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Les Marseillais n’aiment pas pédaler pour aller au travail…

24 janvier 2017

Alors que l’on passe de plus en plus de temps pour les trajets domicile-travail, surtout dans une agglomération comme Marseille totalement saturée par la circulation automobile aux heures de pointe, voila une étude particulièrement instructive que vient de publier l’INSEE le 17 janvier 2017. Présentée de manière pédagogique et accessible au grand public, cette étude très fouillée explore notamment la part du vélo dans les trajets quotidiens pour aller travailler, et le résultat ne manque pas d’intérêt !

On y apprend ainsi, sans grande surprise, que les Français continuent à utiliser très majoritairement leur voiture pour aller travailler. Lorsque la distance entre le domicile et le lieu de travail dépasse 7 à 8 km, c’est à plus de 80 % la voiture qui est utilisée comme mode de transport, le reste des déplacements se faisant pour l’essentiel en transport en commun et, de manière marginale (2 % environ), en moto.

Part du mode de transport selon la distance domicile-travail effectuée par les actifs ayant un emploi (source INSEE)

Part du mode de transport selon la distance domicile-travail effectuée par les actifs ayant un emploi (source INSEE)

Plus surprenant : même lorsque le trajet domicile-travail est inférieur à 1 km, c’est encore la voiture qui est très majoritairement employée par près de 60 % des personnes ! Dans ce cas cependant, la marche devient un mode de déplacement nettement plus important puisqu’il concerne alors de l’ordre de 20 % des travailleurs, mais sa part dans les trajets quotidiens domicile-travail diminue fortement avec la distance pour disparaître quasi totalement au-delà de 4 à 5 km, au profit des transports en commun surtout : le goût de l’effort a ses limites…

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Et le vélo dans tout ça ? Sa part augmente légèrement avec la distance jusqu’à 4 km, représentant alors un pic de 4 % des travailleurs, puis elle chute de manière assez logique : au-delà de 15 km, seuls 0,5 % de sportifs invétérés continuent de se rendre chaque jour au travail en vélo… Mais de manière globale, seuls 1,9 % des actifs français se rendent quotidiennement à leur travail en vélo, soit à peu près la même proportion que ceux qui utilisent un deux-roues motorisé pour leurs trajets domicile-travail, loin derrière les transports en commun (utilisés par près de 15 % des Français pour aller travailler) et surtout la voiture qui concerne encore plus de 70 % de ces trajets, sans oublier la part de 5 % des actifs les plus heureux qui n’ont pas besoin de se déplacer pour aller travailler.

La bicyclette, bien que plus rapide que la marche à pied, plus souple que les transports en commun et plus économique que la voiture, a donc encore une large marge de progression pour convaincre les Français de son utilité. Une autre étude, réalisée par la Commission européenne et évoquée dans Le Monde, indique que pour les trajets quotidiens (au delà donc de ceux permettant de se rendre au travail), le vélo n’est utilisé que dans 2,8 % des cas en France alors que ce chiffre est de 7 % en moyenne dans l’Union européenne, dépasse 13 % en Allemagne et atteint même 31,2 % aux Pays-Bas…

La nouvelle image du jeune cadre dynamique ? (photo F. Dufour / AFP)

La nouvelle image du jeune cadre dynamique ? (photo F. Dufour / AFP)

Pour ce qui est des seuls trajets domicile-travail, les chiffres de l’INSEE montrent, sans surprise non plus, que le vélo est par excellence le mode de transport du cadre masculin travaillant en centre-ville dans une grosse agglomération urbaine. Ainsi, dans les villes de plus de 200 000 habitants, ce sont pas moins de 6 % des travailleurs qui utilisent la bicyclette pour aller travailler chaque jour, alors que ce pourcentage tombe à 1,2 % dans les communes isolées en dehors des agglomérations.

Même Paris ne fait pas exception à la règle, encore que la proportion de Parisiens allant travailler en vélo ne soit que de 4 %, nettement en deçà d’autres grandes villes comme Bordeaux, Toulouse ou bien sûr Strasbourg. Selon Le Parisien, cette proportion n’était que de 3 % en 2013, ce qui traduit malgré tout une belle progression.

Paris, la deuxième ville la plus embouteillée de France, derrière Marseille...

Paris, la deuxième ville la plus embouteillée de France, derrière Marseille…

En parallèle, le trafic routier a connu une chute spectaculaire de 30 % depuis 2001, grâce à une politique volontariste (et fortement critiquée par certains) de la Mairie de Paris. Désormais, un ménage sur deux à Paris ne possède plus de voiture individuelle. Il faut dire aussi que la vitesse moyenne effective de déplacement en voiture dans Paris ne cesse de diminuer, atteignant désormais tout juste les 15 km/h : un argument décisif qui réoriente massivement les Parisiens vers d’autres modes de déplacement parmi lesquels les transports en commun, la marche à pied et le vélo !

Mais l’étude de l’INSEE montre aussi de très grandes disparités régionales dans l’usage de la bicyclette pour aller travailler. Ainsi, dans le Bas-Rhin, ce sont plus de 6 % des habitants de l’ensemble du département qui vont travailler en vélo et cette proportion est surtout élevée dans les régions frontalières de l’Allemagne ou de la Belgique, ce qui montre l’importance du facteur culturel dans ces comportements individuels. Sans surprise, les Bouches-du-Rhône font partie des plus mauvais élèves avec seulement 1,2 % des déplacements domicile-travail qui se font en vélo…

L’INSEE pointe d’ailleurs l’agglomération Aix-Marseille comme la principale exception française puisque l’usage de la bicyclette pour aller travailler ne concerne que 1,5 % des actifs, comme se l’est fait confirmer Marsactu : on est très loin de la moyenne nationale de 6 % pour l’ensemble des grosses agglomérations urbaines ! Les études réalisées récemment sur les transports dans la métropole Aix-Marseille-Provence donnent même une image encore plus noire de la situation puisque, tous trajets confondus, la part du vélo dans les déplacements sur le territoire métropolitain tombe à 0,7 % ! Près de 40 % des déplacements les plus courts (moins de 3 km, soit moins de 15 minutes en vélo) se font en voiture, selon les observations figurant dans l’agenda métropolitain des transports.

Alors, le Marseillais serait-il incapable de pédaler ? On pourrait en douter au vu du nombre de cyclistes qui se déploient chaque week-end en rangs serrés le long de nos routes de campagne ! Le retard colossal pris par les communes en matière d’aménagement de pistes cyclables est sans doute un des facteurs expliquant ce moindre usage du vélo en ville, de même sans doute que le comportement belliqueux de nombre d’automobilistes locaux, peu désireux de partager l’espace urbain avec d’autres usagers plus vulnérables.

Vélos en libre service sur le Vieux Port à Marseille

Vélos en libre service sur le Vieux Port à Marseille

L’élu à la métropole en charge de la mobilité, Jean-Pierre Serrus, reconnaît bien volontiers le retard colossal accumulé en la matière. Le dernier agenda de la mobilité, voté par la Métropole en décembre 2016, est d’ailleurs très timide sur le sujet, se contentant pour l’essentiel de proposer que soit prolongé le système d’aides à l’achat de vélos à assistance électrique. Le Plan de déplacement urbain conçu par la Communauté urbaine de Marseille pour la période 2013-2023 prévoit la réalisation de 10 km de pistes cyclables, mais la Cour régionale des Comptes émet de forts doutes quant à la capacité de la collectivité à libérer effectivement le foncier nécessaire à leur aménagement.

On se souvient que la ville de Marseille avait reçu en 2013 le trophée peu glorieux du Clou rouillé décerné par la Fédération des usagers de la bicyclette. Depuis, la carte des pistes cyclables s’est un peu étoffée, mais il reste un long chemin à parcourir pour inciter davantage les habitants de la métropole à pédaler pour leurs trajets quotidiens…

L.V.  lutinvert1small

Région PACA : Estrosi relance la Formule 1 !

15 janvier 2017

Élu fin 2015 à la tête de la Région PACA, grâce au bienveillant retrait de son opposition de gauche, Christian Estrosi avait profité de ses vœux à la Presse, début 2016, pour rappeler ses priorités : douze chantiers, comme un certain Hercule avant lui, parmi lesquels la lutte pour l’emploi et la renégociation du Contrat de Plan avec l’État, ainsi qu’une remise à plat de la convention avec la SNCF en vue d’une réorganisation complète des transports ferroviaires régionaux. Ayant fait toute sa campagne sur le thème de la prétendue gabegie de l’équipe précédente en matière de gestion de affaires publiques, il assurait crânement : « je veux être le président qui fait des économies ».

Christian Estrosi présentant ses vœux à la Presse le 5 janvier 2017 (photo NG / La Provence)

Christian Estrosi présentant ses vœux à la Presse le 5 janvier 2017 (photo NG / La Provence)

Un an plus tard, le même Christian Estrosi, sans doute vexé par le jugement peu amène de son ami Sarkozy, vient de renouveler l’exercice de ses vœux à la Presse, le 5 janvier dernier, assurant d’un ton triomphaliste : « en un an, nous avons profondément changé la région. 80 % de nos engagements ont été tenus ou sont en cours de l’être ». Les habitants de la région PACA, où le taux de chômage dépasse encore 11,1 % au deuxième semestre 2016, l’un des plus élevés du pays après les Hauts-de-France, et tout particulièrement ceux qui empruntent chaque jour les TER de la région, dont le taux de retard et d’annulation bat tous les records, apprécieront sans doute cette embellie aussi exceptionnelle que soudaine et se demanderont peut-être avec angoisse à quoi va bien pouvoir s’occuper la majorité régionale au pouvoir, maintenant que l’essentiel de son programme a été déjà mis en œuvre.

Une des plus grandes réussites dont se targue le nouveau président de la Région, et qui marque effectivement une rupture évidente avec l’ancienne majorité, concerne les 14 millions qu’il se vante d’avoir investi pour permettre au circuit automobile du Castellet d’accueillir de nouveau le Grand Prix de Formule 1. Pour un responsable politique qui se gargarise de vouloir faire des économies en se recentrant sur les compétences obligatoires de la Région, voila une décision qui pourrait surprendre de prime abord…

Christian Estrosi alors pilote de moto

Christian Estrosi alors pilote de moto

Mais ce serait oublier que le parcours professionnel de Christian Estrosi, comme il le rappelle lui-même sur son site avec fierté, se résume en dehors de ses mandats électoraux, à la course motocycliste, se vantant même d’avoir été quatre fois champion de France de moto entre 1974 et 1979. Cette occupation en tout cas ne lui a pas permis de poursuivre ses études jusqu’au baccalauréat, d’où le surnom de « motodidacte » qui lui colle à la peau depuis qu’il s’est lancé en politique grâce à son mariage avec sa première femme, Dominique Sassone, fille d’un adjoint au maire de Nice et actuellement sénatrice. C’est ce mariage qui lui a permis de devenir lui-même adjoint aux sports en 1983 alors qu’il végétait dans sa concession Kawasaki, et ceci sous la houlette du regretté Jacques Médecin, malencontreusement condamné à 3 ans et demi de prison ferme pour de méchantes affaires de corruption et qui a préféré s’enfuir en Uruguay pour éviter de purger sa peine.

On conçoit aisément que le nouveau président du Conseil Régional PACA soit très attaché à ce circuit du Castellet où il a disputé sa première course en 1972 mais a été disqualifié en 1973 pour avoir bricolé son moteur très au-delà de ce qu’autorisait le règlement : déjà la tentation de forcer un peu le destin, une tendance naturelle qui le conduisit en 1993 à être déclaré inéligible pour avoir trafiqué ses comptes de campagne…

Vue aérienne du circuit Paul Ricard au Castellet

Vue aérienne du circuit Paul Ricard au Castellet

Ce mythique circuit du Castellet, auquel l’ancien motocycliste est si attaché, avait été créé en 1970 par Paul Ricard, un temps maire de la commune varoise de Signes et qui avait commencé par édifier un aéroport privé sur le vaste plateau calcaire s’étendant sur les territoires de Signes et du Castellet, entre Aubagne et Toulon. Le Grand Prix de Formule 1 y a été organisé de 1971 à 1990, avant d’être transféré sur le circuit de Magny-Cours, plus moderne, construit dans la Nièvre. Le Bol d’Or s’est également déroulé sur ce circuit de 1978 à 2000.

