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Demain, une autoroute solaire à Marseille ?

27 septembre 2022

L’énergie solaire, bien qu’intermittente, présente l’avantage d’être inépuisable et pourrait permettre de couvrir largement nos besoins en électricité, à condition de pouvoir être stockée, ce qui n’est pas si simple… Depuis des années maintenant on voit fleurir des panneaux photovoltaïques sur nombre de toits, initialement surtout dans le but de revendre l’électricité produite au réseau public à un prix garanti très attractif, désormais pour consommer directement l’électricité ainsi produite, ce qui limite la question de son transport… On voit aussi de plus en plus des bâtiments publics mais aussi des hangars agricoles, industriels ou commerciaux qui offrent généralement de belles surfaces de toitures, se recouvrir de panneaux photovoltaïques.

Cave viticole de Bonnieux, dans le Vaucluse, largement recouverte de panneaux photovoltaïques depuis une bonne dizaine d’années (source © Cave de Bonnieux)

Une alternative particulièrement judicieuse aux centrales solaires installées au sol sous forme de panneaux simplement posés sur supports fixes ou orientables, voire avec concentration sur une tour centrale, mais qui occupent de l’espace, au détriment d’autres usages. Certains ont bien essayé de développer des panneaux solaires sur ombrières pour les installer au milieu des cultures, mais avec un risque de concurrence voire de gêne pour les travaux agricoles. D’où l’idée d’installer les panneaux photovoltaïques de préférence dans les lieux où ils ne font pas concurrence à d’autres usages. Outre les toitures ou les anciennes décharges difficiles à réhabiliter, comme celle d’Entressen, dans la Crau, ce sont maintenant les canaux de distribution d’eau voire les plans d’eau qui sont sollicités, même si l’installation s’y traduit par un surcoût significatif.

Des panneaux photovoltaïques déjà très présents sur les hangars agricoles, et ce n’est qu’un début… Un dessin signé Félé

Dans le même esprit, l’adjoint du maire de Marseille en charge de la transition écologique, Sébastien Barles, vient de proposer d’installer des panneaux solaires au-dessus des autoroutes urbaines de l’agglomération, l’A7, l’A50 et la L2. Une proposition qui s’inscrit dans la lignée de la labellisation de la ville de Marseille, retenue en avril dernier par la Commission européennes parmi les 100 villes qui visent la neutralité carbone en 2030. A l’époque, la candidature de Marseille avait un peu fait sourire tant la cité phocéenne partait de loin, après avoir fait le choix pendant des décennies du tout voiture, avec ses lacunes légendaires en matière de transports en commun, de préservation des ressources naturelles et de gestion des déchets notamment. Elle a pourtant été retenue avec 8 autres villes françaises parmi les 23 qui avaient candidaté, aux côtés des autres grandes métropoles passées en 2020 aux mains d’une municipalité à participation écologiste, à l’instar de Lyon, Paris, Nantes, Bordeaux, Grenoble ou Angers.

Marseille, retenue parmi les 100 villes accompagnées par la mission européennes en vue de la neutralité carbone d’ici 2030 (source © FNE PACA)

Et comme Marseille a un long chemin à parcourir pour atteindre cette bien hypothétique neutralité carbone d’ici 2030, il va falloir beaucoup d’imagination et de volonté politique ! D’où cette idée, un peu farfelue au premier abord, de recouvrir les autoroutes urbaines de panneaux solaires… L’écologiste Sébastien Barles n’est d’ailleurs pas tout seul à la porter et il était entouré, lors de sa présentation en conférence de presse jeudi 22 septembre 2022, notamment par le président du groupe écologiste au conseil municipal marseillais, Fabien Perez, par le président de la FNE 13, Richard Hardouin, mais aussi par le nouveau député LFI Hendrick Davi et le sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche.

Représentation de ce que pourrait être demain l’A50 recouverte de panneaux photovoltaïques (photo © P. Laurenson / Marsactu)

Car même si l’idée est séduisante, certains obstacles réglementaires empêchent pour l’instant sa mise en œuvre et il faudra peser politiquement pour les déverrouiller, en profitant par exemple du prochain examen de la loi sur l’accélération des énergies renouvelables. En supposant ces obstacles aplanis, il s’agirait de recouvrir 26 km d’autoroute, en commençant par un tronçon démonstrateur de 2 km sur l’A50 entre Marseille et Aubagne, la couverture permettant, non seulement de fournir de l’électricité (de quoi alimenter 6 000 logements rien qu’avec ces 2 premiers kilomètres), mais aussi de diminuer les nuisances sonores liées au trafic routier sur ces axes urbains régulièrement saturés.

Certes, la facture est un peu élevée, estimée à la bagatelle de 240 millions d’euros pour les 26 km visés à terme. Mais les élus sont optimistes pour lever les fonds nécessaires en mixant financement privés et publics (on voit mal la région PACA ne pas mettre la main à la poche pour un tel projet qui s’inscrit parfaitement dans sa prétention d’avoir « une COP d’avance »…), quitte à faire appel à la souscription des particuliers sous forme de participation pour un projet qui pourrait présenter un retour sur investissement évalué à 8 ans seulement.

Projet de serpent solaire imaginé par le suédois Mans Tham (source © Techniques de l’Ingénieur)

Ce projet s’inscrit en tout cas en droite ligne du Solar serpent présenté en 2010 par l’architecte suédois Måns Tham : une sorte de couverture semi-transparente des voies de circulation sous forme d’un revêtement en écailles constituées de panneaux photovoltaïques. Le concept avait été testé dès 2011 en Belgique sous forme de panneaux solaires posés sur le toit d’une tranchée couverte permettant au TGV de franchir en toute discrétion une zone naturelle protégée au nord d’Anvers. Un investissement de 15,6 millions d’euros qui permet de produire l’électricité dont a besoin le même TGV pour 2 heures de trajet…

Depuis, le coût des installations solaires a nettement baissé et l’opération devient de plus en plus intéressante, même si l’installation de panneaux photovoltaïques sous forme d’ombrières au-dessus de nos voies de circulation représente un surcoût qui reste très significatif par rapport à une installation photovoltaïque traditionnelle et ne peut donc se justifier que par les autres avantages recherchés. Il va donc falloir sans doute beaucoup de persuasion aux écologistes marseillais pour convaincre du bien fondé de leur projet, peut-être en argumentant que cette future couverture solaire de nos autoroutes urbaines permettra désormais de « rouler à l’ombre » même en période de forte chaleur…

L. V.

Le Ravi, c’est fini…

18 septembre 2022

« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas » Tout le monde a en tête cet aphorisme qui figure en tête de la dernière page de chaque numéro du Canard enchaîné, même si personne ne sait trop bien à qui attribuer cette citation, sans doute trop belle pour être vraie… En revanche, on sait bien qui est l’auteur de cette autre maxime moins connue mais sans doute plus réaliste : « la liberté de la presse est entière : il suffit d’avoir les milliards nécessaires ». C’est le sociologue Alfred Sauvy qui faisait ce constat lucide en préface d’un ouvrage de Jean Boniface publié au début des années 1960 sous le titre Arts de masse et grand public. Une vision assez prémonitoire de la bataille à laquelle on vient d’assister entre les milliardaires Xavier Niel et Rodolphe Saadé pour prendre le contrôle du quotidien régional La Provence

La presse française très prisée des milliardaires, un dessin signé Miss Lilou (source © Blagues et dessins)

Rien qu’en France, 8 milliardaires contrôlent de fait une vingtaine de journaux, trustant à eux seuls 95 % des ventes d’hebdomadaires nationaux généralistes et plus de 80 % de la presse quotidienne nationale. Ainsi, Bernard Arnault, première fortune de France, détient des titres comme Le Parisien, Les Echos, Investir ou encore la chaine Radio Classique. Son alter ego Vincent Bolloré s’est forgé de son côté un véritable empire médiatique avec les chaînes CNews, Direct 8 et des titres aussi courus que Paris Match, Géo, Voici, Ça m’intéresse ou Capital. Patrick Drahi, qui a fait fortune dans le domaine des télécommunications, est désormais à la tête de Libération, l’Express ou encore BFM et RMC. Son collègue Xavier Niel, patron de Free, est actionnaire majoritaire du Monde, de Télérama, du Nouvel Observateur ou encore de Rue 89. On pourrait citer aussi le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, désormais patron de Marianne, Elle ou encore Télé 7 jours, mais aussi François Pinault, 24e fortune mondiale qui détient Le Point tandis que le Figaro est entre les mains de la famille Dassault.

Un dessin signé Loup sur les limites subtiles du dessin de presse… (source © The Conversation)

Curieusement, aucun de ces grands patrons tous milliardaires et grands philanthropes, défenseurs invétérés de la sacro-sainte liberté d’informer, n’est venu au secours du petit mensuel provençal satirique le Ravi qui vient de rendre l’âme et de jeter l’éponge après 18 ans de combat homérique pour tenter de faire entendre sa voix quelque peu gouailleuse d’une « presse pas pareille ». Lancé en 2003 par l’association marseillaise La Tchatche, ce journal était publié en kiosque tous les premiers vendredis du mois. Mais le n°208 daté de juillet-août 2022 sera donc le dernier de la liste, suivi néanmoins par un « numéro très spécial » publié post mortem sur le site du Ravi, encore accessible.

Couverture du numéro (très) spécial du Ravi, publié post mortem sur son site (source © le Ravi)

Il est vrai que ce dernier exemplaire du Ravi vendu en kiosque cet été contenait, outre une attaque frontale contre les fachos du RN, un portrait au vitriol de Rodolphe Saadé, le patron de la CMA CGM et, donc, désormais de La Provence, en train de se lâcher contre un autre grand prédateur, Michel-Edouard Leclerc, qui avait osé attaquer le transporteur maritime en l’accusant de profiter de la situation pour gonfler ses marges et encaisser des bénéfices mirobolant… Un dialogue savoureux et quelque peu viril, imaginaire bien entendu, mais qui donne bien le ton des journalistes du Ravi, jamais avares en bons mots et fins observateurs des petits travers du microcosme politico-économique régional.

Exemple de « contrôle technique de la démocratie » à Aix-en-Provence le 24 septembre 2021 : une caricature de Sophie Joissains signée Trax (source © le Ravi)

C’est d’ailleurs ce qui faisait le sel de ce média pas comme les autres qui sortait, mois après mois, ses enquêtes d’investigation sur les sujets qui fâchent, mais aussi ses portraits acides de personnalités « en surmoi médiatique » qui ont tellement pris la grosse tête qu’elles s’exposent à un rappel peu amène de certaines de leurs déclarations publiques à l’emporte-pièce. Sa rubrique mensuelle intitulée « contrôle technique de la démocratie » était un vrai bijou d’observation des mœurs locales de la démocratie au quotidien, observée en direct par un journaliste assistant incognito à un conseil municipal et relatant avec talent et humour le jeu de rôle des élus locaux jamais avares de postures et sans cesse rattrapés par leur vanité personnelle et leur ego surdimensionné.

Un dessin signé Yakana, à l’occasion de la disparition du Ravi (source © le Ravi)

Et pourtant, le journal se portait plutôt bien avec ses ventes en hausse, son site internet performant et très fréquenté, ses actions éducatives bien suivies et son taux d’autofinancement remarquable de 80 %. Mais ce n’était pas suffisant pour faire vivre durablement la petite équipe de journalistes particulièrement investie qui se dévouait corps et âmes pour ce projet atypique. Faute de subvention publique et malgré les nombreux soutiens populaires régulièrement sollicités, le journal, comme d’ailleurs toute la presse écrite, avait bien du mal à trouver son équilibre financier. Or en 2021, le Conseil départemental de Martine Vassal comme le Conseil régional de Renaud Muselier, ont brusquement fermé le robinet des subventions à ce journal satirique un peu trop critique à leur égard. La Ville de Marseille a bien tenté de lui venir en aide en votant in extremis une subvention à son bénéfice en juin dernier mais le journal a donc déposé le bilan avant même d’avoir pu en voir la couleur…

La Ravilution de juin 2022, vue par Na ! : en 3 mois, les donateurs se sont mobilisés pour recueillir 63.000 euros de dons et tenter de sauver le journal, en vain (source © le Ravi)

Malgré le tragique de la situation, l’équipe du Ravi a gardé son sens de l’humour et sa page d’adieu et de remerciement à tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure vaut la lecture ! Petit extrait : « C’est donc la fin d’une histoire débutée en 2003 ! Pour les six salariés de la Tchatche, aucun problème : comme pour tous les chômeurs, il leur suffira de traverser la rue afin de trouver un travail. Pour l’offre médiatique régionale, déjà étriquée, c’est ballot : elle s’appauvrit encore un peu plus avec la disparition d’un des très rares journaux mêlant enquête et satire en France… ».

A l’occasion de la disparition du Ravi, les (fausses) condoléances des personnalités locales, ici le sénateur RN Stéphane Ravier… (source © le Ravi)

Quant aux personnalités locales, l’équipe du Ravi anticipe avec autant de perspicacité que d’ironie les larmes de crocodile qu’ils ne manqueront pas de verser sur la disparition de ce média indépendant qui leur a si souvent fait grincer les dents et lever les bras au ciel, un peu comme le fameux ravi de la crèche, auquel le journal en question tire son nom, l’air toujours un peu ahuri et naïf mais sans jamais baisser les bras, jusqu’à ce jour du moins… Un grand remerciement en tout cas à cette équipe de journalistes passionnés qui a œuvré avec autant de conviction, et souvent un brin de provocation, pour faire vivre cette démocratie locale si précieuse.

L. V.

Métropole : la CRC rend son verdict

6 septembre 2022

Le 1er juillet 2022 avait marqué la disparition officielle des Conseils de Territoires, ces fantômes du passé hérités de l’éclatement de l’aire métropolitaine marseillaise en autant de baronnies défendant chacune ses propres intérêts politiques. L’étape suivante de la réforme tant attendue de la Métropole jamais aboutie Aix-Marseille-Provence, consiste désormais à revoir la répartition de ses compétences et surtout de ses ressources budgétaires. Une phase délicate car c’est justement le point sensible de cette intercommunalité qui n’a jamais réussi à fonctionner correctement, faute de la moindre volonté politique commune des élus locaux de dépasser leur propre intérêt pour construire enfin un destin métropolitain commun.

Séance du dernier conseil métropolitain Aix-Marseille-Provence, le 30 juin 2022 (photo © ML / Marsactu)

La question de la répartition des ressources financières entre la Métropole et ses 92 communes membres est justement le point de cristallisation de ces désaccords, à l’origine notamment de la démission fracassante de la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains qui avait violemment claqué la porte de la Métropole en novembre 2021… Face au constat de l’incapacité totale des élus locaux à se mettre d’accord sur des sujets aussi douloureux, le législateur n’a eu d’autre ressources, à l’occasion de l’adoption de la loi 3DS dont un chapitre est consacré exclusivement à tenter de remettre la Métropole AMP sur de bons rails, que de confier à la Chambre régionale des Comptes (CRC) le soin de tirer au clair ces questions financières aussi complexes que conflictuelles.

Notons au passage que cette décision est un sérieux camouflet pour la CLECT, cette commission locale d’évaluation des charges transférée, qui a justement pour mission de calculer le coût des charges liées au transfert de compétences entre les communes et leur intercommunalité. Il revient ensuite à l’exécutif, autrement dit aux élus réunis tant en conseil municipal qu’en conseil communautaire, d’adopter les attributions de compensation qui en découlent et qui vont fixer le montant des flux financier avec chacune des communes membres. Le fait de demander à la CRC de faire ce diagnostic à sa place revient donc à acter l’impuissance de la CLECT qui aurait dû faire ce travail depuis bien longtemps, dans les mois qui ont suivi la création de la Métropole AMP au 1er janvier 2016. Une véritable claque pour notre maire, Jean-Pierre Giorgi, qui préside justement cette CLECT et qui se vante d’être un expert en finances publiques…

Les locaux de la Chambre régionale des Comptes PACA (source © GoMet)

Le rapport de la CRC, qui a été remis lundi 29 août à Martine Vassal, n’a pas encore été rendu public et ne le sera qu’à l’issue d’une présentation et d’un débat qui aura lieu lors d’un prochain conseil communautaire en octobre. Il n’aura d’ailleurs aucun caractère prescriptif et vise simplement, selon la CRC « à éclairer les élus locaux dans la perspective d’un nouveau pacte financier et fiscal métropolitain ». Mais la presse locale, Marsactu en tête, s’est déjà procuré une copie de cet avis et n’a pas pu s’empêcher d’en faire part, décryptant en termes plus prosaïques, le langage feutré et rigoureusement policé des magistrats de la CRC, suivie rapidement par ses confrères de La Marseillaise et de La Provence.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que, malgré toutes les circonlocutions de rigueur de rigueur de ce type de rapport officiel, le constat est accablant… L’analyse confirme ce que tout le monde savait, à savoir que la Métropole ne fonctionne pas car elle reverse aux communes des sommes considérables, ce qui ne lui permet pas de faire face aux véritables enjeux métropolitaines qui sont pourtant sa raison d’être ! Comme le déplore Marsactu, « la Métropole est restée figée à ce qu’elle était au moment de sa création : un agglomérat d’intercommunalités et autant de petits arrangements ».

