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Vers une troisième révolution industrielle et une société du partage ?

13 octobre 2014

Le capitalisme triomphant après la chute du mur de Berlin aurait-il du plomb dans l’aile ? C’est ce que prétend notamment Jérémy Rifkin, essayiste américain prolixe, spécialiste de prospective et conseiller de très nombreuses personnalités politiques à travers le monde.

Blog109_PhRifkin

L’un de ses ouvrages, publié en 2012, annonce ainsi « la troisième révolution industrielle » qui pourrait permettre ni plus ni moins que de répondre à long terme au triple défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique. Les nouvelles technologies pourraient révolutionner totalement notre mode de fonctionnement, comme il s’efforce de le démontrer dans son dernier livre au titre à rallonge : « La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipsé du capitalisme ». Tout un programme !Blo109_PhLivre

Bien évidemment, résumer en quelques lignes une analyse aussi complexe sans la caricaturer serait une gageure ! Une des intuitions que développe J. Rifkin, est que notre système de production industriel va être complètement remis en cause par le développement rapide des nouvelles technologies liées à internet et aux échanges gratuits et rapides de masses considérables de données, avec des implications dans tous les secteurs d’activité. On en voit d’ailleurs déjà les effets par exemple dans l’industrie du disque qui vient de s’effondrer sous nos yeux du fait de la possibilité offerte d’échanger gratuitement des fichiers numériques musicaux via internet. De même, le développement du livre numérique et l’offensive d’Amazon n’ont fait qu’une bouchée des librairies américaines et s’attaquent désormais au reste du monde.

Autre exemple :  en matière énergétique, Rifkin est persuadé que nous assistons à une révolution avec le développement à des coûts de plus en plus abordables, des technologies qui permettent de capter et de stocker les énergies renouvelable solaires, éoliennes ou marémotrices. Il estime même que le développement des imprimantes 3D ouvre la voie à la fabrication chez soi de multiples objets  dont nous avons besoin, ce qui risque de changer complètement les circuits de production.

Blog109_Dessin1Face à de telles mutations, c’est tout notre modèle de société qui va devoir s’adapter. Le travail de masse, rendu possible par le développement de la société industrielle, et qui est en train de se déliter avec une augmentation inéluctable du chômage, risque de n’être plus qu’un souvenir. L’évolution, qui se dessine déjà largement, privilégie des emplois hautement qualifiés dans le domaine de l’économie de la connaissance et des emplois de service peu qualifiés et faiblement rémunérés à l’autre bout de la chaîne. Mais  le temps du travail pour tous paraît menacé, de telle sorte que Rifkin imagine un nouveau contrat social dans lequel il faudra nécessairement partager le travail (en passant par exemple aux 30 heures par semaine, comme le préconisent de nombreux économistes), prévoir un revenu minimal de base pour chacun, et renforcer l’économie sociale ainsi que l’engagement associatif pour permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Blog109_DessinCroissanceLa croissance ne peut plus être le moteur de notre développement dans un monde fini. Rifkin rejoint en cela de nombreux autres analystes, dont Thomas Piketty qui a récemment montré que les taux de croissance rapide que nous avons connus ces dernières décennies sont l’exception et non la règle, si l’on regarde l’évolution humaine sur le long terme.

Face à ces mutations, nos comportements devront s’adapter. Mais Rifkin n’est pas inquiet, persuadé que les nouvelles générations ont déjà largement amorcé cette évolution, grâce au développement des réseaux sociaux. Il constate en effet que, de plus en plus, nous sommes intéressés davantage par l’accès aux biens plutôt qu’à leur possession, ce qui rend possible le développement de systèmes d’appropriation en commun, un peu sur le modèle de ce qui s’est fait pendant des générations où les paysans disposaient d’un accès commun au four, au puits ou au canal d’irrigation, infrastructures gérées et entretenues de manière collective.