En 1999, c’est l’homme d’affaire britannique à la réputation sulfureuse, Bernard Ecclestone, qui rachète le circuit et le transforme en une piste ultra moderne réservée aux essais et courses privées. Il a fallu attendre 2008 pour que le circuit s’ouvre de nouveau au public et, en septembre 2015, le Bol d’Or y a été organisé, attirant près de 75 000 spectateurs. L’objectif affiché par Christian Estrosi est désormais que le circuit accueille également un nouveau Grand Prix de Formule 1 en 2018, cette étape française ayant disparu du championnat du monde depuis 2008.

Il faut dire qu’il peut compter pour cela sur l’aide du candidat à la présidentielle, François Fillon, ancien pilote automobile lui-même qui, lorsqu’il était Premier ministre en 2011, avait mis en place un processus destiné à faire revenir au Castellet une étape française du championnat du monde de Formule 1, en alternance avec le Grand Prix de Belgique qui se déroule sur le circuit de Spa-Francorchamp. C’est d’ailleurs le propre frère de François Fillon, Pierre, pharmacien de son état et président de l’Automobile Club de l’Ouest, malicieusement épinglé par le Canard enchaîné en 2014 pour rémunération irrégulière de fonctions bénévoles, qui organise les 24 heures du Mans : une affaire de famille en quelque sorte !

Christian Estrosi lors de la conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 dans les locaux de l'Automobile Club de France (photo R. Burgan)

Christian Estrosi lors de la conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 dans les locaux de l’Automobile Club de France (photo R. Burgan)

C’est en tout cas Christian Estrosi en personne qui est venu annoncer officiellement la bonne nouvelle lors d’une conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 au siège de l’Automobile Club de France : le Grand Prix de France de Formule 1 aura bien lieu au Castellet à partir de 2018 et pour au moins 5 ans. Son organisation coûte la bagatelle de 30 millions d’euros, une misère, qui pourrait apporter, en contrepartie, de juteuses retombées touristiques pour les hôteliers et restaurateurs du coin. Cette modeste participation sera pour l’essentiel prise en charge par les collectivités territoriales, dont la Région qui s’engage donc à verser 14 millions au minimum : quand on aime, on ne compte pas…

Christian Estrosi au musée du sport à Nice, le 26 juin 2014 (photo © Maxppp)

Christian Estrosi au musée du sport à Nice, le 26 juin 2014 (photo © Maxppp)

Voilà en tout cas un signal politique fort de la part du Président de la Région PACA, en cette période où la plupart des responsables politiques s’inquiètent des conséquences du changement climatique et de la manière de convaincre chacun de modifier ses modes de vie et de déplacement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard. A l’instar d’un Donald Trump, Christian Estrosi confirme ainsi qu’il est bien éloigné de telles préoccupations et qu’il serait quand même dommage de se priver pour autant d’un beau spectacle de Formule 1. C’est d’ailleurs à ce genre de détail qu’on reconnaît un homme politique de talent qui n’hésite pas à accélérer le pas lorsqu’il se trouve au bord du gouffre…

L.V.  lutinvert1small

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

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Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

A Flint, mieux vaut ne pas boire pas l’eau du robinet…

4 janvier 2017

La ville de Flint, située au nord des États-Unis, dans l’État du Michigan, fait partie, comme sa voisine Detroit, située à quelques 120 km de là, de ces cités américaines qui ont fondé leur prospérité sur l’essor de l’industrie automobile et qui ont subi de plein fouet le déclin de cette dernière. La société Buick y a été fondée en 1908 et General Motors en 1911, fournissant de l’emploi à foison pour toute la région.

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Durant près d’un siècle, toute la ville ou presque a vécu de l’industrie automobile, jusque dans les années 1990, lorsque les usines General Motors ont fermé et ont même été entièrement rasées, laissant place à de vastes friches industrielles entourées de clôtures grillagées en plein centre ville. En 25 ans, la ville a perdu un tiers de sa population qui dépasse désormais péniblement les 100 000 habitants. Plus de la moitié de la population y est noire et 42 % vit en dessous du seuil de pauvreté, tandis que le taux de criminalité y atteint des records. Maisons, écoles, supermarchés et casernes de pompiers, devenus inutiles, y sont détruits les uns après les autres tandis que la ville se meurt à petit feu.

En 2011, la ville, surendettée, est au bord de la faillite, au point que la municipalité est placée sous tutelle d’un administrateur d’urgence, nommé par le gouverneur républicain du Michigan, Rick Snyder. Les élus démocrates, qui sont à la tête de la ville depuis des décennies, sont accusés de clientélisme et de gabegie. Une cure d’austérité s’impose donc et les nouveaux responsables se lancent dans une chasse effrénée aux économies.

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

En avril 2014, c’est l’alimentation en eau potable qui est passée au crible de l’audit financier. Traditionnellement, la ville de Flint achète son eau à Detroit mais le coût de cet approvisionnement est jugé excessif par les ardents défenseurs de la rigueur budgétaire. Qu’à cela ne tienne, on décide du coup de pomper directement l’eau dans la Flint River qui traverse la ville, au moins pour quelques années, en attendant un hypothétique projet privé d’approvisionnement depuis le lac Huron, à la frontière canadienne.

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

La petite station de potabilisation vétuste est sommairement réhabilitée et pendant un an et demi, la ville va ainsi être alimentée par une eau fortement polluée, riche en métaux lourds et en germes pathogènes, et surtout fortement corrosive, au point d’attaquer sérieusement les conduites en plomb constituant l’essentiel du réseau de distribution d’eau supposée potable.

Très rapidement, la population se met à souffrir de vomissements et les pathologies s’accumulent. Depuis juin 2014, 87 cas de légionellose sont recensés, dont 10 s’avèrent mortels. Les autorités recommandent de faire bouillir l’eau et font appel à l’expertise de certaines sociétés dont Véolia qui préconisent des traitements chimiques mais ces derniers ne font qu’aggraver la corrosion des canalisations. Les cas de saturnisme se multiplient et General Motors, qui avait conservé sur place une usine de poids-lourds, finit par rétablir à ses frais, dès octobre 2014, une canalisation d’adduction d’eau depuis Detroit pour mettre fin aux graves problèmes de corrosion qui menacent ses propres installations industrielles !

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Face à l’inertie des autorités, la population s’organise et plusieurs associations se créent, dont Flint Rising, pour dénoncer ce scandale et réclamer des solutions à la hauteur du problème. En octobre 2015, sous la menace de plusieurs recours en justice, les autorités finissent par rétablir l’alimentation par le réseau de Detroit. Mais il faut encore attendre le 8 janvier 2016 pour que le gouverneur décide enfin de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Le 16, Barack Obama a même placé Flint en état d’urgence fédérale, afin d’accélérer la distribution d’eau en bouteille et de filtres, avec ces mots : « si j’étais en charge d’une famille là-bas, je serai hors de moi à l’idée que la santé de mes enfants puisse être en danger ».

Depuis, la situation s’améliore lentement mais les distributions d’eau potable se poursuivent en attendant que les canalisations de plomb, désormais gravement corrodées, puissent être progressivement changées afin qu’elles ne continuent plus à empoisonner la population, lentement mais sûrement. Plus de 27 000 enfants seraient ainsi menacés par une intoxication irréversible au plomb…

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Dans un tel contexte, chacun règle ses comptes et les attaques en justice se multiplient. Même Véolia, qui n’est pourtant intervenu dans cette affaire que pour une expertise ponctuelle courant 2015, est attaqué par le procureur général depuis juin 2016 et va devoir s’expliquer devant la justice américaine, au même titre qu’un de ses concurrents, la société Lockwood, Andrews & Newnam.blog376_pheaupolluee

Beaucoup accusent les autorités d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable dans une ville dont la population, majoritairement noire et pauvre, était considérée comme suffisamment passive pour supporter une telle situation et ne méritant pas d’investir plus que le strict minimum pour renouveler les infrastructures publiques. De ce point de vue, les reportages de Frédéric Autran, pour Libération, ou de Yves Eudes, paru dans le Monde, sont tout à fait instructifs…

On sait désormais, depuis le procès de Christine Lagarde, que pour les responsables politiques d’un certain niveau, la négligence en matière de gestion des affaires publiques, n’est qu’une faute vénielle qui ne mérite même pas d’être condamnée. Puisse néanmoins cet exemple amener nos élus à réfléchir aux conséquences des décisions qui sont prises sous le seul angle des économies à court terme, même si, à de multiples égards, la gestion de l’alimentation de l’eau en France n’est pas soumise à autant de risques de dérives qu’aux États-Unis, jusqu’à présent du moins…

L.V.  lutinvert1small

Trémargat, bel exemple de commune solidaire et citoyenne

29 décembre 2016

Petite commune rurale nichée dans l’arrière-pays breton, le Kreiz Breizh, un pays de landes et de bois caillouteux, un des coins les plus pauvres de la péninsule, la petite commune de Trémargat, perdue au fin fond des Côtes d’Armor, n’en finit pourtant pas de faire parler d’elle. Mise en exergue dans les années 1960 comme un symbole de ces bourgs ruraux exposés à un exode rural inéluctable, passée de 269 habitants en 1962 à 152 seulement en 1990, la petite commune bretonne a pourtant réussi à remonter la pente et fait la une de nombreux médias, de Rue89 à La Croix en passant par Basta ! le magazine associatif militant du net.

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Ce nouvel élan doit beaucoup à l’installation de plusieurs couples de néoruraux, des anciens soixante-huitards venus s’installer ici pour élever des chèvres dans une logique totalement opposée à l’agriculture intensive alors en vogue en Bretagne. C’est le cas de la maire actuelle, Yvette Clément, arrivée ici en 1976 avec son mari François, avec qui elle a développé, sur les terres pauvres de ce pays boisé et vallonné, un élevage qui compte 150 brebis aujourd’hui.

Malgré l’exode rural il reste désormais 14 exploitations agricoles en activité à Trémargat et les nouveaux arrivants ont fait mieux que s’intégrer : ils ont réussi à redynamiser complètement le petit village breton devenu une vitrine de la gestion participative, au même titre que la commune de Saillans dans la Drôme !

Le tournant date de 1995. Jusque là, la mairie était traditionnellement aux mains de la même famille de génération en génération et son rôle principal se limitait à entretenir la voirie municipale. Mais « à quoi bon mettre des pavés s’il n’y a personne pour les lancer ? » s’est dit Eric Hamon autour de qui s’est agrégée une petite équipe de nouveaux venus débordant d’idées pour faire revivre le petit village sur le déclin en aidant à accueillir de nouveaux agriculteurs et des randonneurs venus profiter de ce coin de nature préservée. Leur slogan : « Vivre, participer et accueillir dans un environnement préservé et de qualité ».

Mais c’est surtout leur méthode qui a révolutionné la vie du village. Depuis cette date en effet, chaque maire ne fait qu’un seul mandat mais reste dans l’équipe suivante pour faire profiter les autres de son expérience. Et les élus ne sont pas les seuls à s’investir : le programme fait l’objet d’un débat public avant les élections et tout est discuté en commission extra-municipale, ce qui permet à chacun de s’investir réellement dans la gestion des affaires publiques. Et quand on parle d’investissement, cela va jusqu’à mettre la main à la pâte…

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

C’est ainsi que la petite place devant l’église a été entièrement refaite par les habitants volontaires eux-même. Le projet initial conçu par un bureau d’étude et qui faisait la part belle au goudron avec bordure en ciment et mobilier urbain classique, a été abandonné et chacun s’est retroussé les manches pour transformer la petite place en un théâtre de verdure engazonné avec pergola en bois construite localement et arbres fruitiers, le tout pour une somme dérisoire !

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

En 1995, un des premiers actes de l’équipe municipale fraîchement élue a été de racheter le café du village en pleine décrêpitude et sur le point de fermer alors qu’il n’y avait déjà plus décole au village et que l’unique épicier partait en retraite. Il fallait donc impérativement conserver un lieu de vie où se retrouver et c’est ce qu’est devenu depuis le « Trèmargad Kafé ». La municipalité en a profité pour aménager deux logements sociaux à l’étage et à transformé l’ancien commerce sur le déclin en un café multiservice avec gîte d’étape attenant. C’est désormais une association qui a repris le flambeau depuis 2008, mais le café est devenu le centre de la vie sociale du village, avec soirées tarot, débats animés et concerts variés.

