Posts Tagged ‘Aire métropolitaine’

Sécurité : les communes ne regardent pas à la dépense !

5 juin 2019

Après les attentats du Bataclan en novembre 2015 ou celui du 14 juillet 2016 à Nice, nombre de Français ont l’impression de vivre dans un monde devenu brutalement plein de danger, soumis à une menace terroriste permanente qui peut frapper à tout moment. Un sentiment d’insécurité entretenu par un traitement médiatique globalement anxiogène et du coup largement partagé par nombre de nos concitoyens. La réalité demande pourtant à être sensiblement nuancée. Le bilan officiel de la délinquance publié le 31 janvier 2019 fait état pour l’année 2018, en tout et pour tout, de 845 homicides, moins qu’en 2016, tandis que les cambriolages et les vols avec violence sont en diminution significative depuis plusieurs années consécutives.

Intervention des forces de l’ordre suite à l’attentat de Nice en juillet 2016 (photo © Reuters / JDD)

845 homicides pour près de 67 millions d’habitants, cela représente à peine plus de 1 meurtre pour 100 000 habitants, près de 4 fois moins que la moyenne mondiale et bien loin des statistiques du Brésil (autour de 30), de la Russie (supérieur à 12) ou encore des États-Unis (de l’ordre de 5, mais pouvant atteindre 50 dans certaines villes comme Detroit ou Baltimore). A la fin des années 1990, on dénombrait plutôt autour de 1000 homicides annuels en moyenne en France et plus on remonte dans le temps, plus ce taux est élevé : jamais probablement la sécurité n’a été aussi élevée dans les villes françaises.

Des policiers municipaux équipés de pied en cap à Marseille (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Mais cela ne change rien au sentiment d’insécurité qui gagne la population, surtout parmi les plus âgés. Les élus locaux, à l’écoute de leurs électeurs, ne peuvent bien entendu rester indifférents à une telle opinion, et ils se sont donc lancés depuis plusieurs années dans une véritable course à l’échalote en vue de renforcer leurs investissements humains et matériels en faveur de la sécurité. Une politique qui pèse de plus en plus lourd dans les budgets municipaux comme l’a analysé une étude récente publiée par la Gazette des communes.

Installer des caméras de télésurveillance un peu partout sur la voie publique est devenue un impératif pour nombre d’élus municipaux, d’autant que cela permet aussi de verbaliser les automobilistes comme c’est le cas à Carnoux. Plus de 6 000 communes seraient ainsi équipées de caméras en France. Mais cela coûte cher, en moyenne 175 000 euros d’investissement par commune. Et pour les plus zélées, comme la commune nouvelle de Capavenir-Vosges qui a installé pas moins de 45 caméras pour seulement 9 000 habitants, la facture se monte à 580 000 €, qui dit mieux ?

Centre de supervision urbain de Marseille (source © Ville de Marseille – mairie des 6 et 8e arrondissements)

Installer une caméra coûte en effet de l’ordre de 10 000 € pièce, voire 15 000 en site urbain pour une bonne qualité d’image. Et il faut ajouter à cela l’aménagement du centre de supervision destiné à visionner les images, un investissement qui atteint au moins 150 k€ et peut grimper à 1,5 millions pour une grande ville disposant de plus de 1000 caméras comme c’est le cas à Marseille par exemple.

Même Carnoux s’est constitué sa propre police municipale… (source © Ville de Carnoux)

Et comme les caméras seules n’ont, au mieux, qu’un effet dissuasif, il faut bien évidemment recruter aussi du personnel. Les maires ont intégré depuis longtemps qu’ils ne pouvaient compter sur les seules forces de la Police ou de la Gendarmerie nationale, et ils préfèrent recruter leurs propres agents de police municipale, à l’instar de Carnoux où 4 postes de policiers ont été créés malgré la présence sur la commune d’une brigade entière de gendarmerie.

On comptait ainsi en France de l’ordre de 13 000 agents de police municipale en 1998. Vingt ans plus tard, on en dénombre pas moins de 22 000, ce qui représente une augmentation spectaculaire de 70 %. Un score remarquable en ces temps de disette budgétaire et de coupes drastiques dans les dépenses publiques. En 2018, Villes de France évaluait le budget moyen annuel (charges de personnel incluses) d’une police municipale à 880 000 euros, avec bien sûr de fortes disparités selon les communes. Ainsi, Marseille se distingue, elle qui s’est constituée la plus importante police municipale de France, avec 439 agents pour lesquels la ville a inscrit la bagatelle de 24 millions d’euros dans son budget 2019. Des dépenses qui se font bien entendu au détriment d’autres priorités comme l’entretien des écoles

Jean-Claude Gaudin passe en revue les troupes de la police municipale de Marseille en 2106 (photo © Benoît Gilles / Marsactu)

Car un policier coûte cher non seulement en frais de personnel, mais aussi en équipement et en formation. Entre les uniformes, les véhicules, la radio, le matériel de protection, l’équipement informatique, les armes de poing et de défense, l’équipement d’une petite troupe de 5 policiers municipaux reviendrait ainsi à plus de 80 000 €, sans compter les salaires et charges de personnel, ni bien sûr les frais de formation, notamment pour apprendre à tirer.

Et ce n’est pas tout car, en réalité, le plus gros poste de dépense des municipalités en faveur de la sécurité concerne l’organisation des manifestations publiques, festivals et autres fêtes de village pour lesquels il est désormais impératif de respecter des exigences de sécurité de plus en plus sévères. Filtrage des entrées voire fouilles au corps par des vigiles recrutés auprès d’officines privées, mise en place de barrières et de dispositifs anti-intrusion, gardiennage, autant de pratiques désormais obligatoires pour sécuriser l’accès à de nombreux établissements publics et garantir la tranquillité des spectateurs lors de rassemblements festifs.

La surveillance des manifestations publiques, du ressort de la police municipale, ici sur le Marseille-Cassis en 2009 (photo © Frédo / Marseille la belle)

Pour de nombreuses communes, la protection des sites sensibles et des grands événements culturels et sportifs représente désormais le plus gros poste de dépense en matière de sécurité. Ainsi, entre 2015 et 2018, les dépenses de sûreté des salles de spectacles et des festivals seraient passées de 187 à 311 millions d’euros, selon une enquête statistique du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz. De quoi donner le tournis à plus d’un élu municipal.

A se demander d’ailleurs s’il est bien raisonnable de dépenser autant d’argent public, déversé sans compter sur des agences privées de gardiennage et auprès de prestataires en tout genre, pour assurer la sécurité de tous dans l’espace public. D’autant que la tendance à l’inflation des coûts ne semble pas près de s’arrêter en particulier dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 pour lesquels 12 millions de visiteurs sont attendus, au point que la Ville de Paris annonce d’ores et déjà envisager de mobiliser pas moins de 70 000 personnes, dont un peu plus de 20 000 agents de sécurité privée. Un beau jackpot en prévision pour tous ceux qui investissent ce domaine économique en pleine expansion…

L. V.

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Les stations d’épuration du futur ?

26 mai 2019

Station d’épuration de Carcès dans le Var (photo © Gilbert Rinaudo / Var Matin)

Quoi de plus banal, de plus laid voire nauséabond, qu’une station de traitement des effluents, chargée de purifier tant bien que mal les eaux usées que l’on rejette jour après jour sans trop se soucier de leur devenir ? Il existe en France plus de 20 000 stations d’épuration qui retraitent ainsi chaque année plus de 5 milliards de m3 d’eaux usées, rejetant au passage dans l’atmosphère de grosses quantités de protoxyde d’azote, un gaz à fort potentiel d’effet de serre.

Souvent construites dans des endroits discrets, à l’écart des zones habitées pour ne pas trop déranger le voisinage par une pollution visuelle et parfois olfactive, les stations d’épuration sont bien souvent bâties en zone inondable, près des cours d’eau, afin de pouvoir y rejeter discrètement les eaux plus ou moins propres issues du processus de retraitement, tandis que les boues sont épandues dans les champs, là où les filières agricoles les acceptent.

Rejets d’eaux usées directement dans le Fier à la sortie de la station d’épuration de Cran-Gevrier près d’Annecy, le 11 février 2018, suite à un accident industriel (photo © S.B. / le Dauphiné Libéré)

En cas de fortes pluies, lorsque les réseaux et les installations de traitement sont saturés car les eaux de ruissellement pluvial viennent trop souvent grossir les effluents à traiter, des déversoirs d’orage permettent de rejeter directement les eaux usées dans le milieu naturel sans le moindre traitement : quand la rivière est en crue, le tout est vite dilué et emporté, ni vu ni connu… Et en été, quand les débits des cours d’eau sont au plus bas, il n’est pas rare de voir des panaches d’effluents ou de mousse blanchâtre flotter sur quelque distance à la sortie des canalisations de rejet. Pour ce genre d’incident, la police de l’eau sait se montrer conciliante…

Comme les abattoirs ou les raffineries de pétrole, les stations d’épuration font partie de ces outils indispensables à une vie en société, moderne et confortable, où l’on ne se soucie pas trop des conséquences de nos actes, même si chacun milite de bonne foi en faveur d’un monde plus respectueux de l’environnement : comme chacun sait, l’homme est pétri de contradictions et c’est probablement ce qui fait sa richesse…

Et pourtant, toutes les stations d’épuration ne correspondent pas à cette image, loin s’en faut. C’est même un domaine qui a connu d’énormes progrès en quelques décennies, et qui n’hésite plus à l’afficher. La technique des stations à boues activées, inventée en 1914 par deux Anglais et qui consiste grosso modo à aérer, dans de vastes bassins, les eaux usées pour favoriser le travail de dégradation par les bactéries, se sont multipliées en France à partir des années 1960, d’abord dans les grandes villes puis de plus en plus dans les bourgs ruraux.

La géode qui marque l’entrée de la Géolide, station d’épuration enterrée de Marseille (source © Tourisme Marseille)

 

Ainsi, la station Geolide, aménagée en souterrain près du stade Vélodrome à Marseille et qui traite les eaux de 17 communes dont Carnoux-en-Provence, fait partie de ces installations modernes et efficientes. Construite en 1987 et améliorée en 2008, elle intègre deux étapes successives de traitement, d’abord physico-chimique (dégrillage, désablage, déshuilage, coagulation), puis biologique (biofiltres bactériens), tandis que les boues issues du dispositif sont elles-mêmes traitées près de Sormiou par décantation avant d’être valorisée pour la production de biogaz puis de chaleur après déshydratation.

Station d’épuration de Bastia sud, étendue en 2014 (source © Cabinet Blasini)

Globalement, et malgré les gros efforts d’investissement réalisés ces dernières années, avec l’aide financière massive des Agences de l’Eau, la France a bien du mal à respecter les injonctions de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines qui date pourtant de 1991. En 2004, le pays a ainsi écopé d’un sérieux avertissement pour 140 grosses agglomérations jugées non conformes, et en 2013, la Cour de justice de l’Union européenne a de nouveau condamné la France pour non respect de ses engagements sur plusieurs sites dont ceux de Bastia et Ajaccio.

Mais on progresse et de plus en plus de stations d’épuration s’équipent avec les techniques les plus modernes d’ultrafiltration membranaire et d’ozonation qui permettent désormais d’éliminer la plupart des polluants résiduels, y compris certains micro-polluants dont on connait maintenant les impacts négatifs sur les milieux naturels mais dont on commence tout juste à mesurer les concentrations.

La récupération des calories présentes dans les eaux usées est aussi un procédé qui se développe de plus en plus, au même titre que la valorisation du biogaz présent dans les boues de traitement, ce qui permet d’améliorer sensiblement le bilan carbone de ces installations très consommatrices en énergie. Et l’on imagine désormais des procédés qui permettent de réutiliser les eaux issues du traitement pour l’arrosage des espaces verts notamment ou d’autres usages sans risque sanitaire, ce qui permet, là aussi, d’améliorer sensiblement l’empreinte environnementale de ces usines.

Vue aérienne de l’usine de traitement Seine aval à Achères (source © SIAAP / Dossier débat public / Doc Player)

Ces développements vertueux ne sont pas l’apanage des seules grosses installations comme celles de Geolide ou encore la station d’Achères ou Seine aval, gérée par le SIAAP en aval de l’agglomération parisienne et qui traite les effluents de quelques 6 millions d’habitants, faisant d’elle la plus grosse station d’épuration en Europe, la deuxième au mode derrière celle de Chicago. De gros progrès ont aussi été réalisés pour les petites stations rurales, avec notamment le développement de la phytoépuration via des filtres plantés de roseaux.

Citons par exemple le cas d’un projet de station d’épuration nouvelle génération qui est en construction sur la commune de Fleury dans l’Oise. Le syndicat mixte d’assainissement des Sablons, qui porte le projet, a en effet fait appel au procédé innovant commercialisé par la société française Sources sous le joli nom de Villa Calypseau. Cette station, dont la mise en service est prévue pour fin 2019 et dont la capacité est de 12 700 équivalents habitants, utilisera un système innovant de traitement biologique, breveté par le groupe néerlandais Nereda et qui repose sur le principe de la granularisation des boues actives. Ce procédé présente le gros avantage de supprimer les bassins de clarification tout en permettant un rendement très supérieur pour la déphosphatation, ce qui permet d’éviter le recours à l’ajout de réactif de type chlorure ferrique tout en diminuant le volume de boues produites.

Maquette de la future station d’épuration de Fleury (source © Villa Calypseau / L’eau, l’industrie, les nuisances)

Un tel dispositif permet du coup de construire des stations d’épuration nettement plus compactes et de dégager des économies substantielles sur les coûts d’exploitation. Celle de Fleury présentera une qualité architecturale particulièrement soignée : de quoi rêver à implanter bientôt les futures stations d’épuration non plus dans les recoins les plus reculés de notre territoire mais de manière bien visible, histoire de rappeler à chacun d’entre nous le devenir de nos eaux usées dont bien peu se soucient au quotidien…

L. V.

Écoles de Marseille : affaires sensibles…

18 mai 2019

Charlotte Magri, lanceuse d’alerte sur l’état de délabrement de certaines écoles de Marseille (source SNU IPP)

A Marseille, le sujet des écoles primaires, pour nombre d’entre elles vétustes, mal entretenues ou carrément délabrées n’a pas fini de faire parler. On se souvient de l’ex enseignante, Charlotte Magri, qui, désespérée par l’inertie des services techniques communaux et révoltée par l’état de délabrement de sa classe des quartiers nord de Marseille, avait rédigée fin 2015 une lettre ouverte à la ministre de l’Éducation nationale pour dénoncer le manque d’entretien des écoles marseillaises.

L’affaire avait fait du bruit et avait mis Jean-Claude Gaudin en fureur, ulcéré qu’on ose critiquer l’efficacité de ses 12 000 fonctionnaires municipaux dans la gestion des bâtiments scolaires, une compétence exclusive de la commune. Sous la pression des médias, dont Libération qui titre alors « Marseille : école primaire, gestion secondaire », la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, déclenche immédiatement un audit sur l’état des écoles marseillaises afin d’identifier les risques sanitaires, d’hygiène et de sécurité.

Le rapport, resté longtemps soigneusement rangé mais auquel Libération a finalement pu avoir accès en mars 2019, dresse la liste des 444 écoles élémentaires publiques de la commune, en mentionnant les problèmes constatés : présence de rats et de cafards dans les classes, suspicion d’amiante, chauffage défectueux, huisseries bloquées, infiltrations, fissures structurelles, escaliers dangereux, toilettes bouchées, faux plafond instables, on en passe et des pires…

A Marseille, attention aux chutes de dalles des faux plafonds dans les salles de classe ! (photo © Flickr / Le Parisien)

Et il a fallu attendre le lancement du fameux partenariat public-privé imaginé en octobre 2017 par la municipalité de Marseille qui comptait endetter la ville pour plus d’un milliard d’euros afin de reconstruire une trentaine d’écoles, pour relancer de nouveau la polémique, aggravée il est vrai par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018, accident qui mettait en lumière une fois de plus l’impéritie des services municipaux de la deuxième ville de France.

