Posts Tagged ‘changement climatique’

6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Trump place les États-Unis au ban de l’humanité

3 juin 2017

Finalement, personne n’aura été capable de convaincre le président des États-Unis, l’insaisissable Donald Trump, que l’avenir de la planète pouvait justifier un minimum de sacrifice vis-à-vis des intérêts économiques américains à court terme. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Dès leur première rencontre et la poignée de main musclée avec le nouveau président français, Emmanuel Macron, ce dernier avait insisté pour que Donald Trump prenne le temps de la réflexion avant d’annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, qui avait été adopté par 195 pays à l’issue de la COP 21 en décembre 2015 et était entré en vigueur moins d’un an plus tard, le 4 novembre 2016, après que 146 pays, dont les États-Unis, l’aient ratifié.

Poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN, le 25 mai 2017 à Bruxelles (photo © Reuters)

Le sujet avait été au coeur des discussions lors du sommet du G7 à Taormina où les autres chefs d’États présents avaient tenté de convaincre le magnat de l’immobilier américain, devenu président de la première puissance économique mondiale, que l’avenir de la planète méritait peut-être réflexion. Dans son pays même, de très nombreuses voix, dont celle de sa propre fille Ivanka, s’étaient élevées pour tenter de convaincre le président Trump de revenir sur sa promesse de campagne. Les PDG de très grosses entreprises américaines, dont Facebook, Google, Apple, ou encore Exxon ont également pris position en faveur du respect de l’Accord de Paris qui engage les États-Unis à diminuer d’ici 2015 de 26 à 28 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 2005, tout en contribuant au fonds de solidarité destiné à aider les pays émergents dans leur effort d’adaptation. Les maires de 75 villes représentant 42 millions d’habitants, ainsi que les gouverneurs de 12 États abritant 102 millions d’Américains, ont aussi publiquement appelé Trump à respecter cet accord.

Certains avaient d’ailleurs cru déceler lors de l’une de ses intervention post-élection une amorce de revirement sur le sujet mais avaient vite déchanté lorsqu’il était revenu, en mars dernier, sur le dispositif mis en place par Barak Obama pour tenter de limiter le développement des centrales thermiques (Clean Power Plan). Nicolas Hulot, qui n’était alors pas encore ministre de la transition écologique et solidaire n’avait pas mâcher ses mots : « Si un jour la notion d’écocide est reconnue en droit international, Donald Trump sera coupable de crimes contre l’humanité ». Même le pape François y était allé de sa mise en garde…

Le président américain Donald Trump annonçant que son pays allait quitter l’Accord de Paris sur le climat, le 1er juin 2017 à Washington (photo © Brendan Smialowski / AFP)

Mais Donald Trump n’a eu cure de tous ces avertissements et a donc annoncé jeudi 1er juin 2017 que les États-Unis se retiraient dès à présent de l’Accord de Paris, justifiant sa décision par sa volonté de faire passer en priorité les intérêts américains à court terme, devant l’avenir de l’humanité à plus long terme : « J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris ». On se saurait être plus clair en effet, ni se montrer plus égoïste… Pour quelqu’un qui est à la tête d’une fortune personnelle gigantesque, au point de préférer ne pas loger à la Maison Banche mais plutôt dans l’une de ses luxueuses demeures dont les photos qui circulent sur le net laissent béats, voilà qui en dit long sur son sens des responsabilités…

Une des 120 pièces de la maison de campagne de Donald Trump à Mar-a-lago (Floride)

C’est d’ailleurs le maire de Pittsburgh qui s’en est étranglé d’indignation, au point de rappeler que rien n’empêche les villes américaines de poursuivre leurs efforts et respecter leurs engagements malgré les déclarations du chef de l’État : « En tant que maire de Pittsburgh, je peux vous assurer que nous suivrons les directives de l’accord de Paris pour nos administrés, notre économie et notre avenir ».

Dessin de Kanar publié dans Alternatives économiques

C’est là tout le paradoxe de cette déclaration de Donald Trump qui va en réalité à l’encontre non seulement de l’opinion publique américaine, désormais favorable à plus de 70 % au maintien dans l’Accord de Paris, mais surtout des intérêts de l’économie américaine largement engagée dans la transition énergétique. On considère ainsi que les énergies renouvelables représentent dès à présent de l’ordre de 770 000 emplois aux États-Unis, 10 fois plus que le secteur du charbon que Donald Trump cherche à favoriser, et surtout que la vitesse de création des emplois y est 17 fois plus importante que dans le reste de l’économie américaine.

Un dessin signé JM (source : actu en dessin)

C’est bien d’ailleurs ce qui inquiète les Américains car la décision de Donald Trump risque de les freiner sur ce marché de la transition énergétique dans lequel la Chine s’est, elle, résolument engagée et se pose désormais en leader mondial, aux côtés de l’Union européenne qui, jusque-là, a été en pointe du combat politique contre le réchauffement climatique global. C’est donc peut-être un revirement géostratégique auquel nous assistons actuellement avec cette position totalement incohérente et irresponsable du chef de l’État américain, même si cette décision est davantage une posture électoraliste qu’un choix stratégique.

Car en réalité, cette dénonciation est pour l’instant largement rhétorique, ne serait-ce que parce que la procédure choisie par Donald Trump pour sortir de l’accord, par la voie de la dénonciation, ne sera effective qu’en novembre 2020, soit juste à la fin de son mandat présidentiel ! En revanche, sa portée symbolique est colossale et son impact sur le reste de la planète va être redoutable, en particulier pour les pays les plus pauvres qui comptaient fermement sur le fameux Fonds vert doté annuellement de 100 milliards de dollars pour les aider à engager leur propre transition énergétique et à s’adapter aux effets déjà bien visibles du changement climatique global.

La façade de la mairie de Paris illuminée en vert le 2 juin 2017 (photo © DR)

Pas sûr que le simple éclairage en vert de l’Hôtel de Ville de Paris, décidé illico par Anne Hidalgo, suffise pour contrebalancer les effets d’une telle décision…

L.V.  

Aires coop et Vue sur Vert, une démarche immobilière éco-responsable

6 mai 2017

A la veille du second tour d’élections présidentielles dont l’environnement a été le grand absent, alors même que les urgences liées à l’adaptation au changement climatique et à la mise en œuvre de la transition énergétique auraient justifié que ces questions soient placées au coeur du débat, saluons l’initiative de cette agence immobilière, Aires Coop, qui se veut coopérative et éco-responsable : tout un programme !

Installée à Marseille, rue Paradis, et créée par deux sœurs, Claire Vergeniolle de Chantal et Sandrine Moreau, cette structure est rattachée à l’agence que cette dernière, ancienne expert comptable, avait fondée en 2010 sous le nom de Cap Patrimoine, spécialisée en conseil de création de patrimoine et dans la transaction de biens de standing en Corse. L’idée qui sous-tend la création d’Aires coop : aider ses clients à acquérir, à Marseille et dans ses environs, un bien immobilier respectueux de l’environnement et accompagner les acquéreurs dans leurs travaux de rénovation énergétique.

Chantier de rénovation à Marseille (architecte Joëlle Burle – source Vue sur Vert)

Aires coop concentre notamment ses activités sur certains quartiers paupérisés de Marseille dont le Panier et la Belle de Mai, pour en faciliter l’accès à des primo-accédants, qui bénéficient dans ces zones de prix encore attractifs pour des logements souvent vétustes où d’importants travaux de rénovation sont à prévoir. L’agence s’investit donc pour aider ces acquéreurs à identifier les possibilités d’aides, via notamment les prêts à taux zéro qui permettent d’assurer les investissements nécessaires en matière d’isolation thermique en particulier. Ainsi, sur un appartement vendu 120 000 € dans le Panier et nécessitant 20 000 € de travaux pour refaire l’isolation et le système de chauffage, il est possible de bénéficier de 13 000 € d’aides directes et de crédits d’impôt, à condition de bien connaître les procédures !

Maison bioclimatique près de Fuveau (source : Aires coop)

L’agence dispose aussi à la vente de biens immobiliers haut de gamme dont une maison d’architecte bioclimatique à ossature bois de 240 m², édifiée sur un vaste terrain boisé situé au pied de la Sainte-Victoire, près de Fuveau. Reconnue « bâtiment durable méditerranéen » par un jury de professionnels, cette villa est un bel exemple d’une construction conçue et réalisée selon une approche environnementale durable, grâce à une insertion soignée dans le paysage, des performances énergétique et une luminosité optimisées par une orientation idéale, ainsi qu’une sobriété extrême en matière d’empreinte environnementale du fait de ses panneaux solaires, sa toiture végétalisée et son système de récupération des eaux de pluie.

Cette agence immobilière un peu atypique vient de s’associer avec un partenaire reconnu dans le milieu de l’architecture durable, Floris Van Lidth, qui a dirigé pendant 6 ans l’association marseillaise EnvirobatBDM, qui œuvre pour la prise en compte des enjeux environnementaux dans la construction et la rénovation du bâti en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Exemple de bâtiment labellisé BDM : crêche de Vaison-la Romaine (source EnvirobatBDM)

La démarche Bâtiments durables méditerranéens (BDM) est devenue un référentiel de qualité en matière d’éco-construction, créé en 2008 et porté par EnvirobatBDM, en partenariat avec l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le Conseil régional PACA. Elle vise notamment à favoriser, dans le domaine du bâtiment, la prise en compte du coût global du projet et pas seulement à minimiser les coûts de construction sans tenir compte des frais de fonctionnement et d’entretien ultérieur, mais aussi à améliorer les pratiques en matière de gestion de projet, alimentées par le retour d’expérience et l’innovation, ainsi que par une valorisation de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

Lycée Alexandra David-Neel à Digne-les-Bains : une construction BDM de l’architecte SARL Leteissier-Corriol (source EnvirobatBDM)

Floris Van Lidth vient lui-même de créer sa propre structure, joliment dénommé Vue sur Vert, destinée à faciliter le développement de projets immobiliers écologiques. Cette coopération amorcée avec l’agence Aires coop permettra de fournir au client des conseils sur le montage juridique et financier des projets, un appui pour trouver des professionnels du bâtiment spécialisés en matière d’éco-construction, une aide pour la recherche du terrain à bâtir ou du bien à rénover, puis un accompagnement pour le suivi de la conception du projet immobilier et de sa réalisation.

L’émergence sur le marché de tels acteurs locaux incite à penser que la demande de nos concitoyens en matière de constructions plus respectueuses de l’environnement est en train de s’étoffer. C’est plutôt une bonne nouvelle dans un monde où climato-sceptiques et adeptes de la rentabilité à court terme ont tendance à tenir encore largement les rênes du pouvoir. Peut-être un espoir que les mentalités sont en train d’évoluer ?

L.V.  

Centrales solaires à tour : une technologie futuriste !

11 avril 2017

C’est probablement le génial Archimède qui a eut le premier l’idée d’utiliser un jeu de miroirs pour concentrer les rayons du soleil de manière industrielle afin d’obtenir des températures élevées, destinées à enflammer la flotte de vaisseaux romains assiégeant la ville de Syracuse. L’histoire est d’ailleurs sans doute exagérée mais on ne prête qu’aux riches…

Le concentrateur solaire de Mouchot en 1878

Toujours est-il que, depuis cette lointaine Antiquité, la technologie a fait son chemin et que les centrales thermiques solaires commencent à se multiplier. C’est d’ailleurs un ingénieur français, un certain Augustin Mouchot, qui en 1866 a inventé le premier moteur solaire constitué d’un réflecteur en forme de parabole qui concentre les rayons du soleil sur une chaudière électrique en verre alimentant une machine à vapeur. Lors de l’exposition de 1878, un appareil de son invention, doté d’une surface réfléchissante de 20 m2 reçoit d’ailleurs une distinction à l’occasion de l’exposition universelle de Paris.

Le four solaire d’Odeillo dans les Pyrénées

Le principe des miroirs paraboliques qui concentrent le rayonnement solaire en leur point focal a été ensuite réutilisé à plus grande échelle, à l’initiative du chimiste français Félix Trombe dont les travaux se sont concrétisés par l’élaboration d’un premier four solaire à Mont-Louis en 1949, puis, à partir de 1962, par la construction d’un prototype semi-industriel, le Grand four solaire d’Odeillo, mis en service en 1970 à Font-Romeu. Une série de miroirs réfléchissants renvoient les rayons du soleil vers d’autres miroirs concentrateurs disposés en parabole qui font converger le rayonnement vers une cible circulaire de 40 cm de diamètre située en haut d’une tour, permettant d’obtenir une température de 3500 °C.

