Posts Tagged ‘Humour’

Poubelles de Marseille : une expérience ratée…

23 novembre 2022

La Ville de Marseille n’est pas spécialement réputée pour être en pointe en matière de ramassage des ordures ménagères. La cité est plutôt connue pour la brièveté légendaire des tournées de ses éboueurs, champions du fini-parti et dont les grèves à répétition rythment la vie des habitants, habitués à voir s’amonceler sur les trottoirs des monceaux de déchets qui attirent rats et gabians avant de finir sur les plages toutes proches, poussées par un Mistral taquin.

Les trottoirs de Marseille régulièrement submergés sous l’amoncellement d’immondices, ici le 23 septembre 2021 à La Plaine (photo © ML / GoMet)

Mais la Métropole Aix-Marseille-Provence, à qui incombe la responsabilité de collecter ces déchets que les habitants entassent consciencieusement devant le pas de leur porte, a voulu frapper un grand coup en lançant début 2021 l’installation de poubelles de rue dernier cri. De vrais bijoux de haute technologie qui sont en réalité des poubelles solaires connectées à compactage intégré, rien de moins !

Une vingtaine de ces bacs métalliques fermés ont ainsi été disposés à titre expérimental dans quelques sites très passants des quartiers sud de Marseille, de préférence dans des secteurs particulièrement fréquentés comme le rond-point du Prado ou la station de métro Castellane. Différents systèmes ont d’ailleurs été ainsi installés en parallèle par la Métropole, histoire d’en tester l’efficacité, dont celles de la société Mr Fill ou encore le dispositif Bigbelly, commercialisé en France par la société aixoise Connect Sytee.

Benne à ordures de rue à compactage solaire Mr Fill installée ici à Londres (source © Mr Fill)

Une innovation mise au point par la société américaine Big belly solar Inc, basée dans le Massachussetts et qui se présente sous forme de bornes parallélépipédiques d’une contenance d’environ 120 litres mais qui peut admettre 5 à 6 fois plus de déchets grâce à son système de compactage intelligent actionné par l’énergie solaire. Une puce électronique et des capteurs judicieusement placés permettent de suivre en direct le taux de remplissage du bac et d’alerter les équipes de surveillance chargées de déclencher le ramassage : on atteint là des sommets en matière d’intelligence adaptée à la collecte de nos ordures ménagères…

Des machines ultra sophistiquées qui équipent depuis 2004 l’espace publique de nombreuses métropoles mondiales, de Washington à Melbourne en passant par Londres, Boston, Hambourg ou Lausanne. La cité phocéenne ne pouvait évidemment pas passer à côté d’un tel prodige d’inventivité high-tech et Martine Vassal ne pouvait qu’être séduite par la modernité d’une poubelle connectée aussi fabuleuse.

Poubelle solaire compacteuse installée rue Saint-Ferréol à Marseille, déjà tagguée (photo © Caroline Delabroy / 20 minutes)

Mais avant d’en équiper toutes les rues, encore fallait-il tester le système. Il faut dire au passage que la poubelle en question n’est pas donnée, à raison de 5000 € l’unité quand une poubelle de rue plus classique, même un peu design, coûte moins de 500 €. Mais la haute technologie n’a pas de prix et la Métropole a tellement de mal à mobiliser ses agents pour venir vider les poubelles qu’elle a vu tout de suite l’intérêt d’un tel système de compactage qui permet de se déplacer 5 à 6 fois moins souvent. Il suffit en effet d’attendre que le bac soit plein de déchets, compactés au maximum, avant d’envoyer un agent pour le vider.

Une bien belle invention donc, installée aussi à Paris ou à Cannes. Sauf qu’à Marseille, bizarrement, le programme expérimental de poubelles connectées à compactage solaire semble avoir foiré lamentablement. Serait-ce que la technologie est trop complexe pour le pékin lambda ? Ou qu’un dispositif aussi sophistiqué nécessite trop de maintenance pour les équipes techniques de la Métropole ?

A la station de métro Castellane, les vestiges d’une poubelle connectée high-tech après quelques mois dans le biotope marseillais… (photo © CPC)

Toujours est-il que depuis quelques mois déjà, la belle poubelle high-tech qui trône fièrement en haut des escaliers de la station de métro place Castellane, fait un peu grise mine, bourrée jusqu’à la gueule de déchets immondes qui débordent de toutes parts, bien emmaillotée dans une rubalise comme celle que l’on déroule sur les scènes d’accident pour prévenir du danger. Relique posthume d’un accident technologique lié à un décalage excessif entre l’innovation technique de concepteurs inconscient de la réalité prosaïque du Marseillais pressé de se débarrasser de son paquet de cigarette vide, ou simple témoignage d’un crime de lèse majesté envers un modèle de perfection technologique venu d’Outre-Atlantique mais peu adapté au degré d’incivilité locale ? Toujours est-il que plus personne ne peut plus s’approcher de la bête bourrée d’électronique et chacun se contente donc de poser par-dessus son carton à pizza et sa canette de bière.

Une expérimentation qui a manifestement mal tourné… (photo © CPC)

Une bien triste fin pour ce concentré d’innovation technologique à l’Américaine qui arbore encore fièrement son étiquette qui précise pour les passants un peu distraits : « Ici on expérimente les poubelles de rue intelligentes ». Peut-être un peu trop intelligentes pour le Marseillais de base qui est manifestement passé à côté d’une belle invention, prête à révolutionner la collecte de nos déchets : Caramba, encore raté !

L. V.

Un CV qui fait le buzz

22 octobre 2022

Au Canada comme dans le monde anglo-saxon en général, il est fréquent de de commencer à travailler quand on est adolescent, et pas seulement pour des jobs d’été mais souvent pour de vrais boulots à temps partiel, le week-end et le soir après l’école. Chez nos amis québécois par exemple, la législation n’impose pas un âge minimum pour accéder au marché de l’emploi. Elle demande simplement l’autorisation parentale pour les enfants de moins de 14 ans et impose des charges horaires maximales jusqu’à 16 ans, mais pas au-delà. De très nombreux adolescents commencent donc à travailler régulièrement des 13-14 ans pour faire du gardiennage, de la vente en magasin, livrer les journaux ou faire la nounou.

Jeune adolescente canadienne au travail (source © RTL)

Au point que les services de l’État se croient obligés de rappeler régulièrement aux parents quelques conseils de base pour éviter que leur enfant ne s’adonne en totalité à une telle activité professionnelle, certes lucrative et gage d’autonomie personnelle, mais qui peut venir fâcheusement empiéter sur le temps scolaire et les périodes de repos nécessaires… En tout cas, dans un tel contexte, les médias regorgent de conseils en tous genre pour aider les parents angoissés à guider leur progéniture dans la rédaction de leur curriculum vitae, ce précieux sésame qui donne accès au monde du travail, même quand on n’a que 14 ans et aucune expérience professionnelle à faire valoir…

Mais évidemment, rien de tel en France où le travail des enfants est davantage réglementé. Sans remonter jusqu’au décret impérial de 1813 qui interdit le travail des enfants de moins de 10 ans dans les mines où ils faisaient pourtant merveille grâce à leur petite taille, il a quand même fallu attendre 1892 pour qu’une loi limite à 10 heures la durée maximum quotidienne de travail des enfants de moins de 13 ans, à une période où le travail était encore autorisé à partir de 12 ans… Il a ainsi fallu attendre 1936 pour que la scolarité devienne obligatoire jusqu’à 14 ans, puis 16 ans à partir de 1959.

Le jeune stagiaire, un auxiliaire devenu indispensable en entreprise : un dessin signé Schwartz pour le Rectorat de Rennes (source © CFTC)

Mais l’Éducation nationale, sous la pression ambiante, s’est mis en tête de pousser les enfants à s’imprégner du monde du travail qui les attend (ou pas) en rendant obligatoire des stages de découverte en entreprise au cours de la classe de 3ème et parfois dès la 4ème. Depuis 2019, ces séquences de découverte du monde professionnel sont en effet ouvertes avant même l’âge de 14 ans, comme si les enfants n’avaient rien de plus urgent à apprendre que la manière dont fonctionne le milieu professionnel.

Les nouvelles générations à la découverte du monde du travail : un dessin de Jiho, publié dans Marianne en 2015

Pour pouvoir trouver un tel stage d’observation, même limité à quelques jours, encore faut-il faire acte de candidature. Et voilà que les entreprises sollicitées se mettent à exiger des jeunes collégiens non seulement une lettre de motivation, mais même un véritable cv, comme s’ils étaient candidats pour un véritable recrutement ! Un curriculum vitae à 14 ans, quand on est encore au collège, quel sens cela peut-il bien y avoir ? C’est justement la question que s’est posée cette maman d’élève de Joué-les-Tours qui du coup s’est piquée au jeu et s’est chargée elle-même de rédiger le cv de son rejeton puis de la partager sur son propre réseau professionnel via l’application Linkedin.

Du coup, l’exercice, traité avec une bonne dose d’ironie et d’autodérision, a fait le buzz et le cv du petit Loulou a largement circulé, alors même qu’il n’a pas été rédigé par le principal intéressé comme sa mère le revendique haut et fort ! On y apprend ainsi que le jeune collégien, malgré son jeune âge, a déjà enchaîné 3 contrats à durée déterminée. Le premier était naturellement une « création de poste », de bébé cela va de soi, au cours de laquelle le jeune Loulou, outre de faire ses premières dents a « mis en place les processus internes au bon fonctionnement d’une famille et coaché [ses] parents sur l’optimisation de leur temps libre ».

Le cv du jeune Loulou, rédigé par sa maman… (source © France Bleu)

S’en est suivi un deuxième CDD de « poseur de questions » couronné par un beau succès personnel de « meilleur déguisement de Spiderman au carnaval de l’école en février 2014 ». Et depuis 2019, notre impétrant bénéficie donc d’un nouveau contrat à durée déterminée (c’est du moins ce que sa mère espère) de « geek à capuche », « champion du monde de la coupe de cheveux improbable » qui « essaie de survivre à l’adolescence, au réchauffement climatique et à [ses] parents frappadingues ». Un cv qui ne dira pas grand-chose des compétences du candidats, sinon qu’il baragouine un peu le Chinois, se débrouille en programmation et est plus doué pour le « codage de trucs bizarres » que pour le « rangement de [sa] chambre » ou le « vidage du lave-vaisselle », mais on s’en serait évidemment douté…

Il n’y a pas de souci à se faire naturellement pour le jeune Loulou qui a déjà reçu plusieurs offres de stages selon les médias qui ont largement relayé l’exercice potache de sa mère pleine d’humour. Il y a d’ailleurs gros à parier que d’autres parents d’élèves vont se piquer au jeu et que les DRH des entreprises sollicitées pour accueillir des élèves de 3ème en stage de découverte du mode du travail n’ont pas fini de s’amuser et de se faire passer les cv les plus drôles. D’ici à ce que la rédaction de cv devienne une épreuve obligatoire du Bac, il n’y a sans doute pas beaucoup à attendre…

L. V.

Le Ravi, c’est fini…

18 septembre 2022

« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas » Tout le monde a en tête cet aphorisme qui figure en tête de la dernière page de chaque numéro du Canard enchaîné, même si personne ne sait trop bien à qui attribuer cette citation, sans doute trop belle pour être vraie… En revanche, on sait bien qui est l’auteur de cette autre maxime moins connue mais sans doute plus réaliste : « la liberté de la presse est entière : il suffit d’avoir les milliards nécessaires ». C’est le sociologue Alfred Sauvy qui faisait ce constat lucide en préface d’un ouvrage de Jean Boniface publié au début des années 1960 sous le titre Arts de masse et grand public. Une vision assez prémonitoire de la bataille à laquelle on vient d’assister entre les milliardaires Xavier Niel et Rodolphe Saadé pour prendre le contrôle du quotidien régional La Provence

La presse française très prisée des milliardaires, un dessin signé Miss Lilou (source © Blagues et dessins)

Rien qu’en France, 8 milliardaires contrôlent de fait une vingtaine de journaux, trustant à eux seuls 95 % des ventes d’hebdomadaires nationaux généralistes et plus de 80 % de la presse quotidienne nationale. Ainsi, Bernard Arnault, première fortune de France, détient des titres comme Le Parisien, Les Echos, Investir ou encore la chaine Radio Classique. Son alter ego Vincent Bolloré s’est forgé de son côté un véritable empire médiatique avec les chaînes CNews, Direct 8 et des titres aussi courus que Paris Match, Géo, Voici, Ça m’intéresse ou Capital. Patrick Drahi, qui a fait fortune dans le domaine des télécommunications, est désormais à la tête de Libération, l’Express ou encore BFM et RMC. Son collègue Xavier Niel, patron de Free, est actionnaire majoritaire du Monde, de Télérama, du Nouvel Observateur ou encore de Rue 89. On pourrait citer aussi le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, désormais patron de Marianne, Elle ou encore Télé 7 jours, mais aussi François Pinault, 24e fortune mondiale qui détient Le Point tandis que le Figaro est entre les mains de la famille Dassault.

