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Une ronde de Cercles à Gémenos pour fêter 140 ans d’activités !

9 décembre 2018

Samedi 1er décembre 2018, le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos a convié les cercles des villes et villages voisins à fêter ses 140 ans !

A Gémenos, réunion pour le 140ème anniversaire du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos (photo © M. Motré / CPC)

C’est en effet le 25 septembre 1878 qu’est créé à Gémenos le Cercle du Progrès Démocratique, quelques mois après les élections du 6 janvier 1878, jour où la IIIème République, proclamée en septembre 1870, est véritablement établie. Rappelons que le 25 septembre 1792 est le jour où la 1ère République a été proclamée « une et indivisible ». D’où le choix du 25 septembre pour la création du Cercle de Gémenos !

A l’initiative des deux co-présidentes du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos, Mesdames Josette DAVID et Valérie THYOT, l’anniversaire donne l’occasion à plusieurs de ses membres de rappeler le contexte de sa création.

Quelques repères historiques de 1878

1878, sous la présidence de Mac Mahon et après la Commune de 1871, Louise Michel est déportée avec d’autres Communards en Nouvelle-Calédonie ou elle apporte son aide aux Kanaks.

Le 1er mai 1878, c’est aussi l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris, suivie le 18 mai par la création de l’Administration des chemins de fers de l’Etat.

Le 25 septembre, Gémenos voit la création du Cercle du Progrès Démocratique placé sous le signe de Marianne dont le buste est toujours présent dans ses locaux.

Siège du Cercle de l’Harmonie à Aubagne en 1915 (source © Cartes Postales Anciennes)

Quelques repères marquants pour le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos 

A l’origine, le Cercle n’accueille pas les femmes. Pour adhérer, il faut être présenté par deux parrains qui garantissent la bonne moralité de l’impétrant. Les cotisations sont réglées mensuellement, faute de quoi, la radiation peut être prononcée.

1893, le Cercle s’installe dans le bâtiment situé au 1 rue Jean Jaurès où il demeure toujours.

1902, date de création de la Section locale de l’Internationale ouvrière.

1936, création d’une cellule du Pari Communiste.

1941, les Allemands occupent le bâtiment du Cercle.

1978, les premières femmes intègrent le Cercle du Progrès Démocratique.

1988, dans ses locaux se tiennent des réunions et des activités de distraction. Le 17 mai 1988, l’état de l’édifice nécessitant des travaux importants, afin de régler leur coût, le Cercle cède une partie du bâtiment à la Mairie de Gémenos. Le débit de boisson est fermé.

1994, après les travaux, le Cercle ouvre de nouveau, avec une vocation citoyenne.

Les activités du Cercle

Tous les samedis, se tiennent des activités liées à la lecture : Les livres sous l’olivier (arbre qui a remplacé le platane présent à l’origine). Parmi les nombreuses actions, distinguons actuellement deux ateliers d’écriture, un cercle de lecture, des discussions sur différents thèmes de société. Auparavant, le Cercle a développé une Université du Gai Savoir, des ateliers Philosophie et toponymie, ainsi qu’une chorale et une formation au provençal.

Après cette large présentation à plusieurs voix, les Cercles invités ont pu présenter leurs objectifs ainsi que leurs activités.

Le siège du Cercle des Républicains à Roquefort – La Bédoule (photo © M. Motré / CPC)

Le Cercle Républicain des Travailleurs de Roquefort-La Bédoule, représenté par Françoise Vergne, a annoncé qu’en 2019 il fêterait ses 140 ans ! Cette rencontre fut l’occasion d’offrir un ouvrage sur son histoire (1) au Cercle de Gémenos et de préciser qu’il organisait, dans le cadre de son association Carrefour Citoyen, des conférences dont la prochaine se déroule le 6 décembre 2018 et sera consacrée au Populisme de Gauche. Ce Cercle est installé dans un bâtiment qui comporte un débit de boisson, caractéristique des cercles ruraux créés à a fin du XIXème siècle.

Le siège du Cercle du Progrès à Beaudinard (photo © Cyclo Sport Ciotaden)

Le Cercle du Progrès de Beaudinard dispose lui aussi d’un local et d’une cour qui sont la propriété des adhérents (1050 à ce jour). Il organise des réunions et des fêtes (Saint-Eloi), et propose des activités diverses (boules, cartes).

Septembre 2015 : le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne fête ses 125 ans (photo © Florent de Corbier / La Marseillaise)

Le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne a fêté ses 128 ans d’existence. Il dispose de 1000 m2 en propriété et dispose d’un débit de boisson (licence IV). Ses activités marquent une forte dominante culturelle : concerts, théâtre, cinéma, expositions artistiques, caractéristique qui vise à pallier la fermeture récente de la MJC de la ville. Il organise une aide aux devoirs pour les scolaires. Le Cercle a initié des partenariats avec différentes associations d’Aubagne et, comme la plupart des Cercles, il vise à rajeunir son public.

Le Cercle Progressiste Carnussien représenté par son bureau a enfin énoncé ses objectifs et ses activités. Outre sa jeunesse (18 ans), il a rappelé que, ne disposant pas de locaux propres, il bénéficiait de salles prêtées par la commune pour la tenue de réunions mensuelles et de conférences (4 par année environ) axées sur des questions concernant l’éducation, les sciences, l’économie, la santé…) qui réunissent entre cinquante et cent personnes. Son club de lecture KATULU ? est fréquenté par des lectrices assidues qui rendent compte de leur intérêt pour les livres lors de présentations publiques ainsi que sur le blog. Pour favoriser la réflexion citoyenne, le Cercle Progressiste Carnussien édite deux journaux par an et diffuse, via son blog et le relai de sa page Facebook, des articles portant sur des questions de société et de culture, locales, nationales et internationales.

Parmi les souhaits qui ont été émis, dont celui qui vise à partager nos calendriers d’initiatives, nous retiendrons aussi le bonheur de relations d’expériences au travers de rencontres à venir plus régulières.

A Gémenos, le 1er décembre 2018, devant le local du Cercle du Progrès Démocratique (photo © M. Motré / CPC)

Au terme de ces présentations et d’échanges avec les nombreuses personnes présentes, les co-présidentes du Cercle de Gémenos ont convié le public à se réunir à l’extérieur pour une photographie marquant cet anniversaire et chanter au son d’un orgue de barbarie puis à regagner le local pour un apéritif de l’Amitié.

Longue et belle vie aux Cercles, lieux de sociabilité en Provence (2) !

Michel Motré

  • Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.
  • Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence), 2006.
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Marseille qui s’élève, Marseille qui s’effondre…

25 novembre 2018

Tour La Marseillaise (photo © Tangram architectes)

Le 25 octobre 2018 était inaugurée en grandes pompes à Marseille la nouvelle tour conçue par l’architecte Jean Nouvel, baptisée fièrement La Marseillaise et qui s’élève désormais à 135 m de hauteur sur les quais d’Arenc, en bordure de mer et aux côtés de la tour effilée conçue par Zaha Hadid pour y abriter le siège de la CMA-CGM, dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Une merveille architecturale, toute en légèreté et en transparence, qui se joue de la lumière grâce à ses 3850 pare-soleils multicolores en béton fibré à ultra-hautes performances permettant de donner une apparence changeante à la façade vitrée de 16 000 m2 selon un nuancier tricolore du plus bel effet cocardier mais dont les 30 nuances oscillent, selon le concepteur entre le bleu azur de la mer et du ciel provençal, le blanc des nuages et du calcaire des calanques et, bien sûr, le rouge des toits de tuiles romanes. Une prouesse technologique donc, parfaitement intégrée dans son univers méditerranéen : bravo l’artiste !

Tour La Marseillaise (photo © Gilles Guerin / France 3 Provence Alpes)

Un chantier mené rondement en tout cas à l’issue de 3 ans et demi de travaux confiés au groupe Vinci Construction, même si le projet était en gestation depuis le début des années 2000, et qui est sensé concrétiser pour son promoteur, Marc Piétri, président de Constructa, le renouveau du dynamisme économique de la cité phocéenne. Un projet phare en tout cas, qui a coûté la bagatelle de 210 millions d’euros, mais qui, de fait a été financé pour l’essentiel par de l’argent public.

Marc Piétri, élevé par Manuel Vals au rang de commandeur de la Légion d’honneur, le 1er juin 2017, aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de Renaud Muselier (photo © DR / Destimed)

Ce qui a en effet permis au projet de prendre son envol en 2012 n’est pas une décision d’un investisseur privé mais bien celle de la Métropole MPM, alors dirigée par Eugène Caselli, qui avait engagé la collectivité en réservant d’un coup 12 des 27 étages du futur gratte-ciel, pour la modique somme de 6,7 millions d’euros par an sur douze ans, soit un peu plus de 80 millions au total. Et ce n’est pas tout car, comme l’explique notamment Capital, ce sont deux autres structures publiques qui lui ont emboité le pas, dont la Chambre de commerce et d’industrie, un organisme pourtant en pleine tempête, qui s’interroge sur son avenir, se plaint d’être étranglée financièrement par les récentes décisions gouvernementales, licencie à tour de bras et n’avait pas vraiment besoin de locaux supplémentaires, mais qui n’a pas pu résister à la tentation de s’installer dans les deux derniers étages de la tour emblématique, avec vue imprenable sur la rade…

Celui qui l’a suivi n’est autre que la Ville de Marseille qui, bien que lourdement endettée et disposant elle aussi de très nombreux locaux répartis un peu partout, a décidé d’engager 4,8 millions d’euros pour réserver des bureaux afin d’y loger gracieusement, moyennant une modique participation aux charges de 62 000 € par an, le siège du Conseil mondial de l’Eau (une structure associative fondée en 1996, dont Loïc Fauchon, dirigeant depuis 27 ans de la Société des eaux de Marseille, fut le président et Martine Vassal la trésorière), mais aussi le Plan Bleu (un programme des Nations unies consacré à l’environnement) et la Banque mondiale. Un geste d’amitié, pris en toute discrétion par Jean-Claude Gaudin en personne, s’appuyant sur une vague délibération cadre de 2014 : à Marseille, comme chacun sait, l’amitié n’a pas de prix…

Vue sur les Docks depuis l’intérieur de la tour (photo © Tangram architectes)

Quant aux 12 étages restant, qui ne sont pas payés directement par le contribuable, la moitié d’entre eux ont été réservés par trois groupes industriels dont l’activité est très étroitement liée aux marchés publics des collectivités, à savoir l’opérateur de télécommunication Orange, dont le nom s’étale désormais en grandes lettres sur le fronton du stade Vélodrome, le groupe de restauration collective Sodexo (qui assurera bien entendu la restauration dans la tour de bureaux) et la SNEF, un bureau d’études spécialisé dans l’énergie et le génie électrique.

Le reste des 38 000 m2 de bureaux, a été partagé entre le promoteur lui-même, Constructa qui s’est arrogé tout le 27ème étage, et les deux principaux financeurs de l’opération (aux côtés de la Caisse des dépôts), l’assureur Swiss Life REIM et le financier CEPAC, autrement dit la Caisse d’Epargne régionale. La société Haribo, qui s’est offert un étage et demi, constitue finalement le seul groupe privé non directement lié aux collectivités à l’origine du projet, qui viendra s’installer dans ces nouveaux locaux : un bien maigre bilan pour une opération qui était supposée attirer de nouveaux opérateurs économiques sur Marseille…

Recherche des victimes sous les gravats des deux immeubles effondrés, rue d’Aubagne (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Pour autant et malgré ce sérieux bémol, les Marseillais pouvaient légitiment considérer avec une certaine fierté ce nouveau monument qui vient s’insérer dans le paysage local même si la facture pour le contribuable est pour le moins salée. Il n’en fut pas de même lorsque, quelques jours plus tard, le 5 novembre, les feux de l’actualité se sont de nouveau braqués sur la cité phocéenne pour y observer avec consternation l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, ensevelissant sous les amas de décombres 8 personnes et nécessitant la démolition, par les pompiers de l’immeuble adjacent, qui lui-même menaçait ruine.

L’épisode a fait grand bruit et a rappelé, s’il en était besoin, l’incurie de la municipalité dirigée depuis 23 ans par un maire en décalage complet avec les besoins de ses concitoyens, lui qui croyait malin de lancer à l’un de ses opposant, l’élu Front de Gauche Christophe Pellicani, croisé sur place l’après-midi même du drame devant les ruines des deux immeubles effondrés : « Oh, t’y es pas sous les décombres, toi ? ». Du Pagnol, qui n’a fait rire que lui, d’autant qu’il a aggravé son cas quelques jours plus tard en se permettant de vanter sa politique en matière d’éradication de l’habitat indigne, estimant avait investi pas moins de 35 millions d’euros dans ce domaine, depuis 2005…

Jean-Claude Gaudin rue d’Aubagne après le drame, en compagnie de son adjointe (à gauche de la photo) Arlette Fructus (photo © AFP)

Un montant ridicule et qui n’est manifestement pas à l’échelle du problème comme les médias se sont évertués à le démontrer dans les jours qui ont suivi, en particulier Libération qui a publié un excellent dossier hors-série sur le sujet, particulièrement documenté et approfondi. On y apprend notamment que dès 2015, l’inspecteur général Nicol avait parfaitement analysé l’ampleur du désastre dans son rapport sur la requalification du parc immobilier privé à Marseille, pointant la vétusté de quelques 40 000 logements, soit 13 % du parc de résidences principales de la ville, et déplorant la faible efficacité des services municipaux qui ne prononcent qu’un nombre dérisoire d’arrêtés de péril imminent chaque année.

Une autre étude, publiée en 2014 par l’urbaniste Sandra Comptour, estimait que 48 % des immeubles du quartier de Noailles « nécessitent une réhabilitation pérenne à court ou à moyen terme », dont bien sûr celui du 63 rue d’Aubagne, propriété de Marseille Habitat, sous arrêté de péril depuis 2006 mais qui n’avait fait l’objet d’aucune intervention depuis, laissé vide et les fenêtres battantes jusqu’à ce qu’il s’effondre le 5 novembre 2018, sous la poussée de ses voisins encore plus bancal que lui.

Les trois immeubles des 63, 65 et 67 rue d’Aubagne photographiés par Google Street View quelques mois avant leur effondrement (photo © Google Street View / Le Monde)

Un rapport d’expertise plus qu’alarmant, signé par l’architecte Richard Carta le 19 octobre 2018 après examen de l’état du n° 65 rue d’Aubagne, analysé en détail par La Marseillaise, indique sans ambiguïté la gravité de la situation et conclut à la nécessité d’évacuer au moins le 1er étage, précisant que « les locataires ne pourront réintégrer leur appartement qu’après la mise en place d’un étaiement complet du rez-de-chaussée par une entreprise qualifiée ». L’adjoint délégué, Julien Ruas signe dans la foulée un « arrêté de péril imminent », qui fait obligation aux copropriétaires de « faire réaliser les travaux nécessaires d’urgence », dans un délai de 21 jours, manifestement excessif puisque l’immeuble s’écroule 18 jours plus tard, sans que rien n’ait été fait entre temps…

Toujours est-il que ce drame humain a véritablement constitué un électrochoc pour le microcosme marseillais, mettant cruellement en lumière les limites du système Gaudin. Ses services se sont depuis affairés à essayer de rattraper le temps perdu en multipliant les démarches d’évacuation dans de nombreuses autres copropriétés menaçant ruine : plus de 700 personnes auraient dû ainsi quitter précipitamment leur logement au 14 novembre selon les informations recueillies par Libération.

Manifestation en mémoire des victimes de l’effondrement à Marseille le 14 novembre 2018 (photo © Sylvain Thomas / AFP)

Mais pendant ce temps, la colère gronde dans ce quartier du centre-ville qui a le net sentiment de n’être pas écouté et d’avoir été laissé pour compte par une équipe municipale qui sait bien que ce n’est pas là que se trouvent ses électeurs : dans le bureau de vote le plus proche, comme le rappelle le Canard enchaîné, la candidate de Gaudin, Solange Biaggi, avait péniblement rassemblé 20 suffrages sur son nom lors du premier tour des législatives de 2017…

La riposte politique s’organise et Renaud Muselier a dû pousser à la démission l’un des vice-présidents de la Région, pourtant l’un de ses proches, l’avocat Xavier Cachard, qui se trouve être malencontreusement l’un des propriétaires de l’immeuble effondré au 65 rue d’Aubagne. Pour faire bonne mesure, il a poussé aussi vers la sortie Arlette Fructus, une proche de Jean-Claude Gaudin dont elle est adjointe, en charge précisément du logement, et par ailleurs présidente de Marseille Habitat.