Sur la base de cette expérience, EDF réalise en 1983 sa première centrale solaire Thémis, installée en Cerdagne. Après de nombreux aléas et sous l’impulsion du Conseil général des Pyrénées-Orientales, le site est équipé en 2012 de près de 200 héliostats, des miroirs réfléchissants orientables qui suivent la course du soleil, et concentrent le rayonnement solaire sur un récepteur central situé au sommet d’une tour de 105 m de hauteur, dans lequel circule un fluide caloporteur (à base de sels fondus) permettant de transformer de l’eau en vapeur et d’actionner une turbine pour produire de l’électricité.

La centrale solaire Themis à Targassonne

Ce principe des centrales solaires thermodynamiques à tour est désormais en plein essor dans le monde entier, surtout dans des latitudes où le rayonnement solaire au sol est très supérieur à celui que l’on peut connaître en France. L’Espagne notamment s’est fortement investie dans ce domaine avec notamment la centrale Solar tres, inaugurée en 2011 en Andalousie, d’une puissance d’environ 20 MW avec près de 2500 héliostats et une autonomie de près de 15 heures grâce au stockage d’énergie assuré par l’inertie thermique du fluide caloporteur.

La centrale solaire de Gemasolar, près de Séville en Espagne, avec ses 2650 héliostats

Les États-Unis bien entendu ne sont pas en reste malgré leur exploitation intensive des gaz de schiste, avec en particulier la centrale solaire de Crescent Dunes (dans le désert du Nevada), d’une puissance de 110 MW (à comparer aux 5 MW d’une grande éolienne récente). Entrée en service en 2016, elle est constituée de 10 000 miroirs réfléchissants et d’une tour de 195 m de haut dans laquelle les sels fondus sont portés à 565 °C. Fonctionnant 24 heures sur 24 grâce à l’inertie thermique des sels fondus, cette centrale permet d’alimenter en électricité plus de 75 000 foyers !

Toujours aux États-Unis, la centrale d’Ivanpah dans le désert des Mojave en Californie, à 60 km de Las Vegas, est désormais le plus grand site d’énergie solaire américain avec 3 tours de concentration, 173 500 miroirs et une capacité de production de 392 MW (à comparer aux 900 MW d’un réacteur nucléaire type Fessenheim) qui permet l’alimentation en électricité de 140 000 foyers.

Vue du ciel, les trois champs de miroirs d’Ivanpah (photo G. Mingasson/Getty Images for Bechtel)

Et les projets se multiplient un peu partout. La société américaine BrigthSource Energy qui exploite la centrale d’Ivanpah s’est ainsi associée avec General Electric (qui a racheté la branche énergie d’Alstom, rappelons-le au passage tant l’épisode fut douloureux et inique) pour construire une centrale solaire thermodynamique géante dans le désert du Néguev, en réponse à un appel d’offre lancé par le gouvernement israélien en 2013, pour la modique somme de 660 millions d’euros.

Le champ de miroirs de la centrale Ashalim (photo © J. Guez / AFP)

Cette centrale dénommée Ashalim, qui devrait entrer en fonction fin 2017, sera constituée de 55 000 miroirs réfléchissants répartis sur une superficie de près de 300 hectares, et d’une tour de 24 m de haut encore en cours de construction. Une des particularités de cette installation est que les mouvements permanents des héliostats pour suivre la course du soleil sont réglés par des connections wi-fi pour limiter les coûts d’installation.

D’autres pays suivent la course, dont le Maroc qui est également très intéressé par cette technologie du futur en plein essor. Sa centrale solaire Noor 1, inaugurée en février 2016 près de Ouarzazate, est constituée de miroirs courbes répartis sur 480 ha, et totalise une puissance installée de 160 MW. Et ce n’est qu’un début puisque la deuxième tranche du projet est d’ores et déjà lancée avec, à terme, un objectif affiché de 580 MW de puissance installée !

Vue aérienne de la centrale Noor au Maroc (photo © F. Senna / AFP / Getty images)

N’oublions-pas non plus la centrale solaire de Dubaï qui se construit également par étapes, dans un environnement particulièrement favorable avec 3500 heures d’ensoleillement annuel moyen et des températures au sol de 40 °C en été. L’émirat ambitionne tout simplement de produire un quart de ses besoins en électricité grâce à cette centrale d’ici 2030, soit une puissance installée à cette date de 5 GW, le tout pour un investissement de 12 milliards d’euros…Pour l’instant, la puissance déjà installée est de 100 MW mais pourrait doubler d’ici la fin de l’année 2017 si tout va bien.

Jusque là, le coût de l’électricité produite de cette manière reste supérieur à celui obtenu par d’autres procédés plus classiques mais les choses évoluent rapidement en la matière. De quoi rester (un peu) optimiste quant à la capacité humaine à innover pour développer la production d’énergies renouvelables et limiter progressivement nos émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard…

L.V.

Changement climatique : Donald Trump se serait-il trompé ?

8 décembre 2016

Pendant toute sa campagne électorale, le candidat républicain Donald Trump n’avait pas arrêté d’exprimer une position climato-sceptique des plus caricaturales, ne manquant jamais une occasion, à chaque chute de neige hivernale, de tourner en dérision ceux qui alertent sur le réchauffement climatique global sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre.

Comment peut-on encore douter de la réalité du réchauffement climatique ?

Comment peut-on encore douter de la réalité du réchauffement climatique ?

On se souvient de Vladimir Poutine clamant à qui voulait l’entendre que le réchauffement climatique était une excellente nouvelle pour la Russie et plus encore pour la Sibérie. Manifestement, Trump n’était pas loin de partager ce même sentiment, n’hésitant pas à affirmer que le changement climatique global n’était qu’un « canular », « un concept inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ».

Le candidat, alors en campagne promettait, s’il était élu, d’ « annuler » l’accord de Paris signé par les États-Unis le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP 21 et entré en vigueur le 4 novembre 2016, quelques jours seulement avant la date de l’élection présidentielle américaine.

Il aura donc beaucoup fait parler de lui pendant le déroulement de la COP 22 qui vient de se tenir à Marrakech et à l’occasion de laquelle 360 grandes entreprises américaines ont publié un manifeste l’appelant à changer ses positions face au risque majeur du réchauffement climatique, risque qui pourrait se transformer en formidable opportunité de développement technologique pour peu que les responsables politiques ne s’enferment pas dans le déni et prennent le sujet à bras le corps. L’annonce, pendant la COP 22, d’une des dernières mesures prises par l’administration Obama, visant à diminuer de 80 % les émissions américaines de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 2005, ressemblait d’ailleurs autant à un baroud d’honneur qu’à un pied de nez au milliardaire nouvellement élu.

Lequel semble du coup avoir légèrement atténué sa position maintenant qu’il accède réellement aux responsabilités. C’est du moins ce que la presse mondiale en a déduit suite à une interview qu’il a accordée le 23 novembre dernier au New York Times, entretien dont beaucoup ont compris qu’il ne comptait en réalité pas sortir de l’accord de Paris et que manifestement ses propos quelques peu outranciers tenus lors de la campagne n’étaient plus de mise.

Donald Trump en entretien dans les bureaux du New York Times le 22 novembre 2016 (photo H. Masuike/The New York Times)

Donald Trump en entretien dans les bureaux du New York Times le 22 novembre 2016 (photo H. Masuike/The New York Times)

Or le New York Times a tenu à publier sur son site la transcription intégrale de l’entretien accordé par le nouveau président élu aux journalistes et l’analyse de ses propos, tel que l’a rapporté Stéphane Foucart dans Le Monde, suscite plutôt une certaine perplexité. L’exercice, « offrant ainsi au lecteur un voyage fascinant au cœur des brumes sibyllines de la pensée trumpienne », révèle en tout cas à quel point la pensée du nouveau président est confuse, c’est le moins que l’on puisse dire…

Petit florilège de cet entretien qui restera sans doute dans les annales : à la question du chroniqueur Thomas Friedman : « Allez-vous retirer à l’Amérique son rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique ? » Trump répond : « Je regarde ça de très près, Tom. Je vais vous dire quoi. J’ai l’esprit ouvert là-dessus. On va regarder très soigneusement. C’est une question intéressante parce qu’il y a peu de choses où il y a plus de divisions que sur le changement climatique. Vous avez tendance à ne pas l’écouter, mais il y a des gens de l’autre côté de cette question qui ne sont, tenez, même pas… »blog366_phtrump

Charitable, le patron du journal relance le débat, ce qui permet à Donald Trump de développer sa pensée : « Mais beaucoup de gens intelligents sont en désaccord avec vous. J’ai un esprit très ouvert. Et je vais étudier beaucoup de choses qui se sont produites là-dessus et nous allons les regarder très soigneusement. Mais j’ai un esprit très ouvert. Vous savez, le jour le plus chaud, c’était en 1890 et quelque, en 1898. Vous savez, vous pouvez faire grand cas de différents points de vue. J’ai un esprit totalement ouvert. Mon oncle a été pendant trente-cinq ans professeur au MIT. Il était un grand ingénieur et scientifique. C’était un type bien. Et il était… il y a longtemps, il avait son sentiment — c’était il y a longtemps —, il avait son sentiment à ce sujet. C’est un sujet très complexe. Je ne suis pas sûr que personne saura jamais. »

blog366_dessintrumpEffectivement, il y a fort à craindre qu’on ne saura jamais réellement ce que le nouveau président des États-Unis pense de ce sujet sinon qu’il est certainement très complexe. Peut-être son oncle scientifique aurait-il en effet été plus précis sur le sujet ? Pourtant les journalistes ne se découragent pas pour autant et relancent l’intéressé en lui demandant s’il pense que le réchauffement est lié aux activités humaines. « Maintenant, je pense… disons, je pense qu’il y a une connexion. Il y a quelque chose. Cela dépend à quel point. Cela dépend aussi de combien cela va coûter à nos entreprises. Vous devez bien comprendre, maintenant, nos entreprises ne sont pas compétitives. »

Voilà déjà qui est plus clair. La véracité d’un fait dépend donc, dans l’esprit de M. Trump, de son coût pour les entreprises américaines. Un journaliste insiste : les États-Unis vont-ils, oui ou non, se retirer de l’accord de Paris ? « Je vais y jeter un œil », répond simplement M. Trump.

Faut-il donc vraiment être rassuré par une position manifestement encore bien mouvante ? Le journaliste du Monde qui rapporte ces propos parait pour le moins inquiet à ce sujet et retient surtout de cet entretien que si Donald Trump insiste autant, tout au long de cette interview, sur son ouverture d’esprit, il est surtout à craindre que l’esprit du nouveau président soit en réalité plutôt « ouvert aux quatre vents »…

L.V.  lutinvert1small

Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ?

20 novembre 2016

Alors même que se déroule le premier tour des primaires de la droite, force est de constater que jusqu’à présent et à cinq mois tout juste du premier tour des prochaines élections présidentielles, il n’a guère été question d’environnement dans cette campagne électorale qui pourtant bat déjà son plein.blog360_dessintrump

Les nouvelles de la planète ne sont pourtant pas des meilleures et nul désormais ne peut nier la réalité du changement climatique, sauf à être d’une mauvaise foi flagrante comme le futur président des États-Unis, Donald Trump, pour qui il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « canular », une simple invention des Chinois pour empêcher les Américains d’exploiter leurs ressources en gaz de schiste…

Nous sommes en 2016 et tout indique que les 16 années que nous venons de connaître depuis le passage à l’an 2000 font partie des 17 les plus chaudes que la Terre a connu depuis le début des mesures météorologiques au XIXème siècle. Quant à la réalité du lien de causalité entre ce réchauffement climatique global et l’activité humaine via l’exploitation des énergies carbonées et la production massive de gaz à effet de serre, aucun scientifique sérieux n’est plus en mesure actuellement de la nier, malgré les efforts désespérés des plus climatosceptiques d’entre eux.

