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Qui pourrait encore arrêter Martine Vassal ?

7 octobre 2019

A Marseille comme dans le reste de la France, le premier tour des prochaines élections municipales n’aura lieu que dans 5 mois, le 15 mars 2020. Mais la dauphine de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, déjà présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et, depuis septembre 2018 également de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a d’ores et déjà pris une sérieuse option sur la victoire, On voit même très mal à ce jour ce qui pourrait désormais l’empêcher de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille où il siège depuis bientôt 25 ans.

Martine Vassal annonçant sa candidature à la mairie de Marseille, le vendredi 13 septembre 2019 (source © France Bleu Provence)

Pourtant, la déclaration de candidature de Martine Vassal est toute récente puisqu’elle a eu lieu le vendredi 13 septembre (un vendredi 13, il n’y a bien que dans les Bouches-du-Rhône que le chiffre 13 est considéré comme porte-bonheur !). Une déclaration de candidature assez peu inspirée d’ailleurs, qui s’est faite devant un parterre de journalistes convoqués pour l’occasion au musée Regards de Provence, et qui ne restera probablement pas dans les annales de la politique.

« Oui, je suis candidate pour l’élection de maire de Marseille pour mars 2020 » a-t-elle énoncée, ce qui n’a bien sûr étonné personne et laissé l’assemblée de marbre, d’autant qu’elle avait exposé la veille les conclusions de son groupe de réflexion regroupant quelques 400 personnalités issues de la société civile et qui planchaient depuis 6 mois sur le thème de « Marseille Métropole Audacieuse ». Il a même fallu, une fois sa candidature annoncée, que Martine Vassal interpelle directement les journalistes interloqués d’un « vous pouvez m’applaudir ! » pour susciter une réaction de leur part, comme on peut le constater en visionnant la vidéo postée notamment par France Bleu Provence

Extrait du sondage Elabe de septembre 2019 (source © La Tribune)

Mais dès le 27 septembre, un premier sondage réalisé par l’institut Elabe pour La Tribune et BFMTV montrait que sa candidature avait le vent en poupe. A ce stade, sa candidature à droite n’est pourtant pas la seule puisque le sénateur LR Bruno Gilles, qui avait annoncé ses propres ambitions pour la mairie de Marseille dès septembre 2018, n’a pas (encore) exprimé la moindre intention de se retirer et fait monter les enchères en attendant, tandis que Jean-Claude Gaudin, toujours aussi pragmatique conseille de lui confier la prochaine bataille des sénatoriales pour calmer ses appétits.

De ce point de vue en tout cas, ce premier sondage est plutôt rassurant pour Martine Vassal qui ferait au premier tour un meilleur score que son challenger LR dont la notoriété et la popularité sont nettement moindres. Elle arriverait facilement en tête de ce premier tour avec 29,5 % des suffrages contre 22,5 % si c’est Bruno Gilles qui devait bénéficier de l’investiture LR.

A l’extrême-droite, le candidat désormais déclaré du Rassemblement National, Stéphane Ravier, arriverait sans surprise en deuxième position avec 21 à 22 % des voix, et au minimum 20,5 % dans l’hypothèse, peu probable, où Bruno Gilles maintiendrait malgré tout sa candidature face à celle de Martine Vassal.

Et la gauche, direz-vous ? C’est bien en effet tout le paradoxe de la ville de Marseille, une ville sociologiquement ancrée solidement à gauche, mais où politiquement la droite détient tous les leviers, pour la raison très simple que la gauche est incapable de s’unir. Pourtant, de très gros efforts ont été faits en amont de cette échéance électorale, poussés par le tissu associatif et les mouvements citoyens dynamiques, ulcérés par les faillites successives de cette grande métropole où règne l’insécurité, les injustices sociales, la pollution, les embouteillages, l’absence de vision stratégique et l’habitat indigne dans certains quartiers du centre-ville.

Le 7 juin dernier, le collectif citoyen Mad Mars avait ainsi rassemblé près de 400 personnes aux Docks après avoir lancé dès le mois de mai via le quotidien Libération, un appel à l’union des forces progressistes, intitulé « S’unir ou subir », pour essayer de faire bouger les lignes. Une idée folle, mais « Voilà : on est fous parce qu’on croit encore à la politique ! » ne peut s’empêcher de dire Olivia Fortin, initiatrice de Mad Mars. Fin juillet, les États Généraux de Marseille ont permis de mobiliser un grand nombre de mouvements associatifs et citoyens qui depuis s’efforcent de construire un Pacte démocratique pour Marseille en vue de constituer une liste citoyenne progressiste unique.

Réunion du Pacte démocratique pour Marseille en août 2019 (source © Marsactu)

Le 11 juillet 2019, c’est un nouvel appel, publié toujours dans Libération et appuyé par 600 signatures, qui lançait un « Mouvement sans précédent » pour construire « la Marseille de demain », « une ville égalitaire, solidaire et accueillante, une ville qui protège ses biens communs, avec des services publics de qualité, gérés démocratiquement », « une ville qui abolit tout clientélisme, une ville gérée en transparence », « Une ville écologique qui agit fermement », « Une ville où le développement économique profite à tou·tes ». Ce bel élan porté par de nombreuses personnalités locales prônait « un mouvement unitaire pour les municipales de 2020 et au-delà, avec toutes les forces politiques, sociales, associatives, syndicales et économiques prêtes à s’engager sur des valeurs : transparence, solidarité, écologie, humanité, justice ».

La mairie de Marseille, objet de beaucoup de convoitises… (photo © Olivier Monge / Libération)

De fait, le sondage publié en septembre confirme s’il en était besoin que les forces progressistes en question sont a priori plutôt majoritaires, même si chacun a son idée sur le contour de cette notion quelque peu subjective. Pour nombre de militants de la France Insoumise, bien évidemment, la République en Marche n’en fait pas partie et de fait Martine Vassal fait clairement des appels du pied pour un rassemblement au deuxième tour avec le candidat de LREM, lequel d’ailleurs n’a toujours pas été désigné. Deux candidats à ce jour se disputent l’investiture, le député Saïd Ahmada et l’universitaire Yvon Berland qui commence à bouillir d’impatience. Le sondage Elabe montre néanmoins que leur score ne dépasserait guère 10 % dans l’état actuel des choses, ce qui compromet leurs chances de se maintenir au deuxième tour.

Benoit Payan et Michèle Rubirola, élus en tandem à l’occasion des Départementales de 2015 (source © Flickr)

Quant aux candidats qui se réclament de la gauche, le sondage publié en septembre est parti du principe qu’ils pourraient être 6 en lice, avec une liste d’extrême-gauche (crédité de 1 % des voix), une liste PCF menée par Jean-Marc Coppola (qui pourrait recueillir 3 à 4 % selon les hypothèses), une liste étiquetée France Insoumise, conduite par Sophie Camard (qui recueillerait autour de 6 % des intentions de vote), une liste PS, pilotée par Benoît Payan (créditée de 7 à 8 % des suffrages), une liste menée par Samia Ghali qui, du fait de sa forte notoriété pourrait atteindre 10 % dans certaines hypothèses, et enfin une liste écologiste, dont la tête de file pourrait être Michèle Rubirola et qui serait créditée de 14 à 17 % des intentions de vote.

En politique, on sait bien qu’il ne suffit pas d’additionner, surtout de simples intentions de votes exprimées dans un sondage plusieurs mois avant les élections, mais quand même : le total de toutes ces listes se réclamant de gauche varie entre 40 et 45 %, loin devant celui dont est serait créditée la droite au premier tour. De quoi donner du corps aux échanges qui ont eu lieu ces derniers temps entre états-majors politiques et candidats putatifs, plusieurs partis songeant sérieusement à envisager une liste d’union à gauche.

Sébastien Barles, futur candidat EELV aux municipales de 2020 à Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP / France Inter)

Sauf que la messe semble bien avoir été dite ce week-end, à l’occasion d’une assemblée générale d’Europe Écologie Les Verts qui s’est tenue samedi 5 octobre 2019. Une petite poignée de militants écologistes réunis en AG, grisés par les bons résultats de leur parti aux dernières élections européennes, ont décidé de faire cavalier seul et d’introniser comme tête de liste, non pas Michèle Rubirola, qui avait signé cet été, tout comme Benoît Payan, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola l’appel à une liste d’union, mais Sébastien Barles, un ancien attaché parlementaire de 46 ans.

Une sacré bonne nouvelle pour Martine Vassal qui voit ainsi s’éloigner à grand pas la crainte d’une liste d’union de la gauche qui aurait pu lui compliquer quelque peu la tâche. Son élection à la marie de Marseille ne devrait plus être désormais qu’une simple formalité, ce qui lui permettra de cumuler les fonctions de Présidente de la Métropole AMP et de Maire de Marseille, dans l’hypothèse du moins où elle abandonnerait son poste de Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ainsi qu’elle l’a laissé entendre. C’est finalement le seul suspens qui subsiste encore, sauf à imaginer, mais ce serait vraiment jouer de malchance, un réveil inopportun des procédures judiciaires engagées à son encontre…

L. V.

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Astucieux : des filets attrape-déchets

21 septembre 2019

C’est un rapport du WWF, publié le 7 juin 2019 et déjà évoqué ici, qui l’affirme : 600 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans la Mer Méditerranée, dont une bonne partie directement depuis les côtes françaises. Il suffit de se promener sur les plages marseillaises après une période de précipitations pour le constater : les accumulations de déchets de toute sorte s’amoncellent sur nos côtes et finissent inéluctablement dans la mer, dégradant non seulement la qualité esthétique de nos paysages mais surtout provoquant des atteintes irréversibles à la biodiversité.

Déchets sur la plage du Prado (photo © archives Bruno Souillard / La Provence)

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les incivilités ne sont pas seules à l’origine de cet état de fait : tous ces déchets qui jonchent nos côtes et dérivent parfois très loin au large n’ont pas été jetés volontairement par des individus dénués de tout scrupule, même si ce genre de comportement existe aussi. Bien souvent, il s’agit de déchets soigneusement jetés dans les poubelles.

Ramassage des poubelles dans les rues de Marseille (photo © G. Bernardi / 20 Minutes)

Sauf que les poubelles souvent débordent et parfois se renversent. Il suffit alors d’un coup de mistral pour que ces déchets s’envolent et entament une course vagabonde qui les emmène sur la chaussée. Dès qu’il pleut, tous ces déchets sont emportés par le ruissellement et se retrouvent dans les bouches d’égout du réseau pluvial qui les charrie dans les cours d’eau ou directement en mer. Et c’est pourquoi on retrouve sur les berges de nos rivières et au droit des exutoires en mer autant d’accumulation de déchets de toute sorte : sacs en plastique, mégots, canettes, couches usagées, déchets de polystyrène ou emballages de fastfood…

Pour tenter de limiter un tel fléau, les Australiens ont eu une idée toute simple mise en œuvre en 2018 à Kwinana, une ville de 40 000 habitants dans la banlieue de Perth : elle consiste tout simplement à poser des filets à la sortie des canalisations du réseau pluvial. Quand il pleut, tous les déchets qui sont charriés dans le réseau se retrouvent piégés dans les filets qu’il suffit donc de vider régulièrement. Pour cela, il faut mobiliser un camion muni d’une grue afin de relever les filets et de les vider avant de trier les déchets ainsi récoltés, tandis qu’on remet en place le filet jusqu’à l’épisode pluvieux suivant.

Filet à déchets installé à la sortie d’une canalisation de Kwinana (source : site Facebook de la ville / Creapills)

Et le dispositif est particulièrement efficace à en juger par les images diffusées par la municipalité de Kwinana : ce sont plusieurs centaines de kg de déchets flottants de toutes sortes qui sont ainsi recueillis régulièrement, évitant qu’ils ne se dispersent ensuite directement dans le milieu naturel.

Filets à déchets installés sur un exutoire pluvial de Kwinana (source : site Facebook de la ville / Creapills)

Un système aussi astucieux et qui recourt à une technicité somme toute assez modeste, ne pouvait qu’attirer l’attention. Avec les nouveaux moyens d’information, les idées circulent vite et un an plus tard, la méthode a déjà fait de nombreux émules. Même la ville de Marseille s’y est intéressée, elle qui est confrontée depuis des années à ce problème des déchets qui finissent en mer. Cet été, le 13 août 2019, comme l’ont noté GoMet ou encore Made in Marseille, le SERAMM (Service d’assainissement Marseille Métropole, une société du groupe Suez, concessionnaire du marché de gestion des eaux usées sur plusieurs communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, dont Marseille et Carnoux-en-Provence) a donc installé lui-aussi des filets anti-déchets à la sortie de certaines canalisations sur le littoral.

Il a pour cela fait appel à la société Pollustock, basée à Mandelieu – La Napoule, dans les Alpes-Maritimes, une entreprise spécialisée depuis plus de 10 ans dans la conception de barrages flottants anti-pollution. Pollustock commercialise ses filets HR 1000 en matière imputrescible à larges mailles, développés dans le cadre d’un partenariat avec Vinci Autoroutes et qui présentent une grande résistance leur permettant de retenir d’importants volumes de macro-déchets tout en étant réutilisables de manière durable.

Pose d’un filet Pollustock pour le SERAMM sur le littoral marseillais en août 2019 (source © Pollustock)

Installés au droit d’exutoires en mer sur le littoral marseillais, dans des secteurs parfois difficiles d’accès, ces filets devraient bientôt entrer en action suite aux orages d’automne attendus dès ce week-end. Nul doute qu’ils permettront d’arrêter au moins une partie des canettes, bouteilles en plastique et autres déchets qui sinon finissent directement leur course en mer. Une initiative qui demanderait certainement à être rapidement généralisée sur tout le territoire de la métropole et, au-delà, sur tout le pourtour de la Méditerranée. Pour une fois que Marseille s’empare aussi vite d’une innovation à visée écologique, cela méritait d’être salué !

L. V.

Marseille : les inégalités de revenus se creusent

16 septembre 2019

Marseille est l’une des villes les plus inégalitaires. Année après année toutes les études le confirment (Observatoire des inégalités, rapport Philippe Langevin de 2018, OCDE, …). Mais les disparités par arrondissements et leurs évolutions sur une longue période sont très instructives, surtout lorsqu’on se compare aux autres grandes villes françaises.

 

Vue de Marseille à l’arrivée de l’autoroute A7 vers la Porte d’Aix, en limite des 1er, 2ème et 3ème arrondissements (photo © Gérard Julien / AFP / France 3 Régions)

Les statistiques INSEE accessibles au niveau des arrondissements (parfois au niveau des quartiers) montrent que les inégalités entre arrondissements « pauvres » et « riches » se sont considérablement accentuées, au moins depuis 2006 (premières statistiques normalisées accessibles). A Marseille, en moyenne, elles ont cru 2 fois plus vite qu’à Lyon. Il n’y a donc eu aucun rééquilibrage, bien au contraire.