Un dessin signé Loup sur les limites subtiles du dessin de presse… (source © The Conversation)

Curieusement, aucun de ces grands patrons tous milliardaires et grands philanthropes, défenseurs invétérés de la sacro-sainte liberté d’informer, n’est venu au secours du petit mensuel provençal satirique le Ravi qui vient de rendre l’âme et de jeter l’éponge après 18 ans de combat homérique pour tenter de faire entendre sa voix quelque peu gouailleuse d’une « presse pas pareille ». Lancé en 2003 par l’association marseillaise La Tchatche, ce journal était publié en kiosque tous les premiers vendredis du mois. Mais le n°208 daté de juillet-août 2022 sera donc le dernier de la liste, suivi néanmoins par un « numéro très spécial » publié post mortem sur le site du Ravi, encore accessible.

Couverture du numéro (très) spécial du Ravi, publié post mortem sur son site (source © le Ravi)

Il est vrai que ce dernier exemplaire du Ravi vendu en kiosque cet été contenait, outre une attaque frontale contre les fachos du RN, un portrait au vitriol de Rodolphe Saadé, le patron de la CMA CGM et, donc, désormais de La Provence, en train de se lâcher contre un autre grand prédateur, Michel-Edouard Leclerc, qui avait osé attaquer le transporteur maritime en l’accusant de profiter de la situation pour gonfler ses marges et encaisser des bénéfices mirobolant… Un dialogue savoureux et quelque peu viril, imaginaire bien entendu, mais qui donne bien le ton des journalistes du Ravi, jamais avares en bons mots et fins observateurs des petits travers du microcosme politico-économique régional.

Exemple de « contrôle technique de la démocratie » à Aix-en-Provence le 24 septembre 2021 : une caricature de Sophie Joissains signée Trax (source © le Ravi)

C’est d’ailleurs ce qui faisait le sel de ce média pas comme les autres qui sortait, mois après mois, ses enquêtes d’investigation sur les sujets qui fâchent, mais aussi ses portraits acides de personnalités « en surmoi médiatique » qui ont tellement pris la grosse tête qu’elles s’exposent à un rappel peu amène de certaines de leurs déclarations publiques à l’emporte-pièce. Sa rubrique mensuelle intitulée « contrôle technique de la démocratie » était un vrai bijou d’observation des mœurs locales de la démocratie au quotidien, observée en direct par un journaliste assistant incognito à un conseil municipal et relatant avec talent et humour le jeu de rôle des élus locaux jamais avares de postures et sans cesse rattrapés par leur vanité personnelle et leur ego surdimensionné.

Un dessin signé Yakana, à l’occasion de la disparition du Ravi (source © le Ravi)

Et pourtant, le journal se portait plutôt bien avec ses ventes en hausse, son site internet performant et très fréquenté, ses actions éducatives bien suivies et son taux d’autofinancement remarquable de 80 %. Mais ce n’était pas suffisant pour faire vivre durablement la petite équipe de journalistes particulièrement investie qui se dévouait corps et âmes pour ce projet atypique. Faute de subvention publique et malgré les nombreux soutiens populaires régulièrement sollicités, le journal, comme d’ailleurs toute la presse écrite, avait bien du mal à trouver son équilibre financier. Or en 2021, le Conseil départemental de Martine Vassal comme le Conseil régional de Renaud Muselier, ont brusquement fermé le robinet des subventions à ce journal satirique un peu trop critique à leur égard. La Ville de Marseille a bien tenté de lui venir en aide en votant in extremis une subvention à son bénéfice en juin dernier mais le journal a donc déposé le bilan avant même d’avoir pu en voir la couleur…

La Ravilution de juin 2022, vue par Na ! : en 3 mois, les donateurs se sont mobilisés pour recueillir 63.000 euros de dons et tenter de sauver le journal, en vain (source © le Ravi)

Malgré le tragique de la situation, l’équipe du Ravi a gardé son sens de l’humour et sa page d’adieu et de remerciement à tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure vaut la lecture ! Petit extrait : « C’est donc la fin d’une histoire débutée en 2003 ! Pour les six salariés de la Tchatche, aucun problème : comme pour tous les chômeurs, il leur suffira de traverser la rue afin de trouver un travail. Pour l’offre médiatique régionale, déjà étriquée, c’est ballot : elle s’appauvrit encore un peu plus avec la disparition d’un des très rares journaux mêlant enquête et satire en France… ».

A l’occasion de la disparition du Ravi, les (fausses) condoléances des personnalités locales, ici le sénateur RN Stéphane Ravier… (source © le Ravi)

Quant aux personnalités locales, l’équipe du Ravi anticipe avec autant de perspicacité que d’ironie les larmes de crocodile qu’ils ne manqueront pas de verser sur la disparition de ce média indépendant qui leur a si souvent fait grincer les dents et lever les bras au ciel, un peu comme le fameux ravi de la crèche, auquel le journal en question tire son nom, l’air toujours un peu ahuri et naïf mais sans jamais baisser les bras, jusqu’à ce jour du moins… Un grand remerciement en tout cas à cette équipe de journalistes passionnés qui a œuvré avec autant de conviction, et souvent un brin de provocation, pour faire vivre cette démocratie locale si précieuse.

L. V.

Sécheresse et canicule : mieux vaut en rire…

25 août 2022

L’été 2022, tout comme celui de 2018 dernièrement, restera dans les annales pour ces périodes successives de canicule, ces incendies de forêts spectaculaires, y compris dans des régions de l’hexagone habituellement épargnées, ces fontes de glaciers et ces inondations brutales, de quoi convaincre les derniers sceptiques que les effets du changement climatique ne sont pas seulement une chimère de scientifique en mal de notoriété. Et encore, l’été est loin d’être terminé…

Canicule et sécheresse auront en tout cas bien alimenté nos médias ces derniers mois, et abondamment inspiré les dessinateurs de presse talentueux qui ont l’art de mettre en perspective les événements les plus dramatiques, partant du principe qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer : petit florilège…

L. V.

Canicule : une opportunité pour les affaires… Un dessin signé Ganaga (source © Blagues et dessins)
Sécheresse : le drame des agriculteurs… Un dessin signé Kavar (source © Pinterest)
Un été marqué par la canicule et des feux de forêts sur tout le territoire : un dessin signé Bauer (source © Le Progrès)
Et pendant ce temps, les glaciers alpins continuent à fondre… Un dessin signé Pitch (source © Twitter)
Attention aux personnes vulnérables : humour noir signé Chimulus (source © Urtikan)
Même l’actualité judiciaire est suspendue à la météorologie… Un dessin signe Alex (source © L’Union)
Les médias n’en font-ils pas un peu trop parfois ? Un dessin signé Tesson
Heureusement, le Chef de l’État est particulièrement investi… Un dessin signé Man (source © Fidjie Fidjie)
Le bon côté de la canicule, en attendant pire… Un dessin de Patrick Chapatte

Sempé, for ever…

14 août 2022

Le dessinateur humoristique et poète, Jean-Jacques Sempé, nous a quitté ce jeudi 11 août 2022, décédé paisiblement à près de 90 ans, dans sa résidence de vacances à Draguignan, dans le Var, selon un communiqué de son épouse. Une fin de vie banale pour un homme dont tous ceux qui l’ont approché retiennent la grande gentillesse et l’humanité simple. Porté ni sur l’actualité ni sur la politique, il a pourtant réussi l’exploit de dessiner pas moins de 113 fois la couverture du prestigieux magazine américain The New-Yorker, avec lequel il a collaboré pendant 40 ans à partir de 1978, et il restera sans doute comme l’un des dessinateurs français les plus illustres dont tout le monde connaît les dessins et leur style inimitable.

Le dessinateur Jean-Jacques Sempé à sa table de travail à Montparnasse, en 2019 (photo © LP / Arnaud Dumontier / Connaissance des arts)

Il était pourtant bien mal parti dans la vie. Enfant né hors mariage en 1932, à Pessac, il subit durant toute son enfance les terribles scènes de ménage de ses parents et se réfugie dès l’âge de 12 ans dans le dessin humoristique avant de quitter l’école à 14 ans pour son premier métier de livreur à bicyclette, à une période où la profession était bien représentée avant une longue éclipse. En 1954, il rencontre René Goscinny dans une agende de presse belge où il dépose régulièrement ses dessins pour un hebdomadaire intitulé Le Moustique. C’est le début d’une longue amitié qui débouche rapidement sur les premiers scénarios du Petit Nicolas, publié dans Pilote à partir de 1959, en même temps que les premières aventures d’Astérix.

Un album du Petit Nicolas réédité par IMAV éditions

C’est en voyant une publicité du célèbre caviste Nicolas que Sempé a eu l’idée de nommer ainsi son petit écolier turbulent des années 1950, tandis que Goscinny invente pour sa bande de copains les noms les plus extravagants, Rufus, Alceste ou Clotaire. Un univers de cours de récréation qui connaîtra en tout cas un succès immense et durable, publié à partir de 1960 et réédité depuis 2004 par Anne Goscinny, la propre fille de René, elle-même éditrice. Un succès que Sempé expliquait à sa façon : «  Le Petit Nicolas est indémodable car lorsque nous l’avons créé il était déjà démodé » : bien vu en effet !

A partir de 1965, Sempé collabore régulièrement avec l’Express où paraissent ses dessins toujours très fouillis dans lesquels se perdent ses personnages, parfois ridicules et pétris de convenance et de vanité, mais souvent profondément sincères sous le regard du dessinateur qu’on devine aussi espiègle que bienveillant. Des dessins plein de poésie et totalement intemporels, généralement en décalage complet avec l’actualité, centrés sur le comportement et les rapports humains plus que sur l’écume des modes et des événements.

Un dessin de Sempé à la une du New-Yorker (source © The Huffington post)

Il dessine également pour le Figaro et le Nouvel Observateur, puis Télérama à partir de 1980, tout en développant son activité pour le New Yorker qui lui assure une notoriété internationale. Les aventures du Petit Nicolas ont d’ailleurs été traduits dans une quarantaine de pays et ses autres publications de dessins d’humour dans une bonne vingtaine. Les cinq premiers volumes du Petit Nicolas, publiés entre 1960 et 1964, se sont d’ailleurs vendus au total à 15 millions d’exemplaires !

Ses dessins de cyclistes, de musiciens d’orchestre, de richissimes hommes d’affaires blasés ou de belles désœuvrées en villégiature à Saint-Tropez, resteront gravés dans les mémoires de chacun : on y reconnaît du premier coup d’œil sa patte tout en rondeur et son style inimitable, plein de poésie.

Connaisseur de vin, un dessin de Jean-Jacques Sempé, à admirer parmi bien d’autres sur le site de sa galeriste et épouse, Martine Gossieaux

Son dernier dessin est à lui seul est représentatif de l’artiste. Publié la semaine dernière dans Paris Match, quelques jours seulement avant son décès, on y voit une muse perdue dans un immense paysage pittoresque et verdoyant bien que dessiné en noir et blanc, comme souvent chez Sempé. Elle s’adresse à celui qui s’efforce de peindre la scène sur son chevalet, consciente sans doute que face à une telle beauté du paysage naturel qui l’entoure elle risque de paraître bien insignifiante : « Pense à ne pas oublier ».

