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Monsieur G tire sa révérence

10 mai 2020

Gilbert Garcin est décédé vendredi 17 avril, à l’âge de 90 ans. Né en 1929 à La Ciotat, il avait fait ses études dans une école de commerce et fréquenté une université américaine avant de gérer, durant toute sa carrière professionnelle une entreprise de vente de luminaires. Une vie sans histoire de bourgeois marseillais, vivant dans un bel immeuble cossu avec vue sur le stade Vélodrome. Sauf que celui que certains surnommaient « le papi de Marseille », selon Libération, était devenu en quelques années un photographe mondialement reconnu dont les œuvres figurent dans de grandes collections publiques et privées.

Gilbert Garcin devant certaines de ses œuvres lors des Rencontres photographiques d’Arles en 2013 (photo © François Baille / MaxPPP / La Croix)

Une passion qui ne lui est venue qu’à l’âge de la retraite, lui qui, jusque là n’avaient pris que quelques banales photos de vacances comme tout un chacun. En 1995, à plus de 65 ans donc, alors qu’il cherchait de quoi occuper sa retraite, Gilbert Garcin remporte le premier prix d’un concours de photographes amateurs organisé par le photo-club d’Aubagne. Il gagne ainsi la possibilité de participer à un stage de formation organisé dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie à Arles, par le photographe Pascal Dolomieux.

Le Funambule, cliché de Gilbert Garcin (photo © Gilbert Garcin)

Et là, c’est la révélation : il découvre qu’il n’est nul besoin de faire le tour du monde et d’attendre le bon rayon de soleil pour faire des clichés surprenants. Il suffit d’une maquette bricolée sur un coin de table avec des figurines découpées en carton et quelques accessoires pour recréer un décor minimaliste éclairé de manière astucieuse. Comme il maîtrise bien les éclairages après avoir vendu des luminaires toute sa vie, il s’aménage donc son propre studio dans son cabanon de La Ciotat et se met au travail, sous l’œil amusé et plutôt sceptique de sa femme Monique qui n’hésite pas à jeter un regard critique sur ses créations.

Habillé d’un vieux pardessus récupéré dans la penderie de son beau-père, Gilbert Garcin se met en scène lui-même dans son petit théâtre d’ombre, photographiant dans différentes positions sa propre silhouette de Monsieur Tout le Monde qui évoque irrésistiblement celle de Jacques Tati et qu’il appelle lui-même affectueusement Monsieur G. Ses effigies découpées constituent des petites figurines de 10 à 15 cm de haut qu’il met en situation dans des décors improbables dont le fond n’est autre qu’une image projetée sur un écran, le tout éclairé par des néons ou simplement à la lampe de poche, pour donner l’illusion de la réalité.

Le charme de l’au-delà, cliché de Gilbert Garcin (© galerie Camera obscura  / Le Monde)

Et le résultat est étonnant, teinté de surréalisme, d’humour et de philosophie. Comme le rapporte Le Monde, « Gilbert Garcin fait des photos intelligentes que tout le monde peut comprendre », selon le journaliste marseillais Yves Gerbal, qui fut l’un des premiers à avoir découvert son travail et qui préfaça l’ouvrage Mister G, paru en 2009 aux éditions Filigranes. Un univers poétique qui rappelle non seulement Jacques Tati ou Magritte pour ce côté surréaliste qui met le doigt sur les aspects absurdes de la condition humaine, mais aussi Hitchcock pour cette faculté à se mettre lui-même en scène, parfois avec son épouse, dans chacune de ses œuvres et bien sûr par ce choix du noir-et-blanc pour toutes ses photographies.

Les précaution élémentaires, une allégorie qui ne manque pas de prémonition pour la situation actuelle de confinement… (photo © Gilbert Garcin)

Les clichés de Gilbert Garcin ne cherchent pas à dénoncer ou à donner des leçons de morale, juste à aider chacun à réfléchir à la vie, à l’amour, au temps qui s’écoule, aux difficultés de l’existence, à l’angoisse de la mort, à tout ce qui fait le quotidien de la condition humaine. Un univers vaguement onirique où chacun peut s’identifier.

Regard sur la peinture contemporaine (photo © Gilbert Garcin)

Son œuvre comporte quelques centaines de clichés seulement mais, en 15 ans, Gilbert Garcin était devenu un photographe mondialement reconnu dont les œuvres, publiées via plusieurs ouvrages et exposées dans différentes galeries et musées, ont connu une très forte notoriété. Certains de ses clichés figurent dans les collections publiques de la Maison européenne de la photographie, du Fonds national pour l’art contemporain, ou du FRAC à Marseille. Une belle consécration pour celui qui hésitait, au moment de prendre sa retraite, entre faire de la photo ou aller à la pêche…

L. V.

Confinés de rire…

3 mai 2020

Quoi de mieux que le rire pour conjurer ses angoisses ? Lorsque chacun s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé et celle de ses proches, mais aussi des répercussions économiques voire sociale, l’humour peut aider à dérider et à apaiser les craintes. Tous les sociologues en font le constat, c’est en cas de crise collective que fleurissent les meilleures blagues ! De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 n’aura pas échappé à la règle et internet regorge de ces petites blagounettes faciles et de dessins humoristiques de plus ou moins bon goût qui prolifèrent pour tourner en dérision notre condition de confiné.

Source : Biba magazine

Petit florilège non exhaustif et pioché au hasard, en remerciant leurs auteurs respectifs d’accepter de partager ce petit moment de détente…

Comme après chaque fléau, on cherche les coupables… Des rumeurs insistantes circulent sur des erreurs de manipulation dans un laboratoire de recherche chinois, mais la malveillance n’est pas prouvée…

 

L’autre coupable désigné à la vindicte populaire, le pangolin bien sûr… Un dessin signé Sanaga

 

Le Covid-19, ennemi public n°1 : la maladie qui guérit de toutes les autres angoisses… Un dessin signé Antoine Chéreau

Le confinement dans la durée, cela demande un peu de patience… Un dessin signé AH du dessinateur belge Arnaud Ahache

Pour un confinement réussi, il faut avoir pensé en amont à stocker l’essentiel. Les spécificités culturelles peuvent influer sur ce choix… Un dessin signé Ixène, publié le 2 avril 2020 dans Familles chrétiennes

Être confiné chez soi, c’est aussi devoir cohabiter avec son chat : pas si facile au quotidien… Source : Biba magazine

Les joies du confinement, comme un air de nostalgie… Un dessin de Laurent Salles, publié dans l’Alsace

Dans la rue, le masque bientôt obligatoire ? De quoi susciter certaines interrogations légitimes… (Photomontage DR republié par le site Compétences relationnelles)

Le jardinage, une alternative au ravitaillement en grande surface ? Pas si simple… Un dessin signé Deligne

Au moins, jardiner est un bon dérivatif quand le confinement en famille devient tendu… (photomontage DR republié sur Facebook)

La pénurie de masques au début de la crise a pu générer quelques incompréhensions… Un dessin signé Espé du dessinateur Sébastien Portet


L’enseignement scolaire à distance, un vrai bonheur… (source : Cahiers Joséphine)

Les parents découvrent avec attendrissement comment leur progéniture s’épanouit au quotidien en découvrant avec avidité de nouveaux savoirs… Où comment les enseignants remontent dans l’estime des parents d’élèves… Un dessin du dessinateur Lapuss’ et de son compère Tartuff, extrait de la série En quarantaine

Les enfants confinés dans la durée : un véritable bonheur familial… (source : photomontage DR)

Le confinement, un handicap pour les carrières professionnelles ? (source : Le Lombrik)

Pendant le confinement, le télétravail devient la norme… Un dessin de Marc Large pour le quotidien Sud-Ouest

Attention car la gestion du confinement par le gouvernement pourrait lui donner de mauvaises idées… Un dessin signé Deligne


Et pendant ce temps-là, les relations internationales se poursuivent, dans un esprit de coopération fraternelle et solidaire… (source : Biba magazine)

Et après le confinement, que va-t-on faire ? Un dessin signé Antoine Chéreau et publié le 7 avril 2020 sur Urtikan

Et quelques pensées de circonstance, issues d’une longue réflexion, confinement oblige…

Les hommes malades du Covid

26 avril 2020

En cette période sombre de confinement forcé, il est temps de relire ses classiques, qui donnent parfois l’illusion d’une troublante actualité. Après Le Cid, de Corneille, Les Fables de La Fontaine, inspiré de la fable Les animaux malades de la peste

Un mal qui libère sa fureur

Gravure de Jean-Baptiste Oudry illustrant les animaux malades de la peste (source © BNF / Utpictora 18)

Plonge le monde dans la terreur.

Issu de Chine, il s’est partout répandu

Sous le nom de Covid-19, un sacré tordu,

Donnant aux hommes la fièvre et une toux carabinée.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient confinés.

L’activité s’était brutalement arrêtée,

Chacun craignant désormais pour sa santé.

On ne les voyait guère préoccupés

Qu’à tout faire pour ne pas l’attraper

Ne sortant qu’avec un masque et des gants

Et fuyant leur semblable comme s’il était un brigand.

Les hôpitaux étaient engorgés et chaque soir

On comptait les morts par arrêt respiratoire.

Emmanuel Macron s’exprime sur le Coronavirus COVID-19 (source © Élysée)

Macron tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le libre-échange a permis

Pour notre malheur cette pandémie affreuse.

Il nous faut désormais, de manière rigoureuse,

Pour permettre demain le retour des jours heureux,

Reconnaître nos erreurs et être plus généreux.

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mon goût de la finance,

Des économies budgétaires et de la bonne gouvernance,

J’ai saigné l’hôpital, pressuré les soignants.

Que m’avaient-ils fait ? Pas plus que les enseignants…

Il m’est arrivé aussi de vendre à la découpe

Quelques usines, ce n’est pas un scoop.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit tout évaluer sans dispense
Pour pouvoir juger sans émoi.

– Président, dit le journaliste des Échos,

Manifestation des employés de Luxfer à Gerzat (photo © Franck Boileau / La Montagne)

Là n’est pas la source de nos ennuis médicaux.

Certes, nous devons désormais tout importer

Les masques, les tests et les bouteilles d’oxygène.

Pour autant, il n’y a pas à s’inquiéter

C’est la loi de la mondialisation !

Il n’y a bien que les Aborigènes

Qui la rejettent sans hésitation.

A ces mots, chacun d’applaudir

Sans trop chercher à approfondir…

Le patron de clinique, le banquier,

Et tous les grands boutiquiers,

Les plus gros spéculateurs

Comme le plus petit boursicoteur,

Chacun habilement se défaussa.

Pangolin à courte queue (source © Wikipedia)

Jusqu’à ce qu’on s’intéressât

A un être méconnu et pas très malin

un cuirassé sur pattes, dénommé pangolin,

Dont on fait, parait-il, commerce en Chine

Et qui aurait donc grippé la machine

En permettant la transmission

A l’Homme du coronavirus.

Chacun dès lors approuve la condamnation

Trump, l’Europe et même les Russes…

Qu’un tel animal ait pu ainsi mettre à mal

Toute l’économie mondiale

Et faire trembler la planète entière

Voilà qui mérite châtiment exemplaire !

L. V. 

La complainte du coronastressé

16 avril 2020

Ô rage ! ô désespoir ! ô virus ennemi !

N’ai-je donc tant vécu que pour un tel tsunami ?

Ce fléau venu de Chine et qui nous effraie

Qui sème la mort comme tombe le couperet.

Mon masque, qu’avec effroi j’enfile pour sortir,

Mon masque, que sans arrêt je dois revêtir,

Sans oublier mon autorisation à signer

Pour tenter dans la rue de pointer mon nez.

Ô cruel rappel de ma liberté passée !