Dans l'épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Dans l’épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Quant à l’épicerie, c’est aussi la mairie qui a pris le taureau par les cornes en préemptant une maison qui se libérait dans le centre bourg. Une petite étude de marché a confirmé que les habitants ne voulaient pas du tout d’une supérette qui vende les mêmes produits qu’en grande surface, deux fois plus cher, mais au contraire des produits bio issus majoritairement des exploitations locales. Les vendeurs sont des bénévoles qui se relaient pour tenir la boutique moyennant un accès aux produits à prix coûtant. Il fallait un chiffre d’affaire de 30 000 € pour équilibrer le budget et dès la première année en 2013, il s’est élevé à 75 000 € : un vrai succès !

Depuis 2012, la commune a rompu son contrat avec EDF pour l’alimentation électrique municipale et est désormais abonnée chez Enercoop, ce qui lui garantit, pour un prix à peine supérieur, une énergie 100 % renouvelable et a du coup incité la coopérative bretonne à installer symboliquement à Trémargat son siège social.

Le village de Trémargat a désormais tout du laboratoire pratique de mise en œuvre des démarches de solidarité, de démocratie participative et d’écologie citoyenne. La quasi totalité des exploitants agricoles sont adhérents du Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome (Cedapa), qui prône une agriculture durable, à l’herbe, sans intrant et à taille humaine. A Trémargat désormais, presque tout est bio, même le restaurant qui offre chaque jour pour 12 € un menu à base exclusive d’ingrédients produits localement à partir de l’agriculture biologique. Seuls deux agriculteurs récalcitrants restent adeptes des schémas traditionnels ultra-productivistes, mais du coup on ne les voit jamais au bourg, qu’ils traversent, dit-on, en 4 x 4.

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Reste néanmoins à assurer l’avenir de la commune maintenant que les premiers néo-ruraux installés dans les années 1970 commencent à partir en retraite. Pour cela, le petit village de 200 habitants n’a pas hésité à se lancer dans l’élaboration d’un PLU (Plan local d’urbanisme), un exercice réservé habituellement aux communes de plus grande taille. Une quarantaine de parcelles ont ainsi été rendues constructibles et la mairie en a profité pour protéger les zones humides et les haies bocagères, et empêcher certains travaux de labour.

Mais les habitants ont souhaité aller plus loin encore et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une société civile immobilière, dans laquelle la commune et les habitants pourraient prendre des parts et qui achèterait des terres. Financée par 140 associés, venus parfois de l’extérieur, détenteurs d’une ou plusieurs parts à 100 €, la SCI a ainsi acquis une parcelle de 21 hectares sur la commune voisine pour faciliter l’installation d’un couple de jeunes éleveurs qui était à la recherche de pâturage pour ses brebis allaitantes et ses vaches laitières.

« La ferme de 21 hectares d’un agriculteur partant à la retraite était à vendre 65 000 €. La SCI l’a achetée, pour la louer au prix de 100 € l’hectare par an. Il n’y a aucun risque, car si l’exploitation ne marche pas, la SCI peut louer à nouveau les terres », explique l’un des trois gérants de la SCI. Appuyée par la commune, via une association de soutien, la SCI aide actuellement un jeune couple de maraîchers bio à s’implanter et soutient l’agrandissement d’un boulanger-paysan. « Cette nouvelle acquisition se fait sans emprunt bancaire grâce au capital collecté, notamment auprès d’habitants de Saint-Brieuc, séduits par notre démarche et désireux de trouver des produits frais de qualité sur leur marché », ajoute le gérant.

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

A Trémargat, tout n’est pas idyllique, comme l’explique à Basta ! une jeune agricultrice, membre du conseil municipal : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne. Car la plupart des gens vivent là, partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

Se concerter, décider et agir ensemble : à Trémargat, c’est devenu un réflexe. D’autres communes voisines s’intéressent à la démarche et tentent de copier le modèle : pourquoi-pas à Carnoux aussi ?

L.V.  lutinvert1small

Changement climatique : Donald Trump se serait-il trompé ?

8 décembre 2016

Pendant toute sa campagne électorale, le candidat républicain Donald Trump n’avait pas arrêté d’exprimer une position climato-sceptique des plus caricaturales, ne manquant jamais une occasion, à chaque chute de neige hivernale, de tourner en dérision ceux qui alertent sur le réchauffement climatique global sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre.

Comment peut-on encore douter de la réalité du réchauffement climatique ?

Comment peut-on encore douter de la réalité du réchauffement climatique ?

On se souvient de Vladimir Poutine clamant à qui voulait l’entendre que le réchauffement climatique était une excellente nouvelle pour la Russie et plus encore pour la Sibérie. Manifestement, Trump n’était pas loin de partager ce même sentiment, n’hésitant pas à affirmer que le changement climatique global n’était qu’un « canular », « un concept inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ».

Le candidat, alors en campagne promettait, s’il était élu, d’ « annuler » l’accord de Paris signé par les États-Unis le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP 21 et entré en vigueur le 4 novembre 2016, quelques jours seulement avant la date de l’élection présidentielle américaine.

Il aura donc beaucoup fait parler de lui pendant le déroulement de la COP 22 qui vient de se tenir à Marrakech et à l’occasion de laquelle 360 grandes entreprises américaines ont publié un manifeste l’appelant à changer ses positions face au risque majeur du réchauffement climatique, risque qui pourrait se transformer en formidable opportunité de développement technologique pour peu que les responsables politiques ne s’enferment pas dans le déni et prennent le sujet à bras le corps. L’annonce, pendant la COP 22, d’une des dernières mesures prises par l’administration Obama, visant à diminuer de 80 % les émissions américaines de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 2005, ressemblait d’ailleurs autant à un baroud d’honneur qu’à un pied de nez au milliardaire nouvellement élu.

Lequel semble du coup avoir légèrement atténué sa position maintenant qu’il accède réellement aux responsabilités. C’est du moins ce que la presse mondiale en a déduit suite à une interview qu’il a accordée le 23 novembre dernier au New York Times, entretien dont beaucoup ont compris qu’il ne comptait en réalité pas sortir de l’accord de Paris et que manifestement ses propos quelques peu outranciers tenus lors de la campagne n’étaient plus de mise.

Donald Trump en entretien dans les bureaux du New York Times le 22 novembre 2016 (photo H. Masuike/The New York Times)

Donald Trump en entretien dans les bureaux du New York Times le 22 novembre 2016 (photo H. Masuike/The New York Times)

Or le New York Times a tenu à publier sur son site la transcription intégrale de l’entretien accordé par le nouveau président élu aux journalistes et l’analyse de ses propos, tel que l’a rapporté Stéphane Foucart dans Le Monde, suscite plutôt une certaine perplexité. L’exercice, « offrant ainsi au lecteur un voyage fascinant au cœur des brumes sibyllines de la pensée trumpienne », révèle en tout cas à quel point la pensée du nouveau président est confuse, c’est le moins que l’on puisse dire…

Petit florilège de cet entretien qui restera sans doute dans les annales : à la question du chroniqueur Thomas Friedman : « Allez-vous retirer à l’Amérique son rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique ? » Trump répond : « Je regarde ça de très près, Tom. Je vais vous dire quoi. J’ai l’esprit ouvert là-dessus. On va regarder très soigneusement. C’est une question intéressante parce qu’il y a peu de choses où il y a plus de divisions que sur le changement climatique. Vous avez tendance à ne pas l’écouter, mais il y a des gens de l’autre côté de cette question qui ne sont, tenez, même pas… »blog366_phtrump

Charitable, le patron du journal relance le débat, ce qui permet à Donald Trump de développer sa pensée : « Mais beaucoup de gens intelligents sont en désaccord avec vous. J’ai un esprit très ouvert. Et je vais étudier beaucoup de choses qui se sont produites là-dessus et nous allons les regarder très soigneusement. Mais j’ai un esprit très ouvert. Vous savez, le jour le plus chaud, c’était en 1890 et quelque, en 1898. Vous savez, vous pouvez faire grand cas de différents points de vue. J’ai un esprit totalement ouvert. Mon oncle a été pendant trente-cinq ans professeur au MIT. Il était un grand ingénieur et scientifique. C’était un type bien. Et il était… il y a longtemps, il avait son sentiment — c’était il y a longtemps —, il avait son sentiment à ce sujet. C’est un sujet très complexe. Je ne suis pas sûr que personne saura jamais. »

blog366_dessintrumpEffectivement, il y a fort à craindre qu’on ne saura jamais réellement ce que le nouveau président des États-Unis pense de ce sujet sinon qu’il est certainement très complexe. Peut-être son oncle scientifique aurait-il en effet été plus précis sur le sujet ? Pourtant les journalistes ne se découragent pas pour autant et relancent l’intéressé en lui demandant s’il pense que le réchauffement est lié aux activités humaines. « Maintenant, je pense… disons, je pense qu’il y a une connexion. Il y a quelque chose. Cela dépend à quel point. Cela dépend aussi de combien cela va coûter à nos entreprises. Vous devez bien comprendre, maintenant, nos entreprises ne sont pas compétitives. »

Voilà déjà qui est plus clair. La véracité d’un fait dépend donc, dans l’esprit de M. Trump, de son coût pour les entreprises américaines. Un journaliste insiste : les États-Unis vont-ils, oui ou non, se retirer de l’accord de Paris ? « Je vais y jeter un œil », répond simplement M. Trump.

Faut-il donc vraiment être rassuré par une position manifestement encore bien mouvante ? Le journaliste du Monde qui rapporte ces propos parait pour le moins inquiet à ce sujet et retient surtout de cet entretien que si Donald Trump insiste autant, tout au long de cette interview, sur son ouverture d’esprit, il est surtout à craindre que l’esprit du nouveau président soit en réalité plutôt « ouvert aux quatre vents »…

L.V.  lutinvert1small

Encore un traitement de faveur pour Alteo !

1 décembre 2016

Décidément, l’usine d’alumine Alteo de Gardanne qui continue depuis plus de 50 ans de rejeter en mer ses effluents toxiques au large de Cassis, n’a pas fini de faire parler d’elle : le sujet a même fait l’objet d’une discussion spécifique à l’occasion de l’examen en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi de finance pour 2017 !

Vue de l'usine d'alumine Alteo à Gardanne

Vue de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans la discussion d’un projet de loi de finances, il y a toujours un moment de défoulement, celui des articles non rattachés qui permet aux parlementaires de déposer leurs amendements les plus hétéroclites et parfois de les faire adopter, à la faveur d’un malentendu ou d’un relâchement de l’attention générale.

Le député Olivier Faure

Le député Olivier Faure

Le crû 2017 n’a pas failli à la tradition et on y a donc débattu (longuement) de deux amendements quasi identiques portés par un député socialiste de Seine-et-Marne, un certain Olivier Faure, visant à aligner le paiement de la redevance de l’usine Alteo sur la règle commune.

L’histoire ne dit pas pourquoi un obscur élu de Combs-la Ville s’intéresse à un tel sujet, mais un petit retour en arrière s’impose pour comprendre le but de la manœuvre.

Comme toute entreprise polluante qui rejette dans le milieu naturel des substances toxiques, Alteo est soumise à une redevance perçue par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) selon le principe pollueur-payeur. Le montant annuel de cette redevance est basé sur le volume rejeté de polluants organiques traditionnels mais aussi de matières en suspension. Sont également pris en compte dans le calcul la toxicité aiguë et 8 métaux et métalloïdes (arsenic, cadmium, chrome, nickel, cuivre, mercure, etc.) ainsi que d’autres paramètres tels que les nitrites, les nitrates, ou encore la température des rejets et, depuis 2016, 16 substances dangereuses pour l’environnement.

La formule de calcul est identique pour toutes les entreprises, sauf pour l’usine d’alumine de Gardanne qui a bénéficié en 2006, lors du vote de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques d’un traitement de faveur taillé sur mesure. Certains parlementaires bienveillants ont alors convaincu leurs collègues d’appliquer un taux plafond plus faible pour les matières en suspension lorsque le rejet se fait au large des côtes, configuration qui concerne exclusivement la seule usine de Gardanne, alors aux mains de Péchiney. La canalisation issue de l’usine de Gardanne rejetait à cette date de l’ordre de 250 000 tonnes de boues rouges chaque année dans la Méditerranée, à quelques km de la côte et a donc bénéficié de cette mesure inédite, très avantageuse.

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Malgré ce traitement de faveur, le site a vu sa redevance augmenter progressivement du fait de l’augmentation des taux sur les autres polluants, jusqu’à atteindre en 2012 le montant annuel de 2,6 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaire de l’entreprise, la somme n’était pas énorme, mais elle a néanmoins été jugée excessive par l’industriel qui, plutôt que de tenter de diminuer la charge polluante de ses rejets, a préféré actionner ses relais politiques.