Le dernier dessin de Jean-Jacques Sempé, publié dans Paris-Match du 4 au 10 août 2022 (source © Paris Match / Twitter)

Mais il n’y a aucun risque qu’on oublie le dessinateur qu’était Sempé avec ses dessins qui ne seront jamais démodés tant ils reflètent la complexité de l’âme humaine et ses petits travers intemporels, les petites joies du quotidien et les grandes émotions de toujours. A croire que son nom qui rappelle furieusement le semper latin, qui désigne justement ce mot de toujours, alors qu’il traduit simplement son origine basque, était prémonitoire pour ce dessinateur poétique et élégant de l’intemporel…

L. V.

Le Maire et le Pharaon…

10 juillet 2022

Nous n’avons pu assister à l’inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, en raison d’un engagement de longue date, la visite de l’exposition « Pharaons Superstars » au MUCEM. Magnifique matinée au cœur d’une exposition remarquable : 5000 ans d’Histoire et 300 pièces issues des plus grandes collections françaises et européennes. Comme le rappelle le musée, les Pharaons « peuvent servir de parabole pour illustrer la nature et les voies de la célébrité, rappelant que la renommée est éphémère, versatile et n’a pas toujours à voir avec le mérite historique. »

L’exposition Pharaons superstars au MUCEM (source © Facebook)

Rien à voir avec Carnoux donc… Sauf que des esprits apparemment mal intentionnés ont voulu nous indiquer que, ce matin-là, le télescopage de l’inauguration et notre visite n’était certainement pas fortuit, sous entendant le côté surdimensionné, voire pharaonique de la réalisation municipale.

Les degrés de la pyramide conduisant au parvis majestueux de l’hôtel de ville de Carnoux (source © Facebook)

Ceci nous semble tout à fait injustifié. Une commune a le devoir de disposer d’une mairie fonctionnelle à la hauteur des besoins locaux. Ce n’est pas parce que la commune a vu transférer la plupart de ses prérogatives administratives et politiques à la métropole que le bâtiment municipal doit être riquiqui. Ce n’est pas parce que les communes avoisinantes de même importance ont de petites mairies que l’on doit afficher la même modestie. Cassis, Roquefort-la-Bédoule ou Roquevaire n’ont ni la même histoire, ni le même rayonnement que Carnoux. Et évidemment, ce n’est pas parce que leurs élus n’ont pas la même ambition que nous devrions suivre le même sillon.

Un extrait de La Provence du dimanche 3 juillet 2022

Les mauvais coucheurs raillent ainsi la superficie de l’ édifice (1400 m2) à leurs yeux inhabituelle pour une commune de 6500 habitants. S’appuyant sur des calculs débiles, ils font remarquer que cela correspondrait, pour la population de Marseille, à une surface de près de 200 000 m2, c’est-à-dire une mairie équivalente à 12 fois le MUCEM, 8 fois le centre Bourse, 2 fois l’hôtel du département à Saint-Just qui est déjà un symbole évident de grandeur. Effectivement, une mairie de cette taille ferait certainement jaser. Mais Marseille est Marseille et Carnoux est Carnoux et on ne peut comparer des pommes et des fraises des bois.

Le Maire de Carnoux, à droite,, lors de l’inauguration de l’hôtel de ville, le 2 juillet 2022, avec Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal (photo © CPC)

Une autre critique concerne le coût du projet. Elle est tout aussi absurde. Oui, plus de 5 000 € le mètre carré. Mais, même s’il faut rajouter 50 % pour les espaces extérieurs, ce n’est quand-même pas la mer à boire ! Cela fait guère plus que 2 fois le coût du mètre carré du dernier collège construit par le Département à Lançon… Mais ce n’est pas comparable. Oui, ils se sont payé là-bas un architecte internationalement connu, Rudy Ricciotti, mais rien ne prouve que ce collège soit aussi fonctionnel et agréable que l’hôtel de ville de Carnoux. Tout ceci n’est que chicane.

Nous sommes d’accord. On ne peut comparer les coûts de construction des monuments de l’Égypte ancienne avec ceux de l’hôtel de ville de Carnoux. Une pyramide n’a rien à voir avec un cube. Et puis, l’espace de vie et de travail quotidien des habitants évolue vite et il faudra aussi mieux le prendre en compte à l’avenir, non ? Afin de réduire les dépenses injustifiées, nous devrons mutualiser, voire fusionner nos communes. Le nouveau bâtiment pourrait alors devenir le centre administratif de ce nouvel espace… C’est alors, et alors seulement, que nous mesurerons à sa juste valeur l’esprit visionnaire de notre maire.

Marianne et Ramsès

Cet article a été publié le 3 juillet 2022 sur le site Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

Et si Macron avait été gilet jaune ?

9 avril 2022

Distordre la réalité pour inventer des parcours insolites à ceux qui se présentent, dimanche 10 avril 2022, au premier tour des élections présidentielles, voilà l’obsession d’un jeune artiste de rue, adepte du collage et du pochoir, qui se fait appeler Jaëraymie. « Distorsion », tel est le nom qu’il a donné à cette série d’œuvres dont il recouvre depuis le 18 février 2022 les murs de plusieurs villes, un peu partout en France.

Une démarche qu’il a initiée il y a 18 mois déjà et qui est donc l’aboutissement d’une longue réflexion avec des œuvres originales réalisées à la peinture à l’huile et à l’acrylique, dont il fait ensuite des collages sur les murs, en les assortissant d’un texte qui évoque, pour chacun des personnages ainsi mis en scène, un parcours très différent de celui qui les conduit aujourd’hui à se présenter au suffrage des Français.

Portrait d’Emmanuel Macron par Jaëraymie collé le 18 février à Amiens (source © Instagram / France TV Info)

Le premier de ces collage, qui a beaucoup fait jaser et qui a suscité moult réactions plus ou moins hostiles, au point que la toile originale, collée le 18 février 2022 sur un mur de l’ancienne vinaigrerie de la friche Benoît, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens, a été recouverte à de multiples reprises et vandalisée. Mais l’original est visible sur Instagram où l’artiste s’explique sur ce portrait du Chef de l’État, Emmanuel Macron, affublé d’un gilet jaune et d’un impressionnant coquard à l’œil.

Car l’artiste a imaginé pour le jeune Macron, originaire justement d’Amiens, un parcours de vie quelque peu différent. « Et si Emmanuel Macron avait raté l’ENS et était revenu à Amiens chez ses parents ? » s’interroge en effet Jaëraymie. Une éventualité qui implique de fait un changement de vie radical. « Des années plus tard on le retrouve comme militant Gilet jaune qui manifeste sur les Champs Élysées », imagine ainsi l’artiste, d’où cet impact malencontreux de LBD 40 qui a laissé au jeune militant déterminé un magnifique œil au beurre noir et l’éloigne définitivement de son parcours d’homme politique en marche…

Portrait de François Hollande par Jaëraymie collé le 25 février à Tulle (source © Instagram)

Un autre ancien Président de la République s’est aussi fait tiré le portrait par Jaëraymie qui a affiché son œuvre le 25 février sur un mur de Tulle, rue d’Alverge, sur les rives de la Corrèze. Il s’agit bien sûr de François Hollande, quelque peu méconnaissable avec son marcel défraîchi et ses nombreuses dents manquantes. Un « sans-dents » né dans la pauvreté et qui bien évidemment n’aurait jamais eu la moindre chance de se présenter à l’élection présidentielle, dans la version dystopique imaginée par le street artiste.

Citons aussi Marine Le Pen dont tous les sondages prédisent la présence au second tour face à Emmanuel Macron justement, comme un mauvais remake de 2017. Son portrait qui trône depuis le 25 mars 2022 sur le mur d’un ancien poste de secours sur la plage entre Sangatte et Calais, ne manquerait certainement pas de surprendre ses militants les plus fidèles. L’artiste de rue lui a en effet imaginé un destin alternatif bien différent de celui qui la conduit à se présenter une nouvelle fois à l’élection présidentielle.

Portrait de Marine Le Pen par Jaëraymie collé le 25 mars à Sangatte (source © Instagram)

Imaginons en effet que cette avocate de profession se soit prise de passion pour la défense du droit des migrants, qu’elle se soit installée à Calais au plus près des associations qui les accompagnent, qu’elle se soit convertie à l’Islam et qu’elle porte le voile ? Voilà qui n’a rien d’impensable mais cela aurait quand même quelque peu changé la donne…

Une affiche électorale imaginée par Jaëraymie pour Eric Zemmour (source © Instagram)

Quant à Eric Zemmour, l’artiste l’affuble d’un magnifique boubou brodé et d’une barbe très islamique également, tout en lui imaginant un programme électoral bien différent pour son parti intitulé Notre France : droit de vote à toutes personnes sur le territoire national depuis plus de 18 mois, instauration de l’inéligibilité à vie pour les personnes condamnés pour incitation à la haine, reconnaissance des crimes commis lors de la colonisation, instauration de repas casher, halal et végétarien dans toutes les cantines sur demande, etc. Des propositions quasi calquées sur celles du candidats, à quelques détails près…

Pas sûr que les électeurs se laissent séduire par ces tranches de vie alternatives imaginées par le jeune artiste et n’aillent comme lui se laisser aller à croire en une Valérie Pécresse militante LBGT. Le premier tour des élections présidentielles aurait pourtant une toute autre allure avec de telles distorsions…

L. V.

Poisson d’avril : Martine Vassal porte plainte !

5 avril 2022

Décidément, la présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal, n’a aucun sens de l’humour… Il faut dire que les temps sont durs pour celle à qui tout souriait il y a peu, qui se voyait déjà dans le fauteuil de Maire de Marseille et qui en est réduite à demander l’asile politique à Emmanuel Macron, après s’être retrouvée empêtrée dans le désastre d’une métropole en lambeaux.

Voilà qu’elle vient maintenant de se fâcher tout rouge parce qu’un petit plaisantin a eu l’idée saugrenue d’annoncer sur les réseaux sociaux la gratuité des transports en commun sur l’ensemble de la Métropole à compter du 1er septembre 2022. Postée le 1er avril 2022 sur Twitter par le mouvement citoyen pour l’environnement Action Non Violente – COP 21, l’annonce était bien évidemment un poisson d’avril. Mais il n’a pas du tout fait rire Martine Vassal, d’autant que l’annonce, qui reprenait à s’y méprendre la charte graphique de la Métropole, a fait le buzz et a été consultée plus de 15 000 fois dans la journée.

Faux-communiqué publié le 1er avril 2022 par l’ANV-COP 21 (source © Marsactu)

Il faut dire que la promesse était crédible dans un territoire qui a été l’un des premiers en France à mettre en œuvre la gratuité des transports en commun et ceci dès 2009 sur le périmètre de l’ancien Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Une mesure toujours en vigueur et qui fait le bonheur des Aubagnais dont la fréquentation des transports en commun a triplé depuis, et qui s’apprêtent désormais à accueillir le vieux serpent de mer qu’est la future liaison Val’Tram dont la Métropole vante justement le projet sur tous les abribus de la ville…

Information (véritable) de la Métropole concernant le projet de Val’Tram (source © Twitter / AMP)

Seulement voilà, Martine Vassal qui inonde tout le territoire métropolitain de sa propagande incessante n’apprécie pas vraiment que d’autres s’expriment à sa place, surtout pour des promesses aussi populaires, elle qui ne rechigne pourtant pas à promettre la lune à ses concitoyens, du moins en période électorale. La Métropole s’est donc immédiatement fendue d’un communiqué de presse dénonçant vigoureusement ce poisson d’avril qu’elle qualifie de « fake news », Martine Vassal annonçant carrément sa volonté de porter plainte contre cette initiative qu’elle considère comme un véritable crime de lèse majesté.

