Posts Tagged ‘Aire métropolitaine’

A Carnoux, les poissons sentent l’huile de friture…

25 février 2017

Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960.

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Tout laisse penser néanmoins qu’avant l’urbanisation de ce vallon, l’oued ne devait être en eau que pour de courtes périodes consécutives aux épisodes pluvieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la partie visible du cours d’eau, qui sert de fossé pluvial bétonné en contrebas de la route départementale RD 41E, entre le rond-point des Barles et la limite Est de la commune, coule désormais quasiment toute l’année, en dehors de quelques rares périodes sèches. Car le ruisseau a été transformé en exutoire pluvial de la ville de Carnoux : toutes les eaux plus ou moins souillées qui s’épandent sur la chaussée, y compris au niveau de la zone industrielle, mais aussi les vidanges de piscines et les pompages permanents d’exhaure finissent tous dans le ruisseau, sans le moindre traitement !

Sortie à l'air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Sortie à l’air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le cours d’eau, dans la partie où il s’écoule à l’air libre, à partir du rond-point des Barles, ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à un ruisseau, avec des eaux qui passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au gré des produits qui y ont été déversés par les habitants et les entreprises de Carnoux…

Durant toute la traversée de la ville le ruisseau est en effet purement et simplement busé, ce qui est bien commode pour éviter d’avoir à se poser trop de questions existentielles quant à ce qu’on y rejette. On voit ainsi, au gré du parcours du ruisseau, des huiles de vidange et des solvants qui sont versés directement par les « bouches d’égout » installées le long des bordures de trottoirs, mais qui en réalité communiquent directement dans le ruisseau.

Regard sur le réseau d'eaux pluviales le long de la place du marché

Regard sur le réseau d’eaux pluviales le long de la place du marché

Des travaux ont pourtant été fait tout récemment en vue du réaménagement du centre-ville et on pourrait penser que l’esplanade où se tient le marché de Carnoux deux fois par semaine est au minimum muni d’une bouche d’évacuation reliées au réseau qui permet d’évacuer les eaux usées vers la station de traitement (située à Marseille près du stade Vélodrome). Mais il semble bien que rien de tel n’ait été prévu et on peut voir les commerçants déverser leurs huiles de friture usagées directement dans le réseau d’eau pluvial via les regards protégés par les grilles en fonte le long de la rue, autrement dit directement dans le ruisseau qui coule en dessous !

blog400_phruisseauC’est bien dommage pour la qualité de l’eau du Merlançon et de l’Huveaune en aval, pour lequel sept communes se sont pourtant regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune qui pilote depuis 2015 un contrat de rivière doté d’un budget global de 18 millions d’euros en vue d’améliorer la qualité de ce milieu aquatique remarquable et d’en protéger les abords contre le risque d’inondation. La cohérence aurait voulu que la commune de Carnoux adhère au syndicat et participe à ce contrat de rivière dans une logique bien comprise de solidarité amont-aval.

Mais, comme à l’acoutumée, la municipalité a préféré joué les égoïstes et se soucie comme d’une guigne de ce qui se passe en aval de son territoire. Plutôt que de chercher à retenir autant que possible les eaux de ruissellement en amont et favoriser leur infiltration, elle bétonne à outrance, imperméabilise le moindre espace et élargit les tuyaux d’évacuation afin d’accélérer encore les flux qui iront inonder nos voisins en aval. Quant à la qualité des eaux qui alimentent l’Huveaune via le ruisseau de Carnoux, mieux vaut ne pas regarder de trop près ce qu’elles contiennent : assurément, les huiles de fritures que le vendeur de paëlla et ses collègues forains y déversent deux fois par semaine ne sont certainement pas les produits les plus nocifs qui s’y retrouvent ! Avis aux pêcheurs qui taquinent le goujon sur les berges de l’Huveaune : si le poisson sent un peu l’huile de friture, c’est qu’il baigne dans des eaux qui ont transité par le très buccolique vallon de Carnoux…

L.V.  lutinvert1small

Les Marseillais n’aiment pas pédaler pour aller au travail…

24 janvier 2017

Alors que l’on passe de plus en plus de temps pour les trajets domicile-travail, surtout dans une agglomération comme Marseille totalement saturée par la circulation automobile aux heures de pointe, voila une étude particulièrement instructive que vient de publier l’INSEE le 17 janvier 2017. Présentée de manière pédagogique et accessible au grand public, cette étude très fouillée explore notamment la part du vélo dans les trajets quotidiens pour aller travailler, et le résultat ne manque pas d’intérêt !

On y apprend ainsi, sans grande surprise, que les Français continuent à utiliser très majoritairement leur voiture pour aller travailler. Lorsque la distance entre le domicile et le lieu de travail dépasse 7 à 8 km, c’est à plus de 80 % la voiture qui est utilisée comme mode de transport, le reste des déplacements se faisant pour l’essentiel en transport en commun et, de manière marginale (2 % environ), en moto.

Part du mode de transport selon la distance domicile-travail effectuée par les actifs ayant un emploi (source INSEE)

Part du mode de transport selon la distance domicile-travail effectuée par les actifs ayant un emploi (source INSEE)

Plus surprenant : même lorsque le trajet domicile-travail est inférieur à 1 km, c’est encore la voiture qui est très majoritairement employée par près de 60 % des personnes ! Dans ce cas cependant, la marche devient un mode de déplacement nettement plus important puisqu’il concerne alors de l’ordre de 20 % des travailleurs, mais sa part dans les trajets quotidiens domicile-travail diminue fortement avec la distance pour disparaître quasi totalement au-delà de 4 à 5 km, au profit des transports en commun surtout : le goût de l’effort a ses limites…

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Et le vélo dans tout ça ? Sa part augmente légèrement avec la distance jusqu’à 4 km, représentant alors un pic de 4 % des travailleurs, puis elle chute de manière assez logique : au-delà de 15 km, seuls 0,5 % de sportifs invétérés continuent de se rendre chaque jour au travail en vélo… Mais de manière globale, seuls 1,9 % des actifs français se rendent quotidiennement à leur travail en vélo, soit à peu près la même proportion que ceux qui utilisent un deux-roues motorisé pour leurs trajets domicile-travail, loin derrière les transports en commun (utilisés par près de 15 % des Français pour aller travailler) et surtout la voiture qui concerne encore plus de 70 % de ces trajets, sans oublier la part de 5 % des actifs les plus heureux qui n’ont pas besoin de se déplacer pour aller travailler.

La bicyclette, bien que plus rapide que la marche à pied, plus souple que les transports en commun et plus économique que la voiture, a donc encore une large marge de progression pour convaincre les Français de son utilité. Une autre étude, réalisée par la Commission européenne et évoquée dans Le Monde, indique que pour les trajets quotidiens (au delà donc de ceux permettant de se rendre au travail), le vélo n’est utilisé que dans 2,8 % des cas en France alors que ce chiffre est de 7 % en moyenne dans l’Union européenne, dépasse 13 % en Allemagne et atteint même 31,2 % aux Pays-Bas…

La nouvelle image du jeune cadre dynamique ? (photo F. Dufour / AFP)

La nouvelle image du jeune cadre dynamique ? (photo F. Dufour / AFP)

Pour ce qui est des seuls trajets domicile-travail, les chiffres de l’INSEE montrent, sans surprise non plus, que le vélo est par excellence le mode de transport du cadre masculin travaillant en centre-ville dans une grosse agglomération urbaine. Ainsi, dans les villes de plus de 200 000 habitants, ce sont pas moins de 6 % des travailleurs qui utilisent la bicyclette pour aller travailler chaque jour, alors que ce pourcentage tombe à 1,2 % dans les communes isolées en dehors des agglomérations.

Même Paris ne fait pas exception à la règle, encore que la proportion de Parisiens allant travailler en vélo ne soit que de 4 %, nettement en deçà d’autres grandes villes comme Bordeaux, Toulouse ou bien sûr Strasbourg. Selon Le Parisien, cette proportion n’était que de 3 % en 2013, ce qui traduit malgré tout une belle progression.

Paris, la deuxième ville la plus embouteillée de France, derrière Marseille...

Paris, la deuxième ville la plus embouteillée de France, derrière Marseille…

En parallèle, le trafic routier a connu une chute spectaculaire de 30 % depuis 2001, grâce à une politique volontariste (et fortement critiquée par certains) de la Mairie de Paris. Désormais, un ménage sur deux à Paris ne possède plus de voiture individuelle. Il faut dire aussi que la vitesse moyenne effective de déplacement en voiture dans Paris ne cesse de diminuer, atteignant désormais tout juste les 15 km/h : un argument décisif qui réoriente massivement les Parisiens vers d’autres modes de déplacement parmi lesquels les transports en commun, la marche à pied et le vélo !

Mais l’étude de l’INSEE montre aussi de très grandes disparités régionales dans l’usage de la bicyclette pour aller travailler. Ainsi, dans le Bas-Rhin, ce sont plus de 6 % des habitants de l’ensemble du département qui vont travailler en vélo et cette proportion est surtout élevée dans les régions frontalières de l’Allemagne ou de la Belgique, ce qui montre l’importance du facteur culturel dans ces comportements individuels. Sans surprise, les Bouches-du-Rhône font partie des plus mauvais élèves avec seulement 1,2 % des déplacements domicile-travail qui se font en vélo…

L’INSEE pointe d’ailleurs l’agglomération Aix-Marseille comme la principale exception française puisque l’usage de la bicyclette pour aller travailler ne concerne que 1,5 % des actifs, comme se l’est fait confirmer Marsactu : on est très loin de la moyenne nationale de 6 % pour l’ensemble des grosses agglomérations urbaines ! Les études réalisées récemment sur les transports dans la métropole Aix-Marseille-Provence donnent même une image encore plus noire de la situation puisque, tous trajets confondus, la part du vélo dans les déplacements sur le territoire métropolitain tombe à 0,7 % ! Près de 40 % des déplacements les plus courts (moins de 3 km, soit moins de 15 minutes en vélo) se font en voiture, selon les observations figurant dans l’agenda métropolitain des transports.

Alors, le Marseillais serait-il incapable de pédaler ? On pourrait en douter au vu du nombre de cyclistes qui se déploient chaque week-end en rangs serrés le long de nos routes de campagne ! Le retard colossal pris par les communes en matière d’aménagement de pistes cyclables est sans doute un des facteurs expliquant ce moindre usage du vélo en ville, de même sans doute que le comportement belliqueux de nombre d’automobilistes locaux, peu désireux de partager l’espace urbain avec d’autres usagers plus vulnérables.

Vélos en libre service sur le Vieux Port à Marseille

Vélos en libre service sur le Vieux Port à Marseille

L’élu à la métropole en charge de la mobilité, Jean-Pierre Serrus, reconnaît bien volontiers le retard colossal accumulé en la matière. Le dernier agenda de la mobilité, voté par la Métropole en décembre 2016, est d’ailleurs très timide sur le sujet, se contentant pour l’essentiel de proposer que soit prolongé le système d’aides à l’achat de vélos à assistance électrique. Le Plan de déplacement urbain conçu par la Communauté urbaine de Marseille pour la période 2013-2023 prévoit la réalisation de 10 km de pistes cyclables, mais la Cour régionale des Comptes émet de forts doutes quant à la capacité de la collectivité à libérer effectivement le foncier nécessaire à leur aménagement.

On se souvient que la ville de Marseille avait reçu en 2013 le trophée peu glorieux du Clou rouillé décerné par la Fédération des usagers de la bicyclette. Depuis, la carte des pistes cyclables s’est un peu étoffée, mais il reste un long chemin à parcourir pour inciter davantage les habitants de la métropole à pédaler pour leurs trajets quotidiens…

L.V.  lutinvert1small

Que va devenir la Villa Méditerranée ?

21 janvier 2017

La Villa Méditerranée, c’est ce bâtiment bizarre, pourvu d’un immense porte-à-faux surmontant de 19 m un bassin en eau de 2000 m³, et qui trône sur l’esplanade du J4, juste à côté du MUCEM, sur le port de la Joliette à Marseille. C’est Michel Vauzelle, l’ancien président du Conseil régional PACA, qui a initié ce projet architectural destiné à abriter des conférences, des réunions et des expositions afin de « donner à tous des clés de compréhension sur la Méditerranée contemporaine ».blog383_phvillamediterranee

Le concours de maîtrise d’œuvre pour l’édification de ce bâtiment hors-norme a été remporté par l’architecte milanais Stefano Boeri et le chantier a débuté en 2010, pour un coût total évalué à 70 millions d’euros, financé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le bâtiment, inauguré en juin 2013, ne manque ni d’audace ni d’originalité avec une partie en sous-sol située à plus de 2 m sous le niveau de la mer, qui contient une vaste agora destinée aux expositions, un amphithéâtre de 400 places et deux salles de réunion, Le rez-de-chaussée propose quant à lui un atrium de 350 m2 où peuvent être projetées des images sur un mur de 25 mètres de long, ainsi qu’un café. Enfin, le niveau supérieur, qui avance en porte-à-faux au dessus du bassin et qui serait le plus long porte-à-faux (40 m) habité au monde, contient un plateau d’expositions de 760 m2 ainsi qu’un belvédère.

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Reste que ce bâtiment exceptionnel de par sa conception, n’a jamais vraiment prouvé son utilité en dehors de l’accueil d’événements ponctuels tels que conférences, débats, spectacles vivant, cinéma, assortis de rencontres avec des artistes et des experts de l’espace méditerranéen. Or l’entretien d’un tel paquebot, même ancré à terre, coûte cher à la collectivité : pas moins de 4,4 M€ par an, en comptant la rémunération des 40 salariés qui lui sont affectés de manière permanente.