Dans le quartier de Noailles, des banderoles qui mettent directement en cause le maire de Marseille (photo © Photo France3 Provence)

Pas sûr néanmoins que cela suffise pour apaiser les esprits. Quelques jours après la catastrophe, mercredi 14 novembre, plus de 10 000 manifestants ont marché de Noailles jusqu’au Vieux Port, venant hurler leur colère devant les fenêtres closes de la mairie, criant « Gaudin, démission ! Gaudin en prison ! ». Une violence verbale à laquelle le maire vieillissant n’a guère été habitué mais qui traduit bien le ras le bol des habitants du quartier face à une équipe municipale qui n’a manifestement jamais fait du logement social sur Marseille un de ses dossiers prioritaires…

L. V. 

Aix-en-Provence s’équipe de pavés à la turque…

2 novembre 2018

Maquette du futur BHNS Aixpress en cours d’aménagement dans les rues d’Aix-en-Provence (source : Ville d’Aix)

Tous les Aixois s’en sont rendus compte : le centre-ville est en travaux ! Depuis un an et jusqu’en 2019, les grands axes sont devenues un chantier ininterrompu en prévision de l’aménagement du futur Aixpress, le bus dit à haut niveau de service qui traversera toute la ville sur plus de 7 km, depuis le nouveau pôle d’échange du Krypton, en bordure de l’Arc et de l’autoroute A8, jusqu’à l’avenue Saint-Mitre-des-Champs, au nord-ouest d’Aix, en passant par la gare routière et les universités.

Mais ce n’est pas tout car ce chantier titanesque, qui provoque l’agacement des automobilistes aixois, vient s’ajouter à d’autres grands travaux, engagés en septembre 2016 et qui visent à un réaménagement complet de trois places emblématiques de la cité du Roy René, qui s’étendent sur 8 600 m2, en plein cœur du centre historique, entre le Palais de Justice et l’église de la Madeleine. Un vaste espace public, aménagé dès le XVème siècle, avant la Place des Cardeurs ou celle de l’Hôtel de Ville, et bien avant le Cours Mirabeau, mais qui reste un lieu emblématique de la vie aixoise.

Vue de l’ancien palais des Comtes de Provence depuis les environs de la place des Prêcheurs (source : L’Aixois)

Selon le site très documenté Aix en découvertes, le roi René d’Anjou, devenu comte de Provence en 1434, y fit édifier un palais monumental à l’emplacement d’une ancienne porte de la ville antique dont il avait conservé les trois tours. Ce palais comtal, devenu siège du Parlement de Provence après le rattachement du Comté à la France en 1481, a finalement été détruit en 1786 car il menaçait ruine. Cette destruction s’est alors traduite par un remaniement complet du quartier avec notamment l’édification de l’actuel Palais de Justice et des prisons devenues depuis le siège de la Cour d’Appel.

Vue aérienne de la Place des Prêcheurs qui s’étend à l’Est du Palais de Justice d’Aix-en-Provence (source © Géoportail)

Ce vaste espace public comprend désormais au sud la place de Verdun, ouverte suite à la destruction du Palais, la place des Prêcheurs, sur laquelle se tient traditionnellement le marché, qui devrait y reprendre ses habitudes en mars 2019, et la place Madeleine au nord, devant l’église du même nom. La place des Prêcheurs, qui se situait à l’origine en dehors des limites de la ville antique, est devenu véritablement un centre de la vie aixoise à partir du XVIème siècle, après que l’ancien Jardin du roi René, situé plus à l’Est, se soit urbanisé à son tour sous le nom de Villeneuve, autour du collège édifié par les Jésuite en 1583. Jusqu’en 1775, ce haut-lieu de la vie mondaine d’Aix-en-Provence accueillait également les exécutions publiques avec une roue, un échafaud et plusieurs gibets…

Maquette des futures places de Verdun et des Prêcheurs après réaménagement (© Atelier Garcia-Diaz source : Ville d’Aix)

Il va de soi que le réaménagement en profondeur de ces places historiques, rendu nécessaire pour y refaire entièrement les réseaux souterrains tout en profitant de l’opportunité pour leur donner un aspect plus accueillant, ne pouvait se faire qu’après une sérieuse campagne de fouilles archéologiques conduite par l’équipe d’archéologues de la ville. Ces fouilles ont mis à jour de nombreuses sépultures devant l’église de la Madeleine où s’étendait autrefois le cimetière des Prêcheurs. Elles ont aussi permis de retrouver, devant le Palais de Justice, l’emplacement de l’angle sud-est des fondations de l’ex palais comtal.

Fouilles archéologiques sous la place des Prêcheurs (extrait d’une vidéo de Provence Azur TV)

Des vestiges de caves, de murs et de l’ancienne Voie Aurélienne qui longeait les remparts ont ainsi été mis à jour, si bien que les services municipaux ont dû phosphorer durant l’été 2017 pour revoir partiellement l’aménagement des futures places afin d’y intégrer de grandes dalles vitrées qui permettront aux passant de visualiser quelques-uns des vestiges archéologiques ainsi découverts, tandis qu’un marquage au sol, intégré au futur pavage de la place permettra de repérer l’emplacement des fondations de l’ancien édifice comtal et de la voie romaine adjacente. L’opération se traduira par un léger surcoût de 600 000 €, une paille par rapport au coût total des travaux qui est évalué à 20 millions d’euros, dont environ la moitié pour la réfection des réseaux enterrés de gestion des eaux pluviales, d’adduction d’eau potable (dont certaines canalisations sont encore en plomb dans ce quartier), de pose des fourreaux destinés à l’installation future de la fibre optique, et de mise en place d’un réseau de bornes électriques pour les forains et la recharge des véhicules.

Emplacement des vestiges de l’ancien Palais comtal et des espaces de visualisation qui seront conservés (source : Ville d’Aix)

Les opérations de pavage ont, quant à elles, commencé depuis février 2018, comme le précise un article de La Provence. Elles nécessiteront au total pas moins de 8 000 tonnes de pierres, toutes soigneusement taillées au millimètre près, avec une surface légèrement griffée pour éviter les glissades malencontreuses par temps de pluie. C’est l’entreprise UrbaTP, implantée depuis 2003 à Meyreuil, qui a remporté ce marché fabuleux consistant à couvrir près de 2 hectares d’espace public avec des pavés de différentes nuances allant du beige au gris clair, sous la houlette de l’Atelier Garcia Diaz, un cabinet montpelliérain d’architectes, urbanistes et paysagistes.

Carrière près de Sogüt en Turquie (source UrbaTP)

Un chantier qui est néanmoins sujet à controverse car les pierres calcaires en question, choisies précisément pour faire couleur locale, sont extraites de la carrière de Sogüt, située en Turquie, à 2 700 km de là ! A tel point d’ailleurs que, selon La Gazette des Communes, une cargaison de 6000 tonnes de pavés destinés au chantier des trois places à Aix a été bloquée pendant plusieurs jours, fin septembre, par les douanes françaises, dans le port de Marseille, le temps des contrôles nécessaires.

Voilà qui illustre bien le paradoxe de notre conception du développement durable : pour protéger notre environnement de toute nuisance, on préfère fermer les carrières de pierre qui ont fait la renommée de la région à une époque où la pierre de Cassis, exploitée depuis l’Antiquité, était exportée pour construire les quais d’Alexandrie (mais pas le socle de la statue de la Liberté à New York, contrairement à une légende urbaine anisée tenace, ledit socle étant réalisé en béton et granite rose du Connecticut). Et, dans le même temps, pour conserver l’aspect local de notre environnement urbain, on importe de l’autre bout du monde, des pierres qui, certes, reviennent moins cher car extraites par une main d’œuvre moins exigeante et dans un contexte réglementaire moins rigoureux, mais se traduisent par un bilan environnemental global bien pire, quoique moins visible depuis le centre-ville d’Aix-en-Provence…

L.V. 

Le Département des Bouches-du-Rhône sent le sapin…

6 octobre 2018

Il faut croire que dans les Bouches-du-Rhône le fameux mille-feuilles administratif qui a vu s’empiler, au fil des années et des réformes, les strates communales, cantonales, intercommunales voire métropolitaines, départementales, régionales et on en passe, n’est finalement pas si indigeste que cela…

Martine Vassal s’installe à la présidence de la Métropole, le 20 septembre 2018 (photo © Thierry Garro / La Provence)

En témoigne Martine Vassal, déjà élue à la mairie de Marseille et présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui vient de croquer avec gourmandise une grosse part du gâteau en devenant, le 20 septembre 2018, également Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

C’est la démission anticipée de Jean-Claude Gaudin, lequel aura 79 ans le 8 octobre prochain, qui a rendu possible une telle opportunité pour l’ex-femme d’affaire qui avait réussi l’exploit de conduire à la faillite en 2000 son entreprise familiale, fournisseur d’uniformes à l’armée française, et qui avait été mise en garde à vue en juin 2017 dans le cadre d’une vilaine enquête pour soupçon de favoritisme à l’occasion de l’attribution des marchés de l’eau dans l’agglomération marseillaise.

La démission surprise de celui qui reste maire de Marseille depuis 1995 et au moins jusqu’en 2020 avait de fait été annoncée publiquement le 4 septembre, après que le vieux leader LR, usé et dépité, ait envoyé sa lettre de démission au Préfet. Président de la Métropole depuis sa création début 2016, il faut bien reconnaitre que sa tâche n’avait pas été facile, face aux chicaneries incessantes de ses amis politiques de droite, Maryse Joissains en tête, qui avaient tout fait pour faire avorter le projet de métropole et rendre la vie impossible à celui qui avait consenti à en prendre les rênes.

Jean-Claude Gaudin face à Maryse Joissains (photos © Anne-Christine Poujoulat et Gérard Julien / AFP pour Le Figaro)

Déjà première vice-présidente de la Métropole, Martine Vassal, adoubée par son mentor Jean-Claude Gaudin, n’a donc eu aucun mal à se faire élire Présidente de l’institution, avec 181 voix contre 22 à son adversaire pour la forme, le communiste Marc Poggiale. Pour autant, on aboutit désormais à une situation pour le moins inédite et sans précédent après des années passées à tenter de réduire le cumul des mandats, ce mal profond qui gangrène la démocratie en France. Jamais en effet on n’aurait pu imaginer que la même personne dirige à la fois le Département et la Métropole, deux énormes structures administratives dont le périmètre sinon les compétences se superposent largement.

L’olivier qui a fait son apparition sur le logo du Département sera t-il gage de sa longévité ?

Avec un budget annuel de 2,5 milliards d’euros, dont près de 2 milliards uniquement en fonctionnement, notamment pour payer le salaire de ses 7000 agents, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône est un véritable mastodonte, qui ne se contente pas de gérer le réseau des routes départementales, d’entretenir les collèges et de verser les prestations sociales, mais qui est surtout un formidable levier financier pour aider les maires des 119 communes du département à financer leurs propres infrastructures, écoles, gymnases, crèches, ou même hôtel de ville comme à Carnoux !

Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin (photo d’archive © Maxppp)

Quant à la Métropole, dont le périmètre regroupe 92 communes (y compris celles de Saint-Zacharie dans le Var, et de Pertuis dans le Vaucluse) et englobe 1,8 millions d’habitants, soit plus de 90 % de la population du département, c’est aussi une machine de guerre imposante. Comportant pas moins de 7200 agents, la Métropole a fait voter pour 2018 un budget global de près de 4 milliards d’euros dont un peu plus de 3 milliards pour ses seules dépenses de fonctionnement, excusez du peu !

Une partie de ces sommes est purement et simplement transférée aux communes, qui touchent ainsi pas moins de 650 millions d’euros de reversement de fiscalité, et même aux Conseils de Territoires, qui correspondent aux anciennes intercommunalités telles que la Communauté urbaine de Marseille où la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, qui continuent ainsi à survivre et ont encore perçu en 2018 pas moins de 165 millions d’euros en fonctionnement et 330 millions pour leurs dépenses d’équipement… Du coup, les principales dépenses effectives de la Métropole pour assumer ses véritables compétences et investir en matière d’équipement (79 millions d’euros), de transport (120 millions), de gestion des déchets (38 millions), ou encore d’assainissement (65 millions) paraissent finalement relativement modestes…

Dessin de Red publié dans Le Ravi

Toujours est-il que, désormais à la tête de ces deux structures administratives colossales qui gèrent peu ou prou, la quasi-totalité de l’investissement public et des subventions aux communes sur l’ensemble du périmètre départemental, Martine Vassal, qui se verrait bien, par ailleurs, dans le fauteuil de maire de Marseille à partir de 2020 (jamais deux sans trois !), dispose d’un pouvoir financier et d’influence totalement inouï.

Une situation d’autant plus favorable que se prépare en parallèle la disparition annoncée du Département des Bouches-du-Rhône dont les agents et les compétences devraient purement et simplement être transférés à la nouvelle métropole, sans doute dès 2021. Un exercice comparable a déjà été expérimenté dans le Rhône où, à l’initiative de Gérard Colomb, l’essentiel du Département a disparu au 1er janvier 2015 pour se fondre dans la métropole lyonnaise.

Jean-Claude Gaudin avec Martine Vassal après l’élection de celle-ci à la Présidence de la Métropole (photo © Narjasse Kerboua / Go Met)

 

C’est sans doute un schéma comparable qui devrait se dessiner pour les Bouches-du-Rhône comme le Président de la République, Emmanuel Macron l’a évoqué en janvier dernier devant une quarantaine de parlementaires, dont le député LREM François-Michel Lambert qui l’a révélé à La Provence. Le Département est probablement condamné à disparaître, sous réserve que les 29 communes du pays d’Arles, actuellement en dehors du périmètre de la Métropole Aix-Marseille-Provence, acceptent de se fondre dans la nouvelle institution, appelé à devenir le « phare de la Méditerranée » selon l’expression un peu exaltée du député Lambert rapportée par 20 minutes

Pas sûr que cela enchante les Arlésiens qui pourraient plutôt chercher à rester dans un département croupion, comme cela a été le cas pour les communes rurales du Rhône, voire à se rattacher au Vaucluse ou au Gard voisins. Toujours est-il que Martine Vassal restera sans doute à la tête de l’essentiel de l’agglomération métropolitaine dont les compétences seront élargies à la quasi-totalité des domaines de la vie quotidienne, incluant transports, voirie, eau, assainissement, déchets, aide sociale, vie économique, environnement et on en oublie : une bien lourde responsabilité…

L. V. 

Carnoux : le château de mon maire…

24 septembre 2018

Monsieur Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer dans sa bonne ville de Carnoux-en-Provence depuis maintenant 35 ans, dont 17 ans comme maire inamovible, restera sans conteste dans la jeune histoire de cette commune qui vient tout juste de fêter ses 50 ans d’existence, comme le baron qui a su faire édifier le premier château jamais construit dans ce petit vallon provençal dont il a fait son fief, à quelques encablures du Garlaban si cher à l’enfance de Marcel Pagnol.

Le nouvel hôtel de ville de Carnoux avec le futur bâtiment de l’Office de tourisme sur la gauche (photo © CPC)

Un château encore en chantier, certes, et qui risque de coûter un peu plus cher que prévu, mais qui a déjà fière allure, s’étendant tout autour de l’ancien hôtel de ville qui ne date pourtant que de 1970. Bien qu’encore non achevé, le bâtiment est déjà particulièrement imposant. Les hautes parois des façades extérieures renforcent cet aspect de forteresse imprenable, encore accentué par la présence d’un fortin édifié à l’angle de la place Tony Garnier, sous forme de bastion avancé et dont l’architecture rappelle furieusement celle d’un blockhaus fortifié. C’est l’Office de tourisme qui est destiné à prendre ses quartiers dans ce corps de garde, un beau symbole de l’ouverture d’esprit et de l’hospitalité des Carnussiens, toujours prompts à accueillir l’étranger.

Vue du chantier de l’hôtel de ville, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Avec 900 m2 de surface supplémentaire, sur deux étages, la superficie au sol a été fortement augmentée par rapport à l’ancienne mairie qui n’était pourtant pas ridicule pour une commune de moins de 7000 habitants et dont la totalité du foncier disponible est déjà occupée, ce qui rend toute nouvelle urbanisation depuis longtemps impossible.

Les nouveaux bâtiments permettront certes d’accueillir la police municipale et le CCAS, mais on a quand même un peu de mal à imaginer pourquoi il était nécessaire de procéder à une telle extension alors même que la quasi-totalité des compétences communales a désormais été transférée à la métropole et que le nombre d’agents municipaux à loger est particulièrement faible, la commune ayant choisi d’externaliser la quasi-totalité de ses missions.