Entre 2006 et 2016, la croissance de revenu médian des arrondissements « riches » a été proportionnellement le double de celle des arrondissements « pauvres ». Et, aux extrêmes, entre l’arrondissement qui a connu la plus forte croissance (+ 36 %) et celui à la traîne (+ 8,4 %), le rapport est de plus de 4… C’est unique en France. En région parisienne, durant la même période 2006-2016, le revenu médian de la ville la plus riche (Neuilly) a cru de 22,1 % et celui de la ville la plus pauvre (Clichy-sous-Bois) de 9,9 %, soit un rapport deux fois moindre…

 

Évolution entre 2006 et 2016 des revenus par arrondissement. Il s’agit des revenus nets par unité de consommation (UC). Dans un ménage, le premier adulte compte pour 1 UC, les autres personnes de plus de 14 ans comptent pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans comptent pour 0,3 UC

En fait, plus l’arrondissement dispose de revenus élevés, plus l’évolution sur 10 ans de ses revenus est forte ! Le Marseille de Jean-Claude Gaudin, c’est celui du creusement inédit des inégalités territoriales de revenus.

Carte des 16 arrondissements de Marseille (source © Cartograf)

Évidemment, à la marge, on observe d’autres évolutions socio-démographiques, comme la stagnation relative du 8ème arrondissement, qui reste cependant bien en tête, bien que talonné plus fortement par le 7ème et le 12ème. Le 3ème reste, lui, complètement à la traîne, et, bien qu’étant l’un des territoires les plus pauvres de France, son écart avec la moyenne de la ville continue à se creuser.

Même si la lutte contre les inégalités est sans doute plus efficace au niveau de l’État (taux de TVA, impôt sur le revenu, redistribution, services publics, …) elle se situe aussi au niveau local. D’ailleurs c’est au niveau local que le ressenti est le plus fort (exclusion, déclassement, vie quotidienne).

Au niveau local comme au niveau national, les politiques de lutte contre les inégalités de revenu peuvent agir à deux niveaux : au moment de leur formation (les inégalités dites « primaires » c’est-à-dire avant redistribution) ou par la redistribution d’une partie des revenus perçus. Les politiques fiscales, y compris locales, sont déjà susceptibles de réduire très directement les inégalités. Elles ne sont cependant pas les seules. L’aménagement de l’espace local, les équipements et services publics, l’accompagnement social, la formation, les outils de développement économique permettent d’agir sur les « inégalités » primaires d’une manière tout à fait efficace. Les politiques locales (fiscalité, urbanisme, transports, …) peuvent également encadrer et peser sur le patrimoine privé qui contribue très fortement aux inégalités de revenus et constitue, à Marseille, l’une des composantes de la disparité territoriale (par arrondissements).

J. Boulesteix

Horizons Sud : un bilan mitigé pour la région PACA

24 août 2019

L’information n’a certes guère dépassé le petit cercle d’initiés qui s’intéressent encore à l’élaboration de ces multiples plans de programmation territoriale aux sigles tous plus abscons les uns que les autres : l’assemblée de la Région PACA a officiellement adopté le 26 juin 2019 son SRADDET… Il faut bien reconnaître que cet acronyme n’est pas des plus commodes à retenir : le SRADDET n’est autre que le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, un concentré de novlangue dont les technocrates raffolent mais qui peine à mobiliser le citoyen lambda.

Instauré en 2015 par la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République), celle-là même qui attribuait de nouvelles compétences aux Régions, en partie au détriment des Départements, tout en renforçant la structuration intercommunale, et ceci dans le contexte du redécoupage des Régions françaises, le SRADDET est en réalité un nouveau schéma régional de planification qui fusionne plusieurs documents préexistants. Il existait déjà un Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire, mais aussi un Plan régional de prévention et de gestion des déchets, ainsi qu’un Schéma régional de l’intermodalité, mais aussi un Schéma régional climat, air, énergie, et même un Schéma régional de continuité écologique : n’en jetez plus !

La loi de 2015 a donc simplement instauré la fusion de tous ces documents de planification stratégique en un seul, histoire d’en simplifier l’appropriation et d’obliger à un minimum de cohérence entre toutes ces bonnes intentions soigneusement affichées mais rarement mises en œuvre. De ce point de vue, le SRADDET, même unifié et articulé autour de 11 domaines obligatoires, reste un simple document stratégique et prospectif d’aménagement du territoire qui n’a d’autre portée juridique que d’afficher de grandes orientations auxquelles devront se conformer les autres documents de planification généralement élaborés à l’échelle intercommunale : SCOT (schémas de cohérence territoriale), PLU (plans locaux d’urbanisme), PDU (plans de déplacements urbains), PCAET (plans climat-air-énergie territoriaux), ou encore les chartes des Parcs naturels régionaux.

Réunion de présentation de la stratégie régionale d’avenir au Conseil régional PACA le 1er octobre 2018 (extrait du rapport SRADDET PACA)

Toujours est-il que la Région PACA s’enorgueillit d’avoir été la première de France à adopter son SRADDET, aidée en cela par le fait qu’elle est l’une des rares à n’avoir pas vu ses limites administratives bouger au 1er janvier 2016, lors du grand redécoupage mis en œuvre par François Hollande. Il reste encore au Préfet de Région à approuver officiellement ce document avant qu’il ne soit mis en œuvre, mais cette étape n’en est pas moins l’aboutissement d’un long processus qui a demandé 2 ans de concertation avec pas moins de 250 partenaires territoriaux avant d’arrêter le projet, le 1er octobre 2018. Après consultation des personnes publiques associées puis enquête publique (qui n’a occasionné que 315 observations dont 6 seulement émanent de la population, ce qui montre que les 5 millions d’habitants de la région PACA ne se sont guère sentis mobilisés par le sujet), la commission d’enquête a remis un avis favorable, et voilà donc le document officiellement adopté.

Le citoyen curieux pourra toujours se reporter au rapport de 367 pages adopté en juin 2019 pour y découvrir les 68 objectifs retenus dans ce document stratégique, ainsi qu’au fascicule joint en annexe et qui détaille sur 295 pages les 52 règles adoptées. En quelques lignes, on retiendra que les principaux messages clés visés par la région au travers de ce document sont les suivants :

  • Redonner une attractivité à la région en accompagnant une hausse de la démographie, tout en maitrisant la consommation de l’espace,
  • Conforter les centres villes,
  • Permettre l’accès à un logement abordable pour tous,
  • Réussir la transition énergétique et écologique vers une région neutre en carbone en 2050,
  • Développer une offre de transports intermodale à l’horizon 2022,
  • Développer l’économie circulaire et produire moins de déchets.

De belles intentions nobles et louables donc, bien que légèrement contradictoires au moins en apparence, qui s’appuient en réalité sur un diagnostic approfondi qui a été élaboré depuis octobre 2017 dans le cadre d’un partenariat entre la Région, les services de l’État et les 4 agences d’urbanisme locales, celles de l’agglomération marseillaise (AGAM), de l’aire toulonnaise et du Var (AUDAT), du pays d’Aix-Durance (AUPA) et celle de Rhône-Avignon-Vaucluse (AURAV). Pompeusement intitulé Horizons Sud, le portait territorial qui en résulte est mi-figue, mi-raisin.

Il en ressort notamment que les 3 grosses agglomérations territoriales récemment érigées en métropoles (Aix-Marseille, Toulon et Nice) sont nettement moins dynamiques et plus fragilisées sur le plan socio-économique que leurs analogues de la moitié sud de la France, une fragilité qui caractérise également la plupart des villes moyennes de la région. Après une croissance forte jusque dans les années 1980, PACA se révèle ainsi la région la moins attractive du grand Sud, avec une croissance démographique inférieure à la moyenne nationale et un indice de vieillissement de la population particulièrement élevé.

Évolution du solde apparent de population en région PACA (source : Notre territoire / Ma région SUD)

Cette faible attractivité est due en grande partie au choix du modèle de développement adopté jusque-là, avec un étalement urbain déraisonnable qui a fait disparaître une grande partie des espaces naturels et agricoles, par ailleurs menacés par le changement climatique, mais aussi par une priorité suicidaire accordée aux déplacement par la route, ce qui se traduit par une saturation du réseau routier et des niveaux de pollution atmosphérique inquiétants.

Un dessin signé Ysope pour Marsactu

Bien que fortement créatrice d’emplois, la région est l’une de celle qui présente le taux de chômage le plus élevé (10,2 % à comparer à la moyenne nationale de 8,5 %). PACA est devenue, juste après l’Île-de-France, la région où, se loger coûte le plus cher, mais aussi celle où le taux de résidences secondaires est le plus fort (le double de la moyenne nationale, ce qui réduit d’autant l’accessibilité au logement) et celle où l’offre de logement social est la plus faible : 13,3 % contre 16,7 % en moyenne nationale.

De bien tristes records qui montrent que, SRADDET ou pas, la Région PACA (ou Sud comme aime à l’appeler son Président, Renaud Muselier), a encore bien du chemin à faire pour aboutir à ce développement harmonieux, équilibré et durable qu’elle appelle de ses vœux…

L. V.

SMMM : une entreprise qui sait recevoir

21 août 2019

On dit le patronat français plutôt frileux pour embaucher des jeunes et encore plus pour les former. L’apprentissage qui a pourtant longtemps été la règle, en particulier dans les métiers manuels où le savoir-faire s’acquiert par la pratique et la transmission de l’expérience des aînés, n’est plus à la mode, contrairement à d’autres pays dont l’Allemagne.

La couverture du Moniteur du 16 août 2019 : un patron de PME à l’honneur

Heureusement, il y a de multiples exceptions et de nombreux chefs d’entreprises qui restent prêts à s’investir dans la formation de jeunes professionnels pour les aider à s’insérer dans le monde du travail et à gagner peu à peu en expertise. Michel Barthélémy en fait partie, lui qui a racheté en 2007 la Société méridionale de menuiserie métallique, une société créée en 1978 et implantée à Plan de Campagne, sur la commune de Cabriès, dans les Bouches-du-Rhône.

Cette PME de second œuvre, qui compte 26 salariés et génère un chiffre d’affaire de 4,2 millions d’euros, est réputée localement pour avoir un patron à la fibre sociale, ce qui lui vaut une présentation très élogieuse, mais méritée, dans Le Moniteur du 16 août 2019. C’est aussi ce qui lui a valu d’être démarchée l’été dernier par l’Association Saint-Michel, basée à Aix-en-Provence et spécialisée dans l’accueil de jeunes migrants, des mineurs non accompagnés, qu’elle héberge dans son foyer de 50 places, et qu’elle tente d’accompagner dans l’insertion avec l’appui de l’Aide sociale à l’enfance, un service du Département des Bouches-du-Rhône.

L’Association Saint-Michel, établissement social accueillant des enfants et leur famille en difficulté ainsi que de jeunes migrants, mineurs non accompagnés

Pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour, un jeune migrant isolé doit en effet pouvoir faire la preuve d’au moins 6 mois d’apprentissage, une exigence qu’il n’est pas aisé de remplir quand on connaît la difficulté pour un jeune scolarisé dans une filière en alternance à trouver une entreprise qui veuille bien l’accueillir dans ce cadre.

Mais Michel Barthélémy, le patron de la SMMM a des convictions et considère que les entreprises n’ont pas seulement pour fonction de gagner de l’argent à tout prix, mais doivent le faire dans le respect de leur environnement. SMMM a d’ailleurs été la première entreprise française à mettre en œuvre des profilés constitués à 75 % d’aluminium recyclé, et ceci sur le chantier pilote d’un groupe scolaire. De même, la gestion des ressources humaines y accorde une large part à l’accompagnement des salariés avec, en 2018, 12 % des effectifs en apprentissage, 4 % en contrat de professionnalisation et autant en contrat de génération.

Michel Barthélémy avec ses deux apprentis Youssouf et Fareed (photo © Stéphanie Tetu / Le Moniteur)

Michel Barthélémy n’a donc pas hésité à accueillir dans ses ateliers de Plan de Campagne deux jeunes migrants hébergés et encadrés par l’Association Saint-Michel. Youssouf se forme ainsi à la menuiserie métallique tandis que Fareed se perfectionne en serrurerie métallique, accompagné chacun par un tuteur technique expérimenté. Le chef d’entreprise lui-même, veille avec soin à l’intégration de ses jeunes recrues et n’a pas hésité à les accompagner en personne au Centre de formation des apprentis du BTP d’Aix-en-Provence, pour leur rentrée en septembre 2018. Il surveille avec soin leur carnet de notes tout comme leur comportement au sein de son entreprise, et dialogue régulièrement avec leur éducateur qui les suit auprès de l’Association tutrice.

Un dispositif gagnant-gagnant, qui permet à ces deux jeunes mineurs loin de leur famille de s’intégrer et de gagner en autonomie, tout en apportant à l’entreprise la possibilité de former à sa main de futurs professionnels en voie de qualification. A se demander même pourquoi cet exemple ne fait pas davantage d’émules au sein du patronat français…

L. V.

A Marseille, des braqueurs dévalisés

4 août 2019

Dans notre société moderne, où la performance et la compétitivité ont été érigées en valeurs suprêmes, l’adaptabilité et la flexibilité sont devenues indispensables. Quelle que soit l’activité qu’on pratique, il ne faut pas hésiter à évoluer pour s’adapter, et ceci vaut aussi pour les malfrats. Quand les voitures deviennent trop sophistiquées à voler, on se rabat sur les téléphones portables. Le braquage des banques étant devenu trop risqué, beaucoup se contentent donc des commerces de proximité. Les anciennes du hard discount, nouveaux temples de la consommation, en font les frais et l’on ne compte plus le nombre de supermarchés qui se sont fait dévaliser ces dernières années.

Avec plus ou moins de succès cependant comme l’illustre cette histoire, qui avait fait la une de La Provence, dimanche 16 septembre 2018, et qui avait eu les honneurs du JT de TF1 le soir même. Les faits datent déjà de plusieurs mois mais l’hebdomadaire Marianne les a fait ressurgir à la faveur de la pause estivale et ils ne manquent pas de piquant.

Le magasin Lidl braqué en septembre 2018 (photo © Denis Trossero / La Provence)

Reportons-nous donc quelques mois en arrière, en ce samedi soir, 15 septembre 2018, sur le marché aux puces des Arnavaux dans le 15e arrondissement de Marseille, un lieu haut en couleurs, qualifié de « centre commercial » sur son site Internet et qui se tient depuis 1988 dans les anciens locaux industriels d’Alstom. Une véritable cour des miracles où tout se vend et tout s’achète, produits alimentaires, vielles fripes, antiquités ou marchandises tombées du camion.

Le marché aux puces des Arnavaux à Marseille et la galerie des antiquaires (source © Tourisme à Marseille)

Il est près de 20 h en ce samedi soir de fin d’été et il a y encore de nombreux clients dans le Lidl du Cap Janet situé juste à l’entrée du marché aux puces. C’est alors que se gare sur le parking du magasin une grosse BMW noire. Deux hommes en surgissent, armés l’un d’un fusil à pompe, l’autre d’un pistolet. Ils s’engouffrent dans le Lidl, à visage découvert et exigent des employées qu’elles leur remettent l’intégralité du contenu des trois caisses encore ouvertes. Sous la menace de leurs armes, ils se font également ouvrir le coffre du magasin et en vident le contenu dans plusieurs sacs.

Dans les travées du marché aux puces des Arnavaux (photo © Thierry Garro / La Provence)

Un beau butin finalement, évalué à 15 000 euros selon les dires du procureur de la République, Xavier Tabareux. Tenant en joue les employés et le vigile du magasin, les deux malfrats manifestement chevronnés reculent prestement et regagnent leur véhicule pour y mettre à l’abri le fruit de leur larcin dans le coffre de la BMW.

