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Municipales : l’appétit vient en mangeant…

19 novembre 2019

Il y a tout juste un an, en novembre 2018, toute la presse, le Figaro en tête, ne bruissait plus que de cela : la moitié des maires ne souhaitait plus se représenter. Selon une enquête conduite par l’Association des maires de France (AMF) et le CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po, dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité. 49 % exactement des quelques 4500 élus locaux interrogés, préféraient tirer leur révérence et abandonner leur fauteuil de maire pour se consacrer à leur famille.

Au congrès des maires de France, le 18 novembre 2015 (photo © Corentin Fohlen / Divergence / Libération)

De quoi tirer quelques larmes de compassion à quelques jours de l’ouverture du traditionnel congrès annuel des maires de France, pour plaindre ces élus mal considérés et parfois malmenés, réduits à jeter l’éponge faute de reconnaissance de leur dévouement sans faille au service de l’intérêt général. Ajouté à cela, un autre chiffre tout aussi alarmant circulait, celui des 1021 maires recensés par le Figaro qui avaient claqué leur démission entre mars 2014 et août 2018, dont pas moins de 386 depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, un an auparavant, en 2017.

Des chiffres assez inhabituels en effet, qui exprimaient un malaise évident de nos édiles confrontés à un individualisme et des comportements purement consuméristes de la part de leurs concitoyens prêts à les insulter voire à les traduire en justice au moindre manquement de leur part, mais bien peu reconnaissant de leur engagement personnel au service de la collectivité.

Maire de petite commune rurale, un sacerdoce ? Dessin de Deligne publié dans Le Berry Républicain

Un mouvement qui touchait d’ailleurs principalement les toutes petites communes ou, de fait, le maire est souvent bien seul pour faire face à un cadre réglementaire de plus en plus complexe et des exigences administratives toujours plus lourdes. Mais pour les villes de plus de 5000 habitants, la situation était déjà bien différente puisque 75 % des édiles interrogés affirmaient déjà haut et fort leur volonté de se représenter.

Un an plus tard, alors que le congrès suivant de l’AMF vient d’ouvrir ses portes et alors que les élections municipales se profilent dans quatre petits mois, la situation a bien évolué et les maires ont complètement oublié leur coup de blues passager pour se lancer avec rage et détermination dans la course aux investitures et la bataille électorale. La dernière enquête du CEVIPOF publiée par l’Observatoire de la démocratie de proximité est formelle : seuls 28 % des maires en place affirment encore ne plus vouloir se représenter aux prochaines élections !

Extrait du sondage AMF – CEVIPOF de novembre 2019 (source © Le Monde)

Même dans les plus petites communes de moins de 500 habitants, plus de 42 % des maires en place seront de nouveau en lice pour les prochaines municipales, et sans doute bien davantage puisque 28 % se disent encore indécis, par coquetterie sans doute tant il est bon de se laisser aller à la douce pression de ses amis pour se laisser convaincre qu’on est vraiment indispensable…

Dans les grandes villes de plus de 30 000 habitants, manifestement la place est bonne puisque 97,5 % des élus interrogés sont sûr de se représenter ou, pour une petite minorité d’entre eux, font mine d’encore hésiter. Bien entendu, les deux-tiers d’entre eux affirment que c’est d’abord pour faire plaisir à leur entourage ou à leur famille politique qu’ils cèdent ainsi à l’appel de la Nation même si un quart des maires interrogés, quelle que soit la taille de leur commune, reconnait bien volontiers que le fait d’avoir exercé cette fonction a été très positif pour leur vie personnelle, sans qu’il soit précisé si cela se mesure en termes d’enrichissement personnel ou de reconnaissance sociale…

Dessin de Gros paru dans Marianne le 15 novembre 2019

Une chose est sûre, le pessimisme ambiant qui plombait le moral de nos édiles l’an dernier s’est brusquement envolé. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de pleurnicher sur la baisse des dotations et la difficulté de boucler leur budget, ils sont désormais 90 %, à l’approche des élections, à considérer que l’état des finances de leur commune est bon et s’est même considérablement amélioré. Un optimisme qui contraste d’ailleurs quelque peu avec celui de leurs concitoyens, manifestement mal informés : tous les maires de grandes villes (plus de 100 000 habitants) interrogés assurent que la situation financière de leur commune est excellente alors que 27,7 % seulement de leurs électeurs portent le même jugement…

Même le regard sur l’intercommunalité a changé. Jusque-là présentée comme la source de tous les maux au point que les élus locaux l’ont majoritairement combattu avec la dernière énergie, à l’image d’une Maryse Joissains qui s’est battu bec et ongle contre l’instauration de la métropole Aix-Marseille-Provence, l’intercommunalité est désormais regardée avec bienveillance par la grande majorité des maires interrogés. Seuls 24 % d’entre eux estiment qu’elle fonctionne mal !

Incontestablement l’approche des élections municipales a redonné un punch incroyable à nos élus locaux qui se frottent déjà les mains à l’idée de la campagne électorale à venir. Contrairement à ce que laissaient entendre les oiseaux de mauvais augure il y a tout juste un an, et en dehors de quelques petites communes rurales totalement désertées de leurs forces vitales, tout laisse à penser que le nombre de listes en compétition atteindra, cette année encore, des records étonnants, prouvant une fois de plus le bel appétit des Français pour le débat politique et la démocratie locale, la gestion de l’intérêt général, ou tout simplement le goût du pouvoir ?

L. V.

Écoles maternelles privées : les communes devront payer !

6 novembre 2019

C’est une décision voulue par Emmanuel Macron et son Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, qui est entrée en application dès la rentrée 2019 après avoir été inscrite à l’article 11 de la loi du 26 juillet 2019 intitulée pompeusement « Pour une école de la confiance » : désormais « l’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans ».

Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer sur les bancs d’une école maternelle du 19ème arrondissement de Paris en mars 2018 (source © BFMTV)

A première vue, on ne voit pas très bien ce que cela change… L’école était déjà obligatoire jusqu’à 16 ans et 97,5 % des petits Français de 3 ans avaient déjà une place en maternelle tandis que la proportion était de quasiment 100 % à 4 ans. De fait, la rentrée 2019 ne s’est pas traduite par un afflux spectaculaire de petits bambins dans les écoles maternelles et il n’a nullement été besoin d’installer à la hâte des Algéco dans les cours de récréation pour y accueillir ces nouveaux élèves. Il y avait déjà 2,4 millions d’enfants inscrits à l’école maternelle en 2018 et on estime à 26 000 environ le nombre d’enfants supplémentaires qui ont été concernés par cette nouvelle obligation, principalement d’ailleurs dans les territoires d’Outre-mer.

La loi ne fait donc qu’entériner un état de fait parfaitement généralisé à la société française. Sauf que les débats qui ont eu lieu lors de son processus d’adoption, principalement dans les rangs du Sénat, ont montré que cette mesure d’apparence purement symbolique, entrainait un effet pervers dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour nombre de communes françaises. Qui dit école obligatoire dit en effet prise en charge obligatoire par les collectivités, y compris lorsque cette scolarisation s’effectue dans un établissement privé.

C’est en effet une conséquence de la loi Debré qui date de 1959 et qui n’a jamais été remise en cause pour ne pas raviver la guerre scolaire. Cette loi prévoit que l’État finance le salaire des enseignants des écoles privées sous contrat, autrement dit, celles qui s’engagent à respecter les programmes fixés par l’Éducation nationale, pour l’essentiel des établissements gérés par l’Église catholique. Mais elle prévoit aussi que les collectivités territoriales, en l’occurrence les communes, prennent en charge les frais de fonctionnement de ces mêmes établissements privés.

Dessin signé Camille Besse, publié dans Marianne le 18 octobre 2019

Tant que l’école maternelle n’était pas obligatoire, cette prise en charge du privé par le public n’était donc pas une obligation légale. Ce qui n’empêchait pas nombre de communes de verser quand même religieusement leur obole en subventionnant très largement les écoles maternelles privées de leur périmètre. Mais désormais, la subvention devra couvrir l’intégralité des coûts, à parité avec les écoles publiques puisque la loi Debré oblige les collectivités à participer à la même hauteur pour le public que pour le privé.

L’addition risque d’être lourde pour certaines communes, surtout pour prendre en charge le salaire des ATSEM, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, mis à disposition par la collectivité. Pour la seule ville de Paris, Patrice Bloche, élu en charge de l’éducation interrogé par Le Monde, évalue ce coût supplémentaire à 12 millions d’euros dès la rentrée scolaire 2019, pour un budget municipal de 744 millions d’euros consacré aux affaires scolaires, sachant que sur 60 000 petits Parisiens inscrits en maternelle, on en compte 10 500 dans des écoles privées sous contrat. A Toulouse, on évoque un surcoût de 2 millions d’euros par an et probablement 2 à 3 millions sur Lyon. En Bretagne, où un tiers des enfants sont scolarisés dans le privé, la facture est proportionnellement encore plus salée : Brest l’évalue à 1,4 millions d’euros supplémentaires, à ajouter aux 2,5 millions déjà déboursés annuellement pour les enfants inscrits en maternelle.

Un dessin signé Aurel, publié dans Le Monde le 10 octobre 2019

Le sujet avait d’ailleurs fait l’objet de débats serrés au Sénat lors de la discussion du projet de loi car il avait été bien identifié dès le mois de février 2019 que cette mesure, purement symbolique en matière de scolarisation des enfants, n’était en fait qu’un moyen détourné de faire un gros chèque cadeau à l’enseignement catholique qui bénéficie d’un énorme effet d’aubaine pour payer un service déjà assuré, et ceci sans la moindre exigence de contrepartie puisque le privé n’aura pas plus d’obligation qu’avant à assurer l’accueil des enfants pour davantage de mixité sociale.

A ce soupçon de favoritisme s’ajoute une crainte d’injustice car les montants supplémentaires que devront désormais verser les communes aux écoles maternelles privées ne seront pas totalement compensés par l’État, loin s’en faut. En fait, seules les communes qui ne versaient aucune subvention jusqu’à présent se verront rembourser ces sommes. Pour les autres, seul l’éventuel surcoût par rapport aux subventions déjà versées pourra faire l’objet d’une compensation financière.

Et tout laisse à penser que les compensations de l’État ne seront pas à la hauteur des dépenses effectives des communes. Le gouvernement prévoit en effet une enveloppe de 100 millions d’euros pour ces compensations annuelles alors que les estimations des dépenses en question varient entre 150 et 200 millions d’euros à l’échelle nationale.

Collège Saint-Augustin à Carnoux reconstruit en 2014

Cette position du gouvernement est assez révélatrice d’un état d’esprit qui vise à favoriser le transfert vers le privé d’un service public au prétexte qu’il serait réalisé aussi bien et pour moins cher que par le l’Éducation nationale. Ce n’est en tout cas pas le maire de Carnoux qui se plaindra d’une telle mesure, lui qui n’a jamais hésité à subventionner largement l’enseignement catholique, allant jusqu’à imposer aux forceps en décembre 2013, à quelques mois seulement des dernières échéances municipale, une décision qui a fait tousser même la Chambre régionale des comptes et qui revenait à offrir à l’évêché pour un prix d’ami, qui plus est dans le cadre d’un crédit gratuit, la dernière réserve foncière constructible de la commune, tout en le débarrassant, à prix d’or cette fois, des bâtiments destinés à être démolis de l’ancien collège Saint-Augustin devenu trop à l’étroit. Une belle générosité qui l’honore, à défaut d’être très orthodoxe en matière de gestion des deniers publics, mais quand on aime, on ne compte pas…

L. V.

A Villecresnes, une association ostracisée se rebelle

14 octobre 2019

La commune de Villecresnes, située dans le Val-de-Marne, en bordure ouest du plateau briard, compte un peu moins de 10 000 habitants et fait désormais partie du périmètre de la Métropole du Grand Paris. Autrefois secteur de maraîchage et de vignoble, la commune s’est aussi illustrée un temps comme zone de production de roses, mais le développement de l’urbanisation y a depuis largement marginalisé l’activité agricole. Traversée par le Réveillon, un petit ruisseau affluent de l’Yerres, la commune se revendique un lointain passé gaulois dont serait d’ailleurs tiré son patronyme, initialement Villa Crana, autrement dit, le village aux huttes de branchages.

Hôtel de ville de Villecresnes (source © Commune de Villecresnes)

Les huttes ont disparu depuis belle lurette du paysage mais les débats qui agitent la démocratie locale continuent de rappeler vaguement les empoignades viriles qui prévalaient du temps de nos ancêtres les Gaulois. En 2014, la liste Villecresnes Ambition, menée par le maire sortant, divers droite se présentant sans étiquette, Daniel Wappler, est battue sèchement, dès le premier tour par sa rivale, baptisée Bien vivre à Villecresnes. Conduite par Gérard Guille, un ingénieur ayant obtenu l’investiture de l’UMP, cette dernière remporte 54,2 % des suffrages et l’équipe du maire sortant se contente depuis de 7 élus sur les 29 membres du nouveau conseil municipal.

Le maire LR de Villecresnes, Gérard Guille (photo © Le Parisien)

Le maire sortant lui-même ne siège plus au conseil. Mais les nouveaux opposants ne désarment pas pour autant. L’ancien maire obtient gain de cause devant le tribunal administratif de Melun qui condamne son successeur pour refus de communication d’un audit sur les comptes malgré l’avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA).

En décembre 2016, l’AELO (Association nationale des élus d’opposition) qui s’est donnée pour mission de défendre le rôle de contre-pouvoir des élus minoritaires dans les conseils municipaux, décerne pour cette raison un bonnet d’âne au maire de Villecresnes. Une distinction qui caractérise les maires indélicats responsables de comportements autoritaires, illégaux ou d’incorrection vis-à-vis de leur opposition, et qui ont fait preuve de méconnaissance de la législation sur les droits des élus ou de mauvaise foi dans son application.

Gérard Guille a d’ailleurs l’honneur de partager cette haute distinction avec 8 autres élus parmi lesquels Jacques Bompard, le maire d’Orange (qui avait limité à 71 caractères par élu d’opposition, pas un de plus, l’espace d’expression attribué dans le bulletin municipal), mais aussi Patrick Balkany en personne, le maire de Levallois-Perret, actuellement emprisonné pour des faits bien plus graves et qui avait, lui, carrément refusé de publier la tribune de l’opposition.

Le 15 septembre 2015, les élus d’opposition et l’ancien maire Daniel Wappler avaient porté plainte pour diffamation contre Gérard Guille, lequel les avait accusé, lors du conseil municipal du 30 juin 2015, d’avoir fait main basse sur l’ensemble des dossiers avant la passation de pouvoir, une accusation que les élus d’opposition avaient estimée comme « portant gravement atteinte à leur image publique et à leur honneur ». Après 2 ans de procédure et selon les informations du Parisien, le juge d’instruction vient de prononcer le renvoi de cette affaire devant le tribunal correctionnel.

L’ancien maire, Daniel Wappler, lors de la campagne des municipales de 2014 (source © Villecresnes Ambition)

Et ce n’est pas tout puisque le 17 janvier 2018, le maire de Villecresnes et son adjoint Thierry Debarry, en charge des associations, ont été condamnés par le tribunal administratif de Melun. Ils devront réexaminer les demandes de l’association locale AVESF (Agir à Villecresnes pour des Échanges Sans Frontières), refusées depuis trois ans. Il faut dire que cette association, créée en octobre 2014 pour développer les échanges interculturels et accompagner les jumelages de la ville, n’est pas en odeur de sainteté à la mairie car l’ancien maire, Daniel Wappler, en est l’un des administrateurs.