Mon travail, mes amis, pour l’instant effacés

Qui jusque-là avaient pourtant tant d’importance

Et qu’il faut désormais bien tenir à distance.

Jusqu’où faudra-t-il donc tous rester confiner ?

S’abstenir de sortir, rester à lambiner ?

Suivre les courbes, attendre que passe le pic

De cette pandémie virale vraiment atypique ?

Pendant que Raoult peaufine sa chloroquine,

Et que tous les Français confinés s’enquiquinent,

L’activité s’est arrêtée, la crise nous guette,

Et tout le monde stocke des coquillettes.

Faut-il poursuivre ce gel de nos activités,

Et sombrer dans la crise ou vivre dans la crainte ?

Nous sommes en guerre, Macron l’a assez répété,

Tout est à recréer : il faut tout faire péter !

Il est temps de relocaliser, de produire

Tout ce dont on aura besoin pour rebâtir

Quand l’épidémie sera terminée, demain

Pourra-t-on reprendre notre destin en main ?

 

Toute ressemblance même très vague et néanmoins flatteuse avec certains extraits de l’acte I, scène 4 du Cid de Corneille, serait bien entendu totalement fortuite : vous voyez bien que cela n’a rien à voir…

L. V.

Gaudin repêché ? Marsactu s’amuse

3 avril 2020

Dessin signé Na ! (source L’1dex)

Depuis quelques années déjà, la pêche aux poissons d’avril ne fait plus guère recette. De même que les fonds marins s’appauvrissent de jour en jour sous l’effet de la surpêche, le poisson d’avril, blague potache s’il en est, se fait de plus en plus rare. Les journalistes ont bien trop peur d’être accusés de colporter de fausses rumeurs, des « fake news », ou, pire encore, que leur information soit prise au pied de la lettre par des lecteurs qui auraient perdu leur sens critique en plus de leur sens de l’humour.

Et forcément, en cette période de pandémie mondiale et de confinement généralisé, alors que notre pays se dit en guerre et que certains voudraient instaurer le couvre-feu et empêcher toute sortie récréative, ce n’est pas le moment de rigoler.

Saluons donc les rares publications qui ont osé franchir le pas et se permettre un petit poisson d’avril, une toute petite friture innocente et qui ne prête pas à conséquence. Marsactu fait partie de ces poissons pilotes qui n’ont pas hésité à sortir la tête de l’eau en ce 1er avril 2020, fidèle à sa jeune tradition. Créé en 2010, ce magazine web spécialisé dans l’information locale et qui a publié de nombreuses enquêtes retentissantes sur les dysfonctionnements de certaines collectivités territoriales des Bouches-du-Rhône, est désormais dirigé par ses propres salariés qui ont repris le site, alors en faillite, en 2015. Une situation qui lui permet une grande liberté de ton, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs…

Jean-Claude Gaudin accroché à son fauteuil de maire de Marseille comme une moule à son rocher (source © France TV Info)

Le gros poisson que Marsactu a remonté dans ses filets en ce 1er avril 2020 n’est autre que Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille qui, contre toute attente, est toujours à la tête de la ville, et probablement encore pour plusieurs mois. Tout le monde avait pourtant répété depuis des mois que, quoi qu’il arrive, il aura cédé son fauteuil de maire au plus tard le 27 mars 2020 puisqu’il ne se représentait pas aux élections municipales, pour la première fois depuis 1965 !

Lui-même avait multiplié depuis le début de l’année ses séances larmoyantes d’adieu, à ses services, aux médias, aux syndicats, au monde économique, et à tout ce qui compte dans la bonne ville de Marseille, répétant à l’envie qu’il n’avait rien fait d’autre de sa vie que de la politique marseillaise, et qu’il se demandait bien comment il allait pouvoir survivre à sa mise en retraite sans sombrer dans la dépression.

Seulement voilà : la crise sanitaire du Covid19 n’a pas permis au second tour des municipales de se dérouler et Jean-Claude Gaudin est donc toujours maire de Marseille, alors même que c’est l’outsider du Printemps Marseillais, Michèle Rubirola qui est arrivée en tête du premier tour, devant la dauphine désignée, Martine Vassal. Une situation totalement inédite qui a donc inspiré à Marsactu cette information décapante selon laquelle, tout compte fait et au vu de l’état de son camp toujours scindé entre une Martine Vassal déterminée et un Bruno Gilles qui ne lâche rien, il n’y avait finalement que lui pour sauver la ville.

Jean-Claude Gaudin présidant son dernier conseil municipal de Marseille, le 26 janvier 2020 (photo © Christophe Simon / AFP / Le Point)

Selon Marsactu, « le vieux loup de mer aurait comme rajeuni d’un coup », préférant renoncer provisoirement à la rédaction de ses mémoires tant annoncées pour replonger dans le bain de la politique en se justifiant ainsi : « j’ai déjà dû repousser mon départ à la retraite de quelques semaines, alors pourquoi pas de quelques années ? ». Et l’octogénaire, dopé par les nombreux exemples de maires plus âgés que lui qui ont été facilement réélus dès le premier tour, serait donc reparti pour une nouvelle aventure au long cours, vers « un mandat de transition » avant de passer définitivement la main…

Marsactu pousse même l’audace jusqu’à dévoiler en avant-première la future affiche de campagne qui permettra au futur candidat Gaudin d’aller à la pêche aux voix et de draguer l’électeur. Une affiche qui rappelle furieusement le design de la candidate du Printemps Marseillais…

Une affiche de campagne imaginée par Marsactu

Le plus drôle c’est que nombre de Marseillais seraient sans aucun doute prêts à voter sans hésitation pour reconduire Jean-Claude Gaudin à la tête de la cité phocéenne si vraiment il devait se représenter, surtout en promettant, comme le suggère Marsactu, de nommer comme premier adjoint l’autre grand nom du moment à Marseille, le professeur Didier Raoult en personne. Un duo médiatiquement gagnant, c’est certain, et qui devrait faire des vagues…

L. V.

Coronavirus : mieux vaut en rire…

31 mars 2020

En cette période de pandémie mondiale de Covid-19, certains ont tendance à se laisser aller au pessimisme ambiant, voire à la panique généralisée. Mais heureusement, l’humour aide parfois à ne pas dramatiser inutilement la situation et à prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs. Et de ce point de vue, certains ne manquent pas d’imagination… Petit florilège non exhaustif du talent de quelques dessinateurs de presse, histoire de tuer le temps avant que le virus ne nous tue !

L. V.

Surtout ne pas paniquer, même si le contexte est quelque peu anxiogène : un dessin signé Patrick Chapatte et publié dans le journal suisse Le Temps)

 

Les grands événements sportifs affectés par l’épidémie : la course cycliste Milan San Rémo a dû être annulée, un dessin du Belge Sondron (source Le Courrier International)

 

Le contrôle des attestations de déplacement dérogatoire, un vrai casse-tête pour les forces de l’ordre : un dessin signé Na !

 

Un appel gouvernemental à aller aider les agriculteurs pour les travaux des champs : heureusement que certains ont l’esprit civique développé… (source Blog Médiapart Monkeyman)

 

Braver le confinement, un geste inconscient… Humour noir signé Ranson

La crise sanitaire a pour effet de renforcer les liens familiaux, en général du moins : un dessin de Sébastien Lacombre (source Le Journal de Saône-et-Loire)

 

Faire des provisions en période de confinement, une bataille mémorable… (source Facebook / Pleine Vie)

 

L’épidémie de Covid-19 a permis à de nombreux travailleurs d’expérimenter le télétravail, avec malgré tout ses limites… (source D. Parreaux / France Bleu)

 

Pendant le confinement, les joies de l’école à la maison, un calvaire pour certains parents… Un dessin signé Philippe Tastet

 

Un effet positif de la pandémie mondiale : le niveau de pollution est en baisse significative… Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

 

Rien ne sera plus comme avant : les effets inattendus de cette crise sanitaire sur les schémas de pensée de nos dirigeants ? Un dessin signé Soulcié, publié dans Marianne le 20 mars 2020

Covid-19 : Panoramix et la potion magique

29 mars 2020

En ces temps de confinement généralisé pour cause d’immobilisation générale, les Français ont la chance de vivre en direct un combat de titans, un duel enflammé entre deux druides aux pouvoirs surnaturels, une épopée qui fera date dans l’Histoire, une bataille homérique, de celles qui frappent les esprits et divisent la Nation entre deux clans irréductibles et irréconciliables.

Un dessin signé Chapatte

Il faut dire que le contexte s’y prête. En ces temps troublés où notre Président de la République n’arrête pas de répéter que « nous sommes en guerre« , alors que la peur ancestrale des grandes épidémies qui déciment périodiquement l’humanité resurgit brusquement de la nuit des temps, chacun a les nerfs à fleur de peau et la période est propice à déchaîner ce type de passion.

Cette querelle qui embrase les Français depuis plusieurs jours alors que les chiffres des victimes du Covid-19 n’arrêtent pas d’augmenter inexorablement, jour après jour, opposent deux scientifiques, deux médecins, chacun bien au fait de son sujet mais qui n’ont manifestement pas la même vision des choses.

Pour faire simple, et sans être manichéen ni prétendre à quelque analogie que ce soit avec le monde footballistique, disons qu’il y a d’un côté les Marseillais et de l’autre les Parisiens, pour ne pas dire un petit village d’irréductibles gaulois massaliotes en guerre contre le pouvoir central de Lutèce, du moins si l’on en croit les médias qui montent l’affaire en épingle.

Didier Raoult, dans son bureau de l’hôpital de la Timone (photo © Georges Robert / La Provence / Maxppp)

Comme il se doit, le héraut du clan gaulois de province est une sorte de druide tout droit sorti d’un monde mythologique révolu, aux faux airs du Gandalf de la Terre du milieu imaginé par Tolkien, une sorte de Panoramix aux longs cheveux et à la barbe blanche. Sa potion magique à lui s’appelle la chloroquine. Une molécule de synthèse dérivée de la quinine, commercialisée depuis 1947 comme antipaludéen et vendu en France depuis 1949 sous le nom de Nivaquine. Longtemps utilisée en prophylaxie du paludisme, cette molécule est néanmoins considérée comme potentiellement mortelle même à dose relativement faible et ses effets secondaires, cardiaques comme neurologiques, sont importants.

Depuis les années 1960, les chercheurs ont remarqué que la chloroquine et son dérivé moins dangereux l’hydroxychloroquine présentaient un effet antiviral intéressant mais difficile à reproduire in vitro et encore moins à expliquer. Les médecins chinois de Wuhan, confrontés au nouveau coronavirus, ont donc naturellement testé cette molécule, apparemment efficace sur une culture de cellule. Leur essai clinique mené sur 15 personnes s’est néanmoins révélé plutôt décevant puisque 13 patients traités ont vu leur charge virale diminuée mais un a vu son état s’aggraver alors que, dans le groupe témoin à qui avait été administré un placébo, 14 patients ont vu leur état s’améliorer.

Un dessin signé Alex

Mais le professeur Didier Raoult, professeur en microbiologie à l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille, qu’il a lui-même fondé avec l’aide d’une subvention de 72,3 millions d’euros, la plus élevée jamais accordée en France pour la recherche médicale, est persuadé que l’association azithromycine – hydroxychloroquine, est la panacée pour guérir le Covid-19 et il le clame haut et fort sur tous les plateaux télés, largement relayé par de nombreux responsables politiques qui sont justement passés entre ses mains.

Il a même écrit, en quelques semaines seulement, un livre de circonstance qu’il vient de publier, le 23 mars 2020 aux éditions Michel Lafon et qu’il a intitulé sobrement Épidémies : vrais dangers et fausses alertes. Il y expose les résultats de son propre essai clinique qui concerne 20 patients seulement, sans contre-indication connue à la chloroquine.

