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Qui veut acheter le stade Vélodrome ?

6 août 2020

Certes, il ne s’appelle plus officiellement Vélodrome mais Orange, du nom d’une société privée de télécommunication qui verse pour cela la modique somme de 2,8 millions d’euros par an à une autre société privée, AREMA, filiale du groupe Bouygues Construction, lequel a aussi bénéficié des droits à construire pour édifier tout un nouveau quartier à proximité du stade historique. Rappelons que cette société AREMA a été créée de toutes pièces, en partenariat avec deux établissements financiers, pour porter le projet de reconfiguration du stade en vue de l’Euro 2016, dans le cadre d’un partenariat public-privé conclu en 2010 pour une durée de 35 ans, et se charger ensuite d’en assurer l’exploitation pendant une trentaine d’années.

Le stade Vélodrome dans sa configuration actuelle (photo © Shutterstock / Génération Voyage)

Une simple affaire de gros sous entre partenaires économiques donc, mais qui porte quand même sur la gestion d’un équipement public de premier plan, cher au cœur de bien des Provençaux, et qui est toujours officiellement la propriété de la Ville de Marseille. Un droit de propriété qui se résume en réalité à la signature de très gros chèques, au nom du contribuable marseillais.

Jean-Claude Gaudin aux côtés du président de l’OM Frank Mc Court (photo © B. Langlois / AFP / 20 minutes)

La Chambre régionale des comptes (CRC) dénonce depuis des années ce scandale permanent que représente le montant colossal versé chaque année par la Ville de Marseille sous forme de subventions déguisées à une autre société privée, au capital de 116 millions d’euros, en l’occurrence la Société anonyme sportive professionnelle Olympique de Marseille, dont l’actionnaire majoritaire est, depuis 2016, l’Américain Frank Mc Court.

La rénovation du stade en vue de l’Euro 2016 avait particulièrement attiré l’attention. Le montant de l’investissement réalisé, 267 millions d’euros, était l’un des plus élevés de tous les chantiers engagés à cette occasion avec un coût de plus de 4000 € la place, quatre fois plus que pour la rénovation du stade de Toulouse et deux fois plus que pour celui de Bordeaux, pourtant reconstruit à neuf.

Mais c’est surtout le montage financier retenu par la Ville de Marseille qui laissait baba : Les deux-tiers de l’investissement initial ont été apportés par des fonds publics de l’État, de la Région, du Département, de la Communauté urbaine et de la Ville de Marseille (qui a contribué à elle seule à hauteur de 44,7 millions), la société AREMA / Bouygues se contentant de mettre 100 millions d’euros au pot tout en bénéficiant du marché de travaux. En remerciement de cet apport, la Ville de Marseille s’engageait à verser chaque année à AREMA pendant 31 ans la modique somme annuelle de 12,6 millions d’euros par an pour couvrir les frais d’exploitation, soit un joli pactole de près de 400 millions d’euros au final. A l’époque, la CRC avait calculé que la Ville aurait pu économiser au bas mot 93 millions d’euros en se chargeant elle-même de la maîtrise d’ouvrage des travaux de rénovation du stade plutôt que de la confier au privé !

Un montage d’autant plus étonnant que la société privée SASP OM qui est la principale bénéficiaire de cette infrastructure sportive exceptionnelle, ne paye presque rien. Jusqu’en 2011, elle ne versait qu’un modeste loyer de 50 000 € par an à la Ville de Marseille pour l’utilisation quasi exclusive du stade. En 2014, pour obéir aux injonctions plus qu’insistantes de la CRC, la Ville avait fini par augmenter le loyer annuel à 4 millions d’euros. Enfin, en décembre 2018, dans le cadre d’un nouvel accord passé entre la SASP OM et AREMA, le club a accepté de porter ce loyer annuel à 5,5 millions d’euros moyennant la gestion exclusive du stade à son seul bénéfice.

Déjà en 2014, une mission sénatoriale conseillait à la Ville de Marseille de se montrer plus vigilante sur la gestion du stade Vélodrome et encourageait son transfert au club de l’OM qui, en tant qu’exploitant exclusif, devrait en toute logique être chargé de son entretien et en devenir le propriétaire à terme, comme c’est le cas pour la plupart des clubs sportifs professionnels de ce niveau et de cette envergure financière. Une orientation d’autant plus logique que les collectivités territoriales sont incitées, via les engagements pris auprès de l’État, à ne pas augmenter inconsidérément leurs budgets de fonctionnement. Réduire les subventions accordées ainsi aux sociétés sportives professionnelles aurait donc du sens, surtout dans une ville aussi endettée que Marseille, qui a bien du mal à investir dans la rénovation de ses écoles publiques.

Le stade Vélodrome un soir de match (source © La Provence)

Avec une dette supérieure à 1900 € par habitant, Marseille fait partie des villes les plus endettées de France. Le montant de ses remboursements annuels, qui devrait atteindre 200 millions d’euros en 2021, est le deuxième poste budgétaire de la Ville, juste derrière la gestion des établissements scolaires, ce qui obère grandement ses marges de manœuvre en matière d’investissement public, comme le reconnaissait bien volontiers l’ancien adjoint aux finances, Roland Blum à Marsactu en février dernier. Il rappelait à cette occasion que 150 millions d’euros avaient été empruntées par Marseille en 2012, pour préparer l’organisation de Marseille-Provence capitale de la culture 2013, mais aussi pour apporter la participation de la Ville aux travaux de rénovation du stade, et que le remboursement de cette somme arrive à échéance justement en 2021.

Benoît Payan lors du Conseil municipal du 27 juillet 2020 (source © Ville de Marseille)

Rien de surprenant donc, dans un tel contexte, que Benoît Payan, premier adjoint de la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, se soit exprimé lors du dernier Conseil municipal, le 27 juillet 2020, pour proposer que la Ville se dessaisisse du stade Vélodrome au profit soit de la SASP OM, soit de la Métropole Aix-Marseille-Provence. La logique voudrait en effet que le club professionnel et son actionnaire Frank Mc Court, qui lorgne par ailleurs, selon Made in Marseille, sur la reprise à son profit de la délégation de service publique du parc Chanot, se porte acquéreur de cette infrastructure dont il est déjà l’exploitant exclusif. Dès 2021, lorsque l’accord commercial signé avec AREMA arrivera à terme, la Ville compte bien renégocier à la hausse le montant du loyer annuel versé par le Club en incitant ce dernier à devenir à terme propriétaire du stade, ce qui allégerait considérablement la charge financière pesant sur les comptes de la Ville.

Martine Vassal, présidente reconduite à la tête de la Métropole, future propriétaire du stade ? (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

A défaut, Benoît Payan verrait bien la Métropole se porter acquéreur d’un stade auquel Martine Vassal a encore exprimé en octobre dernier tout son attachement sentimental, expliquant dans un communiqué officiel à l’occasion du départ du dernier Marseille-Cassis : « le Stade Vélodrome fait partie à part entière de notre patrimoine. Il n’est donc pas question de le vendre au tout venant et je suis scandalisée que l’on puisse dire que la Ville va vendre le stade ».

La Métropole bien entendu n’est pas le « tout-venant » et il serait en effet cohérent que cette structure intercommunale qui gère déjà de nombreux équipements sportifs d’intérêt communautaire comme le stade de Miramas ou la piscine de Venelle étende sa compétence à la gestion du stade Vélodrome : quel autre infrastructure sportive locale possède en effet une attractivité et une renommée supérieure à celles de cette enceinte mythique qui fait vibrer le cœur des Provençaux bien au-delà des seuls habitants de Marseille ?

L. V.

La Villa Valmer fait des vagues…

2 août 2020

Destruction à l’explosif des vieux quartiers de Marseille en 1943 (photo © Wolfgang Vennemann / Archives fédérales allemandes / France Culture)

Le patrimoine architectural de Marseille n’est pas franchement exceptionnel par rapport à bien d’autres villes historiques pourtant fondées plus récemment. Les vestiges accumulés en 2600 ans et qui ont résisté à l’épreuve du temps ne sont pas si nombreux. Certes, les Allemands n’ont pas fait dans la dentelle durant l’occupation en détruisant à l’explosif, en février 1943, environ 1500 immeubles situés en contrebas du Panier, sur la rive nord du Vieux port, dans ce qui constitue le centre historique de la ville mais que les Nazis considéraient alors comme « la verrue de l’Europe ».

L’hôtel de Cabre, maison Renaissance, déplacée pour faciliter la reconstruction du quartier rasé en 1943 (source : Made in Marseille)

Deux bâtiments datant de la Renaissance, la « Maison diamantée » et l’Hôtel de Cabre, avaient alors miraculeusement échappé à la destruction. Ce dernier, dont la construction remonterait à 1535, a été carrément déplacé en bloc de 15 m et tourné de 90 degrés pour respecter les projets d’urbanisme lors de la reconstruction du quartier en 1954…

Mais leurs successeurs n’ont pas été beaucoup plus respectueux de l’Histoire en érigeant un Centre commercial en lieu et place des anciens quais du port phocéen. Ce quartier vétuste s’étendant en arrière du Palais de la Bourse avait commencé à être rasé dès 1912 et ressemblait à un immense terrain vague en 1953, lorsque Gaston Defferre décide d’y implanter des tours d’habitation, un immense parking souterrain et un centre commercial. Les excavations ont rapidement mis à jour les anciennes fortifications grecques du 6e siècle avant J.C., des enclos funéraires et un bateau romain en bon état de conservation. De quoi déclencher moult pétitions pour tenter de sauvegarder un tel héritage archéologique de premier plan. Mais il a fallu attendre un arrêté pris en octobre 1967 par André Malraux, alors ministre de la Culture, pour stopper enfin le chantier et essayer de conserver les éléments les plus significatifs.

Vue aérienne du chantier du Centre Bourse avec les vestiges des anciennes fortifications phocéennes et du port antique (archives DR / Made in Marseille)

Quant à Jean-Claude Gaudin, bien que professeur d’histoire de formation, on ne peut pas dire qu’il ait fait preuve de beaucoup d’égards pour le riche passé historique de la commune dont il a été maire pendant plus de 25 ans, n’hésitant pas à remblayer purement et simplement l’ancien oppidum celto-ligure de Verduron et à laisser les promoteurs immobiliers saccager l’ancienne carrière antique de la Corderie, ouverte au 5e siècle avant notre ère.

Vue de l’Hôtel-Dieu de Marseille transformé en hôtel 5 étoiles (source IHG)

On pourrait citer aussi l’Hôtel-Dieu de Marseille dont la construction a débuté en 1753 et qui fut ensuite réaménagé à partir de 1860 avant de devenir propriété de la Ville de Marseille en 2003. Cette dernière y fit quelques travaux de restauration mais préféra finalement livrer l’édifice, pourtant inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, au groupe hôtelier britannique Intercontinental Hotels group, dans le cadre d’un bail de 99 ans. Depuis 2013, l’ancien hôpital historique de la ville sert donc de lieu de villégiature pour touristes fortunés : un bel exemple de privatisation au profit des plus aisés d’un patrimoine historique pourtant en principe inaliénable et commun à tous.

Façade de la Villa Valmer (photo © Stéphane Stasi / L’hôtellerie restauration)

Et la municipalité compte bien poursuivre sur sa lancée en privatisant de la même manière la Villa Valmer. Construite en 1865 sur la corniche du Président JF Kennedy, cette demeure luxueuse de style Renaissance, dont le nom actuel est une déformation de son appellation initiale « Vague de mer », servait initialement de résidence d’été pour le fabricant d’huiles Charles Gounelle avant d’abriter jusqu’en 1967 l’École nationale de la marine marchande. Propriété de la Ville de Marseille, celle-ci y installe jusqu’en 2002 ses services de l’urbanisme avant de la louer à différentes organisations internationales.

Vue aérienne du site, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

En 2016, la ville lançait un appel à projet pour tenter de valoriser ce site exceptionnel constitué de la bastide originelle, d’un bâtiment moderne attenant et surtout d’une immense parc arboré surplombant la corniche et descendant jusqu’à la mer. En novembre 2017, La Provence révélait le projet retenu par la Ville à l’issue de cette mise en concurrence : un nouvel hôtel de grand luxe avec 31 chambres dont 26 situées dans l’ancienne bâtisse historique, mais aussi un immense bar, un restaurant gastronomique de 60 couverts, un spa en sous-sol, une piscine extérieure, un parking souterrain et, pourquoi se gêner, une plage privée aménagée dans la petite crique en contrebas, d’où les clients privilégiés pourront même embarquer pour une petite balade en mer

Ce projet d’hôtel 5 étoiles, porté par le promoteur Pierre Mozziconacci et le cabinet d’architecture 331 Corniche, soulève immédiatement de nombreuses interrogations de la part des riverains et du collectif Sentinelles qui avaient déjà lancé une pétition pour tenter de conserver le caractère public du jardin de la Villa Valmer et qui s’étranglent en découvrant ce projet de privatisation du littoral, à proximité, qui plus est, d’un jardin d’enfants. Hervé Menchon, alors conseiller municipal d’opposition écologiste dénonce à grands cris ce projet conçu en catimini, sans le moindre débat public, et qui va priver les Marseillais de l’accès à la partie haute du parc où les jeunes mariés ont pris l’habitude de venir se faire photographier tant la vue y est splendide.

Plan de masse du projet, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

Adopté en l’état par le Conseil municipal le 8 octobre 2018 malgré les protestations de l’opposition, le projet fait désormais l’objet d’un permis de construire signé le 25 juin 2019, trois jours avant le deuxième tour des élections municipales, alors même que le président du groupe socialiste de la Ville, Benoît Payan, avait déposé un recours contre le projet en mai 2019, devant le Tribunal administratif. Selon Marsactu, ce dernier se plaignait en effet d’avoir reçu une information insuffisante quant aux incidences financières du projet lors de son adoption en Conseil municipal. Le montant annuel du bail accordé par la Ville au promoteur s’élèverait en effet à 330 000 € par an, deux fois moins que ce que la Ville perçoit actuellement de la location des lieux à différentes organisations internationales, parmi lesquelles le Conseil mondial de l’Eau, l’Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel, l’Office de coopération économique pour la Méditerranée et l’Orient ou encore le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée, administré par la Banque mondiale, institutions qui ont désormais quitté les lieux pour la Tour La Marseillaise. Le bail prévoit bien une clause de rémunération complémentaire en fonction du chiffre d’affaire, mais conçue de telle manière qu’elle ne sera vraisemblablement pas activée.

Hervé Menchon, nouvel adjoint en charge de la mer et opposant au projet de privatisation de la Villa Valmer (source : DeboutMarseilleEcologisteCitoyenne2020)

Désormais, Benoît Payan, chef de file des opposants à ce projet de privatisation douteux, est devenu premier adjoint au maire de Marseille et Hervé Menchon est adjoint en charge de la mer, du littoral, de la biodiversité marine et des plages. De quoi reconsidérer quelque peu le projet, comme l’ont laissé entendre La Provence et Marsactu, même si la renégociation avec le promoteur ne s’annonce pas des plus aisées, maintenant que les accords ont été signés et le permis de construire accordé par l’ancienne municipalité. Encore un cadeau empoisonné que l’équipe de Jean-Claude Gaudin a laissé à ses successeurs…

L. V.

Carnoux : la mairie a fini par tomber…

27 juillet 2020

Un gros tas de gravats : voilà tout ce qui reste de la mairie de Carnoux… Déjà en septembre 2017, alors que les terrassements pour l’extension de l’hôtel de ville battaient leur plein, l’édifice paraissait bien menacé avec ses fondations totalement déchaussées et ses murs à moitié cassés surplombant l’abîme, à la verticale d’un trou béant. Une situation qui avait d’ailleurs vaguement inquiété le maître d’œuvre et avait incité ce dernier à réclamer des investigations géotechniques complémentaires en vue de vérifier la bonne stabilité de l’édifice, construit un peu à la va-vite dans l’euphorie qui avait suivi l’érection de la ville pionnière de Carnoux-en-Provence au rang de nouvelle commune de plein droit.

Un tas de gravats, voilà tout ce qu’il reste de l’ancienne mairie de Carnoux-en-Provence (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Un léger correctif qui venait à l’époque en complément de plusieurs autres et qui expliquait pourquoi le montant prévisionnel global du projet, chiffré initialement à 2,9 millions d’euros passait alors officiellement à 3,7 millions d’euros, alors même que le montant de l’opération était déjà à cette date en réalité de 5 millions d’euros comme le confirme sans la moindre ambiguïté le panneau légal d’information qui figure le long des palissades du chantier. C’est d’ailleurs bien sur cette base de 5 millions que le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône a accordé sa subvention de 2,2 millions d’euros.

Vue du panneau affichant les caractéristiques du projet, dont le coût est de 5 millions d’euros et précisant que le permis de démolir est accordé pour une surface de 31 m² (photo © CPC)

Il faut dire aussi que le maître d’ouvrage avait assez mal anticipé certains éléments du projet, oubliant notamment de tenir compte de la présence potentielle d’amiante dans les locaux de l’ancienne poste et des locaux associatifs situés à l’arrière de la mairie, ce qui avait considérablement retardé leur démolition, pourtant préalable à tout le reste de l’opération.

Depuis, les travaux ont bien avancé malgré quelques aléas de chantiers dont un incendie spectaculaire qui a bien failli faire partir tout l’édifice en fumée et obliger à tout recommencer à zéro, sans oublier la faillite de l’entreprise qui n’a pas survécu à un tel chantier et qu’il a fallu remplacer à la suite d’un nouvel appel d’offres. Des vicissitudes malheureusement fréquentes dans un projet public d’envergure qui est en gestation depuis des années et qui commence à être bien placé sur la liste des prétendants pour égaler le record du chantier le plus long de l’agglomération marseillaise, pour l’instant détenu haut la main par la L2…

La nouvelle mairie de Carnoux en cours de construction à côté de l’hôtellerie de la Crémaillère (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Sauf que l’on commence à s’interroger sur le caractère évolutif de ce projet. En janvier 2017, la revue officielle de la municipalité, dans son n°46 du Messager, qualifiait ce projet d’ « extension de la mairie et construction du Point accueil tourisme », une appellation qui figure sur tous les dossiers de consultation des entreprises et sur les demandes de permis de démolir et de construire. Le calendrier des travaux prévoyait alors quatre phases successives : après la démolition de l’ancienne poste devaient s’engager la construction du point accueil et celle de l’extension de la mairie, suivies, « d’avril à décembre 2018 », par « la réhabilitation de la mairie existante ». Il est alors bien précisé que cette dernière consistera en un « réaménagement des locaux actuels ». D’ailleurs, le permis de démolir accordé alors et toujours affiché le long du mail évoque une démolition sur une emprise de 31 m² qui correspond a priori à celle de l’ancienne poste et des anciens locaux du CCAS situés à l’arrière de la parcelle.