Son objet social est pourtant bien anodin et le site officiel de la commune présente lui-même les jumelages passés avec les Italiens de Zibido San Giacomo et les Allemands de Weissenhorn comme « l’occasion de brassage de population permettant de développer des liens d’amitié avec des villes jumelles, dans un climat de confiance et dans une ambiance de convivialité ». Quant à l’AVESF, son activité consiste simplement à donner des cours d’italien et d’allemand aux habitants de Villecresnes qui le souhaitent et à organiser des voyages de découverte ainsi que des soirées culturelles et gastronomiques.

Les jumelages de Villecresnes : attention, terrain glissant…

Rien de bien subversif donc mais depuis 2014, le maire de Villecresnes refuse obstinément de faire figurer l’AVESF dans l’annuaire des associations de la commune, lui interdit de participer au forum annuel des associations (toute ressemblance avec ce qu’il se passe dans la commune de Carnoux-en-Provence serait bien entendu purement fortuite…) et refuse de mettre une salle à sa disposition pour les cours de langue qu’elle dispense. C’est pour se plaindre de cet ostracisme flagrant et après avoir épuisé tous les recours amiables possibles, que le conseil d’administration de l’AVESF a décidé d’introduire une requête auprès du tribunal administratif de Melun, afin de faire « constater l’attitude discriminatoire de la municipalité et de lui enjoindre de respecter l’égalité de traitement avec les autres associations culturelles et sportives de la ville ».

Selon un article du Parisien, le jugement rendu par le tribunal est sans appel : « Prétendre que l’AVESF serait une association politique au motif que l’ancien maire en est administrateur, ne constitue pas un motif pouvant justifier les refus. Aucun principe ne fait obstacle à ce qu’une association se donne pour objet social d’intervenir en son nom propre, dans le domaine des relations avec les communes jumelées. En refusant la mise à disposition d’une salle, l’inscription dans l’annuaire des associations et l’octroi d’un stand au forum des associations, le maire a méconnu le principe d’égalité. En conséquence, les décisions du maire et de son adjoint sont annulées car contraires à la loi. Ils ont désormais l’obligation de réexaminer les demandes de l’AVESF dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement ».

L’ancien maire de Villecresnes se réjouit bien évidemment de cette décision de justice sur le blog de son ancienne liste, rebaptisé depuis Villecresnes Avenir. Après de tels épisodes, nul doute que les prochaines élections municipales à Villecresnes se dérouleront dans un climat parfaitement convivial et apaisé…

L. V.

Qui pourrait encore arrêter Martine Vassal ?

7 octobre 2019

A Marseille comme dans le reste de la France, le premier tour des prochaines élections municipales n’aura lieu que dans 5 mois, le 15 mars 2020. Mais la dauphine de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, déjà présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et, depuis septembre 2018 également de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a d’ores et déjà pris une sérieuse option sur la victoire, On voit même très mal à ce jour ce qui pourrait désormais l’empêcher de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille où il siège depuis bientôt 25 ans.

Martine Vassal annonçant sa candidature à la mairie de Marseille, le vendredi 13 septembre 2019 (source © France Bleu Provence)

Pourtant, la déclaration de candidature de Martine Vassal est toute récente puisqu’elle a eu lieu le vendredi 13 septembre (un vendredi 13, il n’y a bien que dans les Bouches-du-Rhône que le chiffre 13 est considéré comme porte-bonheur !). Une déclaration de candidature assez peu inspirée d’ailleurs, qui s’est faite devant un parterre de journalistes convoqués pour l’occasion au musée Regards de Provence, et qui ne restera probablement pas dans les annales de la politique.

« Oui, je suis candidate pour l’élection de maire de Marseille pour mars 2020 » a-t-elle énoncée, ce qui n’a bien sûr étonné personne et laissé l’assemblée de marbre, d’autant qu’elle avait exposé la veille les conclusions de son groupe de réflexion regroupant quelques 400 personnalités issues de la société civile et qui planchaient depuis 6 mois sur le thème de « Marseille Métropole Audacieuse ». Il a même fallu, une fois sa candidature annoncée, que Martine Vassal interpelle directement les journalistes interloqués d’un « vous pouvez m’applaudir ! » pour susciter une réaction de leur part, comme on peut le constater en visionnant la vidéo postée notamment par France Bleu Provence

Extrait du sondage Elabe de septembre 2019 (source © La Tribune)

Mais dès le 27 septembre, un premier sondage réalisé par l’institut Elabe pour La Tribune et BFMTV montrait que sa candidature avait le vent en poupe. A ce stade, sa candidature à droite n’est pourtant pas la seule puisque le sénateur LR Bruno Gilles, qui avait annoncé ses propres ambitions pour la mairie de Marseille dès septembre 2018, n’a pas (encore) exprimé la moindre intention de se retirer et fait monter les enchères en attendant, tandis que Jean-Claude Gaudin, toujours aussi pragmatique conseille de lui confier la prochaine bataille des sénatoriales pour calmer ses appétits.

De ce point de vue en tout cas, ce premier sondage est plutôt rassurant pour Martine Vassal qui ferait au premier tour un meilleur score que son challenger LR dont la notoriété et la popularité sont nettement moindres. Elle arriverait facilement en tête de ce premier tour avec 29,5 % des suffrages contre 22,5 % si c’est Bruno Gilles qui devait bénéficier de l’investiture LR.

A l’extrême-droite, le candidat désormais déclaré du Rassemblement National, Stéphane Ravier, arriverait sans surprise en deuxième position avec 21 à 22 % des voix, et au minimum 20,5 % dans l’hypothèse, peu probable, où Bruno Gilles maintiendrait malgré tout sa candidature face à celle de Martine Vassal.

Et la gauche, direz-vous ? C’est bien en effet tout le paradoxe de la ville de Marseille, une ville sociologiquement ancrée solidement à gauche, mais où politiquement la droite détient tous les leviers, pour la raison très simple que la gauche est incapable de s’unir. Pourtant, de très gros efforts ont été faits en amont de cette échéance électorale, poussés par le tissu associatif et les mouvements citoyens dynamiques, ulcérés par les faillites successives de cette grande métropole où règne l’insécurité, les injustices sociales, la pollution, les embouteillages, l’absence de vision stratégique et l’habitat indigne dans certains quartiers du centre-ville.

Le 7 juin dernier, le collectif citoyen Mad Mars avait ainsi rassemblé près de 400 personnes aux Docks après avoir lancé dès le mois de mai via le quotidien Libération, un appel à l’union des forces progressistes, intitulé « S’unir ou subir », pour essayer de faire bouger les lignes. Une idée folle, mais « Voilà : on est fous parce qu’on croit encore à la politique ! » ne peut s’empêcher de dire Olivia Fortin, initiatrice de Mad Mars. Fin juillet, les États Généraux de Marseille ont permis de mobiliser un grand nombre de mouvements associatifs et citoyens qui depuis s’efforcent de construire un Pacte démocratique pour Marseille en vue de constituer une liste citoyenne progressiste unique.

Réunion du Pacte démocratique pour Marseille en août 2019 (source © Marsactu)

Le 11 juillet 2019, c’est un nouvel appel, publié toujours dans Libération et appuyé par 600 signatures, qui lançait un « Mouvement sans précédent » pour construire « la Marseille de demain », « une ville égalitaire, solidaire et accueillante, une ville qui protège ses biens communs, avec des services publics de qualité, gérés démocratiquement », « une ville qui abolit tout clientélisme, une ville gérée en transparence », « Une ville écologique qui agit fermement », « Une ville où le développement économique profite à tou·tes ». Ce bel élan porté par de nombreuses personnalités locales prônait « un mouvement unitaire pour les municipales de 2020 et au-delà, avec toutes les forces politiques, sociales, associatives, syndicales et économiques prêtes à s’engager sur des valeurs : transparence, solidarité, écologie, humanité, justice ».

La mairie de Marseille, objet de beaucoup de convoitises… (photo © Olivier Monge / Libération)

De fait, le sondage publié en septembre confirme s’il en était besoin que les forces progressistes en question sont a priori plutôt majoritaires, même si chacun a son idée sur le contour de cette notion quelque peu subjective. Pour nombre de militants de la France Insoumise, bien évidemment, la République en Marche n’en fait pas partie et de fait Martine Vassal fait clairement des appels du pied pour un rassemblement au deuxième tour avec le candidat de LREM, lequel d’ailleurs n’a toujours pas été désigné. Deux candidats à ce jour se disputent l’investiture, le député Saïd Ahmada et l’universitaire Yvon Berland qui commence à bouillir d’impatience. Le sondage Elabe montre néanmoins que leur score ne dépasserait guère 10 % dans l’état actuel des choses, ce qui compromet leurs chances de se maintenir au deuxième tour.

Benoit Payan et Michèle Rubirola, élus en tandem à l’occasion des Départementales de 2015 (source © Flickr)

Quant aux candidats qui se réclament de la gauche, le sondage publié en septembre est parti du principe qu’ils pourraient être 6 en lice, avec une liste d’extrême-gauche (crédité de 1 % des voix), une liste PCF menée par Jean-Marc Coppola (qui pourrait recueillir 3 à 4 % selon les hypothèses), une liste étiquetée France Insoumise, conduite par Sophie Camard (qui recueillerait autour de 6 % des intentions de vote), une liste PS, pilotée par Benoît Payan (créditée de 7 à 8 % des suffrages), une liste menée par Samia Ghali qui, du fait de sa forte notoriété pourrait atteindre 10 % dans certaines hypothèses, et enfin une liste écologiste, dont la tête de file pourrait être Michèle Rubirola et qui serait créditée de 14 à 17 % des intentions de vote.

En politique, on sait bien qu’il ne suffit pas d’additionner, surtout de simples intentions de votes exprimées dans un sondage plusieurs mois avant les élections, mais quand même : le total de toutes ces listes se réclamant de gauche varie entre 40 et 45 %, loin devant celui dont est serait créditée la droite au premier tour. De quoi donner du corps aux échanges qui ont eu lieu ces derniers temps entre états-majors politiques et candidats putatifs, plusieurs partis songeant sérieusement à envisager une liste d’union à gauche.

Sébastien Barles, futur candidat EELV aux municipales de 2020 à Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP / France Inter)

Sauf que la messe semble bien avoir été dite ce week-end, à l’occasion d’une assemblée générale d’Europe Écologie Les Verts qui s’est tenue samedi 5 octobre 2019. Une petite poignée de militants écologistes réunis en AG, grisés par les bons résultats de leur parti aux dernières élections européennes, ont décidé de faire cavalier seul et d’introniser comme tête de liste, non pas Michèle Rubirola, qui avait signé cet été, tout comme Benoît Payan, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola l’appel à une liste d’union, mais Sébastien Barles, un ancien attaché parlementaire de 46 ans.

Une sacré bonne nouvelle pour Martine Vassal qui voit ainsi s’éloigner à grand pas la crainte d’une liste d’union de la gauche qui aurait pu lui compliquer quelque peu la tâche. Son élection à la marie de Marseille ne devrait plus être désormais qu’une simple formalité, ce qui lui permettra de cumuler les fonctions de Présidente de la Métropole AMP et de Maire de Marseille, dans l’hypothèse du moins où elle abandonnerait son poste de Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ainsi qu’elle l’a laissé entendre. C’est finalement le seul suspens qui subsiste encore, sauf à imaginer, mais ce serait vraiment jouer de malchance, un réveil inopportun des procédures judiciaires engagées à son encontre…

L. V.

Faut-il remplacer les élections par un tirage au sort ?

30 septembre 2019

Un dessin signé Déligne (source : Les Crises)

Dans six mois auront lieu en France les prochaines élections municipales : l’occasion de s’interroger une fois de plus sur la légitimité et la représentativité des élus à qui nous déléguons le soin de gouverner les affaires publiques, quitte à les critiquer vertement pour cela. En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie représentative est en crise avec des taux d’abstention souvent élevés, des élus déconsidérés et des citoyens qui ne leur font plus guère confiance. Revirements idéologiques, comportements opportunistes, promesses non tenues, dérives affairistes ou autocratiques, autant de maux qui amènent le citoyen à se défier du politique, même élu à la majorité.

Dessin publié dans Télérama en mai 2014

Faut-il alors abandonner le mode électif pour revenir au tirage au sort ? L’idée parait saugrenue, mais certains y pensent sérieusement, rappelant que le dispositif du tirage au sort a été la base du système démocratique athénien pendant deux siècles et demi ! Les Italiens y ont eu largement recours au Moyen-Age et à la Renaissance et Montesquieu lui-même considérait que le tirage au sort était l’outil de la démocratie alors que, pour lui, le mode électif était celui de l’oligarchie.

N’oublions pas que c’est sous la Révolution Française, en 1791, qu’a été instauré le tirage au sort pour la constitution des jurys d’assises, toujours en vigueur dans notre pays et dans bien d’autres de par le monde. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet exemple dont il a pu apprécier le mode de fonctionnement et l’efficacité, que l’avocat Paul Le Fèvre plaide pour utiliser le tirage au sort comme mode de désignation de représentants du peuple en complément du dispositif électoral classique, et ceci en réponse aux attentes sociétales qui se sont exprimées notamment via le mouvement des gilets jaunes.

Contrairement au sondage, qui se contente d’interroger des citoyens anonymes et totalement déresponsabilisés, les invitant à répondre rapidement et sans réflexion préalable à des questions souvent orientées, consulter des assemblées de citoyens désignés par tirage au sort permet de les former et de leur donner accès à toute l’information nécessaire pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur des dossiers même complexes.

De nombreuses assemblées consultatives ont ainsi été constituées dans des contextes très différents et permettent de confirmer que la méthode peut donner des résultats à la hauteur des enjeux. C’est le cas par exemple des budgets participatifs mis en place dans de nombreuses communes dont Aubagne mais aussi Pont-de-Claix, près de Grenoble, qui dès 2004 a constitué un comité de 40 citoyens tirés au sort (dont 7 jeunes) pour donner un avis sur les choix budgétaires municipaux et élaborer un budget participatif destiné à financer des projets dans les quartiers de la ville.

En novembre 2010, des citoyens islandais votent pour les candidats qui formeront l’Assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution (photo © Jon Svavarsson / Presse Canadienne)

En 2010, en Islande, 1000 personnes ont été tirées au sort pour former une Assemblée nationale éphémère chargée de dégager les grands points de révision de la constitution. En Irlande, en 2012, une commission constitutionnelle a vu le jour, composée de 33 responsables politiques élus et de 66 citoyens tirés au sort, représentatifs de l’électorat irlandais. Cette commission a préparé les évolutions de la constitution sur différents sujets de société comme l’âge légal du vote, le mariage des couples homosexuels ou la place des femmes en politique.

