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Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

Blog258_DessinChapatte

« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

Les évêques soutiennent la métropole d’Aix-Marseille !

22 novembre 2015

Aussi étonnant que cela puisse paraître, voilà que le Diocèse de Marseille apporte un soutien aussi fervent qu’inattendu au projet de métropole Aix-Marseille-Provence, dont la création est toujours prévue au 1er janvier 2016, mais dont la gestation se fait dans la douleur et malgré l’opposition farouche et déterminée de bien des élus locaux… À l’heure où l’on insiste tant et plus sur le caractère laïc de notre État et sur la nécessaire séparation entre croyance spirituelle et gouvernance politique, voilà une prise de position qui va faire grincer bien des dents. On n’ose d’ailleurs imaginer comment aurait été reçue une telle prise de position si elle avait été formulée par un imam au nom du Conseil représentatif des musulmans de France…

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Toujours est-il que cette position officielle, largement relayée par La Provence, a bien été formulée au nom de l’Église catholique par Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, et par son homologue Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et d’Arles. Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence, qui a tout fait pour torpiller le projet et qui continue à se battre bec et ongles pour empêcher à tout prix que cette métropole ne voir le jour, s’en étrangle d’indignation, mais force est de constater que le message de l’épiscopat est sans ambiguïté.

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

L’événement a été soigneusement orchestré et s’est déroulé vendredi 20 novembre sous forme d’une conférence à Marseille devant une centaine de participants et en présence de l’archevêque, à l’invitation du Comité diocésain économique et social et du Secrétariat social de Marseille. Intitulée « Une lecture de la métropole AMP à la lecture de la doctrine sociale de l’Église », la conférence a été animée par l’économiste Philippe Langevin, également membre du Conseil diocésain. Le texte, qui avait été largement distribué, évoque les caractéristiques de notre espace métropolitain avec ses atouts mais aussi sa répartition très inégalitaire des richesses, et détaille les enjeux de la construction métropolitaine, formidable opportunité pour développer la solidarité et le mieux-vivre de ses habitants. Il égratigne au passage les maires qui s’accrochent à leur pouvoir et prône le renouvellement des responsables politiques pour éviter l’instauration de privilèges occultes…

Bref, un véritable pavé dans la mare des élus locaux qui s’opposent de toutes leurs forces à ce projet et qui vivent comme un véritable camouflet ce rappel à leurs responsabilités sociales ! Il faut dire que les deux évêques n’y vont pas avec le dos de la cuillère et invoquent carrément le pape en appui à leur prise de position, n’hésitant pas à déclarer : « Comme nous y invite le pape François dans sa lettre encyclique Laudato si, nous devons penser Aix-Marseille-Provence comme une maison commune qui nous accueille, nous protège et nous nourrit ». Rien de moins !

Article publié dans La Provence

Article publié dans La Provence le 18 novembre 2015

Déjà que les déclarations du pape François sur les dérives du néolibéralisme et les dangers qui pèsent sur notre environnement avaient fait grincer bien des dents, la pilule est amère pour bien des élus de droite pour qui la doctrine sociale de l’Église n’avait de sens qu’à condition de ne pas sortir des strictes limites du sermon dominical. Sauf que là, le message est limpide : « Cette métropole est nécessaire pour construire un nouveau territoire à la hauteur des enjeux de notre temps. Sur un espace d’intenses déplacements, les concurrences avérées entre les communes et les intercommunalités, le renfermement de beaucoup d’élus sur leur territoire de légitimité handicapent le développement d’un territoire qui ne manque pourtant pas d’atouts. Le taux élevé de pauvreté dans beaucoup de communes et les écarts importants de conditions de vie de près de 2 millions d’habitants renvoient à un devoir de solidarité ».

Maryse Joissains en 2012 (capture d'écran)

Maryse Joissains en 2012 (capture d’écran)

Pour la pauvre Maryse Joissains qui réclamait encore il y a quelques jours un audit de la ville de Marseille et refusait obstinément tout partage des ressources avec cette ville, le rappel à la morale chrétienne est brutal ! Car c’est bien dans cette optique que les évêques placent leur discours en rappelant que « pour les chrétiens, ce devoir de solidarité est un devoir de charité ».

Mais bien des élus locaux semblent sourds à ce genre de discours, alors qu’ils en sont encore à déposer des recours pour tenter d’annuler l’élection du nouveau président de la métropole et fragiliser autant que possible la mise en place de cette dernière, à l’image du maire de Pertuis annonçant sans ambages à la presse : « on va faire péter le système », tandis que la maire d’Aix-en-Provence réclame la mise sous tutelle de la ville de Marseille et de ses élus qu’elle qualifie d’ « équipe de branquignoles ». Rarement la politique aura atteint un niveau aussi bas…

L.V.  LutinVertPetit

Les Français tournent le dos à la religion…

31 juillet 2015

« Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » aurait dit André Malraux, même si cette citation fait l’objet de controverses. En tout cas, l’actualité internationale et nationale tendrait plutôt à lui donner raison, elle qui porte au premier plan des conflits armés ou des problèmes de société dont l’origine est principalement d’ordre religieux. Même si les affrontements entre protestants et catholiques en Irlande du Nord ont récemment baissé d’intensité, les nombreux conflits inter-religieux ou entre dogmes « concurrents » de la religion musulmane qui se développent au Proche comme au Moyen-Orient ou en maints pays africains ou asiatiques tendent à montrer que le fait religieux prend une part de plus en plus importante sur notre planète.

