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A quoi sert donc le Parc des Calanques ?

30 octobre 2017

Au dessus de la calanques d’En Vau

Souvenons-nous des débats homériques qui avaient secoué le petit monde politique local lorsqu’avait été lancée, en 2009, la concertation en vue de définir les contours du futur Parc national des Calanques, alors en gestation depuis une dizaine d’années mais dont la mise en œuvre devenait envisageable grâce à la réforme des parcs nationaux adoptée en 2006 et surtout suite à l’arrêté de prise en considération du projet signé par le premier ministre de l’époque le 20 avril 2009, un certain François Fillon, qui s’est depuis illustré par d’autres actions moins glorieuses…

Lors d’une conférence organisée sur Carnoux à ce sujet en décembre 2009, les craintes que suscitaient le projet avaient été lourdement exprimées. Comme de coutume, la plupart des élus locaux étaient alors mobilisés contre ce projet, perçu comme une main mise de l’État et dont la concrétisation allait nécessairement se traduire par l’imposition de contraintes supplémentaires et la perte de certaines de leurs prérogatives en matière d’aménagement du territoire et de développement urbain.

Extrait d’un article publié dans La Provence le 11 décembre 2009

Ce sont d’ailleurs ces arguments qu’a mis en avant le conseil municipal de Carnoux pour décider à l’unanimité de son refus de s’intégrer à l’aire d’adhésion du Parc lors de sa création en avril 2012. Tout le monde ou presque était alors persuadé que la création de ce Parc national allait se traduire par une mise sous cloche du massif des Calanques, sous le regard sourcilleux d’agents assermentés veillant scupuleusement à la stricte application de réglements tatillons, de nature à interdire toute activité de pêche, de chasse et de loisir.

Panneau de signalisation du Parc national des Calanques (route des Crêtes)

Mais les élus locaux se sont tellement démenés que les contours du Parc ont été réduits à la portion congrue et la charte du Parc complètement vidée de sa substance. Du coup, 5 ans après sa création, le Parc national des Calanques est comme transparent. En dehors de quelques panneaux bien discrets posés à certaines entrées et de quelques dizaines d’agents qui patrouillent dans le massif pour rappeler avec patience les règles de base à respecter dans un espace naturel protégé, l’impact du Parc national est jusqu’à présent excessivement modeste.

L’émissaire de Cortiou par où sont déversés les effluents de la station d’épuration Géolide dans le coeur marin du Parc national des Calanques

Aucun arrêt de l’urbanisation n’a été constaté depuis la création du Parc et la bétonisation se poursuit comme jamais dans toutes les communes limitrophes, de Marseille à La Ciotat en passant par Cassis. Les eaux usées de toute l’agglomération marseillaise et de Cassis continuent de se rejeter en plein coeur du Parc national, de même d’ailleurs que les déchets industriels toxiques de l’usine d’alumine de Gardanne, malgré les avis négatifs exprimés par le Ministère de l’Environnement, mais avec l’aval des élus du Parc, tandis que les eaux limpides des calanques continuent d’être sillonnées en tout sens par des norias de bateaux à touristes, de yachts privés, de hors-bord et de jet ski tous plus bruyants et plus polluants les uns que les autres..

Quant à la chasse, non seulement le Parc national ne l’a pas interdite sur son périmètre mais de surcroit il y autorise explicitement la chasse aux gluaux, pourtant expressément illicite aux yeux de la législation européenne, ainsi que le lâcher de gibier de tir, de ces faisans d’élevage sachant à peine voler qui sont lâchés dans la nature la veille de l’ouverture et qui se font écraser sur les routes par des automobilistes distraits.

Ballet de bateaux à l’entrée de la calanque de Port Miou

Pour ce qui est de la pêche, et en dehors des quelques zones de non-pêche soigneusement délimitées, la réglementation est des plus légères, autorisant par exemple pour la pêche de loisir 7 kg de poissons par jour et par personne auxquels s’ajoutent 15 prises tels que loups, daurades, congres ou bonites… Difficile de définir des règles moins contraignantes ! Elles résultent d’ailleurs de décisions prises par une commission rassemblant de nombreux acteurs socio-économiques : prudhommies de pêche, comité régional de pêche, représentations de fédérations de pêche de loisir, clubs et sociétés nautiques de pêche… Autant dire que chacun y plaide d’abord pour ses propres intérêts !

Mérou brun, espècé protégée (photo © Hervé Thedy)

En réalité, les seules limites qu’a réussi à fixer le Parc national concerne la lutte contre le braconnage, dans le but avoué de ne pas venir concurrencer les intérêts des pêcheurs professionnels. Et pourtant, force est de constater que même sur ce point le Parc national n’a pas fait preuve jusque là d’une grande efficacité comme vient de le démontrer l’affaire qui défraie l’actualité et qui a été révélée par un article de La Provence le 24 octobre dernier.

Les faits ne datent pas d’hier puisqu’ils ont été dénoncés en septembre 2015 par un groupe de plaisanciers excédés d’observer, jour après jour, des braconniers venir pêcher en toute impunité et avec de gros moyens dans les zones interdites du Parc, notamment autour de l’île de Riou ou près du phare du Planier. Ils adressent alors une lettre anonyme à la compagnie de gendarmerie maritime de Marseille, mais sans aucun effet. Un an plus tard, un pêcheur professionnel revient à la charge et prend à son tour la plume pour dénoncer ces agissements scandaleux et illicites, qui sont d’ailleurs confirmés par des observations effectuées par les agents du Parc national eux-mêmes.

Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête et mettent sur écoute les téléphones portables des suspects, entre septembre 2016 et février 2017, tout en épluchant leurs comptes bancaires. Ils n’ont alors aucun mal à confirmer l’existence d’une véritable entreprise de braconnage à grande échelle, aux activités quasi industrielles. Deux pêcheurs professionnels, dont l‘un a d’ailleurs déjà été condamné il y a deux ans pour activité illégale dans ce même Parc des Calanques, sont mis en cause et les montants en jeux sont considérables.

Extrait d’une plaquette éditée par le Parc national des Calanques

Vue de la calanque d’En Vau et du Cap Canaille

Les biens utilisés pour ce braconage à grande échelle, dont un bateau semi-rigide explicitement nommé « Bracoboat » ont été saisis pour une valeur estimée à environ 200 000 €, ce qui confirme l’échelle industrielle de ce trafic. Les 4 pêcheurs et chasseurs sous-maris impliqués dans ce pillage en règle des richesses biologiques du Parc national des Calanques sont poursuivis pour travail dissimulé et blanchiment de travail dissimulé en bande organisée, pêche maritime dans une zone interdite et mise sur le marché par un établissement non agréé, de produits d’origine animale destinés à la consommation humaine. Ils comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Marseille le 8 novembre prochain et risquent de lourdes amendes.

En parallèle, 8 revendeurs qui écoulaient le produits de leurs pêches miraculeuses, dont des poissonniers et grossistes ainsi que des restaurateurs renommés de Marseille, sont convoqués devant le délégué du Procureur de la République car ils sont également poursuivis pour achat en connaissance de cause, de produits de la pêche sous-marine non professionnelle et d’achat non autorisé d’espèces animales protégées, dont certaines étaient d’ailleurs pêchées dans des zones réputées inalubres au droit de l’émissaire de Cortiou en particulier.

Ecogardes du Parc national des Calanques

Ce véritable pillage organisé qui se déroule depuis des années au nez et à la barbe des agents du Parc national des Calanques dont la principale raison d’être consistait pourtant à assurer une meilleure protection des richesses environnementales de ce milieu naturel exceptionnel, conduit à s’interroger sur l’efficacité réelle de cet outil. L’implication forte des collectivités locales dans sa gouvernance était certes une nécessité pour permettre l’acceptation du projet, mais elle s’est traduit par un tel affaiblissement des contraintes réglementaires qu’on en vient à se demander si le Parc, dans son fonctionnement actuel, présente la moindre utilité, même si les plus optimistes diront que ce serait sans doute bien pire sans cela…

L.V.  

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Des algues à la rescousse de la planète

21 octobre 2017

A Paris, la société Suez Environnement vient d’installer une nouvelle sorte de mobilier urbain qui rappelle furieusement les antiques colonnes Morris, lesquelles parsemaient les artères de la capitale au XIXème siècle pour afficher spectacles et informations diverses. Dressée sur la place d’Alésia dans le 14ème arrondissement, au centre d’un carrefour où transitent chaque jour en moyenne pas moins de 72 000 véhicules, cette colonne d »un nouveau style, est en réalité un puits de carbone expérimental, ainsi que l’ont rapporté notamment Le Monde et Les Echos.

Colonne Morris aquarium installée place d’Alésia (photo © Gilles Rolle / REA)

Le principe de fonctionnement est des plus simples. Comme chacun sait, les algues, ainsi que tous les végétaux pourvus de chloroplastes et aptes à la photosynthèse, absorbent en présence de lumière le gaz carbonique dont elles assimilent le carbone et rejettent l’oxygène.

La colonne Morris high tech de 4 m de hauteur installée en juillet 2017 place d’Alésia par Suez en accord avec la Mairie de Paris n’est ni plus ni moins qu’un vaste aquarium de 1 m³ qui contient des microalgues. Un système de ventilation leur permet de s’alimenter avec l’air ambiant chargé en gaz carbonique et en polluants divers dont le dixyde d’azote (NO2) rejeté en grande quantité par les pots d’échappement des véhicules et dont la quantité à cet endroit dépasse régulièrement le seuil réglementaire de 40 µg/m³, selon les données d’Airparif.

Principe de fonctionnement du puits de carbone (source © SUEZ)

Des diodes électroluminescentes fournissent aux algues l’éclairage suffisant pour optimiser les réactions de photosynthèse et l’oxygène ainsi produit est rejeté dans l’air ambiant grâce au système de ventilation : rien de plus simple, il suffisait d’y penser ! A force de se goinfrer ainsi de gaz carbonique, les microalgues vont naturellement croître et se multiplier. Quand il y en aura trop, un coup de chasse d’eau et la biomasse en excès filera via le réseau d’assainissement vers la station d’épuration où elle sera transformée en biogaz. Après traitement, le méthane ainsi récupéré sera ensuite réinjecté dans le réseau de gaz naturel. Un bel exemple d’économie recyclée où l’on est gagnant à chaque étape…

Prototype en cours de test à la station d’épuration de Colombes (source © SUEZ)

Le dispositif, mis au point avec la start-up Fermentalg, basée à Libourne en Gironde et spécialisée dans la production de microalgues destinées à la nutrition humaine et animale, a fait l’objet d’une présentation lors de la COP 21 en décembre 2015. En janvier 2017, un premier test en vraie grandeur a été effectué à l’usine de traitement des eaux usées du SIAAP (Syndicat interdépartemental de l’assainissement de l’agglomération parisienne) à Colombes où un puits de carbone a été mis en place, alimenté par les gaz à effet de serre rejetés par les fumées du four d’incinération des boues de l’usine. Le système a donné entière satisfaction et la durée de vie des algues s’est révélée bien plus longue que prévu grâce à cette source d’alimentation constante en CO2.

Devant le succès de l’opération, la question s’est posée de poursuivre l’expérimentation dans un site urbain où les taux de gaz carbonique varient davantage. Célia Blauel, adjointe en charge de l’environnement à la mairie de Paris, s’est ainsi laissée convaincre et la fameuse colonne Morris a donc été installée place d’Alésia. L’objectif est de fixer une tonne de CO2 par an, soit un effet comparable à une centaine d’arbres, tout en produisant une dizaine de kg de biométhane, un objectif jugé bien modeste par certains au vu du coût de l’investissement, qui n’a pas été communiqué mais qui semble assez élevé. Le système permettra aussi d’absorber une partie des polluants atmosphériques de type oxydes de soufre, mais c’est seulement à l’issue de cette phase expérimentale qu’on pourra déterminer dans quelle proportion.

Bref, le chemin semble encore bien long avant que de telles colonnes épuratoires ne se développent dans les rues de la capitale, mais l’idée est ingénieuse et vient rappeler à quel point les algues peuvent être des auxiliaires précieux de notre vie quotidienne. Les microalgues en particulier, qui sont très abondantes dans de nombreux milieux naturels et peuvent facilement être cultivées sans nécessiter pour cela de vastes surfaces agricoles, ont un potentiel de développement dix à trente fois supérieur aux plantes terrestres, puisqu’elles sont capables de doubler leur biomasse chaque jour dans des conditions optimales.

Réacteurs photo-biologiques pour la culture de micro-algues (source © WebTV de l’Université de Nantes)

Utilisées de longue date comme nutriment, cosmétique, colorant ou complément alimentaire, les microalgues pourraient bien contribuer demain à la production de biocarburants, pour l’instant issu surtout de la transformation de soja mais au prix de l’accaparement de vastes superficies de terres agricoles. Ainsi, des chercheurs chiliens sont parvenus récemment à produire du biodiesel à base de microalgues en essayant de réduire autant que possible la quantité d’énergie nécessaire pour la croissance de ces organismes unicellulaires, mais le procédé reste pour l’instant au stade de la recherche.

Bitume bio obtenu à partir de résidus de microalgues (source © WebTV de l’Université de Nantes)

En attendant, des chercheurs du CNRS et de l’université de Nantes associés avec la société AlgoSource Technologies basée à Saint-Nazaire, sont peut-être en train de mettre au point le bitume algaire de demain, ainsi que l’a rapporté Le Monde. Leurs travaux, issus du projet Algoroute, publiés en avril 2015 dans la revue ACS Sustainable Chemistry & Engineering et qui ont fait l’objet du dépôt d’un brevet, montrent en effet qu’il est possible, en laboratoire, d’obtenir à partir de résidus de microalgues placés dans un bain d’eau chauffée sous pression, une substance visqueuse hydrophobe, qui présente des caractéristiques similaires à celles du bitume pétrolier : même couleur noire, même viscoélasticité qui assure la cohésion des granulats entrant dans la composition des revêtements routiers, et propriétés rhéologiques comparables conférant au matériau résistance et flexibilité sous l’application de charges roulantes.

Voilà en tout cas qui laisse entrevoir, pour un avenir peut-être proche, des possibilités intéressantes de substitution de certains produits dérivés de l’exploitation pétrolière. A défaut de se passer de routes et de voitures, ce sont peut-être les cultures d’algues qui permettront un jour de trouver enfin un équilibre durable entre développement économique et pérennité de notre environnement naturel…

L.V.  

Un jardin se crée à Carnoux !

16 octobre 2017

Depuis des années, beaucoup de Carnussiens s’interrogeaient sur l’avenir de l’arboretum planté dans les hauts de Carnoux, juste à côté du cimetière. Cette parcelle municipale, autrefois occupée par un éphémère circuit automobile et où il avait été un temps évoqué l’idée d’y creuser un bassin nautique, avait été le support d’un projet séduisant porté par le Lion’s Club et qui consistait à y planter des espèces d’arbres variées dédiées à chaque naissance de nouveaux Carnussiens.

Une des stèles de l’arboretum, désormais dans le périmètre du jardin

Entièrement financé par la section locale du Lion’s Club et inauguré en 2006 par le maire de la commune, le projet a nécessité de remblayer l’ensemble de la parcelle avec plus d’1 m de terre pour espérer y voir prospérer des arbres, tous plantés en grandes pompes et assortis chacun d’une superbe stèle en béton portant fièrement une plaque gravée au nom des nouveaux nés du mois, devenant ainsi parrains et tuteurs de l’arbre. Une bien lourde responsabilité pour ces jeunes Carnussiens car, malgré les énormes quantités de terre rapportée (en réalité, des déchets de démolition lestés de blocs de béton et de plaques de goudron), le soin apporté à la mise en terre des arbres dans une grosse motte et malgré le réseau de goutte-à-goutte installé à grands frais sur tout le terrain, les pauvres arbres ont eu bien du mal à survivre au-delà de quelques années.