Ce point a d’ailleurs été largement exploité lors de la dernière campagne électorale pour les régionales fin 2015 au cours de laquelle le nouveau président élu, Christian Estrosi, s’est engagé à se débarraser au plus vite de cet encombrant héritage. Las, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui avait imaginé un temps transformer le bâtiment en casino, a finalement renoncé et refuse de reprendre la patate chaude.

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Michel Vauzelle, de son côté, ne se résout pas à ce que ce fleuron architectural érigé en symbole de la coopération méditerranéenne, se transforme en vulgaire temple de la consommation et du jeu. Il se trouve que l’ancien chef de l’exécutif régional est toujours président de la délégation française auprès du Parlement de la Méditerranée et il a donc proposé tout naturellement à ce dernier de venir y installer son siège, basé pour l’instant sur l’île de Malte.

Il faut vraiment être initié pour connaître l’existence de cet obscure Assemblée parlementaire de la Méditerranée, une organisation interétatique régionale, bénéficiant du statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Créée en 2005 à l’occasion de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée et réunie pour la première fois en 2006 à Amman, en Jordanie, cette assemblée qui se réunit une fois par an rassemble des représentants des parlements de 25 pays riverains ou proches de la Méditerranée, dans le but de favoriser le dialogue et d’assurer la stabilité politique entre états méditerranéens. C’est l’un des uniques lieux où l’on débat régulièrement de la situation humanitaire en Syrie, du conflit isarélo-palestinien et du sort des migrants transméditerranéens, avec le succès que chacun peut constater…

blog383_logopamInterrogé récemment par Marsactu, son secrétaire général, Sergio Piazzi, a effectivement confirmé que la France avait proposé en décembre dernier que la Villa Méditerranée puisse accueillir le siège de cette institution. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité par le bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, mais doit maintenant être précisée dans le cadre d’un accord de siège, en cours de préparation par le ministère français des affaires étrangères, afin de préciser les conditions de mise à disposition du bâtiment.

Le deal est en effet très clair : ce sera à l’État français de prendre totalement à sa charge les coûts d’entretien du bâtiment, sans compter bien entendu ceux qui s’y ajouteront pour assurer la sécurité des diplomates. Bon prince, le Parlement de la Méditerranée accepte de prendre à sa charge les frais de chauffage et l’abonnement internet… Ceci dit, c’est le 23 février seulement que l’assemblée générale de l’institution se prononcera sur cette proposition.

Christian Estrosi, manifestement peu intéressé par cette solution à laquelle il affirme ne pas croire, a néanmoins accepté de laisser jusqu’à cette date à Michel Vauzelle pour tenter de faire aboutir cette piste qui permettrait à Marseille de s’affirmer comme un site majeur de la coopération avec les autres pays méditerranéens. Il faut dire qu’il a en tête un tout autre usage pour tenter de valoriser ce bâtiment, ainsi qu’il l’a annoncé début décembre. Après avoir imaginé successivement de le transformer non seulement en casino, mais aussi en cité du vin, en musée des séries voire en centre commercial (un de plus !), le président de la Région souhaite maintenant y implanter une réplique grandeur nature de la Grotte Cosquer !

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Découverte en 1985 près du cap Morgiou par le plongeur professionnel cassidain Henry Cosquer, mais déclarée en 1991 seulement, cette grotte dont l’entrée se situe désormais à 37 m sous le niveau de la mer, contient plus de 200 peintures rupestres datées de 27 000 ans pour les plus anciennes d’entre elles (des empreintes de main pour l’essentiel) et d’environ 19 000 ans pour les autres qui représentent un fabuleux bestiaire de chevaux, bouquetins, cervidés, bisons et aurochs, mais aussi pingouins, poissons et phoques.

Classée monument historique depuis 1992, cette grotte est bien entendu interdite d’accès et la tentation est grande d’en faire une reproduction pour en montrer la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille depuis quelques années déjà à ce projet d’une réplique de la grotte Cosquer et qui a convaincu le président de la Région PACA d’utiliser le sous-sol de la Villa Méditerranée comme écrin à une telle réplique, tandis que le belvédère en porte-à-faux servirait d’espace muséal.

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Il faut dire que la réplique de la grotte Chauvet, ouverte au public en avril 2015 près de Vallon Pont d’Arc, connaît un beau succès avec 590 000 visiteurs dès la première année, là où ses concepteurs en attendaient 300 000 seulement. « Si on arrive à attirer autant de monde au fin fond de l’Ardèche, on ne devrait pas faire moins dans une grande métropole touristique comme la ville phocéenne » affirme Christian Estrosi et pour une fois il paraît difficile de lui donner tort ! Reste que le projet coûterait quand même la bagatelle de 20 millions d’euros, pris en charge à parts égales par la Région et par un partenaire privé chargé de l’exploitation commerciale de l’équipement.

Alors, quid de l’avenir de la Villa Méditerranée : futur siège d’une organisation diplomatique oeuvrant au rapprochement politique entre pays riverains de la Méditerranée ou futur réplique d’une grotte ornée par nos lointains ancêtres du Paléolithique ? Réponse probablement d’ici fin février. Les deux projets ne manquent pas de panache ni d’intérêt et au moins l’édifice devrait-il ainsi échapper à sa transformation en abri pour bandits manchots et autres machines à sous…

L.V.  lutinvert1small

A Marseille, le point G du système clientéliste…

12 décembre 2016

blog368_phextraitcarteC’est un reportage réalisé par trois jeunes auteurs-réalisateurs marseillais, Fanny Fontan, Romain Fiorucci et Frédéric Legrand, diffusé le 28 novembre 2016 dans l’émission Qui sommes nous ?, qu’il faut absolument visionner tant qu’il est encore disponible sur le site de France 3 Côte d’Azur. Un documentaire décapant, joliment intitulé « Le système G », en référence au clientélisme marseillais fortement développé par Gaston Deferre mais dont le successeur Jean-Claude Gaudin et son adversaire politique Jean-Noël Guérini se sont très largement inspirés pour le poursuivre voire l’amplifier.

Basée sur de nombreuses images d’archives et ponctuée par les témoignages d’une quinzaine d’acteurs locaux, élus, syndicalistes, militants associatifs ou universitaires, l’enquête est une plongée dans les turpitudes de la vie politique marseillaise mais avec une volonté de comprendre et d’expliquer qui en font un document très pédagogique et vivifiant.

Simon Sabiani

Simon Sabiani

Le reportage revient longuement sur la genèse de ce clientélisme à la marseillaise développé en particulier par Simon Sabiani qui fut premier adjoint de la ville à partir de 1929 et qui a organisé méthodiquement l’intimidation et la fraude électorale en s’appuyant sur ses « phalanges prolétariennes », véritables milices fascistes encadrées par deux figures notoires du grand banditisme, Paul Carbone et François Spirito.

Mais c’est le résistant socialiste Gaston Deferre qui installera le système dans toute sa splendeur. S’étant rendu maître, les armes à la main et avec l’aide d’une petite troupe de truands locaux, du siège du Petit Provençal, le journal collaborateur local, il s’appuie sur cet organe de presse devenu Le Provençal, pour conquérir la mairie et s’installer dans le fauteuil de maire en 1953 jusqu’à sa mort en 1986. A l’époque, les communistes représentent plus du tiers de l’électorat marseillais alors que le groupe socialiste de Gaston Deferre est très minoritaire à gauche. Qu’à cela ne tienne : il s’allie avec la droite en jouant sur la peur du communisme en cette période où la guerre froide bat son plein.

Gaston Deferre aux côtés de François Mitterrand en 1982 (photo AFP)

Gaston Deferre aux côtés de François Mitterrand en 1982 (photo AFP)

C’est d’ailleurs le point que met en avant le reportage : à Marseille, peu importe les idéologies, l’essentiel est de conquérir le pouvoir et de le conserver. Jean-Claude Gaudin sera élu en 1965 sur la liste conduite par Gaston Deferre et mettra en œuvre les mêmes recettes lorsqu’il conquerra à son tour la mairie en 1995, après l’intermède de Robert Vigouroux, présenté dans le film comme un véritable extraterrestre qui cherche à donner à la ville un nouvel élan en impulsant le projet Euroméditerranée mais qui ne sera pas réélu faut d’avoir su entretenir le réseau clientéliste local.

Jean-Claude Gaudin, en revanche, est tombé dans la marmite tout petit et poursuit avec bonheur la pratique de la cogestion avec le syndicat FO, tout puissant dans les services municipaux, de par la volonté de Gaston Deferre qui l’avait imposé pour affaiblir la CGT. La menace communiste a disparu depuis belle lurette, mais Gaudin continue à s’appuyer sans vergogne sur ce clientélisme syndical, allant jusqu’à se faire nommer membre d’honneur du syndicat en 2014 et déclarant devant la caméra : «  Aujourd’hui, il serait difficile d’accentuer le clientélisme. Par contre, vous avez la possibilité de recruter un certain nombre de personnes de votre choix, et ça, tout le monde l’a fait ». On ne saurait être plus clair en effet…

Réunion de syndicalistes de Force Ouvrière à Marseille en octobre 2016 (photo ©  J. Vinzent / Marsactu)

Réunion de syndicalistes de Force Ouvrière à Marseille en octobre 2016 (photo © J. Vinzent / Marsactu)

A Marseille, peu importe les idées politique et l’intérêt général : on s’arrange. Le documentaire insiste en particulier sur la fracture entre quartiers sud et quartiers nord de Marseille, là où l’on a construit à tour de bras pour loger les 300 000 nouveaux habitants, notamment pieds-noirs et harkis, venus grossir la ville entre 1950 et 1965, pour le plus grand profit de ceux qui étaient propriétaires de ces terrains. A chacun sa clientèle électorale et tant pis si ces nouveaux quartiers manquent d’équipements publics et s’il faut attendre la fin des années 1970 pour y installer le tout-à-l’égout. L’important est de s’assurer, par une distribution judicieuse des logement sociaux et des emplois, que chacun vote correctement, quitte à y ajouter un peu d’intimidation si besoin. Ici, on ne cherche pas à améliorer la vie sociale, on s’assure le maintien au pouvoir et on achète la paix sociale…

Lisette Narducci rejoint Jean-Claude Gaudin lors des municipales de 2014

Lisette Narducci rejoint Jean-Claude Gaudin lors des municipales de 2014

Même l’affrontement entre gauche et droite n’est souvent qu’un spectacle de façade. Renaud Muselier en fera les frais en 2008 et se faisant souffler la présidence de la communauté urbaine de Marseille malgré sa confortable avance électorale, grâce à une alliance objective de nombreux maires de droite avec le président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, le socialiste Jean-Noël Guérini, alors au fait de sa puissance et dont les services arrosaient alors à tour de bras. On voit d’ailleurs dans le documentaire ce même Guérini, revendiquant fièrement devant les caméras : « J’assume totalement le mot clientélisme ». De même, on verra lors des dernières élections municipales de 2014, une proche de Jean-Noël Guérini, Lucette Narducci, rejoindre carrément la liste de Jean-Claude Gaudin pour se faire élire maire de secteur.

On conçoit que dans un tel contexte, la population n’ait pas une grande estime envers les élus politiques locaux et que les taux d’abstention aux élections atteignent des sommets, pour le plus grand bénéfice d’ailleurs de ceux qui se chargent d’en orienter le résultat : moins l’on vote, moins il y a de voix à acheter pour peser efficacement sur les élections !

La sénatrice Samia Ghali et son mari Franck Dumontel

La sénatrice Samia Ghali et son mari Franck Dumontel

Les récents déboires avec la justice de la sénatrice Samia Ghali, relayés notamment par des articles publiés par Marsactu et Médiapart, montrent en tout cas que les nouvelles générations ne sont pas exemptes de dérive clientéliste, comme l’avait déjà mis en évidence l’affaire de corruption qui a abouti à la condamnation définitive de Sylvie Andrieux, accusée d’avoir versé entre 2005 et 2008 pour 700 000 € de subventions régionales pour des fins électorales à des associations fictives et qui vient tout juste de démissionner enfin de son poste de députée, le 9 décembre 2016.

Comme l’avait déjà révélé le journaliste Xavier Monnier dans son livre Les Nouveaux Parrains de Marseille (Fayard, septembre 2016), Samia Ghali et son mari Franck Dumontel (ancien directeur de cabinet à la région puis à la Communauté urbaine) ont quant à eux fait l’objet d’une enquête ouverte en mai 2016 pour détournement de fonds publics, corruption, favoritisme et blanchiment. Les faits reprochés sont multiples et concernent en particulier les conditions d’acquisition (et de régularisation) du patrimoine immobilier du couple, mais aussi la manière dont des subventions publiques conséquentes ont été accordées à plusieurs cousins de Samia Ghali alors que celle-ci était vice-présidente du conseil régional déléguée aux sports, à la jeunesse et à la vie associative, entre 2004 et 2010. On y apprend aussi que la sénatrice a versé 20 000 € de subvention à la commune d’Aubagne sur sa réserve parlementaire, juste après que cette même ville a accordé à son mari (devenu entre temps consultant auprès de collectivités territoriales) un juteux marché pour lequel il était seul à concourir.

Bref, le clientélisme politique et la corruption ordinaire n’ont pas encore totalement disparu du paysage politique local, loin s’en faut, et l’on voit bien que ceci ne peut que contribuer à alimenter la rhétorique du « tous pourris » dont le Front National fait ses choux gras. Ce n’est pas le moindre intérêt de ce documentaire que de montrer que les acteurs locaux ne sont pas dupes de ce système et que les citoyens aspirent désormais à d’autres pratiques plus constructives pour l’intérêt général. Chiche ?

