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HLM : mais que fait la métropole ?

9 novembre 2020

Dans les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs sur la majeure partie du territoire national, plus de la moitié des ménages sont éligibles au logement social du fait de leurs revenus. Mais dans la plupart des centres urbains du département l’accès au logement reste bien difficile pour nombre de familles : la file d’attente est longue pour accéder à un logement HLM alors que les loyers dans le parc privé sont élevés et les offres rares, nombre de propriétaires préférant réserver leurs logements pour des locations saisonnières nettement plus lucratives dans un secteur aussi attractif pour le tourisme.

Argo, une résidence de 74 logements sociaux conçue par l’architecte Rudy Ricciotti pour le bailleur social Logirem à Marseille (photo © Lisa Ricciotti / Agence Rudy Ricciotti / Le Moniteur)

Sur l’ensemble du département, La Provence estimait en 2015 le nombre de demandes de logements sociaux à 90 000 par an. En 2016, l’AGAM avait retenu le chiffre de 72 000 demandes actives de logement social sur le seul périmètre de la métropole Aix-Marseille-Provence où l’on comptait alors un total de 142 000 logements sociaux. Le taux de vacance du parc HLM ne dépassait pas 1,6 % en 2016 et le turn over est très faible puisqu’en 2015 seulement 8 % des logements sociaux de la Métropole ont pu accueillir un nouveau locataire, ce qui explique largement que les files d’attente s’allongent autant. Le bailleur social 13 Habitat indique recevoir à lui seul pas moins de 30 000 demandes d’attributions de logements sociaux par an. Sur la seule commune de Carnoux, où le nombre total de logements sociaux ne dépasse pas 425, le maire précisait en 2017 que 300 demandes de logements sociaux non satisfaites étaient en attente.

Résidence de logements sociaux gérés par 13 Habitat sur l’île du Frioul (source © 13 Habitat)

Dans ces conditions, on pourrait imaginer que la question du logement qui fait partie des compétences transférées en 2016 à la Métropole est une priorité et que la collectivité travaille d’arrache-pied en vue de satisfaire cette demande vitale de logement, qui est un pilier indispensable pour permettre à tout un chacun de mener une vie décente et intégrée. Et pourtant, le Plan local de l’habitat (PLH) que la Métropole aurait dû adopter pour prendre la suite de celui de l’ancienne communauté urbaine MPM, élaboré en 2010 et qui a pris fin en 2018, n’a toujours pas été finalisé par la Métropole, comme si le sujet ne méritait pas vraiment que les élus locaux fassent l’effort de se concerter pour tenter d’améliorer la situation.

Résidence sociale intergénérationelle Les Gavotines, construite à Aubagne par 13 Habitat
(source © TPBM)

L’équation est pourtant simple : la demande de logements sociaux est énorme et l’offre nouvelle quasi inexistante. Une grande partie du parc HLM est dégradé ou vieillissant, ce qui oblige les bailleurs à déployer de gros investissements pour tenter de les réhabiliter afin qu’ils restent vivables pour leurs occupants. Du coup, malgré les injonctions réglementaires de la loi SRU qui oblige les communes à un certain quota de logements sociaux, les mises en construction de nouveaux logements restent rares et totalement insuffisantes pour satisfaire les besoins.

Chantier de construction de logements sociaux HMP sur Marseille dans le secteur de Saint-Joseph (source © Marseille rénovation urbaine)

En 2018, l’objectif affiché était de construire 13 500 nouveaux logements sociaux sur l’ensemble de la région PACA, un objectif qui n’a pas été atteint puisque les autorisations de construire n’ont finalement pas dépassé 10 773 logements selon la DREAL qui distribue aux collectivités les aides à la pierre. Et depuis, la situation ne fait que se dégrader avec seulement 9 965 nouveaux logements sociaux mis en chantier en 2019. En parallèle, la part des logements réservés aux ménages à bas revenus a elle-même diminué avec seulement 31 % de PLAI (Prêt locatif aidé d’intégration), ce qui pénalise lourdement les familles les plus modestes.

On est donc très loin du compte et cependant on a fait encore bien pire en 2020, année pour laquelle l’État avait pourtant révisé à la baisse ses objectifs en ciblant la construction de 12 849 nouveaux logements sociaux sur l’ensemble de la région PACA dont 5 000 sur la seule métropole Aix-Marseille-Provence où les besoins sont le plus criant. Au 15 octobre 2020, la DREAL n’a en effet enregistré que 842 logements en construction pour lesquels des demandes de financement ont été introduites, soit à peine 6,5 % de l’objectif visé : une misère ! Et la situation est encore plus dramatique sur le territoire de la Métropole où le nombre de nouveaux logements en chantier est à cette date de 153… Déjà qu’avec 5 000 nouveaux logements on était loin de satisfaire les 72 000 demandes en attente, mais avec 153, l’équation devient insoluble !

Projet de 60 logements sociaux en cours de construction à Carnoux, à l’emplacement de l’ancien établissement scolaire Saint-Augustin (source © Jérôme Siame architectes)

Pour se consoler, nos élus métropolitains pourront toujours se comparer à leurs collègues niçois qui, eux, ne prévoient à cette date qu’un seul logement social neuf sur un objectif affiché de 1721… Les subventions versées par l’État ne sont pourtant pas négligeables puisque l’enveloppe annuelle allouée à la Métropole AMP s’élèvent à 16,3 millions d’euros mais les dossiers montés ne prévoient de dépenser que 336 000 €, soit 2 % seulement de l’enveloppe disponible. Une situation qui oblige l’État à redéployer ses aides financières au profit d’autres collectivités plus réactives en rabotant de près de 60 % l’enveloppe qui avait été initialement réservée au territoire métropolitain : dommage…

Bien entendu, certains invoquent le contexte de crise sanitaire et d’élections municipales pour expliquer ce bilan véritablement calamiteux. Mais il semble bien difficile de ne pas y voir d’abord une absence totale de volonté politique, en particulier du côté des élus métropolitains, manifestement peu désireux de prendre enfin à bras le corps le problème du logement des catégories les plus modestes de la population. Un sujet épineux et qui ne semble pas prêt de trouver une solution…

L. V.

Covid-19 : comment va Carnoux ?

2 novembre 2020

Alors qu’une nouvelle phase de confinement vient de se mettre en place, l’évolution de l’épidémie de Covid-19, soigneusement documentée par les chiffres égrenés quotidiennement dans les médias, occupe toutes les conversations. Lorsqu’on observe l’évolution du nombre de cas recensés à l’échelle nationale, il est incontestable que les chiffres ne font qu’augmenter, ce qui donne l’impression d’un phénomène en croissance exponentielle qui ne fait qu’empirer de jour en jour. Au 31 octobre 2020, les chiffres officiels annoncés par le Ministère de la santé faisaient ainsi état de 1,367 millions de cas positifs avérés (sur 67 millions d’habitants, rappelons-le au passage) et la courbe montre une augmentation inexorable avec une forte accélération depuis la mi-septembre.

Evolution quotidienne du nombre de cas de Covid-19 recensés en France depuis le début de l’épidémie et jusqu’à fin octobre 2020 (source © Ministère de la Santé)

Au vu de cette courbe, la notion même de vagues successives paraît bien peu opérante puisque rien ne témoigne du premier pic de mars-avril qui a pourtant justifié un confinement bien plus sévère qu’actuellement. En fait, cette courbe masque une réalité nettement plus rassurante et qui montre à quel point nous avons progressé dans notre gestion collective de cette épidémie. Si le nombre de cas positifs continue ainsi à augmenter quotidiennement, c’est d’abord parce que les tests de dépistage se font désormais en grand nombre et que ces chiffres reflètent de manière beaucoup fidèle qu’en mars-avril la réalité de la prévalence. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le fameux taux de reproduction du virus qui donne une meilleure image de la vitesse à laquelle l’épidémie se propage : il était de l’ordre de 2,5 à 3 lors du premier pic (ce qui signifie qu’une personne atteinte en contaminait en moyenne 2,5 à 3 nouvelles) alors qu’il est inférieur à 1,4 fin octobre, ce qui traduit un très net ralentissement de la propagation.

L’évolution du nombre de personnes placées en réanimation et celui des personnes effectivement décédées du Covid-19 sont eux aussi très révélateurs. Le nombre total de décès s’établit à 36 788 au 31 octobre mais à ce jour, l’essentiel de ces décès s’est produit durant la première vague, même si le nombre de décès quotidien est en train d’augmenter de nouveau depuis la mi-septembre. La courbe montrant l’évolution du nombre d’admissions en réanimation pour cause de Covid-19 est d’ailleurs très similaire, ce qui confirme bien que l’on est encore très loin d’avoir retrouvé une situation aussi dramatique que lors du premier pic de l’épidémie, même si le nombre de cas positifs connus ne fait qu’augmenter de jour en jour.

Evolution du nombre de décès du Covid-19 enregistrés chaque semaine dans les hôpitaux français (source Wikipedia)

Contrairement à la période printanière, au cours de laquelle l’épidémie était plus spécifiquement circonscrite à certaines régions, l’ensemble du territoire national est désormais largement concerné. Qu’en est-il néanmoins de notre commune de Carnoux ? C’est la question qu’ont souhaité posée au maire les deux élus d’opposition de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, à l’occasion du dernier Conseil municipal en date, le 15 octobre dernier : « Sur le plan sanitaire, dispose-t-on d’un bilan, même approximatif, du nombre de personnes contaminées, testées positives, décédées ? » Telle était la question posée, par écrit et avant la réunion comme l’exige le règlement intérieur du Conseil, afin de laisser le temps au maire de préparer ses éléments de réponse.

Une réponse qui ne figure malheureusement pas dans le compte-rendu officiel que l’on peut lire sur le site de la commune et dans lequel le sujet n’est même pas évoqué. Comme la réunion a eu lieu à huis clos on ne peut donc s’en remettre qu’aux notes prises en séance par les deux conseillers d’opposition et qui font état d’une réponse plutôt rassurante bien que pour le moins imprécise : « La situation générale est assez anxiogène. Il n’est pas utile d’en rajouter. Sur le plan sanitaire, nous n’avons pas la compétence de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Les médecins, pour leur part, sont tenus au secret professionnel. Nous ne savons pas quel est le nombre de personnes testées, infectées ou décédées. Nous ne connaissons que les chiffres des Bouches-du-Rhône. Mais, d’après les contacts quotidiens que j’ai avec les administrés,  je peux vous dire que notre commune est relativement épargnée. Il y a relativement peu de malades. Pour la maison de retraite Claude Debussy, il y a eu 6 infectés, tous asymtomatiques. Le dernier test a montré que plus aucun pensionnaire n’est positif ».

Dessin inspiré de Gorce (source © Carnoux Citoyenne)

Tout va donc pour le mieux à Carnoux dont les limites administratives ont sans doute joué un rôle de barrière efficace. Les données accessibles via l’ARS et sur le site de Santé publique France sont néanmoins un peu moins rassurantes, comme le développe Jacques Boulesteix, puisque les derniers chiffres exploités montrent que sur la commune on est passé en moins d’une semaine, entre le 15 et le 20 octobre 2020, de un nouveau cas positif par semaine à trois cas (en moyenne glissante), ce qui place désormais Carnoux dans la tranche la plus exposée des communes françaises.

Nombre de nouveaux cas de Covid-19 par semaine à Carnoux (source © Carnoux Citoyenne)

Ces chiffres sont consultables par tout un chacun sur le site GEODES développé par Santé publique France et qui donne la valeur de plusieurs indicateurs, pour la plupart à l’échelle départementale, mais pour certains d’entre eux à l’échelle des IRIS, qui correspondent à des îlots INSEE, au nombre de près de 50 000 en France : pour la plupart des communes, un îlot IRIS correspond à la totalité de la commune mais pour les plus grandes villes, il se limite à un ou plusieurs quartiers, ce qui permet de diffuser des statistiques à une échelle assez fine. Ainsi, Carnoux est divisé en trois îlot, ce qui permet de disposer de données assez précises, notamment pour ce taux d’incidence du Covid-19 qui est exprimé en nombre de nouveaux cas enregistré en une semaine et rapporté à 100 000 habitants.

Taux d’incidence hebdomadaire de Covid-19 par îlot IRIS autour de Carnoux pour la semaine du 22 au 28 octobre 2020 (source © GEODES / Santé publique France)

Pour Carnoux, ce taux qui était en moyenne entre 50 et 150 le 15 octobre (ce qui correspond, grosso modo à 7 nouveaux cas positifs par semaine pour toute la commune), est passé à plus de 250 le 20 octobre, ce qui correspond à plus de 20 nouveaux cas positifs chaque semaine. Les derniers chiffres actuellement disponibles, en date du 28 octobre montre que Carnoux reste dans la tranche de 250 à 500 nouveaux cas hebdomadaires pour 100 000 habitants (soit une trentaine de cas supplémentaires chaque semaine sur l’ensemble de la commune). Un chiffre plutôt inférieur à ce qu’on peut observer sur certains quartiers de Marseille fortement touchés et qui reste comparable à la moyenne nationale qui est de 435 à cette même date (alors qu’elle se situait à peine au dessus de 100 fin septembre).

Ce chiffre confirme cependant, s’il en était besoin, que la population de Carnoux, tout comme celle du reste de la France, reste fortement exposée au virus et qu’il importe plus que jamais de bien respecter les gestes barrière.

L. V.

Vieux-Port de Marseille : le grand ménage en direct

31 octobre 2020

Comme tous les bassins nautiques situés en centre-ville, le Vieux-Port de Marseille, édifié en lieu et place de l’ancienne calanque du Lacydon, est le réceptacle de tous les déchets qu’y jettent négligemment les passants depuis les quais où qui y sont poussés par le vent lorsque celui-ci balaie les rues de la cité et renverse les poubelles. Pas étonnant, dès lors, qu’on y retrouve, dans la vase du fond, des tonnes de déchets : canettes de bière et papiers gras, vélos et trottinettes, barrières de chantier et plots de signalisation, mais aussi parfois vieux canapé, lave-linge usagé et épave de voiture ou de moto…

Le Vieux-Port de Marseille, vu d’en haut et… du fond (source © Made in Marseille)

En 2016, la Fédération des sociétés nautiques des Bouches-du-Rhône (FSN 13) avait ainsi pris l’initiative de lancer une opération annuelle de nettoyage du Vieux-Port, ce qui à l’époque n’avait pas été fait depuis 2004. L’idée était bien sûr d’insister sur l’aspect pédagogique en médiatisant l’opération pour inciter les plaisanciers qui fréquentent régulièrement le site à prendre soin de leurs déchets de toute sorte pour éviter qu’ils ne finissent à la baille, même les jours de fort mistral.

Affiche de la première opération du genre, initiée en 2016 (source © FSN 13)

Organisée le 8 octobre 2016 avec l’appui de nombreuses personnalités locales et le renfort de plusieurs institutions et associations sportives et environnementales, l’opération avait connu un beau succès médiatique et est, depuis, renouvelée chaque année. Ainsi, l’an dernier, le 19 octobre 2019, des centaines de citoyens et responsables associatifs, dont environ 200 plongeurs s’étaient mobilisés selon Made in Marseille qui couvre régulièrement l’évènement.

Vers 16 h, un premier bilan dressé par l’association MerTerre qui anime également d’autres opérations du même type dont celle intitulée Calanques propres, faisait état de 45 m³ de déchets de toutes sortes sortis du Vieux-Port par cette armada de bénévoles. L’année précédente, en 2018, le volume de déchets était encore plus impressionnant et il avait fallu 21 bennes mises à disposition par la Métropole Aix-Marseille-Provence pour les évacuer en décharge.

Une trottinette sauvée des eaux lors d’une opération de nettoyage du Vieux-Port (photo © Georges Robert / La Provence)

Pas moins de 4 333 objets divers et variés avaient ainsi été extraits de la vase du Vieux-Port, parmi lesquels beaucoup de canettes et bouteilles en verre, mais aussi un chevalet de peintre, 42 vélos, 15 skate et trottinettes, 7 poussettes, un brancard (vide), plusieurs bidets et cuvettes de wc, une amphore antique (comme quoi l’habitude de jeter ses déchets dans le Vieux-Port ne date pas d’hier), et même un obus de la dernière guerre, qui n’est pas à proprement parler un vulgaire détritus mais qui a obligé à faire appel aux démineurs…

Pour 2020, crise sanitaire oblige, il n’était pas question de rassembler sur le Vieux-Port des centaines de volontaires pour aller à la quête des déchets immergés. Place donc à la technologie high tech. Et bien entendu, c’est à la start-up marseillaise Notilo Plus qu’il a été fait appel. Créée en 2016 par Benjamin Valtin et Nicolas Gambini, cette société a en effet développé des drones sous-marin autonomes déclinés en version loisirs sous le nom de IBubbles, et en version professionnelle sous l’appellation Seasam.

Le drone aquatique, un outil pour accompagner fidèlement le plongeur et assurer les prises de vue sous-marine (photo © Notilo Plus / Marcelle média)

Fruit d’un partenariat avec la compagnie maritime CMA CGM, ces drones qui sont dotés d’un dispositif de propulsion autonome sans fil et d’un système de mémorisation et de géolocalisation, sont en effet parfaitement adaptés pour effectuer un parcours pré-programmé en repérant les endroits où ils sont déjà passés et en localisant avec précision ce qu’ils observent, ce qui en fait des auxiliaires très précieux pour inspecter la coque des navires, identifier les défauts éventuels et vérifier l’état des peintures en vue de décider et d’orienter les opérations de maintenance.