Ainsi, pour le dernier exercice 2021, alors même que la métropole est fonctionnelle depuis plus de 5 ans, ce sont pas moins de 632 millions d’euros qui ont été reversés par la Métropole aux communes, sous forme de ces fameuses attributions de compensation. Or, selon les calculs de la CRC, les sommes dues pour le strict respect des équilibres financiers entre la métropole et ses membres n’aurait pas dû excéder 453 millions d’euros. Ce sont donc 178 millions d’euros qui ont ainsi été indûment versés aux communes pour cette seule année (sans doute une petite erreur de calcul du président de la CLECT ?), mais qui ajoutés aux reversement des années antérieures représentent un pactole colossal qui aurait pu être investi pour assurer le développement de transports publics plus performants ou une collecte des déchets moins chaotique…

Le parvis de l’hôtel de ville de Carnoux, un ouvrage démesuré largement financé par la Métropole (source © Facebook)

Un mode de fonctionnement qui a fortement bénéficié aux communes qui, à l’instar de Carnoux, affichent, année après année, des excédents budgétaires conséquents, alors que la Métropole, comme d’ailleurs le Département, s’enfoncent dans un endettement inquiétant. La CRC note aussi que les transferts financiers qui se font en dehors de ces mécanismes de compensation des transferts de compétence, via la dotation de solidarité communautaire, relève de situations issues des anciennes intercommunalités et jamais revues depuis à l’aune métropolitaine, ce qui explique pourquoi la ville centre de Marseille, qui regroupe pourtant une part importante de la population métropolitaine, en est la grande perdante.

La CRC ne peut par ailleurs que constater ce que Jean-Claude Gaudin lui-même avait noté lors de la constitution de la Métropole en 2016, à savoir que certains territoires ont copieusement tiré la couverture à eux en chargeant lourdement la barque juste avant de passer le flambeau. Plusieurs communes, notamment du côté de Salon et d’Istres, avaient en effet astucieusement anticipé l’arrivée de la Métropole qu’ils combattaient pourtant de toutes leurs forces, en décidant in extremis la création d’équipements luxueux et l’augmentation des impôts locaux. A charge ensuite pour la Métropole de leur reverser les recettes issues de ces prélèvements et surtout d’assumer financièrement les coûts d’investissement et d’entretien des nouveaux équipements dont ces communes sont les seules bénéficiaires.

L’Arena d’Aix-en-Provence, un équipement de 62 millions d’euros, inauguré en 2017 et transféré à la Métropole par l’ex Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (photo © Gilles Badier / La Provence)

L’ancien Pays d’Aix s’était fait le champion de cette entourloupe et concentre désormais sur son seul territoire plus de 80 % des fonds de concours versés par la Métropole. Rien qu’en 2021, ce sont ainsi 51 millions d’euros que la métropole a dû lui verser pour honorer des décisions d’investissement prises par l’ancienne Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (CPA) à son seul profit juste avant sa dissolution. Une somme cinq fois supérieur à ce que cette même CPA investissait en 2013 avant que la Métropole ne se projette à l’horizon.

Autant d’opérations juteuses pour les territoires au détriment de l’intérêt général métropolitain qui nécessitent désormais une totale remise à plat sur la base du constat enfin objectivé par les magistrats de la CRC. Mais l’atterrissage risque d’être douloureux pour certaines communes dopées à la subvention métropolitaine et habituées à vivre largement au dessus de leurs moyens. On imagine déjà que les prochains débats en conseil communautaire seront animés et nul besoin d’être prophète pour supposer que les délais fixés par la loi 3DS pour un retour à un fonctionnement métropolitain plus rigoureux et plus équilibré auront bien du mal à être tenus…

L. V.

Carnoux : l’Artea toujours englué dans l’ALG

2 août 2022

Plus de vingt ans que ça dure ! Voilà plus de vingt ans que l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux-en-Provence, un écrin de culture magnifique composé d’une salle de spectacle remarquable avec sa jauge de 308 places assises et 450 debout et sa scène toute équipée assortie d’un vaste hall de 200 m2 et d’un théâtre de verdure en forme d’amphithéâtre doté de 300 places assises supplémentaires, ce bel équipement que bien des communes nous envient, vivote dans les mains d’une société privée chargée de son exploitation, largement subventionnée par la collectivité.

L’entrée de l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux (source © My Provence)

C’est en effet en 2000 que la gestion de cette salle de spectacle municipale a été confiée en délégation de service public à la société Arts et loisirs gestion (ALG), une SARL créée pour l’occasion et dont le siège social est d’ailleurs domicilié dans les locaux même de l’Artea. Le directeur de cette société, Gérard Pressoir, ancien conseiller financier à la Barclay’s Bank et ex directeur d’antenne de Fun Radio à Aix-en-Provence, s’était fait la main en gérant à partir de 1994, déjà en délégation de service publique (DSP), le Stadium de Vitrolles, une salle polyvalente de 4500 places conçue en 1990 par l’architecte Rudy Ricciotti pour la modique somme d’un peu plus de 7 millions d’euros, sous forme d’un gros cube de béton brut égaré en pleine campagne sur les remblais toxiques d’un ancien terril de boues rouges issues de la fabrication locale d’alumine.

Le Stadium de Vitrolles, à l’état d’abandon sur les hauteurs de Vitrolles, au milieu des déchets toxiques de boues rouges (source © Maritima)

Mauvais pioche pour Gérard Pressoir car après quelques années de succès relatif, assuré surtout grâce aux matchs de handball de l’équipe montée par Jean-Claude Tapie, le frère de Bernard, la polémique fait rage autour de cette salle de spectacle excentrée et atypique. Dès 1997, l’élection de la candidate Front National Catherine Mégret à la mairie de Vitrolles attise les tensions. A la suite de l’échec d’un concert de rock identitaire français prévu le 7 novembre 1997, le Stadium, déjà fragilisé par le dépôt de bilan de l’OM Handball en 1996, ferme ses portes en 1998, la municipalité refusant de renouveler la DSP. Il faut dire qu’un attentat à la bombe avait eu lieu une semaine avant pour empêcher le déroulement de ce spectacle de rock, donnant à la municipalité Front national le prétexte rêvé pour tirer le rideau, les installations techniques ayant été gravement endommagées.

Depuis, le Stadium est à l’abandon, victime des pillards et autres squatteurs. Récupéré en 2003 par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, cette dernière a préféré y stocker des ordures ménagères et construire une autre salle de spectacle à Luynes, comprenne qui pourra… Reprise en 2015 par la commune de Vitrolles désormais dirigée par le socialiste Loïc Gachon, il a fallu attendre fin 2021 pour que le Festival lyrique d’Aix-en-Provence envisage de rouvrir la salle mais rien n’est encore fait tant le coût des travaux de remise en état est effrayant !

Gérard Pressoir (à droite), exploitant de l’Artea depuis plus de 20 ans, ici avec le chanteur et humoriste Yves Pujol (source © L’ARTEA)

Toujours est-il que c’est fort de cette expérience quelque peu mitigée que la SARL ALG, dans laquelle Gérard Pressoir est associé à parts égales avec la société Delta Conseil de Dominique Cordier, a remporté le marché de l’exploitation de l’Artea, dans le cadre d’une DSP par voie d’affermage. Un marché renouvelé à de multiples reprises depuis, étendu en 2018 à la gestion du Centre culturel de Carnoux, et qui vient encore d’être attribué, pour la n-ième fois à la société ALG et pour une durée de 5 ans jusqu’en septembre 2027, à l’issue d’une commission d’appel d’offre qui s’est déroulée en toute discrétion le 22 juillet 2022. Comme à l’accoutumée, aucune autre offre que celle de la société ALG n’avait été déposée, ce qui limite de fait grandement les aléas de la concurrence et a donc permis à Gérard Pressoir, dont la propre fille siège désormais au conseil municipal de Carnoux, de convaincre aisément et sans beaucoup d’arguments, qu’il était le mieux placé pour se succéder une nouvelle fois à lui-même dans la gestion de cet équipement culturel public : « il faut que tout change pour que rien ne change »…

La salle de spectacle de l’Artea, à Carnoux, avec ses 308 places assises (source © L’ARTEA)

Pourtant, le bilan de cette exploitation, jusqu’à présent soigneusement tenu à l’abri de la curiosité des habitants de Carnoux, bien que propriétaires et principaux bénéficiaires de l’Artea, n’est pas des plus brillants si l’on s’en réfère aux quelques feuillets assez indigents qui tiennent lieu de bilan annuel pour les trois dernières années d’exploitation. En 2019, la société ALG se targuait d’ouvrir 150 jours par an, principalement pour la diffusion de films, et d’accueillir plus de 20 000 spectateurs dans l’année, tout en louant la salle 30 jours par an à des écoles de danse. Avec le confinement, en mars 2020, la salle est restée fermée pendant quasiment un an, jusqu’en avril 2021. Et pour la saison 2021-2022, le nombre de jours d’ouverture par an ne dépasse pas 105, avec de nombreux spectacles annulés ou reportés faute de spectateurs, une baisse du nombre de location de la salle et une faible fréquentation du cinéma avec moins de 15 spectateurs par séance en moyenne.

Concert de Bella Ciao au théâtre de verdure de l’Artea, le 2 août 2018 dans le cadre des Estivales de Carnoux (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Ces bilans posent une fois de plus la question de la manière dont un équipement culturel aussi ambitieux que l’Artea pour une petite commune de 7000 habitants peut être exploité de manière optimale. Le principe même de la DSP pour un tel équipement culturel est de décharger la commune de l’exploitation de la salle en la confiant à un professionnel jugé mieux à même de la rentabiliser au maximum, sachant que l’activité est par nature déficitaire. De fait, le coût annuel d’exploitation d’une telle salle en année normale est de l’ordre de 430 000 € qui se partage, grosso modo à parts égales, entre les frais de personnel (4 salariés déclarés dont le gérant lui-même et des techniciens souvent payés à la prestation) et les charges liées à la commande et l’organisation des spectacles. Les recettes en année normale tournent autour de 200 000 € et la commune verse donc au délégataire une subvention d’équilibre qui était de 258 000 € en 2018 et de 244 000 € en 2019, considérées comme années de référence avant le confinement.

Le maire de Carnoux sur la scène de l’Artea (vide) le 7 janvier 2022 pour ses vœux à la population (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Les équipements sont mis gratuitement à disposition de l’exploitant par la commune qui se charge par ailleurs du gros entretien et qui subventionne donc le prestataire pour lui permettre de se rémunérer tout en assurant l’exploitation du site. Celle-ci pourrait donc très bien être confiée directement à des agents municipaux spécialisés, comme choisissent de le faire bon nombre de communes dans la même configuration. Cela permettrait une gestion beaucoup plus souple, moyennant davantage d’implication dans le choix de la programmation, en partenariat direct avec les associations locales. Une gestion mutualisée, assurée à l’échelle métropolitaine, du réseau de salles municipales implantées dans quasiment chacune des communes, pourrait sans doute aussi contribuer à en rationaliser la gestion et à optimiser l’exploitation de ces équipement qui nécessitent de lourds investissements et des frais d’entretien élevés.

On est en tout cas, dans ce cas de figure de l’Artea, très éloigné de la notion même d’affermage qui est pourtant officiellement le mode de dévolution retenu pour cette DSP et qui suppose que « le délégataire se rémunère substantiellement des recettes de l’exploitation, augmentées d’une participation communale en compensation des contraintes imposées par la collectivité ». En l’occurrence, les contraintes imposées par la commune sont très faibles puisqu’elles se limitent à la fourniture de places gratuites (120 par an dont 8 au maximum par spectacle, ce qui n’est guère une contrainte pour une salle qui peine généralement à se remplir) et à la mise à disposition de la salle pour 8 manifestations par an. La salle peut aussi être utilisée par des associations mais dans ce cas la location est facturée par l’exploitant…

Dans la nouvelle version de la DSP renouvelée en 2022, la subvention d’équilibre a été fixée à 195 000 € par an, ce qui reste très généreux et devrait encore excéder largement les recettes escomptées, celles-ci se limitant à 76 000 € pour l’exercice 2020-21 et même à 26 000 € seulement cette année ! De quoi fragiliser juridiquement la validité de cette nouvelle DSP puisque la subvention sera vraisemblablement la principale source de rémunération de l’exploitant : espérons que la Chambre régionale des Comptes ne viendra pas y fourrer son nez, comme elle l’avait fait dans la gestion du Centre culturel, et que personne ne s’avisera de déposer un recours contre cette attribution, comme cela a été le cas avec la DSP du Zénith de Toulon, également attribué à ALG en juillet 2020 mais suspendu trois mois plus tard sur ordonnance du Tribunal administratif…

L. V.

Restriction d’eau à Carnoux

28 juillet 2022

Le mois de juillet 2022 restera sans doute dans les annales météorologiques comme l’un des plus chauds que la France ait jamais connu. Il est en tout cas bien parti pour être le plus sec observé en France depuis 1958, selon un communiqué diffusé par Météo-France dès le 26 juillet. Il est tombé en moyenne 8 mm seulement entre le 1er et le 25 juillet : une misère ! C’est deux fois moins que durant tout le mois de juillet 2020, le plus sec jamais observé en France, pour lequel on avait enregistré un cumul annuel moyen de 16 mm sur le territoire national…

Le lit de la Loire à Ancenis en mai 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Certes, l’été est souvent une période plutôt sèche, surtout en climat méditerranéen, et ces pluies estivales ne servent guère à recharger les réserves, à une période où l’évaporation est forte et la végétation avide d’eau. Mais cette année, ce déficit pluviométrique couplé à de fortes chaleurs vient couronner une longue période de faibles précipitations. A tel point que le 26 juillet 2022, pas moins de 87 départements français étaient soumis, sur tout ou partie de leur périmètre, à des mesures préfectorales de restriction d’eau et de limitation de l’irrigation, auxquels s’ajoutaient 3 département placés en vigilance : du jamais vu à l’échelle nationale !

Carte des communes françaises soumis à des mesures de restriction de l’usage de l’eau au 27 juillet 2022 : vigilance en gris, alerte en jaune, alerte renforcée en orange et crise en rouge (source © Propluvia)

On trouve des départements en alerte renforcée jusque dans le Finistère ou les Vosges, régions pourtant habituellement plutôt réputées pour leurs paysages verdoyants. Quant aux départements classés en crise, on les retrouve quasiment sur tout le territoire national jusqu’en Normandie, en Bretagne ou dans le Val de Loire. Voies Navigables de France, qui gère 6700 km de rivières et de canaux constate ainsi que le taux de remplissage de ses réserves ne dépassait pas 60 % globalement début juillet, alors qu’à cette date ce taux tourne plutôt autour de 80 % en moyenne sur les 10 dernières années…

Carte de vigilance sécheresse dans le département des Bouches-du-Rhône au 22 juillet 2022 (source © DDTM 13)

Forcément, les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs le Var voisin où certaines communes voient leurs sources tarir, font partie de ces département en tension, du fait de cette situation de sécheresse inhabituelle. Sur l’ensemble du département, 85 communes ont été placées en état d’alerte et 31 en alerte renforcées tandis que 19 sont en état de crise, le niveau le plus élevé, qui se traduit par des restrictions d’usage fortes. Carnoux-en-Provence fait partie de ce dernier groupe, comme la totalité des communes du bassin versant de l’Huveaune, et ceci sans discontinuer depuis le 19 mai 2022, ce qui traduit bien l’ampleur inhabituelle de la situation hydrométéorologique de cette année.

Le lit de l’Huveaune quasi sec entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune dès le mois de mai 2022 (photo © C. Matias / La Provence)

Un tiers du cours de l’Huveaune est désormais totalement à sec et il devient donc vital de limiter autant que possible les prélèvements dans ce cours d’eau et ses affluents pour tenter d’y préserver un minimum de vie biologique. C’est pourquoi les différents arrêtés préfectoraux pris depuis le mois de mai restreignent de manière drastique les usages de l’eau sur ce bassin, interdisant tout prélèvement en nappe ou en rivière sauf pour des usages considérés comme vitaux.

Le lavage des voitures, le remplissage des piscines ou l’arrosage des espaces verts ou des jardins potagers sont interdits sauf de nuit, à partir de 20 h, et uniquement à partir de « ressources maîtrisée ». Une expression typiquement technocratique qui en réalité vient totalement dénaturer la réalité de ces restrictions. En effet, rappelons qu’à Carnoux-en-Provence comme sur la majeure partie du département, l’alimentation en eau ne se fait plus à partir de ressources locales mais par importation et transfert sur de longues distances de l’eau de la Durance et du Verdon, via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, selon un maillage désormais interconnecté.