Or Rifkin constate le développement actuel de pratiques qui procèdent d’une approche similaire, depuis le covoiturage jusqu’au jardin collectif en passant par l’échange d’appartements ou la machine à laver commune dans certains écoquartiers. Il cite ainsi l’exemple des jouets pour enfants : de plus en plus de parents, plutôt que d’acheter des jouets dont leur enfant se lassera rapidement et qui encombreront le grenier pour les générations à venir, les empruntent soit à des amis soit sur des sites internet dédiés. Outre l’intérêt pratique et économique de cette approche, elle permet à l’enfant d’intégrer l’idée que les jouets ne sont pas uniquement des objets que l’on s’approprie mais aussi des expériences auxquelles on accède pour un temps donné et que l’on partage avec d’autres : toute une nouvelle philosophie à explorer !  Ph109_PhJouets

Bien entendu, de tels bouleversement n’iront pas de soi et Rifkin se garde bien d’affirmer comment sera notre monde de demain, car nul ne peut prédire comment se feront toutes ces évolutions même si l’on en voit déjà les prémisses. Il conseille en tout cas aux entreprises de les anticiper et de se recentrer sur la transmission de l’information et sur la gestion des flux. Ainsi des producteurs et distributeurs d’électricité qui auront de plus en plus à gérer des transferts plutôt qu’à produire eux-mêmes de manière centralisée : une telle évolution est déjà en marche outre-Rhin, mais encore bien loin des modes de pensée d’EDF !

Blog109_PhRifkinVReste aussi à convaincre les responsables politiques d’accompagner ces mutations et d’y préparer les esprits. Sur ce terrain, Rifkin est manifestement moins optimiste, bien qu’il s’emploie depuis de nombreuses années à conseiller certains dirigeants européens et américains (ou peut-être justement à cause de cela ?). Leur capacité à anticiper les évolutions et à mettre en œuvre les comportements les mieux adaptés pour y faire face dans l’intérêt général, ne paraît en effet pas au centre des préoccupations de nos élus, trop occupés à gérer le quotidien et leur avenir politique à court terme pour oser lever un peu le nez du guidon. Comme souvent, c’est plutôt de la société civile que viendront les germes de ces évolutions futures…

L. V. LutinVertPetit

Carnoux : la politique de l’ignorance…

20 mai 2014

Sous le titre « Transport et stationnement » le journal La Provence daté du 19 mai  2013 se fait l’écho d’une déclaration de Guy Teissier, président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Ses propos, relevés lors de l’inauguration du parking des Mimosas à Cassis, concernent aussi la ville de Carnoux en Provence dont le maire était d’ailleurs présent à ses côtés.

Photo La Provence - 18 mai 2014

Photo La Provence – 18 mai 2014

Guy Teissier a expliqué vouloir, à Cassis comme sur le reste du territoire de MPM, « créer des parkings relais, là où c’est possible, en améliorant le fonctionnement et la signalétique des parkings déjà existants, en développant les réseaux de transports publics et en favorisant les modes doux comme la voiture électrique, le vélo et la marche à pied. Tout cela pour réduire le nombre de voitures en ville et donc, diminuer le nombre de places de stationnement dans les rues ».

Article paru dans LaProvence du 19 mai 2014

Article paru dans LaProvence du 19 mai 2014

Voilà un sujet qui vient relancer une question d’importance pour les Carnussiens qui doivent quotidiennement emprunter l’autoroute. Nombreux sont ceux qui aimeraient utiliser le covoiturage pour limiter la congestion automobile, l’énervement et éviter la difficile équation-parking en ville. Mais voilà ! Ce dispositif ne peut être réellement efficace que si l’on dispose d’une aire de stationnement dédiée aux abords de l’entrée de l’autoroute A50. CovoiturageInterditL’espace situé au niveau du centre commercial des Barles, à l’entrée Est de Carnoux est idéalement situé pour cela, mais vendu à un promoteur privé qui y interdit explicitement l’usage du covoiturage comme cela a déjà été évoqué il y a quelques mois (cf entrée du 27 novembre 2013). Il subsiste encore quelques terrains disponibles pour organiser ce type de parking. Encore faut-il que la collectivité s’empare de ce sujet et ait la volonté de rechercher une solution en faveur de l’intérêt général plutôt que de vendre à des aménageurs privés les derniers espaces publics encore disponibles sur notre commune…

La conclusion de Guy Teissier est éloquente : « Nous, acteurs politiques, nous avons pour mission d’améliorer les services de transport et de stationnement publics pour convaincre de plus en plus d’automobilistes qu’on peut se passer de sa voiture, un peu ou souvent, selon le métier qu’on exerce ou le quartier qu’on habite. C’est ce que nous nous employons de faire à la Communauté urbaine. Mieux partager l’espace public, c’est améliorer le quotidien de chacun ».