L.V.  lutinvert1small

Pic de pollution : enfin une prise de conscience ?

10 décembre 2016

Les conditions météorologiques anticycloniques qui depuis plusieurs jours bloquent au niveau du sol de nos villes les polluants émis par les différentes activités humaines, ont au moins le mérite d’attirer l’attention sur un phénomène chronique de pollution qui nous empoisonne à petites doses. Sans atteindre les niveaux de pollution records que subissent certaines métropoles asiatiques, la situation en France n’est pas des plus rassurantes et les pics de pollution permettent de faire resurgir périodiquement un sujet que chacun s’évertue à glisser discrètement sous le tapis.

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Rappelons que, selon un rapport publié par le Sénat en juillet 2016, le coût de la pollution de l’air en France est évalué à plus de 100 milliards d’euros par an ! Soit le montant total que le candidat de la Droite François Fillon prétend faire économiser en 5 ans au budget de la Nation en s’attaquant à la réduction des dépenses publiques en en supprimant des postes de fonctionnaires…

Peut-être que quelqu’un devrait lui souffler qu’il y a d’autres urgences et d’autres priorités auxquelles s’attaquer qui permettraient au pays d’économiser bien davantage tout en améliorant le bien-être des Français ? La pollution de l’air par les particules fines tue chaque année 48 000 personnes en France, soit autant que l’alcool, selon un rapport de Santé publique France publié en juin 2016, sans compter tous ceux qui souffrent d’asthme chronique ou d’insuffisance respiratoire. N’oublions-pas d’ailleurs que, bien plus que les pics de pollution, c’est la pollution chronique de tous les jours qui, par son accumulation, est à l’origine de la plupart de ces décès prématurés.

blog367_phvoituresOn a beaucoup parlé de la mise en place de la circulation alternée cette semaine à Paris et en proche banlieue, comme cela se pratique depuis 1988 à Mexico ou depuis 2008 à Pékin notamment. Mais de nombreux autres agglomérations françaises ont été confrontées au même problème, y compris certains territoires pourtant urbanisés mais soumis à des activités industrielles polluantes et à des conditions topographiques défavorables, comme c’est le cas dans la vallée de l’Arve en Haute-Savoie par exemple.

Les causes de ces émissions polluantes sont parfaitement connues, liées en partie à certaines activités économiques, dont les rejets industriels et les épandages agricoles, mais principalement au chauffage urbain et surtout au trafic routier. De ce point de vue, la mise en place prochaine des certificats de qualité de l’air des véhicules « Crit’Air » permettra peut-être d’améliorer la lutte contre la pollution de l’air. Elle devrait en particulier conduire la ville de Paris à bannir progressivement les voitures et deux-roues polluants, et à prolonger son action très volontaire sur le sujet, avec notamment l’interdiction des véhicules diesel polluants annoncée en juillet dernier.

Plus largement, comme l’indique La Gazette des Communes, ce sont les territoires couverts par un plan de protection de l’atmosphère (PPA) qui pourront mettre en place des zones de restriction de circulation en s’appuyant sur ces certificats. La métropole de Grenoble qui poursuit également une politique très volontariste en la matière, devrait s’en emparer après avoir déjà réduit la vitesse maximale en ville à 30 km/h depuis le 1er janvier 2016.

Mais ces politiques restrictives quant à l’usage en ville des véhicules les plus polluants ne sont efficaces et acceptées que si l’on développe en parallèle des programmes ambitieux de développement des modes doux de déplacement urbain et des transports publics performants. De ce point de vue, l’aire urbaine marseillaise, l’une de celle où l’air est de loin le plus pollué, a accumulé un très grand retard depuis des années.

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Depuis que la métropole est enfin en place, les choses commencent doucement à avancer mais le chemin est encore long ! Après 6 mois de débat interne, la métropole Aix-Marseille-Provence vient en effet tout juste d’accoucher de son « agenda de la mobilité » qui sera soumis au vote des élus le 15 décembre 2016 mais qui a déjà été présenté en avant-première au ministre des transports Alain Vidalies le 29 novembre dernier par Jean-Claude Gaudin et le vice-président de la Métropole en charge des transports, Jean-Pierre Serrus, par ailleurs maire de La Roque-d’Anthéron, avant même d’être présenté aux élus locaux le 2 décembre.

L’objectif affiché dans ce plan est ambitieux puisqu’il s’agit d’ici 2025 ni plus ni moins que de « doubler l’usage des transports en commun d’échelle métropolitaine et augmenter de 50 % celui des transports locaux ». Pour cela, l’accent est mis sur la constitution d’un réseau principal de lignes métropolitaines : dix par autocar (merci Macron!), trois par train et une via le tram-train ainsi qu’un téléphérique pour relier le Vieux-Port à Notre-Dame de La Garde, avec en parallèle la constitution de nouveaux pôles d’échange et l’aménagement de voies dédiées le long des grands axes, ce qui nécessitera d’importants travaux d’infrastructures dont le coût a été évalué à 3,45 milliards d’euros d’ici 2025 et 9,8 milliards d’ici 2035 en intégrant la gare souterraine de Saint-Charles et la nouvelle ligne ferroviaire PACA.

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Dans l’immédiat, l’agenda met aussi l’accent sur les mesures de simplification et de mise en cohérence de la tarification et de la billetique, ce qui ne sera pas un luxe dans un paysage pour l’instant très éclaté où l’usager se perd totalement. Le calendrier prévoit d’ailleurs que la première étape du projet consiste à trouver un nom au futur réseau de transport métropolitain, une étape cruciale qui devrait susciter d’âpres débats…

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Reste bien entendu à financer un plan d’une telle ampleur, sachant que la Métropole, totalement engluée dans les nombreux projets déjà engagés que lui ont légués de force lors de sa création les intercommunalités du périmètre, est bien incapable d’investir dans ce domaine plus d’une centaine de millions d’euros par an, alors qu’il en faudrait trois fois plus pour mettre en œuvre cet agenda. Sans compter que la Métropole ne dispose évidemment pas des ressources humaines nécessaires pour suivre la conception et la réalisation d’un tel programme d’investissement. Comme d’habitude, les collectivités locales comptent donc sur l’État pour les accompagner dans cette voie, avec la mise en place d’une structure dédiée, sur le modèle de la Société du Grand Paris, chargée de la maîtrise d’ouvrage de l’extension du réseau de transports publics dans la métropole parisienne.

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Sauf qu’à la différence des élus parisiens, leurs homologues marseillais n’ont pas la moindre intention de passer par la phase préalable du débat public pour consulter sur le projet pour lequel ils se sont laborieusement mis d’accord. Pas question en effet de perdre du temps en consultant les usagers comme l’exprime crûment l’élu en charge du dossier, Jean-Pierre Serrus, qui balaye l’argument d’un revers de main : « nous avons, nous les élus, la légitimité du suffrage universel pour pouvoir prendre en main dès la première année de la construction métropolitaine ce sujet qui empoisonne la vie des habitants : on assume ».

Voilà au moins qui a le mérite de la clarté et qui devrait redonner espoir aux habitants de l’aire métropolitaine coincés matin et soir dans les embouteillages ou attendant désespérément un train ou un bus retardé ou annulé : leurs élus, même s’ils n’ont jusqu’à présent pas fait grand-chose pour améliorer la situation, savent parfaitement ce qu’il convient de faire pour y remédier dans les moindres délais. Nous voilà complètement rassurés !

L.V.  lutinvert1small

Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Eroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer  Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

La France toxique passée à la loupe

26 septembre 2016

C’est un vrai travail de Romains auquel s’est livré l’association Robin des Bois. Son rapport sobrement intitulé « l’Atlas de la France Toxique » qui a été publié en mai 2016 aux éditions Arthaud et qui contient pas moins de 36 cartes des sources de pollution recensées en France est le fruit d’un énorme travail de recherche collective dans les archives et d’investigations tous azimuts, pour arriver à mettre en évidence la répartition géographique des périls qui nous menacent.blog346_phrapport

L’inventaire n’est certainement pas exhaustif mais il est déjà bien assez inquiétant. Sont passés en revue non seulement les paramètres classiques liés à la qualité de l’air où à celle des eaux, mais aussi les cyanobactéries dans les eaux de baignades, les risques sanitaires liés à la consommation de coquillages ou aux piqûres des moustiques tigres, les stockages de déchets radioactifs en milieu hospitalier et universitaire, les munitions abandonnées à l’issue des dernières guerres, les sols pollués par d’anciennes activités industrielles, les pesticides issus de l’agriculture intensive ou encore la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments et aménagements urbains. Un vrai cauchemar d’écologistes !

blog346_phlogoL’association Robin des Bois, créée en 1985 par des pionniers de la défense de l’environnement qui tentent de se battre, par la dénonciation verbale et non violente, contre toutes les agressions portées à notre environnement, n’en est pas à son coup d’essai. S’appuyant sur un vaste réseau de militants et de scientifiques, elle agit en menant des investigations de terrain, en publiant des synthèses bibliographiques et des rapports, mais aussi en interpellant les responsables politiques et en participant à des groupes de concertation institutionnels.

Robin des Bois publie ainsi deux bulletins d’information trimestriels en français et en anglais qui sont devenus de véritables outils de référence. « A la casse », édité depuis 2006 s’intéresse aux chantiers de démolition de navires et « A la trace », publié depuis 2010, traque à travers le monde les actes de braconnage et de contrebande d’espèces animales menacées, deux chevaux de bataille pour cette association agréée au titre de la protection de l’environnement.

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

L’association se mobilise aussi, souvent aux côtés de riverains qui l’ont alertée, contre certaines dégradations environnementales et pollutions locales, depuis le dépôt de déchets sauvages en bord de rivières jusqu’à la construction de bâtiments publics sur d’anciens sites industriels pollués en profondeur. C’est ce travail d’accompagnement et d’investigation sur le terrain qui l’a amenée à fouiller dans les archives pour réaliser des inventaires d’anciennes usines à gaz ou de sites pollués aux PCB par exemple, constituant ainsi au fil du temps une véritable mine de renseignements qui a été valorisée pour établir ce récent Atlas de la France Toxique qui fait référence.

Outre les cartes de France qui sont présentées dans cet atlas aussi original qu’inquiétant, l’étude fait un focus intéressant sur cinq grande agglomérations françaises : Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse et Marseille. Et là, bien entendu, il n’y a aucune surprise : la métropole marseillaise remporte haut la main le concours de l’agglomération urbaine la plus polluée de France !

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Certes, l’agglomération parisienne n’est pas mal placée non plus, bien que sur la troisième marche du podium derrière celle de Lyon et son remarquable couloir de la chimie. Ses cours d’eau sont fortement déconseillés à la baignades et leurs sédiments sont très largement chargés en PCB tandis que l’air est chargé en particules fines, dioxyde d’azote et benzène cancérogène. On relève aussi à Paris et en proche banlieue un nombre impressionnant de cas de saturnisme liés aux peintures au plomb très fréquentes sur les murs des logements anciens. On y recense enfin pas moins de 35 sites connus d’entreposage de sources radioactives disséminés dans des centres de recherche, des entreprises ou des hôpitaux.

Mais Robin des Bois met aussi l’accent sur d’autres sources de risque sanitaire moins connues dont le crématorium du Père Lachaise qui compte parmi les principaux émetteurs de mercure en région parisienne, du fait de la fusion des amalgames dentaires, ou encore les enrobés à base d’amiante qui ont été appliqués pendant des années entre 1970 et 1995 sur la plupart des chaussées pavées pour les rendre plus confortables à la circulation. Les fibres d’amiante avaient pour but de rendre ces revêtements routiers plus durables mais l’usure progressive de la couche de roulement libère progressivement les fibres d’amiante dans l’air ambiant . Un problème identifié en 2013 et qui va nécessiter de traiter des centaines de kilomètres de voirie…

blog346_cartemarseilleQuant à l’agglomération marseillaise, elle détient la palme de l’air le plus irrespirable de France avec une concentration en particules fines qui s’élève en moyenne annuelle à 31,8 µg/m3 (contre 29,5 à Lyon et 27 à Paris), alors même que l’OMS recommande un maximum de 20 µg/m3 en moyenne annuelle. Sont pointés également les anciens sites industriels côtiers déjà évoqués ici où les concentrations en plomb et en arsenic dépassent tous les seuils autorisés, y compris dans des sites de baignade très fréquentés, mais aussi les sédiments portuaires de la Lave et de l’anse de l’Estaque, très riches en arsenic et en mercure.

Robin des Bois s’attarde quelque peu sur les eaux de l’Huveaune et de quelques cours d’eau côtiers, réceptacles de nombreux déchets et rejets peu ragoûtants, et qui charient des monceaux d’immondices et de germes fécaux sur les plages à chaque orage, au point que certains ont surnommé la plage du Prado « épluchures beach ».

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

La question des feux de forêts en limite de zone urbanisée est également pointée comme un risque très présent et ceci a été très largement confirmé par les nombreux incendies qui se sont produits cet été, après la parution de l’atlas donc, et qui se sont notament traduits par la disparition de 375 ha le 15 juillet sur la Côte Bleue, puis le 10 août de 800 ha autour de Fos-sur-Mer et de 2700 ha sur le plateau de Vitrolles, avant les 390 ha partis en fumée dans les calanques le 5 septembre dernier.