Le spectacle de désolation qu’offre depuis quelques années ce dernier espace encore vierge de Carnoux a incité quelques habitants de la ville à initier fin 2016 et après avoir visionné le film documentaire « Demain », réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, l’idée d’y créer un jardin collectif ouvert aux habitants de Carnoux, dans un esprit collaboratif et pédagogique. Fortement soutenu par Sophie Gébelin, adjointe en charge de l’environnement, le projet a fait l’objet d’un questionnaire diffusé en février 2017 à l’ensemble des associations de Carnoux afin de recueillir l’avis des habitants et évaluer leur potentiel souhait d’y participer.

La bonne surprise est venue du taux de réponse remarquable reçu à ce questionnaire puisque plusieurs centaines de familles se sont manifestées pour exprimer leur intérêt. Une association intitulée « Un jardin se crée à Carnoux-en-Provence » a donc été fondée dans la foulée et déclarée en Préfecture en mars 2017. La commune a accepté de laisser gratuitement à l’association, via une convention, la jouissance de quelques centaines de mètres carrés à titre expérimental, ainsi que la possibilité de se brancher sur le réseau de distribution d’eau qui irrigue déjà les arbres.

Quant au Lion’s Club, enthousiasmé par l’idée de redonner une deuxième vie plus verdoyante à cette parcelle en triste état, il a accepté d’accompagner financièrement le projet, ce qui a permis au petit groupe de volontaires d’acheter du grillage pour protéger le futur jardin contre les intrusions de sangliers et de mettre en place un système automatisé d’arrosage par goutte-à-goutte. Et ensuite, chacun s’est retroussé les manches pour commencer à aménager la future parcelle.

Le jardin en cours d’aménagement

Vu la nature des remblais qui la recouvrent, il n’était bien évidemment pas envisageable d’y semer directement radis et salades. L’association, qui souhaitait d’emblée s’inspirer d’une approche de type permaculture, a donc privilégié la culture sur buttes fertilisées à long terme par l’enfouissement de quantités importantes de matière organique sous forme de bois et déchets végétaux. Il s’agit bien sûr de cultiver sans intrants chimiques, en favorisant les associations culturales et en limitant le travail de labour.

Dès le printemps, le petit groupe de pionniers s’est donc retrouvé régulièrement les vendredis après-midi sur la parcelle pour l’aménager progressivement et constituer les premières buttes de culture à vocation expérimentale. Vus l’exiguïté du terrain alloué et la nature du sol a priori peu favorable au maraîchage, il n’était pas possible d’ouvrir trop largement l’association dès le départ, au risque de créer rapidement désillusion et découragement.

Et cet été, les résultats ont été à la hauteur des espérances avec de belles récoltes de tomates, de pommes de terre et de basilic en particulier. Il y a bien eu une tentative d’effraction (alors que la porte du jardin n’est pas fermée !), sans doute un peu de cueillette sauvage et surtout beaucoup de picorage des tomates par des pies affamées et des escargots gloutons, mais l’expérience a montré qu’il était tout à fait envisageable de poursuivre le maraîchage sur le plateau de l’Anguila malgré les conditions pédoclimatiques sans doute pas très optimales.

L’association s’est réunie le 29 septembre 2017 pour tirer un premier bilan de cette saison expérimentale, ce qui a permis d’intégrer quelques familles supplémentaires mais pour l’instant il n’est pas encore question d’étendre la superficie concédée par la commune.

Vue des nouvelles buttes aménagées le 14 octobre 2017

C’est donc toujours dans le même enclos que tous les sympathisants et volontaires se sont réunis ce samedi 14 octobre pour une journée de travail collectif qui a permis de remodeler largement une bonne partie de la parcelle. Quatre nouvelles buttes ont ainsi été aménagées, trois arbres fruitiers et plusieurs arbustes ont été plantés, le tout dans la bonne humeur, l’entraide et la convivialité !

L’aventure du jardin collectif expérimental de Carnoux se poursuit…

L. V. 

Photovoltaïque : à l’ombre des tulipes en fleur…

9 octobre 2017

L’irrigation des vignes, une pratique en plein développement

Avec le réchauffement climatique qui se profile, les conditions climatiques méditerranéennes sont en train d’évoluer et les mesures d’adaptation sont d’ores et déjà indispensables, en particulier dans le monde agricole. Les viticulteurs utilisent de plus en plus l’irrigation au goutte-à-goutte dans leurs vignes, encouragés en cela par les producteurs d’eau brute qui y voient là un débouché commercial juteux. Les pratiques culturales elles-mêmes évoluent avec un développement des bandes enherbées entre les rangs de vigne pour limiter les risques d’érosion lors des violents orages qui risquent de se multiplier à l’avenir.

Parallèlement, on assiste à la mise en œuvre de pratiques encore expérimentales qui consistent à installer des panneaux photovoltaïques dans les champs, au milieu des cultures, pour produire de l’électricité verte tout en participant à l’ombrage des parcelles qui sinon seraient grillées par le soleil.

La méthode paraît de prime abord plutôt farfelue puisqu’on sait que les végétaux pour se développer ont principalement besoin de lumière, moteur essentiel de la photosynthèse. Mais dès 1981, des chercheurs allemands ont imaginé installer des panneaux photovoltaïques au milieu des champs en calculant que, si on les place à une hauteur suffisante au dessus du sol et moyennant un espacement adapté, leur impact sur le rayonnement solaire au sol est tout à fait acceptable.

Une telle disposition permet bien entendu de valoriser au maximum l’espace agricole puisqu’on ne se contente pas d’y faire pousser des choux, des carottes ou du colza, mais qu’on peut en même temps y produire de l’électricité. Mais en réalité, l’idée est encore plus astucieuse qu’il n’y paraît et s’apparente plutôt au concept de l’agroécologie et des cultures étagées, mis en valeur par des générations de paysans à travers le monde.

Globalement, la photosynthèse augmente avec le niveau de radiation solaire, mais on observe expérimentalement un palier au-delà duquel toute augmentation d’irradiation n’a plus d’effet, sinon d’augmenter l’évapotranspiration jusqu’à conduire dans certains cas au flétrissement. D’où l’idée d’utiliser les panneaux photovoltaïques comme des ombrières qui se déploient au-delà de ce point pour protéger les cultures une fois qu’elles ont eu leur dose optimale de rayonnement solaire.

Dispositif test mis en place par le Japonais Akira Nagashima (source : renewable energy world)

C’est cette idée qu’a mise en pratique dès 2004 le Japonais Akira Nagashima, ex-ingénieur en machinisme agricole, en bricolant une sorte de pergola constituée de panneaux photovoltaïques espacés, posés sur une structure métallique légère facilement démontable. Ses essais ont montré qu’il fallait laisser au moins deux-tiers de vide non ombragé entre les panneaux pour en optimiser l’efficacité. Encouragé par le Ministère de l’agriculture le procédé tend à se développer au Japon où il apporte aux maraîchers un complément substantiel de revenus.

Dispositif expérimental installé dans le cadre du projet Sun’Agri

En France, l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) s’intéresse également à cette pratique et travaille depuis 2009 avec la société française Sun’R, à un programme de recherche dénommé Sun’Agri. Objectif affiché : développer « l’agrivoltaïque dynamique », rien de moins… Pour rester simple, il s’agit simplement d’optimiser au mieux la cohabitation entre les cultures au sol et les panneaux photovoltaïques situés à plus de 4 m de hauteur pour ne pas gêner le passage des engins agricoles.

Ces panneaux permettent la production électrique comme revenu secondaire pour l’agriculteur mais participent également à l’optimisation de la production agricole. En effet, un système astucieux de pilotage permet d’orienter à volonté les panneaux pour assurer un ombrage minimal au sol pendant les phases de photosynthèse, plus important lors des grandes chaleurs, et total (en plaçant les panneaux à plat comme une toiture) pour assurer une protection contre les gelées nocturnes hivernales.

Plus près de chez nous, la société Agrivolta, créée en 2016 par un ancien horticulteur de Rousset, Christian Davico, et sa fille, et installée dans l’incubateur d’entreprises CleanTech, sur le plateau de l’Arbois à Aix-en-Provence, s’investit également sur ce créneau. Comme le raconte La Provence, c’est sa propre expérience de producteur qui l’a conduit sur cette voie, afin de proposer des solutions techniques qui permettent en même temps de protéger les cultures florales, particulièrement vulnérables aux aléas climatiques, contre les excès d’ensoleillement et contre les gelées, mais aussi contre les orages violents et la grêle, là encore en utilisant des panneaux photovoltaïques orientables montés sur portiques et qui pourraient même être pilotés à distance par les équipes techniques de la jeune start-up afin d’en optimiser la disposition.

Récompensée en septembre 2017 par le premier prix de l’innovation remis dans le cadre des Smart City Innovation Awards par La Tribune et Aix-Marseille French Tech, la jeune entreprise aixoise vient de signer un premier contrat prometteur avec le SCRADH, le Syndicat du centre régional d’application et de démonstration horticole. Créée en 1984 et basé à Hyères-les-palmiers, cette station expérimentale spécialisée dans la filière des fleurs coupées est affiliée à l’Institut technique de l’horticulture (ASTREDHOR) et emploie 14 personnes au bénéfice de ses 180 adhérents, pour développer des techniques innovantes de production en plein champ, sous serres et hors-sol.

Vue du prototype d’Agrivolta à Hyères (photo DR – La Provence)

A Hyères, les expérimentations pilotées par le SCRADH viseront dans un premier temps à étudier l’effet de l’ombrière photovoltaïque intelligente brevetée par Agrivolta sur un champ de pivoines, et ceci sur une durée de 3 ans. L’objectif n’est pas seulement de faire rougir les pivoines mais plus prosaïquement d’évaluer l’impact du dispositif sur les rendements agricoles et les consommations d’eau. Après les ombrières photovoltaïques sur les parkings de gare et de supermarchés, et bientôt peut-être sur les canaux de la Société du Canal de Provence, voila qu’on va peut-être devoir s’habituer aussi à en voir fleurir au milieu des parcelles agricoles…

L.V.  

Glyphosate, ou comment s’en débarrasser ?

7 octobre 2017

Le glyphosate est sur la sellette : d’ici la fin de l’année, et du fait de ses tergiversations antérieures, l’Union européenne va devoir prendre la décision difficile de prolonger ou non de 10 ans l’autorisation d’utiliser cette molécule qui est le désherbant le plus vendu dans le monde. Pour les tenants de l’agriculture intensive, FNSEA en tête, il n’y a pas le moindre doute à avoir : sans cette molécule magique, il n’y a plus d’agriculture possible et aucun espoir d’arriver à nourrir durablement les habitants de la planète.

Face à des arguments aussi tranchés, et comme pour d’autres sujets similaires dont celui des insecticides à base de néonicotinoïdes, le débat n’est pas aisé, d’autant que l’on s’étripe également sur la dangerosité réelle ou supposée du produit. Le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé cancérigène, sur la base de ses propres études scientifiques, à rebours des différents avis abondamment rendus jusque là mais dont on sait maintenant, via les fuites des fameux Monsanto papers, qu’ils étaient en réalité téléguidés par la propagande de la firme Monsanto elle-même, rachetée en 2016 par Bayer.

Epandage de pesticides sur un champ en mai 2016 près de Lille (photo Denis Charlet AFP)

Mise sur le marché en 1974 sous le nom de Roundup, la molécule de glyphosate a fait la fortune de Monsanto qui en a exploité le brevet jusqu’en 2000 et continue à engranger 5 milliards de dollars par an avec ce seul produit. Tombé depuis dans le domaine public, il entre désormais dans la fabrication de pas moins de 750 produits commerciaux diffusés dans le monde par de nombreuses firmes dont d’autres géants de l’agrochimie comme Syngenta, Bayer ou Dow Chemical. Plus de 800 000 tonnes de glyphosate sont ainsi produites chaque année, dont 10 000 t vendues rien qu’en France. Une véritable manne commerciale qui va de pair avec le développement incroyable des OGM qui s’est fait en parallèle, 83 % du soja produit dans le monde étant maintenant issu de variétés OGM.

Si le glyphosate connaît un tel succès, c’est qu’il présente de nombreux atouts : faible coût, forte efficacité et grande souplesse d’utilisation. Ce désherbant agit sur les feuilles des plantes qu’il fait mourir de manière très sélective, surtout lorsqu’il est associé à des semences OGM porteuses d’un gène résistant. Il se dégrade rapidement dans le sol et n’a donc pas d’impact sur la culture suivante, ce qui autorise des rotations rapides. Une application au pied des arbres fruitiers permet de détruire toutes les adventices sans dommage pour la culture principale. Bien servies par une politique commerciale agressive, ces qualités expliquent que le glyphosate soit devenu en quelques années l’herbicide le plus utilisé dans le monde, à la fois pour le désherbage agricole et pour l’entretien des espaces urbains et industriels, même si en France, l’usage de produits phytosanitaires est désormais en voie d’interdiction pour les collectivités d’ici le 1er janvier 2020.

Les effets induits indésirables des produits phytosanitaires en général et du Roundup en particulier sont pourtant parfaitement identifiés. Outre le risque sanitaire liés à sa manipulation et même si son effet cancérigène reste controversé par certains, nul ne peut nier que l’utilisation massive de tels produits dans l’agriculture s’est traduite par de nombreux impacts négatifs : appauvrissement des sols, destruction de nombreuses espèces animales utiles, pollution durable des cours d’eau et des nappes phréatiques, généralisation des phénomènes de résistance des parasites aux traitements chimiques, accumulation de résidus de pesticides dans les aliments, etc. A cela s’ajoute le constat d’une dépendance croissante des agriculteurs envers les firmes chimiques qui les approvisionnent en produits de traitement et en semences, et envers les conseillers agricoles devenus indispensables pour prescrire les modalités optimales d’utilisation de ces produits.

Dans ces conditions, on peut légitimement se demander, comme l’a fait récemment Franck Aggeri, professeur de management à Mines ParisTech, dans un article publié dans Alternatives économiques, si l’agriculture mondiale est en mesure de se passer des produits phytosanitaires. L’échec patent du programme Ecophyto, instauré à la suite du Grenelle de l’Environnement illustre bien la difficulté : alors que les agriculteurs français s’étaient engagés à diviser par deux l’utilisation des pesticides entre 2008 et 2018, un bilan à mi-parcours avait montré que les quantités utilisés avaient en réalité augmenté de 5 % et même de 9,2 % entre 2012 et 2013 ! Les tenants de l’agriculture intensive chimique affirment qu’il n’y a pas d’autres alternatives et que l’agriculture biologique n’est pas en mesure de fournir des rendements suffisants pour répondre à la demande mondiale.

Bruno Parmentier (photo © Jérôme Chatin)

Pourtant, comme le rappelle Franck Aggeri, de nombreuses solutions existent comme cela a été démontré encore récemment à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu en janvier 2017 à l’initiative de l’Association internationale pour une agriculture écologiquement intensive et intitulé : « Comment produire avec moins ou sans herbicides, en particulier glyphosates ? ». Il s’agit, comme l’explique notamment Bruno Parmentier, ingénieur des Mines et ancien directeur de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, dans une publication très documentée, de mettre en œuvre une variété de stratégies complémentaires : rotation des cultures, utilisation de techniques sous couvert végétal pour étouffer les mauvaises herbes, utilisation de bio-invaseurs, reconstitution des haies, désherbage mécanique sélectif, etc.