Les drones aquatiques de Notilo Plus utilisés pour l’opération (source © Marcelle média)

C’est donc à un robot sous-marin de ce type, équipé de différentes caméras, qu’a été confié le soin de cartographier au préalable l’ensemble des déchets visibles au fond du port, puis de guider un plongeur afin d’aller les récupérer directement sans perdre de temps à les rechercher. Jeudi 15 octobre 2020, une opération médiatique a ainsi été organisée dans les locaux de l’Union nautique marseillaise au pied du Pharo. Deux drones de Notilo Plus filmaient dans le bassin le plongeur en train de récupérer les déchets dans son filet et les images étaient retransmises en direct sur écran géant et sur la chaîne Youtube afin que les enfants des écoles puissent suivre l’opération.

C’est la maire de Marseille, Michèle Rubirola, qui a insisté pour que les écoliers puissent ainsi suivre en direct les opérations afin de prendre conscience de tous les déchets qui finissent ainsi leur course dans le fond du port. Présente sur place, ainsi que la maire de secteur Sophie Camard qui raconte sa plongée dans le Vieux-Port à l’occasion d’une édition précédente de l’opération, elle assiste au dialogue qui s’instaure entre une dizaine de collégiens de Team 13, une association de jeunes bénévoles qui organise des opérations de protection de l’environnement, et quelques spécialistes.

Présentation en direct par Nicolas Gambini, président de Notilo plus, des images du nettoyage (source © Marcelle média)

Parmi eux, un membre de l’ONG Planète mer, qui s’est donné pour mission de préserver les milieux marins en lien avec les activités humaines associées, mais aussi une représentante de Citeo, une entreprise privée chargée par l’État d’organiser, piloter et développer le recyclage des emballages ménagers et des papiers dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur. Une autre start-up marseillaise, au nom typiquement provençal de Green City Organisation était également présente pour vanter les mérites de son dispositif de filet D’Rain qui récupère les micro-déchets à la sortie des collecteurs d’eau pluviale pour éviter leur rejet direct en mer.

Après quelques déboires techniques liés à une transmission médiocre par wi-fi, les images filmées en direct par les drones ont permis d’assurer un incontestable succès à cette nouvelle action de nettoyage du Vieux-Port. Pas moins de 124 classes étaient connectées en direct pour suivre le déroulement des opérations et profiter des commentaires, de nombreuses autres se connectant ultérieurement pour profiter de cette séquence un peu exceptionnelle et dont la portée pédagogique est incontestable. Un jour peut être, les fonds du Vieux-Port ne ressembleront plus à un vaste dépotoir…

L. V.

La plume de l’aigle de Bonelli

29 octobre 2020

L’aigle de Bonelli doit son nom à l’ornithologue italien Franco Andrea Bonelli qui a découvert l’espèce en 1815, l’année même où une grande partie de l’Europe coalisée réglait son compte aux rêves de grandeurs de l’aigle napoléonien. Présente sur le pourtour de la Méditerranée et jusqu’en Chine méridionale, cette espèce d’aigle de taille modeste qui niche dans les secteurs montagneux à faible altitude, est considérée en France comme une espèce relique, quasi en voie de disparition.

Aigle de Bonelli en vol (photo © Peter Arras / eBird)

Alors qu’on a retrouvé des traces fossiles qui attestent de sa présence dans les falaises calcaires du sud de la France depuis au moins 200 000 ans, il ne restait plus en France que 30 couples de cette espèce, recensés en 2012, alors qu’on en comptait encore 80 dans les années 1960. Si cette espèce est aussi menacée, c’est certes parce son taux de reproduction naturel est faible et parce que ce rapace a besoin d’aires de nidification très spécifiques, typiquement des falaises avec replats à moins de 700 m d’altitude, et des zones de chasse en milieu ouvert de type garrigues et vignes. Mais les causes de sa disparition sont aussi liées à l’artificialisation des milieux où il vit, au dérangement lié à la chasse et autres activités de pleine nature, et en partie aux lignes à haute tension qui sont la principale cause de mortalité des jeunes qui ne maîtrisent pas encore bien leur environnement…

Un aigle de Bonelli, ambassadeur des Calanques (photo © J. Uriarte / Getty / France Inter)

Toujours est-il que l’aigle de Bonelli fait partie des espèces emblématiques du Parc national des Calanques, même si on ne connaît qu’un seul couple qui y réside, sur les hauteurs de Vaufrèges, tandis qu’un autre a élu domicile dans le massif de la Sainte-Baume et qu’on en recense désormais deux du côté de la Sainte-Victoire. Un bel emblème qui justifie à lui seul les efforts de conservation de ce milieu naturel fragile, entrepris bien avant la création du parc national et qui se poursuivent, même si la tâche est immense au vu de l’importance des activités humaines de toute nature qui se pratiquent sur ce territoire dont la fréquentation, cet été, a battu tous les records !

C’est en tout cas ce rapace rare que le Parc national des Calanques a choisi comme ambassadeur pour mieux faire connaître son territoire aux plus jeunes en confiant à un auteur le soin d’écrire un conte polyphonique pour y dévoiler les différentes facettes du parc. L’ouvrage, intitulé Calanques, les entretiens de l’Aigle, est paru aux éditions Glénat en juin 2020 et c’est un petit bijou. Au travers du regard de l’Aigle, personnage aussi naïf que curieux, se dévoilent tour à tour différents usagers du Parc des Calanques : randonneur, grimpeur, pêcheur, chasseur, botaniste, plaisancier mais aussi pompier, garde, écologue ou urbaniste. Chacun a sa propre vision de ce territoire où les usages se croisent, interfèrent et parfois se heurtent, reflétant la complexité à concilier autant d’intérêts différents et parfois opposés.

Somptueusement illustré par les pastels minutieux et un peu naïf d’Amandine Maria, une artiste-paysagiste de Vitrolles, sous forme de paysages vus du ciel par l’œil perçant de l’aigle, le livre se veut un message d’espoir en vue de restaurer un jour l’équilibre de ce milieu vulnérable et permettre à chacun de cohabiter, un conte moderne et pédagogique qui allie magie de la fiction et rigueur scientifique, un bel outil pour apprendre à découvrir le massif des Calanques.

La plume à qui le Parc national des Calanques a confié le soin de se faire le porte-parole de l’aigle de Bonnelli, est Karine Huet, une intrépide voyageuse qui a passé son enfance à bourlinguer d’île en île, aux côté de son père, médecin militaire en Polynésie française, et qui embarque à 18 ans à Marseille avec le peintre Yvon le Corre pour un périple en voilier qu’elle retrace dans son premier livre intitulé Heureux qui comme Iris, publié en 1978. Depuis, elle a enchaîné les voyages autour du Monde avec son compagnon, Titouan Lamazou et a publié une bonne quinzaine d’ouvrages, récits de voyage, poèmes et romans.

L’auteur, Karine Huet, dans les calanques (photo © Zoé Lamazou / Marcelle)

Calanques, les entretiens de l’Aigle est son dernier opus en date, fruit de 39 entretiens avec différents usagers du Parc mais aussi de sa propre connaissance du secteur puisque l’auteur a elle-même vécu pendant 6 ans dans un cabanon à Morgiou. Mais ce livre s’inscrit dans une longue lignée où l’on peut citer notamment Les lucubrations de la cucurbite à Markus, Comment le corbeau perdit la parole et ce qui s’ensuit, Poèmes à l’encre de sèche et d’encornet, Le vieux qui gardait la mer ou encore Onze lunes au Maroc pour ne citer que quelques uns de ses titres. Une plume qui s’imposait donc pour l’Aigle des Calanques…

L. V.

La Métropole étrillée par la Chambre régionale des comptes

25 octobre 2020

C’est un véritable pavé dans la mare que vient de lancer la Chambre régionale des comptes (CRC) en rendant public le 15 octobre 2020 son rapport d’observation qui porte sur le fonctionnement de la métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) depuis sa création le 1er janvier 2016. Un pavé qui ne manquera pas d’éclabousser fortement Martine Vassal qui vient tout juste d’être réélue à la tête de l’institution et qui s’est empressée de rassurer les maires des communes périphériques en leur redonnant l’essentiel des pouvoirs décisionnels qui auraient dû progressivement être transférés à l’échelon métropolitain : exactement l’inverse de ce que prônent les magistrats de la CRC à l’issue de leur analyse !

Assemblée communautaire de la Métropole Aix-Marseille-Provence en 2019 (photo © Emilio Guzman / Marsactu)

Ces derniers rappellent en effet que la métropole avait été créée précisément pour permettre aux six intercommunalités préexistantes, dont la communauté urbaine Marseille Provence Métropole à laquelle était rattachée Carnoux, d’unir leurs forces et de mettre en commun leurs ressources pour agir enfin à la bonne échelle et mettre en place les projets structurants tant attendus en matière notamment de transports publics, d’habitat, de développement économique, de protection de l’environnement et de lutte contre la pollution de l’air. Mais les maires du périmètre étaient et sont toujours quasi unanimement opposés à cette construction métropolitaine de crainte qu’elle ne vienne empiéter sur leurs prérogatives. Ils ont donc tout fait pour en plomber la construction : le constat de la CRC vient confirmer qu’ils ont magistralement réussi…

Manifestation d’élus locaux contre la création de la métropole (source © Marsactu)

Les anciennes intercommunalités, devenues conseils de territoires auraient dû s’effacer progressivement en ne gardant qu’un rôle purement consultatif. Mais ils sortent encore renforcés des dernières élections municipales et ont conservé de fait l’essentiel de leurs prérogatives, via des conventions par lesquelles la métropole leur délègue la quasi totalité de ses compétences, à tel point que l’essentiel des crédits d’investissement continuent à être gérés au niveau de ces anciennes intercommunalités au lieu d’être utilisées pour la mise en œuvre de projets structurants à l’échelle métropolitaine.

Au moment de la création de la métropole, les intercommunalités se sont dépêchées de voter en masse toute une flopée de nouveaux projets, à charge pour la métropole, destinée à prendre le relai, d’en assumer le coût financier tant pour leur réalisation que pour leur exploitation future. Un tour de passe-passe qui a conduit la métropole, à peine née, à devoir assurer des engagements financiers colossaux, au risque de voir son taux d’endettement exploser et ses marges de manœuvre considérablement réduites pour mener à bien des projets d’intérêt véritablement communautaire.

Un dessin signé Red, réalisé en 2015 à l’initiative du Conseil de développement de l’ex Communauté urbaine MPM

Et ce n’est pas tout puisque les communes ont organisé délibérément une augmentation substantielle des attributions de compensation qui leur sont reversées par les intercommunalités pour compenser les transferts de compétence vers ces dernières. Une augmentation chiffrée à 220 millions d’euros entre 2012 et 2016, date de la création de la métropole, alors que la CRC considère que 80 % de cette augmentation artificielle ne correspond à aucun transfert de charge effectif. Mais une augmentation bien opportune pour les communes qui aspirent, par ce biais, l’essentiel des ressources de la métropole. Selon la CRC, celle-ci reverse ainsi aux communes plus des trois-quarts des impôts qu’elle perçoit, alors qu’une métropole comme celle du Grand-Lyon en conserve plus de la moitié, ce qui lui permet de mettre effectivement en œuvre des politiques publique efficaces à l’échelle du territoire, ce dont AMP est bien incapable.

De surcroît, plusieurs des intercommunalité préexistantes se sont fortement endettées juste avant la création de la métropole, assurées qu’elles étaient de pouvoir transmettre à la future métropole le remboursement de cette dette, ou comment socialiser les pertes… C’est le cas notamment de l’ancienne communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont la dette a été multipliée par 2,5 entre 2013 et 2015, ou celle du Pays d’Aubagne et de l’Étoile qui a augmenté de 45 % sur la même période.

Fin 2018, la métropole s’est ainsi retrouvée avec une dette globale de 2,79 milliards d’euros, soit 1451 € par habitant. Un chiffre qui n’a rien d’inquiétant en soit, sauf lorsqu’on le traduit en termes de capacité de désendettement (8 ans pour AMP, soit deux fois plus qu’à Lyon et 4 fois plus qu’à Bordeaux!) ou qu’on le met en regard des recettes de fonctionnement de la métropole (2 fois plus qu’à Nantes ou Lille, 3 fois plus qu’à Lyon et 4 fois plus qu’à Bordeaux).

Et cette dette n’en finit pas d’augmenter puisqu’elle n’était que de 2,28 milliards en 2016 : la métropole emprunte en moyenne 40 % de plus que ne le faisaient les anciennes intercommunalités, creusant son déficit sans pour autant être en capacité de réaliser les investissements structurants, tant attendus pour répondre aux difficultés quotidiennes de ses habitants en matière de logement, d’emploi et de déplacement, sans même parler de préparer ce vaste territoire aux défis qui nous attendent en termes de transition écologique et d’adaptation au changement climatique.

Rééquilibrer et développer la construction de logements sociaux sur le territoire métropolitain, un enjeu majeur… (source © Agir pour la métropole)

Le regard porté par la CRC sur le fonctionnement de la métropole AMP est donc particulièrement sévère, d’autant qu’il ne se résume pas à ces quelques points. L’analyse portée sur l’évolution de la masse salariale qui continue à augmenter dans les communes alors même qu’elles ont transféré l’essentiel de leurs compétences à la métropole n’est pas des plus rassurantes. De même que l’examen de la politique métropolitaine en matière de logement, jusqu’à présent des plus embryonnaires, la métropole n’ayant même pas été en capacité de faire adopter son Plan local de l’habitat et se trouvant totalement dépourvue de la moindre vision programmatique globale face à une multitude de bailleurs sociaux plus ou moins coopératifs. Pa étonnant que dans ces conditions il soit si difficile de se loger sur le territoire métropolitaine où la production de logements sociaux et la lutte contre l’habitat indigne dans les centres-villes dégradés (dont celui de la ville-centre Marseille) sont à la peine…

L.V.

Le rapport complet de la CRC et une analyse plus complète de son contenu sont notamment accessibles sur le site carnouxcitoyenne, créé par les deux élus d’opposition de Carnoux : bonne lecture !

Sur les chemins de la Barasse

21 octobre 2020

C’est une initiative remarquable qu’ont prise trois associations marseillaises, Les clés de la Cité, Robins des Villes et Les amis de l’Huveaune, en animant, avec d’autres associations locales et des habitants des quartiers de Saint-Marcel et de la Barasse, une démarche participative destinée à mettre en valeur le patrimoine industriel et naturel de ce coin de Marseille qui gagne à être connu. Ce collectif a eu l’idée de créer un carnet de ballade pour faire découvrir à tout un chacun les richesses de ce massif de toute beauté qui s’étend en limite nord du cœur du Parc National des Calanques. S’inscrivant dans le programme pédagogique Éducalanque porté par le Parc National, ce carnet a pu ainsi être édité à 4000 exemplaires et est téléchargeable gratuitement sur le site du Parc.

Cet outil permet au randonneur seul, en groupe ou en famille, de se repérer sur ce sentier qui s’étend sur un domaine dont le Département des Bouches du Rhône est en grande partie propriétaire et qui permet plusieurs variantes sous forme de boucles plus ou moins longues. L’accès est très aisé : en venant de Carnoux, il suffit de prendre l’autoroute A50 jusqu’à la Valentine puis de traverser l’Huveaune au niveau du cinéma des trois Palmes : le départ de la ballade se fait depuis le petit parking qui se trouve au pied des anciens fours à chaux, à l’extrémité du chemin du vallon de la Barasse.

En suivant le carnet de ballade dans le vallon de la Barasse (photo © CPC)

Dès le début du circuit, on se retrouve plongé dans le passé industriel de ce quartier périphérique de l’Est marseillais où s’était implanté en 1903, l’une des trois grandes usines de production d’alumine, avec celle de Saint-Louis des Aygalades et celle de Gardanne, alimentée par les mines de bauxite d’Allauch puis du Var. Les vestiges des immenses fours à chaux dont il ne reste plus que le soubassement à côté du terrain de pétanque, servaient au traitement industriel de l’alumine et étaient eux-mêmes alimentés par le calcaire extrait d’une carrière située en tête du vallon et dont on ne voit plus que les fronts de taille et les gradins enherbés.

L’usine elle-même, qui appartenait au groupe Péchiney, comme celle de Gardanne, et qui se situait en contrebas, dans la vallée de l’Huveaune, a été démantelée en 1988. Elle a notamment laissé la place au domaine de la Vallée Verte mais il subsiste toujours l’ancien site de stockage des boues rouges sous forme d’un vaste talus végétalisé coincé entre la route départementale et l’Huveaune. Jusqu’en 1948, c’est là qu’étaient mis en décharge les résidus de l’activité industrielle de l’usine, jusqu’à ce qu’une crue de l’Huveaune en 1943 ne vienne remobiliser ces déchets riches en oxydes de fer et d’aluminium, mais aussi en métaux lourds divers et en résidus de soude, provoquant une grave pollution en aval.