Des résultats qu’il présente comme « prometteurs » bien que l’un des patients soit décédé et 5 sortis de l’essai pour passage en soins intensifs, mais des résultats qui sont fortement contestés par une large partie de la communauté scientifique française. Depuis, une nouvelle salve de résultats cliniques ont été rendus publics, sur 80 patients cette fois, dont 78 ont pu quitter les soins intensifs au bout de 5 jours, selon un article du Parisien en date du 28 mars 2020. Ce qui permet au professeur marseillais de plastronner dans la presse, notamment dans le Parisien, se permettant même de remettre en cause la stratégie nationale de lutte contre le Covid-19, affirmant par exemple que le confinement ne sert à rien et est peut-être même contre-productif : «  jamais on n’a pratiqué ainsi à l’époque moderne. On faisait ça au XIXe siècle pour le choléra à Marseille. L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne. C’est de l’improvisation sociale et on n’en mesure pas du tout les effets collatéraux ». De quoi faire grincer les dents des responsables de la politique publique de prévention…

Il faut bien reconnaître qu’avec ce genre de propos, notre Panoramix marseillais n’a pas que des amis dans le milieu médical national. Il a notamment un ennemi intime et de longue date, un certain Yves Lévy, qui n’est autre que l’époux d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la santé, laquelle a brusquement laissé tombé sa fonction en pleine crise sanitaire de pandémie mondiale pour se présenter comme candidate à la mairie de Paris où elle s’est d’ailleurs pris une veste mémorable à l’issue du premier tour…

Yves Lévy avec son épouse Agnès Buzyn (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Yves Lévy est un immunologue spécialisé dans le VIH et qui a passé une bonne partie de sa carrière à rechercher un vaccin contre le sida, ce qui lui a attiré les sarcasmes de son confrère Didier Raoult, persuadé que les spécificités mêmes du VIH rendent cette quête impossible et qui l’a fait savoir bruyamment : « C’est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n’arrivera pas »...

Il faut dire que le professeur Raoult, sous ses faux airs de sage Gandalf, a une assez haute opinion de lui-même et n’est pas forcément très charitable avec ses confrères surtout parisiens. Selon Marianne, « le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d’être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site Expert scape, a un « goût prononcé pour l’irrévérence et l’affrontement, souffle l’un de ses proches ». Pour le dire vite, Didier Raoult ne supporte pas les instances en charge de la recherche médicale en France et ne se gêne pas pour le dire haut et fort en termes peu diplomatiques : « Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m’en fiche, ma cour de jeu n’est pas la France mais le monde ».

Un Panoramix moderne qui ne brille donc pas par sa modestie, et qui, même dans le domaine des microbes, s’intéresse d’abord à ce qui sort du lot, s’étant notamment fait une spécialité de l’étude des virus géants, dont le fameux Marseillevirus que son équipe a découvert… Un expert en tout cas qui a son avis sur tout, y compris sur l’actualité politique et même le changement climatique, estimant, dans un article du point en 2014, qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998 » et concluant allègrement que «le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable ».

On se gardera bien de prendre parti dans cette récente querelle d’experts au sujet du rôle potentiel de l’hydrochloraquine dans le traitement du Covid-19, d’autant qu’il est trop tôt pour trancher puisque les résultats des essais cliniques lancés au niveau européen ne seront connus que dans plusieurs semaines, ce qui a d’ailleurs le don d’agacer notre druide phocéen qui, toujours selon Marianne envoie balader magistralement les sommités de la recherche médicale française : « l‘Inserm, aujourd’hui, je m’en fous » tout comme celles qui participent au fameux Conseil scientifique : « Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c’est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous ».

L’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, inauguré en 2018, après de sombres attaques pour harcèlement en son sein (photo © Gomet)

Ambiance, ambiance… En réalité, si les tensions sont aussi fortes entre ces deux hommes que tout oppose, c’est que leurs intérêts se sont heurtés. Nommé en 2014 directeur général de l’INSERM, Yves Lévy s’est en effet efforcé de faire revenir dans le giron de cet organisme national les Instituts hospitalouniversitaires (IHU) qui avaient été créés sous la forme de fondations afin de pouvoir drainer d’importants fonds privés. Didier Raoult s’est trouvé alors en première ligne pour défendre ce modèle des IHU indépendants des instances nationales de recherche et notamment celui de Marseille qu’il a fondé et dans lequel il a transféré ses laboratoires en 2018, un IHU auquel Yves Lévy a retiré le label du CNRS en 2018, juste avant de quitter la tête de l’INSERM pour venir pantoufler au Conseil d’État, de quoi agacer encore un peu plus son cher confrère marseillais, si cela pouvait encore être possible.

La France est en guerre, mais il est rassurant de constater que cela n’empêche pas nos compatriotes, même aux plus hautes responsabilités, de se livrer à quelques petites chamailleries de bon aloi, signe que l’atavisme gaulois garde une certaine vitalité…

L. V.

Le prochain maire de Rennes sera-t-il un chat ?

2 mars 2020

C’est Edwy Plenel, en observateur assidu de la vie politique française qui le rappelait avec sa grande finesse habituelle au micro de LCI entre les deux tours des dernières législatives de juin 2017, face au raz de marée annoncé en faveur des candidats se présentant au nom de la majorité présidentielle juste après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : « Un âne aurait l’étiquette En Marche, il aurait été élu« . De fait, les députés se présentant avec l’étiquette LREM ont trusté les bancs de l’assemblée quelques jours plus tard, mais force est de constater qu’aucun âne n’a néanmoins été élu député, même si certains peuvent encore avoir des doutes sur la question…

Statue probable de Caligula à cheval (source © British Museum)

Ce ne serait pourtant pas la première fois qu’un équidé assure une fonction de représentation politique de premier plan. Sans remonter jusqu’à Alexandre le Grand qui n’avait pas hésité à élever son fameux cheval Bucéphale au rang de divinité, l’Histoire a quand même retenu que l’empereur romain Caligula avait envisagé fort sérieusement, selon l’écrivain Suétone, d’accorder à son cheval Incitatus le rang de consul, lui qui bénéficiait déjà, du fait de son statut de vedette des courses de chars, d’une écurie en marbre avec râtelier en ivoire, couverture pourpre et collier incrusté de pierres précieuses.

Le cochon Pigasus confronté à une campagne militante parfois houleuse (source © Lexiconangel)

Plus près de nous, en 1968, une bande de jeunes aux idées larges et à l’esprit quelque peu embrumé par la marijuana, représentant le Youth International Party (autrement dit, les Yippies), n’avait rien trouvé de mieux que de soutenir comme candidat à la présidence des États-Unis un cochon nommé Pigasus. Le jeu de mot était audacieux, allusion à un porc (pig) à qui aurait poussé des ailes comme à Pégase, le défunt cheval fabuleux de la mythologie grecque. Annoncée durant les émeutes qui ont émaillé la convention démocrate de Chicago en août 1968, la candidature du cochon Pigasus amena ce digne représentant de la race porcine à mener campagne au cours d’une tournée valeureuse mais qui ne lui permis cependant pas d’accéder à la magistrature suprême.

François Mitterrand avec sa chienne Baltique.(photo © Vincent Amalvy / René Jean / AFP / France Soir)

François Mitterrand lui-même avait paraît-il envisagé, par dérision naturellement, de nommer au Conseil économique et social sa fidèle chienne Labrador Baltique, celle-là même que Michel Charasse, qui vient de disparaître à son tour, a dû tenir en laisse sur le perron de l’église de Jarnac pendant tout le temps que dura la cérémonie religieuse de funérailles de l’ancien Président de la République, le 11 janvier 1996. La grande proximité du célèbre labrador noir présidentiel avec les arcanes du pouvoir ont d’ailleurs conduit la chienne à publier ses mémoires en 4 tomes, aux éditions Hachette sous le titre Les Aboitim. En réalité, un pastiche du Verbatim de Jacques Attali, dont les deux premiers tomes ont été rédigés par Patrick Girard et Stéphane Benhamou, tandis qu’un autre ouvrage de confidences était publié en 1996 sous le titre : Baltique, Le gros secretpropos recueillis par Patrick Rambaud.

Le chat Subbs, en juillet 2006, dans l’exercice de ses fonctions de maire de son village en Alaska (photo © Jenni Konrad / BFM TV)

Aux États-Unis toujours, certains n’ont pas hésité à élire un animal comme maire de leur commune. L’affaire a commencé en 1997 dans le localité de Talkeetna, en Alaska. Mécontents des candidats en lice, les habitants de ce bourg ont préféré voter en masse pour un petit chaton roux dénommé Stubbs, découvert quelques jours plus tôt dans les rues de la ville. Le poste est honorifique car en réalité Talkeetna est rattaché à une autre commune où siège le véritable conseil municipal. Mais le chat Stubbs a donné entière satisfaction à ses administré et a été constamment réélu jusqu’à sa mort en 2017, ses concitoyens constatant que « il n’augmentait pas les impôts et ne se mêlait pas du commerce« . Un édile parfait en somme…

Lincoln, élue maire de Fair Haven aux États-Unis (photo © Robert Layman / Rutland Herald / AFP / RTL)

Du coup, d’autres communes ont pris exemple sur cette pratique et l’on a vu ainsi récemment, en mars 2019, une chèvre se faire élire maire de Fair Haven, une petite ville de 2500 habitants, située dans le Vermont, au nord-est des États-Unis. Pompeusement dénommée Lincoln, la jeune chèvre l’a emporté d’un cheveu (d’un poil ?) sur son challenger, le chien Sammie, dans un scrutin qui comptait pas moins de 16 candidats dont de nombreux chats et chiens, mais aussi une gerbille. Certes, le poste est, là encore, surtout honorifique puisque la gestion de la ville est entre les mains d’un « town manager », mais la chèvre Lincoln devra néanmoins se farcir les manifestations officielles affublée de son écharpe de maire taillée sur mesure, depuis le défilé du Memorial Day jusqu’au festival des pommes, une attraction festive locale…

Serge Scotto avec le chien Saucisse (photo © F. Speich / La Provence)

Mais voilà que la France se met à son tour de la partie. Il faut dire qu’il y a eu un précédent célèbre, à Marseille même où, lors des élections municipales de 2001, le chien Saucisse était tête de liste dans le 1er secteur de la ville. En réalité, le teckel en question, un chien errant recueilli tout jeune par la maison d’édition L’Écailler du Sud et adopté par l’écrivain Serge Scotto qui en avait fait le héros de plusieurs de ses romans policiers, était simplement la mascotte d’une liste alternative portant son nom et qui avait pour slogan : « pour une sauciété plus humaine, contre une vie de chien !« … Un programme qui permit quand même de réunir 4,5 % des suffrages exprimés, soit davantage que la liste du mouvement gaulliste, le RPF ! Un beau succès donc, au point que le chien Saucisse, grisé par sa notoriété politique, chercha à se présenter à la présidentielle de 2002, mais il ne put malheureusement recueillir les 500 signatures nécessaires…

Après un tel précédent, c’est maintenant un chat qui fait parler de lui à l’occasion des prochaines élections municipales de mars 2020 où il est officiellement candidat sur la liste de La France Insoumise à Rennes. Une liste menée par Enora Le Pape qui, à 34 ans, avait éliminé au premier tour des législatives de 2017 le président socialiste de Rennes Métropole, Emmanuel Couet, avant de s’incliner au second tour face au candidat de la République en marche (qui n’était pourtant pas un âne mais un certain Florent Bachelier). La voila maintenant à la tête de la liste LFI pour les municipales et cette liste présente donc en 61ème position, un candidat mystère dont le nom n’a été révélé que le 22 février dernier par le quotidien local, Le Télégramme. Il s’agit du chat REC (comme le nom de la liste, intitulée Rennes en commun).