Vue du chantier de l’hôtel de ville depuis la rue Tony Garnier (photo © CPC)

On aurait cependant bien mauvaise grâce à faire la fine bouche devant ce monument imposant en cours de construction en plein cœur de Carnoux et qui se veut le point d’orgue du projet de rénovation du centre-ville de Carnoux, un programme initié depuis plus de 10 ans désormais et qui montre à quel point une petite commune comme Carnoux peut s’offrir ainsi de somptueux espaces publics en faisant appel pour l’essentiel à la générosité des contribuables d’autres communes.

C’est d’ailleurs un des points qui ont été relevés dans le rapport au vitriol que vient de dresser la Chambre régionale des comptes après avoir procédé à un contrôle de la gestion municipale depuis 2013. Adopté le 24 mai 2018, ce rapport est désormais consultable sur le site de la commune, assorti des réponses du maire en date du 27 juillet 2018. La Chambre régionale des comptes (CRC) y relève notamment que les quelques 15,4 millions d’euros dépensés par la commune entre 2013 et 2016 ont été très largement financés par près de 8 millions d’euros de subventions versés pour l’essentiel par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Une manne de près de 200 € par an et par habitant, totalement inhabituelle aux yeux de la CRC qui constate que les subventions d’investissement pour des communes comparables ne dépassent pas en moyenne 58 € par an et par habitant.

Le patio du nouvel hôtel de ville en travaux, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Les Carnussiens ne remercieront donc jamais assez les autres contribuables d’Aubagne ou de Marseille qui acceptent bien volontiers de se serrer la ceinture et de laisser leurs propres établissements publics tomber en ruine, pour permettre à la commune de Carnoux de rénover et d’embellir à grands frais son cadre de vie. Il suffit d’ailleurs de comparer l’état des infrastructures scolaires pour constater à quel point les habitants de Carnoux sont bien servis, ce qui explique au passage pourquoi, comme l’a relevé avec étonnement la CRC, la ville de Carnoux accueille dans ses établissements autant d’élèves venant des communes voisines.

Et bien entendu, on ne louera jamais assez l’habileté de notre maire bienaimé qui est devenu le champion toutes catégories des demandes de subventions auprès du Département qui ne sait rien lui refuser. La quasi-totalité des délibérations prises en conseil municipal tournent d’ailleurs autour de ce sujet central. Une belle illustration en est donnée par le dernier compte-rendu en date du 26 juillet 2018, qui fait état de pas moins de 6 délibérations de ce type pour réclamer au Département de subventionner à hauteur de 60 à 70 % pour 1,6 millions de nouveaux travaux dans le cadre de l’enfouissement des réseaux aériens.

L’ancien hôtel de ville de Carnoux ceinturé par les nouveaux bâtiments en construction (photo © CPC)

Comme l’explique crûment le maire, selon les termes du compte-rendu officiel, « la collectivité a décidé de taper un grand coup dans l’enfouissement des réseaux aériens et de l’éclairage public avant que l’éclairage public ne passe de compétence métropolitaine, ce qui devrait avoir lieu en 2020 » car « il n’est pas certain que la collectivité obtienne des subventions en 2020 puisque le département doit fusionner avec la métropole. De plus, il n’est pas certain que la métropole, avec l’ampleur des travaux à entreprendre pour les différentes communes, vote 1 600 000 € de travaux. Il faut donc anticiper ». En d’autres termes, il faut en profiter tant qu’on peut siphonner les caisses du Département parce que Martine Vassal est en campagne et peut allégrement arroser tous ses soutiens car lorsqu’elle prendra les rênes de la Métropole après la disparition programmée du Conseil départemental, il faudra nécessairement partager le gâteau avec les maires des autres communes. C’est donc la course contre la montre pour dépenser tout ce qui peut l’être, quitte à prévoir un peu large pour le nouvel hôtel de ville dont les horaires d’ouverture au public ont pourtant été encore réduits…

L. V. 

 

Monsieur le Maire tient à préciser…

En réaction à cet article, Monsieur le Maire de Carnoux a immédiatement écrit au Président du Cercle progressiste carnussien pour justifier son action et c’est bien sûr avec grand plaisir que nous publions ses observations qui ne sont en rien contradictoires avec ce que nous avions noté, sinon sur des points pour lesquels notre analyse a manifestement été lue un peu rapidement car il n’y a jamais été écrit que les nouveaux locaux n’étaient pas destinés à accueillir des services externalisés, ni bien entendu que les élèves des communes voisines sont accueillis sans contrepartie financière… On a donc un peu de mal à discerner où se situe « l’inexactitude du propos ». En tout cas, que le maire se rassure, il n’y avait nulle méchanceté dans notre analyse qui ne reflète que les interrogations d’un citoyen curieux de la manière dont sont gérées les affaires publiques dans sa commune !

Monsieur le Président,

Il m’a été « conseillé » de lire l’excellent article du courageusement nommé LV paru sur votre blog sous le titre « le château de mon maire… »

Je dois dire que je n’ai pas été surpris par le ton, la méchanceté et surtout l’inexactitude du propos.

Dans un premier temps je n’ai pas jugé utile de répondre puis à la réflexion j’ai estimé que je me devais de rectifier et de préciser certains points.

  • La surface de l’extension mairie n’est pas faite pour accueillir des services externalisés, mais pour donner de meilleures conditions de travail aux agents et pour offrir des locaux plus fonctionnels à la police municipale et au CCAS comme vous le dites mais aussi au service des sports et à la PMI.
  • Vous parlez du rapport au « vitriol » de la chambre régionale des comptes. C’est une affirmation gratuite. Beaucoup de communes souhaiteraient avoir le même puisque la qualité de notre gestion est reconnue.
  • Les investissements de la commune, certes importants pour sa taille, sont aidés financièrement par le Département mais aussi par la Métropole comme toutes les communes semblables à la nôtre. Vous aurez bien entendu remarqué que notre autofinancement est conséquent grâce à une gestion « responsable » et maitrisée.
  • Les élèves trop nombreux à votre sens que nous recevons de l’extérieur sont ceux qui résident à Carpiagne et qui relèvent des communes de Marseille et d’Aubagne. Pour votre information, une participation financière est versée par chacune d’elle pour chaque élève scolarisé dans notre groupe scolaire Frédéric Mistral, dans le cadre d’une convention établie il y a près de 20 ans !

Certains se réjouissent d’avoir une commune qui se modernise et s’embellit, sans endettement et sans hausse de la pression fiscale, d’autres comme vous trouvent le moyen avec un humour douteux et sans discernement de s’adonner à la critique systématique ! Ce qui est excessif n’est pas crédible..

Je n’ai certes pas la prétention de tout bien faire mais soyez assuré que dans mon action, je n’ai qu’un objectif, l’intérêt de notre ville et de ses concitoyens.

Je vous remercie d’insérer dans votre blog ce courriel en vertu de mon droit de réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées .

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

 

 

Peas & love : envie de pois, besoin de toit…

23 août 2018

« Il faudrait construire les villes à la campagne : l’air y est plus sain », avait déjà noté finement l’humoriste Alphonse Allais, et sans doute d’autres avant lui. Depuis quelque temps, c’est un autre concept qui est en train de faire fureur et qui consiste plutôt au contraire à implanter les champs dans les villes qui, à défaut d’air sain, présentent l’avantage de regrouper des populations urbaines avides de produits frais à consommer en circuits courts…

Le jardin ouvert sur le toit de l’hôtel Yooma (photo © Peas & Love)

Après les AMAP, les tours végétalisées, les fermes verticales et les jardins partagés au pied des immeubles, voilà que les toits de nos villes deviennent un enjeu pour le développement du maraîchage… Une start-up belge, créée en 2015, s’est ainsi engouffrée sur ce marché florissant. Après s’être fait la main sur les toits de Bruxelles, la société au nom évocateur de Peas & Love vient ainsi de débarquer sur le marché français en ouvrant au public, le 1er mai 2018, son premier jardin potager de 1000 m2, sur le toit de l’hôtel Yooma, dans le 15ème arrondissement de Paris, à proximité de la Maison de la Radio.

Le concept sur lequel s’appuie la jeune pousse est aussi simple qu’astucieux : le jardin, implanté en toit-terrasse, aménagé et cultivé par un ingénieur agronome, en recourant largement aux techniques de culture hydroponique hors-sol, est divisé en 250 parcelles individuelles, lesquelles sont louées à des particuliers pour 38 € par mois, moyennant un engagement d’une durée minimale de 1 an. C’est l’agronome, rebaptisé en jargon start-uper le « Community Farmer », qui entretient l’ensemble des parcelles mais chaque locataire, « Urban farmer » en français dans le texte, peut venir à tout moment, pendant les heures d’ouverture du jardin, sarcler, désherber, récolter, ou simplement regarder pousser les salades sur son petit lopin.

Le technicien en charge du jardin s’occupe lui-même du gros du travail, organise quelques animations pour entretenir la motivation de la clientèle, et dépose dans un panier où chacun peut se servir, les légumes arrivés à maturité et que leur propriétaire n’a pas pris la peine de ramasser. Au menu, plus de 50 variétés de légumes, pois (« peas » en anglais, comme chacun sait) mais aussi salades, tomates, poivrons, aubergines, fraises ou choux (de Bruxelles, cela va de soi). Chaque parcelle individuelle ne fait que 3 m2, ce qui est loin de suffire aux besoins en fruits et légumes d’une famille, surtout à ce prix-là, mais l’objectif est plutôt de répondre aux attentes d’une clientèle urbaine aisée, avide de se ressourcer dans un jardin potager en plein Paris, et qui a ainsi le sentiment de cueillir ses propres légumes sans perdre trop de temps à les faire réellement pousser, tout en se donnant bonne conscience grâce à ce havre de verdure et de biodiversité implanté en cœur de ville et qui contribue à combattre les ilots de chaleur et la pollution chronique de l’air.

L’hôtel Yooma à Paris, dans son environnement très urbain (photo © Fabrice Fouillet)

Un concept qui a le vent en poupe donc puisque la société gère désormais 600 parcelles réparties entre Paris et Bruxelles, annonce fièrement dénombrer 869 personnes inscrites sur liste d’attente, et vient de procéder à une levée de fonds pour 1,2 millions d’euros auprès du fonds d’investissement Otium Brands et de Business Angels.

Le restaurant de l’hôtel Yooma, sur lequel a été implanté le premier de ces jardins parisiens d’altitude, bénéficie quant à lui d’une parcelle de 150 m2 sur laquelle le chef de cuisine vient chaque matin cueillir en direct les herbes aromatiques dont il a besoin. Une récolte gratuite de 10 tonnes de plantes par an pour l’hôtel, en échange de la mise à disposition de sa terrasse pour le projet… Restaurants et hôtels de luxe constituent de fait une cible privilégiée pour les fondateurs de Peas & Love, au même titre que les promoteurs de résidence de standing et que les centres commerciaux. Nul doute que l’on n’a pas fini de voir fleurir de nouveaux jardins de ce type sur les toits de nos villes, du moins dans les quartiers résidentiels les plus aisés…

L.V. 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Écopâturage dans la Vallée verte à Saint-Menet

26 juillet 2018

Le parc d’activité joliment dénommé Domaine Vallée Verte, situé à Saint-Menet, sur les bords de l’Huveaune, dans le 11ème arrondissement de Marseille, entre La Barasse et La Penne-sur-Huveaune, fait partie de ces sites industriels sinistrés de l’Est marseillais qui sont en train de connaître un véritable rebond.

Bâtiments de l’ancienne chocolaterie Nestlé à Saint-Menet (source © Tourisme Marseille)

Dessinés par les architectes de renom René Egger et Fernand Pouillon dans l’immédiat après-guerre, et construits entre 1949 et 1952, au prix d’un détournement du tracé de l’autoroute A50 alors en projet, les bâtiments ont été le siège, pendant plus de 50 ans, de l’usine à chocolat exploitée par Nestlé jusqu’en 2006 avec jusqu’à 1200 salariés sur place, puis, après un long conflit social avec occupation d’usine, par NetCacao jusqu’en 2011.

Tablettes de chocolat produites par la Chocolaterie de Provence (source © Tourisme Marseille)

Rachetée en 2012 à la barre du tribunal de commerce par le groupe russe ICC (Ivory Coast Cacao), et relancée sous le nom de Chocolaterie de Provence, l’usine n’emploie plus qu’une cinquantaine de salariés et s’est spécialisée dans le chocolat casher pour l’exportation, mais elle a fini par laisser la place fin 2017 à la brasserie artisanale Bières de La Plaine.

En 2012, c’est le groupe australien Goodman, spécialiste international des parcs d’affaires et des plates-formes logistiques, qui tente de reprendre le site avec pour ambition l’aménagement de 60 000 m2 de locaux supplémentaires, pour finalement laisser la place, fin 2013, à la société YG Investissement, basée à Beaulieu et dirigée par Yves Gouchon. Avec l’aide financière de la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce dernier lance donc un projet de parc d’activité qui s’étend désormais sur 20 hectares et abrite 22 entreprises parmi lesquelles Suez, Veolia, Orkyn, la Caisse d’Epargne, La Poste, le courtier Saretec, Poivre blanc, ou encore l’Etablissement français du sang.

Les bâtiments du Domaine Vallée verte dans un écrin de verdure (photo © DR)

Le trait marquant de ce parc d’activité dont les bâtiments occupent actuellement 40 000 m2, implantés dans un site autrefois très prisé par les notables marseillais pour son aspect verdoyant et sa proximité des berges de l’Huveaune, est justement d’en faire un site exemplaire en matière de respect de l’environnement. En avril 2017 a ainsi été inauguré un système très élaboré de collecte et de tri des déchets qui permet de valoriser de l’ordre de 75 % des déchets produits sur place, là où ce taux ne dépasse habituellement guère les 10 %.

Voiture électrique du Domaine Vallée verte (source © Chambre de commerce et d’industrie)

Le site ambitionne de devenir un pôle d’activité à énergie positive et dispose déjà d’un espace de production d’électricité par panneaux photovoltaïques tout en étudiant la faisabilité d’installer une boucle géothermique. En matière de transports en commun et sans attendre les dessertes que la Métropole tarde à assurer, le Domaine a mis en place un parc de voitures électriques et organisé un système de navettes privées qui permet de transporter entre 1200 et 1300 personnes tous les mois pour relier les lieux de travail aux quartiers d’habitation environnants et aux points de raccordement avec les réseaux RTM et SNCF.

Un club d’affaires, opérationnel depuis mi-2017, propose aux entreprises du domaine des services mutualisés dont un restaurant inter-entreprises, une crèche, une conciergerie d’entreprises « aux prestations 100 % bio », une salle de sport, des salles de réunion et des espaces de séminaires à louer à des prix préférentiels. Un parcours santé en milieu boisé a également été aménagé sur le site, ainsi qu’un espace dénommé, en provençal dans le texte, My Office Vallée Verte, et qui propose un espace de coworking, des bureaux à louer, et une pépinière d’entreprises. L’esprit start-up fonctionne à plein dans cette Vallée verte aux allures de Silicon Valley…

Selon son promoteur et concepteur, Yves Gouchon, « L’aspect humain, énergétique et sociétal, sont essentiels car ils permettent d’améliorer la performance en proposant une meilleure qualité de vie au travail. La vallée verte, c’est un écosystème, une signature, un symbole, une philosophie, une organisation du travail réinventée avec l’humain au cœur de la machine… ». Rien de moins…

Yves Gouchon interviewé par La Provence (extrait vidéo © La Provence)

Et pour faire bonne mesure et affirmer la volonté écologique de ce parc d’activité hors normes, le Domaine Vallée verte vient de s’équiper d’un troupeau de chèvres et de moutons pour procéder à l’entretien de ses espaces verts. Adepte d’une communication aux petits oignons, le promoteur avait invité, le 4 juillet 2018, les 800 salariés du site et leurs familles, à venir assister à l’arrivée du troupeau, sans oublier bien entendu de convoquer la presse locale.

Les chèvres destinées à l’entretien du domaine (source © compte Twitter Domaine vallée verte)

Une vidéo, disponible sur le site de La Provence, montre ainsi le promoteur Yves Gouchon se féliciter de son initiative, pour l’instant expérimentale jusqu’en novembre, mais qui devrait être pérennisée au-delà, et qui permet d’éviter le recours à des engins bruyants et polluants pour entretenir les espaces naturels qui s’étendent autour du site, tout en annonçant, à partir de 2019, la mise en place d’un système de compostage pour la valorisation des déchets verts.