Mais c’était sans compter sur le sens de l’opportunisme des vendeurs de cigarettes à la sauvette qui ont justement élu domicile sur ce même parking et à qui rien n’a évidemment échappé. Une quarantaine d’entre eux se ruent sur les braqueurs. Un Caddy est lancé sur la voiture et c’est alors une mêlée indescriptible, le « oaï » comme on dit par ici : les coups pleuvent.

Un des malfrats tente de se mettre en volant et tire plusieurs coups de feu en l’air en espérant faire fuir la meute mais c’est peine perdue. Son complice est trainé hors de la voiture par la foule déchaînée, est abreuvé d’injures et sérieusement tabassé. Le braqueur qui est au volant se fait arracher son arme par un des revendeurs de cigarettes. Pris de panique, il tente de se dégager en enclenchant la marche arrière et roule sur son complice déjà bien amoché, avant d’arriver à prendre la fuite.

Quand la police et les pompiers finissent par arriver sur les lieux, ils récupèrent un des malfrats, couvert de sang et les vêtements déchirés, un homme de 52 ans, Albanais, bien connu des services de police pour de nombreux autres vols et agressions. En revanche, la foule en furie a disparu comme par enchantement, ainsi d’ailleurs que la totalité du butin que les deux braqueurs ont dû abandonner sur place mais qui n’a pas été perdu pour tout le monde.

Dessin de Pinel publié dans Marianne n° 1168 du 2 août 2019

Quelques témoins sont encore présents qui permettront aux enquêteurs de reconstituer la scène mais aucun n’acceptera de signer de déposition par peur des représailles. Marseille n’est pas le Far West, mais quand même… Outre l’Albanais que les policiers cueillent sans qu’il oppose la moindre résistance, trop heureux d’être encore en vie après ce lynchage en règle, on dénombre quatre autres blessés dont un papy qui s’est pris un coup de crosse dans la mêlée, un homme atteint par un plomb à la jambe et deux autres légèrement touchés par des éclats, ainsi que deux femmes en état de choc.

La BMW noire sera retrouvée le lendemain, carbonisée. Il s’agissait d’une voiture volée munie de fausse plaques d’immatriculation. Quant au braqueur en fuite, il tente de se mettre au vert quelque temps en Algérie mais il est arrêté dès sa descente d’avion à Marignane le 10 octobre 2018. A 46 ans, lui non plus n’était pas un novice, mais il avait sous-estimé les risques pris à vouloir dévaliser la trésorerie d’un supermarché aux abords du marché aux puces de Marseille, dans un secteur où il vaut mieux ne pas tenter les passants en se promenant, même armé, avec 15 000 € à la main.

Dessin signé Ysope (source © Over-Blog)

Si l’affaire a fait se gausser la France entière, les responsables politiques locaux sont restés très discrets, à l’exception de Samia Ghali qui réclamait dès 2012 des manœuvres de l’armée dans les rues du quartier pour les pacifier et qui a déclaré « C’est Ali Baba et les 40 voleurs. J’ai honte, ce sont les voyous qui font la loi, par la République, pas la France » avant de fustiger les lenteurs de la transformation de ce quartier pourtant inclus dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Il faut dire que, selon Marianne, le propriétaire des puces des Arnavaux, destinées à être délocalisées dans le cadre de cette vaste opération de requalification urbaine, n’est pas pressé de vendre et fait tranquillement monter les enchères en attendant. Au moins, les braqueurs du quartier sont désormais prévenus et savent qu’il y a un minimum de précaution à prendre quand on opère dans le quartier…

L. V.

A Marseille, le métro craint que les immeubles ne lui tombent sur la tête…

15 juillet 2019

Nos ancêtres les Gaulois, lithographie du XIXe siècle (photo © Selva / Leemage)

La légende de nos ancêtres les Gaulois ne craignant qu’une chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête, est tenace bien que sans doute largement excessive. Popularisée par les bandes dessinées d’Astérix, cette croyance a néanmoins un fond de vérité, puisqu’elle résulte du témoignage d’un historien grec, Arrien, auteur de l’Anabase d’Alexandre, qui relate les campagnes d’Alexandre le Grand en s’appuyant notamment sur les mémoires d’un de ses généraux, Ptolémée.

Selon ce témoignage, l’histoire se passe en 335 avant J. C., plusieurs siècles donc avant la conquête de la Gaule par Jules César. Les Gaulois dont il est question sont en réalité des Celtes de la Gaule cisalpine, autrement dit du nord de l’Italie, plus précisément de la petite ville d’origine étrusque nommée Adria, située à l’embouchure du Pô et qui a donné son nom à la mer Adriatique toute proche. Ces farouches guerriers sont des mercenaires habitués à louer leurs services à Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, qui avait établi à cet endroit une garnison militaire devenue centre de recrutement.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos, détail d’une mosaïque de Pompéi, conservée au musée de Naples

Quelque peu désœuvrés depuis la chute de son fils, Denys le Jeune, quelques années auparavant, ces guerriers gaulois viennent en fait dans l’idée de se faire recruter par le nouveau roi de Macédoine qui s’apprête à partir à l’assaut de l’empire Perse et de conquérir l’Asie. Alexandre les invite à un banquet et leur demande ce qu’ils craignent le plus, persuadé qu’ils répondront diplomatiquement en indiquant qu’ils redoutent avant tout les foudres du souverain tout puissant Alexandre le Grand.

C’est pourquoi la réponse des guerriers celtes, indiquant qu’ils n’ont peur que d’une chose, à savoir que le ciel leur tombe sur la tête, est restée dans les mémoires et dans les chroniques historiques. Faut-il cependant y voir l’expression d’une véritable croyance propre à la cosmogonie celtique qui se traduirait par une réelle peur que les puissances célestes viennent s’abattre sur les fiers guerriers gaulois ? En réalité et vu le contexte, Alexandre et son général Ptolémée traduisent plutôt cette affirmation ambiguë comme un acte de provocation de leurs invités, une manière de dire qu’ils n’ont peur de personne, pas même du roi de Macédoine… Ils en déduisent que ces Gaulois ne sont que des vantards, mais que leur vaillance mérite de les incorporer dans l’armée d’Alexandre…

Malgré la tradition qui prétendrait que nous serions tous lointains descendants de ces guerriers arrogants, la crainte que le ciel ne nous tombe sur la tête, n’est plus guère répandue de nos jours dans ce qui était autrefois le territoire de la Gaule transalpine.

Population réfugiée à la station de métro Lamarck pendant une alerte aérienne en 1944 (photo © Doisneau / coll. J. Robert / Ktakafka)

Certes, les circonstances nous rappellent parfois que le danger peut venir du ciel. Lors des bombardements allemands, puis surtout alliés, qui ont durement meurtri plus d’une ville française durant la dernière guerre mondiale, la population française avait pris l’habitude de se réfugier dans les caves et, à Paris, dans les stations de métro en espérant y être à l’abri des bombes. Cela ne sera pas toujours suffisant à en juger par le nombre incroyable de victimes civiles du fait de ces bombardements, y compris d’ailleurs dans les stations de métro comme celle de Pont-de-Sèvres, où 80 personnes ont trouvé la mort début 1943 suite à un raid audacieux de la Royal Air Force visant les usines Renault à Boulogne-Billancourt mais ayant arrosé un peu large.

Civils tués par un bombardement anglais le 4 avril 1943 à la station de métro Pont-de-Sèvres (photo Berliner Verlag archives ; source © Alamy Images)

Mais voilà que de nos jour certaines stations de métro non seulement ne constituent plus des abris sûrs contre les menaces venues du ciel, mais doivent même être fermées à cause de ces mêmes menaces. En l’occurrence, c’est le cas de la station Jules Guesde, située dans le 2e arrondissement de Marseille, laquelle a fait l’objet d’un arrêté municipal de police, le mercredi 19 juin 2019, ordonnant l’évacuation de 42 habitants et la fermeture sine die de la station de métro. La raison évoquée est que 3 immeubles vétustes de la rue de la Butte, située à deux pas de la Porte d’Aix et de l’Hôtel de Région, menacent de s’effondrer, sur l’entrée de la station de métro !

Périmètre de sécurité déployé place Jules-Guesde (photo © Emilio Guzman / Marsactu)

Une partie des immeubles branlants qui bordent la place avaient pourtant déjà été démolis en 2017 dans le cadre de l’opération Euroméditerranée qui intègre ce secteur, mais ceux des numéros 4, 6 et 8 de la rue de la Butte, menacent désormais ruine, d’où la prise de ce nouvel arrêté de péril imminent par les services de la Ville de Marseille, sérieusement échaudés depuis l’effondrement de la rue d’Aubagne qui avait fait 8 morts le 5 novembre 2018 et provoqué un véritable séisme politique.

Les derniers habitants ont donc été évacués dans l’urgence et les entrées des trois immeubles soigneusement cadenassées voire murées comme le relate La Provence. Un périmètre de sécurité a été mis en place tout autour de la zone jugée dangereuse, qui inclut donc l’entrée de la station de métro, interdisant tout accès à cette dernière. Le site de la RTM (Régie des transports marseillais) confirme laconiquement que la station est fermée au public mais que les rames de la ligne 2 continuent d’y circuler normalement, sans toutefois marquer l’arrêt.

L’entrée du n°4 rue de la Butte murée à côté de la station Jules Guesdes (photo © La Provence)

Quant à savoir combien de temps durera une telle situation sans doute très handicapante pour tous ceux qui habitent ou travaillent aux alentours, bien malin qui pourrait le dire. « Nous vous tiendrons informés de sa réouverture » assure aimablement la RTM sur son site, ce qui est bien en effet la moindre des choses, et on l’en remercie chaleureusement par avance.

Un nouveau drame a en tout cas peut-être été évité à Marseille grâce à cette mesure de sécurité préventive. A quelques mois des élections municipales, l’effondrement de ces immeubles sur une bouche de métro à la sortie des bureaux du Conseil Régional aurait sans doute été quelque peu malvenue…

L. V.

Hécatombe sur le Bolmon…

3 juillet 2019

Le maire de Marignane commentant la mortalité piscicole en bordure du Bolmon à l’Estéou (source © extrait vidéo Maritima media)

Très mauvaise surprise pour le maire de Marignane, Eric Le Dissès, dimanche 30 juin 2019, vers 7 h du matin, lorsqu’il apprend que des milliers de poissons morts flottent le ventre en l’air sur l’étang de Bolmon, alors que la canicule règne depuis plusieurs jours et que le mercure était monté à 39,6 °C l’avant-veille. Le spectacle, filmé notamment par Maritima médias n’est effectivement pas très ragoûtant et les témoignages recueillis auprès des riverains confirment que l’odeur est à l’avenant…

Le maire s’inquiète surtout pour les cygnes qui s’ébattent au bord de l’étang pour la plus grande joie des enfants, pour lesquels la commune a aménagé une aire de jeu dans ce secteur autrefois naturel de l’Estéou, où la Cadière vient se jeter dans l’étang de Bolmon.

Un tas de cadavres de poissons sur le bord de l’étang du Bolmon (photo © Adrien Max / 20 Minutes)

Des lances à incendies sont mises en place pour tenter d’apporter aux cygnes un peu d’eau pure tandis que les employés municipaux s’affairent, toute la journée du 1er juillet à ramasser les cadavres d’anguilles, carpes et autres muges qui sont entassés sur la berge en attendant d’être évacués pour l’équarrissage : près de 3  tonnes de poissons morts à éliminer selon un témoignage recueilli auprès du guide nature Jean-François Lion par Sciences et Avenir.

Ce n’est certes pas la première fois qu’une telle mortalité piscicole se produit sur cet étang. C’est même un phénomène quasi récurrent même si cet épisode surprend par sa précocité dans la saison. Le Bolmon est en réalité une lagune, séparée de l’étang de Berre par le cordon littoral du Jaï. Le site est complexe et largement transformé par la main de l’Homme, à commencer peut-être par celle des Romains qui auraient déjà aménagé le chenal naturel entre l’étang de Berre et la mer Méditerranée. En 1847, le chenal est creusé à 3 m puis approfondi à 9 m à partir de 1863, avant d’être de nouveau élargi et rectifié au tout début du XXe siècle puis encore en 1925.

Carte montrant la configuration des étangs de Berre, de Vaïne et de Bolmon (source © GIPREB)

A la même époque, en 1926 est creusé le tunnel du Rove, qui relie sous le massif de la Nerthe, le port de Marseille à l’étang de Berre en longeant la rive sud du Bolmon. Sous l’effet de cette circulation marine intense, ces étangs qui étaient jusque là principalement alimentés en eau douce car réceptacles des eaux de la Cadière mais aussi de l’Arc et de la Touloubre, se sont transformés en lagunes marines salées. Mais l’effondrement brutal du tunnel du Rove en 1963 suivi en 1966 de l’arrivée du déversement des eaux douces de la Durance, via le canal usinier EDF et l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas, ont profondément transformé le milieu.

Usine hydroélectrique de Saint-Chamas qui déverse depuis 1966 ses eaux douces limoneuses dans l’étang de Berre

L’arrivée massive de cette eau douce chargée de sédiments, à raison de 3,3 milliards de m3 chaque année jusqu’en 1994, et de 680 000 t de limon par an, a par ailleurs coïncidé avec le développement d’activités industrielles particulièrement polluantes, combinée à une urbanisation mal maîtrisée du secteur : les rejets d’eau usées domestiques et industrielles ainsi que le ruissellement et le lessivage des berges ne tardent pas à transformer ce milieu naturel en un gigantesque égout à ciel ouvert. Dès 1957, la pêche doit y être interdite pour des raisons sanitaires, ce qui n’empêche pas le braconnage.

A partir de 1994, une timide reconquête de ce milieu écologique dégradé s’est amorcée avec la réouverture de la pêche en même temps que se faisaient les premières restrictions de rejets d’eau douce en provenance de l’usine de Saint-Chamas. Alors qu’on y recensait en 1949 101 espèces benthiques et que les fonds de l’étang étaient couverts sur environ 6000 ha d’herbiers, on ne compte plus depuis 1995 qu’une quinzaine d’espèces benthiques et les herbiers ne s’étendent pas au-delà de 1,5 ha sur quelques poches résiduelles. Même les tentatives de recolonisation des fonds par des herbiers à zostères, menées par le GIPREB (Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, créé en 2000) ont échoué et la qualité de ces milieux aquatiques reste désespéramment mauvaise.

Herbier à zostères dans l’étang de Berre (source © vidéo YouTube)

Au-delà de l’héritage industriel particulièrement lourd qui se traduit par des sédiments très largement chargés en métaux lourds, PCB et autres joyeusetés, ces milieux lagunaires méditerranéens sont en réalité d’une grande fragilité. Les eaux de lessivage et celles charriées par les petits fleuves côtiers sont riches en nitrates et phosphates malgré les efforts récents pour traiter les effluents domestiques. Un phytoplancton abondant se développe donc en surface, selon le phénomène classique de l’eutrophisation, se traduisant périodiquement par des accumulations d’algues vertes nauséabondes sur les rives.