Vue du bassin de stockage des boues rouges dans le vallon de la Barasse avec l’usine d’alumine en contrebas (photo © Louis Scarli / Tourisme Marseille)

L’industriel a alors transféré l’entreposage de ses résidus pollués dans le vallon de la Barasse, en plein cœur du massif de Saint-Cyr, en arrière d’une digue édifiée à l’aide de scories issues des fours à charbon de l’usine et qui étaient acheminées jusqu’en haut du vallon, juste au dessus de la carrière de calcaire, à l’aide d’un téléphérique. Un tunnel avait été creusé entre l’usine et le bas du vallon. Les scories y étaient acheminées par wagonnets, lesquels étaient ensuite hissés jusqu’en haut du vallon par un téléphérique dont on repère encore quelques vestiges, puis déversés pour barrer le vallon, formant une digue qui atteint 60 m de hauteur. Les boues rouges étaient apportées sur place par une canalisation qui empruntait sensiblement le même chemin et venait se déverser en tête du vallon, venant remplir progressivement la totalité du cirque rocheux, sur 60 m d’épaisseur donc.

Vue actuelle du crassier de boues rouges de l’ancienne usine d’alumine après végétalisation (photo © CPC)

Ce n’est qu’en 1966 que ce site a finalement été abandonné lorsque Péchiney a obtenu l’autorisation de relarguer ses boues rouges directement en mer, après avoir construit sa fameuse canalisation qui part de Gardanne et rejoint la mer à Port-Miou avant de se déverser en amont du canyon de la Cassidaigne. Une branche spécifique avait été réalisée pour permettre aux rejets de la Barasse d’emprunter le même chemin, et ceci jusqu’à la fermeture de l’usine. Au début des années 1990, Péchiney a épandu 2 à 3 m de terre végétale par dessus le remblai de boues rouges et a missionné l’ONF pour y replanter différentes espèces arborées avant de revendre le terrain au Département afin de dégager sa responsabilité quant à l’entretien de ce site définitivement pollué. En 2004, de forts ravinements ont commencé à affouiller une partie du terril et il a fallu réaliser de gros travaux pour canaliser les eaux de ruissellement en amont du vallon afin d’éviter qu’elles ne viennent mettre en péril la stabilité de la digue et risquer de remobiliser les 2,5 millions de m³ de boues rouges entassées. Le site est toujours suivi via un dispositif d’auscultation et sa revégétalisation permet une intégration paysagère plutôt réussie.

Cette ballade qui nous replonge dans le passé industriel et agricole de ce quartier périphérique de Marseille, permet de repérer les traces d’autres pollutions, dont celle de l’usine Nestlé de Saint-Menet qui venait déverser dans ce même vallon ses camions chargés de marc de café, jusqu’à ce qu’un orage violent ne vienne déstabiliser tout le remblai, entraînant là aussi une grave pollution en aval… Mais ces collines du massif de Saint-Cyr ne servaient pas que de dépotoir. On y trouve aussi, au fil de la ballade les vestiges d’une ancienne bergerie, des restanques autrefois cultivées et dont certaines sont encore ensemencées par les chasseurs, mais aussi une flore méditerranéenne particulièrement riche et bien préservée.

Vue sur la vallée de l’Huveaune depuis la croix de Saint-Marcel (photo © CPC)

La vue sur la vallée de l’Huveaune et sur toute la ville de Marseille est à couper le souffle (surtout par vent violent…). Mais le passionné d’histoire y traversera aussi avec émotion le mur d’enceinte de l’ancienne propriété de la célèbre famille de Forbin dont plusieurs membres ont présidé le Parlement de Provence au XVIIe siècle et dont l’un des représentants, Claude de Forbin, officier de marine de Louis XIV, parvint à s’échapper en 1699 des geôles anglaises en compagnie de Jean Bart, avant de finir sa vie dans son château de Saint-Marcel bien visible en contrebas.

Vue du castrum de Saint-Marcel avec les tours des Néréides en contrebas (photo © CPC)

De même d’ailleurs que le castrum de Saint-Marcel sur lequel la vue est imprenable. C’est un ouvrage défensif initialement édifié par les Romains pour surveiller l’arrivée d’envahisseurs depuis la mer comme depuis la vallée de l’Huveaune. Il est resté un enjeu stratégique majeur jusqu’au XVe siècle, tout comme son vis-à-vis, bien visible également depuis la croix de Saint-Marcel, édifié sur l’autre rive de l’Huveaune, à l’emplacement d’un ancien oppidum celto-ligure. Détruit par les Sarasins en 723, le château a été reconstruit en 1059 par l’évêque de Marseille, puis de nouveau détruit, probablement en 1423 lors du sac des Catalans. On voit encore néanmoins les vestiges des trois tours d’origine, qui voisinent avec les villas modernes édifiées à la va-vite le long de l’ancien rempart et les tours des Néréides juste en contrebas. A Marseille, vestiges historiques, friches industrielles, espaces naturels et barres d’immeubles coexistent et s’entremêlent : c’est peut-être ce qui fait le charme de cette ville, tout compte fait…

L. V.

Les Carnussiens, adeptes des déplacements en voiture

6 octobre 2020

L’INSEE PACA vient de publier en septembre 2020 des informations très intéressantes sur les déplacements domicile-travail, qui représentent 46 % de tous les déplacements dans la métropole Aix Marseille Provence.


Les principaux déplacements pendulaires dans la métropole AMP (source : Livre blanc des déplacements de la métropole / Transport Urbain)

800 Carnussiens se déplacent chaque jour à Marseille pour leur travail

Ces « navettes » domicile-travail concernent plus de 2000 Carnussiens sur les 2800 actifs répertoriés dans la commune. Environ 36 % des déplacements pour aller travailler se font à l’intérieur de la commune, 40 % avec Marseille, 18 % avec la zone d’Aubagne et 6 % avec d’autres bassins d’emplois qui ne sont pas détaillés.

Comme à Roquefort-la-Bédoule, seul un habitant sur trois exerce une activité professionnelle dans sa commune de résidence. Cassis semble bénéficier d’une économie locale plus active puisque 6 habitants actifs sur 10 y travaillent sur la commune.

Toujours selon l’INSEE, 85 % des déplacements domicile-travail se font en voiture et les déplacements Carnoux-Marseille ont augmenté en 12 ans de 10 %, que l’on retrouve bien évidemment sur les autoroutes et les transports ferroviaires.

Le PDU n’a pas fixé d’objectifs à l’inflexion de la croissance des déplacements

Le Plan de Déplacements Urbains (PDU) métropolitain ne s’est pas fixé d’objectifs pour diminuer le nombre global de déplacements, ce qui est regrettable. Il n’a établi qu’un scenario sur un rééquilibrage de la répartition des modes de transport, la voiture passant de 54 % à 45 % entre 2017 et 2030 et la pratique du vélo étant multipliée par 5 (c’est vrai que le vélo est encore peu répandu ici, si on compare aux agglomérations strasbourgeoise ou bordelaise). Ainsi la croissance de la circulation routière est estimée, sur la même période, à + 7 %, ce qui correspond à la croissance démographique attendue puisque le nombre de déplacements par personne restera stable (3,5 par jour).

Evolution prévisionnelle des modalités de déplacement dans le territoire métropolitain entre 2017 et 2030 selon le projet de PDU

 Limiter les déplacements subis et mutualiser ceux qui peuvent l’être

Il est pourtant indispensable de commencer à limiter les déplacements subis et mutualiser ceux qui peuvent l’être. L’espace et la durée des déplacements journaliers ne peuvent croître indéfiniment. Quelques pistes ont été souvent avancées :

  • offre de logements public ou privé en meilleure adéquation avec les zones d’activité
  • facilité de recrutement des conjoints sur une même zone économique
  • limitation de l’étalement urbain
  • recours plus important aux transmissions haut débit (consultations diverses, télétravail, …)
  • plans de mobilité d’entreprises
  • limitation par la règlementation du recours au travail fractionné (ex: 2h le matin, 3h le soir)
  • développement des services publics sur les lieux de travail
  • crèches et conciergeries sur les lieux de travail
  • covoiturage
  • pedibus pour se rendre à l’école
  • livraisons groupées à domicile
Les bouchons sur l’autoroute entre Aubagne et Marseille, le lot quotidien de nombreux Carnussiens allant travailler en voiture (photo © Philippe Laurenson / La Provence)

Car la rupture passe aussi bien par la diminution des déplacements subis journaliers que par la seule diminution du tout automobile. Nous plaidons pour un accompagnement du PDU par des politiques publiques et d’entreprises qui aillent bien au-delà du simple volet des déplacements et des transports. Dans la métropole Aix-Marseille, comme ailleurs, l’aménagement du territoire, les conditions de travail et l’aide à l’émergence de nouveaux comportements sociaux sont la clé d’une véritable mobilité durable.

Jacques Boulesteix – Conseiller municipal de Carnoux

Ce texte est extrait du site Carnoux Citoyenne qui permet à chaque habitant de dialoguer avec les deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologique et solidaire et de suivre leur action au sein du Conseil municipal de Carnoux-en-Provence

Élection sénatoriale : surprise, surprise !

2 octobre 2020

En France, on se demande souvent à quoi peuvent bien servir les sénateurs, parlementaires élus au suffrage indirect et dont on n’entend rarement parler sinon à l’occasion de la publication épisodique d’un rapport de mission d’information sur les sujets les plus improbables ou parce qu’il a réussi à bloquer une réforme constitutionnelle, ce qui semble être, de fait, son pouvoir le plus manifeste.

Emmanuel Macron en a fait les frais, lui dont la réforme constitutionnelle annoncée lors de sa campagne présidentielle et visant à réduire le nombre de parlementaires et à introduire une dose de proportionnelle, n’a jamais pu être examinée. Tout comme d’ailleurs celles imaginées par son prédécesseur François Hollande concernant notamment l’indépendance du Parquet, le statut juridique du Chef de l’État ou la déchéance de nationalité. Même le Général de Gaulle qui avait vainement tenté en 1969 de réformer le Sénat par voie de référendum s’y est cassé les dents et a préféré claquer la porte de dépit…

Une caricature du dessinateur Chaunu, publiée le 22 mars 2019 dans Ouest-France (source ©
Pinterest)

Si le Sénat n’a pas très bonne presse dans l’opinion publique, c’est sans doute parce que, non seulement ses représentants sont grassement rétribués sans qu’on sache trop bien à quoi ils servent réellement en dehors de ce pouvoir de blocage qu’on leur reconnaît bien volontiers, mais aussi parce que cette institution vénérable, issue de la Convention de 1795, défraie régulièrement la chronique par les petits arrangements entre amis qui s’y produisent épisodiquement. La distribution généreuse de subventions via la réserve parlementaire sénatoriale s’y est longtemps apparentée à un clientélisme électoral à peine déguisé. La recherche de l’immunité parlementaire fait toujours partie des bonnes raisons pour se présenter à l’élection sénatoriale et chacun a encore en tête l’affaire croustillante du détournement par des sénateurs UMP, dont l’ancien maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, des enveloppes destinées à rémunérer leurs collaborateurs.

Tout ceci explique sans doute pourquoi les Français ne se sont guère passionnés pour les élections sénatoriales qui viennent tout juste de se tenir, dimanche 27 septembre 2020. Cette élection concernait pourtant 172 des 348 sièges de sénateurs, désormais élus pour 6 ans et renouvelés par moitié tous les 3 ans. Mais le déficit de notoriété de cette élection atypique vient aussi de son caractère indirect. Seules 87 000 personnes étaient habilitées à se prononcer pour cette élection, pour l’essentiel des élus municipaux, départementaux ou régionaux, à l’exception de certaines grandes villes où le conseil municipal a la faculté de choisir des électeurs supplémentaires pour rétablir un minimum d’équité avec les petites communes rurales évidemment surreprésentées dans ce corps électoral très particulier.

Répartition politique des sénateurs à l’issue des élections de 2020 (source © Le Monde)

Cette élection sénatoriale, comme les précédentes, s’est donc jouée bien à l’abri des regards du citoyen lambda et la campagne s’est faite de manière feutrée, par l’intermédiaire de repas au restaurant et de réunions à huis clos, entre élus locaux de connivence. C’est ce qui explique que les notables et les barons locaux finissent toujours par tirer leur épingle du jeu, en mettant en avant leur capacité à drainer les subventions dont les maires de petites communes ont bien besoin, quand ce n’est pas leur aptitude à débloquer telle ou telle investiture ou soutien politique.

C’est ainsi que, par la grâce du vote à bulletins secrets, on a pu assister à la réélection très confortable, dans le département des Bouches-du-Rhône, du sénateur sortant Jean-Noël Guérini, élu à ce poste pour la première fois en 1998, dans la foulée de son arrivée à la tête du Conseil départemental, et constamment réélu depuis. Et ceci malgré son absentéisme chronique, son exclusion du Parti socialiste et ses trois mises en examen successives depuis 2011, notamment pour prise illégale d’intérêt, trafic d’influence, association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et corruption passive. Des broutilles qui ne l’ont pas empêché d’obtenir 538 voix en sa faveur lors de ces récentes élections, soit près de 16 % des suffrages exprimés : un véritable exploit pour ce grand brûlé de la vie politique, en attente de son procès qui se profile en 2021 et dont le parti, La Force du 13, ne compte que très peu d’élus. Ceci prouve à quel point est éternelle la reconnaissance des élus locaux de tous bords qui ont profité de ses largesses financières lorsqu’il détenait encore les cordons de la bourse du Département, principal pourvoyeur de l’aide à l’investissement des communes.


Jean-Noël Guérini en 2015 (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Un levier dont n’a pourtant pas bénéficié l’un de ses challengers à cette élection, l’autre sénateur sortant des Bouches-du-Rhône, le frontiste Stéphane Ravier, élu maire d’arrondissement dans les quartiers nord de Marseille en 2014 mais battu aux municipales de 2020 et qui ne bénéficiait que d’un très maigre réservoir de voix issus du Rassemblement National. Mais cela ne l’a pas empêché d’être réélu malgré tout avec pas moins de 303 voix, là où le candidat de La République en Marche, Jean-Pierre Serrus, arrivait tout juste à rassembler 25 voix sur 3 441 suffrages exprimés ! A partir du moment où nos élus locaux n’ont pas à dévoiler le contenu de leur vote, la démocratie représentative peut réserver bien des surprises !

Pour ce qui est des Bouches du Rhône, les six autres sièges se répartissent plus traditionnellement et à parts égales entre gauche et droite. Du côté LR, le Sénat voit ainsi arriver Patrick Boré qui abandonne donc ses fonctions de maire de La Ciotat et profite de la place laissée vacante par Sophie Joissains, préférant elle s’investir à la mairie d’Aix-en-Provence et surtout à la métropole. Un petit arrangement entre collègues, de même que pour Valérie Boyer qui quitte son poste à l’Assemblée Nationale pour entrer au Sénat, non pas que la place y soit meilleure, mais parce qu’il fallait en urgence trouver un refuge avec immunité parlementaire à la clé pour le soldat Julien Ravier, ex maire des 11e et 12e arrondissement de Marseille et aux prises avec la Justice pour une affaire de fausses procurations lors des dernières municipales.

Un dessin signé Sanaga (source © Blagues et dessins)

Au delà de ces quelques péripéties, ces élections sénatoriales n’ont pas apporté de réel bouleversement politique dans une assemblée où tout mouvement semble d’ailleurs soigneusement amorti. La parité y progresse un peu puisque les femmes représentent désormais un tiers des sénateurs. Un petit jeune de 26 ans, Rémi Cardon, élu sur une liste d’union de la gauche dans la Somme, fait son entrée dans une assemblée où la moyenne d’âge reste néanmoins de 61 ans… Mais les grands équilibres restent inchangés avec une forte prédominance de la droite, notamment LR, qui engrange une dizaine de sièges supplémentaires, ce qui a permis à l’inamovible Gérard Larcher, d’être réélu sans difficulté Président du Sénat pour trois ans supplémentaires, le 1er octobre 2020.

Gérard Larcher, largement réélu à la présidence du Sénat le 1er octobre 2020 (photo © Thomas Coex / AFP / Vosges Matin)

Le parti présidentiel LREM, bien que faiblement implanté à l’échelle locale, sauve finalement les meubles avec 19 élus contre 23 dans l’assemblée sortante, mais n’en sort pas grandi. Les socialistes perdent quelques sièges malgré l’entrée au Sénat de l’ancienne ministre Marie-Arlette Carlotti, élue dans les Bouches du Rhône sur une liste d’union de la gauche, aux côtés du communiste Jérémy Bacchi et de l’écologiste Guy Benarroche. La bonne surprise vient d’ailleurs du côté écologiste où 6 nouveaux sénateurs font leur entrée, rejoignant leurs 5 collègues EELV déjà élus en 2017, ce qui permettra aux écologistes de reconstituer un groupe politique distinct à la Haute-Assemblée, en attendant une éventuelle scission ?

L. V.

Port-Miou, le château restauré à neuf

29 septembre 2020

Entrée de la calanque de Port-Miou le long de la Presqu’île (source © JCF Boat)

La calanque de Port-Miou, la plus à l’Est du massif des Calanques, est en fait la seule calanque du massif qui se situe non pas sur le territoire marseillais mais sur celui de sa voisine Cassis. Formant un abri naturel idéal sous forme d’un long bassin étroit de 1,4 km de longueur dont l’entrée est largement protégée par le promontoire que constitue la Presqu’île, cette calanque a servi de tout temps de port. D’où son nom d’ailleurs, qui viendrait, paraît-il du latin Portum Melior, autrement dit le meilleur port, bien meilleur en tout cas que celui de Cassis même, qui, au XVIIe siècle, était tellement mal entretenu que les navires préféraient aller se charger dans la calanque voisine où les galères royales avaient aussi habitude de faire escale.