CovoiturageDessinNous avons besoin de transports en commun plus accessibles, de services publics plus performants et mieux adaptés, d’un développement urbain et économique plus cohérent, de politiques culturelles plus ambitieuses, d’un engagement fort et responsable en faveur de notre environnement : autant d’enjeux qui concernent notre vie quotidienne et qui ne se régleront qu’à l’échelle intercommunale. Parfait ! La déclaration de Guy Teissier vient à point nommé pour demander à la municipalité de Carnoux, fraichement élue, des précisions sur ses intentions à court et moyen termes concernant le covoiturage, et au-delà sur un accès plus réaliste vers la gare de Cassis, voire sur l’organisation d’un débat citoyen pour « améliorer les services de transport et de stationnement publics ». Il semble que Guy Teissier soit disposé à fournir un appui à tout projet allant dans ce sens : serait-ce un appel du pied pour encourager des initiatives dans notre ville ?

L’équipe municipale semble particulièrement atone depuis les élections. On ne peut que regretter qu’elle pratique la politique de l’ignorance à l’égard des associations soucieuses de mettre en avant le débat citoyen concernant l’amélioration des conditions de vie, de sécurité ou de transports. Il est regrettable de commencer par ignorer volontairement les problèmes, plutôt que de les affronter. Aurait-on peur de débattre cartes sur table à Carnoux ?

S.J.

Carnoux, toujours en pointe sur l’écomobilité !

27 novembre 2013

Que ce soit pour des raisons économiques, à cause de l’envolée du prix des carburants, ou pour des raisons écologiques, voire culturelles, le covoiturage est en plein essor dans les grandes agglomérations. Pourquoi en effet rester bloqué seul dans sa voiture aux heures de pointes alors que des centaines de véhicules autour de soi font le même trajet à la même heure ? Le phénomène de covoiturage s’est largement développé dans d’autres pays et de nombreuses collectivités en France encouragent vivement la pratique pour désengorger les entrées de villes aux heures de bureaux, aménageant des parkings relais gratuits pour faciliter la pratique. Certaines grandes entreprises encouragent également leurs employés à covoiturer et de nombreux sites internet sont désormais à la disposition des usagers pour faciliter la mise en contact entre adeptes du covoiturage.

Blog44_Ph1Dernièrement, la communauté urbaine du Grand Lyon vient même de financer une campagne publicitaire légèrement décalée mais très percutante pour favoriser le covoiturage et fluidifier ainsi la circulation dans l’agglomération.

A Carnoux-en-Provence cependant, on ne s’embarrasse guère de ce genre de préoccupation, au point d’avoir installé sur le parking du petit centre commercial des Barles, un panneau interdisant purement et simplement le covoiturage ! Bien sûr, on peut comprendre l’agacement des commerçants installés sur ce site, idéalement situé à l’entrée de l’autoroute A50 vers Marseille, Aix et Toulon, et qui voient les places de parking squattées par ceux qui y déposent leur véhicule tous les matins pour covoiturer avec un collègue… Le parking étant propriété privée, on comprend parfaitement la justification d’une telle interdiction.

A Carnoux, même le covoiturage est interdit !

A Carnoux, même le covoiturage est interdit !

Il n’en demeure pas moins que l’image est emblématique de la manière dont est traitée la notion d’écomobilité dans l’agglomération marseillaise : faute de vision globale et concertée, chaque commune préfère valoriser pour son propre développement urbain ou économique les terrains qui permettraient justement de créer les parkings relais nécessaires pour désengorger l’agglomération… Arrivera t-on un jour à dépasser cette vision à courte vue et à organiser enfin les transports urbains à la bonne échelle ?

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