L’étang de Berre, un milieu naturel menacé par l’urbanisation et les industries polluantes (source © blog Monique Cisello)

Faute de faune adaptée pour consommer le phytoplancton, ce dernier empêche le développement de plantes aptes à la photosynthèse, donc à l’oxygénation de l’eau, tandis que sa décomposition consomme l’oxygène dissous disponible. L’eau salée ayant une densité supérieure, tend à à se concentrer à la base de la colonne d’eau, ce qui se traduit par une stratification des eaux, également nuisible à la qualité du milieu, et qui explique ces crises fréquentes d’anoxie : les poissons n’ayant plus assez d’oxygène dissous dans l’eau meurent…

Pour le maire de Marignane, la solution est évidente. Il est vrai qu’on en parle depuis une bonne vingtaine d’années et que sa mise en œuvre a reçu un aval du Ministère de l’environnement dès 2003. Elle consisterait à rouvrir le canal du Rove en provoquant par pompage un apport permanent d’eau de mer propre et riche en oxygène qui, par brassage, redonnerait toute sa vitalité à l’étang de Bolmon. Les études scientifiques se succèdent depuis des années pour étudier les impacts potentiels d’une telle solution et un rapport spécifique a même été commandé au Conseil général de l’environnement et du développement durable en février 2017 par Ségolène Royal pour tenter de faire le point sur ce dossier complexe pour lequel les acteurs s’écharpent depuis des années sans arriver à trouver de solution viable.

Vue de l’intérieur du tunnel du Rove (photo © Thibaut Vergoz/Zeppelin Network / Chasse marée)

L’affaire est d’autant moins simple que c’est le Conservatoire du Littoral qui est propriétaire de l’étang de Bolmon et des milieux humides associés, et que ce dernier s’oppose farouchement à la réouverture du canal du Rove, estimant notamment que le brassage occasionné pourrait remettre en suspension les polluants accumulés depuis des années dans les sédiments. Quant aux études techniques pilotées par le Service annexe des voies navigables, rattaché au Grand port maritime de Marseille et gestionnaire du canal du Rove, elles ont surtout mis en évidence l’ampleur des investissements nécessaires pour remettre en circulation l’eau de mer via une galerie qui contourne la partie effondrée du tunnel.

Mortalité piscicole à l’étang de Bolmon le 1er juillet 2019

Il faudrait pour cela mobiliser des débits de pompage très élevés, non seulement pour assurer un courant suffisant dans le canal lui-même mais aussi entre le canal et l’étang de Bolmon, afin de permettre une réoxygénation significative de ce dernier. Inutile d’y songer en revanche pour l’étang de Berre lui-même car les volumes en jeu sont bien trop conséquents pour espérer un résultat visible. Et en cas de crue de la Cadière, déversant en quelques heures de gros volumes d’eau douce dans l’étang de Bolmon, ce serait rapidement l’hécatombe pour les espèces développées dans un milieu nettement plus salé que dans son état actuel. Au point que certains songent plutôt à d’autres alternatives telles que l’injection d’oxygène dans le milieu, comme le fait le SIAAP dans la Seine en aval de Paris en insufflant localement de l’oxygène dans l’eau pour constituer des îlots de survie pour la faune piscicole lorsque les conditions physico-chimiques du milieu deviennent critique.

Nul ne sait quand on arrivera enfin à trouver les bonnes solutions pour que les étangs de Berre et de Bolmon redeviennent des milieux naturels de qualité dans lesquels les poissons pourront évoluer sans risquer à tout moment l’asphyxie ou l’intoxication. Le maire de Marignane n’a sans doute pas fini de se mettre en colère devant les caméras…

L. V.

Marseille : un BUS nommé Désir

22 juin 2019

Tracé d’ensemble du futur Boulevard urbain Sud, dans le prolongement de la L2 (source : plaquette Aix Marseille Provence Métropole)

La ville de Marseille, la deuxième plus grande ville de France, et par ailleurs la plus ancienne, est aussi l’une des rares à ne pas disposer d’un boulevard périphérique. Ceci n’est sans doute pas totalement étranger au fait que c’est aussi l’une des plus embouteillées, à quasi égalité avec la capitale : au cours de l’année 2018, un automobiliste marseillais lambda a ainsi passé en moyenne 146 heures coincé dans les bouchons, soit l’équivalent d’un mois de travail !

Et pourtant, ce ne sont pas les projets de contournement qui ont fait défaut. Celui d’une rocade périphérique permettant de contourner l’agglomération par l’Est est inscrit dans les plans d’urbanisme depuis 1933, qui dit mieux ?

Vue aérienne du chantier de la L2 (source © Bouygues TP)

La partie nord de ce contournement, la fameuse rocade L2, en réalité A507, était ainsi inscrite au contrat de plan État-Région dès 1979. Mais il a fallu attendre le 25 octobre 2018 pour assister à l’ouverture complète à la circulation de ce tronçon de 9,7 km d’autoroute urbaine à 2 x 2 voies, permettant de relier l’autoroute A7 au nord à l’autoroute A50 qui joint Marseille à Aubagne par la vallée de l’Huveaune. Débuté en 1992 sous l’égide des services de l’État, le chantier, qualifié par Jean-Claude Gaudin de « chantier le plus lent de l’Histoire », avait végété jusqu’à sa relance en 2009 dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), mais il a fallu attendre 2014 pour que les travaux avancent enfin à un rythme normal.

C’est maintenant le prolongement sud de ce contournement, lui aussi dans les cartons depuis plus d’un demi-siècle qui est entré dans sa phase active de travaux. Il concerne 8,5 km entre l’échangeur Florian au nord, au niveau du raccordement avec la L2 et l’A50, et le secteur de Pointe-Rouge au sud. L’extrémité sud a d’ailleurs déjà été ouverte à la circulation sur environ 600 m, depuis une vingtaine d’années sous forme d’un boulevard urbain entre Pointe-rouge et la traverse Parangon.

Caractéristique des principaux tronçons du futur Boulevard urbain Sud (source : plaquette Aix Marseille Provence Métropole)

Pour ce qui est du chaînon manquant, la Ville de Marseille a sérieusement pensé à en confier le financement et la réalisation au privé, selon la formule du PPP qu’elle affectionne tant. Mais c’est finalement la Métropole Aix-Marseille-Provence qui a hérité de la patate chaude et qui s’est lancé dans la voie plus classique de la maîtrise d’ouvrage publique pour ce chantier conséquent dont le montant est évalué à plus de 300 millions d’euros TTC. Pour ce qui est du plan de financement, la présidente de la Métropole, Martine Vassal, a obtenu que le Département des Bouches-du-Rhône, présidé par une certaine Vassal Martine, subventionne les deux-tiers du projet, sans doute l’effet d’une certaine proximité entre les deux exécutifs…

Les travaux ont donc pu être lancés dès l’été 2017 pour ce qui est désormais qualifié de « Boulevard urbain sud », BUS pour les intimes. C’est le groupement EGIS-INGEROP qui a été chargé de la conception globale du projet et qui vient de se voir confier de surcroît, début avril 2019, la maîtrise d’œuvre du tronçon central.

Vue aérienne de la trémie d’entrée du BUS au niveau du raccordement avec l’échangeur Florian en avril 2019 (source © Boulevard urbain sud)

La première tranche de travaux, débutée en juillet 2017, se concentre sur le raccordement avec la L2 au niveau de l’échangeur Florian et prévoit notamment la réalisation de 3 tranchées couvertes qui permettront le passage de ce boulevard urbain en 2 X 2 voies jusqu’à la rue Verdillon. Des parcs urbains et paysagers seront aménagés au dessus des tranchées couvertes. Plus au sud, le BUS se prolongera à ciel ouvert jusqu’à son extrémité sud, en intégrant une voie pour les bus à haut niveau de service ainsi que 2 voies dans chaque sens pour la circulation routière jusqu’au vallon de Toulouse, une seule au-delà. Des trottoirs et pistes cyclables séparées de la chaussée principale sont également prévus de part et d’autre.

Réalisation de la tranchée couverte entre le rond-point Haddad et la rue Verdillon en octobre 2018 (source © Boulevard urbain sud)

Le chantier bat actuellement son plein, y compris désormais sur les parties de la section 3, située entre le Vallon de Toulouse et Sainte-Marguerite, où les travaux ont débuté fin 2018. Le génie civil des tranchées couvertes ainsi que les bassins de rétention prévus sont maintenant achevés et les travaux d’aménagement se poursuivent donc à l’intérieur. Deux ouvrages de franchissement sur l’Huveaune sont également programmés, le plus long (102 m pour 21 m de largeur), conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, étant en cours de construction par Bouygues TP depuis début 2019, pour une mise en service prévue fin 2020. Bref, les travaux avancent à un bon rythme

Esquisse des futurs ponts sur l’Huveaune pour le passage du BUS (source © Agence Rudy Ricciotti / Le Moniteur)

Si tout va bien, le premier tronçon d’environ 3 km situé entre l’échangeur Florian et le boulevard Sainte-Marguerite devrait être achevé et ouvert à la circulation en 2021. La partie sud, qui s’étend sur environ 5 km mais présente moins de complexité technique, devrait être réalisée en 3 ans, à partir de 2020, pour une mise en service du contournement Est dans sa totalité en 2022. Il aura finalement fallu moins d’un siècle pour passer de la programmation et l’inscription de ce tronçon routier de moins de 18 km dans les documents d’urbanisme, à son ouverture à la circulation…

L. V.

A la découverte de l’Huveaune

18 juin 2019

L’Huveaune fait partie, au même titre que l’Arc, la Touloubre ou la Cadière, de ces fleuves côtiers méconnus qui traversent pourtant l’agglomération métropolitaine marseillaise. Son ancien nom d’Ubelka, qui signifie la dévastatrice en dialecte celto-ligure, s’est transformé peu à peu en Uvelne ou Evèuno en Provençal. Il a du moins le mérite de rappeler que ses crues peuvent être dommageables. Les dernières importantes en date, en novembre 1978, avaient inondé toute la plaine des Paluds jusqu’à Saint-Mître, causant de très importants dégâts sur la commune d’Aubagne. Mais bien d’autres épisodes dévastateurs l’avaient précédé, le plus ancien événement répertorié datant de 1518, mais d’autres étant restés gravés dans les mémoires, notamment en 1892, en novembre 1935 ou encore début octobre 1960, à une période où les eaux pouvaient encore librement s’étaler dans toute la plaine des Paluds, désormais presque entièrement bétonnée et recouverte de hangars industriels et commerciaux.

Berges de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Depuis sa source sur le versant nord de la Sainte-Baume, avec ses vasques en cascade si emblématiques, jusqu’à son embouchure en mer sur les plages du Prado, l’Huveaune s’écoule sur plus de 48 km et reçoit plusieurs affluents, dont le Merlançon qui draine le bassin versant de Roquefort-La Bédoule et Carnoux, mais aussi notamment le Jarret qui a été largement recouvert dans sa traversée de Marseille, son cours s’étendant désormais en partie sous le boulevard Sakakini.

Entrée du tronçon couvert de l’Huveaune à Aubagne (extrait vidéo FNE PACA)

Rarement de fait, cours d’eau a été à ce point maltraité par l’homme. La traversée d’Aubagne se fait également pour l’essentiel en souterrain dans un cadre en béton qui s’étend notamment sous la place du marché, et les tronçons de berges restées naturels et accessibles au promeneur deviennent rares tant la vallée de l’Huveaune a été urbanisée.

C’est ce que racontent une série d’une quinzaine de petites vidéos accessibles sur YouTube, réalisées par l’association France nature environnement PACA dans le cadre de son projet Histoire d’hommes et de rivières. Ces vidéos très courtes de quelques minutes alternent prises de vues et interviews de grands témoins locaux parmi lesquels Jean Reynaud, de l’association de défense de la basse vallée de l’Huveaune, Pierre Aplincourt, président de la FNE PACA, Anne-Marie Danièle, de l’association Rives et cultures, ou encore Sidali de Saint-Jurs, artiste peintre de Roquevaire qui évoque comme personne la mémoire des lavandières de l’Huveaune.

Jean Reynaud, de l’association de défense de la basse-vallée de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

L’une de ces vidéos retrace justement le combat de ces lavandières qui se sont battues contre la pollution du fleuve par les rejets industriels. Il faut dire que depuis l’arrivée du Canal de Marseille en 1849, plus personne ne se soucie de la qualité de l’eau de l’Huveaune dont les eaux avaient pourtant été captées dès 1599 au niveau de La Pomme, pour alimenter en eau potable la cité phocéenne via un aqueduc souterrain, doublé dès 1612. A partir du moment où l’agglomération marseillaise s’est affranchie de cette source d’alimentation en eau potable au bénéfice de celle de la Durance puis du Verdon, l’Huveaune est devenue progressivement un véritable cloaque, exutoire de toutes les industries chimiques, textiles, et agro-alimentaires qui se sont progressivement implantées sur ses rives.

Déchets le long de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Dans les années 1970, et du fait des rejets des eaux usées et des effluents industriels, les eaux de l’Huveaune prenaient régulièrement des teintes pour le moins étranges tandis que les analyses indiquaient des taux de pollution fécale mais aussi de métaux lourds, d’hydrocarbures et de PCB qui défient l’entendement. Qualifié par certains d’un des fleuves les plus pollués de France, c’est aussi devenu un cours d’eau très largement artificialisé, qui circule dans une vallée particulièrement urbanisée, coincé entre l’autoroute, la voie ferrée, les usines et les bâtiments.

Confluence du Jarret et de l’Huveaune à Marseille (extrait vidéo FNE PACA)

De très nombreux seuils barrent son cours, vestiges d’anciennes prises d’eau qui alimentaient près d’une centaine de moulins recensés le long de son cours. La plupart de ses berges ont été bétonnées ou redressées par des palplanches ou des enrochements qui empêchent toute divagation du lit de la rivière, l’obligeant à s’inciser toujours davantage. La végétation arborée qui caractérise les berges de cours d’eau méditerranéens a largement disparu et la biodiversité de ce milieu aquatique s’est complètement banalisée. Le promeneur qui arrive tant bien que mal à s’approcher de ses rives bute le plus souvent sur des tas de gravats, de vieux pneus, des batteries de voiture, des canapés en ruine, des caddies de supermarché qui jonchent le lit de la rivière, ou de vieux frigos abandonnés, tandis que les sacs en plastique ornent les branchages de leur guirlandes délavées.

Travaux de restauration en génie végétal le long de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Heureusement, la situation s’améliore et c’est aussi ce message qui transparaît au travers de cette série de vidéos. La gestion de l’assainissement et des rejets industriels a commencé à progresser depuis les années 1980. De nets progrès ont été enregistrés grâce aux efforts des associations qui mobilisent des bénévoles pour nettoyer régulièrement les berges du fleuve, mais aussi des collectivités locales, regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune, lequel œuvre depuis des années pour entretenir et aménager les berges du fleuve, en privilégiant de plus en plus des techniques de génie végétal, et qui porte désormais depuis 2015 un contrat de rivière sur ce bassin versant tout en engageant une démarche de prévention des inondations.

Pont ancien sur l’Huveaune à Saint-Marcel (extrait vidéo FNE PACA)

Pour qui s’intéresse au devenir de ces cours d’eau autrefois si déterminant pour la vie locale et désormais trop souvent oubliés, considérés comme de simples exutoires de nos eaux pluviales et de nos déchets en tous genres, voila des vidéos à regarder et à diffuser sans réserve. Puissent-elles contribuer à faire prendre conscience à tous ceux qui vivent dans ce bassin versant, soit plus d’un million d’habitants sur à peine plus de 500 km2, de la nécessité de préserver ce fleuve côtier et de lui redonner cette place centrale qu’il mérite, celle d’un milieu naturel riche en biodiversité, source de vie et de fraîcheur en été, à qui il faut aussi penser à laisser davantage de place pour ses débordements périodiques…

L. V.

Sécurité : les communes ne regardent pas à la dépense !