La calanque de Port-Miou et ses rangées de bateaux de plaisance (source © Sun plaisance Location)

Vers 1630 y est installée une madrague, autrement dit un filet fixe de grandes dimensions, qui servait alors pour la pêche côtière au thon. A partir de 1720, l’exploitation des carrières destinées à extraire la pierre de Cassis commence à se développer dans le secteur. Ce calcaire urgonien dur et compact, renfermant de nombreux moules de rudistes et qui forme une bonne partie des falaises du massif est alors très prisé pour la construction en pièce de taille. Ce matériau servira notamment pour l’édification du phare de Cassis ou celui du Planier à Marseille, mais aussi pour une partie des quais d’Alexandrie et la voûte du tunnel du Rove. En revanche, la légende selon laquelle le socle de la statue de la Liberté à New-York serait en pierre de Cassis est bien entendu une pure galéjade…

Vestige des trémies de chargement à la Pointe de Cacau, Cassis (source © Mapio)

A Port-Miou toutefois, l’exploitation de pierres de tailles est restée assez modeste. Des trémies de chargement de blocs de pierre y ont bien été construits vers 1850 mais c’est à partir de 1895 que le site connaît un début d’exploitation industrielle majeure avec l’arrivée du groupe belge Solvay qui se porte acquéreur de toute la rive nord de la calanque. Alors en pleine guerre économique avec les soudières locales fonctionnant selon le procédé inventé en 1791 par le chimiste français Nicolas Leblanc, le Belge Ernest Solvay, inventeur en 1860 d’un procédé concurrent de fabrication de la soude à l’ammoniac visait le marché florissant des savonneries de Marseille, mais aussi l’exportation vers les savonneries espagnoles et italiennes. Il construit une usine à Salin-de-Giraud, à proximité de celle de son concurrent Péchiney et il démarre à Port-Miou, à partir de 1907, l’exploitation du calcaire.

Manifestation contre la carrière Solvay de Port-Miou en 1910 (source © Cassis Forum)

A l’époque, le carbonate de calcium extrait à Cassis était concassé sur place puis chargé via une trémie dans des chalands qui transportaient les blocs jusqu’à l’usine de Salin-de-Giraud. Après mélange, en présence d’ammoniac, au chlorure de sodium extrait localement dans les salines de Camargue, le procédé permet d’obtenir du bicarbonate de sodium puis, après chauffage, de la soude. Cette technique, qui est toujours utilisée de nos jours, est moins polluante que le procédé Leblanc, d’autant qu’elle permet de recycler l’ammoniac et d’obtenir comme sous-produit du chlorure de calcium utilisé comme sel de déneigement.

Malgré son avantage technique, le baron Solvay se heurte néanmoins à une forte opposition locale avec même, le 13 mars 1910, une manifestation rassemblant 3000 personnes, défenseurs de l’environnement avant l’heure, l’accusant de venir saccager la beauté de ce site naturel préservé. Cela n’empêcha pas Solvay d’extraire bon an mal an, de l’ordre de 80 000 puis, mécanisation aidant, 100 000 tonnes de calcaire par an et ceci jusqu’en fin 1982. A partir de 1975 en effet, la municipalité alors dirigée par Gilbert Rastoin, fait pression pour que cesse l’exploitation jugée gênante pour les activités touristiques en plein essor.

Photo d’archive du château de Port Miou (source © Fondation du Patrimoine)

La rive nord de la calanque, qui sert de passage à des centaines de milliers de randonneurs chaque année, se rendant vers la calanque voisine de Port Pin ou vers celle d’En Vau, appartient toujours à Solvay. Mais, l’issue de longues batailles juridiques et d’une expropriation, la Ville de Cassis a finalement racheté en 2010 la vieille bâtisse qui s’y trouve et que l’on appelle localement « château » du fait de sa tour carrée arrogante. Édifié en 1810 par un ancien marquis cassidain, paraît-il dans le but d’y loger sa maîtresse, le bâtiment a longtemps servi à abriter la douzaine d’ouvriers en charge de l’exploitation de la carrière. Fortement dégradé au fil du temps, le bâtiment menaçait ruine, même s’il servait encore d’annexe à la capitainerie du port de plaisance qu’est devenue la calanque de Port-Miou avec ses 455 anneaux.

Le château avant les travaux de restauration (source © Fondation du Patrimoine)

En mai 2017, des travaux de restauration de cet étrange édifice ont donc été engagé, pilotés par Acta Vista, une association qui développe depuis 2002 des chantiers d’insertion et de formation qualifiante aux métiers du patrimoine, dédiés aux personnes les plus éloignées de l’emploi. Le projet de restauration a duré 3 ans et vient tout juste de s’achever, permettant à l’ancien château de Port-Miou de retrouver tout son éclat.

Le rez-de-chaussée du bâtiment continuera à être utilisé comme annexe de la capitainerie tandis que le premier étage entre les bureau administratifs de la capitainerie et des locaux pour différentes associations environnementales œuvrant sur place. Le deuxième étage quant à lui constituera la première maison du parc car le Parc National des Calanques, pourtant créé en 2012, n’en est toujours pas pourvu.

Travaux de rénovation du toit de la tour (source © Acta Vista)

Le coût global du chantier s’est élevé à 2, 3 millions d’euros selon TPBM, financé largement par de multiples fondations d’entreprises ainsi que la Fondation du Patrimoine qui a royalement apporté 9 000 €. Une quarantaine de salariés en formation s’est investi sur le chantier dans le cadre d’une formation qualifiante. Les deux premières années, le groupe encadré par un maçon tailleurs de pierre et un accompagnateur socio-professionnel, s’est chargé de la maçonnerie et du gros œuvre avant de s’attaquer en troisième année aux aménagement intérieur tandis que d’autres groupes se formaient sur la menuiserie et la métallerie.

Vue du château de Port Miou restauré (source © Acta Vista)

Les deux niveaux inférieurs ont été entièrement rénovés ainsi que les façades, la maçonnerie extérieure, la toiture, les portes et fenêtres, mais aussi les planchers et les ouvrages annexes. Un vrai coup de neuf donc pour le château de Port-Miou, et un beau coup de pouce pour ces stagiaires devenus de vrais professionnels à l’issue de ce chantier mené qui plus est dans un cadre idyllique !

L. V.

Tunnel Schloesing, nouvelle polémique ?

22 septembre 2020

Les têtes de liste du Printemps marseillais alors en campagne le 22 février 2020 : Michèle Rubirola entourée d’Olivia Fortin et Benoît Payan (photo © Gérard Julien / AFP / Libération)

A Marseille, décidément, l’achèvement de la période électorale n’a pas marqué la fin des tensions politiques. Les grands débats engagés lors de la campagne entre la municipalité sortante et ses challengers du Printemps marseillais au sujet de plusieurs projets structurants n’en finissent pas de jouer les prolongations. Ils opposent désormais les nouveaux élus de la Ville à ceux de la Métropole, toujours dirigée par Martine Vassal et ses affidés.

De nombreux sujets sont concernés, depuis les projets de lutte contre l’habitat indigne et de rénovation urbaine du centre ville jusqu’au Boulevard urbain sud, le fameux BUS, dont l’avenir fait l’objet de sérieuses controverses, en passant par les projets de valorisation du patrimoine municipal dont la Villa Valmer. Mais bien d’autres dossiers sont sur le tapis, parmi lesquels celui du tunnel Schloesing, un vieux serpent de mer qui n’en finit pas de venir pointer sa tête et d’empoisonner les discussions entre partenaires locaux.

Emplacement du futur tunnel sous le parc du XXVIe centenaire (en vert), à partir du tunnel Prado sud (TPS), lui-même dans le prolongement du tunnel Prado-Carénage (TPC) (source © Made in Marseille)

L’idée de ce petit tunnel urbain de 495 m de longueur, réservé aux seules voitures et qui relierait le tunnel actuel du Prado sud au boulevard Schloesing en passant sous le Parc du XXVIe centenaire et la place du Général Ferrié, paraît pourtant assez séduisante de prime abord. Cela permettrait de fluidifier de manière significative la circulation vers les quartiers sud de Marseille en diminuant le trafic sur la partie nord du boulevard Rabatau ainsi que sur le chemin de l’Argile qui longe le parc dans un secteur qui s’est désormais transformé en zone résidentielle.

Cela permettrait surtout de désengorger ce nœud routier cauchemardesque qu’est devenue la place Ferrié et de supprimer enfin ces passerelles routières hideuses qui surmontent la place et dominent une partie des boulevards Schloesing et Rabatau. Or ce démontage des passerelles est une condition préalable indispensable pour permettre au futur tramway T3 de se frayer enfin un chemin entre le parc du XXVIe centenaire et le pôle d’échange de Dromel / Sainte-Marguerite.

La place du général Ferrié avec ses passerelles routières (source © La Provence)

Un projet mirifique donc et qui ne présente a priori que des avantages en termes d’aménagement urbain, y compris dans une optique de revégétalisation partielle de ces grands boulevards, à ce jour dédiés exclusivement à la circulation automobile. Les plus optimistes pourraient même rêver à une renaturation du Jarret, ce cours d’eau totalement canalisé dans un corset de béton et qui se fraye difficilement un chemin au milieu de cet entrelacs d’immeubles, de murs en béton, de chaussées bitumées et d’autoponts.

Le futur tramway T3 au passage de la place du général Ferrié après réaménagement, d’après les esquisses d’EGIS et Carta associés (source © Made in Marseille)

Le projet est d’autant mieux parti qu’il est très largement soutenu par la Métropole et les services de l’État, sa réalisation ayant fait l’objet d’un deal avec la Société marseillaise du tunnel Prado-Carénage (SMTPC), une société privée dont les deux-tiers de l’actionnariat sont partagés entre les deux géants du BTP, Eiffage et Vinci. C’est cette société qui gère en concession le tunnel Prado-Carénage depuis sa mise en service en 1993 et encaisse les juteux bénéfices de ce qui a été longtemps considéré comme le péage le plus cher de France, à raison de 2,90 € le droit de passage pour moins de 2,5 km !

En 2018, la société SMTPC a ainsi engrangé pas moins de 17,2 millions d’euros de recettes, ce qui permet de verser de très confortables dividendes aux heureux actionnaires de cette véritable poule aux œufs d’or. Comme pour les autoroutes, dont Eiffage et Vinci sont également des concessionnaires comblés, tout l’enjeu est de faire en sorte que cette situation de rente se prolonge le plus longtemps possible, pour le plus grand bonheur de ceux qui s’en mettent ainsi plein les poches. D’où les tractations engagées depuis des années par Eiffage et Vinci pour prolonger la concession en échange de quelques menus travaux de BTP qui sont justement leur spécialité.

En 2016, la SMTPC réclamait une rallonge de 11 ans au-delà de 2025, date à laquelle la concession était sensée prendre fin et le tunnel revenir dans le giron de la collectivité. Le Préfet a un peu toussé car le coût des travaux, estimé à 47,2 millions d’euros, selon Made in Marseille, représente moins de 3 ans de recette de la SMTPC. Après ajustement, on s’est finalement entendu sur une prolongation de la concession jusqu’en 2033, soit un peu moins de 8 ans, ce qui reste une très belle affaire pour les deux géants du BTP, d’autant que la SMTPC va, par la même occasion, récupérer, moyennant le versement d’une somme de 49,8 millions d’euros, la concession de la partie nord du tunnel Prado sud, soit 360 m jusqu’à l’embranchement avec la nouvelle portion à réaliser.

Le parc du XXVIe centenaire aménagé en 2005 sur le site de l’ancienne gare désaffectée du Prado (source © Marseille 13)

Un tour de passe-passe un peu curieux en apparence, mais tout cela se fait en famille puisque la société Prado sud, créée en 2008 pour bénéficier pendant 47 ans de la concession de ce nouveau tunnel (dont le droit de péage est désormais de 2,20 € pour parcourir à peine 1500 m !) est détenue à 58,5 % par Eiffage et à 41,5 % par Vinci…

Toujours est-il que ces petits arrangements entre amis finissent par agacer quelque peu certains contribuables locaux, sans compter les riverains qui s’inquiètent de voir cette future autoroute urbaine qui, en réalité, passera non pas en tunnel sous le parc du XXVIe centenaire mais en tranchée, éventrant complètement ce jardin public déjà peu reluisant. Un choix évidemment dicté par l’économie et la facilité, y compris pour le rejet dans l’atmosphère des gaz d’échappement…

Arbres coupés en bordure du parc le long de l’avenue Jules Cantini, en mai 2020, en prévision des travaux du futur tunnel Schloesing (photo © Alexande Desoutter / GoMet)

La nouvelle municipalité, frontalement opposée à ce projet, et les associations de riverains, comptaient bien faire entendre leurs observations à l’occasion de l’enquête publique associée au projet. Pour éviter toute discussion, le Préfet a donc préféré décider, dès 2018, de ne pas exiger d’étude d’impact. Une décision pour le moins étonnante concernant un projet urbain d’une telle ampleur. Décision qui a donc été fort logiquement attaquée devant le tribunal administratif. Le jugement est encore en délibéré mais l’audience qui vient d’avoir lieu, mi septembre 2020, ne laisse guère de doute sur son issue, d’autant que les travaux ont déjà commencé, en pleine période de confinement, par l’abattage des arbres d’alignement sur le boulevard Jules Cantini.

Les riverains devront sans doute s’y résoudre : le tunnel passera coûte que coûte. Il en faut bien davantage pour empêcher Eiffage et Vinci de continuer à s’enrichir sur le dos des citoyens et avec la complicité de la Métropole…

L. V.

Alinéa : la famille Auchan sauve les meubles

18 septembre 2020

Un dessin signé du dessinateur JM (source © Actu en dessin)

C’est le quotidien régional La Provence qui a lâché l’information le vendredi 15 mai 2020 : l’enseigne Alinéa est en faillite ! Créée en 1989 à Avignon, pour tenter de concurrencer la toute puissance mondiale du géant suédois de l’ameublement Ikéa, cette enseigne se présente sur son site comme une marque française de décoration d’intérieur aux accents méditerranéen. Un positionnement stratégique qui mise donc sur la fibre patriotique des clients, lassés de commander des meubles en kit aux noms imprononçables et qui préfère acheter des assiettes ornées de feuilles d’olivier plutôt que de têtes de rennes.

Alexis Mulliez, le patron de l’enseigne Alinéa (photo © Gabriel Noé / Le Figaro)

L’affaire était plutôt bien partie puisque dès 1996, Alinéa ouvrait un second magasin à Montpellier et qu’en 2015, la firme pouvait enorgueillir d’un chiffre d’affaire de 520 millions d’euros avec 26 magasins répartis dans toute la France. En avril 2017 cependant, le rapport du groupe Auchan, fait état de 176 millions d’euros de pertes cumulées depuis 2012, ce qui n’est pas très rassurant pour une enseigne dont le directeur n’est autre qu’Alexis Mulliez et les actionnaires l’Association familiale Mulliez, celle-là même qui est aux manettes de la galaxie Auchan et ses innombrables marques commerciales qui envahissent toutes les entrées de villes françaises. Clasée 6e fortune de France en 2020 par le magazine Challenge, la famille Mulliez serait à la tête d’une fortune professionnelle estimée à 26 milliards d’euros, une paille…

En octobre 2017, une nouvelle société avait été créée, toujours dirigée par Alexis Mulliez et dont le siège social est désormais implanté à Aubagne, dans la zone des Paluds, à proximité des autres enseignes du groupe (Auchan, Norauto, Décathlon, Leroy-Merlin, Flunch, Jules, Kiabi, Boulanger, etc.) et sur des terrains détenus par la foncière Immochan : ici, le commerce se fait en famille… L’objectif de cette nouvelle société était d’ailleurs clairement de sortir Alinéa et ses pertes abyssales du groupe Auchan, même si l’association familiale reste actionnaire à 100 % d’Alinéa qui compte désormais 30 magasins (dont 4 en franchise) et près de 2000 salariés, dont 250 sur le site d’Aubagne.

Magasin Alinéa d’Aubagne (source © Alinéa)

Du coup, le chemin vers la faillite annoncée était tout tracé. Les raisons invoquées lors du dépôt de bilan étaient bien sûr conjoncturelles, liées à la crise des gilets jaunes, aux mouvements de grèves occasionnés par la réforme des retraites, et bien entendu à la crise sanitaire qui avait obligé l’enseigne à fermer momentanément ses magasins pour les transformer en drive.

C’est donc le tribunal de commerce de Marseille qui a placé Alinéa en redressement judiciaire, le 13 mai dernier. Une audience s’est tenue le 31 août dernier au cours de laquelle, selon les informations recueillies par Marsactu, ont été listées les quelques 80 sociétés qui tentent de se faire payer leur dû, parmi lesquelles de grosses entreprises comme Onet ou Véolia mais aussi la SACEM qui réclame le versement des droits pour la diffusion de musiques d’ambiance dans les magasins du groupe…

Toujours est-il que le tribunal n’a eu à examiner qu’une seule et unique offre de reprise, laquelle se propose de céder 17 des 26 magasins détenus en propre, n’en conservant donc que 9 et de licencier au moins 1000 salariés, soit plus de la moitié des effectifs. Une offre, validée par le jugement rendu le 14 septembre 2020 par le tribunal de commerce de Marseille, qui ressemble donc beaucoup à une liquidation déguisée, et qui émane tout simplement des dirigeants actuels d’Alinéa, soit Alexis Mulliez en personne et son association familiale richissime. Un beau tour de passe-passe pour ces derniers qui, grâce à ce coup de maître, effacent la totalité de leurs dettes auprès de leurs fournisseurs mais aussi de l’État et des organismes sociaux, tout en virant une bonne partie de leur personnel et en fermant tous les sites peu rentables.