Face à cette facétie plutôt bon enfant, on reste pantois devant les termes employés par la Présidente de la Métropole qui considère que « ces militants de la cause environnementale ont, à dessein, détourné le logo de l’institution, sa charte graphique, et usurpé l’identité de sa présidente, pour lui faire tenir des propos totalement fictifs et mensongers ». Il faut dire en effet que le message diffusé était assorti d’un commentaire faussement attribué à Martine Vassal qui se réjouissait de cette « mesure importante pour le pouvoir d’achat sur notre territoire ». Des propos mensongers donc, que bien évidemment jamais Martine Vassal n’aurait pu prononcer : dont acte.

Réaction imaginaire de Martine Vassal selon l’ANV-COP 21 (source © Actu)

On reste néanmoins interloqué par la véhémence du communiqué de presse de la Métropole, affirmant qu’« il s’agit, de fait, d’un document qui tombe sous le coup de la loi contre la manipulation de l’information de décembre 2018 » et qui « manifeste une volonté de déstabilisation politique flagrante dans un contexte de campagne électorale, à une semaine du premier tour de la présidentielle », rien de moins !

On ne savait pas Martine Vassal engagée à ce point dans la campagne présidentielle en cours, elle qui avait refusé son parrainage aux multiples prétendants, et on a du mal à imaginer en quoi ce poisson d’avril ironique serait de nature à rebattre les cartes politiques nationales. En revanche, on s’étonne que Martine Vassal n’ait pas fait le lien entre ce communiqué iconoclaste et une tentative de déstabilisation en provenance directe du Kremlin dans le contexte de bras de fer international dont la population ukrainienne fait les frais.

De fait, elle s’inquiète plutôt du modèle économique qui se profilerait derrière cette velléité de gratuité des transports publics. Selon elle en effet, « instaurer la gratuité des transports en commun sur l’ensemble des 92 communes du territoire métropolitain est tout simplement intenable d’un point de vue budgétaire pour l’institution. Cela représenterait un montant d’au moins 200 millions d’euros par an ». Un argument que l’association citoyenne ANV-COP 21 réfute, arguant de l’impact très positif de cette mesure sur le secteur d’Aubagne et estimant que cette réaction démesurée de la Métropole cache mal sa fébrilité sur ce sujet majeur de la mobilité métropolitaine pour laquelle « c’est une action d’ensemble qui est attendue sur tous les aspects de la mobilité en améliorant le maillage du territoire en lignes de transports en commun, en augmentant la fréquence et la fiabilité des lignes, et en développant de véritables infrastructures pour favoriser l’usage quotidien des modes actifs ».

Un débat de fond donc entre deux conceptions assez divergentes et qui mérite sans doute mieux que cette réaction outrée et cette menace de plainte de la part d’une Martine Vassal aux abois. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’une fois la colère retombée, cette dernière se rende compte qu’elle risque de se ridiculiser en poursuivant ainsi ce mouvement citoyen devant les tribunaux pour un simple poisson d’avril quelque peu impertinent. Même si l’association a incontestablement poussé le bouchon un peu loin, au risque de noyer le poisson et de pêcher par imprudence, un recours judiciaire de la Métropole risque de faire flop et de se finir en queue de poisson…

L. V.

Attention, passage de canards…

29 mars 2022

A l’heure où les habitants de Marioupol se terrent dans leurs habitations pour se protéger des bombardements de l’aviation russe, d’autres s’inquiètent plus prosaïquement de la sécurité de leurs canards qui risquent la mort en traversant la route nationale… L’enjeu peut paraître dérisoire, sauf bien sûr pour cet agriculteur dont la ferme se trouve juste à face de la mare aux canards de Loueuse, une petite commune de l’Oise, située au nord-ouest de Beauvais. Car la route principale qui traverse ce petit village de 150 habitants se situe précisément entre l’entrée de la ferme et la mare en question où les palmipèdes adorent venir prendre un petit bain digestif.

De la mare aux canards à la ferme, il n’y a que la route à traverser… (photo © Bastien Roques / Radio France)

Bien évidemment, ces multiples allers-retours ne sont pas sans dangers et la traversée de la route est périlleuse pour ces canards distraient qui se dandinent en secouant leurs plumes pour regagner leurs pénates sans trop se préoccuper des camions qui défilent à toute allure à travers ce petit bourg rural tranquille. Excédé par ces accidents en série où les pauvres canards ont rarement le dessus, le maire,de Loueuse, Pierre des Courtils, élu sans étiquette mais non sans idées, a décidé qu’on ne pouvait plus continuer ainsi à faire le canard et qu’il fallait prendre le taureau par les cornes.

Profitant du temps libre offert par la période de confinement pour cause de pandémie de Covid, la municipalité de Loueuse a donc décidé de créer un passage clouté pour protéger les canards des automobilistes inconscients. Une des élues a confectionné des pochoirs en forme de pattes de canard et ce sont les enfants du village qui ont été mis à contribution pour dessiner à la bombe de peinture blanche les empreintes de palmipèdes selon deux files parallèles qui leur permettent en principe et sous réserve qu’ils traversent bien dans les clous, de rejoindre la mare sans se faire écrabouiller au passage.

Traverser dans les clous, un apprentissage difficile pour les canards de Loueuse (photo © Bastien Roques / Radio France)

Un habitant du village a même dessiné un panneau spécial, pas vraiment homologué, mais qui a le mérite de prévenir les automobilistes distraits de la traversée probable de canards dans les clous, ou pas trop loin.

Un panneau de signalisation pas (encore ?) homologué par la Sécurité routière mais efficace (photo © Bastien Roques / Radio France)

Dans un autre village de l’Oise, à Villotran, qui s’étend de part et d’autre d’une route départementale particulièrement fréquentée, le maire avait déjà eu l’idée en 2013 de repeupler les mares à canards encore présentes de part et d’autre de la Grand’Rue, histoire d’inciter les automobilistes à lever le pied pour ne pas faire trop de dégâts parmi les volatiles qui s’ébattaient joyeusement sur la chaussée au péril de leur vie. Une initiative qui avait suscité des protestations virulentes de la part des associations locales de défense de la cause animale, jugeant que les canards n’avaient pas à être ainsi exposés en jouant involontairement le rôle de ralentisseurs. De fait, quelques pertes avaient été enregistrées parmi ces pauvres canards quelques peu indisciplinés et ceci malgré la présence d’un panneau avertisseur. Le maire avait juste oublié de prévoir un passage clouté ad hoc…

A Loueuse en tout cas, cette initiative porte ses fruits car il semblerait que les accidents graves de canards finissant sous les roues d’un camion trop pressé soient devenus moins fréquents depuis. L’affaire, même si elle ne casse pas trois pattes à un canard, a en tout cas beaucoup fait parler de ce petit bourg rural de Picardie et attire la curiosité de nombreux automobilistes qui du coup ralentissent pour bien repérer le panneau insolite et ce passage protégé peu usuel.

Un bon point donc pour la sécurité routière des canards de Loueuse, mais aussi pour celle des autres habitants pour qui la traversée de la route n’est pas sans danger non plus…

L. V.

L’évaluation évolue…

25 janvier 2022

C’est l’histoire de deux hommes, tous les deux prénommés François et qui habitent dans le même village. L’un est chauffeur de taxi et l’autre est le curé de la paroisse.

Le hasard voulut qu’ils meurent tous les deux le même jour. Ils se retrouvent donc ensemble à la porte du paradis et se présentent devant le Seigneur. Celui-ci dit accueille François, le chauffeur de taxi, et lui dit : « Entre, mon fils, tu as mérité ta place au Paradis. Voici ta tunique brodée d’or et ton bâton de platine ».

Arrive ensuite François le prêtre. Le Seigneur consulte ses registres et lui dit : « viens, mon fils, tu peux entrer. Voici ta tunique de lin et ton bâton de chêne ». Le prêtre est un peu surpris et se dit qu’il doit y avoir une confusion. Alors il se lance : « Écoutez, Seigneur, je ne voudrais pas dire du mal de mon prochain, mais quand même… François, je le connais bien, vous savez, on est du même village. C’était un homme violent. Il n’était pas croyant et il était toujours bourré. Il conduisait comme un dingue et il avait sans arrêt des accidents. Et pourtant, vous lui donnez la tunique brodée d’or et le bâton de platine…

(source © France Bleu)

Et moi, moi qui ait célébré la messe tous les dimanches, moi qui me suis efforcé de propager la foi chrétienne et qui suis toujours resté dans le droit chemin, moi, vous me donnez la tunique de lin et le bâton de chêne… Ce n’est pas possible, il doit y avoir une erreur… »

Alors, Dieu consulte de nouveau ses registres et lui dit : « Non, mon fils, il n’y a pas d’erreur. C’est simplement que nous avons changé notre mode d’évaluation. Chaque fois que tu servais la messe, le dimanche, tout le monde s’endormait. Chaque fois qu’il conduisait comme un fou, tout le monde priait avec ferveur… Cela s’appelle la méthode d’évaluation par indicateurs quantitatifs de performance ».

Les indicateurs de performance : l’alpha et l’oméga des nouveaux canons de l’évaluation… (source © Business Economics Performance)

Bien sûr, l’histoire est éculée mais la méthode d’évaluation, elle, est en vogue dans certains milieux professionnels, pour évaluer la performance individuelle des salariés. Partant du principe que « tout ce qui peut être mesuré peut être amélioré », comme l’avait déjà formulé le consultant américain d’origine autrichienne, Peter Drucker, devenu professeur de management, ces fameux indicateurs quantifiés sont un outil idéal pour pressurer les travailleurs sur la base d’indicateurs qui présentent toutes les apparences de la plus totale objectivité puisqu’ils sont aisément quantifiables et vérifiables. Le stakhanovisme fonctionnait déjà sur les mêmes bases dans l’URSS stalinienne de 1935, en mettant en avant la productivité des travailleurs modèles, quitte à enjoliver un peu l’affaire par un zeste de propagande…

Alekseï Stakhanov, le mineur russe à hautes performances, glorifié par le régime stalinien dans les années 1930 (source © Histoire)

Toujours est-il que si vous avez vaguement le sentiment de vous faire profondément entuber par votre chef, à l’occasion de votre prochain entretien annuel d’évaluation, vous pourrez repenser à l’histoire des deux François : à défaut de convaincre votre supérieur de la nécessité de vous augmenter, cela vous permettra au moins de vous détendre durant l’entretien. C’est toujours ça de gagné…

L. V.

2021 est finie : place à 2022 !

1 janvier 2022

Qui l’eut cru ? Apparu en 2019 dans la lointaine province chinoise du Hunan, le coronavirus à l’origine de l’épidémie de Covid-19 est toujours présent et bien implanté alors que l’on vient de tourner la page de l’année 2021 pour entrer en 2022. Variant après variant, et malgré le développement de plusieurs vaccins dans des délais records, malgré des mesures de confinement que l’on n’aurait jamais cru possibles dans nos démocraties assoiffées de liberté individuelle, malgré un effort de vaccination sans précédent à l’échelle mondiale, le virus s’accroche et continue à nous pourrir la vie…

Heureusement, quand tout va mal, il reste l’humour et la dérision que les dessinateurs de presse savent manier avec un talent toujours renouvelé, de quoi nous faire échapper, le temps d’un regard, à un quotidien parfois morose et bien déprimant. Profitons donc de leur coup de crayon plein d’empathie et parfois d’ironie mordante pour sourire une dernière fois de ces quelques événements, petits ou grands, qui ont fait un peu de notre actualité durant cette année 2021 qui vient de se refermer.

Les contributeurs de ce blog collectif vous souhaitent, pour cette nouvelle année 2022 qui débute, une bonne santé sans (trop de) coronavirus, même si l’on commence à s’attacher à ces petites bêtes, et surtout une grosse dose de bonne humeur, de bienveillance et d’esprit critique, jamais inutile pour prendre un peu de hauteur face à une actualité parfois excessivement anxiogène. N’hésitez-pas à venir régulièrement jeter un coup d’oeil à nos articles, pour partager ensemble petits potins, réflexions de fond, coups de coeur et actualité locale… et bonne année 2022 à tous !