Réunion d’une assemblée citoyenne constituée par tirage au sort en Irlande en novembre 2016 (photo © Dimitri Courant / La Vie des Idées)

Un des atouts majeurs du tirage au sort est de permettre une meilleure représentativité de la population dans sa diversité alors que le système électif favorise certaines catégories socio-professionnelles. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le profil des élus par exemple à l’Assemblée nationale issue des élections de 2017 : 76 % des députés sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures (ils étaient 81,5 % dans ce cas dans la mandature précédente !) alors que ces catégories ne représentent que 17,5 % de la population française. Inversement, employés et ouvriers qui constituent près de la moitié des Français ne sont que 4,6 % au Parlement. Quant aux femmes, et malgré les règles incitatives, elles ne représentent encore que 39 % des députés…

Juin 2017 : de nombreux chefs d’entreprises à l’Assemblée Nationale, de quoi inquiéter les syndicats. Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

Utiliser le tirage au sort pour désigner des assemblées de citoyens chargés de réfléchir à des sujets de société ou à des projets d’intérêt local, d’élaborer des questionnements qui pourraient être ensuite soumis à référendum, ou encore de contrôler le bon fonctionnement des institutions formées d’élus, voilà qui mérite en effet la réflexion. Ce pourrait en tout cas être une voie à explorer pour redonner du souffle à notre système démocratique en mobilisant l’intelligence collective, et éviter certaines dérives individualistes et cyniques vers des extrêmes.

Participer comme citoyen éclairé et informé à des débats de société oblige à s’intéresser à ces sujets dans toute leur complexité, à écouter et chercher à comprendre les avis divergents, à s’impliquer dans la gestion des affaires publiques, à faire preuve de responsabilité dans la prise de décision. Bref, tout l’inverse de la simple discussion de comptoir où chacun balance son opinion à tort et à travers. Alors, chiche ?

L. V.

Marseille : les inégalités de revenus se creusent

16 septembre 2019

Marseille est l’une des villes les plus inégalitaires. Année après année toutes les études le confirment (Observatoire des inégalités, rapport Philippe Langevin de 2018, OCDE, …). Mais les disparités par arrondissements et leurs évolutions sur une longue période sont très instructives, surtout lorsqu’on se compare aux autres grandes villes françaises.

 

Vue de Marseille à l’arrivée de l’autoroute A7 vers la Porte d’Aix, en limite des 1er, 2ème et 3ème arrondissements (photo © Gérard Julien / AFP / France 3 Régions)

Les statistiques INSEE accessibles au niveau des arrondissements (parfois au niveau des quartiers) montrent que les inégalités entre arrondissements « pauvres » et « riches » se sont considérablement accentuées, au moins depuis 2006 (premières statistiques normalisées accessibles). A Marseille, en moyenne, elles ont cru 2 fois plus vite qu’à Lyon. Il n’y a donc eu aucun rééquilibrage, bien au contraire.

Entre 2006 et 2016, la croissance de revenu médian des arrondissements « riches » a été proportionnellement le double de celle des arrondissements « pauvres ». Et, aux extrêmes, entre l’arrondissement qui a connu la plus forte croissance (+ 36 %) et celui à la traîne (+ 8,4 %), le rapport est de plus de 4… C’est unique en France. En région parisienne, durant la même période 2006-2016, le revenu médian de la ville la plus riche (Neuilly) a cru de 22,1 % et celui de la ville la plus pauvre (Clichy-sous-Bois) de 9,9 %, soit un rapport deux fois moindre…

 

Évolution entre 2006 et 2016 des revenus par arrondissement. Il s’agit des revenus nets par unité de consommation (UC). Dans un ménage, le premier adulte compte pour 1 UC, les autres personnes de plus de 14 ans comptent pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans comptent pour 0,3 UC

En fait, plus l’arrondissement dispose de revenus élevés, plus l’évolution sur 10 ans de ses revenus est forte ! Le Marseille de Jean-Claude Gaudin, c’est celui du creusement inédit des inégalités territoriales de revenus.

Carte des 16 arrondissements de Marseille (source © Cartograf)

Évidemment, à la marge, on observe d’autres évolutions socio-démographiques, comme la stagnation relative du 8ème arrondissement, qui reste cependant bien en tête, bien que talonné plus fortement par le 7ème et le 12ème. Le 3ème reste, lui, complètement à la traîne, et, bien qu’étant l’un des territoires les plus pauvres de France, son écart avec la moyenne de la ville continue à se creuser.

Même si la lutte contre les inégalités est sans doute plus efficace au niveau de l’État (taux de TVA, impôt sur le revenu, redistribution, services publics, …) elle se situe aussi au niveau local. D’ailleurs c’est au niveau local que le ressenti est le plus fort (exclusion, déclassement, vie quotidienne).

Au niveau local comme au niveau national, les politiques de lutte contre les inégalités de revenu peuvent agir à deux niveaux : au moment de leur formation (les inégalités dites « primaires » c’est-à-dire avant redistribution) ou par la redistribution d’une partie des revenus perçus. Les politiques fiscales, y compris locales, sont déjà susceptibles de réduire très directement les inégalités. Elles ne sont cependant pas les seules. L’aménagement de l’espace local, les équipements et services publics, l’accompagnement social, la formation, les outils de développement économique permettent d’agir sur les « inégalités » primaires d’une manière tout à fait efficace. Les politiques locales (fiscalité, urbanisme, transports, …) peuvent également encadrer et peser sur le patrimoine privé qui contribue très fortement aux inégalités de revenus et constitue, à Marseille, l’une des composantes de la disparité territoriale (par arrondissements).

J. Boulesteix

Qui sera le prochain maire de Marseille ?

10 août 2019

A sept mois seulement des prochaines élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2020, bien malin qui pourrait prédire le nom du prochain maire de Marseille. La seule certitude, sauf coup de théâtre d’ici là, est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, qui fêtera ses 80 ans en octobre 2019, ne devrait pas se représenter. Conseiller municipal de la ville sans discontinuer depuis 1965, et maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin avait en effet annoncé dès juin 2017, qu’il ne briguera pas un cinquième mandat à la tête de la cité phocéenne.

Jean-Claude Gaudin dans son fauteuil à la mairie de Marseille (photo © Valérie Vrel / MaxPPP / France 3 régions)

Sénateur depuis 1989, il avait d’ailleurs quitté le Palais du Luxembourg en septembre 2017 pour cause de cumul de mandat et alors qu’il était mis en cause dans une sordide affaire de détournement de fonds publics au sein du groupe UMP du Sénat. Devenu le 9 novembre 2015 le premier président de la métropole Aix-Marseille-Provence, après avoir été déjà le premier président de la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole lors de la création de cette dernière en 2000, cet homme politique aux multiples mandats avait finalement abandonné son fauteuil de président de la métropole en septembre 2018, laissant celui-ci à sa dauphine Martine Vassal, élue depuis 2001 au Conseil municipal de Marseille et déjà présidente depuis le 2 avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Martine Vassal, a priori bien placée pour remplacer Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille ? (photo © N. K. / Gomet)

Tout semble donc indiquer que Martine Vassal est plutôt bien placée pour remplacer en 2020 son mentor à la tête de la mairie, en attendant la fusion annoncée du Département et de la Métropole qui pourrait se réaliser dans la foulée. En tout cas, Jean-Claude Gaudin, à qui l’on prête toujours quelques intentions plus ou moins machiavéliques, avait dit clairement lors de ses vœux à la presse en janvier 2018 : « A mon âge, avec ma longévité et le nombre de fois que j’ai reçu le sacrement du suffrage universel, je peux faire ce que je veux, mais je reste dans la ligne de mes idées : c’est mes amis que je soutiendrai et je souhaite qu’un des miens devienne maire en 2020 ».  Selon Le Point, le maire de Marseille avait même alors ajouté en évoquant Martine Vassal : « elle a souvent dit qu’elle souhaiterait me remplacer en 2020 : c’est une délicatesse que j’apprécie, elle a d’ailleurs toutes les qualités nécessaires pour occuper cette fonction ».

Un message plutôt encourageant pour cette dernière donc, qui le 11 juin 2019 avait annoncé sur le plateau de France 3 : « Aujourd’hui je viens annoncer un grand mouvement, un grand rassemblement avec tous ceux et toutes celles qui aiment Marseille et sa Métropole et qui veulent faire rentrer Marseille et sa métropole dans une vraie dynamique pour les 20 à 30 ans à venir ». Mais Martine Vassal n’a toujours pas confirmé sa candidature et cherche plutôt à se démarquer de son étiquette partisane en se posant d’abord comme une alternative au Rassemblement national qu’elle érige en menace ultime.

Une prudence bien compréhensible, d’autant que Jean-Claude Gaudin ne manque pas de rappeler : « Chaque fois qu’on m’a désigné un successeur, celui-là n’y arrive pas ». Ce qui pourrait laisser entendre que le match reste ouvert, d’autant que les candidats déjà déclarés ne manquent pas. A droite même, le sénateur et président de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, Bruno Gilles, n’a pas hésité, lui, à déclarer sa candidature dès le mois de septembre 2018 et s’y accroche fermement.

L’élu marseillais centriste Christophe Madrolle, secrétaire général depuis 2015 de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) a lui aussi déclaré qu’il sera dans la course aux municipales de 2020. Il en est de même de l’élu frontiste Stéphane Ravier qui se proclame candidat depuis septembre 2018 et qui a été investi officiellement en mai 2019 pour porter les couleurs du Rassemblement national et briguer le fauteuil de maire lors des prochaines élections municipales pour lesquelles il devrait, selon La Provence, se présenter dans le 8ème secteur qui regroupe les 15ème et 16ème arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille.

Samia Ghali, toujours sénatrice PS et future candidate à la mairie de Marseille ? (photo © MaxPPP / France bleu)

Mais pour le reste, nombre de personnalités laissent encore planer le suspense. Il en est ainsi de Samia Ghali, ex maire du 8ème secteur justement et toujours sénatrice mais qui hésite à s’afficher encore socialiste, une étiquette qui n’est plus guère porteuse par les temps qui courent…Elle n’en a pas moins, selon La Provence, déposé dès le mois d’avril 2019 des noms de domaine du type ghali2020.com, un signe qui confirme que le sujet l’intéresse de très près…

De son côté, Jean-Luc Mélenchon ne sera probablement pas candidat aux municipales à Marseille qui l’avait pourtant placé en tête au premier tour des Présidentielles de 2017, avec près de 25 % des suffrages exprimés, et qui lui a offert alors son siège de député. Reste à savoir si la gauche arrivera lors de cette prochaine échéance à se rassembler comme l’y appelle notamment le collectif citoyen Mad Mars depuis le mois de mai 2019, lui qui aspire à une « liste unique pour le progrès social, écologique et économique » comme l’a relayé Libération. Une idée folle sans doute…

Yvon Berland, candidat à l’investiture LREM pour les prochaines municipales (source © Gomet)

Côté La République en Marche, plusieurs noms circulent, outre celui déjà évoqué de Christophe Madrolle. C’est le cas notamment d’Yvon Berland, un médecin de 68 ans, président de l’Université Aix-Marseille qui s’est ouvertement déclaré, le 18 juillet 2019, candidat à l’investiture du parti, de même d’ailleurs que Saïd Ahamada, député des quartiers nord et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, qui s’était lui officiellement déclaré dès le mois de juin 2019. Et d’autres noms circulent, dont celui de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, non inscrit à LREM mais considéré comme un ami proche du couple Macron. Il était d’ailleurs aux côtés de Brigitte lors de la visite controversée de cette dernière à Marseille les 13 et 14 juin 2019, lorsque celle-ci a rencontré, outre le maire sortant, plusieurs personnalités potentiellement candidates, laissant entendre qu’une alliance entre LR et LREM serait vue d’un bon œil par l’Élysée. Ce qui a eu le don d’agacer fortement les militants LREM du cru qui excluent a priori une telle tambouille, sachant que la commission d’investiture de LREM rendra son verdict en septembre.

Carte des arrondissements et des secteurs de Marseille (source © confédération des CIQ)

Il faut dire que la menace du Rassemblement national en inquiète plus d’un, alors que ce parti était arrivé largement en tête sur la ville de Marseille lors des dernières élections européennes, avec plus de 26 % des suffrages exprimés contre 20 % seulement pour la liste LREM et moins de 14 % pour les écologistes, la France insoumise n’arrivant qu’en cinquième position à 8 %, quasi à égalité avec LR qui enregistre un score bien peu enviable à quelques mois des municipales…

Mais les procédures de ces élections sont complexes car elles se font par secteur, chacun désignant un certain nombre de conseillers (303 au total, dont un tiers seulement siège au conseil municipal de Marseille et participe donc à la désignation de son maire). Et le poids respectif des secteurs est variable, du simple au double entre le 2ème secteur (qui regroupe les 2ème et 3ème arrondissements, au nord du Vieux Port) avec 8 élus au conseil municipal et le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements, dans les quartiers nord) qui bénéficie de 16 représentants à la Ville. Une complexité qui pourrait peut-être réserver quelques surprises en mars prochain…

L. V.

A Marseille, le métro craint que les immeubles ne lui tombent sur la tête…

15 juillet 2019

Nos ancêtres les Gaulois, lithographie du XIXe siècle (photo © Selva / Leemage)

La légende de nos ancêtres les Gaulois ne craignant qu’une chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête, est tenace bien que sans doute largement excessive. Popularisée par les bandes dessinées d’Astérix, cette croyance a néanmoins un fond de vérité, puisqu’elle résulte du témoignage d’un historien grec, Arrien, auteur de l’Anabase d’Alexandre, qui relate les campagnes d’Alexandre le Grand en s’appuyant notamment sur les mémoires d’un de ses généraux, Ptolémée.

Selon ce témoignage, l’histoire se passe en 335 avant J. C., plusieurs siècles donc avant la conquête de la Gaule par Jules César. Les Gaulois dont il est question sont en réalité des Celtes de la Gaule cisalpine, autrement dit du nord de l’Italie, plus précisément de la petite ville d’origine étrusque nommée Adria, située à l’embouchure du Pô et qui a donné son nom à la mer Adriatique toute proche. Ces farouches guerriers sont des mercenaires habitués à louer leurs services à Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, qui avait établi à cet endroit une garnison militaire devenue centre de recrutement.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos, détail d’une mosaïque de Pompéi, conservée au musée de Naples

Quelque peu désœuvrés depuis la chute de son fils, Denys le Jeune, quelques années auparavant, ces guerriers gaulois viennent en fait dans l’idée de se faire recruter par le nouveau roi de Macédoine qui s’apprête à partir à l’assaut de l’empire Perse et de conquérir l’Asie. Alexandre les invite à un banquet et leur demande ce qu’ils craignent le plus, persuadé qu’ils répondront diplomatiquement en indiquant qu’ils redoutent avant tout les foudres du souverain tout puissant Alexandre le Grand.

C’est pourquoi la réponse des guerriers celtes, indiquant qu’ils n’ont peur que d’une chose, à savoir que le ciel leur tombe sur la tête, est restée dans les mémoires et dans les chroniques historiques. Faut-il cependant y voir l’expression d’une véritable croyance propre à la cosmogonie celtique qui se traduirait par une réelle peur que les puissances célestes viennent s’abattre sur les fiers guerriers gaulois ? En réalité et vu le contexte, Alexandre et son général Ptolémée traduisent plutôt cette affirmation ambiguë comme un acte de provocation de leurs invités, une manière de dire qu’ils n’ont peur de personne, pas même du roi de Macédoine… Ils en déduisent que ces Gaulois ne sont que des vantards, mais que leur vaillance mérite de les incorporer dans l’armée d’Alexandre…

Malgré la tradition qui prétendrait que nous serions tous lointains descendants de ces guerriers arrogants, la crainte que le ciel ne nous tombe sur la tête, n’est plus guère répandue de nos jours dans ce qui était autrefois le territoire de la Gaule transalpine.