5 juin 2019

Après les attentats du Bataclan en novembre 2015 ou celui du 14 juillet 2016 à Nice, nombre de Français ont l’impression de vivre dans un monde devenu brutalement plein de danger, soumis à une menace terroriste permanente qui peut frapper à tout moment. Un sentiment d’insécurité entretenu par un traitement médiatique globalement anxiogène et du coup largement partagé par nombre de nos concitoyens. La réalité demande pourtant à être sensiblement nuancée. Le bilan officiel de la délinquance publié le 31 janvier 2019 fait état pour l’année 2018, en tout et pour tout, de 845 homicides, moins qu’en 2016, tandis que les cambriolages et les vols avec violence sont en diminution significative depuis plusieurs années consécutives.

Intervention des forces de l’ordre suite à l’attentat de Nice en juillet 2016 (photo © Reuters / JDD)

845 homicides pour près de 67 millions d’habitants, cela représente à peine plus de 1 meurtre pour 100 000 habitants, près de 4 fois moins que la moyenne mondiale et bien loin des statistiques du Brésil (autour de 30), de la Russie (supérieur à 12) ou encore des États-Unis (de l’ordre de 5, mais pouvant atteindre 50 dans certaines villes comme Detroit ou Baltimore). A la fin des années 1990, on dénombrait plutôt autour de 1000 homicides annuels en moyenne en France et plus on remonte dans le temps, plus ce taux est élevé : jamais probablement la sécurité n’a été aussi élevée dans les villes françaises.

Des policiers municipaux équipés de pied en cap à Marseille (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Mais cela ne change rien au sentiment d’insécurité qui gagne la population, surtout parmi les plus âgés. Les élus locaux, à l’écoute de leurs électeurs, ne peuvent bien entendu rester indifférents à une telle opinion, et ils se sont donc lancés depuis plusieurs années dans une véritable course à l’échalote en vue de renforcer leurs investissements humains et matériels en faveur de la sécurité. Une politique qui pèse de plus en plus lourd dans les budgets municipaux comme l’a analysé une étude récente publiée par la Gazette des communes.

Installer des caméras de télésurveillance un peu partout sur la voie publique est devenue un impératif pour nombre d’élus municipaux, d’autant que cela permet aussi de verbaliser les automobilistes comme c’est le cas à Carnoux. Plus de 6 000 communes seraient ainsi équipées de caméras en France. Mais cela coûte cher, en moyenne 175 000 euros d’investissement par commune. Et pour les plus zélées, comme la commune nouvelle de Capavenir-Vosges qui a installé pas moins de 45 caméras pour seulement 9 000 habitants, la facture se monte à 580 000 €, qui dit mieux ?

Centre de supervision urbain de Marseille (source © Ville de Marseille – mairie des 6 et 8e arrondissements)

Installer une caméra coûte en effet de l’ordre de 10 000 € pièce, voire 15 000 en site urbain pour une bonne qualité d’image. Et il faut ajouter à cela l’aménagement du centre de supervision destiné à visionner les images, un investissement qui atteint au moins 150 k€ et peut grimper à 1,5 millions pour une grande ville disposant de plus de 1000 caméras comme c’est le cas à Marseille par exemple.

Même Carnoux s’est constitué sa propre police municipale… (source © Ville de Carnoux)

Et comme les caméras seules n’ont, au mieux, qu’un effet dissuasif, il faut bien évidemment recruter aussi du personnel. Les maires ont intégré depuis longtemps qu’ils ne pouvaient compter sur les seules forces de la Police ou de la Gendarmerie nationale, et ils préfèrent recruter leurs propres agents de police municipale, à l’instar de Carnoux où 4 postes de policiers ont été créés malgré la présence sur la commune d’une brigade entière de gendarmerie.

On comptait ainsi en France de l’ordre de 13 000 agents de police municipale en 1998. Vingt ans plus tard, on en dénombre pas moins de 22 000, ce qui représente une augmentation spectaculaire de 70 %. Un score remarquable en ces temps de disette budgétaire et de coupes drastiques dans les dépenses publiques. En 2018, Villes de France évaluait le budget moyen annuel (charges de personnel incluses) d’une police municipale à 880 000 euros, avec bien sûr de fortes disparités selon les communes. Ainsi, Marseille se distingue, elle qui s’est constituée la plus importante police municipale de France, avec 439 agents pour lesquels la ville a inscrit la bagatelle de 24 millions d’euros dans son budget 2019. Des dépenses qui se font bien entendu au détriment d’autres priorités comme l’entretien des écoles

Jean-Claude Gaudin passe en revue les troupes de la police municipale de Marseille en 2106 (photo © Benoît Gilles / Marsactu)

Car un policier coûte cher non seulement en frais de personnel, mais aussi en équipement et en formation. Entre les uniformes, les véhicules, la radio, le matériel de protection, l’équipement informatique, les armes de poing et de défense, l’équipement d’une petite troupe de 5 policiers municipaux reviendrait ainsi à plus de 80 000 €, sans compter les salaires et charges de personnel, ni bien sûr les frais de formation, notamment pour apprendre à tirer.

Et ce n’est pas tout car, en réalité, le plus gros poste de dépense des municipalités en faveur de la sécurité concerne l’organisation des manifestations publiques, festivals et autres fêtes de village pour lesquels il est désormais impératif de respecter des exigences de sécurité de plus en plus sévères. Filtrage des entrées voire fouilles au corps par des vigiles recrutés auprès d’officines privées, mise en place de barrières et de dispositifs anti-intrusion, gardiennage, autant de pratiques désormais obligatoires pour sécuriser l’accès à de nombreux établissements publics et garantir la tranquillité des spectateurs lors de rassemblements festifs.

La surveillance des manifestations publiques, du ressort de la police municipale, ici sur le Marseille-Cassis en 2009 (photo © Frédo / Marseille la belle)

Pour de nombreuses communes, la protection des sites sensibles et des grands événements culturels et sportifs représente désormais le plus gros poste de dépense en matière de sécurité. Ainsi, entre 2015 et 2018, les dépenses de sûreté des salles de spectacles et des festivals seraient passées de 187 à 311 millions d’euros, selon une enquête statistique du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz. De quoi donner le tournis à plus d’un élu municipal.

A se demander d’ailleurs s’il est bien raisonnable de dépenser autant d’argent public, déversé sans compter sur des agences privées de gardiennage et auprès de prestataires en tout genre, pour assurer la sécurité de tous dans l’espace public. D’autant que la tendance à l’inflation des coûts ne semble pas près de s’arrêter en particulier dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 pour lesquels 12 millions de visiteurs sont attendus, au point que la Ville de Paris annonce d’ores et déjà envisager de mobiliser pas moins de 70 000 personnes, dont un peu plus de 20 000 agents de sécurité privée. Un beau jackpot en prévision pour tous ceux qui investissent ce domaine économique en pleine expansion…

L. V.

Les stations d’épuration du futur ?

26 mai 2019

Station d’épuration de Carcès dans le Var (photo © Gilbert Rinaudo / Var Matin)

Quoi de plus banal, de plus laid voire nauséabond, qu’une station de traitement des effluents, chargée de purifier tant bien que mal les eaux usées que l’on rejette jour après jour sans trop se soucier de leur devenir ? Il existe en France plus de 20 000 stations d’épuration qui retraitent ainsi chaque année plus de 5 milliards de m3 d’eaux usées, rejetant au passage dans l’atmosphère de grosses quantités de protoxyde d’azote, un gaz à fort potentiel d’effet de serre.

Souvent construites dans des endroits discrets, à l’écart des zones habitées pour ne pas trop déranger le voisinage par une pollution visuelle et parfois olfactive, les stations d’épuration sont bien souvent bâties en zone inondable, près des cours d’eau, afin de pouvoir y rejeter discrètement les eaux plus ou moins propres issues du processus de retraitement, tandis que les boues sont épandues dans les champs, là où les filières agricoles les acceptent.

Rejets d’eaux usées directement dans le Fier à la sortie de la station d’épuration de Cran-Gevrier près d’Annecy, le 11 février 2018, suite à un accident industriel (photo © S.B. / le Dauphiné Libéré)

En cas de fortes pluies, lorsque les réseaux et les installations de traitement sont saturés car les eaux de ruissellement pluvial viennent trop souvent grossir les effluents à traiter, des déversoirs d’orage permettent de rejeter directement les eaux usées dans le milieu naturel sans le moindre traitement : quand la rivière est en crue, le tout est vite dilué et emporté, ni vu ni connu… Et en été, quand les débits des cours d’eau sont au plus bas, il n’est pas rare de voir des panaches d’effluents ou de mousse blanchâtre flotter sur quelque distance à la sortie des canalisations de rejet. Pour ce genre d’incident, la police de l’eau sait se montrer conciliante…

Comme les abattoirs ou les raffineries de pétrole, les stations d’épuration font partie de ces outils indispensables à une vie en société, moderne et confortable, où l’on ne se soucie pas trop des conséquences de nos actes, même si chacun milite de bonne foi en faveur d’un monde plus respectueux de l’environnement : comme chacun sait, l’homme est pétri de contradictions et c’est probablement ce qui fait sa richesse…

Et pourtant, toutes les stations d’épuration ne correspondent pas à cette image, loin s’en faut. C’est même un domaine qui a connu d’énormes progrès en quelques décennies, et qui n’hésite plus à l’afficher. La technique des stations à boues activées, inventée en 1914 par deux Anglais et qui consiste grosso modo à aérer, dans de vastes bassins, les eaux usées pour favoriser le travail de dégradation par les bactéries, se sont multipliées en France à partir des années 1960, d’abord dans les grandes villes puis de plus en plus dans les bourgs ruraux.

La géode qui marque l’entrée de la Géolide, station d’épuration enterrée de Marseille (source © Tourisme Marseille)

 

Ainsi, la station Geolide, aménagée en souterrain près du stade Vélodrome à Marseille et qui traite les eaux de 17 communes dont Carnoux-en-Provence, fait partie de ces installations modernes et efficientes. Construite en 1987 et améliorée en 2008, elle intègre deux étapes successives de traitement, d’abord physico-chimique (dégrillage, désablage, déshuilage, coagulation), puis biologique (biofiltres bactériens), tandis que les boues issues du dispositif sont elles-mêmes traitées près de Sormiou par décantation avant d’être valorisée pour la production de biogaz puis de chaleur après déshydratation.

Station d’épuration de Bastia sud, étendue en 2014 (source © Cabinet Blasini)

Globalement, et malgré les gros efforts d’investissement réalisés ces dernières années, avec l’aide financière massive des Agences de l’Eau, la France a bien du mal à respecter les injonctions de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines qui date pourtant de 1991. En 2004, le pays a ainsi écopé d’un sérieux avertissement pour 140 grosses agglomérations jugées non conformes, et en 2013, la Cour de justice de l’Union européenne a de nouveau condamné la France pour non respect de ses engagements sur plusieurs sites dont ceux de Bastia et Ajaccio.

Mais on progresse et de plus en plus de stations d’épuration s’équipent avec les techniques les plus modernes d’ultrafiltration membranaire et d’ozonation qui permettent désormais d’éliminer la plupart des polluants résiduels, y compris certains micro-polluants dont on connait maintenant les impacts négatifs sur les milieux naturels mais dont on commence tout juste à mesurer les concentrations.

La récupération des calories présentes dans les eaux usées est aussi un procédé qui se développe de plus en plus, au même titre que la valorisation du biogaz présent dans les boues de traitement, ce qui permet d’améliorer sensiblement le bilan carbone de ces installations très consommatrices en énergie. Et l’on imagine désormais des procédés qui permettent de réutiliser les eaux issues du traitement pour l’arrosage des espaces verts notamment ou d’autres usages sans risque sanitaire, ce qui permet, là aussi, d’améliorer sensiblement l’empreinte environnementale de ces usines.

Vue aérienne de l’usine de traitement Seine aval à Achères (source © SIAAP / Dossier débat public / Doc Player)

Ces développements vertueux ne sont pas l’apanage des seules grosses installations comme celles de Geolide ou encore la station d’Achères ou Seine aval, gérée par le SIAAP en aval de l’agglomération parisienne et qui traite les effluents de quelques 6 millions d’habitants, faisant d’elle la plus grosse station d’épuration en Europe, la deuxième au mode derrière celle de Chicago. De gros progrès ont aussi été réalisés pour les petites stations rurales, avec notamment le développement de la phytoépuration via des filtres plantés de roseaux.

Citons par exemple le cas d’un projet de station d’épuration nouvelle génération qui est en construction sur la commune de Fleury dans l’Oise. Le syndicat mixte d’assainissement des Sablons, qui porte le projet, a en effet fait appel au procédé innovant commercialisé par la société française Sources sous le joli nom de Villa Calypseau. Cette station, dont la mise en service est prévue pour fin 2019 et dont la capacité est de 12 700 équivalents habitants, utilisera un système innovant de traitement biologique, breveté par le groupe néerlandais Nereda et qui repose sur le principe de la granularisation des boues actives. Ce procédé présente le gros avantage de supprimer les bassins de clarification tout en permettant un rendement très supérieur pour la déphosphatation, ce qui permet d’éviter le recours à l’ajout de réactif de type chlorure ferrique tout en diminuant le volume de boues produites.

Maquette de la future station d’épuration de Fleury (source © Villa Calypseau / L’eau, l’industrie, les nuisances)

Un tel dispositif permet du coup de construire des stations d’épuration nettement plus compactes et de dégager des économies substantielles sur les coûts d’exploitation. Celle de Fleury présentera une qualité architecturale particulièrement soignée : de quoi rêver à implanter bientôt les futures stations d’épuration non plus dans les recoins les plus reculés de notre territoire mais de manière bien visible, histoire de rappeler à chacun d’entre nous le devenir de nos eaux usées dont bien peu se soucient au quotidien…

L. V.

Écoles de Marseille : affaires sensibles…

18 mai 2019

Charlotte Magri, lanceuse d’alerte sur l’état de délabrement de certaines écoles de Marseille (source SNU IPP)

A Marseille, le sujet des écoles primaires, pour nombre d’entre elles vétustes, mal entretenues ou carrément délabrées n’a pas fini de faire parler. On se souvient de l’ex enseignante, Charlotte Magri, qui, désespérée par l’inertie des services techniques communaux et révoltée par l’état de délabrement de sa classe des quartiers nord de Marseille, avait rédigée fin 2015 une lettre ouverte à la ministre de l’Éducation nationale pour dénoncer le manque d’entretien des écoles marseillaises.

L’affaire avait fait du bruit et avait mis Jean-Claude Gaudin en fureur, ulcéré qu’on ose critiquer l’efficacité de ses 12 000 fonctionnaires municipaux dans la gestion des bâtiments scolaires, une compétence exclusive de la commune. Sous la pression des médias, dont Libération qui titre alors « Marseille : école primaire, gestion secondaire », la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, déclenche immédiatement un audit sur l’état des écoles marseillaises afin d’identifier les risques sanitaires, d’hygiène et de sécurité.