Un magasin Alinéa en grève près de Troyes, fin juillet 2020, pour protester contre sa fermeture annoncée (source © L’Est éclair)

Mais que l’on se rassure, ceci n’a rien à voir avec une faillite frauduleuse comme certains mauvais esprits pourraient le laisser entendre. Tout ceci est en effet parfaitement légal, par la grâce d’un décret très opportuniste, publié le 20 mai 2020 dans le contexte de la crise économique consécutive à la période de confinement : ce texte autorise en effet explicitement les propriétaires d’une société à la reprendre eux-même après un dépôt de bilan qui leur permet d’effacer toutes les dettes non remboursées, une solution qui était jusque-là laissée à la discrétion du juge et pour des cas très particuliers.

La famille Mulliez réussit donc un coup de maître en se débarrassant ainsi à moindres frais d’une enseigne qui perdait structurellement de l’argent depuis des années, tout en restant aux manettes… Une situation qui suscite d’autant plus d’interrogations que fin 2017, alors que la situation commençait à se dégrader sérieusement, Alinéa avait fait le choix étrange de céder les murs de la plupart de ses magasins à une société immobilière ad hoc, Aline Immo, laquelle appartient bien entendu à 100 % à la famille Mulliez. Du coup, depuis cette date, les charges d’Alinéa ont augmenté dans des proportions conséquentes. L’enseigne verse désormais un loyer élevé, de l’ordre de 13 millions d’euros par an selon Libération, ce qui assèche sa trésorerie et plombe ses coûts fixes, tout en fragilisant la structure puisqu’elle ne bénéficie plus de ce patrimoine immobilier comme garantie potentielle, alors que sa valeur était tout de même estimée à 150 millions d’euros.

Un magasin Alinéa dans la banlieue de Rennes, le 18 août 2020 (photo © Damien Meyer / AFP / Le Monde)

Une situation assez inédite donc et pas très rassurante pour les employés d’Alinéa qui s’en sortent nettement moins bien que leurs patrons. Une mauvaise nouvelle aussi pour la collectivité qui va devoir payer près de 22 millions d’euros pour le licenciement des 1000 salariés, une somme qui sera à la charge de l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS). Mais ni le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, ni le député Bernard Deflesselles, ne semblent pour l’instant avoir réagi sur ce dossier qui concerne pourtant directement leur périmètre… Business as usual !

L. V. 

Marseille : des plongeurs qui comptent

16 septembre 2020

En ces temps de pandémie virale où certains rechignent à porter le masque alors qu’il est désormais obligatoire dans tous les espaces publics de Marseille, s’il est des Marseillais pour lequel le port du masque ne pose aucun problème, ce sont bien les plongeurs. Et tout particulièrement cette petite centaine de plongeurs bénévoles et passionnés qui viennent de participer à l’opération « Des espèces qui comptent ». Une action scientifique participative, organisée en lien avec la Fédération française d’études et de sports sous-marins, qui fait appel aux bonnes volontés et se déroule chaque année, depuis plus de 15 ans, sur le littoral marseillais, désormais dans le cœur du Parc national des Calanques.

Opération Des espèces qui comptent en 2018 (photo © Georges Robert / La Provence)

Pour cette 17e édition qui s’est déroulée samedi 5 septembre 2020 autour de l’archipel du Riou, mobilisant 95 participants répartis sur une dizaine de bateaux, les cibles visées étaient les trois espèces marqueurs, toutes protégées et emblématiques du littoral méditerranéen, à savoir le corb, le mérou brun et la grande nacre. Les deux premiers sont des poissons prédateurs emblématiques des eaux méditerranéennes.

Affiche pour la 13e édition de l‘opération en 2016 (source © Plongez)

Le corb est un poisson brun avec des reflets métalliques, de 30 à 40 cm, qu’on rencontre en petits bancs toujours près des rochers, et dont les populations ont diminué de 70 % en l’espace de 25 ans dans l’est de la Méditerranée, sous l’effet de la pêche commerciale. Le mérou brun est spectaculaire par sa tête massive et ses yeux proéminent mais surtout par sa taille qui peut atteindre jusqu’à 1,40 m et sa longévité puisque certains individus peuvent vivre jusqu’à 50 ans. Il fréquent plutôt les fonds rocheux accidentés avec de grottes ou des anfractuosité où il peut se camoufler.

Quant à la grande nacre, parfois appelée « jambonneau hérissé », c’est un coquillage bivalve de couleur rougeâtre, fiché verticalement dans les fonds sableux d’herbiers à posidonies et dont la taille peut atteindre 1 m de long. Protégée en France depuis 1992, cette espèce a été presque entièrement décimée par les effets combinés de la pollution des eaux, de la réduction des herbiers saccagés par le chalutage et les ancrages de bateaux, mais aussi par la pêche de plongeurs avides de rapporter une trouvaille originale.

Lors de la dernière édition de cette opération, en octobre 2019, seules deux grandes nacres dont une morte avaient pu être recensées, confirmant que cette espèce est en grand danger, soumise de plus aux attaques d’un parasite apparu sur les rivages espagnols en 2016 et qui fait des ravages depuis. Heureusement, selon le biologiste Nardo Vicente, il semblerait que les nacres présentes dans les étangs littoraux comme celui de Thau soient pour l’instant préservées de ces attaques parasitaires.

Grande nacre (source © FFESSM Corse)

Cette année, les enjeux de cette action d’observation scientifique participative étaient particuliers puisque les fonds marins prospectés, autour des îles du Frioul, avaient pu bénéficier d’une accalmie pendant toute la période de confinement généralisé entre mi-mars et début juillet, sans compter que le procès retentissant à l’encontre des braconniers qui pillaient ouvertement ces fonds marins à grande échelle et depuis des années, avait pu avoir aussi un effet dissuasif et calmé les ardeurs de certains plongeurs peu scrupuleux.

Les scientifiques espéraient que cette période de relative quiétude, assez inhabituelle dans un littoral aussi urbanisé et fréquenté, avait pu permettre à la faune marine de prospérer davantage. Mais ils redoutaient aussi les effets de la fréquentation exceptionnelle qu’a connue le littoral marseillais à l’occasion de cet été post-déconfinement. Entre le 15 juin et le 1er septembre, ce sont en effet pas moins de 3,5 millions de personnes qui se sont entassés sur les plages et les criques du secteur, un chiffre supérieur de 60 % à celui enregistré habituellement. Une bonne nouvelle pour les hôteliers et les restaurateurs marseillais, mais une catastrophe pour ceux qui ont eu à endiguer ce flot totalement inédit, en particulier sur les chemins du massif des calanques et dans les criques elles-mêmes, totalement prises d’assaut par une population venue faire la fête, bronzer et se baigner sans trop se soucier des impacts de sa présence dans un milieu naturel vulnérable.

Mais tout compte fait, les résultats des observations 2020 sont plutôt encourageants avec 217 mérous observés et 51 corbs. Les premiers sont en nombre comparable à ceux dénombrés en 2018, 2019 ayant été une année atypique avec un nombre de sites plus réduit. Les corbs eux semblent en nette augmentation et confirment une tendance déjà amorcée en 2019. Les plongeurs bénévoles ont aussi compté de l’ordre de 300 barracuda, une autre espèce endémique de Méditerranée et même 2 sars tambours, devenus extrêmement rares dans la zone.

Des observations précieuses qui alimenteront aussi les projets de recherche engagés pour mieux suivre les évolutions du milieu marin méditerranéen confronté au changement climatique global. C’est le cas en particulier du projet européen MPA Engage, lancé début 2020 pour 3 ans, qui vise l’adaptation des aires marines protégées, et auquel participe le Parc national des Calanques. Les enjeux sont particulièrement importants pour une mer fermée comme la Méditerranée dont les eaux se réchauffent 20 % plus vite que celles des autres océans. Une évolution aussi rapide des conditions du milieu naturel risque de se traduire par des bouleversement pour les espèces endémiques soumises notamment à des attaques parasitaires inédites ou à l’arrivée de populations invasives concurrentes.

Certaines espèces des eaux tropicales comme la rascasse volante ou le poisson-lapin, qui broute les prairies d’algues et de posidonies, sont déjà présentes en Méditerranée orientale après avoir franchi le Canal de Suez, et pourraient demain faire leur apparition sur nos côtes marseillaises. L’adaptation des colonies de corail rouge et de gorgones, est aussi un sujet d’étude et, là encore, des plongeurs citoyens sont mis à contribution pour observer ces populations et leur capacités d’adaptation en cas de transplantation, au sein cette fois de l’association Septentrion environnement.

La science participative a décidément de beaux jours devant elle et permettra peut-être de réconcilier les citoyens avec les chercheurs, pour le plus grand bien de la planète !

L. V.

En 1867 déjà, un effondrement rue d’Aubagne

7 septembre 2020

A Marseille, chacun se souvient avec effroi de cette date sinistre du 5 novembre 2018 au matin, lorsque deux immeubles anciens de la rue d’Aubagne, dans le quartier de Noailles, en plein centre-ville, se sont brusquement effondrés, ensevelissant sous leurs décombres huit des occupants du n°65. L’émoi engendré par cette catastrophe a été tel que tous les médias nationaux ont immédiatement braqué leurs projecteurs sur ces quartiers paupérisés du centre-ville de Marseille.

Après les effondrements de la rue d’Aubagne en novembre 2018 (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Là où des familles vulnérables et souvent désargentées louent à prix d’or des appartements dégradés dans des immeubles mal entretenus. Là où les eaux s’infiltrent à travers la toiture, où les planchers s’affaissent, où les murs s’auréolent du fait de canalisation fuyardes, où les fils électriques pendouillent dans la montée d’escalier, où les fissures s’ouvrent un peu partout, où l’air s’engouffre autour des fenêtres mal ajustées et où les balcons menacent parfois de se détacher…

Les n°63, 65 et 67 rue d’Aubagne avant leur effondrement, des « trois fenêtres marseillais » dégradés (source © Google Street View)

Ces immeubles traditionnels du centre-ville, ces fameux « trois fenêtres marseillais » qui représenteraient de l’ordre de 20 % du bâti dans certains quartiers, correspondent pourtant à un habitat particulièrement adapté au contexte local et qui date souvent de plusieurs siècles, généralisé à partir des années 1850 pour organiser l’urbanisation sous forme de parcelles équitables d’environ 7 m de largeur sur rue et une trentaine de mètres de profondeur, cour ou jardin compris. Les appartements sont traditionnellement traversant, orientés nord-sud, avec un seul appartement par niveau, les chambres disposées côté rue et la cuisine côté cour, ce qui facilite la ventilation naturelle de ces logements.

Les murs porteurs de ces immeubles sont perpendiculaires à la voirie et généralement mitoyens. Ils sont reliés par des poutres et des pannes de 7 m qui déterminent donc la largeur des façades, lesquelles ne sont pas porteuses et constituées d’un remplissage de matériaux hétéroclites. Les cages d’escalier sont accrochées à ces mêmes poutres de liaison et généralement éclairées par des puits de lumière sous forme de verrières. Les cloisons sont en simples briques minces et les planchers sont en bois d’enfustage recouvert de mortier et de tomettes tandis que les plafonds sont un conglomérat de plâtre fixé sur des canisses.

Force est de constater que cette architecture locale, parfaitement adaptée aux conditions climatiques et au mode de vie de l’époque, et qui a globalement bien résisté aux assauts du temps, présente néanmoins des faiblesses lorsque les bâtiments souffrent d’un manque d’entretien voire d’un mode d’occupation mal adapté. Les dégâts des eaux en particulier y font des ravages. Depuis qu’on y a installé des salles d’eau dans chaque logement, il suffit en effet d’une absence de joint autour d’une baignoire pour que l’eau qui s’infiltre fasse pourrir les planchers qui finissent par s’effondrer, surtout si on les a surchargé en ajoutant quelques couches de carrelage successifs pour masquer les tommettes d’origine… Les infiltrations d’eau au pied des immeubles, du fait de canalisations fuyardes ou de descentes de toitures endommagées, sont également redoutables pour la stabilité des murs porteurs mitoyens, surtout si la charge évolue différemment de part et d’autre, au gré de la vie des immeubles voisins.

Plafond endommagé dans un immeuble marseillais de la rue Thubaneau (source © Marsactu)

Pour ce qui est du 63 et du 65 de la rue d’Aubagne qui se sont effondrés brusquement le 5 novembre 2018, après bien des signes précurseurs dont les enquêtes en cours devront déterminer s’ils ont été suffisamment pris en compte par les différents protagonistes, tous ces éléments ont joué un rôle et les infiltrations d’eau dans le n°63 alors sous arrêté de péril et inoccupé ont très certainement contribué à sa fragilisation.

Mais l’Histoire nous rappelle que les trois fenêtres marseillais ne sont pas les seules structures qui présentent localement des faiblesses. En 1822, la municipalité marseillaise lançait dans ce secteur de Notre-Dame du Mont un projet ambitieux consistant à percer une nouvelle avenue pour relier le boulevard Baille à la Canebière. Une première voie avait été ouverte dès 1789 dans la partie sud, près de la place Castellane, sur des terrains appartenant à un certain Lieutaud, fils d’un riche mercier marseillais et qui s’était retrouvé à la tête de la Garde nationale de Marseille pendant la Révolution.

Vue du Cours Lieutaud en contrebas de la rue d’Aubagne (photo d’archives © La Provence)

C’est donc le nom de cet homme qui fut donné à cette nouvelle avenue de 19 m de largeur, qui, jusqu’en 1864 s’arrêtait au niveau du boulevard Louis Salvator. Il faut dire qu’à l’époque les normes en matière d’infrastructures routières étaient déjà draconiennes et que les ingénieurs des Ponts et Chaussées exigent que la nouvelle avenue ne présente pas une pente supérieure à 2 %, afin qu’elle puisse être empruntée aisément par les lourds chariots de marchandises tirés par des chevaux,. L’objectif était en effet que cette nouvelle voie permette de désengorger la circulation devenue infernale dans la rue de Rome parallèle. Il fallait donc raboter la butte de Notre-Dame du Mont et faire passer le nouveau boulevard en tranchée sous la rue d’Aubagne et la rue Estelle.

Les travaux de terrassement nécessaires au percement de cette nouvelle avenue s’accompagnent donc de la réalisation d’un pont destiné à rétablir la continuité de la rue d’Aubagne au dessus du nouveau cours Lieutaud. En cette seconde moitié du XIXe siècle, la mode est au béton, matériau moderne par excellence et à l’origine d’une architecture qui passe du stade artisanal à l’échelle industrielle. Si la fabrication contrôlée de la chaux hydraulique date déjà de 1818, mise eu point par l’ingénieur Louis Vicat, l’utilisation du béton en architecture commence tout juste à s’imposer, sous l’influence notamment de l’industriel lyonnais François Coignet qui construit en 1853 sa maison de Saint-Denis en béton banché et dont le fils sera l’un des précurseur du béton armé et du béton précontraint. L’idée d’insérer des armatures et treillis métalliques dans du béton est à cette époque encore très innovante. C’est le jardinier Joseph-Louis Lambot qui le premier, se hasarda en 1845 à réaliser des pots de fleurs en renforçant le mortier de ciment avec du fil de fer. Brevetée en 1855 sous le nom de ferciment son invention était initialement destinée plutôt à la construction de caisses pour l’horticulture et de coques de navire mais c’est finalement en architecture que l’innovation connut ses plus grands succès.

Effondrement du pont de la rue d’Aubagne en 1867 (gravure d’archive source © Tourisme Marseille)

Un premier ponceau en béton (non armé) avait été édifié dès 1836 sur un ruisseau du Tarn-et-Garonne par l’architecte François-Martin Lebrun, lequel a finalement obtenu l’autorisation de tester sa technique (à ses frais) pour la réalisation d’un pont monolithe à Grisolles, sur le canal latéral à la Garonne. Achevée en septembre 1840, l’arche du pont, dont l’ouverture est de 12 m, reste supportée par son cintre en briques jusqu’en janvier 1841 mais reste intacte lorsque celle-ci est finalement démolie, ce qui vaudra à son concepteur les félicitations de l’Académie des Sciences.

C’est donc sur cette lancée qu’est construit à partir de 1865 le premier pont en béton armé pour permettre le franchissement du cours Lieutaud par la rue d’Aubagne désormais en surplomb. Mais sur ce chantier, les maîtres d’œuvre n’ont pas eu la patience d’attendre et lorsqu’ils procèdent au décoffrage de la voûte, le 5 juillet 1867, l’édifice s’effondre, entraînant la mort de cinq ouvriers.