Population réfugiée à la station de métro Lamarck pendant une alerte aérienne en 1944 (photo © Doisneau / coll. J. Robert / Ktakafka)

Certes, les circonstances nous rappellent parfois que le danger peut venir du ciel. Lors des bombardements allemands, puis surtout alliés, qui ont durement meurtri plus d’une ville française durant la dernière guerre mondiale, la population française avait pris l’habitude de se réfugier dans les caves et, à Paris, dans les stations de métro en espérant y être à l’abri des bombes. Cela ne sera pas toujours suffisant à en juger par le nombre incroyable de victimes civiles du fait de ces bombardements, y compris d’ailleurs dans les stations de métro comme celle de Pont-de-Sèvres, où 80 personnes ont trouvé la mort début 1943 suite à un raid audacieux de la Royal Air Force visant les usines Renault à Boulogne-Billancourt mais ayant arrosé un peu large.

Civils tués par un bombardement anglais le 4 avril 1943 à la station de métro Pont-de-Sèvres (photo Berliner Verlag archives ; source © Alamy Images)

Mais voilà que de nos jour certaines stations de métro non seulement ne constituent plus des abris sûrs contre les menaces venues du ciel, mais doivent même être fermées à cause de ces mêmes menaces. En l’occurrence, c’est le cas de la station Jules Guesde, située dans le 2e arrondissement de Marseille, laquelle a fait l’objet d’un arrêté municipal de police, le mercredi 19 juin 2019, ordonnant l’évacuation de 42 habitants et la fermeture sine die de la station de métro. La raison évoquée est que 3 immeubles vétustes de la rue de la Butte, située à deux pas de la Porte d’Aix et de l’Hôtel de Région, menacent de s’effondrer, sur l’entrée de la station de métro !

Périmètre de sécurité déployé place Jules-Guesde (photo © Emilio Guzman / Marsactu)

Une partie des immeubles branlants qui bordent la place avaient pourtant déjà été démolis en 2017 dans le cadre de l’opération Euroméditerranée qui intègre ce secteur, mais ceux des numéros 4, 6 et 8 de la rue de la Butte, menacent désormais ruine, d’où la prise de ce nouvel arrêté de péril imminent par les services de la Ville de Marseille, sérieusement échaudés depuis l’effondrement de la rue d’Aubagne qui avait fait 8 morts le 5 novembre 2018 et provoqué un véritable séisme politique.

Les derniers habitants ont donc été évacués dans l’urgence et les entrées des trois immeubles soigneusement cadenassées voire murées comme le relate La Provence. Un périmètre de sécurité a été mis en place tout autour de la zone jugée dangereuse, qui inclut donc l’entrée de la station de métro, interdisant tout accès à cette dernière. Le site de la RTM (Régie des transports marseillais) confirme laconiquement que la station est fermée au public mais que les rames de la ligne 2 continuent d’y circuler normalement, sans toutefois marquer l’arrêt.

L’entrée du n°4 rue de la Butte murée à côté de la station Jules Guesdes (photo © La Provence)

Quant à savoir combien de temps durera une telle situation sans doute très handicapante pour tous ceux qui habitent ou travaillent aux alentours, bien malin qui pourrait le dire. « Nous vous tiendrons informés de sa réouverture » assure aimablement la RTM sur son site, ce qui est bien en effet la moindre des choses, et on l’en remercie chaleureusement par avance.

Un nouveau drame a en tout cas peut-être été évité à Marseille grâce à cette mesure de sécurité préventive. A quelques mois des élections municipales, l’effondrement de ces immeubles sur une bouche de métro à la sortie des bureaux du Conseil Régional aurait sans doute été quelque peu malvenue…

L. V.

Sécurité : les communes ne regardent pas à la dépense !

5 juin 2019

Après les attentats du Bataclan en novembre 2015 ou celui du 14 juillet 2016 à Nice, nombre de Français ont l’impression de vivre dans un monde devenu brutalement plein de danger, soumis à une menace terroriste permanente qui peut frapper à tout moment. Un sentiment d’insécurité entretenu par un traitement médiatique globalement anxiogène et du coup largement partagé par nombre de nos concitoyens. La réalité demande pourtant à être sensiblement nuancée. Le bilan officiel de la délinquance publié le 31 janvier 2019 fait état pour l’année 2018, en tout et pour tout, de 845 homicides, moins qu’en 2016, tandis que les cambriolages et les vols avec violence sont en diminution significative depuis plusieurs années consécutives.

Intervention des forces de l’ordre suite à l’attentat de Nice en juillet 2016 (photo © Reuters / JDD)

845 homicides pour près de 67 millions d’habitants, cela représente à peine plus de 1 meurtre pour 100 000 habitants, près de 4 fois moins que la moyenne mondiale et bien loin des statistiques du Brésil (autour de 30), de la Russie (supérieur à 12) ou encore des États-Unis (de l’ordre de 5, mais pouvant atteindre 50 dans certaines villes comme Detroit ou Baltimore). A la fin des années 1990, on dénombrait plutôt autour de 1000 homicides annuels en moyenne en France et plus on remonte dans le temps, plus ce taux est élevé : jamais probablement la sécurité n’a été aussi élevée dans les villes françaises.

Des policiers municipaux équipés de pied en cap à Marseille (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Mais cela ne change rien au sentiment d’insécurité qui gagne la population, surtout parmi les plus âgés. Les élus locaux, à l’écoute de leurs électeurs, ne peuvent bien entendu rester indifférents à une telle opinion, et ils se sont donc lancés depuis plusieurs années dans une véritable course à l’échalote en vue de renforcer leurs investissements humains et matériels en faveur de la sécurité. Une politique qui pèse de plus en plus lourd dans les budgets municipaux comme l’a analysé une étude récente publiée par la Gazette des communes.

Installer des caméras de télésurveillance un peu partout sur la voie publique est devenue un impératif pour nombre d’élus municipaux, d’autant que cela permet aussi de verbaliser les automobilistes comme c’est le cas à Carnoux. Plus de 6 000 communes seraient ainsi équipées de caméras en France. Mais cela coûte cher, en moyenne 175 000 euros d’investissement par commune. Et pour les plus zélées, comme la commune nouvelle de Capavenir-Vosges qui a installé pas moins de 45 caméras pour seulement 9 000 habitants, la facture se monte à 580 000 €, qui dit mieux ?

Centre de supervision urbain de Marseille (source © Ville de Marseille – mairie des 6 et 8e arrondissements)

Installer une caméra coûte en effet de l’ordre de 10 000 € pièce, voire 15 000 en site urbain pour une bonne qualité d’image. Et il faut ajouter à cela l’aménagement du centre de supervision destiné à visionner les images, un investissement qui atteint au moins 150 k€ et peut grimper à 1,5 millions pour une grande ville disposant de plus de 1000 caméras comme c’est le cas à Marseille par exemple.

Même Carnoux s’est constitué sa propre police municipale… (source © Ville de Carnoux)

Et comme les caméras seules n’ont, au mieux, qu’un effet dissuasif, il faut bien évidemment recruter aussi du personnel. Les maires ont intégré depuis longtemps qu’ils ne pouvaient compter sur les seules forces de la Police ou de la Gendarmerie nationale, et ils préfèrent recruter leurs propres agents de police municipale, à l’instar de Carnoux où 4 postes de policiers ont été créés malgré la présence sur la commune d’une brigade entière de gendarmerie.

On comptait ainsi en France de l’ordre de 13 000 agents de police municipale en 1998. Vingt ans plus tard, on en dénombre pas moins de 22 000, ce qui représente une augmentation spectaculaire de 70 %. Un score remarquable en ces temps de disette budgétaire et de coupes drastiques dans les dépenses publiques. En 2018, Villes de France évaluait le budget moyen annuel (charges de personnel incluses) d’une police municipale à 880 000 euros, avec bien sûr de fortes disparités selon les communes. Ainsi, Marseille se distingue, elle qui s’est constituée la plus importante police municipale de France, avec 439 agents pour lesquels la ville a inscrit la bagatelle de 24 millions d’euros dans son budget 2019. Des dépenses qui se font bien entendu au détriment d’autres priorités comme l’entretien des écoles

Jean-Claude Gaudin passe en revue les troupes de la police municipale de Marseille en 2106 (photo © Benoît Gilles / Marsactu)

Car un policier coûte cher non seulement en frais de personnel, mais aussi en équipement et en formation. Entre les uniformes, les véhicules, la radio, le matériel de protection, l’équipement informatique, les armes de poing et de défense, l’équipement d’une petite troupe de 5 policiers municipaux reviendrait ainsi à plus de 80 000 €, sans compter les salaires et charges de personnel, ni bien sûr les frais de formation, notamment pour apprendre à tirer.

Et ce n’est pas tout car, en réalité, le plus gros poste de dépense des municipalités en faveur de la sécurité concerne l’organisation des manifestations publiques, festivals et autres fêtes de village pour lesquels il est désormais impératif de respecter des exigences de sécurité de plus en plus sévères. Filtrage des entrées voire fouilles au corps par des vigiles recrutés auprès d’officines privées, mise en place de barrières et de dispositifs anti-intrusion, gardiennage, autant de pratiques désormais obligatoires pour sécuriser l’accès à de nombreux établissements publics et garantir la tranquillité des spectateurs lors de rassemblements festifs.

La surveillance des manifestations publiques, du ressort de la police municipale, ici sur le Marseille-Cassis en 2009 (photo © Frédo / Marseille la belle)

Pour de nombreuses communes, la protection des sites sensibles et des grands événements culturels et sportifs représente désormais le plus gros poste de dépense en matière de sécurité. Ainsi, entre 2015 et 2018, les dépenses de sûreté des salles de spectacles et des festivals seraient passées de 187 à 311 millions d’euros, selon une enquête statistique du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz. De quoi donner le tournis à plus d’un élu municipal.

A se demander d’ailleurs s’il est bien raisonnable de dépenser autant d’argent public, déversé sans compter sur des agences privées de gardiennage et auprès de prestataires en tout genre, pour assurer la sécurité de tous dans l’espace public. D’autant que la tendance à l’inflation des coûts ne semble pas près de s’arrêter en particulier dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 pour lesquels 12 millions de visiteurs sont attendus, au point que la Ville de Paris annonce d’ores et déjà envisager de mobiliser pas moins de 70 000 personnes, dont un peu plus de 20 000 agents de sécurité privée. Un beau jackpot en prévision pour tous ceux qui investissent ce domaine économique en pleine expansion…

L. V.

Un cas de macrocéphalite aiguë à Carnoux

27 février 2019

Un dessin de Coco publié dans le Ravi le 7 novembre 2013

En ces temps de révolte des gilets jaunes, la démocratie participative à la Française avec ses barons locaux omniprésents semble avoir vécu. La loi a enfin eu raison de cette exception politique française qu’était le député-maire ou le sénateur-maire, qui trustait tous les mandats électifs locaux et nationaux.

Il reste le cas des élus professionnels qui enchaînent mandat après mandat, à l’exemple de l’inamovible et pathétique Jean-Claude Gaudin, élu depuis 1965 à la Ville de Marseille et qui fêtera en 2020 ses 81 ans dont 25 à la tête de la cité phocéenne : il s’en est joué de peu qu’il ne se représente lors des prochaines élections municipales et il a fallu l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne pour qu’il se rende enfin compte que son immobilisme et son clientélisme finissaient par lasser même une population habituellement passive…

Mais il faudra sans doute attendre une loi pour que les élus professionnels de cette trempe ne finissent par admettre qu’en république le pouvoir se partage et ne s’exerce pas indéfiniment : être élu pour gérer le bien public au nom de ses concitoyens est une charge et un honneur ; le faire à vie comme si c’était une activité professionnelle, est généralement source de dérive et contribue à affaiblir la vitalité du débat démocratique.

Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux, entouré de ses amis politiques lors de la cérémonie des vœux à l’Artea le 7 janvier 2019 (photo © Corine Matias / La Provence)

Mais exercer le pouvoir est une drogue et nombreux sont ceux qui ont bien du mal à décrocher d’une telle addiction. Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, fait manifestement partie de cette dernière catégorie. Élu sans discontinuer au conseil municipal de Carnoux depuis 1983, dont déjà trois mandats comme maire (depuis 2001), il ne vient pas moins d’annoncer lors de la cérémonie des vœux début janvier 2019 à l’Artea, qu’il comptait bien briguer un septième mandat et qu’il se représentera donc lors des prochaines élections en mars 2020.

S’il parvient au terme de ce nouveau mandat, il aura 80 ans en 2026 et aura donc passé 43 ans comme élu à Carnoux : un bel exemple d’immobilisme pour celui qui explique dans la pleine page que La Provence vient de lui consacrer, dans son édition du 23 février 2019, qu’il s’était présenté en 1983 justement pour insuffler du dynamisme dans la gestion communale !

Extrait de l’article paru dans La Provence le 23 février 2019

Le maire de Carnoux reconnaît d’ailleurs bien volontiers dans son interview à la Provence, qu’il ne reste plus grand-chose à faire à Carnoux, la commune ayant vu la plupart de ses compétences transférées à la Métropole, et tout ce qui pouvait être construit l’ayant déjà été.

Le rond-point des Barles à Carnoux refait à grands frais grâce au financement du Département

Depuis des années d’ailleurs, le rôle du maire de Carnoux se résume surtout à monter des dossiers de demandes de subventions auprès du Département, un rôle dans lequel il excelle et qui a permis de financer tout ce qui pouvait l’être : pendant que les écoles de Marseille tombent en ruine faute de financement public, des tombereaux de subvention se déversent sur Carnoux où l’enfouissement de la totalité des réseaux aériens est sur le point de s’achever, où la mairie pourtant l’une des plus récentes des Bouches-du-Rhône est sur le point de laisser la place à un véritable palace, et où l’on en est même à refaire les ronds-points pour y planter l’olivier centenaire que tout parvenu rêve de posséder…

Mais si le maire de Carnoux souhaite se représenter encore une fois (au moins) en 2020, c’est parce qu’il vise en réalité le coup d’après, celui des élections de 2021 qui marqueront très probablement la disparition du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et sa fusion avec la Métropole Aix-Marseille-Provence. Comme il l’explique d’ailleurs clairement à La Provence, « Lors des prochaines élections en 2021, le scrutin se fera au suffrage universel pour les représentants à la Métropole. C’est un enjeu formidable ».

Effectivement, surtout pour lui qui se présente comme un expert incontournable du sujet et qui se montre persuadé que sans ses lumières et son niveau de connaissance inégalable, jamais la Métropole n’arrivera à surmonter de telles difficultés : « C’est un sujet délicat, technique, complexe, nécessitant de l’expertise pour préserver au mieux les intérêts de Carnoux et éviter tout alourdissement de la fiscalité. Il va y avoir des évaluations financières à faire, commune par commune, des transferts de compétences. C’est un sujet que je connais bien en ma qualité de président de la Commission locale d’évaluation des charges transférées (CLECT) depuis 2015, et j’entends que ma commune passe ce cap sans turbulence ».