Semailles et labours au pied du Château de Lusignan (source : enluminure des Frères de Limbourg vers 1440 – Les très riches heures du Duc de Berry)

La « mauvaise herbe » a toujours été l’ennemie du paysan. Depuis le Néolithique, on a tout essayé pour s’en débarrasser. Le brûlis après la récolte est une arme relativement efficace car elle permet de les détruire au moins momentanément, mais la méthode présente de nombreux inconvénients et est d’ailleurs désormais interdite en Europe car elle diminue la fertilité des sols en entraînant des pertes de carbone et d’azote, provoque une pollution atmosphérique et l’émission de gaz à effet de serre, tout en aggravant le risque d’incendie. Une autre approche consiste à enfouir les adventices via le labour, une technique très largement développée, surtout depuis la mécanisation de l’agriculture. Mais on constate de plus en plus que le labour profond autorisé par des tracteurs de plus en plus puissants, non seulement n’empêche pas les repousses, mais il détruit les vers de terre qui sont pourtant de très efficaces auxilliaires de l’agriculteur, fait remonter les cailloux en surface, tasse la terre en profondeur et augmente les phénomènes d’érosion et de battance des sols. Comme toujours, le mieux est l’ennemi de bien et l’on dépense ainsi beaucoup d’énergie fossile pour faire tourner des engins agricoles avec des effets induits potentiellement négatifs.

C’est dire donc si le développement des herbicides chimiques a été accueilli comme une véritable révolution par les agriculteurs, puisqu’il permet de détruire les adventices de manière simple et rapide. Mais comme toujours, les incidences négatives sont apparues à l’usage, la plus importante, aux yeux de la profession agricole, étant peut-être une perte progressive d’efficacité au fur et à mesure que les végétaux développent des résistance aux produits phytosanitaires utilisés… Quelles alternatives alors peut-on envisager ?

Synergie entre colza et couvert de légumineuse, permettant de réduire les doses d’azote et de maîtriser les adventices (photo © Terre-net Média)

La bonne nouvelle, contrairement à ce que prétendent les tenants du productivisme à tout crin, c’est qu’il existe de très nombreuses solutions pour gérer les adventices même sans Roundup ! On peut jouer sur les calendriers de culture en faisant se succéder des plantes à cycles de vie variés, avec par exemple certaines qui seront récoltées avant la montée des graines des adventices ou d’autres qui, au contraire vont se développer rapidement et étouffent les concurrentes. On peut aussi bloquer le développement des mauvaises herbes en les empêchant de croître, soit par du paillage, végétal ou minéral, soit par la mise en place de plantes de couverture ou de cultures dérobées. On peut également exploiter les propriétés de certaines plantes qui résistent à la concurrence en produisant naturellement des molécules toxiques, voire exploiter certains herbicides naturels à base de géranium, de vinaigre blanc, d’huile de lin ou d’autres produits biologiques qui émergent peu à peu maintenant que les chercheurs commencent à s’y intéresser.

Canards dans une rizière au Japon

Certains comme en Chine ont même développé des moyens de lutte ancestraux très efficaces comme les canards qu’on lâche dans les rizières pour les désherber car ils mangent tout sauf les pousses de riz… Des rotations plus espacées entre cultures et prairies s’avèrent également très efficaces car le pâturage réalisé entre deux cultures céréalières, sur des durées de 4 à 5 ans, permet de fertiliser le sol mais aussi de le débarrasser des adventices les plus gênantes. De nombreuses autres solutions sont envisageables, sans oublier les techniques de désherbage mécanique, thermique, ou via des robots : moyennant un peu d’imagination et beaucoup d’expérience, tout est possible pourvu qu’on ne se bride pas…

La mauvaise nouvelle pour les technocrates de la FNSEA et de la plupart des Chambres d’agriculture, qui se sont persuadés depuis des années que l’agriculture n’était qu’une activité industrielle comme une autre où l’essentiel est de concentrer les terres, les capitaux et les investissements entre les mains de quelques uns, c’est que cette nouvelle agriculture du futur sera plus complexe, plus variée et plus morcelée. Chacun devra se forger sa propre expertise pour adapter les solutions techniques à son terroir et à son mode de production, comme des générations de paysans l’ont toujours fait, sans se contenter d’appliquer les recettes du technicien de l’industrie agrochimique. C’est donc bien d’une véritable révolution culturelle dont il s’agit, qui demande d’être accompagnée par toute la société et qui ne pourra réussir que si les consommateurs eux-mêmes se mobilisent pour susciter une volonté politique forte : ce n’est pas gagné d’avance, mais ça vaut le coup d’essayer…

L.V.  

Les îles Poubelles, une nouvelle nation émergente ?

1 octobre 2017

Que retiendra t-on de la 72ème assemblée générale des Nations-Unies qui vient de se tenir à New-York, du 12 au 25 septembre 2017 ? Le discours belliciste de Donald Trump, menaçant de rayer de la carte la Corée du Nord et de déchirer l’accord obtenu sur le nucléaire iranien, après 12 ans d’âpres négociations ? Celui de son homologue Emmanuel Macron, chantre du multilatéralisme, héraut de la lutte contre le réchauffement climatique et porte-parole des sans-voix et des opprimés ?

Source Plastic Oceans Foundation

Ou peut-être la campagne médiatique qui a beaucoup fait jaser dans les couloirs et qui vise la reconnaissance officielle d’un 196e État baptisé Trash Isles, autrement dit, Les îles Poubelles ? Une pétition toujours en ligne et qui a déjà recueilli plus de 125 000 signatures a en effet été remise au nouveau secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres. Elle cherche, de manière quelque peu symbolique, à faire reconnaître comme un nouvel État, le gigantesque amas de déchets flottants, grand comme la France, qui s’étend au centre du Pacifique Nord.

La campagne est pilotée par le site américain LADbible soutenu par l’ONG Plastic Oceans Foundation. L’idée qu’ils mettent en avant paraît saugrenue mais ne manque pas de panache. On connaît depuis 1997, et leur découverte fortuite par le navigateur Charles Moore, l’existence de ces vastes amas de déchets qui dérivent dans tous les océans de la planète mais dont les principaux se regroupent sous forme d’immenses vortex concentrés par les courants marins circulaires dans le Pacifique nord mais aussi dans le Pacifique sud, l’Atlantique nord et sud et bien sûr l’Océan indien. La Méditerranée elle-même n’est pas épargnée par le phénomène, comme toutes les étendues marines bordées de zone densément urbanisées.

Situation des principales plaques de déchets flottants (infographie © Le Monde)

Les expéditions scientifiques se sont multipliées ces 15 dernières années pour explorer ce que certains ont dénommé « Le septème continent ». En décembre 2014, une vaste étude internationale, parue dans la revue PLOS ONE, à l’issue de 24 campagnes effectuées entre 2007 et 2013, non seulement sur les cinq grands gyres océaniques, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée, avait ainsi estimé à 269 000 tonnes la quantité de détritus flottant sur les mers du globe. On a plus récemment évalué à environ 8 millions de tonnes la quantité de déchets plastiques qui auraient été rejetés directement en mer au cours de la seule année 2010.

Des miliiers de déchets plastiques flottant (photo © Christophe Launay / Race for Water)

Nous avons tous en tête ces images de milliers de déchets flottants de toutes sortes qui s’amassent sur les plages et près des côtes, que certains essaient tant bien que mal de récupérer et de valoriser. Mais les études montrent que les vortex de déchets qui dérivent au milieu des océans ressemblent en réalité plutôt à une soupe compacte constituée de milliards de microdéchets de polyéthylène, de polypropylène et de polyéthylène téréphtalate (PET) dont la taille ne dépasse guère quelques millimètres et qui ne sont pas détruits par les micro-organismes..

Les gros éléments en plastique ont tendance en effet à se fragmenter sous l’action des vagues et du rayonnement solaire, mais aussi parce qu’ils rencontrent de nombreux oiseaux et mammifères marins qui les croient comestibles et qui en meurent bien souvent comme en attestent leurs cadavres. En revanche, ces minuscules fragments de plastique eux ne disparaissent pas et continuent de flotter entre deux eaux pendant des siècles, constituant d’immenses radeaux de la taille d’un pays européen voire bien davantage, et dont on a encore du mal à évaluer l’ampleur du volume immergé. On commence en revanche à mieux identifier les nombreux effets néfastes de ces micro-résidus non seulement sur la faune marine mais aussi comme vecteurs de la prolifération de certaines espèces invasives.

C’est pour tenter d’attirer l’attention sur cette situation inacceptable que certains ont eu l’idée de faire reconnaître comme un nouveau pays le plus vaste de ces continents de déchets, celui que l’on surnomme le « Great Pacific Garbage Patch » (la grande poubelle du Pacifique). L’ancien candidat aux élections présidentielles américaines, Al Gore, fait ainsi partie des tous premiers signataires de cette pétition et aspire à devenir citoyen de ce nouvel État en voie d’émergence qui possède déjà son drapeau, son passeport et même sa monnaie, le « débris », bien entendu…

Un billet du futur Etat en gestation ? (photo © Mario Kerkstra)

Pour pouvoir être reconnu comme nation, il faut en effet disposer d’un territoire, former un gouvernement, avoir une population permanente et être capable d’interagir avec les autres nations. D’où l’idée de cette pétition qui vise à recenser tous les volontaires désireux de devenir citoyen de ce futur État. 

Le passeport du futur pays ? (photo © Mario Kerkstra)

Si d’aventure le processus arrivait à son terme, ce radeau flottant de déchets serait en mesure de solliciter l’application de la charte de l’environnement édictée par les Nations-Unies et qui postule : « tous les membres doivent coopérer dans un esprit de partenariat global pour conserver, protéger et restaurer la santé et l’intégrité de l’écosystème planétaire ». Autrement dit, cela obligerait les autres nations à s’engager à venir nettoyer ce continent de déchets.

Une démarche pour le moins originale donc, qui, bien évidemment, n’a aucune chance d’aboutir, mais qui ne manque pas d’interpeller. Voilà que des dizaines de milliers de citoyens du monde, Américains pour beaucoup, se revendiquent citoyens d’un nouvel État en voie d’émergence et s’échinent à le faire reconnaître par les autres nations non pas pour le coloniser mais tout simplement pour le faire disparaître. A côté d’un tel casse-tête juridique, la crise de la Corée du Nord ressemble à de la petite bière…

L.V.  

Au Cameroun, des bouteilles à la mer…

28 septembre 2017

Alors que tous les médias sont focalisés sur les inondations récentes qui se sont produites dans le sud des États-Unis et aux Antilles suite au passage des derniers cyclones Harvey puis Irma, on aurait presque tendance à oublier que bien d’autres régions du monde ont été meurtries récemment par des événements climatiques tout aussi spectaculaires. Fin août 2017, on estime ainsi que plus de 1500 personnes ont péri du fait des inondations consécutives à la mousson en Asie du Sud-Est, principalement en Inde, au Népal, au Bengladesh et au Pakistan.

Inondations à Freetown, Sierra Leone, en août 2017 (photo © Jamie Hitchen / Twitter)

Mais l’Afrique est aussi régulièrement touchée par les inondations. Cet été, c’est notamment le Sierra Leone qui a été cruellement frappé par de terribles inondations qui ont dévasté plusieurs quartiers de la capitale Freetown où un bilan provisoire établi par la Croix-Rouge faisait état, mi-août, d’au moins 312 victimes recensées tandis que de spectaculaires coulées de boues ravageaient tout sur leur passage, éventrant de nombreuses maisons et ensevelissant des dizaines de personnes.

Le Cameroun fait partie de ces pays de l’Afrique subtropicale régulièrement touché par les fortes pluies qui s’abattent en été. Le 14 septembre dernier, le site Cameroon-info, faisait ainsi état de graves inondations qui paralysent la capitale Douala après trois jours de pluies particulièrement intenses tombant sans discontinuer, tandis que le 11 septembre, la ville de Yaoundé avait déjà essuyé des inondations dévastatrices.

C’est à l’occasion d’un tel déluge qu’un jeune étudiant camerounais avait constaté, en 2011, que son quartier pouvait être envahi en moins de 30 minutes, non seulement par des eaux plus ou moins chargées, mais surtout par une véritable marée de bouteilles en plastique ! Jetées partout dans les rues et sur les dépotoirs, les bouteilles en plastique sont en effet remobilisées dès que les flots se déversent dans la ville et viennent s’accumuler dans les points bas.

Face à une telle invasion, le jeune Ismaël Essome s’est lancé le défi de trouver des débouchés à toutes ces bouteilles en plastique indésirables. Une fois obtenu son diplôme d’ingénieur en gestion environnementale, et alors qu’il travaille pour une ONG internationale à la mise en valeur du littoral camerounais, il se met en tête d’essayer de construire des pirogues en assemblant des centaines de bouteilles en plastique.

En 2014, le gouvernement camerounais a pourtant pris la décision courageuse d’interdire les emballages non biodégradables sur l’ensemble du territoire : dorénavant, les producteurs et distributeurs de liquides vendus dans des bouteilles en plastique doivent assurer leur recyclage après usage. Pourtant, force est de constater que, trois ans plus tard, des millions de bouteilles encombrent toujours les villes du pays et s’amassent dans tous les cours d’eau et fossés de drainage.

Démonstration de navigation avec une pirogue (crédit photo © Madiba et Nature)

En août 2016, comme le raconte Le Monde Afrique, et après moult essais, Ismaël Essome réussit à construire une première pirogue constituée d’un millier de bouteilles en plastique de récupération, soigneusement rebouchées, et attachées entre elles par un lien en nylon. Deux planches forment l’ossature de la pirogue et vogue la galère…

Pour piloter ce projet un peu fou, Ismaël a fondé sa propre association, dénommée Madiba et Nature, destinée à promouvoir de manière très pragmatique la préservation de l’environnement et l’économie circulaire. Aidé de son neveu, il sillonne les rues pour collecter les bouteilles usagées et améliore sans cesse la structure de ses pirogues en plastique qu’il teste sur les plages pour démontrer aux pêcheurs professionnels leur efficacité.

Une pirogue ainsi assemblée peut transporter jusqu’à trois personnes et une charge de 90 kg. Elle est plus stable qu’une pirogue en bois traditionnelle, coûte deux à trois fois moins cher et s’avère plus durable car, contrairement au bois, le plastique met très longtemps à se dégrader. Sans compter que leur construction, non seulement ne contribue pas à la déforestation du pays mais participe au contraire à assainir l’environnement de ces déchets qui l’encombrent.

Une fois son prototype au point, le jeune Camerounais a formé une équipe de cinq personnes et fait appel à des volontaires, ce qui lui a permis de construire six pirogues en un an, qu’il utilise pour faire des démonstrations et convaincre les acheteurs potentiels. Il a déjà enregistré une cinquantaine de commandes destinées à la pêche artisanale et à l’écotourisme.

Les pirogues écologiques d’Ismaël Essome sur la plage de Londji, au Cameroun (crédit photo © Josiane Kouagheu)

Ainsi, à Londji, petit village de pêcheurs situé près de Kribi, dans une zone côtière touristique du Sud-Cameroun réputée pour ses plages de sable fin et ses mangroves, le président de la coopérative tente de monter, avec l’aide d’Ismaël Essome, un projet de centre d’accueil pour le moins original : les touristes y seront hébergés dans des cases construites à l’aide de bouteilles en plastique recyclées et ils pourront déguster du poisson pêché avec les pirogues conçues par Madiba et Nature : une vraie success story à la Camerounaise…

L.V. 

Le feu de Carnoux vu de l’espace…

17 septembre 2017

Le 19 août dernier, l’incendie qui a ravagé le versant boisé situé entre Aubagne et Carnoux, menaçant gravement plusieurs maisons situées en limite nord de Carnoux, le long de l’avenue Jean Bart, a laissé de sinistres traces. Plusieurs centaines d’hectares d’espaces boisés et de garrigues sont partis en fumée, laissant un paysage noirci de cendres et d’arbres calcinés qui rappellera pour de longs mois le souvenir de cet événement. Trois semaines plus tard, lorsque les premières grosses pluies de la saison se sont abattues sur Carnoux, la forte odeur de brûlé a brutalement envahi toute la ville, comme un ultime rappel du sinistre qui a bien failli transformer toute la ville en un gigantesque brasier…

Zones brûlées sur les hauteurs de Carnoux (photo prise le 27 août 2017)

Il suffit de se promener sur les hauteurs de Carnoux comme chacun ou presque l’a fait depuis cette date pour observer les ravages du feu. Mais lorsqu’on prend un peu de hauteur, l’effet est d’autant plus saisissant. Un des outils permettant une telle observation est la famille de satellites Sentinel, qui constituent le volet spatial du programme Copernicus initié par l’Union européenne. Le déploiement de cette batterie de satellites européens, commencé il y a maintenant une dizaine d’années, est encore en cours mais plusieurs satellites sont d’ores et déjà opérationnels.