Le rapport, resté longtemps soigneusement rangé mais auquel Libération a finalement pu avoir accès en mars 2019, dresse la liste des 444 écoles élémentaires publiques de la commune, en mentionnant les problèmes constatés : présence de rats et de cafards dans les classes, suspicion d’amiante, chauffage défectueux, huisseries bloquées, infiltrations, fissures structurelles, escaliers dangereux, toilettes bouchées, faux plafond instables, on en passe et des pires…

A Marseille, attention aux chutes de dalles des faux plafonds dans les salles de classe ! (photo © Flickr / Le Parisien)

Et il a fallu attendre le lancement du fameux partenariat public-privé imaginé en octobre 2017 par la municipalité de Marseille qui comptait endetter la ville pour plus d’un milliard d’euros afin de reconstruire une trentaine d’écoles, pour relancer de nouveau la polémique, aggravée il est vrai par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018, accident qui mettait en lumière une fois de plus l’impéritie des services municipaux de la deuxième ville de France.

Manifestation en juin 2018 devant la mairie de Marseille contre le recours à un partenariat public-privé pour la rénovation des écoles (photo © Patrick Gherdoussi / Libération)

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, déclenche alors, illico, un nouvel audit, histoire de vérifier que la situation ne se serait pas miraculeusement améliorée d’elle-même en deux ans. Mais il n’en est rien, comme en attestent les listes de problèmes que font remonter les directeurs d’écoles interrogés. Et pour faire bonne mesure, histoire de montrer que la ville n’est pas en reste, Jean-Claude Gaudin annonce à son tour le lancement d’un troisième audit, pour un coût de 6 millions d’euros, un budget conséquent qui aurait peut-être été mieux employé à commencer à reboucher les fissures les plus grosses. Mais qui permet surtout au maire de reprendre la main dans un dossier où la galéjade ne suffit plus à apaiser la colère des enseignants et des parents d’élèves.

Jean-Claude Gaudin, ici en octobre 2017, dans le déni face au problème d’entretien des écoles de certains quartiers marseillais (photo © Bernard Langlois / AFP / L’Humanité)

Car l’affaire commence à enfler, à tel point que rabâcher que tout cela n’est que le reflet de la vindicte parisienne de bobos en mal de « Marseille basching » commence par devenir un peu court… Même France Inter s’en mêle au travers de l’émission Affaires sensibles animée chaque jour de 15 h à 16 h par Fabrice Drouelle et habituellement plutôt centrée sur des affaires politico-mafieuses où se croisent affairisme et raison d’État.

Diffusée en deux parties, les 3 et 10 mai 2019 et encore accessible en podcast, l’émission titrée « Écoles marseillaises : attention travaux ! » est une fiction rédigée par la scénariste Mariannick Bellot, en résidence l’an dernier dans le 3ème arrondissement de Marseille avec l’association La Marelle. On y croise parents d’élèves angoissés, enfants inquiets, enseignants catastrophés et collectifs organisés, tous mobilisés pour essayer de faire bouger des services techniques municipaux plus ou moins réactifs et pas toujours très compétents ni très efficaces.

L’interview de Stéphanie Harounyan, la correspondante locale du journal Libération, lequel vient de créer une newsletter spécifique à Marseille, vient éclairer la fiction en deuxième partie de l’émission. Une manière divertissante mais très efficace d’attirer l’attention sur un véritable problème de gestion publique qui ne fait guère honneur à la municipalité dirigée depuis tant d’années par Jean-Claude Gaudin : à écouter sans aucune modération !

L. V.

Métropole lyonnaise : modèle ou exception ?

16 mai 2019

L’organisation territoriale française n’en finit pas d’évoluer et semble encore bien loin de se stabiliser. Initiées en 2009 à l’initiative de François Fillon alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, les métropoles étaient supposées devenir des collectivités territoriales à part entière, regroupant sur leur territoire les compétences de l’intercommunalité, du Département et même partiellement de la Région. Une vision particulièrement intégratrice donc, mais largement mise à mal dans sa traduction législative au travers des lois finalement adoptées en 2010, 2014, 2015 et 2017.

Carte des métropoles française au 1er janvier 2018 (source : Wikipedia)

Dix ans plus tard, la situation est pour le moins confuse… On dénombre à ce jour 22 métropoles françaises, soit plus du double de ce qui était imaginé à l’époque. La première d’entre elles, créée au 31 décembre 2011, celle de Nice, a été la seule à se constituer de manière volontaire en application de la loi de 2010, par fusion entre la communauté urbaine et 3 communautés d’agglomération. Neuf autres ont suivi en 2015, créée automatiquement dans des pôles urbains de plus de 650 000 habitants, à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. La loi de 2017 a permis d’élargir cette création à des pôles urbains plus modestes et de créer 9 métropoles supplémentaires qui concernent les agglomérations de Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz, Tours, Brest et Nancy.

Territoires respectifs de la Métropole de Lyon et du Département résiduel du Rhône

A ces 19 métropoles de droit commun, s’est ajoutée à partir du 1er janvier 2015 celle de Lyon, la seule qui possède le statut de collectivité territoriale à part entière car créée par fusion entre un établissement public de coopération intercommunale, l’ancienne Communauté urbaine du Grand Lyon, et une large partie du Département du Rhône, ce dernier se réduisant désormais à sa portion congrue limitée aux seuls territoires restés en dehors de la métropole lyonnaise. Cette métropole de Lyon est pour l’instant la seule à rassembler, sur son territoire, un aussi large panel de compétences puisqu’elle a récupéré toutes celles qu’exerçait l’ancien Conseil départemental avant son repli territorial.

Ce n’est pas du tout les cas des deux dernières métropoles existantes, créées toutes les deux au 1er janvier 2016 et qui pour l’instant font figures de bricolage inachevé, à savoir celles du Grand Paris et celle d’Aix-Marseille-Provence. Dans les deux cas en effet, de fortes résistances se sont exprimées pour maintenir un échelon supplémentaire, sous forme d’établissements publics territoriaux, niveau intermédiaire entre les Communes et la Métropole, tandis que les Départements comme la Région gardaient toutes leurs prérogatives.

Sur l’aire marseillaise où le Conseil départemental des Bouches-du Rhône et la Métropole sont désormais dirigés par la même personne, en l’occurrence Martine Vassal, une fusion des deux structures commence à se dessiner, même si cela suppose de régler le sort des 29 communes de la partie arlésienne du Département, jusqu’à présent hors Métropole, soit en envisageant de réduire le Département à cette seule zone sur le modèle lyonnais, soit en la rattachant à l’aire métropolitaine qui engloberait dans cette hypothèse la totalité de l’actuel Département des Bouches-du-Rhône.

Les communes des Bouches-du-Rhône hors territoire métropolitain (source infographie © La Provence)

C’est dire si le modèle lyonnais est scruté à la loupe même si la plupart des autres métropoles refusent catégoriquement jusqu’à présent et pour différentes raisons, une éventuelle fusion avec leur Département. En novembre 2017, la Cour des Comptes s’était déjà penchée sur le sujet dans son rapport sur les finances publiques locales dont tout un chapitre était consacré à l’état d’avancement de la réforme territoriale, les magistrats conseillant d’ « évaluer le caractère reproductible de la création de la métropole de Lyon à partir d’un bilan en termes d’efficacité  et d’efficience des politiques publiques métropolitaines et départementales ». La Cour des Comptes regrettait le caractère très inachevé de la réforme puisque la quasi-totalité des métropoles ne sont que des communautés urbaines modifiées qui continuent de cohabiter avec toutes les autres strates territoriales préexistantes.

Michel Mercier et Gérard Collomb en 2014 (source © Lyon Mag)

Son souci d’évaluation en tout cas a été exaucé puisque le sujet a fait l’objet d’un rapport d’information sénatorial qui vient d’être rendu public, le 10 avril 2019 et qui analyse précisément ce qu’a apporté le processus de métropolisation à Lyon avec 4 ans de recul. Fruit de la volonté politique de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb, alors respectivement président du Département et de la Métropole, cette fusion apparaît, au yeux des sénateurs comme ayant été très positive pour le territoire puisque les finances des deux collectivités sont particulièrement saines après 4 ans d’activité. La Métropole a pu faire des économies significatives sur sa masse salariale et ses dépenses de fonctionnement. De son côté, le Département qui était empêtré dans des problème de fort endettement et d’emprunts toxiques à gérer, a pu retrouver une forte capacité d’autofinancement et de réelles marges de manœuvre.

Dessin de Lasserpe paru dans La lettre du cadre territorial en février 2019

Une opération plutôt bénéfique pour le territoire donc, mais qui n’est pas forcément reproductible ailleurs. En effet, les sénateurs mettent en évidence plusieurs éléments particulièrement favorables qui expliquent largement ce succès. Les deux collectivités jouissent d’une démographie très dynamique avec une augmentation de la population d’environ 10 % pour chacune d’elles entre 2006 et 2016, et un revenu fiscal par ménage sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale. Chacune des deux collectivité est plus riche que la moyenne des départements français et ses recettes fiscales ont fortement progressé durant les dernières années, ce qui constitue incontestablement un facteur très positif et explique largement la bonne santé financière de ces deux structures.

Réunion de l’Assemblée des Départements de France le 17 octobre 2018 à Paris (source © Public Sénat)

Rien ne prouve donc qu’une opération de fusion entre le Département des Bouches-du-Rhône et la Métropole marseillaise aboutirait à un résultat aussi favorable. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération, sous réserve qu’elle soit aussi bien préparée et accompagnée qu’elle l’a été dans le Rhône, outre qu’elle présente l’avantage d’une réelle simplification et d’une rationalisation de l’organisation territoriale locale, n’est pas non plus forcément synonyme de chaos comme le hurlent sur tous les tons et à qui veut l’entendre les élus de l’Assemblée des Départements de France qui craignent pour l’avenir de leurs structures et de leur pouvoir…

L. V.

La Ciotat, plus belle baie du monde, après celle d’Ha Long…

28 avril 2019

La baie d’Ha Long, située dans le nord du Vietnam est connue mondialement pour ses milliers d’iles karstiques au relief déchiqueté baignant dans des eaux turquoises, formant un écosystème tropical d’une grande richesse et créant un paysage fabuleux qui attire des millions de touristes chaque année. Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1994, le site a aussi été sélectionné en 2011 comme l’une des sept merveilles de la nature, au même titre que les chutes d’Iguazu, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, ou la Montage de la Table, qui domine la ville du Cap en Afrique du Sud.

La baie d’Ha Long au Vietnam

Cette baie fabuleuse fait également partie du club très select des Plus belles baies du Monde aux côtés notamment de la baie de San Francisco en Californie, celle des Saintes en Guadeloupe, le golfe de Girolata en Corse, ou encore la baie de Diego-Suarez à Madagascar ou celle du Siné Saloum au Sénégal.

Créée en mars 1997 à Berlin, cette association internationale, qui est aussi une marque déposée, regroupe actuellement 41 membres issus de 27 pays et qui, tous, se caractérisent par des golfes marins constituant des écosystèmes remarquables, abritant une faune et une flore d’une grande richesse faisant l’objet de mesures de protection spécifiques, considérés comme emblématiques sur le plan local et national, tout en disposant d’un potentiel économique certain. Des critères multiples qui ont permis d’intégrer déjà plusieurs sites métropolitains tels que la baie de Somme, le Golfe du Morbihan ou encore la Baie du Mont Saint-Michel. Le siège de l’association est d’ailleurs situé à Vannes, dans le Golfe du Morbihan même si la présidente est la Portugaise Maria das Dores Meira.

Et voilà donc que la baie de La Ciotat vient de rejoindre officiellement ce club très fermé des plus belles baies du Monde. Une décision annoncée le 27 mars 2019, à l’issue de la visite sur place début mars de Daniel Robo, maire de Vanne et vice-président Europe de l’association, et de Guy Rousset, représentant de la baie de Tadoussac au Québec et ancien président de la structure.

Vue aérienne de la baie de La Ciotat (source © Ville de La Ciotat)

C’est le directeur de l‘office de tourisme de La Ciotat, Jean-Jacques Rodriguez, qui avait monté le dossier de candidature et a soutenu le projet en mettant en avant les principaux atouts de cette baie que certains appellent localement le Golfe d’Amour : son environnement naturel bien entendu avec notamment l’ïle Verte, située à quelques encablures de la côte et relativement préservée, mais aussi ses calanques ocres de Figuerolles et du Mugel, ces reliefs abrupts et déchiquetés du Bec de l’Aigle ou encore les somptueuses falaises de Soubeyranes, parmi les plus hautes d’Europe et qui s’intègrent au cœur du Parc National des Calanques.

Vue aérienne de l’ïle verte et du Bec de l’Aigle (source © Géo)

Le dossier insistait aussi sur l’histoire de cette baie au passé historique très riche, marqué notamment par une activité nautique très intense, centrée pendant longtemps autour des chantiers navals mais qui a su rebondir vers d’autres activités économiques liées en particulier au yatching de luxe, et bien sûr sa fréquentation touristique intense avec ses plages interdites aux fumeurs.

Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour le tourisme ciotaden qui se porte déjà plutôt bien. Une nouvelle que le maire de La Ciotat, Patrick Boré, a salué avec toute la finesse qui le caractérise en déclarant aux journalistes de La Provence : « On est vachement fier. Touristiquement, c’est une reconnaissance internationale et une excellente vitrine pour les investisseurs et pour les entreprises ». Pas besoin d’être grand devin pour pressentir que l’argument figurera en bonne place dans sa prochaine campagne pour les municipales dans un an : voila qui ne pouvait pas mieux tomber !

L. V.

Marseille : cure de jouvence pour la corniche Kennedy

26 avril 2019

A Marseille, la route de la corniche, qui longe le bord de mer, de la plage des Catalans jusqu’à celles du Prado, reliant les quartiers d’Endoume et du Roucas Blanc, a fait l’objet de gros travaux d’élargissement entre 1954 et 1968, sous la mandature de Gaston Deferre. Une promenade piétonne a alors été réalisée en encorbellement, surplombant la mer d’une dizaine de mètres et la corniche a été dénommée en hommage au président américain John Fitzgerald Kennedy, assassiné à Dallas en 1963 alors que le chantier était en cours.

Tronçon de la corniche Kennedy (source © AMP métropole)

Serpentant sur 3 km en bordure de la Méditerranée et offrant une vue imprenable sur le large et l’archipel du Frioul, cette promenade est constituée de deux trottoirs dénivelés séparés par un immense banc, réputé pour être le plus long du monde en bord de mer. Ce banc avait fait l’objet d’un premier ravalement effectué en 2009 au dessus de la plage du Prophète, mais 50 ans d’exposition aux embruns marins avaient fortement corrodé certaines des armatures pourtant indispensables pour assurer la stabilité des plaques en béton armé formant encorbellement et garantir la sécurité des milliers de promeneurs et de joggers qui empruntent quotidiennement cette promenade.