Janvier 2021 :

L’année commence bien : le 16 janvier, le gouvernement décrète le couvre feu généralisé à partir de 18h sur tout le territoire, par extension des mesures qui avaient déjà instauré le couvre feu à partir de 20h avant de le faire passer à 18h dans 25 départements jugés prioritaires. La levée de cette mesure de restriction des déplacements sera progressive mais il faudra attendre le 20 juin pour que le couvre feu encore fixé à 23h soit finalement supprimé.

Un dessin d’actualité signé Zaïtchick (source © Blagues et dessins)

Février 2021 :

Le 18 février 2021, le robot mobile Perseverance, développé par la NASA, se pose à la surface de la planète Mars, dans le cratère d’impact Jezero, lequel a abrité, il y a plusieurs millions d’années un lac permanent. L’objectif de la mission est de rechercher des traces de vie en procédant à des carottages de sol et à des analyses par spectrométrie de masse, durant son parcours qui est prévu pour durer 2 ans. Les échantillons prélevés sont déposés le long du trajet en vue de pouvoir être rapatriés un jour sur Terre, probablement pas avant 2031, mais aucun Martien n’a été rencontré à ce jour par le robot…

Un dessin signé Ysope

Mars 2021 :

Lundi 1er mars 2021, l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, est condamné à 3 ans de prison dont 1 an ferme, pour corruption et trafic d’influence, dans l’affaire des écoutes téléphoniques, datant de 2014. A l’époque il échangeait par téléphone et sous le nom d’emprunt de Paul Bismuth, avec son avocat sur ses propositions de corruption d’un magistrat de la Cour de cassation, espérant ainsi accéder à des informations confidentielles sur son dossier suite à l’affaire Bettencourt. Des conversations qui avaient été interceptées et enregistrées par les enquêteurs…

Un dessin d’actualité signé Deligne (source © Blog Bernard Lusset)

Avril 2021 :

C’est paradoxal : alors que le Premier ministre, Jean Castex, annonce fin avril la levée de certaines mesures de confinement pour le mois de mai, une groupe de 4 astronautes, dont le Français Thomas Pasquet, protégés de pied en cap par une combinaison intégrale, embarque à destination de la station spatiale internationale pour aller se confiner dans l’espace, à des milliers de kilomètres de leur domicile. Un paradoxe qui n’a pas échappé au facétieux Emmanuel Chaunu…

Un dessin d’actualité signé Chaunu (source © Ouest France)

Mai 2021 :

Dimanche 23 mai, un avion de ligne de la compagnie aérienne Ryanair, reliant les villes d’Athènes et de Vilnius, est détourné par un avion de chasse vers Minsk, capitale de la Biélorussie, sous prétexte d’une alerte à la bombe. A son bord, le journaliste biélorusse Roman Protassevitch, opposant du régime d’Alexandre Loukachenko est aussitôt arrêté et emprisonné. Malgré les protestations européennes, la Russie de Vladimir Poutine soutient ouvertement cet acte de piraterie aérienne, elle qui est accusée d’avoir abattu, le 7 juillet 2014, un Boeing 777 assurant le vol MH17 de la Malaysia airlines entre Amsterdam et Kuala Lumpur, ne laissant aucun survivant parmi les 283 passagers et les 15 membres de l’équipage. Le survol du Donetz, cette région d’Ukraine en proie à un conflit séparatiste attisé par l’armée russe, n’était pourtant pas interdite aux avions civils…

Un dessin du Néerlandais Joep Bertrams publié dans Le Monde (source © Cartooning for Peace)

Juin 2021 :

A l’occasion des élections départementales et régionales, pourtant regroupées en même temps les 20 et 27 juin 2021, le taux d’abstention enregistre de nouveaux records ! Sur les 48 millions d’électeurs appelés aux urnes, un tiers seulement s’est déplacé pour aller voter : 33,27 % au premier tour et 34,58 % au second tour. En dehors de la Corse, le taux d’abstention a dépassé les 60 % dans toutes les régions françaises : du jamais vu !

Un dessin d’actualité signé Ganaga (source © Blagues et dessins)

Juillet 2021 :

Prévus initialement en 2020 mais reportés pour cause de pandémie mondiale, les Jeux olympiques de Tokyo s’ouvrent finalement le 23 juillet 2021. La situation sanitaire ne s’étant pas vraiment améliorée, les autorités olympiques prennent finalement la décision de ne pas ouvrir les tribunes aux spectateurs et les épreuves se déroulent pour l’essentiel à huis clos dans des stades vides, y compris pour la cérémonie d’arrivée de la flamme olympique : une décision inédite et guère de nature à encourager l’esprit olympique de concorde et de communion sportive…

Un dessin d’actualité signé Oli (source © Les humeurs d’Oli)

Août 2021 :

Dimanche 15 août 2021, les Talibans arrivent aux portes de Kaboul à l’issue d’une offensive éclair qui leur a permis de reprendre en une dizaine de jours seulement quasiment toutes les grandes villes d’Afghanistan, profitant du retrait des troupes américaines après 20 ans de présence militaire. Le dernier avion militaire américain quittera le sol afghan le 30 août seulement mais c’est le début, pour une partie de la population afghane, d’une période particulièrement éprouvante, surtout pour tous ceux qui comptaient sur l’aide occidentale pour faire évoluer leur pays vers un climat social plus ouvert et plus libéral.

Un dessin signé du caricaturiste algérien Dilem (source © France 24)

Septembre 2021 :

Le 15 septembre 2021, l’Australie met brutalement fin et sans préavis au contrat qui la liait avec le groupe d’armement français Naval Group pour la commande de 12 sous-marins, un contrat signé en 2016 pour un montant de 34,3 milliards d’euros. L’annonce en est faite lors d’une allocution commune du premier ministre australien Scott Morrison, de l’Anglais Boris Johnson et de l’Américain Joe Biden, ces trois pays ayant décidé de créer une nouvelle alliance devant déboucher sur la fabrication de 8 sous-marins nucléaires américains au bénéfice de l’Australie. La France rappelle aussitôt ses ambassadeurs en Australie et aux États-Unis mais la crise diplomatique sera de courte durée…

Un dessin de Chapatte (source © Le Temps)

Octobre 2021 :

En cet automne 2021, les sondages ne sont pas très favorables à la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui avait annoncé le 12 septembre sa candidature aux présidentielles de 2022 et qui vient pourtant de remporter une primaire fermée du Parti socialiste face à Stéphane Le Foll. Créditée d’à peine 7 % des intentions de vote au lancement de sa campagne, elle ne cesse de baisser dans les sondages, derrière Yannick Jadot qui a remporté, difficilement, une primaire écologiste ouverte, et encore plus loin de Jean-Luc Mélenchon qui se présente au nom de la France insoumise tout en refusant toute idée de candidature commune à gauche.

Un dessin signé Kak, publié le 15 octobre 2021 (source © L’Opinion)

Novembre 2021 :

La 26e conférence des parties organisée en novembre 2021 à Glasgow, en Ecosse, a débouché sur un fiasco quasi total, même si davantage de pays (dont l’Inde) se sont engagés pour une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre en vue de viser la neutralité carbone. Même si tous les engagements pris lors de cette rencontre devaient être tenus, l’augmentation de la température moyenne du globe devrait atteindre 2,4 °C d’ici 2100, très au-delà des 1,5 °C qui étaient visés à l’issue de l’accord de Paris lors de la COP 21 : on régresse…

Un dessin signé Alex publié par La Liberté (source © Courrier international)

Décembre 2021 :

C’est le temps de Noël et de la crèche. Mais en ces temps de pandémie et de nouveau pic épidémique, se déplacer n’est pas simple et même les Rois Mages ne sont pas à l’abri des désagréments liés aux procédures sanitaires. Heureusement, Amazon est là pour palier les défaillances de nos porteurs de cadeaux : la tradition a du plomb dans l’aile…

Un dessin signé Soulcié publié dans Marianne le 24 décembre 2021

2021 : la magie de Noël se perd…

24 décembre 2021

Ah la féerie de Noël… Ses illuminations dans les rues, ses vitrines alléchantes et luxueusement décorées, les montagnes de cadeaux, les yeux des enfants qui brillent et les repas de famille interminables et joyeux.

Sauf qu’en temps de crise et de pandémie mondiale, forcément, la fête est un peu moins glamour. S’étriper entre la dinde et la bûche sur la montée des extrémismes, la peur des mouvements migratoires, la désindustrialisation, la désorganisation des services hospitaliers ou l’angoisse des effets du réchauffement climatique, forcément ça crispe un peu et c’est de nature à altérer l’ambiance festive…

Heureusement, certains savent encore prendre les choses à la légère et faire sourire des situations même les plus anxiogènes. Un petit dessin vaut toujours mieux qu’un long discours, surtout s’il s’agit d’un dessin humoristique, et surtout s’il permet de faire baisser la pression pour se souhaiter à tous, envers et contre tout, un joyeux Noël 2021 !

L. V.

Un dessin signé Phil (source © DNA)
Un dessin signé Deligne (source © Pinterest)
Un dessin signé Ixène
Un dessin signé Geluck (source © Pinterest)
Un dessin signé Nathalie Jomard (source © Pinterest)
Un dessin signé du Mexicain Boligan (source © Cartooning for Peace)

Eux aussi savent nous faire rire…

21 novembre 2021

Comme chaque année et pour la 19e année consécutive, le jury du Prix Press Club, humour et politique a procédé à une première sélection des sentences les plus incongrues assenées en 2021 par nos responsables politiques et, comme chaque année, la concurrence est particulièrement rude tant il se dit de bêtises en la matière. Retenons quand même, parmi les nominées, l’analyse pleine de finesse et de psychologie de François Hollande qui, commentant les relations de l’actuel Président de la République, Emmanuel Macron, avec lui-même et avec Nicolas Sarkozy, énonçait avec un tact indéniable : « C’est sans doute plus facile de consulter son lointain prédécesseur que son ancien employeur ». L’intéressé appréciera…

Tous nos responsables politiques néanmoins ne s’embarrassent pas d’un tel tact et certains n’hésitent pas à employer un style nettement plus direct, à l’instar de notre actuelle Ministre de la Culture, l’inénarrable Roselyne Bachelot, qui, en réaction au mécontentement suscité par une mission qu’elle avait constituée sur la politique de l’art lyrique en France déclarait sans ambages au Monde le 11 février 2021 : « Comme disait mon grand-père, mieux vaut avoir des gens dans sa tente et qui pissent dehors, que l’inverse ». On ne saurait mieux dire en effet…

Une Ministre de la Culture jamais avare de sentences frappée d’un solide bon sens (source © Facebook @Bachelot2022)

Mais il n’y a pas que nos responsables politiques qui sont ainsi en compétition avec leur petites phrases hilarantes. Les animaux sauvages savent eux aussi, à leur manière, nous faire sourire ou tout simplement nous surprendre et nous émouvoir, quand ils croisent la route d’un photographe talentueux, capable de saisir la bonne expression, souvent après des heures de traque inconfortable, ce qui n’en rend leur mérite que plus respectable.

Saluons donc ceux dont les photos animalières ont été sélectionnées parmi les finalistes des Comedy Wildlife Photography Awards, une compétition soutenue par l’ONG Born Free Foundation et qui récompense, depuis plusieurs années, les clichés les plus insolites d’animaux sauvages du monde entier, avec pour objectif de sensibiliser le grand public sur la situation préoccupante de la faune sauvage menacée un peu partout.

Cette année, c’est le Britannique Ken Jensen qui a remporté le premier prix avec son jeune singe mâle du Yunann, en mauvaise posture sur un câble mal placé et dont on croirait entendre le « Oups ! » de douleur.


Ouch ! Un singe à soies dorées du Yunnan photographié par Ken Jensen (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

D’autres clichés ont été récompensés dont celui du photographe animalier singapourien Teo Chee Kee qui a su saisir l’air désespéré du bébé loutre à poil lisse que sa mère saisit sans ménagement par la peau du coup pour le forcer à prendre sa première leçon de natation.