Ce qui n’empêche pas certains candidats à l’élection présidentielle (et pas des moindres!) de déclarer péremptoirement, comme l’a encore fait Nicolas Sarkozy en septembre 2016, qu’il « faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ». On savait déjà que pour lui, « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire », comme il l’avait asséné publiquement lors d’une visite au Salon de l’Agriculture dès 2010, tirant un trait définitif sur le pacte écologique qu’il avait signé peu avant son élection en 2007, à l’initiative de Nicolas Hulot. Mais chacun sait bien que les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les écoutent…

blog360_dessincovoiturageIl y a un an tout juste, les médias bruissaient chaque jour des derniers développements de la COP 21 au cours de laquelle se jouait, comme chacun en convenait alors, l’avenir de l’humanité. L’affaire a été présentée comme un beau succès diplomatique bien que les engagements pris par les différents pays à cette occasion soient loin de permettre de limiter sous la barre fatidique des 2 °C l’augmentation de la température moyenne du globe : on serait plutôt autour des 3,5 °C (dont 1,2 °C qui sont d’ores et déjà constatés, sachant que pour l’instant nos émissions de gaz à effet de serre ne font encore qu’augmenter…). Et pourtant, la COP 22 vient de s’achever dans l’indifférence générale sans le moindre engagement supplémentaire, sinon celui de Daniel Trump de s’asseoir sans vergogne sur l’accord de Paris pourtant déjà ratifié par les États-Unis !

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Mais rien de tout cela ne semble perturber nos responsables politiques en quête d’un mandat présidentiel. Sur les trois débats qui viennent d’opposer les concurrents à la primaire de la droite, il a beaucoup été question de réduire les dépenses publiques, de combattre le terrorisme et de terroriser les islamistes, mais seules quelques minutes ont été consacrées aux questions environnementales, manifestement jugées mineures. Quelques minutes que Nicolas Sarkozy, jamais en retard d’une provocation, a mis à profit pour affirmer en substance que les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les écologistes qui s’opposent au développement de l’énergie nucléaire. Il fallait en effet y penser : chapeau l’artiste !

Dessin de Tignous

Dessin de Tignous

Certes, si l’on fouille un peu dans les programmes des candidats comme l’a fait notamment le think tank La Fabrique écologique, analyse rapportée notamment dans la Gazette des communes, on verra que Alain Juppé et François Fillon font quelques propositions pour faciliter la rénovation énergétique des logements. De son côté, le candidat déjà déclaré Jean-Luc Mélenchon défend l’idée d’isoler au moins 70 000 logements par an et de construire 200 000 logements publics aux normes écologiques pendant cinq ans. Rappelons au passage qu’en 2014 ce sont déjà 400 000 logements qui ont été rénovés en vue d’une moindre consommation énergétique et que la loi de transition énergétique adoptée en 2015 par le gouvernement actuel affiche un objectif de 500 000 logements rénovés chaque année via des mesures incitatives dont le crédit d’impôt et l’écoprêt à taux zéro.

Alors que ces chantiers de rénovation énergétique peuvent avoir des retombées positives majeures non seulement sur l’évolution de notre environnement climatique mais aussi sur la facture énergétique des particuliers comme sur la balance commerciale nationale et surtout permettre de créer des milliers d’emplois non délocalisables, il est vraiment étonnant de constater à quel point de tels enjeux sont passés sous silence dans une campagne politique de cette ampleur, masqués par des débats homériques sur la taille du tissu dont certains choisissent de s’envelopper pour aller se baigner l’été…

Dessin de Geluck

Dessin de Geluck

Il en est de même pour les questions qui touchent aux modes de déplacement. Alors que les transport constituent la principale source d’émission de gaz à effet de serre, en constante augmentation depuis 1990, et qu’ils contribuent très largement aux atteintes sanitaires via les émissions de particules fines, ce thème est quasiment absent du débat public de ces élections. Il y a pourtant dès à présent bien davantage de morts en France du fait de la pollution atmosphérique (qui serait à l’origine d’environ 45 000 décès prématurés chaque année dans notre pays et qui coûte très cher à la société comme on ne cesse de le démontrer, étude après étude) que du terrorisme. Mais le sujet a bien du mal à s’immiscer dans le débat public…

A quand des sujets de campagne qui prennent enfin en compte des questions aussi cruciales pour notre avenir et celui de nos enfants ?

L.V.  lutinvert1small

La guerre de l’eau aura bien lieu !

22 septembre 2016
Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Ingénieur agronome de formation et passionné de photographie, Franck Vogel fait partie de ces témoins infatigables qui consacrent leur vie à essayer d’attirer l’attention du grand public sur les grands défis environnementaux et géopolitiques qui menacent directement la stabilité de notre petite planète bleue. Ses photo-reportages sur le massacre des Albinos de Tanzanie, la disparition du peuple Aroumain en Albanie ou la situation des Tatars de Crimée, ainsi que ses photos du Rajasthan exposées sur les grilles du Jardin du Luxembourg ont largement contribué à le faire connaître.blog345_phlivre

Franck Vogel s’intéresse actuellement aux tensions liées à l’accès à l’eau sur les fleuves transfrontaliers et a déjà pu réaliser des reportages sur le Nil, le Brahmapoutre et le Colorado, qui ont donné lieu à de multiples publications et des expositions. Il vient aussi d’en tirer un livre dont le premier tome vient de sortir en septembre 2016 aux éditions de La Martinière et dont les médias ont largement rendu compte, en particulier au travers d’un article d’Anne-Sophie Nouvelle dans le Monde.

Le cas du Colorado ne manque pas d’intérêt en effet. Véritable artère vitale du Sud-ouest américain où il alimente pas moins de 27 millions d’habitants, ce fleuve puissant qui a su façonner à sa guise les gorges majestueuses du Grand Canyon, n’arrive même plus jusqu’à son embouchure dans la Mer de Cortez. La quasi-totalité de l’eau qui reste dans son lit est en effet captée juste avant la frontière avec le Mexique via le canal All American (tout un programme !) qui achemine toute l’eau restante vers l’Imperial Valley, une zone d’agriculture intensive dans le Sud de la Californie où 300 fermiers s’accaparent 70 % du débit du fleuve…

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le delta du Colorado n’est plus désormais qu’une vaste étendue boueuse dans un paysage semi-désertique. Toute l’eau du fleuve est exploitée et souvent gaspillée pour alimenter en eau potable les nombreuses villes qui ont poussé comme des champignons dans le désert, parfois autour de lacs artificiels comme celui de Lake Vegas, mais aussi pour arroser les golfs et surtout irriguer les cultures. Comme dans de nombreuses régions françaises, c’est de l’ordre de 80 % des ressources en eau qui servent ainsi à l’irrigation agricole, dans un climat soumis à une très forte évaporation.

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Avec l’impact du réchauffement climatique, ce modèle de développement commence à voir ses limites et on assiste de plus en plus à des tempêtes de poussières qui ravagent le secteur, lorsque ce ne sont pas des incendies gigantesques qui détruisent des villes entières. Mais les agriculteurs que Franck Vogel a rencontrés ne voient que leur propre intérêt économique. On trouve en effet dans l’Imperial Valley des fermes d’élevage de 90 000 vaches en plein désert, mais aussi des champs de luzerne dont la production est exportée au Japon pour nourrir le bœuf de Kobé : un business très rentable qui se moque éperdument du gaspillage inouï des ressources locales en eau !

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Autre lieu, autre fleuve. Un géant de 6 500 km de long, tout aussi mythique mais bien davantage chargé d’histoire : le Nil.  Alimenté par ses deux principaux contributeurs, le Nil Blanc et le Nil Bleu, il traverse au total 11 pays dont le Soudan et l’Égypte, deux anciennes colonies britanniques aux paysages largement désertiques dès que l’on s’éloigne des rives du fleuve nourricier. Ce sont justement les Anglais  qui, en 1929 ont décidé du partage des eaux entre les différents pays. Amendé en 1959, cet accord est particulièrement favorable pour l’Égypte qui s’arroge ainsi 55,5 milliards de m3 par an tandis que le Soudan s’en réserve 18,2 milliards, ne laissant aux autres pays riverains que 13 % du volume d’eau qui s’écoule annuellement dans le fleuve !

Cet accord pour le moins inégal contient de surcroît une clause qui accorde à l’Égypte un droit de veto pour empêcher tout projet de barrage en amont du fleuve. Une situation intenable que les pays de l’amont tentent désespérément de faire évoluer au travers de l’Initiative du Bassin du Nil lancée en 1999. Mais l’Égypte s’accroche à son privilège qu’elle juge inaliénable car il en va de la survie de sa population qui approche des 100 millions d’habitants.

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

En mai 2010, les pays de l’amont passent outre et décident de lancer la construction à la frontière de l’Éthiopie d’un nouveau barrage en amont du fleuve : le Barrage du Millénaire dont l’achèvement est programmé pour 2017. Un chantier pharaonique qui permettra de retenir 63 milliards de m3 d’eau et de produire de l’électricité grâce à une centrale de 6 000 MW, soit trois fois la puissance du barrage d’Assouan. Ce gigantesque chantier, dont l’accès est totalement interdit dans un rayon de 50 km à la ronde, a créé de très fortes tensions entre l’Éthiopie et ses voisins égyptiens qui ont été jusqu’à menacer de bombarder le futur barrage, au risque de déclencher une nouvelle guerre impliquant même Israël à qui les Éthiopiens proposent de louer les terres environnantes pour leur mise en valeur agricole. C’est en effet de cette région que viennent les Falachas, ces fameux Juifs noirs qui ont tant défrayé la chronique.

L’accord de Khartoum, signé en 2015, semble avoir quelque peu apaisé les tensions et écarté le spectre de la guerre. Mais on ne peut oublier qu’en 1983 un conflit sanglant avait déjà éclaté au sujet du barrage du canal de Jongleï, situé sur le Nil Blanc, au Sud Soudan, un autre chantier titanesque destiné à détourner une partie du fleuve pour limiter l’évaporation et qui a dû être abandonné en catastrophe, mais qui a largement alimenté la guerre civile, aboutissant à la partition de ce pays.

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Comme dans le Colorado, l’ex agronome qu’est Franck Vogel s’interroge sur la durabilité du modèle agricole qui se développe dans ces terres largement désertiques de la vallée du Nil. Les immenses fermes irriguées en plein désert posent question en effet, comme celle de Kadco, propriété d’un riche prince saoudien, où l’on cultive du trèfle destiné à nourrir les purs-sangs arabes des pays du Golfe, mais aussi du raisin de table exporté dans le monde entier.

L’eau est un bien précieux et rare, qui risque de le devenir de plus en plus avec les effets du réchauffement climatique et de l’augmentation démographique. « A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or » rappelle Hubert Reeves sur la couverture du livre de Franck Vogel, une réflexion qui mérite en effet d’être méditée…

L.V.  LutinVert1Small

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Les nouvelles énergies à portée de chacun

17 juin 2016

AfficheConfEnerCoop_A4coulLa question climatique et l’épuisement des ressources fossiles sont au cœur des préoccupations, notamment depuis la COP21. Changer nos modes de production et de consommation de l’énergie s’impose. L’objectif de la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien le 9 juin 2016, intitulée Partageons les nouvelles énergies, était de fournir une information pratique sur ce qu’il est possible de faire pour donner corps à la transition énergétique, avec l’aide d’acteurs qui se situent au cœur de cette question cruciale. Question qui n’est plus seulement théorique !

C’est tout d’abord sous la forme originale d’un quizz qu’Arno Foulon, le premier intervenant, animateur d’Energie Partagée, a fait entrer la trentaine de personnes présentes au cœur du sujet. En quoi consiste la transition énergétique par et pour les citoyens ? Comment décrire aujourd’hui les actions relevant des énergies renouvelables et leur gestion sous forme collective ? Qu’est-ce qu’un projet citoyen ?