Manifestation en juin 2018 devant la mairie de Marseille contre le recours à un partenariat public-privé pour la rénovation des écoles (photo © Patrick Gherdoussi / Libération)

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, déclenche alors, illico, un nouvel audit, histoire de vérifier que la situation ne se serait pas miraculeusement améliorée d’elle-même en deux ans. Mais il n’en est rien, comme en attestent les listes de problèmes que font remonter les directeurs d’écoles interrogés. Et pour faire bonne mesure, histoire de montrer que la ville n’est pas en reste, Jean-Claude Gaudin annonce à son tour le lancement d’un troisième audit, pour un coût de 6 millions d’euros, un budget conséquent qui aurait peut-être été mieux employé à commencer à reboucher les fissures les plus grosses. Mais qui permet surtout au maire de reprendre la main dans un dossier où la galéjade ne suffit plus à apaiser la colère des enseignants et des parents d’élèves.

Jean-Claude Gaudin, ici en octobre 2017, dans le déni face au problème d’entretien des écoles de certains quartiers marseillais (photo © Bernard Langlois / AFP / L’Humanité)

Car l’affaire commence à enfler, à tel point que rabâcher que tout cela n’est que le reflet de la vindicte parisienne de bobos en mal de « Marseille basching » commence par devenir un peu court… Même France Inter s’en mêle au travers de l’émission Affaires sensibles animée chaque jour de 15 h à 16 h par Fabrice Drouelle et habituellement plutôt centrée sur des affaires politico-mafieuses où se croisent affairisme et raison d’État.

Diffusée en deux parties, les 3 et 10 mai 2019 et encore accessible en podcast, l’émission titrée « Écoles marseillaises : attention travaux ! » est une fiction rédigée par la scénariste Mariannick Bellot, en résidence l’an dernier dans le 3ème arrondissement de Marseille avec l’association La Marelle. On y croise parents d’élèves angoissés, enfants inquiets, enseignants catastrophés et collectifs organisés, tous mobilisés pour essayer de faire bouger des services techniques municipaux plus ou moins réactifs et pas toujours très compétents ni très efficaces.

L’interview de Stéphanie Harounyan, la correspondante locale du journal Libération, lequel vient de créer une newsletter spécifique à Marseille, vient éclairer la fiction en deuxième partie de l’émission. Une manière divertissante mais très efficace d’attirer l’attention sur un véritable problème de gestion publique qui ne fait guère honneur à la municipalité dirigée depuis tant d’années par Jean-Claude Gaudin : à écouter sans aucune modération !

L. V.

Métropole lyonnaise : modèle ou exception ?

16 mai 2019

L’organisation territoriale française n’en finit pas d’évoluer et semble encore bien loin de se stabiliser. Initiées en 2009 à l’initiative de François Fillon alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, les métropoles étaient supposées devenir des collectivités territoriales à part entière, regroupant sur leur territoire les compétences de l’intercommunalité, du Département et même partiellement de la Région. Une vision particulièrement intégratrice donc, mais largement mise à mal dans sa traduction législative au travers des lois finalement adoptées en 2010, 2014, 2015 et 2017.

Carte des métropoles française au 1er janvier 2018 (source : Wikipedia)

Dix ans plus tard, la situation est pour le moins confuse… On dénombre à ce jour 22 métropoles françaises, soit plus du double de ce qui était imaginé à l’époque. La première d’entre elles, créée au 31 décembre 2011, celle de Nice, a été la seule à se constituer de manière volontaire en application de la loi de 2010, par fusion entre la communauté urbaine et 3 communautés d’agglomération. Neuf autres ont suivi en 2015, créée automatiquement dans des pôles urbains de plus de 650 000 habitants, à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. La loi de 2017 a permis d’élargir cette création à des pôles urbains plus modestes et de créer 9 métropoles supplémentaires qui concernent les agglomérations de Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz, Tours, Brest et Nancy.

Territoires respectifs de la Métropole de Lyon et du Département résiduel du Rhône

A ces 19 métropoles de droit commun, s’est ajoutée à partir du 1er janvier 2015 celle de Lyon, la seule qui possède le statut de collectivité territoriale à part entière car créée par fusion entre un établissement public de coopération intercommunale, l’ancienne Communauté urbaine du Grand Lyon, et une large partie du Département du Rhône, ce dernier se réduisant désormais à sa portion congrue limitée aux seuls territoires restés en dehors de la métropole lyonnaise. Cette métropole de Lyon est pour l’instant la seule à rassembler, sur son territoire, un aussi large panel de compétences puisqu’elle a récupéré toutes celles qu’exerçait l’ancien Conseil départemental avant son repli territorial.

Ce n’est pas du tout les cas des deux dernières métropoles existantes, créées toutes les deux au 1er janvier 2016 et qui pour l’instant font figures de bricolage inachevé, à savoir celles du Grand Paris et celle d’Aix-Marseille-Provence. Dans les deux cas en effet, de fortes résistances se sont exprimées pour maintenir un échelon supplémentaire, sous forme d’établissements publics territoriaux, niveau intermédiaire entre les Communes et la Métropole, tandis que les Départements comme la Région gardaient toutes leurs prérogatives.

Sur l’aire marseillaise où le Conseil départemental des Bouches-du Rhône et la Métropole sont désormais dirigés par la même personne, en l’occurrence Martine Vassal, une fusion des deux structures commence à se dessiner, même si cela suppose de régler le sort des 29 communes de la partie arlésienne du Département, jusqu’à présent hors Métropole, soit en envisageant de réduire le Département à cette seule zone sur le modèle lyonnais, soit en la rattachant à l’aire métropolitaine qui engloberait dans cette hypothèse la totalité de l’actuel Département des Bouches-du-Rhône.

Les communes des Bouches-du-Rhône hors territoire métropolitain (source infographie © La Provence)

C’est dire si le modèle lyonnais est scruté à la loupe même si la plupart des autres métropoles refusent catégoriquement jusqu’à présent et pour différentes raisons, une éventuelle fusion avec leur Département. En novembre 2017, la Cour des Comptes s’était déjà penchée sur le sujet dans son rapport sur les finances publiques locales dont tout un chapitre était consacré à l’état d’avancement de la réforme territoriale, les magistrats conseillant d’ « évaluer le caractère reproductible de la création de la métropole de Lyon à partir d’un bilan en termes d’efficacité  et d’efficience des politiques publiques métropolitaines et départementales ». La Cour des Comptes regrettait le caractère très inachevé de la réforme puisque la quasi-totalité des métropoles ne sont que des communautés urbaines modifiées qui continuent de cohabiter avec toutes les autres strates territoriales préexistantes.

Michel Mercier et Gérard Collomb en 2014 (source © Lyon Mag)

Son souci d’évaluation en tout cas a été exaucé puisque le sujet a fait l’objet d’un rapport d’information sénatorial qui vient d’être rendu public, le 10 avril 2019 et qui analyse précisément ce qu’a apporté le processus de métropolisation à Lyon avec 4 ans de recul. Fruit de la volonté politique de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb, alors respectivement président du Département et de la Métropole, cette fusion apparaît, au yeux des sénateurs comme ayant été très positive pour le territoire puisque les finances des deux collectivités sont particulièrement saines après 4 ans d’activité. La Métropole a pu faire des économies significatives sur sa masse salariale et ses dépenses de fonctionnement. De son côté, le Département qui était empêtré dans des problème de fort endettement et d’emprunts toxiques à gérer, a pu retrouver une forte capacité d’autofinancement et de réelles marges de manœuvre.

Dessin de Lasserpe paru dans La lettre du cadre territorial en février 2019

Une opération plutôt bénéfique pour le territoire donc, mais qui n’est pas forcément reproductible ailleurs. En effet, les sénateurs mettent en évidence plusieurs éléments particulièrement favorables qui expliquent largement ce succès. Les deux collectivités jouissent d’une démographie très dynamique avec une augmentation de la population d’environ 10 % pour chacune d’elles entre 2006 et 2016, et un revenu fiscal par ménage sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale. Chacune des deux collectivité est plus riche que la moyenne des départements français et ses recettes fiscales ont fortement progressé durant les dernières années, ce qui constitue incontestablement un facteur très positif et explique largement la bonne santé financière de ces deux structures.

Réunion de l’Assemblée des Départements de France le 17 octobre 2018 à Paris (source © Public Sénat)

Rien ne prouve donc qu’une opération de fusion entre le Département des Bouches-du-Rhône et la Métropole marseillaise aboutirait à un résultat aussi favorable. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération, sous réserve qu’elle soit aussi bien préparée et accompagnée qu’elle l’a été dans le Rhône, outre qu’elle présente l’avantage d’une réelle simplification et d’une rationalisation de l’organisation territoriale locale, n’est pas non plus forcément synonyme de chaos comme le hurlent sur tous les tons et à qui veut l’entendre les élus de l’Assemblée des Départements de France qui craignent pour l’avenir de leurs structures et de leur pouvoir…

L. V.

La Ciotat, plus belle baie du monde, après celle d’Ha Long…

28 avril 2019

La baie d’Ha Long, située dans le nord du Vietnam est connue mondialement pour ses milliers d’iles karstiques au relief déchiqueté baignant dans des eaux turquoises, formant un écosystème tropical d’une grande richesse et créant un paysage fabuleux qui attire des millions de touristes chaque année. Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1994, le site a aussi été sélectionné en 2011 comme l’une des sept merveilles de la nature, au même titre que les chutes d’Iguazu, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, ou la Montage de la Table, qui domine la ville du Cap en Afrique du Sud.

La baie d’Ha Long au Vietnam

Cette baie fabuleuse fait également partie du club très select des Plus belles baies du Monde aux côtés notamment de la baie de San Francisco en Californie, celle des Saintes en Guadeloupe, le golfe de Girolata en Corse, ou encore la baie de Diego-Suarez à Madagascar ou celle du Siné Saloum au Sénégal.

Créée en mars 1997 à Berlin, cette association internationale, qui est aussi une marque déposée, regroupe actuellement 41 membres issus de 27 pays et qui, tous, se caractérisent par des golfes marins constituant des écosystèmes remarquables, abritant une faune et une flore d’une grande richesse faisant l’objet de mesures de protection spécifiques, considérés comme emblématiques sur le plan local et national, tout en disposant d’un potentiel économique certain. Des critères multiples qui ont permis d’intégrer déjà plusieurs sites métropolitains tels que la baie de Somme, le Golfe du Morbihan ou encore la Baie du Mont Saint-Michel. Le siège de l’association est d’ailleurs situé à Vannes, dans le Golfe du Morbihan même si la présidente est la Portugaise Maria das Dores Meira.

Et voilà donc que la baie de La Ciotat vient de rejoindre officiellement ce club très fermé des plus belles baies du Monde. Une décision annoncée le 27 mars 2019, à l’issue de la visite sur place début mars de Daniel Robo, maire de Vanne et vice-président Europe de l’association, et de Guy Rousset, représentant de la baie de Tadoussac au Québec et ancien président de la structure.

Vue aérienne de la baie de La Ciotat (source © Ville de La Ciotat)

C’est le directeur de l‘office de tourisme de La Ciotat, Jean-Jacques Rodriguez, qui avait monté le dossier de candidature et a soutenu le projet en mettant en avant les principaux atouts de cette baie que certains appellent localement le Golfe d’Amour : son environnement naturel bien entendu avec notamment l’ïle Verte, située à quelques encablures de la côte et relativement préservée, mais aussi ses calanques ocres de Figuerolles et du Mugel, ces reliefs abrupts et déchiquetés du Bec de l’Aigle ou encore les somptueuses falaises de Soubeyranes, parmi les plus hautes d’Europe et qui s’intègrent au cœur du Parc National des Calanques.

Vue aérienne de l’ïle verte et du Bec de l’Aigle (source © Géo)

Le dossier insistait aussi sur l’histoire de cette baie au passé historique très riche, marqué notamment par une activité nautique très intense, centrée pendant longtemps autour des chantiers navals mais qui a su rebondir vers d’autres activités économiques liées en particulier au yatching de luxe, et bien sûr sa fréquentation touristique intense avec ses plages interdites aux fumeurs.

Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour le tourisme ciotaden qui se porte déjà plutôt bien. Une nouvelle que le maire de La Ciotat, Patrick Boré, a salué avec toute la finesse qui le caractérise en déclarant aux journalistes de La Provence : « On est vachement fier. Touristiquement, c’est une reconnaissance internationale et une excellente vitrine pour les investisseurs et pour les entreprises ». Pas besoin d’être grand devin pour pressentir que l’argument figurera en bonne place dans sa prochaine campagne pour les municipales dans un an : voila qui ne pouvait pas mieux tomber !

L. V.

Marseille : cure de jouvence pour la corniche Kennedy

26 avril 2019

A Marseille, la route de la corniche, qui longe le bord de mer, de la plage des Catalans jusqu’à celles du Prado, reliant les quartiers d’Endoume et du Roucas Blanc, a fait l’objet de gros travaux d’élargissement entre 1954 et 1968, sous la mandature de Gaston Deferre. Une promenade piétonne a alors été réalisée en encorbellement, surplombant la mer d’une dizaine de mètres et la corniche a été dénommée en hommage au président américain John Fitzgerald Kennedy, assassiné à Dallas en 1963 alors que le chantier était en cours.

Tronçon de la corniche Kennedy (source © AMP métropole)

Serpentant sur 3 km en bordure de la Méditerranée et offrant une vue imprenable sur le large et l’archipel du Frioul, cette promenade est constituée de deux trottoirs dénivelés séparés par un immense banc, réputé pour être le plus long du monde en bord de mer. Ce banc avait fait l’objet d’un premier ravalement effectué en 2009 au dessus de la plage du Prophète, mais 50 ans d’exposition aux embruns marins avaient fortement corrodé certaines des armatures pourtant indispensables pour assurer la stabilité des plaques en béton armé formant encorbellement et garantir la sécurité des milliers de promeneurs et de joggers qui empruntent quotidiennement cette promenade.

La Corniche Kennedy vue depuis la mer (photo © Diades)

Il était temps de réagir et la Direction des Infrastructures de la Métropole Aix-Marseille-Provence, désormais en charge de la gestion de cet ouvrage, a fait appel depuis 2016 à un groupement de maîtrise d’œuvre piloté par le bureau d’études Setec et mobilisant notamment sa filiale Diadès basée à Vitrolles, ainsi que l’architecte marseillais André Mascarelli. Il s’agit de rénover totalement la promenade entre le Marégraphe, près du pont de la Fausse Monnaie, et l’hôtel Palm Beach situé à l’entrée des plages du Prado. Le montant de l’opération n’est pas anodin puisqu’il devrait s’élever à 28 millions d’euros TTC pour ce lifting peu commun.

Les travaux sont programmés en deux tranches sur une durée totale de 5 ans, l’objectif étant que tout soit terminé avant les Jeux olympiques de 2024 dont certaines épreuves devraient se dérouler dans la rade de Marseille. La première tranche de travaux, dont le montant est d’un peu plus de 13 millions d’euros, a débuté en octobre 2018 et concerne un premier tronçon de 670 m entre le marégraphe et le Club des Dauphins. Elle se déroulera en 2 ans jusqu’en mai 2020, les travaux étant interrompus durant la saison estivale entre mai et septembre pour ne pas trop impacter l’activité touristique. Les parties d’ouvrage les plus gravement endommagées sont entièrement remplacées et les autres font l’objet d’un simple ragréage.