La leçon de natation de la petite loutre photographiée par Teo Chee Kee (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Ne boudons pas notre plaisir non plus devant cette photo d’un pigeon écossais, saisi à Oban par le Britannique John Speirs, au moment précis où il se prend en pleine face une feuille morte poussée par une rafale de vent facétieux. « Je suppose que l’été est fini » est d’ailleurs le titre du cliché : c’est effectivement à ce genre de détail que l’on voit « que l’automne vient d’arriver » comme le chantait le regretté Jean Ferrat…

Le pigeon frappé par l’arrivée de l’automne vu par John Speirs (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Plus troublante est la photo de l’Américain Arthur Trevino montrant un dramatique face à face sur la neige entre un gigantesque pyrargue à tête blanche et un minuscule chien de prairie dressé sur ses pattes arrières et griffes en avant, prêt à défendre chèrement sa peau tel un David courageux face à un Goliath menaçant. Bien entendu, toute allusion à un quelconque combat contre l’impérialisme américain, auquel on ne peut s’empêcher de penser en voyant cet aigle agressif et sûr de lui, n’aurait aucun fondement…

Ninja Prairie Dog  ! Un cliché d’Arthur Trevino (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Notons au passage que les pyrargues à tête blanche ne sont pas présentés sous leur meilleur jour dans cette édition 2021 des Comedy Wildlife Photography Awards, qui ont également sélectionné le cliché pris par David Eppley montrant un atterrissage complètement raté de l’un de ces aigles majestueux dont on ne peut habituellement qu’admirer la dextérité en vol et la grâce avec laquelle ils se posent sur une branche. Celui-ci était manifestement fatigué ou pas dans son assiette et son dérapage incontrôlé qui lui fait se prendre une branche en pleine poire n’a rien de très gracieux !

L’atterrissage raté du majestueux pyrargue à tête blanche immortalisé par David Eppley (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Comment ne pas sourire également devant ce cliché du jeune photographe allemand Jan Piecha montrant trois ratons laveurs espiègles se glissant des secrets à l’oreille comme s’ils se moquaient implicitement de celui qui est en train de les espionner.

Messes basses de ratons laveurs, saisies par Jan Piecha (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Et bien d’autres photos auraient mérité d’être primées comme celle de ces deux manchots en pleine conversation photographiés par Carol Taylor et dont on croirait entendre le dialogue.

Conversation sur la banquise, un cliché de Carol Taylor (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Citons aussi pour le plaisir ce cliché de Lea Scaddan montrant un kangourou qu’on jurerait en train de déclamer des vers ou de faire des vocalises avec ses airs grandiloquents au milieu de la prairie.

Vocalises dans le bush australien, photographiés par Lea Scaddan (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

Ou encore ce lézard élégant photographié par Aditya Kshirsagar, nonchalamment accoudé à sa branche et qui prend l’air hautain du parfait dandy. Il n’y a pas que nos responsables politiques qui savent prendre la pose…

Un lézard quelque peu nonchalant vu par Aditya Kshirsagar (source © Comedy Wildlife Photography Awards)

L. V.

Même les gendarmes fêtent Halloween…

1 novembre 2021

Décidément, les traditions se perdent dans la Gendarmerie nationale. Dans le Vaucluse, les gendarmes n’ont pas hésité, le temps de la fête d’Halloween, à délaisser la couleur bleu profond de leur parc de fourgonnettes pour repeindre l’un de leurs véhicule d’un orange pétant et le décorer de citrouilles, de chauve-souris et de chats électrisés de peur. Le webmaster en charge du site Facebook de la gendarmerie de Vaucluse s’est même laissé aller à commenter ainsi le nouveau look de la camionnette de la brigade : « Si trouille surgit devant vous, nous serons présents »…

La camionnette-citrouille de la gendarmerie (photo © Gendarmerie de Vaucluse / France 3 régions)

Un tel humour débridé de la part de joyeux pandores en goguette ne laisse d’ailleurs pas d’interroger sur l’état d’esprit des forces de l’ordre dans ce département, peut-être victimes d’une substance illicite qui aurait été glissée par mégarde dans un lot de bonbons traînant dans les bureaux de la caserne ?

Toujours est-il que cet humour vaguement potache qui semble avoir saisi les gendarmes d’Avignon témoigne au moins de la percée que semblent faire les festivités d’Halloween dans notre société laïque à la Française. Ce rituel chrétien purement anglo-saxon dont le nom est une contraction de l’ancien anglais All Hallows’Eve, autrement dit, « la veillée de la Toussaint » est de fait introduit avec plus ou moins de succès en France depuis les années 1990, comme une illustration directe de l’influence du soft-power américain.

Comme toutes les fêtes folkloriques, celle-ci a totalement perdu au fil du temps son caractère religieux initial, surtout dans les pays où elle ne résulte d’aucune tradition ancrée. On en a retenu que les rituels les plus marquants comme cette habitude de creuser des citrouilles en forme de tête grimaçante éclairée de l’intérieur par une bougie : une belle aubaine pour les producteurs de cucurbitacées, sauf néanmoins en France où le débouché principal de ces légumes reste la soupe de potiron et les graines de courges grillées à déguster à l’apéro : chacun sa spécialité !

La citrouille sculptée, incontournable symbole d’Halloween (source © Savez-vous planter chez nous ?)

Traditionnellement d’ailleurs, les Irlandais et les Écossais, qui sont à l’origine de l’importation de la fête d’Halloween aux États-Unis, au milieu du XIXe siècle, utilisaient plutôt pour cela des navets de type rutabaga, car c’était le légume le plus répandu dans leurs contrées. Leur découverte de la citrouille à leur arrivée sur le continent américain leur a bien vite fait changer d’habitudes, tant il est plus aisé d’évider une courge qu’un navet, avec un résultat nettement plus seyant… D’ailleurs, en Belgique, ce sont des betteraves que l’on creuse ainsi pour les éclairer d’une bougie, comme quoi les traditions folkloriques savent s’adapter aux particularités locales !

Un Jack-o’-lantern traditionnel creusé dans un navet, exposé au Museum of Country Life en Irlande (source © Sciences et Avenir)

Une chose est sûre, partout où l’on fête désormais Halloween, les fournisseurs de bonbons et de chocolats se frottent les mains. De manière générale, le secteur de la confiserie est en pleine expansion un peu partout, sans doute un effet compensateur de la crise mondiale ? Mais à Halloween, la tradition qui consiste pour les enfants à faire du porte à porte, grimés en sorcières ou en squelettes effrayants, exigeant leur lot de bonbon aux cris de Trick or Treat, autrement dit « des bonbons ou un sort ! », est un excellent dopant pour les ventes de confiserie industrielle. Traditionnellement, les Irlandais se contentaient de noix, de noisettes et de pommes, mais les temps ont bien changé…

Trick or treat ! Une tradition d’Halloween fortement implantée sur le sol américain (photo © Graham Hughes / The Canadian Press / Trail Times)

La signification même de la fête a fortement évolué au fil des siècles. En France, elle a évidemment perdu tout son caractère religieux pour revêtir des aspects plutôt ludiques, inévitablement teintés de connotations purement commerciales. Le déclin de la pratique religieuse rend d’ailleurs la fête même de la Toussaint assez incongrue. Une fête qui est pourtant solidement ancrée dans le paysage catholique depuis que le pape Grégoire IV l’eut fixée, une fois pour toutes, au 1er novembre. Mais une fête que le commun des mortels confond généralement avec la fête des morts, initiée par les moines de Cluny et instaurée depuis l’an 1048 le lendemain, 2 novembre. C’est ce jour-là que les catholiques honorent leurs défunts en allant fleurir leur tombe au cimetière, faisant cette fois le bonheur des vendeurs de chrysanthèmes…

Il n’en demeure pas mois que cette soirée du 31 octobre, au cours de laquelle les Irlandais puis les Américains, ont pris l’habitude de se déguiser en fantômes ou en squelettes effrayants, fait référence clairement à un retour des morts, au point que certains y ont vu une résurgence de la fête celtique de Samhain, qui se déroulait traditionnellement à cette même époque, maquant la fin de l’année celte. Les traditions du monde celtique imaginaient une immortalité de l’âme et César lui-même l’avait noté, lors de la guerre des Gaulles, constatant que « les druides veulent surtout persuader que les âmes ne meurent point, mais que des uns elles passent à d’autres après la mort. Ils pensent que c’est par cette croyance que principalement on excite le courage en ôtant aux hommes la crainte de la mort ».

Enfants déguisés pour Halloween (source © Parents)

Une croyance bien pratique pour faire de bons petits soldats et encore en vigueur dans bien des milieux où l’on a toujours besoin d’un kamikaze prêt à se faire exploser en espérant aller directement au paradis… Toujours est-il que les Celtes qui peuplaient avant l’ère chrétienne l’Irlande, la Grande-Bretagne et le nord-ouest de la Gaulle, croyaient que lors de la fête de Samhain, les esprits des morts pouvaient revenir et communiquer avec les vivants. On se déguisait alors de manière effrayante pour passer inaperçu si l’on croisait ainsi un revenant et on se bourrait les poches de fruits secs et d’offrandes pour les lui offrir afin de l’amadouer.

Il en est resté cette atmosphère de doute et de confusion où l’on ne sait plus trop, lorsqu’on croise un véhicule affublé d’une citrouille, s’il s’agit réellement de la maréchaussée…

L. V.

Noyade quotidienne à Bilbao

14 octobre 2021

Les artistes ont de l’imagination. Encore plus lorsqu’ils sont animés par la conviction d’avoir un message à faire passer. C’est le cas du sculpteur d’origine mexicaine, Ruben Orozco Loza qui vient d’immerger, le 23 septembre 2021, une de ses œuvres dans le fleuve Nervion qui traverse la ville. La sculpture en question, réalisée en fibres de verre pèse pas moins de 120 kg et représente la tête d’une jeune fille, au visage triste et inexpressif, tournée vers le ciel. Lestée sur une structure métallique ancrée au fond du lit de la rivière, près de son embouchure.

L’artiste mexicain Ruben Orozco Loza peaufinant sa sculpture Bihar (source © Ruben Orozco Loza / Creapills)

A cet endroit, l’estuaire du Nervion est soumis au rythme des marées du Golfe de Gascogne. Lorsque la mer est haute, la tête géante est entièrement sous l’eau, mais quand la marée descend, l’eau découvre peu à peu le visage grave de la statue. Dès que la mer remonte, les passants peuvent donc assister en direct au spectacle saisissant de l’eau qui peu à peu engloutit les traits de la jeune fille, donnant l’impression désagréable de la voir inexorablement se noyer sous nos yeux impuissants.

ABilbao, la jeune fille qui se noie en direct… (source © Ruben Orozco Loza / Euroweekly)

Bien évidemment, le message de l’artiste est transparent, plus limpide encore que les eaux troubles de la Ria de Bilbao. Le nom même de l’œuvre, baptisée Bihar, ce qui signifie demain en langue basque, me laisse aucune place au doute : c’est bien l’annonce de la montée des eaux sous l’effet du changement climatique global que l’artiste a voulu ainsi matérialiser. A chaque marée montante, les passants assistent donc à cette noyade en direct de la jeune fille triste de Bilbao…

L’effet est d’autant plus saisissant que la tête en question, que Ruben Orozco Loza a mis trois mois à réaliser, est hyper réaliste. C’est d’ailleurs la marque de fabrique de cet artiste autodidacte qui a notamment réalisé, toujours à Bilbao une autre sculpture troublante : celle d’une vieille femme assise sur un banc, dans un jardin public de la ville. Réalisée en grandeur réelle, cette statue ressemble à s’y méprendre à un être humain en chair et en os.

Une vieille femme seule sur un banc de Bilbao, plus vraie que nature (source © Ruben Orozco Loza / Curioctopus)

Elle a d’ailleurs été conçue comme le sosie d’une personne réelle, une vieille dame de 89 ans, prénommée Mercedes, qui vit seule depuis des années. Là encore, le message de l’artiste est transparent puisqu’il s’agit d’attirer l’attention des passants sur la solitude et la tristesse de ces personnes âgées qui n’ont plus de famille proche et n’ont d’autre occupation que de méditer tristement sur leur banc.