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Même en France, les polémiques qui font rage sur la viande halal dans les cantines ou sur le port du voile dans les lieux publics confirment à quel point le sujet reste sensible. Les attentats de janvier dernier et de nombreux faits divers quotidiens ne font que raviver dans notre société française qui se veut moderne, laïque et multiculturelle, des querelles religieuses que l’on pensait éteintes depuis les grands affrontements des guerres de religion ou, plus récemment, de la séparation entre l’Église et l’État.

A ce sujet, un récent article du Monde, vient apporter de très instructifs éclairages sur la place des religions dans notre société et en particulier sur l’importance du sentiment religieux chez les Français. Car le sujet n’est pas simple, ne serait-ce que parce que les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse restent très encadrées en France, au point qu’il est impossible de déterminer le nombre exact d’adeptes des différentes religions.

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Heureusement, plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation, et ceci grâce à l’adoption en 2000 par le Conseil européen, de la directive Race, contre la discrimination raciale et ethnique, qui a permis de débloquer la situation en rendant possible la collecte d’informations sous réserve qu’elle soit « anonyme, librement consentie et réalisée sous le contrôle de la CNIL (Commission nationale Informatique et libertés) », et à condition « d’en faire un usage raisonné, c’est à dire respectant l’intérêt général, que ce soit pour la recherche scientifique et historique ou par souci de mieux lutter contre les discriminations ».

Ainsi, en 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a interrogé plus de 50 000 personnes dans 57 pays et a constaté que seuls 37 % des Français se considéraient comme religieux, les autres se partageant entre non religieux et athées convaincus. Un autre sondage en 2010 avait abouti à des résultats comparables avec une proportion de 40 % d’athées déclarés auxquels s’ajoutent près de 30 % de personnes se déclarant sans religion mais croyant néanmoins à des forces supérieures…

Importance de l'athéisme selon les résultats de l'étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

Importance de l’athéisme selon les résultats de l’étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

De tels chiffres tendent à montrer que la France serait l’un des pays du monde où l’athéisme est le plus présent, derrière quand même la Chine, où des décennies de Maoïsme semblent avoir laissé des traces… Selon cette source, près de 60 % des personnes interrogées dans le monde se déclarent encore religieuses même si cette proportion a baissé de 9 % depuis le précédent sondage en 2005. Celles qui se revendiquent athées ne dépassent pas 13 % dans le monde, très en deçà donc de la proportion affichée en France qui atteint 29 % selon ce sondage. L’analyse du sondage met d’ailleurs en évidence une corrélation assez nette entre l’importance du sentiment religieux et le niveau de développement du pays : plus le pays est riche, moins la religion y est présente. Ce n’est pas une découverte majeure et de nombreux philosophes l’avaient déjà largement pressenti…

Dans un domaine aussi complexe et personnel que le sentiment religieux, on perçoit vite en tout cas les limites de l’outil statistique qu’est le sondage avec ses cases à cocher… Comment répertorier toutes les nuances que l’on imagine entre le matérialiste convaincu qu’il n’existe aucune forme de spiritualité, l’agnostique qui se dit incapable de trancher quand à l’existence ou non d’une divinité supérieur ou le déiste qui croit en une forme de divinité tout en rejetant toute pratique religieuse ?

Blog212_PhEgliseLà où le sujet semble plus affermi, c’est lorsqu’on s’interroge sur les comportements liés à la pratique religieuse. Et là, les chiffres sont éloquents : seuls 4,5 % des Français affirment continuer à se rendre régulièrement à la messe… Même si 70 % des Français seraient encore baptisés, seuls 300 000 d’entre eux ont été nouvellement baptisés en 2010, ce qui représente à peine plus d’un tiers des naissances de cette année là. La pratique religieuse catholique est donc en baisse manifeste dans ce pays.

Quant à celle de l’Islam elle semble un peu plus régulière mais est loin d’être systématique. Ainsi un sondage IFOP commandé par La Croix en 2011 avait estimé que 75 % des Français issus de familles d’origine musulmane se disaient croyants, mais en réalité seuls 41 % se considèrent comme pratiquants (contre 16 % des Français d’origine catholique) et un quart seulement affirment se rendre à la mosquée tous les vendredis. La proportion est plus élevée que pour les catholiques mais reste minoritaire. Une autre analyse parue dans Le Monde évalue ainsi à environ 4 à 5 millions le nombre de personnes de culture musulmane vivant en France (soit environ 8 % de la population française), ce qui représenterait donc un peu plus d’un millions de pratiquant se rendant régulièrement dans un des 2500 lieux de cultes musulmans recensés en France par le Ministère de l’Intérieur. En comparaison, on constate que les quelques 3 millions de catholiques qui disent se rendre régulièrement à la messe ont à leur disposition pas moins de 40 000 églises, ce qui est leur laisse largement la place de prier à défaut de trouver suffisamment de prêtres, crise des vocations oblige…

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l'Express)

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l’Express)

Cet article du Monde fait aussi référence à l’évolution du sentiment religieux qui semble plus fort chez les jeunes générations d’origine musulmane ainsi qu’aux conversions vers l’Islam qui concerneraient en France de l’ordre de 4000 personnes chaque année, chiffre finalement assez faible bien que suscitant de nombreux fantasmes. Cet accroissement de la pratique religieuse et de l’identité musulmane chez les jeunes générations, serait, selon une étude du sociologue Hugues Lagrange publiée en 2013, davantage le reflet d’un « sentiment de relégation sociale » qui favoriserait l’émergence d’une culture de l’islam rigoriste parfois opposé aux valeurs de la République.

