Monsieur le maire de Carnoux se lâche…

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une posture provocatrice…

Chaque habitant de Carnoux a pu découvrir dans sa boîte aux lettres, dans le numéro d’avril 2011 du Messager, la revue municipale officielle, un éditorial signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de la ville, et accompagné d’une photo sur laquelle notre premier magistrat adopte une posture pour le moins inhabituelle et quelque peu provocatrice : un pull négligemment noué sur les épaules, le genou en avant et l’attitude de défi de l’homme d’action qui ne se laissera pas arrêter en chemin par les attermoiements de ses concitoyens qui n’ont rien compris à sa politique et qui voudraient le freiner dans son grand bond en avant.

Et pour ceux qui n’auraient pas saisi le message, le discours est sans ambiguïté : Monsieur le maire n’hésitera pas à briser net toute « résistance au changement » et toute velléité « d’immobilisme ». Plus progressiste que Monsieur Giorgi, cela n’existe pas, en tout cas pas à Carnoux, engagé sous sa bannière dans un véritable « bond en avant vers la modernité » pour reprendre ses propres termes, le tout dans la continuité des pionniers qui ont jadis fondé la commune avec, là encore, des idées « progressistes et innovantes » qui n’avaient malheureusement pas totalement réussi à convaincre les populations nord-africaines avec lesquelles ils avaient auparavant tenté de cohabiter : sans doute encore une funeste « résistance au changement » de la part d’individus préférant « le statu quo et l’immobilisme »…

Quelle mouche a donc piqué notre maire pour qu’il se montre aussi virulent dans ses attaques contre ses propres concitoyens qui oseraient critiquer certaines de ses actions ? On peut comprendre son agacement face à ceux qui lui reprochent son volontarisme en matière de construction de logements sociaux, de réhabilitation du centre ville ou d’entretien du patrimoine bâti de la commune : ce ne sont bien évidemment pas les deux élus de la gauche carnussienne qui sont à l’origine de telles critiques et d’ailleurs ces projets sont très largement financés par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône où les amis politiques de Monsieur Giorgi sont pourtant minoritaires : plus de 70 % des dépenses d’équipement réalisées par la commune en 2010 ont ainsi été financées par le Conseil Général et le budget adopté au dernier conseil municipal table sur un montant de cofinancement du même ordre pour l’exercice 2011.

Mais Monsieur le maire rêve de citoyens disciplinés et dépourvus de tout esprit critique qui se contenteraient d’applaudir des deux mains à la moindre de ses décisions sans jamais chercher à en comprendre les tenants et les aboutissants. Le monde change et chacun doit s’y adapter, tel est le credo que Monsieur Giorgi développe dans son éditorial. Certes, la capacité d’adaptation à un environnement naturel mouvant est une qualité remarquable qui a permis à l’humanité de progresser de manière spectaculaire et nul ne songerait à lui en faire grief. De là à prétendre qu’il doit aussi s’adapter sans broncher à toutes les turpitudes que lui imposent, dans leur propre intérêt, les puissants de ce monde, il y a un pas à franchir que chacun n’est pas forcément prêt à accepter !

On comprend bien que Monsieur Giorgi, tout comme ses amis politiques de l’UMP dont il soutient ouvertement les représentants locaux, Roland Giberti et Bernard Deflesselles, souhaiterait que chacun accepte avec docilité les diktats de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie mondiale, avec son cortège de délocalisation et de chômage de masse. On voit bien avec quelle virulence il réagit lorsque quelques citoyens de Carnoux tentent de comprendre pourquoi certains services publics, dont l’hôpital, sont mis en péril par cette politique néolibérale qui privilégie l’intérêt à court terme et les bénéfices financiers de firmes privées, au détriment de l’intérêt général.