Enora Le Pape et le chat REC lors de la présentation des candidats pour les municipales à Rennes

Bien entendu, c’est un humain qui lui servira officiellement de prête-nom et dont l’identité figure sur la liste déposée officiellement en Préfecture car, même en Bretagne, les chats ne sont pas encore éligibles aux municipales. Mais c’est bien le chat qui figurera sur toute la communication et les affiches de campagne. Il ne sera d’ailleurs pas en position éligible même si ses colistiers sont optimistes sur leurs chances de succès. Le codirecteur de campagne, Félix Boulanger (à ne pas confondre avec Félix le chat) justifie ce choix par le fait qu’il existe 200 000 animaux de compagnie à Rennes et que REC méritait donc bien une place sur la liste pour séduire cet électorat qui certes, n’a pas (encore) le droit de vote mais ne manque pas d’une certaine influence sur ses propriétaires.

Choisir un chat comme représentant politique ne manque d’ailleurs pas de pertinence car, comme l’avait déjà observé l’historien Hippolyte Taine, « J‘ai étudié beaucoup de philosophes et de nombreux chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure« . Et ne parlons même pas de celle de certains de nos élus

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

2019 est passé, n’en parlons plus…

1 janvier 2020

C’est chaque année la même chose : une année s’achève, avec son lot de petites joies et de grandes misères. Chacun ne pense qu’à la suivante qui vient tout juste de débuter. On se congratule et on se souhaite une « Bonne année, et surtout la santé ! », comme de coutume. On ne se souvient sur le moment que des multiples catastrophes qui ont jalonné l’année écoulée : les deuils de personnalités ou de proches, les maladies et les accidents qui nous ont pourri la vie et jeté dans l’angoisse, les crises planétaires qui s’aggravent, la situation économique qui n’en finit pas de se dégrader et les décisions de nos responsables politiques qui nous paraissent toutes plus injustes et inappropriées les unes que les autres.

Mais avec le temps, on se souviendra aussi peut-être des bons moments que l’on a vécus durant l’année qui vient de s’écouler et l’on en viendra même à sourire en se remémorant certains de ces événements passés. Alors, autant commencer tout de suite, grâce à la vision décalée et subjective de certains dessinateurs de presse dont on ne saluera jamais assez, non seulement le talent, mais surtout la capacité de nous faire sourire des situations les plus déprimantes : les dessinateurs d’actualité devraient être élevés au rang de bienfaiteurs de l’humanité !

Janvier :

Le 17 janvier 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, au nom du principe de précaution, demande la suspension de l’utilisation des LBD, ces fameux lanceurs de balles, qui ont fait des dégâts considérables lors des manifestations de lycéens puis lors de celles des Gilets jaunes. Au moins une soixantaine de blessures graves ont été alors recensées : œil éborgné, fractures de la mâchoire, joue trouée, traumatismes crâniens… Le Directeur de la Police nationale diffuse une note interne rappelant les conditions d’engagement de cette arme mais le gouvernement refuse d’en interdire l’usage malgré la grave blessure à l’œil survenue à l’un des leaders des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, lors de la manifestation du samedi 26 janvier.

Un dessin signé Mutio, paru sur Urtikan.net

Février :

Le 26 février 2019 et à l’issue d’une longue polémique, le distributeur d’articles de sport et de loisir, Decathlon, annonce qu’il renonce finalement à commercialiser en France son « hijab de running » destiné aux sportives de confession musulmane et déjà vendu au Maroc. Bien que la ministre de la santé ait rappelé que la vente de cet article n’était pas interdite par la loi, l’enseigne a préféré jeter l’éponge avant même la mise en rayon du vêtement controversé, après que ses employés ont reçu des centaines d’appels outrés et essuyé de nombreuses insultes de la part des clients en magasin.

Un dessin de Xavier Lacombe publié dans Marianne le 1er mars 2019

Mars :

Le 11 mars 2019, après deux semaines de contestation dans la rue, le président algérien Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il renonce à briguer un cinquième mandat et évoque un report de l’élection présidentielle prévue le 18 avril. De retour à Alger après deux semaines d’hospitalisation en Suisse, il fait savoir : « Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République ».

Un dessin signé Ali Dilem

Avril :

Le 17 avril 2019, le surlendemain seulement de l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris, dans une allocution télévisée de 6 minutes, le chef de l’État, Emmanuel Macron déclare à la surprise générale : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années ». Une déclaration péremptoire qui laisse pantois plus d’un spécialiste de la restauration du patrimoine historique et ouvre la voie à bien des polémiques : un délai aussi court et non dénué d’arrières-pensées électoralistes est-il bien raisonnable alors que les expertises sont à peine commencées pour évaluer l’étendue des dommages et la nature des travaux de consolidation à entreprendre ? Faudra-t-il restaurer à l’identique ou profiter de l’opération pour moderniser radicalement l’édifice en utilisant les techniques contemporaines ?

Un dessin d’Ysope

Mai :

Le 1er mai 2019, vers 16h, alors que les forces de police venaient d’opérer une violente charge avec utilisation massive de gaz lacrymogène contre un cortège parisien, un groupe de manifestants escalade les grilles de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière afin de chercher refuge. Alors que les forces de l’ordre les poursuivent dans l’enceinte de l’hôpital, une vingtaine de manifestants, pour se mettre à l’abri, tente de pénétrer à l’intérieur d’un bâtiment. Le personnel soignant s’y oppose car l’accès en question donne sur un service de réanimation. Le soir même, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, accuse les manifestants d’avoir tenté de prendre d’assaut l’hôpital, prétendument pour s’en prendre à un capitaine de CRS qui y aurait été hospitalisé, et d’avoir par cette attaque délibérée mis en danger la vie des malades, une rumeur qui se dégonflera rapidement au fil des témoignages qui s’accumulent et convergent.

Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.net

Juin :

Dimanche 2 juin 2019, une semaine après le piteux score de la liste Les Républicains (LR) aux élections européennes (moins de 8,5 %), Laurent Wauquiez annonce sa démission de son poste de président du parti. De nombreux cadres LR saluent une décision « sage, digne et courageuse » sans s’étendre sur le fait qu’ils faisaient pression sur lui depuis plusieurs jours pour qu’il annonce au plus vite son départ après un tel fiasco électoral et une série de boulettes qui avaient déjà provoqué de nombreux remous au sein du parti. Marine Le Pen en profite pour appeler à un large rassemblement de la droite et de l’extrême-droite. Élu en décembre 2017 à la tête du parti après la défaite cinglante de François Fillon lors des présidentielles, Laurent Wauquiez avait imprimé au parti LR une ligne très conservatrice, que son successeur, Christian Jacob, élu en octobre 2019, ne devrait guère infléchir.

Un dessin signé Na !

Juillet :

Le 23 juillet 2019, la jeune militante suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, intervient devant l’Assemblée Nationale pour rappeler aux députés français l’urgence de se mobiliser en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. Sa venue est précédée par de nombreux quolibets de députés qui ironisent sur sa jeunesse et sa position de lanceuse d’alerte. « Ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culotte courte » se déchaîne ainsi le député LR du Vaucluse, Julien Aubert. Quelques heures après son passage et malgré ses mises en garde, les députés approuvent, comme si de rien n’était, la ratification du CETA, le traité de libre échange entre l’Europe et le Canada…

Dessin de Georges Million

Août :

Deux fusillades de masse aux États-Unis, le 3 août 2019 à El Paso (Texas) et le 4 août à Dayton (Ohio) font au moins 30 morts et 52 blessés, relançant une nouvelle fois la mobilisation d’une partie de l’opinion publique américaine contre la détention libre d’armes de tir. Le même week-end, trois autres fusillades de moindre ampleur se sont également produites à Memphis et à Chicago, ajoutant à ce triste bilan 2 morts et 17 blessés supplémentaires. Depuis le début de l’année 2019, on en est déjà à 348 morts et 1162 blessés recensés à l’occasion de 297 fusillades de masse dans le pays. 2019 se classe ainsi en tête des années noires depuis 2013 : depuis le début de l’année, il ne s’est jamais écoulé plus de 6 jours consécutifs sans une nouvelle tuerie de masse ! Mais Donald Trump dispose toujours d’une large majorité pour éviter toute évolution législative sur cette question de société, malgré la mobilisation de nombreuses personnalités et citoyens ordinaires, comme l’évoque ce dessin de Pascal Gros.

Un dessin de Pascal Gros publié dans Marianne le 9 août 2019

Septembre :

L’ancien Président de la République, Jacques Chirac, décède le 26 septembre 2019, à l’âge de 86 ans. Le dessinateur Frizou se souvient du débat historique qui a opposé en 1988, entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Chirac, alors président du RPR et premier ministre de cohabitation, à François Mitterrand qui achevait son premier septennat. Chirac tenta de déstabiliser son adversaire en affirmant d’emblée : « Ce soir, je ne suis pas le premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité. […] Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand ?». La repartie fut cinglante : « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier ministre…».

Un dessin signé Frizou, publié dans Le Figaro

Octobre :

Le 11 octobre 2019, le conseiller régional Rassemblement national (RN) Julien Odoul, interpelle en pleine séance la présidente du Conseil régional Bourgogne Franche Comté, Marie-Guite Dufay, pour lui demander de faire expulser une femme portant un foulard islamique et accompagnant un groupe de scolaires qui assistait à la séance dans le public. La Présidente de la Région lui rétorque que ni la loi ni le règlement intérieur ne lui permettent d’accéder à sa demande dans la mesure où cette accompagnatrice de sortie scolaire n’est manifestement pas de nature à troubler l’ordre public. Les élus RN quittent la séance pour exprimer leur mécontentement et c’est le début d’une nouvelle polémique nationale sur le port du voile dans les lieux publics et les sortie scolaires, une polémique qui agite régulièrement la France depuis des années comme le rappelle malicieusement le dessinateur Antoine Chereau…

Un dessin signé Antoine Chereau, publié sur Urtikan.net

Novembre :

Après 8 mois de crise dans les hôpitaux, le premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn annoncent, le 20 novembre 2019, un plan urgence hôpitaux qui consiste en une reprise partielle de la dette, une rallonge budgétaire et des primes supplémentaires pour le personnel soignant. « L’idée de ce plan, c’est de redonner de l’oxygène aux soignants, qui n’en peuvent plus » affirme Édouard Philippe. Ces mesures ne semblent cependant guère convaincre le personnel hospitalier engagé dans un mouvement de grève durable, débuté dès le mois de mars dans certains services d’urgence en région parisienne. Certains reprochent au gouvernement de se livrer à un tour de bonneteau en recyclant des ressources budgétaires du ministère de la santé, comme le suggère ce dessin de Cambon…

Un dessin de Cambon, publié sur Urtikan.net

Décembre :

Le 21 décembre 2019, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara signent la fin du franc CFA, relique de l’histoire coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pendant ce temps-là, les transports publics en France sont largement paralysés par les mouvements syndicaux qui se mobilisent contre la réforme des retraites, rendant très difficile la vie quotidienne de nombreux salariés, surtout en région francilienne et menaçant des millions de Français de ne pas pouvoir se déplacer à l’approche des fêtes de fin d’année.

Un dessin d’Alex publié dans le Courrier Picard

L. V.

2019 : joyeux Noël malgré tout !

25 décembre 2019

L’année 2019 se termine bientôt et les fêtes de fin d’année sont traditionnellement l’occasion d’oublier un peu le quotidien souvent morose, l’impression de se faire quelque peu enfumer par des décisions politiques pas toujours très équitables ou celle de foncer droit dans le mur d’une catastrophe écologique sans précédent et peut-être fatale pour l’humanité tout en accélérant et en klaxonnant à qui mieux mieux…. Grèves dans les transports publics, aveuglement de nos responsables politiques, crise de notre modèle économique, injustices sociales à grande échelle : pour souffler un peu et oublier ponctuellement ce quotidien anxiogène, rien ne vaut un bon repas de fête en famille, ou un dessin de presse bien tourné… Joyeux Noël à tous nos lecteurs  !