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

De nombreuses autres sources de pollution sont pointées par l’étude de Robin des Bois, dont celle provoquée par les bateaux de plaisance et de tourisme qui sillonnent nos côtes en brûlant des millions de litres de gasoil. Le sujet avait déjà fait débat lors de la création du Parc national des Calanques et des aides ont été accordées pour que les navires qui organisent les visites des calanques par la mer se modernisent quelque peu, mais on est encore loin du compte ! A une tout autre échelle, il faut en effet savoir que les quelques 500 gigantesques bateaux de croisière qui font escale chaque année dans le port de Marseille laissent tourner en permanence leurs générateurs au fuel lourd pour assurer un confort maximal à leur passagers… Les ferries en faisaient autant avec leurs moteurs diesel auxiliaires jusqu’en 2015 faute de pouvoir accéder à des branchements électriques à quai. Les choses progressent donc peu à peu mais le chemin restant à parcourir pour que l’agglomération marseillaise s’affranchisse de ses nombreuses sources de pollution résiduelles reste long…

L.V.  LutinVert1Small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

Saga familiale à Aix-en-Provence

5 septembre 2016

C’est un article de Marianne, un média national, qui vient attirer l’attention de la France entière sur l’ambiance « fin de règne » qui plombe la ville d’Aix-en-Provence suite aux déboires judiciaires de Maryse Joissains-Masini, l’éternelle opposante à la métropole.

Façade de l'hôtel de ville d'Aix-en-Provence

Façade de l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que l’histoire politique du clan Joissains et de sa main-mise sur la bonne ville d’Aix-en-Provence commence en 1977, il y a bientôt 40 ans. Il n’y a donc pas qu’au Gabon ou en Corée du Nord que certaines dynasties familiales s’incrustent au pouvoir… A l’époque, Alain Joissains, époux de Madame, Maryse Charton de son vrai nom, et père de Sophie Joissains, se présente aux élections municipales sous l’étiquette du Parti radical valoisien. Il perd alors l’élection face au maire sortant socialiste, Félix Ciccolini.

Qu’à cela ne tienne ! L’ancien docker toulonais, devenu avocat, conteste les résultats devant les tribunaux. Les Aixois revotent donc en 1978 et cette fois c’est Alain Joissains qui remporte l’élection, laquelle est de nouveau invalidée par le Tribunal administratif ! Rebelote donc en 1979 : face à une liste de gauche conduite par Jean-François Picheral, Alain Joissains confirme sa victoire de l’année précédente.

En 1983 cependant, alors qu’il s’apprête à se présenter pour un second mandat , le Canard enchaîné révèle qu’Alain Joissains a fait réaliser d’importants travaux d’embellissement dans la villa de ses beaux-parents en échange de l’attribution de marchés publics. Une vilaine affaire qui entrainera sa condamnation définitive en 1988 pour recel d’abus de biens sociaux à 150 000 francs d’amende et deux ans de prison avec sursis. Une affaire qui l’empêche de se représenter à la mairie et qui pousse le père de Maryse à se suicider.

Alain et Maryse Joissains lors de l'élection de cette dernière à la mairie d'Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière à la mairie d’Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Mais en 2001, l’heure de la vengeance a sonné. Cette fois c’est Maryse Joissains qui se présente après avoir accolé à son patronyme le nom de son grand-père maternel corse Masini. Elle est élue d’un cheveu à la mairie, face au maire sortant, le même Jean-François Picheral. Alors qu’elle est séparée (mais pas divorcée) d’Alain Joissains, son premier acte consiste à le recruter comme conseiller spécial puis directeur de cabinet, poste qu’il occupera jusqu’à sa mise en retraite en 2008, moyennant un salaire plus que confortable de 5820 € par mois. Une telle générosité peut surprendre, en faveur d’un époux condamné par la justice et qui lui a fait deux enfants dans le dos, dont elle dit elle-même « Alain a fait le couillon ». Mais chacun sait que Maryse a la main sur le coeur…

Non seulement elle héberge chez elle son ex-époux, mais elle dépose en 2005 une proposition de loi pour que les chefs et directeurs de cabinets, recrutés sur des critères purement politiques et souvent dans l’entourage proche, puissent intégrer directement la fonction publique territoriale sans même passer de concours. Il faut dire qu’à cette date, elle rémunère non seulement Alain à la mairie, mais aussi sa propre fille Sophie qui est son chef de cabinet à la communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont elle également présidente depuis sa création en 2001…

Lucien Alexandre Castronovo, élu d'opposition d'Aix-en-Provence

Lucien Alexandre Castronovo, élu d’opposition d’Aix-en-Provence

Malheureusement, l’un de ses opposants, Lucien Alexandre Castronovo, élégamment surnommé par le couple Joissains « Casse-couilles » et auteur prolixe d’un blog très documenté, trouve quelque peu à redire à cette générosité familiale poussée à l’extrême. Il découvre ainsi, après d’âpres investigations, que le traitement perçu par Alain Joissains est très largement au-delà de ce que permet le plafond légal.En 2008, le Tribunal administratif annule purement et simplement le contrat de travail de Monsieur, mais s’ensuivent des années d’intenses batailles judiciaires. Ce n’est qu’en février 2015, à l’issue de 10 ans de procédures, que la plus haute juridiction administrative française peut trancher définitivement le débat, obligeant le coupable à rembourser l’intégralité du traitement indûment perçu, soit plus de 475 000 €.

Mais encore faut-il que la commune le lui réclame ! Avec Madame aux commandes, on se doute bien que cela ne va pas de soi… Elle se contente donc d’émettre à l’encontre de son époux et toujours conseiller un titre de recette de 71 000 € seulement, montant aussitôt contesté par ce dernier devant les tribunaux. Et c’est reparti pour une nouvelle course de lenteur qui permet de faire traîner le dossier !

En attendant, Maryse Joissains doit faire face à moult polémiques liées à son franc-parler et ses jugements à l’emporte-pièce. On se souvient de ses propos de 2012 dans lesquels la députée sarkozyste mettait en doute la légitimité de François Hollande pourtant fraîchement élu à la Présidence de la République (alors qu’elle même sera sèchement battue aux législatives qui se tiennent la même année).Blog340_PhMaryse

Mais d’autres affaires judiciaires ternissent son mandat actuel. Elle a notamment été placée en garde à vue en avril 2013 dans le cadre d’une affaire d’emplois fictifs présumés qui est toujours pendante. Cette fois, le principal intéressé n’est plus son mari mais celui qu’elle appelle en public « mon chéri », qui partage tous ses repas et lui tient lieu de chauffeur et de standardiste après avoir été longtemps rémunéré comme attaché parlementaire jusqu’à ce que sa patronne perde son mandat en 2012. A l’époque, et pour compenser cette perte de revenu, Maryse Joissains avait décidé arbitrairement de promouvoir son protégé au grade d’attaché territorial, une décision qui n’était pas passée inaperçue puisque l’impétrant était passé devant 167 collègues pour la plupart nettement mieux classés…

L’arrêté de nomination a été annulé suite à un recours administratif mais la mairie a fait appel et l’affaire n’est pas encore jugée, d’autant qu’en 2013, la mise en garde à vue de Maryse Joissains pour trafic d’influence et détournement de fonds publics portait aussi sur d’autres pécadilles dont des emplois suposés fictifs à la ville ou à la Communauté d’agglmomération concernant notamment le propre fils du même chauffeur-confident…

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d'Aix-en-Provence

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d’Aix-en-Provence

Il est bien difficile d’évaluer à quel point la maire d’Aix-en-Provence, qui vient de fêter ses 74 ans et a conservé toute sa gouaille, est affectée par cette accumulation d’affaires judiciaires. A droite manifestement, ce genre de considération ne gêne guère l’électorat comme l’a montrée encore récemment la réélection triomphale du couple Balkany à Levallois-Perret, ou le succès annoncé de Nicolas Sarkozy aux prochaines primaires.

En tout cas, la relève familiale est d’ores et déjà assurée puisque la fille d’Alain et Maryse, Sophie Joissains, s’est faite élire en 2008 à la fois à la commune (où elle est désormais 4ème adjointe en charge de la Politique de la ville et de la Culture), à la communauté d’agglomération et au Sénat. Réélue à ces mêmes fonctions en 2014, elle a par ailleurs depuis 2015 cumulé ces postes avec celui de vice-présidente de la Région PACA, dont elle vient de démissionner en juin 2016 pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. On n’a pas fini d’entendre parler de la dynastie des Joissains du côté d’Aix-en-Provence…

L.V.  LutinVert1Small

Conseil municipal au banc d’essai du Ravi

20 août 2016

Le Ravi, c’est ce mensuel provençal satirique qui décortique l’actualité régionale sans parti pris (sinon peut-être contre le Front National et sa vedette locale, Marion Maréchal-Le Pen surnommée « nous voilà »), mais en tout cas sans ménagement ni retenue.Blog334_PhRavi

Parmi ses rubriques, ceux qui s’intéressent encore à la vie politique locale (il paraît qu’il en existe encore…) liront avec délice la rubrique intitulée « Contrôle technique de la démocratie ». Chaque mois, un journaliste du Ravi teste incognito le déroulement d’un conseil municipal ou d’une assemblée délibérante, et en relate les moments forts, comme si vous y étiez. Rappelons au passage qu’un conseil municipal est un spectacle gratuit et que chacun peut y assister à sa guise, la seule contrainte étant d’en connaître les dates à l’avance (à Carnoux, cela relève du délit d’initié…) et de ne pas s’endormir avant la fin car la qualité des dialogues laisse parfois à désirer.

Les journalistes du Ravi n’en ont donc que plus de mérite à rendre captivant les  conseils municipaux auxquels ils font l’effort d’assister régulièrement et dont ils rendent compte avec beaucoup d’humour et de finesse : une belle leçon de démocratie, pas toujours très flatteuse pour nos élus locaux !

Caricature parue dans Le Ravi

Caricature parue dans Le Ravi

En février dernier, c’était la ville de La Ciotat qui recevait la visite du Ravi, alors que le maire Patrick Boré était sous le coup de mystérieuses menaces de mort et que de curieux plaisantins au sang un peu chaud s’amusaient à tirer sur la porte de la mairie : rien que de très classique dans une commune où le principal d’un collège avait été assassiné en 2003 sur le parking de son établissement sans que son meurtre ne soit jamais élucidé…

Ce jour-là pourtant, au conseil municipal, il ne sera pas question des mystérieux mitraillages qui visent certains élus malgré les 113 caméras de vidéosurveillance présentes en ville. Parmi les délibérations prises, Le Ravi note avec bonheur que le maire s’octroie une petite augmentation de ses frais de représentation qui passent à 13 000 €, juste compensation sans doute de ses petites frayeurs récentes. A l’élu frontiste qui l’interpelle pour savoir ce qu’il compte faire de tout cet argent, le pharmacien Patrick Boré lui répond « Si je fais une coloscopie, il faut que je vous communique les résultats ? ». Un échange tout en finesse et en courtoisie…

Il faut dire que le même élu FN avait passablement énervé le maire en réclamant d’entrée à voir les procurations confiées aux membres présents de la majorité municipale. Il reviendra à la charge plusieurs fois tout au long du conseil municipal tandis que le maire « machouille délibérement son chewing gum ». Mais aux réponses évasives du début (« Vous les aurez, on est en train de les vérifier »), succèdent les rappels à l’ordre (« C’est infernal, asseyez-vous, on vous les donnera. Ce n’est pas vous qui allez me donner des leçons de démocratie ») puis le coup de colère final (« Ça ne s’arrêtera pas ! Soit vous faites un recours soit vous arrêtez, ça suffit à la fin »). On ne saura jamais ce que cachent ces fameuses procurations…

Le 17 mars 2016, le Ravi était présent également pour assister à la seconde élection de Jean-Claude Gaudin à la tête de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence après le faux départ du 9 novembre 2015 et les multiples recours qui s’en sont suivis. Le décor est planté : « 240 élus se pressent au palais du Pharo à Marseille. La salle est carrée, Gaudin tout en rondeur ». Maryse Joissains qui, jusqu’à la veille avait tout fait pour que la métropole ne voit jamais le jour explique de manière pédagogique son brusque revirement : «  Mes ouailles vont payer. Mieux vaut être dedans pour récupérer le pognon. Mais je vais me battre de l’intérieur. Parce que la métropole, ça reste une vaste connerie !  ». Au moins, sa position est claire…

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Après l’élection du nouveau président, et pour la suite des votes, « chacun reçoit une calculette orange dont un technicien, diapo à l’appui, livre le mode d’emploi. Gaudin, paumé : Va falloir réexpliquer ! Après deux tests, Gaudin prévient : Faut pas se tromper ! Election du 1er vice-président. Seule candidate : Martine Vassal. La patronne LR du Conseil départemental rafle 186 voix. Et Gaudin de citer une devise dont il a le secret : Allié, oui, vassal, non !  ». Presque du Pagnol dans le texte !