Avec d’ailleurs un succès incontestable, puisque un amendement parlementaire déposé en 2012 à l’occasion de la loi de finance rectificative a créé un taux plafond moins important pour les rejets au large des côtes concernant le paramètre de toxicité aiguë (matières inhibitrices), ce qui a permis une nouvelle fois de dégonfler la facture pour le site industriel provençal passé entre temps dans les mains du propriétaire actuel, le fonds d’investissement HIG European Capital Partners.

Et voila qu’en 2015, les procédures nationales pour évaluer la toxicité des rejets évoluent. Basées jusque là sur une évaluation de la sensibilité d’organismes caractéristiques des eaux douces, la méthode s’appuie désormais sur l’examen de l’impact sur d’autres organismes plus adaptées au milieu marin, des bactéries luminescentes. Une aubaine pour Alteo qui, du fait de ce changement de méthodologie et grâce à l’application du plafonnement spécifique dont elle bénéficie, verrait ainsi le montant annuel de sa redevance passer de 1,8 millions d’euros à 300 000 €.

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Une misère qui rendrait d’un coup totalement inutiles les efforts que l’industriel est sensé développer pour réduire à terme la toxicité de ces rejets : à quoi bon investir de l’argent dans de la recherche pour polluer moins quand on peut polluer autant qu’on veut pour un montant dérisoire ? L’amendement du député de Seine-et-Marne avait donc pour but de maintenir un minimum de décence en faisant en sorte que la redevance de l’industriel soit divisée par 3 et non par 6, ce qui restait plutôt bienveillant.

Mais c’était encore trop pour les amis d’Alteo dont le secrétaire d’État Christian Eckert, qui est aussitôt monté au créneau pour défendre les intérêts du fonds d’investissement anglo-saxon, estimant bien naturellement qu’ « une telle disposition ferait peser un risque significatif sur l’avenir de cette entreprise qui serait très largement compromis ». L’ange gardien d’Alteo, le député François-Michel Lambert, qui s’est targué jadis d’une certaine fibre écologiste, a bien évidemment fait sonner la charge. Absent de l’hémicycle, il a aussitôt dépêché un député ami (élu dans le Val d’Oise) pour plaider la cause de l’industriel et sauver les 400 emplois évidemment menacés, son porte-parole estimant sans rire : « je pense qu’il vaut mieux négocier avec l’entreprise les moyens et les investissements nécessaires pour traiter ces rejets ». Entre amis, on s’arrange…

Le député Olivier Faure ne s’est pas laisser démonter par les arguments fallacieux et les chiffres totalement fantaisistes avancés par son collègue. Il a courageusement tenté d’argumenter en expliquant : « Il ne s’agit pas de pénaliser outre mesure cette entreprise, d’autant que ce sont les agences de l’eau qui fixent le taux et qu’elles ont le souci de maintenir l’emploi. Même si était voté le taux le plus élevé, la taxe ne pourrait être supérieure  à 500 000 € (…) les calanques n’ont pas besoin de continuer à être polluées. Oui à une baisse de la redevance, mais pas à n’importe quelles conditions. Continuer à stimuler les efforts me paraît la bonne mesure ».

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Car en réalité, l’Agence de l’Eau n’applique pas les plafonds qui sont fixés par la loi mais reste très en deçà pour calculer le montant des redevances. Comme l’explique Laurent Roy, directeur de l’Agence RMC pour Actu-Environnement, le taux appliqué à Alteo était 30 fois inférieur au plafond réglementaire pour les matières en suspension et à 25 % du plafond fixé pour la toxicité aiguë. Certes, le conseil d’administration a souhaité que l’Agence se rapproche progressivement de ces plafonds mais on voit qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour Alteo…

Et pourtant, contre toute attente, c’est encore le lobby pro-industriel qui a gagné cette bataille : l’amendement introduit par Olivier Faure, malgré toute sa mesure, a été rejeté. On imagine la joie au siège d’Alteo qui vient de recevoir, au gré de cet échange parlementaire, un signal très positif pour continuer à polluer allégrement les fonds marins en toute impunité et à moindre frais : champagne !

L.V.  lutinvert1small

Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Eroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer  Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ?

20 novembre 2016

Alors même que se déroule le premier tour des primaires de la droite, force est de constater que jusqu’à présent et à cinq mois tout juste du premier tour des prochaines élections présidentielles, il n’a guère été question d’environnement dans cette campagne électorale qui pourtant bat déjà son plein.blog360_dessintrump

Les nouvelles de la planète ne sont pourtant pas des meilleures et nul désormais ne peut nier la réalité du changement climatique, sauf à être d’une mauvaise foi flagrante comme le futur président des États-Unis, Donald Trump, pour qui il ne s’agit ni plus ni moins que d’un « canular », une simple invention des Chinois pour empêcher les Américains d’exploiter leurs ressources en gaz de schiste…

Nous sommes en 2016 et tout indique que les 16 années que nous venons de connaître depuis le passage à l’an 2000 font partie des 17 les plus chaudes que la Terre a connu depuis le début des mesures météorologiques au XIXème siècle. Quant à la réalité du lien de causalité entre ce réchauffement climatique global et l’activité humaine via l’exploitation des énergies carbonées et la production massive de gaz à effet de serre, aucun scientifique sérieux n’est plus en mesure actuellement de la nier, malgré les efforts désespérés des plus climatosceptiques d’entre eux.

Ce qui n’empêche pas certains candidats à l’élection présidentielle (et pas des moindres!) de déclarer péremptoirement, comme l’a encore fait Nicolas Sarkozy en septembre 2016, qu’il « faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ». On savait déjà que pour lui, « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire », comme il l’avait asséné publiquement lors d’une visite au Salon de l’Agriculture dès 2010, tirant un trait définitif sur le pacte écologique qu’il avait signé peu avant son élection en 2007, à l’initiative de Nicolas Hulot. Mais chacun sait bien que les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les écoutent…

blog360_dessincovoiturageIl y a un an tout juste, les médias bruissaient chaque jour des derniers développements de la COP 21 au cours de laquelle se jouait, comme chacun en convenait alors, l’avenir de l’humanité. L’affaire a été présentée comme un beau succès diplomatique bien que les engagements pris par les différents pays à cette occasion soient loin de permettre de limiter sous la barre fatidique des 2 °C l’augmentation de la température moyenne du globe : on serait plutôt autour des 3,5 °C (dont 1,2 °C qui sont d’ores et déjà constatés, sachant que pour l’instant nos émissions de gaz à effet de serre ne font encore qu’augmenter…). Et pourtant, la COP 22 vient de s’achever dans l’indifférence générale sans le moindre engagement supplémentaire, sinon celui de Daniel Trump de s’asseoir sans vergogne sur l’accord de Paris pourtant déjà ratifié par les États-Unis !

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Le premier débat des candidats à la primaire de la droite

Mais rien de tout cela ne semble perturber nos responsables politiques en quête d’un mandat présidentiel. Sur les trois débats qui viennent d’opposer les concurrents à la primaire de la droite, il a beaucoup été question de réduire les dépenses publiques, de combattre le terrorisme et de terroriser les islamistes, mais seules quelques minutes ont été consacrées aux questions environnementales, manifestement jugées mineures. Quelques minutes que Nicolas Sarkozy, jamais en retard d’une provocation, a mis à profit pour affirmer en substance que les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les écologistes qui s’opposent au développement de l’énergie nucléaire. Il fallait en effet y penser : chapeau l’artiste !

Dessin de Tignous

Dessin de Tignous

Certes, si l’on fouille un peu dans les programmes des candidats comme l’a fait notamment le think tank La Fabrique écologique, analyse rapportée notamment dans la Gazette des communes, on verra que Alain Juppé et François Fillon font quelques propositions pour faciliter la rénovation énergétique des logements. De son côté, le candidat déjà déclaré Jean-Luc Mélenchon défend l’idée d’isoler au moins 70 000 logements par an et de construire 200 000 logements publics aux normes écologiques pendant cinq ans. Rappelons au passage qu’en 2014 ce sont déjà 400 000 logements qui ont été rénovés en vue d’une moindre consommation énergétique et que la loi de transition énergétique adoptée en 2015 par le gouvernement actuel affiche un objectif de 500 000 logements rénovés chaque année via des mesures incitatives dont le crédit d’impôt et l’écoprêt à taux zéro.

Alors que ces chantiers de rénovation énergétique peuvent avoir des retombées positives majeures non seulement sur l’évolution de notre environnement climatique mais aussi sur la facture énergétique des particuliers comme sur la balance commerciale nationale et surtout permettre de créer des milliers d’emplois non délocalisables, il est vraiment étonnant de constater à quel point de tels enjeux sont passés sous silence dans une campagne politique de cette ampleur, masqués par des débats homériques sur la taille du tissu dont certains choisissent de s’envelopper pour aller se baigner l’été…

Dessin de Geluck

Dessin de Geluck

Il en est de même pour les questions qui touchent aux modes de déplacement. Alors que les transport constituent la principale source d’émission de gaz à effet de serre, en constante augmentation depuis 1990, et qu’ils contribuent très largement aux atteintes sanitaires via les émissions de particules fines, ce thème est quasiment absent du débat public de ces élections. Il y a pourtant dès à présent bien davantage de morts en France du fait de la pollution atmosphérique (qui serait à l’origine d’environ 45 000 décès prématurés chaque année dans notre pays et qui coûte très cher à la société comme on ne cesse de le démontrer, étude après étude) que du terrorisme. Mais le sujet a bien du mal à s’immiscer dans le débat public…

A quand des sujets de campagne qui prennent enfin en compte des questions aussi cruciales pour notre avenir et celui de nos enfants ?

L.V.  lutinvert1small

L’ogre Monsanto va t-il disparaître ?

15 octobre 2016

Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au fonctionnement de l’agriculture moderne et à ses effets délétères sur l’environnement, la firme américaine Monsanto, leader mondial des semences OGM, fait figure de repoussoir universel ! On ne compte plus les reportages qui dénoncent le rôle de cette multinationale toute puissante qui contrôle une large part du marché mondial des semences et poursuit en justice les paysans qui s’obstinent à vouloir produire leurs propres semences à partir d’une sélection de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de nombreux pays, Monsanto n’hésite pas à les traduire en justice pour cela afin d’assurer sa suprématie commerciale.

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Pour la plupart des tenants d’une agriculture raisonnée et les défenseurs de l’environnement, le nom de Monsanto est détesté. La firme fait d’ailleurs l’objet depuis le 12 octobre 2016 d’un procès retentissant, accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide » par un tribunal international citoyen qui siège à La Haye. Son crime : avoir commercialisé des produits dangereux responsables de la mort de milliers de personnes. Parmi ces produits toxiques, les polychlorobiphényles (PCB), le Lasso (un herbicide cancérigène, interdit en Europe depuis 2006), le glyphosate (un herbicide connu sous la marque Roundup et dont l’Union européenne vient de prolonger l’autorisation d’usage !) ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, le fameux « agent orange », un puissant défoliant pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

blog351_dessintribunalCertes, ce procès, pour le financement duquel a été monté une vaste opération de financement citoyen, est largement symbolique et d’ailleurs la firme Monsanto a refusé d’y participer pour se défendre. Les membres du tribunal n’en sont pas moins des juges professionnels aguerris en matière de droit pénal international et parmi le comité de direction de cette initiative, on retrouve de vrais spécialistes du sujet, dont l’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corine Lepage, la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du documentaire « Le monde selon Monsanto » ou encore l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

Au delà du cas Monsanto, emblématique des pires excès du business de l’agro-alimentaire industriel, responsable de l’empoisonnement de milliers de personnes sur la planète, mais aussi de l’accélération de la perte de biodiversité, l’enjeu de ce tribunal est aussi de mettre en évidence l’ampleur des stratégies de désinformation, de corruption et de lobbying qui ont permis à la firme américaine d’imposer ses produits à travers le monde entier malgré leurs effets redoutables sur la santé humaine et sur l’environnement.