Le premier, Sentinel-1A, avait été lancé de Kourou le 3 avril 2014 et a bien failli exploser en vol avant même de pouvoir déployer ses capteurs, tout ça à cause d’un banal accident de la circulation. Heureusement, les opérateurs de l’agence spatial européenne avaient alors réussi, grâce à un léger coup d’accélérateur bien placé, à éviter de justesse le satellite américain Acrimsat, qui passait malencontreusement par là au mauvais moment. Les routes de l’espace sont plus dangereuses qu’on ne le croit…

Vue du satellite Sentinel 2 (source © ESA/ATG medialab)

Depuis, d’autres satellites ont été déployés : le petit frère, Sentinel-1B, en avril 2016, mais aussi les deux sœurs jumelles Sentinel-2A, lancé le 23 juin 2015 par Véga depuis Kourou et Sentinel-2B, qui vient de s’envoler depuis Baïkonour le 7 mars 2017, propulsé par le lanceur russe Rockot. Ce sont ces deux derniers satellites qui nous intéressent tout particulièrement car ils disposent de 13 bandes spectrales allant du visible au moyen infra-rouge et permettant de prendre des clichés avec une résolution de 10 à 60 m. A eux deux, ils permettent de couvrir la quasi totalité des terres émergées avec des prises de vues espacées de 5 jours seulement, ce qui en fait des mouchards particulièrement efficaces.

Les clichés pris dans l’infra-rouge sont surtout utiles pour analyser l’occupation des sols car cette technique permet notamment de mettre en évidence certaines distinctions qui n’apparaissent pas aussi clairement dans le spectre visible. Elle permet en particulier de détecter des différences de température mais aussi d’humidité des sols, de couvert végétal et bien d’autres éléments très utiles notamment dans l’agriculture et le suivi des catastrophes naturelles.

Vue satellite de l’incendie du 19 août entre Aubagne et Carnoux (7 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

Une partie des données issues de ces observations satellitaires étant en libre accès sur l’application Sentinel hub, il est assez aisé de rechercher, via un outil de visualisation ouvert à tous, des images d’archives prises par Sentinel 2. Celle du 7 septembre 2107 ne manque pas d’intérêt puisque prise quelques jours seulement après l’incendie qui est venu lécher la commune de Carnoux. Le cliché est assez spectaculaire car la restitution via l’exploitation de plusieurs canaux infrarouges met parfaitement en évidence les surfaces brûlées. On y décèle clairement le point de départ de l’incendie et sa propagation jusqu’aux portes de Carnoux, ainsi que les coupe-feux qui ont permis aux pompiers d’en stopper la progression.

Les plus curieux (et bien entendu les Varois) seront naturellement enclins à déplacer le curseur vers la droite de la carte, ce qui permet de mettre en évidence les foyers qui se sont déclarés cet été dans le département voisin qui a, cette année, payé un très lourd tribut avec 3 660 hectares de forêts ravagées par le feu en juillet-août 2017.

Vue satellite des deux incendies du 25 juillet et du 2 septembre aux alentours de La Londe-les-Maures, dans le Var (14 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

 On y repère notamment les trois plus importants d’entre eux qui ont eu lieu le 24 juillet à la Croix-Valmer (518 ha) et à Artigues (1 704 ha) et le 25 juillet entre La Londe–les-Maures et Bormes-les-Mimosas (1 418 ha), suivi d’un autre qui s’est déclaré le 2 septembre entre Hyères et La Londe (460 ha). On est loin des chiffres de l’année 2003 où près de 19 000 hectares étaient partis en fumée dans le seul département du Var, causant la mort de 3 pompiers et de 4 autres personnes, mais ce nouvel été meurtier vient rappeler, si besoin était, à quel point les espaces méditerranéens sont vulnérables aux feux de forêt.

Vue satellite de l’incendie du 11 août dans le Cap Corse (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

Et si l’on prend la peine de se décaler un peu vers le sud-est jusqu’aux rivages corses, la photo satellite met en évidence d’autres zones calcinées, en particulier au droit du cap Corse. Une tâche noirâtre barre entre Pietracorbara et Sisco toute la largeur de ce que certains irrévérencieux ont comparé à un doigt d’honneur tendu vers la métropole : c’est la signature de l’incendie qui s’est déclenché près de Nonza, sur la côte ouest, dans la nuit du 10 au 11 août 2017 et qui a traversé le cap Corse dans toute sa largeur, brûlant au passage plus de 2000 ha de forêts et de maquis, et obligeant à évacuer pas moins d’un millier de personnes.

Un autre incendie est particulièrement visible sur ces images satellite et montre à quel point les habitations situés en lisière de zone boisée peuvent être exposées : il s’agit de celui d’Olmeta-di-Tuda qui a parcouru de l’ordre de 2200 ha entre le 24 et le 29 juillet et a été arrêté in extremis en bordure des lotissements de la zone très urbanisée de Biguglia, au sud de Bastia.

Vue satellite de l’incendie du 24 juillet au sud de Bastia (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

De nombreuses autres images tout aussi spectaculaires sont visibles sur ce site, envoyées depuis l’espace par les satellites Sentinel, dont celles des récents cyclones qui ont ravagé les Antilles et le sud des États-Unis, venant opportunément nous rappeler à quel point les aménagements faits par l’Homme sont vulnérables face aux éléments naturels…

L.V.  

Déchets d’Alteo : un nouveau front judiciaire

7 septembre 2017

Benoît Hamon et Manuel Valls lors du débat des Primaires, le 25 janvier 2017 (photo © Bertrand Guay / AFP)

A Gardanne, l’usine Alteo de production d’alumine n’en finit pas de jouer les vedettes et d’alimenter les polémiques. Elle a même été source de débat entre les deux finalistes de la Primaire socialiste en vue des dernières élections présidentielle, à l’occasion de leur débat télévisé le 25 janvier 2017. Ce jour-là, Benoît Hamon accusait ouvertement l’ex Premier ministre Manuel Valls d’avoir cédé au poids des lobbies industriels en ordonnant au Préfet des Bouches-du-Rhône d’accorder à l’usine Alteo une dérogation pour poursuivre pendant 6 ans supplémentaires le rejet en mer de déchets industriels toxiques, chargés en métaux lourds, arsenic, soude et alumine, très au-delà des normes acceptables.

A l’époque, l’affaire avait fait du bruit car la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, était fermement opposée à cette dérogation qui permettait à l’usine de Gardanne de continuer à déverser ses déchets liquides en mer au large de Cassis, au mépris des conventions internationales. Ségolène Royal avait alors dû avaler son chapeau face à un Manuel Valls déclarant péremptoire : « Je gouverne, je décide, chacun doit être à sa tâche avec l’esprit et le sens du collectif ». Circulez, il n’y rien à voir…

Olivier Dubuquoy, fondateur de Nation Océan

Sauf que tout le monde ne se contente pas de cet acte d’autorité d’un Premier ministre imposant ses décisions à un ministre dans un domaine qui ne relève pas de sa compétence. L’association ZEA / Nation Océan, présidée par Olivier Dubuquoy, a ainsi tenté d’obtenir le compte-rendu de la fameuse réunion interministérielle du 13 novembre 2015 au cours de laquelle Manuel Valls a imposé sa décision.

Mais les services de Matignon ont fait la sourde oreille et il a fallu une injonction de la Commission d’accès aux documents administratifs, le 31 mars 2016, pour qu’il reçoive enfin un extrait à moitié caviardé du fameux compte-rendu, comme s’il s’agissait d’un dossier classé confidentiel défense. La Canard enchaîné s’est empressé de publier le torchon en question, duquel il manquait l’essentiel, à savoir les arguments ayant conduit à prendre une telle décision en totale contradiction avec les engagements de la France pour la protection de la Méditerranée et les nombreuses études alarmistes démontrant l’impact des rejets sur le milieu naturel et la santé humaine.

Le site d’Alteo à Gardanne, en septembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

L’association poursuit donc sa quête et a déposé, via son avocate, une requête auprès du Conseil d’Etat pour tenter d’accéder au document si jalousement protégé. De leur côté, plusieurs associations environnementales, parmi lesquelles Surfrider Foundation, France Nature Environnement, Sea Shepherd et la Ligue de protection des oiseaux, ont déposé un recours contre l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015 qui autorise Alteo à poursuivre jusqu’en 2021 le rejet en mer de ses effluents liquides.

Et ce n’est pas tout puisqu’un autre recours a été déposé le 19 juin dernier devant le Tribunal administratif de Marseille par des habitants de Bouc-Bel-Air, riverains du site de Mange-Garri où Alteo entrepose ses résidus industriels. Le site servait déjà de lieu de stockage des boues rouges avant que l’usine, alors aux mains de Péchiney, décide en 1966 de s’en débarrasser en les expédiant directement en mer via une canalisation de 50 km de long.

La zone de stockage de Mange-Garri, à Bouc-Bel-Air, en septembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et, bien sûr, on ne produit pas d’alumine, si utile pour la construction de téléphone portables ou de batteries de voitures électriques, sans produire des déchets. Pour obtenir une tonne de la précieuse poudre blanche qui se négocie à 3 000 €, il faut compter deux tonnes de bauxite, un minerai désormais importé de Guinée, quatre tonnes de charbon et une tonne d’eau. Et, comme rien ne se perd, il y a forcément du déchet : les fameuses boues rouges…

Pour limiter les volumes déversés en mer, l’industriel a bien été obligé de rechercher des solutions, sous forme de filtres-presse, largement subventionnés par des fonds publics, qui permettent de concentrer les déchets liquides, toujours expédiés dans la Méditerranée, en les séparant des résidus solides qui du coup sont entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri.

Vue aérienne du site de stockage de Mange-Garri (source © Reporterre)

Mais ces dépôts ne sont pas sans causer des nuisances voire un risque sanitaire pour le voisinage, comme l’a confirmé une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire en janvier 2017. En effet, les poussières rouges chargées d’arsenic et faiblement radioactives qui s’envolent du site se révèlent toxiques pour le voisinage tandis que des cas de pollutions de la nappe phréatique sous-jacente ont obligé les autorités à prendre des mesures de restriction d’usage dans les forages voisins.

Voilà qui n’est pas très rassurant pour les riverains, lesquels demandent donc à Alteo de protéger davantage cette aire de stockage des boues rouges en goudronnant les accès et en limitant l’envol des poussières, tout en essayant de végétaliser les zones de dépôts en fin d’exploitation, si tant est que des espèces végétales puissent pousser sur un sol riche en métaux lourds et en arsenic…

Nicolas Hulot, interpellé sur le dossier des boues rouges… (source Made in Marseille)

Ces différents recours sont plutôt embarrassant pour le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, un certain Nicolas Hulot qui, pas plus tard qu’en 2012, signait des deux mains une pétition virulente exigeant l’arrêt immédiat des rejets de boues rouges dans le Parc national des Calanques alors en cours de création.

Maintenant qu’il est au gouvernement, sa position s’est fortement nuancée et il se montre beaucoup plus attentif au sort des 400 salariés du site d’Alteo, à l’image de l’inamovible maire communiste de Gardanne, Roger Meï, qui à 81 ans se définit désormais dans Libération comme « écococologiste » – comprenne qui pourra – et qui se réjouit en contemplant avec gourmandise les 40 hectares du site industriel d’Alteo : « Tant que ça fume, cela veut dire qu’il y a du boulot ».

Tant pis pour les dépôts de mercure et d’arsenic qui continuent de s’entasser sur les fonds marins des calanques de Cassis : les générations suivantes se débrouilleront avec…

L.V. 

Gardanne valorise ses friches minières

22 août 2017

La ville de Gardanne fait partie de ces terroirs durablement marqués par l’extraction minière. Dès le 18e siècle, de nombreux habitants de la région s’adonnaient à l’exploitation du charbon de terre pour pallier la rareté du bois de chauffage. Au début du 19e siècle, on compte ainsi déjà plus de 80 puits de mines en activité et sans doute 200 déjà abandonnés.

L’arrivée du chemin de fer accélère le mouvement et les années 1880-90 voient à la fois le creusement du premier puits de mine moderne au coeur de la cité minière de Biver, et l’installation de l’usine Péchiney d’alumine, qui profite du lignite de Gardanne et de la bauxite extraite dans le bassin minier varois tout proche. C’est cette même usine qui sera à l’origine des rejets en mer de boues rouges dans les années 1960 et qui défraie toujours la chronique sous son nouveau nom d’Alteo. Après la deuxième guerre mondiale, enfin, est édifiée la centrale thermique de Meyreuil, alimentée par le lignite dont l’extraction bat alors son plein à Gardanne.

Mais tout cycle minier a une fin. L’exploitation du lignite de Gardanne stagne à partir des années 1960. Soutenue artificiellement pour des raisons politiques, la production s’effondre à partir des années 1990 et le dernier puits ferme en 2003. Alors que l’industrie minière employait jusqu’à 6500 personnes au début des années 1950, à une période où le site attirait une forte population de travailleurs immigrés, et encore autour de 2000 après la relance de l’activité impulsée en 1981, il ne restait plus que 600 à 700 mineurs encore employés au moment de la fermeture du dernier site.

Depuis, la ville de Gardanne s’efforce de retrouver un nouveau souffle, à l’image du bassin d’emploi voisin, qui s’étend sur les communes de Peynier, Fuveau et Rousset, où s’est développée depuis les années 1960 une activité industrielle florissante axée sur la micro-électronique. L’histoire de cette zone d’activité est d’ailleurs très intéressante car liée étroitement au déclin de l’extraction minière comme l’a bien analysé Olivier Lambert, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de l’histoire industrielle locale.

Zone industrielle de Peynier-Rousset vue d’avion (source : Pays d’Aix développement)

Cette zone industrielle de Peynier-Rousset, créée en 1961, est en effet située dans le même bassin minier que Gardanne, situé à une quinzaine de km seulement. Les premiers puits pour l’exploitation du lignite y ont été creusés à partir de 1912 et une usine de production d’alumine y est construite à partir de 1917 par les Norvégiens de la Norsk Aluminium Company qui ont bien repéré l’intérêt des lieux, situés à proximité des futures mines de lignite en cours d’aménagement, de la vallée de l’Arc, source d’eau abondante, et de la voie ferrée Carnoules-Gardanne, pourvoyeuse de la bauxite varoise.

Mais en décembre 1918, alors que le creusement des puits atteint 425 m de profondeur, l’eau de la nappe s’engouffre brusquement dans les travaux miniers et ruine définitivement toute velléité d’exploitation houillère. Echaudés par cet échec industriel, les Norvégiens se retirent également. De nouveaux projets industriels sont bien relancés dans les années 1940 pour valoriser l’usine d’alumine en vue de produire des carburants de synthèse puis du gaz de ville, mais sans succès et en 1949, l’ensemble des terrains et des bâtiments est racheté par les Houillères du bassin de Provence, issues de la nationalisation des mines de charbon décidée à la Libération.

Ce sont donc les Houillères qui seront à l’origine de la création de la zone industrielle de Peynier-Rousset, la première des Bouches-du-Rhône, en 1961, déjà dans une perspective de reconversion pour pallier la baisse d’activité inéluctable de l’extraction du lignite de Gardanne. Fortement aidée à coup de subventions publiques et malgré certaines implantations durables comme celle de Volvic qui y produit son jus de fruit Oasis avec l’eau du puits de l’Arc, la zone industrielle vivote pendant une vingtaine d’années, tenue à bout de bras par les Houillères.