Confiée à la société Ecozone, une structure créée à Lille par une ancienne bergère des Alpes de Haute-Provence, la prestation d’écopâturage donne assurément une touche bucolique à ce site industriel qui s’étend sur les bords verdoyants de l’Huveaune : une belle démonstration de prise en compte de l’environnement pour un cadre de travail agréable et préservé, et un exemple à suivre pour d’autres parcs d’activité du secteur…

L. V. 

La Mède : la raffinerie de tous les dangers…

26 juin 2018

Mise en route en juin 1935, en bordure de l’étang de Berre, sur la commune de Châteauneuf-les-Martigues, la raffinerie de La Mède, qui n’en finit pas de faire parler d’elle, fait partie de ces monstres technologiques engendrés par notre société de consommation empêtrée dans ses contradictions et ses choix technologiques hasardeux !

Raffinerie de La Mède, en bordure de l’étang de Barre (photo © MaxPPP)

Lors de sa construction, par ce qui s’appelait alors la Compagnie française de raffinage et qui s’est fondu depuis dans le groupe pétrolier Total, la raffinerie dite alors « de Provence » était alimentée par un port pétrolier dédié, désormais désaffecté, et disposait d’une capacité de raffinage de 400 000 t de pétrole brut par an, une misère à l’aune des standards actuels, mais largement suffisant à une époque où l’automobile commençait tout juste à se démocratiser.

Le 9 novembre 1992, alors que la raffinerie de la Mède, qui emploie alors 430 personnes et dont la capacité de raffinage dépasse désormais les 6,6 millions de tonnes tourne à plein régime, malgré un état de délabrement et de vétusté sans cesse dénoncé, une forte explosion se produit à 5h20 du matin. Entendue à 30 km à la ronde, cette explosion, qui provoque l’embrasement des unités de traitement les plus proches, est suivie de plusieurs autres. Deux réservoirs d’hydrocarbure et plusieurs canalisations prennent feu, ainsi qu’un réservoir de soude usée et d’essence qui explose à son tour vers 9h50.

Vue de la salle de contrôle de la raffinerie lors de l’accident de 1992 (source DGPR / BARPI)

Il faut attendre 13h pour que les pompiers parviennent tant bien que mal à maîtriser le sinistre, laissant néanmoins plusieurs brasiers se poursuivre pour achever de brûler les gaz et réduire la pression. Le bilan est sévère puisqu’il fait état de 6 morts et un blessé grave parmi le personnel, mais aussi 37 blessés plus légers dont 2 pompiers. La raffinerie est dévastée sur au moins 2 ha et il faudra attendre 2 ans avant que son activité puisse reprendre.

Le voisinage a été sérieusement atteint avec des bris de vitres constatés dans un rayon de 1 km et, ponctuellement jusqu’à 8 km du site. Lors du procès, qui intervient en 2002, quelques mois après la catastrophe d’AZF et alors que Total Fina annonce des bénéfices records, le procureur juge accablante la responsabilité des dirigeants de Total, mais se contente de simples condamnations avec sursis.

Vue aérienne des traces de relâchement d’hydrocarbure à la raffinerie de La Mède en 2005 (source DGPR / IMPEL)

Le 7 août 2005, rebelote avec cette fois un nuage de 10 à 20 tonnes d’hydrocarbures liquides et gazeux qui s’échappent accidentellement de la raffinerie. Un vent fort pousse ce nuage vers la commune de Sausset-les-Pins, à 7 km de là, endommageant une centaine d’habitations mais évitant une nouvelle catastrophe qui se serait inévitablement produite si les vapeurs d’hydrocarbures avaient stagné sur le site à proximité des torchères… Total sera d’ailleurs lourdement condamné en 2007 pour négligence et non-respect des procédures suite à cet accident.

Et en novembre 2014, le site fait de nouveau parler de lui, suite cette fois au débordement de deux bassins d’hydrocarbures qui se déversent directement dans l’étang de Berre, souillant sa rive sud.

En avril 2015, le site est paralysé par des grèves suite à l’annonce d’un plan de restructuration qui prévoit la disparition de 180 postes, alors que les capacités de raffinage sur le sol français sont jugées excédentaires. La raffinerie de la Mède, lourdement déficitaire, est fermée par Total fin 2015 mais reconvertie afin d’y sauvegarder 250 emplois.

Il s’agit alors de transformer, d’ici mi-2018, le site en « bio-raffinerie » pour y produire 500 000 tonnes par an de biodiesel à partir d’un tiers d’huiles alimentaires usagées recyclées et de deux-tiers d’huile végétale, projet consacré par la délivrance en mars 2018 d’une autorisation préfectorale, imposant le recours à au moins 25 % d’huile recyclée.

Vue des nouvelles installations de production de bio-carburant à la raffinerie de La mède (photo © IMRE Nedim / TOTAL)

Un projet qui déclenche la fureur des associations environnementales, dont l’ONG Les amis de la Terre, qui dénonce l’importation massive, pour alimenter la raffinerie, de 300 à 400 000 t d’huile de palme par an, en provenance de Malaisie et d’Indonésie, où ces plantations industrielles de palmiers à huile se font en rognant sans cesse davantage sur les forêts tropicales primaires : pour produire de telles quantités d’huile de palme, on considère qu’il faut détruire 1500 km2 de forêt, ce qui revient à hâter d’autant plus la disparition de la faune associée, sachant qu’il faut par exemple 1 km2 de forêt pour permettre à un orang outang de survivre.

Mais curieusement, ce ne sont pas les défenseurs de l’environnement qui se sont fait le plus entendre dans ce dossier polémique à souhait, mais plutôt les agriculteurs de la FNSEA qui ont défrayé la chronique en venant manifester en juin 2018 contre ce projet, n’hésitant pas à bloquer 13 raffineries et dépôts de carburant sur toute la France.

Manifestation d’agriculteurs de la FNSEA devant la raffinerie Total La Mède, le 11 juin 2018 (photo © Jean-Paul Pelissier / Reuters)

Plus que le sort de l’orang outang et du tigre de Sumatra, ces agriculteurs chantres de l’agro-industrie, venaient en réalité défendre les intérêts des producteurs d’oléagineux, colza et tournesol en tête, qui servent aussi à produire du biodiesel. Une filière industrielle dominée par le géant de l’agro-business, la société Avril, dont le regretté patron était l’ex-président de la FNSEA, le richissime Xavier Beulin, récemment disparu. Peu connue du grand public, cette société dont le chiffre d’affaire atteint pourtant 7 milliards d’euros et qui emploie pas moins de 8200 salariés, est le premier producteur et transformateur européen d’oléagineux, un concurrent direct de Total donc, propriétaire accessoirement des marques Lessieur et Puget, mais aussi leader français de la nutrition animale et qui commercialise un quart des œufs vendus sur le territoire national…

Une petite entreprise, en pointe donc contre la déforestation en Indonésie, mais qui n’hésite pas à importer, pour son compte 200 000 t d’huile de palme chaque année, garantie « zéro déforestation », cela va de soi, car, pour des raisons économiques fort respectables, le biodiesel produit intègre une forte proportion d’huile de palme, nettement moins chère sur le marché mondial que le colza français. D’ailleurs le groupe Avril détient, selon le Canard enchaîné, 34 % des actions de la société PalmElit, leader mondial des semences de palmier à huile.

Plantations de palmiers à huile en Indonésie (photo © François de Sury / voir-et-agir CH)

Et n’allez surtout pas vous demander s’il est bien raisonnable de développer ainsi des « carburants verts » pour alimenter le réservoir de votre voiture, tandis que les terres arables nécessaires à l’alimentation humaine se dégradent à vue d’œil. Une étude récente commandée par la Commission européenne et publiée par Transport et environnement, indique qu’utiliser du biodiesel à base d’huile de palme revient à émettre trois fois plus de gaz à effet de serre que d’utiliser du diesel classique !

Encore un choix technologique manifestement soigneusement réfléchi et qui devrait nous permettre d’avancer à grande vitesse vers le mur où l’humanité ne devrait pas tarder à s’écraser en klaxonnant bien fort…

L. V.

ZAC des Gargues à Aubagne : Auchan engage le bras de fer !

18 juin 2018

Nous avions déjà évoqué sur ce blog, en juillet 2016, l’avenir incertain du projet de la ZAC des Gargues, ce vaste complexe commercial prévu pour s’étaler sur 42 ha entre l’autoroute A52 et la zone des Paluds, au sud de l’hypermarché Auchan (le deuxième plus grand de France, avec un chiffre d’affaire annuel déclaré de 250 millions d’euros), sur les dernières terres encore cultivées du secteur, en remplacement des quelques fermes résiduelles et de la jardinerie Tirand. Pompeusement rebaptisée éco-quartier des Bonnes-Nouvelles, en référence au chemin du même nom, plein d’espoir, qui la traverse, cette ZAC semble pourtant soumise à un avenir plutôt incertain…

À gauche : vue aérienne du site des Gargues (source © Géoportail). À droite : carte du programme initialement prévu (source © SAPAG)

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, rappelons que ce projet totalement pharaonique prévoyait initialement la construction de 850 logements avec crèches, écoles et installations sportives, des espaces de bureaux et surtout l’aménagement d’une immense zone commerciale et de loisirs, comprenant pas moins de 80 000 m2 de commerces supplémentaires, un parc de loisir et un complexe cinématographique du dernier cri, le tout desservi par une future ligne de tramway enjambant l’autoroute, et un boulevard urbain avec de nouveaux échangeurs autoroutiers.

Maquette du projet du futur « éco-quartier » Bonnes-Nouvelles (source © SAPAG)

Initié en 2009 en plein accord avec l’ancienne majorité de gauche alors aux manettes tant à Aubagne qu’à la défunte communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile (CAPAE), ce projet est porté depuis des années par le groupe Auchan qui a patiemment acquis, via sa filiale immobilière Immochan, parcelle après parcelle, plus de la moitié des terres du secteur.

En 2013, le projet a été confié à l’unique opérateur qui s’était porté candidat, la société SAPAG, créée justement pour ce seul et unique objectif et constituée, comme par hasard, par Immochan, devenue le 5 juin dernier, par souci de camouflage, la société Ceetrus, et alliée pour l’occasion avec un géant du BTP, le groupe NGE de l’ex-terrassier Guintoli, et un spécialiste du logement social, Vaucluse logement, filiale du groupe Vilogia Entreprises.

Maquette du pôle de loisir prévu dans le projet d’aménagement (source © SAPAG)

Le contrat de concession, qui prévoyait un investissement évalué à 500 millions d’euros pour la SAPAG et 19 millions pour la collectivité (pour les infrastructures) avait été signé dans la précipitation et in extremis, le 25 février 2014, un mois tout juste avant les échéances électorales. Sage précaution car ces élections se sont effectivement traduites par un changement de majorité tant à la ville qu’à l’intercommunalité !

Le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, en 2014, avec la Présidente de l’Agglo Sylvia Barthélémy

La nouvelle présidente de l’agglo, l’UDI Sylvia Barthélémy, n’était pas très chaude pour ce projet et souhaiterait le voir amendé. Elle a donc pesé pour réduire à 680 le nombre de logements, dont 30 % seulement en parc locatif social dont la droite n’est guère friande, et à limiter un peu la surface commerciale au profit plutôt de l’activité tertiaire et industrielle.

Mais le nouveau maire d’Aubagne, Gérard Gazay, n’a rien voulu entendre. Il est en effet totalement opposé au projet qu’il perçoit comme un aspirateur à chalands qui va achever de vider le centre-ville d’Aubagne et ruiner le petit commerce qui y survit difficilement. Il prône donc plutôt pour l’aménagement d’espaces sportifs sur cet espace qui, de toute façon, ne sera plus desservi par le tramway dont le projet d’extension a été gelé par la nouvelle majorité.

Le 29 septembre 2015, le conseil municipal d’Aubagne avait donc, par voie de délibération, logiquement rejeté le projet de ZAC des Gargues, imité en cela, le 30 novembre suivant, par le conseil communautaire de la CAPAE, un mois seulement avant que cette collectivité ne disparaisse, absorbée par la toute nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence, qui a vu le jour le 1er janvier 2016.

Vue du site des Gargues en 2015 (photo © Florent de Corbier / La Marseillaise)

En parallèle, et pour bien verrouiller le dossier, la nouvelle municipalité d’Aubagne qui a en charge l’élaboration du Plan local d’urbanisme (PLU) a fait en sorte de fixer pour le périmètre concerné, des règles d’urbanismes incompatibles avec les besoins du projet. Comme une ZAC a été définie sur ce périmètre par la CAPAE, la commune est tenue de lui transmettre son projet de PLU et de solliciter son avis sur le sujet, ce qu’elle fait en décembre 2015, sachant que la collectivité saisie dispose d’un délai de trois mois pour se prononcer valablement.

Sauf que la CAPAE ayant disparu corps et âme dans les jours qui ont suivi cette saisine, elle n’a pu évidemment se prononcer, pas plus d’ailleurs que la Métropole, occupée à bien d’autres dossiers dans les semaines qui ont suivi son accouchement difficile. Faute d’avis émis dans les délais, l’avis est donc réputé négatif, si bien que la commune d’Aubagne voit ainsi son PLU fragilisé car élaboré en contradiction avec les règles d’urbanisme d’une ZAC déjà ficelée.

La société SAPAG s’est bien évidemment aussitôt engouffrée dans la brèche et a donc attaqué, devant le Tribunal administratif, le PLU d’Aubagne qui avait été finalement adopté le 22 novembre 2016. Un jugement, rendu le 15 mars 2018, vient confirmer l’annulation du PLU pour vice de procédure, du fait de cet absence d’avis formulé par la CAPAE (ou, en l’occurrence, par la métropole). Il est à noter cependant, que tous les autres arguments (et ils sont nombreux !) mis en avant par la SAPAG, dans une surenchère de mauvaise foi, pour casser le PLU d’Aubagne, ont tous été rejetés par le juge administratif, comme le montre la lecture du jugement rendu : JugementTA_15mars2018

Vue aérienne du site des Gargues (photo © MC / La Marseillaise)

Pour autant, la bataille juridique ne fait que commencer et on peut faire confiance au groupe Auchan et à ses bataillons de conseillers juridiques aguerris et sans scrupules, pour ne pas lâcher le morceau avant d’avoir épuisé tous les moyens à sa disposition, du recours juridique jusqu’à l’intimidation en passant par la séduction des indécis.

Chaque camp aiguise donc ses arguments. Les partisans insistent sur les emplois que ne manquera pas de créer un tel complexe de commerces et de loisir aux portes d’Aubagne, ainsi que sur les rentrées fiscales évaluées à 17 millions par an, alors que la ville est surendettée. Les opposants mettent en avant les nuisances apportées par le projet qui va drainer dans cette zone périphérique déjà totalement saturée son flots de voitures supplémentaires tout en détruisant les dernières parcelles agricoles de bonne qualité encore disponibles aux portes de la ville et en augmentant encore l’imperméabilisation et le bétonnage des terrains dans une zone déjà particulièrement vulnérable au risque d’inondation.

Quant à la SAPAG, elle vient de sortir l’artillerie lourde en adressant, en mai 2017 un courrier comminatoire à la métropole, désormais en charge du dossier, exigeant la résiliation de son contrat de concession signé en 2014, moyennant une indemnité de 300 millions d’euros, excusez du peu ! La pratique s’apparente, sinon à du racket, du moins à du chantage et commence à faire trembler certains, dont Sylvia Barthélémy qui pousse pour trouver un terrain d’entente en faveur d’Auchan, persuadée que ce dernier est prêt à tout pour arriver à ses fins.

Jean-Claude Gondard aux côtés du maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin en 2015 (photo © Esther Griffe, Marsactu)

Le DGS de la métropole, Jean-Claude Gondard, se veut certes rassurant en estimant, comme le rapporte le site Mefi !, « Ce n’est pas parce qu’il y a une demande d’indemnisation de 300 millions que l’on va être automatiquement condamné ». Certes, mais son patron, le toujours Président de la métropole et maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, semble bien moins sûr de lui lorsqu’il souffle, selon Marsactu, « L’inquiétude, c’est d’avoir à payer in extenso ce qu’Auchan demande », ou lorsqu’il lâche à La Provence : « Bien sûr, nous ne voulons pas sortir cette somme, d’ailleurs nous ne l’avons pas. Le maire d’Aubagne ne veut pas du projet, mais c’est nous qui devons payer… Il y aura des discussions entre la mairie, la Métropole et Auchan, en tout cas par l’intermédiaire des avocats, pour sans doute modifier l’implantation du projet… Mais nous incitons le maire d’Aubagne à trouver un accord avec Auchan ».