L’idée clef : le projet citoyenBlog273_PhPlateforme

Voici d’abord un exemple de projet citoyen qui s’est réalisé. C’est l’histoire de trois organisations bretonnes engagées dans la transition citoyenne, qui souhaitaient concrétiser leur partenariat et agir ensemble. Lorsque Biocoop agrandit sa plateforme logistique à Melesse, au Nord de Rennes, Enercoop et Énergie Partagée saisissent l’opportunité pour y installer une centrale photovoltaïque citoyenne, avec une particularité : une vente en circuit court. D’une surface de 2 000 m2, l’équipement en panneaux solaires permet de couvrir une partie de la consommation du site, plus importante en été qu’en hiver du fait des besoins des chambres froides, le nouveau bâtiment accueillant notamment des produits frais. L’électricité produite est vendue à Biocoop : directement du producteur au consommateur ! Les besoins restants sont couverts par l’électricité 100 % renouvelable d’Enercoop. Biocoop en profite pour travailler aussi sur la maîtrise de sa consommation d’énergie.

Le système actuel de soutien à l’énergie photovoltaïque incite à vendre la production à ERDF et injecter l’électricité dans le réseau. S’il a permis de faire progresser la filière, ce système de soutien néglige les fournisseurs alternatifs comme Enercoop, et son électricité 100 % renouvelable, en ne permettant pas au producteur de consommer sa propre énergie. Par ailleurs, cela implique des coûts d’injection réseau et de la perte de production. Dans ce projet, les électrons solaires seront consommés directement par la Biocoop. Moins de perte, moins de coûts d’installation : le bon-sens du circuit court !

Vous êtes clients de Biocoop ? Habitant du Pays de Rennes ? Ou tout simplement Breton souhaitant contribuer au développement des énergies renouvelables dans la région ? Vous pouvez participer à ce projet cohérent en investissant dans la SAS Soleil du Grand Ouest via Énergie Partagée Investissement, et ainsi devenir co-producteur d’une énergie de bon sens.

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Un projet citoyen est donc un projet à la fois d’économie et de production d’énergie. Pour caractériser cette volonté, il doit réunir quatre critères d’authentification. Tout d’abord l’ancrage local : la maîtrise du projet reste aux mains des collectivités et habitants du territoire. Ensuite une gouvernance ouverte : toutes les décisions au sein de la société de projet sont prises de façon démocratique et transparente. La démarche du projet est non spéculative : les bénéfices réalisés sont réinvestis dans de nouveaux projets et des actions de sensibilisation. On y trouve enfin l’exigence écologique : le projet de production s’inscrit durablement dans une démarche de respect de l’environnement et de réduction des consommations d’énergie

La philosophie de l’association Energie partagée

Partout en France, des habitants, collectivités et acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Energie partagée accompagne et finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. Pour cela il s’organise en deux structures complémentaires : une association de promotion et d’animation et un outil d’investissement citoyen. L’association a pour but de sensibiliser à l’énergie citoyenne et d’en fédérer les acteurs et porteurs de projets à l’échelle nationale

Les projets citoyens soutenus par Energie Partagée s’inscrivent dans la démarche négaWatt qui prône prioritairement des actions de sobriété (ex : extinction des lumières inutiles) et d’efficacité énergétique (ex : isolation des bâtiments). Puis une fois parvenus à une consommation réduite au strict minimum, il reste à développer massivement les énergies renouvelables, pour couvrir efficacement nos besoins, et nos besoins seulement

Les éoliennes citoyennes de Beganne

Les éoliennes citoyennes de Béganne

Parmi les réalisations, on trouve aussi la société Begawatts qui réunit 1 000 personnes lesquelles ont investi des sommes allant de 50 € à 60 000 € avec une moyenne de 2 000 €. Les 1 800 000 € ainsi récoltés ont ensuite permis d’emprunter la somme de 12 millions €, nécessaire pour la construction de quatre éoliennes d’une puissance de 2 MW chacune. La production annuelle estimée est de 20 000 Mégawattheure, soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage de 6 250 foyers. Au-delà de produire une énergie propre et renouvelable, le parc éolien de Béganne est ainsi devenu le premier parc éolien 100 % citoyen de France! Les premiers kilowattheure « tests » ont été produits fin mai 2014, et l’inauguration du parc, le 14 juin 2014, a réuni des centaines de particuliers ayant investi dans ce projet.

On le voit, le projet citoyen fait appel à des acteurs locaux. De plus les habitants sont consultés et peuvent s’exprimer avant la phase des choix définitifs du projet permettant ainsi d’éviter les réactions d’hostilité et les recours. L’énergie produite et les bénéfices sont distribués aux actionnaires locaux, ce qui bénéficie à l’économie locale, contrairement au cas des projets privés plus classiques d’éoliennes.

Pour réussir un projet citoyen, il faut une mobilisation locale, mais il s’agit aussi de pouvoir convaincre le partenaire industriel dont la compétence technique est incontournable. La charte d’Energie partagée priorise les retombées économiques pour le territoire et la gouvernance ouverte, dans une démarche non spéculative avec une exigence écologique. Elle compte aujourd’hui une vingtaine de projets en construction, dans l’éolien, le solaire, la méthanisation et l’hydraulique.

Energie partagée les projets 2Le projet PEP2A

La conférence était à double voix. Alain Messin, Président du Pôle Energ’Ethique des Préalpes d’Azur (PEP2A), est le second conférencier. Il a, quant à lui, procédé à la description d’un projet en cours de réalisation, et permis une réflexion sur la méthode d’élaboration d’un projet citoyen. PEP2A est une coopérative de projet d’énergie renouvelable dans le département des Alpes Maritimes. L’intervention a permis d’entrer dans un projet précis d’installation de 6 toitures en panneaux photovoltaïques.

Pourquoi l’énergie solaire ? Cette énergie commence à être bien connue. Sa production a peu d’impact sur l’environnement et nous sommes dans le midi de la France. A partir d’un cadastre solaire du département établi par un étudiant de l’Ecole des Mines de Paris, on a pu cibler 2 400 bâtiments susceptibles de porter des panneaux solaires dans le département. L’association a été créée en juin 2015 et est actuellement en phase de développement, avec la nécessité d’une mobilisation des citoyens par des réunions publiques et des démarches auprès des partenaires pour trouver des investisseurs au plus près des installations. Il s’agit de produire de l’énergie avec une nécessité d’efficacité et de sobriété énergétique en créant des liens sociaux. L’électricité produite par les panneaux solaires sera revendue à ERDF dont les tarifs sont très attractifs.

Mais Alain Messin a aussi montré que la coopérative est aussi un lieu permettant la synergie de ceux qui cherchent des dispositifs de stockage de l’énergie : caler les consommations aux heures de production, innover dans les sources d’alimentation des voitures électriques, inventer de nouveaux volants d’inertie, développer les autres sources d’énergie renouvelable (biomasse, récupération de la chaleur des eaux d’écoulement, installation de petite centrale de méthanisation, etc.).

Les questions qui ont suivi l’exposé ont montré l’attachement de l’auditoire à ces problématiques qui n’attendent que des réponses. Certaines sont encourageantes, d’autres sont balbutiantes. Mais la prise en compte de ces questions est devenue incontournable aux yeux des citoyens responsables de l’avenir. C’est le cas de l’évaluation du coût énergétique pour fabriquer panneaux solaires, mais aussi pour leur recyclage.

En bref

Il semble que notre mode de vie nous conduise à sous-traiter nos vies en abandonnant nos besoins énergétiques à de grandes sociétés qui ont d’autres objectifs que ceux développés au cours de la conférence. De nombreuses questions restent ouvertes, et chaque citoyen est convié à préparer l’avenir énergétique avec lucidité.

DessinHumourEn région PACA, de plus en plus d’habitants souhaitent ne plus rester de passifs consommateurs et prennent conscience de leur pouvoir d’agir localement pour la transition énergétique. Il existe des aides pour s’organiser afin d’exploiter ensemble les énergies renouvelables du territoire, et dans l’intérêt du territoire.

Les tentatives et réalisations en cours ne reçoivent probablement pas l’écho qu’elles méritent. Leur existence doit être plus largement connue afin de donner naissance à de nouvelles initiatives. Conscientes des retombées économiques locales, les communes ne peuvent pas être en reste. Certaines prennent elles-mêmes des initiatives : installation de panneaux solaires sur le toit des écoles, par exemple. C’est ainsi qu’est né en PACA un réseau des énergies citoyennes.

Partout en France, des habitants et des acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Les collectivités locales (communauté urbaine, commune) sont évidemment concernées par cet effort collectif. L’engagement de la commune de Carnoux pourrait ainsi devenir un puissant moteur pour entreprendre et proposer des aménagements satisfaisant la philosophie mise en valeur par nos deux conférenciers.

Cécile et Jacques Tonnelle

Industrie automobile : les voitures ne se cachent plus pour mourir…

11 juin 2016

Décidément, certains canulars ont la vie dure ! Sans doute parce qu’ils sont tellement vraisemblables qu’on finit par y croire vraiment… Voilà que circulent de nouveau des messages qui véhiculent une information datant de deux ans et qui à l’époque avait déjà fait du buzz mais qui relèvent néanmoins plus du fantasme et de l’intoxication que de l’information objective, même si le sujet soulève de bien légitimes interrogations quant aux excès de notre société de consommation…Blog312_PhParkingVert

C’est un blog américain Zero Hedge, spécialisé dans le traitement des circuits financiers, qui avait lancé la pseudo information en mai 2014, très vite (trop vite peut-être) reprise et traduite en français sur le site Réseau international. Photos aériennes à l’appui, montrant d’immenses parkings en plein air où sont parquées des millions de voitures neuves, l’auteur affirme que les constructeurs automobiles à travers la planète, confrontés à la crise économique et au déclin des ventes de véhicules, stockent leur production d’invendus tout en continuant à produire pour faire tourner leurs usines comme si de rien n’était.

Ces immenses parkings repérés en de multiples lieux de la planète, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne et même près de Saint-Petersburg en Russie, seraient la preuve que l’industrie automobile serait devenue incapable d’écouler sa production mais préférerait la stocker dans d’immenses cimetières en plein air, laissant les voitures rouiller inexorablement plutôt que de baisser leur prix de vente. La morale est évidente : le capitalisme est devenu fou et la logique productiviste poussée à son paroxysme n’est plus sous contrôle…

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Une telle appréciation ne manque certes pas de crédibilité venant d’un milieu qui défraie régulièrement la chronique avec les augmentations de salaire délirantes que s’octroient les grands patrons du secteur, de Carlos Ghôn (PDG de Renault, 9ème patron le mieux payé de la planète avec plus de 3 millions d’euros en 2014) à Carlos Tavares (PDG de PSA qui vient tout juste de doubler son salaire sous les applaudissements du MEDEF, avec une rémunération globale qui a dépassé 5 millions d’euros pour l’année 2015).

Stockage de voitures neuves en Espagne

Stockage de voitures neuves en Espagne

Il n’en reste pas moins que cette interprétation de ces vastes « cimetières où vont mourir les voitures invendues » est pour le moins erronée même si elle repose comme toujours sur une part de réalité. La plupart des photos aériennes accessibles en 2014 via Google Earth datait encore des années 2008-2009, période au cours de laquelle les courbes de vente des véhicules neufs avait effectivement subi un sérieux coup d’arrêt suite à la crise économique mondiale. Des constructeurs comme Chrysler ou Land Rover ont effectivement dû stocker, parfois sur des périodes de 2 voire 3 ans, des milliers de véhicules neufs trouvant difficilement preneurs.

Véhicules neufs entreposés sur une piste d'aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Véhicules neufs entreposés sur une piste d’aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Mais in fine, ces voitures ont bel et bien été vendues, même si parfois cela s’est fait par des circuits parallèles à des prix bradés. Et l’on peut faire confiance aux stratèges de l’industrie automobile mondialisée pour ajuster au plus près leurs cadences de production afin de limiter autant que possible leur stock qui coûte cher, ainsi que tout manager l’apprend dans les écoles de commerce… De plus en plus et grâce à la robotisation des unités de production, la construction d’une voiture ne débute qu’à partir du moment où elle est commandée, précisément dans le but de limiter ces coûts de stockage !

Il n’en reste pas moins que les véhicules sortant des chaînes et destinés parfois à un marché plus ou moins lointain doivent être parqués, souvent à proximité des plateformes logistiques et des installations portuaires et bien évidemment à ciel ouvert pour en limiter le coût, le temps d’organiser leur acheminement. Ce sont ces aires de stockage qui apparaissent sur les photos illustrant l’article publié dans Zero Hedge.