En 1979, la zone industrielle prend enfin son essor avec l’arrivée d’Eurotechnique, issu d’une association entre les Américains de National Semiconductor et le Français Saint-Gobain. La première usine de fabrication de puces électroniques au silicium est construite à Rousset. Elle passera en 1983 dans le giron de Thomson avant de rejoindre en 1987 SGS-Thomson, une nouvelle société franco-italienne de semi-conducteurs qui prendra plus tard son nom actuel de STMicroelectronics.

Effectifs des Houillères et de la zone industrielle de Rousset entre 1945 et 2010 (source : O. Lambert / revue Rives, 2013)

Depuis, ce site est devenu un pôle d’activités prospère tourné vers la microélectronique et les nouvelles technologies, qui employait en 2013 de l’ordre de 7000 personnes, soit davantage que l’industrie minière de Gardanne à son apogée, sans pour autant qu’il s’agisse d’une véritable reconversion industrielle même si le contexte politico-économique mis en place par l’action des Houillères et les nombreuses aides publiques à la reconversion de cet ex-bassin minier ont fortement contribué à ce succès.

Centre Georges Charpak à Gardanne (source : Ville de Gardanne)

Nul doute en tout cas que la ville de Gardanne souhaite manifestement s’inspirer de cet exemple pour assurer l’avenir de ses propres friches minières. L’inauguration en 2008 du centre de microélectronique Georges Charpak, rattaché à l’école des mines de Saint-Étienne, sur un campus de 6 ha, partie prenante du pôle de compétitivité « Solutions communicantes innovantes », illustre bien cette volonté de s’inscrire dans un environnement technologique en pleine évolution.

Centrale thermique de Meyreuil

En parallèle, la centrale thermique à charbon de Meyreuil, d’abord détenue par une filiale de Charbonnage de France, et désormais dans les mains de l’énergéticien allemand Uniper, tente une conversion difficile d’une des deux unités vers une centrale à biomasse. Le projet, lancé en 2103 et pour lequel ont déjà été investis 250 millions d’euros, devrait permettre à terme de brûler 850 000 t de bois chaque année, issus pour moitié de déchets et pour moitié de coupes de bois. C’est cependant ce dernier point qui inquiète fortement les associations locales de défense de l’environnement puisque cela reviendrait à prélever un tiers du gisement forestier disponible dans un rayon de 250 km… Le Tribunal administratif de Marseille a d’ailleurs annulé, le 8 juin dernier, l’autorisation d’exploitation accordée à la centrale !

Quant aux anciennes installations minières elles-mêmes, la ville tente de les valoriser après avoir racheté en 2006 les emprises du puits Morandat et du puits Z. Les puits ont été au préalable mis en sécurité et obturés en tête par des dalles en béton armé très épaisses pour éviter tout risque d’effondrement. La SEMAG (Société mixte d’aménagement de Gardanne) est ainsi à l’oeuvre pour réaménager les 14 ha de la future zone d’activité qui sera développée autour du puits Morandat, avec pour objectif l’implantations d’entreprises innovantes et de PME axées vers l’économie sociale et solidaire, permettant de générer près d’un millier d’emplois selon les prévisions les plus optimistes.

L’ancien hall des mineurs accueille d’ores et déjà une pépinière d’entreprises tandis que le bâtiment du Parc héberge l’unité territoriale après-mine créée par le BRGM et Charbonages de France pour gérer la mise en sécurité des anciennes mines dans le tiers sud-est de la France.

Le chevalement de l’ancien puits Morandat (source : Ville de Gardanne)

Les travaux de viabilisation ont déjà été lancés en vue d »aménager les premières tranches destinées à l’accueil d’entreprises. Il est notamment prévu la fourniture de chaleur via un réseau qui exploite le gisement géothermique des anciennes galeries minières désormais ennoyées. Une société spécifique, dénommée Énergie solidaire, a été créée pour cela, via une association entre la SEMAG et Dalkia EDF. Elle prévoit un investissement de 4 millions d’euros, la moitié de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner la station de pompage étant issue de panneaux photovoltaïques.

Le chevalement du puits Morandat pourrait, quant à lui, être reconverti en un restaurant panoramique tandis que l’ancien vestiaire des mineurs devrait accueillir d’ici 2022 un centre de culture scientifique et technique imaginé dans l’esprit de la Cité des sciences de la Villette à Paris. Bref, les projets ne manquent pas à Gardanne pour valoriser ces anciennes friches minières, sans totalement tourner le dos à un passé dont la ville continue à s’enorgueillir.

L.V.  

Carnoux-en-Provence de nouveau menacé par les flammes

20 août 2017

Carnoux envahi par les fumées de l’incendie, samedi 19 août 2017 vers 19h

La ville de Carnoux, entourée de massifs forestiers dont celui de la Marcouline, fait partie de ces communes provençales particulièrement exposées au risque de feu de forêt. Prescrit en 2011, le plan de prévention des risques liés aux feux de forêts (PPRIF) a été approuvé par arrêté préfectoral en date du 28 janvier 2014 et impose certaines obligations liées en particulier au débroussaillement mais aussi aux constructions et activités dans les secteurs les plus exposés. Il recense plus de 50 départs de feu qui ont impacté le territoire communal depuis 1973, date de création de la base de données Prométhée, le dernier en date étant celui du 4 août 2005.

Ce jour-là, deux foyers avaient été allumés dont l’un près du cimetière des Fenestrelles à Aubagne, et ils avaient consummé près de 200 ha en direction de Carnoux, menaçant fortement les habitations situées en limite nord de Carnoux et nécessitant l’évacuation du centre de vacances alors dénommé Shangri-La. Les deux lignes haute tension les plus menacées avaient été coupées à titre préventif, privant momentanément d’électricité plus de 15 000 foyers, tandis que le trafic ferroviaire était totalement interrompu entre Aubagne et Cassis à partir du début de l’après-midi et jusqu’après minuit. Trois pompiers avaient même été légèrement blessés dans le tunnel ferroviaire sous la colline de Carnoux.

A l’époque, plus de 600 pompiers avaient été engagés pour sauver les habitations de Carnoux d’une destruction sinon inévitable. Les moyens aériens mobilisés avaient été également importants, malgré l’impossibilité de faire voler les Canadairs alors cloués au sol dans l’attente d’une enquête suite à l’accident survenu quelques jours avant en Corse.

Hier, la commune de Carnoux a connu un nouvel épisode très comparable et qui a de nouveau menacé le même secteur qu’en 2005, ce qui vient confirmer pour ceux qui auraient tendance à l’oublier la réalité de cette menace saisonnière. Alors que la végétation était particulièrement sèche après l’épisode de canicule survenu fin juillet et que le mistral soufflait en moyenne à 45 km/h avec des rafales à 70 voire 80 km/h, plusieurs départs de feu se seraient produits vers 17h30 dans le quartier de la Pérusonne à Aubagne, une zone résidentielle de villas à proximité de la clinique de la Casamance.

Vue de l’incendie sur l’avenue Jean Bart samedi 19 août 2017 vers 19h

Attisé par le vent, l’incendie s’est rapidement propagé vers le sud et est arrivé jusqu’en bordure de l’avenue Jean Bart à Carnoux où il menaçait les premières maisons vers 18h30. Comme en 2005 et pour les mêmes raisons, les deux lignes à haute tension RTE 17 et 19 ont été coupées, le trafic ferroviaire entre Aubagne et Cassis a été interrompu dès 19h, l’accès à Carnoux depuis l’autoroute A50 a été fermé et la circulation sur la RD 41 a été arrêtée.

La mobilisation des services de lutte contre l’incendie a été remarquable, comme en 2005, avec plus de 600 pompiers mobilisés très rapidement, aidés par d’importants moyens aériens : deux hélicoptères bombardiers d’eau, deux tracker, quatre Canadair et un Dash ! Les moyens engagés au sol ont également été considérables, y compris avec un bulldozer permettant de frayer un chemin à travers le massif boisé.

Canadair en train de larguer le long de l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Les rotations des Canadairs ont été particulièrement nombreuses hier en fin d’après-midi et à nouveau ce matin dès 6h30 pour assurer l’absence de tout risque de reprise, alors que les bordures de la zone calcinées fumaient encore de manière sporadique. Les pompiers ont lutté toute la nuit contre l’incendie mais dès 23 h il était considéré comme maîtrisé. Les habitants des zones les plus exposées ont été d’abord confinées chez elles, ainsi que les pensionnaires de la maison de retraite située en contrebas. En revanche, il a fallu, comme en 2005, procéder à l’évacuation des vacanciers du centre de vacance Odalys, particulièrement exposés, mais aussi à une partie des chiens du chenil en lisière de forêt, et finalement de certains des habitants dont les maisons ont été léchées par le feu. La superficie dévorée par les flammes est évaluée à environ 250 hectares selon les dernières estimations.

Vue de l’incendie depuis l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Le gymnase du Mont-Fleuri a été mis à disposition pour l’accueil des vacanciers d’Odalyse et une cinquantaine d’entre eux a préféré y passer toute la nuit plutôt que de regagner le centre lorsqu’ils ont eu la possibilité de le faire, à partir de 23 h, une fois le plus gros du danger enfin écarté. Les voyageurs des trains circulant entre Marseille et Nice ont eu moins de chance et près de 4000 d’entre eux ont dû passer la nuit à bord des trains ou dans les gares de Nice, Toulon ou Marseille. Ce n’est qu’aujourd’hui dans la matinée que le trafic a pu commencer à reprendre, mais il reste encore fortement perturbé…

Au sud de l’avenue Jean Bart, certaines maisons ont été léchées par les flammes

L’action des pompiers a été particulièrement efficace sur ce nouvel incendie dont les conséquences auraient pu être dramatiques pour la petite ville de Carnoux, où l’habitat est très dense et la végétation de pins et de thuyas est très développée, facilitant à outrance la propagation du feu d’un jardin à un autre. Seuls des arbres ont effectivement brûlé au sud de l’avenue Jean Bart, endommageant au passage quelques cabanons de jardin, mais toutes les maisons ont pu être épargnées et aucune victime n’est à déplorer.

Forêt calcinée le long de l’avenue Jean Bart

Il n’en demeure pas moins que le spectacle de désolation qu’offrent les pinèdes calcinées en bordure de l’avenue Jean Bart, entre le centre de vacance d’Odalys et le petit bassin de rétention d’eau à l’entrée du chemin forestier, vient rappeler une fois encore et pour de longues années, à quel point notre commune, nichée dans un écrin de forêt méridionnale, est exposée à ce risque de feu de forêt…

L.V.  

Feu de brousse au Groenland : où va t-on ?

16 août 2017

Décidément, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus manifestes, n’en déplaise aux climato-sceptiques et autres responsables politiques attardés. Une des conséquences attendues du réchauffement climatique global est l’augmentation du risque de feux de forêt, et de ce point de vue, le cru 2017 fait honneur aux prévisions…

Canadair en action sur un feu de forêt

Alors que plus de 11 000 hectares de forêts ont déjà brûlé en France depuis le début de l’été 2017, notamment dans le Var et en Haute-Corse, chiffres malheureusement encore très provisoires, issus de la base de données Prométhée, et que déjà 360 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble de l’Europe, principalement autour du bassin méditerranéen, selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts, voila maintenant que l’on signale des feux de brousse au Groenland !

En matière de lutte contre le changement climatique, il n’y a pas le feu au lac, comme persistent à s’en convaincre les plus sceptiques. Certes, mais il y a quand même déjà le feu à la calotte glaciaire…

Rattaché administrativement au Danemark, le Groenland est la deuxième plus grande île du monde, avec une superficie totale de plus de 2 millions de km², soit quatre fois l’étendue du territoire métropolitain français. Situé entre le Canada et l’Islande et bordé au nord par l’Océan glacial arctique, le pays est recouvert à 80 % par une calotte glaciaire, un vaste inlandsis dont l’épaisseur de glace dépasse localement 3 km. Seules les bordures ouest et sud du territoire sont recouvertes de végétation, une toundra constituée de mousses, de lichens et de plantes herbeuses, ainsi que de bouleaux nains ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres de hauteur.

Paysage de toundra au Groenland

On est donc loin de la végétation du maquis corse et de celle de la garrigue méditerranéenne avec ses pins d’Alep qui s’enflamment comme des torches à la moindre étincelle. Et pourtant, même dans ce paysage semi-glaciaire où la température peut descendre jusqu’à -66 °C et où le cumul annuel de précipitation peut atteindre 2,5 m dans le sud, voila que l’on signale des feux de brousse récurrents…

Le phénomène était considéré comme extrêmement rare à ces latitudes jusqu’à présent, car les conditions de climat et de végétation sont beaucoup moins propices que dans le nord-ouest canadien, davantage boisé, où le risque tend à se multiplier, comme on l’a vu en mai 2016, lorsqu’un gigantesque incendie avait ravagé plus de 100 000 hectares de forêt autour de Fort-Murray au Canada, nécessitant l’évacuation préventive de 80 000 personnes.

Carte de la zone touchée (infographie © Audrey Dufour / La Croix)

En 2015 et 2016, plusieurs incendies avaient déjà été signalés sur les rivages du Groenland, mais dans le sud du pays. Cette année, le phénomène s’est déclenché dans une zone cotière située dans l’ouest, plutôt en altitude, dans un secteur habituellement recouvert de neige. Le départ de feu a été repéré par un survol aérien le 31 juillet 2017, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut, une localité de 5 500 habitants (soit un dixième de la population totale de tout le Groenland !), et confirmé ensuite par plusieurs images satellites, début août, qui donnent une idée de l’extension du phénomène. On estime à environ 15 km², soit 1500 ha, la surface de toundra ainsi partie en fumée en quelques jours, dans un pays qui n’est pas équipé pour lutter contre ce type de risque naturel. Et un deuxième foyer d’incendie a été repéré quelques jours plus tard, plus au sud, confirmant la réalité de ce risque alors que la température estivale est exceptionnellement élevée avec des pointes dépassant allègrement les 20 °C…

Image satellite de l’incendie le 3 août 2017 obtenue par le satellite Copernicus et retraitée par Pierre Markuse

Ces observations sont particulièrement inquiétantes aux yeux des climatologues car les régions polaires sont les plus affectées par le réchauffement climatique, avec une augmentation moyenne de la température qui y est deux à trois fois plus élevée que sur le reste du globe. A leurs yeux, ces incendies inédits, quelle qu’en soit leur cause (qui n’est pas connue à ce jour), sont la conséquence directe du recul de la calotte glaciaire qui met à jour des étendues végétalisées de plus en plus vaste, dont le sol tourbeux est riche en matière organique, sujet à une combustion lente mais très difficile à combattre.

Vue satellite du feu le 3 août 2017 (photo Landsat USGS © NASA)

Ces incendies sont d’autant plus dangereux que leurs effets indirects contribuent largement à accélérer le réchauffement climatique lui-même. La combustion provoque naturellement de fortes émissions de gaz carbonique, mais aussi de méthane, contenu en quantité dans les sols tourbeux habituellement gelés, deux gaz à effet de serre ainsi libérés en grande quantité dans l’atmosphère. De plus, la suie issue de la combustion se dépose sur les étendues enneigées aux alentours, limitant fortement le pouvoir réflecteur de cette dernière et accélérant ainsi sa fonte.

Inlandsis du Goenland (photo © Halorache / expédition A Carré 2009)

Voilà en tout cas un nouveau facteur aggravant dont nous n’avions pas vraiment besoin et qui risque d’accélérer encore les impacts négatifs du réchauffement climatique dans une des régions qui y est le plus vulnérable. On savait déjà que la fonte de l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland pouvait se traduire par une élévation totale de 7 m du niveau de la mer, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour de très nombreuses régions côtières. On avait aussi estimé que un tiers de l’élévation actuelle du niveau des océans (qui est depuis plusieurs années déjà de l’ordre de 3 mm/an en moyenne) était d’ores et déjà due au recul de cette calotte glaciaire et à l’augmentation de débit des cours d’eau côtiers issus de cette fonte.