Plus tard, alors que « Gaudin rappelle à Joissains, à propos d’une disposition, que C’est la loi, l’Aixoise rétorque : Ça va, on est à Marseille !  ». Effectivement, on avait failli l’oublier…

Le maire d’Aubagne, Gérard Gazay (dessin de Trax pour Le Ravi)

Le maire d’Aubagne, Gérard Gazay (dessin de Trax pour Le Ravi)

Le 25 mai, c’est à Aubagne que le Ravi est allé tâter le pouls de la démocratie locale, dans la salle polyvalente du Bras d’or, où se tiennent désormais les réunions du conseil municipal, sous le Mac Do. La carrière politique du maire actuel, Gérard Gazay, un ancien d’IBM, devenu brusquement maire d’Aubagne puis quasi simultanément vice-président du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille, impressionne manifestement le Ravi qui, pour consulter sa biographie, a dû aller fouiller sur le site du Cercle des Libéraux, création d’Alain Madelin et soutien indéfectible de Donald Trump, tout un programme…

Comme d’habitude, le Ravi plante le décor : « A Aubagne, c’est comme à l’assemblée nationale : l’extrême-droite est à l’extrême-droite de la table du conseil et la gauche à gauche ». Au menu de ce conseil municipal, il ne s’agit rien de moins que de changer le nom de la commune que le maire souhaite désormais appeler Aubagne-en-Provence ! Pour Gérard Gazay, «  L’intérêt est évident pour le développement de notre ville  ». Denis Grandjean s’étonne de cette démarche qui rappelle furieusement celle des époux Mégret, lesquels avaient tenté la même manœuvre lorsqu’ils étaient à la mairie de Vitrolles. En tout cas, l’opposition concède au maire d’Aubagne qu’il s’agit pour l’instant de sa seule promesse de campagne tenue…

Gérard Gazay lors d’une séance du conseil municipal en juillet 2016 (photo © La Marseillaise)

Gérard Gazay lors d’une séance du conseil municipal en juillet 2016 (photo © La Marseillaise)

Les passes d’arme entre Gérard Gazay et Magali Giovannangeli ne manquent pas de sel et on constate que le maire s’agace très vite des observations de son opposition. Toute comparaison avec la situation d’une autre commune voisine ne serait bien évidemment que purement fortuite… De même qu’il serait de mauvaise grâce de relever l’absence totale d’implication des élus frontistes dans les affaires de la ville. Le Ravi note néanmoins que l’élu FN « Nicolas Robine se réveille à l’occasion d’une petite salve de délibérations sur des partenariats entre la ville et l’université Aix-Marseille qui fait pourtant l’unanimité. «  Comme on est hors compétence, je ne prendrai pas part au vote  », annonce le jeune frontiste. Par manque de compétences ? ».

A lire sans modération sur le site du Ravi

L.V. LutinVert1Small

Les dirigeables du futur conçus à Istres ?

17 août 2016
Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Les images spectaculaires du ballon dirigeable Hindenburg, plus grand dirigeable commercial jamais réalisé, affecté au transport de passagers entre l’Europe et les États-Unis et fleuron de la société allemande Zeppelin, qui s’est écrasé en 1937 dans le New Jersey, faisant 35 morts, avait paru sonné le glas de cette technologie. Il faut dire que l’accident, filmé en direct par plusieurs chaînes de télévision et survenu après seulement 14 mois de service actif, était particulièrement spectaculaire, du fait de l’embrasement rapide des 155 000 m³ d’hydrogène contenus dans la gigantesque enveloppe…

Et pourtant, malgré cet accident spectaculaire et la suprématie bien assise d’autres modes de transport aérien plus souples que sont l’avion et l’hélicoptère, voilà que le recours aux ballons dirigeables redevient d’actualité. Il faut dire que les dirigeables consomment dix fois moins qu’un avion et vingt fois moins qu’un hélicoptère pour la même charge et la même distance. Leur rayon d’action est beaucoup plus important que celui des hélicoptères et, contrairement aux avions, ils n’ont pas besoin de piste pour décoller ou atterrir : un argument d’actualité quand on voit comment il devient délicat aujourd’hui de construire une piste d’aéroport en France… Certes, les dirigeables sont beaucoup moins rapides que l’avion et l’hélicoptère, et ne peuvent pas voler en cas d’orage ou de vents violents, ce qui limite leur champ d’action.

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

En tout cas, Américains et Britanniques se sont de nouveau emparés de cette technologie et développent de nombreux projets. En Grande-Bretagne, la société Hybrid Air Vehicles (HAV) vient ainsi tout juste de sortir de ses hangars, le 6 août dernier, sa dernière réalisation en chantier depuis 2 ans, l’Airlander 10, un mastodonte de 92 m de long, 44 m de large et quelques 26 m de haut pour un volume total de 38 000 m3 d’hélium. Russes et Canadiens ont aussi développé des programmes mais qui semblent plus ou moins à l’arrêt, suite à certains déboires, de même que le projet de CargoLifter, un dirigeable de 242 m de long, presque aussi gros que le mythique Hindenburg, porté par ABB et Siemens en Allemagne : en 2000, le consortium a mis la clef sous la porte du fait des difficultés techniques et financières rencontrées.

Maquette du site aéronautique d'Istres (image CCIMP)

Maquette du site aéronautique d’Istres (image CCIMP)

Mais pour une fois, la France n’est pas en reste. C’est même en Provence que les choses se passent, à Istres, où l’ex communauté d’agglomération Ouest-Provence a racheté à Dassault Aviation un terrain et un hangar de 300 mètres de long. Ce nouveau « AirShip Village », est mis à disposition des constructeurs, avec l’appui du pôle de compétitivité Safe Cluster. Né en décembre 2015 du rapprochement des pôles de compétitivité Pégase et Risques, Safe réunit une communauté de près de 600 membres composée d’entreprises et d’organismes de recherche et de formation, issus majoritairement des secteurs de la sécurité, de la protection environnementale et de l’industrie aéronautique et spatiale.

L’objectif visé est ambitieux puisqu’il s’agit de développer une nouvelle filière aéronautique qui pourrait créer pas moins de 3 000 emplois d’ici 2030, en plus des 8 500 emplois déjà existant sur le site d’Airbus Helicopters (ex Eurocopter, lui même issu de l’ancienne société Sud Aviation) à Marignane. Ce programme a en tout cas été retenu par le gouvernement au titre des « Plans de la nouvelle France industrielle » lancée en mai 2015 par le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

Projet Stratobus de Thalès

Projet Stratobus de Thalès

Pour l’heure, ce sont quatre entreprises qui ont été retenues par le pôle Safe pour concevoir et assembler leurs futurs appareils sur le nouveau site d’Istres. Parmi elles, la société d’armement Thalès porte, via une de ses filiales Thalès Alenia Space, le projet de Stratobus, un dirigeable stationnaire volant à 20 000 m d’altitude pour assurer des missions permanentes d’observation et de télécommunication sans consommer d’énergie fossile grâce à une alimentation solaire.

Projet DCL de Flying Whales

Projet DCL de Flying Whales

Un autre projet, le Dirigeable à charge lourde (DCL) est quant à lui porté par la PME Flying Whales associé à l’avionneur chinois AVIC. Ensemble, ils veulent construire des dirigeables rigides capables de transporter 60 tonnes de fret en soute à une vitesse de croisière de 100 km/h. L’Office nationales des forêts (ONF) s’est déjà montré intéressée par ce projet pour transporter des grumes de bois pouvant être chargées et déchargées en vol stationnaire, quelle que soit la topographie du terrain. Une alternative à l’hélicoptère aussi flexible d’utilisation mais pour un coût d’exploitation à la tonne transportée dix à vingt fois plus faible.

Maquette de l'Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Maquette de l’Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Citons aussi l’entreprise grenobloise Airstar qui propose, de son côté, de construire un dirigeable « filoguidé » : l’Aerolifter. Deux versions de cet appareil ont été imaginées pour transporter des charges de deux ou quatre tonnes sur de petites distances de l’ordre de 2 km, principalement en zone montagneuse. Ce dirigeable serait piloté pour rejoindre sa zone d’opération puis ensuite guidé par un câble relié au sol, lui permettant de transporter des charges de 2 à 4 tonnes, avec des applications potentielles notamment sur les lignes aériennes électriques à haute tension ou le ravitaillement des refuges.

Quant au dernier projet retenu, le dirigeable multi-mission A-N 2000 imaginé par la société A-NSE, il consiste à développer une machine pour le marché de la sécurité et de la surveillance (avec radars et caméras embarqués), capable également de transporter du fret (entre 8 et 12 tonnes) à une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

Bref, le nouveau pôle dirigeable en cours de développement à Istres, sous l’égide du cluster Safe, fait partie de ces lieux de recherche appliquée où nos ingénieurs phosphorent à plein tubes et d’où sortiront peut-être certaines des innovations du futur en matière de transport aérien. Qui a dit que la France n’avait plus d’idée ?

L.V.  LutinVert1Small

Marseille brûle t-il ?

14 août 2016

Il n’y a pas qu’en Californie que les feux de forêt menacent les zones habitées comme vient de le rappeler la série d’incendies spectaculaires qui se sont produits cette semaine aux portes de Marseille et qui rappellent l’alerte de juillet 2009 suite à l’incendie de Carpiagne. Mercredi 10 août, en fin d’après-midi, l’épais panache de fumée venu du nord recouvrait une bonne partie de la ville de Marseille, masquant le soleil pourtant encore haut dans le ciel et prenant des teintes orangées puis rosées du plus bel effet. Mais si les Marseillais pouvaient encore à ce stade observer les couleurs exceptionnelles de ce ciel chargé, plus au nord, sur le plateau de Vitrolles, c’était un véritable enfer.

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Attisé par un mistral soufflant à plus de 80 km/h, le feu qui s’était déclaré sur la commune de Rognac vers 15h30, s’est rapidement propagé vers le sud, ravageant une bonne partie des communes de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau. Paradoxalement, l’hiver et le printemps ayant été relativement pluvieux, la végétation était plutôt abondante mais avait été totalement desséchée ces dernières semaines tandis que les fortes chaleurs estivales se traduisaient par un air très sec, particulièrement favorable à l’inflammation des essences de pin.

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Il est probable que ces conditions climatiques n’expliquent pas à elles-seules le déclenchement de ces incendies, attribué soit à des imprudences soit à des actes de malveillance (comme en juillet dernier où 500 hectares avaient été ravagés par les flammes sur la Côte bleue, à l’initiative d’un pyromane par ailleurs employé de la métropole Aix-Marseille…), mais elles sont largement responsables de l’ampleur prise par la propagation du feu. Les témoignages des pompiers, largement relayés par les médias, faisaient état en fin de soirée d’une « situation hors de contrôle, un feu extrêmement puissant, rapide, explosif qui continue à brûler tout sur son passage, même des maisons ».

Pompiers combattant le feu sur Vitrolles

Des moyens d’intervention très importants avaient pourtant été mis en œuvre toute la journée pour faire face à ces incendies qui, outre le secteur de Vitrolles, s’étaient déclarés en plusieurs autres endroits proches. Dans l’Hérault, un violent incendie ravageait au même moment 200 hectares de pinède près du village de Gabian, à 20 kilomètres au nord de Béziers, mobilisant plus de 300 hommes. Circonscrit vers 20h, cet incendie a piégé quatre pompiers dont trois ont été brûlés grièvement.

A Fos-sur Mer d’autres foyers se sont rapprochés très dangereusement des installations pétrochimiques particulièrement vulnérables aux incendies. Après avoir menacé deux stations service qui ont dû être évacuées le long de la RN 568, les flammes se sont dangereusement rapprochées de la raffinerie Esso et des différents dépôts pétroliers classés en établissements Seveso, menaçant même le site d’Arcelor-Mittal et le pipeline Sud-Européen, tandis que le stock de bois destiné à la centrale thermique de Gardanne partait en fumée.. Il a fallu dans ce secteur industriel particulièrement sensible non seulement l’intervention des pompiers aidés de moyens aériens importants, mais aussi la mobilisation des équipes de sécurité interne, dans le cadre du déclenchement des procédures adaptées.

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

D’autres foyers d’incendie s’étaient déclarés dans la journée sur les communes de Martigues, de Port-Saint-Louis, de Coudoux (provoquant la coupure de l’autoroute A8 afin de permettre l’intervention des pompiers, au prix d’un bel embouteillage), et surtout à Istres où un départ de feu s’est déclenché vers 18h, se propageant rapidement vers des lotissements habités malgré l’intervention rapide d’une cinquantaine de pompiers et de moyens aériens conséquents. Près de 300 personnes ont dû être évacuées en urgence, dont les occupants d’un camping, et trois maisons ont été détruites par le feu ou sévèrement endommagées.

Mais le foyer le plus important auquel ont dû faire face les pompiers est celui du plateau de Vitrolles qui s’est propagé à grande vitesse sur près de 2 500 hectares, dans un secteur très urbanisé. La plupart des milliers d’habitants concernés ont pu être confinés chez eux mais plus de 2 000 d’entre eux ont néanmoins dû être évacués, dont plusieurs centaines hébergées pour la nuit dans des gymnases aménagés en urgence.

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

La progression des flammes a été spectaculaire, prenant de vitesse certains habitants, trois d’entre eux ayant été brûlés dont l’un assez grièvement. De l’ordre de 1 200 pompiers ont été mobilisés sur cet incendie hors norme et comme toujours en pareille situation, ils ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion voire de fermeté pour évacuer certains habitants refusant d’abandonner leur maison menacée par les flammes, ou écarter de nombreux gêneurs irresponsables venus se rapprocher du front pour prendre des photos !

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Sur le plateau de l’Arbois, le feux s’est largement propagé en direction de la voie ferrée après avoir sauté la RD 9, puis la RD 113 et enfin l’autoroute du Litoral, bloquant même pendant un moment l’accès à la gare TGV d’Aix-en-Provence. A la tombée de la nuit, le feu était largement hors contrôle et se dirigeait à grande vitesse en direction des confins de l’agglomération marseillaise, obligeant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à déclencher le Plan communal de sauvegarde.