Les éléments d’ouvrage qui sont conservés seront désormais protégés de la corrosion marine par un dispositif de protection cathodique par courant imposé. Le fameux banc et le parapet seront refaits en béton fibré à hautes performances, le parapet ayant fait l’objet d’un travail architectural spécifique permettant de le mettre aux normes de sécurité actuelles sans le rehausser, ce qui aurait gêné la vue sur la mer, pour qui s’assoit sur le banc.

Dispositif provisoire de circulation sur la corniche pendant les travaux (source © AMP métropole / Info travaux octobre 2018)

La circulation automobile, qui se fait habituellement à 2 x 2 voies, a été réduite à 2 x 1 voies depuis le mois d’octobre, ce qui n’est pas sans susciter un certain agacement de la part des riverains. Un cheminement piéton a néanmoins été conservé, protégé par des palissades transparentes afin de préserver la vue sur la mer et sur le déroulement du chantier.

La piste cyclable en projet sur la corniche Kennedy (source © AMP métropole / Made in Marseille)

En parallèle a débuté en janvier 2019 un autre chantier consistant à créer une piste cyclable sur la voirie qui sera donc amputée d’une voie de circulation côté mer. Une bonne nouvelle pour les cyclistes et en particulier les porte-paroles du Collectif Vélos en ville qui se félicitent de ce nouveau projet sur lequel Martine Vassal s’était engagée. C’est néanmoins bien sûr une source de récrimination pour les habitants qui voient surtout les nuisances liées au chantier et les embouteillages qui en résultent. De quoi déclencher la fureur du président de la fédération des CIQ du 7ème arrondissement qui s’est plaint de la situation auprès du maire de secteur et s’est épanché au micro de France Bleu, estimant que « tout est fait à l’envers ! Nous avions proposé d’étudier le projet de piste cyclable une fois le Boulevard Urbain Sud ouvert et censé désengorger la corniche, c’est à dire dans 2 ou 3 ans et d’une offre de transports en communs supplémentaire ». Manifestement, pour certains Marseillais, la place du vélo en ville même sur une promenade aussi emblématique, ne fait pas partie des priorités…

Banc recouvert de céramique sur la corniche Kennedy (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le banc de la corniche Kennedy fait aussi l’objet d’un projet artistique des plus originaux, initié par l’art-thérapeuthe Paola Cervoni, qui dirige l’association Viv’arthe, et dont l’objectif est de recouvrir de mosaïque 77 portions du fameux banc. Il lui a fallu beaucoup de ténacité et 7 ans de patience selon le site Made in Marseille, pour obtenir les autorisations nécessaires pour cela. Mais le résultat est magnifique bien qu’engagé avec de bien faibles moyens en 2017 comme l’explique l’artiste : « Le concept est artistique et citoyen car les mosaïques sont réalisées dans des écoles, des centres sociaux, et une maison de retraite. Environ 900 élèves ont participé ainsi que trois mamies. J’avais besoin de cet aspect partage et transmission pour mon projet ». Un projet qui est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur puisqu’une entreprise marseillaise L’esprit Céramique, sensible à la démarche citoyenne et marseillaise du projet, soutient désormais l’idée en offrant à l’association Viv’arthe tout le carrelage nécessaire pour les 77 bancs. Sur la corniche de Marseille, les petits carreaux font les grands ouvrages…

L. V. 

Philippe Langevin : un regard inquiet sur Marseille…

16 avril 2019

L’économiste Philippe Langevin

Philippe Langevin fait partie de ces universitaires qui font honneur à la métropole marseillaise. Ancien maître de conférence à l’Université Aix-Marseille, ce spécialiste de l’économie régionale s’est impliqué pendant des années au sein du Conseil de Développement de Marseille-Provence-Métropole et préside toujours l’Association régionale pour le développement local en PACA.

Auteur de fréquentes conférences notamment à Sciences-Po Aix-en-Provence, dont GoMet se fait régulièrement l’écho, cet humaniste a aussi publié début 2016 un rapport très remarqué, intitulé « Aix-Marseille-Provence. Notre maison commune ». Un travail réalisé dans le cadre du Comité Diocésain Économique et Social, sous un angle qui s’appuie largement sur la doctrine sociale de l’Église et dont Philippe Langevin évoquait en ces termes toujours pour GoMet : « Nous avons voulu montrer que ce débat est aussi philosophique et éthique, pas seulement technique ».

Selon lui, la construction de la métropole Aix-Marseille-Provence, qu’il a appelée de ces vœux et pour l’édification de laquelle il n’a pas ménagé sa peine, manque par trop de la plus élémentaire solidarité entre les territoires et les citoyens qui la composent. Un pêché originel (et qui perdure !), que ce fin observateur de la vie politique régionale attribue en grande partie à l’attitude des élus locaux, quasiment tous fermement opposés à ce projet d’intercommunalité, craignant qu’il ne se traduise pour eux par des pertes de pouvoir et une redistribution plus harmonieuse et plus efficace des services publics au bénéfice de la population, y compris au-delà de leur cercle d’influence.

Et ce grand humaniste vient de récidiver en publiant dans Marsactu, le 29 mars 2019, un véritable cri d’alarme dans lequel il s’interroge sur la persistance même du lien social dans la ville de Marseille, n’hésitant à titrer cette affirmation choc : « Marseille n’existe plus » ! Une assertion qu’il justifie par le fossé devenu béant entre les plus riches et les plus pauvres qui vivent dans la même commune sans jamais se rencontrer.

Ainsi les 10 % les plus pauvres des quartiers déshérités du centre-ville (1er, 2ème et surtout 3ème arrondissement où le taux de pauvreté dépasse les 50 %) et ceux des quartiers nord (14 et 15ème arrondissements) n’ont tout simplement aucun revenu déclaré et ne vivent que des minima sociaux. A l’autre bout de l’échelle sociale, 4000 ménages étaient imposés sur la fortune avant que le gouvernement ne supprime cet impôt, et les 4 Marseillais les plus riches disposent d’une fortune équivalente au budget total de la ville avec ses 12 000 fonctionnaires territoriaux…

Décombres des immeubles effondrés le 5 novembre 2018, rue d’Aubagne (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Au-delà de ces écarts de richesse frappants, c’est surtout le déséquilibre dans l’aménagement du territoire qui est le plus flagrant. Le cœur de ville paupérisé concentre les logements privés insalubres et délabrés, à l’image des immeubles de la rue d’Aubagne récemment effondrés, tandis que les logements sociaux sont tous rassemblés dans les quartiers nord, désertés par les services publics et le commerce de proximité, et mal desservis par les transports en commun, alors que ce sont ces habitants qui en auraient justement le plus besoin.

Villa cossue du 8ème arrondissement de Marseille (source © Corniche Immobilier)

Philippe Langevin détruit méthodiquement le mythe de Marseille, creuset de civilisations où toutes les populations se mélangent fraternellement dans la liesse des matchs de l’OM : même au stade Vélodrome, chaque tribune a sa propre clientèle ! Les jeunes cadres dynamiques et intégrés qui travaillent sur Marseille vivent dans les villages cossus des environs ou dans les quartiers huppés des Hauts-de-Perrier ou du Roucas Blanc mais ne croisent jamais les populations miséreuses du centre-ville ou des quartiers nord.

Les grandes opérations d’aménagement entreprises récemment, notamment sur le secteur d’Euroméditerranée, ou les gratte-ciels de luxe édifiés en front de mer, n’apportent aucune solution aux difficultés de logement des plus pauvres. L’économie favorisée, qu’elle soit centrée sur l’accueil des croisiéristes de luxe ou sur le développement du numérique, ne bénéficie pas à ceux qui manquent de qualifications pour s’y insérer et d’ailleurs ne favorise guère l’emploi. La ville de Marseille est l’une de celles où le taux d’activité est le plus faible : 66,9 % seulement.

Cité des Kalliste, au nord de Marseille (photo © Boris Horvat / AFP / Le Point)

« Il faut alors se rendre à une évidence », conclut Philippe Langevin. « Marseille n’existe plus. Ville ouvrière sans ouvriers, ville coloniale sans colonie, ville portuaire alors que l’essentiel du trafic lui échappe au bénéfice de Fos-sur-mer, sans projet collectif à même de la reconstruire, Marseille est devenue un ensemble de quartiers qui ne se connaissent pas, d’habitants qui ne se fréquentent pas, d’ingénieurs venus d’ailleurs et d’aménageurs du territoire et déménageurs de leurs populations. »

Certes, l’auteur ne mésestime pas l’impact positif des nombreuses opérations de politique de la ville menées depuis des années, avec souvent l’implication très active d’un tissu associatif riche et fortement investi. Mais cela ne suffit pas, loin s’en faut, pour ressouder la ville et lui redonner cette cohérence sociale qui lui fait défaut. Même la construction de la Métropole n’a guère permis de faire évoluer les choses tant les maires des communes voisines sont réticents au moindre geste de solidarité envers la capitale régionale. Quoi qu’en dise Maryse Joissains qui crie à la spoliation permanente, en 2018, 40 % des investissements de la métropole ont pourtant été fait non pas à Marseille mais à Aix-en-Provence, et le pire c’est que les Aixois n’en ont même pas conscience ! Il y a décidément encore bien du chemin à faire pour introduire un peu de solidarité territoriale dans l’agglomération marseillaise…

L. V.

Les sources de l’Huveaune prises d’assaut…

13 avril 2019

Comme chacun sait, la ville de Carnoux se situe dans le bassin versant de l’Huveaune même si la commune a toujours refusé d’adhérer au Syndicat intercommunal de l’Huveaune dont la création remonte pourtant à 1963 et qui est chargé notamment de l’entretien des berges de ce cours d’eau. Le syndicat porte pourtant depuis 2015 un contrat de rivière destiné à fédérer différents acteurs en vue d’une meilleure gestion globale du bassin versant de l’Huveaune, tant il est vrai que la qualité de l’eau d’une rivière dépend beaucoup de la manière dont les riverains situées tout au long de ses affluents gèrent leurs eaux pluviales et leurs eaux usées.

Les contours du bassin versant de l’Huveaune (source © Syndicat du bassin versant de l’Huveaune)

Le syndicat, dont les membres sont désormais la Métropole Aix-Marseille-Provence et la Communauté d’agglomération Provence verte,  est aussi chargé de la prévention des inondations qui peuvent être redoutables du fait de l’urbanisation qui s’est développée dans toute la vallée. Certains ont encore en mémoire la crue dévastatrice de 1935 et celle de 1978 au cours de laquelle le fleuve côtier a très largement débordé sur l’autoroute Aubagne-Marseille, construite il est vrai dans le lit majeur de la rivière.

L’Huveaune en crue à l’entrée d’Aubagne en 2008 (source © photothèque SIBVH)

Toujours est-il que l’Huveaune n’est pas seulement ce fleuve dont les eaux en crue viennent déverser sur les plages du Prado tous les détritus amassés au long de son cours, de la bouteille en plastique à la batterie usagée en passant par le canapé deux places légèrement défraichi, négligemment déposé sur les berges pour éviter d’avoir à faire le détour à la déchetterie. C’est aussi un cours d’eau méditerranéen dont certains tronçons ont été admirablement préservés malgré l’urbanisation et les usages industriels développés sur ses berges.

L’Huveaune prend sa source dans le département du Var, sur la commune de Nans-les-Pins, à 590 m d’altitude, dans le Vallon de la Castelette, rattaché au massif de la Sainte-Baume. Les sources du cours d’eau constituent un lieu de ballade très prisé localement. Un des accès les plus aisés pour s’y rendre part justement de la commune de Nans-les-Pins et permet, à l’issue d’une ballade très agréable en sous-bois, de rejoindre les vasques d’eau laiteuse d’une couleur bleu lagon qui se succèdent en cascade dans le cours supérieur de l’Huveaune.

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Formées de travertin, c’est-à-dire de concrétions qui se déposent lorsque l’eau souterraine, qui s’est chargée en calcium dissous lors de sa traversée du massif calcaire, débouche à l’air libre, ces vasques sont une pure merveille et la ballade attire forcément de nombreux amoureux de la nature.

Cette année cependant, pour les deux derniers week-end du mois de mars, sous l’effet d’un temps printanier et d’un post très abondamment commenté publié sur Facebook par le site Bienvenue à Marseille, le site a connu une affluence totalement inhabituelle qui a mis en émoi les habitants de la petite commune de Nans-les-Pins et dont les médias se sont largement fait l’écho puisque même  FR3 en a tiré un reportage télévisé !

Extrait du journal Var Matin, édition du lundi 1er avril 2019 (source © post Facebook Axelle Delgove)

Le dernier week-end de mars, la mairie de Nans a recensé plus de 1500 visiteurs sur un site qui n’en accueille d’habitude que quelques centaines. La situation sur place est devenue intenable sous l’effet de centaines de véhicules qui débarquent dès le matin, se garent comme ils peuvent, entravant même les passage des véhicules de secours. Certains n’hésitent pas à arracher les barrières dans ce site qui fait pourtant désormais partie du Parc naturel régional de la Sainte-Baume, afin de pouvoir se rapprocher des départs de sentiers. Le site n’étant pas équipé de poubelles, dans le but d’inciter les randonneurs à repartir avec leurs déchets, nombre de touristes ne craignent pas de laisser leurs tas de détritus sur place…

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Face à un tel afflux dans un site aussi vulnérable, classé Natura 2000, la maire de Nans-les-Pins, Pierrette Lopez, a dû prendre un arrêté municipal pour interdire l’accès en véhicule au chemin communal destiné aux interventions des secours et le Préfet a été interpellé afin de trouver les moyens de réguler ce flux incontrôlable de visiteurs.

De quoi confirmer, s’il en était encore besoin, que tourisme de masse et respect des milieux naturels fragiles ne font jamais très bon ménage !

L.V.

Centrales à charbon : Gardanne fait de la résistance !

23 mars 2019

La centrale à charbon de Gardanne (photo © Frédéric Speich / La Provence)

C’était une des promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron : d’ici le 1er janvier 2022, il n’y aura plus de centrale à charbon en fonctionnement sur le sol français. Une promesse qu’il avait d’ailleurs confirmée à plusieurs reprises depuis son élection, déclarant ainsi au magasine Forbes en mai 2018 : « EDF et Uniper, des entreprises très classiques, ont beaucoup résisté. Mais j’ai décidé de dire très clairement que nous allions les fermer. Je leur ai dit : Nous allons vous aider, mais nous allons les fermer. Il n’y a pas d’autre choix.” »

Une attitude volontariste et sans ambiguïté qui figurait d’ailleurs dans le Plan climat présenté en juillet 2017 par le ministre de l’écologie de l’époque, un certain Nicolas Hulot et qui précisait (en gras dans le texte !) : « Nous accompagnerons, dans le cadre de contrats, l’arrêt des dernières centrales électriques au charbon d’ici 2022». Un engagement qui a d’ailleurs été rappelé dans le Programmation pluriannuelle de l’énergie présentée en novembre 2018.