Un dessin signé Berth (source over-blog)

Un dessin signé Philippe Geluck

 

Un dessin signé Alex publié dans le Courrier Picard

Un dessin signé Ysope

Un dessin signé Mutio publié sur le site Urtikan

Partira ? Partira pas ? Le petit Brexit illustré…

2 novembre 2019

C’est assurément le meilleur feuilleton politique depuis bien longtemps. Plus personne n’y comprend rien depuis déjà un moment, mais l’affaire continue de tenir en haleine des millions d’Européens pourtant blasés depuis belle lurette par les subtilités de la construction européenne. Il est vrai qu’en l’occurrence, le dossier du Brexit relève plutôt de la déconstruction et que les rebondissements les plus inattendus ne manquent pas !

Un dessin signé JacPé, du graphiste bruxellois Jacques Péten

Rappelons quand même, pour ceux qui l’auraient oublié, que le référendum par lequel les Britanniques ont choisi à une courte majorité de 51,9 % de quitter l’Union européenne date du 23 juin 2016. Trois ans et demi plus tard, alors que la date limite pour que le retrait effectif de la Grande-Bretagne avait été fixé au 29 mars 2019, on ne sait toujours pas quand ce départ aura effectivement lieu, ni bien sûr dans quelles conditions, ni même d’ailleurs s’il aura bien lieu…

Souvenons-nous aussi des circonstances dans lesquelles ce référendum, le second du genre en Grande-Bretagne, après celui de 1975, avait été imaginé par l’ancien Premier ministre conservateur David Camerone. Ce dernier souhaitait le maintien dans l’Union Européenne mais voulait utiliser la voix du peuple pour faire pression sur Bruxelles afin d’obtenir de nouveaux accommodements en faveur du Royaume-Uni. Le Parti travailliste comme les Libéraux-Démocrates et une bonne partie des élus conservateurs avaient d’ailleurs fait campagne pour le maintien dans l’UE. Ce qui n’a pas empêché le parti du Brexit, emmené par l’aile eurosceptique conservatrice représentée par Boris Johnson et par les nationalistes de l’UKIP, de convaincre une majorité de Britanniques de choisir la voie du large.

Un dessin du Belge Vadot, publié dans l’Echo le 18 février 2016 à l’occasion d’un sommet européen consacré (déjà !) au futur Brexit (source © Le Monde)

Sauf qu’on ne quitte pas si facilement l’Union européenne. Teresa May a bien lancé formellement la procédure de négociation en vue du grand départ dès le 29 mars 2017, mais le projet d’accord de retrait négocié en novembre 2018 a été retoqué à trois reprises par le Parlement britannique. Faute d’accord et pour éviter une sortie sans accord jugée pour le moins hasardeuse, le délai a été reporté à maintes reprises, obligeant même les Britanniques à élire de nouveaux députés européens en juin 2019 : un comble pour un pays qui ne voulait plus participer à l’Union européenne !

Les malheurs de Teresa May : un dessin signé Chapatte publié dans The New York Time (source © Cartooning for peace)

Teresa May n’ayant finalement pas eu d’autre alternative que de démissionner, c’est l’imprévisible Boris Johnson, chantre du Brexit dur, qui a été nommé Premier ministre le 24 juillet 2019. Mais depuis, c’est le blocage. Boris Johnson a refusé de reprendre les négociations avec l’UE en vue d’un nouvel accord tandis que le Parlement britannique s’oppose à une sortie sans accord.

On en est notamment arrivé à cette situation ubuesque le 19 octobre dernier, lorsque Boris Johnson a envoyé en même temps deux courriers différents à Bruxelles, le premier (non signé) pour demander un nouveau report du Brexit comme l’exigeait le vote du Parlement britannique, et le second (signé de sa main) pour réclamer le contraire, tandis que l’ambassadeur britannique auprès de l’Union européenne adressait une troisième lettre expliquant que légalement son pays était bien obligé de demander un nouveau report, jusqu’au 31 janvier 2020 donc, puisque telle était la volonté des députés…

Un dessin de Wingz daté du 17 janvier 2019

Voilà qui fait pour le moins désordre et explique pourquoi, de report en report, certains commencent à perler de « brexiternité » … La prochaine péripétie est déjà annoncée puisque Boris Johnson a décidé de tenter de sortir de cette impasse en provoquant des élections législatives anticipées, escomptant sur un renforcement de sa majorité conservatrice europhobe. Il a dû s’y reprendre à quatre fois avant d’arriver enfin à obtenir un accord sur la date de ces élections qui auront donc lieu le 12 décembre. Le Parlement Britannique sera ainsi dissous le 5 novembre, le jour justement où la Grande-Bretagne célèbre une tentative avortée en 1605 qui visait à …faire sauter ce même Parlement !

Et ces élections risquent fort de ménager des surprises. Nigel Farage, qui menait en 2016 la bataille en faveur du Brexit, a repris du poil de la bête, d’autant que Donald Trump en personne s’est invité dans le débat et lui conseille une alliance avec Boris Johnson, histoire de constituer un rouleau compresseur irrésistible pour laminer ceux qui hésitent encore à sortir de l’UE sans accord. Pour le président américain, toute occasion d’affaiblir un peu plus son partenaire européen est toujours bonne à prendre…

Bien entendu, Boris Johnson ne veut pas d’une telle alliance et du coup ces prochaines élections s’avèrent bien incertaines : le feuilleton n’est pas prêt de se terminer et devrait encore nous réserver quelques beaux rebondissements !

L. V.

Architecte pour chats et hamsters : un marché de niche

16 octobre 2019

Comme nombre de professions libérales, l’architecte se doit de trouver le bon créneau pour asseoir sa réputation et forger sa clientèle. En Corée du sud, le cabinet d’architecte Zit Studio s’est ainsi spécialisé dans la création de mini villas de luxe pour hamsters : la niche est restreinte, certes, mais la concurrence est encore rare sur ce marché…

Villa moderne pour hamster sophistiqué (source © Zit Studio / creapills)

C’est le site Creapills qui s’en est fait l’écho et qui diffuse de nombreuses vidéos très pédagogiques de ce cabinet d’architecte montrant étape par étape comment sont assemblées ces maquettes ultra perfectionnées destinées à abriter nos amis les hamsters.

Terrain de jeu design pour hamster exigeant (source © Zit Studio / creapills)

Rien à voir bien sûr avec la vulgaire cage traditionnelle avec sa roue dans laquelle le rongeur tourne à devenir fou. On est ici dans le haut de gamme : design moderne, lignes épurées, grands espaces, matériaux de qualité, finition soignée, abords paysagers, accessoires ludiques et couche généreuse de fins copeaux de bois dans laquelle votre hamster grattouille avec délice… L’eau et la nourriture sont prévues aussi dans ces demeures luxueuses pour animal de compagnie privilégié.

Un hamster prend possession de sa nouvelle demeure (source © Zit Studio / creapills)

Et tous les styles sont disponibles, depuis le pastiche du MacDo jusqu’à la villa californienne en passant par la demeure ultra moderne aux grandes baies vitrées et à l’escalier extérieur aérien. De quoi rendre jaloux votre chat lorsqu’il verra dans quel luxe se pavane un simple rongeur d’appartement !

Mais pas de panique. Les architectes s’intéressent aussi aux chats. Des créateurs à l’imagination débridée ont même totalement révolutionné le concept de l’arbre à chats, aussi design qu’insolite, et ceci grâce à l’association Architects for animals, qui organise un concours annuel d’architecture pour créer les refuges plus originaux pour chats délicats, soucieux d’un intérieur sophistiqué.

Arbre à chat conçu par Tracy A. Stone Architect (photo © Meghan Bob Photography / Architects for animals)

Et l’imagination de certains est sans limite. De la niche en caisses de récupération empilées jusqu’au pot de fleur évidé en passant par les formes les plus futuristes, l’édition 2019 organisée au profit de l’association FixNation LA, qui revend les œuvres lauréates afin d’offrir un refuge et un service d’adoption aux chats errants, ne manque pas d’imagination.

Arbre pour chat harpiste ? (source © Architects for Animals / Feral Design Group, LLC / Creapills)

Oiseau ou poisson : un choix difficile… (source © Architects for Animals / Feral Design Group, LLC / Creapills)

Les œuvres réalisées dans ce cadre lors de la 10ème édition en 2017, dévoilées également par Creapills ne manquent pas d’intérêt non plus. Les chats y trouveront nécessairement arbre à leur goût selon qu’ils préfèrent faire vibrer les cordes d’une harpe futuriste, grimper sur une toiture extravagante, s’enrouler dans une pelure d’orange ou partir à l’assaut de cabanes à oiseaux depuis le dos d’une baleine.

De belles créations artistiques en tout cas, qui montrent que les architectes sont parfois plus inspirés pour concevoir des niches à hamsters que pour construire des logements sociaux en forme de cages à lapins…

L. V.

Salade niçoise : Estrosi ne veut plus de riz…

26 juillet 2019

Avec la montée en puissance de l’intercommunalité et le transfert massif de la plupart des compétences communales vers les métropoles, communautés d’agglomération et autres communautés de communes, beaucoup craignaient que le conseil municipal, haut-lieu traditionnel du débat démocratique de proximité, ne perde de son acuité.

Affiche du film Clochemerle, réalisé en 1947 par Pierre Chenal

Heureusement l’ego et le sens du spectacle de nos élus locaux font beaucoup pour que perdurent les joutes homériques et les débats de fond qui ont toujours fait le sel des séances du conseil municipal. Admirablement mis en scène dans le petit village fictif de Clochemerle, dans le Beaujolais, les discussions enflammées autour de l’installation d’une pissotière municipale, sont restées dans les annales, même si elles n’ont rien à envier aux échanges tout aussi houleux qui ont eu lieu récemment lors de la mise en place d’urinoirs tout autant controversés dans les rues de la capitale parisienne.

Certes, les conseillers municipaux doivent bien souvent se contenter au quotidien de dossiers moins brûlants et l’intérêt des échanges en séance en pâtit quelque peu. Mais on peut faire confiance à l’imagination et au goût pour la joute oratoire de nos élus comme l’ont encore démontré les débats qui ont eu lieu il y a peu dans la salle du conseil municipal de Nice, autour du projet de nouveau règlement que le maire Christian Estrosi a tenu à faire adopter pour mieux encadrer l’organisation des mariages dans sa bonne ville.

Christian Estrosi lors de son (re)mariage avec Laura Tenoudji en novembre 2016 (photo © Jacovides – Borde – Moreau / BestImage / Gala)

Il faut dire que la question des mariages niçois fait partie sans conteste des priorités de cet ancien coureur motocycliste et éphémère Président de la Région PACA, lui-même remarié récemment à 61 ans, le 12 novembre 2016, et qui avait déjà édicté en 2012 un règlement particulièrement sévère pour éviter tout débordement dans la salle des mariages de sa mairie : interdiction absolue de déployer un quelconque drapeau, surtout étranger, obligation de respecter scrupuleusement les horaires prévus et aucune tolérance pour le moindre cri ou chahut dans la cour d’honneur de la mairie située dans le Vieux-Nice, à deux pas de la mer.

A défaut de respecter ces consignes pour lesquels les futurs époux s’engageaient par écrit au nom de toute la noce en signant une charte stipulant que tous leurs invités s’abstiennent de « troubler la quiétude, la tranquillité et la solennité de l’instant », le mariage risquait bel et bien d’être annulé ou reporté comme ce fut le cas une petite dizaine de fois en quelques années de mise en application. Sur 8000 mariages célébrés pendant cette période, voilà qui n’est pas énorme et ne méritait peut-être pas une telle délibération du conseil municipal.