A défaut d’être « mystique », notre siècle est en tout cas pour beaucoup d’entre nous celui des inégalités et des frustrations, ce qui peut en effet conduire, si nous n’y prenons garde, à un repli identitaire et une réactivation des conflits religieux dont l’histoire a montré tout les périls qu’ils peuvent engendrer. Espérons que nous saurons les éviter en nous appuyant sur les leçons du passé…

C.M. et L.V.

Caroline Fourest, pasionaria de la liberté républicaine…

16 mai 2015

S’il est un nom qui provoque des réactions contradictoires, c’est bien celui de Caroline Fourest, journaliste et essayiste, abonnée des médias audio-visuels, de France-Inter à C dans l’air, et qui déclenche bien des passions. « Cheval de Troie ou Jeanne d’Arc ? » selon l’expression du blogueur Achille1 qui rappelle que ces deux figures emblématiques périrent dans les flammes et qui met en garde la journaliste de se brûler à son tour au feu des médias à force de surexposition…

Il suffit de se promener sur la toile pour découvrir à quel point elle attise les haines et se fait honnir aussi bien par une partie de la Gauche qui la taxe d’islamophobie que par les milieux catholiques traditionalistes qui lui reprochent son féminisme ou par les islamistes qui l’accusent d’intolérance, elle qui milite au contraire, avec beaucoup de mesure et d’humanité pour que des mamans voilées aient le droit d’accompagner leurs enfants dans les sorties scolaires en dépit de la loi sur l’interdiction du voile à l’école et qui ne ménage pas ses efforts de médiatrice en cas de conflit entre lycéennes provocantes et chefs d’établissement rigides…

Blog183_PhFourest1Née en 1975 à Aix-en-Provence, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales, Caroline Fourest a débuté sa carrière comme journaliste et s’est fait renvoyer du magazine étudiant Transfac pour lequel elle avait infiltré une secte évangéliste, car jugée trop militante. Depuis, ses combats n’ont pas varié, en faveur du féminisme, de l’anti-racisme et de la laïcité, ce qui l’a amenée à se frotter aussi bien à l’extrême-droite qu’à tous les milieux intégristes religieux, catholiques comme musulmans.

Un combat dangereux qui l’a conduite à subir plusieurs agressions violentes, notamment en 2012 où elle a été sévèrement prise à partie par des militants enragés de l’association intégriste Civitas alors qu’elle suivait pour un reportage une manifestation des Femens. La revue Prochoix, qu’elle a fondée en 1997 et dont elle est rédactrice en chef s’est justement donnée pour mission de « défendre les libertés individuelles contre toute idéologie dogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste » : tout un programme qui résume bien les valeurs qui sous-tendent son engagement militant.

Ancienne journaliste à Charlie Hebdo, l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs de ses ex-collègues et amis, ne pouvait bien évidemment pas la laisser indifférente. Surtout au vu des réactions de certains qui n’ont pas tardé à laisser entendre qu’au fond les caricaturistes de Charlie Hebdo l’avaient bien cherché et qu’on ne se moque pas impunément des valeurs religieuses millénaires.Blog183_PhSkyNews L’hypocrisie des médias anglo-saxons en particulier l’a fortement touchée, elle qui s’est retrouvée censurée en direct par la chaîne britannique Sky News pour avoir seulement voulu montrer à l’antenne la couverture de Charlie Hebdo afin de la commenter aux téléspectateurs.

C’est cette réaction qu’elle a tentée d’expliquer dans son dernier ouvrage qui vient de paraître, quelques mois après les attentats de janvier 2015. Intitulé « Éloge du blasphème », cet essai, édité chez Grasset, est un véritable plaidoyer en faveur de la laïcité à la Française qui heurte tant les milieux fondamentalistes, qu’ils soient américains, israéliens ou saoudiens… Elle y dénonce en particulier le puritanisme des outils à diffusion planétaires que sont You Tube, Twitter ou Facebook, qui, sous la pression des États et des grands organisations religieuses, traquent impitoyablement toute photo de torse féminin dénudé et toute critique jugée blasphématoire envers les pratiques religieuses, mais laissent se diffuser largement les appels à la haine des jihadistes et autres fondamentalistes.

Blog183_PhLivreElle s’y inquiète aussi du fait que la conception même de la laïcité en France serait désormais fragilisée, avec une recrudescence des attaques contre ceux qui la défendent. Ce ne sont pas seulement les dessinateurs de Charlie Hebdo qui sont menacés physiquement pour avoir osé faire figurer Mahomet dans leurs caricatures, mais aussi de nombreux intellectuels et leaders religieux de toutes confessions voire des universitaires dont le seul crime est de vouloir réfléchir à la place du voile dans les établissements scolaires ou au conflit israélo-palestinien. « Les figures emblématiques de la laïcité ne peuvent plus parler en public sans crainte d’être assassinées ou de faire courir un risque aux autres. Pas une semaine n’est passée depuis l’attentat sans que l’on s’inquiète pour l’un des nôtres. […] A l’enterrement de Charb, chaque rangée finissait par des agents de sécurité. […] Les démocraties auront-elles les moyens de protéger ceux qui défendent la liberté ? ».

Delacroix, Die Freiheit fuehrt das Volk - Delacroix / Liberty leading the People - Delacroix, La liberte guidant le peuple

De vraies questions qui interpellent le citoyen habitué à vivre dans un monde où le respect des libertés individuelles est considéré comme un acquis intangible alors qu’il relève d’un éternel combat. Un livre courageux et engagé, d’une grande lucidité, qui mérite d’être lu par tous ceux qui sont attachés à un vivre ensemble ouvert et démocratique !

L. V. PetitLutinVert

Israël contre les Juifs

19 février 2015

AfficheConfStambul_A4coulLe 23 septembre 2013, le Cercle progressiste carnussien avait invité Pierre Stambul à animer une conférence intitulée « La guerre israélo-palestinienne : quelles causes ? Quelle issue ? ». Se décrivant lui-même comme juif, athée et antisioniste (après avoir vécu en Israël), il milite à l’Union juive française pour la paix, sur le site de laquelle il vient de publier le texte suivant que nous reproduisons in extenso car il soulève plusieurs questions intéressantes en cette période où l’on parle beaucoup d’antisémitisme en France…

C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.

On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable.

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Retour sur un passé récent

L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, considérait que l’acquittement et la réhabilitation de Dreyfus étaient l’objectif de tous ceux qui étaient épris de liberté et refusaient le racisme.

L’histoire des Juifs français a été marquée par leur participation importante à la résistance contre le nazisme et le régime de Vichy, puis par l’engagement de nombre d’entre eux dans des luttes progressistes et/ou anticoloniales. Les intellectuels juifs de cette époque s’appelaient Raymond Aubrac, Marc Bloch, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Stéphane Hessel. C’était une époque où beaucoup de Juifs pensaient que leur propre émancipation passait par celle de tou-te-s. C’était une époque où le racisme, le fascisme et la haine de l’autre étaient considérés comme des abjections à combattre. Les enfants juifs allaient à l’école publique, jamais il ne leur serait venu à l’idée de se séparer des autres dans des écoles confessionnelles.

Stéphane Hessel en 2011 © EPA/H. Villalobos

Stéphane Hessel en 2011 © EPA/H. Villalobos

On s’efforce aujourd’hui en Israël d’effacer l’histoire des Juifs dans les différents pays où ils ont vécu. Si les Juifs ont longtemps été considérés par les antisémites en Europe comme des parias inassimilables et s’ils ont été persécutés parce qu’ils constituaient un obstacle aux nationalismes fous qui rêvaient de sociétés ethniquement pures, ils n’ont jamais recherché la séparation mais au contraire l’insertion à l’intérieur des sociétés dans lesquels ils vivaient.

Une assignation à la désertion

On fait un saut de quelques années. En tête d’une gigantesque manifestation parisienne censée dénoncer le terrorisme, on trouve trois criminels de guerre, Nétanyahou, Lieberman et Bennet qui viennent de s’illustrer dans le massacre de plus de 2000 Palestinien-ne-s (essentiellement des civil-e-s) à Gaza pendant l’été 2014. Profitant de l’émotion causée par l’attentat antisémite de la Porte de Vincennes, Nétanyahou est autorisé (par le gouvernement français) à déclarer aux Juifs français qu’ils sont en insécurité en France et qu’ils doivent partir dans leur « vrai » pays, Israël.

A gauche, le premier ministre israélien en tête de cortège de la marche républicaine à Paris le 11 janvier 2015 © E. Feferberg (AFP)

A gauche, le premier ministre israélien en tête de cortège de la marche républicaine à Paris le 11 janvier 2015 © E. Feferberg (AFP)

En fait, le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme. Il s’en est toujours nourri avec en permanence un seul et unique but : faire immigrer le maximum de Juifs en Israël. Du coup, Nétanyahou n’hésite pas à mettre en danger les Juifs français. Il en fait des étrangers dans leur propre pays, des « touristes » qui n’ont pas compris que leur « patrie » est là-bas. Les Juifs sont sommés d’être des « traîtres » (à la seule et unique cause, celle du Grand Israël de la mer au Jourdain) ou des complices. La France a toujours été un échec pour Israël : à peine 80000 Juifs sont partis depuis 1948 et une moitié est revenue. Alors la propagande se fait assourdissante. Pourtant, s’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.

À « l’alyah » (la montée) des vivants vers Israël, s’ajoute à présent celle des morts. Les autorités israéliennes incitent vivement les Juifs français à faire enterrer leurs proches en Israël. Ainsi les victimes de la tuerie de la porte de Vincennes ont été inhumées au cimetière de Givat Shaul. Ce « quartier » de Jérusalem, c’est l’ancien Deir Yassine, le village martyr de la guerre de 1948 où les milices de l’Irgoun dirigées par Menachem Begin ont massacré toute la population avant que le village ne soit, comme tant d’autres, rayé de la carte. Quel symbole !

Israël à l’avant-garde de l’islamophobie

Les Juifs ont vécu pendant des centaines d’années dans le monde musulman. Ils ont même été accueillis par l’empire ottoman après leur expulsion d’Espagne en 1492. Aujourd’hui, Israël participe à la diabolisation des Arabes et des musulmans en se comportant en élève modèle du « choc des civilisations ». Le racisme anti-arabe et l’islamophobie s’expriment ouvertement, des politiciens en ont fait leur fond de commerce et les passages à l’acte sont fréquents. Les crimes de masse comme à Gaza ou la multiplication des propos racistes (Pour le rabbin Rosen, les Palestiniens sont des Amalécites et la Torah autorise qu’on les tue ainsi que leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux) laisseront des traces. Comment imaginer que ce qui est infligé aux Palestiniens sera sans conséquences ?

Colons israéliens s'attaquant à une vieille femme palestinienne à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Colons israéliens s’attaquant à une vieille femme palestinienne à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

En Israël, des propagandistes rivalisent pour expliquer que les Juifs ont vécu l’enfer dans le monde musulman, masquant le fait que l’antisémitisme a été avant tout une invention européenne et chrétienne. Les Juifs orientaux subissent en Israël des discriminations sociales et un mépris raciste. Ils ont souvent été humiliés et discriminés à leur arrivée. Ils sont coupés de leurs racines et poussés à renier leur identité. L’expulsion des Palestiniens de 1948 est présentée comme un « échange de population » alors que le sionisme est le principal responsable, et de la Nakba, et du départ des Juifs orientaux de leurs pays.

Qu’y a-t-il de juif en Israël ?

Les sionistes ont théorisé l’idée que les Juifs et les non-Juifs ne peuvent pas vivre ensemble. C’est totalement contraire à tout ce qui s’est passé pendant des centaines d’années. Cela va à l’encontre de l’aspiration des Juifs à sortir des ghettos, des mellahs et des juderias pour devenir des citoyens normaux.
Blog158_PhUltraorthodoxesLes Juifs religieux qui émigrent en Israël y rencontreront rarement la religion telle qu’elle a été pratiquée pendant des siècles. Le courant national-religieux s’est imposé. Ce courant intégriste a totalement révisé la religion. Le « peuple élu », ça n’a jamais voulu dire qu’il a plus de droit que les autres mais au contraire qu’il a plus de devoirs. Parmi les préceptes, il y a
« ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « L’an prochain à Jérusalem », ça n’a jamais voulu dire qu’il faut réaliser le nettoyage ethnique en cours, mais « vivement que le Messie vienne ». L’hébreu a toujours été une langue religieuse interdite à l’usage profane. La religion juive est une religion de « l’exil ». L’installation sur cette terre (d’Israël/Palestine) avant l’arrivée du Messie et a fortiori l’établissement d’un Etat juif étaient interdits. D’ailleurs les Juifs expulsés d’Espagne en 1492 ne sont pas allés à Jérusalem. Herzl a rencontré une hostilité quasi unanime des rabbins contre le projet sioniste dès qu’il a été question d’établir un État juif en Palestine.

Pour les Juifs laïques, les valeurs dominantes d’Israël sont à l’antithèse de ce que sont pour eux les valeurs du judaïsme. Où trouve-t-on dans la tradition juive le racisme, le chauvinisme, le militarisme, le négationnisme de l’existence et de la dignité de l’autre ? Qu’y a-t-il de commun entre ce qu’ont représenté les grands intellectuels juifs (Einstein, Freud, Arendt, Kafka, Benjamin …) et les criminels de guerre qui dirigent Israël ? Qu’est devenue en Israël la mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre le fascisme et le colonialisme (Marek Edelman, Abraham Serfaty, Henri Curiel…) ? De quel héritage juif peuvent se prévaloir les colons et les militaires qui justifient à l’avance les violences et les crimes commis contre les Palestiniens ?

Affrontements entre manifestants palestiniens et soldats israéliens en 2013 à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Affrontements entre manifestants palestiniens et soldats israéliens en 2013 à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Comme l’écrit l’historien israélien Shlomo Sand à propos du livre de Yakov Rabkin Comprendre l’État d’Israël, « celui qui voit dans le sionisme une continuation du judaïsme ferait bien de lire ce livre. Mais celui qui croit que l’État d’Israël est un État juif est obligé de le lire ».

Certains Juifs pensent qu’après le génocide nazi, Israël est l’ultime refuge. Au nom de quoi les dirigeants israéliens peuvent-ils brandir partout l’antisémitisme et le souvenir du génocide ? Les sionistes n’ont joué qu’un rôle marginal dans la lutte contre l’antisémitisme et la résistance au nazisme. Certains dirigeants sionistes ont même eu un comportement honteux pendant la montée du fascisme (Ben Gourion avec les accords de Haavara, 1933) et à l’époque de l’extermination (le groupe Stern assassinant des soldats et des dignitaires britanniques). Comment ne pas comprendre que la mémoire du génocide signifie « que cela n’arrive plus jamais » et pas « que cela ne NOUS arrive plus jamais », ce qui correspond à une vision tribale de l’humanité totalement contraire à toutes les formes d’héritage juif.

Refuser l’assignation et la peur, refuser toutes les formes de racisme et de discrimination

Il y a des confrontations qui ont du sens : les luttes contre l’oppression, la domination, le colonialisme, pour l’égalité des droits. On nous vend aujourd’hui une guerre qui n’est pas la nôtre : celle d’un monde dit « civilisé » contre le « terrorisme islamique ». Dans cette « guerre », les musulmans sont considérés comme des terroristes en puissance et sont sommés de « prouver » qu’ils ne sont pas des complices de Daesh. Et les Juifs sont assignés à soutenir sans réserve une politique israélienne criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs.

Blog158_PhCartes

Cette fuite en avant criminelle tient par la peur. Ce syndrome assure le consensus à un point tel qu’un négociateur palestinien (le professeur Albert Aghazarian) a pu dire que les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Cette peur irrationnelle a gagné beaucoup de Juifs français.