Bref, la volonté politique est là et le discours est clair. Mais la réalité est légèrement différente et certains commencent à douter fortement que la promesse puisse être tenue dans les délais. Comme l’explique le journaliste Nabil Wakim dans une série d’articles très documentés publiés sur ce sujet dans Le Monde, il ne reste en réalité que 5 centrales thermiques à charbon en activité sur le sol métropolitain, une dizaine d’entre elles ayant déjà été fermées par EDF entre 2013 et 2015. Celle du Havre et les deux unités de Cordemais, près de Saint-Nazaire, sont exploitées par EDF. Celle de Saint-Avold, en Moselle, et celle de Gardanne (construite dans les années 1950 par Charbonnage de France et située en réalité sur la commune voisine de Meyreuil) ont été rachetées par le groupe allemand E.ON, et désormais exploitées par Uniper, une structure dont le siège est à Düsseldorf, issue de la réorganisation d’E.ON en 2016 et qui compte pas moins de 14 000 salariés.

Extrait d’un article publié par Le Monde en date du 11 mars 2019

L’objectif de la fermeture de ces centrales est difficilement contestable puisqu’il s’agit de réorienter la production d’électricité vers des énergies moins impactantes en matière d’émission de gaz à effet de serre, le charbon étant considéré de ce point de vue comme la solution la pire qui existe : en France, les centrales thermiques à charbon ne représentent plus que 1,6 % de la production d’électricité nationale mais elles sont à l’origine de 25 % des émissions de CO2 du secteur, l’équivalent de 4 millions de véhicules !

A Gardanne, E.ON a d’ailleurs annoncé dès 2012 sa volonté de transformer une des deux unités de production en centrale à biomasse, un projet qui s’est concrétisé à partir de 2016 mais qui a été stoppé dès 2017 suite aux recours déposés par des associations environnementales locales. Un exemple qui illustre bien les difficultés à faire évoluer ces centrales à charbon dans les délais fixés par le politique.

La centrale thermique de Provence, à Gardanne, avec sa cheminée de 297 m de hauteur, le troisième plus haut édifice de France derrière la Tour Eiffel et le viaduc de Millau (photo © Gérard Julien / AFP / Le Monde)

En Loire-Atlantique, la situation n’est pas plus simple car la centrale de Cordemais, qui fonctionne depuis la fin des années 1960, est indispensable à l’alimentation en électricité de la péninsule bretonne dépourvue de centrale nucléaire. La dernière unité qui fonctionnait encore au fioul a été arrêtée en mars 2018, mais EDF conditionne l’arrêt définitif des deux unités de production au charbon à la mise en service de la centrale à gaz de Landivisiau, des interconnections avec le Royaume-Uni et du futur EPR de Flamanville, cette dernière, initialement prévue en 2012 étant désormais annoncée pour fin 2019, si tout va bien…

Comme à Gardanne, le site de Cordemais réfléchit d’ailleurs à une reconversion de la centrale pour l’utilisation de la biomasse, via le projet Ecocombust qui vise à utiliser de vieilles palettes et des déchets de bois comme combustible, mais l’exemple de Gardanne fait réfléchir… Embourbé dans le dossier, l’Allemand Uniper est d’ailleurs en train de jeter l’éponge. Il a ainsi annoncé le 24 décembre dernier, selon l’Usine Nouvelle, être entré en négociation exclusive pour la vente de ces deux sites français à l’entreprise tchèque EPH (Energetický a průmyslový holding), contrôlée par le milliardaire Daniel Křetínský, par ailleurs actionnaire du Monde et désormais propriétaire de l’hebdomadaire Marianne.

Stock de bois sur le site de la centrale de Gardanne (photo © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre)

On ne sait pas encore très bien ce que l’énergéticien tchèque compte faire de ces acquisitions sinon qu’un accord semble se dessiner pour une reconversion au gaz de l’usine de Saint-Avold dont l’exploitation pourrait même être confiée à Total qui se frotte déjà les mains. Quant à la centrale charbon de 600 MW implantée à Meyreuil, les personnels se sont mis en grève dès le 7 décembre 2018, à l’appel de la CGT, pour protester préventivement contre tout risque de fermeture des installations.

Le gouvernement a nommé en décembre un délégué interministériel pour accompagner l’évolution des 4 sites concernés et la température monte progressivement à Gardanne où l’inamovible maire communiste de 83 ans, Roger Meï, à la tête de la ville depuis 1977, se fait un plaisir de souffler sur les braises en rappelant que « ici, le charbon fait partie de notre identité depuis toujours » alors que celui qui est brûlé à la centrale est acheminé par bateau depuis l’Australie, la Colombie ou l’Afrique du Sud voire les États-Unis. A Gardanne, les esprits s’échauffent et le délégué CGT local, Nicolas Casoni prévient : «s’ils ferment la centrale comme ça, on va mettre le département à feu et à sang, on a déjà prévenu le Préfet !».

Manifestation dans les rues de Gardanne en mars 2019 contre la fermeture de la centrale (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Selon la Provence, une manifestation a ainsi rassemblé autour de 500 personnes, jeudi 21 mars 2019 dans les rues de Gardanne où le mouvement de grève se poursuit. Le ton monte entre ceux qui veulent défendre coûte que coûte le statu quo et les 174 emplois qui bénéficient du statut protecteur des Industries électriques et gazières, misant sur des évolutions technologiques à venir pour limiter les impacts environnementaux de l’activité, et ceux qui essaient d’imaginer des pistes de reconversion du site industriel, plus en phase avec les impératifs de la lutte contre le changement climatique. Qui a dit que la transition écologique serait un long fleuve tranquille ?

L. V.

Fos-sur-Mer : silence, on meurt…

13 mars 2019

Flamands roses devant le vieux village de Fos-sur-Mer (source © Go-Met)

Le golfe de Fos, situé à une petite cinquantaine de kilomètre au nord-ouest de Marseille, entre le delta du Rhône et l’étang de Berre, pourrait être un véritable coin de paradis avec le village médiéval perché de Fos-sur-Mer qui domine l’immense plaine de la Crau, ses belles plages de sable fin, son spot de windsurf et ses étangs où se prélassent fréquemment des groupes de flamands roses.

Sauf que, depuis le début des années 1970, ce secteur admirablement situé a fait l’objet d’un développement industrialo-portuaire de grande ampleur. Le port autonome de Marseille y a creusé de multiples bassins entre Lavéra (sur la commune de Martigues, côté Est) et Port-Saint-Louis du Rhône (côté ouest, en limite de la Camargue) pour y accueillir les immenses porte-containers, mais aussi les pétroliers et les minéraliers. Cette activité portuaire intense s’est accompagnée de l’installation de nombreuses activités industrielles lourdes liées au raffinage, à la pétrochimie, à la sidérurgie ainsi que des cimenteries. Et en 2010, cerise sur le gâteau, la Communauté urbaine de Marseille a choisi d’y installer son gigantesque incinérateur d’ordures ménagères…

A Fos-sur-Mer, on compte désormais 17 usines dont 15 sont classées Seveso, parmi lesquelles l’usine sidérurgique Arcelor-Mittal qui vient d’écoper d’une amende de 15 000 € pour rejets non conformes à la réglementation. Le secteur est devenu la plus grande zone d’activité industrielle encore en activité en Europe, avec 40 000 emplois. Les 16 000 habitants de la ville de Fos bénéficient très largement de cette manne économique dont les retombées ont permis aux collectivités locales un très haut niveau d’équipement en services publics.

A Fos-sur-Mer, on se baigne sous le vent des fumées d’usine… (photon© Florian Launette / Maxppp)

Mais ils écopent aussi des nuisances et des risques sanitaires qui accompagnent nécessairement ce type d’activité. Dès 1971 y a été créé le premier Secrétariat  permanent pour la prévention des pollutions industrielles (SPPPI) de France, suivi en 1972 par la création de l’association AIRFOBEP, en charge de surveiller la qualité de l’air dans l’ouest des Bouches-du-Rhône et qui a fusionné en 2012 avec AtmoPACA pour former la nouvelle structure Air PACA, dénommée depuis 2018 AtmoSud (un véritable jeu de piste…). C’est aussi dans ce secteur qu’a été créé en 1991 le CYPRES, désormais centre d’information pour la prévention des risques majeurs, et qui s’intéresse surtout aux risques industriels particulièrement présents du fait de cette multitude et cette proximité d’activités dangereuses.

Le site d’Arcelor-Mittal à Fos-sur-Mer (photo © Jean-Paul Pelissier / Reuters / Le Monde)

Pas de quoi cependant rassurer totalement la population qui a le sentiment, depuis des années, de vivre exposée à un environnement délétère, même si le renforcement progressif de la réglementation et des contrôles a permis de réduire très significativement les rejets industriels dans l’air et surtout dans l’eau. Une crainte d’autant plus forte que les différentes études qui se succèdent depuis des années (37 jusqu’en 2017 !), engagées uniquement par les services de l’État et les industriels eux-mêmes affirment toutes qu’il n’y a aucun problème sanitaire localement : « circulez, il n’y a rien à voir ! »

Il a fallu l’action opiniâtre de certains acteurs de la société civile et d’organisations environnementales telles que l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF) pour que finalement, en 2015, soit lancée l’étude FOS-EPSEAL, « étude participative en santé environnement ancrée localement », une première européenne, financée par l’ANSES (Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et conduite auprès de 816 personnes habitant à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Carte montrant les quartiers enquêtés dans de cadre de l’EPSEAL et les principaux sites industriels du secteur (source © rapport final FOS-EPSEAL, janvier 2017)

Publié en janvier 2017, ce rapport confirme enfin l’état pour le moins préoccupant de la situation sanitaire locale avec notamment un taux de cancer deux fois plus élevé que pour la moyenne nationale (11,8 % contre 6 %) et des taux de prévalence également très inhabituels pour certaines maladies telles que l’asthme (15 % contre 10 % en moyenne nationale) ou le diabète (12,9 % contre 5,2 %) : 63 % des personnes interrogées déclarent souffrir d’une maladie chronique alors que ce taux ne dépasse pas 36 % à l’échelle nationale. Pas de quoi rassurer les populations, mais du moins de quoi renforcer leur pugnacité pour pousser les pouvoirs publics à mieux prendre en compte la situation.

Depuis, les choses s’accélèrent un peu. Le 26 janvier 2018, l’association Air PACA a ainsi dévoilé les résultats de son projet SCENARII, mené dans le cadre du Plan régional santé environnement, et destiné à quantifier, à l’aide d’indicateurs de risques, l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé dans 66 communes du pourtour de l’étang de Berre. Pour 39 substances polluantes prises en compte ont été établies des cartes d’émission et de concentration des polluants dans l’atmosphère, ainsi que des indicateurs de risques sanitaires pour la population exposée.

Carte des excès de risque individuel liés au cumul des émissions polluantes (source © AtmoSud)

Là aussi, les résultats sont édifiants puisque 7 des 39 substances étudiées (particules diesel, dioxyde d’azote, particules fines PM10 et PM2,5, benzène, dichloroéthane et butadiène, ces trois dernières étant spécifiques de l’activité industrielle locale) présentent sur l’ensemble du secteur des concentrations supérieures aux valeurs de gestion. Pour 4 d’entre elles, cela représente, pour les effets cancérigènes, des niveaux de risques supérieurs au seuil de vigilance. Les secteurs les plus exposés, situés près des principaux axes de transport et de certains sites industriels sont clairement identifiés. Plus grave encore, l’étude met en évidence que les effets cumulés de ces différentes substances nocives concernent en réalité la totalité de la population étudiée, ce qui n’a rien de rassurant…

D’autant que le 12 février 2018, d’autres résultats d’analyses menées depuis 2015, ont été rendus publics cette fois par l’association ADPLGF. Des échantillons alimentaires de produits locaux (viande de taureau des Alpilles, mouton, fromages de chèvre, huile d’olive, moules, œufs, etc.) ont été analysés par deux laboratoires indépendants grâce au financement d’une association créée localement pour aider un petit garçon décédé à trois ans d’un cancer. Et ces analyses confirment que toute la chaîne alimentaire du secteur est largement imprégnée de PCB, métaux lourds et dioxine, certains échantillons dépassant même les normes réglementaires en dioxines/furanes et PCB-DL

Proximité des usines et des habitations à Fos-sur-Mer (extrait du documentaire Les fumées du silence / © Babel Doc)

Tout confirme donc, comme l’Agence Régionale de Santé l’avait reconnu du bout des lèvres dans les colonnes du journal Marsactu début 2018, que le secteur est « une zone inégalitaire pour la santé » par rapport au reste du territoire, « liée à l’environnement particulièrement impacté par l’industrie et le trafic routier et maritime ».

Voilà qui est dit, mais cela ne suffira sans doute pas à rassurer la population, surtout après le reportage plus qu’alarmant diffusé le 4 février 2019 par France 3. Intitulé Les fumées du silence, ce documentaire écrit par Nina Hubinet et réalisé par Pierre-Jean Perrin, insiste notamment sur les dangers des émanations riches en benzopyrène, un cancérigène très agressif, qui s’échappent des fours de l’usine Arcelor-Mittal. Il évoque aussi le cadmium, également cancérigène, qui se retrouve en fortes concentrations dans les potagers du secteur. De quoi alimenter le ressentiment des populations exposées, au point que 134 habitants de la commune de Fos-sur-Mer ont porté plainte contre X en novembre 2018, auprès du tribunal d’Aix-en-Provence pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Emanation de fumées toxique dans la cockerie d’Arcelor-Mittal (extrait du documentaire Les fumées du silence / © Babel Doc)

Dans un tel contexte et face à des autorités qui peinent à reconnaître l’ampleur du problème, les propositions de solutions ne manquent pourtant pas pour mieux concilier activité économique et préservation du cadre de vie. Des organisations syndicales, CFDT en tête, prônent la mise en place d’un contrat de transition écologique avec des idées innovantes telles que la capture du CO2 rejeté pour la culture d’algues ou la production locale d’hydrogène pour alimenter un train de marchandises non polluant et remplaçant les norias de camions qui sillonnent actuellement la zone, sans oublier des actions pour réduire les émissions polluantes du trafic maritime et ferroviaire dont les effets ne sont pas pour rien dans la situation dramatique actuelle.

Bref, il y a du pain sur la planche pour améliorer la situation du golfe de Fos et de quoi alimenter les échanges à venir, pour peu qu’industriels, responsables politiques, organisations syndicales, associations environnementales, experts et simples citoyens arrivent à trouver des terrains de dialogue, et pas seulement devant les tribunaux…

 L.V.

 

Un cas de macrocéphalite aiguë à Carnoux

27 février 2019

Un dessin de Coco publié dans le Ravi le 7 novembre 2013

En ces temps de révolte des gilets jaunes, la démocratie participative à la Française avec ses barons locaux omniprésents semble avoir vécu. La loi a enfin eu raison de cette exception politique française qu’était le député-maire ou le sénateur-maire, qui trustait tous les mandats électifs locaux et nationaux.

Il reste le cas des élus professionnels qui enchaînent mandat après mandat, à l’exemple de l’inamovible et pathétique Jean-Claude Gaudin, élu depuis 1965 à la Ville de Marseille et qui fêtera en 2020 ses 81 ans dont 25 à la tête de la cité phocéenne : il s’en est joué de peu qu’il ne se représente lors des prochaines élections municipales et il a fallu l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne pour qu’il se rende enfin compte que son immobilisme et son clientélisme finissaient par lasser même une population habituellement passive…

Mais il faudra sans doute attendre une loi pour que les élus professionnels de cette trempe ne finissent par admettre qu’en république le pouvoir se partage et ne s’exerce pas indéfiniment : être élu pour gérer le bien public au nom de ses concitoyens est une charge et un honneur ; le faire à vie comme si c’était une activité professionnelle, est généralement source de dérive et contribue à affaiblir la vitalité du débat démocratique.

Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux, entouré de ses amis politiques lors de la cérémonie des vœux à l’Artea le 7 janvier 2019 (photo © Corine Matias / La Provence)

Mais exercer le pouvoir est une drogue et nombreux sont ceux qui ont bien du mal à décrocher d’une telle addiction. Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, fait manifestement partie de cette dernière catégorie. Élu sans discontinuer au conseil municipal de Carnoux depuis 1983, dont déjà trois mandats comme maire (depuis 2001), il ne vient pas moins d’annoncer lors de la cérémonie des vœux début janvier 2019 à l’Artea, qu’il comptait bien briguer un septième mandat et qu’il se représentera donc lors des prochaines élections en mars 2020.

S’il parvient au terme de ce nouveau mandat, il aura 80 ans en 2026 et aura donc passé 43 ans comme élu à Carnoux : un bel exemple d’immobilisme pour celui qui explique dans la pleine page que La Provence vient de lui consacrer, dans son édition du 23 février 2019, qu’il s’était présenté en 1983 justement pour insuffler du dynamisme dans la gestion communale !

Extrait de l’article paru dans La Provence le 23 février 2019

Le maire de Carnoux reconnaît d’ailleurs bien volontiers dans son interview à la Provence, qu’il ne reste plus grand-chose à faire à Carnoux, la commune ayant vu la plupart de ses compétences transférées à la Métropole, et tout ce qui pouvait être construit l’ayant déjà été.

Le rond-point des Barles à Carnoux refait à grands frais grâce au financement du Département

Depuis des années d’ailleurs, le rôle du maire de Carnoux se résume surtout à monter des dossiers de demandes de subventions auprès du Département, un rôle dans lequel il excelle et qui a permis de financer tout ce qui pouvait l’être : pendant que les écoles de Marseille tombent en ruine faute de financement public, des tombereaux de subvention se déversent sur Carnoux où l’enfouissement de la totalité des réseaux aériens est sur le point de s’achever, où la mairie pourtant l’une des plus récentes des Bouches-du-Rhône est sur le point de laisser la place à un véritable palace, et où l’on en est même à refaire les ronds-points pour y planter l’olivier centenaire que tout parvenu rêve de posséder…

Mais si le maire de Carnoux souhaite se représenter encore une fois (au moins) en 2020, c’est parce qu’il vise en réalité le coup d’après, celui des élections de 2021 qui marqueront très probablement la disparition du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et sa fusion avec la Métropole Aix-Marseille-Provence. Comme il l’explique d’ailleurs clairement à La Provence, « Lors des prochaines élections en 2021, le scrutin se fera au suffrage universel pour les représentants à la Métropole. C’est un enjeu formidable ».

Effectivement, surtout pour lui qui se présente comme un expert incontournable du sujet et qui se montre persuadé que sans ses lumières et son niveau de connaissance inégalable, jamais la Métropole n’arrivera à surmonter de telles difficultés : « C’est un sujet délicat, technique, complexe, nécessitant de l’expertise pour préserver au mieux les intérêts de Carnoux et éviter tout alourdissement de la fiscalité. Il va y avoir des évaluations financières à faire, commune par commune, des transferts de compétences. C’est un sujet que je connais bien en ma qualité de président de la Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) depuis 2015, et j’entends que ma commune passe ce cap sans turbulence ».

Le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux, victime d’un coup de chaud le 19 juillet 2018 (photo © SDIS des Bouches-du-Rhône / France bleu)

La ville de Carnoux n’a pas suffisamment conscience de la chance qu’elle a de posséder en son sein un tel expert qui va donc s’employer à partir de 2021 à faire en sorte de siphonner les finances de la Métropole après avoir généreusement puisé depuis des années dans les fonds du Département. Le maire de Carnoux avait jusque-là habitué ses concitoyens et électeurs à davantage de modestie, mais on comprend bien que, en pareilles circonstances et face à de tels enjeux, il importe de donner carte blanche à un tel talent au service de la collectivité. A se demander néanmoins si le retard accusé par le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux et les lourds surcoûts annoncés ne sont pas liés aux nécessaires ajustements de la largeur des portes afin de laisser le passage sans encombre à un tel cerveau ?

L. V.

Décharges sauvages du BTP : comment lutter ?

19 février 2019

Chacun l’a déjà constaté, il existe des multitudes de lieux, parfois à proximité des villes, souvent en rase campagne dans les endroits les plus bucoliques, toujours en bordure de route ou parfois au bout d’un petit chemin moins fréquenté, dans lesquels le promeneur bute contre des tas de gravats et de déchets divers, manifestement déversés par un camion : ces décharges sauvages en pleine nature constituent non seulement une pollution visuelle intolérable en pleine nature, mais elles contiennent souvent des déchets plus ou moins toxiques que la pluie lessive consciencieusement et qui viennent polluer les sols et les nappes en profondeur.

La presse dénonce régulièrement ce phénomène particulièrement répandu dans l’aire métropolitaine marseillaise. France Bleu s’élevait ainsi en mars 2018 contre les tas de déchets culminant parfois à plus de 3 m de hauteur qui s’étendent sur le plateau d’Arbois à proximité de la gare TGV le long de la route et qui intriguent tant les touristes de passage : malgré les opérations de nettoyage réalisées périodiquement par les collectivités concernées, les tas se reconstituent très rapidement : gravats, matériaux de démolition, déblais de terrassement, déchets verts, vieux pneus, électro-ménager usager, tout y est déversé jour après jour en bordure de route sans la moindre gêne…

Décharge sauvage sur le plateau de l’Arbois en mars 2018 (photo © Adrien Serrière / France Bleu)

Les raisons de telles pratiques sont multiples, de même que le profil de ceux qui s’y adonnent : simples particuliers voulant s’éviter de faire un détour par la déchetterie aux heures ouvrables, petits artisans travaillant sur des chantiers plus ou moins déclarés et cherchant à se débarrasser de leurs gravats de manière discrète, ou entreprises de BTP ayant pignon sur rue mais préférant s’éviter de payer pour mettre en décharge contrôlée leurs déchets de chantier…

Il est vrai qu’évacuer en décharge autorisée les gravats issus d’un chantier de démolition ou de rénovation peut coûter cher pour un entrepreneur et l’obliger parfois à de longs déplacements, surtout dans les départements où les déchetteries ouvertes aux professionnels ne sont pas légion. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on voit fleurir autant de décharges non autorisées, installées sur des terrains privés et où les entreprises viennent benner leurs déchets à moindre coût.

Dans la basse vallée de l’Argens dans le Var, c’est même devenue une spécialité locale : de petits malins décapent la terre végétale particulièrement fertile de cette plaine alluviale enrichie par les débordements fréquents du fleuve, terre qu’ils revendent à bon prix et ils remblayent ensuite l’excavation avec des déchets de démolition venus souvent des Alpes-Maritimes et qu’ils accueillent à des tarifs très inférieurs à ceux pratiqués dans les décharges contrôlées.

Quelques procédures judiciaires ont bien été initiées pour freiner de telles pratiques mais la mise en application des règles de droit environnemental reste balbutiante. La Provence signalait d’ailleurs tout récemment, dans son édition du 10 janvier 2019, un jugement inédit du Tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence qui vient de condamner à de lourdes peines 3 frères de la famille Palomares qui s’étaient justement spécialisés depuis une trentaine d’années dans ce trafic juteux et qui ont ainsi permis de déposer, en toute illégalité mais au vu et au su de tous, plus de 100 000 t de gravats et de déchets de chantier sur différents sites des communes de Martigues et Châteauneuf-les-Martigues, contre rétribution naturellement et sur des terrains qui étaient ensuite plantés d’olivier pour maquiller les déchets. Selon une étude de l’Observatoire régional des déchets, ce sont ainsi au moins 1,8 millions de tonnes de déchets inertes issus du BTP (soit 12 % de leur production totale) qui auraient été déversés directement dans la nature en dehors des décharges autorisées dans toute la région PACA pour la seule année 2016 : mais que fait la police ?

Dépôts sauvages sur la plaine agricole de Carrières-sous-Poissy (photo © Alban Bernard / ABPhotos / Actu78)

D’ailleurs, cette pratique n’a rien d’une spécialité régionale et on la retrouve sur tout le territoire national. Que l’on se remémore par exemple le cas de l’ancienne plaine maraîchère de Carrières-sous-Poissy dans les Yvelines, couverte sur plus de 40 hectares par des dépôts d’ordures illégaux apportés par des entreprises locales du BTP : des milliers de tonnes de détritus qui attendent d’être évacués, pour un coût estimé à plus d’un million d’euros, comme le rappelait Actu Environnement en décembre 2018, citant aussi le ras-le-bol de l’Office National des Forêts, lequel vient d’annoncer en septembre dernier qu’il arrêtait dorénavant de ramasser les dépôts sauvages qui s’accumulent dans les forêts domaniales de Saint-Germain et Marly. Au niveau national, l’ONF annonce ramasser chaque année 1.500 tonnes de déchets pour un coût de 900.000 € !

Afin de chercher une solution à cette mauvaise habitude prise par certains de se débarrasser dans la nature de leurs déchets encombrants, la secrétaire d’État Brune Poirson avait lancé en mai 2018 un groupe de travail réunissant élus, associations, administration et l’ADEME pour « proposer des outils de contrôle et de sanction renforcés » afin de « trouver enfin des solutions concrètes à ce fléau environnemental ». Rappelons au passage qu’il peut en coûter aujourd’hui, selon le Code de l’Environnement, 75 € à un particulier surpris à jeter ses déchets dans la nature, et même 1.500 € en cas de dépôt depuis un véhicule, voire 75.000 € s’il s’agit de déchets professionnels, assortis le cas échéant d’une peine de 2 ans de prison. Mais les verbalisations sont rares, car les pollueurs sont souvent discrets et les forces de polices concentrées sur d’autres types de délits.

On notera néanmoins le cas de ce maire de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), Pascal Thévenot, rapporté en novembre 2017 par Bati-Actu. Excédé de voir les tas de déchets de démolition s’amonceler sur l’un des grands chantiers en cours de réaménagement sur sa commune, le maire a fait installer une caméra mobile et demander à la police municipale de multiplier les patrouilles, ce qui a permis d’identifier en flagrant délit plusieurs contrevenants, particuliers et entreprises, lesquels écopent non seulement d’une amende salée mais se voient retourner leur tas de gravats directement devant leur porte !

Selon Le Moniteur, le ministère de la transition écologique envisage plusieurs pistes pour essayer de mettre fin à ces pratiques, dont certaines pourraient trouver une traduction réglementaire dans le projet de loi en préparation sur l’économie circulaire : il s’agirait par exemple de développer davantage la vidéosurveillance dans les sites sensibles mais surtout d’augmenter le nombre d’agents en capacité de constater et verbaliser ces délits, tout en transférant le pouvoir de police en la matière au président de l’intercommunalité, généralement doté de davantage de moyens que le maire.

Mais le gouvernement envisage surtout de mettre en place un dispositif de « responsabilité élargie des producteurs » appliquée aux professionnels du BTP, lesquels pourraient, moyennant paiement d’une redevance, faire reprendre gratuitement leurs matériaux issus de chantiers. Un système qui suscite naturellement une très vive opposition de la part des entreprises concernées, craignant d’avoir à payer pour un service qui pour l’instant ne leur coûte guère, grâce aux différentes combines qu’elles ont pu développer. Les fédérations professionnelles tentent donc de proposer comme alternative la simple signature d’une charte incitant leurs membres à adopter des pratiques plus vertueuses plutôt que de se voir imposer un cadre réglementaire strict : le gouvernement se laissera-t-il amadouer par une telle promesse de Gascon ? Les paris sont ouverts…

L. V.

A qui son plus beau rond-point ?

15 février 2019

Ils fleurissent partout les ronds-points. Le moindre village en compte plusieurs : les uns très simples, en talus recouverts d’herbes sauvages, d’autres très sophistiqués, de vrais petits mausolées à la gloire de je ne sais qui, bâtis de bories, plantés d’oliviers centenaires, de vignes ou autres essences.

Celui des Barles, à l’entrée de Carnoux, avec sa vasque, n’avait pas à rougir ! Un petit rafraichissement aurait peut-être suffi. Mais non. On casse et on refait ! Coût : 52.000 € HT subventionné à 70 % par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Ce Conseil départemental, il est formidable ! C’est le vrai Papa noël des maires. Il les cajole en subventionnant à tire larigot des travaux dont on se demande parfois l’utilité et l’urgence.

Au moment où il faudrait investir massivement des fonds publics dans la transition énergétique, isoler tous les bâtiments publics et privés, développer les énergies renouvelables pour sauver la planète voilà une maigre consolation. Nous allons succomber au réchauffement climatique mais nous aurons dans chaque ville et village des milliers de beaux ronds-points tout neufs.

De surcroît, celui de Carnoux n’est même pas stratégique : aucun groupe de gilets jaunes n’a estimé utile de l’occuper !!

                                                                                                                      A. B.

Tri sélectif des déchets : les mauvais élèves…

11 février 2019

Chaque année, les collectivités doivent présenter le bilan de la collecte et du traitement des ordures ménagères sur leur territoire. L’analyse des bilans pour l’année 2017, pour chacun des 6 Conseils de Territoires qui couvrent le périmètre de la Métropole Aix-Marseille-Provence, est désormais accessible et ne manque pas d’enseignement. Merci à Jean Reynaud qui a pris le temps de les analyser car leur observation ne manque pas d’intérêt pour tout citoyen un peu curieux !

Collecte des bacs en porte à porte sur le territoire de MPM (source : MPM)

Si l’on s’intéresse ainsi aux déchets collectés de manière séparative en vue de leur recyclage ou de leur valorisation, on constate que la quantité moyenne collectée en 2017 a été de 37,1 kg par habitant dont près des deux-tiers dans les points d’apport volontaire, les grands containers mis à disposition de chacun sur la voie publique pour y déposer le papier, le verre et les emballages, et le reste via la collecte en porte à porte dans les poubelles jaunes.

Globalement, la collecte via les points d’apport volontaires semble relativement stable d’une année à l’autre. En revanche, la collecte sélective en porte à porte ne cesse de diminuer. Ainsi sur le seul territoire des 18 communes de MPM, le tonnage récolté atteignait 12 000 t par an en 2011 alors qu’il dépasse à peine 11 000 t en 2017. On pourrait penser que les Français sont de plus sensibilisés à la nécessité de trier leurs déchets mais ce n’est manifestement pas le cas dans l’agglomération marseillaise, ce qui ne laisse pas d’interroger sur l’efficacité des campagnes d’information menées localement ces dernières années…

Container servant de point d’apport volontaire sur le territoire de MPM (source : MPM)

De surcroît, les disparités sont fortes d’un secteur à un autre. Ainsi, MPM fait office de mauvais élève de la classe avec moins de 30 kg de déchets trié collecté par habitant en 2017 alors que ce chiffre dépasse 50 kg sur le territoire du Pays d’Aix et sur celui du Pays salonais, se rapprochant davantage des standards que l’on peut rencontrer sur le reste du territoire national.

On notera d’ailleurs au passage que le Pays d’Aubagne et de l’Étoile a carrément supprimé la collecte en porte à porte pour le tri sélectif, sans pour autant que la collecte en point d’apport volontaire n’augmente, bien au contraire, ce qui montre qu’il existe un très net déficit de sensibilisation de la population locale quant à l’intérêt de trier ses déchets pour mieux les valoriser ! Même les conteneurs enterrés pourtant très coûteux quant à leur mise en place (16 000 € l’unité) n’ont pas permis d’enrayer cette baisse de volume liée à la collecte des déchets valorisables…

Déchetterie sur le territoire de MPM (source : MPM)

Les chiffres fournis permettent également de se faire une idée de l’utilisation des nombreuses déchetteries installées sur le sol métropolitain. Là aussi on est surpris de constater que les flux sont loin d’augmenter comme on pourrait s’y attendre. Ainsi, sur le territoire de MPM, la rapport 2017 totalise un peu plus de 97 000 t déposé dans les 17 déchetteries du territoire alors que ce chiffre atteignait 115 000 t en 2015.