Et pourtant, est-il bien raisonnable à l’aube du vingt-et-unième siècle et alors que le niveau d’éducation de nos concitoyens n’a jamais été aussi élevé, malgré les tentatives de décervelage des médias aux mains des industriels, de compter sur la passivité de la population pour lui faire accepter sans cesse de nouvelles mesures de régression sociale ? L’information circule et chacun peut constater que les décisions prises par le pouvoir politique en place ne vont pas toujours dans le sens de l’intérêt général et de la justice sociale. Les profits fabuleux de certaines multinationales françaises (10 milliard d’euros en 2010 pour Total…) qui dans un même temps ne payent aucun impôt en France, les conflits d’intérêt au plus haut niveau de l’État, les cadeaux fiscaux accordés aux plus riches alors que la précarité et la pauvreté progressent parmi la majorité, tout ceci ne peut être accepté sans ciller comme le souhaiterait Monsieur Giorgi, au nom de la nécessaire adaptation au changement inévitable.

Une autre politique est possible, basée sur davantage de solidarité, de justice et une répartition plus équitable des richesses. Nos concitoyens ne sont pas par principe rétifs au changement, à condition que ce changement soit effectivement favorable au plus grand nombre et ne se fasse pas au seul bénéfice d’une poignée de privilégiés. Refuser d’écouter cette attente c’est s’exposer à faire monter le sentiment d’injustice et l’indignation qui conduit parfois à la révolte. Mépriser ouvertement l’expression populaire (par exemple en faisant adopter par voie parlementaire un traité constitutionnel européen rejeté par référendum…), ne peut que contribuer à dévaloriser encore davantage notre système de démocratie représentative. On sait que cette arrogance de nos élus n’est pas pour rien dans l’explication du dernier scrutin qui a vu près des deux-tiers des électeurs de Carnoux s’abstenir et plus de la moitié de ceux qui se sont exprimés au deuxième tour voter en faveur du Front National.

Alors, Monsieur le maire, de grâce, écoutez ce que disent les Carnussiens et laissez s’installer un débat démocratique dans lequel chacun puisse faire valoir ses arguments : les décisions seront peut-être plus difficiles à prendre et nécessiteront davantage de pédagogie, mais elles gagneront aussi en légitimité et s’enrichiront des apports de chacun.  Si le Messager est bien « la revue de tous les Carnussiens » comme l’indique sa couverture, pourquoi donc y limiter l’accès à l’expression de certaines associations de la commune ? Dans une véritable démocratie, la décision a besoin d’être partagée et chacun doit pouvoir exprimer son point de vue. A force d’affirmer qu’il ne sert à rien de demander l’avis de la population puisque de toute façon « cela n’intéresse personne » et « les gens sont par nature hostiles à tout changement », on court le risque d’accroître le sentiment, déjà répandu chez certains, que les élus ne seraient pas à l’écoute des citoyens mais d’abord au service de leurs propres intérêts. À bon entendeur…

 L. V.

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2 Réponses to “Monsieur le maire de Carnoux se lâche…”

  1. Giorgi Says:

    Bravo pour cet article pertinent et objectif.
    Qui est méprisant pour autrui et qui n’écoute pas l’expression de ses concitoyens?
    Il est vrai que dans certains cas on se laisse aller à la parlotte stérile et on ne tient aucun compte des opinions exprimées. Ce n’est pas le cas à Carnoux!
    Dommage que vos commentaires ne soient que négatifs. Rien dans l’action municipale n’entraine votre pleine adhésion?
    Politique quand tu nous tiens….

    JP G

  2. arebigunisex Says:

    « Monsieur le maire, quelle heureuse surprise de constater que vous voila enfin à l’écoute de l’expression de vos administrés ! Votre appréciation sur cet article que vous qualifiez de « pertinent et objectif » est plutôt encourageante et nous vous remercions d’avoir pris le temps (seize mois quand même…) d’y répondre. En le relisant plus attentivement, vous noterez que notre appréciation de votre politique communale n’est pas si négative que vous le prétendez, notamment sur la construction de logements sociaux ou votre gestion du patrimoine communal. Toute opposition n’est pas nécessairement stérile, tout débat n’est pas forcément inutile et il est parfois opportun d’écouter la parole citoyenne. Encore faut-il lui permettre de s’exprimer… »

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