Dans le contexte du « choc des civilisations », prétexte des dominants pour ensanglanter le monde, il y a en France une montée générale de toutes les formes de racisme. Contrairement à l’image fabriquée par les principaux médias, le racisme frappe essentiellement tous les « dominés », toutes les victimes de l’apartheid social : Arabes, Noirs, Roms. Il prend une nouvelle tournure en se masquant derrière l’islamophobie. Comme il n’est plus politiquement correct de dire « sale arabe », on diabolise l’islam. Il y a aussi une incontestable et détestable montée de l’antisémitisme. Mais les différentes formes de racisme ne sont pas traitées de la même façon.

Les dirigeants israéliens et en France le CRIF, participent activement à la stigmatisation des musulmans. Ils affirment contre toute évidence qu’il n’y a qu’un seul racisme à dénoncer (l’antisémitisme) et qu’on est à la veille d’une nouvelle « nuit de cristal ». Ils font apparaître les Juifs comme ceux que le pouvoir protège alors que l’idéologie sécuritaire, les déclarations des principaux dirigeants et le travail nauséabond de pseudo intellectuels, visent une seule population déclarée dangereuse.

Les stéréotypes antisémites se nourrissent aussi de la complicité du CRIF avec la politique israélienne et de la partialité évidente du pouvoir. À l’heure des confusions, l’indignation légitime contre les crimes israéliens fait monter l’antisémitisme et les quelques paumés attirés par la violence effroyable de Daesh commettent des attentats criminels contre les Juifs parce que Juifs.

La lutte contre le racisme ne peut pas être découpée. Choisir certaines « bonnes » victimes contre d’autres est à l’antithèse du combat antiraciste. La politique israélienne et la négation totale des droits du peuple palestinien ne protègent absolument pas les Juifs. Au contraire. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer le Juif », celui qui pensait que son émancipation passait par celle de l’humanité. Comme le dit le militant israélien anticolonialiste Eitan Bronstein : « nous ne serons jamais libres tant que les Palestiniens ne le seront pas ». En refusant le tribalisme, les Juifs français réaffirmeront une histoire dont ils peuvent être fiers.

C’est tou-te-s ensemble qu’il faut combattre tous les racismes, toutes les stigmatisations, toutes les discriminations. C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

Pierre Stamboul

Après la tuerie de Charlie Hebdo, réactions et Réaction…

11 janvier 2015

Quelques jours seulement après l’attentat qui a lâchement décapité la rédaction du journal libertaire Charlie Hebdo, les réactions en France et à travers le monde sont unanimes pour condamner cet acte de barbarie dirigé contre la liberté de la presse et contre le droit à l’insolence toute voltairienne contre le pouvoir et les excès des religions, quelles qu’elles soient.

Rassemblement à Paris, Place de la république, dimanche 11 janvier 2015

Rassemblement à Paris, Place de la république, dimanche 11 janvier 2015

La marche qui a eu lieu cette après-midi même à Paris a rassemblé un nombre incalculable de personnes, dont de très nombreuses personnalités et même des chefs d’État venus du monde entier exprimer leur solidarité envers la France des Lumières attaquée pour son irrévérence et son esprit de controverse. C’est probablement le plus gros rassemblement à Paris depuis la Libération, ce qui en dit long sur l’ampleur du rejet que suscitent ceux qui sont entrés ce 7 janvier 2015 armés de kalachnikov dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo, d’autant que de nombreux autres cortèges ont eu lieu tout le week-end dans la plupart des grandes villes de France.

Blog139_PhCharlieEt pourtant, cette mobilisation populaire massive, ces réactions spontanées de soutien et d’adhésion de tous ceux qui proclament fièrement « je suis Charlie », tout ceci ne doit pas faire oublier que les choses ne sont malheureusement sans doute pas si simples… Plusieurs des chefs d’État qui ont défilé aujourd’hui aux côtés de François Hollande se mobilisaient certes contre le terrorisme islamisme mais sont bien loin de partager avec les fondateurs de Charlie Hebdo son combat pour la liberté d’expression…

Nombre de responsables politiques qui affirment aujourd’hui leur solidarité avec les journalistes et les caricaturistes assassinés, n’ont pas toujours exprimé le même soutien à leur égard. Rappelons-nous Laurent Fabius critiquant Charlie Hebdo depuis Le Caire et affirmant « je ne vois pas du tout l’utilité quelconque d’une provocation et même je la condamne d’une façon très nette », ou Jean-Marc Ayrault appelant à « l’esprit de responsabilité de chacun » et invitant « ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions » à déposer plainte. Souvenons-nous aussi de Jacques Chirac affirmant, après la fatwa lancée contre l’écrivain Salman Rushdie en 1989, « je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent les blasphèmes pour faire de l’argent, c’est misérable ». Avec de tels défenseurs, on conçoit que les héritiers de Voltaire, dans leur combat pour « écraser l’infâme », se sentaient un peu seuls et que l’esprit réactionnaire n’est jamais bien loin…

Ne parlons même pas de Jean-Marie Le Pen qui, non seulement ne se sent absolument pas concerné par ce qui vient d’arriver à Charlie Hebdo, mais a même profité des rassemblements de ce week-end pour annoncer sa prochaine candidature aux élections régionales… Mais n’oublions pas non plus les intellectuels qui n’ont pas tous la retenue et la finesse d’analyse d’un Boris Cyrulnik, neuropsychiatre de renom, qui décortique avec beaucoup de lucidité comment de jeunes Français se font manipuler pour devenir les instruments du terrorisme islamiste, alors que d’autres intellectuels au contraire déplorent que l’on puisse heurter les sensibilités en se moquant des excès de la religion. Qui d’entre eux a réagi face aux paroles interprétés par une dizaine de rappeurs appelant à « un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo » ?