Le taux de valorisation qui est de 76 % reste par contre inchangé, mais cela ne représente au final que 70 kg de matière valorisée par habitant, une misère ! On fait d’ailleurs à peine mieux sur le Pays d’Aubagne ou celui de Martigues. En revanche, on observe des résultats plus encourageants sur Aix ou encore à Salon-de-Provence où jusqu’à 325 kg par équivalent habitant sont valorisés grâce aux déchetteries, ce qui prouve qu’il existe une forte marge de progression sur le reste du territoire…

Installations de l’incinérateur de déchets Everé à Fos-sur-Mer

Tout compte fait, la quantité de déchets récoltée en 2017 sur le territoire métropolitain s’élève en moyenne à 595 kg par habitant et par an, ce qui reste colossal et confirme que notre société reste celle du gaspillage et de l’indifférence face à notre empreinte environnementale. Un chiffre qui monte d’ailleurs à 738 kg/an/hab. dans le Pays d’Aix et même 774 kg à Salon, un record !

Mais attention à ne pas interpréter à tort ces chiffres comme étant le reflet d’une irresponsabilité du citoyen lambda car si ces chiffres sont bien rapportés au nombre d’habitants, ils intègrent en réalité l’ensemble de la collecte donc également tous les déchets issus des petits commerces, des artisans, des marchés et même des collectivités, ce qui explique que l’on arrive à de tels chiffres alors qu’un foyer rejette généralement moins d’un kg par jour.

Sur ce total, la valorisation reste relativement faible, sauf paradoxalement chez les plus gros producteurs de déchets puisque le taux de déchets valorisés atteint 45 % à Aix et même 49 % à Salon, ce qui se rapproche des moyennes nationales. Mais ce taux ne dépasse pas 30 % en moyenne sur l’ensemble du territoire métropolitain, plombé par celui catastrophique de MPM qui stagne à 17 %.

A Marseille (mais cela vaut aussi pour les déchets de Carnoux qui sont d’abord transportés par camion puis par train jusqu’à l’incinérateur de Fos-sur-Mer), la majeure partie des déchets sert à alimenter l’incinérateur et on ne se soucie guère de leur valorisation. Un incinérateur qui relâche dans  l’atmosphère un certain nombre de produits peu ragoûtants et produit 25 % de mâchefers solides riches en métaux lourds et plus ou moins réutilisables en remblais routiers, mais aussi  près de 5 % de cendres très toxiques qui doivent être déposées en décharge à Bellegarde (Gard), donc encore transportées à plus de 60 km… Quant à Aubagne, le bilan global n’est guère plus favorable puisque l’essentiel des déchets non seulement ne sont pas valorisés mais finissent en décharge, transportés par camions vers les sites de La Fare-les-Oliviers ou de Septèmes-les Vallons au prix d’un bilan écologique et économique là aussi déplorable !

Décharge de Valsud à Septèmes-les-Vallons

Dernier angle d’analyse et non des moindres : le coût du service… Là aussi les chiffres contenus dans les rapports annuels ne manquent pas d’intérêt. On y apprend ainsi que le nombre d’agents affectés à la collecte des déchets est de 1,5 agents pour 1000 habitants à Aubagne ou sur MPM alors que ce taux ne dépasse pas 0,9 dans le Pays d’Aix et même 0,3 à Salon.

Le coût du service s’en ressent directement puisqu’il s’établit en moyenne à 181 € par habitant (hors subvention) mais qu’il varie du simple au double entre 128 € à Salon et 255 € sur MPM. Une belle démonstration que le coût du service public peut être très significativement optimisé grâce à une politique plus efficace de tri sélectif et de recyclage puisque les collectivités qui recyclent le plus sont aussi celles où le coût du service est le plus faible, surtout via le compostage qui permet de valoriser facilement tous les biodéchets qui constituent généralement de l’ordre de la moitié du tonnage de nos ordures ménagères. A bon entendeur…

L. V. 

A Marseille, la métamorphose du J1

30 janvier 2019

Le port de Marseille n’a pas fini sa mue ébouriffante. Après la rénovation des Docks, l’édification du MuCEM, la transformation du Silo en salle de spectacle, la rénovation des voûtes de la Major ou encore l’aménagement des Terrasses du port, et en attendant la reconstitution de la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée, c’est maintenant le hangar maritime J1 qui est sur la sellette et devrait bénéficier prochainement d’une belle cure de jouvence.

La façade du J1 côté ville avant la construction du viaduc autoroutier (photo © DR / Go Met)

Construite à la fin des années 1920, cette immense halle de 25 000 m2 a été conçue par l’architecte marseillais Gaston Castel, formé dans la toute nouvelle Ecole régionale d’architecture de Marseille ouverte en 1905 puis à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Alors architecte en chef de la Ville de Marseille, poste qu’il occupera jusqu’en 1941, c’est lui qui dessine les 5 bâtiments en béton armé qui constituent le gigantesque complexe formant la gare maritime de la Joliette. Le J1 (J pour Joliette, évidemment) est l’un des deux vestiges encore debout de cette construction, le seul à être pourvu de 2 étages, couvert d’une immense charpente métallique.

Surplombant 2 postes à quais, le hangar qui représente donc 3 niveaux de 8 500 m2 chacun, a servi longtemps au conditionnement des fruits et légumes transitant par le port de Marseille puis au transport des passagers embarquant pour la Corse et le Maghreb. Partiellement rénové en 2013 à l’occasion des manifestations de Marseille capitale européenne de la culture, les étages supérieurs du vaste hangar ont alors servi de hall d’exposition alors que le rez-de-chaussée continuait de recevoir les passagers des ferries en transit. Le site avait alors connu des records d’affluence, provoquant un engouement totalement inédit pour ses expositions gratuites déployées au dernier étage avec vue sur le port.

Exposition Le Corbusier dans le J1 pendant les manifestations de Marseille-Provence 2013 (photo © Philippe Houssin)

C’est le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) qui est toujours propriétaire de ce bâtiment imposant, offrant une vue imprenable sur la mer et les îles du Frioul, et dont une partie est encore utilisée pour l’embarquement des passagers vers la Tunisie et l’Algérie. Le site a été quelque peu laissé en jachère pendant plusieurs années au cours desquelles différents projets de transformation ont successivement avorté, puis a été repris en main à partir de 2017 par l’association MJ1, missionnée par la Ville de Marseille pour faire de ce lieu hors-normes un espace de happening, « au service du rayonnement et de l’attractivité de la Métropole ». Le J1 a ainsi accueilli en octobre 2017 une exposition intitulée « Le Monde tel qu’il va », issue des Rencontres de la photographie d’Arles, suivi de nombreux autres événements, dont un salon international d’art contemporain du Sud de la France…

Le hangar du J1 dans son état actuel (photo © GPMM / L’Antenne)

En parallèle, un appel à projet « Osez le J1 » a été lancé en juin 2017 en vue de « faire émerger un projet de prestige, innovant et pluriel pour la valorisation immobilière durable de la halle J1, l’aménagement de ses abords et la diversification des usages sur les postes à quais qu’elle surplombe ». A l’horizon 2020, l’ensemble du transit des passagers vers le Maghreb pourra en effet être transféré vers le terminal du Cap Janet, libérant la totalité de l’espace du J1 et le moment était donc venu de valoriser ce patrimoine potentiellement attractif et servant de trait d’union entre la ville et le port.

Après 2 ans de consultation, le GPMM a finalement dévoilé, le 11 janvier dernier, à l’occasion de la présentation de son bilan 2018, le nom du lauréat retenu parmi les 4 projets soumis, tous portés par des architectes de renom. Le groupement retenu par le jury allie Adim Immobilier Provence, la Caisse des Dépôts, le constructeur Vinci et le cabinet d’architectes Reichen & Robert et associés, lequel s’est fait une solide réputation sur les chantiers précédents de la Grande Halle de la Villette à Paris ou encore des Grands Moulins de Pantin en Seine-Saint-Denis.

La maquette du projet proposé par les lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt (photo © Reichen & Robert / La Tribune)

Le parti pris architectural retenu est relativement simple puisqu’il conservera l’essentiel de la structure existantes avec ses immenses verrières. Un nouveau fronton sera reconstitué côté ville pour rappeler celui qui avait été rasé en 1971 pour laisser la place à l’immense autopont édifié au ras du bâtiment. La grande place triangulaire latérale mise à disposition du projet ne sera pas construite mais abritée par une vaste ombrière accrochée à 10 m de hauteur, dont une partie sera aménagée en « jardin du retour », en souvenir des plantes exotiques que marins et botanistes rapportaient de leurs expéditions lointaines du temps de la splendeur du port de Marseille.

Maquette du projet avec le parvis et son jardin tropical surmontés d’une ombrière, ainsi que le quai nord pouvant accueillir des yachts de grande plaisance (photo © Reichen & Robert / La Provence)

Le groupement, qui devrait investir au moins 100 millions d’euros dans ce projet de « pôle multifonction » dont l’achèvement est prévu en 2023, bénéficiera ensuite pendant 70 ans du droit de l’exploiter. Les détails restent encore à affiner mais il est prévu a priori une piscine côté sud, des restaurants, un hôtel de 130 chambres, mais aussi 8000 m2 de bureaux et un espace de coworking dédié à des activités en lien avec le monde maritime. Les bateaux pourront d’ailleurs continuer à accoster sur le quai attenant, confirmant le rôle de lien entre la ville et le port.

Un beau projet en perspective qui devrait contribuer à renforcer encore l’attractivité de cette partie du port de la Joliette redevenu en quelques années un nouveau pôle d’attraction touristique.

L. V.

Loïc Fauchon : la Société des Eaux de Marseille tourne la page ?

5 janvier 2019

A Marseille, la Société des Eaux de Marseille est une institution. Créée en 1941 en même temps que le bataillon des Marins pompiers de Marseille, dans la foulée du dramatique incendie des Nouvelles Galeries qui avait révélé au grand jour l’incurie des élus de la ville en général, et la vétusté du réseau municipal d’eau en particulier, la Société d’études des eaux de Marseille se transforme deux ans plus tard en Société des Eaux de Marseille à qui la ville confie la gestion de l’eau dans le cadre d’un contrat de régie intéressée.

En 1960, le contrat de régie est remplacé par une délégation de service public (DSP) et depuis cette date, la SEM n’a pas lâché l’affaire, gérant toujours, pour le compte de la ville de Marseille la production et la distribution de l’eau, ainsi que l’exploitation du Canal de Marseille qui achemine depuis 1849 l’eau de la Durance jusqu’au Palais Longchamp. En 2001, la Communauté urbaine de Marseille s’est substituée à la Ville et fin 2013, après une durée record de 53 ans, le contrat de DSP a enfin été remis en jeu dans la cadre d’un appel d’offre, après que les élus marseillais aient balayé d’un revers de main toute velléité de retour à une régie municipale qui est pourtant devenu le dispositif de référence de nombre d’agglomérations telles Grenoble, Paris, Rennes ou Nice.

Loic Fauchon (à côté de Jean-Claude Gaudin) et Martine Vassal (en porteuse d’eau) lors du 6ème forum mondial de l’eau à Marseille en 2012 (photo © Christophe Taamourte / Forum mondial de l’eau)

L’attribution du nouveau marché de l’eau potable et celle des marchés de l’assainissement a donné lieu à d’intenses controverses et à une sérieuse mise en cause de plusieurs responsables locaux, Martine Vassal en tête, étrillée par un rapport de la Chambre régionale des comptes puis soupçonnée de favoritisme et de prise illégale d’intérêt dans le cadre d’une enquête ouverte par le Parquet national financier et même placée un temps en garde à vue en juin 2017.

Toujours est-il que c’est encore le groupe Eaux de Marseille, aux mains de Véolia, qui continue à gérer, pour 15 ans supplémentaires, jusqu’en 2029 au moins, via sa nouvelle structure juridique ad hoc dénommée Société des Eaux de Marseille Métropole, la distribution de l’eau potable dans la capitale phocéenne et 17 communes voisines dont Carnoux : une affaire juteuse à 2,3 milliards d’euros, le second plus gros français marché de distribution d’eau…

Un groupe qui emploie plus de 2000 salariés et affiche un chiffre d’affaires de près de 337 millions d’euros en 2017, dont 230 millions dans le secteur de l’eau. Ses investissements dans le domaine de l’eau ne cessent d’ailleurs de baisser, passant de 58 millions d’euros en 2016 à 49 en 2017, confirmant s’il en était encore besoin qu’il vaut mieux ne pas trop compter sur des contrats de DSP avec une multinationale de l’eau pour assurer le renouvellement des réseaux pourtant vieillissants. Et d’ailleurs, le groupe se diversifie de plus en plus vers d’autres marchés encore plus lucratifs dont ceux de la propreté urbaine, de la collecte des déchets (via sa filiale Bronzo notamment) voire de la vidéosurveillance.

Loic Fauchon lors du Forum mondial de l’eau à Mexico en 2006 (source © ENB IISD)

Et pourtant, c’est toujours le même homme, Loïc Fauchon, lui aussi mis en cause suite à l’attribution du marché marseillais de l’eau en 2014 et lui aussi placé en garde à vue dans ce cadre, qui est à la tête de cet empire solidement implanté dans l’écosystème marseillais, et ceci depuis 1991, soit bientôt 27 ans sans discontinuer, qui dit mieux ? Fonctionnaire territorial, il a occupé des postes de direction à la région PACA puis au Département des Bouches-du-Rhône avant d’être nommé directeur de cabinet de Gaston Deferre en 1983 lorsque celui-ci était encore maire de Marseille, puis d’occuper le poste de Secrétaire général de la Ville aux côtés de Robert Vigouroux qui le place en 1991 à la tête de la SEM, comme directeur général. Il en devient le PDG à partir du 1er juillet 1997, alors que son ami Jean-Claude Gaudin est désormais maire de la ville.

L’homme a de multiples casquettes et le cumul des fonctions ne lui fait pas peur. Maire de Trets de 1989 à 1997, il a aussi fait dans l’humanitaire en créant en 1977 une ONG d’aide d’urgence, TransSahara. Depuis 2014, il est également président de la SAFIM, la société qui gère la foire internationale de Marseille tout en étant présent dans moult conseils d’administration dont ceux de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, de la Société des Eaux du Niger ou encore de l’IEP d’Aix-en-Provence d’où il est sorti diplômé en 1970.

Loïc Fauchon, PDG de la Société des Eaux de Marseille et président du Conseil mondial de l’eau à Marseille en 2012 (photo © J.M. Huron / SEM)

Mais sa grande affaire, c’est le Conseil Mondial de l’Eau qu’il a présidé de 2005 à 2012 après y avoir exercé de multiples responsabilités, ce qui lui a notamment permis d’organiser le sixième Forum mondial de l’eau qui s’est tenu à Marseille en mars 2012. Président honoraire de l’association depuis lors, Loïc Fauchon vient tout juste de se faire réélire Président, le 1er décembre 2018, de cet organisme qui promeut avant tout une gestion privée de l’eau et de l’assainissement par des multinationales comme Véolia, ainsi que cela lui est reproché fréquemment. Mais Loïc Fauchon n’en a cure, lui qui n’hésitait pas à proclamer, en 1998, comme le rappelait en 2010 le journaliste Marc Laimé sur son bloc Les eaux glacées du calcul égoïste : « l’eau, c’est toujours la vie, l’eau c’est parfois la mort. Mais l’eau c’est aussi le pouvoir, l’eau c’est aussi l’argent »…

Loïc Fauchon, réélu à la présidence du Conseil mondial de l’eau le 1er décembre 2018 (photo © Conseil Mondial de l’Eau / Econostrum)

Et voilà pourtant que ce personnage haut en couleur et qui vient de fêter ses 70 ans, est en train de passer la main comme il l’a annoncé devant quelques journalistes triés sur le volet le 14 novembre dernier. Les médias présents ont ainsi appris qu’une nouvelle directrice, Sandrine Motte, présente depuis 20 ans à la SEM, en avait été nommée directrice générale en avril dernier, assortie d’une directrice déléguée adjointe, Marie Borni, toutes deux ayant été directrice de cabinet du Président, lequel a annoncé qu’il quittera la SEM en juin 2019.