La Corniche Kennedy vue depuis la mer (photo © Diades)

Il était temps de réagir et la Direction des Infrastructures de la Métropole Aix-Marseille-Provence, désormais en charge de la gestion de cet ouvrage, a fait appel depuis 2016 à un groupement de maîtrise d’œuvre piloté par le bureau d’études Setec et mobilisant notamment sa filiale Diadès basée à Vitrolles, ainsi que l’architecte marseillais André Mascarelli. Il s’agit de rénover totalement la promenade entre le Marégraphe, près du pont de la Fausse Monnaie, et l’hôtel Palm Beach situé à l’entrée des plages du Prado. Le montant de l’opération n’est pas anodin puisqu’il devrait s’élever à 28 millions d’euros TTC pour ce lifting peu commun.

Les travaux sont programmés en deux tranches sur une durée totale de 5 ans, l’objectif étant que tout soit terminé avant les Jeux olympiques de 2024 dont certaines épreuves devraient se dérouler dans la rade de Marseille. La première tranche de travaux, dont le montant est d’un peu plus de 13 millions d’euros, a débuté en octobre 2018 et concerne un premier tronçon de 670 m entre le marégraphe et le Club des Dauphins. Elle se déroulera en 2 ans jusqu’en mai 2020, les travaux étant interrompus durant la saison estivale entre mai et septembre pour ne pas trop impacter l’activité touristique. Les parties d’ouvrage les plus gravement endommagées sont entièrement remplacées et les autres font l’objet d’un simple ragréage.

Les éléments d’ouvrage qui sont conservés seront désormais protégés de la corrosion marine par un dispositif de protection cathodique par courant imposé. Le fameux banc et le parapet seront refaits en béton fibré à hautes performances, le parapet ayant fait l’objet d’un travail architectural spécifique permettant de le mettre aux normes de sécurité actuelles sans le rehausser, ce qui aurait gêné la vue sur la mer, pour qui s’assoit sur le banc.

Dispositif provisoire de circulation sur la corniche pendant les travaux (source © AMP métropole / Info travaux octobre 2018)

La circulation automobile, qui se fait habituellement à 2 x 2 voies, a été réduite à 2 x 1 voies depuis le mois d’octobre, ce qui n’est pas sans susciter un certain agacement de la part des riverains. Un cheminement piéton a néanmoins été conservé, protégé par des palissades transparentes afin de préserver la vue sur la mer et sur le déroulement du chantier.

La piste cyclable en projet sur la corniche Kennedy (source © AMP métropole / Made in Marseille)

En parallèle a débuté en janvier 2019 un autre chantier consistant à créer une piste cyclable sur la voirie qui sera donc amputée d’une voie de circulation côté mer. Une bonne nouvelle pour les cyclistes et en particulier les porte-paroles du Collectif Vélos en ville qui se félicitent de ce nouveau projet sur lequel Martine Vassal s’était engagée. C’est néanmoins bien sûr une source de récrimination pour les habitants qui voient surtout les nuisances liées au chantier et les embouteillages qui en résultent. De quoi déclencher la fureur du président de la fédération des CIQ du 7ème arrondissement qui s’est plaint de la situation auprès du maire de secteur et s’est épanché au micro de France Bleu, estimant que « tout est fait à l’envers ! Nous avions proposé d’étudier le projet de piste cyclable une fois le Boulevard Urbain Sud ouvert et censé désengorger la corniche, c’est à dire dans 2 ou 3 ans et d’une offre de transports en communs supplémentaire ». Manifestement, pour certains Marseillais, la place du vélo en ville même sur une promenade aussi emblématique, ne fait pas partie des priorités…

Banc recouvert de céramique sur la corniche Kennedy (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le banc de la corniche Kennedy fait aussi l’objet d’un projet artistique des plus originaux, initié par l’art-thérapeuthe Paola Cervoni, qui dirige l’association Viv’arthe, et dont l’objectif est de recouvrir de mosaïque 77 portions du fameux banc. Il lui a fallu beaucoup de ténacité et 7 ans de patience selon le site Made in Marseille, pour obtenir les autorisations nécessaires pour cela. Mais le résultat est magnifique bien qu’engagé avec de bien faibles moyens en 2017 comme l’explique l’artiste : « Le concept est artistique et citoyen car les mosaïques sont réalisées dans des écoles, des centres sociaux, et une maison de retraite. Environ 900 élèves ont participé ainsi que trois mamies. J’avais besoin de cet aspect partage et transmission pour mon projet ». Un projet qui est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur puisqu’une entreprise marseillaise L’esprit Céramique, sensible à la démarche citoyenne et marseillaise du projet, soutient désormais l’idée en offrant à l’association Viv’arthe tout le carrelage nécessaire pour les 77 bancs. Sur la corniche de Marseille, les petits carreaux font les grands ouvrages…

L. V. 

Philippe Langevin : un regard inquiet sur Marseille…

16 avril 2019

L’économiste Philippe Langevin

Philippe Langevin fait partie de ces universitaires qui font honneur à la métropole marseillaise. Ancien maître de conférence à l’Université Aix-Marseille, ce spécialiste de l’économie régionale s’est impliqué pendant des années au sein du Conseil de Développement de Marseille-Provence-Métropole et préside toujours l’Association régionale pour le développement local en PACA.

Auteur de fréquentes conférences notamment à Sciences-Po Aix-en-Provence, dont GoMet se fait régulièrement l’écho, cet humaniste a aussi publié début 2016 un rapport très remarqué, intitulé « Aix-Marseille-Provence. Notre maison commune ». Un travail réalisé dans le cadre du Comité Diocésain Économique et Social, sous un angle qui s’appuie largement sur la doctrine sociale de l’Église et dont Philippe Langevin évoquait en ces termes toujours pour GoMet : « Nous avons voulu montrer que ce débat est aussi philosophique et éthique, pas seulement technique ».

Selon lui, la construction de la métropole Aix-Marseille-Provence, qu’il a appelée de ces vœux et pour l’édification de laquelle il n’a pas ménagé sa peine, manque par trop de la plus élémentaire solidarité entre les territoires et les citoyens qui la composent. Un pêché originel (et qui perdure !), que ce fin observateur de la vie politique régionale attribue en grande partie à l’attitude des élus locaux, quasiment tous fermement opposés à ce projet d’intercommunalité, craignant qu’il ne se traduise pour eux par des pertes de pouvoir et une redistribution plus harmonieuse et plus efficace des services publics au bénéfice de la population, y compris au-delà de leur cercle d’influence.

Et ce grand humaniste vient de récidiver en publiant dans Marsactu, le 29 mars 2019, un véritable cri d’alarme dans lequel il s’interroge sur la persistance même du lien social dans la ville de Marseille, n’hésitant à titrer cette affirmation choc : « Marseille n’existe plus » ! Une assertion qu’il justifie par le fossé devenu béant entre les plus riches et les plus pauvres qui vivent dans la même commune sans jamais se rencontrer.

Ainsi les 10 % les plus pauvres des quartiers déshérités du centre-ville (1er, 2ème et surtout 3ème arrondissement où le taux de pauvreté dépasse les 50 %) et ceux des quartiers nord (14 et 15ème arrondissements) n’ont tout simplement aucun revenu déclaré et ne vivent que des minima sociaux. A l’autre bout de l’échelle sociale, 4000 ménages étaient imposés sur la fortune avant que le gouvernement ne supprime cet impôt, et les 4 Marseillais les plus riches disposent d’une fortune équivalente au budget total de la ville avec ses 12 000 fonctionnaires territoriaux…

Décombres des immeubles effondrés le 5 novembre 2018, rue d’Aubagne (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Au-delà de ces écarts de richesse frappants, c’est surtout le déséquilibre dans l’aménagement du territoire qui est le plus flagrant. Le cœur de ville paupérisé concentre les logements privés insalubres et délabrés, à l’image des immeubles de la rue d’Aubagne récemment effondrés, tandis que les logements sociaux sont tous rassemblés dans les quartiers nord, désertés par les services publics et le commerce de proximité, et mal desservis par les transports en commun, alors que ce sont ces habitants qui en auraient justement le plus besoin.

Villa cossue du 8ème arrondissement de Marseille (source © Corniche Immobilier)

Philippe Langevin détruit méthodiquement le mythe de Marseille, creuset de civilisations où toutes les populations se mélangent fraternellement dans la liesse des matchs de l’OM : même au stade Vélodrome, chaque tribune a sa propre clientèle ! Les jeunes cadres dynamiques et intégrés qui travaillent sur Marseille vivent dans les villages cossus des environs ou dans les quartiers huppés des Hauts-de-Perrier ou du Roucas Blanc mais ne croisent jamais les populations miséreuses du centre-ville ou des quartiers nord.

Les grandes opérations d’aménagement entreprises récemment, notamment sur le secteur d’Euroméditerranée, ou les gratte-ciels de luxe édifiés en front de mer, n’apportent aucune solution aux difficultés de logement des plus pauvres. L’économie favorisée, qu’elle soit centrée sur l’accueil des croisiéristes de luxe ou sur le développement du numérique, ne bénéficie pas à ceux qui manquent de qualifications pour s’y insérer et d’ailleurs ne favorise guère l’emploi. La ville de Marseille est l’une de celles où le taux d’activité est le plus faible : 66,9 % seulement.

Cité des Kalliste, au nord de Marseille (photo © Boris Horvat / AFP / Le Point)

« Il faut alors se rendre à une évidence », conclut Philippe Langevin. « Marseille n’existe plus. Ville ouvrière sans ouvriers, ville coloniale sans colonie, ville portuaire alors que l’essentiel du trafic lui échappe au bénéfice de Fos-sur-mer, sans projet collectif à même de la reconstruire, Marseille est devenue un ensemble de quartiers qui ne se connaissent pas, d’habitants qui ne se fréquentent pas, d’ingénieurs venus d’ailleurs et d’aménageurs du territoire et déménageurs de leurs populations. »

Certes, l’auteur ne mésestime pas l’impact positif des nombreuses opérations de politique de la ville menées depuis des années, avec souvent l’implication très active d’un tissu associatif riche et fortement investi. Mais cela ne suffit pas, loin s’en faut, pour ressouder la ville et lui redonner cette cohérence sociale qui lui fait défaut. Même la construction de la Métropole n’a guère permis de faire évoluer les choses tant les maires des communes voisines sont réticents au moindre geste de solidarité envers la capitale régionale. Quoi qu’en dise Maryse Joissains qui crie à la spoliation permanente, en 2018, 40 % des investissements de la métropole ont pourtant été fait non pas à Marseille mais à Aix-en-Provence, et le pire c’est que les Aixois n’en ont même pas conscience ! Il y a décidément encore bien du chemin à faire pour introduire un peu de solidarité territoriale dans l’agglomération marseillaise…

L. V.

Les sources de l’Huveaune prises d’assaut…

13 avril 2019

Comme chacun sait, la ville de Carnoux se situe dans le bassin versant de l’Huveaune même si la commune a toujours refusé d’adhérer au Syndicat intercommunal de l’Huveaune dont la création remonte pourtant à 1963 et qui est chargé notamment de l’entretien des berges de ce cours d’eau. Le syndicat porte pourtant depuis 2015 un contrat de rivière destiné à fédérer différents acteurs en vue d’une meilleure gestion globale du bassin versant de l’Huveaune, tant il est vrai que la qualité de l’eau d’une rivière dépend beaucoup de la manière dont les riverains situées tout au long de ses affluents gèrent leurs eaux pluviales et leurs eaux usées.

Les contours du bassin versant de l’Huveaune (source © Syndicat du bassin versant de l’Huveaune)

Le syndicat, dont les membres sont désormais la Métropole Aix-Marseille-Provence et la Communauté d’agglomération Provence verte,  est aussi chargé de la prévention des inondations qui peuvent être redoutables du fait de l’urbanisation qui s’est développée dans toute la vallée. Certains ont encore en mémoire la crue dévastatrice de 1935 et celle de 1978 au cours de laquelle le fleuve côtier a très largement débordé sur l’autoroute Aubagne-Marseille, construite il est vrai dans le lit majeur de la rivière.

L’Huveaune en crue à l’entrée d’Aubagne en 2008 (source © photothèque SIBVH)

Toujours est-il que l’Huveaune n’est pas seulement ce fleuve dont les eaux en crue viennent déverser sur les plages du Prado tous les détritus amassés au long de son cours, de la bouteille en plastique à la batterie usagée en passant par le canapé deux places légèrement défraichi, négligemment déposé sur les berges pour éviter d’avoir à faire le détour à la déchetterie. C’est aussi un cours d’eau méditerranéen dont certains tronçons ont été admirablement préservés malgré l’urbanisation et les usages industriels développés sur ses berges.

L’Huveaune prend sa source dans le département du Var, sur la commune de Nans-les-Pins, à 590 m d’altitude, dans le Vallon de la Castelette, rattaché au massif de la Sainte-Baume. Les sources du cours d’eau constituent un lieu de ballade très prisé localement. Un des accès les plus aisés pour s’y rendre part justement de la commune de Nans-les-Pins et permet, à l’issue d’une ballade très agréable en sous-bois, de rejoindre les vasques d’eau laiteuse d’une couleur bleu lagon qui se succèdent en cascade dans le cours supérieur de l’Huveaune.

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Formées de travertin, c’est-à-dire de concrétions qui se déposent lorsque l’eau souterraine, qui s’est chargée en calcium dissous lors de sa traversée du massif calcaire, débouche à l’air libre, ces vasques sont une pure merveille et la ballade attire forcément de nombreux amoureux de la nature.

Cette année cependant, pour les deux derniers week-end du mois de mars, sous l’effet d’un temps printanier et d’un post très abondamment commenté publié sur Facebook par le site Bienvenue à Marseille, le site a connu une affluence totalement inhabituelle qui a mis en émoi les habitants de la petite commune de Nans-les-Pins et dont les médias se sont largement fait l’écho puisque même  FR3 en a tiré un reportage télévisé !

Extrait du journal Var Matin, édition du lundi 1er avril 2019 (source © post Facebook Axelle Delgove)

Le dernier week-end de mars, la mairie de Nans a recensé plus de 1500 visiteurs sur un site qui n’en accueille d’habitude que quelques centaines. La situation sur place est devenue intenable sous l’effet de centaines de véhicules qui débarquent dès le matin, se garent comme ils peuvent, entravant même les passage des véhicules de secours. Certains n’hésitent pas à arracher les barrières dans ce site qui fait pourtant désormais partie du Parc naturel régional de la Sainte-Baume, afin de pouvoir se rapprocher des départs de sentiers. Le site n’étant pas équipé de poubelles, dans le but d’inciter les randonneurs à repartir avec leurs déchets, nombre de touristes ne craignent pas de laisser leurs tas de détritus sur place…

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Face à un tel afflux dans un site aussi vulnérable, classé Natura 2000, la maire de Nans-les-Pins, Pierrette Lopez, a dû prendre un arrêté municipal pour interdire l’accès en véhicule au chemin communal destiné aux interventions des secours et le Préfet a été interpellé afin de trouver les moyens de réguler ce flux incontrôlable de visiteurs.

De quoi confirmer, s’il en était encore besoin, que tourisme de masse et respect des milieux naturels fragiles ne font jamais très bon ménage !

L.V.

Centrales à charbon : Gardanne fait de la résistance !