Blog139_DessinMahometLorsque Charlie Hebdo avait publié les fameuses caricatures de Mahomet, le Conseil français du culte musulman les avait qualifiées d’ « actes islamophobes qui visent à offenser délibérément les sentiments des musulmans ». Aujourd’hui de même, certaines réactions manquent pour le moins de chaleur et sont teintées d’ambiguïté. Ainsi, un communiqué de l’Union juive française pour la Paix n’hésite pas à affirmer que « Les actes de Charlie Hebdo, et les caricatures et les articles sont des actes, ont participé au développement de l’islamophobie en France ». Autrement dit, ces mécréants de journalistes n’auraient pas dû dessiner LE Prophète car c’était provocateur ? Donc de caricaturer chaque semaine Le Pen, a sans doute favorisé le FN ? Ou dessiner les SDF, a contribué à l’augmentation des sans abris ? C’est absurde.

Les journalistes de Charlie Hebdo ont été assassinés pour leurs idées. Celles-ci n’ont tué personne, eux non plus. Les religions qu’ils critiquaient ne peuvent, depuis quelques siècles, en dire de même. De plus, ils ne caricaturaient pas que les religions, mais aussi  les idéologies, le militarisme et la guerre, qui, comme ne le dit pas l’UJFP sont, avec l’intolérance religieuse les principaux moteurs des dominations et des discriminations. Ce communiqué rejoint hélas les propos tenus sur internet par certains islamistes (« ils l’avaient bien cherché ! ») ou de groupes d’extrême-droite, traditionnellement hostiles à Charlie Hebdo.

Blog139_DessinCabuIl ne suffit pas de dénoncer les dérives des autres. Il faut aussi être lucide sur ses propres dérives. Dans tous les mécontents de Charlie Hebdo du dessin ci-dessus, où se trouve l’UJFP ?

L.V. & J. B.

La Laïcité comme principe fondateur du bien vivre ensemble

4 juin 2014

Dans un contexte où l’intolérance se manifeste au quotidien sous des formes allant de la suspicion à l’égard d’autrui jusqu’au rejet des étrangers et au repli identitaire – les résultats des dernières élections européennes en attestent -, il nous paraît nécessaire d’effectuer un point d’histoire sur la laïcité, une des valeurs constitutive de notre République, et cela avant d’apporter un éclairage sur la situation de la commune de Carnoux-en-Provence.

Spinoza, portugais d’origine, a fui les persécutions des juifs pour trouver asile aux Pays-Bas

Spinoza, portugais d’origine, a fui les persécutions des juifs pour trouver asile aux Pays-Bas

Le principe de Laïcité émerge au XVIIème siècle. Le philosophe Spinoza (l’Ethique) le formule comme une émancipation afin que chaque individu singulier reste maître de lui-même tout en prenant part à la concorde commune faite de justice sociale et de dialogue rationnel. Dès les premières années de la Révolution française, dans les Cinq mémoires sur l’Instruction publique, Condorcet développe les principes de tolérance, de laïcité et de liberté de penser. C’est plus d’un siècle plus tard, par la loi du 9 décembre 1905, que la République décide de la séparation des églises et de l’Etat. Dans ce texte, elle s’engage à assurer la liberté de conscience et à garantir le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public (Titre 1er : Principes, article 1). Cette loi s’applique à tous les services publics de l’Etat, des départements et des communes, et laïcise l’Ecole (article 2).

Plus près de nous, dans le préambule de la constitution de 1946 qui fonde la IVème République (article 13), le principe juridique de la laïcité de l’Etat est institutionnalisé. Ce principe est repris à l’article 1er du texte de la Constitution du 4 octobre 1958 (Vème République) : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Enfin, La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU, 1948) et la Convention européenne des droits de l’homme (1950) affirment les principes de liberté de pensée, de conscience, de religion et d’expression et prononcent l’interdiction des discriminations.

Nos enfants scolarisés reçoivent depuis deux années une formation civique qui s’appuie sur la Charte de la Laïcité à l’Ecole, mais qu’en est-il des adultes pour qui laïcité est souvent synonyme d’athéisme, voire de sentiment antireligieux jusqu’au refus de toute référence spirituelle, fut-elle culturelle ?

Dessin de Jean Effel

Dessin de Jean Effel

La laïcité est un principe d’émancipation, et toute émancipation implique séparation, notamment entre ce qui relève de la sphère publique d’une part et des choix individuels d’autre part.

A Carnoux, il semble que quelques latitudes soient prises avec le respect de ce principe. Les quelques exemples qui suivent en témoignent.

Tout d’abord quand la municipalité rachète au prix fort le collège Saint-Augustin destiné à être démoli à la charge de la collectivité et dans le même temps fournit des facilités de paiement au diocèse pour alléger ses charges dans l’acquisition d’un terrain communal destiné à l’implantation d’une école privée sous contrat : l’intérêt du diocèse passerait-il avant l’intérêt public ? 