Mais voila que l’on commence à apercevoir d’autres risques liés à ces pertubations climatiques dans les zones arctiques. Les feux de brousse en sont un de ces aspects inédits. La fonte du permafrost, sol gelé en permanence en profondeur et qui s’étend sur des millions de km², dans le nord de l’Europe, le Canada et la Sibérie, pourrait constituer un autre facteur aggravant particulièrement explosif. Les conséquences déjà observées ne se limitent en effet pas aux seuls impacts sur les fondations des infrastructures édifiées sur ce type de sol !

La fonte du pergélisol libère des quantités énormes de carbone organique que les bactéries peuvent transformer en gaz carbonique et en méthane, ce qui rique d’accélérer considérablement l’impact du réchauffement climatique, avec un effet d’emballement incontrôlable. Une véritable bombe climatique en perspective !

Inspection vétérinaire d’un troupeau de rennes dans la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord russe (photo © AFP / publiée dans Science et avenir)

Et ne parlons pas des risques sanitaires que certains redoutent. En 2016, sur la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, un enfant est décédé et 23 personnes ont été infectées par l’anthrax, la redoutable maladie du charbon, transmise par un virus, disparu de la région depuis au moins 75 ans mais qui se trouvait à l’état de latence dans un cadavre de renne qui avait dégelé suite aux températures exceptionnellement chaudes (jusqu’à 35 °C !) de l’été 2016. On craint désormais que ce type de risque se multiplie, réveillant d’autres virus dont celui de la variole, officiellement éradiquée et contre laquelle on ne se protège plus, avec même des scénarios catastrophes impliquant certains virus géants et totalement inconnus repérés dans des cadavres de mamouths congelés. Bienvenu dans le nouveau monde du réchauffement climatique…

L.V.  

Monaco gagne (encore) sur la mer…

31 juillet 2017

Dans la principauté de Monaco, minuscule confetti enclavé sur le territoire français pour des raisons historiques, la conquête de l’espace est une préoccupation constante. Avec une superficie totale qui ne dépasse pas 2 km2, (202 hectares très précisément, nettement moins donc que la commune de Carnoux qui s’étend, mine de rien, sur 345 ha !) c’est le deuxième plus petit État indépendant au monde (derrière le Vatican). Sauf que la population qui s’entasse sur cet espace ridicule s’élève à 38 500 habitants au dernier recensement de 2016, soit une des densités les plus fortes du monde avec plus de 18 000 habitants au km2.

Sommet de la Tour Odéon à Monaco

Pas étonnant que dans ces conditions, le prix du foncier atteigne des sommets vertigineux, plaçant Monaco en tête du classement mondial des villes où se loger coûte le plus cher. A Monaco, un bel appartement se négocie autour de 45 000 € le m2. C’est en moyenne 15 % de plus qu’à Hong Kong et 40 % plus cher qu’à Londres, plus du double de Paris où le prix de l’immobilier de luxe oscille autour de 20 000 € le m2, une misère… Achevée en 2015, la double tour Odéon qui s’élève à 170 m de hauteur dans le quartier de l’Annonciade, a vu ses appartements se négocier autour de 55 000 à 70 000 € le m2. Quant au penthouse qui s’étend au sommet de la tour sur 3 300 m2 répartis sur 5 niveaux, avec piscine à toboggan, fitness et vue plongeante sur la mer, il peut s’enorgueillir d’être à ce jour l’appartement le plus cher du monde, vendu pour la modique somme de 300 millions d’euros, soit un prix de revient de 91 000 € le m2.

Dans un tel contexte, chaque mètre carré compte et la solution la plus simple pour ce territoire côtier, à défaut de pouvoir se lancer dans des guerres de colonisation d’un autre âge, est d’empiéter toujours davantage sur le domaine maritime. Dès 1865, un premier remblai a ainsi été réalisé pour y permettre le passage de la voie ferrée, rapidement suivi par la construction du quartier industriel de Fontvielle gagné sur la mer sur une surface de 5,5 ha. Depuis, les Monégasques ne s’arrêtent plus et repoussent sans cesse la ligne de rivage. Ces dernières années, ce sont ainsi plus de 40 hectares qui ont été gagnés sur la mer, permettant d’agrandir toujours plus le terrain disponible pour de nouvelles constructions. Même le stade Louis II de l’AS Monaco a été construit sur la mer…

Photomontage du futur quartier en construction (© Valode et Pistre)

Et ce n’est pas fini puisqu’un nouveau chantier a été lancé fin 2016. Il s’agit cette fois de construire une nouvelle plateforme de 6 hectares gagnée sur l’eau dans l’Anse du Portier, dans le prolongement du Grimaldi forum. Un chantier totalement pharaonique qui coûtera 2 milliards d’euros mais pour lequel le gouvernement de la principauté ne déboursera pas un centime puisque ce sont les entreprises, au premier rang desquelles Bouygues Construction, qui avancent l’argent en espérant bien se faire largement payer en retour par la vente des 60 000 m2 de logements ainsi construits.

Maquette du nouveau quartier d’habitation (capture video © Valode et Pistre)

Bien entendu, il s’agit d’immeubles de haut standing, labellisés écoquartier, avec panneaux solaires et climatisation par pompes à chaleur alimentées à l’eau de mer, disséminés au milieu d’un parc arboré de 1 ha, avec parkings, équipements publics, port de plaisance d’une trentaine d’anneaux, 3 000 m2 de commerces et promenade littorale. Un éden pour milliardaires, dont l’architecture a été conçue par le célèbre architecte Renzo Piano.

Nacre Nobilis, plus grand coquillage de Méditerranée (photo © David Luquet)

Pour bâtir une telle infrastructure dans des fonds marins dont la profondeur atteint jusqu’à 50 m et qui s’étendent entre deux zones naturelles, la réserve du Larvotto et le tombant des Spélugues, une préparation s’impose, qui consiste notamment à transplanter les posidonies et à évacuer les nacres géantes qui peuplent ces fonds sous-marins autrefois d’une grande richesse. Ces travaux préparatoires ont déjà eu lieu, à l’automne 2016, sans émouvoir grand monde tant les Monégasques se moquent comme d’une guigne de la qualité de leurs fonds marins, sur une partie du littoral où près de 90 % des fonds entre 0 et 8 m de profondeur ont d’ores et déjà été détruits, selon un biologiste niçois.

Place désormais aux travaux de génie civil maritime ! Ils ont débuté en avril 2017, pilotés par l’entreprise belge Jean de Nul. La première étape a consisté à déposer 30 000 m3 d’enrochement qui seront stockés, nettoyés puis réutilisés. Le chantier est maintenant entré dans sa deuxième phase qui consiste à draguer les sédiments pollués reposant au fond de l’Anse du Portier, et ceci à l’aide d’une pelle équipée d’un godet étanche de 8 m3 et capable de descendre jusqu’à 32 m de fonds. Cette pelle hors norme ainsi qu’une grue à câble pour les secteurs les plus profonds, sont elles-mêmes installées sur une barge ancrée dans le sol sous-marin via des pieux de 40 m…

Schéma de principe des caissons périphériques (© Valode et Pistre)

Deux barges de transport assurent l’évacuation des sédiments jusqu’à un centre de traitement et de valorisation installé à La Seyne-sur-Mer. D’ici la fin de l’été, une fois les sédiments pollués ainsi retirés, c’est le reste du sable qui va être aspiré jusqu’à atteindre le substratum rocheux. Au total, plus de 400 000 m3 de matériaux devraient ainsi être aspirés puis rejetés en mer à quelques km de la côte, par 200 m de fond. Une fois le sol mis à nu, une assise constituée de 1,6 millions de tonnes de cailloux lavés et concassés, acheminés depuis une carrière de Châteauneuf-les-Martigues, sera mise en place pour servir de support aux 18 caissons en béton armé, de 27 m de hauteur, qui constitueront le corps de la digue périphérique.

La future plateforme et son enceinte étanche constituée de caissons en béton (capture video © Valode et Pistre)

Ces caissons, qui pèsent 10 000 t chacun, seront préfabriqués dans la forme 10 du port de Marseille, à partir du mois de septembre prochain. Il s’agira d’un processus particulièrement complexe puisque le coulage du béton se fera au fur et à mesure de l’immersion du caisson. Une fois les caissons mis en place, le remblaiement de la plateforme pourra commencer, avec du sable prélevé au large de la Sicile et acheminé au moyen de la plus grosse drague du monde, capable d’apporter 40 000 m3 de sable à chaque voyage : une quinzaine de rotations devraient être nécessaire…

C’est en mars 2020 seulement, si tout va bien, que la nouvelle plateforme pourra, après compactage, commencer à recevoir les premières constructions. La livraison des premiers logements est, quant à elle, programmée pour 2022 : avis aux amateurs fortunés qui souhaiteraient y investir leurs deniers !

L.V. 

La Terre croule sous des milliards de tonnes de plastique !

20 juillet 2017

C’est une étude scientifique publiée le 19 juillet dans la revue Science Advances qui l’affirme : les matières plastiques fabriquées par l’homme sur l’ensemble de la planète représenteraient la masse globale de 8,3 milliards de tonnes, soit 822 000 fois le poids de la Tour Eiffel ! Et ceci en 75 ans tout au plus puisque la production industrielle de plastique a débuté réellement dans les années 1950, même si les premières polymérisations de matières plastiques datent des années 1930.

Déchets de plastique dans la baie de Manille aux Philippines (photo © Stiv Wilson)

C’est certes moins que le ciment et l’acier qui restent (en poids sinon en volume…) les matériaux que l’homme a produits en plus grande quantité. Sauf que ces derniers matériaux sont utilisés principalement dans la construction, pour des durées relativement longues de 50 à 100 ans, et sont ensuite très majoritairement réutilisés après traitement.

C’est loin d’être le cas pour le plastique dont la durée d’utilisation est très courte, de l’ordre de 4 ans en moyenne et bien moins pour tout ce qui concerne le plastique d’emballage qui constitue une part importante du marché. L’étude des scientifiques américains considère ainsi que 6,3 milliards de tonnes du plastique produit est d’ores et déjà devenu un déchet : la planète Terre est en train de se recouvrir peu à peu d’un océan de déchets plastiques qui envahissent tout !

Il faut dire que le recyclage de ce matériau, souvent complexe car nécessitant de séparer soigneusement chacun des polymères différents, reste très marginal puisqu’il ne concerne que 9 % des quantités de plastique mis au rebut. Une part légèrement supérieure, évaluée à 12 % est incinérée. Tout le reste, soit près de 80 % de nos déchets plastiques est donc tout simplement enfoui ou, le plus souvent, abandonné au hasard des vents qui finissent toujours par les pousser dans les cours d’eau et les océans.

Bouteilles plastiques échouées en mer près d’Abidjan (photo © Issouf Sanogo / AFP)

En 2015, la même équipe de chercheurs avait ainsi estimé que 8 millions de tonnes de déchets plastiques avaient été rejetés dans les différentes mers du globe pour la seule année 2010. La plupart de ces plastiques ne se dégradent que très lentement. Ils se fragmentent peu à peu et finissent souvent ingérés par les poissons et autres animaux aquatiques qui bien souvent en meurent.

On observe ainsi, depuis maintenant des années, de gigantesques amas de déchets plastiques plus ou moins immergés, certains parlent de septième continent, qui flottent à la surface des océans et se concentrent dans certaines zones sous l’effet de courants marins de type vortex. Une masse évaluée globalement à plusieurs centaines de milliers de tonnes mais sans doute davantage au vu des dernières estimations. Plus de 80 % de ces déchets viendrait de pays asiatiques mais des observations récentes effectuées par la goélette Tara dans l’Océan glacial arctique montrent que la quantité de déchets plastique que l’on y trouve et qui viennent plutôt de l’Europe et des Etats-Unis y sont également en quantité inquiétante. La situation de la Méditerranée le confirme d’ailleurs largement.

Recueil de déchets immergés dans le cadre de l’expédition Tara (© S.Bollet / Tara)

Les images spectaculaires des plages de l’île Henderson, un îlot désertique de l’archipel Pitcairn, classé sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO, perdu dans le Pacifique sud à plus de 5000 km de toute zone habitée et dont les côtes sont jonchées de détritus plastique ont largement été diffusées et laissent pantois. Les amas de briquets et rasoirs jetables, de brosses à dents usagées et autres petits soldats en plastique qui viennent échouer ici après avoir parcouru la moitié de la planète, ballottés au gré des courants marins, viennent nous rappeler à quel point notre Terre est vulnérable à l’activité humaine.

Amas de détritus sur une plage de l’ïle Henderson (extrait video © Jennifer Lavers / Univ. Tasmanie)

Certes, on commence à envisager de limiter l’usage de certains objets en plastique. L’interdiction récente des sacs plastiques jetables aux caisses des supermarchés, instaurée en France en 2016, devrait ainsi permettre d’économiser plus de 80 000 tonnes de plastique chaque année, une paille à l’échelle mondiale mais une bonne nouvelle pour la qualité de nos milieux aquatiques et autres espaces naturels.

Malheureusement, les perspectives ne sont pas très encourageantes à l’échelle planétaire. Alors que la production mondiale de matière plastique ne dépassait pas 1 million de tonnes en 1950, elle s’établissait en 2015 à plus de 380 millions de tonnes et rien ne permet de penser que cette croissance pourrait se ralentir dans les années à venir, même si les marchands de pots de yaourts s’enorgueillissent d’avoir réussi à diviser par deux la quantité de plastique nécessaire à leur fabrication.

Evolution des quantités de déchets plastiques produits (en noir), selon leur destination : rejet ou mise en décharge (courbe rouge), incinération (vert) et recyclage (bleu) – extrapolations à l’horizon 2050 (source : R. Geyer, J. R. Jambeck et K. Lavender Law / Science Advances)

Au rythme actuel, les chercheurs considèrent qu’en 2050 la quantité totale de plastique produit s’élèvera ainsi à 25 milliards de tonnes, soit trois fois plus que tout ce qui a déjà été produit à ce jour. Il devrait en résulter 12 milliards de tonnes de déchets de plastique tout bonnement rejetés dans la nature : des chiffres proprement effrayants et qui laisse mal augurer de l’état de notre planète dans les années à venir !

L.V. 

6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Insecticides tueurs d’abeille : Hulot a failli avaler de travers

2 juillet 2017

Lors de l’annonce du premier gouvernement d’Edouard Philippe le 17 mai dernier, peu après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, nombreux étaient ceux qui pariaient que le nouveau ministre d’État à la transition écologique et solidaire, l’ex animateur de télé Nicolas Hulot, peu connu pour ses qualités diplomatiques et son art du compromis, ne ferait pas de vieux os à ce poste. Beaucoup se demandaient même s’il arriverait à battre le record de longévité d’Alain Bombard, resté secrétaire d’État pendant 32 jours avant d’être débarqué pour ses déclarations à l’emporte pièce sur la chasse à courre, voire celui de Léon Schwartzenberg, éphémère ministre de la santé de Michel Rocard, éjecté 9 jours après sa nomination pour avoir tenu des propos peu consensuels sur l’euthanasie.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire (crédit photo Villard / SIPA)

Et pourtant, contre toute attente, Nicolas Hulot non seulement a été confirmé dans ses fonctions lors de la formation du second gouvernement Philippe, mais il est toujours à son poste un mois et demi plus tard, alors que d’autres poids-lourds de cet attelage, dont François Bayrou, Richard Ferrand ou encore Marielle de Sarnez ont déjà mordu la poussière… Pour quelqu’un qui déclarait voilà peu à propose de sa toute nouvelle charge ministérielle « j’espère que ce ne sera pas qu’un job d’été », c’est plutôt encourageant…

Et voilà même qu’il vient d’engranger la satisfaction de voir arbitrer en sa faveur un désaccord majeur avec le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, l’ex député socialiste de la Manche, Stéphane Travert. Par comparaison avec les énormes couleuvres avalées par ses prédécesseurs à ce poste ingrat, dont Ségolène Royal qui avait dû laisser Manuel Valls lui imposer de laisser Alteo continuer de déverser en plein Parc national des Calanques ses eaux industrielles riches en métaux lourds et fortement alcalines, c’est donc plutôt un bon début.