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Et voila que l’on apprend que la firme Monsanto est sur le point de disparaître, rachetée par un de ses concurrents, le géant allemand Bayer, pour la modique somme de 59 milliards d’euros ! Il faut dire que la firme américaine avait eu un petit coup de mou avec une baisse de 15 % de son bénéfice en 2015, mais elle avait déjà annoncé la suppression de 3 600 emplois d’ici 2018, histoire de redresser la barre…

En tout cas, la fusion du leader des semences et du roi des pesticides ne va pas passer inaperçue dans le paysage agricole mondial… Le chiffre d’affaire annuel des deux sociétés est de 23  milliards d’euros et elles comptent pas moins de 140 000 salariés à travers le monde. Mais surtout, après la fusion, le groupe contrôlera 24 % du marché mondial des pesticides et 30 % de celui des semences. De quoi se placer en bonne position dans le grand Monopoly mondial auquel jouent les six grands qui se partagent le marché.

blog351_phbourseEn décembre 2015, les deux géants américains Dow Chemical et Dupont de Nemours avaient déjà fusionné pour 130 millions de dollars. Monsanto avait alors tenté de racheter le suisse Syngenta dont les frasques judiciaires ont déjà été évoquées ici, mais c’est finalement le Chinois ChemChina qui l’a absorbé pour la somme conséquente de 43  milliards de dollars. Les trois mastodontes ainsi créés vont désormais contrôler à eux trois 60 % des semences et 75 % des produits phytosanitaires vendus sur la planète. Pas très rassurant pour l’avenir des agriculteurs et celui de notre environnement…

Du coup, il paraît probable que le nom de Monsanto, honni à travers toute la planète par des cohortes de petits agriculteurs et les défenseurs de la biodiversité, va disparaître, histoire de se refaire une virginité. On peut d’ailleurs faire confiance aux communicants pour dénicher un autre nom que celui de Bayer dont la réputation n’est pas moins ternie par des décennies de bonnes affaires.

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Rappelons en effet au passage que cette dernière société, dont selon une analyse d’Agoravox, les principaux actionnaires sont désormais des fonds d’investissement américains, est l’héritière de la firme allemande IG Farben, qui fournissait le Reich en Zyklon B, pour l’alimentation des chambres à gaz des camps d’extermination, après avoir été l’inventeur du gaz moutarde largement utilisé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. La société avait d’ailleurs été condamnée lors du procès de Nuremberg pour avoir acheté des déportés du camp d’Auschwitz à des fins de cobayes. Ses produits phares que sont les insecticides Gaucho et Regent, accusés d’exterminer les abeilles, sont également de sinistre mémoire, mais chacun sait bien qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…blog351_dessinfusion

La stratégie d’intégration menée par Bayer et Monsanto ne manque en tout cas pas de clairvoyance. En fournissant à la planète entière semences, engrais et pesticides mais aussi de plus en plus conseils techniques et encadrement, ils transforment peu à peu les agriculteurs en de simples opérateurs industriels totalement à leur merci. Et s’ils tombent malades du fait de l’ingestion massive des produits toxiques utilisés pour les traitements phytosanitaires, c’est encore Bayer qui leur vendra à prix d’or les médicaments anti-cancéreux dont ils ont besoin.

blog351_dessindangerLa fusion entre Monsanto et Bayer laisse en effet entrevoir un avenir radieux pour la profitabilité des actionnaires du monstre ainsi créé qui maîtrisera à la fois la production alimentaire mais aussi les traitements pharmaceutiques nécessaires pour corriger les dégâts collatéraux malencontreusement causés par une industrie agroalimentaire peu regardante en matière environnementale. La tentation serait même grande pour arrondir les dividendes des actionnaires, d’introduire dans les semences des modifications génétiques porteuses de maladies dont la firme fournirait en parallèle le traitement médical approprié. Un vrai jackpot en perspective !

L.V. LutinVert1Small

La France toxique passée à la loupe

26 septembre 2016

C’est un vrai travail de Romains auquel s’est livré l’association Robin des Bois. Son rapport sobrement intitulé « l’Atlas de la France Toxique » qui a été publié en mai 2016 aux éditions Arthaud et qui contient pas moins de 36 cartes des sources de pollution recensées en France est le fruit d’un énorme travail de recherche collective dans les archives et d’investigations tous azimuts, pour arriver à mettre en évidence la répartition géographique des périls qui nous menacent.blog346_phrapport

L’inventaire n’est certainement pas exhaustif mais il est déjà bien assez inquiétant. Sont passés en revue non seulement les paramètres classiques liés à la qualité de l’air où à celle des eaux, mais aussi les cyanobactéries dans les eaux de baignades, les risques sanitaires liés à la consommation de coquillages ou aux piqûres des moustiques tigres, les stockages de déchets radioactifs en milieu hospitalier et universitaire, les munitions abandonnées à l’issue des dernières guerres, les sols pollués par d’anciennes activités industrielles, les pesticides issus de l’agriculture intensive ou encore la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments et aménagements urbains. Un vrai cauchemar d’écologistes !

blog346_phlogoL’association Robin des Bois, créée en 1985 par des pionniers de la défense de l’environnement qui tentent de se battre, par la dénonciation verbale et non violente, contre toutes les agressions portées à notre environnement, n’en est pas à son coup d’essai. S’appuyant sur un vaste réseau de militants et de scientifiques, elle agit en menant des investigations de terrain, en publiant des synthèses bibliographiques et des rapports, mais aussi en interpellant les responsables politiques et en participant à des groupes de concertation institutionnels.

Robin des Bois publie ainsi deux bulletins d’information trimestriels en français et en anglais qui sont devenus de véritables outils de référence. « A la casse », édité depuis 2006 s’intéresse aux chantiers de démolition de navires et « A la trace », publié depuis 2010, traque à travers le monde les actes de braconnage et de contrebande d’espèces animales menacées, deux chevaux de bataille pour cette association agréée au titre de la protection de l’environnement.

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

L’association se mobilise aussi, souvent aux côtés de riverains qui l’ont alertée, contre certaines dégradations environnementales et pollutions locales, depuis le dépôt de déchets sauvages en bord de rivières jusqu’à la construction de bâtiments publics sur d’anciens sites industriels pollués en profondeur. C’est ce travail d’accompagnement et d’investigation sur le terrain qui l’a amenée à fouiller dans les archives pour réaliser des inventaires d’anciennes usines à gaz ou de sites pollués aux PCB par exemple, constituant ainsi au fil du temps une véritable mine de renseignements qui a été valorisée pour établir ce récent Atlas de la France Toxique qui fait référence.

Outre les cartes de France qui sont présentées dans cet atlas aussi original qu’inquiétant, l’étude fait un focus intéressant sur cinq grande agglomérations françaises : Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse et Marseille. Et là, bien entendu, il n’y a aucune surprise : la métropole marseillaise remporte haut la main le concours de l’agglomération urbaine la plus polluée de France !

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Certes, l’agglomération parisienne n’est pas mal placée non plus, bien que sur la troisième marche du podium derrière celle de Lyon et son remarquable couloir de la chimie. Ses cours d’eau sont fortement déconseillés à la baignades et leurs sédiments sont très largement chargés en PCB tandis que l’air est chargé en particules fines, dioxyde d’azote et benzène cancérogène. On relève aussi à Paris et en proche banlieue un nombre impressionnant de cas de saturnisme liés aux peintures au plomb très fréquentes sur les murs des logements anciens. On y recense enfin pas moins de 35 sites connus d’entreposage de sources radioactives disséminés dans des centres de recherche, des entreprises ou des hôpitaux.

Mais Robin des Bois met aussi l’accent sur d’autres sources de risque sanitaire moins connues dont le crématorium du Père Lachaise qui compte parmi les principaux émetteurs de mercure en région parisienne, du fait de la fusion des amalgames dentaires, ou encore les enrobés à base d’amiante qui ont été appliqués pendant des années entre 1970 et 1995 sur la plupart des chaussées pavées pour les rendre plus confortables à la circulation. Les fibres d’amiante avaient pour but de rendre ces revêtements routiers plus durables mais l’usure progressive de la couche de roulement libère progressivement les fibres d’amiante dans l’air ambiant . Un problème identifié en 2013 et qui va nécessiter de traiter des centaines de kilomètres de voirie…

blog346_cartemarseilleQuant à l’agglomération marseillaise, elle détient la palme de l’air le plus irrespirable de France avec une concentration en particules fines qui s’élève en moyenne annuelle à 31,8 µg/m3 (contre 29,5 à Lyon et 27 à Paris), alors même que l’OMS recommande un maximum de 20 µg/m3 en moyenne annuelle. Sont pointés également les anciens sites industriels côtiers déjà évoqués ici où les concentrations en plomb et en arsenic dépassent tous les seuils autorisés, y compris dans des sites de baignade très fréquentés, mais aussi les sédiments portuaires de la Lave et de l’anse de l’Estaque, très riches en arsenic et en mercure.

Robin des Bois s’attarde quelque peu sur les eaux de l’Huveaune et de quelques cours d’eau côtiers, réceptacles de nombreux déchets et rejets peu ragoûtants, et qui charient des monceaux d’immondices et de germes fécaux sur les plages à chaque orage, au point que certains ont surnommé la plage du Prado « épluchures beach ».

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

La question des feux de forêts en limite de zone urbanisée est également pointée comme un risque très présent et ceci a été très largement confirmé par les nombreux incendies qui se sont produits cet été, après la parution de l’atlas donc, et qui se sont notament traduits par la disparition de 375 ha le 15 juillet sur la Côte Bleue, puis le 10 août de 800 ha autour de Fos-sur-Mer et de 2700 ha sur le plateau de Vitrolles, avant les 390 ha partis en fumée dans les calanques le 5 septembre dernier.

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

De nombreuses autres sources de pollution sont pointées par l’étude de Robin des Bois, dont celle provoquée par les bateaux de plaisance et de tourisme qui sillonnent nos côtes en brûlant des millions de litres de gasoil. Le sujet avait déjà fait débat lors de la création du Parc national des Calanques et des aides ont été accordées pour que les navires qui organisent les visites des calanques par la mer se modernisent quelque peu, mais on est encore loin du compte ! A une tout autre échelle, il faut en effet savoir que les quelques 500 gigantesques bateaux de croisière qui font escale chaque année dans le port de Marseille laissent tourner en permanence leurs générateurs au fuel lourd pour assurer un confort maximal à leur passagers… Les ferries en faisaient autant avec leurs moteurs diesel auxiliaires jusqu’en 2015 faute de pouvoir accéder à des branchements électriques à quai. Les choses progressent donc peu à peu mais le chemin restant à parcourir pour que l’agglomération marseillaise s’affranchisse de ses nombreuses sources de pollution résiduelles reste long…

L.V.  LutinVert1Small

La guerre de l’eau aura bien lieu !

22 septembre 2016
Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Ingénieur agronome de formation et passionné de photographie, Franck Vogel fait partie de ces témoins infatigables qui consacrent leur vie à essayer d’attirer l’attention du grand public sur les grands défis environnementaux et géopolitiques qui menacent directement la stabilité de notre petite planète bleue. Ses photo-reportages sur le massacre des Albinos de Tanzanie, la disparition du peuple Aroumain en Albanie ou la situation des Tatars de Crimée, ainsi que ses photos du Rajasthan exposées sur les grilles du Jardin du Luxembourg ont largement contribué à le faire connaître.blog345_phlivre

Franck Vogel s’intéresse actuellement aux tensions liées à l’accès à l’eau sur les fleuves transfrontaliers et a déjà pu réaliser des reportages sur le Nil, le Brahmapoutre et le Colorado, qui ont donné lieu à de multiples publications et des expositions. Il vient aussi d’en tirer un livre dont le premier tome vient de sortir en septembre 2016 aux éditions de La Martinière et dont les médias ont largement rendu compte, en particulier au travers d’un article d’Anne-Sophie Nouvelle dans le Monde.

Le cas du Colorado ne manque pas d’intérêt en effet. Véritable artère vitale du Sud-ouest américain où il alimente pas moins de 27 millions d’habitants, ce fleuve puissant qui a su façonner à sa guise les gorges majestueuses du Grand Canyon, n’arrive même plus jusqu’à son embouchure dans la Mer de Cortez. La quasi-totalité de l’eau qui reste dans son lit est en effet captée juste avant la frontière avec le Mexique via le canal All American (tout un programme !) qui achemine toute l’eau restante vers l’Imperial Valley, une zone d’agriculture intensive dans le Sud de la Californie où 300 fermiers s’accaparent 70 % du débit du fleuve…

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le delta du Colorado n’est plus désormais qu’une vaste étendue boueuse dans un paysage semi-désertique. Toute l’eau du fleuve est exploitée et souvent gaspillée pour alimenter en eau potable les nombreuses villes qui ont poussé comme des champignons dans le désert, parfois autour de lacs artificiels comme celui de Lake Vegas, mais aussi pour arroser les golfs et surtout irriguer les cultures. Comme dans de nombreuses régions françaises, c’est de l’ordre de 80 % des ressources en eau qui servent ainsi à l’irrigation agricole, dans un climat soumis à une très forte évaporation.