Il n’avait donc jamais été question jusque-là, dans les organes de communication officiels de la municipalité d’une démolition complète de l’ancienne mairie puisqu’il s’agissait de simplement de reconfigurer l’ancien bâtiment en le raccordant au nouveau. Mais manifestement le projet a encore évolué entre temps et il a finalement été décidé de raser complètement l’ancienne mairie pourtant solidement construite en béton armé il y a une petite cinquantaine d’années. C’est donc chose faite depuis cette semaine et il ne reste plus qu’un gros tas de gravats à la place de la mairie de Carnoux. Pour une simple reconfiguration de l’aménagement intérieur, telle que le prévoyait le projet, voilà qui est bien radical…

Chantier de démolition de l’ancienne mairie de Carnoux-en-Provence (photo © CPC – 26 juillet 2020)

Une bonne manière de faire table rase du passé et d’incarner le renouveau architectural sinon politique de cette municipalité au pouvoir depuis si longtemps, Jean-Pierre Giorgi y étant élu sans discontinuer depuis 37 ans. On construisait jadis pour plusieurs générations, surtout pour les bâtiments publics sensés affirmer la continuité de l’administration. A l’heure où Carnoux s’enorgueillit de célébrer chaque année la semaine du développement durable, voilà un bien mauvais signal donné à ce souci de pérennité et d’économie de moyens en réduisant ainsi en miettes et à grands coups de pelle mécanique un bâtiment public qui, une fois réhabilité et réaménagé, devait s’intégrer dans un nouveau projet architectural précisément conçu dans ce but. Le maire connaît sans doute les raisons d’un tel revirement. Peut-être daignera-t-il un jour en faire part à ses concitoyens ?

L. V.

Marseille-Provence : un déni de démocratie

18 juillet 2020

Qui, en dehors de quelques élus locaux semi-professionnels, se souvient encore de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) ? Créée par arrêté préfectoral en juillet 2000, alors que la plupart des autres communautés urbaines françaises étaient en fonctionnement depuis les années 1960, celle-ci fut pourtant, avec un peu plus d’un million d’habitants, le troisième plus gros établissement public de coopération intercommunale.

Le territoire de l’ancienne Communauté urbaine MPM (source © AMP métropole)

Elle regroupait alors, autour de la ville de Marseille, 17 autres petites communes des environs, réparties entre l’Ouest (Marignane, Carry-le-Rouet, etc.) et l’Est marseillais (Cassis, Carnoux, La Ciotat, etc.). Les grandes villes voisines de l’agglomération marseillaise, telles Aubagne et Aix-en-Provence, avaient alors obstinément refusé d’adhérer à cette communauté urbaine au rabais, mise en place par Jean-Claude Gaudin, déjà maire de Marseille et qui présida cette structure intercommunale jusqu’en 2008.

A l’époque, les maires de toutes les communes voisines de Marseille, celui de Carnoux comme les autres, étaient furieusement opposés à cette association avec la ville centre. Roland Povinelli, alors sénateur-maire d’Allauch résumait assez bien le sentiment général en déclarant dans l’Express avec une forte dose de mauvaise foi : « On nous a forcés à entrer dans la communauté urbaine de Marseille en 2000. Depuis, c’est elle qui s’occupe des ordures ménagères et c’est une catastrophe: jamais ma commune n’a été aussi sale. Je suis obligé de payer du personnel pour recommencer le travail ! ».

Le socialiste Eugène Caselli, élu à la surprise générale président de MPM en 2008 (photo © Michel Gangne / AFP / 20 minutes)

En 2008, certains de ces maires limitrophes, dont Jean-Pierre Giorgi, pourtant incontestablement marqués à droite, exprimaient ainsi leur mécontentement en refusant de voter pour Renaud Muselier à qui Jean-Claude Gaudin proposait (mollement) de confier son fauteuil de président de MPM, préférant élire à sa place, le socialiste Eugène Caselli. Le début d’une ère particulièrement faste pour ces petites communes périphériques comme Carnoux qui dès lors ont pu puiser sans compter dans les caisses largement ouvertes de la Communauté urbaine, mais aussi du Département dirigé jusqu’en 2015 par Jean-Noël Guérini…

Guy Tessier, dernier président de Marseille Provence Métropole avant sa disparition fin 2015 (photo © CU MPM)

Le 31 décembre 2015, la Communauté urbaine MPM, alors dirigée par Guy Tessier, disparaissait officiellement au profit de la nouvelle Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps par la volonté de l’État contre l’avis unanime de la quasi totalité des élus locaux, accrochés comme des arapèdes à leurs compétences, dont celle liée à l’aménagement du territoire et à l’élaboration des plans locaux d’urbanisme, qui leur donne tout pouvoir et permet un clientélisme débridé.

Mais pas question pour autant de laisser disparaître MPM. Après bien des tractations et de guerre lasse, l’État a dû se résoudre, comme à Paris et pour les mêmes raisons, de laisser perdurer les anciennes intercommunalités sous forme de « conseils de territoires ». Un non sens total qui rend la métropole partiellement impuissante mais permet aux élus locaux de garder un fort pouvoir de nuisance en continuant à pomper, pour le bénéfice de leurs petits projets locaux, les financements publics destinés à construire, aménager et équiper une aire métropolitaine cohérente et durable.

Les six conseils de territoire de la Métropole Aix-Marseille-Provence (source © AMP métropole)

La Communauté urbaine MPM s’est donc muée, sur le même périmètre et avec les mêmes élus, en Conseil de territoire Marseille-Provence, destiné officiellement à « animer », « coordonner » et « établir des diagnostics » en lien avec les compétences de la métropole telles que le développement économique, l’habitat, l’urbanisme, la propreté, l’eau, l’assainissement, les transports publics, etc. Les conseils de territoires se réunissent en principe avant chaque conseil métropolitain, continuent à gérer en direct certains équipements intercommunaux qui n’ont pas été transférés à la métropole (c’est le cas notamment de la piscine de Cassis) et ont même conservé un pouvoir d’attribution de marchés publics jusqu’à un certain seuil.

Logiquement, ces structures d’un autre âge, conservées uniquement pour faire accepter par les maires périphériques, la création de la métropole, auraient dû disparaître en 2020, lors du renouvellement des exécutifs municipaux, afin de permettre de passer à une véritable intercommunalité comme dans la plupart des autres grandes villes française, le modèle le plus accompli étant celui du Grand Lyon, érigé en collectivité territoriale à part entière et qui vient d’élire ses propres représentants au suffrage universel.

Certes, le nombre d’élus a été légèrement réduit en 2020, passant de 176 à 126. Pour autant, non seulement MPM n’a pas disparu, comme d’ailleurs les 5 autres conseils de territoires toujours en place, mais il est même question d’en renforcer les compétences en transférant celles de la métropole à ses structures croupions, histoire de bloquer de nouveau toute velléité de gérer les dossiers à l’échelle de l’aire métropolitaine. Un retour en arrière qui s’explique non seulement par l’égoïsme viscéral des communes périphériques à l’encontre de la ville centre, mais aussi par la nouvelle situation politique issue des dernières élections municipales.

La ville de Marseille ayant désormais une majorité de gauche et la métropole étant restée aux mains de la droite, la cohabitation en vue de préserver l’intérêt général du territoire aurait demandé de la part des élus locaux un minimum de bonne volonté et d’esprit de conciliation. Mais c’est manifestement trop leur demander. Après la Métropole AMP qui a reconduit à sa tête Martine Vassal pourtant sévèrement battue dans son fief marseillais, chacun des 6 conseils de territoire s’est choisi de nouveaux élus. Celui du Pays d’Aix a bien évidemment reconduit l’inamovible Maryse Joissains, pourtant condamnée à une peine d’inéligibilité mais toujours en attente du jugement en appel. Le pays salonais a reconduit le sortant LR Nicolas Isnard et celui de Martigues son ancien président communiste Gaby Charroux. François Bernardini est toujours à la tête d’Istres-Ouest Provence tandis que le pays d’Aubagne et de l’Étoile a (un peu) innové en confiant la tête de son conseil de territoire au maire de Cadolive, Serge Perrotino.

Roland Giberti élu à la tête du Conseil de territoire MPM le 15 juillet 2020 avec Jean-Pierre Giorgi masqué en arrière-plan, à gauche, pour une fois… (photo © J. J. / La Provence)

Ne restait plus qu’à choisir l’exécutif de Marseille-Provence, ce qui a été fait ce mercredi 15 juillet 2020. Bien entendu, pour le citoyen lambda, la logique aurait voulu que les représentants de la ville de Marseille qui regroupe à elle seule plus de 82 % des habitants du territoire, disposent d’une large majorité au sein de cette instance. Mais pas du tout…Sur les 126 représentants désignés par les communes pour siéger au Conseil de territoires Marseille-Provence, 102 sont pourtant issus de la ville centre. Mais la gauche marseillaise, bien que majoritaire dans son fief, se retrouve minoritaire au sein de Marseille-Provence.

De fait, c’est Roland Giberti, maire de Gémenos, une petite commune de 6 500 habitants, qui se retrouve à la tête de cette structure de plus d’un million d’habitants et c’est le maire de Carnoux (6 600 habitants), Jean-Pierre Giorgi qui en est désormais le premier vice-président !

Les 15 nouveaux vice-présidents du Conseil de territoire Marseille-Provence élus le 15 juillet 2020 autour de Martine Vassal (source © Made in Marseille)

Une situation assez inédite, sans aucun rapport, bien évidemment, avec ce qu’aurait donné une élection au suffrage direct. Les représentants de la nouvelle majorité marseillaise, dont le candidat écologiste Pierre Huguet a pourtant recueilli 50 voix lors du premier tour de scrutin, n’a pu ainsi obtenir aucun élu au sein de cette assemblée qui est pourtant supposée représenter un territoire où elle est numériquement majoritaire. Dépités, les élus de gauche ont fini par quitter la salle, incapables de peser, dans un mode électif aussi inique, sur un suffrage qui a donc conduit à élire 15 vice-présidents de droite et pas un seul de gauche. Le Conseil de territoire Marseille-Provence est donc désormais aux mains exclusives d’une poignée de maires de droite des petites communes périphériques et de quelques élus, de droite également, pourtant battus dans leur fief marseillais.

Roland Giberti aux côtés de Martine Vassal, candidat à la présidence de MPM le 15 juillet 2020 (photo © Georges Robert / La Provence)

Un signal très clair envoyé par la nouvelle président de la Métropole, Martine Vassal, qui était à la manœuvre, pour montrer que désormais l’intercommunalité servira d’abord et avant tout à renforcer les communes périphériques et à contrer la nouvelle majorité marseillaise issue des urnes. Les citoyens qui espéraient un sursaut démocratique et le développement d’une aire métropolitaine plus vivable attendront encore un peu…

L. V.

Agriculture urbaine à Marseille : menace ou renouveau ?

15 juillet 2020

Ce sera finalement l’une des premières décisions annoncée par la nouvelle maire écologiste de Marseille. Après avoir d’emblée enlevé les barrières de protection qui avaient transformé l’hôtel de ville de Marseille en véritable camp retranché pour protéger Jean-Claude Gaudin des manifestants venus troubler sa sieste, Michèle Rubirola laisse entendre que le projet du Boulevard urbain sud (BUS) pourrait avoir du plomb dans l’aile. C’est l’un de ses adjoint, Hervé Menchon, qui l’a annoncé dimanche 12 juillet 2020 au micro de France Bleu Provence, estimant inévitable l’abandon des tronçons encore non réalisés de ce projet pharaonique qui devait relier la L2 à la mer via 8 km de boulevard à 2 x 2 voies.

Boulevard urbain sud : un projet de rocade urbaine quelque peu anachronique (source © Métropole AMP / projet BUS)

Un projet qui bien entendu ne faisait pas l’unanimité alors que la priorité, dans ce site urbain déjà bien saturé est plutôt au développement des transports en commun et des modes de déplacements piétons et cyclistes. Ce vieux serpent de mer qui traînait dans les cartons depuis près d’un siècle et avait été remis au goût du jour avec l’arrivée de la Métropole, désormais compétente en matière de voirie, avait en effet pour objectif principal de faciliter la circulation des voitures en ville, ce qui est pour le moins anachronique…

Tracé du projet de Boulevard urbain sud (source © Made in Marseille)

Comme il fallait s’y attendre, ce projet avait d’emblée suscité une ferme opposition qui mettait aussi en avant les ravages écologiques que risquaient de causer les terrassements routiers dans un secteur déjà largement bétonné. L’association CanBUS (Collectif anti-nuisance) en particulier dénonce depuis 2015 les impacts du projet, générateur de pollution supplémentaire avec un trafic routier prévu de 40 000 véhicules/jour, accentuant encore davantage la pression urbaine vers le milieu naturel des calanques déjà sur fréquentées.

Ses militants insistaient surtout sur la destruction annoncée de 300 pins centenaires au niveau du parc du Roy d’Espagne ainsi que la disparition des deux tiers du jardin public de La Mathilde, seul poumon vert résiduel dans le quartier du Cabot. Mais ils mettaient aussi en avant le risque que faisait courir ce projet sur l’avenir des jardins familiaux Joseph Aiguier.

Vue des jardins de Mazargues, rue Joseph Aiguier, objet d’une pétition en 2016 (source © Mes Opinions)

Créés en 1905 grâce au leg d’un grand patron marseillais, paternaliste et catholique convaincu, ces jardins constituent un véritable havre de verdure entouré d’un mur et de grillage qui l’isole des immeubles avoisinants. Les médecins marseillais y envoyaient jadis certains patients tuberculeux pour une cure d’air pur au cœur de la métropole marseillaise polluée. Désormais aux mains de la Fédération nationale des jardins familiaux, reconnue d’utilité publique, ces 4 hectares de verdure se répartissent en 115 parcelles qui sont louées à l’année pour la modique somme de 200 €, permettant aux habitants du quartier de se transformer en jardinier du dimanche et de faire pousser, sans pesticide évidemment, salades et aubergines en plein centre ville…

L’un des usager des jardins Joseph Aiguier à Marseille (photo © Tony Selliez / Radio France)

Sauf que le futur Boulevard urbain sud doit passer en plein milieu de ce vestige d’une agriculture urbaine déjà quasiment réduite à l’état de vestige résiduel dans la cité phocéenne. Et ce n’est pas le seul terroir agricole qui est menacé par ce projet d’infrastructure urbaine. Le domaine des Charmerettes est également voué à disparaître, non pas du fait du tracé du futur boulevard urbain mais parce que situé à proximité et visé par un ambitieux projet immobilier de 80 logements, pour lequel une demande de permis de construire aurait déjà été déposé selon La Marseillaise.

Bastide des Charmerettes (source © Tourisme Marseille)

Situé sur le chemin de la colline de Saint-Joseph, cette ancienne bastide, entourée d’un vaste parc arboré de 3,5 hectares, est en fait une véritable enclave suisse en territoire provençal, vestige d’une époque révolue où Marseille se montrait accueillante envers nombre de familles suisses venues ici, dès le XVIIe siècle, pour des raisons économiques mais aussi parce que le protestantisme y était largement toléré. A la fin des années 1920, la communauté suisse à Marseille était encore relativement importante et deux familles suisses aisées ont donc acquis cette belle propriété pour y installer un foyer d’accueil pour certains de leurs compatriotes indigents.

Après d’âpres bagarres juridiques entre associations franco-suisses qui revendiquaient cet héritage, le domaine est quelque peu à l’abandon depuis 2012, date du départ des 18 dernières familles pensionnaires, selon Marsactu. Mais une partie des terres abrite une des dernières exploitations agricoles de Marseille, installée ici depuis 1935 et spécialisée dans le maraîchage. Une exploitation idéalement située en plein centre de la métropole marseillaise, à l’heure où chacun ne parle que de circuits courts pour redynamiser l’agriculture urbaine. Un slogan que Martine Vassal n’hésitait pas à faire afficher sur tous les murs de la ville pendant la récente campagne électorale, mais qui reste bien entendu très théorique face à un beau projet immobilier…

Le potager du domaine des Charmerettes (photo © Alain Golea / 4 Suisse)

Mais tout espoir n’est pas perdu et il n’est pas exclu que le changement d’exécutif à la ville de Marseille vienne redonner un nouvel élan à cette exploitation agricole désuète mais idéalement située en cœur de ville. D’autant que fleurissent en parallèle d’autres projets immobiliers qui annoncent vouloir intégrer un volet d’agriculture urbaine. C’est le cas notamment de la ZAC du Vallon Régny, opérée par SOLEAM et située également dans le 9ème arrondissement du Marseille non loin de là.

Selon TPBM, le groupement lauréat en juin 2019 de l’îlot phare de cette ZAC de 34 ha, constitué du promoteur Habside, de la foncière immo Mousquetaires, de l’agence Marciano architecture et du bureau d’études environnement ICHD, se propose en effet de réaliser un véritable projet innovant d’architecture urbaine avec aménagement agricole intégré. Dénommé Le Verger, le projet devrait consister en une tour de 10 étages avec 80 logements et 2 500 m² de commerces et bureaux, mais aussi 1 600 m² de serres de production maraîchère située en toiture et au pied des immeubles. Une grande halle de produits frais gérée par Intermarché permettra de déjeuner sur place avec les poissons et légumes produits sur place, tandis qu’un petit immeuble tertiaire, au nom évocateur de La Ruche, prolongera la vocation agro-écologique du site en accueillant des start-up de la filière agroalimentaire bio.

Maquette du futur Verger à la ZAC Vallon Régny (source © Tourisme Marseille)

Il est envisagé sur ce site la production de 10 tonnes de poisson par an et de 40 t de légumes, si l’on en croit l’appel à candidature que vient de lancer le groupement après 4 ans d’études, en vue de sélectionner un opérateur capable de gérer la future exploitation. De quoi relancer peut-être une véritable filière de production agricole urbaine de qualité, proche des consommateurs, respectueuse de l’environnement et avide de pédagogie en direction des riverains, dans une ville qui était totalement autosuffisante jusque dans les années 1950 : peut-être un renouveau en perspective ?

L. V.

Métropole : les élus locaux à la manœuvre…

11 juillet 2020

En démocratie comme dans le secteur ferroviaire, la prudence est de mise : comme pour les trains, une élection peut en cacher une autre… L’année 2020 n’aura pas fait exception à la règle avec cette série d’élections à la tête des intercommunalités qui vient de se dérouler en toute discrétion, quelques jours après le deuxième tour des municipales. Déjà que ces dernières n’avaient pas rencontré un grand succès en termes de participation citoyenne avec un taux d’abstention jamais rencontré, au premier comme au deuxième tour… Et pourtant, l’élection du maire et de son conseil municipal constituent l’un des moments forts de la démocratie à la française, les citoyens restant très attachés à la figure tutélaire du Maire comme à celle du Président de la République.

Mais on ne peut guère en dire autant de l’intercommunalité qui, bien que trustant désormais la quasi totalité des compétences liées à la démocratie de proximité, reste le parent pauvre de la démocratie locale. Le fait est que, malgré le système de fléchage mis en place pour la désignation des élus communautaires, l’élection ne se fait pas au scrutin direct. Le citoyen est donc largement tenu à l’écart des tractations qui aboutissent à l’élection du Président et des Vice-Présidents des quelques 1258 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre qui se partagent désormais entre métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes. De quoi laisser la voie libre à bien des arrangements entre élus locaux qui ne vont pas toujours dans le sens de l’intérêt public du territoire…

Martine Vassal réélue à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Trois exemples pour l’illustrer…

Dans la métropole Aix-Marseille-Provence tout d’abord où Martine Vassal vient d’être réélue Présidente dès le premier tour de scrutin le jeudi 9 juillet 2020, alors même qu’elle avait perdu son pari de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille et qu’elle avait été très sévèrement battue par une quasi inconnue dans son fief pourtant acquis de longue date à la droite. Certes la droite était largement majoritaire dans ce nouveau conseil métropolitain issu des élections municipales du 15 mars et du 28 juin 2020, avec, selon les analystes, 109 élus classés à droite et seulement 90 se revendiquant de gauche, les autres étant considérés comme sans étiquette, centriste ou En Marche, sans compter les 8 élus du Rassemblement national marseillais.

Mais la surprise a été néanmoins de constater que Martine Vassal a été réélue avec pas moins de 145 voix tandis que le candidat de la gauche, le maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, qui présentait un véritable projet métropolitain, ne recueillait que 61 voix sur son nom. Le maire LREM de la Roque d’Anthéron, Jean-Pierre Serrus, fortement impliqué jusque là dans le schéma de développement des mobilité sur l’espace métropolitain, était lui aussi balayé avec seulement 22 suffrages en sa faveur. Le RN Stéphane Ravier pouvait quant à lui se consoler de recueillir deux voix de plus que ce que lui promettait son propre camp…

Répartition des élus communautaires à la métropole Aix-Marseille-Provence (source © France 3)

Cette élection n’a guère été relayée par les médias malgré l’enjeu colossal que représente le fonctionnement de la Métropole avec son budget annuel de 4,8 milliards d’euros, ses 7 500 agents territoriaux et surtout l’étendue des compétences qu’elle détient. En toute discrétion, puisque le vote s’est fait à bulletin secret, la plupart des représentants, dont près de la moitié sont les maires des 92 communes du territoire métropolitain (78 d’entre eux étant l’unique représentant de leur commune, comme c’est le cas à Carnoux par exemple) ont donc choisi de reconduire Martine Vassal qui présente l’immense avantage à leurs yeux de détenir à la fois le carnet de chèque du Département et de la Métropole…

Les maires du groupe EPIC au conseil métropolitain, dont Jean-Pierre Giorgi, soutiens inconditionnels de Martine Vassal (photo © EPIC Métropole Facebook / GoMet)

En d’autres termes, pour l’ensemble des élus locaux du territoire, la Métropole n’est donc pas un outil d’intégration et de mise en cohérence des politiques publiques à l’échelle du territoire métropolitain mais simplement un guichet unique technique et financier qui leur permet d’assouvir leurs propres ambitions locales. Comme le regrette Jacques Boulesteix, ancien Président du Conseil de Développement de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et désormais élus d’opposition à Carnoux, dans une tribune publiée notamment sur GoMet et sur le site Carnoux Citoyenne, « la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général »…

L’opinion publique, à l’occasion de ces élections municipale a montré qu’elle était fortement réceptive aux enjeux environnementaux et aux questions de mobilité urbaine, de l’aménagement du territoire, du maillage des services publics ou encore de la gestion durable des ressources en eau, qui tous figurent au cœur des compétences métropolitaines. A Marseille, qui regroupe à elle-seule près de la moitié des habitants du territoire métropolitain, ces récentes élections municipales ont été marquées par une très nette volonté de changement avec l’émergence d’un mouvement écologiste et citoyen désormais aux commandes de l’exécutif communal. Mais les élus métropolitains ont fait la sourde oreille à cette volonté d’inflexion des politiques publiques et ont préféré reconduire Martine Vassal massivement soutenue par les maires des communes périphériques qui se partagent donc les vice-présidences en attendant de se partager les subventions…La rénovation des écoles et du centre-ville dégradé de Marseille ainsi que le développement des transports publics métropolitaines attendront encore un peu !

Patrick Ollier, réélu président de la métropole du Grand Paris le 9 juillet 2020. (photo ©Twitter / GrandParisMGP / Actu.fr)

A Paris, le paysage n’est finalement pas si différent avec, là aussi des arrangements entre élus qui ne se préoccupent guère ni du résultat des élections municipales ni forcément du développement du territoire métropolitain. Comme à Marseille, la part des investissements véritablement communautaires reste marginale dans le fonctionnement de la Métropole qui reste d’abord et avant tout un outil de redistribution de l’argent public en direction des communes. A Paris comme à Marseille, la droite est largement majoritaire au sein du conseil communautaire bien que la ville centre soit également aux mains d’une coalition de gauche dirigée par Anne Hidalgo.

Assurée de sa victoire, la droite s’était payée le luxe de procéder à une primaire pour se choisir son champion, en la personne de Vincent Jeanbrun, un maire du Val-de-Marne très proche de Valérie Pécresse dont l’objectif avoué est de faire disparaître la Métropole qui fait de l’ombre à la région Ile-de-France. Sévèrement battu à la primaire, Patrick Ollier a néanmoins été reconduit à la présidence de la Métropole du Grand Paris alors qu’il ne s’était même pas présenté au premier tour de scrutin. Une élection surprise qui n’aurait bien évidemment pas été imaginable si le scrutin avait eu lieu dans le cadre d’un suffrage direct…

Cécile Helle, maire d’Avignon mais pas du Grand Avignon… (source © Ville d’Avignon)

Et on pourrait multiplier ainsi les exemples de ces exécutifs communautaires issus de tractations entre élus locaux au mépris total de la volonté initiale des électeurs et dans lesquels jouent surtout des règlements de comptes entre barons locaux et des rivalités entre communes voisines pour la répartition des subventions publiques.

Citons ainsi le cas de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon. Bien que largement réélue à la tête d’Avignon, la socialiste Cécile Helle a échoué pour la deuxième fois à prendre la tête de l’intercommunalité qui échoit au maire de Vedène, élu avec l’appui des voix du Rassemblement national. Un schéma que l’on retrouve dans bien d’autres intercommunalités où les maires des communes périphériques ont tendance à s’allier contre la candidature du représentant de la ville centre, histoire de se partager le fromage des subventions communautaires. La défense de l’intérêt général ne peut pas tout régir…

L. V.

Une écologiste à Marseille, un sarkozyste à Matignon…

4 juillet 2020

A Marseille, il aura donc fallu attendre la troisième tour pour connaître enfin le nom du nouveau maire issu de ces élections municipales à suspens dont le scénario a tenu toute la France en haleine. Pourtant, tout ceci ne devait être qu’une formalité, une simple passation de témoin entre un Jean-Claude Gaudin vieillissant et à bout de souffle, et sa dauphine Martine Vassal à qui il avait déjà cédé les clés de la Métropole, après qu’elle eut pris la tête du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône.

Bruno Gilles (au centre), candidat dissident LR malgré l’investiture confiée à Martine Vassal avec la bénédiction de Jean-Claude Gaudin (photo © Les Républicains / France Bleu Provence)

Certes, son collègue LR Bruno Gilles, qui lui aussi avait été adoubé en son temps (comme tant d’autres) pour briguer la succession, ne voyait pas d’un très bon œil cette volonté de cumul poussée à l’extrême alors que les deux collectivités que Martine Vassal dirigeait représentaient déjà à elles deux 7 milliards de budget annuel et des dizaines de milliers de fonctionnaires territoriaux. Il avait donc décidé de présenter ses propres listes, mais cela n’empêchait pas Martine Vassal de caracoler en tête des sondages à la veille du premier tour, le 15 mars dernier.

La surprise a donc été grande de voir le Printemps marseillais virer en tête de ce premier tour, bâclé juste avant le confinement généralisé, et marqué par une abstention record. Les équipes de Martine Vassal avaient pourtant mis le paquet, ne lésinant pas sur le collage des affiches qui recouvraient les murs de toute la ville, ni même sur le recueil des procurations, allant jusqu’à innover dans les procédures de simplification administrative pour faire signer ces procurations sans passer par le commissariat ni même en avertir certains des bénéficiaires…

Bureau de vote rue Felix Pyat, attaqué par trois hommes armés lors du 1er tour des municipales 2020 (photo © Gilles Bader / La Provence)

Prises la main dans le sac, les équipes de Martine Vassal ont sans doute pâti de ces procédés d’un autre âge, d’autant que les élections elles-même ont été émaillées de nombreux incidents. Au point d’ailleurs que plusieurs recours ont été déposés à l’issue du deuxième tour, dans les 11e et 12e arrondissement où le maire LR sortant Julien Ravier est arrivé péniblement en tête après avoir été l’un des acteurs de cette opération de procurations extorquées en EHPAD, sans même en informer ceux dont l’identité avait été ainsi empruntée. Un recours a aussi été déposé par le Rassemblement national dans les 13e et 14e arrondissement où le général David Galtier a été élu d’extrême justesse alors que le second tour a été le théâtre de multiples incidents et provocations en tout genre, avec même un mystérieux minibus multipliant les allers-retours pour faire voter.

L’avenir dire si ces recours judiciaires viendront ou non modifier le résultat définitif de ces élections. Toujours est-il qu’à l’issue de ce deuxième tour, dimanche 28 juin, Marseille était la seule ville de France pour laquelle on était bien incapable d’identifier le nom du futur maire. Arrivée pourtant largement en tête avec près de 40 % des suffrages exprimées, la liste du Printemps marseillais conduite par l’écologiste Michèle Rubirola ne disposait que de 42 sièges sur 101, du fait d’un mode de scrutin par secteur particulièrement inique. Avec seulement 2,7 % des voix, Samia Ghali remportait quant à elle 8 sièges, presque autant que les 9 du Rassemblement national qui avait réussi à se maintenir dans tous les secteurs et frôlait la barre des 20 %.

Martine Vassal aux côtés de Guy Tessier annonçant qu’elle lui laisse la place pour briguer le fauteuil de maire de Marseille, le 2 juillet 2020 (photo © France télévision)

Quant à la droite des Républicains, elle disposait sur le papier de 39 sièges, plus les 3 remportés par les listes de Bruno Giilles. Les tractations ont donc été intenses toute cette semaine pour préparer ce premier conseil municipal qui s’est tenu ce matin, samedi 4 juillet en vue d’élire le maire. Pour mettre toutes ses chances de son côté, la droite avait fini par se résoudre à écarter Martine Vassal puisque Bruno Gilles a toujours affirmé qu’il ne soutiendrait pas sa candidature. Pour être sûre de l’emporter au bénéfice de l’âge en cas d’égalité des voix, elle avait choisi le doyen de l’assemblée, Guy Tessier, 75 ans, lequel était d’ailleurs prêt à accepter les voix du Rassemblement national dont il a toujours été assez proche, au point même que son colistier, Lionel Royer-Perreaut s’en était ému et avait menacé de présenter sa propre candidature avant de se rétracter le matin même…

Mais à gauche, les discussions entre le Printemps marseillais et Samia Ghali n’avaient pas réussi à aboutir, cette dernière réclamant ni plus ni moins que le poste de 1er adjoint pour se rallier. Elle a donc présenté sa candidature au premier tour de scrutin, tandis que, coup de théâtre, les 9 élus du Rassemblement national, refusaient de prendre part au vote et quittaient ostensiblement l’hémicycle. De quoi donner des sueurs froides aux organisateurs qui devaient du coup se prononcer sur le nombre de voix nécessaire pour obtenir la majorité absolue. Après discussion, il a été admis que la majorité était du coup réduite à 46 voix.

Michèle Rubirola (à droite) remercie Samia Ghali pour son soutien à son élection (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Le Parisien)

Le premier tour n’a pas permis de trancher, Michèle Rubirola remportant ses 42 voix attendues, Samia Ghali les 8 de son camp et Guy Tessier 41. Car bien entendu, une des élues s’est distinguée en s’abstenant : il s’agit de Lisette Narducci, pourtant élue sur la liste LR de Bruno Gilles. Mais elle fait partie de ces responsables politiques aux idées larges : ancienne socialiste, proche de Jean-Noël Guérini, elle avait retourné sa veste entre les deux tours des municipales de 2014 pour se rallier à Jean-Claude Gaudin et sauver ainsi sa mairie de secteur au prix d’un léger revirement idéologique…

Après plus de deux heures d’interruption de séance et d’intenses tractations en coulisse, Samia Ghali a finalement décidé de retirer sa candidature au profit de Michèle Rubirola qui a donc été élue maire de Marseille au second tour avec une majorité absolue de 51 voix, grâce à l’apport des colistiers de Samia Ghali et de Lisette Narducci qui a donc suivi le vent comme il se doit.

Le vieil homme et la maire… Jean-Claude Gaudin félicitant la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Pour la première fois de son histoire, Marseille se retrouve donc avec une femme à la tête de la municipalité, écologiste qui plus est, ce qui est un véritable séisme politique pour cette ville, depuis 25 ans aux mains de la droite. L’accouchement a été difficile et le suspens maintenu jusqu’au bout, mais la cité phocéenne s’inscrit pour une fois dans un mouvement de fond qui a touché plusieurs grandes villes française et montre un véritable intérêt des urbains pour ces questions de transition écologique et de participation citoyenne.

Jean Castex, nouveau premier ministre sarkozyste nommé par Emmanuel Macron (photo © Ludovic Marin / AFP / RTL)

Une évolution que ne semble pourtant pas avoir perçu le chef de l’État puisque Emmanuel Macron a choisi précisément ce moment pour annoncer la nomination d’un nouveau premier ministre en la personne de Jean Castex, un énarque marqué très à droite, membre de l’UMP puis de LR, ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand puis secrétaire général adjoint de l’Élysée auprès de Nicolas Sarkozy. Un tel choix à l’heure où la Convention citoyenne pour le climat vient de remettre ses conclusions et alors qu’une partie significative des Français vient de se choisir un maire écologiste ou proche de cette sensibilité laisse pantois et montre qu’il reste du chemin à parcourir pour que nos élites politiques prennent conscience des enjeux de société auxquels une part croissante des citoyens commencent à s’intéresser…

L. V.

Alteo : entre le marteau de la mondialisation et l’enclume de l’environnement

28 juin 2020

A Gardanne, l’usine de production d’alumine existe depuis 1894 et c’est là qu’a été utilisé pour la première fois au monde le procédé industriel mis au point en 1887 par le chimiste autrichien Bayer, lequel permet d’extraire de l’oxyde d’aluminium de la bauxite, alors produite localement dans le sud-est de la France. Ce procédé industriel qui utilise de grosses quantités de soude concentrée à haute température, n’est cependant pas sans impact sur l’environnement dans lequel sont rejetées les énormes quantités de résidus solides produits, les fameuses « boues rouges », riches en produits toxiques de toutes sortes.

Vue aérienne de l’usine Alteo à Gardanne :« une vieille dame usée et fatiguée » selon le professeur Henri Augier (source © La Provence)

Stockés initialement à terre dans de vastes bassins de décantation que la pluie continue de lessiver régulièrement tandis que le vent en disperse les particules fines et toxiques dans tout le voisinage, ces boues rouges ont été ensuite déversées directement en mer grâce à une immense conduite qui traverse tout Carnoux et s’écoule au large des calanques de Cassis.

Ancienne mine de Bauxite à Cabasse dans le Var (carte postale source © Genanet)

Rachetée à Péchiney par le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, l’usine est depuis 2012 aux mains d’un fonds d’investissement américain HIG Capital et a été depuis lors rebaptisée Alteo. Cette usine, plus que centenaire, reste un des fleurons mondiaux de la production d’alumines de spécialité, même si les raisons de son implantation initiale à Gardanne, au plus près des sites de production de lignite et de bauxite a perdu tout son sens, maintenant que toutes les activités minières locales ne sont plus qu’un vieux souvenir et que la totalité du minerai de bauxite arrive par bateau après avoir parcouru la moitié de la planète.

La production locale de ces alumines spéciales sert de réfractaire dans la sidérurgie et l’industrie automobile, mais entre aussi dans la fabrication de céramiques et de nombreux produits high tech comme des prothèses médicales, des écrans de smartphone et d’ordinateurs ou encore des batteries lithium-ions. Un marché florissant donc, avec plus de 630 clients répartis dans le monde entier, et une activité très rentable qui permet de faire vivre 480 salariés et de nombreux sous-traitants.

Usine Alteo à Gardanne sous son vernis habituel de dépôt rougeâtre (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Mais voilà que l’usine se trouve prise entre deux contraintes qui la fragilisent. D’un côté, les exigences environnementales s’accroissent. Après avoir fermé les yeux pendant plus d’un demi-siècle sur les rejets en mer de produits hautement toxiques, l’État a fini par admettre que cela faisait un peu tâche dans le tout nouveau Parc national des Calanques. Depuis début 2016, il a donc fallu qu’Alteo retraite un minimum ses effluents pour les débarrasser au moins de ses métaux lourds, tout en continuant à déverser au large de Cassis et à raison de 270 m³/heure, un liquide encore bien peu ragoûtant et qui dépasse allégrement les normes environnementales.

Alteo, qui revendique un chiffre d’affaire de 242 millions d’euros, affirme avoir investi 8 millions d’euros en 2018 pour tenter d’assainir quelque peu la nature de ses rejets dans le milieu naturel, un investissement d’ailleurs très largement subventionné notamment par l’Agence de l’Eau. Mais qui reste encore insuffisant puisque la date de mise en service de la station d’épuration destinée à traiter les effluents avant rejet en mer, fixée au 31 décembre 2019 par le Tribunal administratif n’a pas été respectée. Il avait donc fallu que le Préfet reporte une première fois jusqu’au 8 juin la date limite autorisée pour la mise en conformité de l’installation. Un report qui s’est avéré insuffisant et qu’il a fallu allonger encore jusqu’au 30 juin et désormais probablement jusqu’au 31 août..

Filtres presses installés sur le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (source © Atmosud PACA)

Car dans le même temps, le site de Gardanne est soumis aux aléas économiques de la mondialisation. En l’occurrence, cette pression n’a pas de rapport avec la crise sanitaire que le monde vient de connaître et avec le ralentissement économique qui s’en est ensuivi. Pour Alteo, les ennuis sont antérieurs et dateraient selon ses dirigeants, de l’année 2019. L’opacité qui règne traditionnellement dans le monde des affaires ne permet pas d’en savoir davantage, sinon qu’Alteo est en cessation de paiement depuis le 15 novembre 2019 et que la société a été mise en liquidation judiciaire fin 2019.

Une décision que beaucoup ont jugé très opportuniste puisque les dirigeants d’Alteo étaient alors engagés dans un bras de fer contre les services de l’État pour négocier des délais supplémentaires afin de respecter les exigences environnementales. Ceci, alors même que l’usine fait l’objet d’une information judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui, du fait des émanations toxiques de ses sites de stockage qui empoisonnent tout le voisinage.

Vue aérienne des bassin de stockage des boues rouges près de Gardanne (source © Analytika)

On le voit, dans ce dossier, concilier respect de l’environnement (mais aussi de la santé des populations) et compétitivité économique n’est pas des plus simples dans un système mondialisé où chacun joue sa partition selon ses propres intérêts à court terme. Curieusement pourtant, depuis qu’Alteo a réussi à obtenir les reports de délais qu’elle souhaitait pour différer ses investissements, les repreneurs se pressent pour racheter ce fleuron industriel dans un marché qui semble d’un seul coup être redevenu particulièrement fleurissant. Selon Le Monde, ce sont pas moins de 5 repreneurs potentiels qui sont en train de peaufiner leur offre qu’ils ont jusqu’au 24 juillet 2020 pour déposer.

Il n’en reste pas moins que même si l’avenir économique du site de production d’alumine de Gardanne semble plutôt serein malgré ce jeu de poker menteur auquel se livrent ses dirigeants pour faire monter les enchères, l’impact environnemental, lui, reste bien incertain. En supposant même que la fameuse station d’épuration, promise depuis des années, finisse par voir le jour cet été comme finalement annoncé, il restera à gérer la question du stockage des déchets solides actuellement entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri dont l’autorisation d’exploiter prend fin le 8 juin 2021. L’industriel prévoit d’agrandir considérablement l’emprise de ces bassins de stockage mais devra pour cela déposer un dossier de demande d’autorisation et bien entendu s’assurer que ces dépôts ne provoquent pas des dégâts environnementaux inacceptables.

Site de stockage de Mange-Garri (photo © AFP / La Croix)

Une opération à haut risque d’autant que l’extension envisagée nécessite ni plus ni moins qu’une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la Métropole Aix-Marseille-Provence : un sujet sensible, qu’Alteo ne veut surtout pas se risquer à porter dans le contexte actuel et qui annonce bien des débats en perspective au sein du prochain conseil métropolitain qui devrait se mettre en place début juillet, après le second tour des élections municipales. Il reviendra aux responsables politiques nouvellement élus de trouver à quel niveau placer le curseur entre protection de l’environnement local et compétitivité économique dans un système mondialisé : un beau cas d’école en perspective !

L. V.

Carnoux : ceci n’est pas une décharge !

21 juin 2020

Depuis maintenant 18 mois au moins, les habitants de Carnoux-en-Provence ont constaté la présence sur le territoire communal d’un énorme tas de gravats, qui plus est sur une parcelle communale, située au cœur même de l’arboretum.

Contrairement aux apparences, ceci n’est pas une décharge… (photo © CPC)

Certes, ce dernier n’est pas le havre de verdure arborée qu’imaginait le Lions Club lors de son aménagement, à deux pas du cimetière et en lisière de la forêt. Les rares arbres qui ont survécu aux conditions pédologiques particulièrement défavorables de cette parcelle, jadis remblayée sur plus d’un mètre d’épaisseur par des déblais de chantier, ont bien du mal à résister au mistral qui balaye et assèche tout sur son passage…

Une mare et des ruches dans le jardin de l’arboretum (photo © Un jardin se crée à Carnoux)

Une partie de la parcelle a néanmoins été confiée depuis 2017 à l’association Un jardin se crée à Carnoux, laquelle a réussi tant bien que mal et à force de terrassements et d’apport de compost, à faire reverdir une petite partie de cette parcelle pour y faire pousser des arbres fruitiers et s’y adonner au maraîchage. Une petit mare artificielle y a même été creusée et deux ruches viennent d’y être implantées.

Le jardin, un oasis de biodiversité au cœur de l’arboretum (photo © Un jardin se crée à Carnoux)

Il est donc pour le moins surprenant qu’un tel terrain communal, où les habitants du quartier viennent quotidiennement se promener ou jardiner, serve ainsi de dépotoir depuis bientôt deux ans, pour des déchets de chantiers issus des travaux d’enfouissement des réseaux dans le cadre de la dernière tranche en cours : gravats, plaques de goudrons et autres déchets de toutes sortes s’entassent ainsi sur plusieurs mètres de hauteur à l’entrée de l’arboretum, sous forme de décharge aussi disgracieuse que polluante.

Bien évidemment, l’entreprise Eiffage qui est à l’origine de ces apports de déchets de chantier, l’a fait avec le plein accord de la commune puisque c’est cette dernière qui est le maître d’ouvrage des travaux et donc son donneur d’ordre.

La pratique est d’ailleurs classique en matière de travaux publics : lorsqu’il s’agit de creuser des tranchées et d’arracher des poteaux en vue de tels travaux d’enfouissement, les entreprises ont tout intérêt à disposer à faible distance d’un terrain permettant d’entreposer provisoirement les matériaux ainsi extraits et les trier pour en réutiliser une partie avant d’évacuer tout ce qui reste en fin de chantier vers une décharge agréée.

Vue aérienne du site avant l’aménagement du jardin en 2017 (source © Google maps)

Généralement et lorsqu’il s’agit comme ici d’une parcelle du domaine public, la collectivité signe avec l’entreprise bénéficiaire une convention d’occupation temporaire, qui précise les modalités de mise à disposition du terrain et surtout de remise en état en fin de chantier, cette convention pouvant même prévoir le versement d’une indemnité pour compenser la perte temporaire de jouissance de la parcelle et les nuisances occasionnées par le stockage temporaire.

Mais à Carnoux où ce dépôt sauvage n’est pas le premier du genre, il semble que rien de tout cela n’ait été prévu et que l’on s’est contenté d’un simple « arrangement » avec l’entreprise qui a donc pu, en toute liberté, déposer régulièrement et stocker ainsi pendant plus d’un an un énorme tas de gravats et de déchets de chantier en plein milieu de l’arboretum.

Pour lui faciliter la tâche, la barrière située à l’entrée du site a même été laissée ouverte, tant et si bien que tout le voisinage, et sans doute quelques entrepreneurs locaux peu regardants, en a déduit qu’une nouvelle décharge gratuite et non réglementée avait vu le jour sur Carnoux, bien pratique pour venir déposer discrètement déchets verts et déblais de démolition, ni vu ni connu.

Après l’enlèvement des déblais par Eiffage, le 19 juin 2020 : et le reste ? (photo © CPC)

Le chantier de terrassement est désormais terminé et Eiffage a replié son chantier. Les services techniques de la mairie lui ayant quand même rappelé que le stockage de ses déchets n’était pas supposé définitif, l’entreprise a fait l’effort de venir récupérer une partie de ses matériaux, après s’être quelque peu fait tirer l’oreille. Mais elle refuse catégoriquement de tout reprendre et a laissé plus de la moitié du tas sur place, considérant que tout les apports ne sont pas de son fait, ce qui est effectivement difficilement contestable, surtout lorsque rien n’a été contractualisé ni surveillé en cours de chantier. Il flotte sur la gestion de cette décharge sauvage, autorisée par la commune, comme un léger parfum d’amateurisme…

L. V.

A Carnoux, un nouveau site pour les citoyens

14 juin 2020

Jean-Pierre Giorgi, réélu maire de Carnoux-en-Provence pour son quatrième mandat successif (source : La Provence du 29 mai 2020)

Le 15 mars 2020, les habitants de Carnoux-en-Provence, comme ceux de plus de 30 000 communes en France, ont donc tranché le débat démocratique dès le premier tour des élections municipales, plaçant très nettement en tête la liste conduite par le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, avec plus de 67 % des suffrages exprimés. Sur les 29 conseillers municipaux que compte la commune, et par la grâce du scrutin majoritaire, 25 sont donc désormais issus de la liste Ensemble pour Carnoux, qui n’en comptait que 24 dans la mandature précédente.

Les deux autres listes se partagent donc les strapontins restant, avec deux conseillers municipaux chacune. Celle menée par Gilles Di Rosa, qui a perdu la moitié de ses élus par rapport à 2014, a vu ses principales têtes de liste jeter l’éponge et est donc désormais représentée au Conseil municipal par Jérôme Raffetto et Corine Mordenti, qui étaient respectivement en troisième et huitième position sur la liste.

Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier, les deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire (source : Carnoux citoyenne)

Quant à la liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, qui présentait, pour la première fois depuis 50 ans que la commune de Carnoux existe, des orientations très nettement en faveur d’une meilleure prise en compte de l’environnement dans notre cadre de vie local, elle est représentée, comme il se doit, par ses deux têtes de liste, Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier.

Après trois mois et demi de mise en sommeil pour cause de pandémie mondiale et de confinement généralisé, le nouveau conseil municipal de Carnoux s’est finalement réuni le 27 mai 2020 pour procéder en son sein et à huis clos à l’élection du maire, reconduisant sans surprise à ce poste et jusqu’en 2026, Jean-Pierre Giorgi qui assume ces fonctions depuis 2001, suivant en cela les pas de son ami Jean-Claude Gaudin qui aura, lui aussi, occupé pendant 25 ans le fauteuil de maire de sa commune.

La première séance du Conseil municipal le 27 mai 2020 (source : Carnoux citoyenne)

Durant la campagne électorale, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire avait constamment mis en avant son souhait d’une plus grande implication des citoyens dans les choix et les orientations de la vie publique locale. Jamais peut-être nous n’avons été confrontés à des défis aussi importants, dont certains d’ampleur planétaire, comme le changement climatique global et l’appauvrissement drastique de la biodiversité, qui menacent l’avenir même de l’humanité.

Pour faire face à de tels enjeux, compter sur le flair de nos seuls responsables politiques élus pour prendre les bonnes décisions est un pari pour le moins risqué. Au contraire, mobiliser l’intelligence collective de citoyens, qui n’ont jamais été aussi bien formés et informés, est sans doute plus efficace pour prendre ensemble les virages qui s’imposent et modeler notre cadre de vie local en s’inscrivant dans cette transition écologique, énergétique mais aussi sociale, économique et démocratique qui s’impose à nous.

C’est dans cette optique que s’est constituée la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire en faisant appel à toutes les bonnes volonté désireuses de s’impliquer dans la gestion responsable et durable de la commune. C’est avec cette même volonté de dialogue et d’échange que s’est construit le programme de la liste. C’est donc logiquement dans ce même esprit constructif et participatif que les deux élus envisagent leur mandat, en associant autant que possible les habitants de Carnoux aux choix qui les engagent.

Extrait du site internet www.carnouxcitoyenne.fr

Un site internet spécifique vient donc d’être créé, dans la continuité de celui qui avait fonctionné durant toute la campagne électorale à l’adresse www.carnouxcitoyenne2020.fr et qui reste consultable, permettant à chacun non seulement de prendre connaissance de la composition de la liste et des propositions des candidats, mais de participer activement aux échanges en vue de la finalisation du programme, de dialoguer et aussi de consulter un ensemble de dossiers et de documents particulièrement riches sur le fonctionnement et les enjeux de la commune et de son aire métropolitaine.

Ce nouveau site est ouvert au public depuis le 9 juin 2020 à l’adresse suivante www.carnouxcitoyenne.fr. Chacun y trouvera des informations sur l’actualité municipale et la vie dans la commune et ses environs ainsi que des dossiers pour favoriser la réflexion de chacun. Des compte-rendus de chacun des conseils municipaux de la mandature seront diffusés, dont celui du premier de la série, qui s’est tenu le 27 mai et auquel seuls les élus ont pu assister, crise sanitaire oblige. L’ordre du jour des séances à venir, dont celle du 18 juin qui verra notamment l’approbation du compte de gestion et le vote du compte administratif pour l’année 2019, ainsi que le débat des orientations budgétaires pour l’exercice 2020.

Les élus du nouveau Conseil municipal de Carnoux le 27 mai 2020 (source : Carnoux citoyenne)

La ville de Carnoux s’est distinguée jusque là par une extrême opacité dans sa gestion des affaires communales et une très grande discrétion dans la diffusion des comptes-rendus de séance de son Conseil municipal, comptes-rendus qui se résument au strict minimum, au point de valoir à la municipalité sortante un rappel à l’ordre de la part de la Chambre régionale des Comptes. Sur le site officiel de la commune, seuls les comptes-rendus des dernières séances restent accessibles. Le nouveau site de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire permet quant à lui d’ores et déjà de consulter les archives de ces documents pour l’ensemble de la mandature écoulée car chacun a le droit de savoir ce qui se décide en son nom dans cette instance par les représentants que nous nous sommes collectivement choisis. La transparence démocratique fait peu à peu son chemin dans Carnoux…

L. V. 

A Marseille, l’incertitude règne

12 juin 2020

Au premier tour, une guerre d’affichage sans pitié… (photo © Gérard Julien / AFP / Le Monde)

Après 25 ans d’un règne sans partage de la droite sur la deuxième ville de France, aux mains d’un Jean-Claude Gaudin désormais largement discrédité et à bout de souffle, on se doutait bien que la succession ne serait pas des plus sereines. Le premier tour des municipales, organisé le 15 mars en pleine crise sanitaire du Covid-19 n’avait pas déçu les amateurs de sensations fortes avec ses bagarres de rues entre colleurs d’affiches et même une tentative de vol de l’urne dans un bureau de vote de la rue Félix Pyat par 5 hommes armés de kalachnikov. A Marseille, on a jamais peur d’en faire trop quand il s’agit de marquer les esprits…

Comme on pouvait s’y attendre au vu du contexte sanitaire dans lequel s’était déroulé ce premier tour en pleine période de pandémie mondiale et de psychose généralisée, le taux d’abstention y a atteint des records, dépassant partout les 60 % et même les 70 % dans les quartiers nord de la ville. Avec un tiers seulement des électeurs qui a jugé bon de se déplacer, les résultats de ce premier tour n’ont bien évidemment guère de valeur et laissent escompter bien des surprises lors du second, prévu dans 15 jours, le dimanche 28 juin 2020, plus de trois mois après, du jamais vu sous la Cinquième République !

Résultats d’un sondage réalisé par Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo, France Bleu et La Provence, en janvier 2020 le score du FN et des écologistes a été quelque peu surestimé, celui du Printemps marseillais manifestement sous-évalué… (source © France TV Info)

Ceci dit, le premier tour avait quand même révélé son lot de surprises inédites. Tous les sondages et surtout les pronostics généreusement publiés par La Provence, donnaient Martine Vassal largement en tête, elle qui disposait du soutien indéfectible de son parrain et mentor en politique, le maire sortant Jean-Claude Gaudin. Déjà Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, elle se voyait bien désormais aussi dans le fauteuil du Maire. Et pourtant, elle n’est arrivée qu’en deuxième position avec seulement 22,3 % des suffrages exprimés et à peine plus de 36 000 voix, là où les listes de Gaudin en avaient recueilli plus de 96 000 en 2014.

Les résultats du premier tour : une vision globale quelque peu trompeuse dans une élection qui se joue par secteur (source © France TV Info)

Mais rien n’est encore joué pour autant, surtout dans une élection qui se déroule sur 8 secteurs, le maire lui-même étant finalement élu ultérieurement parmi les 101 conseillers municipaux, lesquels correspondent au premier tiers des conseillers élus secteur par secteur. Un mode électif indirect donc, qui peut réserver de nombreuses surprises encore, surtout dans un paysage aussi éclaté.