Bien malin qui dira à ce stade ce qu’il adviendra de ce projet abracadabrantesque et contre lequel circule toujours une pétition, initiée par le militant aubagnais Jean Reynaud qui propose de conserver ces terres agricoles pour y implanter une ferme pédagogique et un laboratoire national de permaculture, pétition qui a déjà recueilli plus de 600 signatures. Une chose est sûre en tout cas, Auchan ira jusqu’au bout pour imposer ce projet alors que celui d’Europa City qu’elle porte à bout de bras au nord de Paris, commence aussi à avoir du plomb dans l’aile. Reste à savoir comment nos élus locaux qui tremblent déjà et commencent à se désolidariser les uns des autres se positionneront face à un tel rouleau compresseur…

L.V. 

Maryse Joissains au tribunal

21 mai 2018

Maryse Joissains aux côtés de la Garde des sceaux, Nicole Belloubet, le 7 mai 2018, pour la pose de la première pierre du chantier du futur TGI d’Aix-en-Provence (photo © William Allaire / TPBM)

L’affaire pourrait prêter à sourire, et c’est d’ailleurs ainsi que la présente le Canard enchaîné qui ne rate jamais une occasion d’appuyer là où ça fait mal, surtout en matière de probité de nos élus locaux… Le 7 mai dernier, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, venue inaugurer le nouveau Palais de Justice de Martigues, a jugé utile de se rendre ensuite à Aix-en-Provence pour y poser la première pierre du futur Tribunal de grande instance qui devrait permettre de rendre la justice pénale et civile, à partir de 2021, dans de nouveaux locaux pourvus de 6 salles d’audience publique.

Les photos officielles montrent donc la Ministre tout sourire inaugurer en grandes pompes le chantier du futur Palais de Justice, main dans la main avec la maire LR d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, alors que cette dernière –petit détail anodin- est mise en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts, et cela une semaine tout juste avant que ne débute son procès : voilà qui fait en effet un peu désordre…

Car les faits qui sont reprochés à la maire d’Aix-en-Provence et qui lui ont donc valu cette comparution le 14 mai dernier devant le Tribunal correctionnel de Montpellier, où le procès avait été prudemment délocalisé pour plus de discrétion et moins de pression, ne sont pas anodins.

Alerté en mars 2012 par une lettre anonyme signée d’un « contribuable du pays d’Aix qui en a marre de l’usage frauduleux de l’argent public », le parquet avait ouvert une enquête et les enquêteurs avaient pointé du doigt, au terme des investigations, « un mélange d’autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l’engagement des deniers publics » à la mairie d’Aix-en-Provence, ainsi qu’à la communauté de communes. Du lourd donc, même si l’élue minimise les faits et affirme au contraire « avoir une conception très rigoureuse des deniers publics ».

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière au fauteuil de maire en 2001 (photo d’archive – DR)

Âgée désormais de 75 ans et élue à la tête de la ville depuis 2001, Maryse Joissains s’est surtout fait remarquée pour son franc-parler et son ton gouailleur, elle qui est issue d’une famille de militants communistes modestes de Toulon et dont le père avait même été un temps garde du corps de Maurice Thorez, selon les informations du Nouvel Obs. C’est son mariage avec l’ancien et éphémère maire d’Aix, Alain Joissains, qui l’a poussée à se présenter en 2001, avec pour principale motivation le souhait de venger ce dernier, balayé en 1983 par de sordides accusations de détournement de fonds publics, destinés à un collège et qui auraient servi à faire construire une belle villa au père de Maryse Joissains. Ce dernier s’est tiré une balle dans la tête et Alain Joissains a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et une lourde amende pour complicité de recel d’abus de biens sociaux.

Mais Maryse Joissains a un grand sens de la famille et la main sur le cœur. Sitôt élue en 2001, elle nomme son ex-mari directeur de cabinet avec le salaire le plus élevé de tout le personnel communal, puis elle recrute sa fille, Sophie, comme chef de cabinet à la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont maman est présidente. Une belle saga familiale mais qui s’étend aussi à de nombreux autres proches.

Maryse et Sophie Joissains en mars 2014 (photo © Jérémy Bouillard)

C’est notamment le cas de son chauffeur, Omar Achouri, 65 ans, un fils de harki avec qui la maire entretient des rapports de grande proximité et qui fait office d’intermédiaire pour quiconque veut demander une faveur à l’élue, « un personnage-clé du clientélisme dans le pays d’Aix » de l’avis général. Un chauffeur en tout cas particulièrement méritant puisque la maire n’a pas hésité en 2013 à le promouvoir au rang d’attaché territorial, le plus haut grade de la filière administrative dans la fonction publique territoriale, avec un modeste salaire de 4 400 euros, alors même que de très nombreux collègues figuraient avant lui sur la liste des cadres pouvant prétendre à cette promotion. Du «jamais-vu» pour nombre de hauts fonctionnaires territoriaux…

Caricature publiée en 2013 sur le blog de Lucien Castronovo, conseiller municipal d’opposition

Une décision qui avait d’ailleurs été annulée par la Cour administrative d’appel pour erreur manifeste d’appréciation de la valeur et de l’expérience professionnelle de l’intéressé, mais que Maryse Joissains continue de défendre bec et ongles à la barre du Tribunal, alors que le Procureur a évoqué, selon le témoignage du Monde, une « promotion anormale », « une appréciation de la situation de M. Achouri erronée de façon manifeste et criante », uniquement « destinée à gratifier un proche ».

Et ce n’est pas tout puisque Maryse Joissains était aussi poursuivie pour deux autres nominations tout aussi rocambolesques. La première concerne justement le propre fils de son chauffeur, Christophe Achouri, qui comparaissait lui-aussi devant la Justice pour avoir bénéficié d’emplois de complaisance au sein de structures sportives où, selon l’enquête, il aurait surtout brillé par son absence.

Quant à la seconde, elle concerne la fille d’une des amies proches de Maryse Joissains, une certaine Sylvie Roche que la maire avait recrutée comme collaboratrice à son cabinet de Présidente de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, avec voiture de fonction, pour s’occuper de la cause animale. Un dossier de premier plan aux yeux de la maire « aveuglée par [son] amour des animaux » mais qui n’entre absolument pas dans le champ de compétences de l’intercommunalité et alors même qu’il existe déjà un service municipal à la ville d’Aix pour les chiens et chats errants et maltraités.

Interview de Maryse Joissains avant son passage au tribunal correctionnel de Montpellier, le 14 mai 2918 (extrait reportage © France 3)

Un emploi dont la maire a justifié ainsi au Tribunal la nécessité : « Souvent, je me balade dans les campagnes, je rencontre des animaux maltraités ou abandonnés, j’avais besoin de quelqu’un qui soit disponible ». Et si cette militante de la cause animale a été embauchée sans vote préalable de la communauté de communes, c’est parce que « le président a droit à cinq collaborateurs ». Et l’élue d’expliquer que sa collaboratrice était disponible le week-end, tard le soir, « toujours prête à intervenir même dans les caves lors des combats de chiens ou de coqs. Et ça, je ne peux pas le demander à un fonctionnaire ». On n’aurait jamais imaginé qu’il se passe de telles histoires dans les sous-sols aixois…

Des arguments imparables donc, mais qui ne semblent cependant guère avoir convaincu le Procureur de la République pour qui les accusations de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts pour lesquels l’élue d’Aix-en-Provence est poursuivie sont « parfaitement caractérisées » et « d’une gravité extrême, car ils sont le contraire de la probité attendue d’un élu ». Une appréciation que bien évidemment Maryse Joissains conteste fermement, elle qui considère être une élue « intègre » et « rigoureuse » et qui a affirmé sans rire à la barre du Tribunal : « Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur ».

La décision a été mise en délibéré au 18 juillet, mais le Tribunal a requis à l’encontre de Maryse Joissains une peine plutôt sévère de 18 mois d’emprisonnement dont 9 mois ferme et 10 ans d’inéligibilité : serait-ce le début de la fin pour la dynastie Joissains à Aix-en-Provence ?

L.V. 

Sainte-Martine, payez pour nous !

16 mai 2018

Devenue en avril 2015 Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, à la suite de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, mis en examen en 2011 pour trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et association de malfaiteurs, mais toujours en attente de son jugement, Martine Vassal sort le grand jeu en bourrant les boîtes aux lettres du département d’un épais document couleur de 84 pages tout à sa gloire et qui ressemble furieusement à un tract de campagne XXL intégralement payé par le contribuable.

Ce numéro spécial du bulletin d’information départemental rebaptisé « Accents de Provence », s’intitule en effet sobrement « Martine Vassal & sa majorité : 3 ans d’actions et de promesses tenues ». Et sa lecture est des plus instructives pour le citoyen lambda qui imaginait naïvement que le rôle du Conseil départemental et de ses 7000 agents consistait pour l’essentiel, et comme le prévoit la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, à gérer les aides sociales, la construction et la maintenance des collèges ainsi que la voirie départementale.

Sur un budget global de 2,6 milliards d’euros adopté en 2018, dont 2,2 millions uniquement pour son fonctionnement, la part majeure des dépenses du Département concerne bien en effet l’aide sociale qui absorbe pas moins de 1,3 milliards d’euros. Il faut néanmoins atteindre la page 70 de cet épais document de propagande pour apprendre que la collectivité dépense 285 millions d’euros pour l’aide aux personnes âgées (pardon, « le Bel âge »), et 275 millions pour les personnes en situation de handicap, mais il n’y a pas un mot sur les quelques 70 000 allocataires du RSA alors que leur soutien par les allocations versées par le Département est essentiel.

Extrait du numéro spécial d’Accents de Provence, à la gloire de Martine Vassal (source © CD 13)

De même, seules quelques pages tout à la fin de l’épais dossier rappellent que le Département gère et entretient quand même plus de 3 000 km de routes départementales et quelque 135 collèges publics, investissant pas moins de 2500 € par an pour chacun des 97 000 collégiens du département.

Mais le but de cette plaquette est tout autre : il vise à démontrer que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’est en réalité qu’une agence de financement au service des élus locaux et de leurs projets. Elle passe ainsi en revue, territoire par territoire, toutes les réalisations rendues possibles grâce au financement du Département. C’est un véritable catalogue à la Prévert de tout ce qui a pu être réalisé, commune par commune, avec l’aide financière du Département, qui se monte jusqu’à 70 % du montant total de certains investissements : piscines, salles de spectacle, ronds-points, crèches municipales, écoles, musées, installations sportives, épiceries, caméras de vidéosurveillance, églises et même mairies : aucun aménagement public dans le département ne semble pouvoir se faire sans l’aide précieuse du Conseil départemental, même pour ceux qui relèvent sans conteste de la stricte compétence communale.

L’exemple de notre commune est d’ailleurs emblématique. Alors que le budget communal est excédentaire depuis des années sans aucun recours à l’emprunt, et que la ville est déjà totalement saturée d’équipements publics du dernier cri, la commune de Carnoux continue de réclamer, année après année, de nouvelles subventions du Département pour poursuivre ses investissements. Le groupe scolaire municipal, pourtant plutôt récent et déjà l’un des mieux équipés du Département, a ainsi fait l’objet de multiples réfections et embellissements, de même que les installations sportives municipales très largement dimensionnées.

Le centre-ville a été entièrement refait, toujours grâce aux subventions du Département, alors même qu’il est bien loin de présenter le même degré de vétusté que de nombreux quartiers de Marseille ou même d’Aubagne. Tout le réseau électrique et l’éclairage urbain ont été entièrement remplacés avec enfouissement total des lignes électriques, ce qui contribue incontestablement à l’embellissement du cadre de vie carnussien mais pourrait difficilement être étendu à l’ensemble des villes du département vu le montant des investissements nécessaires pour cela, subventionnés pour l’essentiel grâce à la générosité du contribuable buco rhodanien.

Extrait du bulletin municipal de Carnoux Le Messager n°51, avril 2018 (source © Commune de Carnoux-en-Provence)

Et ne parlons même pas du chantier pharaonique d’extension de l’hôtel de ville, dernière étape des 12 travaux de Giorgi. Là aussi, c’est le Département qui paiera la moitié de la note comme le confirme le numéro spécial de la revue Accents qui évoque un montant global du projet de 4,44 millions d’euros, subventionné à hauteur de 50 % par le Conseil départemental. D’ailleurs, les éléments budgétaires qui figurent dans la dernière livraison du Messager d’avril 2018 confirment s’il en était besoin, que les recettes d’investissement de la commune de Carnoux dépendent à près de 60 % des subventions d’autres collectivités, au premier rang desquelles le Département, le maire s’inquiétant même ouvertement d’une disparition éventuelle de cette collectivité, au risque pour les communes « de perdre le soutien financier sans faille du Département et donc de réduire leurs capacités d’action ».

Sur ce plan, Carnoux n’est pas un cas isolé. On apprend en effet, toujours dans le bilan à mi-parcours de Martine Vassal, que même la richissime commune de Gemenos, dont le maire ne sait plus comment dépenser son budget et est allé jusqu’à distribuer des bons d’achats à ses concitoyens, réclame sa part du gâteau et a obtenu une subvention du Département pour l’extension de sa crèche municipale, au titre de la solidarité territoriale en faveur des petites communes rurales sans doute…

Martine Vassal dans l’église de Châteauneuf-les-Martigues en février 2017 (source © Twitter)

Bien entendu, il n’est pas question de soupçonner la moindre volonté de clientélisme dans toutes ces subventions distribuées à tour de bras. Du temps où elle était dans l’opposition, Martine Vassal a suffisamment accusé Jean-Noël Guérini de faire des chèques aux élus locaux de certaines communes périphériques en fonction de considérations purement électoralistes pour qu’elle soit désormais au-dessus de tout soupçon, au moins sur ce plan.

D’ailleurs, l’arrivée au pouvoir de Martine Vassal, toujours deuxième adjointe au maire de Marseille où elle est élue depuis 2001 aux côtés de Jean-Claude Gaudin, s’est traduite par un net rééquilibrage des subventions départementales en faveur de la cité phocéenne, comme le rappelle le dernier numéro d’Accents. En politique en effet, il ne faut jamais injurier l’avenir et Martine Vassal n’est pas trop mal placée pour ambitionner succéder dans 2 ans à Jean-Claude Gaudin au fauteuil de maire de Marseille, maintenant que ce dernier a confirmé qu’il ne briguerait pas un ultime mandat.

Désormais, le Département investit aussi sur Marseille (extrait d’Accents de Provence n° 243, avril 2018)

S’il n’est pas totalement sûr que Martine Vassal sera bien candidate à la mairie de Marseille, en revanche, on ne voit pas très bien, en dehors peut-être de ses ennuis judiciaires, ce qui pourrait l’empêcher de remplacer très prochainement Gaudin à la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence et elle ne cache d’ailleurs pas ses ambitions dans ce domaine, elle qui est déjà première vice-présidente de cette institution.

La logique voudrait que le Département et la Métropole fusionnent sur le territoire métropolitain comme cela s’est fait en 2015 dans le Rhône sous l’égide de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, devenu depuis ministre de l’Intérieur. Les deux collectivités étant déjà dirigées par les mêmes équipes, une telle fusion simplifierait quelque peu la répartition des compétences sur l’agglomération métropolitaine sans introduire de bouleversement politique majeur, ce qui ne serait manifestement pas pour déplaire à « Sainte-Martine » même si tous les élus locaux s’y opposent, on se demande bien pourquoi…

L.V. 

Marseille : poubelle la ville !

11 mai 2018

Déchets abandonnés sur un trottoir de Marseille dans le centre-ville (source © MPLV)

Qu’on le veuille ou non, Marseille a la réputation bien établie d’être une ville salle. Il suffit de la quitter et de voyager dans d’autres cités pour s’en rendre compte. C’est ce qui est arrivé à Sarah Bourgeois qui vit à Marseille depuis 18 ans : de retour de vacances au Japon en août 2017, le constat lui saute à la figure ! Difficile de marcher sur un trottoir à Marseille, même dans l’hyper-centre, sans slalomer entre canettes de bière, papiers gras, déjections canines et amoncellement de détritus, de vieux cartons et d’encombrants accumulés autour des poubelles et des containers à ordures qui débordent.

Excédée, la jeune femme s’épanche sur les réseaux sociaux en demandant à la cantonade : « c’est normal cette odeur d’égout et cette sensation de vivre au milieu d’une poubelle ? ». Et là, surprise : ses réflexions outrées suscitent des réactions, beaucoup de réactions : plus de 400 commentaires en quelques jours ! Chacun y va de son témoignage, souvent accompagné d’une photo montrant, qui une poubelle éventrée sur le trottoir, qui un amoncellement de gravats sur la chaussée, qui des matelas ou de vieux réfrigérateurs déposés à même la voie publique et jamais ramassés.