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Avec l’impact du réchauffement climatique, ce modèle de développement commence à voir ses limites et on assiste de plus en plus à des tempêtes de poussières qui ravagent le secteur, lorsque ce ne sont pas des incendies gigantesques qui détruisent des villes entières. Mais les agriculteurs que Franck Vogel a rencontrés ne voient que leur propre intérêt économique. On trouve en effet dans l’Imperial Valley des fermes d’élevage de 90 000 vaches en plein désert, mais aussi des champs de luzerne dont la production est exportée au Japon pour nourrir le bœuf de Kobé : un business très rentable qui se moque éperdument du gaspillage inouï des ressources locales en eau !

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Autre lieu, autre fleuve. Un géant de 6 500 km de long, tout aussi mythique mais bien davantage chargé d’histoire : le Nil.  Alimenté par ses deux principaux contributeurs, le Nil Blanc et le Nil Bleu, il traverse au total 11 pays dont le Soudan et l’Égypte, deux anciennes colonies britanniques aux paysages largement désertiques dès que l’on s’éloigne des rives du fleuve nourricier. Ce sont justement les Anglais  qui, en 1929 ont décidé du partage des eaux entre les différents pays. Amendé en 1959, cet accord est particulièrement favorable pour l’Égypte qui s’arroge ainsi 55,5 milliards de m3 par an tandis que le Soudan s’en réserve 18,2 milliards, ne laissant aux autres pays riverains que 13 % du volume d’eau qui s’écoule annuellement dans le fleuve !

Cet accord pour le moins inégal contient de surcroît une clause qui accorde à l’Égypte un droit de veto pour empêcher tout projet de barrage en amont du fleuve. Une situation intenable que les pays de l’amont tentent désespérément de faire évoluer au travers de l’Initiative du Bassin du Nil lancée en 1999. Mais l’Égypte s’accroche à son privilège qu’elle juge inaliénable car il en va de la survie de sa population qui approche des 100 millions d’habitants.

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

En mai 2010, les pays de l’amont passent outre et décident de lancer la construction à la frontière de l’Éthiopie d’un nouveau barrage en amont du fleuve : le Barrage du Millénaire dont l’achèvement est programmé pour 2017. Un chantier pharaonique qui permettra de retenir 63 milliards de m3 d’eau et de produire de l’électricité grâce à une centrale de 6 000 MW, soit trois fois la puissance du barrage d’Assouan. Ce gigantesque chantier, dont l’accès est totalement interdit dans un rayon de 50 km à la ronde, a créé de très fortes tensions entre l’Éthiopie et ses voisins égyptiens qui ont été jusqu’à menacer de bombarder le futur barrage, au risque de déclencher une nouvelle guerre impliquant même Israël à qui les Éthiopiens proposent de louer les terres environnantes pour leur mise en valeur agricole. C’est en effet de cette région que viennent les Falachas, ces fameux Juifs noirs qui ont tant défrayé la chronique.

L’accord de Khartoum, signé en 2015, semble avoir quelque peu apaisé les tensions et écarté le spectre de la guerre. Mais on ne peut oublier qu’en 1983 un conflit sanglant avait déjà éclaté au sujet du barrage du canal de Jongleï, situé sur le Nil Blanc, au Sud Soudan, un autre chantier titanesque destiné à détourner une partie du fleuve pour limiter l’évaporation et qui a dû être abandonné en catastrophe, mais qui a largement alimenté la guerre civile, aboutissant à la partition de ce pays.

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Comme dans le Colorado, l’ex agronome qu’est Franck Vogel s’interroge sur la durabilité du modèle agricole qui se développe dans ces terres largement désertiques de la vallée du Nil. Les immenses fermes irriguées en plein désert posent question en effet, comme celle de Kadco, propriété d’un riche prince saoudien, où l’on cultive du trèfle destiné à nourrir les purs-sangs arabes des pays du Golfe, mais aussi du raisin de table exporté dans le monde entier.

L’eau est un bien précieux et rare, qui risque de le devenir de plus en plus avec les effets du réchauffement climatique et de l’augmentation démographique. « A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or » rappelle Hubert Reeves sur la couverture du livre de Franck Vogel, une réflexion qui mérite en effet d’être méditée…

L.V.  LutinVert1Small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

Les bergers de la mer veillent sur Marseille

28 août 2016

C’est un article de La Provence qui l’a signalé dans son édition du 25 août 2016. Un catamaran de l’association Sea Shepherd arpente depuis le 15 août la rade de Marseille dans le cadre de sa mission intitulée Mare nostrum, initiée en 2015, et qui consiste à traquer les filets fantômes, ces filets ancrés parfois jusqu’à 60 m de fond, perdus par les pêcheurs et dans lesquels des baleines ou des dauphins mais aussi bien d’autres espèces marines protégées peuvent se retrouver piégés, des décennies après qu’ils aient été abandonnés par leur propriétaire car le nylon résiste au temps…

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

L’an dernier, l’association avait déjà fait une halte dans le port de Marseille avant de se diriger vers la Riviera italienne au large de laquelle elle avait relevé pas moins de 4 km de filets fantômes qui hantaient la côte et décimaient les fonds marins. Sa présence cette année se veut aussi pédagogique pour attirer l’attention des Provençaux sur la véritable déchetterie que constitue les fonds marins côtiers marseillais. Dix plongeurs bénévoles sont à bord du catamaran de Sea Shepherd, qui se relaient pour inspecter les fonds marins au large de la métropole phocéenne pendant un mois avant de mettre le cap sur l’ïle de Lesbos en Grèce pour un coup de projecteur sur les nombreux déchets qui y encombrent le milieu marin.

Pas sûr que les berges de la mer soient vus d’un très bon œil par les pêcheurs professionnels marseillais toujours très jaloux de leurs prérogatives et qui n’aiment pas que l’on vienne inspecter de trop près leurs filets même abandonnés… Il faut dire que les militants écologistes de Sea Shepherd n’ont pas bonne presse auprès de la profession du fait de leur approche quelque peu « rentre dedans » !

L'activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

L’activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

La Sea Shepherd Conservation Society, dont le siège est basé aux États-Unis, se définit comme une organisation non gouvernementale internationale maritime vouée à la protection des créatures marines. Elle a été fondée officiellement en 1981 bien qu’active depuis 1977 et dirigée jusqu’en 2013 par Paul Watson, un militant écologiste canadien quelque peu radical qui enseigne par ailleurs l’éthique et l’écologie dans des universités californiennes. Cofondateur dans les années 1970 de ce qui allait devenir Greenpeace International, Watson s’est depuis méchamment brouillé avec cette dernière association qu’il qualifie avec mépris de « dames patronnesses de l’environnement »…

Le pavillon noir de l'organisation Sea Shepherd

Le pavillon noir de l’organisation Sea Shepherd

Il faut dire que le personnage de Paul Watson, que certains n’hésitent pas à qualifier d’éco-terroriste, n’est pas du genre à jouer les diplomates. Le pavillon de l’ONG rappelle d’ailleurs furieusement le drapeau pirate. Créé par l’artiste Geert Vons, le logo est composé d’une crosse de berger (shepherd signifiant « berger » en anglais) et du trident de Neptune, qui représente le côté interventionniste voire musclé de l’organisation. Le crâne représente la mort que les hommes infligent à la vie marine avec, sur son front, un dauphin et une baleine en forme de yin-yang symbolisant l’équilibre naturel des océans. Bref, des bergers des mers qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller…

Un journaliste du Guardian avait publié en 2004 un reportage repris par Courrier International qui relatait la participation du capitaine Watson à une campagne de Sea Shepherd à bord de l’Ocean Warrior en vue de protéger les baleines globicéphales de leurs prédateurs humains qui les attirent au large des iles Féroé pour les massacrer. Le dialogue avec les insulaires de ce territoire danois où la chasse à la baleine est considérée comme traditionnelle, s’avère un peu rude et le journaliste du Gardian finira d’ailleurs en prison comme plusieurs autres membres de l’équipage…

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Dès 1979, les équipes de Paul Watson s’étaient illustrées par leur activisme débridé sur la côte est du Canada, en aspergeant plus d’un millier de bébés phoques d’une peinture naturelle indélébile, qui enlève toute valeur commerciale à leur fourrure, les sauvant ainsi d’une mort atroce. Tous les membres du Sea Shepherd, le premier bateau de l’association, sont alors arrêtés et jetés en prison avant d’être relâchés dans l’attente d’un procès, le premier d’une longue série…

La même année, le Sea Shepherd se lance dans la traque d’un baleinier portugais, le Sierra, occupé à exterminer les dernières baleines à bosse dans la Mer des Caraïbes. Le baleinier est carrément éperonné à son retour dans les eaux portugaises et l’équipage du Sea Shepherd de nouveau emprisonné. L’affaire fait grand bruit et met en lumière l’activité contestable et illégale des baleiniers, mais un juge portugais corrompu ordonne la confiscation du Sea Shepherd. Paul Watson et son équipe décident finalement de saborder eux-même leur bateau avant qu’il ne soit démantelé par les autorités portugaises.

En février 1980, alors que le Sierra réparé s’apprête à repartir chasser la baleine, un petit commando de Sea Shepherd s’introduit nuitamment à son bord et le coule sans faire de victimes, mieux que ne le feront les services secrets français quelques années plus tard en s’attaquant au Rainbow Warrior dans le port d’Auckland…

En avril 1980, deux autres baleiniers sont coulés en Espagne par les activistes de Sea Shepherd qui font des émules puisque la marine sud africaine saisit et détruit à Durban deux baleiniers pirates appartenant toujours à la Sierra Trading Company, mettant ainsi fin aux opération de pêche illégale à la baleine dans l’Atlantique.

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

En 1986, c’est à coup de pudding au chocolat que l’équipage du Sea Shepherd II riposte aux tirs à balles réelles des pêcheurs au large des iles Féroé, le tout devant les caméras du monde entier. La même année, deux baleiniers islandais sont coulés dans le port de Reykjavik et une usine de transformation de la viande de baleine est sabotée, bloquant provisoirement les activités commerciales islandaises de chasse à la baleine. S’en suivront ensuite des années de lutte contre les thoniers qui massacrent également les dauphins pris dans leurs filets. En 1990, l’association s’attaque ainsi à une flotille de pêcheurs japonais dans le Pacifique nord et coule pas moins de 100 km de filets dérivants dont l’impact sur l’environnement marin est dévastateur et l’usage pourtant interdit par une résolution des Nations Unies.

Violents acrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l'Antarctique en 2013

Violents accrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l’Antarctique en 2013

Dans les années 2000, on assiste à de véritables combats navals entre les bateaux de Sea Shepherd et les flottes baleinières japonaises dans le Pacifique sud, les uns et les autres tentant de s’éperonner muuellement et de bloquer leurs hélices à l’aide de cordages dérivant. A plusieurs reprises, les gardes côtes japonais ouvrent le feu contre les équipes de Sea Shepherd et en 2010, un des bateaux de l’association est coulé par un baleinier japonais.

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

En Méditerranée, c’est surtout pour la protection du thon rouge que se mobilisent les équipes de Sea Shepherd. Ce poisson, qui peut descendre jusqu’à 1000 m de profondeur, est aussi l’un des animaux les plus rapide de la planète avec des pointes à 80 km/h. Il a pourtant été décimé par 20 ans de pêche industrielle largement subventionnée par l’Union européenne, jusqu’à la mise en place de quotas, fortement restreints en 2006, mais relevés dès 2014. En 2010, cinq plongeurs de Sea Shepherd ont ainsi pénétré à l’intérieur d’une cage remorquée par le thonier senneur libyen Cesare Rustico et ont libéré les 800 thons rouges retenus à l’intérieur, provoquant une violente réaction de la compagnie maltaise Fish & Fish Limited qui a obtenu en justice que l’association lui verse une indemnisation de 1,4 millions de dollars !

On comprend que dans un tel contexte l’association Sea Shepherd ne soit pas forcément la bienvenue lorsqu’elle débarque dans un port de pêche…

L.V. LutinVert1Small 

A Cassis, polémique autour des rejets d’eaux usées

7 août 2016

C’est une vidéo diffusée sur le site de l’association Nox Diving la veille du week-end de Pâques en avril 2016, qui a mis le feu aux poudres et déclenché une belle polémique. On y voit l’apnéiste Michel Dron plonger dans la baie de Corton à Cassis, pour aller explorer l’exutoire des canalisations souterraines par où sont rejetées les eaux issues de la station d’épuration de Cassis, à quelques mètres seulement de profondeur et à moins de 100 m du rivage, dans un secteur très fréquenté par les baigneurs et les plaisanciers.