Le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux, victime d’un coup de chaud le 19 juillet 2018 (photo © SDIS des Bouches-du-Rhône / France bleu)

La ville de Carnoux n’a pas suffisamment conscience de la chance qu’elle a de posséder en son sein un tel expert qui va donc s’employer à partir de 2021 à faire en sorte de siphonner les finances de la Métropole après avoir généreusement puisé depuis des années dans les fonds du Département. Le maire de Carnoux avait jusque-là habitué ses concitoyens et électeurs à davantage de modestie, mais on comprend bien que, en pareilles circonstances et face à de tels enjeux, il importe de donner carte blanche à un tel talent au service de la collectivité. A se demander néanmoins si le retard accusé par le chantier de l’hôtel de ville de Carnoux et les lourds surcoûts annoncés ne sont pas liés aux nécessaires ajustements de la largeur des portes afin de laisser le passage sans encombre à un tel cerveau ?

L. V.

Sainte-Martine, payez pour nous !

16 mai 2018

Devenue en avril 2015 Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, à la suite de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, mis en examen en 2011 pour trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et association de malfaiteurs, mais toujours en attente de son jugement, Martine Vassal sort le grand jeu en bourrant les boîtes aux lettres du département d’un épais document couleur de 84 pages tout à sa gloire et qui ressemble furieusement à un tract de campagne XXL intégralement payé par le contribuable.

Ce numéro spécial du bulletin d’information départemental rebaptisé « Accents de Provence », s’intitule en effet sobrement « Martine Vassal & sa majorité : 3 ans d’actions et de promesses tenues ». Et sa lecture est des plus instructives pour le citoyen lambda qui imaginait naïvement que le rôle du Conseil départemental et de ses 7000 agents consistait pour l’essentiel, et comme le prévoit la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, à gérer les aides sociales, la construction et la maintenance des collèges ainsi que la voirie départementale.

Sur un budget global de 2,6 milliards d’euros adopté en 2018, dont 2,2 millions uniquement pour son fonctionnement, la part majeure des dépenses du Département concerne bien en effet l’aide sociale qui absorbe pas moins de 1,3 milliards d’euros. Il faut néanmoins atteindre la page 70 de cet épais document de propagande pour apprendre que la collectivité dépense 285 millions d’euros pour l’aide aux personnes âgées (pardon, « le Bel âge »), et 275 millions pour les personnes en situation de handicap, mais il n’y a pas un mot sur les quelques 70 000 allocataires du RSA alors que leur soutien par les allocations versées par le Département est essentiel.

Extrait du numéro spécial d’Accents de Provence, à la gloire de Martine Vassal (source © CD 13)

De même, seules quelques pages tout à la fin de l’épais dossier rappellent que le Département gère et entretient quand même plus de 3 000 km de routes départementales et quelque 135 collèges publics, investissant pas moins de 2500 € par an pour chacun des 97 000 collégiens du département.

Mais le but de cette plaquette est tout autre : il vise à démontrer que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’est en réalité qu’une agence de financement au service des élus locaux et de leurs projets. Elle passe ainsi en revue, territoire par territoire, toutes les réalisations rendues possibles grâce au financement du Département. C’est un véritable catalogue à la Prévert de tout ce qui a pu être réalisé, commune par commune, avec l’aide financière du Département, qui se monte jusqu’à 70 % du montant total de certains investissements : piscines, salles de spectacle, ronds-points, crèches municipales, écoles, musées, installations sportives, épiceries, caméras de vidéosurveillance, églises et même mairies : aucun aménagement public dans le département ne semble pouvoir se faire sans l’aide précieuse du Conseil départemental, même pour ceux qui relèvent sans conteste de la stricte compétence communale.

L’exemple de notre commune est d’ailleurs emblématique. Alors que le budget communal est excédentaire depuis des années sans aucun recours à l’emprunt, et que la ville est déjà totalement saturée d’équipements publics du dernier cri, la commune de Carnoux continue de réclamer, année après année, de nouvelles subventions du Département pour poursuivre ses investissements. Le groupe scolaire municipal, pourtant plutôt récent et déjà l’un des mieux équipés du Département, a ainsi fait l’objet de multiples réfections et embellissements, de même que les installations sportives municipales très largement dimensionnées.

Le centre-ville a été entièrement refait, toujours grâce aux subventions du Département, alors même qu’il est bien loin de présenter le même degré de vétusté que de nombreux quartiers de Marseille ou même d’Aubagne. Tout le réseau électrique et l’éclairage urbain ont été entièrement remplacés avec enfouissement total des lignes électriques, ce qui contribue incontestablement à l’embellissement du cadre de vie carnussien mais pourrait difficilement être étendu à l’ensemble des villes du département vu le montant des investissements nécessaires pour cela, subventionnés pour l’essentiel grâce à la générosité du contribuable buco rhodanien.

Extrait du bulletin municipal de Carnoux Le Messager n°51, avril 2018 (source © Commune de Carnoux-en-Provence)

Et ne parlons même pas du chantier pharaonique d’extension de l’hôtel de ville, dernière étape des 12 travaux de Giorgi. Là aussi, c’est le Département qui paiera la moitié de la note comme le confirme le numéro spécial de la revue Accents qui évoque un montant global du projet de 4,44 millions d’euros, subventionné à hauteur de 50 % par le Conseil départemental. D’ailleurs, les éléments budgétaires qui figurent dans la dernière livraison du Messager d’avril 2018 confirment s’il en était besoin, que les recettes d’investissement de la commune de Carnoux dépendent à près de 60 % des subventions d’autres collectivités, au premier rang desquelles le Département, le maire s’inquiétant même ouvertement d’une disparition éventuelle de cette collectivité, au risque pour les communes « de perdre le soutien financier sans faille du Département et donc de réduire leurs capacités d’action ».

Sur ce plan, Carnoux n’est pas un cas isolé. On apprend en effet, toujours dans le bilan à mi-parcours de Martine Vassal, que même la richissime commune de Gemenos, dont le maire ne sait plus comment dépenser son budget et est allé jusqu’à distribuer des bons d’achats à ses concitoyens, réclame sa part du gâteau et a obtenu une subvention du Département pour l’extension de sa crèche municipale, au titre de la solidarité territoriale en faveur des petites communes rurales sans doute…

Martine Vassal dans l’église de Châteauneuf-les-Martigues en février 2017 (source © Twitter)

Bien entendu, il n’est pas question de soupçonner la moindre volonté de clientélisme dans toutes ces subventions distribuées à tour de bras. Du temps où elle était dans l’opposition, Martine Vassal a suffisamment accusé Jean-Noël Guérini de faire des chèques aux élus locaux de certaines communes périphériques en fonction de considérations purement électoralistes pour qu’elle soit désormais au-dessus de tout soupçon, au moins sur ce plan.

D’ailleurs, l’arrivée au pouvoir de Martine Vassal, toujours deuxième adjointe au maire de Marseille où elle est élue depuis 2001 aux côtés de Jean-Claude Gaudin, s’est traduite par un net rééquilibrage des subventions départementales en faveur de la cité phocéenne, comme le rappelle le dernier numéro d’Accents. En politique en effet, il ne faut jamais injurier l’avenir et Martine Vassal n’est pas trop mal placée pour ambitionner succéder dans 2 ans à Jean-Claude Gaudin au fauteuil de maire de Marseille, maintenant que ce dernier a confirmé qu’il ne briguerait pas un ultime mandat.

Désormais, le Département investit aussi sur Marseille (extrait d’Accents de Provence n° 243, avril 2018)

S’il n’est pas totalement sûr que Martine Vassal sera bien candidate à la mairie de Marseille, en revanche, on ne voit pas très bien, en dehors peut-être de ses ennuis judiciaires, ce qui pourrait l’empêcher de remplacer très prochainement Gaudin à la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence et elle ne cache d’ailleurs pas ses ambitions dans ce domaine, elle qui est déjà première vice-présidente de cette institution.

La logique voudrait que le Département et la Métropole fusionnent sur le territoire métropolitain comme cela s’est fait en 2015 dans le Rhône sous l’égide de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, devenu depuis ministre de l’Intérieur. Les deux collectivités étant déjà dirigées par les mêmes équipes, une telle fusion simplifierait quelque peu la répartition des compétences sur l’agglomération métropolitaine sans introduire de bouleversement politique majeur, ce qui ne serait manifestement pas pour déplaire à « Sainte-Martine » même si tous les élus locaux s’y opposent, on se demande bien pourquoi…

L.V. 

Aubagne : le projet de Val’tram verra-t-il le jour ?

15 mars 2018

Le tramway en gare d’Aubagne

Décidément, à Aubagne, le tramway n’a pas fini de faire parler de lui… En 2014, alors que les travaux battaient leur plein en vue de l’aménagement du premier tronçon prévu entre le Charrel et la gare, Gérard Gazay avait largement surfé sur le mécontentement de la population et des commerçants du centre ville pour balayer l’ancienne municipalité et récupérer le fauteuil de maire, tandis que sa comparse, Sylvia Barthélémy, accédait à la présidence de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile en tenant un discours d’opposition ferme et résolue au projet de tramway.

Ce qui ne l’empêchera pas d’inaugurer en personne le premier tronçon de ce tramway, en août 2014. A l’époque, la collectivité prétendait avec fierté que cette ligne de tramway, prévue initialement sur 9 km, entre La Penne-sur-Huveaune et la zone d’activité des Paluds, serait l’une des moins coûteuse de France, grâce notamment à la réutilisation d’une ancienne friche industrielle pour y implanter les locaux techniques d’entretien.

Mais patatras ! Avec l’abandon prononcé par Sylvia Barthélémy des deux autres tronçons, la Chambre régionale des comptes a dû faire le constat en octobre 2017 que c’est sans doute au contraire le tramway le plus cher de France qui a été réalisé ici, ainsi que l’avait à l’époque rapporté Marsactu. Le coût de l’investissement dépasse en effet allègrement les 90 millions d’euros pour à peine 2,7 km de trajet et 7 stations, et encore sans compter les dernières rallonges accordées au groupement d’entreprises et au maître d’oeuvre pour les dédommager d’avoir fortement réduit la voilure du projet en cours de chantier. Ce qui ramène le coût de l’investissement à plus de 30 millions du km, du jamais vu pour un tramway qui revient habituellement entre 16 et 22 millions le km…

Tracé initial des trois tronçons du tramway d’Aubagne, seul le tronçon central (en bleu) ayant été réalisé à ce jour

Ce dépassement s’explique en partie par les retards au démarrage du projet et par les indemnités qu’il a fallu verser aux prestataires en compensation des modifications de programme décidés par la nouvelle majorité. Mais l’essentiel de ce surcoût vient du fait que les installations techniques prévues pour l’ensemble du tracé initial sont très largement surdimensionnées. Sur les huit rames Citadis Alstom achetées et payées, seules trois sont effectivement exploitées dont une en secours.

L’ancienne voie ferrée désaffectée de Valdonne, longée par la conduite de rejet des eaux d’Altéo (source La Marseillaise)

Mais Sylvia Barthélémy plaide depuis 2014 pour que les tronçons abandonnés soient remplacés par un prolongement sur les 14 km de l’ancienne voie ferrée de Valdonne, désaffectée dans les années 1960 et qui permet de relier Aubagne à la Bouilladisse dans la vallée de l’Huveaune. C’est le fameux projet de Val’tram qui devrait permettre avec des rames toutes les 10 mn aux heures de pointe, de relier en 25 mn les 12 stations du trajet, le long duquel devraient être aménagées 5 parkings relais, de quoi désengorger largement cette vallée de l’Huveaune et favoriser grandement la vie des habitants de l’Est marseillais.

Évalué initialement à 91 millions d’euros, le projet est inscrit dans l’agenda de la mobilité métropolitain et bénéficie d’une subvention de l’État à hauteur de 18,4 millions d’euros, acquise via un appel à projet national, ainsi que d’une aide financière de 30 millions accordée par le Département des Bouches-du-Rhône. Même Renaud Muselier a promis que la région PACA mettrait la main à la poche pour participer au tour de table dans le cadre du Contrat régional d’équilibre territorial.

Sauf que depuis, les exigences du maire d’Aubagne de vouloir profiter du projet pour embellir le tracé via une requalification du cours Voltaire et un passage en encorbellement sur l’Huveaune dans le secteur des Défensions ont fait sérieusement grimper la facture. On évoque désormais un coût d’investissement de l’ordre de 150 millions d’euros…

Projet de tracé du futur Val’tram (infographie Philippe Auburtin / La Provence du 8 février 2017)

Du coup, début février 2017, Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole délégué aux transports, annonçait que les travaux, initialement prévus pour novembre 2017, seraient retardés d’au moins un an et ne concerneraient en définitive que la première phase du tracé jusqu’à Auriol. Une annonce jugée « inique, scandaleuse et inacceptable », qui avait fait hurler les maires du secteur. D’autant que cette annonce était suivie quelques semaines plus tard par une autre décision de la métropole de valider un investissement de 24 millions d’euros pour mettre en place un bus à haut niveau de service entre la gare d’Aubagne et la zone des Paluds, justement le montant qui manque pour réaliser le Val’tram dans sa totalité et déservir les communes les plus éloignées.

Et ce n’est pas fini car lors du dernier comité de pilotage du projet, qui s’est tenu le 29 janvier 2018, au lieu de donner le feu vert pour lancer au moins la première phase des travaux, il a été décidé de poursuivre les études en attendant. Sylvia Barthélémy y voit bien entendu une manière de gagner du temps pour enterrer en douceur le projet que le maire d’Aubagne soutient très mollement, surtout soucieux que les travaux ne démarrent pas avant les élections municipales de 2020, au risque de lui faire perdre des voix, lui qui avait su habilement jouer de cet argument pour se rallier les mécontents en 2014. D’autant que d’autres, dont le député de la 10ème circonscription, l’ex Vert désormais LREM, François-Michel Lambert, défend de son côté une solution alternative, préférant sur ce trajet un bus à haut niveau de service plutôt qu’un tramway, car il estime que cette solution serait moins coûteuse…

La Droite locale unie en apparence devant le projet de Val’tram…

Pour Sylvia Barthélémy, les choses sont claires : « Plutôt que de s’appliquer à rechercher des solutions en faveur du Val’Tram, il m’a semblé que l’on cherchait surtout les raisons de ne pas le faire ». La présidente du Conseil de Territoire a donc pris rendez-vous avec Jean-Claude Gaudin qu’elle a rencontré le 16 février dernier selon les informations de La Provence, mais rien n’a fuité de cet entretien et il semble que chacun campe désormais sur ses positions.

Bien malin qui pourrait prédire à ce stade comment se terminera l’histoire et si ce fameux Val’tram tant attendu par les populations locales se concrétisera un jour. Une chose est sûre, pour ceux qui font le trajet tous les jours pour leurs déplacements domicile-travail et qui rongent leur frein dans les embouteillages, mieux vaut qu’ils prennent leur mal en patience car les décisions politiques manquent encore quelque peu de clarté…

L.V.  

Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

Carnoux : la mairie au bord du trou…

11 septembre 2017

Un vestige de l’ère Guérini…

Annoncés depuis plus de 10 ans dans le cadre des travaux de rénovation du centre ville de Carnoux, et largement subventionnés par le Département des Bouches du Rhône au titre du contrat 2010-2013, comme le rappelle fièrement une pancarte apposée sur la façade de la mairie, datant de l’époque où cette collectivité se dénommait encore Conseil Général et était dirigée par un certain Jean-Noël Guérini, les travaux d’agrandissement de l’hôtel de ville de Carnoux viennent enfin de démarrer !