Blog312_PhVoituresNeuves

Une source relayée par France Info faisait état en 2014 de 9 millions de véhicules neufs en stock à l’échelle mondiale. Ce chiffre paraît même sous-évalué si l’on en croit les données diffusées par Auto Plus dans un article datant de fin 2013 et qui indiquait que ce stock pour la seule Europe s’approchait des 5 millions après avoir atteint le chiffre record de 5,5 millions de véhicules au plus fort de la crise de 2008.

Depuis cette date, le marché de l’automobile est bien reparti avec, pour la France, 2,3 millions de voitures neuves vendues annuellement et une hausse de 13 % des ventes au cours de l’année 2015. Dans le même temps ont été vendues en Chine 24,5 millions de véhicules neufs au cours de la seule année 2015 et 18 millions sur l’ensemble des pays européens : manifestement la culture de la bagnole a encore de beaux jours devant elle malgré le réchauffement climatique de la planète…

L.V.  LutinVertPetit

Energies nouvelles au programme !

7 juin 2016

Ce jeudi 9 juin 2016 se tiendra à Carnoux la prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Elle portera sur les possibilités de développement d’une production locale d’énergie 100% renouvelable et sera assurée par Alain Messin, ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur. Ce fournisseur d’énergie Enercoop, dont nous avons déjà évoqué certains projets ici, présente la particularité de promouvoir la participation citoyenne à l’élaboration de ses projets de production d’énergie renouvelable.

Le financement participatif de ces projets grâce à la mobilisation de réseaux d’initiative locale portés par de simples citoyens permet de favoriser le développement de ces unités de production d’énergie renouvelable. C’est là qu’intervient le second partenaire, comme l’expliquera Arno Foulon, animateur de l’antenne régionale en Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’association Energie Partagée. Un véritable partenariat complémentaire qui déborde d’énergie et s’efforce de contribuer à sa manière à la transition énergétique que tout le monde sait nécessaire mais pour laquelle les réticences et les freins restent nombreux…

AfficheConfEnerCoop_A4coul

Si l’avenir de la planète vous intéresse un tant soit peu et que vous souhaitez vous engager dans la démarche pour devenir acteur citoyen de cette transition énergétique à l’échelle locale, c’est l’occasion d’en savoir davantage sur les outils proposés par Enercoop et Energie Partagée en venant assister à cette conférence, d’accès libre et gratuit, qui se tiendra jeudi à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie de Carnoux et l’hostellerie de la Crémaillère.

Partageons les nouvelles énergies : une conférence à ne pas rater !

4 mai 2016

La réalité d’un réchauffement climatique global est désormais reconnue par la grande majorité des experts au niveau mondial. Depuis 1870, la température mondiale a augmenté en moyenne de 0,8 °C et la dernière décennie est la plus chaude jamais enregistrée. De nombreuses analyses montrent même que la Terre n’a pas connu des températures aussi élevées en moyenne depuis au moins 1000 ans. Ce réchauffement entraîne une augmentation de l’ampleur et de la fréquence d’événements climatiques extrêmes (fortes précipitations et épisodes de sécheresse). Les glaciers des pôles et des massifs montagneux fondent. Le niveau moyen des océans s’est quant à lui élevé de 17 cm au cours du XXème siècle avec une accélération très nette depuis 1993. Le mode de vie de nombreuses espèces végétales et animales en est d’ores et déjà affecté.

PhBanquise

Les rapports successifs des experts internationaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) convergent quant à l’implication majeure des activités humaines génératrices de gaz à effet de serre dans ce réchauffement climatique. Le développement de l’industrialisation et de l’agriculture moderne repose sur une production et une consommation croissantes d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui émettent de façon massive des gaz à effet de serre. Entre 1970 et 2004, les émissions mondiales ont augmenté de 70 %. Des simulations indiquent qu’à ce rythme, l’augmentation de la température pourrait atteindre jusqu’à 4,8 °C d’ici 2100. En France, une canicule comme celle observée en 2003 pourrait cesser d’être exceptionnelle après 2060. La plupart de nos glaciers disparaîtrait et des zones côtières basses comme la Camargue seraient submergées.

Une réduction drastique de l’émission des gaz à effets de serre est donc vitale pour l’avenir de l’humanité. La tenue en France de la 21ème conférence mondiale pour le climat (COP 21) avec la participation de 195 pays a confirmé la gravité de la situation et la nécessité d’agir au niveau mondial pour stopper autant que possible cette augmentation des gaz à effet de serre issus des activités industrielles, commerciales et agricoles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays a été signé le 22 avril 2016 par 170 pays, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 et 2 °C d’ici 2100.

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l'ONU de l'accord issu de la COP 21

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l’ONU de l’accord issu de la COP 21

Selon une étude publiée dans la revue Nature, cet objectif ne pourra être atteint que si la production et la consommation des énergies fossiles est réduite au minimum en laissant dans le sol un tiers des réserves connues de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % des réserves de charbon. L’arrêt de l’exploitation des sources d’énergie fossile est devenu inévitable non seulement parce que leurs réserves s’épuisent inéluctablement mais aussi à cause de leur impact sur le climat. Les conditions d’exploitation, de plus en plus difficiles, ont un coût énergétique élevé et entraînent des dégradations environnementales problématiques.

La production d’électricité par les centrales nucléaires ne génère que 2% de la totalité des gaz à effet de serre. Ces derniers proviennent en grande majorité des secteurs économiques non électrifiés consommateurs de pétrole, de gaz, de charbon et de bois : transports, chauffage, agriculture, etc. La France émet ainsi 4 fois trop de gaz à effet de serre bien que 78% de son électricité soit d’origine nucléaire (contre seulement 2% à l’échelle mondiale). La mise en activité d’un réacteur nucléaire par semaine pendant 15 ans ne réduirait que de 9% nos émissions des gaz de serre.

Centrale nucléaire de Tricastin

Centrale nucléaire de Tricastin

De plus, le coût de production de l’électricité d’origine nucléaire croit de façon importante avec l’arrivée en fin de vie de la plupart des centrales. Le coût du MWh nucléaire a été évalué à plus du double du prix de l’électricité sur le marché européen dans un rapport de la Cour des Comptes de 2016. Les investisseurs s’en détournent comme Siemens en Allemagne et INEI en Italie, qui privilégient les énergies renouvelables. La construction de nouveaux générateurs en remplacement de ceux qui doivent être démantelés n’apparaît donc pas comme une solution durable pour des raisons économiques mais aussi environnementales : la gestion à long terme des déchets nucléaires reste problématique et représente un danger permanent qui s’ajoute aux risques d’exploitation des centrales qui ne sont pas à l’abri d’accidents industriels voire d’actes terroristes. L’évolution climatique pose aussi problème car les centrales nucléaires qui consomment de grosses quantités d’eau pour le refroidissement des réacteurs sont vulnérables aux sécheresse aussi bien qu’aux inondations.

PhVille

Dans un tel contexte, il devient urgent de mettre en place une réelle transition vers une société plus sobre en consommation d’énergie. Le mode de vie des pays industrialisés est associé à un gaspillage énergétique gigantesque évalué à plus de 60% de la consommation d’électricité mondiale. Une grande partie de ce gaspillage pourrait être résorbée en supprimant, entre autres, les éclairages nocturnes inutiles, les activités de veille des équipements électroniques, informatiques et domotique, ou les climatisations inadaptées. La consommation en énergies fossiles pourrait être aussi réduite avec une meilleure isolation de l’habitat, des transports publics plus performants, l’exigence d’une efficacité énergétique optimisée dans l’électroménager comme dans la production industrielle, et l’interdiction des processus d’obsolescence programmée qui génèrent des pannes irréparables.

La réduction de la consommation énergétique est un objectif long à mettre en œuvre en regard de l’urgence climatique qui exige une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. La transition énergétique qui doit être mise en place suivant l’accord international de la COP 21 a pour but de remplacer progressivement les énergies fossiles par les sources d’énergie renouvelable potentiellement inépuisables que sont le rayonnement solaire, l’eau, le vent, la géothermie, la biomasse, la traction animale. Pour espérer limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C avant 2100, il faudrait que les besoins énergétiques de la planète soient couverts à 100% par les énergies renouvelables d’ici 2050.

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Un long chemin reste à parcourir en France où la contribution des énergies renouvelables ne dépasse guère 20%. Ces sources d’énergie présentent pourtant l’immense avantage d’être disponibles partout et d’être complémentaires entre elles, ce qui pallie le fait que leur fonctionnement peut être épisodique. Leur exploitation locale permettrait de s’affranchir de toute dépendance économique et politique vis-à-vis des pays producteurs d’énergie d’origine fossile ou nucléaire. Elle aurait aussi l’avantage de développer l’autonomie énergétique des territoires dans chaque pays.

Pour cela, des structures coopératives peuvent être crées par des citoyens désireux d’investir et de s’investir pour exploiter ensemble les ressources solaires, éoliennes ou hydrauliques disponibles sur leur commune ou leur communauté de communes. En Allemagne par exemple, près de 1000 coopératives produisent plus de 45% de l’électricité consommée dans le pays. En France, ce mode de production est encore très minoritaire mais une dynamique a été enclenchée depuis quelques années avec la création d’un nombre croissant de centrales de production éco-citoyennes et de réseaux dédiés tels Enercoop et Energie Partagée.

Le développement des technologies nécessaires à l’exploitation des réserves énergétiques renouvelables est très rapide et leur coût diminue sans cesse. Si l’argent nécessaire au maintien en activité des réacteurs nucléaires obsolescents était investi dans le développement et l’utilisation de ces technologies, la France pourrait produire 100% de son énergie de façon renouvelable à l’horizon 2050.

Panneaux photovoltaïques sur le toit d'un hangar agricole

Panneaux photovoltaïques sur le toit d’un hangar agricole

Au niveau local, les investissements des communes, et des groupements coopératifs nécessaires à l’exploitation des ressources en énergie renouvelables peuvent être rapidement amortis par les gains résultant de l’autoconsommation de l’électricité produite et la revente du surplus éventuel. Les ressources financières immobilisées dans les banques sur des livrets d’épargne de rendement quasi nul pourraient être mobilisées de façon rationnelle et responsable en contribuant à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement de notre capacité d’agir ensemble pour préserver l’avenir de notre planète. Notre région si ensoleillée a un potentiel de production d’électricité photovoltaïque qui ne demande qu’à être valorisé.

AfficheConfEnerCoop_A4coulC’est dans cette perspective que se situe la prochaine conférence du Cercle Progressiste de Carnoux qui aura lieu le 9 juin prochain à 18h30 dans la salle du clos Blancheton. Animée par Alain Messin (ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur) et Arno Foulon (animateur d’Energie Partagée PACA), elle présentera précisément cette démarche qui vise à développer la production locale d’énergie renouvelable sur notre territoire pour mieux lutter contre le réchauffement climatique, et ceci en s’appuyant sur un réseau d’initiatives locales portées par des citoyens. Voilà qui devrait offrir matière à réflexion et surtout inciter à agir !

A. S.

Alain Gachet : sourcier ou sorcier ?

7 février 2016

Blog272_PhLivreAlain Gachet fait partie de ces baroudeurs qui contribuent à faire changer le monde. Peu connu du grand public, il a pourtant été invité récemment par tous les médias, de LCI à Arte en passant par RFI, La Croix ou Le Figaro, à l’occasion de la parution de son livre intitulé « L’homme qui fait jaillir l’eau du désert ». Né en 1951 à Madagascar d’un père employé des Eaux et Forêts de la France coloniale, il débarque en métropole à l’âge de 18 ans et suit une formation d’ingénieur à l’Ecole des Mines de Nancy. Il passe alors 20 ans à partir de 1977 dans l’exploration pétrolière chez Elf Aquitaine où il se forme aux techniques de forages profonds et aux méthodes de prospection géophysique.

