégol publié dans Le Figaro.

Un perroquet qui joue les corbeaux…

28 juillet 2017

C’est une drôle d’histoire qui nous vient des Etats-Unis. Une histoire que Fernand Reynaud aurait adoré raconter, pour ceux qui ont encore en tête son sketch sur le fameux perroquet qui dialogue avec le plombier tentant désespérément de se faire ouvrir la porte et hurle « C’est le plombier ! » tandis que le volatile obstiné demande inlassablement « Qui c’est ? ».

L’histoire donc se passe dans le Michigan à Sand Lake, en mai 2015. Si l’on en croit le Detroit news, Connie Ream n’a pas vu ses voisins, Marty et Glenna Duram depuis 2 jours et finit par s’inquiéter car les deux commères ont l’habitude de bavarder chaque jour. Elle finit par envoyer un texto pour demander à Glenna ce qu’elle a bien pu fabriquer avec son mari, mais pas de réponse. Le deuxième jour, elle ouvre la porte de ses voisins et découvre leurs deux corps inanimés.

Les pompiers, aussitôt prévenus accourent mais ce n’est qu’une heure plus tard qu’un des policiers, arrivé entre temps, se rend compte que Glenna Duram, âgée de 48 ans, est encore en vie. Marty, son époux avec qui elle vit depuis 11 ans, a été abattu de 5 coups de révolver. Glenna est elle-même blessée à la tempe droite, mais elle s’en remettra rapidement. Sur le coup, après avoir cru la femme décédée, les policiers la considèrent désormais comme une victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné.

Glenna Duram lors de son procès (photo © Rex Larsen / Detroit news)

Sauf que, au fil de l’enquête, on se rend compte que le couple avait de gros problèmes d’argent, tandis que les enfants de Marty découvrent trois lettres d’adieu écrites par Glenna. La police commence à penser que c’est elle qui a tué son mari, poussée à bout par ses difficultés financières et redoutant une saisie imminente de leur maison, avant de tenter de se suicider. Mais Glenna dément et affirme ne pas se souvenir avoir écrit ces lettres. L’enquête piétine jusqu’en mai 2016, lorsque entre en scène le fameux perroquet…

Bud, le perroquet des Duram, témoin capital d’une affaire pénal

Bud, un perroquet gris du Gabon qui appartenait aux Duram, a été recueilli par une des cousines de Marty, peu près le drame. Depuis, il n’arrête pas de rejouer la scène d’une dispute conjugale fort convaincante. Imitant à la perfection la voix de son maître brutalement décédé, il hurle à qui veut l’entendre : « Ne tire pas, putain, ne tire pas ! ». Intriguée, la cousine a filmé le perroquet un mois après en avoir hérité. Devant l’incapacité des enquêteurs à boucler l’affaire et après avoir gardé le secret pendant plusieurs mois, elle se décide finalement à communiquer la vidéo à une télévision locale.

L’affaire fait immédiatement le buzz et trois semaines plus tard, Glenna Duram est finalement arrêtée et inculpée du meurtre de son mari. Son procès vient de se tenir et le verdict est mis en délibéré jusqu’au 28 août. Elle risque désormais la réclusion criminelle à perpétuité après avoir été reconnue coupable d’avoir assassiné Marty, même si elle continue à nier les faits.

Le perroquet n’a pas été amené à témoigner à la barre comme certains l’auraient souhaité. Le procureur y a songé, semble-t-il, mais y a finalement renoncé, ne sachant trop comment lui faire prêter serment : « Levez l’aile droite et dites je le jure »…

Mais le perroquet a néanmoins été considéré durant le procès comme un témoin oculaire de premier plan, après avoir subi lui-même un examen approfondi conduit par une psychologue experte en perroquets (ça existe !), laquelle a pu attester que le volatile bavard imitait bien une dispute entre deux personnes, reproduisant selon toute vraisemblance une scène effectivement vécue et qui s’est mal terminée pour son défunt maître.

Espérons quand même pour celle qui risque de finir ses jours en prison que tout cela n’est pas le fruit d’une imagination trop fertile d’un perroquet cabotin et avide de reconnaissance médiatique…

L.V. 

Alternatives économiques : l’éco pour les nuls !

7 juillet 2017

Fondé en 1980 par l’économiste Denis Clerc en réaction au fameux slogan de Margaret Thatcher, « There is no alternative », le magazine Alternatives économiques, plus connu par les habitués sous son petit nom d’Alter Eco, est devenue une référence pour tous ceux qui ne sont pas complètement séduits par la doxa dominante du néolibéralisme le plus débridé. Edité par une société coopérative et diffusé à raison de 90 000 exemplaires payants chaque mois en moyenne, c’est devenu le deuxième magazine économique le plus lu en France, après Les Echos : une véritable référence donc en la matière qui vise à concilier le social et l’économique, dans un format très pédagogique et qui s’adresse à un très large lectorat.