Rappelons pour mémoire que les députés avaient adopté en mars 2016, à l’occasion de l’examen en deuxième lecture à l’Assemblée nationale de la loi Biodiversité, un amendement prévoyant d’interdire l’usage des insecticides à base de néonicoticoïdes, dont il a été largement prouvé la nocivité sur le système nerveux des abeilles. Un pas en avant que tous les défenseurs de l’environnement et surtout les apiculteurs attendaient depuis des années en observant année après année l’effondrement des colonies d’abeilles et autres pollinisateurs (bourdons et papillons notamment) : la production de miel qui était d’environ 30 000 tonnes par an il y a 20 ans, a péniblement atteint 15 000 tonnes en 2015…

Des ruches françaises de moins en moins productives (infographie AFP)

La particularité de ces substances actives (clothianidine et imidaclopride, produites par Bayer, et thiaméthoxame synthétisé par la firme Syngenta), commercialisées notamment sous les noms de Gaucho et Cruiser, est qu’elles ont un effet systémique, c’est à dire qu’elles envahissent tout le système de la plante, de la sève au pollen. Il suffit donc d’en enrober les graines pour contaminer toute la plante durant toute sa croissance, ce qui évite à l’agriculteur d’avoir ensuite à traiter ces cultures par des aspersions répétées comme avec d’autres produits.

Le gain de temps et les économies qui en résultent expliquent pourquoi ces insecticides ont été autant plébiscités jusqu’à constituer désormais un tiers des insecticides utilisés dans le monde. On l’utilise en particulier pour protéger les cultures de blé, d’orge ou de betterave contre les attaques de pucerons verts. Le hic, c’est que les pollinisateurs qui viennent butiner sur ces champs absorbent ces substances qui ont une action nocive puissante sur leur système nerveux et les désorientent, leur empêchant de rejoindre leur colonie, d’où la perte constatée de plus de 300 000 ruches chaque année, une véritable hécatombe qui ne se limite bien évidemment pas aux seules abeilles domestiques mais touche tous les insectes pollinisateurs.

En 2013 déjà, la Commission européenne avait décidé de limiter l’utilisation professionnelle de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes sur certaines cultures et également d’interdire la mise sur le marché de semences traitées ainsi que les utilisations non-professionnelles. Il lui avait bien fallu en effet tenir compte de l’avis de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA) qui avait constaté, au vu des inombrables études scientifiques concordantes sur le sujet, l’effet désastreux de ces substances sur les populations d’abeilles.

A l’époque, ces restrictions d’usage, entrées en vigueur au 1er décembre 2013, portaient sur 75 cultures différentes dont notamment des cultures fruitières (abricots, poires, pommes, pêche et nectarines, prunes), des cultures de fruits à coque (noix, noisettes amandes) ou des cultures de fruits rouges (fraises, myrtilles), jugées particulièrement attractives pour les abeilles. Mais il ne s’agissait que d’un moratoire temporaire car de nombreux pays, dont le Royaume-Uni en pointe sur ce dossier, s’étaient alors battus bec et ongles pour empêcher toute mesure d’interdiction définitive.

C’est donc en attendant que l’Europe se mette d’accord sur des mesures plus fermes sur le sujet que la France a débattu de la question à l’occasion du vote de la loi Biodiversité, d’autant que ce moratoire na manifestement pas eu les effets escomptés puisque les ventes d’insecticides néonicotinoïdes ont bondi en France, passant de 387 tonnes en 2013 à 508 en 2014, soit un gain de 31 % en un an !

Le débat a été houleux en 2016, avec même une intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, fortement aiguillé par les principales fédérations professionnelles agricoles des producteurs de blé, de maïs, d’oléagineux et de betteraves incitant par courrier les députés à ne surtout pas décider d’interdiction brutale de ces produits jugés indispensables pour garantir la compétitivité des filières. Il s’était finalement soldé par une interdiction à compter du 1er septembre 2018 sur l’ensemble des cultures mais avec possibilité d’accorder des dérogations jusqu’en 2020, histoire de laisser du temps à chacun de s’adapter, et éventuellement aux changements de majorité de revenir en arrière…

Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation crée le buzz en annonçant vouloir revenir sur l’interdiction prochaine des néonicotinoïdes (crédit photo BFMTV)

C’est bien d’ailleurs ce qui a failli se passer puisque dès sa nomination au ministère de l’agriculture et poussé par les lobbies agricoles et de l’agrochimie, Stéphane Travert est aussitôt monté au créneau en déclarant le 26 juin 2017, moins d’une semaine après son entrée en fonction, vouloir revenir sur cette interdiction prochaine des néonicotinoïdes, qu’il juge excessive par rapport aux obligations européennes et surtout gênante pour les intérêts de la profession.

Cette déclaration a aussitôt fait bondir son collègue Nicolas Hulot qui a immédiatement tweeté qu’il n’était pas question de revenir sur les engagements votés il y a un an, et déclarant : « Nous ne reviendrons pas sur ces acquis. Je veux être le garant de ce qu’ont fait mes prédécesseurs ». Sur un tel sujet, on ne l »imaginait pas en effet se déjuger lui qui avait toujours été en pointe dans ce combat contre les insecticides tueurs d’abeilles. En revanche, la position du chef du gouvernement, Edouard Philippe, était plus attendu. Cet ancien directeur des affaires publiques d’AREVA est en effet réputé peu sensible aux questions environnementales, au point d’avoir voté contre la loi Biodiversité en 2016, et contre la loi sur la Transition énergétique.

Et pourtant, ce même Edouard Philippe a signifié le jour même à son ministre de l’agriculture que le débat avait déjà été tranché et qu’il n’était pas question de revenir en arrière sur cette interdiction prochaine des insecticides néonicotinoïdes. Première victoire donc pour le nouveau ministre Nicolas Hulot, mais nul doute que le combat ne fait que commencer et qu’il aura d’autres occasions de monter au créneau pour éviter d’avaler trop de couleuvres sur les nombreux chantiers qui s’ouvrent devant lui… Pas de vacances donc pour Monsieur Hulot !

L. V.  

U-864 : une bombe à retardement ?

27 juin 2017

Michel L’Hour, directeur du DRASSM

L’affaire a été de nouveau évoquée à l’occasion d’un colloque sur le trafic d’antiquités en eaux profondes, organisée tout récemment pour célébrer la création du tout nouveau tribunal maritime de Marseille qui couvre désormais 26 départements de la façade sud du pays. Michel L’Hour, directeur du DRASSM, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service de l’État créé par André Malraux et basé à l’Estaque, y a notamment rappelé que le trafic d’antiquités, actuellement en pleine expansion, est désormais le troisième au monde en importance, derrière celui des stupéfiants et celui des armes.

Et les antiquités présentes dans les nombreuses épaves qui jonchent les fonds marins sont de plus en plus exposées à ces pilleurs modernes redoutablement équipés. Comme l’a évoqué Michel L’Hour, « l’archéologue aux pieds palmés », ainsi qu’il aime se définir lui-même, « la mer est le plus grand musée du monde, ouvert jour et nuit, mais sans aucune sécurité ni vitrines protégées », d’où cette grande vulnérabilité aux pilleurs d’épaves.

Mais Michel L’Hour a aussi évoqué un autre danger qui guette les fonds marins du fait de ces multiples épaves coulées au fil de l’Histoire : le risque de pollution. Des centaines de milliers d’épaves de navires engloutis jouchent les fonds marins : on en recense 9000 uniquement sur les côtes Sud et Est de l’Angleterre ! Plus de 70 % des épaves qui se trouvent dans les eaux européennes datent de la première et seconde Guerre mondiale. Or, la corrosion, menace de libérer leurs contenus : dans la mer, le métal se corrode inéxorablement, perdant chaque année de l’ordre de un dizième de mm d’épaisseur…

Caisses de munitions jetées en mer au large de Singapour après la 2ème guerre mondiale (photo d’archive, Imperial War Museums)

Le pétrole qui se trouve encore dans ces épaves n’est pas le pire des composants qu’ils contiennent. Les anciennes munitions et certains produits chimiques sont autrement plus inquiétant. C’est le cas notamment du fameux gaz moutarde, l’ypérite, largement utilisé lors de la Première guerre mondiale et dont on s’est souvent débarrassé des stocks devenus inutiles en les immergeant en mer. Dans l’eau, ce produit se transforme en une pâte jaunâtre ingérée par les poissons et qui entre ainsi dans notre chaîne alimentaire…

Et parmi ces bombes à retardement qui hantent nos côtes, citons le cas du sous-marin allemand U-864 et de sa cargaison de mercure qui se déverse lentement au large des côtes scandinaves depuis meintant plus d’un demi-siècle…

Torpillé devant Bergen, en Norvège, par les Britanniques le 9 février 1945, avec à bord 73 hommes d’équipage, alors qu’il partait pour le Japon avec les moteurs et les plans du Messerschmitt 262, premier avion à réaction, ce sous-marin allemand transportait aussi à son bord 67 tonnes de mercure conditionné dans des bouteilles en acier de 37 kg. Parti le 5 décembre 1944 de Kiel, il était chargé d’une mission secrète, baptisée « Opération Caesar », destinée à apportée aux alliés japonais les technologies nécessaires pour augmenter leur effort de guerre en cette période décisive. Mais lors d’une escale technique à Bergen, il subit un bombardement car les Britanniques ont percé le code Enigma et identifié l’enjeu de cette mission. Lorsqu’il peut enfin reprendre la mer, une nouvelle avarie machine le contraint à rebrousser chemin vers Bergen et c’est là qu’il est pris en chasse par un sous-marin britannique, le HMS Venturer, qui l’envoie par le fond, au large de l’ïle de Fedge.

L’épave de l’U-864 au fond de la mer (photo © Van Oord)

Au début des années 2000, un pêcheur norvégien remonte dans un de ses filets une pièce de U-Boot et la Marine norvégienne entreprend des recherches qui lui permettent de retrouver, le 22 février 2003, l’épave du sous-marin, coupé en deux, reposant par 150 m de fond, à quelques km des côtes de la petite île norvégienne. Dès lors se pose la question de l’avenir des 1857 flasques en acier contenant les 67 tonnes de mercure liquide, destiné à la fabrication d’amorces de munitions (à base de fulminate de mercure) et désormais éparpillé au fond de l’eau.

En 2005, on observe ainsi qu’une de ces bouteilles s’est ouverte sous l’effet de la corrosion et que tout le mercure s’en est échappé. On en retrouve sur une surface estimée à 3 ha ! Les Norvégiens commencent à redouter une nouvelle catastrophe sanitaire à l’égal de ce qui s’était produit dans la baie de Minamata au Japon, où les rejets de métaux lourds issus de l’industrie pétrochimique avaient occasionné plus de 900 décès entre 1949 et 1965. Des prélèvements sont effectués et on constate que l’acier des flasque, dont l’épaisseur initiale atteignait 5 mm, ne faisait plus qu’1 mm par endroit, du fait de la lente corrosion…

Une des 1857 flasques remplies de mercure et désormais fuyardes

Les études s’enchaînent à partir de 2006, pour tester différentes solutions techniques. Les autorités privilégient plutôt le recouvrement de l’épave par un sarcophage tandis que les populations riveraines, dont les 561 habitants de l’île de Fedge, préfèrent une solution plus durable mais plus coûteuse et techniquement complexe qui consiste à renflouer l’épave. Un bras de fer s’engage et finalement en 2009, le gouvernement norvégien accepte d’engager les travaux de renflouement pour un montant estimé à un milliard de couronnes norvégiennes, mais estime nécessaire d’engager au préalable des études complémentaires…

Quatre ans plus tard, en janvier 2013, Lisbeth Berg-Hansen, ministre des Pêches et Affaires côtières, indique devant le Parlement que les études sont toujours en cours et qu’il n’existe toujours pas de calendrier prévisionnel pour les travaux. D’ailleurs, en mai 2014, un nouveau rapport est publié, préconisant une fois de plus la solution du recouvrement par un sarcophage jugée plus raisonnable. Il a fallu finalement attendre le printemps 2016 pour que les travaux de recouvrement de l’épave soient enfin réalisés, confiés au spécialiste néerlandais du dragage et des opérations offshore Van Oord. Une couche de sable a été déposée sur l’ensemble de l’espace contaminé et l’épave, au moyen d’un diffuseur crée spécialement pour cet usage et été installé sur le robot télé-opéré (ROV) du navire de pose de flexibles Stornes. En tout, près de 30.000 tonnes ont été déposées, formant une couche de 50 cm d’épaisseur. Celle-ci a ensuite été recouverte par 160.000 tonnes de rochers. Pourvu que ça dure…

L.V.  

Comment lutter contre les moustiques ?

17 juin 2017

Le moustique tigre, Aedes albopictus

Avec le retour des beaux jours et l’arrivée des cigales, ce sont aussi les moustiques qui s’en donnent à coeur joie, et parmi eux le redoutable moustique tigre, Aedes albopictus, potentiel vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika ! Arrivé en France en 2004, en provenance de l’Asie du sud-est, le moustique tigre est désormais implanté durablement dans une trentaine de départements français et son expansion se poursuit grâce à son excellente adaptation aux milieux urbains et à la capacité de ses œufs à résister aux périodes de froid hivernal.

Pour autant, le moustique tigre n’est que l’une des 3500 espèces de moustiques recensées dans le monde, dont 64 en France métropolitaine (et 238 en Guyane !). Seules environ 200 de ces espèces s’attaquent à l’homme, parmi lesquelles le moustique ordinaire, Culex pipiens, encore très répandu en France mais qui commence à se faire rare à Carnoux où il a été largement supplanté par son cousin asiatique nettement mieux adapté à l’environnement local.

Le classique, Culex pipiens (photo Stephen Doggett, NSW Health Pathology)

La lutte contre les moustiques s’est développée au tout début du XXème siècle, après que le médecin militaire Alphonse Laveran, alors en poste à Alger, a découvert en 1880 que le paludisme était provoqué par un hématozoaire, Plasmodium falciparum, puis a compris le rôle des moustiques de type anophèles dans la transmission de ce parasite. Jusque là, on se contentait de lutter contre la malaria en tentant d’assécher les zones humides. A partir de cette période, les actions sont devenues plus ciblées, et moins impactantes pour ces zones humides qui jouent par ailleurs un rôle majeur pour la biodiversité mais également pour la régulation du cycle de l’eau : diffusion des moustiquaires, introduction massive de gambusies, poissons dont les larves se nourrissent de moustiques et qui se sont révélés particulièrement invasifs, mais aussi campagnes de désinsectisation à coup de produits chimiques peu ragoûtants…

Epandage de DDT sur une plage dans les années 1950

C’est ainsi que dès 1943 et avec l’aide des troupes américaines de débarquement, des campagnes s’organisent pour pulvériser, à l’intérieur même des habitations de certains régions de Corse, un mélange à base de pétrole et de DDT… Dans les années 1960, ce sont les zones côtières du Languedoc qui sont aspergées de DDT par voie aérienne pour les assainir avant d’y développer le tourisme de masse.

La mise en évidence des risques liés à l’utilisation massive de cet insecticide, révélés notamment par le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Printemps silencieux, publié en 1962, mettra progressivement un terme à de telles pratiques. En 1976, la découverte du Bti, Bacillus thuringiensis israelensis, insecticide biologique très sélectif et peu toxique pour les autres espèces, permet de lancer la démoustication dans des zones comme la Camargue qui jusque là avaient été relativement épargnées par ces campagnes du fait de son statut de zone naturelle protégée, et ceci bien qu’elle ait été le théâtre de la dernière épidémie de paludisme connue sur le territoire métropolitain en 1943.