Le projet lui-même, qui vise à reconfigurer complètement et à agrandir l’hôtel de ville de Carnoux, est dans les cartons depuis des années puisqu’il fait partie intégrante du programme de rénovation conçu en 2006 par le cabinet d’architectes marseillais Territoires et Habitat. En 2013 a été lancé le concours de maîtrise d’œuvre en vue de sélectionner l’équipe d’architectes chargée de concevoir et réaliser le projet d’extension de l’hôtel de ville lui-même. Constitué fin 2013, le jury de concours s’était réuni en catimini le 6 mars 2014, quelques jours seulement avant le premier tour des élections municipales, pour sélectionner 4 candidats appelés à présenter un projet.

C’est finalement à l’occasion du conseil municipal du 28 novembre 2014 qu’a été attribué le marché de maîtrise d’oeuvre au cabinet marseillais AT, qui associe les deux architectes Céline Teddé et Jérôme Appack. Le montant prévisionnel des travaux sur la base duquel est attribué ce marché est alors estimé à 2,9 millions d’euros hors taxe.

Maquette du projet de rénovation et d’extension de l’hôtel de ville (source : Messager n°47 – avril 2017)

Le projet, conçu par les deux architectes consiste à détruire le bâtiment de la Poste, accolé à la mairie, ainsi que les petites constructions basses situées sur l’arrière de l’hôtel de ville et attribuées à différentes associations satellites. L’espace ainsi libéré, maintenant que le bureau de Poste a été transféré dans les nouveaux immeubles voisins, permettra une reconfiguration complète des locaux. Le rez de chaussée, organisé autour d’un patio, est destiné à accueillir les bureaux d’état civil, la salle des mariages, la police municipale, la PMI, le CCAS et les locaux de l’Office municipal des sports et de la jeunesse. Au premier étage seront relégués les services administratifs et les bureaux des élus.

Le maire actuel de Carnoux en vedette sur les maquettes du projet…

Le projet ainsi élaboré a été largement présenté dans la revue municipale, en particulier en avril dernier et s’étale depuis un an sur la quasi totalité des supports publicitaires de la commune. Les maquettes du projet, élaborées par le cabinet d’architectes ont même poussé la flagornerie jusqu’à faire figurer, sur l’image qui présente le hall d’accueil du futur hôtel de ville rénové, la silhouette du maire, l’illustre Jean-Pierre Giorgi en personne, ce qui permet à ce dernier d’exposer ainsi, aux frais de la collectivité, sa binette sur tous les panneaux de la ville, selon le vieil adage : publicité bien ordonnée commence par soi-même…

La façade de l’hôtel de ville avant la démolition de la Poste attenante (photo © CMS / La Provence)

En février 2015, un premier marché a été conclu pour les missions de contrôle technique et de coordination en matière de sécurité sur le futur chantier, et le permis de construire a été délivré en avril 2016, mais il a fallu attendre ensuite septembre 2016 pour s’aviser que les anciens locaux de la Poste et de l’hôtel de ville de Carnoux, inaugurés en 1970, il y a une petite cinquantaine d’années, étaient susceptibles de contenir de l’amiante, ce qui nécessitait de recruter un assistant à maîtrise d’ouvrage spécifique pour traiter ce sujet, puis de lancer un marché pour le désamiantage des locaux, en octobre 2016.

Les marchés de travaux eux-même n’ont donc été lancés que fin 2016 et deux des treize lots ayant été déclarés infructueux ont dû être relancés en février et à nouveau en mars 2017 pour le lot 4 qui concerne les travux de serrurerie-métallerie. Tous les marchés étant désormais attribués et les anciens locaux désamiantés, les travaux de démolition ont finalement pu commencer à la fin de l’été comme chacun a pu le constater. Le dernier conseil municipal s’est d’ailleurs tenu dans une salle « rétrécie » comme n’a pas manqué de le faire remarque le maire lui-même.

Le chantier de terrassement en cours (10 septembre 2017)

Au vu des marchés qui ont été passés, et comme l’a rapporté La Provence en juillet dernier, le montant global des travaux devrait finalement s’établir aux alentours de 5 millions d’euros, soit sensiblement davantage que les 2,9 millions annoncés jusque là, le seul lot lié au gros œuvre, démolition et maçonnerie, ayant été attribué pour un peu plus de 1,7 millions d’euros, mais quand on aime, on ne compte pas…

Un hôtel de ville désormais au bord du trou…

Depuis la semaine dernière, le terrassement a débuté sur deux côtés du bâtiment principal, mettant à jour les fondations de l’hôtel de ville qui frôle donc désormais l’abîme. L’opération confirme au passage la faiblesse de cette structure manifestement édifiée à la va-vite, à l’époque des pionniers de Carnoux, plus soucieux de rapidité que de qualité d’exécution…

Espérons en tout cas pour la réputation de l’architecte et pour l’équilibre des finances municipales, que l’édifice ne basculera pas dans la fosse et qu’il tiendra le coup, le temps d’engager les opérations de confortement et d’extension…

L.V.  

Addendum : Monsieur le Maire nous écrit 

Monsieur le Président,

Je suis tombé par hasard sur l’article intitulé « Carnoux : la mairie au bord du trou » qui est paru sur votre très intéressant blog le 11 septembre.

Je ne répondrai pas point par point sur l’interprétation erronée et injuste que vous faites du déroulement des opérations de réhabilitation du centre ville en général et de l’hôtel de ville en particulier.

Ces attaques gratuites et agressives de l’auteur n’ honorent pas votre association et donc son président.

Dommage que ces préoccupations politiciennes prennent le pas sur le dialogue et l’intérêt premier de notre chère commune et de ses habitants.

Bien entendu je vous demande de publier en vertu de mon droit de réponse ce courriel.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à la sincérité de mes sentiments à votre égard.

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

Le futur téléphérique de Marseille

5 septembre 2017

Alors que la Région PACA dépense des millions pour équiper en canons à neige la station de ski de Super Sauze, si chère à son ancien Président Christian Estrosi, et si coûteuse pour ses malheureux électeurs contribuables, voilà que le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, se prend à rêver d’installer un téléphérique pour monter à la Bonne Mère depuis le Vieux-Port, et ce n’est pas une galéjade…

Un skieur devant la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille le 7 janvier 2009 (Photo Jean-Paul Pélissier / Reuters)

Il est vrai qu’en janvier 2009 les chutes de neige qui avaient paralysé pour quelques heures la capitale phocéenne avaient démontré l’excellente qualité du domaine skiable qui s’étend sur les pentes de la colline de Notre-Dame de la Garde, laquelle culmine tout de même, rappelons-le, à 162 m d’altitude. De quoi donner des envies d’aménager des remontées mécaniques depuis le Vieux-Port situé en contrebas.

Soyons honnête, l’idée de la Ville de Marseille, portée par l’adjoint délégué aux grands projets et par ailleurs vice-président de la Métropole, Gérard Chenoz, n’est pas de développer les sports d’hiver à Marseille. Son objectif est simplement d’installer une liaison par téléphérique pour faciliter la desserte touristique de ce site qui reçoit chaque année 1,8 millions de visiteurs en moyenne. Pour un coût estimé à 15 millions d’euros en première approche, la liaison entre le Vieux Port et la basilique ne prendrait en effet que 6 minutes en survolant allègrement la zone urbanisée.

Les voies d’accès à la basilique étant largement saturées et peu adaptées à la circulation routière, l’idée d’une liaison par câble est en effet séduisante. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle et a même été mise en pratique sous une forme un peu différente il y a plus d’un siècle.

L’ancien ascenseur de Notre-Dame de la Garde, qui a pu transporter jusqu’à 15 000 personnes par jour, avait en effet été mis en service en 1892. Conçu par l’ingénieur Emile Maslin l’ascenseur avait été édifié à l’emplacement d’une ancienne carrière, sur l’autre versant de la colline et permettait de rallier la Bonne Mère via une passerelle métallique de 80 m de longueur, construite par la société Eiffel.

L’ancien ascenseur qui permettait d’accéder à Notre-Dame de la Garde jusqu’en 1967

Le système d’ascenseur lui-même était particulièrement simple et ingénieux puisque constitué de deux cabines en bois guidées par deux rails et une crémaillère équipée d’un câble. Chaque cabine était surmontée d’un réservoir de 6000 l d’eau. Pendant que la cabine du bas se vidait, celle du haut se remplissait à l’aide d’un réservoir situé sur la passerelle, s’alourdissant jusqu’à descendre la rampe de 72 m de dénivelée, freinée dans sa chute par le poids de la cabine ascendante, et ceci sans autre source d’énergie que les pompes permettant de remplir périodiquement le réservoir du haut.

Un dispositif rustique (et particulièrement bruyant !) qui a fonctionné sans encombres pendant 75 ans, jusqu’en 1967, période à laquelle la concurrence de l’automobile, devenue trop rude, finit par l’emporter. Le système sera finalement démonté en 1974, emporté par le vent de modernité qui souffle à cette époque… Et voilà que, comme pour les anciens tramways, on cherche désormais à reconstituer une forme de transport qui prenne à son tour la place de la voiture dont on ne mesure maintenant que trop les désagréments en site urbain dense.

L’idée du téléphérique fait partie des promesses de campagne de Jean-Claude Gaudin et a fait l’objet d’une première étude de faisabilité dès 2014 en vue d’obtenir des financements de la part de l’Etat. Ce dernier a néanmoins fait la sourde oreille et préféré soutenir le projet de prolongement du tramway, également mis à l’étude.

Le tracé provisoire envisagé pour le futur téléphérique (source © Made in Marseille)

Qu’à cela ne tienne, la municipalité revient à la charge avec un projet plus modeste qui se limite à une simple liaison, sur une longueur d’environ 1 km, entre le Fort d’Entrecasteaux et Notre-Dame de la Garde. Le projet a été adopté par le Conseil municipal le 5 décembre 2016, permettant de débloquer une nouvelle enveloppe de 1 million d’euros pour relancer ces études de faisabilité. Un appel d’offre vient ainsi d’être lancé au cours de l’été, afin de sélectionner un assistant à maîtrise d’ouvrage chargé d’épauler la collectivité, d’abord dans le montage administratif, juridique et technique du dossier puis dans la sélection du constructeur et éventuellement dans le suivi des travaux, si d’aventure le projet va jusqu’à son terme, l’objectif visé étant une mise en service en 2020.

Le téléphérique du Mont Faron à Toulon (photo © RB / Var Matin)

A priori, l’idée paraît séduisante et de nombreuses autres villes se sont déjà dotées de ce type de transport urbain particulièrement adapté pour les zones à fort dénivelée. Celui du Mont Faron mis en service à Toulon en 1959, ou encore celui de la Bastille à Grenoble, qui fonctionne depuis 1934, confirment, s’il en était besoin, la fiabilité de ce type d’installation.

Le téléphérique de Brest, inauguré le 19 novembre 2016 par Ségolène Royal et souvent en panne depuis…

Celui qui a été inauguré à Brest en novembre 2016, pour relier les deux rives de la Penfeld et desservir le nouveau quartier des Capucins, a en revanche connu quelques déboires retentissants. L’ouverture intempestif de la porte d’une des cabines et de multiples défaillances de capteurs l’ont obligé à un arrêt technique pendant un mois juste après sa mise en service. Quelques jours seulement après son redémarrage, il a subi une panne informatique puis de nouveau des problèmes liés au déclenchement d’une alarme, de quoi pimenter quelque peu le trajet quotidien de la soixantaine de voyageurs qui peuvent s’entasser dans sa cabine.

La carrière antique de la Corderie, actuellement menacée par les tractopelles de Vinci (photo publiée par la Marseillaise)

Il n’en reste pas moins que le site de Notre-Dame de la Garde n’est pas forcément si simple à équiper et les contraintes sont multiples, à commencer par le Mistral qui rend le dispositif inexploitable lorsque la vitesse des rafales dépasse les 100 km/h, n’en déplaise aux amateurs de sensations fortes. Le survol de zones habitées peut également déplaire aux riverains, bien que la loi en la matière se soit récemment assouplie et qu’il existe désormais des techniques permettant de voiler temporairement les vitrages dans les zones sensibles. Et ceci sans parler des contraintes réglementaires car les 15 hectares de la colline de Notre-Dame de la Garde sont classés depuis 1917, tandis que le Vieux Port l’est depuis 1932 et qu’un arrêté de classement se fait attendre pour la carrière antique de la Corderie.

Pas sûr cependant que tout ceci n’arrête un Jean-Claude Gaudin qui, après s’être accroché pendant plus de 22 ans à son siège de maire, tient désormais fermement à son télésiège vers la Bonne Mère…

L.V.

La piste cyclable enfin prolongée à Carnoux

29 mai 2017

Attention, piste cyclable (source : Humour-blague)

Début 2009, un des premiers articles de ce blog plaidait déjà en faveur de la réalisation d’une piste cyclable dans la traversée de Carnoux, le long de la RD 41 E, un axe de passage très emprunté par les nombreux cyclistes qui se dirigent vers Cassis ou vers Marseille par le Col de la Gineste et qui, sur ce tronçon où la circulation est particulièrement dense, sont frôlés par les véhicules du fait de la configuration particulièrement accidentogène de la chaussée.

A cette date, une telle demande qui suscitait des ricanements polis de la part des élus municipaux, était pourtant largement légitimée par la loi LAURE sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie que Corine Lepage avait fait adoptée dès 1996 et dont l’un des articles inscrit dans le Code de l’Environnement l’obligation, à compter du 1er janvier 1998, pour les communes « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines » de mettre en place « des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants, en fonction des besoins et contraintes de la circulation ».

Mais il est bien connu, comme les élus locaux se plaisent souvent à le rappeler, Jean-Claude Gaudin en tête, que les lois votés par ces fadas de Parisiens ne sont pas censées s’appliquer dans notre beau pays provençal. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que les députés locaux s’intéressent davantage aux fêtes de villages et aux tournois de pétanque qu’au vote de nos lois nationales.

Et ce n’est pourtant pas faute de vigilance des associations locales qui s’efforcent de rappeler régulièrement nos édiles à leurs devoirs. Le 25 avril 2017, le Tribunal administratif de Marseille a ainsi donné raison pour la septième fois consécutive au collectif Vélos en ville qui demandait à la Communauté urbaine MPM devenue depuis Métropole AMP de simplement appliquer la loi et d’aménager des espaces cyclables à l’occasion de travaux de voirie. En l’occurrence, il s’agissait cette fois du boulevard Desautel situé près de Mazargues dans le 9ème arrondissement, mais ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres…

En 2008, campagne électorale oblige, l’inénarrable Jean-Claude Gaudin promettait de construire pas moins de 300 km de pistes cyclables dans la bonne ville de Marseille, une galéjade bien évidemment ! Vingt ans plus tard, selon le même collectif Vélos en ville, il n’existerait en tout et pour tout, sur l’ensemble de l’espace urbain marseillais que 70 km de voies aménagées pour les cyclistes contre près de 700 km à Paris et plus de 300 km à Nantes dont la population est pourtant 3 fois moins importante que celle de Marseille !