Une internaute, Karine, lui conseille de créer un groupe dédié et en quelques semaines ce sont plusieurs milliers d’interlocuteurs qui se mobilisent. Le mouvement est baptisé « Marseille : poubelle la vie ! » en référence à la célèbre série télévisée tournée à Marseille et diffusée sous le nom de Plus belle la vie

Une pétition est bientôt lancée sur le site Change.org. Elle recueille plus de 11 000 signatures et surtout des milliers de témoignages visuels des nuisances liées à une gestion défaillante des ordures dans la cité phocéenne. En octobre 2017, à l’issue d’une n-ième grève des éboueurs comme la ville en connaît régulièrement et qui voit les déchets s’entasser sur les trottoirs tandis que les rats prolifèrent, la pétition est adressée à Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et Président de la métropole Aix-Marseille-Provence, en charge de la compétence de gestion des ordures ménagères et de la propreté.

Extrait du livre noir publié par Marseille : poubelle la vie ! en octobre 2017 (source © MPLV)

Elle est accompagnée d’un livre noir rassemblant plus de 3000 photos révélatrices de l’ampleur du désastre, même en dehors des périodes de grève des éboueurs. Le tableau décrit dans le courrier adressé au maire est sombre mais réaliste : « Notre célèbre cité ressemble à une poubelle. Les encombrants et les dépôts illicites jonchent les rues. L’odeur ambiante des égouts se mélange à celle de l’urine et des déjections canines. Les rats envahissent la ville. Les tags sauvages et les façades des immeubles noircies par la pollution pèsent lourdement sur l’image de Marseille. Les arbres sont asphyxiés sous le ciment et les espaces verts ont disparus sous les déchets. Les plages sont souillées de détritus qui polluent la mer en détruisant la faune et la flore ».

Et la pétition ne parle même pas de ces montagnes de déchets qu’on peut voir à la fin des marchés comme celui de la Plaine qui se tient trois fois par semaine et qui fait l’objet d’un nettoyage pour le moins sommaire, laissant s’envoler dans les rues avoisinantes son lot de sacs plastiques que le mistral s’ingénie ensuite à disperser dans toute la ville, transformant les arbres d’alignement en sapins de Noël décorés de toutes les couleurs, au point qu’une marque de bière brassée à Marseille a même repris l’image sur son logo tant il fait partie du folklore local…

Avec désormais 15 000 personnes ayant adhéré en quelques mois au groupe Facebook dont la presse locale s’est largement fait l’écho, le mouvement s’est structuré et érigé en véritable association en février 2018, se dotant d’un site internet sur lequel on peut admirer d’édifiantes photos de déchets éparpillés dans les rues de la ville, tous quartiers confondus.

Bien que se définissant comme apolitique, l’initiative agace fortement la mairie qui a bien été obligée de réagir en convoquant, fin novembre 2017, une réunion des différents acteurs impliqués. Monique Cordier, l’adjointe au maire depuis 2014 et vice-présidente de la métropole, en charge de la propreté et de la gestion des déchets, reconnaît que « tout n’est pas parfait » et que « la propreté, c’est les douze travaux d’Hercule ».

Essai du robot-méduse dans le Vieux-Port à Marseille le 14 octobre 2017 (source © société IADYS)

Quelques initiatives ont été prises pour tenter d’améliorer la collecte des déchets avec notamment l’emploi de bennes plus volumineuses en centre-ville. Il est même envisagé l’emploi d’un petit robot muni d’un aspirateur à déchets pour nettoyer les eaux du Vieux-Port, le Jellyfishboat, conçu à Aubagne par la société Iadys !

Sur la ville, la collecte est effectuée aux deux-tiers par des employés municipaux, recrutés pour la plupart davantage par clientélisme que pour leur engagement au travail, et dont les tournées continuent à battre des records de vitesse, même si le système du « fini-parti » est désormais officiellement abandonné. De fait, force est de constater que les secteurs où le ramassage des ordures est confié au privé, comme c’est le cas à Carnoux par exemple, mais aussi, depuis septembre 2017, dans le secteur de l’hyper-centre autour du Vieux-Port, le ramassage des ordures ménagères est nettement plus soigneux.

Amoncellement de déchets pendant une grève des éboueurs à Marseille en octobre 2017 (source © MPLV)

Les relevés effectués par les membres du collectif MPLV (Marseille poubelle la vie !), comme les signalements effectués via l’application Engagés au quotidien, mise en place par les services de la métropole, confirment d’ailleurs ce que chacun pressentait : même si les ordures sont présentes partout, globalement les arrondissements des quartiers les plus défavorisés, aux mains d’élus de gauche voire du FN, sont encore plus mal traités. Sans doute les incivilités y sont-elles aussi pires que dans les quartiers bourgeois, mais on constate aussi que la saleté appelle la saleté : à quoi bon faire l’effort de se rendre dans une déchetterie quand on a un tas de gravats jamais ramassés en bas de chez soi ?

Monceau de déchets au pied d’un container de tri sélectif à Marseille (source © MPLV)

C’est d’ailleurs sur ce point que la métropole Aix-Marseille-Provence a encore été épinglée via un rapport au vitriol de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié en décembre 2017 et qui pointe le coût exorbitant de la propreté : 53 millions d’euros par an, soit 92 000 € au km de voirie alors que ce chiffre est en moyenne 7 fois moins élevé dans des agglomérations comparables. Or la CRC considère qu’une partie de cet écart s’explique par un volume très excessif de déchets produits, deux fois plus élevé qu’à Lyon par exemple. Elle incite donc les élus locaux à mettre enfin l’accent sur la sensibilisation et le développement du tri sélectif pour faire baisser ce volume de déchets comme dans toutes les autres grandes villes françaises.

Mais changer les comportements ne se fera pas du jour au lendemain : le chantier est immense et mérite d’être attaqué de tous les côtés, à la fois via un service public plus réactif et plus efficace, mais aussi via des actions de sensibilisation, de prévention et aussi de répression plus nombreuses et soutenues. Le succès de l’initiative Marseille : poubelle la vie ! montre que nombre de citoyens marseillais sont prêts à se mobiliser en ce sens : chiche ?

L.V. 

Les Albanais se pressent à Marseille

7 mai 2018

Lorsqu’on évoque les populations migrantes qui se pressent à nos frontières pour demander l’asile politique, on a tous en tête les pays victimes de la guerre civile comme la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Soudan ou encore l’Érythrée où le Président Afwerki, au pouvoir depuis 1993 sans qu’il y ait eu de nouvelles élections depuis cette date, s’assoit ouvertement sur les libertés individuelles et les droits de l’homme.

Et pourtant, c’est d’un État européen tout proche, l’Albanie, que proviennent la majorité des demandeurs d’asile politique qui frappent à notre porte. Un pays considéré comme « sûr » par les autorités françaises et européennes, une démocratie parlementaire, membre de l’OTAN et membre associé depuis 2006 de l’Union européenne, candidat officiel depuis 2009 à une adhésion à l’UE.

L’Albanie, un pays si proche de nous… (source © Toute l’Europe)

L’histoire de ce petit état du nord des Balkans est complexe. Charles d’Anjou, le frère de Saint Louis, se proclama même roi de ce pays en 1272. Tombée aux mains des Ottomans au 15e siècle, il fallu attendre 1912 pour que l’Albanie retrouve son indépendance. Occupée par l’Italie en 1939, l’Albanie connaîtra à partir de 1944 et jusqu’en 1991 un des pires régimes staliniens qui ait existé, personnifié par Enver Hoxja, chef du gouvernement et premier secrétaire du parti communiste albanais. Pendant plus de 40 ans, le pays a vécu en quasi autarcie et sous la terreur permanente avec plus de 8000 condamnés à mort et des milliers d’habitants enfermés dans des camps.

Le pays lui-même est peu étendu, plus petit que la région PACA, et présente un relief très montagneux, peu propice à l’agriculture, même si la moitié de la population vit encore de cette activité. L’économie y est globalement peu prospère et le salaire minimum, qui représentait 155 € par mois début 2017, y est le plus bas d’Europe. Le taux de chômage y est officiellement de 16,8 %,mais s’élève à 33 % chez les jeunes selon la Banque mondiale.

Vue de Tirana, capitale de l’Albanie avec le parc Rinia (source © Intelligent Community)

La population n’atteint même pas 3 millions d’habitants dont un tiers vivent dans la capitale Tirana. Et on estime que l’Albanie est le pays d’Europe qui subit le plus fort taux d’émigration. En 2006, le nombre de ressortissants albanais vivant à l’étranger était ainsi estimé à plus de 900 000 et cette émigration ne cesse d’augmenter, se traduisant par une baisse constante de la population malgré un taux naturel d’accroissement très supérieur à la moyenne européenne.

Demandeurs d’asile albanais à Valence en décembre 2016 (photo © Betrand Gaudillère / ITEM pour Le Monde)

Concentré surtout vers la Grèce et l’Italie à la fin des années 1990, malgré de nombreux retours consécutifs à la crise de 2008, l’émigration albanaise s’est ensuite tournée massivement vers l’Allemagne, surtout à partir de 2010, date à laquelle a été supprimée l’obligation d’un visa pour permettre aux Albanais de pénétrer dans l’espace Schengen. En 2015, ce sont ainsi plus de 50 000 Albanais qui ont demandé l’asile politique outre-Rhin. Mais la quasi totalité d’entre eux reçoit désormais une réponse négative et seuls 0,4 % des dossiers sont acceptés.

C’est ce qui explique que depuis 2016, la France soit devenue une destination privilégiée : sur les quelques 20 000 demandes d’asile déposés cette année là en Europe par des migrants albanais, chiffre estimé par Amnesty International, 7 432 l’ont été sur le territoire français et ce chiffre est même monté à 7 630 pour l’année 2017.

Bien évidemment, seule une infime minorité de ces demandes est satisfaite, de l’ordre de 6,5 % selon l’OFPRA (source citée par l’Express) et uniquement pour des cas particuliers justifiant de véritables persécutions individuelles, liées notamment à des questions de violences conjugales, de persécutions touchant des minorités ethniques ou sexuelles, et de menaces mafieuses. Car l’Albanie, comme le Kosovo voisin, outre son extrême pauvreté qui justifie l’essentiel de ce mouvement migratoire, connaît aussi une corruption endémique, une tradition séculaire de vendetta et une violence généralisée liée à l’emprise très forte de systèmes mafieux, à la tête de trafics de drogues et autres activités clandestines développés dans toute l’Europe.

Famille albanaise déboutée du droit d’asile à Auch en octobre 2015 (source © La Dépêche)

On assiste donc depuis quelques années à un véritable déferlement d’Albanais qui viennent chercher asile en France. En 2013, plusieurs centaines de migrants, principalement albanais mais pour certains venus aussi du Kosovo voire d’Arménie, avaient ainsi défrayé la chronique en se regroupant sous un pont autoroutier près de la gare de Perrache à Lyon, alors que leurs dossiers de demande d’asile étaient en cours d’examen.

Des centaines de demandeurs d’asile sous un pont à Lyon en octobre 2013 (photo © Romain Lafabregue / afp.com)

Aujourd’hui, les familles sont logées dans des hôtels ou des logements de façon provisoire, et les enfants sont scolarisés en attendant la réponse définitive à leur demande d’asile. Elles perçoivent par ailleurs une indemnité pour subvenir à leurs besoins. Lorsque leur demande est rejetée, ce qui le cas de la grande majorité des cas, ces aides sont supprimées. Les familles peuvent alors demander de bénéficier d’une aide au retour (transport). Beaucoup de familles ne l’acceptent pas et font le choix de rester, dans des conditions de très grande précarité et en situation d’illégalité par rapport à la loi française. Une situation des plus préoccupantes pour les nombreuses associations qui s’efforcent de leur venir en aide.

Centre de rétention administrative du Canet à Marseille

Quelle autre solution à un tel problème sinon la nécessité d’accroître l’aide politique et économique à ce petit pays d’Europe afin d’y inciter sa jeunesse à rester sur place plutôt que de tenter l’aventure sur les routes d’Europe ? Une aventure qui se termine trop souvent en tragédie comme l’a encore rappelé le décès d’un jeune migrant albanais, suicidé en décembre dernier dans sa chambre du centre de rétention administrative du Canet à Marseille : l’émigration n’est jamais un long fleuve tranquille…

L.V.  

Le champignon de Marseille va-t-il détrôner celui de Paris ?

3 mai 2018

L’agriculture urbaine, tout comme la permaculture sont en train de devenir des concepts à la mode. A Singapour, un État minuscule de 715 km2 (moins que la superficie de la seule commune d’Arles !) dans lequel s’entassent pas moins de 75 millions d’habitants, soit davantage que sur le territoire français, on compte ainsi déjà une centaine de fermes verticales, des tours édifiées en site urbain et dans laquelle on pratique le maraichage hors-sol.

Ferme verticale hors-sol à Singapour (source © Sky Greens)

Le principe est simple, sachant qu’une plante pour se développer a besoin, comme chacun sait, d’un peu d’amour et de beaucoup d’eau fraîche, mais aussi de lumière (l’énergie qui permet d’activer la photosynthèse) et de certains nutriments, généralement contenus dans le sol mais aussi apportés par les épandages d’engrais. A défaut de substrat, il suffit de verser les apports dans l’eau où baignent les racines des plantes. C’est ce même principe de l’hydroponie qui va être mis en œuvre à Romainville, en Seine Saint-Denis où plusieurs bâtiments dont une tour maraîchère de 24 m de hauteur sont en cours de construction, qui comprendront, outre des serres pour le maraîchage hors-sol, une champignonnière, un laboratoire pour la germination des graines, une serre pédagogique, un point de vente et, en extérieur, des petits vergers et un poulailler.

Maquette de la future tour maraîchère de Romainville (source © Ilimelgo et Secousses architectes / Poltred perspectiviste)

A Montréal, c’est ce même principe de la culture hydroponique qui est mis en œuvre dans deux serres installées sur les toits de la ville et dont la production est vendue sur internet sous forme de paniers de légumes. Cultiver sur les toits en ville présente en effet de multiples avantages, le moindre n’étant pas la proximité avec les consommateurs, ce qui permet de réduire fortement les coûts de commercialisation et de distribution.

Cultures maraichères sur le toit d’un supermarché à Montréal (source © Cent degrés)

Mais l’autre avantage est paradoxalement de profiter d’une qualité de l’air parfois meilleure en ville, surtout en altitude : les gaz d’échappement restent généralement bloqués au sol et ne dépassent pas le 2ème ou le 3ème étage, si bien que l’air en toiture est très acceptable.

Julien Girardon, créateur d’Abricotoit

C’est ce qui explique que les toitures marseillaises deviennent un lieu de refuge pour l’agriculture des Bouches-du-Rhône. C’est en tout cas le pari de la structure créée sous le joli nom d’Abricotoit par Julien Girardon, un jeune Marseillais, titulaire d’un doctorat en biotechnologie végétale, et qui propose d’aménager des jardins potagers sur les toits des immeubles du centre-ville, soit pour faciliter sa production personnelle, soit pour alimenter des restaurants en produits frais.

D’ailleurs les toits des immeubles sont de plus en plus convoités pour de multiples activités liés à l’agriculture, y compris pour y installer des ruches. Force est en effet de constater que les apiculteurs trouvent désormais en ville un terrain nettement plus propice à l’élevage mellifère du fait de l’absence de pesticides dans l’environnement proche et en raison de la plus grande diversité des espèces florales. On compte ainsi plus de 700 ruches à paris où la mortalité des abeilles ne dépasse pas 3 à 4 % alors qu’elle atteint désormais 30 à 40 % en milieu rural.

C’est la raison pour laquelle on voit désormais fleurir des ruches non seulement sur certains ronds-points comme c’est le cas à Vitrolles par exemple, mais aussi sur le toit des hôtels. Les clients de l’hôtel Sofitel situé sur le Vieux Port savourent ainsi depuis plusieurs années déjà le miel produit sur le toit du bâtiment et il en est de même pour ceux qui fréquentent l’hôtel Ibis de Bonneveine. Gérard Jourdan, l’apiculteur à l’origine de cette initiative, basé à Auriol, a depuis multiplié les implantations de ruches dans l’agglomération marseillaise et estime que la qualité du miel récolté ainsi en site urbain est généralement excellente.