Sandrine Motte, directrice générale du groupe Eaux de Marseille, Loïc Fauchon, Président, et Marie Borni, DG adjointe (photo © F. Delmonte / Les nouvelles publications)

Le siège social de la SEM, situé dans le 6ème arrondissement près de la Préfecture a aussi été vendu et transféré sur le site de la Capelette, tandis que le groupe annonce une volonté de diversification dans d’autres domaines que celui de l’eau. Le départ prochain de son PDG pourrait donc correspond à un véritable tournant dans la vie du groupe. L’avenir dira si cette évolution se fait vers davantage de transparence et de déontologie une fois tournée la page Loïc Fauchon, lui qui n’hésitait pas en 2008 à assigner en justice pour diffamation l’association UFC Que choisir qui avait oser prétendre que l’eau était surfacturée à Marseille, comme le rappelait Le Ravi en avril 2009 : tout ceci ne sera peut-être bientôt plus qu’un mauvais souvenir d’une époque révolue…

L.V. 

Après le TGV, c’est le métro qui déraille à Marseille…

24 décembre 2018

C’est décidément la loi des séries. Comme le disait si élégamment l’ancien Président de la République Jacques Chirac, dans un élan de fatalisme corrézien, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille »… A Marseille, Jean-Claude Gaudin n’est probablement pas loin de penser la même chose. L’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne a mis à nu l’impasse de la politique menée depuis des années par la municipalité où il est élu depuis 1965 et qu’il dirige depuis 1995.

Jean-Claude Gaudin rue d’Aubagne le 5 novembre 2018 (photo © Patrick Gherdoussi / Divergence images in Marsactu)

A près de 80 ans, force est de reconnaître que l’état dans lequel il laissera la ville à ses successeurs à l’occasion des prochaines élections municipales prévues en 2020 est catastrophique. La priorité accordée à l’embellissement de certains quartiers aisés, fief de son électorat traditionnel, et à de coûteux investissements de prestige, ruineux pour la collectivité et source d’endettement pour les générations à venir, le retard colossal pris dans le développement des politiques de transports publics, le manque d’investissement et d’entretien dans de nombreux écoles et équipements publics du centre-ville en état de délabrement avancé, le clientélisme et le laxisme avec lequel ont été gérés les services municipaux, le bilan n’est pas des plus glorieux, malgré la faconde avec laquelle tout ceci est emballé…

En tout cas, le retour de manivelle est désormais un peu rude pour le maire qui s’accroche malgré tout à son fauteuil en affirmant qu’il doit « faire face dans la tempête avec la charge considérable du capitaine qui doit remplir sa mission » comme il l’a encore rappelé le 20 décembre dernier, à l’occasion du premier conseil municipal qui se tenait depuis l’effondrement des immeubles survenu le 5 novembre. Les huit morts, ensevelis sous les décombres de leur taudis étaient forcément au cœur des débats, de même que les 1500 et quelques personnes expulsées depuis lors de leur logement insalubre, à titre préventif, souvent dans l’urgence et l’improvisation la plus complète.

Mais le maire de Marseille a encore bien du mal à reconnaître que l’inertie de ses services et l’impéritie de sa politique ont pu contribuer un tant soit peu à cette situation dont il s’obstine à attribuer l’origine aux fortes pluies de l’automne, n’hésitant pas à réclamer à l’État qu’il reconnaisse l’état de catastrophe naturelle, histoire de le dédouaner et d’invoquer plutôt la fatalité. Une entourloupe qui lui a valu, de la part des centaines de manifestants en colère massés devant les portes closes de la mairie pendant la réunion du conseil municipal, l’invective peu amène, rapportée avec délectation par le quotidien Libération : « Gaudin, c’est toi la catastrophe naturelle »…

Evacuation d’un blessé en gare de Dromel après le déraillement d’une rame de métro, vendredi 21 décembre 2018 (photo © Bataillon des Marins-Pompiers de Marseille / La Provence)

En tout cas, la poisse le poursuit. Après le TGV qui déraille en arrivant à la gare Saint-Charles, après les immeubles vétustes qui s’effondrent, voilà maintenant que c’est au tour du métro marseillais de montrer des signes de faiblesse. Comme l’a rapporté La Provence, une rame de la ligne 2 a en effet déraillé vendredi 21 décembre 2018 vers 8h40 en quittant la station Dromel, blessant légèrement 13 personnes qui ont dû être pris en charge par les Marins-Pompiers de Marseille.

Un événement rarissime, dont les causes restent sans doute à préciser et pour lequel une enquête a d’ailleurs été ouverte, mais qui vient s’ajouter à la série noire… D’après les témoignages recueillis par La Provence, la rame en question aurait perdu une partie de son système de traction, laquelle serait venue percuter un pneu, provoquant le déraillement. Les passagers blessés ont été commotionnés, pour certains du fait des chocs lors du freinage brusque qui s’en est suivi, et pour d’autres par le heurt d’une grille qui s’est détachée du toit du wagon.

Rame de métro suite au déraillement en gare de Dromel (photo © Bataillon des Marins-Pompiers de Marseille / La Provence)

Un accident peu banal donc, sans doute dû encore à la fatalité comme l’enquête le confirmera probablement, mais qui a provoqué en tout cas de sérieuses perturbations dans le trafic du métro marseillais malgré l’organisation, par la RTM, d’un dispositif de substitution par autobus. Une nouvelle pierre néanmoins dans le jardin de Jean-Claude Gaudin qui n’en demandait pas temps, lui dont la hantise était de terminer son mandat hué par son électorat et lâché par tout le monde, à l’image de son lointain prédécesseur, le socialiste Henri Tasso, qui avait dû affronter une véritable tempête politique à la suite du terrible incendie des Nouvelles-Galeries, sur la Canebière, survenu le 28 octobre 1938 et qui avait fait pas moins de 73 morts et près de 200 blessés. L’événement avait déclenché un véritable tollé. Accusé d’incurie, d’incompétence et de clientélisme, la municipalité avait fini par devoir lâcher les rênes après une mise sous tutelle de l’État décidée en mars 1939. Espérons qu’il n’en sera pas de même pour Jean-Claude Gaudin, même s’il est difficile de ne pas établir un parallèle entre les deux situations…

L. V. 

Une ronde de Cercles à Gémenos pour fêter 140 ans d’activités !

9 décembre 2018

Samedi 1er décembre 2018, le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos a convié les cercles des villes et villages voisins à fêter ses 140 ans !

A Gémenos, réunion pour le 140ème anniversaire du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos (photo © M. Motré / CPC)

C’est en effet le 25 septembre 1878 qu’est créé à Gémenos le Cercle du Progrès Démocratique, quelques mois après les élections du 6 janvier 1878, jour où la IIIème République, proclamée en septembre 1870, est véritablement établie. Rappelons que le 25 septembre 1792 est le jour où la 1ère République a été proclamée « une et indivisible ». D’où le choix du 25 septembre pour la création du Cercle de Gémenos !

A l’initiative des deux co-présidentes du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos, Mesdames Josette DAVID et Valérie THYOT, l’anniversaire donne l’occasion à plusieurs de ses membres de rappeler le contexte de sa création.

Quelques repères historiques de 1878

1878, sous la présidence de Mac Mahon et après la Commune de 1871, Louise Michel est déportée avec d’autres Communards en Nouvelle-Calédonie ou elle apporte son aide aux Kanaks.

Le 1er mai 1878, c’est aussi l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris, suivie le 18 mai par la création de l’Administration des chemins de fers de l’Etat.

Le 25 septembre, Gémenos voit la création du Cercle du Progrès Démocratique placé sous le signe de Marianne dont le buste est toujours présent dans ses locaux.

Siège du Cercle de l’Harmonie à Aubagne en 1915 (source © Cartes Postales Anciennes)

Quelques repères marquants pour le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos 

A l’origine, le Cercle n’accueille pas les femmes. Pour adhérer, il faut être présenté par deux parrains qui garantissent la bonne moralité de l’impétrant. Les cotisations sont réglées mensuellement, faute de quoi, la radiation peut être prononcée.

1893, le Cercle s’installe dans le bâtiment situé au 1 rue Jean Jaurès où il demeure toujours.

1902, date de création de la Section locale de l’Internationale ouvrière.

1936, création d’une cellule du Pari Communiste.

1941, les Allemands occupent le bâtiment du Cercle.

1978, les premières femmes intègrent le Cercle du Progrès Démocratique.

1988, dans ses locaux se tiennent des réunions et des activités de distraction. Le 17 mai 1988, l’état de l’édifice nécessitant des travaux importants, afin de régler leur coût, le Cercle cède une partie du bâtiment à la Mairie de Gémenos. Le débit de boisson est fermé.

1994, après les travaux, le Cercle ouvre de nouveau, avec une vocation citoyenne.

Les activités du Cercle

Tous les samedis, se tiennent des activités liées à la lecture : Les livres sous l’olivier (arbre qui a remplacé le platane présent à l’origine). Parmi les nombreuses actions, distinguons actuellement deux ateliers d’écriture, un cercle de lecture, des discussions sur différents thèmes de société. Auparavant, le Cercle a développé une Université du Gai Savoir, des ateliers Philosophie et toponymie, ainsi qu’une chorale et une formation au provençal.

Après cette large présentation à plusieurs voix, les Cercles invités ont pu présenter leurs objectifs ainsi que leurs activités.

Le siège du Cercle des Républicains à Roquefort – La Bédoule (photo © M. Motré / CPC)

Le Cercle Républicain des Travailleurs de Roquefort-La Bédoule, représenté par Françoise Vergne, a annoncé qu’en 2019 il fêterait ses 140 ans ! Cette rencontre fut l’occasion d’offrir un ouvrage sur son histoire (1) au Cercle de Gémenos et de préciser qu’il organisait, dans le cadre de son association Carrefour Citoyen, des conférences dont la prochaine se déroule le 6 décembre 2018 et sera consacrée au Populisme de Gauche. Ce Cercle est installé dans un bâtiment qui comporte un débit de boisson, caractéristique des cercles ruraux créés à a fin du XIXème siècle.

Le siège du Cercle du Progrès à Beaudinard (photo © Cyclo Sport Ciotaden)

Le Cercle du Progrès de Beaudinard dispose lui aussi d’un local et d’une cour qui sont la propriété des adhérents (1050 à ce jour). Il organise des réunions et des fêtes (Saint-Eloi), et propose des activités diverses (boules, cartes).

Septembre 2015 : le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne fête ses 125 ans (photo © Florent de Corbier / La Marseillaise)

Le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne a fêté ses 128 ans d’existence. Il dispose de 1000 m2 en propriété et dispose d’un débit de boisson (licence IV). Ses activités marquent une forte dominante culturelle : concerts, théâtre, cinéma, expositions artistiques, caractéristique qui vise à pallier la fermeture récente de la MJC de la ville. Il organise une aide aux devoirs pour les scolaires. Le Cercle a initié des partenariats avec différentes associations d’Aubagne et, comme la plupart des Cercles, il vise à rajeunir son public.

Le Cercle Progressiste Carnussien représenté par son bureau a enfin énoncé ses objectifs et ses activités. Outre sa jeunesse (18 ans), il a rappelé que, ne disposant pas de locaux propres, il bénéficiait de salles prêtées par la commune pour la tenue de réunions mensuelles et de conférences (4 par année environ) axées sur des questions concernant l’éducation, les sciences, l’économie, la santé…) qui réunissent entre cinquante et cent personnes. Son club de lecture KATULU ? est fréquenté par des lectrices assidues qui rendent compte de leur intérêt pour les livres lors de présentations publiques ainsi que sur le blog. Pour favoriser la réflexion citoyenne, le Cercle Progressiste Carnussien édite deux journaux par an et diffuse, via son blog et le relai de sa page Facebook, des articles portant sur des questions de société et de culture, locales, nationales et internationales.

Parmi les souhaits qui ont été émis, dont celui qui vise à partager nos calendriers d’initiatives, nous retiendrons aussi le bonheur de relations d’expériences au travers de rencontres à venir plus régulières.

Titre d’un article publié dans La Provence le 5 janvier 2019

Au terme de ces présentations et d’échanges avec les nombreuses personnes présentes, les co-présidentes du Cercle de Gémenos ont convié le public à se réunir à l’extérieur pour une photographie marquant cet anniversaire et chanter au son d’un orgue de barbarie puis à regagner le local pour un apéritif de l’Amitié.

Longue et belle vie aux Cercles, lieux de sociabilité en Provence (2) !

Michel Motré

  • Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.
  • Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence), 2006.

Marseille qui s’élève, Marseille qui s’effondre…

25 novembre 2018

Tour La Marseillaise (photo © Tangram architectes)

Le 25 octobre 2018 était inaugurée en grandes pompes à Marseille la nouvelle tour conçue par l’architecte Jean Nouvel, baptisée fièrement La Marseillaise et qui s’élève désormais à 135 m de hauteur sur les quais d’Arenc, en bordure de mer et aux côtés de la tour effilée conçue par Zaha Hadid pour y abriter le siège de la CMA-CGM, dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Une merveille architecturale, toute en légèreté et en transparence, qui se joue de la lumière grâce à ses 3850 pare-soleils multicolores en béton fibré à ultra-hautes performances permettant de donner une apparence changeante à la façade vitrée de 16 000 m2 selon un nuancier tricolore du plus bel effet cocardier mais dont les 30 nuances oscillent, selon le concepteur entre le bleu azur de la mer et du ciel provençal, le blanc des nuages et du calcaire des calanques et, bien sûr, le rouge des toits de tuiles romanes. Une prouesse technologique donc, parfaitement intégrée dans son univers méditerranéen : bravo l’artiste !

Tour La Marseillaise (photo © Gilles Guerin / France 3 Provence Alpes)

Un chantier mené rondement en tout cas à l’issue de 3 ans et demi de travaux confiés au groupe Vinci Construction, même si le projet était en gestation depuis le début des années 2000, et qui est sensé concrétiser pour son promoteur, Marc Piétri, président de Constructa, le renouveau du dynamisme économique de la cité phocéenne. Un projet phare en tout cas, qui a coûté la bagatelle de 210 millions d’euros, mais qui, de fait a été financé pour l’essentiel par de l’argent public.