Le dernier numéro d’Alter Eco va encore plus loin dans l’art de rendre accessible à tous certaines notions apparemment obscures qui font que le domaine de l’économie passe généralement pour rébarbatif et réservé aux seuls initiés. Le dossier du mois est en effet intitulé « Les (gros) mots de l’économie ». Trappe à liquidité, destruction créatrice, stagnation séculaire ou aléa moral : autant de termes parfaitement abscons pour qui n’a pas suivi un master d’économie ou ne sort pas de 2 mois de révisions fébriles en prévision de passer son bac en série ES.

L’idée de la réadction pour rendre abordable ces notions est non seulement de les expliciter par un texte d’une page, parfaitement limpide et souvent plein d’humour voire de poésie (Ah, le poéme en alexandrins sur la stagnation séculaire, un bijou d’anthologie !), mais surtout de demander à des dessinateurs d’illustrer chacune de ces notions par une planche de bande dessinée.

Le résultat est totalement bluffant et il faut vraiment se précipiter sur ce numéro double juillet-août d’Alter Eco qui assurément devrait devenir collector. Un exemple parmi d’autres pour vous donner envie de lire ce dossier où vous découvrirez aussi que la maladie hollandaise n’a rien à voir avec la frénésie pathologique de notre dernier Président de la République à escompter une soudaine et bienvenue inversion de la courbe du chômage, et où vous apprendrez stupéfait que ce bon vieux Adam Smith, outre le fait qu’il pourrait commettre des maladresses s’il se retrouvait de nos jours dans une rame de métro, n’a jamais vraiment assimilé le marché à une main invisible autorégulatrice comme on le lui attribue généreusement (et de manière perfide).

Un extrait du n° 370 d’Alternatives économiques…

Sur les externalités négatives, par exemple, l’explication est des plus limpides, basée sur l’exemple de l’agriculteur qui booste sa production à grands coûts de pesticides, provoquant pollution des nappes et des cours d’eau, avec toutes les répercussions environnementales et sanitaires qui en découlent, mais dont les coûts induits n’entrent évidemment en rien dans le bilan de son exploitation agricole. Une démonstration magistralement illustrée par Fabrice Erre, lui-même enseignant et auteur de bandes dessinées qui tient par ailleurs un blog intitulé Une année au lycée. Une adresse qui mérite le détour également et dont les dessins nous plongent actuellement dans l’ambiance des épreuves du baccalauréat : un petit extrait pour la route :

Dessin signé Fabrice Erre paru sur son blog à la date du 6 juillet 2017

Avec de tels professeurs aussi pédagogues, on se demande bien comment la France a bien pu tomber aussi bas dans le classement international PISA…

L. V. 

Emmanuel Macron, en marche vers le pouvoir ?

8 avril 2017

Décidément, rien ne se passe comme prévu lors de cette campagne pour l’élection présidentielle de 2017… A deux semaines seulement du premier tour, il paraît bien difficile de faire le moindre pronostic.

La seule certitude, c’est que la gauche en sera très vraisemblablement éliminée dès le premier tour, sauf à ce que l’un des deux candidats en lice se désiste ou que les deux finissent par trouver un accord. Mais un tel scénario devient chaque jour plus improbable, chacun s’arcqueboutant sur ses positions. Benoît Hamon, bien que vainqueur incontesté de la primaire de la gauche et bénéficiant du ralliement de Yannick Jadot, lui-même désigné à l’issue de primaires internes aux écologistes, est à la peine dans les sondages qui le créditent désormais d’à peine 10 % des intentions de vote.

Dessin de Wingz

Face à lui, Jean-Luc Mélanchon est dans une dynamique positive qui lui a permis depuis un mois de passer de 10 à 15 % des intentions de vote, comme si les électeurs de gauche avaient déjà oublié son refus hautain de participer à la primaire de la gauche. Il n’en reste pas moins que le socle de leur électorat commun reste stable et ne dépasse pas 25 %. Cela pourrait être suffisant pour être qualifié au second tour, à condition que ces voix se portent sur un candidat unique. Dispersées entre deux candidats, quelle que soit la répartition entre les deux, c’est la certitude qu’aucun candidat de gauche ne sera qualifié pour le second tour, au grand dam de millions d’électeurs de gauche qui devront donc se résigner à ne pas être représentés, une fois de plus, du fait de la stratégie suicidaire des dirigeants de ce courant politique.