L’affiche de campagne du Printemps marseillais dans les 1er et 7e arrondissements (source © site Sophie Camard)

Chaque secteur est en effet une élection à part entière et rien n’indique que l’on aura la moindre idée, au soir du second tour, de qui finira dans le fauteuil du Maire. Les listes du Printemps marseillais, conduites par Michèle Rubirola, sont certes arrivées en tête du premier tour en nombre de voix global. Dans le premier secteur (1er et 7e arrondissements) et au vu des résultats du premier tour, sa candidate, Sophie Camard, suppléante du député Jean-Luc Mélenchon, semble avoir de bonnes chances de l’emporter face à la maire sortante LR Sabine Bernasconi, dans une triangulaire où le RN ne devrait faire que de la figuration, d’autant que l’écologiste Sébastien Barles s’est désisté en sa faveur.

Benoît Payan, tête de liste du Printemps marseillais dans les 2e et 3e arrondissements (source © Parti socialiste)

Il en sera probablement de même dans le deuxième secteur du centre-ville (2e et 3e arrondissements), où le socialiste Benoît Payan est en bonne posture dans une quadrangulaire avec le RN, la LR Solange Biaggi et la maire sortante Lisette Narducci, ancienne guériniste ralliée à Gaudin puis à Bruno Gilles et qui, jamais avare d’un revirement, vient de créer la surprise en recevant le soutien de LREM.

Bruno Gilles, quelque peu amer après un premier tour qui ne lui a pas permis de percer face aux listes de Martine Vassal (photo © Olivier Monge / Myop / Libération)

La situation est sans conteste plus ouverte dans le troisième secteur, le fief de Bruno Gilles, un ancien soutien de Gaudin, désormais dissident LR et que même son ami Renault Muselier ne peut plus soutenir trop ouvertement par peur de perdre l’investiture LR pour les prochaines Régionales de 2021. Contre toute attente, c’est Michèle Rubirola qui y est arrivée en tête du premier tour. Ils s’affronteront donc le 28 juin, avec un candidat RN en arbitre spectateur. Mais rien n’est joué à ce stade en raison du fort taux d’abstention initial et du jeu des reports de voix, toujours incertain. Certes le Printemps marseillais reçoit le soutien des écologistes, éliminés d’emblée et le candidat LREM, également hors course, a appelé à voter pour cette liste, mais Bruno Gilles a reçu de son côté le soutien officiel de l’ex candidat LR…

Dans le quatrième secteur (6e et 8e arrondissements), l’ex fief LR de Jean-Claude Gaudin, où Martine Vassal en personne est tête de liste, cette dernière est arrivée gagnante au premier tour, mais elle est talonnée par la candidate du Printemps marseillais, Olivia Fortin, laquelle a pu fusionner sa liste avec celle de l’écologiste Christine Juste, tandis que le candidat de Bruno Gilles a retourné sa veste dans l’entre-deux tours pour venir rallier Martine Vassal. Mais leur duel risque d’être entravé par le maintien de deux autres candidats, l’un RN et l’autre LREM puisque Yvon Berland a finalement décidé de maintenir sa liste dans le seul secteur où il avait réussi à dépasser le seuil fatidique des 10 % : de quoi rendre le résultat quelque peu incertain et donner des sueurs froides à la candidate LR…

Lionel Royer-Perreault (à droite) assuré de remporter le 5e secteur avec le député Guy Tessier (à gauche), sur les listes de Martine Vassal (au centre) (source © Made in Marseille)

Dans les cinquième et sixième secteurs, les jeux semblent en revanche déjà faits. Dans les 9e et 10e arrondissements, le maire sortant LR, Lionel Royer-Perrault, un proche de Guy Tessier, fait la course en tête devant son challenger RN et ne devrait donc pas être inquiété par la candidate du Printemps marseillais même confortée par le soutien des écologistes. Quant au maire sortant des 11e et 12e arrondissements, Julien Ravier, LR également, il sera opposé au second tour au RN qui a fait un gros score, mais aussi à la liste du Printemps marseillais, menée par Yannick Ohanessian et à celle de Robert Assante, soutenue par Bruno Gilles, une configuration qui devrait assurer au maire sortant de garder son fauteuil.

Stéphane Ravier, en bonne voie pour conserver la mairie de secteur des 13e et 14e arrondissements (source © Rassemblement National)

Le septième secteur (13 et 14e arrondissements) est depuis 2014 entre les mains du RN Stéphane Ravier et pourrait bien le rester puisque ce dernier était largement en tête du premier tour, devant le général David Galtier, le candidat de Martine Vassal. Le second tour se résumera en effet à un duel entre ces deux candidats, tous les deux classés très à droite. Contre toute attente, le Printemps marseillais a en effet décidé de jeter l’éponge et de ne pas présenter de liste au second tour alors que les voix de gauche étaient majoritaires par rapport à celles recueillies par LR. Un suicide politique dont la gauche marseillaise est coutumière et qui risque d’obérer définitivement ses chances d’accéder à la mairie de Marseille puisque ce secteur est celui qui élit le plus de conseillers municipaux et que la gauche est d’ores et déjà assurée, avant même l’élection, de n’en remporter aucun !

Quant au dernier secteur (15e et 16e arrondissements, dans les quartiers Nord), celui tenu par la dissidente ex-socialiste et surtout clientéliste Samia Ghali, il a lui aussi de bonnes chances de basculer au RN dont la liste est très bien placée en deuxième position. Curieusement, la liste écologiste s’est ralliée non pas à celle du Printemps marseillais, menée par le communiste Jean-Marc Coppola, mais bien à celle de Samia Ghali. Le candidat soutenu par Martine Vassal, quant à lui, ne figurera pas au second tour.

Qui demain à la tête de la Mairie de Marseille ? (photo © Bertrand Langlois / AFP / 20 minutes)

Dans une telle configuration, on voit bien que rien n’est donc encore joué. La seule certitude est que, sauf énorme surprise personne ne devrait disposer, à l’issue du second tour d’une majorité absolue. Cela signifie que le maire sera vraisemblablement élu à la majorité relative, dans le cadre d’un jeu d’alliances et de compromis qui risque fort de le fragiliser pour toutes les décisions importantes qu’il aura à prendre, dont le vote du budget qui devra intervenir avant fin juillet et qui ne sera sans doute pas une partie de plaisir…

Les listes LR seront probablement celles qui auront le plus grand nombre de conseillers élus mais risquent d’avoir bien du mal à trouver un consensus sur le choix d’un candidat du fait des tensions fortes entre Martine Vassal et Bruno Gilles, ce qui pourrait bien favoriser l’émergence d’un troisième homme tel que Guy Tessier. Au vu des scores du premier tour, le RN, qui détenait déjà 20 % des sièges dans le Conseil municipal actuel et qui est le seul à se maintenir dans tous les secteurs, devrait engranger un nombre de sièges très conséquent et jouera probablement un rôle d’arbitre majeur au sein du futur conseil municipal. Quant au Printemps marseillais, dans l’hypothèse où il arriverait à faire élire un maire de son bord, Michèle Rubirola ou Benoît Payan, celui-ci se retrouverait en tout état de cause face à un conseil municipal composé peu ou prou de deux tiers d’élus RN et LR, ce qui ne lui rendra pas la tâche facile. Marseille n’est décidément pas au bout de ses peines…

L .V.

Roland Povinelli, un fantôme bien encombrant…

30 mai 2020

La commune d’Allauch, qui regroupe désormais autour de 20 000 habitants, aux portes de Marseille, fait partie de ces villes qui doivent leur notoriété nationale aux frasques de leurs élus. Un peu comme Levallois-Perret dont la renommée actuelle doit beaucoup au couple Balkany, dont la condamnation pour prise illégale d’intérêt et blanchiment de fraude fiscale vient justement d’être encore alourdie, ce mercredi 27 mai 2020.

Allauch, petite cité provençale du Garlaban… (source © commune d’Allauch)

La petite cité d’Allauch, bâtie au cœur du massif du Garlaban s’était déjà fait connaître par les écrits de Marcel Pagnol qui l’évoque largement dans ses souvenirs d’enfance. Mais la commune qui, au XIXe siècle, avait bâti sa prospérité sur la contrebande du tabac, restera certainement davantage pour les frasques de son maire, un personnage truculent, récemment décédé, à 78 ans, d’une crise cardiaque le 11 mai 2020, entre les deux tours des élections municipales, alors qu’il briguait son neuvième mandat d’affilée.

Roland Povinelli lors d’un conseil municipal (photo © Valérie Vrel / La Provence)

Le cas n’est certes pas isolé en raison de la crise sanitaire du Covid-19 qui a occasionné cet interminable entre deux tours de plus de 100 jours au cours duquel on a vu des maires nouvellement élus décéder avant même de pouvoir accéder à leurs fonctions. Mais dans le cas de Roland Povinelli, élu sans discontinuer à Allauch depuis 1972 et maire de la commune depuis 45 ans, cette disparition inopinée a créé un sacré casse-tête juridique dont la presse nationale s’est faite l’écho.

Rappelons en effet que la loi électorale ne permet pas le remplacement d’un candidat, même tête de liste, décédé entre les deux tours d’une élection municipale. Comme l’explique Marsactu, la liste de Roland Povinelli doit donc se maintenir au second tour, sans sa tête de liste ! Sauf que, à Allauch comme dans nombre de communes où le second tour a été reporté au 28 juin prochain, les tractations vont bon train et une fusion de listes est envisagée, fusion qui est normalement de la responsabilité de la tête de liste…

Une opération nécessairement délicate et qui voit donc les colistiers de feu Monsieur le Maire se déchirer, comme l’a rapporté La Provence. Pour décrypter quelque peu ce paysage bien tourmenté, il faut savoir qu’il y avait 6 listes en présence au premier tour. La liste Allauch solidaire, écologique et citoyenne menée par l’ex-syndicaliste de Fralib Gérard Cazorla n’a recueilli que 6,5 % des suffrages et ne peut donc se maintenir. Il en est de même pour la liste EELV conduite par l’opposante de toujours, Lucie Desblanc qui finit à 9,8 %. Selon La Marseillaise, cette dernière avait reçu des menaces de mort lors de la campagne de 2014 et de nouveau en février 2020 (ainsi d’ailleurs que le challenger de droite Lionel De Cala) et subit depuis un véritable harcèlement judiciaire de la part de la mairie qui a été jusqu’à préempter sa villa…

Roland Povinelli et Jean-Noël Guérini fin 2010 (photo © Guillaume Ruoppolo / La Provence)

A l’issue du premier tour, le 15 mars 2020, c’est le candidat LR Lionel De Cala qui était arrivé en tête avec un peu plus de 31 % des voix, devant la liste conduite par Roland Povinelli qui n’avait obtenu que 24 % des suffrages tandis que le Rassemblement national finissait à 16 %, devant une liste de droite conduite par Monique Robineau-Chaillan (11%). Officiellement, la liste menée par Roland Povinelli était classée à gauche, lui qui fut jusqu’en 2015 membre du Parti socialiste, ancien suppléant du député Bernard Tapie en 1993 et ancien sénateur élu sur la liste conduite par Jean-Noël Guérini en 2008, fonction dans laquelle où il s’est surtout illustré comme l’un des trois principaux absentéistes de l’assemblée

Roland Povinelli à Allauch en décembre 2019 (source Facebook © Commune d’Allauch / Marsactu)

Mais contre toute attente, la liste de l’ex-maire de gauche disparu a décidé de fusionner avec la liste de droite arrivée en quatrième position et de confier la nouvelle tête de liste à Monique Robineau-Chaillan. L’ancien adjoint Gérard Bismuth, proche de Roland Povinelli, se voit promettre le poste de premier adjoint en cas de victoire, sous réserve que les électeurs d’Allauch acceptent de reconduire à l’hôtel de ville un équipage aussi hétéroclite issu de tractations pour le moins houleuses qui ont vu les anciens soutiens du maire sortant se déchirer.

Une ambiance de fin de règne qui durait depuis déjà plusieurs mois depuis lesquels chacun se demandait ce que Roland Povinelli faisait encore à la mairie alors qu’il n’avait même pas daigné se déplacer pour assister à 4 des 5 derniers conseils municipaux de la commune. Mais cela ne l’avait pas empêché de repartir pour un nouveau tour de piste, motivé en réalité surtout par l’intérêt, pour lui, de continuer à bénéficier de la prise en charge par la collectivité, de ses frais de justice qui commençaient à s’accumuler.

Car, pour être honnête, Roland Povinelli faisait partie de ces élus qui, au fil des ans, avaient plutôt pris l’habitude de servir d’abord leurs propres intérêts avant ceux de leurs concitoyens. Un rapport provisoire de la Chambre régionale des Comptes, révélé par le magazine Capital, indiquait en février 2019 que le montant des frais d’avocats de l’ancien maire, pris en charge par la collectivité, s’élèvent à plus de 175 000 € entre 2015 et 2017, et qu’ils représentent à eux seuls près de la moitié des dépenses communales en contentieux.

Roland Povinelli, l’inamovible maire d’Allauch (photo © Florian Launette / MaxPPP / France 3 Régions)

Il serait fastidieux de dresser la liste exhaustive de toutes les affaires dans lesquelles était impliqué l’ancien maire d’Allauch, lequel n’avait pas hésité en 2014 à proposer à un candidat de la liste FN un emploi communal et autres menus avantages en échange d’un désistement qui aurait affaiblit la liste adverse à quelques jours du dépôt des candidatures. Des propos enregistrés, de même que les violentes menaces de mort proférées à l’encontre du journaliste de La Marseillaise, Sylvain Fournier, en mars 2019 et pour lequel ce dernier avait déposé plainte.

Au delà de ces menues péripéties d’un élu local réputé pour avoir le verbe haut et ne pas s’embarrasser de précautions oratoires, les motifs qui lui ont valu une mise en examen en 2015 et un renvoi devant le tribunal correctionnel en novembre 2019 pour détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt, faux et usages de faux sont multiples. Il y est question notamment, selon La Marseillaise et l’enquête de Capital, du poste d’attachée parlementaire, rémunéré 4800 € par mois, confiée à sa belle-fille lorsqu’il était sénateur, de 2008 à 2014. Un poste largement fictif puisque la dame en question, esthéticienne de son état, reconnaît n’avoir jamais mis les pieds à Paris en dehors de brefs séjours à EuroDisney

Bastide de Fontvieille à Allauch (source © commune d’Allauch)

Il y est question aussi du château de Fontvieille, propriété communale que Roland Povinelli avait entièrement privatisé à son profit, y installant son bureau et sa garçonnière ainsi qu’une vaste salle de sport pour son usage personnel et celui de sa maîtresse tandis que son épouse légitime donnait des cours dans le vaste rez-de-chaussée aménagé en salle de danse. La promotion canapé de sa maîtresse, recrutée comme secrétaire contractuelle en 2000 et nommée directrice de cabinet en 2007 pour une rémunération mensuelle de 4590 €, en dépit de toutes les règles en vigueur dans la fonction publique territoriale et au prix d’un faux manifeste pour passer outre l’avis évidemment défavorable de la commission paritaire. Au juge d’instruction qui s’étonnait de cette propension du maire à s’asseoir sans le moindre scrupule sur les textes réglementaires, Roland Povinelli aurait répondu avec un certain panache : «  Je ne fais ni plus ni moins que comme de Gaulle lorsqu’il a décidé de ne plus se soumettre à la loi de Pétain »…

L’antenne relai TDF sur la Petite Tête rouge à Allauch (photo © La Fibre info)

Un grand résistant donc, doublé d’un homme d’affaire hors pair. Un exemple parmi d’autres, également épinglé par la Justice : en 1988, la Fédération des clubs culture et loisir, une association locale présidée par un certain Roland Povinelli, achète à la commune pour la somme dérisoire de 10 000 F (de l’ordre de 1500 € actuels) une petite parcelle située au sommet de la colline de la Petite Tête rouge. Peu après, l’association cède ce terrain à une société, Publi Loisirs, qui encaisse pour plus de 460 000 € de loyers jusqu’en 2000 grâce à l’antenne relai qui entre temps a été implantée sur cette parcelle caillouteuse bien située. En 2006, la parcelle aux œufs d’or est revendue à une SCI dirigée par les deux fils du maire, tous deux anciens agents du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, dont leur père était vice-président jusqu’en 2008. Une belle affaire puisque le terrain, racheté 15 000 €, rapporte plus de 36 000 € de loyer annuel !

C’est donc assurément plus qu’un maire que les habitants d’Allauch ont perdu en ce triste 11 mai 2020 : un personnage truculent au langage fleuri qui n’hésitait pas traiter ses agents « d’enculés de fonctionnaires », mais aussi un fonceur qui ne se laissait pas arrêter par les finasseries des cadres réglementaires et un bon vivant qui savait admirablement équilibrer les sacrifices qu’exige l’exercice des responsabilités publiques par des petites compensations personnelles bien compréhensibles sinon parfaitement légales. Sa mort prématurée, en pleine campagne électorale, est en tout cas une perte irrémédiable, au moins pour les gazettes locales et sans doute aussi pour les juges qui enquêtaient sur ses agissements…

L. V.

Des foyers de Covid dans les quartiers Nord de Marseille ?

8 mai 2020

Tout compte fait, l’épidémie de Covid-19 aura fait beaucoup pour accroître de manière significative la notoriété mondiale de la ville de Marseille. Davantage sans doute que les croisières qui font escale à la Joliette ou que l’équipe de foot de l’OM, les deux piliers sur lesquels Jean-Claude Gaudin a bâti l’essentiel de sa stratégie de communication, c’est finalement au professeur Didier Raoult et à son art inimitable de mettre les pieds dans le plat en éclaboussant bien fort, que Marseille doit cette mise en lumière inattendue.

Les Birds, experts en confinement…

Le 3 avril dernier, le professeur désormais mondialement connu, se vantait dans un tweet d’autosatisfaction que, grâce aux efforts de l’IHU Méditerranée Infection qu’il a fondé et qu’il dirige, « depuis le début de l’épidémie, 2,5% des Marseillaises et Marseillais ont été dépistés. Ceci en fait la population la plus testée au Monde ». Une affirmation illustrée par de belles courbes montrant qu’avec 25 000 tests réalisés par million d’habitant, Marseille a fait trois fois mieux que l’Italie ou que la Corée pourtant souvent citée en exemple.