Ruches installées sur le toit de l’hôtel Sofitel sur le Vieux Port de Marseille (source © Gérard Jourdan)

Depuis 2014, c’est le Castorama de Saint-Loup qui s’est lancé dans l’aventure, pour le plus grand bénéfice des employés du magasin qui se partagent la récolte, tandis qu’une association, intitulé Une ruche dans mon jardin, s’efforce d’implanter des ruches dans différents quartiers périphériques de Marseille, dont la Cité des Néréides, dans un but pédagogique afin d’inciter les enfants à retrouver le goût de la nature et de l’activité agricole.

Et voilà que ce sont désormais les caves de Marseille qui commencent à être investies par les adeptes de l’agriculture urbaine. Comme le relate Agathe Perrier sur le site Made in Marseille, deux amis, Maxime et Nicolas, ont eu l’idée de développer la culture de champignons (non hallucinogènes, est-il besoin de le préciser ?) dans les sous-sols de l’Équitable café situé sur le Cours Julien. Le substrat utilisé pour cela est en effet tout simplement du marc de café, mélangé aux spores de champignons et enserré dans des filets en forme de gros boudins, conservés pendant 15 jours dans l’obscurité puis exposés à la lumière dans une atmosphère très humide qui fait pousser en 5 jours de gros bouquets de pleurotes plutôt appétissantes.

Les boudins contenant le marc du café qui sert de support à la culture des champignons (photo © Agathe Perrier / Made in Marseille)

Une fois les champignons récoltés, le substrat est donné à l’association Terre de Mars, qui cultive d’anciens terrains agricoles dans le quartier de Sainte-Marthe : un apport organique idéal pour enrichir la terre. « C’est là que l’on boucle la boucle, car on produit des champignons grâce à des déchets et, de notre côté, on ne crée aucun déchet », met en avant Maxime.

Un cageot de pleurotes produites à Marseille (photo © Agathe Perrier / Made in Marseille)

Un bel exemple d’économie circulaire et qui pourrait encore évoluer puisque les deux amis se sont lancés dans d’autres expérimentations en essayant de recycler comme substrat des sciures de bois issus d’un chantier naval du Pharo.

D’ailleurs, leur ambition est de produire à terme une tonne de champignons par mois. Pour cela, ils envisagent sérieusement de déporter leur champignonnière urbaine dans les sous-sols du fort Saint-Nicolas et viennent de répondre à un appel à projet dans ce but. Le champignon de Marseille est peut-être promis à un bel avenir ?

L.V.

Pass intégral : comme un parfum de métropole…

8 avril 2018

Un dessin d’Ysope (source : Conseil de Développement de MPM)

C’était l’un des objectifs ouvertement affichés de la création de la Métropole Aix-Marseille-Provence : faire en sorte que les 1,8 millions habitants de l’aire métropolitaine puissent enfin disposer un jour d’un réseau de transports en communs structuré et cohérent permettant à chacun de se déplacer de manière acceptable de son domicile vers les principaux lieux d’activité économique, sociale et culturelle de l’agglomération.

Un rêve qui paraît encore bien lointain au rythme où vont les choses dans cette métropole que les élus locaux ont tout fait pour saboter et en retarder autant que possible la mise en place avec plusieurs faux départs et tous les recours juridiques possibles et imaginables. La métropole AMP, désormais unique autorité organisatrice des transports sur son territoire, a quand même fini par voir le jour début 2016 comme la loi le prévoyait.

Depuis cette date cependant, force est de constater que la population n’a pas encore vu d’amélioration très significative de la qualité des transports en commun qui aurait même plutôt tendance à se dégrader, certains projets tels que celui du Val’Tram, pourtant déjà quasiment sur les rails, ayant même été remis en cause.

Il convient donc de saluer comme il se doit la formidable avancée qui s’est opérée le 1er février dernier avec l’arrivée du « Pass intégral », un abonnement unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du territoire métropolitain, pour le prix de 73 € par mois, un tarif très comparable à celui du Pass Navigo proposé aux Franciliens pour un coût variant entre 65 et 75 € par mois selon le zonage. Un abonnement mensuel d’autant plus accessible que son coût est pris en charge à 50 % par l’employeur pour tous les salariés.

Ce dispositif a été adopté le 19 octobre 2017 par les conseillers métropolitains et offre ainsi la possibilité de circuler sans contrainte sur le territoire des 92 communes du territoire métropolitain, aussi bien en métro qu’en train TER, en bus, en tramway, en autocar, et même en utilisant les vélos en libre-service.

Le Pass est le fruit d’une collaboration avec la Région puisque c’est cette dernière qui gère les transports ferroviaires régionaux. Une région qui a d’ailleurs changé de nom puisqu’une délibération de ses élus le 15 décembre dernier l’a rebaptisée Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, son Président actuel, Renaud Muselier, ne supportant plus l’acronyme PACA, et qu’il convient donc désormais d’appeler Région Sud : un geste de rapprochement que ne devraient pas manquer d’apprécier, en cette période de revendication sociale à la SNCF, les nombreux cheminots syndiqués chez Sud-Rail…

Jean-Pierre Serrus (à gauche) et Renaud Muselier (à droite) inaugurant le dispositif Pass intégral, le 30 mars 2018 en gare de La Blancarde (photo © Marine Stromboni / La Provence)

Renaud Muselier était d’ailleurs présent aux côtés de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports, ce 30 janvier 2018, pour inaugurer le nouveau Pass intégral en gare de La Blancarde et en vanter les mérites, en attendant la mise en place d’un abonnement à l’année qui reviendra encore moins cher, à 68 € par mois.

On peut ainsi, avec ce tout nouveau sésame, prendre le bus à Carnoux jusqu’au pôle d’échange d’Aubagne, poursuivre son trajet vers Marseille soit en TER soit avec la navette par car, prendre ensuite le métro et finir son trajet en vélo, le tout accessible librement grâce au Pass intégral payé mensuellement, qui est valable également sur les lignes Cartreize ou pour la navette desservant l’aéroport de Marignane.

Le pôle d’échange d’Aubagne où se croisent bus et tramways des Lignes de l’Agglo, TER et autocars Cartreize (photo © Sylvain Fournier / La Marseillaise)

L’avenir dira si cette belle avancée suffira à désengorger un peu l’agglomération marseillaise engluée dans les bouchons et asphyxiée par la pollution atmosphérique. En tout cas, c’est un bel outil qui devrait faciliter grandement la vie des habitants et leur permettre de faire de substantielles économies, surtout pour ceux qui font des longs trajets quotidiens avec différents modes de transports en commun successifs. Ainsi, pour un usager circulant chaque jour entre La Ciotat et Marseille via Ciotabus et le réseau RTM, l’économie mensuelle sera de 14,60 €. Elle atteindra même 34,50 € pour un usager se déplaçant quotidiennement entre Martigues et Aix-en-Provence via les réseaux Ulysse et Aix en Bus, ce qui n’est pas négligeable.

Ce précieux Pass est en vente dans 8 boutiques mobilité métropolitaines dont la gare Saint-Charles à Marseille ou la gare d’Aubagne, mais également dans l’agence Ciotabus de La Ciotat ou celle des Bus de l’Etang à Vitrolles, ainsi que dans toutes les gares SNCF et les points de vente de Cartreize ou de Pays d’Aix Mobilité, et bien sûr via internet sur les sites de RTM et Le Pilote. De quoi assurer une large distribution à ce premier dispositif opérationnel dont a accouché la nouvelle métropole, pour la plus grande satisfaction de son délégué aux transports qui n’hésite pas à se présenter comme « métropolitano-optimiste », une catégorie encore fort peu répandue dans le paysage politique local…

L.V.  

Marseille : retour douloureux vers la légalité ?

1 avril 2018

Non, ce n’est pas un poisson d’avril : les 12 000 agents municipaux de la Ville de Marseille devraient se rapprocher prochainement de la durée légale du temps de travail… Car, depuis toujours ou presque, puisque cela remonte à 1980, du temps où Gaston Deferre était maire de la ville, et Jean-Claude Gaudin déjà conseiller municipal depuis une bonne quinzaine d’années, les employés de la Ville bénéficient d’une semaine de congés supplémentaire. Prise entre octobre et avril, pour leur permettre de bénéficier des joies des sports d’hiver, cette semaine du maire avait été généreusement accordée à une période où les congés payés légaux se limitaient à 4 semaines.

Dessin de Deligne paru dans Var-Matin

Depuis, la durée du temps de travail annuel s’est considérablement réduite, mais ces 40 heures de congés supplémentaires généreusement accordées aux agents municipaux de Marseille sont entrées dans les mœurs. Au point même qu’en 2002, Jean-Claude Gaudin a fait acter cette dérogation par une délibération du Conseil municipal, régulièrement reconduite depuis et encore confirmée en décembre 2017. A l’époque, cette dérogation inédite était justifiée (cela ne s’invente pas) par des « contraintes fortes propres aux grandes agglomérations » ainsi que par « la complexité et la diversité du milieu urbain marseillais ».

A Marseille et contrairement à ce que prévoit la loi nationale, les employés municipaux ne travaillent que 1567 heures par an alors que la durée légale du temps de travail dans la fonction publique s’élève à 1607 heures : une exception qui coûte au bas mot 10 millions d’euros chaque année au contribuable marseillais et représente l’équivalent de 280 emplois à temps plein, selon les calculs de la Chambre régionale des comptes qui avait dénoncé cette situation dans un rapport au vitriol et ceci dès 2013, sans le moindre impact jusqu’à présent !

Manifestation du syndicat Force ouvrière à Marseille en novembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

Une telle situation, régulièrement dénoncée depuis des années, s’explique par la place très particulière accordée depuis 50 ans au syndicat Force Ouvrière,  traditionnellement majoritaire (avec 56 % des voix aux dernières élections de 2014), et qui se targue d’une véritable co-gestion des ressources humaines à la mairie de Marseille, selon une répartition des rôles soigneusement étudiée, consistant pour l’Administration à « acheter la paix sociale, voire un soutien électoral, à coups de recrutements et de petits arrangements avec la réglementation » comme le relevait encore récemment La Provence, au point d’ailleurs que Jean-Claude Gaudin s’est vu décerner une carte de membre d’honneur du syndicat FO en remerciement de sa largesse d’esprit.

Cette situation explique d’ailleurs non seulement cette faiblesse très spécifique de la durée annuelle du temps de travail mais bien d’autres dérives dont le taux d’absentéisme particulièrement élevé dans certains services, le maintien du « fini-parti » pour certaines tâches, l’explosion des heures supplémentaires pour certains agents, ou encore l’extension des jours de congés pour enfants malades à tous les agents, même sans enfants : une pratique qui répond à un fort louable souci d’éviter toute discrimination…

Jean-Claude Gondard, DGS de la Ville de Marseille, aux côtés du maire (photo © Esther Griffe / Marsactu)

Mais de telles libéralités avec la loi commune finissent forcément par faire jaser et par susciter certaines interrogations. Déjà en décembre 2017, la Métropole avait bien été obligé d’aligner le temps de travail de ses agents sur la durée légale de 1607 heures alors que certains services dont ceux issus du SAN Ouest-Provence en étaient à 1550, voire 1530 heures, comme le reconnaît Jean-Claude Gondard, Directeur général des services à la Ville de Marseille comme à la Métropole AMP.

Mais à Marseille, c’est le contrôle de légalité de la Préfecture qui a toussé en refusant d’acter la dernière délibération prolongeant une fois de plus la dérogation pour 40 heures de congés annuel supplémentaire. Et c’est surtout une enquête judiciaire, diligentée par le Parquet national financier auprès du SAMU social de Marseille, qui a accéléré les choses.

A Marseille, le SAMU social municipal est un objet de fierté pour Jean-Claude Gaudin qui en vantait encore les mérites le 16 janvier dernier lors de ses vœux à la presse, comme le rapporte ironiquement Marsactu. Créé il y a 20 ans, ce service entièrement municipal, qui dispose de 16 véhicules pour les maraudes et emploie pas moins de 80 agents, distribue repas et couvertures auprès des sans-abris. Une activité exigeant une forte implication et une grande disponibilité du personnel, comme se plaît à le rappeler le maire.

Manifestation du syndicat Force ouvrière à Marseille en novembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

Le hic c’est que cette belle entreprise altruiste a fait l’objet trois jours plus tard, le 19 janvier 2018, d’une perquisition en règle, à l’issue de laquelle les enquêteurs ont jugé que cette disponibilité passait légèrement les bornes avec des agents travaillant seulement une semaine sur deux et des décalages manifestes entre les heures effectivement travaillées et les décomptes remis au service des ressources humaines, voire des soupçons d’emplois fictifs…

Et ce n’est pas tout puisque le 30 janvier 2018, ce sont les locaux de la direction du personnel ainsi que les services informatiques de la Ville de Marseille qui ont été à leur tour perquisitionnés car les enquêteurs du Parquet national financier se sont rendus compte que ces dispositifs quelque peu laxistes de gestion des ressources humaines, loin de se cantonner au seul SAMU social relevaient manifestement de pratiques assez répandues dans la collectivité.

Depuis, c’est le branle-bas de combat car le Préfet menace de saisir le Tribunal administratif si la Ville de Marseille ne se met pas enfin en conformité avec la loi dans un délai de 2 mois. Du coup, des négociations ont été engagées avec les organisations syndicales et le Conseil municipal devrait adopter lors de sa prochaine séance du 9 avril une délibération prévoyant le passage à la durée légale du temps de travail annuel, et ceci à compter du 1er janvier 2019.

C’est du moins ce qui a été acté lors du dernier Comité technique qui s’est tenu cette semaine, comme l’a rapporté Marsactu. La durée hebdomadaire de travail devrait ainsi être fixée à 38,25 heures sur 5 jours, la fameuse semaine d’hiver et les 5 jours du maire étant désormais intégrées au stock annuel de 19 jours de RTT, libre ensuite à chaque service de décliner ces horaires en fonction de son mode d’organisation. Le syndicat FO a refusé de prendre part au vote tandis que les représentants de la CGT, de la FSU et de l’UNSA votaient contre, posture logique à quelques mois des prochaines élections professionnelles, mais qui n’a pas permis de bloquer le processus à ce stade.

Patrick Rué aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de Martine Vassal (photo DR)

Les syndicats n’ont cependant pas dit leur dernier mot puisque les négociations vont se poursuivre dans les mois qui viennent afin de définir toutes les catégories d’agents municipaux qui devraient échapper au dispositif. En effet, la loi permet de déroger au plancher légal en cas de travail de nuit, en horaires décalés, ou de travail pénible ou dangereux. Selon Patrick Rué, secrétaire général de FO Territoriaux, entré à la Ville de Marseille comme émondeur mais récemment promu ingénieur territorial au mérite, en récompense de sa longue carrière de syndicaliste, ce sont ainsi de nombreux agents qui pourraient rester à 1567 heures annuelles, des policiers municipaux aux employés de crèches, des écoles, des piscines, des musées et des parcs et jardins, en passant par les fossoyeurs : de belles discussions en perspective !

L.V. 

Galerie des Janots : une découverte insolite…

25 mars 2018

Pour qui se rend à La Ciotat en venant de Cassis ou de La Bédoule, il est difficile de ne pas repérer le chantier qui se prolonge depuis des mois le long de la RD 559 qui est surmontée à cet endroit d’une passerelle provisoire. Ce chantier inhabituel est celui du siphon des Janots et est un des signes bien visibles d’une opération lancée depuis bientôt 10 ans par la Communauté urbaine de Marseille, intégrée depuis à la Métropole Aix-Marseille-Provence qui en a donc repris la maîtrise d’ouvrage.

Le Canal de Marseille au niveau de l’aqueduc de Roquefavour, achevé en 1847 (source © Marseille en live)

L’ouvrage concerné par ces travaux titanesques est une des branches du Canal de Marseille qui court sur près de 200 km depuis La Roque d’Anthéron, en l’occurrence la dérivation de La Ciotat qui approvisionne en eau potable les communes de Cassis, de Roquefort-La Bédoule, de La Ciotat et de Ceyreste. Cette canalisation majeure franchit le massif de Carpiagne par le souterrain du Mussuguet qui débouche tout près de la gare de Cassis. Après Cassis, elle doit ensuite traverser un second massif sous la Couronne de Charlemagne. Pour cela, elle emprunte tout simplement le tunnel SNCF des Janots.