Hélicoptère bombardier d'eau au dessus de l'A7 (photo B. Horvat / AFP)

Hélicoptère bombardier d’eau au dessus de l’A7 (photo B. Horvat / AFP)

Heureusement, le feu a pu être stoppé avant qu’il n’atteigne les premières habitations de l’agglomération marseillaise, mais le bilan est néanmoins sévère. Les rebords sud du plateau de l’Arbois, sur les hauteurs de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau, véritable petit paradis de pinèdes entourant l’écrin de verdure par où jaillit la source de la Cadière au lieu-dit l’Infernet, a laissé place à un spectacle de désolation recouvert de cendres et de troncs calcinés. Sur Vitrolles, trois habitations ont été détruites et 17 endommagées. Un restaurant et un garage automobile ont été totalement détruits, tandis que le groupe scolaire des Pinchinades a été fortement endommagé à quelques semaines de la rentrée scolaire. Des centaines d’usagers ont été privés d’électricité suite à la combustion de nombreux poteaux électriques et une douzaine de véhicules ont été calcinés.

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Sur la commune des Pennes-Mirabeau, qui avait privilégié depuis des années la mise en place d’un habitat huppé parsemé dans la pinède, favorisant le mitage des espaces naturels, le sénateur-maire, Michel Amiel, déplorait dans une interview rapportée par Le Monde : « J’ai la moitié de ma commune qui brûle. C’est une catastrophe, je n’ai jamais vu cela ».

Maisons des Pennes-Mirabeau après l'incendie (photo B. Horvat / AFP)

Maisons des Pennes-Mirabeau après l’incendie (photo B. Horvat / AFP)

Ce proche de Jean-Noël Guérini, maire de la commune depuis plus de 15 ans et largement responsable à ce titre de l’extension des constructions dans les secteurs périphériques de la ville, regrette désormais que les obligations de débroussaillement qui incombent aux propriétaires n’aient pas été mises en œuvre avec un peu plus de vigilance…

Le même élu se plaignait pourtant en 2012, à l’occasion de la réalisation du Plan local d’urbanisme de sa commune, que les services de l’État aient la mauvaise grâce d’évoquer les risques naturels d’inondation et de feux de forêt pour tenter de limiter un tant soit peu sa volonté d’expansion urbaine. L’avenir dire si cette nouvelle catastrophe fera évoluer sa position sur le sujet ou s’il ne s’agit que de propos de circonstance vite oubliés au fur et à mesure que la mémoire s’estompe et que les affaires reprennent…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Les Paluds : une zone inondable qui a du mal à l’admettre…

5 juin 2016

Le nom des lieux-dits est souvent révélateur de la réalité de leur configuration naturelle. Le mot « palud », qui dérive en ligne droite du vocable latin palus, -udis désignant un marais est répertorié dès le XIIIe siècle pour désigner une plaine inondable marécageuse et a donné lieu à une riche toponymie un peu partout en France, avec son corollaire bien connu de « paludisme » qui désigne la maladie (également dénommée malaria) transmise par les moustiques qui s’y développent habituellement.

Zone d'activité des Paluds à Aubagne

Zone d’activité des Paluds à Aubagne

A Aubagne, la zone d’activité des Paluds qui regroupe plus de 600 entreprises sur une superficie d’environ 120 hectares est la parfaite illustration de ces zones industrielles et commerciales qui ont poussé comme des champignons dans les années 1970-80 en périphérie des zones urbaines et à proximité des grands axes de communication mais au mépris total de leur environnement naturel.

Petit retour en arrière : en 1437, la baronnie d’Aubagne, alors rattachée au Comté de Provence, fut vendue par le Roi René à son ami Charles de Castillon, histoire de renflouer ses caisses (déjà à l’époque, les barons locaux devaient faire face à ce problème récurrent de déficit public mais pouvaient compter sur leur réseau de relations pour y faire face…). A partir de 1454 et sous l’impulsion du nouveau seigneur local, on entreprend donc d’assécher la plaine marécageuse des Paluds en creusant de multiples fossés, les filholos en patois provençal local, fossés qui convergent vers un axe de drainage central, la Maïre, laquelle conduit les eaux vers l’Huveaune.

Extrait du cadastre napoléonien à l'est d'Aubagne (début du XIXe siècle)

Extrait du cadastre napoléonien à l’est d’Aubagne (début du XIXe siècle)

Selon des éléments recueillis par Sandra Rouqueirol, archiviste communale aubagnaise, deux membre du conseil municipal, les « obriers de la Palun » étaient alors chargés de veiller à ce que ces canaux soient entretenus et curés régulièrement. Dès 1472, les terres nouvellement drainées sont attribuées en fermage et 10 ans plus tard les premières vignes commencent à produire tandis que les travaux de drainage s’étendent progressivement aux marais voisins de Cuges et de Gémenos. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, la ville d’Aubagne connaît un essor économique notable grâce en partie à la production agricole issue de ces terres particulièrement riches de la vallée de l’Huveaune où l’on cultive la vigne mais aussi câpres, abricots et fraises. Jusque dans les années 1950, toute la plaine située à l’Est d’Aubagne est une zone agricole exploitée de manière très intensive qui contribue fortement à l’approvisionnement de l’agglomération marseillaise et au-delà.

Carte du réseau hydrographique autour d'Aubagne

Carte du réseau hydrographique autour d’Aubagne

Mais dans les années 1960, la société a d’autres préoccupations et les paysans d’Aubagne vendent en masse leurs terres pour permettre la réalisation à partir de 1967 d’une immense zone industrielle et commerciale sur le site des Paluds. Pourquoi s’échiner à cultiver des fraises et des salades, même sur des terres extrêmement fertiles et bien irriguées, alors que l’on peut s’enrichir facilement en revendant à prix d’or ce foncier pour y installer hypermarchés et magasins de revente qui permettent d’approvisionner toute la région avec des produits fabriqués à l’autre bout du monde pour un coût dérisoire ?

Il n’en reste pas moins que cette ancienne plaine alluviale marécageuse, désormais drainée, reste très vulnérable aux crues de l’Huveaune. Ce petit fleuve côtier qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume et se jette dans la mer à Marseille après un parcours de 48 km est, comme tous les cours d’eau méditerranéens, sujet à des crues violentes dont la plus ancienne connue par les archives date de 1518.

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Depuis le XVe siècle, on a gardé la mémoire d’une vingtaine de crues largement débordantes, la plus importante semblant être celle d’octobre 1892. Durant le XXe siècle, quatre épisodes majeurs ont été enregistrés, en 1907, 1935, 1960 et 1978 (sans compter l’orage du 26 août 1986 qui avait fait une victime sur un de ses affluents entre La Bédoule et Carnoux). En 1978, le débit de l’Huveaune à Aubagne n’a toutefois pas dépassé 90 m³/s alors qu’il avait atteint plus du double de cette valeur en 1935. D’autres inondations ont été observées en 2000, 2003 et 2008, mais avec des débordements très limités.

L'Huveaune à l'entrée d'Aubagne en 2008

L’Huveaune à l’entrée d’Aubagne en 2008

Cette période assez longue sans crue majeure de l’Huveaune a sans aucun doute facilité la transformation de sa plaine alluviale en une vaste zone largement urbanisée, segmentée par plusieurs talus autoroutiers et couverte en partie par les immenses hangars et bâtiments industriels de la zone des Paluds, sans compter les parkings et voiries imperméabilisées.

Autant d’éléments qui augmentent le risque car ils accélèrent les ruissellements et rendent le secteur très vulnérable en cas d’inondation. Les inondations récentes sur d’autres bassins versants montrent en effet que les zones industrielles et commerciales concentrent à elles seules souvent plus de la moitié des dommages matériels en cas d’inondation. Lors des inondations de l’Argens le 15 juin 2010, les dégâts observés sur la seule zone d’activité de La Palud (encore un homonyme…) à Fréjus avaient été évalués à plus de 100 millions d’euros, une zone d’activité déjà inondée en 2006 et qui a connu de nouvelles inondations en 2011 et deux fois en 2014 !

La zone d'activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

La zone d’activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

Pour mieux gérer le risque inondation sur le bassin de l’Huveaune jugé particulièrement vulnérable, les services de l’État ont engagé des études hydrauliques à partir de 2012 et prescrit en 2015 la réalisation d’un plan de prévention du risque inondation (PPRI) actuellement en phase de concertation depuis le 12 avril 2016, l’ouverture de l’enquête publique étant envisagée pour septembre prochain.

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

A cette occasion a été modélisé l’impact d’une crue centennale, c’est à dire un événement qui a une chance sur cent de se produire chaque année, très supérieure donc à la dernière crue encore dans les mémoires, celle de 1978, qui était relativement modeste. Le résultat est spectaculaire (voir la video) et confirme que la zone des Paluds serait très largement sous les eaux, ce qui incite les services de l’État à proposer, dans le futur PPRI de réglementer de manière très stricte les constructions dans ce secteur. Une partie importante de la zone d’activité actuelle se trouverait ainsi en zone rouge, ce qui rend quasiment impossible toute nouvelle construction en dehors de certaines extensions d’ampleur limitée.

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Depuis que ces résultats ont été portés à connaissance de la commune et de l’agglomération du Pays d’Aubagne, début 2014 (après les élections pour ne pas perturber le jeu électoral…), les élus locaux ne décolèrent pas et tentent par tous les moyens de freiner le processus. Le dernier épisode en date a eu lieu la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale des propriétaires de la zone d’activité réunis en assemblée syndicale libre, une sorte de syndic de copropriété. Comme l’a abondamment rapporté La Provence, on y a vu à la tribune trois élus locaux de poids, Bernard Deflesselles (député et 1er vice-président de la Région), Gérard Gazay (maire d’Aubagne et vice-président du Département mais aussi de la Métropole) et Sylvia Barthélémy (président du Territoire et vice-présidente de la Métropole et du Département), tous soutenant fermement la lutte des chefs d’entreprises contre toute tentative de l’État de vouloir imposer des mesures contraignantes du fait du risque d’inondation.

Les responsables de l'ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Les responsables de l’ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Une telle mesure serait, à les entendre, de nature à provoquer ni plus ni moins que « la disparition de la ZI des Paluds à court terme ». Les chefs d’entreprises soutenus par nos élus sont donc prêts à tout pour obtenir « l’assouplissement des contraintes imposées par le PPRI » et ont d’ores et déjà sollicité une rencontre avec le préfet pour négocier de tels arrangements. La question n’est pas de savoir si les activités industrielles et commerciales sont effectivement menacées en cas de forte inondation et comment mieux se préparer pour limiter autant que possible les dommages comme les y invite le PPRI.

Non, l’important est d’éviter à tout prix que l’État puisse afficher ce risque et imposer toute contrainte réglementaire qui en découlerait. La politique de l’autruche a fait ses preuves et il sera toujours temps, en cas de grosse catastrophe, de se retourner vers les assurances et la solidarité nationale pour se faire indemniser, tandis que les mêmes élus locaux se répandront en imprécations devant les médias complaisants, pour reprocher à l’État son incapacité à avoir su prévenir le risque…

Zone d'activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Zone d’activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Une telle attitude peut paraître étonnante alors même que le sud de la région parisienne connaît une de ses plus fortes crues depuis 30 ans et que les médias passent en boucle des images de zones d’activité régulièrement sous les eaux du fait d’une sous-estimation du risque d’inondation lors de leur aménagement.

Une attitude qui rappelle étrangement celle du maire de La Faute-sur-Mer qui s’était opposé avec obstination (et succès!) pendant des années aux efforts des services de l’État pour tenter d’imposer sur sa commune un PPRI de nature à en réglementer l’urbanisation. Son obstination avait largement contribué à la situation catastrophique qu’a connue sa commune lors du passage de la tempête Xynthia avec 29 morts à déplorer. Mais il est vrai que son procès en appel s’est conclu, contre toute attente, par un verdict des plus cléments, l’élu ayant échappé à toute peine de prison. Manifestement, le message a été entendu cinq sur cinq par nos propres élus locaux…

L.V.  LutinVertPetit

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L.V.  LutinVertPetit

M. Deflesselles, le député qui affiche sa mauvaise foi…

8 mai 2016

Député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 17 ans, Bernard Deflesselles vient de distribuer dans les quelques 70 000 boîtes aux lettres de ses électeurs une luxueuse plaquette couleur de 8 pages intitulée « Journal de mandat » et destinée à rendre compte de son travail de parlementaire.Blog299_PhPlaquette

Certains esprits chagrins pourraient certes s’étonner d’une telle parution à un an des prochaines élections législatives prévues en juin 2017, pour lesquelles il souhaite naturellement se représenter, en espérant que son champion, Jean-François Copé, aura été à cette date élu triomphalement Président de la République… Mais on ne peut bien évidemment que se féliciter d’une telle initiative de la part de notre représentant local à l’Assemblée nationale et saluer le caractère pédagogique de ce document de communication édité grâce à l’argent de nos impôts.