En Camargue, comme sur toute la frange littorale des Pyrénées-Orientales jusqu’aux Bouches-du-Rhône, c’est un établissement public créé en 1958, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (IED) qui est chargé de la lutte contre la prolifération des moustiques et principalement des espèces les plus nuisibles pour l’homme que sont Aedes caspius et Aedes detrius, dont les larves se développent en milieu humide. La stratégie adoptée depuis août 2006 en Camargue consiste à identifier les gîtes larvaires qui font l’objet d’une surveillance permettant de déclencher à bon escient les traitements (principalement par voie aérienne) à base du larvicide Bti, qui n’est toxique (par ingestion) que pour les larves de nématodes (dont font partie les moustiques) mais pas pour les autres organismes aquatiques.

Epandage de Bti en Camargue (source Actu environnement)

Ces pratiques sont fortement encadrées et accompagnées d’une démarche de suivi environnemental pour évaluer l’impact de ces interventions sur le milieu naturel. Le Parc naturel de Camargue impose en effet que 10 % de l’enveloppe consacrée à la démoustication soit affectée à un suivi de son impact écologique et sociologique. Or ces études ont mis en évidence que l’effet de ces traitements est loin d’être négligeable et se répercute sur toute la chaîne alimentaire : la destruction des larves de moustiques et de chironomes provoque une diminution de moitié des populations d’odonates (libellules et autres agrions) et de 60 % des araignées, ce qui se traduit déjà par une diminution d’un tiers des passereaux, confirmant s’il en était encore besoin, que tout équilibre écologique est par nature fragile…

Du coup, les recherches s’orientent désormais vers la mise en œuvre de stratégies encore plus ciblées qui visent à réguler les populations de moustiques uniquement là où elles constituent une véritable gêne pour les populations, donc dans les lieux habités. Il s’agit pour cela de mettre en place des pièges à moustiques pour constituer des barrières autour des zones urbanisées.

Schéma de principe d’un piège à moustique artisanal (source : espacebuzz)

L’idée du piège à moustique individuelle est vieille comme le monde et il suffit de regarder sur internet d’excellentes vidéo qui expliquent en détail comment constituer un piège à moustique en coupant en deux une bouteille en plastique au fond de laquelle on dispose un mélange de sucre roux, d’eau et de levure de boulanger, avant de refermer le récipient avec la partie conique renversée : les moustiques attirés par le produit sucré rentrent dans la bouteille mais n’arrivent plus à en ressortir. Le système est efficace mais doit être renouvelé régulièrement.

Les inventeurs de la borne anti-moustiques (source : Qista)

Pour être utilisé à une échelle plus industrielle, d’autres dispositifs existent dont un breveté en 2013 et désormais produit par la société Qista, basée à Aix-en-Provence. Ces BAM, ou bornes anti-moustiques, attirent les moustiques en reproduisant la respiration humaine au repos (par expirations saccadées de gaz carbonique) et en diffusant des composés chimiques à base d’acide lactique proches de la sueur humaine. Les moustiques sont aspirés par un ventilateur dès qu’ils s’approchent du piège et sont retenus dans un filet. Le dispositif a été testé dans un hameau d’Arles en 2015 et s’est avéré particulièrement efficace pour un coût relativement modique tout en se montrant particulièrement sélectif : sur plus de 250 000 insectes capturés, 99,7 % appartiennent à 9 espèces de moustiques ciblées ! En 2016, 15 pièges de ce type ont été mis en place et l’expérience pourrait encore s’étendre.

Piège contre le moustique tigre développé par l’IED (source © France3 Languedoc-Roussillon)

Vis à vis du moustique tigre, des démarches similaires se développent également. La particularité de cette espèce est que les femelles pratiquent une ponte fractionnée en répartissant leurs œufs dans différents endroits jugés propices mais dispersés et peu aisés à détecter. L’idée consiste donc à les attirer dans des gîtes très attractifs mais rendus inaccessibles par une moustiquaire munie d’une chambre de contamination où le moustique s’enduit les pattes d’un peu d’insecticide. Ne réussissant pas à y déposer ses œufs, la femelle ira pondre ailleurs mais en disséminant l’insecticide sur tous ses lieux successifs de ponte, ce qui le rend du coup très opérant sur les futures larves.

Bref, l’ingéniosité humaine dans la lutte contre son ennemi séculaire, le moustique, n’a pas de limite…

L.V.  

La plupart des informations de cet article sont issues du n° 92-93 de l’excellente revue Zones Humides infos publiée par la SNPN (Société nationale de protection de la nature)

Trump place les États-Unis au ban de l’humanité

3 juin 2017

Finalement, personne n’aura été capable de convaincre le président des États-Unis, l’insaisissable Donald Trump, que l’avenir de la planète pouvait justifier un minimum de sacrifice vis-à-vis des intérêts économiques américains à court terme. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Dès leur première rencontre et la poignée de main musclée avec le nouveau président français, Emmanuel Macron, ce dernier avait insisté pour que Donald Trump prenne le temps de la réflexion avant d’annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, qui avait été adopté par 195 pays à l’issue de la COP 21 en décembre 2015 et était entré en vigueur moins d’un an plus tard, le 4 novembre 2016, après que 146 pays, dont les États-Unis, l’aient ratifié.

Poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN, le 25 mai 2017 à Bruxelles (photo © Reuters)

Le sujet avait été au coeur des discussions lors du sommet du G7 à Taormina où les autres chefs d’États présents avaient tenté de convaincre le magnat de l’immobilier américain, devenu président de la première puissance économique mondiale, que l’avenir de la planète méritait peut-être réflexion. Dans son pays même, de très nombreuses voix, dont celle de sa propre fille Ivanka, s’étaient élevées pour tenter de convaincre le président Trump de revenir sur sa promesse de campagne. Les PDG de très grosses entreprises américaines, dont Facebook, Google, Apple, ou encore Exxon ont également pris position en faveur du respect de l’Accord de Paris qui engage les États-Unis à diminuer d’ici 2015 de 26 à 28 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 2005, tout en contribuant au fonds de solidarité destiné à aider les pays émergents dans leur effort d’adaptation. Les maires de 75 villes représentant 42 millions d’habitants, ainsi que les gouverneurs de 12 États abritant 102 millions d’Américains, ont aussi publiquement appelé Trump à respecter cet accord.

Certains avaient d’ailleurs cru déceler lors de l’une de ses intervention post-élection une amorce de revirement sur le sujet mais avaient vite déchanté lorsqu’il était revenu, en mars dernier, sur le dispositif mis en place par Barak Obama pour tenter de limiter le développement des centrales thermiques (Clean Power Plan). Nicolas Hulot, qui n’était alors pas encore ministre de la transition écologique et solidaire n’avait pas mâcher ses mots : « Si un jour la notion d’écocide est reconnue en droit international, Donald Trump sera coupable de crimes contre l’humanité ». Même le pape François y était allé de sa mise en garde…

Le président américain Donald Trump annonçant que son pays allait quitter l’Accord de Paris sur le climat, le 1er juin 2017 à Washington (photo © Brendan Smialowski / AFP)

Mais Donald Trump n’a eu cure de tous ces avertissements et a donc annoncé jeudi 1er juin 2017 que les États-Unis se retiraient dès à présent de l’Accord de Paris, justifiant sa décision par sa volonté de faire passer en priorité les intérêts américains à court terme, devant l’avenir de l’humanité à plus long terme : « J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris ». On se saurait être plus clair en effet, ni se montrer plus égoïste… Pour quelqu’un qui est à la tête d’une fortune personnelle gigantesque, au point de préférer ne pas loger à la Maison Banche mais plutôt dans l’une de ses luxueuses demeures dont les photos qui circulent sur le net laissent béats, voilà qui en dit long sur son sens des responsabilités…

Une des 120 pièces de la maison de campagne de Donald Trump à Mar-a-lago (Floride)

C’est d’ailleurs le maire de Pittsburgh qui s’en est étranglé d’indignation, au point de rappeler que rien n’empêche les villes américaines de poursuivre leurs efforts et respecter leurs engagements malgré les déclarations du chef de l’État : « En tant que maire de Pittsburgh, je peux vous assurer que nous suivrons les directives de l’accord de Paris pour nos administrés, notre économie et notre avenir ».

Dessin de Kanar publié dans Alternatives économiques

C’est là tout le paradoxe de cette déclaration de Donald Trump qui va en réalité à l’encontre non seulement de l’opinion publique américaine, désormais favorable à plus de 70 % au maintien dans l’Accord de Paris, mais surtout des intérêts de l’économie américaine largement engagée dans la transition énergétique. On considère ainsi que les énergies renouvelables représentent dès à présent de l’ordre de 770 000 emplois aux États-Unis, 10 fois plus que le secteur du charbon que Donald Trump cherche à favoriser, et surtout que la vitesse de création des emplois y est 17 fois plus importante que dans le reste de l’économie américaine.

Un dessin signé JM (source : actu en dessin)

C’est bien d’ailleurs ce qui inquiète les Américains car la décision de Donald Trump risque de les freiner sur ce marché de la transition énergétique dans lequel la Chine s’est, elle, résolument engagée et se pose désormais en leader mondial, aux côtés de l’Union européenne qui, jusque-là, a été en pointe du combat politique contre le réchauffement climatique global. C’est donc peut-être un revirement géostratégique auquel nous assistons actuellement avec cette position totalement incohérente et irresponsable du chef de l’État américain, même si cette décision est davantage une posture électoraliste qu’un choix stratégique.

Car en réalité, cette dénonciation est pour l’instant largement rhétorique, ne serait-ce que parce que la procédure choisie par Donald Trump pour sortir de l’accord, par la voie de la dénonciation, ne sera effective qu’en novembre 2020, soit juste à la fin de son mandat présidentiel ! En revanche, sa portée symbolique est colossale et son impact sur le reste de la planète va être redoutable, en particulier pour les pays les plus pauvres qui comptaient fermement sur le fameux Fonds vert doté annuellement de 100 milliards de dollars pour les aider à engager leur propre transition énergétique et à s’adapter aux effets déjà bien visibles du changement climatique global.

La façade de la mairie de Paris illuminée en vert le 2 juin 2017 (photo © DR)

Pas sûr que le simple éclairage en vert de l’Hôtel de Ville de Paris, décidé illico par Anne Hidalgo, suffise pour contrebalancer les effets d’une telle décision…

L.V.  

Marseille redécouvre le ruisseau des Aygalades

1 juin 2017

La cascade des Aygalades fait partie de ces petits paradis secrets que l’on découvre parfois au hasard de ses pérégrinations dans les quartiers de Marseille, la ville aux multiples facettes. Située dans le 15ème arrondissement, juste en contrebas de l’autoroute A7, à l’entrée nord de la ville, elle se déploie le long de la Cité des Arts de la Rue dont on repère de loin l’emplacement, avec son fameux bus de la RTM planté verticalement comme un totem décalé et bien visible depuis l’autoroute.

La cascade des Aygalades

Au XIXe siècle, cette superbe chute d’eau de 9 m de haut et sa vasque d’eau fraiche enserrée dans un écrin toujours verdoyant était un lieu très prisé de la bourgeoisie marseillaise qui venait s’y rafraîchir l’été. Elle était alors située sur la propriété du Château des Aygalades qui fut purement et simplement détruit pour laisser la place au chantier de l’autoroute A7, à une époque où l’on ne souciait guère de préserver le patrimoine naturel ni architectural et où l’on était prêt à tout sacrifier pour faciliter la circulation automobile.

Ancienne carte postale montrant la cascade en 1911 (source : made in marseille)

Le ruisseau des Aygalades qui, à cet endroit présente un lit naturel serpentant au milieu des rochers et à l’abri des figuiers, fait partie de ces quelques fleuves côtiers de l’aire métropolitaine marseillaise, au même titre que l’Huveaune ou que la Cadière. Prenant sa source sur le flanc nord-ouest du massif de l’Etoile, il s’étire sur un peu plus de 17 km, traversant sur toute sa longueur la ville de Septèmes-les-Vallons, puis le quartier de Saint-Antoine et celui des Aygalades. Plus en aval, il traverse des quartiers très industriels où il a été largement busé et transformé en réseau d’assainissement urbain.

Ce cours d’eau méditerranéen aux eaux abondantes comme l’indique l’étymologie de son nom (aqua lata en latin) a longtemps servi à alimenter les fontaines et les lavoirs du quartier puis à faire tourner les industries du secteur : sucreries, savonneries et fabrique d’alumine notamment.

L’usine de sucre Saint Louis dans les années 1950 le long du ruisseau des Aygalades (en bleu) – source Julien Rodrigez

L’usine d’alumine de Saint-Louis des Aygalades y a ainsi été implantée directement sur les berges du ruisseau en 1906, un peu en aval de la cascade. Alimentée en énergie grâce au charbon de Gardanne qui était acheminé jusque là via la Galerie à la mer, cette usine employait près de 800 personnes en 1913 et s’est reconvertie dans les années 1960 dans la fabrication du gallium avant de fermer définitivement en 1977, laissant pour la postérité un énorme terril de boues rouges…

Cette exploitation industrielle à outrance a progressivement transformé le ruisseau des Aygalades en simple égout nauséabond, dont le tracé a même fini par être plus ou moins oublié des riverains. Et pourtant, les initiatives pour redonner à ce cours d’eau en site urbain plus de visibilité commencent à se multiplier. Le GR 2030 permet désormais de découvrir ce site et plusieurs associations locales œuvrent de manière remarquable pour faire redécouvrir les lieux aux Marseillais. C’est le cas notamment de l’APCAR (association pour la Cité des arts de la rue) avec ses fameux ateliers de révélation urbaine, mais aussi d’Arnavant, animée par les entrepreneurs locaux.

C’est dans ce contexte qu’a émergée l’idée de profiter du projet d’aménagement urbain Euroméditerranée pour rouvrir la partie aval du ruisseau entre le parc François Billoux et  son embouchure située à Arenc. Ce projet de nouveau parc paysager des Aygalades devrait s’étendre sur 14 ha dans le prolongement du parc Billoux situé au niveau de la nouvelle station de métro boulevard du Capitaine Gèze. Traversée par le ruisseau remis à l’air libre et arboré, ce sera un vaste espace naturel permettant de se promener au bord de l’eau tout en jouant le rôle de bassin naturel de réception des ruissellements urbains lors des épisodes pluvieux.

Le futur parc des Aygalades (© François Leclercq architecte)

Début 2017, l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée a ainsi confié à un groupement d’architectes et de bureaux d’études le soin de dessiner le parc Bougainville prévu sur 4 ha, premier maillon de cette future coulée verte, à l’interface entre plusieurs grands programmes de renouvellement urbain dont le Parc habité d’Arenc où sont prévus 1200 logements et les Docks libres (800 logements).

Le coût total d’aménagement de cette première partie sud du futur grand parc est estimée à 38 millions d’euros en intégrant le coût des acquisitions foncières, celui des études mais aussi celui de la dépollution des sols et celui des travaux d’aménagements qui s’étaleront au moins jusqu’en 2020. L’agence d’urbanisme nantaise D’ici là, qui est mandataire du groupement lauréat du concours entend ainsi renaturer le ruisseau des Aygalades sur les 250 m de la traversée du futur parc avec l’aide du bureau d’études Biotec.

Esquisse du futur parc Bougainville (© D’ici là)

Le projet imagine de concilier différents usages sur ce vaste espace naturel à aménager, avec, près de la station de métro Bougainville, une aire destinée aux loisirs sportif et à l’accueil d’événements festifs, tandis que les zones périphériques seront consacrés à des usages plus ciblés dont un potager associatif, un parcours botanique et une aire de jeu. Mais le projet lui-même fera l’objet d’une très large concertation avec les habitants du quartier afin de définir des aménagements qui répondent au mieux aux attentes des riverains : une démarche participative qui mérite d’être saluée !

Et en attendant que ce futur parc paysager voie le jour, freiné pour l’instant par la question toujours en suspens de la libération par la SNCF de la gare de fret du Canet, sachez que, comme chaque année à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la Cité des arts de la rue ouvrira ce week-end, les 2 et 3 juin 2017, le site de la cascade des Aygalades : une bonne occasion de venir découvrir ce site exceptionnel et le riche patrimoine naturel et historique qui l’entoure…

L.V.