Un dessin signé Na !

Par conséquent, les mesures de restriction décidées par les services de l’État sont assez symboliques puisqu’elles ne s’appliquent pas vraiment à l’usage de l’eau du robinet qui continue allègrement à couler, étant prélevée dans les Alpes, bien loin des zones où elle est consommée, jusque sur la presqu’île de Saint-Tropez. Comment dans ces conditions faire véritablement œuvre pédagogique en incitant tout un chacun à ne pas gaspiller cette ressource en eau inestimable en période de sécheresse et vitale pour maintenir la fonction biologique de nos cours d’eau ?

A partir du moment où il suffit de tourner le robinet pour bénéficier à très bas coût d’une eau de qualité quasiment inépuisable, pourquoi se préoccuper de maintenir dans le ruisseau de Carnoux comme dans le fleuve Huveaune, un débit d’eau suffisant pour permettre à nos cours d’eau de rester vivants toute l’année ? C’est bien là tout le paradoxe de notre système régional d’alimentation en eau qui repose sur un import massif d’eau prélevée sur d’autres bassins versants alpins très éloignés, au risque de puiser au-delà des capacités de ces derniers et sans même se rendre compte des impacts de nos prélèvements sur les besoins écologiques et économique de ces zones d’apport…

L. V.

Le Maire et le Pharaon…

10 juillet 2022

Nous n’avons pu assister à l’inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, en raison d’un engagement de longue date, la visite de l’exposition « Pharaons Superstars » au MUCEM. Magnifique matinée au cœur d’une exposition remarquable : 5000 ans d’Histoire et 300 pièces issues des plus grandes collections françaises et européennes. Comme le rappelle le musée, les Pharaons « peuvent servir de parabole pour illustrer la nature et les voies de la célébrité, rappelant que la renommée est éphémère, versatile et n’a pas toujours à voir avec le mérite historique. »

L’exposition Pharaons superstars au MUCEM (source © Facebook)

Rien à voir avec Carnoux donc… Sauf que des esprits apparemment mal intentionnés ont voulu nous indiquer que, ce matin-là, le télescopage de l’inauguration et notre visite n’était certainement pas fortuit, sous entendant le côté surdimensionné, voire pharaonique de la réalisation municipale.

Les degrés de la pyramide conduisant au parvis majestueux de l’hôtel de ville de Carnoux (source © Facebook)

Ceci nous semble tout à fait injustifié. Une commune a le devoir de disposer d’une mairie fonctionnelle à la hauteur des besoins locaux. Ce n’est pas parce que la commune a vu transférer la plupart de ses prérogatives administratives et politiques à la métropole que le bâtiment municipal doit être riquiqui. Ce n’est pas parce que les communes avoisinantes de même importance ont de petites mairies que l’on doit afficher la même modestie. Cassis, Roquefort-la-Bédoule ou Roquevaire n’ont ni la même histoire, ni le même rayonnement que Carnoux. Et évidemment, ce n’est pas parce que leurs élus n’ont pas la même ambition que nous devrions suivre le même sillon.

Un extrait de La Provence du dimanche 3 juillet 2022

Les mauvais coucheurs raillent ainsi la superficie de l’ édifice (1400 m2) à leurs yeux inhabituelle pour une commune de 6500 habitants. S’appuyant sur des calculs débiles, ils font remarquer que cela correspondrait, pour la population de Marseille, à une surface de près de 200 000 m2, c’est-à-dire une mairie équivalente à 12 fois le MUCEM, 8 fois le centre Bourse, 2 fois l’hôtel du département à Saint-Just qui est déjà un symbole évident de grandeur. Effectivement, une mairie de cette taille ferait certainement jaser. Mais Marseille est Marseille et Carnoux est Carnoux et on ne peut comparer des pommes et des fraises des bois.

Le Maire de Carnoux, à droite,, lors de l’inauguration de l’hôtel de ville, le 2 juillet 2022, avec Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal (photo © CPC)

Une autre critique concerne le coût du projet. Elle est tout aussi absurde. Oui, plus de 5 000 € le mètre carré. Mais, même s’il faut rajouter 50 % pour les espaces extérieurs, ce n’est quand-même pas la mer à boire ! Cela fait guère plus que 2 fois le coût du mètre carré du dernier collège construit par le Département à Lançon… Mais ce n’est pas comparable. Oui, ils se sont payé là-bas un architecte internationalement connu, Rudy Ricciotti, mais rien ne prouve que ce collège soit aussi fonctionnel et agréable que l’hôtel de ville de Carnoux. Tout ceci n’est que chicane.

Nous sommes d’accord. On ne peut comparer les coûts de construction des monuments de l’Égypte ancienne avec ceux de l’hôtel de ville de Carnoux. Une pyramide n’a rien à voir avec un cube. Et puis, l’espace de vie et de travail quotidien des habitants évolue vite et il faudra aussi mieux le prendre en compte à l’avenir, non ? Afin de réduire les dépenses injustifiées, nous devrons mutualiser, voire fusionner nos communes. Le nouveau bâtiment pourrait alors devenir le centre administratif de ce nouvel espace… C’est alors, et alors seulement, que nous mesurerons à sa juste valeur l’esprit visionnaire de notre maire.

Marianne et Ramsès

Cet article a été publié le 3 juillet 2022 sur le site Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

Conseil de territoire : la Dernière Séance…

4 juillet 2022

Voilà, c’est fait : le 1er juillet 2022, les six Conseils de territoire qui subsistaient encore comme un vestige historique des anciennes intercommunalités, maillant tant bien que mal le périmètre géographique des 92 communes de l’actuelle Métropole Aix-Marseille-Provence, ont donc bel et bien disparu : paix à leur âme…

Rappelons quand même au passage que la Métropole en question est dans les limbes depuis des années et opérationnelle depuis le 1er janvier 2016, malgré l’opposition acharnée de tout ce que le territoire compte de petits barons locaux accrochés à leur commune comme la moule à son rocher. Il a donc fallu six ans et une nouvelle disposition législative, en l’occurrence la loi 3DS, adoptée en février 2022, pour que, enfin, disparaissent ces résidus d’un passé révolu, héritages d’un découpage purement politique et devenus totalement obsolètes, sans réelle compétence sinon celles que les maires refusaient obstinément de transmettre à la strate métropolitaine pourtant créée à cette fin et surtout pourvues d’un fort pouvoir de nuisance, au point de pousser la Métropole à s’endetter dangereusement pour financer leurs petits caprices de potentats locaux au détriment de l’intérêt général.

La Métropole Aix-Marseille-Provence vue par le dessinateur Ysope, en 2015…

Bien évidemment, cette n-ième réforme de la métropole marseillaise ne réglera rien dans l’immédiat. On ne change pas par la loi un mode de fonctionnement qui perdure depuis des années et qui ne pourra évoluer que si les mentalités bougent, permettant de passer enfin d’un esprit de chapelle étriqué à une vision territoriale globale, solidaire et prospective.

Toujours est-il que les six Conseils de territoire de notre métropole ont tous tiré le rideau ces derniers jours, après une ultime séance d’adieu qui a eu lieu mercredi 22 juin pour le Pays d’Aix, le temps d’attribuer une dernière salve de subventions pour arroser au maximum avant de transférer la caisse à l’échelon métropolitain, suivie le lendemain par la dernière réunion de celui du Pays de Martigues, toujours sous étiquette communiste, avec ses trois malheureuses communes. Lundi 27 juin, c’était au tour du CT1, celui des 18 communes de l’ancienne Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, de tirer sa révérence, en même temps que celui d’Istres et avant celui d’Aubagne qui clôturait la série le lendemain.

L’amphithéâtre du Pharo, siège des réunions de la Métropole et de feu le Conseil de territoire Marseille-Provence (source © Made in Marseille)

Et pour cette ultime réunion du CT1, dans son amphithéâtre du Pharo, c’est donc le maire de la petite commune de Gémenos, Roland Giberti, grand brûlé de la toute récente législative où il avait été éliminé sèchement dès le premier tour, qui présidait pour la dernière fois ce Conseil de territoire moribond. Une belle cérémonie funéraire à laquelle avaient tenu à assister les 4 anciens présidents de cette instance en perdition. L’ancien maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, était ainsi venu en personne pour égrainer ses vieux souvenirs, rappelant avec raison que c’est son prédécesseur, Gaston Deferre, qui s’était opposé en 1966 et sur la base d’une simple analyse des rapports de forces politiques avec le parti communiste de l’époque, à la création d’une première communauté urbaine, faisant prendre 50 ans de retard à l’agglomération marseillaise par rapport à son homologue lyonnaise notamment. C’est ce même Jean-Claude Gaudin qui s’était retrouvé en 2000 à la tête de la toute nouvelle Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, enfin créée à cette date, mais sur la base d’un périmètre très restreint puisque limité aux 18 communes alors dirigées par la droite, de la Côte bleu jusqu’à La Ciotat, en englobant au passage notre commune de Carnoux-en-Provence…

Dernière séance du CT1, le 27 juin 2022, avec, à la tribune, Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, Roland Giberti, Guy Tessier et Jean Montagnac (photo © Julie Rampal-Guiducci / GoMet)

En avril 2008, alors que la droite était toujours largement majoritaire sur cet ensemble de plus de 1 million d’habitants et que Renaud Muselier s’apprêtait à en prendre la tête avec la bienveillance apparente d’un Jean-Claude Gaudin vieillissant, c’était finalement le socialiste Eugène Caselli qui était élu à la tête de l’institution, à la surprise générale, sauf pour les quelques maires de droite, dont celui de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, qui avaient préféré, pour une fois, voter à gauche, pour respecter le pacte passé avec le Président du Conseil général de l’époque, le socialiste Jean-Noël Guérini, qui lui ouvrait tout grand le chéquier du Département et lui promettait de financer un bel hôtel de ville flambant neuf : Paris vaut bien une messe…

Lors de inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, Eugène Caselli, Joëlle Mélin, Martine Vassal, Christophe Mirmand, Jean-Pierre Giorgi et Jean-Claude Gaudin (photo © CPC)

Le grandiose nouvel hôtel de ville de Carnoux vient d’ailleurs d’être inauguré en fanfare, justement ce samedi 2 juillet 2022, et en présence, comme par hasard d’Eugène Caselli et de Jean-Claude Gaudin. Une belle cérémonie républicaine, en présence du Préfet Christophe Mirmand comme de l’ancien député Bernard Deflesselles et de celle qui vient de le remplacer, Joëlle Mélin, encore un peu plus à droite… La Présidente de la Métropole et du Département, Martine Vassal, qui a largement sorti son chéquier pour financer une bonne partie de ces investissements, au détriment d’autres territoires, a d’ailleurs failli s’étrangler lorsque Jean-Pierre Giorgi a rappelé que cette toute nouvelle construction majestueuse qui écrase le centre ville du haut de son parvis pyramidal, n’aurait jamais vu le jour sans la générosité du regretté Jean-Noël Guérini, toujours sénateur malgré sa récente condamnation en appel à 3 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité…

Jean-Noël Guérini, ici en 2013, alors président du Conseil général des Bouches-du-Rhône (photo ©
Anne-Christine Poujoulat / AFP / France TV info)

Toujours est-il que ce même Eugène Caselli, désormais retiré de la vie politique, n’avait pas de mots assez dur, lors de cette dernière séance du CT1, pour fustiger « les blocages localistes » de la part de ces petits élus locaux pour qui « la création d’entités intermédiaires a été le moyen de privilégier leurs propres intérêts à des logiques métropolitaines » : une critique dans laquelle nos élus locaux désormais à la tête de cette entité en dépit de tout esprit démocratique, de Roland Giberti à Jean-Pierre Giorgi, premier Vice-Président de cette institution avant sa disparition, ont dû quelque peu se reconnaître…

Eugène Caselli, Bernard Deflesselles et Jean-Claude Gaudin à Carnoux le 2 juillet 2022 avec Danielle Milon, maire de Cassis, et Joëlle Mélin, nouvelle députée (photo © CPC)

Le dernier et éphémère président de la Communauté urbaine, l’ancien député Guy Tessier, lui aussi désormais retiré de la vie politique, qui avait déjà enterré cette institution officiellement disparue le 31 décembre 2015, était présent également au Pharo ce lundi 27 juin 2022. De même que l’ancien maire de Carry-le-Rouet, Jean Montagnac, qui lui avait succédé en juillet 2017 et jusqu’en 2020, à la tête du Conseil de territoire, lequel avait donc remplacé l’ex Communauté urbaine malgré la création de la toute nouvelle métropole.

Et le plus cocasse est que cette ultime réunion du CT1 a permis d’entériner, comme si de rien n’était, pas moins de 180 délibérations, sur le tramway, les pistes cyclables ou la rénovation urbaine, à trois jours seulement du premier vrai conseil métropolitain, qui a eu lieu la même semaine, le vendredi 30 juin, au cours duquel quelques 202 délibérations ont été examinées au pas de charge, toujours sans réel débat quant à l’avenir du fonctionnement de la « Métropole de l’An II » comme s’est laissé aller à l’appeler sa présidente, Martine Vassal. Du moins les six président sortants des défunts Conseils de territoire qui ont disparu ce 1er juillet 2022 n’auront-ils pas tout perdu puisque la loi 3DS, dans sa grande mansuétude, leur octroie de fait le titre de vice-présidents de la Métropole, avec une délégation adaptée à leur territoire, ce qui leur permet au passage de conserver leur indemnité supplémentaire de 2139,16 € par mois : c’est l’essentiel ! Les actuels vice-présidents, à l’instar du maire de Carnoux, ont plus de souci à se faire car le cadre législatif n’a rien prévu pour eux, mais gageons que la Métropole ne les oubliera pas…

L. V.

Carnoux s’est donc choisi une députée d’extrême droite…

20 juin 2022

Bien sûr, c’était couru d’avance au vu des résultats locaux de la présidentielle qui s’était déroulée en avril dernier : à moins d’un miracle ou d’un sursaut des nombreux abstentionnistes, le Rassemblement national avait toutes les chances d’arriver en tête du second tour des législatives dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, outre Carnoux, les deux grandes villes de l’Est marseillais, Aubagne et La Ciotat, ainsi que plusieurs communes de moindre importance, à savoir, Cassis, Gémenos, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et Cuges-les-Pins. Déjà au premier tour de la présidentielle, le 10 avril 2022, plus de 50 % des électeurs de la circonscription qui s’étaient déplacés au bureau de vote, avaient choisi un bulletin en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan…


Joëlle Mélin, nouvelle députée de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (source © Europeen Union 2019 / Flickr)

Avec un peu plus de 14 000 voix exprimées en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon finissait à une troisième place très honorable, sur la circonscription comme à l’échelle nationale, mais on se doutait bien que son score local de 23,8 % serait un peu court pour que son candidat, même estampillé Nouvelle union populaire écologique et sociale, puisse espérer finir en tête à l’issue de ce second tour des législatives. Déjà sa qualification à l’issue du premier tour, la semaine dernière, s’était faite sur le fil, le jeune candidat de la France insoumise, Lucas Trottmann engrangeant à peine 470 voix de plus que l’expérimenté référent départemental de la République en marche, le Cassiden Bertrand Mas-Fraissinet.

Lucas Trottmann (au centre), le candidat malheureux de la NUPES le 15 juin 2022 à Gémenos, entre les deux tours des législatives (photo © Marius Rivière / Marsactu)

Cette qualification inespérée pour le second tour était de bonne augure, dans une dynamique plutôt favorable aux idées de la gauche, pour une fois unie. Mais cela n’aura pas suffi pour battre la candidate du Rassemblement national, une Joëlle Mélin déjà député européen et pourtant usée par ses multiples candidatures à à peu près toutes les élections locales depuis une petite trentaine d’années… Mais les électeurs ont exprimé une certaine constance en la plaçant largement en tête de ce second tour des législatives, avec plus de 58,6 % des suffrages exprimés.

Même si la participation n’a pas été davantage au rendez-vous que lors de la présidentielle, moins d’un électeur sur deux ayant fait l’effort de se déplacer, encore moins qu’au premier tour de ces législatives, Joëlle Mélin a incontestablement fait un très bon score avec plus de 23 500 voix exprimées en sa faveur, moins que ce qu’avait recueilli Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2022 sur cette même circonscription, mais deux fois plus que son score du premier tour, ce qui traduit un très net report de voix en sa faveur de nombre d’électeurs de droite qui, pour rien au monde, n’accepteraient de glisser dans l’urne un bulletin de la France insoumise !