Rendre compte de son mandat est bien en effet la moindre des choses pour un parlementaire élu. Malheureusement, on a beau lire et relire le document en question, on ne trouvera pas une seule ligne indiquant quel a été le travail de Monsieur Deflesselles au cours de ces quatre années de mandature à l’Assemblée nationale ! Aussi incroyable que cela puisse paraître et au risque de laisser croire que notre député n’a guère brillé par son assiduité sur les bancs du Parlement, le lecteur ne trouvera pas un mot parmi ces 8 pages de texte pour savoir quelle aura été la position de notre élu sur les multiples débats et les innombrables projets de lois qui auront été débattus durant ces quatre années…

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d'Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d’Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

On comprendra bien entendu que notre député est trop modeste pour mettre ainsi en avant sa participation à la Commission des affaires européennes qui l’a amené à être co-signataire, en novembre 2015, d’un rapport parlementaire d’information que d’ailleurs personne n’a lu sur les négociations internationales relatives au changement climatiques. Cette question est manifestement jugée sans aucun intérêt pour notre député qui préfère dans le bilan de sa contribution à la préservation de l’environnement mettre en avant son rôle décisif qui a permis de poser du gazon synthétique sur le terrain de foot de Carnoux et d’acquérir un 4 x 4 pour une association de Gemenos, sans compter son soutien indéfectible à la Foire aux bestiaux de Beaudinard. Effectivement, voila des actions remarquables qui confirment le rôle visionnaire de notre député en matière environnementale…

A vrai dire, M. Deflesselles montre au travers de ce document que le rôle d’un député, contrairement à ce que pourrait croire un citoyen mal informé, n’a aucun rapport avec le vote des lois de la République mais se caractérise avant tout par son « souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange avec chacun ». A lire son bilan d’activité, force est d’ailleurs de constater que sa principale fonction est de satisfaire les doléances de ses grands amis, les « Maires de la circonscription » en finançant à discrétion, grâce à l’argent public que représente sa réserve parlementaire, l’embellissement des écoles et la pose des caméras vidéo. Une telle clarification n’est pas inutile à un an des prochaines législatives et permet finalement d’en relativiser les enjeux : on croit élire un député alors qu’il s’agit simplement de choisir une assistante sociale…

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l'UMP lors des élections départementales de 2015

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l’UMP lors des élections départementales de 2015

Ceci dit, la lecture de cette belle plaquette en quadrichromie éditée sur fonds publics laisse quand même perplexe car l’essentiel de son contenu s’apparente davantage à un tract de campagne. Pas moins de 4 pages sont consacrées à critiquer vertement la politique menée le gouvernement actuel et à développer le programme politique de la Droite républicaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité gouvernementale, ce côté donneur de leçons est pour le moins étonnant car notre député ne fait pas dans la nuance…

On pensait, manifestement à tort, que la politique économique menée sous la présidence de François Hollande ne se distinguait guère de celle conduite par son prédécesseur, largement dictée par les contraintes extérieures de la mondialisation et des décisions prises à Bruxelles. Mais M. Deflesselles veut absolument nous persuader du contraire, quitte à déformer la réalité des chiffres.

On apprend ainsi que la politique de M. Hollande « a fabriqué plus de 650 000 chômeurs en 3,5 ans ». C’est peut-être lui attribuer plus de pouvoir qu’il n’en a car jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas lui qui a déclenché ce mouvement de fond du chômage de masse qui mine notre économie depuis des années. Pourquoi d’ailleurs faire commencer la courbe du chômage à décembre 2012, à une date où la France comptait déjà 3,1 millions de chômeurs (et encore ne s’agit-il là que de ceux répertoriés en catégorie A, le nombre total de sans emplois étant à cette date plus proche de 5,3 millions) ?

Evolution du nombre de chômeurs en France (catégorie A uniquement)

Evolution du taux de chômage en France (source : INSEE)

On pourrait par exemple remonter à mai 2007, date de l’arrivée au pouvoir d’un certain Nicolas Sarkozy, à une période où la France comptait 2,1 millions de chômeurs (et 4,5 toutes catégories confondues) : sur les derniers 3 ans et demi de son quinquennat, le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté de 780 000, soit davantage que pendant la même durée sous François Hollande ! Faut-il pour autant en attribuer la paternité à la politique économique de son gouvernement que M. Deflesselles soutenait alors ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne et oublier bien d’autres facteurs qui entrent en jeu…

Sur les questions fiscales, les affirmation de notre député sont également pour le moins étranges. Affirmer que François Hollande serait responsable d’une augmentation de 60 milliards d’euros de la fiscalité dont 19 milliards pour l’année 2012 est pour le moins caricatural. La vérité oblige à dire en toute objectivité que cette augmentation de 19 milliards pour l’exercice 2012 a été décidée par le gouvernement de François Fillon, au même titre que les 8 milliards d’augmentation décidées par ce même gouvernement en 2011. Autant de mauvaise fois laisse pantois ! Faut-il vraiment prendre les gens pour des imbéciles et déformer outrageusement la vérité pour se faire élire député ?

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Il est exact d’affirmer que le taux de prélèvement fiscal est particulièrement élevé en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE mais il est pour le moins malhonnête de laisser entendre que ceci serait dû à un matraquage fiscal décidé brusquement lors de l’arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012. Il s’agit là d’un choix de société qui ne date pas d’hier, que l’OCDE constate d’ailleurs chaque année depuis le lancement de son étude comparative en 1965, et qui traduit le fait que notre pays possède un haut niveau de protection sociale et d’investissement public. Comment peut-on d’ailleurs réclamer des baisses de fiscalité tout en hurlant que les collectivités locales sont étranglées du fait des baisses de dotation de l’État ?

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

En matière de fiscalité, et contrairement à ce que laisse entendre M. Deflesselles, ce ne sont pas les impôts qui ruinent le Français puisque l’impôt sur le revenu en France est l’un des plus bas d’Europe tandis que le taux de TVA est plutôt inférieur à la moyenne. Quant à la fiscalité sur les entreprises, elle a très peu augmenté depuis 2011 et vient même de baisser grâce à différentes mesures prises justement par le gouvernement actuel dont la mise en place du Crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises.

L’OCDE elle-même le constate qui déplore que les entreprises ne soient pas assez ponctionnées et que ce soit les salariés qui supportent une lourde part du fardeau via les cotisations sociales particulièrement élevées en France. Sur ce point, l’argument de M. Deflesselles qui s’aligne sur les thèses xénophobes du Front national en reportant la faute à l’aide médicale apportée aux étrangers est totalement ignoble. Il oublie de préciser que le déficit des comptes sociaux est plombé avant tout par les profits indécents des grandes firmes pharmaceutiques et par la fraude aux prestations sociales du fait des entreprises elles-mêmes.

A l’heure où de plus en plus de Français se détournent de la vie politique et s’abstiennent de voter ou alors se reportent sur des votes protestataires extrémistes, peut-être serait-il temps que de vieux routards de la vie politique locale comme M. Deflesselles acceptent enfin de changer de pratique et de regarder la réalité telle qu’elle est, plutôt que de se complaire dans ce genre de discours idéologique totalement caricatural ?

L.V.  LutinVertPetit

A Marseille, la L2 bientôt ouverte au public ?

20 avril 2016

La voie de contournement nord de Marseille, la fameuse L2, fait partie de ces vieux serpents de mer en gestation depuis des années et dont on ne voit jamais la fin. Autoroute A507 de son vrai nom, elle est sensée relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux à l’autoroute A50 via l’échangeur Florian situé à hauteur de Saint-Loup, réalisant ainsi un contournement partiel de Marseille par le nord-est sur une longueur totale de 9,7 km.Blog293_TraceL2

Le linéaire impacté ne paraît pas énorme à première vue mais le projet est dans les cartons depuis 1933 quand même ! Destiné à désengorger les actuelles voies de contournement dont la rocade du Jarret et, plus à l’extérieur, la RD 4 qui relie La Rose à La Valentine, cette fameuse L2 qui a aussi porté le nom charmant de Linea, est attendue depuis maintenant des décennies par les automobilistes marseillais coincés en permanence dans les embouteillages quotidiens de la cité phocéenne.

C’est en réalité l’État qui est à la manœuvre sur ce projet, comme d’ailleurs pour le fameux tunnel de Toulon, mais c’est bien la L2 qui aura finalement gagné haut-la-main la course de lenteur organisée entre les deux projets. Il faut dire, à la décharge du maître d’ouvrage, que depuis les années 1930, le paysage a bien changé et que de multiples contraintes se sont ajoutées aux difficultés financières qui ont plombé les comptes publics et freinent la capacité d’investissement de l’État, sans compter que l’adoption de nouvelles normes toujours plus sévères a fortement contribué à renchérir le coût du projet.

En près d’un siècle, l’urbanisation s’est poursuivie, rendant de plus en plus difficile l’acquisition des terrains nécessaires à l’emprise de la route et poussant les riverains à exiger davantage de protections contre les nuisances sonores. D’une autoroute périurbaine en tranchée à ciel ouvert, la L2 s’est transformée peu à peu en boulevard urbain qui devra être couvert sur près de 80 % de son parcours.

Blog293_PhAbandon

En réalité, les travaux proprement dits ont commencé en 1993, dix ans après la première déclaration d’utilité publique qui date de 1983. Vingt ans plus tard, en 2013, alors que la partie Est de la rocade était achevée sur 5,4 km et commençait à prendre l’allure d’une friche urbaine envahie par la végétation et couverte de tags, les services de l’État ont jeté l’éponge et décidé de confier l’achèvement du chantier à un groupe de BTP dans le cadre d’un partenariat public privé.

C’est Bouygues qui a remporté la mise sous forme d’un contrat juteux de 620 millions d’euros avec à la clé le versement par l’État d’un loyer annuel de 18 millions d’euros pendant 26 ans. Le coût total du projet dépassera ainsi allègrement le milliard d’euros. Rapporté au linéaire de rocade, cela représente plus de 20 fois le prix moyen d’un km d’autoroute, mais si l’on prend en compte la durée du chantier, cela s’explique largement…

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Chantier en cours sur le tronçon nord de la L2

Le chantier a donc repris depuis octobre 2013 comme nous l’avions déjà évoqué ici, et force est de constater que les choses avancent désormais à un rythme nettement plus soutenu. Le tronçon Est qui représente 5,2 km entre l’échangeur Florian et Frais Vallon est désormais terminé et pourrait être ouvert au public dès juillet 2016 comme prévu. De l’ordre de 100 000 véhicules y sont attendus chaque jour, ce qui devrait permettre de désengorger la rocade du Jarret. Quatre tranchées couvertes se succèdent sur ce tronçon dont les murs de soutènement ont été décorés par d’immenses fresques dessinées par de multiples artistes locaux sur une superficie totale de 1600 m2 au niveau de Saint-Julien.

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Fresques ornant les murs de la L2 à Saint-Julien

Blog293_PhSoutenementQuant au tronçon nord, il est encore en plein travaux avec plus de 700 personnes mobilisées sur ce vaste chantier qui comprend plusieurs passages délicats dont la partie située sous le centre commercial du Merlan. Les travaux de confortement des talus dans ce secteur sont particulièrement spectaculaires et expliquent en partie pourquoi ce tronçon nord dont les travaux n’ont débuté réellement qu’en 2014 ne pourra pas être mis en service avant fin 2017. Encore un peu de patience donc, mais les Marseillais n’en sont plus à quelques années près…

L.V.  LutinVertPetit

Aix-Marseille : la métropole enfin opérationnelle ?

17 avril 2016

Après des années d‘atermoiements et de déchirements aussi impitoyables que pathétiques, dans lesquels certains de nos élus locaux se sont illustrés par une puérilité confondante, le pompon vient d’être décroché haut-la-main par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont le conseil municipal a décidé le 29 mars dernier de déposer plainte contre l’État français devant la Commission européenne, au prétexte que la Métropole serait « une vaste connerie » et qu’elle aurait « été constituée sans aucune concertation et sans tenir compte de l’opposition de la majorité des maires du territoire », ce qui « porte atteinte au principe de libre administration des collectivités territoriales ». Après des années de concertation, de multiples conférences métropolitaines et d’innombrables débats acharnés, on reste baba devant un tel argument…

Maryse Joissains-Masini, maire d'Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Mais heureusement, cela ne devrait plus bloquer la mise en place de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence, officiellement créée comme le prévoyait la loi au 1er janvier 2016 et dont le premier président, Jean-Claude Gaudin a été réélu le 17 mars, 10 jours après avoir démissionné, son élection initiale ayant été pour le moins houleuse et contestée. Pour cette deuxième tentative, l’élection a été un peu plus sereine et le sénateur-maire de Marseille, qui aura 77 ans dans quelques mois, a été réélu dans un fauteuil avec 152 voix sur 239 votants. Les autres suffrages se sont répartis de manière assez attendue entre le sénateur-maire du Front national, Stéphane Ravier, le maire PCF de Martigues Gaby Charroux et l’élue marseillaise PS Florence Masse.

Lors de cette même réunion du conseil métropolitain, il a été procédé à l’élection des 26 vice-présidents dont 6 sont désignés d’office comme présidents des nouveaux conseils de territoires qui sont ni plus ni moins que les 6 anciennes intercommunalités que la métropole n’a pas encore réussi à faire disparaître, loin s’en faut. On y retrouve donc l’inévitable maire d’Aix-en-Provence et ex-présidente de la Communauté du Pays d’Aix, Maryse Joissains, mais aussi Guy Tessier pour le territoire de l’ancienne communauté urbaine MPM ou encore Sylvia Barthélémy pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, ce qui relativise fortement l’ampleur du changement apporté par la nouvelle métropole… Histoire d’ajouter encore un peu à la confusion, la première vice-présidente de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence n’est d’ailleurs autre que Martine Vassal, par ailleurs présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il est décidément bien difficile de sortir de la logique de cumul des mandats… On retrouve d’ailleurs dans la liste de ces nouveaux vice-présidents de la métropole naissante les maires de La Ciotat (Patrick Boré), de Cassis (Danielle Milon), d’Aubagne (Gérard Gazay) ou de Gemenos (Roland Giberti), tous également élus au Conseil départemental ou à la région PACA.