Marc Piétri, élevé par Manuel Vals au rang de commandeur de la Légion d’honneur, le 1er juin 2017, aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de Renaud Muselier (photo © DR / Destimed)

Ce qui a en effet permis au projet de prendre son envol en 2012 n’est pas une décision d’un investisseur privé mais bien celle de la Métropole MPM, alors dirigée par Eugène Caselli, qui avait engagé la collectivité en réservant d’un coup 12 des 27 étages du futur gratte-ciel, pour la modique somme de 6,7 millions d’euros par an sur douze ans, soit un peu plus de 80 millions au total. Et ce n’est pas tout car, comme l’explique notamment Capital, ce sont deux autres structures publiques qui lui ont emboité le pas, dont la Chambre de commerce et d’industrie, un organisme pourtant en pleine tempête, qui s’interroge sur son avenir, se plaint d’être étranglée financièrement par les récentes décisions gouvernementales, licencie à tour de bras et n’avait pas vraiment besoin de locaux supplémentaires, mais qui n’a pas pu résister à la tentation de s’installer dans les deux derniers étages de la tour emblématique, avec vue imprenable sur la rade…

Celui qui l’a suivi n’est autre que la Ville de Marseille qui, bien que lourdement endettée et disposant elle aussi de très nombreux locaux répartis un peu partout, a décidé d’engager 4,8 millions d’euros pour réserver des bureaux afin d’y loger gracieusement, moyennant une modique participation aux charges de 62 000 € par an, le siège du Conseil mondial de l’Eau (une structure associative fondée en 1996, dont Loïc Fauchon, dirigeant depuis 27 ans de la Société des eaux de Marseille, fut le président et Martine Vassal la trésorière), mais aussi le Plan Bleu (un programme des Nations unies consacré à l’environnement) et la Banque mondiale. Un geste d’amitié, pris en toute discrétion par Jean-Claude Gaudin en personne, s’appuyant sur une vague délibération cadre de 2014 : à Marseille, comme chacun sait, l’amitié n’a pas de prix…

Vue sur les Docks depuis l’intérieur de la tour (photo © Tangram architectes)

Quant aux 12 étages restant, qui ne sont pas payés directement par le contribuable, la moitié d’entre eux ont été réservés par trois groupes industriels dont l’activité est très étroitement liée aux marchés publics des collectivités, à savoir l’opérateur de télécommunication Orange, dont le nom s’étale désormais en grandes lettres sur le fronton du stade Vélodrome, le groupe de restauration collective Sodexo (qui assurera bien entendu la restauration dans la tour de bureaux) et la SNEF, un bureau d’études spécialisé dans l’énergie et le génie électrique.

Le reste des 38 000 m2 de bureaux, a été partagé entre le promoteur lui-même, Constructa qui s’est arrogé tout le 27ème étage, et les deux principaux financeurs de l’opération (aux côtés de la Caisse des dépôts), l’assureur Swiss Life REIM et le financier CEPAC, autrement dit la Caisse d’Epargne régionale. La société Haribo, qui s’est offert un étage et demi, constitue finalement le seul groupe privé non directement lié aux collectivités à l’origine du projet, qui viendra s’installer dans ces nouveaux locaux : un bien maigre bilan pour une opération qui était supposée attirer de nouveaux opérateurs économiques sur Marseille…

Recherche des victimes sous les gravats des deux immeubles effondrés, rue d’Aubagne (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Pour autant et malgré ce sérieux bémol, les Marseillais pouvaient légitiment considérer avec une certaine fierté ce nouveau monument qui vient s’insérer dans le paysage local même si la facture pour le contribuable est pour le moins salée. Il n’en fut pas de même lorsque, quelques jours plus tard, le 5 novembre, les feux de l’actualité se sont de nouveau braqués sur la cité phocéenne pour y observer avec consternation l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, ensevelissant sous les amas de décombres 8 personnes et nécessitant la démolition, par les pompiers de l’immeuble adjacent, qui lui-même menaçait ruine.

L’épisode a fait grand bruit et a rappelé, s’il en était besoin, l’incurie de la municipalité dirigée depuis 23 ans par un maire en décalage complet avec les besoins de ses concitoyens, lui qui croyait malin de lancer à l’un de ses opposant, l’élu Front de Gauche Christophe Pellicani, croisé sur place l’après-midi même du drame devant les ruines des deux immeubles effondrés : « Oh, t’y es pas sous les décombres, toi ? ». Du Pagnol, qui n’a fait rire que lui, d’autant qu’il a aggravé son cas quelques jours plus tard en se permettant de vanter sa politique en matière d’éradication de l’habitat indigne, estimant avait investi pas moins de 35 millions d’euros dans ce domaine, depuis 2005…

Jean-Claude Gaudin rue d’Aubagne après le drame, en compagnie de son adjointe (à gauche de la photo) Arlette Fructus (photo © AFP)

Un montant ridicule et qui n’est manifestement pas à l’échelle du problème comme les médias se sont évertués à le démontrer dans les jours qui ont suivi, en particulier Libération qui a publié un excellent dossier hors-série sur le sujet, particulièrement documenté et approfondi. On y apprend notamment que dès 2015, l’inspecteur général Nicol avait parfaitement analysé l’ampleur du désastre dans son rapport sur la requalification du parc immobilier privé à Marseille, pointant la vétusté de quelques 40 000 logements, soit 13 % du parc de résidences principales de la ville, et déplorant la faible efficacité des services municipaux qui ne prononcent qu’un nombre dérisoire d’arrêtés de péril imminent chaque année.

Une autre étude, publiée en 2014 par l’urbaniste Sandra Comptour, estimait que 48 % des immeubles du quartier de Noailles « nécessitent une réhabilitation pérenne à court ou à moyen terme », dont bien sûr celui du 63 rue d’Aubagne, propriété de Marseille Habitat, sous arrêté de péril depuis 2006 mais qui n’avait fait l’objet d’aucune intervention depuis, laissé vide et les fenêtres battantes jusqu’à ce qu’il s’effondre le 5 novembre 2018, sous la poussée de ses voisins encore plus bancal que lui.

Les trois immeubles des 63, 65 et 67 rue d’Aubagne photographiés par Google Street View quelques mois avant leur effondrement (photo © Google Street View / Le Monde)

Un rapport d’expertise plus qu’alarmant, signé par l’architecte Richard Carta le 19 octobre 2018 après examen de l’état du n° 65 rue d’Aubagne, analysé en détail par La Marseillaise, indique sans ambiguïté la gravité de la situation et conclut à la nécessité d’évacuer au moins le 1er étage, précisant que « les locataires ne pourront réintégrer leur appartement qu’après la mise en place d’un étaiement complet du rez-de-chaussée par une entreprise qualifiée ». L’adjoint délégué, Julien Ruas signe dans la foulée un « arrêté de péril imminent », qui fait obligation aux copropriétaires de « faire réaliser les travaux nécessaires d’urgence », dans un délai de 21 jours, manifestement excessif puisque l’immeuble s’écroule 18 jours plus tard, sans que rien n’ait été fait entre temps…

Toujours est-il que ce drame humain a véritablement constitué un électrochoc pour le microcosme marseillais, mettant cruellement en lumière les limites du système Gaudin. Ses services se sont depuis affairés à essayer de rattraper le temps perdu en multipliant les démarches d’évacuation dans de nombreuses autres copropriétés menaçant ruine : plus de 700 personnes auraient dû ainsi quitter précipitamment leur logement au 14 novembre selon les informations recueillies par Libération.

Manifestation en mémoire des victimes de l’effondrement à Marseille le 14 novembre 2018 (photo © Sylvain Thomas / AFP)

Mais pendant ce temps, la colère gronde dans ce quartier du centre-ville qui a le net sentiment de n’être pas écouté et d’avoir été laissé pour compte par une équipe municipale qui sait bien que ce n’est pas là que se trouvent ses électeurs : dans le bureau de vote le plus proche, comme le rappelle le Canard enchaîné, la candidate de Gaudin, Solange Biaggi, avait péniblement rassemblé 20 suffrages sur son nom lors du premier tour des législatives de 2017…

La riposte politique s’organise et Renaud Muselier a dû pousser à la démission l’un des vice-présidents de la Région, pourtant l’un de ses proches, l’avocat Xavier Cachard, qui se trouve être malencontreusement l’un des propriétaires de l’immeuble effondré au 65 rue d’Aubagne. Pour faire bonne mesure, il a poussé aussi vers la sortie Arlette Fructus, une proche de Jean-Claude Gaudin dont elle est adjointe, en charge précisément du logement, et par ailleurs présidente de Marseille Habitat.

Dans le quartier de Noailles, des banderoles qui mettent directement en cause le maire de Marseille (photo © Photo France3 Provence)

Pas sûr néanmoins que cela suffise pour apaiser les esprits. Quelques jours après la catastrophe, mercredi 14 novembre, plus de 10 000 manifestants ont marché de Noailles jusqu’au Vieux Port, venant hurler leur colère devant les fenêtres closes de la mairie, criant « Gaudin, démission ! Gaudin en prison ! ». Une violence verbale à laquelle le maire vieillissant n’a guère été habitué mais qui traduit bien le ras le bol des habitants du quartier face à une équipe municipale qui n’a manifestement jamais fait du logement social sur Marseille un de ses dossiers prioritaires…

L. V. 

Aix-en-Provence s’équipe de pavés à la turque…

2 novembre 2018

Maquette du futur BHNS Aixpress en cours d’aménagement dans les rues d’Aix-en-Provence (source : Ville d’Aix)

Tous les Aixois s’en sont rendus compte : le centre-ville est en travaux ! Depuis un an et jusqu’en 2019, les grands axes sont devenues un chantier ininterrompu en prévision de l’aménagement du futur Aixpress, le bus dit à haut niveau de service qui traversera toute la ville sur plus de 7 km, depuis le nouveau pôle d’échange du Krypton, en bordure de l’Arc et de l’autoroute A8, jusqu’à l’avenue Saint-Mitre-des-Champs, au nord-ouest d’Aix, en passant par la gare routière et les universités.

Mais ce n’est pas tout car ce chantier titanesque, qui provoque l’agacement des automobilistes aixois, vient s’ajouter à d’autres grands travaux, engagés en septembre 2016 et qui visent à un réaménagement complet de trois places emblématiques de la cité du Roy René, qui s’étendent sur 8 600 m2, en plein cœur du centre historique, entre le Palais de Justice et l’église de la Madeleine. Un vaste espace public, aménagé dès le XVème siècle, avant la Place des Cardeurs ou celle de l’Hôtel de Ville, et bien avant le Cours Mirabeau, mais qui reste un lieu emblématique de la vie aixoise.

Vue de l’ancien palais des Comtes de Provence depuis les environs de la place des Prêcheurs (source : L’Aixois)

Selon le site très documenté Aix en découvertes, le roi René d’Anjou, devenu comte de Provence en 1434, y fit édifier un palais monumental à l’emplacement d’une ancienne porte de la ville antique dont il avait conservé les trois tours. Ce palais comtal, devenu siège du Parlement de Provence après le rattachement du Comté à la France en 1481, a finalement été détruit en 1786 car il menaçait ruine. Cette destruction s’est alors traduite par un remaniement complet du quartier avec notamment l’édification de l’actuel Palais de Justice et des prisons devenues depuis le siège de la Cour d’Appel.

Vue aérienne de la Place des Prêcheurs qui s’étend à l’Est du Palais de Justice d’Aix-en-Provence (source © Géoportail)

Ce vaste espace public comprend désormais au sud la place de Verdun, ouverte suite à la destruction du Palais, la place des Prêcheurs, sur laquelle se tient traditionnellement le marché, qui devrait y reprendre ses habitudes en mars 2019, et la place Madeleine au nord, devant l’église du même nom. La place des Prêcheurs, qui se situait à l’origine en dehors des limites de la ville antique, est devenu véritablement un centre de la vie aixoise à partir du XVIème siècle, après que l’ancien Jardin du roi René, situé plus à l’Est, se soit urbanisé à son tour sous le nom de Villeneuve, autour du collège édifié par les Jésuite en 1583. Jusqu’en 1775, ce haut-lieu de la vie mondaine d’Aix-en-Provence accueillait également les exécutions publiques avec une roue, un échafaud et plusieurs gibets…

Maquette des futures places de Verdun et des Prêcheurs après réaménagement (© Atelier Garcia-Diaz source : Ville d’Aix)

Il va de soi que le réaménagement en profondeur de ces places historiques, rendu nécessaire pour y refaire entièrement les réseaux souterrains tout en profitant de l’opportunité pour leur donner un aspect plus accueillant, ne pouvait se faire qu’après une sérieuse campagne de fouilles archéologiques conduite par l’équipe d’archéologues de la ville. Ces fouilles ont mis à jour de nombreuses sépultures devant l’église de la Madeleine où s’étendait autrefois le cimetière des Prêcheurs. Elles ont aussi permis de retrouver, devant le Palais de Justice, l’emplacement de l’angle sud-est des fondations de l’ex palais comtal.

Fouilles archéologiques sous la place des Prêcheurs (extrait d’une vidéo de Provence Azur TV)

Des vestiges de caves, de murs et de l’ancienne Voie Aurélienne qui longeait les remparts ont ainsi été mis à jour, si bien que les services municipaux ont dû phosphorer durant l’été 2017 pour revoir partiellement l’aménagement des futures places afin d’y intégrer de grandes dalles vitrées qui permettront aux passant de visualiser quelques-uns des vestiges archéologiques ainsi découverts, tandis qu’un marquage au sol, intégré au futur pavage de la place permettra de repérer l’emplacement des fondations de l’ancien édifice comtal et de la voie romaine adjacente. L’opération se traduira par un léger surcoût de 600 000 €, une paille par rapport au coût total des travaux qui est évalué à 20 millions d’euros, dont environ la moitié pour la réfection des réseaux enterrés de gestion des eaux pluviales, d’adduction d’eau potable (dont certaines canalisations sont encore en plomb dans ce quartier), de pose des fourreaux destinés à l’installation future de la fibre optique, et de mise en place d’un réseau de bornes électriques pour les forains et la recharge des véhicules.

Emplacement des vestiges de l’ancien Palais comtal et des espaces de visualisation qui seront conservés (source : Ville d’Aix)

Les opérations de pavage ont, quant à elles, commencé depuis février 2018, comme le précise un article de La Provence. Elles nécessiteront au total pas moins de 8 000 tonnes de pierres, toutes soigneusement taillées au millimètre près, avec une surface légèrement griffée pour éviter les glissades malencontreuses par temps de pluie. C’est l’entreprise UrbaTP, implantée depuis 2003 à Meyreuil, qui a remporté ce marché fabuleux consistant à couvrir près de 2 hectares d’espace public avec des pavés de différentes nuances allant du beige au gris clair, sous la houlette de l’Atelier Garcia Diaz, un cabinet montpelliérain d’architectes, urbanistes et paysagistes.

Carrière près de Sogüt en Turquie (source UrbaTP)

Un chantier qui est néanmoins sujet à controverse car les pierres calcaires en question, choisies précisément pour faire couleur locale, sont extraites de la carrière de Sogüt, située en Turquie, à 2 700 km de là ! A tel point d’ailleurs que, selon La Gazette des Communes, une cargaison de 6000 tonnes de pavés destinés au chantier des trois places à Aix a été bloquée pendant plusieurs jours, fin septembre, par les douanes françaises, dans le port de Marseille, le temps des contrôles nécessaires.

Voilà qui illustre bien le paradoxe de notre conception du développement durable : pour protéger notre environnement de toute nuisance, on préfère fermer les carrières de pierre qui ont fait la renommée de la région à une époque où la pierre de Cassis, exploitée depuis l’Antiquité, était exportée pour construire les quais d’Alexandrie (mais pas le socle de la statue de la Liberté à New York, contrairement à une légende urbaine anisée tenace, ledit socle étant réalisé en béton et granite rose du Connecticut). Et, dans le même temps, pour conserver l’aspect local de notre environnement urbain, on importe de l’autre bout du monde, des pierres qui, certes, reviennent moins cher car extraites par une main d’œuvre moins exigeante et dans un contexte réglementaire moins rigoureux, mais se traduisent par un bilan environnemental global bien pire, quoique moins visible depuis le centre-ville d’Aix-en-Provence…

L.V.