Premier tronçon de piste cyclable réalisé en 2013 à Carnoux

En 2014 (nouvelle échéance électorale oblige), le Schéma directeur des modes doux, adopté par la Communauté urbaine MPM, prévoyait d’aménager 10 km de pistes cyclables supplémentaires chaque année. De fait, on commence à voir les effets de cet infléchissement politique à l’occasion des travaux de voirie. A Carnoux, c’est bien sous l’impulsion de la Communauté urbaine qu’a été réalisé le premier tronçon de piste cyclable inauguré en novembre 2013 entre le Panorama et la mairie. Mais en 2014, lorsqu’ont été lancés les travaux de réfection de la voirie entre le Pont des Barles et le rond-point des Barles, le maître d’ouvrage a manifestement oublié d’appliquer la loi et rien n’a été prévu pour rendre moins périlleuse la circulation des cyclistes à cet endroit, pourtant l’un des plus faciles à aménager du fait de la configuration des lieux…

En 2017 enfin, le mouvement se poursuit à l’occasion des travaux récents de réfection de la chaussée entrepris entre le rond-point de Lou Caïre et l’église : on ne peut que se réjouir de voir que les terre-plein centraux qui rendaient la circulation si dangereuse pour les vélos ont été enfin supprimés et que deux bandes cyclables ont été matérialisées sur la chaussée. Un réel progrès pour les cyclistes qui traversent notre commune !

Bandes cyclables réalisées en mai 2017 le long du mail entre Lou Caïre et l’église

Dans le brouillard ambiant qui règne depuis la création de la métropole Aix-Marseille-Provence, et faute de signalisation placée à l’occasion de ce chantier, il est bien délicat de savoir à quel maître d’ouvrage public on doit cette avancée. La commune elle-même est restée très discrète sur le sujet et il ne sert à rien d’aller chercher sur son site internet des informations, sinon pour constater que même les comptes-rendus des conseils municipaux ne sont plus accessibles depuis septembre 2016.

Logiquement, c’est la Métropole qui était supposée, de par la loi, récupérer à compter du 1er janvier 2016 la gestion de la voirie sur son périmètre et on peut donc supposer que ce sont ses services qui ont eu à gérer ce chantier, à moins que le Conseil départemental ne soit encore aux manettes sur son ex voirie départementale ? Bien malin qui pourra démêler un tel écheveau de compétences encore bien enchevêtrées, mais peu importe au fond puisque ce sont quasiment les mêmes élus qui gèrent l’une et l’autre de ces collectivités…

Un député cycliste qui n’a pas besoin de piste cyclable (source : site internet Bernard Deflesselles)

Le plus étrange dans cette affaire est que la réalisation de cette piste cyclable n’ait pas été revendiquée par notre député actuellement en campagne pour son 5ème mandat. Son dernier tract de 8 pages sur papier glacé précise pourtant qu’il est sur tous les fronts, puisqu’on lui doit l’extension de la zone d’activité comme la création du casino (et du commissariat de police) de La Ciotat, mais aussi la réhabilitation du lycée Joliot-Curie à Aubagne, l’extension de la halte-garderie de Roquefort-La Bédoule, la construction de deux nouvelles écoles primaires à Cuges-les-Pins et à Ceyreste, sans compter bien sûr la rénovation du centre-ville de Carnoux et on en passe. A se demander même pourquoi nous avons encore besoin de choisir un maire dans nos communes avec un député aussi efficace et omnipotent qui se targue même, grâce à une utilisation judicieuse de sa réserve parlementaire de pallier les défaillances de l’Education nationale et de se charger lui-même « de l’éducation des enfants de la circonscription ». Un tel engagement force le respect et il serait vraiment étonnant qu’il ne soit pour rien dans la réalisation de ce nouveau tronçon de piste cyclable à Carnoux…

L .V.  

Incroyable : le maire de Carnoux a déjà retourné sa veste !

18 mars 2017

Jean-Pierre Giorgi, le maire inamovible de Carnoux-en-Provence depuis bientôt 16 ans, s’est longtemps déclaré « apolitique ». C’est même sa marque de fabrique : une vision très conservatrice de la société et un positionnement très libéral en matière économique qui l’ont toujours situé très à droite de l’échiquier politique, mais un refus obstiné d’assumer ce positionnement en maintenant contre toute évidence la fiction d’une certaine neutralité idéologique.

Jean-Pierre Giorgi, truelle en main, en 2014 (photo M. M.)

Et puis voila qu’au cours de ce qui pourrait être son dernier mandat, notre maire se lâche et annonce en toute décomplexion à un journaliste du Monde, en octobre 2016 et alors que les primaires de la Droite battent leur plein, qu’il n’est « pas du tout de gauche, pas du tout d’extrême-droite » et qu’il « envisage d’appuyer François Fillon à la primaire ».

Un positionnement plutôt original à cette date alors que François Fillon est encore à la peine dans les sondages, que le député local Bernard Deflesselles, toujours aussi clairvoyant, soutient obstinément l’inénarrable Jean-François Copé, Monsieur 0,3 %, et que tous les ténors de la Droite locale, plébiscitent comme un seul homme leur mentor traditionnel, Nicolas Sarkozy. La victoire haut-la-main de l’ancien Premier ministre, François Fillon, prouve que Jean-Pierre Giorgi, en bon politicien retors, a su flairer d’où venait le vent…

Ce ralliement est somme toute assez cohérent tant les deux hommes partagent la même hantise des fonctionnaires et la même aversion pour les débats démocratiques, la protection sociale offerte à tous, l’accès gratuit aux services publics ou la notion même de déficit budgétaire. Les accents thatchériens de la campagne de François Fillon rencontrent manifestement un écho des plus favorables auprès de notre maire.

Jean-Pierre Giorgi s’affichant malgré son « apolitisme » sur le tract de campagne de l’UMP pour les élections départementales de 2015

On ne peut d’ailleurs que lui conseiller d’écouter en boucle les extraits d’un discours prononcé par le candidat devant un panel de dirigeants d’entreprises, réunis par la Fondation Concorde, le 10 mars 2016, dans lequel il explique sans détour comment il compte s’y prendre pour mener une guerre éclair dès l’été 2017, sitôt arrivé au pouvoir, pour détruire définitivement tout ce qui reste du droit du travail en profitant du choc des élections et de l’apathie des citoyens en période estivale. L’objectif est clair et la méthode sans ambiguïté : « On rendra plus difficile la réaction sociale… ». Voilà les Français prévenus et voila bien le genre de discours que Monsieur le maire de Carnoux devrait en effet apprécier, lui qui déteste avant tout le débat d’idées et qui estime que les électeurs, une fois qu’ils ont délégué à d’autres le soin de gérer les affaires, n’ont plus à se mêler de ce qui ne les regarde pas.

François Fillon devant les patrons à l’invitation de la Fondation Concorde le 10 mars 2016 (extrait video Public Sénat)

Et pourtant, contre toute attente, Monsieur Giorgi n’a pas donné son parrainage à François Fillon ! Rappelons en effet que, pour éviter la multiplication des candidatures les plus fantaisistes à l’élection présidentielle, les candidats doivent pouvoir s’appuyer sur 500 signatures d’élus en leur faveur. Les modalités de parrainage ont évolué récemment avec la loi du 25 avril 2016 et permettent désormais de connaître en détail et au fur et à mesure de leur validation par le Conseil constitutionnel, l’ensemble des parrainages exprimés.

Ce sont au total de l’ordre de 42 000 élus qui sont ainsi autorisés à parrainer un des candidats potentiel à la magistrature suprême, la plupart étant des maires de petites communes. Un reportage du Monde détaille ainsi la manière dont sont reçus et vérifiés chaque jour les formulaires de parrainage dûment remplis et signés par les élus de toute la France. Quant au fichier des résultats, régulièrement mis à jour, il est accessible directement sur internet et contient 14 296 noms à la clôture du dispositif. La liste des 11 candidats disposant des fameux 500 parrainages ad hoc est d’ailleurs désormais arrêtée.

Extrait de la liste des parrainages à l’élection présidentielle 2017

Toujours est-il que l’on apprend ainsi, avec une certaine stupéfaction, que le maire de Carnoux, malgré ses déclarations initiales, a déjà changé son fusil d’épaule puisqu’il s’est prononcé officiellement en faveur de la candidature de Nicolas Dupont-Aignan et non pas de celle de François Fillon. Il est d’ailleurs un des très rares soutiens du souverainiste dans le département des Bouches-du-Rhône, tous les ténors de la Droite locale de Jean-Claude Gaudin à Maryse Joissains en passant par Martine Vassal, Danielle Milon ou même Bernard Deflesselles ayant cette fois soutenu sans barguigner le candidat officiel LR en la personne de François Fillon…

Cette initiative du maire de Carnoux est d’autant plus surprenante que son formulaire de soutien est daté du 7 mars 2016, au lendemain du triomphe de François Filon, remis en selle par la manifestation de ses fans issus pour l’essentiel des milieux catholiques conservateurs, et alors que la majorité des dirigeants du parti LR venaient de lui renouveler leur soutien quasi unanime malgré sa mise en examen alors imminente.

Dessin de Gros paru dans Marianne

Notre maire aurait-il été indisposé par les nombreuses casseroles qui tintinnabulent désormais aux basques du candidat, depuis les emplois présumés fictifs (mais généreusement rétribués par le contribuable) de son épouse et de ses enfants, jusqu’aux fameux costumes à 13 000 € gracieusement offerts par le sulfureux Robert Bourgi, disciple de Jacques Foccart et figure discrète de la Françafrique, en passant par les libéralités de son ami Marc Ladret de Lacharrière, jamais avare d’un petit coup de pouce financier envers son ami, le châtelain de la Sarthe ?

Toujours est-il que ce revirement est pour le moins curieux et confirme une fois de plus l’extrême souplesse idéologique de notre maire qui n’avait pas hésité en 2008 à voter en faveur du socialiste Eugène Caselli pour le placer à la tête de la communauté urbaine MPM au nez et à la barbe du pauvre Renaud Muselier, alors que la Droite disposait d’une confortable avance en voix. Ce positionnement lui avait notamment permis de bénéficier des grandes largesses du président du Conseil général d’alors, le socialiste Jean-Noël Guérini, avec qui il partageait un goût immodéré pour les bondieuseries. Et le voila maintenant propulsé à l’autre extrémité de l’échiquier politique, comme soutien officiel du président de Debout la France, qui se définit comme gaulliste et souverainiste, fervent partisan de la sortie de l’Euro et adepte de l’usage du référendum, après avoir beaucoup sinué tout au long de sa carrière politique…

Nicolas Dupont-Aignan en meeting à Paris le 9 mars 2017 (photo © J. Demarthon / AFP)

Il serait sans doute malvenu de rappeler à Monsieur Giorgi que son nouveau champion n’avait recueilli que 1,79 % des suffrages lors de la dernière élection présidentielle de 2012 et que la référence au Gaullisme n’est pas forcément des mieux perçues au sein de son électorat traditionnel pied-noir. Remercions en tout cas le Conseil constitutionnel pour son effort de transparence qui permettra peut-être enfin aux Carnussiens de connaître un peu mieux les opinions politiques de celui qu’ils élisent sans discontinuer depuis 33 ans, en tout « apolitisme » s’entend…

L.V.  

Trémargat, bel exemple de commune solidaire et citoyenne

29 décembre 2016

Petite commune rurale nichée dans l’arrière-pays breton, le Kreiz Breizh, un pays de landes et de bois caillouteux, un des coins les plus pauvres de la péninsule, la petite commune de Trémargat, perdue au fin fond des Côtes d’Armor, n’en finit pourtant pas de faire parler d’elle. Mise en exergue dans les années 1960 comme un symbole de ces bourgs ruraux exposés à un exode rural inéluctable, passée de 269 habitants en 1962 à 152 seulement en 1990, la petite commune bretonne a pourtant réussi à remonter la pente et fait la une de nombreux médias, de Rue89 à La Croix en passant par Basta ! le magazine associatif militant du net.

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Ce nouvel élan doit beaucoup à l’installation de plusieurs couples de néoruraux, des anciens soixante-huitards venus s’installer ici pour élever des chèvres dans une logique totalement opposée à l’agriculture intensive alors en vogue en Bretagne. C’est le cas de la maire actuelle, Yvette Clément, arrivée ici en 1976 avec son mari François, avec qui elle a développé, sur les terres pauvres de ce pays boisé et vallonné, un élevage qui compte 150 brebis aujourd’hui.

Malgré l’exode rural il reste désormais 14 exploitations agricoles en activité à Trémargat et les nouveaux arrivants ont fait mieux que s’intégrer : ils ont réussi à redynamiser complètement le petit village breton devenu une vitrine de la gestion participative, au même titre que la commune de Saillans dans la Drôme !

Le tournant date de 1995. Jusque là, la mairie était traditionnellement aux mains de la même famille de génération en génération et son rôle principal se limitait à entretenir la voirie municipale. Mais « à quoi bon mettre des pavés s’il n’y a personne pour les lancer ? » s’est dit Eric Hamon autour de qui s’est agrégée une petite équipe de nouveaux venus débordant d’idées pour faire revivre le petit village sur le déclin en aidant à accueillir de nouveaux agriculteurs et des randonneurs venus profiter de ce coin de nature préservée. Leur slogan : « Vivre, participer et accueillir dans un environnement préservé et de qualité ».

Mais c’est surtout leur méthode qui a révolutionné la vie du village. Depuis cette date en effet, chaque maire ne fait qu’un seul mandat mais reste dans l’équipe suivante pour faire profiter les autres de son expérience. Et les élus ne sont pas les seuls à s’investir : le programme fait l’objet d’un débat public avant les élections et tout est discuté en commission extra-municipale, ce qui permet à chacun de s’investir réellement dans la gestion des affaires publiques. Et quand on parle d’investissement, cela va jusqu’à mettre la main à la pâte…

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

C’est ainsi que la petite place devant l’église a été entièrement refaite par les habitants volontaires eux-même. Le projet initial conçu par un bureau d’étude et qui faisait la part belle au goudron avec bordure en ciment et mobilier urbain classique, a été abandonné et chacun s’est retroussé les manches pour transformer la petite place en un théâtre de verdure engazonné avec pergola en bois construite localement et arbres fruitiers, le tout pour une somme dérisoire !

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

En 1995, un des premiers actes de l’équipe municipale fraîchement élue a été de racheter le café du village en pleine décrêpitude et sur le point de fermer alors qu’il n’y avait déjà plus décole au village et que l’unique épicier partait en retraite. Il fallait donc impérativement conserver un lieu de vie où se retrouver et c’est ce qu’est devenu depuis le « Trèmargad Kafé ». La municipalité en a profité pour aménager deux logements sociaux à l’étage et à transformé l’ancien commerce sur le déclin en un café multiservice avec gîte d’étape attenant. C’est désormais une association qui a repris le flambeau depuis 2008, mais le café est devenu le centre de la vie sociale du village, avec soirées tarot, débats animés et concerts variés.

Dans l'épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Dans l’épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Quant à l’épicerie, c’est aussi la mairie qui a pris le taureau par les cornes en préemptant une maison qui se libérait dans le centre bourg. Une petite étude de marché a confirmé que les habitants ne voulaient pas du tout d’une supérette qui vende les mêmes produits qu’en grande surface, deux fois plus cher, mais au contraire des produits bio issus majoritairement des exploitations locales. Les vendeurs sont des bénévoles qui se relaient pour tenir la boutique moyennant un accès aux produits à prix coûtant. Il fallait un chiffre d’affaire de 30 000 € pour équilibrer le budget et dès la première année en 2013, il s’est élevé à 75 000 € : un vrai succès !