En réalité, comme l’a décortiqué Libération, la situation est un peu moins flatteuse, même si le cas de Marseille est effectivement très singulier par rapport aux autres ville françaises, du fait de cette stratégie mise en place par l’IHU de Marseille. Ayant décidé d’accepter de tester quasiment toute personne se présentant à ses portes, ce dernier avait réalisé à lui seul, au 27 mars 2020, un cinquième de tous les tests de dépistage du Covid effectués en France à cette date, ce qui constitue un bel exploit !

Personnes attendant de se faire dépister devant l’IHU Marseille le 23 mars 2020 (photo © Gérard Julien / AFP / Libération)

Le 3 avril, les chiffres annoncés étaient de 29 613 patients testés (pour un peu plus de 54 000 tests pratiqués car certains patients subissent plusieurs tests successifs dans le cadre du suivi de leur traitement) dont 20 987 Marseillais, d’où ce chiffre de 2,5 % communiqué par le professeur Raoult. Depuis cette date, la situation a un peu évolué et la proportion de population testée a nettement augmenté dans d’autres pays, en Italie en particulier qui avance à marche forcée.

Et certains esprits malveillants font même observer que les comparaisons de notre Panoramix local passent un peu vite sous silence l’exploit de petits pays comme le Luxembourg qui annonce avoir pratiqué près de 23 000 tests sur ses résidents dont le nombre n’est que de 626 000 habitants, ce qui représente effectivement un taux de dépistage très supérieur à celui de Marseille. Le nombre de cas positifs détectés serait d’ailleurs assez comparable avec un chiffre de 3115 annoncé au Luxembourg et de 3846 à Marseille si l’on en croit un article de La Provence, lequel fait état de 26 morts seulement à Marseille contre 52 au Luxembourg.

Une tente de dépistage à la Timone, où un marin-pompier accueille une habitante, le 2 avril 2020 (photo © Giacomo Italiano / MAXPPP / France TV Info)

D’autres pays ont même été encore plus loin, à l’instar de l’Islande qui annonce un taux record de 85 000 tests par million d’habitant avec 1616 cas positifs détectés et seulement 6 morts à ce jour, mais pour une population totale qui n’est que de 364 000 habitants, soit moins de la moitié de la cité phocéenne. Et l’on ne parle même pas des Îles Féroé, un territoire autonome du Danemark, grand massacreur de dauphins à ses heures, mais champion mondial du dépistage du Covid-19, se vantant fin mars 2020 d’avoir testé 10 % de sa population (de 52 000 habitants, faut-il le préciser ?) avec 196 cas positifs seulement.

Toujours est-il que l’exploit médiatique du professeur Raoult a fait des envieux et que chaque élu marseillais a voulu ouvrir son propre centre local de dépistage, histoire de rassurer ses concitoyens en attendant la fin du processus électoral toujours en cours. Selon Gomet, le 3 avril 2020, Yves Moraine, le maire LR des 6e et 8e arrondissement annonçait ainsi l’ouverture d’un autre centre de dépistage dans les locaux de la Villa Bagatelle, suivi quelques jours plus tard par sa collègue LR Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements, qui ouvrait un autre centre de dépistage dans les locaux du Centre municipal d’animation.

Centre de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé le 16 avril 2020 (photo © Gilles Bader / MaxPPP / France 3 Regions)

L’opposition RN ne pouvant rester inactive, le sénateur Stéphane Ravier annonçait alors, le 13 avril l’ouverture d’un nouveau local de dépistage dans son fief des 13e et 14e arrondissements, talonné par son challenger LREM, le député Saïd Ahamada, qui informait les Marseillais de l’ouverture, à partir du 16 avril, d’un centre de dépistage à l’Espace santé situé boulevard du Capitaine Gèze, dans les quartiers nord de Marseille, à quelques pas du marché aux puces, sous une tente gonflable prêtée par la Ville de Marseille et gérée par une équipe du Bataillon des marins Pompiers. De son côté, La Provence annonçait le 15 avril l’ouverture d’un autre centre de dépistage constitué de deux tentes dressées sur la parking de la Maison régionale de Santé dans le 13e arrondissement, à Malpassé, géré par Médecins sans frontières, l’hôpital Nord et des associations locales.

Annie Levy-Mozziconacci (source © PS Marseille)

Une initiative louable puisque ces différents centres de dépistage délocalisés au cœur des quartiers défavorisés de la Ville, et auquel les habitants peuvent se rendre sans ordonnance ont rapidement mis en évidence l’existence de nombreux foyers épidémiques, ce qui n’a rien d’étonnant dans des familles dont les conditions de logement facilitent la promiscuité. Une situation dénoncée notamment par la conseillère municipale socialiste, Annie Levy-Mozziconacci, candidate sur la liste de Stéphane Barles mais aussi médecin à l’hôpital Nord de Marseille et impliquée dans le dispositif de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé. Ses cris d’alarme ont été largement relayés dans la presse début mai. Elle suggère de créer des lieux d’hébergement spécifiques pour permettre de confiner en dehors de leur milieu familial les personnes malades dont les conditions de vie habituelles ne peuvent que favoriser la propagation du virus à leur entourage. Une proposition qui bénéficie de l’appui de l’Agence Régionale de Santé mais qui ne semble pas encore avoir permis de convaincre les services préfectoraux de débloquer les budgets et surtout les autorisations administratives en vue d’une telle organisation. La Préfecture annonce attendre pour cela les instructions nationales qui devraient s’inscrire dans le plan de déconfinement en cours de finalisation. Simple affaire de patience donc…

L. V.  

1720 : Marseille déjà confinée…

5 mai 2020

Coronavirus et son fidèle ami Bacillus (source © Astérix et la Transitalique de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad)

Il y a tout juste 300 ans, en mai 1720, débutait à Marseille une autre épidémie que celle du coronavirus qui nous occupe actuellement. Selon les historiens, et comme pour le Covid-19 en 2020, les chroniqueurs de l’époque ont identifié avec force détail ceux qui ont apporté la maladie dans la ville et ceux qui en furent les premières victimes. Ils ont détaillé, jour après jour le nombre de décès et la propagation du mal dans la ville puis dans ses alentours. Ils ont analysé et parfois critiqué les méthodes de lutte qui ont été mises en place pour tenter d’enrayer la progression de l’épidémie, comment le confinement a été instauré et souvent contourné par des individus inconscients, comment les autorités ont essayé de maintenir l’ordre et d’imposer une organisation efficace pour venir à bout de l’épidémie, sans forcément disposer de toute l’information médicale nécessaire.

Gérer une crise sanitaire majeure dans une ville où chacun est d’abord préoccupé par le maintien de ses activités économiques : tout compte fait, la crise du Covid-19 et celle de la dernière grande peste qui sévit en Occident il y a 300 ans, ne manquent pas de points communs…

A l’époque, Marseille était un port en plein essor, porte d’entrée des nombreuses marchandises importées du Levant et dont la population s’élève à plus de 80 000 habitants (10 fois moins qu’en 2020 tout de même). La ville est alors entièrement ceinturée par des remparts récents, construits sur ordre de Louis XIV et achevés en 1694, permettant de tripler la superficie urbaine avec une forte extension vers le Sud où l’urbanisme se développe autour de larges avenues rectilignes comme la rue de Rome ou la rue Paradis.

Plan de Marseille en 1720 et propagation de la peste dans les quartiers (source © Wikipedia)

Échaudées par de nombreuses épidémies de peste du fait de ses contacts incessants avec le Proche-Orient où ce mal est alors endémique et se souvenant notamment de l’épisode de 1580 qui fut particulièrement meurtrier, les autorités locales avaient mis en place un système de prévention particulièrement draconien avec un dispositif de lettres patentes délivrées dans les ports du Levant aux navires qui y font escales avant de rejoindre la France. Les bateaux arrivant à Marseille étaient alors tenus de mouiller aux abord de l’île de la Jarre ou de celle de Pomègues, tandis que le capitaine se rendait en barque présenter ses patentes au bureau de santé installé depuis 1719 sur le Vieux-Port, lequel décide alors de la durée de quarantaine exigée pour le navire, ses passagers et sa cargaison.

Maquette du Grand Saint-Antoine réalisée en 2017 par Guy Seguin et désormais au Musée d’Histoire de Marseille (source © Made in Marseille)

Un dispositif extrêmement rigoureux et terriblement efficace puisqu’il avait permis d’éviter toute nouvelle épidémie de peste à Marseille depuis plus de 60 ans. Ce 25 mai 1720, cependant, il semble bien que le système ait été quelque peu contourné, même si des études réalisées en 2016 par l’Institut Max Planck et révélées par Science et Avenir, laissent encore planer un doute quant à l’origine exacte de la fameuse peste de 1720 dont le bacille ne viendrait pas d’Orient mais serait une résurgence de la Peste noire qui avait ravagé l’Europe au XIVe siècle et serait resté présente à l’état de foyers latents isolés.

Selon toute vraisemblance néanmoins, ce sont bien les puces présentes dans les étoffes issues des cales du Grand Saint-Antoine qui ont répandu leur bacille mortel dans les rues de Marseille, faisant leurs premières victimes parmi les lavandières, les portefaix et les tailleurs qui eurent à les manipuler. Si le dispositif sanitaire préventif a pu être ainsi contourné, ce fut à la suite d’une accumulation de négligences, d’erreurs administratives et surtout de pressions multiples liées au fait que le navire avait été affrété par des personnalités puissantes, dont le premier échevin de la Ville, l’équivalent du maire actuel.

Pourtant, les signaux précurseurs avaient été multiples : entre Tripoli et Marseille, 5 personnes étaient mortes à bord, dont le chirurgien lui-même. Détourné sur Livourne, le bateau n’avait pas pu y accoster, par refus des autorités sanitaires et 3 personnes supplémentaires y sont décédé. Le 27 mai, deux jours après l’arrivée à Marseille, un matelot meurt à son tour, et pourtant, le bureau de santé finit par revenir sur sa position initiale, tandis que le capitaine falsifie son rapport, prétendant que les décès survenus en mer sont liés à une alimentation inadaptée. Des pressions successives ont conduit à autoriser finalement le navire à décharger aux infirmeries ses marchandises les plus précieuses qui étaient destinées à être vendues à la foire de Beaucaire prévue en juillet, et ceci en contradiction avec les règles habituelles.

Dès lors, la mécanique est enclenchée et la décision tardive, prise début juillet, de transférer le Grand-Saint-Antoine à l’île de la Jarre pour le brûler avec le reste de sa cargaison (des balles de coton et des sacs de cendre qui servaient alors de déshumidificateur dans les cales de navire et étaient ensuite revendues pour la fabrication du savon), ne permet pas d’enrayer l’épidémie qui, avec les beaux jours, se propage rapidement dans les quartiers insalubres de Marseille au nord du Vieux-Port.

Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, œuvre du peintre Michel Serres en 1721 (© Marseille, musée des Beaux-Arts / INRAP)

Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les autorités ordonnent des fumigations de soufre dans les habitations des personnes décédées afin de les désinfecter, tandis que le corps des galères se retranche dans son arsenal. De nombreuses familles pauvres préfèrent quitter leurs taudis dans les rues tortueuses du Panier pour aller se réfugier à La Plaine où un vaste campement s’organise tandis que les familles les plus aisées quittent précipitamment la ville pour aller se réfugier dans leurs bastides à la campagne : toute ressemblance avec les comportement de certains Parisiens qui ont fui la capitale mi-mars 2020 pour aller se confiner dans leur résidence secondaire en Normandie, n’est pas totalement fortuite…

Médecin soignant les pestiférés avec son masque protecteur rempli de plantes aromatiques (source frontispice du Traité de la Peste publié en 1721 par Jean-Jacques Manget / Office de tourisme de Bandol)

Fin août, malgré les efforts pris par les autorités pour cloisonner les différents quartiers, la peste s’est répandue dans toute la ville et on dénombre jusqu’à 1000 morts par jour. Dès le 31 juillet, le Parlement d’Aix interdit aux Marseillais de sortir de la ville et un arrêt du Conseil d’Etat, le 14 septembre, prononce le blocus de Marseille. La municipalité est placée par le pouvoir royal sous l’autorité d’un commandant militaire, le chevalier de Langeron, qui s’appuie dès lors sur de ordonnances de police pour administrer la ville, une situation qui durera jusqu’en 1723 et qui a été analysée en détail dans les travaux de Fleur Beauvieux. C’est l’État dès lors qui gère la police maritime tandis que la ville est découpée en 6 quartiers sans communication entre eux et géré chacun par un commissaire de police.

Des billets de santé sont instaurés pour permettre le contrôle des déplacements de la population. Des médecins sont nommés par quartier pour assister les commissaire dans leur tâche de recensement quotidien des malades et des morts. Les forçats des galères, surnommés les corbeaux, sont mis à disposition pour les tâches les plus ingrates dont la récupération et l’ensevelissement des corps. Des contrôles spécifiques sont instaurés en direction des groupes sociaux jugés à risques pour la propagation de l’épidémie, parmi lesquels les prostituées, les étrangers mais aussi les fripiers, accusés de revendre clandestinement les effets des personnes décédées.

Vestiges du mur de la peste à Saumane-de-Vaucluse (source © Office de tourisme Pays des Sorgues Monts de Vaucluse)

Malgré le cordon sanitaire mis en place tout autour de la ville, y compris avec la construction d’un mur en pierres sèches édifié sur 27 km de long le long de la frontière avec le Comtat Venaissin, ainsi que la mise en place de lieux d’échange sécurisés pour permettre le ravitaillement de la ville, l’épidémie se propage à l’extérieur. Allauch, Cassis, Aubagne sont fortement touchés. Dans une étude très fouillée, datée de 2002, il est indiqué que, sur les 3980 que comptait alors Aubagne, 2114 sont mortes de la peste entre août 1720 et octobre 1721. A Cassis, qui dénombrait alors 2980 habitants, 26 sont décédés durant la première vague de la peste arrivée dès le 21 juillet 1720, mais encore 226 lors d’une rechute survenue entre septembre 1721 et mars 1722. A Auriol, c’est près de la moitié de la population du village qui a été décimée avec 1319 morts sur 3095 habitants. A Marseille, c’est probablement la moitié de la ville, soit entre 40 000 et 50 000 personnes qui sont décédées de la peste entre 1720 et 1722, tandis que le bilan pour l’ensemble de la Provence est estimé autour de 100 000 morts soit un quart de la population totale.

Pendant le festival historique 1720 à La Ciotat en 2015, un figurant déguisé en médecin (photo © Stéphane Bonhomme / de-natura.net)

Seule la ville de La Ciotat a été totalement épargnée par ce fléau, à l’abri derrière ses remparts maintenus hermétiquement fermés tandis que le port connaissait un essor inespéré accueillant nombre de navires de ravitaillement qui ne pouvaient plus accoster à Marseille. Un effet d’aubaine dont le souvenir est soigneusement entretenu depuis par un festival historique dont la 16e édition a eu lieu en août 2019. Même les moulins de Carnoux auraient parait-il profité de cette période pour développer leur production, à l’écart des villes d’Aubagne et de Cassis, mais proche des points de ravitaillement en blé par le port de La Ciotat : comme lors de chaque crise, certains arrivent toujours à tirer leur épingle du jeu…

L. V.

Faut-il vraiment désinfecter les rues ?

13 avril 2020

Après Nice, Cannes, Menton, Istres, c’est la maire d’Aix-en-Provence qui a annoncé dès le vendredi 27 mars 2020 le lancement d’une campagne de désinfection systématique des rues de la ville pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Une mesure prise en accord avec Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui a donc demandé à ses équipes de débuter immédiatement la désinfection des rues à Aix-en-Provence, Marseille et même Cassis.

Désinfection dans les rues d’Aix-en-Provence (photo © P. Biolatto / Ville d’Aix / Radio France)

Elle-même atteinte par le Covid-19 mais rapidement soignée grâce aux bons soins du docteur Raoult, la présidente de la Métropole ne pouvait pas rester les bras croisés face à cette pandémie survenue, qui plus est, en même temps qu’un revers électoral sévère au premier tour des élections municipales de Marseille où sa liste, pourtant donnée grande gagnante, n’était arrivée qu’en deuxième position.

Martine Vassal annonçant, depuis son domicile le 25 mars 2020 la gratuité des transports pendant 2 mois (source Facebook / site Martine Vassal)

Dès le 25 mars 2020, elle annonçait donc dans La Provence, outre deux mois d’abonnement gratuit aux transports publics de la RTM, le versement d’une prime exceptionnelle de 1000 € aux agents du Conseil Départemental et de la Métropole, et donc le lancement d’une campagne massive de désinfection des rues de l’agglomération, autant de mesures dans lesquelles seuls les esprits les plus retords pourraient déceler de potentielles visées électoralistes.

Dès le 27 mars donc, les équipes techniques de la Métropole, habillés comme des experts après un essai nucléaire qui aurait mal tourné, bottés, casqués et gantés, avec leur combinaison spatiale blanche, et leurs visières de sécurité, se sont répandus dans les rues d’Aix-en-Provence pour pulvériser à grand coup de Kärcher, les chaussées, trottoirs, bancs publics et même les lampadaires et le parvis des églises, le tout devant les caméras des services de communication de la ville qui relaye largement l’information sur son site municipal.

Désinfection en cours place Estrangin, à Marseille (source : Facebook / Made in Marseille)

Le même jour, les opérations de désinfection ont commencé à Marseille, devant l’hôpital de la Timone, à l’entrée du CHU devenu un lieu ultra-médiatique de la ville, mais aussi aux alentours des stations de métro les plus proches, ainsi que sur le boulevard Baille, la place Castellane, le cours Pierre Puget ou encore la rue de Rome et la rue Paradis. Des opérations qui se sont poursuivies samedi 28 mars dans le centre ville de Marseille, aux alentours de la gare Saint-Charles et sur la Canebière notamment, ainsi que dans le secteur de Belsunce.