Mais le passage de la canalisation dans le tunnel, aménagé entre 1956 et 1964 se fait par des ouvrages vétustes et fuyards qui posent de grosses difficultés d’exploitation et de maintenance. Cette canalisation qui ne permet de faire transiter que 330 l/s est de toute façon très insuffisante, surtout en période estivale, pour répondre aux besoins sans cesse croissants de l’usine de potabilisation de La Ciotat, laquelle alimente aussi Ceyreste et Saint-Cyr-sur-mer. Il a donc été décidé de déplacer cette canalisation en dehors du tunnel SNCF et de creuser une nouvelle galerie spécifique parallèle, avec pour objectif de faire passer par la future canalisation un débit de 440 l/s, qui pourrait même être porté ultérieurement à 1 m3/s.

Creusement de l’amorce de galerie sur La Ciotat en prévision de la mise en place du tunnelier à l’entrée de la galerie des Janots (source © Bronzo)

L’opération n’est pas anodine puisque son coût est évalué à 55 millions d’euros, financé en partie (pour 11 millions) par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Le creusement de la galerie proprement dit, estimé à près de 27 millions par les services de la Métropole, doit se faire sur une longueur de 2 750 m et selon un diamètre de 3,5 m. Elle passe sous le Parc national des Calanques, avec une épaisseur de recouvrement qui varie le long du tracé entre 15 et 180 m, mais elle serpente également très près de la voie ferrée et à proximité de nombreuses habitations, ce qui rend l’opération délicate.

Le tunnelier Augustine lors de son baptême le 3 février 2017 (photo © Christiane Wanaverbecq – Le Moniteur)

Il a donc fallu un tunnelier, construit tout spécialement par la société Robbins et installé à pied d’oeuvre depuis janvier 2017, un engin de 135 m de longueur et pesant 250 t, destiné à creuser la roche pendant une durée prévisionnelle de 10 mois en travaillant 24 heures sur 24. Inaugurée le 3 février 2017 en présence de nombreuses personnalités dont la maire de Cassis, Danièle Milon, et celui de Gemenos, Roland Giberti, par ailleurs délégué à l’eau et à l’assainissement à la Métropole, la machine imposante a été baptisée du petit nom d’Augustine. Une référence bien sûr au prénom de la mère de Marcel Pagnol, lui qui arpentait dans son enfance avec émerveillement les rives du Canal de Marseille.

Amorce de galerie pour la mise en place du tunnelier (source © Made in Marseille)

Depuis, le tunnelier poursuit son travail de grignotage. Prévu pour s’achever fin 2017, le percement de la galerie s’est prolongé au-delà des prévisions, ce qui n’a rien d’inhabituel dans ce type de chantier hors normes soumis à d’inévitables aléas géologiques, surtout dans un massif calcaire sujet aux phénomènes de karstification liés à la dissolution du carbonate de calcium sous l’effet de la circulation des eaux souterraines plus ou moins acides qui s’infiltrent via les fissures de la roche, élargissant ces dernières jusqu’à former de véritables cavités.

Et ça n’a pas loupé comme l’a annoncé Eiffage, l’entreprise générale mandataire du marché de travaux : le 13 mars 2018, Augustine est justement passée juste à côté d’une vaste cavité karstique remplie de magnifique concrétions. La géologue de service, une certaine Marie Lesimple, a donc eu le privilège de pénétrer la première, accompagnée d’un jeune ingénieur dénommé Salah-Edinne Chatouani, dans cette grotte en forme de cloche qui ne présente pas d’autres accès apparents praticables.

Cette découverte grandiose a mis en émoi les responsables du chantier et le directeur des travaux souterrains d’Eiffage Génie Civil, Loïc Thevenot, s’est déplacé en personne pour admirer le spectable inattendu et prononcer une sentence historique, comme il se doit en pareille occasion, déclarant : « On se sent tout petit quand on contemple ces merveilles que la nature nous offre ».

Vue de la cavité karstique découverte à l’occasion des travaux de creusement de la galerie des Janots (source © Eiffage)

L’accès à la grotte, ouvert grâce au passage du tunnelier, a été immédiatement sécurisé par un ouvrage en béton muni d’une trappe afin de permettre des investigations ultérieures et surtout pour que le chantier puisse suivre son cours sans tarder davantage. Il reviendra ensuite au maître d’ouvrage, à savoir la Métropole, de décider du sort de cette caverne joliment concrêtionnée, découverte par le plus grand des hasards grâce au percement de cette galerie technique destinée à apporter aux Ciotadens l’eau issue de la Durance, alors même que de l’eau circule en abondance à travers les interstices de ce massif, comme en témoigne l’importance du volume de vide créé au fil des millénaires du fait de ces infiltrations naturelles…

L.V.  

Aubagne : le projet de Val’tram verra-t-il le jour ?

15 mars 2018

Le tramway en gare d’Aubagne

Décidément, à Aubagne, le tramway n’a pas fini de faire parler de lui… En 2014, alors que les travaux battaient leur plein en vue de l’aménagement du premier tronçon prévu entre le Charrel et la gare, Gérard Gazay avait largement surfé sur le mécontentement de la population et des commerçants du centre ville pour balayer l’ancienne municipalité et récupérer le fauteuil de maire, tandis que sa comparse, Sylvia Barthélémy, accédait à la présidence de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile en tenant un discours d’opposition ferme et résolue au projet de tramway.

Ce qui ne l’empêchera pas d’inaugurer en personne le premier tronçon de ce tramway, en août 2014. A l’époque, la collectivité prétendait avec fierté que cette ligne de tramway, prévue initialement sur 9 km, entre La Penne-sur-Huveaune et la zone d’activité des Paluds, serait l’une des moins coûteuse de France, grâce notamment à la réutilisation d’une ancienne friche industrielle pour y implanter les locaux techniques d’entretien.

Mais patatras ! Avec l’abandon prononcé par Sylvia Barthélémy des deux autres tronçons, la Chambre régionale des comptes a dû faire le constat en octobre 2017 que c’est sans doute au contraire le tramway le plus cher de France qui a été réalisé ici, ainsi que l’avait à l’époque rapporté Marsactu. Le coût de l’investissement dépasse en effet allègrement les 90 millions d’euros pour à peine 2,7 km de trajet et 7 stations, et encore sans compter les dernières rallonges accordées au groupement d’entreprises et au maître d’oeuvre pour les dédommager d’avoir fortement réduit la voilure du projet en cours de chantier. Ce qui ramène le coût de l’investissement à plus de 30 millions du km, du jamais vu pour un tramway qui revient habituellement entre 16 et 22 millions le km…

Tracé initial des trois tronçons du tramway d’Aubagne, seul le tronçon central (en bleu) ayant été réalisé à ce jour

Ce dépassement s’explique en partie par les retards au démarrage du projet et par les indemnités qu’il a fallu verser aux prestataires en compensation des modifications de programme décidés par la nouvelle majorité. Mais l’essentiel de ce surcoût vient du fait que les installations techniques prévues pour l’ensemble du tracé initial sont très largement surdimensionnées. Sur les huit rames Citadis Alstom achetées et payées, seules trois sont effectivement exploitées dont une en secours.

L’ancienne voie ferrée désaffectée de Valdonne, longée par la conduite de rejet des eaux d’Altéo (source La Marseillaise)

Mais Sylvia Barthélémy plaide depuis 2014 pour que les tronçons abandonnés soient remplacés par un prolongement sur les 14 km de l’ancienne voie ferrée de Valdonne, désaffectée dans les années 1960 et qui permet de relier Aubagne à la Bouilladisse dans la vallée de l’Huveaune. C’est le fameux projet de Val’tram qui devrait permettre avec des rames toutes les 10 mn aux heures de pointe, de relier en 25 mn les 12 stations du trajet, le long duquel devraient être aménagées 5 parkings relais, de quoi désengorger largement cette vallée de l’Huveaune et favoriser grandement la vie des habitants de l’Est marseillais.

Évalué initialement à 91 millions d’euros, le projet est inscrit dans l’agenda de la mobilité métropolitain et bénéficie d’une subvention de l’État à hauteur de 18,4 millions d’euros, acquise via un appel à projet national, ainsi que d’une aide financière de 30 millions accordée par le Département des Bouches-du-Rhône. Même Renaud Muselier a promis que la région PACA mettrait la main à la poche pour participer au tour de table dans le cadre du Contrat régional d’équilibre territorial.

Sauf que depuis, les exigences du maire d’Aubagne de vouloir profiter du projet pour embellir le tracé via une requalification du cours Voltaire et un passage en encorbellement sur l’Huveaune dans le secteur des Défensions ont fait sérieusement grimper la facture. On évoque désormais un coût d’investissement de l’ordre de 150 millions d’euros…

Projet de tracé du futur Val’tram (infographie Philippe Auburtin / La Provence du 8 février 2017)

Du coup, début février 2017, Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole délégué aux transports, annonçait que les travaux, initialement prévus pour novembre 2017, seraient retardés d’au moins un an et ne concerneraient en définitive que la première phase du tracé jusqu’à Auriol. Une annonce jugée « inique, scandaleuse et inacceptable », qui avait fait hurler les maires du secteur. D’autant que cette annonce était suivie quelques semaines plus tard par une autre décision de la métropole de valider un investissement de 24 millions d’euros pour mettre en place un bus à haut niveau de service entre la gare d’Aubagne et la zone des Paluds, justement le montant qui manque pour réaliser le Val’tram dans sa totalité et déservir les communes les plus éloignées.

Et ce n’est pas fini car lors du dernier comité de pilotage du projet, qui s’est tenu le 29 janvier 2018, au lieu de donner le feu vert pour lancer au moins la première phase des travaux, il a été décidé de poursuivre les études en attendant. Sylvia Barthélémy y voit bien entendu une manière de gagner du temps pour enterrer en douceur le projet que le maire d’Aubagne soutient très mollement, surtout soucieux que les travaux ne démarrent pas avant les élections municipales de 2020, au risque de lui faire perdre des voix, lui qui avait su habilement jouer de cet argument pour se rallier les mécontents en 2014. D’autant que d’autres, dont le député de la 10ème circonscription, l’ex Vert désormais LREM, François-Michel Lambert, défend de son côté une solution alternative, préférant sur ce trajet un bus à haut niveau de service plutôt qu’un tramway, car il estime que cette solution serait moins coûteuse…

La Droite locale unie en apparence devant le projet de Val’tram…

Pour Sylvia Barthélémy, les choses sont claires : « Plutôt que de s’appliquer à rechercher des solutions en faveur du Val’Tram, il m’a semblé que l’on cherchait surtout les raisons de ne pas le faire ». La présidente du Conseil de Territoire a donc pris rendez-vous avec Jean-Claude Gaudin qu’elle a rencontré le 16 février dernier selon les informations de La Provence, mais rien n’a fuité de cet entretien et il semble que chacun campe désormais sur ses positions.

Bien malin qui pourrait prédire à ce stade comment se terminera l’histoire et si ce fameux Val’tram tant attendu par les populations locales se concrétisera un jour. Une chose est sûre, pour ceux qui font le trajet tous les jours pour leurs déplacements domicile-travail et qui rongent leur frein dans les embouteillages, mieux vaut qu’ils prennent leur mal en patience car les décisions politiques manquent encore quelque peu de clarté…

L.V.  

Gare Saint-Charles, ou la diamétralisation de la quadrature du cercle…

7 mars 2018

La gare Saint-Charles, menacée de diamétralisation…

C’est le Conseil d’orientation des infrastructures (COI de son petit nom) qui l’affirme dans le rapport de 200 pages qu’il vient de remettre, le 1er février 2018, à la ministre des transports, Elisabeth Borne : il convient de « diamétraliser » la gare Saint-Charles ! Et ce n’est pas un scoop puisque le rapport précédent, remis en 2013 et destiné également à hiérarchiser les choix d’investissement dans les infrastrutures de transports, disait déjà exactement la même chose…

Certes, le COI, instauré le 17 octobre 2017 et présidé par Philippe Duron, ex-président de l’Agence de financement des infrastructures de transport en France (AFITF), est une nouvelle structure, installée à l’occasion des Assises nationales de la mobilité, et dont l’objectif est de « définir sous deux mois une stratégie et une programmation soutenables des actions à mener dans la prochaine décennie dans le domaine des transports et des mobilités », rien de moins, mais pour autant, son analyse s’appuie sur des décennies d’études qui convergent toutes vers la nécessité d’améliorer la desserte ferroviaire entre Marseille et Nice, et de rendre plus opérationnelles les deux gares d’extrémité.

Remise du rapport Duron le 1er février 2018 à la ministre Elisabeth Borne (photo © A. Bouissou / MTES / La Gazette des communes)

Pour la ministre, « il ne s’agit pas de dépenser moins. L’enjeu est aussi et d’abord d’investir mieux pour améliorer les réseaux existants et désenclaver les territoires mal desservis ». Et comme l’argent public est de plus en plus rare, il s’agit de phaser les projet en fonction de leur priorité et des moyens financiers qui pourront être dégagés. Trois scénarios ont donc été imaginés selon que l’AFITF sera en capacité de mobiliser pour les 20 ans qui viennent entre 48 milliards d’euros (dans l’hypothèse la plus pessimiste), 60 ou 80 milliards (soyons fous !).

Dans tous les cas, la « diamétralisation » de la gare Saint-Charles est considérée comme une priorité. Pour ceux qui auraient quelques lacunes en matière de géométrie dans l’espace et de langue de bois technocratique, précisons au passage que l’opération de diamétralisation consiste tout simplement à rendre traversante une gare qui fonctionne jusqu’à présent en cul-de-sac et où les trains qui arrivent sont obligés de repartir en marche arrière.

Différents scénarios à l’étude pour la diamétralisation de la gare Saint-Charles

Mais pas question pour autant, bien évidemment, de créer une nouvelle voie ferrée qui sortirait de la façade nouvellement reconfigurée de la gare Saint-Charles et viendrait se faufiler via la Porte d’Aix, encore en chantier… Le but de la manœuvre est purement et simplement de construire une nouvelle gare en souterrain, prolongée de part et d’autre par des voies en tunnel afin de permettre aux TGV de transiter par Saint-Charles tout en laissant le niveau actuel de la gare pour le seul trafic ferroviaire local, un peu comme cela a été fait il y a des années pour la Gare de Lyon à Paris. Comme le précise clairement (ou presque) le rapport du COI : « l’objectif réside dans la limitation des cisaillements et des rebroussements consubstantiels à la gare actuelle en cul-de-sac » : Ah, qu’en termes galants ces choses-là sont dites…

Toujours est-il que le réaménagement de la gare Saint-Charles fait partie des travaux jugés prioritaires, au même titre d’ailleurs que la première phase de déploiement de l’ERTMS, un autre bel acronyme technocratique qui signifie en bon français bruxellois European rail trafic management system, autrement dit l’art et la manière de remplacer la bonne vieille signalisation ferroviaire au sol par un système de régulation en cabine plus souple qui permet d’augmenter de 20 à 30 % le cadencement des trains, en principe sans collision…

Selon le scénario de financement retenu, les travaux de réaménagement du plateau actuel de la gare Saint-Charles devraient débuter au plus tard en 2027, mais peut-être même dès 2020 si les budgets sont au rendez-vous. Ensuite, à savoir entre 2028 et 2032 (voire même dès 2027 si l’AFITF arrive à imposer le scénario 3 à 80 milliards), pourront débuter les travaux de réalisation de la nouvelle gare en souterrain pour atteindre la fameuse diamétralisation.

Le trajet de la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur (source © Préfecture de région PACA)

La première étape, qui intègre également, outre le réaménagement des gares de surface de Marseille et de Nice, celle de la Pauline près de Toulon, coûtera 860 millions d’euros pour la seule région PACA. La seconde, qui verra non seulement la réalisation de la gare souterraine Saint-Charles, mais aussi le réaménagement de la ligne classique entre Cannes et Nice, fera grimper la facture à 2,9 milliards d’euros. Viennent ensuite deux autres phases de travaux à programmer. La suivante permettra, pour la bagatelle de 3,9 milliards, de terminer l’aménagement de la gare Saint-Augustin à Nice et de créer la nouvelle gare de La Bocca à Cannes tout en aménageant le tronçon de ligne nouvelle entre Cannes et Nice. Quant à la dernière étape, prévue à partir de 2038 seulement selon les scénarios 1 et 2 les plus probables, son coût prévisionnel est de 6,6 milliards et il verrait la réalisation de deux tronçons supplémentaires de ligne nouvelle, entre Aubagne et Toulon d’une part, entre Cannes et Le Muy d’autre part.

Reste bien entendu à savoir désormais quel accueil sera donné à cette ultime proposition d’ajustement pour un projet qui vivote dans les cartons depuis des années mais qui peine à se concrétiser faute de financement approprié. Il n’y a donc plus qu’à croiser les doigts pour espérer que tout cela s’inscrira bien comme prévu dans le prochain projet de loi d’orientation des mobilités…

L.V.