La victoire du RN dans notre circonscription est donc sans appel, Joëlle Mélin réussissant même l’exploit de l’emporter largement dans chacune des 9 communes de la circonscription. Un grand chelem qui en dit long sur l’influence désormais majoritaire des idées d’extrême droite sur notre secteur… Bien sûr, il subsiste des disparités d’une commune à l’autre, mais, pour une fois, c’est Cassis qui se distingue en donnant le meilleur score à la candidate RN qui l’emporte avec 72,4 % des suffrages exprimés, Joëlle Mélin faisant plus que tripler son nombre de voix entre les deux tours, une bonne partie des électeurs de Roland Giberti et de Bertrand Mas-Fraissinet la préférant manifestement à son challengeur de gauche.

C’est à peu près le même scénario qui s’est produit dans toutes les communes, y compris à Carnoux où Joëlle Mélin recueille 68,7 % des suffrages et double son nombre de voix par rapport au premier tour. Pourtant, le candidat de gauche, Lucas Trottmann est loin d’avoir démérité, lui qui est crédité à Carnoux de 31 % des suffrages exprimés et qui améliore nettement son score entre les deux tours.

Des législatives boudées par les électeurs, comme en 2017 (photo © Jacques Witt / SIPA / 20 minutes)

Ailleurs, les écarts sont plus serrés entre les deux candidats mais Joëlle Mélin dépasse quand même les 60 % à Gémenos, Ceyreste comme à Cuges et frôle cette barre à Roquefort-La Bédoule. Même dans les anciens bastions communistes d’Aubagne, La Ciotat ou La Penne-sur-Huveaune, elle dépasse largement les 54 % et augmente sensiblement son nombre de voix entre les deux tours.

Cette victoire d’un élu RN dans notre circonscription est loin d’être isolée puisque ce sont pas moins de 89 députés RN qui vont ainsi faire leur entrée à l’Assemblée nationale, là où ils n’étaient que 8 en 2017. Pour la première fois depuis 1986, date à laquelle le FN avait réussi à faire élire 35 députés grâce à l’instauration de la proportionnelle, le RN disposera ainsi d’un groupe parlementaire puissant, plus étoffé même que celui de la France insoumise qui a pourtant réalisé un très beau score en remportant pas moins de 75 sièges, tandis que le Parti socialiste, en sein de la NUPES en gagne 27, les écologistes 16 (juste assez pour former enfin un groupe parlementaire) et le PC 12.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon perd son pari un peu fou d’obtenir la majorité qui lui aurait permis de briguer ce fameux poste de Premier ministre. Mais le revers est nettement plus sévère pour la coalition présidentielle qui, malgré ses 245 députés fraîchement élus, perd donc sa majorité absolue au Palais Bourbon. Le gouvernement d’Élisabeth Borne, qui a perdu au passage trois de ses ministres dans la bataille électorale, dont son poids lourd, Amélie de Montchalin, devra nécessairement s’appuyer sur une partie des 64 députés LR qui siégeront dans la nouvelle assemblée, ce qui augure a priori d’un durcissement des politiques déjà nettement néolibérales mises en œuvre par Emmanuel Macron.

Des élections désastreuses pour Emmanuel Macron : un dessin signé Oli

Ce dernier aura sans doute fort à faire avec ses deux oppositions majeures, celle de la gauche et celle de l’extrême-droite, avec lesquelles il lui sera sans doute bien difficile de trouver des compromis, vu leurs divergences d’idées. Les deux sortent fortement renforcées de cet épisode électoral, y compris dans notre région. Ainsi, dans les Alpes de Haute-Provence, les deux sièges reviennent au RN et à la France insoumise, dont le candidat, Léo Walter, élimine Christophe Castaner. Dans les Hautes-Alpes en revanche, les deux députés élus sont issus du parti présidentiel. Dans les Alpes-Maritimes, LR sauve les meubles en réussissant à faire élire 5 députés dont Eric Ciotti, tandis que le RN remporte 2 sièges, le dernier revenant à la coalition présidentielle. Dans le Var, le RN remporte haut la main 7 des 8 circonscriptions, la dernière échouant au camp présidentiel. Dans le Vaucluse, également, 4 des 5 sièges en lice reviennent au RN, le dernier étant remporté, de justesse par un candidat macroniste.

En région PACA, une forte poussée du RN (en bleu foncé), les candidats LR (bleu roi) ne résistant que dans le 06, ceux de la NUPES (rouge) et de LREM (violet) se partageant le reste (source © France 3 Régions / Flourish)

Quant aux Bouches-du-Rhône, sur les 16 circonscriptions en jeu, le RN en a quand même remportées 6, dont une à Marseille même, tandis que la République en Marche a réussi a faite élire 6 de ses candidats, dont le nouvellement rallié Lionel Royer-Perreaut. Enfin, la NUPES a obtenu 4 sièges dont celui du communiste Pierre Dharréville facilement réélu à Martigues tandis que Manuel Bompard récupérait, les doigts dans le nez, l’ancien fauteuil de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat malheureux Lucas Trottmann, qui était son assistant au Parlement européen, arrivera peut-être à conserver son poste lorsqu’il rejoindra les bancs de l’Assemblée nationale : tout n’est pas perdu…

L. V.

A Carnoux, un candidat de gauche au deuxième tour !

13 juin 2022

Il y a bien longtemps que cela n’était pas arrivé ! Pour la première fois depuis des années, les habitants de la très droitière commune de Carnoux-en-Provence vont avoir la possibilité de voter pour un candidat de gauche au deuxième tour d’une élection… Qui plus est, pour des législatives, alors que la ville reconduit sans interruption depuis près de 25 ans l’inamovible député conservateur Bernard Deflesselles, réélu de justesse en 2017 grâce justement aux électeurs frontistes de Carnoux : voila une sacré révolution locale !

Joëlle Mélin, candidate du Rassemblement national, arrivée en tête à l’issue du premier tour (source © La Provence)

Certes, la candidate du Rassemblement national, Joëlle Mélin est arrivée largement en tête à Carnoux où elle frôle la barre des 31 %, comme sur l’ensemble de la circonscription où elle est à près de 25 %. Une situation qui n’a plus rien d’étonnant dans une zone où l’extrême droite est désormais bien ancrée dans le paysage politique et habituée des gros scores électoraux. Au premier tour de la Présidentielle, il y a un peu moins de deux mois, Marine Le Pen avait remporté plus de 35 % des suffrages exprimés sur l’ensemble de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, auxquels s’ajoutent les 14,2 % obtenus par son rival d’extrême-droite, Eric Zemmour, et encore les 2,8 % de celui qui s’était un temps positionné comme futur premier ministre en cas de victoire du Front national, Nicolas Dupont-Aignan…

Lucas Trottmann, candidat de la gauche unie sous la bannière de la NUPES, qualifié pour le second tour (source © Twitter)

Pour autant, c’est bien un candidat de gauche, qui plus est un parfait inconnu, tout jeune militant de la France insoumise, attaché parlementaire du député européen Manuel Bompard, qui a réalisé l’exploit de se qualifier pour le second tour avec 21,56 % des suffrages exprimés. Avec 470 voix d’avance sur le candidat macroniste, le cassiden référent départemental de la République en Marche, Bertrand Mas-Fraissinet, le représentant de la Nouvelle union populaire écologiste et solidaire (NUPES), Lucas Trottmann, aura donc l’insigne honneur de représenter au second tour, dimanche prochain, les valeurs républicaines de solidarité et de citoyenneté face à la candidate d’extrême-droite.

Certes, ce ne sont pas les électeurs carnussiens qui l’ont placé dans cette situation, eux qui lui ont préféré, outre le candidat du clan présidentiel, le notable du coin, étiqueté Les Républicains, maire de Gémenos et proche des principaux élus locaux du secteur, le vieillissant Roland Giberti. Arrivé en quatrième position sur l’ensemble de la circonscription avec à peine plus de 15,5 % des voix, le maire de Gémenos rate complètement sa campagne des législatives et devra donc se contenter de ses autres mandats locaux, lui qui va perdre aussi, le 1er juillet prochain, son statut de président du Conseil de territoire de Marseille-Provence.

Pour Roland Giberti, un incontestable échec malgré la débauche d’affiches et le soutien unanime des élus locaux… (photo © CPC)

Ce scrutin constitue en tout cas un sérieux revers pour le parti présidentiel qu’on ne sait d’ailleurs plus très bien comment appeler. Avec seulement 25,7 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, à égalité avec la gauche rassemblée au sein de la NUPES, rarement un Président de la République fraîchement réélu, n’avait obtenu un score aussi riquiqui, 2 mois seulement après sa reconduction pourtant sans appel. Rien n’indique d’ailleurs qu’Emmanuel Macron pourra s’appuyer, à l’issue du second tour, prévu le 19 juin, sur une majorité à l’Assemblée nationale où l’on devrait compter de nombreux députés de gauche, et notamment de la France insoumise qui se sont taillés la part du lion lors des discussions pré-électorales avec les Verts, les Communistes et ce qui reste du Parti socialiste. Symboliquement d’ailleurs, parmi les 5 députés élus dès le premier tour figurent 4 députés de la France insoumise, dont Alexis Corbière, facilement réélu dès ce dimanche avec plus de 62 % des voix.

Sur l’ensemble des 16 circonscriptions des Bouches-du-Rhône, il est d’ailleurs remarquable de constater que les candidats de la NUPES se sont qualifiés pour le second tour dans 10 d’entre elles, dont 5 où ils virent en tête avec de fortes chances d’élection. Par comparaison, les candidats étiquetés Ensemble !, la coalition présidentielle, ne figurent au second tour que dans 9 circonscriptions (dont 5 où ils sont en pole position) et ceux du RN dans 12 circonscriptions (dont 6 où ils sont en tête). Plus étonnant, on dénombre pas moins de 7 circonscriptions où les candidats d’Emmanuel Macron n’ont pas réussi à se qualifier pour le second tour (en comptant néanmoins celle de Marignane où ils n’avaient présenté personne face au candidat LR Eric Diard).

Carte des circonscriptions où le parti présidentiel est arrivé en tête (violet foncé) ou est qualifié (violet clair) à l’issue du premier tour des législatives : une situation nettement moins favorable qu’en 2017 pour Emmanuel Macron ! (source © France TV info)

Assurément le second tour réservera peut-être quelques surprises, surtout si les Français se ressaisissent et retrouvent le chemin des isoloirs, eux qui ont majoritairement renoncé à aller voter en ce 12 juin 2022 qui restera marqué par une abstention massive de plus de 50 %, dépassant même les 55 % à Carnoux dont la population, majoritairement âgée et conservatrice, s’enorgueillissait jusque là d’accomplir avec assiduité son devoir électoral. Avec un tel taux d’abstention, tout est possible et les pronostics pour le second tour paraissent bien incertains.

Pas moins de 15 candidats pour ces législatives du 12 juin 2022 dans la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (photo © CPC)

En toute logique, si les électeurs macronistes et tous ceux qui se sont dispersés sur les multiples petites listes écologistes, régionalistes ou soi-disant socialistes décidaient de faire barrage à l’extrême droite et se reportaient en masse sur le candidat de la gauche unie, Lucas Trottmann, ce dernier aurait une sérieuse chance de l’emporter la semaine prochaine. Il n’en reste pas moins que le jeu sera serré et que, au vu du rapport de force observé lors des récents scrutins, la candidate du rassemblement national part incontestablement favorite pour ce second tour à l’issue duquel la circonscription d’Aubagne et de La Ciotat, deux villes historiques de la ceinture rouge marseillaise, risquent fort de se retrouver représentées par un député d’extrême droite. Sauf à ce que les abstentionnistes du premier tour et les républicains dans l’âme sortent de leur torpeur et se décident à remplir leur devoir de citoyen…

L. V.

Législatives : des candidats trouble-fête ?

5 juin 2022

Dimanche prochain, 12 juin 2022, aura donc lieu le premier tour des élections législatives en France. Une échéance qui ne semble guère passionner les Français, à l’exception notable de ceux qui se sont portés candidats ! Et ils sont nombreux… Le ministère de l’Intérieur a en effet enregistré pas moins de 6 293 candidatures officielles pour pourvoir les 577 sièges de députés, ce qui fait en moyenne près de 11 candidats par circonscription. C’est moins qu’en 2017 où ils étaient 7 882 à se présenter aux suffrages des Français, mais cela traduit quand même une inflation des candidatures qui ont littéralement explosé au cours des 25 dernières années : en 1988, pour le même nombre de circonscriptions à pourvoir, on comptait moins de 2 800 candidats !

Un dessin signé Phil, publié en 2020 (source © DNA)

Dans la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui englobe 9 communes de l’est marseillais, dont Aubagne, La Ciotat et, bien sûr, Carnoux-en-Provence, ce sont ainsi pas moins de 15 candidatures qui ont été dûment enregistrées en Préfecture… Tous ne feront même pas l’effort d’imprimer des affiches ou des professions de foi, et certains d’entre eux n’ont d’ailleurs aucunement l’intention de faire campagne. Sur le site du ministère de l’Intérieur qui recense l’ensemble des candidats à l’échelle nationale, on note ainsi que 4 d’entre eux n’ont même pas réussi à rédiger un simple tract à diffuser en ligne via les outils numériques pourtant largement mis à disposition de tous !

C’est notamment le cas de Laurence Leguem, ex élue du Rassemblement national à Roquefort-La-Bédoule et à la Région, qui se présente désormais sous l’étiquette de Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour et qui a néanmoins collé ses affiches sur les panneaux électoraux et a même tenu une réunion publique à Carnoux, le 26 mais dernier. C’est aussi le cas du candidat de Lutte ouvrière, François Otchakovsky– Laurens, maître de conférence en histoire médiévale, qui se présente à chaque élection sans jamais atteindre 1 % des suffrages, mais aussi du consultant en bien-être au travail, Simon Lachique, étiqueté écologiste, ou d’une certaine Amélie Drugeon, classée par la Préfecture Divers centre : on ne saurait être plus vague…

Les autre candidats, qui ont au moins fait l’effort de préparer un document pour tenter d’expliciter les raisons de leur présence, n’ont, pour la plupart d’entre eux, pas le moindre espoir d’atteindre le second tour où, au vu des règles du jeu et du taux d’abstention vraisemblablement élevé attendu, seuls deux candidats peuvent espérer se qualifier. Gageons, sans beaucoup de risque de se tromper qu’il en sera ainsi pour le Parti animaliste, qui a pourtant choisi, dans notre circonscription de se présenter sous les couleurs d’un lapin des plus mignons, quitte à passer sous silence le nom du candidat local…

Extrait de la profession de foi de Daniel Cambo (Parti animaliste)

Citons également parmi ces candidatures de témoignage appelée à ne pas dépasser, au mieux, quelques pourcents des suffrages exprimés, celle du Parti ouvrier indépendant démocratique, dont le seul objectif est de grappiller des voix au candidat de la France insoumise qu’il ne juge pas assez révolutionnaire à son goût, ou encore celle de Debout la France !, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, prétendument gaulliste mais qui se serait bien vu Premier ministre de Marine Le Pen…

En réalité, la plupart de ces petits partis qui présentent ainsi un peu partout des candidats inconnus sans se lancer dans une campagne très active, ne cherchent pas à faire élire des députés à l’Assemblée mais simplement à engranger des subsides électoraux. Rappelons en effet que, depuis la mise en place du financement public des partis politiques en 1988, un parti qui présente aux législatives plus de 50 candidats ayant obtenu au moins 1 % des voix touche du Trésor public une manne de 1,64 € par suffrage exprimé en sa faveur et ceci pour les 5 ans à venir jusqu’aux prochaines législatives. Si en plus, la formation politique en question arrive à décrocher un siège de député, elle recevra de surcroît un chèque de 37 402 € supplémentaire chaque année. C’est bien entendu rarement le cas pour ces petits partis qui se contente généralement du premier niveau de financement, lequel représente quand même près de 32 millions d’euros par an et qui explique largement pourquoi on assiste à une telle inflation de micro-partis en France : 589 partis officiellement enregistrés actuellement ! On est loin du risque de parti unique qui menace certains régimes soi-disant démocratiques…

Bien entendu, on trouve aussi parmi ces candidats aux prochaines législatives des personnalités qui s’engagent en dehors de toute formation politique pour défendre des convictions personnelles, ce qui laisserait penser que la multiplication des partis politiques n’est finalement pas un gage de pluralité démocratique. Il semble que ce soit le cas, pour ces prochaines élections et sur notre circonscription, du candidat régionaliste et écologiste Jean Reynaud, fervent défenseur de l‘Huveaune, ou d’un certain Aurélien Michel, pilote de l’armée de l’air, qui prétend défendre un engagement en faveur de la transition écologique.