Contrairement à la métropole de Toulouse ou à celle de Nice qui ont lancé une opération similaire en utilisant de l’eau de Javel diluée, les services de communication de la Métropole Aix-Marseille-Provence assurent que « la désinfection est assurée avec un produit virucide conforme aux normes européennes présentant une biodégradabilité primaire d’au moins 80 % ». Lequel ? Selon le site toujours bien informé, Made in Marseille, il s’agirait d’un détergent désinfectant et désodorisant, parfumé à la lavande comme il se doit, commercialisé sous le nom de Sanogerme, à base de chlorure de didécyldiméthylammonium, un sel antibactérien utilisé notamment en milieu hospitalier, et de chlorure de benzalkonium, un antiseptique utilisé dans certains produits pharmaceutiques et lingettes.

Désinfection dans les rues de Cannes : un impact environnemental manifestement sous-estimé… (photo © Clement Tiberghien / MaxPPP / Nice Matin)

Toujours est-il que le Ministère de la Santé s’est interrogé sur le bénéfice, non pas seulement électoraliste, mais aussi sanitaire d’une telle opération et a saisi dès le 26 mars le Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP), lequel vient de remettre son avis scientifique sur le sujet, le 4 avril 2020. Cet avis, rendu public le 7 avril, confirme en tout cas ce que tous les responsables politiques, surtout les plus démagogiques d’entre eux, avaient perçu d’instinct : « c’est un outil de communication majeur montrant que les collectivités locales, les responsables politiques, voire les industriels, sont mobilisés pour protéger la population », « l’effet psychologique pour le public est réel » et, cerise sur le gâteau, « le coût de la mesure parait faible ». Pourquoi s’en priver alors ?

Pour tenter de répondre à cette question et comme pour toute question de santé publique, les experts du HCSP ont comparé les bénéfices attendus (autres que purement électoraux) par rapport aux risques potentiels encourus. Leur avis est d’une grande clarté et pour le moins tranché…

Les bénéfices d’une désinfection des rues sont jugés plus qu’incertains par le HCSP. Ce dernier rappelle à ce sujet que le principal mode de transmission avéré du virus se fait par l’émission de gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement, lorsque les distances de sécurité ne sont pas respectées. Les effets de transmission indirecte par toucher de surface contaminées n’ont pas été prouvés à ce jour, même si on a pu constater que le virus restait actif pendant quelques heures voire quelques jours sur certaines surface selon la nature du matériau support et les conditions atmosphériques, sans pour autant qu’on sache si un simple contact avec ces surfaces est réellement de nature à permettre une infection. Le HCSP rappelle quand même que le réservoir qui permet au virus de se développer est l’homme et pas son environnement, une évidence que l’on aurait presque tendance à oublier !

Désinfection dans une salle de classe à Rmeileh (Liban) (photo © Mahmoud Zayyat / AFP / France Culture)

En revanche, les risques liés à la pulvérisation sous pression de produits désinfectant dans l’espace public sont parfaitement connus et incontestables. L’eau de Javel, hypochlorite de sodium pour les intimes, le désinfectant le plus utilisé car le moins coûteux et le plus facile à se procurer, même si des tensions apparaissent alors que les ventes de ce produit ont augmenté de plus de 80 % ces dernières semaines, est un produit éminemment nocif, à l’origine de très nombreuses intoxications et son impact environnemental sur les organismes aquatiques et la végétation est loin d’être négligeable, la toxicité de certains des sous-produits issus de sa dégradation étant jugée préoccupante. Toute pulvérisation massive du produit à proximité d’un milieu aquatique, lorsque le ruissellement direct ou via le réseau pluvial le met en contact rapide avec une rivière ou la mer est donc fortement déconseillée.

Dans ces conditions, l’avis du HCSP est donc sans équivoque et indique qu’il n’est pas « recommandé de mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie », tout en formulant au passage une autre évidence, à savoir qu’il ne faut surtout pas remettre en suspension la poussière du sol en utilisant des appareils de type souffleurs de feuilles. Cela va sans dire mais il n’est parfois pas inutile de rappeler certaines évidences dans un monde où la panique à tendance à prendre le pas sur une rationalité minimale...

L. V.

Collecte des déchets : ça bouge !

24 mars 2020

Collecte des ordures ménagères par des agents de la métropole d’Aix-Marseille-Provence (photo © Patrick Magnien / 20 minutes)

Nous nous sommes habitués depuis plusieurs décennies à laisser le soin à des professionnels, rémunérés par la collectivité, d’assurer la collecte et le traitement de nos déchets dont le volume ne fait qu’augmenter d’année en année. Mais on ne peut continuer indéfiniment à accumuler des déchets que l’on enfouit ou que l’on incinère, car cette activité, malgré toutes les précautions qui sont prisses, coûte cher à la collectivité et contribue à polluer l’air, les sols et l’eau.

Pour sortir de ce cercle vicieux, toutes les solutions sont bonnes à prendre : éviter autant que possible de produire des déchets, recycler tout ce qui peut l’être et limiter l’impact environnemental de l’élimination des déchets ultimes, telles sont les grandes lignes des politiques publiques mises en œuvre… Et en la matière, les choses évoluent, même si l’agglomération marseillaise fait, jusqu’à présent, plutôt figure de retardataire.

Montagne de déchets en 2011 à Limeil-Brévannes dans le Val de Marne (photo © Jacques Demarthon / AFP / BFM TV)

Chaque Français génère en moyenne de l’ordre de 250 kg de déchets par an, collectés via le ramassage des ordures ménagères. En région PACA, ce volume s’élève en moyenne à 340 kg, ce qui signifie que l’on a une forte marge de progression pour mieux recycler et réduire à la source les volumes de matière à traiter !

Les activités économiques sont en partie responsables de cette surcharge pondérale coûteuse. Alors qu’en moyenne nationale les déchets issus des entreprises et des commerces qui continuent à être collectés et traités comme des ordures ménagères représentent 20 % du volume total des déchets ramassés par les collectivités, ce pourcentage est le double en région PACA. Une anomalie qui devrait être amenée à disparaître progressivement puisque depuis déjà des années, il revient aux acteurs économiques de s’organiser pour collecter et traiter eux-mêmes les déchets générés par leur activité.

Déchets dans la zone industrielle de Lambesc (source © association AZALEE / La Provence)

La collectivité n’a en effet aucune obligation de prendre en charge avec le reste des ordures ménagères la collecte des déchets issus de l’activité économique, surtout lorsque cela représente des volumes aussi importants. La plupart des collectivités ont d’ailleurs arrêté de le faire et laissent le soin aux entreprises et aux gestionnaires des zones d’activité de s’organiser en conséquence. A Marseille, sur les anciens territoires du Pays d’Aix et de la Communauté urbaine de Marseille, cette collecte s’est d’ailleurs arrêtée au 1er janvier 2020, au grand désarroi de nombreux industriels malgré toute la communication réalisée en amont…

Et les choses vont bouger aussi du côté des biodéchets, tout ce qui concerne les déchets organiques fermentescibles qui constituent une part très importante de nos déchets ménagers, souvent plus de 30 % du contenu de nos poubelles ! Réduire en fumée, via un incinérateur, ces déchets organiques gorgés d’eau, est une ineptie car cela consomme énormément d’énergie inutilement. Les enfouir avec les autres déchets est tout aussi regrettable voire potentiellement dangereux car leur fermentation en masse produit du biogaz qu’il faut évacuer à défaut de le valoriser.

Inversement, ces déchets organiques sont très facilement valorisables pour produire du biogaz et du compost parfaitement adapté pour de multiples usages en agriculture, ou pour les parcs et jardins des collectivités. Mais cela suppose de les collecter à part. Ce sera bientôt le cas puisque la loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 17 août 2015, rend obligatoire la collecte séparée des déchets organiques à compter de 2025. Et le calendrier s’accélère puisqu’une directive cadre relative aux déchets a été modifiée en 2018 et qu’elle ramène cette date limite au 31 décembre 2023, dans moins de 3 ans donc.

Composteur artisanal en bois à construire soi-même (source © Backyardfeast)

Les municipalités qui viennent d’être réélues ou qui le seront d’ici quelques mois, à l’issue de la crise sanitaire qui actuellement occupe tous les esprits, vont donc avoir à mettre en lace et à gérer une nouvelle étape importante, à savoir le tri à la source par chaque citoyen, de ces déchets organiques pour pouvoir les collecter séparément et les valoriser. Car tous les retours d’expérience ont confirmé que le tri mécanique de ces déchets, s’ils n’ont pas été séparés dès le départ, est totalement impossible et en tout cas sans aucune pertinence économique. C’est donc bien à chacun de faire en sorte de ne pas mélanger dès le départ ses épluchures de pommes de terre avec ses emballages de pizza. Encore un domaine où le citoyen va devoir réapprendre, très vite, à se montrer responsable et proactif, au lieu de se reposer entièrement sur l’action des agents municipaux ou de leurs prestataires, au prétexte qu’il paye des impôts pour cela…

Des composteurs individuels mis à disposition des familles (source © SYDED)

Le changement n’est pas si naturel qu’il ‘y paraît. Heureusement, de très nombreuses collectivités ont déjà franchi le pas et d’innombrables familles pratiquent déjà de manière quotidienne ce tri à la source des déchets organiques, soit pour nourrir leurs poules, soit pour alimenter le composteur placé dans un coin du jardin… Dans le Lot par exemple, un syndicat de traitement des ordures ménagères, le SYDED, a déjà installé sur son territoire quelques 270 composteurs partagés, souvent mis à disposition de structures telles que des établissements scolaires. Chacun de ces sites, grâce aux conseils pratiques de professionnels, permet de traiter de 500 kg à 3 tonnes de déchets organiques par an, autant de volume qui ne finit plus en décharge et permet de produire du terreau à usage local.

Un guide pratique réalisé parle réseau Compostplus à l’attention des collectivités (source © actu-environnement)

Ces composteurs de proximité, qui disposent désormais, depuis un arrêté du 9 avril 2018, d’un cadre réglementaire sécurisé pour des capacités ne dépassant pas 1 t de matière déposée par semaine, sont certainement appelés à se multiplier, tandis que plusieurs villes testent des tournées de collecte des déchets organiques en porte à porte. C’est le cas désormais à Grenoble et dans trois arrondissement de Paris par exemple. Il existe même un guide pratique de la collecte séparée des biodéchets, réalisé à l’attention des collectivités par le réseau Compostplus.

Peut-être un nouveau chantier que la nouvelle municipalité de Carnoux et les futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence auront à cœur de mettre en œuvre, sans même attendre l’échéance réglementaire du 31 décembre 2023, histoire de rattraper le retard accumulé dans le tri sélectif des ordures ménagères dans les logements collectifs ?

L. V.

Municipales 2020 : un premier tour atypique…

18 mars 2020

Décidément, les élections municipales se suivent et ne se ressemblent pas. On se doutait bien que celles de mars 2020 présenteraient un caractère un peu particulier, intervenant trois ans seulement après la victoire inattendue d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, suivi d’un triomphe de son tout nouveau parti, La République en Marche (LREM), aux législatives de juin 2017, qui avaient envoyé à l’Assemblée Nationale des cohortes de parfaits inconnus se disant « en même temps » à gauche et à droite, mais surtout du « nouveau monde ». Ne disposant pas, à ce jour, d’un véritable ancrage local et ayant subi de plein fouet la crise violente des Gilets jaunes et d’une critique de fond contre « le Président des Riches », le parti gouvernemental était prévenu par tout le monde qu’il pouvait s’attendre à une belle déculottée…

Les municipales 2020 à Paris : un chemin de croix pour LREM… (dessin signé © KAK / L’Opinion)

De ce point de vue, les observateurs n’ont pas été déçus, même si quelques candidats ont bien tiré leur épingle du jeu, à l’instar du Ministre de la Culture, Franck Riester ou de son collègue des Comptes Publics, Gérald Darmanin, tous deux élus dès le premier tour dans leur fief respectif de Coulommiers et de Tourcoing. Le Premier Ministre lui-même, Édouard Philippe, n’a pas réussi à s’imposer dès le premier tour au Havre. A Paris, les listes LREM conduites par Agnès Buzyn n’arrivent qu’en troisième position avec un peu plus de 17 % seulement, loin derrière Anne Hidalgo qui est créditée de plus de 29 % des suffrages sur l’ensemble de la capitale. Et à Marseille, la liste LREM défendue par Yvon Berland, n’a obtenu que moins de 8 % des suffrages exprimés et n’est en position de se maintenir que dans le 4ème secteur (6e et 8e arrondissements), avec à peine plus de 12 % des voix…

Un scrutin sous la menace du Covid-19 : dépouillement du 1er tour à Strasbourg (photo © Frederick Florin / AFP / Le Monde)

Mais c’est surtout l’ombre de l’épidémie de Covid-19 qui a fortement marqué ce premier tour des élections municipales. La plupart des meetings de campagne qui jalonnent traditionnellement la dernière semaine ayant été annulés in extremis, beaucoup s’étaient persuadés que ces élections seraient repoussées. La décision prise de maintenir le premier tour malgré le risque sanitaire a manifestement surpris plus d’un électeur et explique largement la participation exceptionnellement faible enregistrée dans la majorité des bureaux de vote. Avec un taux de participation de 44,6 % seulement en moyenne nationale, c’est la première fois qu’on enregistre une telle désaffection pour des élections municipales qui restent les favorites des Français. En 1983, ce taux était encore de 78 % et n’arrête pas de baisser depuis mais il dépassait encore 64 % lors du dernier scrutin en 2014 : la chute est brutale et plus que préoccupante pour l’état de notre démocratie…

Les près de 10 000 communes où le taux d’abstention a dépassé 50 % le 15 mars 2020 (infographie source © France TV info)

Dans un tel contexte, les surprises sont nombreuses. D’abord, et quoi qu’on en dise, le Rassemblement National (RN) et ses alliés, bien que présent dans nettement moins de communes qu’en 2014, restent à un niveau élevé. David Rachline a été confortablement réélu à Fréjus dès le premier tour, de même que Steeve Brivois à Hénin-Beaumont ou Robert Ménard à Béziers.

Les écologistes ont de leur côté effectué une belle percée lors de ce scrutin, ce qui confirme que leurs idées commencent à rencontrer un certain écho dans la population, surtout dans les grandes villes. Plusieurs d’entre eux sont arrivés largement en tête à l’issue du premier tour. C’est le cas notamment d’Eric Piolle qui devrait être réélu sans difficulté à Grenoble, mais aussi de Grégory Doucet qui crée la surprise à Lyon, ou encore d’Anne Vignot à Besançon ou de Jeanne Barseghian à Strasbourg, tandis que des écologistes sont bien placés en deuxième position à Rennes, Bordeaux, Toulouse ou encore Rouen.

Michèle Rubirola crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour des municipales à Marseille (photo © Nicolas Vallauri / MAXPPP / France 3 régions)

A Marseille, c’est aussi une écologiste qui a fait sensation en arrivant en tête du 1er tour avec 23,4 % des voix sur l’ensemble des secteurs, contre 22,3 % à Martine Vassal que tous les sondages de La Provence plaçaient pourtant largement en tête et dont les affiches avaient été placardées sur tous les espaces disponibles de la ville par des armées de mercenaires zélés. Les listes du Printemps Marseillais, conduites par Michèle Rubirola, arrivent en tête dans 3 des 8 secteurs de la ville, tandis que Samia Ghali est bien placée dans le 15-16 et Stéphane Ravier (RN) en bonne position dans le 13-14.

Rien n’est encore joué pourtant car pour l’heure on ne sait même pas à quelle date se déroulera le second tour de cette élection totalement perturbée par la crise sanitaire que traverse la France et qui justifie des mesures de confinement totalement exceptionnelles : du jamais vu sous la 5ème République ! De l’eau va couler sous les ponts d’ici là et pour l’instant tout le monde à la tête ailleurs, à commencer par la candidate Martine Vassal, que La Provence a annoncé diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est actuellement hospitalisée dans un état sérieux.

Malgré les circonstances très inhabituelles de ce scrutin et le taux d’abstention record qui a caractérisé ce premier tour, il est néanmoins remarquable de constater que plus de 30 000 communes françaises sont d’ores et déjà pourvu d’un nouveau conseil municipal élu dès le 15 mars 2020. Le deuxième tour, lorsqu’il aura lieu, ne concernera plus qu’environ 16 millions d’électeurs…

Carnoux fait partie de ces communes où un second tour ne sera pas nécessaire, le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi ayant été réélu sans surprise pour son quatrième mandat d’affilé, avec 67,5 % des suffrages exprimés. Son challenger, Gilles Di Rosa, a perdu son pari, avec à peine plus de 16 % des voix, et ne conservera plus que deux élus au conseil municipal, là où il en avait quatre. Quant à la liste citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par Jacques Boulesteix, elle fait une belle percée avec près de 16 % et obtient elle-aussi deux sièges dans le nouveau conseil municipal.

Le maire du Rove, Georges Rosso, réélu dès le 1er tour à plus de 90 ans (photo © David Rossi / La Provence)

Le maire sortant de Carnoux n’est pas le seul du secteur à avoir été facilement réélu dès le premier tour dans une telle ambiance fortement anxiogène que le Chef de l’État lui-même assimile à un état de guerre et qui incite chacun à se regrouper derrière la figure protectrice du premier magistrat de la commune. Danièle Millon à Cassis, Roland Giberti à Gémenos, Gaby Charroux à Martigues, Eric Le Dissès à Marignane ou encore François Bernardini à Istres ont ainsi retrouvé leur fauteuil de maire sans la moindre difficulté, de même que le maire sortant du Rove, le communiste Georges Rosso qui, à 91 ans, vient de se faire réélire haut la main pour son huitième mandat consécutif : un exemple pour le maire de Carnoux ?