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Des tractations entre Gauche et Droite avaient eu lieu avant l’élection, histoire de se répartir les postes entre gens de bonne compagnie, tout en excluant bien entendu les élus du Front national qui n’ont donc aucun représentant au sein du bureau de la métropole, bureau constitué du président, des 26 vice-présidents et de 8 autres élus. Mais tout ne s’est pas forcément déroulé comme prévu et certains dont le maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon, ou celui de Miramas, Jean-François Vigouroux, ont été devancés lors de l’élection par des candidats surprises de Droite qui n’ont pas hésité à fouler aux pieds l’accord politique passé entre Jean-Claude Gaudin et Jean-David Ciot. Voilà qui augure bien mal d’une réelle volonté de travailler ensemble pour l’intérêt général du territoire mais confirme que nos élus locaux sont décidément de grands enfants toujours aussi facétieux…

Chacun des membres du nouveau bureau s’est vu attribuer une délégation. Sans surprise, Patrick Boré sera en charge des activités portuaires et Danielle Milon du tourisme, tandis que Gérad Gazay se voit confier les zones d’activité et Roland Giberti l’eau et l’assainissement. C’est l’élu marseillais Roland Blum, déjà adjoint aux finances de la ville de Marseille qui sera en charge des finances tandis que le président de l’association des maires des Bouches-du-Rhône et opposant irréductible à la métropole, Georges Cristani, par ailleurs maire de Mimet, hérite de la délégation des équipements d’intérêt métropolitain…

Jusqu’en 2020, les conseils de territoires, autrement dit les anciennes intercommunalités conserveront une large partie de leurs prérogatives malgré la perte de leur statut de personnalité juridique. Ils seront en particulier chargés d’élaborer leur plan local d’urbanisme à l’échelle intercommunale, même si la métropole devra procéder à leur approbation officielle et veiller à leur cohérence globale via l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale (SCOT), dont la réalisation devra impérativement être engagée avant la fin de l’année. La transition vers une métropole omnipotente sera donc progressive. C’est d’ailleurs le cas dans la plupart des domaines. Ainsi, en matière d’eau et d’assainissement, ou pour ce qui concerne la gestion des déchets, la compétence de la métropole se limite pour l’instant à l’élaboration d’un schéma global de mise en cohérence mais la compétence opérationnelle continue d’être assumée par les intercommunalités, voire par les communes pour celles qui n’ont pas encore souhaité les transférer. Qu’on se le dise, la métropole ne se fera pas du jour au lendemain, les maires y veillent…

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Toujours est-il qu’un troisième conseil métropolitain vient d’avoir lieu, le jeudi 7 avril, date à laquelle les 240 délégués métropolitaines étaient convoqués au Parc Chanot pour examiner pas moins de 41 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Peu à peu, les choses sérieuses commencent même si une large partie des débats a tourné autour de la constitution des groupes politiques. En attendant l’adoption du futur règlement intérieur, nos élus locaux se sont en effet déchirés autour du seuil nécessaire pour pouvoir constituer un groupe dans la nouvelle métropole, la barre fixée à 20 paraissant trop haute pour certains. Un indice supplémentaire confirmant que la volonté de travailler ensemble n’est pas encore perçue comme parfaitement naturelle dans la nouvelle métropole…

Pour le reste, le nouveau président a dû faire procéder aux votes à main levée après avoir constaté que les votes électroniques conduisaient à un écrasante majorité d’abstentions, attribuée comme il se doit à un bug informatique, à moins que cela ne traduise le fait que la majorité qui lui est acquise n’est pas si solide qu’il n’y paraît puisque certains se réfugient dans l’abstention dès lors qu’on leur accorde un peu de discrétion…

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Le point d’orgue de ce conseil métropolitain était le débat d’orientation budgétaire, prélude au vote du premier budget de la métropole qui devrait être adopté lors de la prochaine réunion du conseil prévue le 28 avril prochain. Les budgets d’investissement votés fin 2015 par les anciennes intercommunalités prévoyaient un montant global de l’ordre de 600 millions d’euros, mais il faudra se contenter de 400 dans ce premier budget métropolitain, ce qui a fait grincer des dents l’opposition socialiste et communiste. L’encien président socialiste de la communauté urbaine, Eugène Caselli, regrette le « retard pris par la métropole pour mettre en place ses structures techniques, humaines et financières ». Il évoque les urgences auxquelles il s’agit de répondre, « en matière de transport, de développement économique, de grands projets structurants, de contraintes financières et sociales et devront s’inscrire dans uns stratégie globale et pluriannuelle pour l’ensemble du territoire lors de la construction du budget 2017 ». Il estime pour sa part que « les investissements publics n’ont pas vocation à se porter uniquement sur les ronds points, les stades ou les salles de spectacle ». L’élu frontiste Stéphane Ravier, en rajoute une louche en affirmant que la métropole est « un monstre technocratique difficile à gouverner » dont la solvabilité « n’est pas garantie ». Quant au maire PRG de Grans, Yves Vidal, il en est déjà à estimer qu’il faut « solliciter l’État pour éviter la faillite dans 2 ans ».

Même Jean-Claude Gaudin reconnaît d’ailleurs qu’ « on n’arrivera pas à réaliser tout ce qui est prévu »… Autant d’optimisme et d’enthousiasme ne devrait pas manquer de conforter la population de l’aire métropolitaine dans le grand espoir qu’elle porte envers cette nouvelle structure de gouvernance !

L.V.  LutinVertPetit

Si Carnoux m’était contée… (partie 3)

13 avril 2016

LogoJubileNous poursuivons notre petit retour en arrière sur les débuts de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année ses 50 ans. Après avoir évoqué l’acquisition des premiers terrains en 1957 par un groupe de Français établis au Maroc, puis les premières années au cours desquelles se construit l’ébauche d’une nouvelle ville, voici venu le temps de l’arrivée des pieds-noirs d’Algérie. Cet article est le troisième d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

Eté 1962, un million de pieds-noirs quittent l’Algérie en catastrophe. Un certain nombre d’entre eux découvre Carnoux dont on dit que c’est « la ville des pieds-noirs ».

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Les réactions sont variées. « Un jour, mon père m’a amenée voir la ville qui était minuscule et qui surtout était entourée de collines pelées et il m’a dit : « Tu vois, c’est là qu’ils veulent nous installer… » Pour lui c’était un ghetto et il n ‘avait aucune confiance en ce projet », raconte Annie, de Blida, qui d’ailleurs a, depuis, acheté une maison à Carnoux !

Pour d’autres, au contraire, Carnoux est la ville où ils veulent vivre. Entre « Marocains » et « Algériens », on doit pouvoir se comprendre…

Pour s’installer, il faut aller voir la CIF et être « parrainé ». Deux Carnussiens doivent se porter garants de votre moralité. Le prix du terrain reste de 30 à 40 % inférieur à celui pratiqué dans la région, et une villa de 4 pièces revient 50 000 nouveaux francs comme on disait à l’époque. Les « Logéco » de l’avenue Paul-Verlaine sont même moins chers : 40 000 NF.

En janvier 63, un journaliste du « Méridional », Melchior Calandra, écrit sous le titre « Carnoux en Provence ville de l’avenir » : « Au milieu des pins, embaumant le thym et le romarin, entre mer et montagne, à 250 mètres d’altitude, abrité du Mistral par les monts de la Sainte-Baume, Carnoux, de par sa situation privilégiée, semble faire partie d’un autre monde… On se demande bien vite et non sans étonnement, comment l’homme a pu dédaigner durant tant de siècles, ce lieu paradisiaque ».

Deux communautés différentes

En 63, Carnoux compte 334 villas bâties, 76 en cours de construction, 60 appartements en copropriété, 30 en location et une douzaine de magasins. Pour satisfaire les demandes des pieds noirs d’Algérie, on entreprend, le long du Mail, la construction des immeubles qu’on appelle encore parfois « immeubles des rapatriés », et qui portent des noms d’aviateurs, Mermoz, Guynemer… Mais tout ne va pas pour le mieux entre les deux communautés. D’un côté, des hommes installés, aisés, plus très jeunes, M. Prophète par exemple, né en 1896, avait donc 66 ans en 1962, De l’autre, des gens traumatisés par un départ plus que douloureux, beaucoup ont tout perdu, ils sont jeunes avec des enfants. A l’un d’entre eux, Emilien Prophète lancera même : « Vous n’êtes que des va-nu-pieds ! ». Paroles que beaucoup ne lui pardonneront pas. En même temps se met en place, côté Carpiagne, la zone industrielle. Parmi les premiers installés, citons la fabrique de cotillons et de feux d’artifice de M. Bernard, Soprafêtes, la marbrerie Colombo ou la ferronnerie Moyo.

Côté commerces, madame Petit tient une boutique de bonneterie qui fait aussi pressing. Les Girard, venus d’Agadir où ils ont tout perdu dans le tremblement de terre, sont dépositaires de presse. Il y a deux salons de coiffure, l’un pour hommes, l’autre pour femmes. Maria del Carmen Plattilero et son mari tiennent une librairie qui sera bientôt transformée en droguerie outillage et dépôt de gaz butane.

Vers l’autonomie de la commune

« Nous étions de Belcourt (banlieue algéroise) où nous tenions un magasin de pièces détachées auto. En 63, nous nous sommes classés cinquièmes dans un concours organisé par une marque de butane et impliquant les 230 concessionnaires des Bouches-du-Rhône ! Il faut dire que nous vendions plus de 50 bouteilles de gaz par semaine », se souvient Maria avec une certaine fierté.

Notre ami Maurice Bonneau n’a pas voulu être en reste. Rompant avec son ancien métier, il ouvre un commerce de chaussures, jouets et articles de sport.

De plus en plus de voix s’élèvent pour que Carnoux devienne une commune à part entière. Une seconde enquête en juillet 63 échoue comme la première. Il était cette fois question de rattacher Carnoux à Aubagne. Un « comité des cinq », composé de MM. Heinrich, Laforêt, Faure, Calandra et Bonan, se constitue et invite la population à signer une pétition en vue d’obtenir l’autonomie de Carnoux. La troisième et dernière enquête aura lieu en septembre 64. Peu à peu, devant la détermination des Carnussiens, les obstacles s’effacent un à un et c’est le 19 décembre 1964 que le conseil général approuve enfin le projet d’érection de Carnoux en commune distincte.

Annie MONVILLE

Article publié le 30 décembre 2004 dans La Provence

A Aubagne, le tramway menacé par un effondrement…

23 mars 2016

Décidément, la journée du 9 mars 2016 aura été celle de tous les dangers pour les canalisations de la région ! Dans la nuit, une conduite transportant de la soude sous pression avait lâché à 2 heures du matin sur le site industriel d’Alteo à Gardanne, provoquant un panache de vapeur d’eau qui s’était étalé sur les environ, déposant de jolis cristaux de soude sur près de 35 hectares. Le même jour, à Aubagne, en début d’après-midi, c’est le collecteur principal des eaux usées qui s’est rompu, sur l’avenue des Goums au niveau du pont de la Californie, provoquant un effondrement spectaculaire sur la chaussée, juste en bordure de la plateforme du tramway.

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Le tramway qui passe en surface juste au dessus du collecteur a dû être immédiatement interrompu et remplacé par des bus de substitution pour assurer la continuité du service public entre la gare d’Aubagne et le quartier du Charrel, tandis qu’un système de circulation alternée a dû être organisé en urgence par les services techniques de la ville. Une chance que le fontis ne se soit pas ouvert au droit des rails du tramway lors du passage de ce dernier…

Le tramway d'Aubagne sur l'avenue des Goums

Le tramway d’Aubagne sur l’avenue des Goums

Cette canalisation assez ancienne puisqu’elle date de 1933 et qui n’a manifestement pas été consolidée lors des travaux de voirie en vue de la mise en place du tramway, évacue en direction de la station d’épuration Géolide, opérationnelle depuis 1987 en bordure de l’Huveaune près du stade Vélodrome à Marseille, l’ensemble des eaux usées d’Aubagne et de plusieurs communes avoisinantes, dont celle de Carnoux-en-Provence. Il s’agit donc d’une branche majeure du réseau d’assainissement de l’est marseillais, propriété des communes du Pays d’Aubagne et de l’Etoile mais aussi de Gemenos et de Carnoux. L’ouvrage lui-même est un ovoïde en maçonnerie de 1,60 m de hauteur, enterré à près de 6 m de profondeur.

Depuis 2014, c’est la SPL (société publique locale) créée par les communes de l’ex communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile et joliment dénommé L’eau des collines, qui a repris la compétence assainissement sur une partie de son territoire. Mais sur les communes d’Aubagne ou de La Penne-sur-Huveaune, ce n’est pas encore le cas car cette compétence est confiée par délégation à la Société des Eaux de Marseille, une filiale de Véolia, dans le cadre d’un contrat qui court jusqu’au 31 décembre 2016. C’est néanmoins sur le site de la SPL que l’on trouve les informations les plus complètes sur cet effondrement intempestif sur lequel sont intervenus, outre les équipes techniques de la SEM et de la SPL, des agents missionnés par la société Bronzo.

Blog287_PhTravaux

Tout ce petit monde a procédé dans un premier temps à une mise en sécurité du site avant de se livrer à un diagnostic plus approfondi de la situation. Aux dernières nouvelles, en date du 15 mars 2016, la société Bronzo avait procédé aux terrassements nécessaires pour accéder au toit du collecteur à partir de la zone effondrée et pour sécuriser la fouille par un blindage approprié. Un barrage a alors été mis en place en amont de la zone effondrée afin de court-circuiter cette dernière et de procéder aux pompage nécessaires pour vider progressivement le collecteur dans le tronçon qu’il va falloir consolider.

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Un chantier relativement important donc qui risque de se prolonger quelques semaines. Les usagers du tramway n’ont sans doute pas fini d’emprunter les bus de substitution, en espérant que les inspections du tronçon effondré ne mettent pas en évidence la nécessité d’entreprendre une réfection de l’ensemble du collecteur qui se prolonge ensuite via La Penne-sur-Huveaune jusqu’à Marseille. La collecte des eaux usées n’est jamais un long fleuve tranquille…

M.V.