Mais début novembre 2018, selon Le Parisien, un invité, particulièrement enthousiaste et qui plus est marseillais, d’une noce niçoise n’a pas pu s’empêcher de lancer un fumigène depuis le cortège nuptial. Manque de chance, le fumigène en question a atterri sur le toit du commissariat de la ville, ce qui a valu au jeune noceur en question une interpellation immédiate pour « violences volontaires avec arme par destination contre personne dépositaire de l’autorité publique ». Placé en garde à vue pendant 24 heures, le contrevenant a vu sa Mercedes saisie par les pandores et il a écopé d’une amende de 300 euros assortie de 2 mois de suspension de permis tandis qu’un autre participant à la noce a aussi été interpellé et jugé pour outrage aux forces de l’ordre. Le mariage a du coup été dûment annulé par le maire hors de lui.

Mariage à Nice (photo © Valéry Hache / AFP / France 3 Régions)

Et l’affaire n’en est pas restée là puisque Christian Estrosi en a déduit qu’il n’y avait rien de plus urgent que de restreindre encore les conditions pour qu’un mariage puisse être célébré jusqu’à son terme dans la bonne ville de Nice. D’où la récente passe d’armes qui s’est tenue dans la salle du conseil municipal, lundi 17 juin 2019, lorsque le maire a présenté un nouveau règlement intérieur revu et corrigé, qui prévoit pour les futurs mariages à célébrer, les formalités obligatoires préalables, le respect des horaires de la cérémonie, le lieu, l’accès et le stationnement des véhicules, le respect du nombre d’invités en accord avec la capacité de la salle, mais aussi l’attitude à adopter lors de la cérémonie et le comportement du cortège.

Un mariage à la sortie de la mairie de Nice (photo © Lucie Werner)

Un comportement exemplaire à tous égards, cela va de soi, pour lequel il a fallu pas moins de 20 articles pour dresser la liste de tous les interdits afin que, comme l’a exprimé avec grandiloquence le maire de Nice « cette cérémonie unique reste inoubliable pour chacun ». Il est en particulier désormais « interdit sur le parvis de la mairie, lors de la sortie des mariés, de jeter du riz afin de ne pas attirer les pigeons ».

Au pays de la salade niçoise, voilà qui n’a pas laissé d’étonner certains des élus municipaux, comme le rapporte Le Figaro. Mais l’adjoint à l’état civil a rapporté que, la semaine précédente, « une dame âgée qui ne faisait même pas partie du mariage a glissé sur des grains ». Un argument imparable en effet : sur la Côte d’Azur, on ne badine pas avec la sécurité, surtout celle des personnes âgées, d’autant que les invités ont la main lourde ainsi que l’a rapporté doctement le même élu : « le calcul est très simple: à raison d’un demi-kilo de riz au moins par mariage pour trente cérémonies, cela fait entre 15 et 30 kg de riz sur le parvis ! ». Voilà qui fait en effet désordre, mais fort heureusement et grâce à la mansuétude du maire, le lancer de confettis ou de pétales reste autorisé, sauf bien sûr si les pétales de rose sont en plastique car à Nice on ne rigole pas non plus avec l’environnement.

Quant à l’article 12 du tout nouveau règlement, il stipule ni plus ni moins que « toute tenue burlesque ou déguisement est à proscrire ». Une mesure qui a failli faire s’étouffer l’élu d’opposition, le socialiste Paul Cuturello, déclarant en séance : « interdire le déguisement au pays du carnaval, là, on dépasse les bornes, c’est d’un ridicule achevé ! ».

Conseil municipal de la Ville de Nice (source Les Petites Affiches des Alpes Maritimes)

Un avis partagé, selon Nice Matin, par l’ex-adjoint au maire en charge de l’État civil, Auguste Vérola, lequel avait été démis de ses fonctions par Christian Estrosi à cause de son rapprochement avec l’ennemi héréditaire Éric Ciotti, et qui n’a pas pu s’empêcher de commenter ; « ll faut que cela reste festif ! Annuler un mariage n’est pas glorieux ! ». Ce qui lui a valu de la part du maire une réplique cinglante : « de la part de quelqu’un qui a uni des mariés déguisés en gorilles ou en palmes ! ». Il se passe décidément de drôles de choses dans la salle des mariages de l’hôtel de ville de Nice et il était grand temps d’y mettre un peu d’ordre…

L. V.

La lessive au glyphosate ?

31 mai 2019

Le sénateur Pierre Médevielle (photo © Didier Goupy / Site P. Médevielle)

Sénateur UDI de Haute-Garonne, Pierre Médevielle est aussi maire de Boulogne-sur-Gesse, une commune rurale de 1600 habitants située près de Saint-Gaudens, en limite du Gers. Peu connu du grand public en dehors de son Sud-Ouest natal, ce pharmacien est pourtant membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat, mais aussi vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Présidé par Gérard Longuet et composé de 18 députés et 18 sénateurs, ce dernier organisme a pour mission, « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d’éclairer ses décisions ». Il permet ainsi au Parlement de disposer d’une expertise pour éclairer des choix politiques de long terme. C’est dans ce cadre que quatre parlementaires dont Pierre Médevielle ont déposé le 2 mai 2019, à l’issue de 15 mois d’enquête, un rapport intitulé « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences : trouver le chemin de la confiance ».

La mission qui leur avait été confiée avait pour objet, à partir de l’exemple emblématique du glyphosate, de comprendre comment travaillent les agences chargées d’évaluer la dangerosité des produits chimiques à risque, de passer en revue leurs protocoles d’investigations, et de suggérer, par une harmonisation des pratiques en France et en Europe par exemple, des pistes d’amélioration de nature à restaurer la confiance entre ces instituts scientifiques et l’opinion publique. Un véritable travail de fond, sur un sujet brûlant d’actualité qui déchaîne facilement les passions et pour lequel toute la sagesse et l’expérience de notre pharmacien sénateur était attendue afin de débrouiller avec prudence et objectivité un dossier aussi ardu et sujet à controverses.

Épandage de glyphosate dans la Sarthe en mai 2018 (photo © Jean-François Monier / Archives AFP / Géo)

Apprenant que le rapport allait être rendu public, la Dépêche du Midi a naturellement contacté le sénateur le 12 mai dernier, afin de l’interroger sur les conclusions de ces travaux. Et là, surprise ! Pensant sans doute à ne pas froisser ses électeurs issus pour beaucoup du monde agricole, Pierre Médevielle tient en effet au journaliste qui le questionne des propos assez tranchés, affirmant « qu’aucune preuve scientifique ne démontre formellement aujourd’hui la cancérogénité du glyphosate. A la question : le glyphosate est-il cancérogène : la réponse est non ! ». Voilà qui contredit ouvertement les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer et relève vaguement de la provocation, surtout quand le sénateur précise que « le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui, pourtant, ne sont pas interdites ». Les agriculteurs victimes de graves intoxications pour avoir manipulé ce produit apprécieront…

Un dessin signé Xavier Delucq, publié dans le Huffington Post

Mais le sénateur décidément en verve lors de cet entretien avec la presse locale, a fait une autre confidence des plus étrange, affirmant sans ciller et toujours en parlant du glyphosate, le produit actif du Roundup commercialisé par Monsanto, que « cette molécule est ajoutée à nos lessives pour nettoyer les canalisations ». De quoi rendre perplexe le moins averti des citoyens face à une affirmation énoncée avec un tel aplomb par un parlementaire scientifique faisant nécessairement autorité.

On ignorait en effet jusque là que les fabricants de lessive se préoccupaient non seulement de la propreté de notre linge mais également de celles de nos canalisations d’évacuation des eaux usées. On savait certes que le Coca Cola est un excellent déboucheur liquide, mais pas que que Monsanto se positionnait comme auxiliaire des égoutiers et fournisseur d’adjuvant pour lessive multi-usage. A se demander comment de tels secrets de fabrication avaient pu restés cachés jusqu’ici…

Face au tollé soulevé par ses propos, alors même que Pierre Médevielle n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement sur le contenu de ce rapport qui n’est toujours pas accessible sur le site de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le sénateur a prétendu avoir été piégé par les journalistes de la Dépêche du Midi qui auraient grossièrement déformé ses propos au mépris de toute déontologie. L’argument est convaincant car on sait que certains journalistes, surtout non spécialisés sur des sujets techniques aussi pointus, peuvent parfois se méprendre et traduire mal à propos les propos qu’on leur a tenus, croyant bien faire en les exprimant dans un langage plus simple sans se rendre compte qu’ils en modifient le sens.

Cédric Villani (en 2015)

Sauf que la totalité de l’entretien a été soigneusement enregistré par le journaliste qui a réalisé l’interview, lequel se propose bien volontiers de transmettre l’enregistrement à qui le souhaite. Au point que le premier vice président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le mathématicien Cédric Villani, a été obligé de se livrer à un délicat exercice de rétropédalage diplomatique pour tenter de venir en aide à son confrère accusé du coup de rouler pour Monsanto : « Je ne vois, à ce stade, aucune raison de douter de l’intégrité de Pierre Médevieille qui, comme ses collègues tout au long des quinze mois de leur mission, a réalisé un excellent travail. Je veux croire qu’il s’agit d’une maladresse : au cours de son entretien, il s’est probablement laissé aller à exprimer des convictions personnelles ».

Reste que la question du glyphosate dans la lessive intrigue… En réalité, il semble que le bon pharmacien de Boulogne-sur-Gesse se soit un peu mélangé les burettes en pensant sans doute à l’acide aminométhylphosphonique, AMPA de son petit nom, qui constitue l’un des composés chimiques les plus fréquemment retrouvé dans les cours d’eau et les nappes souterraines, issu principalement de la dégradation en milieu naturel, du glyphosate utilisé comme herbicide. Mais l’AMPA a aussi une autre origine car il est aussi le résultat de la dégradation des aminométhylène-phosphonates, produits industriels utilisés dans les systèmes de réfrigération et de refroidissement des moteurs, mais aussi dans certains détergents industriels et domestiques (comme adjuvants anticalcaires).

L’eutrophisation des cours d’eau sous l’effet des rejets de phosphates

Ironie de l’histoire, ces phosphonates dans les lessives se sont fortement développés à partir de 2007, lorsqu’a été définitivement interdit l’usage des phosphates dans les détergents textiles ménagers, justement pour limiter les risques d’eutrophisation des cours d’eau. Or les AMPA, qui sont issus de la dégradation de ces phosphonates, ne sont pas éliminés dans les stations de traitement des eaux usées, ce qui explique qu’on les retrouve en proportion croissante dans le milieu naturel. Mais cela n’enlève rien au risque que constitue le glyphosate, non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour la qualité de nos milieux aquatiques. Et cela incite en tout état de cause notre sénateur adepte du Roundup à réviser quelque peu ses cours de chimie et ses traités de déontologie…

L. V.

A l’école Jules Ferry, les moutons préparent leur rentrée…

9 mai 2019

Manifestation parfaitement réussie et scène quelque peu surréaliste en ce mardi 7 mai 2019 devant l’école Jules Ferry de Crêts-en-Belledonne, une commune qui surplombe le Grésivaudan, entre Uriage et Allevard, en Isère : à 8 heures du matin, 65 moutons conduits par leur berger ont débarqué avec force bêlements dans la cour de l’école devant des enfants qui tenaient des pancartes indiquant notamment : « On ne gère pas une école comme on gère un troupeau », « On ne nous tondra pas » ou encore « On n’est pas des moutons ». Une action lancée par les parents d’élèves et les élus locaux pour protester contre la fermeture annoncée de l’une des 11 classes de l’école du village.