L. V.

Aygalades : des eaux nickel chrome, ou presque…

16 mars 2020

La cascade des Aygalades : un petit coin de paradis marseillais… (source © Le retour de la vengeance)

Le ruisseau des Aygalades fait partie de ces petits coins de paradis que la Ville de Marseille a complètement dégradés sous l’effet de l’urbanisation et surtout de l’activité industrielle intense qu’a connue ce secteur au cours du siècle dernier. Une partie des anciennes industries qui fleurissaient dans la zone a fermé ses portes depuis longtemps, laissant ça et là dans le paysage des traces de leur activité, datant d’une époque où personne et surtout pas les patrons d’usines ne se préoccupait de préserver l’environnement.

Terril de résidus de bauxite à Saint-Louis des Aygalades (source © reves2voyages)

Un terril de résidus de bauxite est ainsi encore présent, à deux pas du ruisseau des Aygalades, vestige de l’ancienne usine Alusuisse de fabrication d’alumine qui s’était implantée à Saint-Louis des Aygalades en 1906 et qui employait près de 800 ouvriers en 1913. Modernisée en 1948, l’usine a continué à fabriquer de l’alumine jusqu’en 1968 avant de passer à la production de gallium jusqu’à sa fermeture définitive en 1977.


L’usine Alusuisse en 1913 (photo © Roland Desquines / photos rassemblées par Pierre Mioche et publiées dans Cahiers d’histoire de l’alumine / cairn.info)

Mais d’autres usines métallurgiques ont poursuivi leur activité dans le quartier. Parmi elles, Protec Métaux d’Arenc (PMA), une société créée en 1962 mais installée dans le quartier depuis 1983 et spécialisée dans le traitement de surface des métaux et la peinture pour l’industrie aéronautique. De nombreux dépassements des seuils autorisés par l’arrêté préfectoral de 1992 avaient conduit le site à installer une station d’épuration en 2009 afin de mieux traiter ses effluents industriels avant rejet.

Vue aérienne de l’usine PMA dans le 15ème arrondissement de Marseille (source © geoportail)

Mais durant l’été 2013, des ouvriers qui travaillaient dans le tunnel ferroviaire de Soulat, qui se situe à 400 m en contrebas de l’usine, ont eu la mauvaise surprise de voir suinter des écoulements d’eau étonnamment colorée qui s’est avérée être exceptionnellement riche en chrome hexavalent Cr (VI). Les concentrations en chrome VI mesurées dans ces résurgences atteignaient 127 mg/l ce qui représente plus de 2500 fois la limite maximale jugée admissible qui est de 0,05 g/l, soit 50 microgrammes par litre. Et encore, cette limite maximale autorisée pour l’eau potable prend en compte la totalité du chrome, y compris de chrome III, nettement plus abondant y compris à l’état naturel !

Cette forme d’oxydation rare du chrome se retrouve dans différents produits dont le chromate de strontium ou le trioxyde de chrome, tous utilisés classiquement dans différents procédés de traitement industriels de surface. Sous cette forme, le chrome VI est un cation extrêmement oxydant, particulièrement dangereux tant pour la santé humaine que pour l’environnement. Il est considéré comme mutagène, cancérogène et reprotoxique. Son inhalation est même potentiellement mortelle…

Les investigations menées dès septembre 2013 par les inspecteurs de l’environnement en charge du suivi des installations classées n’ont eu bien entendu aucun mal à remonter la source de ces écoulements riches en chrome VI. Ils ont constaté que les cuves dans lesquelles la société PMA stockait ses produits à base de chrome VI étaient largement fuyardes, permettant au produit de s’infiltrer directement dans le sol vers la nappe phréatique.

Des travaux ont été immédiatement prescrits pour revoir l’étanchéité de ces cuves, et des études ont été lancées pour identifier l’ampleur de la contamination autour de l’usine. Dès 2014, l’usine a été condamnée à payer une amende pour atteinte à l’environnement et le Préfet a adressé un courrier à la Ville de Marseille pour l’avertir du danger et lui demander de prendre un arrêté pour restreindre l’usage des eaux souterraines autour du secteur contaminé.

Arroser ses tomates avec une eau chargée en chrome VI : a éviter… (photo © artursfoto / actu-environnement)

Comme tout quartier ouvrier, le secteur des Aygalades contient en effet de nombreux habitats pavillonnaires avec jardins, le développement industriel de la zone s’étant justement appuyé sur cette proximité de la main d’œuvre, souvent d’origine immigrée (italienne notamment), qui logeait à proximité des sites de production. Juste en aval du site se trouve d’ailleurs le « Jardin du cheminot », avec ses parcelles cultivées par des agents de la SNCF.

Sauf que la Ville de Marseille a mis 6 ans pour réagir à ce courrier en prendre enfin, le 19 mars 2019, un arrêté instaurant un périmètre de sécurité dans un rayon d’un kilomètre autour de l’usine et restreignant l’usage des eaux souterraines dans ce secteur. Bien entendu, le recours à l’eau du robinet n’est pas impacté dans ce périmètre puisque, comme chacun sait, l’eau qui est distribuée dans l’agglomération marseillaise ne vient pas d’ici mais est puisé dans la Durance et le Verdon. Seul le recours aux puits domestiques est donc interdit. Les habitants de la zone impactée n’ont, eux, appris l’information qu’en novembre 2019, par un courrier émanant des services de l’État (DREAL) et non de la Ville.

Si la Ville a fini par réagir sous la poussée des services de l’État, c’est que les mesures effectuées périodiquement par ces derniers depuis 2014, montrent que les concentrations en chrome VI ne baissent que très peu. On retrouve encore, en 2017, 4 ans après la pollution initiale, des concentrations de chrome VI qui dépassent allègrement 40 voire 50 microgrammes par litre, ce qui représente encore plus de 5 fois la limite autorisée.

Et le pire, c’est qu’on constate que cette pollution au chrome a depuis migré dans les eaux de surface. Une étude scientifique, menée entre novembre 2016 et août 2018 par l’Institut méditerranée de biodiversité et d’écologie (IMBE), dont Marsactu s’est fait récemment l’écho, a en effet mis en évidence des taux de chrome VI très inquiétants et totalement hors-norme de 70 microgrammes par litre, précisément en aval de l’usine. Ce qui confirme sans doute possible que le chrome est toujours présent en quantités significatives dans les nappes souterraines où il poursuit sa lente migration vers l’aval.

Tracé du périmètre de restriction de l’utilisation des eaux souterraines autour de l’usine PMA (source © France 3)

Une enquête publique a donc été lancée car le périmètre de sécurité renferme quand même plus de 9000 habitants et contient, outre le lycée Saint-Exupéry ou l’école maternelle Saint-Louis-Consolat, de nombreux jardins dont on ne connaît pas la teneur en chrome VI dans la terre. De nouvelles analyses ont été faites sur 25 puits et forages, dont une quinzaine au moins utilisés régulièrement pour remplir des piscines ou arroser des jardins, et quelques uns montrent encore des concentrations en chrome VI supérieures aux limites autorisées.

Saisi par France nature environnement, le député François-Michel Lambert a d’ailleurs déposé le 18 février 2020, selon actu-environnement, une question écrite au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, pour lui demander d’ordonner une enquête épidémiologique et toxicologique. « Cette enquête permettra de savoir quelles peuvent être les conséquences de cette pollution sur la population, de soigner les gens intoxiqués si nécessaire, et enfin d’enclencher des poursuites contre les responsables », précise-t-il. Emporté par sa lancée, le député n’hésite pas à frapper fort et envisage carrément de déposer une demande de mise sous tutelle de la ville de Marseille si d’autres « incuries quant à la protection des citoyens » venaient à se produire. A Marseille, on n’y va pas avec le dos de la cuillère, même chromée…

L. V.

Vélo à assistance électrique, le mode de transport urbain idéal

14 février 2020

Vélo à assistance électrique : guide d’achat (source © YouTube)

Le vélo électrique est un vélo qui est adapté à plusieurs types d’utilisation par des cyclistes avertis ou des cyclistes débutants. Rassurant, il permet d’exercer ou de reprendre une activité physique progressivement et en douceur. Autonome, il permet de parcourir de nombreux kilomètres sans forcer de manière excessive. Pratique, il permet de se rendre au travail sans se fatiguer ou d’aller faire ses emplettes de proximité sans utiliser de véhicule à moteur thermique polluant.

Le vélo électrique présente donc de multiples avantages. Non seulement il bénéficie des atouts du vélo traditionnel, mais en plus il permet à de nombreuses personnes d’utiliser un vélo alors que ce mode de transport n’aurait pas été choisi naturellement comme alternative à la voiture classique. C’est le cas notamment quand les voies de circulation présentent un relief accidenté comme à Carnoux ainsi que pour toutes les routes permettant de se rendre dans les villes proches (Aubagne, La Ciotat, Cassis).

Exemple de vélo à assistance électrique (source © High Tech Market)

Comme son nom ne l’indique pas forcément, ce type de vélos bénéficie uniquement d’une assistance électrique. Il est nécessaire de pédaler pour qu’un moteur alimenté par une batterie assure un complément de puissance d’origine électrique à la puissance musculaire du cycliste. L’assistance est réglable selon l’effort physique que le cycliste est en mesure de produire et il en est de même pour l’autonomie escomptée. L’assistance électrique agit jusqu’à une vitesse de 25 km/h puis se coupe, laissant alors uniquement la force musculaire du cycliste faire rouler le vélo. La batterie au lithium stocke l’énergie électrique, non polluante et illimitée pour peu que sa recharge s’effectue à partir d’un moyen de production n’émettant pas de CO2 (solaire, éolien, nucléaire). Le vélo électrique est donc tout à fait un vélo écologique. En outre, le vélo électrique jouit des mêmes règles qu’un vélo traditionnel.

Le plaisir de rouler de concert… (source © Vélo Electrique)

Cela signifie que vous pouvez rouler sur les pistes cyclables, le ranger dans les parkings à vélo, ou encore l’emporter dans le train ou les bus équipés. Le port du casque n’est pas obligatoire (mais recommandé comme pour les vélos traditionnels). Les vélos électriques permettent donc de se déplacer en se fatiguant un minimum même sur des circuits avec des dénivelés positifs importants. Il autorise ainsi tout un chacun à faire du vélo pour le plaisir et à remplacer la voiture sur les trajets de proximité (déplacements dans Carnoux intra-muros et liaisons vers les villes proches).

En équipant, a minima, son vélo d’une paire de sacoches il est possible d’aller faire ses courses journalières (boulangerie, produits frais, etc.). De plus, le stationnement est facilité puisque généralement il est possible d’attacher son vélo sur un point fixe à proximité immédiate du lieu où l’on se rend.

Une Carnussienne, adepte du vélo à assistance électrique depuis 9 ans : 10 000 km au compteur ! (photo © CPC)

Pour conclure, le vélo électrique ne présente que des avantages, même au niveau de son tarif qui, au regard de l’engouement suscité et donc de la demande en forte augmentation devient très abordable. De plus, certaines aides peuvent être octroyées pour l’achat d’un vélo à assistance électrique. Dans le département des Bouches-du-Rhône, le montant de cette aide, accordée par le Conseil départemental, est de 400 €.

Ainsi, il est évident que le vélo à assistance électrique est bien le mode de transport doux le mieux adapté à Carnoux et ses environs proches. Il reste toutefois à développer un réseau de pistes cyclables adéquates pour assurer la sécurité de ce nouveau mode de transport quasi-idéal, un autre défi à relever…

P. Gérard

Duel d’artillerie lourde à Carnoux…

8 février 2020

Il y a encore quelques mois, tout le monde annonçait une campagne municipale terne, sur fond de découragement des élus qui, à en croire les médias, étaient tous sur le point de jeter l’éponge, et de démobilisation des citoyens, gagnés par l’apathie et tentés par l’abstention. Mais à un peu plus d’un mois du premier tour, il n’en est rien ! Voilà qu’à Carnoux, la campagne a pris des allures d’affrontement sanglant..

C’est Gilles Di Rosa qui a déclenché l’offensive dès le mois d’octobre 2019, alors que le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 37 ans, avait annoncé dès le mois de janvier, sa volonté de briguer un quatrième mandat de maire. Les tracts distribués, semaine après semaine, par l’équipe de Gilles Di Rosa, ont peu à peu instillé leur venin… C’est d’abord le rond-point des Barles qui a été pointé du doigt : une dépense somptuaire à 70 000 €, présentée comme un « gaspillage de l’argent public ». Puis c’est le placement financier de 200 000 €, immobilisé depuis 2014 sous forme de parts sociales dans un établissement bancaire, qui a été mis en cause. Et c’est enfin le crédit quasi gratuit de 800 000 € accordé par la commune fin 2013 au diocèse de Marseille en toute illégalité, afin de permettre à ce dernier de réaliser à bon compte la reconstruction du collège privé Saint-Augustin, une opération qui avait fait l’objet de vertes critiques de la part de la Chambre régionale des comptes.

Attaqué sur son terrain favori de la gestion financière des deniers publics, le sang du maire sortant n’a fait qu’un tour. Et le voici donc qui diffuse dans toutes les boîtes aux lettres de la ville un tract incendiaire où on le voit, les manches retroussées et les bras croisés dans une allure de défi, répondre pied à pied à son adversaire animé d’une « véritable ambition » comme le rappellent chacun de ses tracts de campagne.

Et c’est carrément l’artillerie lourde qui est employée pour répondre aux tirs de snipers de la liste adverse. A ce niveau-là, les cibles mineures comme le rond-point et son olivier centenaire, sont négligées : trop petit pour la Grosse Bertha avec laquelle le maire sortant pilonne le camp adverse… Les arguments manquent un peu de précision, mais l’essentiel est d’impressionner l’adversaire !

Le fond du problème est que la commune a trop d’argent et dégage année après année un excédent budgétaire important : 520 000 € en 2017 et quasiment 1,2 millions en 2018 ! La commune a beau s’efforcer de réaliser des dépenses somptuaires, du rond-point de l’olivier à l’hôtel de ville quelque peu disproportionné en passant par l’enfouissement des lignes électriques, comme la quasi totalité des investissements est subventionnée, parfois jusqu’à 70 %, par le Conseil départemental, il reste toujours trop d’argent en fin d’exercice et c’est ce qui explique ces placements financiers et ces prêts quelques peu inhabituels et normalement interdits dans une commune pour laquelle l’annuité du budget est un principe de base.

Le collège Saint-Augustin à Carnoux (source site du collège)

Sur la question du crédit de 800 000 € accordé au diocèse pour la reconstruction du collège Saint-Augustin, l’argument mis en avant par le maire est tout simplement effarant, surtout venant de la part d’un spécialiste en finances publiques. Il reconnaît bien volontiers, comme l’a expressément écrit la Chambre régionale des comptes que se décision était parfaitement illégale, ce qui est un peu surprenant de la part de celui qui, de par sa fonction même de représentant de l’État et d’officier de police judiciaire, est garant de la légalité des décisions de la collectivité. Mais il estime que c’était faute vénielle car elle est restée exceptionnelle. C’est comme si un malfrat se targuait de son honnêteté en plaidant : « oui, j’ai braqué une banque, mais je ne l’ai fait qu’une fois, et en plus je n’ai même pas été condamné… »

Ces échanges nourris de tirs d’artillerie entre deux listes que seules séparent des ambitions personnelles (rappelons quand même au passage que Gilles Di Rosa était l’adjoint de Jean-Pierre Giorgi de 2001 à 2008 et qu’il a été élu sur sa même liste en 2008, même si son élection a été ensuite invalidée) transforment depuis quelques semaines déjà la place du marché en champ de bataille où les deux équipes au complet s’affrontent sous l’œil amusé des quelques Carnussiens qui viennent y faire leurs courses.

Article publié dans La Provence le 6 février 2020

Pendant ce temps et loin de ces batailles d’ego d’un autre temps, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire trace pas à pas son sillon en mettant en avant des thématiques qui touchent à la vie quotidienne des Carnussiens dans un monde mouvant et soumis à des défis majeurs tels que le changement climatique global, la montée des inégalités sociales ou la transition énergétique. Comment mieux associer chaque citoyen aux choix d’investissement via la mise en place de budgets participatifs ? Comment mieux faire face collectivement aux défis d’une métropole en pleine construction et qui n’a guère fait preuve d’efficacité jusqu’à présent alors que c’est à son échelle que doivent être gérés le développement d’une activité économique innovante, le rééquilibrage des offres de logement accessibles à tous, la mise en place de transports publics performants, le maintien d’un maillage adapté de services publics accessibles, mais aussi la gestion des ressources en eau, la prévention des risques naturels et technologiques, la préservation des espaces naturels et agricoles ou encore la lutte contre les pollutions ?

Toutes ces thématiques et bien d’autres encore font l’objet d’analyses et de propositions concrètes, détaillées sur le site internet de la liste. Elles ont été largement abordées lors d’une réunion publique qui s’est tenue à la Crémaillère, mardi 4 février 2020 et qui a rassemblé une soixantaine de Carnussiens avides de donner leurs avis et d’émettre des propositions concrètes : comment développer le réseau de pistes cyclables à Carnoux ? Comment mettre en place un dispositif de pedibus pour accompagner les enfants à l’école communale ? Comment rendre plus accessibles les équipements culturels et sportifs de qualité dont dispose la commune et qui sont largement sous-utilisés ? Comment encourager et accompagner les initiatives individuelles d’isolation thermique des maisons et de mise en place de panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire et la production électrique ? Comment mieux évaluer le niveau de pollution de l’air du fait des flux incessant de voitures qui traversent la ville et surtout comment réduire cette circulation ? Comment développer les espaces verts et lutter contre les îlots de chaleur en ville ?

Réunion publique de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire à la Crémaillère, le 4 février 2020 (source © CPC)

Autant de questions qui passionnent nombre de Carnussiens, intéressés par cette démarche citoyenne un peu à rebours des querelles de politiciens semi-professionnels qui se disent bon gestionnaires parce qu’ils savent faire des dossiers de demande de subvention et des placements financiers. Gérer une commune est bien plus que cela : c’est aussi associer les habitants aux décisions pour créer du consensus et du lien social afin d’anticiper sur les défis qui nous attendent collectivement et trouver ensemble les meilleures voies pour y faire face…

L. V.