Panache d'eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache d’eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

L’association Nox Diving, qui s’était déjà distinguée par une belle vidéo montrant un plongeur en train d’évoluer en apnée le long des canalisations qui rejettent en mer les fameuses boues rouges de l’usine Altéo de Gardanne depuis le puits d’accès de Port-Miou, a réussi là un beau coup de communication qui a été largement repris par de nombreux médias dont France Bleu, FR3 ou le Nouvel Obs.

Emissaire à Cortiou

Emissaire à Cortiou

Le 28 juillet dernier, c’est même l’émission Envoyé Spécial, diffusée par France 2 qui a repris ces images pour diffuser un reportage choc, intitulé « Calanques en eaux troubles » qui dénonce, outre ce rejet des eaux usées à Cassis, l’arrivée en mer, dans le Parc National des Calanques, des rejets industriels de l’usine d’alumine de Gardanne, mais aussi des eaux issues de la station d’épuration de l’agglomération marseillaise à Cortiou, ainsi que les sols pollués au plomb et à l’arsenic en plusieurs points des calanques, autrefois occupés par des usines chimiques et désormais fréquentés par des baigneurs sans que la moindre indication ne vienne attirer leur attention quant aux risques encourus.

Panache en sortie de l'émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache en sortie de l’émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Sur la vidéo tournée par Nox Diving et reprise par les reporters d’Envoyé Spécial, on voit l’apnéiste s’approcher de l’exutoire sous-marin de la station d’épuration de Cassis par où s’échappe un panache noirâtre et que l’on devine nauséabond au vu des gestes dégoûtés du plongeur qui se bouche ostensiblement le nez. Ses commentaires, largement repris par le reportage d’Envoyé spécial, font état de présence de macrodéchets, de matière en suspension et même de matière fécale non décomposée, directement rejetés par la canalisation. On y apprend même que le plongeur trop aventureux aurait payé son exploration d’une magistrale gastro-entérite contractée dans les jours suivants…

Objectivement, il paraît peu probable que le panache d’eau rejetée en mer après traitement par la station d’épuration des eaux usées de Cassis contienne encore des macrodéchets et des excréments comme le laisse entendre l’association Nox Diving. Pendant des années, cette station, installée en 1973, a effectivement été la cible de très nombreuses critiques de la part des associations environnementales car devenue totalement obsolète et largement sous-dimensionnée. A tel point que la communauté urbaine MPM, qui avait pris depuis sa création la compétence liée à l’assainissement, avait dû investir de l’ordre de 220 k€ (largement subventionnés par l’Agence de l’Eau) pour rénover cette station entre 2003 et 2008.

Station d'épuration de Cassis à Corton

Station d’épuration de Cassis à Corton

Depuis cette date, la station est considérée comme répondant aux normes minimales exigées et les rejets sont conformes aux seuils fixés de manière réglementaires pour un rejet en milieu naturel. Dimensionnée pour 25 000 équivalent habitants (ce qui lui permet de faire face à l’affluence touristique estivale), la station est désormais pourvue d’un premier niveau de traitement physico-chimique puis d’un système de traitement biologique. Elle produit chaque année de l’ordre de 200 tonnes de boues et les eaux rejetées sont conformes à 97 % aux normes exigées. Sa mise en service depuis 2008 constitue donc indéniablement un véritable progrès en faveur d’une meilleure qualité des eaux de la baie de Cassis qui bénéficie d’ailleurs depuis 2009 du fameux Pavillon bleu qui reconnaît la qualité de ses eaux de baignade.

C’est d’ailleurs ce que s’est empressée de clamer haut et fort la maire de Cassis, Danièle Milon, qui a convoqué dès le 21 avril une conférence de presse pour vanter les efforts de la communauté urbaine (et désormais de la Métropole dont elle est d’ailleurs vice-présidente, heureuse coïncidence), insistant au passage sur les analyses quotidiennes des eaux de baignade pratiquées en période estivale sur les quatre plages principales de la commune dont celle de l’anse de Corton.

L'anse de Corton à Cassis

L’anse de Corton à Cassis

A ses côtés, le directeur de l’eau et de l’assainissement de la Métropole a confirmé que le panache d’eau noirâtre filmé par Nox Diving à quelques mêtres de la plage de Corton correspond bien aux rejets issus de l’émissaire de la station d’épuration de Cassis, dont la gestion a été confiée à la Société des Eaux de Marseille dans le cadre d’une délégation de service public. Il se garde néanmoins de préciser la composition de cette eau rejetée directement en mer à très faible profondeur et tout près de la plage. Le nombre de poissons attirés par le panache confirme sans aucun doute possible la très forte teneur en nutriments de ces rejets et il est non moins certain que la concentration en bactéries de type E. Coli est sans doute très élevée dans ce type d’effluents comme à la sortie de la quasi totalité des stations d’épuration en service, suffisant en tout cas pour provoquer une bonne gastrite à ceux qui s’en approcheraient de trop près !

Les arguments avancés par le technicien de la Métropole comme par l’élue de Cassis laissent cependant songeurs. Selon Jean-Yves Guivarch, le panache sombre issu de l’émissaire ne serait que le résultat des mouvements de palmes du plongeur alors que la vidéo prouve indéniablement qu’il ne reflète que le dégagement d’un effluent manifestement chargé.

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Quant aux propos de la maire de Cassis, largement repris par La Provence et qui ont même fait l’objet d’un communiqué affiché sur le site officiel de la commune, ils sont d’une violence étonnante à l’égard de ceux qui ont osé mettre en doute la qualité des eaux rejetées en mer après traitement : « Comme vous l’avez certainement remarqué, notre village fait actuellement l’objet d’une campagne de presse particulièrement virulente. Cette campagne de dénigrement (à laquelle participent certains habitants de notre propre village !) tente de jeter le discrédit sur la qualité de nos eaux de baignade, mettant ainsi en péril l’économie touristique de Cassis grâce à laquelle, rappelons-le, le village parvient à vivre malgré la crise. […] Les responsables de cette émission auraient décidé, au prix d’affirmations farfelues, de tuer l’économie du village et de mettre un bon nombre de ses habitants au chômage ou sur la paille, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. […] Contrairement à ce qu’affirment en chœur l’apnéiste gastroentérité et les reporters parisiens découvrant tout ébaubis le fonctionnement normal d’une station d’épuration, il y a des panaches dus à diverses causes techniques, mais il n’y a PAS d’excréments dans ces panaches. […] OUI, je me réserve le droit en tant que Maire attentive au bien être de notre village, de poursuivre en justice tous ceux dont les mensonges auront préjudicié aux intérêts de Cassis ».

On ne savait pas l’économie touristique cassidaine aussi vulnérable ni la maire aussi chatouilleuse sur ces questions d’image et aussi peu regadante sur les conséquences éventuelles des rejets communaux sur la santé de ses concitoyens ou la qualité du milieu naturel d’un Parc National dont elle a été pourtant (brièvement) présidente… Mais en tout cas le message est clair : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Et gare à ceux qui voudraient en savoir davantage sur le sujet…

L.V.  LutinVert1Small

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

Les nouvelles énergies à portée de chacun

17 juin 2016

AfficheConfEnerCoop_A4coulLa question climatique et l’épuisement des ressources fossiles sont au cœur des préoccupations, notamment depuis la COP21. Changer nos modes de production et de consommation de l’énergie s’impose. L’objectif de la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien le 9 juin 2016, intitulée Partageons les nouvelles énergies, était de fournir une information pratique sur ce qu’il est possible de faire pour donner corps à la transition énergétique, avec l’aide d’acteurs qui se situent au cœur de cette question cruciale. Question qui n’est plus seulement théorique !

C’est tout d’abord sous la forme originale d’un quizz qu’Arno Foulon, le premier intervenant, animateur d’Energie Partagée, a fait entrer la trentaine de personnes présentes au cœur du sujet. En quoi consiste la transition énergétique par et pour les citoyens ? Comment décrire aujourd’hui les actions relevant des énergies renouvelables et leur gestion sous forme collective ? Qu’est-ce qu’un projet citoyen ?

L’idée clef : le projet citoyenBlog273_PhPlateforme

Voici d’abord un exemple de projet citoyen qui s’est réalisé. C’est l’histoire de trois organisations bretonnes engagées dans la transition citoyenne, qui souhaitaient concrétiser leur partenariat et agir ensemble. Lorsque Biocoop agrandit sa plateforme logistique à Melesse, au Nord de Rennes, Enercoop et Énergie Partagée saisissent l’opportunité pour y installer une centrale photovoltaïque citoyenne, avec une particularité : une vente en circuit court. D’une surface de 2 000 m2, l’équipement en panneaux solaires permet de couvrir une partie de la consommation du site, plus importante en été qu’en hiver du fait des besoins des chambres froides, le nouveau bâtiment accueillant notamment des produits frais. L’électricité produite est vendue à Biocoop : directement du producteur au consommateur ! Les besoins restants sont couverts par l’électricité 100 % renouvelable d’Enercoop. Biocoop en profite pour travailler aussi sur la maîtrise de sa consommation d’énergie.

Le système actuel de soutien à l’énergie photovoltaïque incite à vendre la production à ERDF et injecter l’électricité dans le réseau. S’il a permis de faire progresser la filière, ce système de soutien néglige les fournisseurs alternatifs comme Enercoop, et son électricité 100 % renouvelable, en ne permettant pas au producteur de consommer sa propre énergie. Par ailleurs, cela implique des coûts d’injection réseau et de la perte de production. Dans ce projet, les électrons solaires seront consommés directement par la Biocoop. Moins de perte, moins de coûts d’installation : le bon-sens du circuit court !

Vous êtes clients de Biocoop ? Habitant du Pays de Rennes ? Ou tout simplement Breton souhaitant contribuer au développement des énergies renouvelables dans la région ? Vous pouvez participer à ce projet cohérent en investissant dans la SAS Soleil du Grand Ouest via Énergie Partagée Investissement, et ainsi devenir co-producteur d’une énergie de bon sens.

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Un projet citoyen est donc un projet à la fois d’économie et de production d’énergie. Pour caractériser cette volonté, il doit réunir quatre critères d’authentification. Tout d’abord l’ancrage local : la maîtrise du projet reste aux mains des collectivités et habitants du territoire. Ensuite une gouvernance ouverte : toutes les décisions au sein de la société de projet sont prises de façon démocratique et transparente. La démarche du projet est non spéculative : les bénéfices réalisés sont réinvestis dans de nouveaux projets et des actions de sensibilisation. On y trouve enfin l’exigence écologique : le projet de production s’inscrit durablement dans une démarche de respect de l’environnement et de réduction des consommations d’énergie

La philosophie de l’association Energie partagée

Partout en France, des habitants, collectivités et acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Energie partagée accompagne et finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. Pour cela il s’organise en deux structures complémentaires : une association de promotion et d’animation et un outil d’investissement citoyen. L’association a pour but de sensibiliser à l’énergie citoyenne et d’en fédérer les acteurs et porteurs de projets à l’échelle nationale

Les projets citoyens soutenus par Energie Partagée s’inscrivent dans la démarche négaWatt qui prône prioritairement des actions de sobriété (ex : extinction des lumières inutiles) et d’efficacité énergétique (ex : isolation des bâtiments). Puis une fois parvenus à une consommation réduite au strict minimum, il reste à développer massivement les énergies renouvelables, pour couvrir efficacement nos besoins, et nos besoins seulement

Les éoliennes citoyennes de Beganne

Les éoliennes citoyennes de Béganne

Parmi les réalisations, on trouve aussi la société Begawatts qui réunit 1 000 personnes lesquelles ont investi des sommes allant de 50 € à 60 000 € avec une moyenne de 2 000 €. Les 1 800 000 € ainsi récoltés ont ensuite permis d’emprunter la somme de 12 millions €, nécessaire pour la construction de quatre éoliennes d’une puissance de 2 MW chacune. La production annuelle estimée est de 20 000 Mégawattheure, soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage de 6 250 foyers. Au-delà de produire une énergie propre et renouvelable, le parc éolien de Béganne est ainsi devenu le premier parc éolien 100 % citoyen de France! Les premiers kilowattheure « tests » ont été produits fin mai 2014, et l’inauguration du parc, le 14 juin 2014, a réuni des centaines de particuliers ayant investi dans ce projet.