En 1997, révolté par le manque de lucidité des dirigeants de l’industrie pétrolière et le comportement post-colonial des majors du secteur, il claque la porte et fonde sa propre société, Radar Technologie International, basée à Tarascon, avec laquelle il poursuit son activité de géologue et se lance notamment dans la recherche d’or en pleine forêt tropicale au Cameroun, croisant observations de terrain avec les pygmées et analyses par photographies satellites. Il développe ainsi son propre système expert dénommé Watex (« water exploration ») qui exploite les imageries radars issus des satellites espions de l’armée américaine dont les données ont été enfin déclassifiées après la chute du mur de Berlin.

Blog272_PhGachetDesert

En 2002, alors qu’il travaille pour la compagnie Shell en Lybie, il découvre avec ses outils d’investigation géophysique une énorme fuite d’eau sur l’aqueduc enterré de 4 m de diamètre qui traverse le désert de Syrte. Sa découverte fait du bruit et ses méthodes connaissent alors une véritable reconnaissance de la part de la communauté scientifique internationale, tout en déclenchant les foudres du colonel Khadafi encore à la tête du pays et dont la colère s’abat sur ses propres services hydrauliques.

Alain Gachet célébrant la découverte d'eau dans un forage du bassin de Lotikipi au Kenya

Alain Gachet célébrant la découverte d’eau dans un forage du bassin de Lotikipi au Kenya

Cette notoriété l’amène alors à travailler pour l’UNHCR, l’agence des Nations-Unies pasée à Genève qui vient en aide aux réfugiés et qui, lors de la crise humanitaire du Darfour en 2004 fait appel à ses services pour implanter les forages destinés à fournir de l’eau aux nombreux camps de réfugiés. En quatre mois et sur une surface de la taille du Portugal, Alain Gachet et ses équipes réalisent de nombreux forages avace un taux de succès remarquable de 89 % à la frontière du Tchad et du Soudan alors que ce taux ne dépasse guère 30 % pour les autres opérateurs dans ce secteur. De 2006 à 2007, 17 000 puits vont ainsi être forés au Soudan par l’UNICEF grâce aux indications des cartes établies selon les indications du système Watex, et le taux de succès y atteint 98 %, ce qui est inespéré.

Pourtant, à partir de 2007, Alain Gachet se heurte à une fin de non recevoir de la part de la Communauté européenne à qui il propose ses services pour rechercher de nouvelles ressources en eau en Afrique de l’Est, de crainte que l’exploitation de ces nouveau points d’eau ne créent des zones de conflit en amenant les populations déplacées à s’y fixer définitivement et n’attisent la convoitisede milices armées prédatrices et même de pays riches en recherche de terres cultivables : Alain Gachet découvre alors toutes la complexité des contrdictions entre secours d’urgence et aide au développement !

Avec des femmes Turkana au Kenya

Avec des femmes Turkana au Kenya

Mais notre géologue mi sourcier, mi sorcier ne se décourage pas pour autant. Il est alors approché par d’autres acteurs dont l’US Navy et de l’USAID qui se préoccupent de rechercher de nouvelles ressources en eau en Afrique de l’Est afin d’y développer des programme d’agriculture irriguée pour aider au développement des populations locales et y prévenir la propagation des organisations terroristes à tendance islamiste qui tentent de s’y implanter. En 2011, Alain Gachet découvre ainsi un immense aquifère qui s’étend sur plus de 4 000 km² sur une profondeur de 300 à 700 m, à la frontière de l’Ethiope et de la Somalie : des réserves gigantesques de nature à changer complètement l’économie rurale du secteur ! Les découvertes s’accélèrent alors, au Kenya, au Togo et même en Irak où il réalise une cartographie complète des ressources en eau souterraine.

Alain Gachet au micro d'Europe 1

Alain Gachet au micro d’Europe 1

A 64 ans, Alain Gachet ne se contente plus de prospecter et de forer. Il veut aussi alerter. Convaincre d’abord que pour freiner les vagues migratoires de réfugiés, la seule solution durable consiste à favoriser le développement dans les pays d’origine de ces candidats à l’émigrations : favoriser l’accès à l’eau est souvent une condition nécessaire pour favoriser le développement économique local et prévenir bien des conflits. Comme tout bon hydrogéologue qui se respecte, il insiste pour que l’exploitation des nappes souterraines se limite aux ressources réellement renouvelables : « L’eau fossile, gardons là pour le futur ».

Quant au pétrole, auquel il a consacré une partie de sa vie, il considère désormais avec sagesse que « l’extraire pour l’utiliser comme carburant est une hérésie. J’espère qu’à l’avenir son usage sera réservé à la chimie ». Pas besoin d’être sorcier en effet pour le comprendre…

L.V.  LutinVertPetit

Rejet de méthane : les Californiens concurrencent les vaches !

10 janvier 2016

On savait déjà les Californiens éternels machouilleurs de chewing-gum et, pour certains, gros consommateurs d’herbes, même si en la matière, leurs goûts diffèrent par rapport à nos charolaises, mais voilà que se révèle un autre point commun avec les ruminants qui peuplent nos vertes prairies : ils sont devenus, à l’occasion d’un accident industriel récent, de gros contributeurs aux rejets de méthane qui contribuent fortement au réchauffement climatique global par effet de serre.Blog265_PhVache

Jusqu’à présent en effet, c’était plutôt les vaches qui étaient accusées d’être à l’origine de ces rejets de méthane, un gaz dont l’effet sur le réchauffement de notre atmosphère est 25 fois plus élevé (et même 80 fois si on raisonne à court terme, sur une durée de 20 ans…) que celui du CO2, pourtant accusé de tous les maux ! La vache qui rote vient en tout cas de trouver un sérieux concurrent depuis qu’une fuite de méthane a été détectée le 23 octobre dernier dans un puits d’extraction situé à proximité de Los Angeles, en Californie, provoquant une catastrophe écologique majeure qui se poursuit depuis plusieurs mois maintenant.

Chaque heure, ce sont entre 44 et 58 tonnes de méthane qui sont ainsi répandues à l’air libre, selon l’ONG Environmental Defense Fund (EDF pour les intimes), qui actualise en temps réel les taux d’émission. Au total, plus de 80 300 tonnes de gaz ont ainsi été rejetées dans l’air depuis fin octobre, comme le rapporte Libération, soit l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de 5 millions de voitures ou de 8 à 9 centrales à charbon. Vraiment pas de chance pour la Californie dont le gouverneur, Jerry Brown, avait pris, en octobre 2015 justement, plusieurs directives destinées à réduire d’ici 2030 les gaz à effet de serre de 40 % par rapport à leur niveau de 1990… Or, d’après les estimations du California Air Resources Board, organisme chargé de contrôler la qualité de l’air, cet apport accidentel augmenterait de 25 % les émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble de l’État de Californie : voilà qui ramène les élevages bovins au rang de piètres amateurs, et qui fait quelque peu désordre juste après le – modeste – succès de la COP 21

Panache de méthane s'échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Panache de méthane s’échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Au delà du risque accru sur le réchauffement climatique de notre planète qui n’avait vraiment pas besoin de ces rejets supplémentaires, le risque pèse surtout sur les habitants de ce quartier aisé de Porter Ranch, dans la banlieue nord-est de Los Angeles. Selon les autorités, le risque est réduit car le méthane émis se dissipe rapidement dans l’air ambiant, restant très en deçà de la concentration à laquelle il peut être mortel par asphyxie. Sauf que ce gaz, invisible et inodore, est mélangé – justement pour pouvoir être facilement détecté – avec des composants riches en soufre (mercaptan) qui lui donnent cette odeur caractéristique et nauséabonde d’œuf pourri. Un véritable plaisir donc pour le voisinage de cette zone urbaine qui compte pas moins de 30 000 habitants, d’autant que ces additifs peuvent provoquer des nausées, des vertiges, des saignements de nez et des maux de tête.

Manifestants demandant des mesures d'urgence contre la fuite de gaz...

Manifestants demandant des mesures d’urgence contre la fuite de gaz…

Plusieurs centaines de riverains de Porter Ranch en ont déjà fait les frais et commencent donc à s’agiter sérieusement. Une procédure judiciaire a même été engagée par un millier d’entre eux sous forme de class action, contre la société qui exploite le site. Les plaignants ont d’ailleurs obtenu gain de cause la semaine de Noël, obligeant l’exploitant à trouver un logement temporaire dans les 72 heures pour tous les résidents de Porter Ranch qui en font la demande. Près de 2 174 foyers ont déjà été relogés et 2 694 autres devraient l’être rapidement. Deux écoles ont été fermées et le trafic aérien a été interdit au dessus de la zone.

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Les riverains ont reçu le soutien, cette semaine, d’Erin Brockovich, la militante écologiste venue en voisine, qui s’était fait connaître pour avoir révélé une affaire de pollution des eaux potables à Hinkley, une histoire portée au cinéma en 2000 par Steven Sorderbergh dans un film qui avait valu un Oscar à Julia Roberts. La célèbre militante de l’environnement, par ailleurs adointe juridique a donné aux habitants quelques conseils de bon sens : « Tenez un journal des odeurs que vous sentez. Si vous vous sentez mal, notez les symptômes. Gardez toutes les factures des médicaments que vous achetez et ne signez rien sans en avoir préalablement parlé à un avocat ». Elle a aussi remis un peu d’eau dans le gaz en comparant la catastrophe à la marée noire qui s’était produite en avril 2010 dans le golfe du Mexique suite à l’explosion d’une plateforme pétrolière de BP : succès assuré devant une salle comble de riverains en colère !

Une comparaison qui ne doit guère être du goût de la société SoCal Gas (Southern California Gas) qui exploite cet ancien site pétrolier d’Aliso Canyon, reconverti en 1973 en centre de stockage de gaz, servant de réserve d’approvisionnement pour alimenter plus de 20 millions de consommateurs. La réserve souterraine, située à 2 500 mètres de profondeur, permet de stocker 240 milliards de m3 de gaz dans 115 puits. Mais les installations sont anciennes et vétustes, selon plusieurs témoignages relayés par la presse américaine et évoqués dans l’Usine nouvelle.

Site gazier d'Aliso Canyon (photo D. Musgrove - Los Angeles Daily News)

Site gazier d’Aliso Canyon (photo D. Musgrove – Los Angeles Daily News)

Le 23 octobre 2015, la fuite a été repérée dans l’après-midi par deux employés de la compagnie près du puits SS-25, un ancien forage pétrolier datant de 1954, et il a été décidé… d’attendre le lendemain ! Mais les jours suivants, leurs efforts resteront vains et rien n’empêche désormais le gas de sortir du sol tout autour du puits incriminé. En décembre, la société a dû se résoudre à entamer la réalisation d’un nouveau forage à proximité de celui qui fuit afin de pouvoir neutraliser ce dernier par des injections massives de boue et de coulis de ciment pour colmater toutes les fuites par où le gaz s’échappe. Un second forage est aussi à l’étude et devait débuter début janvier. Un chantier gigantesque qui va durer des mois et dont on espère arriver à bout en février ou en mars… Face à l’ampleur de la catastrophe, le gouverneur a été contraint de décrêter l’état d’urgence, mercredi 6 janvier, afin de permettre de mobiliser le maximum de moyens pour venir en aide à la population et s’assurer que les procédures mises en œuvre par l’exploitant sont bien à la hauteur des enjeux.

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Pour ne rien arranger, la Californie essuie actuellement des pluies diluviennes, survenant après un mois de décembre historiquement chaud et des mois de sécheresse à l’origine de nombreux incendies majeurs. La cause de ces événements climatiques extrêmes : un phénomène bien connu d’El Niño particulièrement intense cette année, qui se caractérise par une accumulation d’eau chaude dans le Pacifique avec un renversement des alizés entraînant des bouleversements météorologiques sur toute la planète. Bref, tout va mal et ce n’est peut-être que le début : vive le réchauffement climatique !

L.V.  LutinVertPetit

A la recherche de mécènes pour le Glacier Blanc

19 décembre 2015

Le mécénat d’entreprise s’est jusqu’à présent surtout distingué dans le domaine sportif où l’on s’est habitué depuis longtemps à voir fleurir les noms de marques commerciales sur les maillots des athlètes et dans les tribunes des stades. Verra t-on un jour cette pratique se développer pour investir d’autres champs comme la solidarité internationale où la protection de l’environnement ? De nombreuses initiatives ont été tentées dans ce sens mais avec un succès pour l’instant très relatif, surtout dans notre pays à forte tradition étatiste où ces domaines relèvent classiquement plutôt de l’engagement national via le financement d’organismes publics.