Un poids-lourd renversé après avoir heurté le pont du cours Lieutaud le 24 juillet 2013 (photo © Patrick Nosetto / La Provence)

Après ce premier drame de la rue d’Aubagne, il est sagement décidé de s’en remettre à une technique plus éprouvée et de reconstruire l’ouvrage en charpente métallique. Ce sera fait dès 1869 sous forme de quatre arches métalliques jumelées de 37 m de portée. Un ouvrage qui est toujours en place mais qui ne compte plus le nombre de camions qui se sont encastrés sous son tablier, y compris un convoi de missiles nucléaires. Élargi en 1955 à 2 fois deux voies, après qu’on eut tronçonné les platanes qui le bordaient, le cours Lieutaud est en effet devenu un des principaux axes routiers de pénétration de la ville mais les travaux de requalification qui sont en cours vont peut-être enfin permettre de lui redonner un aspect urbain plus apaisé…

L. V.

A Carnoux, l’eau coule à flots…

12 août 2020

Au début de l’été, l’eau a coulé pendant plusieurs jours sur l’avenue Darius Milhaud, en contrebas immédiat des deux réservoirs qui permettent de stocker 000 m³ d’eau en sortie de la station de traitement d’eau potable de Carnoux, alimentée en eau brute depuis la Durance. Fuite ou délestage liée à l’entretien de l’installation ? La société privée Eau de Marseille Métropole (SEMM) qui gère depuis 2014 et pour 15 ans, dans le cadre d’une délégation de service public quelque peu controversée, la production et la distribution de l’eau potable sur les 18 communes du territoire Marseille Provence, ne communique pas sur le sujet. Les informations transmises par le centre d’appel aux clients qui s’étonnent de toute cette eau qui se déverse en pure perte sur la chaussée restent pour le moins laconiques : circulez, il n’y a rien à voir..

Fuite d’eau dans le Chemin des Bastides le 7 juillet 2020 (photo © CPC)

Aucun doute en revanche quant à l’origine de l’eau qui s’écoule régulièrement sur la chaussée le long du chemin des Bastides, une petite ruelle en pente située dans le quartier des Barles Nord et qui se transforme très régulièrement en fleuve impétueux, même en l’absence totale de pluie. C’était notamment le cas du 7 juillet dernier où l’eau a coulé à flots toute la journée, dévalant joyeusement la pente sur toute la largeur de la rue et venant se déverser dans le réseau pluvial au niveau de la route départementale en contrebas, alimentant en eau potable le petit ruisseau de Carnoux et par conséquent le Merlançon puis l’Huveaune : étant donnée la qualité très dégradée de ces cours d’eau, un peu d’eau claire ne leur fait certes pas de mal !

Cette eau provenait en effet directement du réseau d’alimentation en eau potable qui est enterré à près d’un mètre de profondeur sous la chaussée bitumée et qui, dans cette rue comme sans doute dans de nombreuses autres de Carnoux, est en piteux état. Les interventions des équipes techniques de la SEM puis de Bronzo, désormais filiale du groupe Eaux de Marseille Environnement, au cours de ces dernières années ne se comptent plus. On dénombre sur la chaussée pas moins de quatre rustines en enrobé, sur une vingtaine de mètres de longueur, témoins des éventrements successifs du revêtement suite à des fuites du réseau d’eau en profondeur ! Et l’un au moins de ces emplacement a déjà été rouvert à 4 reprises pour des fuites récurrentes qui se produisent toujours au même endroit…

Nouvelle fuite d’eau le 6 août 2020 (photo © CPC)

D’ailleurs, le 5 août au soir, rebelote : cette même plaque de goudron que Bronzo venait tout juste de refaire moins d’un mois auparavant, était de nouveau le siège d’un écoulement de grande ampleur, évalué à plusieurs litres par seconde. L’eau issue de la canalisation fuyarde en profondeur, après s’être frayé un chemin à travers le soubassement de la chaussée, jaillissait à gros bouillons de la chaussée, soulevant alégrement le goudron et s’écoulant ensuite en cataractes le long de la rue. De quoi rafraîchir agréablement tous ceux qui prenaient le frais sur le pas de leur porte en cette chaude soirée d’été…

De l’eau potable qui jaillit du sol : une nouvelle source à Carnoux ? (photo © CPC)

Bien entendu, les riverains, en bon voisins vigilants, se sont empressés d’avertir aussitôt la SEMM dont le numéro d’appel est maintenant parfaitement connu à force d’habitude. Mais en professionnels chevronnés, les agents de la SEMM ne sont pas du genre à s’affoler. Malgré plusieurs appels successifs le lendemain 8 août, la SEMM n’a finalement envoyé un agent sur place qu’en fin de matinée et uniquement pour vérifier qu’il s’agissait bien d’une fuite, histoire de s’assurer que les différentes photos transmises avec les alertes correspondaient bien à la réalité. Cette visite ayant permis de qualifier la fuite d’« importante », il ne restait plus à la SEMM qu’à transmettre l’information à sa filiale Bronzo en charge des interventions d’urgence.

Intervention de Bronzo le 6 août 2020 à Carnoux (photo © CPC)

Et en fin d’après-midi, vers 17h45, soit 24 h après les premiers signalements de la fuite et alors que plusieurs centaines de m³ d’eau avaient coulé toute la journée le long de la chaussée, une équipe de deux agents de Bronzo, la seule en charge de tout le secteur géographique, est donc venue voir ce qu’elle pouvait faire. Les agents ayant oublié d’apporter leur matériel, l’un des deux ouvriers est immédiatement reparti avec le camion, laissant son collègue seul, se débrouiller à couper l’eau, arracher la rustine de goudron et creuser à la pelle jusqu’à la canalisation, le tout en pleine voie et sans la moindre signalisation pour prévenir du danger. Mais les intervenant de Bronzo n’ont pas froid aux yeux et connaissent leur métier, d’autant que celui-ci intervenait ici pour la quatrième fois successive, de quoi agir les yeux fermés.

En réalité, l’opération a quand même duré deux heures car, malgré le retour du collègue avec le camion et le matériel nécessaire, la réparation d’une telle fuite, bien que récurrente, s’apparente vaguement à du bricolage. A se demander d’ailleurs si une telle réparation de fortune durera plus longtemps que la précédente…Toujours-est il que la rue, qui ressemble désormais davantage au fond d’un oued à sec parsemé de cailloutis et de limon, qu’à une chaussée urbaine, dispose d’un rapiècement supplémentaire, histoire de bien rappeler à chacun que l’eau qui court sous nos pieds a besoin d’un exutoire en surface en cas de fuite. A se demander aussi comment la chaussée et les habitations environnantes tiennent encore debout malgré la circulation souterraine d’un tel volume d’eau.

Une réparation de fortune en attendant une véritable opération de renouvellement plus durable ? (photo © CPC)

Il n’en reste pas moins que ce genre de situation récurrente laisse songeur quant à la sincérité des messages de communication que la SEMM met en avant dans toutes ses publications grand public et dans ses nombreuses interventions de promotion auprès des scolaires, quant à la nécessité de préserver une ressource en eau particulièrement précieuse dans notre région au climat estival aride. Quelques centaines de m³ d’eau potable qui s’écoulent ainsi régulièrement sans émouvoir grand monde ne sont en effet rien au vu de l’importance des pertes telle que la Direction de l’eau, de l’assainissement et du pluvial de la Métropole Aix-Marseille-Provence, les détaille dans son rapport annuel sur le prix et la qualité de l’eau et de l’assainissement dans son édition 2018.

Les chiffres donnent le tournis : sur 84,4 millions de m³ d’eau distribués annuellement, seuls 68,5 millions de m³ sont effectivement facturés aux consommateurs. Tout le reste n’est certes pas perdu puisque les services de la Métropole, sur les indications de leur délégataire la SEMM, considèrent qu’environ 1,9 millions de m³ sont utilisés soit pour les besoins du service (pour laver les installations par exemple) soit pour des activités annexes non comptabilisées (typiquement pour alimenter les bornes à incendie ou nettoyer la voirie).

Il reste quand même plus de 14 millions de m³ qui s’évaporent chaque année dans la nature, dont l’essentiel du fait des fuites du réseau. Cela représente près de trois fois la consommation totale annuelle de la ville de Carnoux, qui se perd donc dans le sol sans que l’on sache trop bien où cette eau s’infiltre. Certes, la SEMM, comme tout gestionnaire, même par délégation, d’un réseau public de distribution d’eau potable, est tenue d’assurer une gestion patrimoniale de son réseau et de faire en sorte de minimiser ces pertes en remplaçant régulièrement les tronçons les plus dégradés de son réseau avant qu’ils ne soient trop fuyards. De fait, la SEMM s’enorgueillit de renouveler chaque année 0,9 % de son réseau, lequel mesure au total un peu plus de 3000 km sur le territoire de Marseille Provence. A ce rythme, il faudrait plus d’un siècle pour renouveler l’ensemble du réseau alors qu’une bonne partie est déjà vétuste à l’heure actuelle et que la durée de vie d’une conduite neuve d’eau potable est estimée à 75 ans : cherchez l’erreur…

L. V.

Qui veut acheter le stade Vélodrome ?

6 août 2020

Certes, il ne s’appelle plus officiellement Vélodrome mais Orange, du nom d’une société privée de télécommunication qui verse pour cela la modique somme de 2,8 millions d’euros par an à une autre société privée, AREMA, filiale du groupe Bouygues Construction, lequel a aussi bénéficié des droits à construire pour édifier tout un nouveau quartier à proximité du stade historique. Rappelons que cette société AREMA a été créée de toutes pièces, en partenariat avec deux établissements financiers, pour porter le projet de reconfiguration du stade en vue de l’Euro 2016, dans le cadre d’un partenariat public-privé conclu en 2010 pour une durée de 35 ans, et se charger ensuite d’en assurer l’exploitation pendant une trentaine d’années.

Le stade Vélodrome dans sa configuration actuelle (photo © Shutterstock / Génération Voyage)

Une simple affaire de gros sous entre partenaires économiques donc, mais qui porte quand même sur la gestion d’un équipement public de premier plan, cher au cœur de bien des Provençaux, et qui est toujours officiellement la propriété de la Ville de Marseille. Un droit de propriété qui se résume en réalité à la signature de très gros chèques, au nom du contribuable marseillais.

Jean-Claude Gaudin aux côtés du président de l’OM Frank Mc Court (photo © B. Langlois / AFP / 20 minutes)

La Chambre régionale des comptes (CRC) dénonce depuis des années ce scandale permanent que représente le montant colossal versé chaque année par la Ville de Marseille sous forme de subventions déguisées à une autre société privée, au capital de 116 millions d’euros, en l’occurrence la Société anonyme sportive professionnelle Olympique de Marseille, dont l’actionnaire majoritaire est, depuis 2016, l’Américain Frank Mc Court.

La rénovation du stade en vue de l’Euro 2016 avait particulièrement attiré l’attention. Le montant de l’investissement réalisé, 267 millions d’euros, était l’un des plus élevés de tous les chantiers engagés à cette occasion avec un coût de plus de 4000 € la place, quatre fois plus que pour la rénovation du stade de Toulouse et deux fois plus que pour celui de Bordeaux, pourtant reconstruit à neuf.

Mais c’est surtout le montage financier retenu par la Ville de Marseille qui laissait baba : Les deux-tiers de l’investissement initial ont été apportés par des fonds publics de l’État, de la Région, du Département, de la Communauté urbaine et de la Ville de Marseille (qui a contribué à elle seule à hauteur de 44,7 millions), la société AREMA / Bouygues se contentant de mettre 100 millions d’euros au pot tout en bénéficiant du marché de travaux. En remerciement de cet apport, la Ville de Marseille s’engageait à verser chaque année à AREMA pendant 31 ans la modique somme annuelle de 12,6 millions d’euros par an pour couvrir les frais d’exploitation, soit un joli pactole de près de 400 millions d’euros au final. A l’époque, la CRC avait calculé que la Ville aurait pu économiser au bas mot 93 millions d’euros en se chargeant elle-même de la maîtrise d’ouvrage des travaux de rénovation du stade plutôt que de la confier au privé !

Un montage d’autant plus étonnant que la société privée SASP OM qui est la principale bénéficiaire de cette infrastructure sportive exceptionnelle, ne paye presque rien. Jusqu’en 2011, elle ne versait qu’un modeste loyer de 50 000 € par an à la Ville de Marseille pour l’utilisation quasi exclusive du stade. En 2014, pour obéir aux injonctions plus qu’insistantes de la CRC, la Ville avait fini par augmenter le loyer annuel à 4 millions d’euros. Enfin, en décembre 2018, dans le cadre d’un nouvel accord passé entre la SASP OM et AREMA, le club a accepté de porter ce loyer annuel à 5,5 millions d’euros moyennant la gestion exclusive du stade à son seul bénéfice.

Déjà en 2014, une mission sénatoriale conseillait à la Ville de Marseille de se montrer plus vigilante sur la gestion du stade Vélodrome et encourageait son transfert au club de l’OM qui, en tant qu’exploitant exclusif, devrait en toute logique être chargé de son entretien et en devenir le propriétaire à terme, comme c’est le cas pour la plupart des clubs sportifs professionnels de ce niveau et de cette envergure financière. Une orientation d’autant plus logique que les collectivités territoriales sont incitées, via les engagements pris auprès de l’État, à ne pas augmenter inconsidérément leurs budgets de fonctionnement. Réduire les subventions accordées ainsi aux sociétés sportives professionnelles aurait donc du sens, surtout dans une ville aussi endettée que Marseille, qui a bien du mal à investir dans la rénovation de ses écoles publiques.

Le stade Vélodrome un soir de match (source © La Provence)

Avec une dette supérieure à 1900 € par habitant, Marseille fait partie des villes les plus endettées de France. Le montant de ses remboursements annuels, qui devrait atteindre 200 millions d’euros en 2021, est le deuxième poste budgétaire de la Ville, juste derrière la gestion des établissements scolaires, ce qui obère grandement ses marges de manœuvre en matière d’investissement public, comme le reconnaissait bien volontiers l’ancien adjoint aux finances, Roland Blum à Marsactu en février dernier. Il rappelait à cette occasion que 150 millions d’euros avaient été empruntées par Marseille en 2012, pour préparer l’organisation de Marseille-Provence capitale de la culture 2013, mais aussi pour apporter la participation de la Ville aux travaux de rénovation du stade, et que le remboursement de cette somme arrive à échéance justement en 2021.

Benoît Payan lors du Conseil municipal du 27 juillet 2020 (source © Ville de Marseille)

Rien de surprenant donc, dans un tel contexte, que Benoît Payan, premier adjoint de la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, se soit exprimé lors du dernier Conseil municipal, le 27 juillet 2020, pour proposer que la Ville se dessaisisse du stade Vélodrome au profit soit de la SASP OM, soit de la Métropole Aix-Marseille-Provence. La logique voudrait en effet que le club professionnel et son actionnaire Frank Mc Court, qui lorgne par ailleurs, selon Made in Marseille, sur la reprise à son profit de la délégation de service publique du parc Chanot, se porte acquéreur de cette infrastructure dont il est déjà l’exploitant exclusif. Dès 2021, lorsque l’accord commercial signé avec AREMA arrivera à terme, la Ville compte bien renégocier à la hausse le montant du loyer annuel versé par le Club en incitant ce dernier à devenir à terme propriétaire du stade, ce qui allégerait considérablement la charge financière pesant sur les comptes de la Ville.

Martine Vassal, présidente reconduite à la tête de la Métropole, future propriétaire du stade ? (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

A défaut, Benoît Payan verrait bien la Métropole se porter acquéreur d’un stade auquel Martine Vassal a encore exprimé en octobre dernier tout son attachement sentimental, expliquant dans un communiqué officiel à l’occasion du départ du dernier Marseille-Cassis : « le Stade Vélodrome fait partie à part entière de notre patrimoine. Il n’est donc pas question de le vendre au tout venant et je suis scandalisée que l’on puisse dire que la Ville va vendre le stade ».

La Métropole bien entendu n’est pas le « tout-venant » et il serait en effet cohérent que cette structure intercommunale qui gère déjà de nombreux équipements sportifs d’intérêt communautaire comme le stade de Miramas ou la piscine de Venelle étende sa compétence à la gestion du stade Vélodrome : quel autre infrastructure sportive locale possède en effet une attractivité et une renommée supérieure à celles de cette enceinte mythique qui fait vibrer le cœur des Provençaux bien au-delà des seuls habitants de Marseille ?

L. V.

La Villa Valmer fait des vagues…

2 août 2020

Destruction à l’explosif des vieux quartiers de Marseille en 1943 (photo © Wolfgang Vennemann / Archives fédérales allemandes / France Culture)

Le patrimoine architectural de Marseille n’est pas franchement exceptionnel par rapport à bien d’autres villes historiques pourtant fondées plus récemment. Les vestiges accumulés en 2600 ans et qui ont résisté à l’épreuve du temps ne sont pas si nombreux. Certes, les Allemands n’ont pas fait dans la dentelle durant l’occupation en détruisant à l’explosif, en février 1943, environ 1500 immeubles situés en contrebas du Panier, sur la rive nord du Vieux port, dans ce qui constitue le centre historique de la ville mais que les Nazis considéraient alors comme « la verrue de l’Europe ».

L’hôtel de Cabre, maison Renaissance, déplacée pour faciliter la reconstruction du quartier rasé en 1943 (source : Made in Marseille)

Deux bâtiments datant de la Renaissance, la « Maison diamantée » et l’Hôtel de Cabre, avaient alors miraculeusement échappé à la destruction. Ce dernier, dont la construction remonterait à 1535, a été carrément déplacé en bloc de 15 m et tourné de 90 degrés pour respecter les projets d’urbanisme lors de la reconstruction du quartier en 1954…

Mais leurs successeurs n’ont pas été beaucoup plus respectueux de l’Histoire en érigeant un Centre commercial en lieu et place des anciens quais du port phocéen. Ce quartier vétuste s’étendant en arrière du Palais de la Bourse avait commencé à être rasé dès 1912 et ressemblait à un immense terrain vague en 1953, lorsque Gaston Defferre décide d’y implanter des tours d’habitation, un immense parking souterrain et un centre commercial. Les excavations ont rapidement mis à jour les anciennes fortifications grecques du 6e siècle avant J.C., des enclos funéraires et un bateau romain en bon état de conservation. De quoi déclencher moult pétitions pour tenter de sauvegarder un tel héritage archéologique de premier plan. Mais il a fallu attendre un arrêté pris en octobre 1967 par André Malraux, alors ministre de la Culture, pour stopper enfin le chantier et essayer de conserver les éléments les plus significatifs.