On le voit, le projet citoyen fait appel à des acteurs locaux. De plus les habitants sont consultés et peuvent s’exprimer avant la phase des choix définitifs du projet permettant ainsi d’éviter les réactions d’hostilité et les recours. L’énergie produite et les bénéfices sont distribués aux actionnaires locaux, ce qui bénéficie à l’économie locale, contrairement au cas des projets privés plus classiques d’éoliennes.

Pour réussir un projet citoyen, il faut une mobilisation locale, mais il s’agit aussi de pouvoir convaincre le partenaire industriel dont la compétence technique est incontournable. La charte d’Energie partagée priorise les retombées économiques pour le territoire et la gouvernance ouverte, dans une démarche non spéculative avec une exigence écologique. Elle compte aujourd’hui une vingtaine de projets en construction, dans l’éolien, le solaire, la méthanisation et l’hydraulique.

Energie partagée les projets 2Le projet PEP2A

La conférence était à double voix. Alain Messin, Président du Pôle Energ’Ethique des Préalpes d’Azur (PEP2A), est le second conférencier. Il a, quant à lui, procédé à la description d’un projet en cours de réalisation, et permis une réflexion sur la méthode d’élaboration d’un projet citoyen. PEP2A est une coopérative de projet d’énergie renouvelable dans le département des Alpes Maritimes. L’intervention a permis d’entrer dans un projet précis d’installation de 6 toitures en panneaux photovoltaïques.

Pourquoi l’énergie solaire ? Cette énergie commence à être bien connue. Sa production a peu d’impact sur l’environnement et nous sommes dans le midi de la France. A partir d’un cadastre solaire du département établi par un étudiant de l’Ecole des Mines de Paris, on a pu cibler 2 400 bâtiments susceptibles de porter des panneaux solaires dans le département. L’association a été créée en juin 2015 et est actuellement en phase de développement, avec la nécessité d’une mobilisation des citoyens par des réunions publiques et des démarches auprès des partenaires pour trouver des investisseurs au plus près des installations. Il s’agit de produire de l’énergie avec une nécessité d’efficacité et de sobriété énergétique en créant des liens sociaux. L’électricité produite par les panneaux solaires sera revendue à ERDF dont les tarifs sont très attractifs.

Mais Alain Messin a aussi montré que la coopérative est aussi un lieu permettant la synergie de ceux qui cherchent des dispositifs de stockage de l’énergie : caler les consommations aux heures de production, innover dans les sources d’alimentation des voitures électriques, inventer de nouveaux volants d’inertie, développer les autres sources d’énergie renouvelable (biomasse, récupération de la chaleur des eaux d’écoulement, installation de petite centrale de méthanisation, etc.).

Les questions qui ont suivi l’exposé ont montré l’attachement de l’auditoire à ces problématiques qui n’attendent que des réponses. Certaines sont encourageantes, d’autres sont balbutiantes. Mais la prise en compte de ces questions est devenue incontournable aux yeux des citoyens responsables de l’avenir. C’est le cas de l’évaluation du coût énergétique pour fabriquer panneaux solaires, mais aussi pour leur recyclage.

En bref

Il semble que notre mode de vie nous conduise à sous-traiter nos vies en abandonnant nos besoins énergétiques à de grandes sociétés qui ont d’autres objectifs que ceux développés au cours de la conférence. De nombreuses questions restent ouvertes, et chaque citoyen est convié à préparer l’avenir énergétique avec lucidité.

DessinHumourEn région PACA, de plus en plus d’habitants souhaitent ne plus rester de passifs consommateurs et prennent conscience de leur pouvoir d’agir localement pour la transition énergétique. Il existe des aides pour s’organiser afin d’exploiter ensemble les énergies renouvelables du territoire, et dans l’intérêt du territoire.

Les tentatives et réalisations en cours ne reçoivent probablement pas l’écho qu’elles méritent. Leur existence doit être plus largement connue afin de donner naissance à de nouvelles initiatives. Conscientes des retombées économiques locales, les communes ne peuvent pas être en reste. Certaines prennent elles-mêmes des initiatives : installation de panneaux solaires sur le toit des écoles, par exemple. C’est ainsi qu’est né en PACA un réseau des énergies citoyennes.

Partout en France, des habitants et des acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Les collectivités locales (communauté urbaine, commune) sont évidemment concernées par cet effort collectif. L’engagement de la commune de Carnoux pourrait ainsi devenir un puissant moteur pour entreprendre et proposer des aménagements satisfaisant la philosophie mise en valeur par nos deux conférenciers.

Cécile et Jacques Tonnelle

Energies nouvelles au programme !

7 juin 2016

Ce jeudi 9 juin 2016 se tiendra à Carnoux la prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Elle portera sur les possibilités de développement d’une production locale d’énergie 100% renouvelable et sera assurée par Alain Messin, ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur. Ce fournisseur d’énergie Enercoop, dont nous avons déjà évoqué certains projets ici, présente la particularité de promouvoir la participation citoyenne à l’élaboration de ses projets de production d’énergie renouvelable.

Le financement participatif de ces projets grâce à la mobilisation de réseaux d’initiative locale portés par de simples citoyens permet de favoriser le développement de ces unités de production d’énergie renouvelable. C’est là qu’intervient le second partenaire, comme l’expliquera Arno Foulon, animateur de l’antenne régionale en Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’association Energie Partagée. Un véritable partenariat complémentaire qui déborde d’énergie et s’efforce de contribuer à sa manière à la transition énergétique que tout le monde sait nécessaire mais pour laquelle les réticences et les freins restent nombreux…

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Si l’avenir de la planète vous intéresse un tant soit peu et que vous souhaitez vous engager dans la démarche pour devenir acteur citoyen de cette transition énergétique à l’échelle locale, c’est l’occasion d’en savoir davantage sur les outils proposés par Enercoop et Energie Partagée en venant assister à cette conférence, d’accès libre et gratuit, qui se tiendra jeudi à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie de Carnoux et l’hostellerie de la Crémaillère.

Ressources en eau : le rapport secret de Nestlé…

21 mai 2016

Nestlé veut vendre sa filiale DavigelVoilà un scoop comme on les adore. De quoi faire saliver le citoyen-consommateur toujours persuadé qu’on lui cache tout et avide de se faire peur. Voici qu’on apprend grâce à Wikileaks, que la firme internationale Nestlé, multinationale bien connue de l’agro-alimentaire, aurait publié en 2009 un rapport secret dressant un tableau alarmiste de l’avenir des ressources en eau de la planète. Rapport désormais publié par Reveal, le site de l’ONG Center for Investigative Reporting et relayé par Sciencepost.

A en croire ce rapport, que la firme suisse a préféré cacher depuis des années pour ne pas alarmer inutilement l’opinion publique, l’avenir même de l’humanité est gravement menacé et nous fonçons droit dans le mur. C’est bien simple : si le monde entier s’alignait sur le régime alimentaire des Américains, qui est en moyenne de 3600 calories par jour avec une consommation importante de protéines d’origine animale, les ressources totales en eau douce disponibles sur Terre auraient été entièrement épuisées depuis 15 ans déjà, lorsque notre planète comptait 6 milliards d’habitants.Blog304_PhFemmes

Nous en sommes désormais à plus de 7 milliards d’humains et les projections les plus réalistes en prévoient 9 milliards dès 2050. Depuis des années la quasi totalité du monde occidental s’est aligné sur le mode de vie américain et se rapproche des standards alimentaires des USA, tandis que les autres pays dont les mastodontes que sont la Chine et l’Inde voient leur consommation de viande augmenter de manière spectaculaire. Nous sommes donc en phase d’accélération face au mur qui se rapproche dangereusement…

Pourquoi un tel impact de notre mode de consommation ? Tout simplement parce qu’il faut en moyenne 5 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande… Bien entendu, ces données sont très variables selon les conditions de production mais les ordres de grandeur sont parlant. Une source de Futura-science considère ainsi que la quantité d’eau nécessaire à la production d’1 kg de viande de bœuf atteint même 13 500 l alors qu’il suffit d’un peu moins de 600 l pour produire 1 kg de blé ou de pommes de terre.

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La conclusion de Nestlé est donc évidente : si nous voulons éviter une situation catastrophique de pénurie d’eau à l’échelle mondiale (qui selon le rapport pourrait toucher un tiers de l’humanité dès 2025…), il faut modifier radicalement nos modes de production et de consommation. Les écologistes qui s’époumonent en vain depuis des années pour tirer la sonnette d’alarme et prôner la décroissance devraient se pâmer d’aise de constater qu’un poids lourd de l’économie mondiale adopte ouvertement leur analyse et relaie leurs thèses…

Blog304_PhRobinetSauf que les conclusions que tire Nestlé de ce constat ne sont pas exactement les mêmes… Pour faire face à cette grave menace, le géant de l’agro-alimentaire préconise une stratégie en quatre points : la création d’un marché virtuel de l’eau, la suppression des subventions pour les biocarburants, l’adoption de plus d’OGM pour cultiver des plantes résistantes au manque d’eau, et la libéralisation du commerce agricole mondial. Pas sûr que tous les agronomes qui, à l’instar de René Dumont jadis ou de Marc Dufumier, qui s’inquiètent depuis des décennies des dérives de l’agriculture mondiale, partagent les mêmes conclusions !

Certes, une limitation des surfaces agricoles consacrées aux biocarburants relève du bon sens même et peut difficilement être contestée. Pour le reste, on voit bien que cet argumentaire n’est qu’une manière détournée de remettre sur la table toutes les lubies de l’agrobusiness mondialisé qui, Nestlé et Monsanto en tête, poussent pour une privatisation des ressources en eau et une industrialisation toujours croissante de la production agricole à base d’OGM.

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, est d’ailleurs coutumier du fait, lui qui expliquait doctement il y a peu que les OGM sont bien meilleurs que les produits bio car ils ne rendent pas malades : « un bon exemple est le mouvement bio. Le bio est ce qu’il y aurait de mieux maintenant. Mais le bio n’est pas le meilleur. Après 15 ans de consommation de produits génétiquement modifiés aux Etats-Unis, pas un seul cas de maladie n’a été déclaré jusqu’à présent pour en avoir mangé. Et malgré cela, nous sommes tous si inquiets à ce sujet en Europe à propos de ce qui pourrait nous arriver ».

Il semblerait au passage que Nestlé a complètement oublié la leçon des années 1970, lorsque la firme avait été largement mise en cause pour ses méthodes de matraquage publicitaire visant à généraliser l’utilisation de lait en poudre en substitution de l’allaitement maternel, y compris dans des pays où les conditions d’alimentation en eau potable ne permettaient pas d’assurer une hygiène suffisante pour une telle pratique. Selon l’UNICEF, Nestlé aurait été alors indirectement responsable de la mort de 1,5 millions de nouveaux-nés chaque année dans le monde, comme le rappelle Le veilleur. Ce qui n’a pas empêché la multinationale de voir ses profits exploser…Blog304_DessinForum

Pour ce qui est des ressources en eau, l’argumentaire du PDG de Nestlé est le suivant : « L’eau est bien sûr la ressource de base la plus importante dans le monde aujourd’hui. On peut se poser la question de savoir si nous devrions privatiser l’approvisionnement normal de l’eau pour la population. Il y a deux opinions différentes à ce sujet. La première opinion, qui est je pense extrême, est représentée par les ONG, qui stipulent que l’eau est un droit public. Cela veut dire qu’en tant qu’être humain vous devriez avoir accès à l’eau. C’est une solution extrême. Et l’autre opinion dit que l’eau est un aliment comme n’importe quel autre. Et comme n’importe quel produit alimentaire, elle devrait pouvoir être sur le marché ».

Pour Nestlé, la solution est donc simple : il suffit de privatiser les ressources en eau de la planète et laisser le marché s’occuper de sa gestion. De son point de vue effectivement, on voit bien le profit que pourrait représenter une telle solution, pour une société qui engrange d’ores et déjà 26 milliards d’euros de bénéfice annuel provenant de la seule vente des bouteilles d’eau minérale Nestlé (détenteur désormais de nombreuses marques telles que Vittel ou Perrier) !

Blog304_PhSeattleOn est bien loin de la conception altruiste formulée en 1854 devant le gouverneur Isaac Stevens par Seattle, chef des tribus indiennes Duwamish et Suquamish : « Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n’y a pas un coin de cette Terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est sacré aux yeux et dans la mémoire de mon peuple ».

L.V.  LutinVertPetit