Les futurs inscrits devant l’école (photo © Serge Pueyo / Le Parisien)

Cette fermeture de classe est bien entendue justifiée par l’Éducation nationale par une baisse des effectifs qui passerait à la rentrée 2019 de 266 à 261 élèves. Mais qu’à cela ne tienne ! Le maire, Jean-Louis Maret a trouvé la solution : faute d’enfants, il n’y a qu’à inscrire quelques moutons à la place, histoire de gonfler les effectifs. L’éleveur local, Michel Girerd, a immédiatement donné son accord, pas mécontent de voir certains de ses meilleurs éléments accéder à un enseignement scolaire de qualité, de nature à améliorer le niveau intellectuel du troupeau.

A Crêt-en-Belledonne, les élèves font connaissance avec leurs futurs camarades… (source © France Bleu)

Les enfants n’y sont pas hostiles non plus, trop contents de se faire quelques copains de classe un peu atypiques : « Avoir des moutons dans l’école, c’est super ! Je suis prêt à en prendre un ou deux dans ma classe. Je suis sûr qu’ils vont bien travailler », confie une petite fille de 8 ans aux médias venus en nombre assister au spectacle.

Et l’inscription des nouveaux impétrants a donc eu lieu en public : micro en main, une mère de famille a invité 15 des heureux élus à venir présenter au maire leur extrait de naissance pour que soient officiellement inscrits, en prévision de la prochaine rentrée scolaire, Panurge, Jason Toison d’or, Saute-Mouton ou encore Mouton noir. Une inscription validée dans les registres de la commune et qui devrait sans nul doute convaincre l’inspection d’académie de maintenir en l’état les 11 classes de l’établissement scolaire, dans la mesure où, comme l’analyse finement l’un des parents d’élèves : « L’Éducation nationale, ce n’est malheureusement que des chiffres. Et donc maintenant, avec cette remontée subite des effectifs, on est bon. On peut aller voir la directrice d’académie pour faire valoir nos droits et sauver notre classe ».

Devant l’école, une manifestation bon enfant (photo © Valentine Letesse / Radio France)

On verra bien à l’usage si les responsables locaux de l’Académie de Grenoble se laisseront convaincre mais on ne pourra pas dire en tout cas que les élus locaux sont restés sans rien faire, eux qui avaient déjà eu le courage de fusionner leurs deux communes rurales de Saint-Pierre d’Allevard et de Morêtel-de-Mailles pour créer au 1er janvier 2016 cette commune nouvelle de Crêt-en-Belledonne, avec déjà pour souci principal ce projet d’école de taille suffisante pour en assurer la pérennité.

L’école des moutons (source © Short Edition)

Une belle initiative citoyenne en tout cas, menée dans la bonne humeur et qui a connu un retentissement exceptionnel, la plupart des médias nationaux et même la BBC s’en étant fait l’écho. Il reste désormais aux technocrates du ministère de l’Éducation nationale à faire preuve d’imagination pour trouver comment insérer dans le système éducatif français ces quelques brebis égarées du Grésivaudan si désireuses d’acquérir les rudiments d’une instruction élémentaire de base. Depuis le temps que les pédagogues de tous poils répètent à l’envie que l’élève doit être au cœur du dispositif éducatif et que c’est à l’enseignement de s’adapter à son rythme d’apprentissage, c’est le moment ou jamais de prouver que la démarche fonctionne, y compris pour des moutons en âge d’être scolarisés… Bon courage quand même à l’enseignant qui devra gérer ces recrues supplémentaires !

L. V.

Biodiversité : le poisson d’avril menacé ?

2 avril 2019

Un dessin signé Ignace, publié dans Medias presse info

La tradition du poisson d’avril serait-elle en train de se perdre ? Le changement climatique, pour une fois, n’est pour rien dans ce risque d’extinction massive d’une espèce déjà rare puisqu’on ne la rencontre guère qu’un jour par an. En revanche, la grande vogue des fake news, à force de semer le doute sur la véracité des informations colportées par les médias, finit aussi par inciter ces derniers à la plus extrême prudence dans l’art du canular. Déjà que les Français n’ont plus guère confiance dans l’indépendance et l’objectivité des journalistes, au point que ceux-ci se font parfois conspuer, voire molester par les Gilets jaunes en colère…

Le dernier baromètre annuel publié par La Croix en janvier 2019 était à cet égard éloquent : jamais les Français, depuis ces 32 dernières années, n’ont eu une confiance aussi limitée dans les médias ! Seul un quart des sondés jugent les journalistes réellement indépendants. Même la radio, pourtant considérée traditionnellement comme la source médiatique la plus fiable, n’inspire confiance qu’à 50 % des personnes interrogées. Pour la presse écrite, ce taux descend à 44 %. Il tombe à 38 % pour la télévision et dégringole à 25 % pour internet.

Face à une telle défiance, pas étonnant donc que des firmes comme Microsoft aient cette année demandé à leurs employés de s’abstenir de tout poisson d’avril : quant toute information devient suspecte, inutile d’en rajouter… « Les données nous montrent que ces blagues ont un impact positif limité et peuvent même entraîner une couverture médiatique négative » s’est justifié le directeur marketing du groupe dans une note aux salariés révélée par The Verge et citée dans Le Monde.

Difficile en effet de lui donner tort quand on constate à quel point certains canulars de 1er avril ont la vie dure. Ainsi de ce poisson d’avril publié en 2015 par une certaine « Monique Merlan », journaliste au Parisien, qui relatait que la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’était vue retirer son permis de conduire après avoir été arrêtée à 121 km/h sur le périphérique au sortir d’une réunion au cours de laquelle avait été décidée l’interdiction de circuler dans la capitale pour des véhicules de plus de 15 ans d’âge. La fausse information était si crédible que Libération devait encore s’efforcer de la démentir fin 2017…

Mais au-delà de ce risque de rumeur non maîtrisable, les médias se retiennent surtout de crainte de perdre encore davantage de leur crédibilité déjà bien entamée et qu’ils essayent de regagner en s’efforçant justement de débusquer les fausses informations et les intox en tout genre qui ont tendance à inonder les réseaux sociaux et qui se propagent le plus souvent sans aucune vérification.

France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, a ainsi publié, lundi 1er avril, un article expliquant ne pas vouloir « semer le doute ici et participer à mélanger le vrai et le faux, fût-ce pour plaisanter ». Même tonalité sur le site Numerama qui explique sa décision de « ne pas créer de fausses informations pour la blague du 1er avril. Cela ne colle pas avec le job d’un média ».

Poisson d’avril publié par Infoconcert sur Facebook le 1er avril 2019 (source © Infoconcert / L’internaute)

Reste que tous les médias n’ont pas eu cette retenue et que nombre d’entre eux n’ont pas pu se résoudre à oublier cette tradition séculaire du poisson d’avril dont l’origine remonterait à l’habitude de s’échanger des cadeaux pour le jour de l’an qui tombait fin mars jusqu’à ce que Charles IX décide en 1564 de la décaler au 1er janvier pour s’aligner sur le reste de l’Europe de l’empereur Charles Quint. Devenu un « faux nouvel an », la date devient prétexte à s’offrir de faux présents, voire se faire des blagues et des canulars.

On a pu apprendre ainsi, lundi 1er avril 2019, sur le site maddyness.com, que « Mounir Mahjoubi abandonne la course à la mairie de Paris pour rejoindre Amazon ». L’ancien secrétaire d’État à l’économie numérique qui vient tout juste de démissionner du gouvernement après avoir vainement tenté de faire signer une charte de bonne conduite aux GAFA, aurait ainsi annoncé sur Facebook rejoindre les équipes d’Amazon comme conseiller spécial de Jeff Bezos, chargé des relations publiques. Un poisson d’avril, évidemment, mais tellement crédible après avoir vu les étonnants changements de trajectoires de certains anciens responsables politiques reconvertis dans les affaires…

La police nationale aussi s’est déchaînée ce 1er avril, en publiant sur son site Twitter La police recrute, video à l’appui, une information selon laquelle elle allait désormais constituer des brigades de lapins : « Qualités olfactives, auditives, agilité… Les lapins sont de précieux compagnons dans nos missions. #LaPoliceRecrute Votre lapin est motivé pour rejoindre l’une de nos brigades léporiphiles ? Envoyez-nous sa candidature ! » Au moins aussi crédible que la police de Savoie qui indiquait sur son site Twitter : « Les produits de coupe des stupéfiants sont parfois dangereux pour la santé. Les commissariats de police de #Chambery #AixLesBains et #Albertville peuvent réaliser des test de qualité ». Avis aux consommateurs et trafiquants de stupéfiant : en cas de doute sur la qualité de votre produit, apportez-le au commissariat pour un test gratuit… Quant à la gendarmerie de Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, elle annonçait de son côté s’être « dotée récemment d’une poule spécialisée dans la détection de produits stupéfiants ». Baptisée STUPS, elle aurait été « formée durant 10 semaines au centre national d’instruction des gallinacées ».

Voilà qui est sans doute révélateur du climat de surmenage qui règle parmi les forces de l’ordre : après des mois de mobilisation pour cause de manifestions récurrentes des Gilets jaunes, on sent que le besoin de décompresser devient irrésistible…

Theresa May à Londres le 15 novembre 2018 (photo © Matt Dunham / AFP)

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut sans doute pas chercher plus loin ce qui a poussé nos amis anglais, en proie aux affres d’un Brexit dont ils ne savent plus comment se dépêtrer, à publier dans le journal conservateur The Telegraph un article repris par Courrier international et informant ses lecteurs que « Le bureau du Cabinet a pris la décision inhabituelle de demander aux médias de ne pas publier les traditionnelles blagues du 1er avril au cas où elles déclencheraient des achats paniques ou provoqueraient des émeutes. »

A en croire ce journal, « lassés des fake news dans cette dernière ligne droite devant les mener au Brexit, Theresa May et son gouvernement auraient ainsi prétexté une loi vieille de 1653 pour les freiner le temps d’une journée ». Evoquant des rumeurs selon lesquelles les Britaniques pourraient manquer de papier hygiénique en cas de sortie de l’Europe sans accord, le porte-parole du gouvernement aurait ainsi déclaré : « Notre message au public est le suivant : si vous entendez à la radio un avertissement effrayant sur un Brexit sans accord, ce n’est pas une blague, c’est juste la politique du gouvernement. », un porte-parole du nom d’Ali Ploorf… l’anagramme d’April Fool’s, qui signifie poisson d’avril en français. Voila qui est rassurant : malgré le contexte morose, les Anglais n’ont pas totalement perdu leur légendaire sens de l’humour !

L. V. 

Une belle leçon de philosophie !

11 mars 2019

Ceci n’est pas un scoop puisque cette vidéo a été publiée le 14 décembre 2016, il y a plus de deux ans, et qu’elle a déjà été visionnée des millions de fois notamment sur YouTube ou Dailymotion. Réalisée par l’Américain Meir Kalmanson, plus connu sous son pseudonyme Meir Kay, elle fait partie de ces vidéos virales qui tournent en boucle sur internet mais qu’on ne résiste pas au plaisir de partager pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue…

Extrait de la vidéo de Meir Kay (source YouTube)

C’est l’histoire d’un professeur de philosophie (joué par l’acteur Kim Emerson) qui donne une leçon de vie à ses élèves avec un pot, quelques balles de golf et autres accessoires : de quoi faire réfléchir tout un chacun au travers d’une performance pédagogique dont certains profs de philo pourraient avantageusement s’inspirer…

A lire ici

Un cas de macrocéphalite aiguë à Carnoux

27 février 2019

Un dessin de Coco publié dans le Ravi le 7 novembre 2013

En ces temps de révolte des gilets jaunes, la démocratie participative à la Française avec ses barons locaux omniprésents semble avoir vécu. La loi a enfin eu raison de cette exception politique française qu’était le député-maire ou le sénateur-maire, qui trustait tous les mandats électifs locaux et nationaux.

Il reste le cas des élus professionnels qui enchaînent mandat après mandat, à l’exemple de l’inamovible et pathétique Jean-Claude Gaudin, élu depuis 1965 à la Ville de Marseille et qui fêtera en 2020 ses 81 ans dont 25 à la tête de la cité phocéenne : il s’en est joué de peu qu’il ne se représente lors des prochaines élections municipales et il a fallu l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne pour qu’il se rende enfin compte que son immobilisme et son clientélisme finissaient par lasser même une population habituellement passive…

Mais il faudra sans doute attendre une loi pour que les élus professionnels de cette trempe ne finissent par admettre qu’en république le pouvoir se partage et ne s’exerce pas indéfiniment : être élu pour gérer le bien public au nom de ses concitoyens est une charge et un honneur ; le faire à vie comme si c’était une activité professionnelle, est généralement source de dérive et contribue à affaiblir la vitalité du débat démocratique.

Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux, entouré de ses amis politiques lors de la cérémonie des vœux à l’Artea le 7 janvier 2019 (photo © Corine Matias / La Provence)

Mais exercer le pouvoir est une drogue et nombreux sont ceux qui ont bien du mal à décrocher d’une telle addiction. Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, fait manifestement partie de cette dernière catégorie. Élu sans discontinuer au conseil municipal de Carnoux depuis 1983, dont déjà trois mandats comme maire (depuis 2001), il ne vient pas moins d’annoncer lors de la cérémonie des vœux début janvier 2019 à l’Artea, qu’il comptait bien briguer un septième mandat et qu’il se représentera donc lors des prochaines élections en mars 2020.

S’il parvient au terme de ce nouveau mandat, il aura 80 ans en 2026 et aura donc passé 43 ans comme élu à Carnoux : un bel exemple d’immobilisme pour celui qui explique dans la pleine page que La Provence vient de lui consacrer, dans son édition du 23 février 2019, qu’il s’était présenté en 1983 justement pour insuffler du dynamisme dans la gestion communale !

Extrait de l’article paru dans La Provence le 23 février 2019

Le maire de Carnoux reconnaît d’ailleurs bien volontiers dans son interview à la Provence, qu’il ne reste plus grand-chose à faire à Carnoux, la commune ayant vu la plupart de ses compétences transférées à la Métropole, et tout ce qui pouvait être construit l’ayant déjà été.

Le rond-point des Barles à Carnoux refait à grands frais grâce au financement du Département

Depuis des années d’ailleurs, le rôle du maire de Carnoux se résume surtout à monter des dossiers de demandes de subventions auprès du Département, un rôle dans lequel il excelle et qui a permis de financer tout ce qui pouvait l’être : pendant que les écoles de Marseille tombent en ruine faute de financement public, des tombereaux de subvention se déversent sur Carnoux où l’enfouissement de la totalité des réseaux aériens est sur le point de s’achever, où la mairie pourtant l’une des plus récentes des Bouches-du-Rhône est sur le point de laisser la place à un véritable palace, et où l’on en est même à refaire les ronds-points pour y planter l’olivier centenaire que tout parvenu rêve de posséder…

Mais si le maire de Carnoux souhaite se représenter encore une fois (au moins) en 2020, c’est parce qu’il vise en réalité le coup d’après, celui des élections de 2021 qui marqueront très probablement la disparition du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et sa fusion avec la Métropole Aix-Marseille-Provence. Comme il l’explique d’ailleurs clairement à La Provence, « Lors des prochaines élections en 2021, le scrutin se fera au suffrage universel pour les représentants à la Métropole. C’est un enjeu formidable ».

Effectivement, surtout pour lui qui se présente comme un expert incontournable du sujet et qui se montre persuadé que sans ses lumières et son niveau de connaissance inégalable, jamais la Métropole n’arrivera à surmonter de telles difficultés : « C’est un sujet délicat, technique, complexe, nécessitant de l’expertise pour préserver au mieux les intérêts de Carnoux et éviter tout alourdissement de la fiscalité. Il va y avoir des évaluations financières à faire, commune par commune, des transferts de compétences. C’est un sujet que je connais bien en ma qualité de président de la Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) depuis 2015, et j’entends que ma commune passe ce cap sans turbulence ».

Le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux, victime d’un coup de chaud le 19 juillet 2018 (photo © SDIS des Bouches-du-Rhône / France bleu)

La ville de Carnoux n’a pas suffisamment conscience de la chance qu’elle a de posséder en son sein un tel expert qui va donc s’employer à partir de 2021 à faire en sorte de siphonner les finances de la Métropole après avoir généreusement puisé depuis des années dans les fonds du Département. Le maire de Carnoux avait jusque-là habitué ses concitoyens et électeurs à davantage de modestie, mais on comprend bien que, en pareilles circonstances et face à de tels enjeux, il importe de donner carte blanche à un tel talent au service de la collectivité. A se demander néanmoins si le retard accusé par le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux et les lourds surcoûts annoncés ne sont pas liés aux nécessaires ajustements de la largeur des portes afin de laisser le passage sans encombre à un tel cerveau ?

L. V.

Changement d’heure : l’autre grand débat…

21 février 2019

Alors que le grand débat national bat son plein avec ses discussions à n’en plus finir dans la moindre salle des fêtes et des déplacements tous azimuts du Président de la République et de ses ministres pour prêcher la bonne parole auprès des Gilets jaunes et prouver qu’ils sont à l’écoute, voilà qu’on aurait presque tendance à oublier un autre débat qui porte pourtant sur un sujet crucial pour l’avenir de l’humanité : faut-il ou non revenir sur le passage à l’heure d’été ?

Un dessin signé Philippe Geluck

La question peut paraître futile, et pourtant elle fait partie de celles qui alimentent toutes les conversations et concentrent l’attention, surtout au printemps et à l’automne lorsqu’approche le moment fatidique où il s’agit d’avancer ou de retarder sa montre d’une heure. Les motifs de se plaindre ne manquent pas et on entend chaque année les mêmes récriminations contre ces changements intempestifs d’heure qui viendraient perturber le rythme biologique des vaches laitières ou celui des enfants en âge scolaire, ou encore venir compliquer inutilement la vie des voyageurs ne sachant plus à quelle heure leur train ou leur avion va bien partir…

Les affres du djihadiste : un peu d’humour noir signé Chaunu

Le sujet ne date pas d’hier puisque de nombreux pays européens ont adopté l’heure d’été à la fin des années 1960, poursuivant en cela un objectif bien précis et très louable, à savoir adapter au mieux les rythmes de vie de la majorité pour limiter la consommation énergétique. Au printemps, le dernier dimanche de mars, les horloges sont avancées d’une heure, ce qui revient à ce que, dès lors, le soleil se lève et se couche une heure plus tard. Cela ne change rien le matin puisque la plupart des gens se lèvent alors qu’il fait déjà jour. En revanche, cela se traduit par des soirées où il fait jour beaucoup plus tard, ce qui permet des gains significatifs sur l’éclairage électrique.

Soldat allemand dans une gare française en 1940 (source © Archives fédérales allemandes)

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle puisque Benjamin Franklin, génial précurseur, l’a, paraît-il, évoquée dès 1784, déjà dans le but de faire des économies d’énergie. Il a fallu cependant attendre 1916 pour que l’Allemagne l’adopte, rapidement suivie de l’Angleterre puis de la France. Entre 1947 et 1949, les Allemands poussent même le zèle jusqu’à instaurer un second décalage d’une deuxième heure au cœur de l’été entre le 11 mai et le 29 juin. Sous l’occupation allemande, la France passe d’ailleurs à l’heure allemande en adoptant un décalage d’une heure par rapport au fuseau horaire de Greenwich dans lequel se situe pourtant l’essentiel du pays, à l’exception de l’Alsace.

A la Libération, en 1945, curieusement la France abandonne l’heure d’été mais conserve l’heure allemande qui reste toujours notre référence actuelle, la France étant décalée d’une heure par rapport à l’heure réelle au soleil. Il faut attendre le 28 mars 1976 pour que les Français reviennent à leur tour au principe de l’heure d’été, suite au choc pétrolier de 1973 qui avait remis au goût du jour la nécessité de faire des économies d’énergie. Jusqu’en 1995, le retour à l’heure d’hiver se faisait le dernier dimanche de septembre, mais depuis c’est le dernier dimanche d’octobre qui détermine ce passage.

Un dessin signé Goubelle, publié dans La Charente libre

A partir de 1980, l’Union européenne a jugé que l’adoption de l’heure d’été était devenue un must et depuis 2001, les dates de changement d’heure ont été harmonisées entre tous les pays européens. Sauf que désormais, on se prend à douter de tout… Les critiques se sont multipliées contre ces changements d’heure deux fois par an qui viendraient perturber les rythmes biologiques naturels et compliquer la vie quotidienne sans pour autant se traduire par des économies d’énergies aussi mirobolantes qu’on ne l’aurait imaginé.

Des dizaines d’études ont été engagées sur les incidences de ce dispositif sur le marché intérieur européen, les relations commerciales transfrontalières, l’organisation des transports, des communications et des voyages ainsi qu’en matière d’économie d’énergie, de sécurité routière, d’activités de loisirs en extérieur, de santé et d’impact sur le biorythme humain. Et tout cela pour conclure que tout compte fait, cela ne vaut finalement peut-être pas la peine de s’étriper pour si peu…

Dans sa grande sagesse, la Commission européenne a donc proposé une nouvelle directive mettant fin aux changements d’heure saisonniers dans l’Union européenne. Les ministres des transports européens, réunis le 3 décembre 2018, ont proposé la date de 2021 pour abandonner ce système : chaque État membre devra alors faire le choix de rester à l’heure d’été ou d’hiver.

Et pour préparer une telle révolution transnationale, rien de mieux qu’un bon vieux débat ! C’est dans l’air du temps et la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a décidé de lancer une grande consultation de tous les Français sur un dossier qui ne devrait pas manquer de soulever les passions. Les réponses seront bien entendu analysées, disséquées et présentées en Commission puis relayées auprès des institutions européennes afin que la décision finale puisse répondre au mieux aux attentes du bon peuple.

Infographie publiée dans Le Parisien du 31 août 2018

La consultation est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale et chaque citoyen a jusqu’au 3 mars 2019 à minuit pour apporter une réponse aux 7 questions qui lui sont posées. A chacun désormais de s’exprimer sur un sujet aussi brûlant, de juger avec toute la nuance nécessaire si son « expérience du changement d’heure en vigueur » est « satisfaisante » ou « très négative », d’évaluer les raisons pour lesquelles il faudrait « maintenir le changement d’heure deux fois par an » ou au contraire « interdire tout changement d’heure », et même de se prononcer, en cas d’abandon du changement d’heure, quant à la pertinence de rester à l’heure allemande ou de se rapprocher de l’heure anglaise malgré le Brexit qui se profile.

Des choix stratégiques donc et fortement engageants pour la vie quotidienne des générations futures. On ne remerciera jamais assez les parlementaires à l’origine de cette initiative d’avoir eu le courage de lancer un tel débat au travers d’une aussi large consultation et sur un sujet qui tient autant à cœur de chacun d’entre nous. Quel régal que la véritable démocratie participative ! Espérons du moins que le taux de réponse à cette consultation cruciale pour l’avenir de notre pays sera à la hauteur des espérances et permettra à nos dirigeants de prendre en toute connaissance de cause les décisions éclairées qui s’imposent. N’oubliez-pas de remplir votre questionnaire…

L. V.