Vue aérienne du chantier du Centre Bourse avec les vestiges des anciennes fortifications phocéennes et du port antique (archives DR / Made in Marseille)

Quant à Jean-Claude Gaudin, bien que professeur d’histoire de formation, on ne peut pas dire qu’il ait fait preuve de beaucoup d’égards pour le riche passé historique de la commune dont il a été maire pendant plus de 25 ans, n’hésitant pas à remblayer purement et simplement l’ancien oppidum celto-ligure de Verduron et à laisser les promoteurs immobiliers saccager l’ancienne carrière antique de la Corderie, ouverte au 5e siècle avant notre ère.

Vue de l’Hôtel-Dieu de Marseille transformé en hôtel 5 étoiles (source IHG)

On pourrait citer aussi l’Hôtel-Dieu de Marseille dont la construction a débuté en 1753 et qui fut ensuite réaménagé à partir de 1860 avant de devenir propriété de la Ville de Marseille en 2003. Cette dernière y fit quelques travaux de restauration mais préféra finalement livrer l’édifice, pourtant inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, au groupe hôtelier britannique Intercontinental Hotels group, dans le cadre d’un bail de 99 ans. Depuis 2013, l’ancien hôpital historique de la ville sert donc de lieu de villégiature pour touristes fortunés : un bel exemple de privatisation au profit des plus aisés d’un patrimoine historique pourtant en principe inaliénable et commun à tous.

Façade de la Villa Valmer (photo © Stéphane Stasi / L’hôtellerie restauration)

Et la municipalité compte bien poursuivre sur sa lancée en privatisant de la même manière la Villa Valmer. Construite en 1865 sur la corniche du Président JF Kennedy, cette demeure luxueuse de style Renaissance, dont le nom actuel est une déformation de son appellation initiale « Vague de mer », servait initialement de résidence d’été pour le fabricant d’huiles Charles Gounelle avant d’abriter jusqu’en 1967 l’École nationale de la marine marchande. Propriété de la Ville de Marseille, celle-ci y installe jusqu’en 2002 ses services de l’urbanisme avant de la louer à différentes organisations internationales.

Vue aérienne du site, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

En 2016, la ville lançait un appel à projet pour tenter de valoriser ce site exceptionnel constitué de la bastide originelle, d’un bâtiment moderne attenant et surtout d’une immense parc arboré surplombant la corniche et descendant jusqu’à la mer. En novembre 2017, La Provence révélait le projet retenu par la Ville à l’issue de cette mise en concurrence : un nouvel hôtel de grand luxe avec 31 chambres dont 26 situées dans l’ancienne bâtisse historique, mais aussi un immense bar, un restaurant gastronomique de 60 couverts, un spa en sous-sol, une piscine extérieure, un parking souterrain et, pourquoi se gêner, une plage privée aménagée dans la petite crique en contrebas, d’où les clients privilégiés pourront même embarquer pour une petite balade en mer

Ce projet d’hôtel 5 étoiles, porté par le promoteur Pierre Mozziconacci et le cabinet d’architecture 331 Corniche, soulève immédiatement de nombreuses interrogations de la part des riverains et du collectif Sentinelles qui avaient déjà lancé une pétition pour tenter de conserver le caractère public du jardin de la Villa Valmer et qui s’étranglent en découvrant ce projet de privatisation du littoral, à proximité, qui plus est, d’un jardin d’enfants. Hervé Menchon, alors conseiller municipal d’opposition écologiste dénonce à grands cris ce projet conçu en catimini, sans le moindre débat public, et qui va priver les Marseillais de l’accès à la partie haute du parc où les jeunes mariés ont pris l’habitude de venir se faire photographier tant la vue y est splendide.

Plan de masse du projet, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

Adopté en l’état par le Conseil municipal le 8 octobre 2018 malgré les protestations de l’opposition, le projet fait désormais l’objet d’un permis de construire signé le 25 juin 2019, trois jours avant le deuxième tour des élections municipales, alors même que le président du groupe socialiste de la Ville, Benoît Payan, avait déposé un recours contre le projet en mai 2019, devant le Tribunal administratif. Selon Marsactu, ce dernier se plaignait en effet d’avoir reçu une information insuffisante quant aux incidences financières du projet lors de son adoption en Conseil municipal. Le montant annuel du bail accordé par la Ville au promoteur s’élèverait en effet à 330 000 € par an, deux fois moins que ce que la Ville perçoit actuellement de la location des lieux à différentes organisations internationales, parmi lesquelles le Conseil mondial de l’Eau, l’Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel, l’Office de coopération économique pour la Méditerranée et l’Orient ou encore le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée, administré par la Banque mondiale, institutions qui ont désormais quitté les lieux pour la Tour La Marseillaise. Le bail prévoit bien une clause de rémunération complémentaire en fonction du chiffre d’affaire, mais conçue de telle manière qu’elle ne sera vraisemblablement pas activée.

Hervé Menchon, nouvel adjoint en charge de la mer et opposant au projet de privatisation de la Villa Valmer (source : DeboutMarseilleEcologisteCitoyenne2020)

Désormais, Benoît Payan, chef de file des opposants à ce projet de privatisation douteux, est devenu premier adjoint au maire de Marseille et Hervé Menchon est adjoint en charge de la mer, du littoral, de la biodiversité marine et des plages. De quoi reconsidérer quelque peu le projet, comme l’ont laissé entendre La Provence et Marsactu, même si la renégociation avec le promoteur ne s’annonce pas des plus aisées, maintenant que les accords ont été signés et le permis de construire accordé par l’ancienne municipalité. Encore un cadeau empoisonné que l’équipe de Jean-Claude Gaudin a laissé à ses successeurs…

L. V.

Carnoux : la mairie a fini par tomber…

27 juillet 2020

Un gros tas de gravats : voilà tout ce qui reste de la mairie de Carnoux… Déjà en septembre 2017, alors que les terrassements pour l’extension de l’hôtel de ville battaient leur plein, l’édifice paraissait bien menacé avec ses fondations totalement déchaussées et ses murs à moitié cassés surplombant l’abîme, à la verticale d’un trou béant. Une situation qui avait d’ailleurs vaguement inquiété le maître d’œuvre et avait incité ce dernier à réclamer des investigations géotechniques complémentaires en vue de vérifier la bonne stabilité de l’édifice, construit un peu à la va-vite dans l’euphorie qui avait suivi l’érection de la ville pionnière de Carnoux-en-Provence au rang de nouvelle commune de plein droit.

Un tas de gravats, voilà tout ce qu’il reste de l’ancienne mairie de Carnoux-en-Provence (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Un léger correctif qui venait à l’époque en complément de plusieurs autres et qui expliquait pourquoi le montant prévisionnel global du projet, chiffré initialement à 2,9 millions d’euros passait alors officiellement à 3,7 millions d’euros, alors même que le montant de l’opération était déjà à cette date en réalité de 5 millions d’euros comme le confirme sans la moindre ambiguïté le panneau légal d’information qui figure le long des palissades du chantier. C’est d’ailleurs bien sur cette base de 5 millions que le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône a accordé sa subvention de 2,2 millions d’euros.

Vue du panneau affichant les caractéristiques du projet, dont le coût est de 5 millions d’euros et précisant que le permis de démolir est accordé pour une surface de 31 m² (photo © CPC)

Il faut dire aussi que le maître d’ouvrage avait assez mal anticipé certains éléments du projet, oubliant notamment de tenir compte de la présence potentielle d’amiante dans les locaux de l’ancienne poste et des locaux associatifs situés à l’arrière de la mairie, ce qui avait considérablement retardé leur démolition, pourtant préalable à tout le reste de l’opération.

Depuis, les travaux ont bien avancé malgré quelques aléas de chantiers dont un incendie spectaculaire qui a bien failli faire partir tout l’édifice en fumée et obliger à tout recommencer à zéro, sans oublier la faillite de l’entreprise qui n’a pas survécu à un tel chantier et qu’il a fallu remplacer à la suite d’un nouvel appel d’offres. Des vicissitudes malheureusement fréquentes dans un projet public d’envergure qui est en gestation depuis des années et qui commence à être bien placé sur la liste des prétendants pour égaler le record du chantier le plus long de l’agglomération marseillaise, pour l’instant détenu haut la main par la L2…

La nouvelle mairie de Carnoux en cours de construction à côté de l’hôtellerie de la Crémaillère (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Sauf que l’on commence à s’interroger sur le caractère évolutif de ce projet. En janvier 2017, la revue officielle de la municipalité, dans son n°46 du Messager, qualifiait ce projet d’ « extension de la mairie et construction du Point accueil tourisme », une appellation qui figure sur tous les dossiers de consultation des entreprises et sur les demandes de permis de démolir et de construire. Le calendrier des travaux prévoyait alors quatre phases successives : après la démolition de l’ancienne poste devaient s’engager la construction du point accueil et celle de l’extension de la mairie, suivies, « d’avril à décembre 2018 », par « la réhabilitation de la mairie existante ». Il est alors bien précisé que cette dernière consistera en un « réaménagement des locaux actuels ». D’ailleurs, le permis de démolir accordé alors et toujours affiché le long du mail évoque une démolition sur une emprise de 31 m² qui correspond a priori à celle de l’ancienne poste et des anciens locaux du CCAS situés à l’arrière de la parcelle.

Il n’avait donc jamais été question jusque-là, dans les organes de communication officiels de la municipalité d’une démolition complète de l’ancienne mairie puisqu’il s’agissait de simplement de reconfigurer l’ancien bâtiment en le raccordant au nouveau. Mais manifestement le projet a encore évolué entre temps et il a finalement été décidé de raser complètement l’ancienne mairie pourtant solidement construite en béton armé il y a une petite cinquantaine d’années. C’est donc chose faite depuis cette semaine et il ne reste plus qu’un gros tas de gravats à la place de la mairie de Carnoux. Pour une simple reconfiguration de l’aménagement intérieur, telle que le prévoyait le projet, voilà qui est bien radical…

Chantier de démolition de l’ancienne mairie de Carnoux-en-Provence (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Une bonne manière de faire table rase du passé et d’incarner le renouveau architectural sinon politique de cette municipalité au pouvoir depuis si longtemps, Jean-Pierre Giorgi y étant élu sans discontinuer depuis 37 ans. On construisait jadis pour plusieurs générations, surtout pour les bâtiments publics sensés affirmer la continuité de l’administration. A l’heure où Carnoux s’enorgueillit de célébrer chaque année la semaine du développement durable, voilà un bien mauvais signal donné à ce souci de pérennité et d’économie de moyens en réduisant ainsi en miettes et à grands coups de pelle mécanique un bâtiment public qui, une fois réhabilité et réaménagé, devait s’intégrer dans un nouveau projet architectural précisément conçu dans ce but. Le maire connaît sans doute les raisons d’un tel revirement. Peut-être daignera-t-il un jour en faire part à ses concitoyens ?

L. V.

Marseille-Provence : un déni de démocratie

18 juillet 2020

Qui, en dehors de quelques élus locaux semi-professionnels, se souvient encore de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) ? Créée par arrêté préfectoral en juillet 2000, alors que la plupart des autres communautés urbaines françaises étaient en fonctionnement depuis les années 1960, celle-ci fut pourtant, avec un peu plus d’un million d’habitants, le troisième plus gros établissement public de coopération intercommunale.

Le territoire de l’ancienne Communauté urbaine MPM (source © AMP métropole)

Elle regroupait alors, autour de la ville de Marseille, 17 autres petites communes des environs, réparties entre l’Ouest (Marignane, Carry-le-Rouet, etc.) et l’Est marseillais (Cassis, Carnoux, La Ciotat, etc.). Les grandes villes voisines de l’agglomération marseillaise, telles Aubagne et Aix-en-Provence, avaient alors obstinément refusé d’adhérer à cette communauté urbaine au rabais, mise en place par Jean-Claude Gaudin, déjà maire de Marseille et qui présida cette structure intercommunale jusqu’en 2008.

A l’époque, les maires de toutes les communes voisines de Marseille, celui de Carnoux comme les autres, étaient furieusement opposés à cette association avec la ville centre. Roland Povinelli, alors sénateur-maire d’Allauch résumait assez bien le sentiment général en déclarant dans l’Express avec une forte dose de mauvaise foi : « On nous a forcés à entrer dans la communauté urbaine de Marseille en 2000. Depuis, c’est elle qui s’occupe des ordures ménagères et c’est une catastrophe: jamais ma commune n’a été aussi sale. Je suis obligé de payer du personnel pour recommencer le travail ! ».

Le socialiste Eugène Caselli, élu à la surprise générale président de MPM en 2008 (photo © Michel Gangne / AFP / 20 minutes)

En 2008, certains de ces maires limitrophes, dont Jean-Pierre Giorgi, pourtant incontestablement marqués à droite, exprimaient ainsi leur mécontentement en refusant de voter pour Renaud Muselier à qui Jean-Claude Gaudin proposait (mollement) de confier son fauteuil de président de MPM, préférant élire à sa place, le socialiste Eugène Caselli. Le début d’une ère particulièrement faste pour ces petites communes périphériques comme Carnoux qui dès lors ont pu puiser sans compter dans les caisses largement ouvertes de la Communauté urbaine, mais aussi du Département dirigé jusqu’en 2015 par Jean-Noël Guérini…

Guy Tessier, dernier président de Marseille Provence Métropole avant sa disparition fin 2015 (photo © CU MPM)

Le 31 décembre 2015, la Communauté urbaine MPM, alors dirigée par Guy Tessier, disparaissait officiellement au profit de la nouvelle Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps par la volonté de l’État contre l’avis unanime de la quasi totalité des élus locaux, accrochés comme des arapèdes à leurs compétences, dont celle liée à l’aménagement du territoire et à l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, qui leur donne tout pouvoir et permet un clientélisme débridé.

Mais pas question pour autant de laisser disparaître MPM. Après bien des tractations et de guerre lasse, l’État a dû se résoudre, comme à Paris et pour les mêmes raisons, de laisser perdurer les anciennes intercommunalités sous forme de « conseils de territoires ». Un non sens total qui rend la métropole partiellement impuissante mais permet aux élus locaux de garder un fort pouvoir de nuisance en continuant à pomper, pour le bénéfice de leurs petits projets locaux, les financements publics destinés à construire, aménager et équiper une aire métropolitaine cohérente et durable.

Les six conseils de territoire de la Métropole Aix-Marseille-Provence (source © AMP métropole)

La Communauté urbaine MPM s’est donc muée, sur le même périmètre et avec les mêmes élus, en Conseil de territoire Marseille-Provence, destiné officiellement à « animer », « coordonner » et « établir des diagnostics » en lien avec les compétences de la métropole telles que le développement économique, l’habitat, l’urbanisme, la propreté, l’eau, l’assainissement, les transports publics, etc. Les conseils de territoires se réunissent en principe avant chaque conseil métropolitain, continuent à gérer en direct certains équipements intercommunaux qui n’ont pas été transférés à la métropole (c’est le cas notamment de la piscine de Cassis) et ont même conservé un pouvoir d’attribution de marchés publics jusqu’à un certain seuil.

Logiquement, ces structures d’un autre âge, conservées uniquement pour faire accepter par les maires périphériques, la création de la métropole, auraient dû disparaître en 2020, lors du renouvellement des exécutifs municipaux, afin de permettre de passer à une véritable intercommunalité comme dans la plupart des autres grandes villes française, le modèle le plus accompli étant celui du Grand Lyon, érigé en collectivité territoriale à part entière et qui vient d’élire ses propres représentants au suffrage universel.

Certes, le nombre d’élus a été légèrement réduit en 2020, passant de 176 à 126. Pour autant, non seulement MPM n’a pas disparu, comme d’ailleurs les 5 autres conseils de territoires toujours en place, mais il est même question d’en renforcer les compétences en transférant celles de la métropole à ses structures croupions, histoire de bloquer de nouveau toute velléité de gérer les dossiers à l’échelle de l’aire métropolitaine. Un retour en arrière qui s’explique non seulement par l’égoïsme viscéral des communes périphériques à l’encontre de la ville centre, mais aussi par la nouvelle situation politique issue des dernières élections municipales.

La ville de Marseille ayant désormais une majorité de gauche et la métropole étant restée aux mains de la droite, la cohabitation en vue de préserver l’intérêt général du territoire aurait demandé de la part des élus locaux un minimum de bonne volonté et d’esprit de conciliation. Mais c’est manifestement trop leur demander. Après la Métropole AMP qui a reconduit à sa tête Martine Vassal pourtant sévèrement battue dans son fief marseillais, chacun des 6 conseils de territoire s’est choisi de nouveaux élus. Celui du Pays d’Aix a bien évidemment reconduit l’inamovible Maryse Joissains, pourtant condamnée à une peine d’inéligibilité mais toujours en attente du jugement en appel. Le pays salonais a reconduit le sortant LR Nicolas Isnard et celui de Martigues son ancien président communiste Gaby Charroux. François Bernardini est toujours à la tête d’Istres-Ouest Provence tandis que le pays d’Aubagne et de l’Étoile a (un peu) innové en confiant la tête de son conseil de territoire au maire de Cadolive, Serge Perrotino.