Extrait de la profession de foi de Jean Reynaud (Oui la Provence)

Difficile de faire le tri, pour ce type de candidatures, entre ce qui relève de la volonté de faire avancer le débat et de la simple ambition personnelle de se faire un nom et… de perturber le jeu électoral. Comment en effet classer la candidature de ce Rébia Bénarioua, ancien conseiller départemental très proche de Jean-Noël Guérini, qui se présente comme socialiste alors qu’il a été exclu en 2015 du Parti socialiste, lui qui était déjà candidat dissident en 2012 dans les quartiers nord de Marseille ? Une dissidence qui existe à droite également avec cette candidature de Giovanni Schipani, ex-adjoint au maire d’Aubagne, proche de Sylvia Barthélémy et qui se présente sans étiquette, lui qui avait écopé fin 2019, d’un rappel à la loi dans une sordide affaire d’agression sexuelle.

Une telle profusion de candidatures ne pourra bien entendu que troubler les électeurs suffisamment motivés pour se rendre aux urnes dimanche prochain. En 2017, lors des dernières législatives, qui voyaient déjà s’affronter 15 candidats dans notre circonscription, 6 d’entre eux avaient obtenu moins de 1 % des suffrages exprimés et 4 avaient recueilli entre 1 et 2 % des voix, les 4 derniers obtenant entre 15 et 30 % des suffrages. Il en sera probablement de même en 2022, seuls 4 candidats ayant a priori une chance significative de se qualifier pour le second tour.

Extrait de la profession de foi de Joëlle Mélin (RN)

C’est le cas a priori de la candidate du Rassemblement national, Joëlle Mélin, dont le suppléant, Hervé Itrac avait fini à un peu plus de 18 % en 2022 alors que Marine Le Pen était à 35 % au premier tour de la présidentielle sur l’ensemble de la circonscription en avril 2022.

Extrait de la profession de foi de Bertrand Mas-Fraissinet (LREM)

Ce sera aussi probablement le cas du candidat de la majorité présidentielle, Bertrand Mas-Fraissinet, dont le parti vient d’obtenir localement 28 % à la présidentielle alors que son candidat était à 30 % au premier tour des dernières législatives.

Extrait de la profession de foi de Roland Giberti (LR)

Le maire de Gémenos, Roland Giberti, qui se présente pour cette élection avec l’étiquette Les Républicains, en lieu et place du député sortant, Bernard Deflesselles, compte sur l’appui des notables du secteur pour espérer atteindre le second tour, sachant que son prédécesseur en 2017 avait péniblement atteint 24 % à l’issue du premier tour et que son parti est en pleine déconfiture à l’issue de la présidentielle, même s’il peut compter sur sa bonne notoriété locale et sur le conservatisme de son électorat.

Extrait de la profession de foi de Lucas Trottmann (NUPES)

Inversement, le candidat de La France insoumise, Lucas Trottmann, qui se présente sous l’étiquette de la Nouvelle union populaire, écologiste et solidaire, espère compenser son manque de notoriété locale par une dynamique porteuse en faveur d’une union de la gauche qui n’existait pas en 2017, les candidats en lice n’ayant alors obtenu, à eux trois, que 19,4 % des suffrages, alors qu’au premier tour de la présidentielle, en avril 2022, Jean-Luc Mélenchon frôlait la barre des 24 % sur l’ensemble de la circonscription. Résultat du scrutin, le 12 juin au soir…

L. V.

Gratuité des transports : une avancée sociale et écologique

3 juin 2022

L’association Carrefour Citoyen de Roquefort-la-Bédoule a organisé le 19 mai 2022 au Centre André Malraux une conférence présentée par Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (ASDEL), intervention intitulée « Gratuité des transports : avancée sociale et écologique ? » , suivie d’un échange avec l’assistance.

En Introduction, Maurice Marsiglia précise le contexte : la disparition des Conseils de territoire, entités transitoires maintenues au sein de la Métropole Aix-Marseille-Provence, et notamment celle du conseil de territoire du Pays d’Aubagne et de l’Étoile qui assurait la totalité du financement des transports en commun, pose la question du maintien de leur gratuité dans l’aire locale.

Une réunion publique sur ce sujet est d’ailleurs prévue le 3 juin 2022 salle Reynaud à Roquevaire.

Désormais, le financement des transports en commun sur l’ensemble de son territoire relève de la Métropole. Or cette dernière, par la voix de sa présidente Mme Martine Vassal, s’est positionnée défavorablement sur la gratuité des transports en commun, position partagée par l’opérateur RTM (Régie des Transports Métropolitains).

L’objectif des associations citoyennes locales vise à pérenniser la gratuité et aussi à l’étendre à l’ensemble de la Métropole.

Le conférencier, Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (source © CPC)

Quelques constats chiffrés

Avant 2009, date de l’instauration de la gratuité dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, les entreprises contribuaient pour le transport à hauteur de 0,6 %. Depuis 2009, la population ayant dépassé le seuil des 100 000 habitants, et en 2014 le tramway ayant été installé, le taux a été augmenté pour atteindre 1,6 %. Les entreprises adhèrent d’autant plus qu’elles sont tenues de rembourser 50 % des frais des déplacements de leurs employés en transports en commun.

Rappelons que pour les transports en commun pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, 7 % du coût (billetterie) était à la charge des usagers et 93 % à celle de la collectivité. A Marseille, la part financée par les usagers oscille entre 25 et 30 %, et pour la Métropole il est évalué à 20 %,

Bus gratuit à Aubagne (source © Banque des Territoires)

La mise en place de la gratuité a eu deux effets positifs :

– l’augmentation de plus de 200 % de la fréquentation des transports en commun

– la diminution de la pollution urbaine due aux véhicules thermiques. Une étude récente du Sénat évalue à plus de 100 millions d’euros le coût sanitaire de cette pollution urbaine : maladies cardiaques, respiratoires entraînant environ 50 000 décès par an en France et près de 5 000 en région PACA !

Quel est l’impact de la gratuité ?

Il est d’abord humain. Selon les familles concernées, le gain de pouvoir d’achat mensuel est compris entre 45 et 50 €. En termes de fonctionnalité, la gratuité à permis d’enregistrer une fréquentation qui est passée de 2 millions de trajets par an en 2009 à 6 millions de trajets annuels en 2017-2018. Cette augmentation a aussi été enregistré dans d’autres villes qui ont adopté cette mesure (Dunkerque, Niort …). On observe que des familles ont fait le choix de ne garder qu’une voiture.

On enregistre aussi une hausse de la fréquentation intergénérationnelle ainsi que de la convivialité et la disparition des fraudes. L’offre de transport s’est accrue avec une hausse des fréquences et un élargissement des plages horaires. Cela a été rendu possible par des créations d’emplois d’agents, dont des chauffeurs. Enfin, l’impact a aussi été constaté sur le tourisme.

Mais ce qui est aussi sensible, c’est l’impact écologique. Moins de véhicules thermiques circulent et en 2024-2025, la mise en place de zones à faibles émissions va interdire l’usage des véhicules les plus polluants (vignettes 4 et 5).

En France, plus de 35 communes ont instauré la gratuité des transports en commun. Certaines limitent la gratuité aux week-ends. Sur le territoire de la Métropole, il n’existe qu’un seul opérateur, la RTM, ce qui devrait favoriser la mise en œuvre de la gratuité.

Une assemblée peu nombreuse mais attentive pour cette conférence (source © CPC)

Quelles pistes pour une gratuité sur l’ensemble de la métropole ?

L’association Se Déplacer en Liberté a travaillé avec les élus. Cependant se pose la question du financement. Le coût évalué par l’association est de 120 millions d’euros alors que la Métropole l’évalue à 200 millions d’euros ! Si la Métropole participe par une subvention d’équilibre, on peut envisager des subventions d’État, de la Région et de l’Europe.

Les transports en commun ne résoudront cependant pas tous les problèmes. Ainsi se pose la question de la création d’aires de stationnement pour les véhicules, condition pour permettre aux habitants des zones péri-urbaines désireux de rejoindre les lignes de transports en commun. Vaste sujet quand on sait qu’actuellement certaines villes en sont privées dont Carnoux-en-Provence.

Toutes ces questions méritent un large débat public organisé par bassins d’emplois et par bassins de vie. Puisse cette réunion d’information contribuer à un changement de point de vue des élus de la Métropole.

MM

Quelques références :

Rapport du Sénat

Travaux de Maxime Huré rapportés dans un magazine d’urbanisme

De nouveaux radars dans le collimateur…

26 mai 2022

La ville de Marseille est l’une des agglomérations urbaines où la vidéosurveillance est particulièrement développée avec près de 1600 caméras déployées sur l’ensemble du territoire communal et un centre de vidéosurveillance à la pointe du progrès. L’ancienne municipalité envisageait même d’y mettre en œuvre un dispositif inspiré des méthodes de flicage israélien, déjà testé à Nice, et qui consiste à exploiter en direct les vidéos postées par des citoyens vigilants et prompts à dénoncer tout comportement potentiellement suspect. Un dispositif de vidéosurveillance, qui en réalité, sert principalement à traquer les infractions au code de la route, tout comme d’ailleurs dans plusieurs autres villes de l’agglomération, à l’image de Carnoux, où sont déjà en service une quarantaine de caméras sur la voie publique, ou encore Cassis qui en compte actuellement 85 pour 7200 habitants, un record national !

A Carnoux comme dans de nombreuses villes, les caméras servent surtout à la verbalisation des infractions routières (photo © CPC)

Mais ce dispositif n’est manifestement pas encore suffisant pour calmer les ardeurs des automobilistes dont l’incivilité est légendaire dans l’agglomération marseillaise. Un comportement qui se traduit directement dans les statistiques puisque le département des Bouches-du-Rhône était en 2021, celui qui dénombrait le plus d’accidents en France, avec pas moins de 2790 accrochages et 100 morts sur la route, pour la plupart, des hommes de 18 à 34 ans… Selon l’avocate Romy Collard Lafond, spécialisée dans la défense des victimes de la route, à Marseille, les accidents de la circulation tuent bien davantage que les règlement de compte entre dealers des cités à coups de kalachnikov, avec jusqu’à 14 décès pour le seul mois de juillet 2021 !

Accident de circulation sur la ligne de tramway rue de Rome à Marseille le 24 mai 2022 : pour une fois, la Police était sur place… (source
© arabstrait13 / France bleu)

Face à l’indifférence médiatique qui entoure encore trop souvent ces banals accidents de la route qui fauchent pourtant bien des vies innocentes, les autorités ont donc décidé de monter d’un cran l’arsenal répressif en recourant, comme souvent, à la technologie de pointe, plutôt qu’en renforçant les effectifs des forces de police et de gendarmerie, de plus en plus rares sur le bord des chaussées.

Comme l’annonçait Made in Marseille il y a quelques jours, 17 nouveaux radars vont être implantés à Marseille dans les prochains mois, probablement d’ici la fin de l’année, voire début 2023. Et pas n’importe quels radars… Des modèles ultra sophistiqués qui ne portent d’ailleurs même plus le nom de radars mais celui d’ETU, des « équipements de terrain urbain ». Un euphémisme bien dans l’air du temps pour désigner des dispositifs légers et mobiles, capable non seulement de repérer des excès de vitesse dans les deux sens de circulation, mais aussi d’enregistrer des franchissements de feu rouge, l’absence de respect des distances de sécurité, des stops, des priorités piétons ou des pistes cyclables, et même les dépassements dangereux ou l’usage du téléphone au volant…

Une véritable bête noire pour les automobilistes distraits, pressés ou maladroits qui risquent de rapidement voir fondre leur capital de points sur leur permis de conduire… D’ailleurs, on apprend par la même occasion que trois de ces petites merveilles de la technologie répressive sont déjà en phase de test depuis fin 2021, à Marseille et aux Pennes-Mirabeau, se contentant pour l’instant d’enregistrer les infractions sans les verbaliser, histoire de bien calibrer la machine pour qu’elle soit au top le moment venu.

La corniche John-Fitzgerald Kennedy, dont la partie en surplomb sur la mer vient d’être rénovée : un dite fortement accidentogène… (source © AMP Métropole / Actu-Marseille)

Une date qui pourrait peut-être même arriver plus vite que prévu car Yannick Ohanessian, adjoint au Maire de Marseille en charge de la sécurité, a déjà fait la carte des sites où seront déployés en priorité ces bijoux technologiques, sur l’ensemble des arrondissements marseillais mais surtout sur les secteurs à fort enjeu de sécurité routière dont les abords des écoles. La Corniche Kennedy, qui vient tout juste d’être entièrement rénovée à l’issue d’un chantier qui a duré des années et qui est régulièrement rendue aux piétons le temps d’un week-end dans le cadre des opérations « La voie est libre », pourrait peut-être même être équipée dès cet été, maintenant que la phase de test est considérée comme concluante.

Nouveau radar dernier cri installé à Toulouse début 2022 (photo © Thibaut Calatayud / Actu-Toulouse)

Les automobilistes marseillais, habitués de longue date à prendre de nombreuses libertés avec les règles communes de la circulation, ont donc du souci à se faire et vont sans doute devoir réfréner quelque peu leur fougue méditerranéenne qui a tendance à s’exacerber au volant. Mais ils ne sont pas les seuls dans le collimateur. Plusieurs équipements du même type sont en phase de déploiement depuis quelques mois dans les agglomérations de Toulouse, Montpellier ou encore Montbéliard où les premiers modèles ont été testés dès le mois de septembre 2021.

Exemple de radar Mesta Compact (source © Radar-auto)

Développé et commercialisé par la société Idemia, issue du rapprochement de Safran Identity & Security avec Oberthur Technologies, le modèle Mesta Compact qui devrait être ainsi déployé en site urbain est déjà homologué depuis le 31 janvier 2021 pour les mesures de vitesse et le contrôle de franchissement de feu rouge. Il s’agit d’un dispositif multifonction, doté d’une antenne radar Doppler tracker multi-cible nouvelle génération disposant d’un large faisceau capable de suivre simultanément jusqu’à 126 véhicules sur 5 voies dans les deux sens de circulation et sur une portée de plus de 100 mètres. Il va être bien difficile d’échapper à un tel mouchard ! Il est d’ores et déjà prévu de mettre en place 500 équipements de ce type en site urbain, dont une centaine seulement sera effectivement équipée d’un radar opérationnels, les autres n’étant que des leurres à effet dissuasif puisque le dispositif pourra aisément être déplacé d’une cabine à une autre : il va donc falloir s’habituer à respecter le code de la route, même à Marseille !

L. V.

On a trouvé le Trésor de Carpiagne…

24 mai 2022

Carpiagne, pour les Marseillais et, plus encore sans doute pour les Carnussiens, lieu de villégiature traditionnel de nombreux officiers, c’est avant tout le camp militaire installé sur le plateau qui s’étend entre le col de la Gineste et les hauts de Cassis. 1500 hectares au total de garrigues rocailleuses et pelées, situées pour l’essentiel sur le territoire communal de Marseille malgré leur caractère sauvage et isolé, mais dont une petite partie empiète aussi, à la marge, sur les communes voisines d’Aubagne et de Cassis.

Vue partielle des bâtiments du camp militaire de Carpiagne, au milieu des montagnes (source © Légion étrangère)

Ce haut plateau quasi désertique et naturellement fortifié par les montagnes escarpées qui l’entourent, dont le bastion formidable du Mont Puget qui surplombe la grande cité phocéenne, ne pouvait qu’attirer l’œil des militaires qui, en 1895 s’approprient, par voie de justice, ces terres caillouteuses et brûlées par le soleil. L’idée est d’en faire un champ régional de manœuvre de tir, dans ce vaste espace reculé et perché, à l’abri des regards et des passants.

Pendant la Première guerre mondiale, le camp militaire sert à héberger des prisonniers de guerre allemands et autrichiens et l’aménagement se poursuit progressivement jusqu’à permettre, à la veille de la Seconde guerre mondiale, d’accueillir plus d’un millier d’hommes qui s’y entraînent au tir, au lancement de grenades et aux manœuvres de chars.

Chars d’assaut au camp de Carpiagne dans les années 1930 (source © Monsieur Légionnaire)

Occupé en 1942 par les Allemands suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, le camp sert alors de site d’entraînement pour les commandos anti-chars de la Wehrmacht, jusqu’au 22 août 1944, lorsque plusieurs Goums du 2e groupe de Tabors marocains débarqués à Fréjus, partent à l’assaut du camp de Carpiagne depuis les hauts de Carnoux, avant de poursuivre leur progression vers la ville de Marseille, libérée le 24 août.

Carte postale ancienne montant le camp militaire de Carpiagne dans les années 1930 (source © Généanet)

Un temps placé sous le contrôle des troupes américaines, le camp de Carpiagne redevient un centre d’instruction en 1946, sous l’impulsion du général de Lattre de Tassigny. En 1964, il devient le Centre d’instruction de l’arme blindée et de la cavalerie du 11e régiment de cuirassiers, lequel fusionne en 1999 avec le 1er régiment, avant d’être remplacé en 2009 par le 4e régiment de dragons, une unité de cavalerie équipée de chars Leclerc. Dissoute en 2014, il laisse la place au 1er régiment étranger de cavalerie, jusque-là installé à Orange, et qui est équipé de chars AMX 10 RC-R et de véhicules blindés légers.