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Mais en ces temps où l’argent public se fait rare, certaines initiatives méritent d’être relayées ! Alors que le musée du Louvre lance des souscriptions citoyennes pour l’acquisition d’œuvres d’art, le Réseau régional des espaces naturels (RREN PACA) anime, quant à lui, une démarche visant à promouvoir le mécénat d’entreprises en faveur des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur : financer des projets visant à préserver la biodiversité dans des sites naturels d’exception, voilà un bel investissement fédérateur et valorisant pour une entreprise citoyenne soucieuse de son intégration sociale !

Blog259_PhMecenatCe réseau, créé en 1985 et animé par l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement (ARPE), regroupe 28 membres, tous gestionnaires d’espaces naturels en région PACA, parmi lesquels 4 parcs nationaux (ceux des Calanques, des Écrins, du Mercantour et de Port-Cros), 7 parcs naturels régionaux, 6 départements (gestionnaires de leurs espaces naturels sensibles), 2 conservatoires botaniques nationaux, mais aussi le Conservatoire du littoral ou la Réserve nationale de Camargue. La troisième rencontre Entreprises et Espaces naturels, consacrée à ce mécénat d’entreprises en faveur de la biodiversité, s’était d’ailleurs tenue en juin 2015 à Forcalquier, avec l’appui de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, afin de mobiliser les acteurs impliqués dans la démarche.

Une liste de 35 projets en recherche de mécènes est ainsi disponible sur le site de l’ARPE, à l’attention des entreprises désireuses de s’investir. Parmi ces projets, citons celui du Glacier Blanc, un site emblématique du Parc national des Écrins. Premier massif glaciaire français avec 120 km2 de glaciers (plus que le versant français du massif du Mont-Blanc), le massif des Écrins est menacé par le réchauffement climatique global et un programme de suivi a été mis en place en partenariat entre le Parc, l’IRSTEA (Institut national de la recherche en sciences et technologie de l’environnement et de l’agriculture) et un laboratoire universitaire de Grenoble, le LGGE (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement).Blog259_PhGlacier

Un bilan de masse est effectué chaque année depuis 2004 pour suivre l’évolution du volume de neige et de glace qui s’accumule chaque hiver puis fond en été tandis que le front glaciaire recule sous l’effet d’un réchauffement climatique inexorable. On constate ainsi que le Glacier Blanc a déjà perdu un quart de sa superficie en 30 ans et que son épaisseur a diminué de 9,30 m au cours des 12 dernières années ! Ces mesures systématiques et rigoureuses, effectuées selon un protocole très précis et sur plusieurs années, permettent d’accumuler des données très précieuses pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes montagnards en lien avec le changement climatique.

Car un glacier est un milieu en évolution permanente qui, outre sa valeur patrimoniale et paysagère, joue un rôle important comme réserve d’eau douce et comme source d’alimentation des cours d’eau. Suivre son évolution à long terme permet certes de disposer d’un bon indicateur naturel des changements climatiques globaux mais donne aussi de précieuses indications pour la gestion des ressources en eau, voire pour la prévention des risques naturels.

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

La formation de poches d’eau sous-glaciaires peut en effet être à l’origine de mouvements de terrain dévastateurs comme celui qu’ont connu en Haute-Savoie les communes de Saint-Gervais et Le Fayet en 1892, dévastées par une lave torrentielle de 800 000 m3 suite à la rupture d’une poche d’eau sous-glaciaire au niveau du glacier de la Tête-Rousse, à 3 200 m d’altitude, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, faisant pas moins de 175 morts. En 2010, l’histoire a d’ailleurs failli se renouveler lorsque les glaciologues du CNRS de Grenoble se sont aperçus de l’existence d’une énorme poche d’eau de 60 000 m3 sous pression à l’intérieur de ce même glacier, menaçant cette fois plus de 3 000 personnes. Un système de pompage a alors été mis en place et actionné en 2010 puis à nouveau en 2011 afin de diminuer fortement le volume de cette eau emprisonnée sous la glace et réduire ainsi les risques de rupture soudaine.

Le sémaphore de Callelongue

Le sémaphore de Callelongue

L’enjeu de la surveillance de ces glaciers alpins en voie de disparition sous l’effet du changement climatique global dépasse donc le seul intérêt scientifique et mérite largement la mobilisation de l’ensemble de la société, y compris des entreprises mécènes dont la générosité est également sollicitée sur bien d’autres projets allant de la remise en état de zones humides jusqu’à la mise en valeur de patrimoines bâtis dont le sémaphore de Callelongue dans les Calanques, en passant par des actions d’éradication de plantes envahissantes. Espérons que les entreprises seront sensibles à ces arguments en cette période de vache maigre budgétaire et de crise économique…

L.V.  LutinVertPetit

En direct de la COP 21 : un accord se profile…

12 décembre 2015

Blog257_DessinResultatAprès deux semaines d’intenses tractations, la 21ème conférence des parties sur le changement climatique devait se terminer vendredi 11 décembre mais il a fallu jouer les prolongations. Un projet d’accord a circulé dans la nuit auprès des délégations des 195 pays représentés mais il a fallu attendre 13h30, ce samedi 12 décembre 2015, pour qu’il soit enfin traduit dans les 6 langues officielles de l’ONU. Au cours d’une nouvelle réunion plénière qui s’est tenue aujourd’hui même en fin de matinée, le président de la COP 21, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, les yeux cernés et la voix cassée, a exposé les grandes lignes de ce projet d’accord dont le texte a ensuite été distribué dans la foulée aux représentants des parties, dans sa version officielle. Mais le marathon n’est pas terminé puisqu’une ultime réunion plénière doit encore se tenir cette après-midi à 15h45 en vue de l’adoption finale du texte. Le suspens se poursuit donc…

Sans préjuger de ce qu’il ressortira finalement de l’accord officiel, force est de constater que le projet présenté ce matin est plus ambitieux que ce que l’on craignait, au moins dans sa formulation… Selon les termes utilisés par Laurent Fabius lui-même, il fixe un « objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2 °C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 °C ». On le voit, tout est dans la nuance ! Malgré tous les efforts déployés par les lobbys industriels et relayés par les climato-sceptiques, on retrouve bien l’objectif ambitieux de rester en dessous des 1,5 °C qui avait été affiché comme le cap à tenir par François Hollande lors de son discours d’ouverture, mais on comprend bien que jusqu’à 2 °C, on reste dans les clous et qu’on ne pouvait manifestement pas espérer mieux, sachant que dépasser cette ligne rouge des 2 °C signifiait reconnaître l’échec de la conférence…

Blog257_DessinParadis

Au demeurant, cet objectif est somme toute assez théorique, même s’il est sensé découler des engagements pris par l’ensemble des parties. Heureusement pour les négociateurs, les modélisations disponibles présentent de fortes incertitudes, ce qui permet une certaine dose de souplesse dans l’interprétation ! Il n’en reste pas moins que, selon toute vraisemblance, les engagements actuels pris par les différents pays conduisent de fait à un réchauffement qui sera plutôt de 3 °C, en supposant que ces engagements soient tenus, ce qui restera à vérifier…

ABlog257_DessinAllegreu delà de cette limite (de taille !), l’intérêt de l’accord est qu’il fixe bel et bien un objectif chiffré à atteindre et qu’il prévoit une actualisation des contributions nationales tous les 5 ans. Exactement le genre de contrainte dont les États-Unis ne voulaient initialement pas entendre parler ! En revanche, la question du fonds vert pour aider les pays les moins avancés à faire face aux changements climatiques à venir, ne semble pas aussi bien engagée qu’on pourrait le souhaiter. L’objectif des 100 milliards prévus pour 2020 est bien affiché et même considéré comme un minimum qui devra être revu en 2025, mais il se murmure dans les couloirs de la COP 21 que cette question épineuse pourrait être retranchée du texte de l’accord lui-même, histoire de ne pas trop se lier les mains…

Laurent Fabius a convenu que chaque pays ne pouvait repartir entièrement satisfait mais qu’il s’agissait du « meilleur équilibre possible » et il a exhorté l’assemblée à adopter le texte en l’état, estimant que « cet accord aidera les états insulaires à se protéger de l’avancée des mers, il mettra à disposition de l’Afrique des moyens financiers et technologiques pour se développer durablement et accompagnera les pays pétroliers dans la diversification de leur énergie ».

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

Aux côtés du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, le président français François Hollande a également tenu à saluer un accord qu’il juge « à la fois ambitieux et réaliste », invitant chacun à « ne pas s’arrêter sur un mot de l’accord, mais à le juger dans son ensemble », de la même façon que « l’on ne sera pas jugé sur un jour mais sur un siècle ». On retrouve là l’homme du compromis, rompu à l’exercice de synthèse entre motions après une longue pratique des congrès socialistes… Son discours s’est terminé par de belles paroles à la hauteur d’un événement historique : « La France vous demande, vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre histoire. Il est rare d’avoir l’occasion dans une vie de changer le monde. Vous l’avez. Saisissez-la ! Pour que vivent la planète, l’humanité et la vie ! ».

Blog257_DessinLobbyQue dire de plus, sinon que les réactions de diverses organisations écologistes, recueillies par Le Monde, saluent en effet dans ce projet d’accord une avancée incontestable. Ainsi, Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) estime que « c’est un accord décisif, qui va bien plus loin que le plus petit dénominateur commun ». De même, Jennifer Morgan (World Resources Institute) considère que « cet accord pourrait marquer un vrai tournant dans les efforts globaux contre le changement climatique. Le texte reflète à la fois une forte ambition et les voix des plus vulnérables. Il accélère la transition énergétique qui est déjà en bonne voie ».

Tous ne sont cependant pas aussi enthousiastes. Ainsi, le directeur de Greenpeace International, Kaomi Naidoo, juge que ce texte est « loin d’être satisfaisant » car « les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique, qui sont déjà en train de perdre leurs moyens de subsistance et la vie ». Une analyse partagée par Tim Gore (Oxfam) qui regrette en particulier l’absence de garantie quant à la pérennité au delà de 2025, des financements pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique, et l’absence de fonds pour faire face aux pertes et dommages résultants de ces évolutions climatiques.

Il reste donc encore bien du chemin à parcourir en vue d’une mobilisation unanime pour enclencher une véritable transition énergétique et faire face de manière responsable aux changements climatiques déjà amorcés. Mais, si le projet d’accord est bel et bien adopté dans la journée, nul doute que la France aura gagné son pari de faire de cette Cop 21, souvent présentée comme la conférence de la dernière chance, une étape importante en vue d’une prise de conscience planétaire à la hauteur des enjeux…

L.V.  LutinVertPetit

Dérèglement climato-politique sévère…

10 décembre 2015

Blog256_DessinPingouinQui pourra désormais affirmer que le dérèglement climatique est une vue de l’esprit après l’incompréhensible et dévastateur « tsunami » qui dimanche soir 6 décembre a plongé le Nord-est de la France dans un froid « extrême » comparable à celui qui sévit dans les régions polaires, tandis que le Sud-est subissait au même instant une vague de chaleur inédite, tout aussi « extrême », et dont les températures rivalisent avec celles des zones les plus désertiques de notre si belle planète.

Face à un tel accablement, aucune solution satisfaisante ne semble pouvoir enrayer ce phénomène inquiétant.

Blog256_DessinUrnePour autant, faut-il se résigner à en subir toutes les conséquences ? Si tel n’est pas le cas, alors il me semble que même si cela est déjà douloureux à formuler (et peut être impossible à accepter ?), seul un sursaut républicain digne de ce nom paraît susceptible de réparer un tel désordre.

Souvenons nous du passé lorsqu’une telle décision avait permis d’éviter sans doute le pire. Il s’agissait alors de contrer le père. Voilà maintenant que cela concerne la fille et la petite-fille…

Blog256_DessinPesteUn tel engagement verrait sa récompense dans le fait d’apporter un peu plus de douceur au nord et un peu plus de fraîcheur au sud. Et ceci, avec l’ultime espoir de rendre à nouveau fréquentables ces deux magnifiques régions sans plus avoir peur ni d’y grelotter de froid, ni d’y suffoquer de chaud !