Depuis 2012, la commune a rompu son contrat avec EDF pour l’alimentation électrique municipale et est désormais abonnée chez Enercoop, ce qui lui garantit, pour un prix à peine supérieur, une énergie 100 % renouvelable et a du coup incité la coopérative bretonne à installer symboliquement à Trémargat son siège social.

Le village de Trémargat a désormais tout du laboratoire pratique de mise en œuvre des démarches de solidarité, de démocratie participative et d’écologie citoyenne. La quasi totalité des exploitants agricoles sont adhérents du Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome (Cedapa), qui prône une agriculture durable, à l’herbe, sans intrant et à taille humaine. A Trémargat désormais, presque tout est bio, même le restaurant qui offre chaque jour pour 12 € un menu à base exclusive d’ingrédients produits localement à partir de l’agriculture biologique. Seuls deux agriculteurs récalcitrants restent adeptes des schémas traditionnels ultra-productivistes, mais du coup on ne les voit jamais au bourg, qu’ils traversent, dit-on, en 4 x 4.

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Reste néanmoins à assurer l’avenir de la commune maintenant que les premiers néo-ruraux installés dans les années 1970 commencent à partir en retraite. Pour cela, le petit village de 200 habitants n’a pas hésité à se lancer dans l’élaboration d’un PLU (Plan local d’urbanisme), un exercice réservé habituellement aux communes de plus grande taille. Une quarantaine de parcelles ont ainsi été rendues constructibles et la mairie en a profité pour protéger les zones humides et les haies bocagères, et empêcher certains travaux de labour.

Mais les habitants ont souhaité aller plus loin encore et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une société civile immobilière, dans laquelle la commune et les habitants pourraient prendre des parts et qui achèterait des terres. Financée par 140 associés, venus parfois de l’extérieur, détenteurs d’une ou plusieurs parts à 100 €, la SCI a ainsi acquis une parcelle de 21 hectares sur la commune voisine pour faciliter l’installation d’un couple de jeunes éleveurs qui était à la recherche de pâturage pour ses brebis allaitantes et ses vaches laitières.

« La ferme de 21 hectares d’un agriculteur partant à la retraite était à vendre 65 000 €. La SCI l’a achetée, pour la louer au prix de 100 € l’hectare par an. Il n’y a aucun risque, car si l’exploitation ne marche pas, la SCI peut louer à nouveau les terres », explique l’un des trois gérants de la SCI. Appuyée par la commune, via une association de soutien, la SCI aide actuellement un jeune couple de maraîchers bio à s’implanter et soutient l’agrandissement d’un boulanger-paysan. « Cette nouvelle acquisition se fait sans emprunt bancaire grâce au capital collecté, notamment auprès d’habitants de Saint-Brieuc, séduits par notre démarche et désireux de trouver des produits frais de qualité sur leur marché », ajoute le gérant.

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

A Trémargat, tout n’est pas idyllique, comme l’explique à Basta ! une jeune agricultrice, membre du conseil municipal : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne. Car la plupart des gens vivent là, partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

Se concerter, décider et agir ensemble : à Trémargat, c’est devenu un réflexe. D’autres communes voisines s’intéressent à la démarche et tentent de copier le modèle : pourquoi-pas à Carnoux aussi ?

L.V.  lutinvert1small

La ville de Carnoux portée aux nues par TPBM

28 novembre 2016

Décidément, le maire de Carnoux sait bien mettre en valeur ses réalisations ! Le numéro 1155 de la revue hebdomadaire TPBM, en date du 9 novembre 2016, consacre ainsi pas moins de 8 pages aux travaux de rénovation du centre-ville et au bilan du maire de Carnoux. Huit pages de publicité électorale gratuite, également accessibles sur le site de la revue et diffusée largement auprès de tout ce que la région PACA compte d’entrepreneurs et de professions libérales.

Extrait du n°1155 de TPBM

Extrait du n°1155 de TPBM

Bien entendu, rares sont ceux, en dehors des professionnels du secteur, qui ont déjà entendu parler de TPBM, un acronyme qui signifie Travaux publics et bâtiments du Midi, en réalité un hebdomadaire destiné aux professionnels de la commande publique régionale et qui tire l’essentiel de ses revenus de son positionnement comme support habilité à publier les annonces légales sur 5 départements de la région PACA, dont les Bouches-du-Rhône : appels d’offres, ventes aux enchères et annonces judiciaires portant avis de constitution et de dissolution de sociétés, tel est l’essentiel du contenu de ce journal d’aspect austère, publié sur papier recyclé à 13 000 exemplaires et qui n’est guère lu que par les services achat des collectivités territoriales, les entrepreneurs locaux de travaux publics et tout ce que la région compte de professions libérales, experts comptables, avocats et architectes confondus, largement mis à l’honneur dans les autres pages du journal.

Ceci dit, même si le contenu de ce journal, en dehors des annonces légales, s’apparente pour l’essentiel à du remplissage, il n’est pas si courant d’y trouver ainsi 8 pages entières consacrées à une petite commune de 7000 habitants ! On y retrouve bien entendu tous les poncifs habituels sur la « genèse d’une ville étonnante », créée par la volonté de 2 entrepreneurs, installés à Casablanca en 1957 et dont la Coopérative immobilière française, par ailleurs accusée de malversation, était plutôt en mauvaise posture en 1962 avec seulement 242 habitants recensés dans la ville en chantier qui en escomptait 4 000 ! L’arrivée des rapatriés d’Algérie a permis de redresser la situation, jusqu’à l’érection en commune nouvelle, décrétée le 26 août 2016, comme nous l’avons déjà évoqué ici.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Le reportage, signé par le journaliste Jean-Pierre Enaut, n’hésite pas à faire dans le dithyrambique et s’enflamme quelque peu : « Terre d’accueil, Carnoux, née de l’abnégation d’un groupe de pionniers visionnaires, a su trouver son juste équilibre en regardant l’avenir sans pour autant oublier le passé ». On n’est pas loin de la Légende des Siècles et c’est encore plus beau quand on aborde les pages consacrées à la médiathèque, conçue comme chacun sait par le cabinet d’architecture Fernandez et Serres (ou en tout cas le saura après avoir lu l’article qui cite leur nom à chaque paragraphe…) : « Le site est émouvant par ses pins centenaires, ses arbres légers et entremêlés, son relief et sa vue sur la ville. L’espace intérieur étiré est agrandi et généré par le paysage. L’architecture est rythmée par l’éphémère, les nuages, le vent, les saisons » et tout le reste est à l’avenant sur 2 pages entières !

A croire que le journaliste a un peu abusé de la moquette comme combustible récréatif dans son désir de s’imprégner des lieux… Chez TPBM, le prix de la ligne est affiché à 4,12 € les 40 caractères comme le précise son éditeur, joliment dénommé « Les publications commerciales » et on comprend mieux la motivation du journaliste à broder ainsi pendant 2 pages sur la poésie des lieux…

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Les nouveaux commerces le long de la place Lyautey

Le reste du reportage porte sur la requalification du centre-ville et comporte une longue interview du maire « élu depuis fort longtemps » pour reprendre les propos du journaliste. Jean-Pierre Giorgi en profite naturellement pour détailler son bilan et préciser que le nombre de logements sociaux, qui était de 375 jusqu’à l’an dernier, vient de s’enrichir de 50 nouveaux logements grâce aux constructions des deux petits immeubles du centre-ville, auxquels devraient à terme s’ajouter 60 nouveaux logements, une fois achevé le projet confié à la Phocéenne d’habitation sur le site de l’ancien établissement Saint-Augustin : un effort qui mérite d’être salué mais qui ne permet pas encore d’atteindre l’objectif de 20 % de logements sociaux exigé par la loi SRU, et encore moins celui de 25 % qui s’impose désormais à toutes les communes de plus de 3500 habitants à l’horizon 2025 : encore un effort, Monsieur le Maire !

Défilé sur le mail pour l'inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

Défilé sur le mail pour l’inauguration du centre-ville le 11 juin 2016 (photo DR)

On apprend au passage, en lisant cette interview, que l’ensemble du réseau pluvial de Carnoux a été recalibré avec « la création de bassins de rétention ». On se demande où ont bien pu être creusés ces fameux bassins de rétention si discrets et qui n’empêchent pas le réseau pluvial de déborder à chaque orage, d’autant que le réaménagement du centre-ville n’a pas permis, comme on aurait pu le penser, de réduire l’imperméabilisation de ce secteur. Au contraire, le projet a privilégié les espaces minéralisés et revêtus qui accentuent le ruissellement, préparant ainsi les inondations de demain…

On apprend aussi que le coût global de la rénovation du centre-ville devrait s’élever finalement à « environ 10 millions d’euros, hors construction des commerces et des logements », dont 3,8 millions imputés sur le budget communal, le reste étant généreusement subventionné par la communauté urbaine et le département. Le maire de Carnoux, en bon politique, n’oublie pas d’ailleurs de « remercier les différents élus des collectivités publiques et en particulier Martine Vassal, présidente du conseil départemental, qui a accepté dernièrement d’entériner la dernière tranche financière, et Jean-Claude Gaudin, président de la métropole, qui s’est engagé à poursuivre le projet en cours jusqu’à son terme ».

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l'inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

Le maire de Carnoux bien entouré lors de l’inauguration du centre-ville (photo R.Achour parue dans La Provence)

On n’aura pas la faiblesse de rappeler que la quasi totalité des engagements financiers accordés à Carnoux pour la réalisation de ces travaux l’a été sous le mandat de la majorité socialiste conduite par un certain Jean-Noël Guérini pour le département et par Eugène Caselli pour la communauté urbaine. Au moins, leur éviction permet au nouveau fervent supporter de François Fillon d’éviter de les remercier et de pas avoir eu à supporter leur présence encombrante lors de la belle cérémonie d’inauguration qui s’est déroulée le 11 juin dernier. Ni de devoir remercier les nombreux habitants des communes infiniment moins riches que Carnoux, dont les malheureux contribuables marseillais, d’avoir permis ainsi de financer à grands frais la rénovation du centre-ville de la 119ème commune des Bouches-du-Rhône, en application de la célèbre sentence biblique « les derniers seront les premiers »… Ite, missa est.

L.V.  lutinvert1small

A Carnoux, le coming out politique du maire !

10 novembre 2016

Élu à Carnoux-en-Provence depuis déjà 33 ans et maire de la commune sans discontinuer depuis 2001, Jean-Pierre Giorgi a toujours revendiqué haut et fort son apolitisme, ce qui ne l’a jamais empêché de soutenir ouvertement ses amis de l’ex-UMP dont le député Bernard Deflesselles. Officiellement étiqueté « Divers droite », il n’a jamais fait mystère de son aversion pour les idées de gauche qu’il combat avec la dernière énergie, mais il a longtemps mis une certaine coquetterie à afficher une absence totale d’affiliation à un courant politique, ce qui lui a d’ailleurs plutôt bien réussi.

Jean-Pierre Giorgi lors de l'inauguration du Centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016 aux côtés de ses amis politiques Jean-Claude Gaudin, Bernard Deflesselles et Martine Vassal

Jean-Pierre Giorgi lors de l’inauguration du Centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016 aux côtés de ses amis politiques Jean-Claude Gaudin, Bernard Deflesselles et Martine Vassal

A plus de 70 ans, il fait enfin son coming out et déclare clairement son positionnement politique à l’occasion d’un article sur Carnoux paru dans Le Monde le 16 octobre 2016, dans lequel il déclare sans détour qu’il n’est « pas du tout de gauche, pas du tout d’extrême-droite » et qu’il « envisage d’appuyer François Fillon à la primaire ».

Article paru dans Le Monde du 16 octobre 2016

Article paru dans Le Monde du 16 octobre 2016

L’électeur de gauche carnussien ne sera guère surpris par ce positionnement thatchérien, mélange de conservatisme social et de libéralisme économique débridé. De toute façon, la vérité oblige à dire, comme les journalistes du Monde l’ont eux-même rapidement constaté, que l’électorat de gauche se fait plutôt rare sur Carnoux si l’on en juge par les scores obtenus aux dernières élections : 17,4 % pour le cumul des quatre listes de gauche qui étaient en lice lors des élections régionales de décembre 2015, et bien sûr 0 % au deuxième tour puisqu’il ne restait alors plus le choix qu’entre la droite et l’extrême-droite, comme lors des élections départementales et des municipales précédentes…

L’électorat d’extrême-droite sera peut-être davantage surpris de ce positionnement du maire de Carnoux dans une commune où, pour ne reprendre que les dernières élections en date, toujours les Régionales de 2015, la candidate FN avait obtenu plus de 47 % des suffrages exprimées au premier tour contre seulement 27 % à son adversaire LR Christian Estrosi. Il est vrai que jusqu’à présent, grâce au mode de scrutin majoritaire, le FN ne dispose que d’un seul élu au conseil municipal malgré ses scores fleuves aux récentes élections locales.

Hughes Peres, nouveau conseiller municipal FN à Carnoux (photo C. Matias pour La Provence)

Hughes Peres, nouveau conseiller municipal FN à Carnoux (photo C. Matias pour La Provence)

On vient d’ailleurs d’apprendre, à l’occasion du dernier conseil municipal en date du 20 octobre 2016 que l’élu en question, le très discret Vesselin Bratkov, venait de démissionner de sa fonction. On ne connaît pas les raisons de sa démission sinon qu’elles sont purement « personnelles » et l’on sait seulement qu’il n’habitait plus depuis des années à Carnoux, même s’il a affirmé quelques jours plus tard dans La Provence, qu’il a effectivement payé sa taxe d’habitation à Carnoux entre 2005 et 2010. Si c’est réellement le cas, on se demande bien comment il a pu y présenter sa candidature en 2014, mais peu importe ! Toujours est-il que c’est désormais Hughes Peres, 77 ans, résidant lui à Carnoux depuis 43 ans et par ailleurs vice-président du Souvenir Français qui représentera désormais le Front National au Conseil municipal de Carnoux.

Quant aux électeurs de droite de Monsieur Giorgi, ils seront peut-être surpris d’apprendre ainsi, au détour d’un article du Monde, quel est son véritable positionnement politique, lui qui se présente avant tout comme un simple gestionnaire. Car parmi les 7 candidats actuellement en lice dans le cadre des primaires de la droite, François Fillon est probablement celui dont le programme politique va le plus loin en matière de dérégulation de l’économie, dans la droite ligne d’un Ronald Reagan ou d’une Margaret Thatcher.

François Fillon, le champion du maire de Carnoux (photo S. Grangier)

François Fillon, le champion du maire de Carnoux (photo S. Grangier)10

S’il est élu, il compte réduire drastiquement les dépenses publiques et supprimant pas moins de 500 000 postes de fonctionnaires dont de très nombreux enseignants qu’il accuse ouvertement de ne pas travailler assez, estimant que l’enseignement privé pourrait avantageusement remplacer l’Éducation nationale jugée totalement obsolète à ses yeux. Il compte réduire à son strict minimum le droit du Travail, supprimer l’impôt sur la fortune et augmenter fortement la TVA : une sacré purge en perspective pour les plus modestes et un recul massif de l’investissement public qui risque de faire de gros dégâts dans une société déjà bien mal en point, mais chez ces gens-là, on ne compatit pas, on compte seulement…

L.V.  lutinvert1small