Le 22 juillet 2009, la France entière avait découvert l’existence de ce camp militaire situé sur le territoire communal de la deuxième ville de France, aux portes du massif des Calanques : suite à la négligence d’un adjudant qui avait oublié de faire retirer les balles traçantes des munitions utilisées lors d’un exercice de tir, la garrigue prend feu vers 13h30 et les flammes, attisées par un fort vent de sud, ne tardent pas à franchir le Mont Lantin avant de dévaler vers les faubourgs de Marseille.

Incendie parti de Carpiagne le 22 juillet 2009 (source © Coeur naturiste)

Près de 1200 hectares sont ravagés dans les quartiers de Saint-Loup, La Barasse, La Valbarelle et les Trois-Ponts et pas moins de 500 personnes doivent être évacuées préventivement en toute urgence. Jamais avare de leçon de morale, le président d’alors du Département, Jean-Noël Guérini, toujours sénateur à ce jour malgré sa condamnation en appel, déclare, tout en nuance : « Même dans notre Armée, il y a des gens stupides. J’espère qu’elle honorera ses engagements et participera au nettoyage et au reboisement du massif. Quand la bêtise humaine l’emporte sur la responsabilité, il faut réparer »…

Mais avant d’être un camp militaire, Carpiagne a eu une riche histoire que l’on peut désormais découvrir, de manière – à peine – romancée, dans un petit roman historique fabuleux que vient de publier Pierre Vigoureux, un auteur marseillais prolixe qui vient de faire paraître son onzième ouvrage depuis 2010, toujours aux éditions de la Fenestrelle, une maison d’édition gardoise installée dans la petite commune de Brignon, près d’Uzès, un peu en amont du Pont du Gard. Spécialisé dans la valorisation du patrimoine historique et culturel cévenol, cet éditeur s’est naturellement fait l’écho des premières publications de Pierre Vigoureux, ancrées justement dans l’histoire locale.

Couverture du livre de Pierre Vigoureux intitulé Le trou de mémoire… (source © Éditions la Fenestrelle)

Mais ses derniers romans font plutôt référence à un autre terroir, celui justement de Cassis où se déroule l’histoire romanesque de son ouvrage intitulé Le Cap Canaille pour seul témoin, publié en 2021. C’est aussi le cas du précédent, intitulé Le trou de mémoire, un roman historique dont le théâtre est celui de Cassis et du massif des calanques avec ses multiples gouffres karstiques que Pierre Vigoureux connaît bien pour faire partie de ces passionnés de spéléologie qui traquent les passages souterrains de l’eau vers les rivières mystérieuses de Cassis

Son dernier roman, intitulé Le Trésor de Carpiagne, se déroule lui aussi dans ce décor majestueux des Calanques, précisément sur ce haut plateau de Carpiagne, tellement désolé qu’il n’était bon qu’à servir de pâturage pour les chèvres, d’où l’étymologie probable de son nom, et dont on revit l’histoire mouvementée au gré des deux derniers millénaires. Une histoire plus riche qu’on ne l’imagine puisque l’on apprend que les Templiers avaient édifié, à l’emplacement actuel du camp militaire dont l’une des bâtisses ancienne en a d’ailleurs repris les fondations, une ferme fortifiée qui servait d’abri et de refuge au temps des Croisades.

Bien entendu, qui dit Templiers dit suspicion de trésor enfoui, dont la quête est l’un des fils rouges de ce court roman, à dévorer d’une traite et dont on se gardera bien de dérouler les péripéties… Passé aux mains des Hospitaliers et dépendant du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, le domaine est cédé au XIVe siècle à l’Ordre mendiant de Saint-Augustin qui y crée un monastère et une modeste église. Et en 1520, c’est la riche famille marseillaise des Dauria qui se porte acquéreur du prieuré alors en décrépitude, tout en continuant à verser un loyer en nature à l’ordre des Hospitaliers. Racheté en 1647 par Françoise de Gérente, veuve de Pierre de Moustiers, le domaine continuera à produire un peu de blé et d’huile d’olive jusqu’à ce que l’armée finisse par jeter son dévolu sur ces terres caillouteuses et reculées, plus propres à servir de champ d’exercice aux légionnaires qu’à l’agriculture même extensive, tout en constituant un cadre naturel prompt à ravir les randonneurs et un cadre historique d’une grande richesse pour ce roman, à lire absolument !

L. V.

Législatives 2022 : ça se précise dans la 9ème…

12 mai 2022

A un mois tout juste du premier tour des prochaines élections législatives, prévues les 12 et 19 juin 2022, dans la foulée des présidentielles qui ont vu la réélection facile d’Emmanuel Macron, voilà que les principaux partis en lice ont enfin désigné leurs candidats.

Pour la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, celle qui englobe, outre Carnoux et ses voisines, Cassis, Aubagne et Roquefort-la Bedoule, les communes de La Ciotat, Ceyreste, La Penne-sur-Huveaune, Cuges-les-Pins et Gémenos, la grande nouveauté de ce scrutin est que, pour la première fois depuis 1999, il y a plus de 23 ans !, le député sortant UMP puis LR, Bernard Deflesselles, ne se représentera pas… C’est un autre notable local qui portera cette fois les couleurs du parti de droite, jusqu’ici solidement implanté dans cette circonscription mais qui a subi un incontestable revers avec moins de 5 % pour sa candidate, Valérie Pécresse, au premier tour de la présidentielle 2022.

Roland Giberti, maire de Gémenos et candidat aux législatives 2022 (photo © Frédéric Spech / La Provence)

Maire de la petite, mais ultra-riche, commune de Gémenos depuis 2001 (plus de 20 ans donc !), Roland Giberti fait parti de ces caciques qui n’hésitent pas à cumuler les postes pour disposer de tous les leviers du pouvoir. Élu sans discontinuer depuis 2004 au Conseil départemental, puis au Conseil Régional entre 2015 et 2021, il est même, depuis juillet 2020, Président du Conseil de Territoire Marseille Provence, une instance qui représente plus de 1 million d’habitants de la Métropole Aix-Marseille-Provence… Mais les Conseils de Territoire sont amenés à disparaître au 1er juillet 2022 dans le cadre de la loi 3DS, et il faut bien que nos élus locaux se recyclent : alors, pourquoi pas un siège de député comme lot de consolation ?

L’avenir dira si la seule notoriété et la solidité du réseau d’appuis locaux suffiront à faire élire le maire de Gémenos à l’Assemblée nationale. Il trouvera en tout cas sur sa route une autre adepte du cumul des mandats qui a, elle aussi, pris l’habitude depuis des années de candidater à toutes les élections qui se présentent, mais sous l’étiquette du Front national.

Médecin de formation, spécialisée en gériatrie, Joëlle Mélin est depuis 2014 conseillère d’opposition, désormais sous l’étiquette du Rassemblement national, à la mairie d’Aubagne. Elle est également depuis cette date élue au Parlement européen, après avoir été candidate à la plupart des élections départementales et régionales de ces dernières années, siégeant d’ailleurs à la Région entre 2010 et 2015.

Joëlle Mélin, en mars 2020, alors tête de liste Rassemblement National aux élections municipales à Aubagne (photo © Rislène Achour / La Provence)

Vu le score de Marine Le Pen qui, sur cette circonscription, était arrivée largement en tête du premier tour de la présidentielle 2022, avec plus de 35 % des suffrages, sans oublier les 14 % d’Eric Zemmour et les 2,8 % de Nicolas Dupont-Aignan, ses chances de remporter cette élection législative ne sont a priori pas négligeables et il serait étonnant qu’elle ne se retrouve pas au second tour…

Dans le clan macroniste, qui se présente désormais sous l’étiquette plus sexy de « Renaissance », c’est un autre médecin qui tentera de se faire élire pour former cette majorité présidentielle, laquelle sera sans doute plus difficile à obtenir qu’en 2017 : chat échaudé craint l’eau froide… Anesthésiste à l’hôpital d’Aubagne depuis janvier 2018 et président du groupe Pasteur Mutualité, Bertrand Mas-Fraissinet, alors référent départemental de La République en marche, s’était présenté à la mairie de Cassis en mars 2020 où sa liste avait obtenu un peu plus de 38 % des voix face à celle de Danièle Milon, facilement réélue.

Bertrand Mas-Fraissinet, candidat pour le parti Renaissance (photo © Majorité présidentielle / La Provence)

Difficile de dire a priori quelles sont les chances de ce candidat assez peu connu localement, mais déjà élu au Conseil Régional. Dans cette circonscription, Emmanuel Macron avait obtenu plus de 28 % des suffrages au premier tour des Présidentielles et 48 % au second, ce qui crée malgré tout une réelle dynamique en sa faveur, comme cela avait déjà été le cas en 2017 où la candidate macroniste, Sylvie Brunet, avait échoué d’un rien face à un Bernard Deflesselles alors tout puissant…

Mais pour ces élections, la surprise pourrait peut-être venir de la gauche qui, pour la première fois depuis des années, devrait enfin se présenter avec un minimum d’unité, sauf si se multiplient, comme à l’accoutumée, les candidatures dissidentes et plus ou moins anecdotiques. Après une série ininterrompues de débâcles électorales où les candidats de la gauche dispersée se faisaient systématiquement balayés dès le premier tour, la bonne surprise de la nouvelle alliance électorale qu’est la NUPES (nouvelle union populaire écologiste et solidaire), accouchée au forceps, est qu’elle devrait permettre de présenter en juin prochain des candidats communs issus de la France insoumise, du Parti socialiste, du PCF et des écologistes d’EELV.

Lucas Trottmann, en avril 2017, alors en campagne pour la France insoumise dans les quartiers nord de Marseille (photo © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre)

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, c’est un certain Lucas Trottmann qui a donc obtenu l’investiture de la NUPES. Tout jeune assistant parlementaire du député européen Manuel Bompard, lequel s’est illustré comme directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, en 2022 comme en 2017, après avoir été, un temps, porte-parole de la France insoumise, Lucas Trottmann n’a pas d’attache locale, ce qui risque de l’handicaper quelque peu dans cette campagne. Passé par Science Po Paris, son expérience marseillaise se limite à un stage auprès de l’établissement public Euroméditerranée, mais nul doute que son expérience en matière de campagne électorale lui sera utile même si la partie est loin d’être gagnée dans une circonscription marquée aussi ouvertement à droite…

L. V.

Législatives 2022 : ça s’approche…

4 mai 2022

Dans un peu plus de 5 semaines aura lieu le premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022, et curieusement, personne n’a encore une très bonne visibilité sur ceux qui se porteront candidats à cette échéance électorale pourtant majeure dans notre régime de démocratie parlementaire…

Sur l’ensemble de la région PACA, c’est la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen qui l’a emportée lors du second tour des présidentielles le 24 avril 2022, et son score national particulièrement élevé (41,5%) pourrait laisser prévoir l’arrivée massive de députés du Rassemblement national sur les bancs de l’Assemblée nationale à l’issue du second tour des législatives, prévu le 19 juin prochain.

Les bancs de l’Assemblée nationale au grand complet après la dernière élection en 2017… (source © Assemblée Nationale)

Mais n’oublions-pas qu’en 2017, seuls 8 députés apparentés à l’extrême droite avaient finalement réussi à se faire élire, même pas de quoi constituer un groupe politique ! Leurs chances seront sans doute plus grandes en 2022, notamment dans certaines circonscriptions du Var et du Vaucluse, mais plus aléatoires dans les Bouches-du-Rhône où Marine Le Pen est pourtant arrivée en tête dans 8 des 16 circonscriptions du département.

En 2017, sur ces 16 circonscriptions, la République en Marche, portée par la victoire d’Emmanuel Macron et malgré le déficit abyssal de notoriété de ses candidats, avait réussi à faire élire 7 députés auxquels il convient d’ajouter un élu du MODEM, Mohamed Laghila, et un OVNI politique, François-Michel Lambert, réélu alors avec l’étiquette LREM mais qui a, une fois de plus, changé de parti et sans doute même de circonscription puisqu’on l’annonce désormais candidat dans le Gers en lieu et place de Gardanne

Bernard Deflesselles, député sortant, préfère jeter l’éponge après un cinquième mandat aussi transparent que les précédents… (source © Twitter / Deflesselles)

Les Républicains avaient alors obtenu 4 députés parmi lesquels Bernard Deflesselles, réélu d’un cheveu dans la 9e circonscription, celle qui englobe Carnoux avec notamment Aubagne et La Ciotat, face à une parfaite inconnue, et uniquement grâce aux voix des électeurs carnussiens d’extrême droite. Un exploit qu’il pourrait difficilement rééditer en 2022 pour lequel il a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’il ne briguera pas un sixième mandat. C’est sans doute le maire de Gémenos, Roland Giberti qui portera donc le flambeau des Républicains mais qui risque de trouver sur sa route le Cassidain Bertrand Mas-Fraissinet, délégué départemental de LREM, dans une circonscription où Emmanuel Macron a obtenu plus de 28 % des suffrages au premier tour alors que la candidate LR était à moins de 5 % !

Bertrand Mas-Fraissinet, référent de la République en Marche dans les Bouches-du-Rhône et élu d’opposition à Cassis (source © GoMet)

Cette circonscription fait d’ailleurs partie de celles où Marine Le Pen est arrivée largement en tête à l’issue du deuxième tour, contrairement à 2017, ce qui risque de perturber largement le jeu électoral, même si le Rassemblement national semble encore avoir du mal à traduire ses bon scores lors des scrutins locaux nécessitant un fort ancrage territorial…

Rappelons au passage que pour cette élection comme en 2017, il faut, pour se qualifier au second tour, soit arriver dans le binôme de tête soit recueillir au moins 12,5 % des suffrages par rapport au nombre d’inscrits. Si le taux de participation ne dépasse pas celui de 2017, qui était dans notre circonscription, de 46,8 %, il faut donc obtenir pas moins de 27 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, sauf à finir dans les deux premiers. Autant dire que la gauche, même unie, a bien peu d’espoir de se maintenir au second tour dans cette circonscription au vu des résultats récents de la présidentielle, a fortiori naturellement si elle persiste à présenter comme en 2017 pléthore de candidats qui s’affrontent dans un duel suicidaire…

Manuel Bompard avec Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 27 mars 2022 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / L’Express)

En revanche, la gauche a toutes ses chances dans les deux circonscriptions qu’elle avait conservée en 2017. C’est le cas bien sûr de la 4e, dans le centre ville de Marseille, où Jean-Luc Mélenchon avait été facilement élu en 2017, même s’il pourrait cette fois laisser la place à son directeur de campagne, le député européen Manuel Bompard. Ce devrait être le cas aussi dans la 1ère circonscription, du côté de Martigues, où le communiste Pierre Dharréville compte bien rempiler avec de bonnes chances de succès. Trois autres circonscriptions marseillaises, toutes détenues par des députées macronistes sortants, sont aussi dans le viseur de la gauche, mais avec des chances de victoire assez limitées…

Du côté de la droite, Eric Diard, élu député de Marignane sans discontinuer depuis 2002, a toutes ses chances de maintenir son poste malgré les scores vertigineux de l’extrême droite dans son secteur. Ce sera sans doute plus disputé pour les 2 autres circonscriptions remportées par un candidat LR en 2017. Dans la 6e, le sortant Guy Tessier, élu député pour la première fois en 1988 et qui a achevé 6 mandats successifs complets, devrait enfin jeter l’éponge à 77 ans, ce qui aiguise les appétits pour sa succession. Didier Réault, qui a obtenu l’investiture LR risque fort de se retrouver face à l’ex LR Lionel Royer-Perreaut, déjà maire de secteur tout en étant élu au département et à la Métropole et qui vise désormais l’étiquette En Marche.

Eric Diard, député des Bouches-du-Rhône sur les bancs de l’Assemblée nationale (photo © Vincent Isore / MaxPPP / France Bleu)

Quant à la 1er circonscription, où la candidate LR Valérie Boyer, réélue en 2017 puis devenue sénatrice, avait cédé son poste de député à Julien Ravier, lequel est désormais inéligible après avoir été condamné dans l’affaire des procurations usurpées, c’est la grande incertitude. Bruno Gilles, ex LR lui aussi, y dispute l’investiture LREM face notamment à Pascal Chamassian et à quelques autres. Si les élections législatives risquent de bien peu passionner la plupart des Français, que l’on se rassure au moins en sachant que certains sont prêts à tout pour obtenir la possibilité d’y être candidats : voilà qui devrait nous rassurer, sinon sur la bonne santé de notre démocratie représentative, du moins sur l’enthousiasme et l’envie de gagner qui habite nos élus locaux !

L. V.

Beauté fatale, esthétique toxique…

17 avril 2022

« La beauté gagne quelquefois à être regardée de loin », disait, avec philosophie et, probablement, une certaine expérience, le poète romantique britannique Byron, mort à 36 ans en tentant de participer à la guerre d’indépendance des Grecs alors sous le joug de l’empire ottoman. C’est en tout cas le parti pris esthétique d’un reportage de la réalisatrice Anne-Lise Carlo, intitulé Toxic tour et diffusé sur Arte. De courtes interviews de témoins locaux, géographes ou biologistes, qui connaissent bien les lieux, et de nombreuses vues aériennes par drones qui montrent, de loin, de drôles de paysages à la beauté sublime.

Six magnifiques cartes postales sur papier glacé de lieux aux couleurs éclatantes, mais qu’il vaut mieux en effet regarder de loin. Car ces sites enchanteurs à la beauté fatale ne sont en réalité que des lieux ravagés par l’activité industrielle humaine qui y a stocké ses déchets les plus toxiques en pleine nature, sans réels égards pour la biodiversité qui s’y trouvait…

Vue aérienne du site de stockage de boues rouges à Mange Gari (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Et bien évidemment, l’un de ces sites emblématique de cette tournée toxique n’est autre que le bassin de stockage des boues rouges de Gardanne à Mange Gari, à deux pas de chez nous… Certes, les images vues du ciel sont envoûtantes, avec cette étendue rouge Colorado qui tranche admirablement avec le vert tendre des forets de pins d’Alep, le tout sous le soleil éclatant de Provence, avec la Montagne Sainte-Victoire en arrière-plan.

Le géographe Olivier Dubuquoy, contempteur des boues rouges de Gardanne (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Mais celui qui fait les honneurs de cette visite, le géographe Olivier Dubuquoy, n’a pas de mots assez durs pour critiquer la beauté toxique de ces immenses bassins de stockage qu’il dénonce depuis des années, lui que les écologistes avaient d’abord désigné comme tête de file pour les élections régionales de 2021 en PACA, avant de l’exclure du parti EELV pour sa volonté de rassemblement unitaire à gauche.

Ces boues rouges, qu’un porte-parole de Péchiney, ancien propriétaire de l’usine d’alumine de Gardanne, toute proche, décrit comme étant simplement de la « terre rouge », totalement inoffensive et purement locale, sont les déchets de la transformation de bauxite importée en alumine, après attaque chimique à la soude selon le procédé Bayer, produits à raison de 3 tonnes de boues rouges pour 2 tonnes d’alumine extraite.

Un lac couleur Colorado qui renferme de nombreuses substances toxiques (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Oliver Dubuquoy insiste, pour sa part, sur la caractère toxique de ces boues rouges, sous-produit industriel faiblement radioactif mais surtout riche en métaux lourds : fer, nickel, titane, chrome, vanadium, cadmium, arsenic, mercure et on en passe… Un cocktail guère appétissant et que tout le voisinage inhale contre son gré lorsque, les jours de mistral, le vent soulève des nuages de poussière qui viennent se déposer sur les maisons de Gardanne et des villages voisins, recouvrant tous les potagers alentours de fines particules dont l’accumulation est potentiellement cancérigène…

Un paysage de mort autour des bassins de stockage des boues rouges (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Une situation qui n’est pas sans rappeler celle d’autres sites similaires en Europe, issus aussi de l’activité industrielle, et en particulier celle du Rio Tinto, ce fleuve côtier espagnol qui traverse la ville de Huelva en aval d’une zone minière exploitée de manière particulièrement intensive depuis l’antiquité romaine pour ses ressources en cuivre, plomb, or, argent, zinc. Une activité minière multiséculaire qui a culminé en 1973 avec le rachat au gouvernement espagnol et pour une bouchée de pain de l’ensemble des activités minières de la région par la société nouvellement créée sous le nom de Rio Tinto par l’industriel britannique Hugh Matheson, avec l’aide de la Deutsche Bank. Passée en 1888 sous le contrôle de la famille Rothschild, cette société s’illustra notamment la même année par la répression féroce qui fit plus de 200 morts parmi les habitants de la région qui protestaient en vain contre la pratique de la calcination à l’air libre de la pyrite, laquelle provoquait des émanations permanentes de fumées toxiques très nocives.

Exploitation à ciel ouvert avec son eau rouge sang dans le secteur minier de Rio Tinto (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

C’est d’ailleurs cette même société Rio Tinto qui a racheté en 2007 le groupe canadien Alcan, devenant ainsi le premier producteur mondial d’aluminium, et récupérant au passage l’usine d’alumine de Gardanne créée initialement par Péchiney. Et depuis 2015, l’activité minière a repris sur le site de Rio Tinto où se poursuit le grignotage de pans entiers de montagne tandis que l’on remplit d’immenses bassins de décantation renfermant des eaux aux couleurs étranges retenues par des digues dont la rupture entrainerait une véritable catastrophe écologique comme on en a connu récemment en Hongrie et au Brésil dans un contexte comparable.

Bassins de décantation de la mine de Rio Tinto (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Le fleuve lui-même est désormais connu pour la couleur rouge sang de ses eaux. Une coloration tout sauf naturelle qui constitue même une attraction touristique pour ceux qui viennent rechercher dans ce paysage dévasté par des siècles d’exploitation minière à outrance, une sensation vaguement martienne… Cette couleur de mercurochrome est en réalité due à des bactéries qui vivent dans des milieux extrêmes, comme celui de ce fleuve totalement impropre à toute autre vie piscicole avec ces eaux acides dont le pH oscille entre 1,7 et 2, et ses concentration énormes en fer et autres métaux lourds toxiques…

Le biologiste Lucas Barero, devant le Rio Tinto aux eaux de sang… (source © extrait vidéo Toxic tour / Arte)

Une ambiance surréaliste que l’on retrouve sur les autres sites évoqués dans ce reportage étrange illustré aussi par une immense mine de lignite en Allemagne, un lac de Roumanie où un ancien village prospère a été englouti sous les eaux issues d’une des plus grande exploitation minière de cuivre d’Europe, une plage italienne où se rejettent les eaux de process de l’usine Solvay et même les loups qui se baladent dans le secteur contaminé par l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Autant de sites à la beauté étrange qu’il vaut mieux regarder de loin, selon les conseils du poète perspicace…

L. V.

Alteo renonce définitivement à l’aluminium

7 avril 2022

L’usine d’alumine de Gardanne, la première au monde à avoir mis en œuvre, lors de sa mise en service en 1894, le procédé industriel Bayer, qui permet d’obtenir de l’hydrate d’alumine à partir du minerai de bauxite moyennant un traitement de cheval à base de soude concentrée à haute température, vient donc de renoncer définitivement à exploiter ce procédé sur son site.

Vue aérienne de l’usine Alteo à Gardanne (photo © Alteo / La Tribune)

Et ceci malgré les hauts-cris du député local, François-Michel Lambert, qui, depuis décembre 2019, en appelle ni plus ni moins qu’à la nationalisation de l’usine pour sauver ce qu’il considère relever d’un patrimoine industriel vital. Une position qu’il vient de renouveler dans un courrier adressé ce mercredi 30 mars 2022 au Premier ministre Jean Castex, dans lequel il demande à l’État, sinon de déclarer la mobilisation générale, du moins de « prendre le contrôle du site de production d’alumine de Gardanne ». Une position que le député défend au regard de la situation internationale, mettant en avant le fait que la Russie est l’un des principaux pays exportateur d’aluminium vers l’Europe en général et la France en particulier, ce qui ne peut que rendre notre industrie nationale, aéronautique notamment, particulièrement vulnérable en cette période de fâcherie avec la Russie pour cause d’invasion de son voisin ukrainien.

Fin 2019, le sujet était déjà brûlant alors que l’usine d’Alteo, passée successivement de Péchiney à Alcan puis Rio Tinto et aux mains, depuis 2012, du fonds d’investissement américain HIG Capital Europe, se déclarait brusquement en faillite, histoire de dramatiser les enjeux liés à la poursuite des subventions pour mettre enfin aux normes ses rejets en mer d’effluents industriels quelque peu toxiques pour l’écosystème. Sur les 8 repreneurs qui s’étaient alors alignés, deux seulement avaient fini par faire une offre et c’est celle du groupe franco-guinéen de transport et de logistique United Mining Supply International (UMSI) qui l’avait emporté début 2021. Une entreprise aux capitaux guinéens et chinois, rattachée au consortium SBM-Winning, lequel exploite, aux côtés de l’État guinéen, du Chinois Shandong Weiqiao et de l’armateur singapourien Winning Shipping Ltd, le plus gros gisement de la République de Guinée, avec une production annuelle de 42 millions de tonnes de bauxite.

Poudre blanche d’alumine stockée sur le site de Gardanne (photo © Alteo / Actu-Environnement)

Contrairement à l’offre concurrente présentée par l’ancien directeur des opérations de l’usine Péchiney qui souhaitait maintenir sur site la production d’alumine, UMSI a choisi de stopper définitivement, fin mars 2022, la transformation locale de bauxite en alumine selon le fameux procédé historique de l’Autrichien Bayer. Une décision lourde de conséquence pour les 484 employés de l’usine puisque près d’une centaine d’entre eux se retrouvent ainsi privé de leur fonction.

Mais une décision incontestablement favorable à l’impact environnemental du site dans la mesure où c’est cette étape de transformation de la bauxite en alumine qui est la plus polluante, à l’origine de la formation de ces fameuses boues rouges dont on ne sait trop que faire, riches en soude résiduelle mais aussi en fer et en métaux lourds divers, et que l’on a longtemps entreposées dans différents vallons de la périphérie marseillaise avant de les rejeter purement en simplement en mer, au cœur des calanques.

D’énormes investissements publics, apportés notamment par l’Agence de l’Eau, ont donc été engagés sur ce site depuis des années pour arriver à séparer, au moyens de filtres-presse, les effluents liquides de ces boues rouges et à retraiter ces eaux de process avant de les rejeter en mer, en respectant enfin, moyennant quelques dérogations successives, les normes environnementales. Sauf que les résidus solides issus de ce traitement coûteux n’ont jamais réussi à être valorisés de manière industrielle. Commercialisés sous le joli nom de Bauxaline®, on espérait en faire un matériau miracle que les terrassiers allaient s’arracher pour s’en servir de couverture étanche des anciennes décharges d’ordures ménagères ou pour constituer les assises de remblais routiers.

Utilisation de Bauxaline® en terrassement routier (source © Alteo)

Seulement voilà, il est apparu que la radioactivité résiduelle de ces déchets industriels faisait sonner les portiques de contrôle et rendait l’usage du matériau malvenu sur les chantiers. Rejeté pour cette raison des anciennes décharges locales d’Entressen et du Mentaure (à la Ciotat, celle où s’était illustré un certain Alexandre Guérini, lourdement condamné depuis et dont la peine de prison ferme vient d’être confirmée en appel), le produit a également été interdit d’usage, sur la base d’arrêté préfectoraux, en janvier 2019, sur le chantier de dépollution d’une ancienne usine sidérurgique de Bayonne. Un coup dur pour Alteo qui voit donc s’accumuler sur son site de Mange-Gari, des tonnes de sous-produits peu appétissants qui empoisonnent la vie du voisinage à chaque fois que le vent provoque des envols de poussière rouge…

Dans un tel contexte, la décision du nouveau propriétaire de stopper cette production dans un environnement aussi sensible relevait donc du bon sens et l’on ne peut que s’étonner de voir un ancien écologiste comme François-Michel Lambert s’y opposer avec autant de force. Il est vrai que cet ancien responsable logistique de Pernod-Ricard, né à La Havane, et spécialiste de l’économie circulaire, a suivi un parcours politique assez sinueux, changeant à de multiples reprises de parti.

Le député François-Michel Lambert (photo © GoMet)

Oscillant entre Génération Écologie, Europe Écologie les Verts (étiquette sous laquelle il a été élu député de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône en 2012), puis le Front démocrate, l’Union des Démocrates et des Écologistes, LREM (qui lui permet d’être réélu en 2017) et désormais Libertés et Territoires, M. Lambert fait preuve d’une grande souplesse idéologique et justifie sa position par son souhait, tout à fait louable, de préférer conserver en France, moyennant un contrôle environnemental fort et des aides publiques massives, une industrie lourde et polluante mais nécessaire au tissu industriel national, plutôt que de voir cette activité se délocaliser dans un pays moins regardant sur le plan des normes environnementales.

Il ajoute donc désormais à cette position de fond un autre argument d’ordre stratégique en considérant que cette nouvelle orientation d’Alteo revient à abandonner définitivement la possibilité de fabriquer de l’alumine en France, étape indispensable pour la production de l’aluminium (encore produit en France dans les usines de Saint-Jean-de-Maurienne et de Dunkerque). De fait, l’Australie est désormais le principal producteur d’alumine, devant la Chine et l’Amérique du Sud, cette alumine servant pour l’essentiel à produire de l’aluminium (par électrolyse) et, pour 10 % environ, destiné à ces alumines de spécialité qui ont fait la renommée du site de Gardanne.

Vue aérienne de l’usine de production d’aluminium à Saint-Jean-de-Maurienne, fondée en 1907 (source © Trimet)

En se recentrant sur l’affinage d’alumine importée en vue de réaliser uniquement les produits de spécialité à haute valeur ajoutée nécessaires à la production de céramiques, produits réfractaires et autres verres spéciaux utilisés dans les smartphones et écrans plats, et que la Commission européenne a inscrit sur la liste des composants stratégiques, Alteo se prive ainsi de toute possibilité de poursuivre sur le sol national la production d’alumine désormais entièrement importée. Un nouveau renoncement qui risque d’affaiblir encore la capacité industrielle nationale…

L. V.

Poisson d’avril : Martine Vassal porte plainte !

5 avril 2022

Décidément, la présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal, n’a aucun sens de l’humour… Il faut dire que les temps sont durs pour celle à qui tout souriait il y a peu, qui se voyait déjà dans le fauteuil de Maire de Marseille et qui en est réduite à demander l’asile politique à Emmanuel Macron, après s’être retrouvée empêtrée dans le désastre d’une métropole en lambeaux.

Voilà qu’elle vient maintenant de se fâcher tout rouge parce qu’un petit plaisantin a eu l’idée saugrenue d’annoncer sur les réseaux sociaux la gratuité des transports en commun sur l’ensemble de la Métropole à compter du 1er septembre 2022. Postée le 1er avril 2022 sur Twitter par le mouvement citoyen pour l’environnement Action Non Violente – COP 21, l’annonce était bien évidemment un poisson d’avril. Mais il n’a pas du tout fait rire Martine Vassal, d’autant que l’annonce, qui reprenait à s’y méprendre la charte graphique de la Métropole, a fait le buzz et a été consultée plus de 15 000 fois dans la journée.

Faux-communiqué publié le 1er avril 2022 par l’ANV-COP 21 (source © Marsactu)

Il faut dire que la promesse était crédible dans un territoire qui a été l’un des premiers en France à mettre en œuvre la gratuité des transports en commun et ceci dès 2009 sur le périmètre de l’ancien Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Une mesure toujours en vigueur et qui fait le bonheur des Aubagnais dont la fréquentation des transports en commun a triplé depuis, et qui s’apprêtent désormais à accueillir le vieux serpent de mer qu’est la future liaison Val’Tram dont la Métropole vante justement le projet sur tous les abribus de la ville…

Information (véritable) de la Métropole concernant le projet de Val’Tram (source © Twitter / AMP)

Seulement voilà, Martine Vassal qui inonde tout le territoire métropolitain de sa propagande incessante n’apprécie pas vraiment que d’autres s’expriment à sa place, surtout pour des promesses aussi populaires, elle qui ne rechigne pourtant pas à promettre la lune à ses concitoyens, du moins en période électorale. La Métropole s’est donc immédiatement fendue d’un communiqué de presse dénonçant vigoureusement ce poisson d’avril qu’elle qualifie de « fake news », Martine Vassal annonçant carrément sa volonté de porter plainte contre cette initiative qu’elle considère comme un véritable crime de lèse majesté.

Face à cette facétie plutôt bon enfant, on reste pantois devant les termes employés par la Présidente de la Métropole qui considère que « ces militants de la cause environnementale ont, à dessein, détourné le logo de l’institution, sa charte graphique, et usurpé l’identité de sa présidente, pour lui faire tenir des propos totalement fictifs et mensongers ». Il faut dire en effet que le message diffusé était assorti d’un commentaire faussement attribué à Martine Vassal qui se réjouissait de cette « mesure importante pour le pouvoir d’achat sur notre territoire ». Des propos mensongers donc, que bien évidemment jamais Martine Vassal n’aurait pu prononcer : dont acte.

Réaction imaginaire de Martine Vassal selon l’ANV-COP 21 (source © Actu)

On reste néanmoins interloqué par la véhémence du communiqué de presse de la Métropole, affirmant qu’« il s’agit, de fait, d’un document qui tombe sous le coup de la loi contre la manipulation de l’information de décembre 2018 » et qui « manifeste une volonté de déstabilisation politique flagrante dans un contexte de campagne électorale, à une semaine du premier tour de la présidentielle », rien de moins !