Photo15aout2011Ensuite, et cela s’est encore produit cette année pour la commémoration du 8 mai 1945, quand le maire invite les citoyens à se réunir devant l’Hôtel de ville, puis à se rendre tous ensemble à la célébration religieuse à l’église Notre Dame d’Afrique, avant la cérémonie aux couleurs au monument Lyautey et le vin d’honneur (source : La Provence du 6 mai 2014).

Enfin, en matière de subvention aux associations ou de fête, lorsque sont « oubliées » celles qui visent à développer l’esprit critique des carnussiens.

Ces exemples révèlent que la neutralité de l’Etat qui garantit la liberté de conscience, et ici celle de ses services publics territoriaux, fait l’objet d’interprétations locales.

Puisse cet article apporter sa pierre à la construction d’une éthique républicaine partagée pour favoriser le bien vivre ensemble à Carnoux-en-Provence.

Maroiller

Syrie : qu’irions-nous faire dans cette galère ?

3 septembre 2013

Avant même que les experts de l’ONU ne remettent leur rapport, les Etats-Unis estiment avoir suffisamment de preuves de l’implication du régime de Bachar el-Assad dans les attaques aux gaz sarin qui auraient fait autour de 1500 victimes, dont plus de 400 enfants, le 21 août 2013 dans la banlieue de Damas et ils envisagent sérieusement des attaques ciblées contre le régime syrien. Le parlement anglais a refusé de s’associer à une telle intervention mais le gouvernement français, fort de son récent succès au Mali, semble prêt à emboîter le pas aux Américains malgré l’opposition mainte fois répétée des Russes et des Chinois qui bloquent toute intervention commune sous l’égide des Nations-Unies. Est-ce le début d’un engrenage qui pourrait nous conduire à un conflit généralisé, sous l’effet du jeu des alliances respectives, comme cela avait été le cas en 1914, suite aux provocations des nationalistes serbes face à l’empire austro-hongrois ?

interview de Bachar el-Assad  (source : agence Reuters)

interview de Bachar el-Assad (source : agence Reuters)

A première vue pourtant, les choses paraissent simples : un dictateur sanguinaire, Bachar el-Assad (dont on oublie parfois qu’il a été élu président de la république syrienne par un référendum populaire en juillet 2000, reconduit à cette même fonction en mai 2007 et reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkosy lors des cérémonies du 14 juillet 2008), réprime avec la plus extrême brutalité les mouvements de protestation sociale et politique de son peuple depuis mars 2011, n’hésitant pas pour sauver son pouvoir à recourir aux bombardements et désormais aux gaz chimiques (la Syrie étant un des rares pays à n’avoir jamais signé la convention internationale sur les armes chimiques).

dessin de Chappatte paru dans Le Temps

dessin de Chappatte paru dans Le Temps

En réalité, comme souvent au Proche-Orient, les choses sont probablement plus complexes qu’il n’y paraît. La révolte populaire contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad est aussi celle d’une majorité sunnite contre la minorité alaouite (une branche dissidente du chiisme) qui détient la majorité des postes à responsabilité au sein de l’armée et de l’appareil sécuritaire depuis que le parti Baas a pris le contrôle du pays à la suite d’un coup d’état en 1963. Le caractère peu démocratique du régime ne fait guère de doute, l’état d’urgence y étant toujours en vigueur depuis 1973 !

Mais l’opposition depuis les années 1980 est notamment incarnée par les Frères musulmans qui ont privilégié les actions violentes, ce qui a permis au pouvoir de renforcer la répression y compris à l’encontre de l’opposition démocratique. Quant aux mouvements qui combattent actuellement le pouvoir de Bachar el-Assad, ils sont principalement d’obédience sunnite et certains sont clairement des groupes jihadistes proches d’Al-Qaida, ce qui leur vaut le soutien des pays chantres du wahabisme, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que le soutien (plus modéré) de la Turquie. En face, le pouvoir en place se targue d’une politique laïque qui lui vaut le soutien des chrétiens, lesquels constitueraient près de 10 % de la population syrienne, dont une forte proportion de grecs orthodoxes, ce qui explique en partie la bienveillance de Moscou à l’égard de ce régime. L’appartenance des Alaouites au monde chiite explique par ailleurs le fort engagement de la république islamique d’Iran mais aussi de son allié libanais du Hezbollah aux côtés du régime de Bachar el-Assad.

combattants de l'opposition (source : FreedomHouse2)

combattants de l’opposition (source : FreedomHouse2)

Bref, on se retrouve peu ou prou dans le schéma de l’Irak, longtemps dominé par une minorité sunnite dans le cadre du régime baassiste fort de Saddam Hussein, soutenu pendant des années par les pays occidentaux (y compris dans sa guerre contre l’Iran qui a fait 1 million de morts) et qui est désormais aux mains de la majorité chiite suite à l’intervention militaire américaine… et plongée dans un chaos indescriptible dont la population fait malheureusement les frais avec son lot quotidien d’attentats. La Syrie connaît depuis 2012 une véritable guerre civile qui aurait déjà fait de l’ordre de 100 000 morts et on ne peut évidemment qu’appeler de nos vœux toute initiative en faveur d’une évolution du régime vers davantage de liberté et de justice sociale. Cela ne signifie pas qu’une intervention militaire étrangère, aussi ciblée soit-elle, serait forcément le meilleur moyen d’y parvenir : les exemples récents de l’Afghanistan, du Liban, de la Lybie ou de l’Irak sont malheureusement là pour nous rappeler que l’option militaire n’est pas toujours la meilleurs voie vers l’apaisement dans un contexte aussi complexe…

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