Si les œuvres de Ruben Orozco Loza sont si troublantes, c’est en grande partie parce qu’on croirait ses personnages vivants tant leur exécution est hyper réaliste. Sa représentation du pape François ou celle de l’artiste peintre mexicaine Frida Kahlo sont criantes de vérité.

Sculpture de Frida Kahlo par Ruben Orozco Loza (source © Ruben Orozco Loza / Chrystale)

Les têtes de ses personnages sont réalisées en silicone, poli et repoli par des heures d’un patient travail dont on peut se rendre compte sur les nombreuses vidéos le montrant à l’œuvre. Chacun des cheveux, cils, poils est implanté manuellement, un par un, à l’aide d’un dispositif de sa conception et il faut vraiment regarder de près pour discerner que ses personnages ne sont pas en chair et en os…

Au delà de son style inimitable et de la qualité de ses œuvres qui sont de véritables bijoux de réalisme, la démarche de cet artiste qui s’engage ainsi à mettre son talent artistique au service de la sensibilisation du public au changement climatique est loin d’être unique. Citons ainsi, parmi bien d’autres exemples, et pour rester sur le sol espagnol, la campagne initiée en 2019 à l’occasion de la COP 25 qui s’était déroulée à Madrid et qui avait amené le WWF à détournée quelques tableaux célèbres exposés au musée du Prado.

On y voit notamment Philippe IV à cheval, peint par Diego Velasquez en 1636, chevauchant toujours aussi fièrement, bien que l’air vaguement inquiet, dans les flots tumultueux d’une mer dont le niveau ne cesse de monter.

Philippe IV à cheval, vu par Velasquez, et par le WWF… (source © WWF / Dans ta pub)

Un autre de ces chef d’œuvre ainsi détourné est le célèbre parasol, El quitasol, peint par Francisco de Goya en 1777 pour orner la salle à manger du prince des Asturies, le futur Charles IV et qui représente une jeune femme de bonne famille, son éventail à la main, et dont le beau visage est galamment abrité du soleil brûlant par un serviteur zélé tenant une ombrelle.

Le parasol, peint par Goya et imaginé par le WWF (source © WWF et Musée du Prado / Huffington Post)

La vision d’avenir représentée par le WWF est nettement plus sombre, la belle Hidalgo au visage renfrogné étant désormais enveloppé d’une couverture miteuse et perdue dans l’immensité d’un camp de fortune pour réfugiés, même si son fidèle soutien est toujours à ses côtés pour l’abriter, grâce à un solide parapluie généreusement offert par l’Agence pour les réfugiés climatiques : à défaut d’avenir radieux, l’art et l’humour peuvent aider à supporter les aléas climatiques…

L. V.

Le bar du Titanic est ouvert…

30 août 2021

Le titre est évocateur : c’est celui d’un éditorial rédigé par Denis Clerc et publié dans le dernier numéro d’Alternatives économiques, ce journal qu’il a lui-même créé en 1980, il y a plus de 40 ans donc, à une période où le néolibéralisme triomphant de Margaret Thatcher faisait dire à cette dernière, avec force conviction : « There is no alternative ». Agrégé de techniques économiques de gestion et agrégé de sciences sociales, Denis Clerc fait partie de ces économistes engagés qui persistent au contraire à penser qu’il y a plein d’alternatives possibles et que le chemin emprunté par le capitalisme dominant n’est peut-être pas le plus prometteur pour l’humanité…

Denis Clerc, un économiste clairvoyant (photo © Vincent Arbelet / France Bleu)

Voici donc de larges extraits de sa dernière tribune de retour de congés, dans laquelle il s’étonne quelque peu de la tournure que prennent les événements, alors même que « notre maison brûle », que l’on peine à faire face à une pandémie mondiale meurtrière, que les inégalités sociales explosent, que le réchauffement climatique menace la survie même de l’humanité et que la biodiversité connaît un effondrement inédit. Le bateau coule, mais heureusement le bar du Titanic est ouvert, l’orchestre joue à fond et les riches en profitent pour se goinfrer pendant qu’il est encore temps !

L. V.

Un dessin signé de l’Algérien Karim (source © Blagues et dessins)

« (…) Je pensais, comme beaucoup d’entre vous sans doute, que la pandémie et le climat auraient pour effet positif de nous amener à réfléchir sur notre mode de vie, et donc sur nos priorités économiques. Sans être naïf, j’espérais que le « monde d’après » deviendrait plus solidaire et moins consommateur. Loupé.

Le 27 juillet, Les Échos titre, triomphant : « LVMH renoue avec une croissance exceptionnelle ». 29 milliards de ventes en un semestre et une marge opérationnelle (ce qu’il en reste après déduction des coûts de production) de 27 %. La capitalisation boursière du groupe (le prix de marché de ses actions) dépasse 345 milliards. Ce même semestre, Kering (groupe Pinault qui comprend Gucci et Saint-Laurent) bat aussi des records, tout comme Hermès. Le luxe – donc les inégalités- ne s’est jamais aussi bien porté, les dividendes à venir aussi. Du jamais vu : 57 milliards de bénéfice en un semestre pour les sociétés du CAC 40. Les banques « affichent des résultats historiques ».

Un dessin signé Lupo

(…) En un an, les profits de Microsoft, Google et Apple ont doublé tandis que Facebook a réalisé 10 milliards de dollars de bénéfice net en un trimestre. Aux États-Unis, la fortune des 1 % les plus riches a progressé de 23 % en un an, tout comme les ventes de pesticides en France. Les dividendes des sociétés minières n’ont jamais été aussi élevés.

Dessin de Philippe Geluck publié dans Le Parisien du 22 juin 2019

Oublié le 28 juillet, le « jour du dépassement » (« le jour à partir duquel nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, construit et cultivé sur plus de terres que ce que la nature peut nous procurer au cours d’une année » selon le WWF), presque un mois plus tôt que l’an dernier (le 20 août) : nous consommons 43 % de plus que ce que la planète produit en ressources renouvelables. Oublié aussi que pour limiter à 1,5 degré le réchauffement de la planète en 2100, il faudrait « un effort hors du commun », comme il est écrit dans Les Échos du 10 août. Oubliée enfin la note de la Banque de France déclarant que « la flexibilité du marché du travail repose essentiellement sur les salariés en CDD et intérim. Ceux-ci sont moins bien rémunérés, reçoivent moins de formations et obtiennent difficilement un CDI ».

On a retrouvé l’ordre du « monde d’avant ». Et la fête bat son plein au bar du Titanic… »

Piscine dans le pick-up : ça baigne !

18 août 2021

En ces temps de canicule, rien de plus agréable qu’un bon bain dans une piscine. Et quant on n’a pas de piscine chez soi ou quand on est en déplacement, qu’à cela ne tienne : il suffit d’en installer une à l’arrière de sa voiture. Les pick-up, ces véhicules utilitaires pourvus d’une benne à l’arrière, typiquement américains et qu’en bon français on aurait tendance à appeler des camionnettes à plateau, sont l’idéal pour cela.

La société Pick-up pool s’en est même fait une spécialité, développant et commercialisant pour 170 dollars une bâche spéciale en vinyle ultra résistante et imperméable, parfaitement adaptée aux différents formats des plateaux arrières de pick-up de tous modèles. Il suffit de tendre la toile pour l’ajuster exactement aux ridelles puis de remplir la piscine ainsi formée et le tour est joué. Pour vidanger, le constructeur a même prévu une petite valve à l’arrière, par lequel on peut vider l’eau de la piscine après usage.

Pick-up pool, la piscine familiale à installer à l’arrière de sa voiture (source © François Charron)

L’invention est assurément du dernier chic pour assurer un bon bain après un parcours harassant hors piste en terrain cahoteux. Sans compter que les usages annexes ne manquent pas pour qui possède un minimum d’imagination. Rien de tel par exemple qu’une vaste piscine étanche à l’arrière de son pick-up pour la transformer en gigantesque réservoir à glaçons et y stocker toute une cargaison de bières bien fraîches, histoire d’agrémenter les pique nique en extérieur !

Une piscine qui sert aussi à l’occasion de bac à glaçons géant pour conserver la bière au frais… (source © Pick-up pool)

Bien évidemment, le fournisseur a jugé utile de préciser que la piscine de pick-up ne doit être utilisée qu’à l’arrêt, histoire de ne pas verser les baigneurs avec l’eau du bain au premier virage un peu serré. Une précision qui n’est pas forcément inutile mais que certains utilisateurs semblent avoir quelque peu négligée, sans doute faute d’avoir bien traduit le mode d’emploi. C’est ainsi que les gendarmes de Pézenas ont eu la surprise de contrôler, dimanche 15 août, un véhicule de type pick-up se dirigeant vers Balaruc-les-Bains, dans l’Hérault, avec 5 personnes en train de barboter dans la piscine aménagée sommairement avec une bâche de chantier sur le plateau arrière.

La voiture piscine contrôlée par la gendarmerie près de Balaruc-les-Bains (photo © Gendarmerie de l’Hérault / France Bleu)

Par cette température estivale et faute de climatisation à bord, on comprend que les passagers aient préféré faire le trajet en batifolant dans l’eau fraîche plutôt qu’entassés dans la cabine avant surchauffée. Mais les pandores n’ont guère goûté la plaisanterie, d’autant que le conducteur qui tenait le volant de cette piscine ambulante était sérieusement alcoolisé. Le conducteur a d’ailleurs été verbalisé pour conduite en état d’ivresse et ses cinq passagers aquatiques défaut de port de ceinture de sécurité : le code de la route n’interdit pas de se baigner en roulant mais à condition d’être attaché… La voiture-piscine a, quant à elle, fini sur le parking de la gendarmerie, et sur tous les réseaux sociaux car les gendarmes n’ont pas pu résisté à faire partager sur Twitter leur surprise du jour, en espérant que cela ne lance pas une nouvelle mode sur les routes de l’été…

L. V.

Satanés mots de passe !

12 août 2021

Pour un oui ou pour un nom, il faut désormais saisir un mot de passe : pour accéder à sa messagerie, pour allumer son smartphone, pour mettre en route l’alarme du bureau ou de la maison, pour payer ses impôts, pour consulter son compte en banque, pour acheter en ligne, pour payer sa facture d’électricité, pour mettre en route son ordinateur et tous les objets connectés qui se multiplient dans notre entourage. Pour la moindre démarche administrative ou le moindre achat, il faut être capable de se souvenir d’un mot de passe.

Et pour des raisons de sécurité, on nous encourage à ne jamais utiliser le même mot de passe pour deux applications différentes, à changer très régulièrement de mot de passe et, bien sûr, à ne pas utiliser pour ses mots de passe les trucs évident qui nous viennent immédiatement à la tête comme son prénom ou celui de ses enfants, sa date de naissance, la ville où on habite, le sport que l’on pratique ou même le nom de son chien : beaucoup trop facile à retrouver par n’importe quel hacker un peu futé !

123456, le mot de passe qui reste encore le plus utilisé : un dessin publié dans Mobile24

Le bon mot de passe, celui qui répondra aux critères des applications les plus exigeantes, n’a aucun rapport avec sa vie personnelle, est un joyeux mélange de minuscules, de chiffres, de majuscules et de caractères de ponctuation. Bref, la combinaison tellement improbable qu’il est absolument impossible de s’en souvenir au retour de trois jours de vacances. Car, bien évidemment, il est hors de question de noter ses mots de passe dans son agenda et encore moins sur un post-il collé sur l’écran du PC : n’importe quel expert en sécurité informatique vous le dira…

Un dessin signé Glez, publié dans Blagues et dessins

Alors, si vous aussi, vous avez un peu de mal à vous souvenir de tous les mots de passe que vous avez dû créer, un jour ou l’autre, pour des applications que vous n’utilisez jamais mais dont vous avez brusquement besoin dans l’urgence sans évidement vous souvenir quel satané mot de passe vous avez bien pu inventer à l’époque, alors ces quelques dessins vous aideront peut-être à déstresser et à vous dire que vous n’êtes pas tous seul à galérer dans ce monde de fous…

L. V.

Un dessin signé Erik Tartrais (source © Pinterest)
Un dessin non signé publié sur le site Humour-blagues
Une petite astuce de Docteur Ordinateur pour les cas les plus désespérés…
Un dessin signé Tesson
Même les petits oiseaux galèrent… (source © Birds dessinés)
On sent le vécu… (source © Pinterest)

Communication : la SNCF perd une bataille !