On ne savait pas Martine Vassal engagée à ce point dans la campagne présidentielle en cours, elle qui avait refusé son parrainage aux multiples prétendants, et on a du mal à imaginer en quoi ce poisson d’avril ironique serait de nature à rebattre les cartes politiques nationales. En revanche, on s’étonne que Martine Vassal n’ait pas fait le lien entre ce communiqué iconoclaste et une tentative de déstabilisation en provenance directe du Kremlin dans le contexte de bras de fer international dont la population ukrainienne fait les frais.

De fait, elle s’inquiète plutôt du modèle économique qui se profilerait derrière cette velléité de gratuité des transports publics. Selon elle en effet, « instaurer la gratuité des transports en commun sur l’ensemble des 92 communes du territoire métropolitain est tout simplement intenable d’un point de vue budgétaire pour l’institution. Cela représenterait un montant d’au moins 200 millions d’euros par an ». Un argument que l’association citoyenne ANV-COP 21 réfute, arguant de l’impact très positif de cette mesure sur le secteur d’Aubagne et estimant que cette réaction démesurée de la Métropole cache mal sa fébrilité sur ce sujet majeur de la mobilité métropolitaine pour laquelle « c’est une action d’ensemble qui est attendue sur tous les aspects de la mobilité en améliorant le maillage du territoire en lignes de transports en commun, en augmentant la fréquence et la fiabilité des lignes, et en développant de véritables infrastructures pour favoriser l’usage quotidien des modes actifs ».

Un débat de fond donc entre deux conceptions assez divergentes et qui mérite sans doute mieux que cette réaction outrée et cette menace de plainte de la part d’une Martine Vassal aux abois. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’une fois la colère retombée, cette dernière se rende compte qu’elle risque de se ridiculiser en poursuivant ainsi ce mouvement citoyen devant les tribunaux pour un simple poisson d’avril quelque peu impertinent. Même si l’association a incontestablement poussé le bouchon un peu loin, au risque de noyer le poisson et de pêcher par imprudence, un recours judiciaire de la Métropole risque de faire flop et de se finir en queue de poisson…

L. V.

Conseil de territoire : un enterrement de première classe…

12 mars 2022

Ce n’est un secret pour personne : la Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps et dans la douleur au 1er janvier 2016, malgré l’opposition frontale de la plupart des élus des 92 communes qui le composent, n’est pas au mieux de sa forme… La nouvelle loi 3DS (qui signifie « différenciation, déconcentration, décentralisation et simplification », ça ne s’invente pas !), adoptée le 22 février 2022, à l’instigation de l’ancienne ministre des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, aussitôt recasée au Conseil Constitutionnel, prévoit notamment la fin des fameux Conseils de Territoires, appelés à disparaître définitivement le 1er juillet prochain.

Jacqueline Gourault en visite dans une école de Marseille aux côté de Benoït Payan en mai 2021 (source © Made in Marseille)

Ces entités qui n’existent nulle part ailleurs sont en fait des survivances des six anciennes intercommunalités qui préexistaient avant la mise en place de la Métropole. C’est le cas notamment du CT1 qui regroupe les 18 communes, dont Marseille, qui formaient l’ancienne communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Logiquement, cette structure aurait dû disparaître avec la constitution de la nouvelle Métropole en 2016, mais 6 ans après elle existe toujours même si plus personne ne sait très bien à quoi elle sert.

Martine Vassal, réélue à la tête de la Métropole en juillet 2020 malgré sa sévère défaite aux élections municipales, en a même renforcé les compétences. C’est par exemple le CT1 qui continue à gérer la piscine de Cassis mais c’est lui aussi qui gère la distribution de l’eau potable ainsi que l’assainissement, la voirie ou encore la collecte des ordures ménagères, à se demander d’ailleurs à quoi peut bien servir la Métropole elle-même. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle ces Conseils de territoire sont enfin amenés à disparaître, d’autant que certains commençaient à trouver un peu étrange que l’essentiel des service publics de grosses agglomérations comme Aix-en-Provence et Marseille soient entre les mains de maires de petites communes périphérique. C’est le cas notamment du CT1, qui regroupe plus de 1 million d’habitants et qui est présidé par Roland Giberti, élu à Gémenos qui compte 6137 paroissiens…

Roland Giberti, président du Conseil de territoire Marseille Provence (source © Le Méridional)

Du coup, à quelques mois de la disparition de ces derniers vestiges du passé, c’est une ambiance funèbre qui règne au sein de cette instance dont la dernière séance, lundi 7 mars 2022, ne restera guère dans les annales, d’autant que le Conseil métropolitain qui devait se tenir dans la foulée, jeudi 10 mars, n’a pas eu lieu, se résumant à une réunion du seul Bureau métropolitain, comme si cette Métropole à l’agonie et où tout est à reconstruire n’avait plus rien à se dire…

En l’absence de son président, Roland Giberti, officiellement souffrant, c’est le premier vice-président du CT1, le maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi en personne, qui a dû se coltiner d’animer cette séance qui s’est tenue en visio-conférence et que tout un chacun peut visionner sur le site du Conseil de territoire, mais qui ne donne pas une image très dynamique de notre démocratie locale. Entre cafouillages techniques, écho impromptu et mouvements erratiques de la caméra, aide en coulisse pour guider l’orateur souvent perdu et enchaînement mécanique des 87 délibérations en près de 2 heures, il faut vraiment être motivée pour suivre ces débats où se prennent pourtant les décisions qui concernent la vie quotidienne de toute l’agglomération marseillaise, de la Côte Bleu jusqu’à La Ciotat !

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, préside la séance du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

La séance commence d’ailleurs, comme par hasard, sur une première délibération, on ne peut plus macabre, puisqu’il y est question d’une convention avec la Faculté en faveur de la crémation des restes, en cas de don du corps à la Science. On croirait une blague de potache pour célébrer en grandes pompes l’enterrement programmé de ce défunt Conseil de territoire, mais la mine funèbre du maire de Carnoux prouve qu’il n’en est rien et que l’affaire est sérieuse, sinon capitale pour l’avenir de l’aire métropolitaine… De quoi alimenter l’humour noir de l’opposant Eric Semerdjian qui n’hésite pas à évoquer « un angle mort » tout en appelant de ses vœux un débat démocratique plus vif…

Eric Semerdjian, adjoint au maire de secteur des 4e et 5e arrondissements de Marseille (source capture d’écran © Marseille Provence)

Il faut dire que le spectacle de ces délibérations qui s’enchaînent et que Jean-Pierre Giorgi semble découvrir en séance sans avoir la moindre idée de ce qu’elles recouvrent, comme il le reconnaît d’ailleurs avec candeur, est assez pitoyable. Il en serait même risible si les enjeux financiers et humains qui en résultent n’étaient pas aussi importants… Certains élus s’en offusquent même à l’instar de Denis Rossi qui termine son intervention en regrettant que le président de séance n’ait pas écouté le moindre mot de ce qu’il venait d’exprimer !

Denis Rossi, délégué métropolitain à l’ANRU et à la politique de la ville (source capture d’écran © Marseille Provence)

La plupart des rapports de commissions sont évacués sans le moindre commentaire, certains des présidents de commission n’ayant strictement rien à dire, ou étant même carrément absents, à moins qu’ils n’arrivent tout simplement pas à brancher leur micro : un vrai dialogue de sourds ! Au point que l’élue écologiste marseillaise, Christine Juste, finit par accuser Jean-Pierre Giorgi de « bloquer les micros » pour l’empêcher de s’exprimer, ce à quoi le maire de Carnoux affirme qu’il « ne bloque pas ni ne débloque » : dont acte…

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, lors du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

Seuls quelques élus du Printemps Marseillais animent un peu le débat et montrent, contrairement au président de séance, leur véritable connaissance des dossiers, à l’exemple de Patrick Amico, l’adjoint au maire de Marseille en charge du logement, ou de l’élue EELV, Anne Meilhac, qui fustige longuement les retards et les coûts pharamineux du plan métropolitain pour développer les pistes cyclables. C’est le cas aussi de la déléguée marseillaise à l’environnement, Christine Juste, qui s’interroge sur les dysfonctionnements considérables en matière de gestion des ordures ménagères et s’attire les foudres de Roland Mouren, le maire de Châteauneuf-les-Martigues, justement chargé de la collecte des déchets sur le territoire et qui s’est retrouvé en première ligne durant les grèves récentes à répétition qui ont ravagé le centre-ville de Marseille des mois durant.

« Ne me demandez pas en quoi ça consiste, je n’en sait strictement rien » n’hésite pas à avouer benoîtement le maire de Carnoux en mettant aux votes les délibérations. De là à penser que nos élus votent n’importe quoi, il y a un pas qu’il ne faudrait évidemment pas franchir !

L. V.

Lionel Royer-Perreaut, l’anguille qui aime la soupe…

10 février 2022

L’affaire a fait grand bruit dans le Landerneau politique marseillais : ce mercredi 9 février 2022, Lionel Royer-Perreaut, maire LR des 9e et 10e arrondissements, annonce dans La Provence sa décision de quitter Les Républicains et de soutenir Emmanuel Macron pour les prochaines présidentielles. Lui qui déclarait fièrement il y a moins d’un mois dans les colonnes du même journal « Je soutiens Valérie Pécresse depuis le début », précisant même qu’elle était « la candidate de synthèse par excellence », a donc changé d’avis à deux mois seulement du premier tour de l’élection présidentielle, alors même que la candidate LR reste plutôt bien placée dans le trio de tête des challengers de ce scrutin.

Lionel Royer-Perreaut, annonce son départ du parti LR (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Une telle annonce qui fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la droite marseillaise est d’autant plus étonnante que Lionel Royer-Perreaut avait été en 2020 le maire de secteur le mieux élu de toute les listes LR, avec 45,5 % des suffrages exprimés au deuxième tour, loin devant la liste emmenée par Aïcha Sif pour le Printemps marseillais et celle du Rassemblement national menée par Éléonore Bez. Depuis, il avait tendance à se pousser du col et à se positionner en poids lourd de l’opposition LR au sein du Conseil municipal, monopolisant volontiers la parole avec ses discours sentencieux et moralisateurs, là où l’ancienne tête de liste LR, Martine Vassal, se montrait plutôt discrète lors des débats municipaux.

Élu à la Métropole Aix-Marseille-Provence, il s’y était arrogé le poste de deuxième vice-président du Conseil de Territoire Marseille Provence, délégué à l’habitat et au logement, laissant néanmoins la place de premier vice président au maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, par politesse sans doute. Réélu en 2021 au Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, en tandem avec sa présidente sortante, Martine Vassal, il hérite, là aussi d’un poste de vice-président, délégué cette fois aux relations internationales et au rayonnement du territoire marseillais, un beau tremplin pour un responsable politique ambitieux qui commence à lorgner sérieusement sur la mairie de Marseille.

Lionel Royer-Perreaut, préside depuis 2020 la SOLEAM, dont l’action a été critiquée par la Chambre régionale des Comptes (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le maire de secteur a aussi été porté le 4 novembre 2020 à la présidence de la SOLEAM, alors qu’il présidait déjà, parmi de nombreuses autres institutions, l’office public de l’habitat départemental 3 Habitat. Pas forcément très connue du grand public, la Société publique locale d’aménagement de l’aire métropolitaine (SOLEAM) dont sont membres, outre la Métropole et la Ville de Marseille de nombreuses collectivités locales dont Cassis, Aubagne, La Ciotat ou encore Gémenos, compte une soixantaine de collaborateurs et pilote pour le compte de la Métropole de nombreux aménagements de ZAC et des opérations de renouvellement urbain, avec un bilan mitigé. Son intervention sur le projet de requalification de la place Jean Jaurès à Marseille avait notamment mis le feu à tout le quartier de La Plaine, déclenchant une véritable guerre de tranchée des riverains, au point qu’il avait fallu ériger un mur pour protéger le chantier…

Lionel Royer-Perreaut, qui jadis, en décembre 2009, était venu introduire une conférence organisée à Carnoux par le Cercle progressiste carnussien sur le projet de Parc national des Calanques, est donc unanimement considéré comme un pilier de la droite LR marseillaise, dans ses bastions du Département et de la Métropole, comme dans son rôle d’opposition municipale. D’où l’émoi causé par cette annonce fracassante de quitter brusquement les rangs des Républicains en pleine campagne électorale.

En 2020, l’entente cordiale entre Guy Tessier, Martine Vassal et Lionel Royer-Perreaut pour l’élection du maire de Marseille… (source © Made in Marseille)

En 2020 déjà, son positionnement avait surpris certains lorsqu’il avait joué des coudes pour obtenir l’investiture LR comme tête de liste dans le 5e secteur des municipales marseillaise, à l’issue d’un combat qualifié de « violent et douloureux » contre Guy Tessier qui était pourtant le candidat naturel à cette place. Une guerre fratricide d’autant plus âpre que Guy Tessier était le mentor de Lionel Royer-Perreaut. C’est lui qui l’avait pris sous son aile comme assistant parlementaire en 1995 alors que le jeune Royer-Perreaut, âgé de 21 ans seulement, venait de vivre l’assassinat de la député FN puis UDF, Yann Piat, dont il était attaché parlementaire. Réélue en mars 1993 et membre de la commission d’enquête contre la mafia à l’Assemblée Nationale, la députée envisageait de se présenter aux municipales à Hyères-les-Palmiers, dans le Var, lorsqu’elle avait été sauvagement assassinée par deux hommes à moto, le 24 février 1994.

Le 1er mars 1994, lors des obsèques de la député assassinée Yann Piat (photo © MaxPPP/ France TV info)

Pendant plus de 15 ans, Lionel Royer-Perreaut a fait toute sa carrière politique dans le sillage du député Guy Tessier dont il est devenu suppléant à l’Assemblée Nationale en 2007 et qu’il avait déjà remplacé comme maire de secteur en 2014, lorsque Guy Tessier était devenu président de la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole.

En avril 2014, le député Guy Tessier laisse à son adjoint Lionel Royer-Perreaut le fauteuil de la mairie de secteur où il siégeait depuis 31 ans (source © La Provence)

Mais en 2020, Lionel Royer-Perreaut était carrément sorti de ses gonds lorsque, à l’occasion de l’élection du Maire de Marseille, Martine Vassal avait eu la lumineuse idée de proposer Guy Tessier comme candidat, espérant le faire élire au bénéfice de l’âge et avec l’appui discret des élus du Rassemblement national. Ce qui n’avait pas empêché Royer-Perreaut de se représenter quelques mois plus tard en tandem avec Martine Vassal pour se faire réélire, bras dessus, bras dessous, au Conseil départemental…

Affiche de campagne de Lionel Royer-Perreaut et Martine Vassal lors des élections départementales en 2021 (source © Comité femmes Marseille 9/10)

Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser cet homme de droite aux convictions libérales solidement chevillées, à claquer ainsi la porte de sa famille politique en pleine bataille électorale ? Pour le comprendre, il ne faut pas oublier qu’une élection peut en cacher une autre : alors que toute l’attention des Français est braquée sur les présidentielles à venir, les responsables politiques, eux, ne pensent qu’aux législatives qui se profilent dans la foulée. Or, dans la sixième circonscription des Bouches-du-Rhône, un fief imperdable pour la droite qui comprend les 9e, 10e et 11e arrondissement de Marseille, c’est Didier Réault qui a été investi par le parti LR pour les prochaines législatives, avec l’inamovible Guy Tessier comme suppléant. Une véritable claque pour Lionel Royer-Perreaut qui est donc aussitôt aller frapper à la porte d’en face, celle de la République en marche, laquelle, ça tombe bien, a toutes les chances, au vu des sondages qui se succèdent depuis des mois, de faire réélire haut la main son champion, Emmanuel Macron. De surcroît, et là-encore ça tombe plutôt bien, le parti présidentiel a justement un peu de mal à trouver des candidats ancrés localement dans le paysage politique et connus des électeurs.

Lionel Royer-Perreaut entretient bien entendu encore un peu le suspens, pour la forme, mais nul ne doute désormais qu’il se présentera donc aux prochaine législatives sous l’étiquette de la future majorité présidentielle. Prudent, il préfère néanmoins laisser passer la présidentielle pour se dévoiler, sait-on jamais ? Quant à la cohérence de son positionnement politique qui risquerait de perturber légèrement certains de ses électeurs, cela ne semble pas trop l’inquiéter. Lui qui a tapé comme un sourd depuis 5 ans maintenant sur la politique menée par Emmanuel Macron, trouve désormais bien des qualités au Chef de l’État, jugeant qu’il a admirablement su gérer la crise sanitaire, sociale et économique qu’a traversé notre pays : une belle clairvoyance, certes un peu tardive, mais mieux vaut tard que jamais…

L. V.