23 mars 2019

La centrale à charbon de Gardanne (photo © Frédéric Speich / La Provence)

C’était une des promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron : d’ici le 1er janvier 2022, il n’y aura plus de centrale à charbon en fonctionnement sur le sol français. Une promesse qu’il avait d’ailleurs confirmée à plusieurs reprises depuis son élection, déclarant ainsi au magasine Forbes en mai 2018 : « EDF et Uniper, des entreprises très classiques, ont beaucoup résisté. Mais j’ai décidé de dire très clairement que nous allions les fermer. Je leur ai dit : Nous allons vous aider, mais nous allons les fermer. Il n’y a pas d’autre choix.” »

Une attitude volontariste et sans ambiguïté qui figurait d’ailleurs dans le Plan climat présenté en juillet 2017 par le ministre de l’écologie de l’époque, un certain Nicolas Hulot et qui précisait (en gras dans le texte !) : « Nous accompagnerons, dans le cadre de contrats, l’arrêt des dernières centrales électriques au charbon d’ici 2022». Un engagement qui a d’ailleurs été rappelé dans le Programmation pluriannuelle de l’énergie présentée en novembre 2018.

Bref, la volonté politique est là et le discours est clair. Mais la réalité est légèrement différente et certains commencent à douter fortement que la promesse puisse être tenue dans les délais. Comme l’explique le journaliste Nabil Wakim dans une série d’articles très documentés publiés sur ce sujet dans Le Monde, il ne reste en réalité que 5 centrales thermiques à charbon en activité sur le sol métropolitain, une dizaine d’entre elles ayant déjà été fermées par EDF entre 2013 et 2015. Celle du Havre et les deux unités de Cordemais, près de Saint-Nazaire, sont exploitées par EDF. Celle de Saint-Avold, en Moselle, et celle de Gardanne (construite dans les années 1950 par Charbonnage de France et située en réalité sur la commune voisine de Meyreuil) ont été rachetées par le groupe allemand E.ON, et désormais exploitées par Uniper, une structure dont le siège est à Düsseldorf, issue de la réorganisation d’E.ON en 2016 et qui compte pas moins de 14 000 salariés.

Extrait d’un article publié par Le Monde en date du 11 mars 2019

L’objectif de la fermeture de ces centrales est difficilement contestable puisqu’il s’agit de réorienter la production d’électricité vers des énergies moins impactantes en matière d’émission de gaz à effet de serre, le charbon étant considéré de ce point de vue comme la solution la pire qui existe : en France, les centrales thermiques à charbon ne représentent plus que 1,6 % de la production d’électricité nationale mais elles sont à l’origine de 25 % des émissions de CO2 du secteur, l’équivalent de 4 millions de véhicules !

A Gardanne, E.ON a d’ailleurs annoncé dès 2012 sa volonté de transformer une des deux unités de production en centrale à biomasse, un projet qui s’est concrétisé à partir de 2016 mais qui a été stoppé dès 2017 suite aux recours déposés par des associations environnementales locales. Un exemple qui illustre bien les difficultés à faire évoluer ces centrales à charbon dans les délais fixés par le politique.

La centrale thermique de Provence, à Gardanne, avec sa cheminée de 297 m de hauteur, le troisième plus haut édifice de France derrière la Tour Eiffel et le viaduc de Millau (photo © Gérard Julien / AFP / Le Monde)

En Loire-Atlantique, la situation n’est pas plus simple car la centrale de Cordemais, qui fonctionne depuis la fin des années 1960, est indispensable à l’alimentation en électricité de la péninsule bretonne dépourvue de centrale nucléaire. La dernière unité qui fonctionnait encore au fioul a été arrêtée en mars 2018, mais EDF conditionne l’arrêt définitif des deux unités de production au charbon à la mise en service de la centrale à gaz de Landivisiau, des interconnections avec le Royaume-Uni et du futur EPR de Flamanville, cette dernière, initialement prévue en 2012 étant désormais annoncée pour fin 2019, si tout va bien…

Comme à Gardanne, le site de Cordemais réfléchit d’ailleurs à une reconversion de la centrale pour l’utilisation de la biomasse, via le projet Ecocombust qui vise à utiliser de vieilles palettes et des déchets de bois comme combustible, mais l’exemple de Gardanne fait réfléchir… Embourbé dans le dossier, l’Allemand Uniper est d’ailleurs en train de jeter l’éponge. Il a ainsi annoncé le 24 décembre dernier, selon l’Usine Nouvelle, être entré en négociation exclusive pour la vente de ces deux sites français à l’entreprise tchèque EPH (Energetický a průmyslový holding), contrôlée par le milliardaire Daniel Křetínský, par ailleurs actionnaire du Monde et désormais propriétaire de l’hebdomadaire Marianne.

Stock de bois sur le site de la centrale de Gardanne (photo © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre)

On ne sait pas encore très bien ce que l’énergéticien tchèque compte faire de ces acquisitions sinon qu’un accord semble se dessiner pour une reconversion au gaz de l’usine de Saint-Avold dont l’exploitation pourrait même être confiée à Total qui se frotte déjà les mains. Quant à la centrale charbon de 600 MW implantée à Meyreuil, les personnels se sont mis en grève dès le 7 décembre 2018, à l’appel de la CGT, pour protester préventivement contre tout risque de fermeture des installations.

Le gouvernement a nommé en décembre un délégué interministériel pour accompagner l’évolution des 4 sites concernés et la température monte progressivement à Gardanne où l’inamovible maire communiste de 83 ans, Roger Meï, à la tête de la ville depuis 1977, se fait un plaisir de souffler sur les braises en rappelant que « ici, le charbon fait partie de notre identité depuis toujours » alors que celui qui est brûlé à la centrale est acheminé par bateau depuis l’Australie, la Colombie ou l’Afrique du Sud voire les États-Unis. A Gardanne, les esprits s’échauffent et le délégué CGT local, Nicolas Casoni prévient : «s’ils ferment la centrale comme ça, on va mettre le département à feu et à sang, on a déjà prévenu le Préfet !».

Manifestation dans les rues de Gardanne en mars 2019 contre la fermeture de la centrale (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Selon la Provence, une manifestation a ainsi rassemblé autour de 500 personnes, jeudi 21 mars 2019 dans les rues de Gardanne où le mouvement de grève se poursuit. Le ton monte entre ceux qui veulent défendre coûte que coûte le statu quo et les 174 emplois qui bénéficient du statut protecteur des Industries électriques et gazières, misant sur des évolutions technologiques à venir pour limiter les impacts environnementaux de l’activité, et ceux qui essaient d’imaginer des pistes de reconversion du site industriel, plus en phase avec les impératifs de la lutte contre le changement climatique. Qui a dit que la transition écologique serait un long fleuve tranquille ?

L. V.

Fos-sur-Mer : silence, on meurt…

13 mars 2019

Flamands roses devant le vieux village de Fos-sur-Mer (source © Go-Met)

Le golfe de Fos, situé à une petite cinquantaine de kilomètre au nord-ouest de Marseille, entre le delta du Rhône et l’étang de Berre, pourrait être un véritable coin de paradis avec le village médiéval perché de Fos-sur-Mer qui domine l’immense plaine de la Crau, ses belles plages de sable fin, son spot de windsurf et ses étangs où se prélassent fréquemment des groupes de flamands roses.

Sauf que, depuis le début des années 1970, ce secteur admirablement situé a fait l’objet d’un développement industrialo-portuaire de grande ampleur. Le port autonome de Marseille y a creusé de multiples bassins entre Lavéra (sur la commune de Martigues, côté Est) et Port-Saint-Louis du Rhône (côté ouest, en limite de la Camargue) pour y accueillir les immenses porte-containers, mais aussi les pétroliers et les minéraliers. Cette activité portuaire intense s’est accompagnée de l’installation de nombreuses activités industrielles lourdes liées au raffinage, à la pétrochimie, à la sidérurgie ainsi que des cimenteries. Et en 2010, cerise sur le gâteau, la Communauté urbaine de Marseille a choisi d’y installer son gigantesque incinérateur d’ordures ménagères…

A Fos-sur-Mer, on compte désormais 17 usines dont 15 sont classées Seveso, parmi lesquelles l’usine sidérurgique Arcelor-Mittal qui vient d’écoper d’une amende de 15 000 € pour rejets non conformes à la réglementation. Le secteur est devenu la plus grande zone d’activité industrielle encore en activité en Europe, avec 40 000 emplois. Les 16 000 habitants de la ville de Fos bénéficient très largement de cette manne économique dont les retombées ont permis aux collectivités locales un très haut niveau d’équipement en services publics.

A Fos-sur-Mer, on se baigne sous le vent des fumées d’usine… (photon© Florian Launette / Maxppp)

Mais ils écopent aussi des nuisances et des risques sanitaires qui accompagnent nécessairement ce type d’activité. Dès 1971 y a été créé le premier Secrétariat  permanent pour la prévention des pollutions industrielles (SPPPI) de France, suivi en 1972 par la création de l’association AIRFOBEP, en charge de surveiller la qualité de l’air dans l’ouest des Bouches-du-Rhône et qui a fusionné en 2012 avec AtmoPACA pour former la nouvelle structure Air PACA, dénommée depuis 2018 AtmoSud (un véritable jeu de piste…). C’est aussi dans ce secteur qu’a été créé en 1991 le CYPRES, désormais centre d’information pour la prévention des risques majeurs, et qui s’intéresse surtout aux risques industriels particulièrement présents du fait de cette multitude et cette proximité d’activités dangereuses.

Le site d’Arcelor-Mittal à Fos-sur-Mer (photo © Jean-Paul Pelissier / Reuters / Le Monde)

Pas de quoi cependant rassurer totalement la population qui a le sentiment, depuis des années, de vivre exposée à un environnement délétère, même si le renforcement progressif de la réglementation et des contrôles a permis de réduire très significativement les rejets industriels dans l’air et surtout dans l’eau. Une crainte d’autant plus forte que les différentes études qui se succèdent depuis des années (37 jusqu’en 2017 !), engagées uniquement par les services de l’État et les industriels eux-mêmes affirment toutes qu’il n’y a aucun problème sanitaire localement : « circulez, il n’y a rien à voir ! »

Il a fallu l’action opiniâtre de certains acteurs de la société civile et d’organisations environnementales telles que l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF) pour que finalement, en 2015, soit lancée l’étude FOS-EPSEAL, « étude participative en santé environnement ancrée localement », une première européenne, financée par l’ANSES (Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et conduite auprès de 816 personnes habitant à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Carte montrant les quartiers enquêtés dans de cadre de l’EPSEAL et les principaux sites industriels du secteur (source © rapport final FOS-EPSEAL, janvier 2017)

Publié en janvier 2017, ce rapport confirme enfin l’état pour le moins préoccupant de la situation sanitaire locale avec notamment un taux de cancer deux fois plus élevé que pour la moyenne nationale (11,8 % contre 6 %) et des taux de prévalence également très inhabituels pour certaines maladies telles que l’asthme (15 % contre 10 % en moyenne nationale) ou le diabète (12,9 % contre 5,2 %) : 63 % des personnes interrogées déclarent souffrir d’une maladie chronique alors que ce taux ne dépasse pas 36 % à l’échelle nationale. Pas de quoi rassurer les populations, mais du moins de quoi renforcer leur pugnacité pour pousser les pouvoirs publics à mieux prendre en compte la situation.

Depuis, les choses s’accélèrent un peu. Le 26 janvier 2018, l’association Air PACA a ainsi dévoilé les résultats de son projet SCENARII, mené dans le cadre du Plan régional santé environnement, et destiné à quantifier, à l’aide d’indicateurs de risques, l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé dans 66 communes du pourtour de l’étang de Berre. Pour 39 substances polluantes prises en compte ont été établies des cartes d’émission et de concentration des polluants dans l’atmosphère, ainsi que des indicateurs de risques sanitaires pour la population exposée.

Carte des excès de risque individuel liés au cumul des émissions polluantes (source © AtmoSud)

Là aussi, les résultats sont édifiants puisque 7 des 39 substances étudiées (particules diesel, dioxyde d’azote, particules fines PM10 et PM2,5, benzène, dichloroéthane et butadiène, ces trois dernières étant spécifiques de l’activité industrielle locale) présentent sur l’ensemble du secteur des concentrations supérieures aux valeurs de gestion. Pour 4 d’entre elles, cela représente, pour les effets cancérigènes, des niveaux de risques supérieurs au seuil de vigilance. Les secteurs les plus exposés, situés près des principaux axes de transport et de certains sites industriels sont clairement identifiés. Plus grave encore, l’étude met en évidence que les effets cumulés de ces différentes substances nocives concernent en réalité la totalité de la population étudiée, ce qui n’a rien de rassurant…

D’autant que le 12 février 2018, d’autres résultats d’analyses menées depuis 2015, ont été rendus publics cette fois par l’association ADPLGF. Des échantillons alimentaires de produits locaux (viande de taureau des Alpilles, mouton, fromages de chèvre, huile d’olive, moules, œufs, etc.) ont été analysés par deux laboratoires indépendants grâce au financement d’une association créée localement pour aider un petit garçon décédé à trois ans d’un cancer. Et ces analyses confirment que toute la chaîne alimentaire du secteur est largement imprégnée de PCB, métaux lourds et dioxine, certains échantillons dépassant même les normes réglementaires en dioxines/furanes et PCB-DL

Proximité des usines et des habitations à Fos-sur-Mer (extrait du documentaire Les fumées du silence / © Babel Doc)

Tout confirme donc, comme l’Agence Régionale de Santé l’avait reconnu du bout des lèvres dans les colonnes du journal Marsactu début 2018, que le secteur est « une zone inégalitaire pour la santé » par rapport au reste du territoire, « liée à l’environnement particulièrement impacté par l’industrie et le trafic routier et maritime ».

Voilà qui est dit, mais cela ne suffira sans doute pas à rassurer la population, surtout après le reportage plus qu’alarmant diffusé le 4 février 2019 par France 3. Intitulé Les fumées du silence, ce documentaire écrit par Nina Hubinet et réalisé par Pierre-Jean Perrin, insiste notamment sur les dangers des émanations riches en benzopyrène, un cancérigène très agressif, qui s’échappent des fours de l’usine Arcelor-Mittal. Il évoque aussi le cadmium, également cancérigène, qui se retrouve en fortes concentrations dans les potagers du secteur. De quoi alimenter le ressentiment des populations exposées, au point que 134 habitants de la commune de Fos-sur-Mer ont porté plainte contre X en novembre 2018, auprès du tribunal d’Aix-en-Provence pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Emanation de fumées toxique dans la cockerie d’Arcelor-Mittal (extrait du documentaire Les fumées du silence / © Babel Doc)

Dans un tel contexte et face à des autorités qui peinent à reconnaître l’ampleur du problème, les propositions de solutions ne manquent pourtant pas pour mieux concilier activité économique et préservation du cadre de vie. Des organisations syndicales, CFDT en tête, prônent la mise en place d’un contrat de transition écologique avec des idées innovantes telles que la capture du CO2 rejeté pour la culture d’algues ou la production locale d’hydrogène pour alimenter un train de marchandises non polluant et remplaçant les norias de camions qui sillonnent actuellement la zone, sans oublier des actions pour réduire les émissions polluantes du trafic maritime et ferroviaire dont les effets ne sont pas pour rien dans la situation dramatique actuelle.

Bref, il y a du pain sur la planche pour améliorer la situation du golfe de Fos et de quoi alimenter les échanges à venir, pour peu qu’industriels, responsables politiques, organisations syndicales, associations environnementales, experts et simples citoyens arrivent à trouver des terrains de dialogue, et pas seulement devant les tribunaux…

 L.V.