Roland Giberti élu à la tête du Conseil de territoire MPM le 15 juillet 2020 avec Jean-Pierre Giorgi masqué en arrière-plan, à gauche, pour une fois… (photo © J. J. / La Provence)

Ne restait plus qu’à choisir l’exécutif de Marseille-Provence, ce qui a été fait ce mercredi 15 juillet 2020. Bien entendu, pour le citoyen lambda, la logique aurait voulu que les représentants de la ville de Marseille qui regroupe à elle seule plus de 82 % des habitants du territoire, disposent d’une large majorité au sein de cette instance. Mais pas du tout…Sur les 126 représentants désignés par les communes pour siéger au Conseil de territoires Marseille-Provence, 102 sont pourtant issus de la ville centre. Mais la gauche marseillaise, bien que majoritaire dans son fief, se retrouve minoritaire au sein de Marseille-Provence.

De fait, c’est Roland Giberti, maire de Gémenos, une petite commune de 6 500 habitants, qui se retrouve à la tête de cette structure de plus d’un million d’habitants et c’est le maire de Carnoux (6 600 habitants), Jean-Pierre Giorgi qui en est désormais le premier vice-président !

Les 15 nouveaux vice-présidents du Conseil de territoire Marseille-Provence élus le 15 juillet 2020 autour de Martine Vassal (source © Made in Marseille)

Une situation assez inédite, sans aucun rapport, bien évidemment, avec ce qu’aurait donné une élection au suffrage direct. Les représentants de la nouvelle majorité marseillaise, dont le candidat écologiste Pierre Huguet a pourtant recueilli 50 voix lors du premier tour de scrutin, n’a pu ainsi obtenir aucun élu au sein de cette assemblée qui est pourtant supposée représenter un territoire où elle est numériquement majoritaire. Dépités, les élus de gauche ont fini par quitter la salle, incapables de peser, dans un mode électif aussi inique, sur un suffrage qui a donc conduit à élire 15 vice-présidents de droite et pas un seul de gauche. Le Conseil de territoire Marseille-Provence est donc désormais aux mains exclusives d’une poignée de maires de droite des petites communes périphériques et de quelques élus, de droite également, pourtant battus dans leur fief marseillais.

Roland Giberti aux côtés de Martine Vassal, candidat à la présidence de MPM le 15 juillet 2020 (photo © Georges Robert / La Provence)

Un signal très clair envoyé par la nouvelle président de la Métropole, Martine Vassal, qui était à la manœuvre, pour montrer que désormais l’intercommunalité servira d’abord et avant tout à renforcer les communes périphériques et à contrer la nouvelle majorité marseillaise issue des urnes. Les citoyens qui espéraient un sursaut démocratique et le développement d’une aire métropolitaine plus vivable attendront encore un peu…

L. V.

Agriculture urbaine à Marseille : menace ou renouveau ?

15 juillet 2020

Ce sera finalement l’une des premières décisions annoncée par la nouvelle maire écologiste de Marseille. Après avoir d’emblée enlevé les barrières de protection qui avaient transformé l’hôtel de ville de Marseille en véritable camp retranché pour protéger Jean-Claude Gaudin des manifestants venus troubler sa sieste, Michèle Rubirola laisse entendre que le projet du Boulevard urbain sud (BUS) pourrait avoir du plomb dans l’aile. C’est l’un de ses adjoint, Hervé Menchon, qui l’a annoncé dimanche 12 juillet 2020 au micro de France Bleu Provence, estimant inévitable l’abandon des tronçons encore non réalisés de ce projet pharaonique qui devait relier la L2 à la mer via 8 km de boulevard à 2 x 2 voies.

Boulevard urbain sud : un projet de rocade urbaine quelque peu anachronique (source © Métropole AMP / projet BUS)

Un projet qui bien entendu ne faisait pas l’unanimité alors que la priorité, dans ce site urbain déjà bien saturé est plutôt au développement des transports en commun et des modes de déplacements piétons et cyclistes. Ce vieux serpent de mer qui traînait dans les cartons depuis près d’un siècle et avait été remis au goût du jour avec l’arrivée de la Métropole, désormais compétente en matière de voirie, avait en effet pour objectif principal de faciliter la circulation des voitures en ville, ce qui est pour le moins anachronique…

Tracé du projet de Boulevard urbain sud (source © Made in Marseille)

Comme il fallait s’y attendre, ce projet avait d’emblée suscité une ferme opposition qui mettait aussi en avant les ravages écologiques que risquaient de causer les terrassements routiers dans un secteur déjà largement bétonné. L’association CanBUS (Collectif anti-nuisance) en particulier dénonce depuis 2015 les impacts du projet, générateur de pollution supplémentaire avec un trafic routier prévu de 40 000 véhicules/jour, accentuant encore davantage la pression urbaine vers le milieu naturel des calanques déjà sur fréquentées.

Ses militants insistaient surtout sur la destruction annoncée de 300 pins centenaires au niveau du parc du Roy d’Espagne ainsi que la disparition des deux tiers du jardin public de La Mathilde, seul poumon vert résiduel dans le quartier du Cabot. Mais ils mettaient aussi en avant le risque que faisait courir ce projet sur l’avenir des jardins familiaux Joseph Aiguier.

Vue des jardins de Mazargues, rue Joseph Aiguier, objet d’une pétition en 2016 (source © Mes Opinions)

Créés en 1905 grâce au leg d’un grand patron marseillais, paternaliste et catholique convaincu, ces jardins constituent un véritable havre de verdure entouré d’un mur et de grillage qui l’isole des immeubles avoisinants. Les médecins marseillais y envoyaient jadis certains patients tuberculeux pour une cure d’air pur au cœur de la métropole marseillaise polluée. Désormais aux mains de la Fédération nationale des jardins familiaux, reconnue d’utilité publique, ces 4 hectares de verdure se répartissent en 115 parcelles qui sont louées à l’année pour la modique somme de 200 €, permettant aux habitants du quartier de se transformer en jardinier du dimanche et de faire pousser, sans pesticide évidemment, salades et aubergines en plein centre ville…

L’un des usager des jardins Joseph Aiguier à Marseille (photo © Tony Selliez / Radio France)

Sauf que le futur Boulevard urbain sud doit passer en plein milieu de ce vestige d’une agriculture urbaine déjà quasiment réduite à l’état de vestige résiduel dans la cité phocéenne. Et ce n’est pas le seul terroir agricole qui est menacé par ce projet d’infrastructure urbaine. Le domaine des Charmerettes est également voué à disparaître, non pas du fait du tracé du futur boulevard urbain mais parce que situé à proximité et visé par un ambitieux projet immobilier de 80 logements, pour lequel une demande de permis de construire aurait déjà été déposé selon La Marseillaise.

Bastide des Charmerettes (source © Tourisme Marseille)

Situé sur le chemin de la colline de Saint-Joseph, cette ancienne bastide, entourée d’un vaste parc arboré de 3,5 hectares, est en fait une véritable enclave suisse en territoire provençal, vestige d’une époque révolue où Marseille se montrait accueillante envers nombre de familles suisses venues ici, dès le XVIIe siècle, pour des raisons économiques mais aussi parce que le protestantisme y était largement toléré. A la fin des années 1920, la communauté suisse à Marseille était encore relativement importante et deux familles suisses aisées ont donc acquis cette belle propriété pour y installer un foyer d’accueil pour certains de leurs compatriotes indigents.

Après d’âpres bagarres juridiques entre associations franco-suisses qui revendiquaient cet héritage, le domaine est quelque peu à l’abandon depuis 2012, date du départ des 18 dernières familles pensionnaires, selon Marsactu. Mais une partie des terres abrite une des dernières exploitations agricoles de Marseille, installée ici depuis 1935 et spécialisée dans le maraîchage. Une exploitation idéalement située en plein centre de la métropole marseillaise, à l’heure où chacun ne parle que de circuits courts pour redynamiser l’agriculture urbaine. Un slogan que Martine Vassal n’hésitait pas à faire afficher sur tous les murs de la ville pendant la récente campagne électorale, mais qui reste bien entendu très théorique face à un beau projet immobilier…

Le potager du domaine des Charmerettes (photo © Alain Golea / 4 Suisse)

Mais tout espoir n’est pas perdu et il n’est pas exclu que le changement d’exécutif à la ville de Marseille vienne redonner un nouvel élan à cette exploitation agricole désuète mais idéalement située en cœur de ville. D’autant que fleurissent en parallèle d’autres projets immobiliers qui annoncent vouloir intégrer un volet d’agriculture urbaine. C’est le cas notamment de la ZAC du Vallon Régny, opérée par SOLEAM et située également dans le 9ème arrondissement du Marseille non loin de là.

Selon TPBM, le groupement lauréat en juin 2019 de l’îlot phare de cette ZAC de 34 ha, constitué du promoteur Habside, de la foncière immo Mousquetaires, de l’agence Marciano architecture et du bureau d’études environnement ICHD, se propose en effet de réaliser un véritable projet innovant d’architecture urbaine avec aménagement agricole intégré. Dénommé Le Verger, le projet devrait consister en une tour de 10 étages avec 80 logements et 2 500 m² de commerces et bureaux, mais aussi 1 600 m² de serres de production maraîchère située en toiture et au pied des immeubles. Une grande halle de produits frais gérée par Intermarché permettra de déjeuner sur place avec les poissons et légumes produits sur place, tandis qu’un petit immeuble tertiaire, au nom évocateur de La Ruche, prolongera la vocation agro-écologique du site en accueillant des start-up de la filière agroalimentaire bio.

Maquette du futur Verger à la ZAC Vallon Régny (source © Tourisme Marseille)

Il est envisagé sur ce site la production de 10 tonnes de poisson par an et de 40 t de légumes, si l’on en croit l’appel à candidature que vient de lancer le groupement après 4 ans d’études, en vue de sélectionner un opérateur capable de gérer la future exploitation. De quoi relancer peut-être une véritable filière de production agricole urbaine de qualité, proche des consommateurs, respectueuse de l’environnement et avide de pédagogie en direction des riverains, dans une ville qui était totalement autosuffisante jusque dans les années 1950 : peut-être un renouveau en perspective ?

L. V.

Métropole : les élus locaux à la manœuvre…

11 juillet 2020

En démocratie comme dans le secteur ferroviaire, la prudence est de mise : comme pour les trains, une élection peut en cacher une autre… L’année 2020 n’aura pas fait exception à la règle avec cette série d’élections à la tête des intercommunalités qui vient de se dérouler en toute discrétion, quelques jours après le deuxième tour des municipales. Déjà que ces dernières n’avaient pas rencontré un grand succès en termes de participation citoyenne avec un taux d’abstention jamais rencontré, au premier comme au deuxième tour… Et pourtant, l’élection du maire et de son conseil municipal constituent l’un des moments forts de la démocratie à la française, les citoyens restant très attachés à la figure tutélaire du Maire comme à celle du Président de la République.

Mais on ne peut guère en dire autant de l’intercommunalité qui, bien que trustant désormais la quasi totalité des compétences liées à la démocratie de proximité, reste le parent pauvre de la démocratie locale. Le fait est que, malgré le système de fléchage mis en place pour la désignation des élus communautaires, l’élection ne se fait pas au scrutin direct. Le citoyen est donc largement tenu à l’écart des tractations qui aboutissent à l’élection du Président et des Vice-Présidents des quelques 1258 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre qui se partagent désormais entre métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes. De quoi laisser la voie libre à bien des arrangements entre élus locaux qui ne vont pas toujours dans le sens de l’intérêt public du territoire…

Martine Vassal réélue à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Trois exemples pour l’illustrer…

Dans la métropole Aix-Marseille-Provence tout d’abord où Martine Vassal vient d’être réélue Présidente dès le premier tour de scrutin le jeudi 9 juillet 2020, alors même qu’elle avait perdu son pari de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille et qu’elle avait été très sévèrement battue par une quasi inconnue dans son fief pourtant acquis de longue date à la droite. Certes la droite était largement majoritaire dans ce nouveau conseil métropolitain issu des élections municipales du 15 mars et du 28 juin 2020, avec, selon les analystes, 109 élus classés à droite et seulement 90 se revendiquant de gauche, les autres étant considérés comme sans étiquette, centriste ou En Marche, sans compter les 8 élus du Rassemblement national marseillais.

Mais la surprise a été néanmoins de constater que Martine Vassal a été réélue avec pas moins de 145 voix tandis que le candidat de la gauche, le maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, qui présentait un véritable projet métropolitain, ne recueillait que 61 voix sur son nom. Le maire LREM de la Roque d’Anthéron, Jean-Pierre Serrus, fortement impliqué jusque là dans le schéma de développement des mobilité sur l’espace métropolitain, était lui aussi balayé avec seulement 22 suffrages en sa faveur. Le RN Stéphane Ravier pouvait quant à lui se consoler de recueillir deux voix de plus que ce que lui promettait son propre camp…

Répartition des élus communautaires à la métropole Aix-Marseille-Provence (source © France 3)

Cette élection n’a guère été relayée par les médias malgré l’enjeu colossal que représente le fonctionnement de la Métropole avec son budget annuel de 4,8 milliards d’euros, ses 7 500 agents territoriaux et surtout l’étendue des compétences qu’elle détient. En toute discrétion, puisque le vote s’est fait à bulletin secret, la plupart des représentants, dont près de la moitié sont les maires des 92 communes du territoire métropolitain (78 d’entre eux étant l’unique représentant de leur commune, comme c’est le cas à Carnoux par exemple) ont donc choisi de reconduire Martine Vassal qui présente l’immense avantage à leurs yeux de détenir à la fois le carnet de chèque du Département et de la Métropole…

Les maires du groupe EPIC au conseil métropolitain, dont Jean-Pierre Giorgi, soutiens inconditionnels de Martine Vassal (photo © EPIC Métropole Facebook / GoMet)

En d’autres termes, pour l’ensemble des élus locaux du territoire, la Métropole n’est donc pas un outil d’intégration et de mise en cohérence des politiques publiques à l’échelle du territoire métropolitain mais simplement un guichet unique technique et financier qui leur permet d’assouvir leurs propres ambitions locales. Comme le regrette Jacques Boulesteix, ancien Président du Conseil de Développement de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et désormais élus d’opposition à Carnoux, dans une tribune publiée notamment sur GoMet et sur le site Carnoux Citoyenne, « la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général »…

L’opinion publique, à l’occasion de ces élections municipale a montré qu’elle était fortement réceptive aux enjeux environnementaux et aux questions de mobilité urbaine, de l’aménagement du territoire, du maillage des services publics ou encore de la gestion durable des ressources en eau, qui tous figurent au cœur des compétences métropolitaines. A Marseille, qui regroupe à elle-seule près de la moitié des habitants du territoire métropolitain, ces récentes élections municipales ont été marquées par une très nette volonté de changement avec l’émergence d’un mouvement écologiste et citoyen désormais aux commandes de l’exécutif communal. Mais les élus métropolitains ont fait la sourde oreille à cette volonté d’inflexion des politiques publiques et ont préféré reconduire Martine Vassal massivement soutenue par les maires des communes périphériques qui se partagent donc les vice-présidences en attendant de se partager les subventions…La rénovation des écoles et du centre-ville dégradé de Marseille ainsi que le développement des transports publics métropolitaines attendront encore un peu !

Patrick Ollier, réélu président de la métropole du Grand Paris le 9 juillet 2020. (photo ©Twitter / GrandParisMGP / Actu.fr)

A Paris, le paysage n’est finalement pas si différent avec, là aussi des arrangements entre élus qui ne se préoccupent guère ni du résultat des élections municipales ni forcément du développement du territoire métropolitain. Comme à Marseille, la part des investissements véritablement communautaires reste marginale dans le fonctionnement de la Métropole qui reste d’abord et avant tout un outil de redistribution de l’argent public en direction des communes. A Paris comme à Marseille, la droite est largement majoritaire au sein du conseil communautaire bien que la ville centre soit également aux mains d’une coalition de gauche dirigée par Anne Hidalgo.

Assurée de sa victoire, la droite s’était payée le luxe de procéder à une primaire pour se choisir son champion, en la personne de Vincent Jeanbrun, un maire du Val-de-Marne très proche de Valérie Pécresse dont l’objectif avoué est de faire disparaître la Métropole qui fait de l’ombre à la région Ile-de-France. Sévèrement battu à la primaire, Patrick Ollier a néanmoins été reconduit à la présidence de la Métropole du Grand Paris alors qu’il ne s’était même pas présenté au premier tour de scrutin. Une élection surprise qui n’aurait bien évidemment pas été imaginable si le scrutin avait eu lieu dans le cadre d’un suffrage direct…

Cécile Helle, maire d’Avignon mais pas du Grand Avignon… (source © Ville d’Avignon)

Et on pourrait multiplier ainsi les exemples de ces exécutifs communautaires issus de tractations entre élus locaux au mépris total de la volonté initiale des électeurs et dans lesquels jouent surtout des règlements de comptes entre barons locaux et des rivalités entre communes voisines pour la répartition des subventions publiques.

Citons ainsi le cas de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon. Bien que largement réélue à la tête d’Avignon, la socialiste Cécile Helle a échoué pour la deuxième fois à prendre la tête de l’intercommunalité qui échoit au maire de Vedène, élu avec l’appui des voix du Rassemblement national. Un schéma que l’on retrouve dans bien d’autres intercommunalités où les maires des communes périphériques ont tendance à s’allier contre la candidature du représentant de la ville centre, histoire de se partager le fromage des subventions communautaires. La défense de l’intérêt général ne peut pas tout régir…

L. V.