Selon toute vraisemblance, le résultat de cette élection uninominale à deux tours se jouera donc entre la représentante du Front national, Marine Le Pen, et ses deux outsiders dans les sondages. François Fillon, grand gagnant des primaires de la droite en novembre dernier, est désormais englué dans le discrédit suite à sa méthode de défense déplorable et à l’arrogance extrême dont il a fait preuve pour répondre aux multiples reproches sur sa cupidité financière. Mis en examen pour détournement de fonds publics, il s’enferre dans ses mensonges successifs, tentant vainement d’accréditer la thèse d’un complot imaginaire ourdi à son encontre par le fameux « cabinet noir » de l’Elysée, avec la complicité des médias et de la justice.

Et pourtant, comme pour Marine Le Pen, elle-même sous le coup de multiples affaires judiciaires, ces accusations semblent ne guère troubler son électorat puisque les derniers sondages indiquent une remontée des intentions de vote en sa faveur, le créditant d’un score de l’ordre de 20 %, dépassant même les 30 % chez les électeurs de plus de 50 ans qui sont, comme chacun sait, les plus assidus à voter.

Un second tour laissant le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est donc pas à exclure. Néanmoins, force est de constater que l’OVNI Emmanuel Macron est en train de se rapprocher, dans les intentions de vote, de la candidate du Front national, avec pas moins de 24 % selon les derniers sondages. Personne ne sait trop bien comment positionner ce candidat dont les soutiens politiques vont de Robert Hue à Alain Madelin en passant par François Bayrou et désormais Manuel Valls. Sa ligne politique le situe néanmoins sans ambiguïté à gauche de François Fillon et à droite de Benoît Hamon, dans cet espace centriste qui a eu, jusque là, bien du mal à s’affirmer dans le paysage politique de la Cinquième République et qui pourrait donc peut-être arriver à se faire une place au soleil à l’occasion de ces élections présidentielles qui s’annoncent si atypiques…

Dessin de Gros publié dans Marianne du 17 mars 2017

C’est d’ailleurs un des points faibles de la candidature d’Emmanuel Macron : beaucoup se demandent en effet sur quelle majorité il compte s’appuyer pour gouverner au cas où il serait élu. Dans cette hypothèse, certains en sont même déjà à imaginer une situation de cohabitation avec un gouvernement de droite, tant le parti LR est confiant dans sa victoire lors des prochaines législatives, face à une gauche totalement atomisée et à un FN traditionnellement handicapé dans le cadre d’un scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Dessin de Placide

Et pourtant, ce ne sont pas les candidats qui manquent à Emmanuel Macron pour s’aligner lors des élections législatives du mois de juin. Plus de 14 000 personnes se seraient ainsi portées candidates ! Mais la commission d’investiture présidée par l’ex-UMP Jean-Paul Delevoye a fixé un cahier des charges très strict, exigeant pour les 577 candidats investis le respect de la stricte parité hommes-femmes (alors que seules 15 % des offres de service reçues sont féminines !) ainsi qu’un équilibre entre élus et représentants de la société civile, mais aussi entre gauche, droite et centre : un vrai casse-tête donc !

Les 14 premiers candidats investis par En marche (photo extraite du site de campagne En marche)

C’est sans doute la raison pour laquelle le mouvement En marche retarde autant que possible ses procédures d’investiture, afin de ne pas polluer la campagne présidentielle. Pourtant, lors de son invitation sur le plateau de l’Emission politique de France 2, le 5 avril dernier, Emmanuel Macron s’est résolu à dévoiler une liste de 14 candidats d’ores et déjà investis par son parti pour les prochaines législatives. On y retrouve notamment Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID qui avait dirigé l’assaut contre l’Hyper Casher, mais aussi Mounir Mahjoubi, l’ancien président du Conseil national numérique, Hughes Renson, ancien conseiller pour les affaires sociales du Président Jacques Chirac, ou encore Elisabeth Toutut-Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse.

Jean Viard, candidat aux prochaines législatives (photo issue du site de campagne En marche)

Parmi ces 14 premières candidatures ainsi dévoilées se trouve en particulier le sociologue Jean Viard, qui était intervenu à Carnoux à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 27 juin 2008, pour une conférence sur l’évolution des rythmes de travail et de notre rapport au temps. Fondateur et co-directeur des éditions de l’Aube à la Tour-d’Aygues, dans le Vaucluse (où il se portera candidat lors des prochaines élections législatives), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire, les rapports entre urbain et rural, la ville de Marseille ou encore l’essor du Front national. Ex-directeur du CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française, une unité de recherche rattachée au CNRS, Jean Viard a aussi été élu en 2008 conseiller municipal de Marseille et vice-président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole jusqu’en mars 2014. Alors porte-parole du socialiste Patrick Mennucci, le voici donc désormais engagé dans le camp de l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en marche, qui sait, vers une victoire électorale prochaine ? L’avenir le dira prochainement…

L.V.