9 août 2021

Les temps sont durs pour la SNCF, pourtant longtemps symbole de l’excellence du service public à la française et source de fierté nationale pour la ponctualité de ses trains et les prouesses techniques de ses TGV, à défaut de la qualité gastronomique de ses sandwichs.

Un TGV InOui en gare, aussi inouï que son nom l’indique ? (photo © Stéphane de Sakutin / AFP / Le Point)

Créée officiellement le 1er janvier 1938 par fusion des 5 grandes compagnies ferroviaires du pays, la Société nationale des chemins de fer français comptait alors 515 000 cheminots pour 42 700 km de voies ferrées. Devenue société anonyme depuis le 1er janvier 2000, la SNCF n’exploitait plus en 2019 que 27 500 km de réseau après avoir abandonné nombre de petites lignes devenues peu rentables depuis l’essor de la voiture dans les années 1960. Quant à ses effectifs, ils ont fondu de moitié, s’élevant en 2020 à un peu plus de 270 000 agents seulement. Au fil des ans, la qualité du service s’est détériorée, surtout pour les usagers des réseaux régionaux de TER et Intercités, confrontés aux retards incessants, aux pannes de matériel, aux annulations fréquentes et à une communication souvent défaillante.

En matière de communication justement, on a fini par oublier le slogan des années 1980, « la SNCF, c’est possible », lancé à l’époque de la mise en service du TGV, à une période où la France entière était fière de son train à grande vitesse, venu à point nommé surclasser le mythique Shinkansen nippon, au point que ce slogan a été détourné par plus d’un humoriste dont les Nuls avec leur petit boutiquier marocain Hassan Cehef.

Un sketch des Nuls, détournant le slogan de la SNCF en 1989, à revoir sur Youtube

Depuis, les grèves à répétition, le creusement de la dette, les accidents ferroviaires, l’augmentation des tarifs et la détérioration progressive de la qualité de service n’ont pas arrêté d’éroder la bonne image de cette entreprise de service publique, soumise en parallèle à de multiples réorganisations. Et voilà que la SNCF est désormais confrontée à l’ouverture à la concurrence sur nombre de lignes régionales. C’est notamment le cas en PACA où l’analyse des offres est en cours pour savoir qui exploitera, à partir de 2025, la ligne Marseille-Toulon-Nice, la plus fréquentée de toute la région avec 7000 voyageurs par jour, sur laquelle la SNCF se trouve en concurrence avec l’Italien Thello et la société Transdev.

Dans un tel contexte, il est bien naturel que les communicants de la SNCF s’efforcent d’améliorer l’image de marque du groupe. Telle était bien l’idée de la récente campagne lancée le 21 juillet 2021 par TGV InOui qui sollicitait, sur Twitter, les usagers de la SNCF pour faire partager leurs « expériences touchantes ou insolites à bord d’un train », précisant même, pour attirer le chaland et à grands coups d’Emoji, que « les auteurs des anecdotes les plus likées auront la chance de gagner des bons SNCF ».

Un concours d’anecdote lancé sur Twitter par la SNCF, avec des résultats mitigés… (source © Hitek)

Peut-être les lots annoncés n’étaient-ils pas suffisamment attractifs ? Toujours est-il que, en guise d’anecdotes savoureuses, la SNCF a surtout récolté des histoires de cauchemars vécus par ses clients du fait de son incurie. « J’ai en tête cette anecdote mémorable où il manquait une voiture sur le TGV, et c’était la mienne. Du coup, j’ai dû voyager débout avec une centaine d’autres personnes pendant 5 heures », relate ainsi un internaute ! Un autre évoque le souvenir d’un trajet Paris-Rennes quelque peu mouvementé : « Arrêt prolongé à Laval car un autre train est bloqué sur les voies plus loin. Le contrôleur annonce : « on en a pour une heure, vous pouvez descendre manger ». Dix minutes plus tard, le TGV repart sans aucune annonce, laissant la moitié de ses passagers sur le quai, avec leurs bagages dans le train »…

Tel autre voyageur se souvient surtout des 150 € d’amende qu’il a dû payer car il est par erreur monté dans le mauvais TGV qui ralliait la même destination mais partait 10 minutes plus tôt. Pour ne pas déranger et dès qu’il s’aperçoit de sa méprise, le voyageur s’installe sur la plateforme entre deux voitures et se signale de lui-même au contrôleur qui justement ne contrôlait pas, mais qui n’a rien voulu entendre…

Des retards qui pourrissent la vie des usagers… (photo © archives France 3 Régions)

Sans oublier l’histoire de cet autre voyageur qui se souvient surtout de « cette fois où la SNCF nous a expressément demandé d’attendre l’ouverture des portes du TGV pour sortir, qu’elles ne se sont pas ouvertes et que mon TGV a continué sa route vers Paris » ! Ou cet autre qui raconte : « Je suis arrivé pile à l’heure de départ de mon train. On a refusé que je monte à bord car il faut arriver 2 minutes avant. Résultat il est parti avec 20 minutes de retard devant mes yeux. J’ai dû payé un nouveau billet à 100 € pour partir deux heures plus tard ».

Bien sûr, toutes les anecdotes ne sont pas aussi cruelle que celle de ce jeune aveugle qui a dû payer une amende parce qu’il n’avait trouvé personne à la gare pour l’aider à valider son billet alors que le composteur était en panne. Certains même en rajoutent comme cette voyageuse qui raconte : « Je me souviens comme si c’était hier de cette fois où mon TGV est arrivé à l’heure …. J’étais si émue ».

Campagne de publicité pour la nouvelle marque InOui en 2018 (source © e-marketing)

Toujours est-il qu’à ce jour, la SNCF n’a pas annoncé de gagnant à son concours d’anecdotes et on imagine que l’agence de communication qui lui a soufflé cette idée de génie doit être bien embarrassée pour repérer quelques bonnes expériences dans cette accumulation de critiques et de déplacements en train, tous plus catastrophiques les uns que les autres. Comme quoi, une simple campagne de communication, aussi futée soit-elle, suffit rarement à regagner la confiance des usagers…

L. V.

A Carnoux, les mouches volent-elles trop haut ?

1 mai 2021

Depuis les dernières élections municipales, en mars 2020, et malgré une campagne plutôt mouvementée, le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, élu depuis bientôt 30 ans dans cette commune, s’est une nouvelle fois succédé à lui-même. Sur les 29 conseillers municipaux, et par la grâce du scrutin majoritaire, 25 sont issus de son propre camp. Les deux listes d’opposition qui s’étaient présentées disposent chacune de deux sièges. Mais curieusement, les conseils municipaux qui se tiennent à Carnoux se résument en de longs monologues du maire et des échanges entre celui-ci et les deux seuls élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier. Tous les autres conseillers présents se contentent d’attendre sagement et en silence que la séance veuille bien se terminer. Ainsi va la démocratie à Carnoux…

Jean-Pierre Giorgi lors du conseil municipal du 15 octobre 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence / Carnoux citoyenne)

Bien sûr, ce n’est pas en lisant les comptes-rendus officiels accessibles sur le site de la mairie, qu’on peut s’en rendre compte. Ces derniers ne sont que de simples relevés de décisions qui listent les délibérations votées sans que le citoyen puisse se faire la moindre idée ni du contexte ni de l’objectif ni bien sûr des conséquences de ces décisions et encore moins des discussions qu’ont pu susciter, au sein de l’assemblée de nos représentants élus, ces prises de décisions. Quel contraste, à l’heure de l’ère du numérique et de la transparence démocratique, avec la plupart des autres communes où les débats en conseil municipal font l’objet de comptes-rendus exhaustifs et, de plus en plus, de transmissions vidéo parfois même en direct, comme c’est le cas à Marseille par exemple, mais aussi dans bien des communes dont notre voisine Roquefort-La Bédoule.

Inutile non plus d’espérer assister à la séance du conseil municipal pour suivre en direct les échanges. Depuis un an et malgré la taille démesurée de l’hôtel de ville tout neuf dont la superficie a pourtant triplé, le maire tire prétexte de la crise sanitaire pour limiter drastiquement tout intrusion du public pendant les séances, menaçant d’instaurer le huis clos en cas de besoin.

En revanche, des comptes-rendus détaillés de chacune des réunions du conseil municipal de Carnoux sont librement accessibles sur le site internet créé par la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, alimenté par Jacques Boulesteix. Tous les documents préparatoires sont en ligne ainsi que l’essentiel des échanges, ce qui permet au Carnussien curieux, de savoir ce qu’il s’est réellement dit en séance.

Extrait du site Carnoux citoyenne

Une pointe d’humour permet aussi de rendre compte, de manière quelque peu décalée, de l’ambiance de la séance vu d’en haut, au travers du regard perçant de deux mouches virtuelles, Zagzig et Zigzag, dont la vision perçante à 360° permet de rendre compte avec un zest de dérision et un peu de hauteur du ton des échanges. Un humour décalé qui malheureusement échappe largement à certains des protagonistes comme en témoigne le courrier virulent adressé aux deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, par Denise Ségarra, à la suite du compte-rendu du dernier conseil municipal en date, qui s’est déroulé le 8 avril 2021.

Denise Ségarra aux côtés du maire de Carnoux le 3 juillet 2020 (source © Mairie de Carnoux)

La deuxième adjointe au Maire, en charge des affaires sociales, de l’enfance, de la jeunesse et des affaires générales (tout un programme !) n’a guère apprécié que les deux fines mouches qui survolent d’un œil curieux et quelque peu candide les séances du conseil aient eu le sentiment d’y observer « 27 béats et 2 critiqueurs ». L’un des deux diptères avait pourtant bien pris soin d’indiquer à son comparse virevoltant que « les béats ne sont pas forcément ceux qu’on pense et les critiqueurs non plus », mais l’élue a tenue à faire savoir qu’elle préférait les qualificatifs de « satisfaits et tranquilles » pour qualifier les élus de la majorité, tout en reprenant les deux insectes impertinents qui avaient osé insinuer que « un conseil municipal, c’est le lieu le plus coincé et le plus hiérarchisé du monde. Faire bouger un maire d’un poil c’est plus difficile que de désensabler l’Ever Given du canal de Suez ».

Fort heureusement, Denise Ségarra, a une vision nettement plus optimiste que nos deux mouches qui sans doute volent trop haut pour ne pas se rendre compte que le Maire « est ouvert aux discussions constructives mais non politiciennes. S’il fait de l’autosatisfaction, elle est justifiée lorsqu’on voit la transformation de la commune sans augmentation des taxes et sans endettement depuis des années ». Chez ces gens-là, Monsieur, on ne cause pas, on compte, comme le dit la chanson…

Extrait du site Carnoux citoyenne

En tout cas, le coup d’oeil indiscret que les deux indésirables ont osé porté sur l’écran de smartphone d’un des élus municipaux, tranquillement occupé à jouer avec son gadget en attendant que la séance se termine, n’a guère été du goût de Madame l’adjointe au Maire qui s’insurge, à juste titre bien évidemment, que la photo qui illustre l’article n’ait pas été prise lors de cette réunion. Faudra-t-il désormais équiper Zagzig et Zigzag d’un appareil photo miniature pour témoigner de manière plus objective de ce qui n’est après-tout qu’un péché bien véniel ?

En tout cas, nos deux insectes, qui manifestement agacent profondément certains élus de Carnoux, sont désormais prévenus que la tapette à mouches n’est jamais bien loin et que certains les surveillent du coin de l’œil : on a beau prôner l’objectivité et le dialogue soi-disant constructif, la majorité ne se gêne pas pour rappeler que la loi du plus fort est toujours la meilleure…

L. V.