Cela dépend de nous tous. Après, il sera trop tard. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue que les cycles climatiques ne se renouvellent qu’après de très longues périodes d’alternance. Une raison de plus pour ne pas les perturber davantage par des erreurs de jugements irréversibles .

G.R.

Centrales thermiques au charbon : cherchez l’erreur…

6 décembre 2015
Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Alors que les négociations battent leur plein dans les coulisses de la COP 21, pour tenter de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir à un niveau acceptable le réchauffement climatique dans les années à venir, certains s’interrogent sur notre capacité collective à réorienter nos modalités de développement économique pour consommer moins d’énergies fossiles. Le sujet est d’autant plus délicat que le prix du baril de pétrole a rarement été aussi bas et que les exploitations de sables et de schistes bitumineux à bas coût se développent rapidement malgré leurs ravages écologiques.

Blog254_PhOxfamQuelques semaines avant le lancement de cette réunion au sommet, les ONG Oxfam France et Les amis de la Terre avaient publié à grand fracas les résultats d’un projet de recherche intitulé Fair Finance qui mettait clairement en évidence le peu de cas que faisait la finance mondiale des nécessités d’une transition énergétique en faveur des énergies renouvelables. Il ressort de cette étude, largement reprise par La Tribune, que depuis 2009 – date du dernier sommet de la Terre à Copenhague – ce sont au moins 847 milliards d’euros que les 25 plus grandes banques mondiales ont investi dans des projets destinés à développer l’emploi d’énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), contre seulement 89 milliards pour financer le développement des énergies renouvelables !

Les banques françaises sur ce plan ne se distinguent guère du lot. Ainsi, sur cette même période entre 2009 et 2014, les cinq plus gros établissements bancaires français (BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le Groupe Banque populaire-Caisse d’épargne et le Crédit mutuel) ont financé les énergies fossiles à hauteur de 129 milliards d’euros et les énergies renouvelables à concurrence de 18 milliards seulement. Soit un rapport de un à sept en faveur des premières. A ce rythme, il paraît évident que l’on n’est pas prêt de basculer dans une économie véritablement décarbonée…

Graphique issu de l'étude Fair Finance

Graphique issu de l’étude Fair Finance

Et les ONG ne sont pas les seules à faire ce type de constat. En septembre 2015 déjà, un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) avait publié une étude qui analysait la principales subventions accordées aux énergies fossiles au sein des 34 pays membres de l’organisation et dans 6 pays émergents du G 20 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie, Afrique du Sud), 40 pays au total qui représentent à eux seuls plus de 80 % de la demande mondiale d’énergie. Les aides ainsi recensées, destinées soit à réduire les prix à la consommation soit à diminuer les coût d’exploitation des entreprises, représentent pas moins de 160 à 200 milliards de dollars chaque année en faveur principalement du pétrole (pour 82 % du total) et, dans une moindre mesure, du gaz et du charbon.

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Ces chiffres, bien que colossaux, sont pourtant très en deçà de la réalité comme l’ont montré d’autres études plus complètes diffusées par le FMI ou l’Agence Internationale de l’Énergie qui ont comptabilisé en sus les très nombreuses aides transnationales. Ils prouvent en tout cas de manière évidente que l’objectif de dégager annuellement 100 milliards de dollars pour abonder le fameux Fonds vert dont on parle tant dans les couloirs de la COP 21 et qui est destiné à faciliter l’adoption par les pays les moins avancés de technologies moins émettrices de gaz à effets de serre, cet objectif n’a rien de démesuré. Il suffirait en effet de réduire de moitié ces aides parfaitement néfastes et de réaffecter les ressources ainsi économisées dans une direction plus conforme aux objectifs affichés !

Alors, certes, on note ces derniers temps des évolutions positives. Le Mexique et l’Inde par exemple, ont fortement réduit ces dernières années leurs subventions aux énergies fossiles. Quant aux banques, et même s’il convient de se méfier des effets d’annonce de ces établissements spécialisés dans la communication et le greenwashing, plusieurs ont fait part d’une volonté de réorienter leurs investissements vers des projets plus responsables. Ainsi, en avril 2015, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont renoncé à participer au financement de très importants projets charbonniers en Australie, sous la pression, il est vrai, d’ONG, qui redoutaient les conséquences de ces projets pour la Grande barrière de corail, classée au patrimoine mondial de l’humanité…

Blog254_AfficheAmisTerre

Le Crédit agricole est même allé plus loin encore, en annonçant le 30 septembre 2015, qu’il ne financerait plus de nouvelles centrales au charbon dans les pays à hauts revenus où des alternatives existent. De même, la banque américaine Citi assurait le 5 novembre dernier, que ses crédits aux mines de charbon avaient déjà diminué « de manière significative » depuis 2011, et que cette tendance allait se poursuivre. Dix jours plus tard, Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe BCPE, s’engageait à son tour à ne plus financer de centrales électriques au charbon, et ce, dans le monde entier, « en l’état actuel des technologies ».

Blog254_PhForagePétroleEn réalité, ces décisions ne sont pas motivées par une brusque philanthropie ni guidées par un quelconque souci pour l’avenir de la planète, mais par un raisonnement beaucoup plus pragmatique. Limiter à 2 °C le réchauffement climatique d’ici à 2050, ce qui est l’objectif affiché de la COP 21, nécessite en effet de ne consommer que 20 % des réserves mondiales de carbone fossile actuellement connues, comme l’a mis en évidence une étude publiée en 2011 par l’ONG Carbon Tracker Initiative. Autrement dit, 80 % des réserves d’énergies fossiles dans le monde seraient appelées à perdre leur valeur, ce qui constitue un argument puissant pour expliquer le revirement de certaines banques qui hésitent désormais davantage à investir dans des projets d’exploitation liées à ce type d’énergie…

Bien évidemment, cette nouvelle prudence a ses limites. Si la Société générale et BNP Paribas ont annoncé leur intention de ne plus financer les projets de centrales thermiques à charbon dans les pays de l’OCDE à revenus élevés, elles continuent de financer les centrales à charbon dans les pays émergents comme la Russie, la Chine, l’Inde, ou l’Afrique du Sud…

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

C’est ainsi que le Times vient tout juste de révéler que, selon une étude menée par plusieurs organismes dont la société Ecofys et l’Institut de Postdam, plus de 2 400 centrales thermiques à charbon sont actuellement en cours de construction ou à l’état de projet à travers le monde. Rien qu’en Chine, 368 sont en chantier et 803 sont prévues à terme tandis que l’Inde en construit actuellement 297 et en prévoit 149 supplémentaires dans les années à venir. Même le Japon, quelque peu refroidi quant à l’intérêt du nucléaire suite à l’accident de Fukushima, édifie en ce moment 5 centrales thermiques à charbon et en prévoit 40 nouvelles dans la foulée.

Projet de centrale thermique de Safi

Projet de centrale thermique de Safi

Citons aussi le Maroc où est en train de s’édifier une centrale gigantesque à Safi qui devrait produire, lors de son entrée en service en 2018, 1386 MW soit le quart des besoins en électricité du pays. Le coût du projet est de 2,6 milliards de dollars, financé en grande partie par des banques internationales. La construction est assurée par l’équipementier sud-coréen Daewoo Engineering & Construction Co et l’exploitation sera confiée à Safi Energy Company, un consortium constitué par le holding royal SNI, le britannique International Power, le japonais Mitsui & Co et la société française Engie, le nouveau nom de GDF-Suez… Engie communique à l’envie sur la fameuse technologie dite « supra ultra-critique » qui permettra à cette centrale un rendement supérieur de 10 % par rapport aux procédés classiques. Il n’en reste pas moins que ce futur mastodonte qui consommera quelque 10 000 tonnes de charbon chaque jour, va empoisonner encore davantage la vie des habitants de Safi déjà exposés aux émanations d’un complexe chimique particulièrement nauséabond.

En tout cas, et toujours selon les chiffres du Times, ces futures centrales à charbon en chantier ou en projet, devraient produire à elles seules 6,5 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires par an, alors que les engagements des pays pour la COP 21 présentent déjà un excédent de 10 milliards de tonnes pour espérer ne pas dépasser le seuil fatidique de 2 °C de réchauffement climatique : cherchez l’erreur…

L.V.  LutinVertPetit

COP 21 : la société civile se mobilise !

28 novembre 2015

Blog252_PhOursBlancLa semaine prochaine s’ouvrira à Paris la fameuse 21ème conférence des parties, dite COP 21, destinée à obtenir des engagements de tous pour tenter de limiter à 2 °C le réchauffement climatique moyen de notre planète. Une véritable gageur alors que les USA commencent à ergoter sur la portée réelle de cette réunion et proposent qu’on en reste aux discours incantatoires sans implication contraignante, et alors que la Chine envisage d’attendre 2030 pour commencer à stabiliser ses émissions de CO2

Mais en ces temps où chacun est focalisé sur la menace terroriste et sur les affrontements en cours en Irak et en Syrie, l’urgence climatique est en train de passer au second plan. Comme le disait déjà Jacques Chirac en 2002 à Johannesburg : « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Prendre des décisions fortes, basées sur la solidarité internationale, pour réduire collectivement nos émissions de gaz à effet de serre n’est pas des plus facile dans un monde en crise où chaque pays cherche à tirer son épingle du jeu sans se soucier de ce qu’il adviendra du voisin, oubliant que nous sommes tous dans la même barque…

Blog252_DessinLes premières victimes du réchauffement climatique global seront les paysans de la zone inter-tropicale et on peut déjà imaginer avec quel empressement ils seront accueillis dans nos pays riches mais ravagés par les inégalités sociales et le chômage de masse, lorsqu’ils viendront grossir les rangs des demandeurs d’asile, s’ajoutant à ceux qui fuient déjà la misère, l’oppression politique, les guerres et l’obscurantisme religieux…

Face à un tel défi, la société civile en général et le milieu associatif en particulier sont heureusement plus clairvoyants que nos dirigeants politiques. Mais laisser les citoyens exprimer leur détermination à agir sur un tel sujet revient à dire que nos élus ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur ont été confiées… Un discours qui n’est pas toujours agréable à entendre et la France, qui s’enorgueillit de favoriser la liberté d’expression, vient encore d’en administrer la preuve en interdisant, sous prétexte de sécurité, la Marche mondiale pour le climat, prévue ce dimanche 29 octobre 2015.

Blog252_PhAfficheLes manifestations sont interdites, en particulier à Paris. Qu’à cela ne tienne, les collectifs impliqués dans la mobilisation citoyenne autour de la COP 21 maintiennent leur invitation à se rassembler dimanche 29 novembre à Marseille, à 13h place Bargemon, en habits verts, pour exprimer leur détermination et montrer leur solidarité en formant une chaîne humaine entre la mairie et le Parc Longchamp. De nombreuses autres marches du même type sont prévues dans plusieurs villes françaises, y compris à Aix-en-Provence le dimanche 29 à 10h sur le Cours Mirabeau.

En parallèle, de nombreux autres événements ont été imaginés pour favoriser la mobilisation citoyenne autour de cette réunion internationale sur le climat. Sur Aubagne par exemple, expositions, conférences et manifestations festives sont organisés toute la semaine Blog252_PhFourSolaireà l’initiative du Collectif pour une transition citoyenne du pays d’Aubagne. Au menu : mijoté de légumes préparés dans un cuiseur solaire ou visite de la ferme des Jonquiers dont les terres ont été acquise grâce à une souscription populaire organisée par Terre de liens.

Le programme complet des festivités (ProgrammeAubagne2015) est accessible sur les sites des associations mobilisées dont celui du nouveau groupe aubagnais Colibri, un mouvement créé en 2007 par Pierre Rabhi et qui milite pour une société plus écologiste et plus humaine dans laquelle chacun est appelé à se mobiliser à l’exemple du colibri de la fameuse légende amérindienne maintes fois racontée mais toujours aussi savoureuse : Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Blog252_PhColibriSeul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part ».

Reste à savoir si les responsables de tous les pays du monde sont désormais prêts à prendre leur part dans cette course contre la montre à laquelle nous sommes tous confrontés face au changement climatique global. Espérons-le, même si le contexte actuel ne pousse guère à l’optimisme en la matière…

L.V.  LutinVertPetit

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit