Archive for the ‘Environnement’ Category

Brésil : Lula acclamé à la COP 27

27 novembre 2022

Certains s’en souviennent peut-être encore : il y a tout juste 4 ans, le 28 novembre 2018, le nouveau président du Brésil, élu un mois plus tôt avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés et avant même son investiture officielle, annonçait au monde médusé que son pays renonçait à l’organisation de la COP 25 que le Brésil s’était engagé à accueillir sur son sol l’année suivante. La COP 25 a donc finalement eu lieu à Madrid en décembre 2019 et depuis, le monde entier n’a pu que constater que le Brésil, première puissance économique d’Amérique du Sud et détenteur de plus de 60 % de ce qu’il reste de l’Amazonie, poumon vert de la planète, avait résolument tourné le dos aux questions de préservation de l’environnement.

En Amazonie, la déforestation s’est fortement accélérée sous le gouvernement de Jaïr Bolsonaro (photo © HO Ibama / 20 minutes)

Militaire de métier, Jaïr Bolsonaro avait nommé à la tête de la diplomatie brésilienne un fervent admirateur de Donald Trump et climat-sceptique notoire, et a montré durant ses 4 années au pouvoir, un mépris profond pour les questions environnementales. Il n’était d’ailleurs pas présent lors de la dernière COP, l’an dernier et durant les 4 ans qu’il est resté au pouvoir, il s’est surtout employé à aider l’industrie agro-industrielle à s’accaparer de nouvelles terres au détriment des populations indiennes et de la forêt qui a connu en 2019 une augmentation de plus de 85 % des surfaces déforestées par rapport à l’année précédente.

Il a facilité la mise sur le marché de nouveaux pesticides, encouragé l’orpaillage qui contribue aussi fortement à la déforestation et restera dans les annales pour sa gestion catastrophique de la pandémie de Covid 19 qui a fait plus de 700 000 morts au Brésil. Fervent admirateur de la junte militaire qui avait maintenu un régime dictatorial pendant plus de 20 ans au Brésil de 1964 à 1985, Jaïr Bolsonaro est de ceux qui avaient voté des deux mains la destitution de Dilma Roussef en mai 2016, dédiant même, par pure provocation, son vote au colonel de l’armée de terre Carlos Brilhante Ustra, qui avait torturé en 1970 la future Présidente de la République !

Le président brésilien sortant, Jaïr Bolsonaro, ici au début de son mandat : un ancien militaire resté très proche de l’armée… (photo © AFP / L’Humanité)

Et pourtant, malgré ce bilan plutôt calamiteux, le président sortant Jaïr Bolsonaro a bien failli être réélu puisque le second tour du scrutin, le 20 octobre 2022, n’a finalement donné que 50,9 % des voix à Luiz Inácio Lula da Silva, le pourtant très populaire président du Parti des Travailleurs, qui avait gouverné le pays de 2003 à 2011 avant d’être jeté en prison en 2018 par un juge corrompu et partial : au Brésil, tous les moyens sont bons pour se débarrasser d’un adversaire politique gênant ! De fait, le parti de Jaïr Bolsonaro est arrivé largement en tête de ces dernières élections générales, tant à la Chambre des députés qu’au Sénat fédéral, et ceci grâce au soutien massif apporté au candidat d’extrême droite par les églises évangéliques, très puissantes au Brésil.

Le président sortant a d’ailleurs beaucoup tardé avant de reconnaître, du bout des lèvres et après plus de 48 heures, non pas sa défaite électorale, mais sa décision de finalement respecter la Constitution et donc de ne pas se maintenir au pouvoir avec l’aide de l’armée comme l’appelaient de leurs vœux des milliers de ses partisans qui continuent encore de manifester en masse et de bloquer les routes.

Le nouveau président brésilien Lula lors de son discours à la COP 27, à Charm el-Cheihk le 16 novembre 2022 (photo © Ahmad Gharabli / AFP / France TV info)

Bref, le nouveau président Lula, qui ne prendra officiellement ses fonctions, s’il y arrive, qu’en janvier prochain, était attendu comme le messie par les défenseurs de l’environnement présents à la COP 27 et son discours a été acclamé par une salle comble lorsqu’il a déclaré : « le Brésil est de retour au monde » et qu’il a annoncé qu’en 2025 la COP se tiendra justement en Amazonie, tout en mettant sur pied une entente avec l’Indonésie et le Congo pour la protection des grandes forêts humides.

Luiz Inacio Lula da Silva sur une scène du pavillon brésilien avec des femmes d’Amazonie, lors de la COP27 (photo © Christophe Gateau / DPA / Reuters / Le Monde)

Dans son discours actant sa victoire électorale, Lula avait averti : « Le Brésil est prêt à reprendre son leadership dans la lutte contre la crise climatique. […] Le Brésil et la planète ont besoin d’une Amazonie en vie ». Pour autant, le nouveau président brésilien risque d’avoir bien d’autres sujets à traiter que celui de la préservation de la forêt amazonienne, et ceci d’autant plus que plusieurs des États concernés sont dirigés par des gouverneurs proches de Bolsonaro qui ne risquent pas de lui laisser les coudées franches en la matière. Sa priorité pour son troisième mandat comme lors des deux précédents reste la lutte contre la pauvreté, les inégalités sociales et l’insécurité alimentaire. Des sujets vitaux mais qui risquent, malgré les fortes attentes internationales, de faire passer la lutte contre la déforestation un peu au second plan…

L. V.

Renaud Muselier se croit toujours au quai d’Orsay…

25 novembre 2022

L’information est restée relativement discrète et c’est dommage car les habitants de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ignorent pour la plupart quel rôle de premier plan leur Président joue au niveau international, maintenant qu’il a rejoint le clan des fervents supporters d’Emmanuel Macron, en particulier en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique mondial. Il est sur tous les fronts et il était bien évidemment présent au sein de la délégation officielle de la France pour la COP 27 qui vient de se tenir du 6 au 18 novembre 2022, à Charm el-Cheikh, en Égypte, ce qui est bien la moindre des choses pour celui qui se vante d’avoir toujours « une COP d’avance ».

Renaud Muselier, président de la Région PACA et ministre supplétif des affaires étrangères (photo © Renaud Mahoudeau / AFP / Valeurs actuelles)

Il s’y est d’ailleurs distingué en annonçant par communiqué de presse le 7 novembre la création d’un fonds d’investissement de 1 milliard d’euros pour financer des infrastructures autour de la Méditerranée. En réalité, la création de ce fonds, dénommé PLIFF, pour PAMEx Locally Investment Facility, une appellation dont on devine l’inspiration typiquement provençale, avait été annoncée dès le mois de juillet dernier. Au passage, cet acronyme bizarre de PAMEx signifie pour les initiés « Plan d’action pour une Méditerranée exemplaire ».

Il s’agit a priori, si l’on en croit le communiqué de presse, d’un « consortium, coordonné par le R20, une ONG qui a pour objectif d’accompagner les autorités locales et régionales du monde entier dans le développement et le financement de projets d’infrastructures durables, et qui a mis au point une facilité financière particulièrement innovante sous forme de guichet unique permettant d’offrir aux collectivités territoriales ainsi qu’à leurs entreprises des facilités de financement ». Autrement dit, ce n’est pour l’instant qu’un concept un peu théorique, destiné à lever des capitaux sous forme de fonds propres et d’emprunts, et à mobiliser de l’assistance technique mais le déploiement n’est pas prévu avant 2030 : on a donc largement de quoi voir venir et l’urgence climatique devra patienter un peu…

Renaud Muselier dévoilant ses plans pour la Méditerranée en marge de la COP 27 à Charm el-Cheikh, aux côtés de Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (source © Var Matin)

En revanche, la communication n’attend pas et Renaud Muselier a déjà lancé à la planète entière des invitations pour un grand raout organisé à Marseille les 5 et 6 décembre 2022, sous le nom pompeux de « Méditerranée du futur – acte V ». Car chaque année désormais, la Région PACA organise un grand rassemblement pour marquer son territoire. Mais le colloque de cette année n’est rien de moins que le « Rendez-vous mondial de l’adaptation au changement climatique ». Pour les déçus de la COP 27 qui estiment que l’on n’est pas allé assez loin dans les engagements mondiaux, voilà une belle séance de rattrapage en perspective, axée cette année sur « la Méditerranée des ressources, de la souveraineté alimentaire et de la sécurité énergétique » !

En réalité, il y sera surtout question du projet pilote d’électrification des ports qui est un peu la pierre angulaire du dispositif que Renaud Muselier cherche à mettre en valeur à chaque occasion, maintenant que le port de Marseille commence à s’engager sur la mise en place de bornes électrique sur les quais du port pour éviter que les bateaux de croisière ne laissent tourner à plein régime leurs moteurs à fuel lourd pour actionner la climatisation pendant les escales. Une thématique qui revient comme un leitmotiv dans chacune des interventions de notre Président de Région et qui était encore mise en avant lors de son dernier voyage officiel à Djibouti, à la fin du mois d’octobre, juste avant son déplacement en Égypte.

Un article du Canard enchaîné du 3 novembre 2010, contant les exploits financiers de Renaud Muselier à l’île Maurice (source © le blog de Lucien-Alexandre Castronovo)

Car Renaud Muselier adore voyager, sans doute une réminiscence de son passage éclair au Quai d’Orsay comme Secrétaire d’État aux Affaires étrangères entre juin 2002 et mai 2005, dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, il y a une petite éternité. En 2010, alors qu’il se disait « dégouté de la politique », l’ancien premier adjoint de Jean-Claude Gaudin avouait avoir même demandé la nationalité mauricienne pour développer sur cette île paradisiaque (surtout du point de vue fiscal) de l’Océan Indien ses petites affaires qui lui avaient alors valu les honneurs du Canard enchaîné pour la qualité de ses opérations d’investissement défiscalisé. Mais depuis 2014, et sa tête de liste surprise aux élections européennes, Renaud Muselier s’est réconcilié avec la politique et il n’a pas peur désormais d’éclipser la ministre des Affaires étrangères en titre, une certaine Catherine Colonna.

Renaud Muselier en visite au refuge Decan, association de protection de la faune et de la flore à Djibouti (source © Ambassade de France à Djibouti)

Son déplacement récent à Djibouti, à la tête d’une délégation d’entrepreneurs et d’universitaires locaux, n’est ainsi pas passé inaperçu. Valeurs actuelles notamment s’en est fait l’écho, s’étonnant que notre Président de Région voyage toujours avec un passeport diplomatique et que sa délégation de 28 personnes y ait élu domicile à l’hôtel le plus cher de la place à 400 € la nuit. Un argument que Renaud Muselier balaie d’un revers de main en affirmant sans ciller « il n’y a qu’un hôtel à Djibouti », ce qui ne manque pas d’étonner les journalistes qui en ont dénombré pas moins de 17 aux standards internationaux…

Mais quand on est président d’une Région qui se targue de bénéficier d’un PIB équivalent à celui de la Nouvelle-Zélande, on ne mégote pas quand on est en déplacement officiel, même si certains élus du Rassemblement national se permettent d’insinuer que les frais du déplacement sont très supérieurs au montant de l’aide que la Région PACA apporte en réalité à Djibouti : la diplomatie internationale est très au-dessus de ce type de considérations bassement matérielles…

Renaud Muselier avec Ismaïl Omar Guelleh, Président de la République de Djibouti (photo © Agence djiboutienne d’information / Ambassade de France à Djibouti)

D’autant que le voyage n’avait pas seulement pour but d’aller dire bonjour aux forces armées françaises stationnées sur la base aérienne de Djibouti et de saluer le Président de la République local, Ismaïl Omar Guelleh pour lui parler de l’Observatoire régional de recherche pour l’environnement et le climat, une structure nouvellement créée à Djibouti avec l’aide de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour développer des modèles régionaux de suivi des impacts du changement climatique sur les ressources en eau. Protéger l’environnement, c’est aussi l’occasion de faire des affaires quand on est un politicien avisé comme Renaud Muselier. Un domaine qui justifiait naturellement que la Société du Canal de Provence soit aussi du voyage, de même d’ailleurs que la société Qista, implantée dans les Bouches-du-Rhône et le Var, qui développe des bornes anti-moustiques connectées à un peu plus de 1000 € l’unité et qui cherche justement à en vendre à Djibouti, ça tombe bien…

L. V.

A Marseille, le gabian opportuniste et envahissant

13 novembre 2022

Officiellement, c’est le goéland leucophée, Larus michahellis, de son petit nom scientifique qui lui a été attribué en 1840 par l’ornithologue allemand autodidacte John Friedrich Naumann. Mais à Marseille tout le monde l’appelle de son nom occitan : le gabian. C’est un proche cousin, typiquement méditerranéen, du goéland argenté, plus commun, qui s’épanouit sur les côtes de l’Atlantique. Il fait aussi partie de la grande famille des Laridae, qui comprend également les sternes et les mouettes avec lesquelles on le confond souvent, mais les grands goélands à tête blanche sont bien désormais considérés comme un genre en soi, parmi lequel on dénombre pas moins de 20 espèces, dont le gabian…

Le goéland leucophée, localement appelé gabian (photo © Louis Laisné / Museum national d’histoire naturelle)

Contrairement à la mouette rieuse, popularisée par Gaston Lagaffe, le goéland leucophée se caractérise par sa belle taille avec une envergure qui dépasse facilement les 1,50 m. Sa tête et son corps sont d’un blanc immaculé tandis que son manteau est gris et l’extrémité de ses ailes noires. On le distingue aisément du goéland argenté grâce à ses pattes jaunes, de même que son bec qui s’orne à l’extrémité d’une pointe de rouge à lèvres. A Marseille, où pourtant les autochtones ont du bagou et une fâcheuse tendance à parler fort, on n’entend que lui. Ses cris perçants et sa voix criarde, rythment les journées, surtout près du littoral, formant un fond sonore ininterrompu.

Portrait en pied de son éminence grise, le gabian (photo © J.P. Durand / Parc national des Calanques)

L’espèce n’est pourtant pas si fréquente qu’il n’y paraît et le goéland leucophée figure sur la liste rouge des espèces protégées au niveau mondial, même si elle y apparaît avec le statut de préoccupation mineure, pour laquelle le risque de disparition est considéré comme faible. Et pourtant, elle a bien failli disparaître puisqu’on ne recensait plus qu’une centaine de couples dans les alentours de Marseille au début du XXe siècle, réfugiés principalement sur l’archipel du Riou. Mais fort heureusement pour elle, les hommes ont inventé les décharges publiques à ciel ouvert : de véritables offrandes pour les gabians qui n’ont qu’à se servir et y trouvent à profusion une nourriture variée et de qualité, nettement plus facile à attraper que le poisson qui frétille au large.

Les gabians ont appris depuis longtemps à trier nos déchets (photo © Michel Luccioni / Corse Matin)

Du coup, cette espèce fort opportuniste s’est largement reconvertie, comme nombre de mafieux locaux, troquant allégrement la barque de pêche contre la benne à ordures, nettement plus rentable. On a vu alors les effectifs de gabians exploser, atteignant jusqu’à 23 000 couples en 2008, tournoyant en nuée autour des décharges qui se multipliaient et venant du coup s’installer carrément en ville. Pourquoi en effet continuer à nicher sur les côtes rocheuses et désertiques des îles du Riou quand la grande ville offre si généreusement le lit, le chauffage et le couvert avec ses nombreuses toitures terrasses hospitalières et ses poubelles répandues à foison sur les trottoirs marseillais ?

Le gabian est aussi un formidable chasseur de rats, il faut lui rendre cette justice (photo © Laurent Grolée / Radio France)

Au début des années 2000, les effectifs de gabians à Marseille étaient tels que les îles du Riou elles-mêmes, leur zone de repli préférée, étaient en voie de désertification avancée, la flore locale disparaissant sous des tonnes de guano et de fiente, favorisant le développement d’une végétation nouvelle sous l’effet de cet apport inhabituel de phosphate et de nitrates, au point de générer en parallèle une invasion de rats et de lapins, mettant également en danger toute la faune endémique…

De fait, le gabian est devenu à Marseille une espèce envahissante qui n’a plus vraiment peur de l’homme avec qui elle cohabite avantageusement, tout comme le rat et le pigeon. Il vient se servir directement en morceaux de choix sur les quais du Vieux-Port et près des poissonneries de la ville, mais on le voit souvent perché sur les bacs de poubelles, venant trier à la source tout ce qui peut être recyclé dans son estomac glouton. Il niche régulièrement sur les toits, surtout les terrasses gravillonnées où il peut pondre ses œufs en toute sécurité après avoir bâti un nid sommaire en brindilles. La femelle pond 2 à 3 œufs fin mars – début avril, et, dès la naissance des petits, mi-mai, le couple défend chèrement son territoire, n’hésitant pas à intimider tout intrus qui oserait les déranger.

Le gabian n’hésite pas à donner de la voix et peut se montrer agressif si on approche trop de son nid… (photo © S. Wroza / Museum national d’histoire naturelle)

C’est pour cette raison que les Marseillais ont tendance à prendre en grippe les gabians, d’autant que ces derniers sont plutôt casaniers et ont tendance à revenir pondre chaque année au même endroit. Une fois qu’ils ont élu domicile sur votre balcon ou votre terrasse, il devient difficile de les en chasser et mieux vaut ne pas trop s’approcher au risque de se prendre un coup de bec agressif. A tel point d’ailleurs que le service Allo Mairie, que tout Marseillais appelle pour un oui ou pour un non, est débordé d’appels de mamies en colère qui exigent que l’on vienne illico les débarrasser de ces encombrants voisins qui ont élu domicile sur leur balcon et qui les empêchent de dormir avec leurs cris stridents…

L’espèce étant protégée, la ville de Marseille doit demander périodiquement une dérogation pour destruction, limitée actuellement à 375 individus par an. Cela lui permet d’intervenir régulièrement, de préférence de manière préventive en empêchant l’accès, par des filets notamment, aux zones de nidification potentielles, voire en détruisant les œufs lorsque la ponte a déjà eu lieu. Pour cela, un prestataire spécialisé vient pulvériser sur les œufs un produit imperméabilisant qui empêche leur développement sans les casser (ce qui entrainerait systématiquement une nouvelle ponte de substitution !). Mais une fois les œufs éclos, il n’y a plus grand-chose à faire, sinon attendre que les petits grandissent, sauf si vraiment les parents ont élu domicile dans un endroit particulièrement vulnérable comme une crèche ou une école maternelle…

Nuée de gabians affamés sur la décharge d’ordures ménagères du Mentaure à La Ciotat en 2013 (source © La Provence)

Heureusement, la période du laisser-aller où les bennes à ordures se contentaient de déverser en plein air leur cargaison de nourriture gaspillée, commence à prendre fin. L’immense décharge d’Entressen, qui a engraissé des générations de gabians, a fini par fermer en 2010 et celle du Mentaure, à La Ciotat, en 2013, mais il reste encore en exploitation le site de Septème-les-Vallons : les gabians marseillais n’ont pas fini de se remplir la panse, même si leurs effectifs ont déjà fortement diminué, ne dépassant plus désormais les 13 000 couples, selon les dernières évaluations…

L. V.

Et pour en savoir plus, n’hésitez-pas à visionner ce très beau film de Pierre Meynadier, qui date déjà de quelques années (2012), intitulé Marius Gandolfi, le gabian…

Les bassines assassines de Sainte-Soline

6 novembre 2022

Les violents affrontements qui ont eu lieu samedi 29 octobre 2022 à Sainte-Soline, petit village de 353 habitants du Sud-Est des Deux-Sèvres, a marqué les esprits. Environ 4000 manifestants s’y sont affrontés à 1500 gendarmes mobiles, pour protester contre le projet de création d’une nouvelle retenue de substitution de 16 hectares à usage agricole. Plusieurs organisations écologistes étaient à l’origine de cette manifestation interdite par la Préfecture et de nombreux leaders politiques dont Philippe Poutou, Yannick Jadot ou encore Marine Tondelier, candidate à la direction du parti Europe Ecologie – Les Verts, étaient présents sur place, de même que la députée européenne des Vert Lisa Belluco qui s’est pris quelques coups de matraque malgré son écharpe de députée.

Banderole déployée à Sainte-Soline ce 29 octobre 2022 (photo © Pascal Lachenaud / AFP / Novethic)

Les gendarmes ont fait largement usage de gaz lacrymogène mais les manifestants n’ont pas fait dans la dentelle non plus et l’on a vu nombre de jeunes activistes, encapuchonnés et masqués, à la manière des black blocs, désormais habitués des débordements violents en marge des manifestations, lancer des pierres et des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre avant de se ruer pour arracher les barrières de sécurité du projet et même s’attaquer à des canalisations d’eau.

Le bilan de ce week-end champêtre qui s’est soldé par l’édification, le dimanche, d’un camp et de tours de guet, prémices d’une future ZAD, n’est pas anodin puisque la gendarmerie fait état de 66 blessés dont 22 assez graves et les manifestants d’une bonne cinquantaine de blessés dans ses rangs. On a pu y constater à quel point les militants écologistes mobilisés étaient déterminés, chauffés à blanc par le dirigeant du NPA, un Philippe Poutou déchaîné se faisant applaudir à tout rompre quand il affirme : « la question de la lutte violente se pose ». Un climat quasi insurrectionnel dans lequel l’ex-candidat à la présidentielle, Yannick Jadot, n’a pas réussi à faire entendre son discours plus modéré, retrouvant même, en fin de manifestation, sa propre voiture vandalisée par un amical « crevure ! » écrit rageusement à la peinture blanche sur sa carrosserie…

Gendarmes mobiles faisant face aux manifestants anti-bassines à Sainte-Soline le 29 octobre 2022 (photo © Thierry Olivier et Hans Lucas / AFP / France TV info)

Un climat de forte tension, qui a bien évidemment incité notre ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, jamais en retard d’une provocation, à traiter les manifestants d’ « éco-terroristes » qui « s’opposent à l’État de droit et tombent dans l’ultra-violence » tout en assurant avoir identifié parmi eux la présence d’une quarantaine de fichés S, issus de l’ultra-gauche. A se demander comment on a pu en arriver à une telle tension pour une simple retenue d’eau destinée à arroser des champs de maïs dans ce coin perdu du Poitou…

Bien sûr, cet affrontement autour de la gestion de l’eau pour l’irrigation n’est pas le premier du genre et l’on se souvient de ces manifestations violentes qui avaient conduit à la mort du botaniste de 21 ans, Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive le 26 octobre 2014 lors des manifestations contre le projet de barrage de Sivens. Depuis des années, le climat se tend entre certains agriculteurs productivistes soutenus par le syndicat majoritaire qu’est la FNSEA, à la tête de la plupart des chambres d’agriculture et largement implanté dans les arcanes du ministère, et les défenseurs d’une gestion plus raisonnée des ressources naturelles. Mais ces derniers ont de plus en plus l’impression que l’État est impuissant face au lobby de la FNSEA comme l’a montré le passage en force ayant construit à l’édification en toute illégalité du barrage de Caussade.

Des affrontements violents déjà le 26 mars 2022 à La Rochénard (Deux-Sèvres) entre forces de l’ordre et manifestants anti-bassines (photo © Sébastien Salom-Gomis / AFP / L’Express)

Pire : en Poitou-Charente, c’est l’Agence de l’Eau Adour-Garonne qui finance largement à hauteur de 60 %, avec l’argent du contribuable, ces centaines de projets de retenues de substitution destinées exclusivement à sécuriser les grandes monocultures intensives qui détruisent les haies et polluent les nappes phréatiques à grands renforts de nitrates et de pesticides. Une hérésie technique puisque le rôle des Agences de l’Eau est justement de tout faire pour préserver la ressource en eau tant en quantité qu’en qualité. Or, outre le fait que ces aménagements coûteux, réalisés à force de terrassement et d’étanchéification par des géomembranes à base de plastique, freinent la transition écologique vers une agriculture plus durable, la plus grosse critique est qu’elles peuvent mettre en danger la ressource en eau elle-même.

Capter l’eau de pluie et de ruissellement lorsque celle-ci est abondante et la stocker pour arroser en période de sécheresse relève du bon sens même. C’est le principe des retenues collinaires qui permettent en hiver d’intercepter une partie des écoulements excédentaires en amont des bassins versants et de stocker cette eau le temps nécessaire, contribuant par là même à protéger l’aval des risques d’inondation. Mais le mode de fonctionnement des retenues de substitution en cours de développement dans plusieurs bassins versants de la Vienne, des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime est tout différent. Il vise purement et simplement à contourner les restrictions administratives de prélèvement d’eau instaurées en été lorsque les cours d’eau s’assèchent et que les nappes souterraines sont trop basses pour continuer à les alimenter naturellement.

Retenue de substitution de La Laigne en Charente-Maritime (photo © Xavier Léoty / Sud-Ouest / Sciences et avenir)

Du coup, les agriculteurs ont imaginé de pomper dans les nappes en hiver, lorsque rien ne vient limiter ces prélèvements, de stocker l’eau à l’air libre, quitte à en perdre une partie par infiltration et surtout par évaporation, et ensuite d’utiliser leurs bassines pour arroser à gogo en plein été en faisant fi des restrictions d’usage qui s’appliquent alors de plus en plus fréquemment du fait du réchauffement climatique. Un raisonnement qui a du sens s’il est géré de manière rigoureuse avec un suivi strict des niveaux de nappe et des débits en rivière, et dans le cas de nappes à faible inertie qui réagissent très vite après une période de pluie. Mais ce n’est pas le cas général, loin s’en faut, et l’administration n’a ni les ressources ni même la volonté d’exercer un contrôle adapté pour suivre l’impact de tels prélèvements privés totalement anarchiques.

La plupart de ces « bassines », pourtant financées par l’argent public et au bénéfice d’une poignée de gros agriculteurs, présente donc une accumulation d’impact négatifs majeurs : elles exigent un investissement initial colossal, consomment beaucoup d’électricité tant pour leur remplissage par pompage que pour leur vidange pour irriguer, encouragent le développement d’une agriculture productiviste qui fait des ravages sur l’environnement et pollue les nappes et les cours d’eau, gaspillent de l’eau par évaporation et contribuent à vider les nappes sans tenir aucun compte de leur dynamique propre. Dans de nombreux cas en effet, les nappes présentent une très forte inertie, l’eau de pluie mettant de long mois avant de rejoindre la nappe. Les pompages qui se font en hiver, au moment où la nappe est la plus basse, vont alors impacter directement la capacité de la nappe à alimenter les cours d’eau, l’été suivant. En pays calcaire, surtout karstifié, il ne faut en effet jamais oublier que l’essentiel du débit des cours d’eau en période estivale provient des apports des nappes qui ont emmagasiné de l’eau durant l’hiver et la restituent progressivement aux rivières.

Le cours de la Dive totalement sec en août 2019, dans la Vienne : tous les poissons sont morts suite à l’arrêt de l’alimentation de la rivière par la nappe souterraine, trop basse… (photo © Sophie Goux / France Télévision)

Il serait grand temps de revenir à des relations plus constructives entre exploitants agricoles et militants écologistes plutôt que de s’enferrer dans ce type de confrontations stériles dans lesquels l’État, au lieu de jouer son rôle d’arbitre, de garant technique et de stratège sur le long terme, a trop tendance à se laisser manipuler par un lobby agricole obnubilé par le rendement à court terme, dans le cadre d’un marché spéculatif mondialisé. Un autre modèle agricole est heureusement possible et le développement de l’agriculture biologique et des circuits courts va assurément dans le bon sens mais restera marginale tant que la France ne sort pas de cette logique de libéralisme économique inadapté à la production agricole.

Un débat qui se concentre en France sur cette question de l’irrigation mais que l’on retrouve dans toute l’Europe, notamment aux Pays-Bas, chantre d’une agriculture hyper intensive et ultra polluante, deuxième exportateur agricole mondial derrière les États-Unis où l’on dénombre 11 millions de cochons et 100 millions de volailles pour 18 millions d’habitants. Le gouvernement tente tant bien que mal d’y réduire la production azotée qui empoisonne le pays, mais se heurte de front au lobby agricole, là aussi très puissant. On n’a pas fini de parler des bassines de Sainte-Soline et de l’avenir de nos exploitations agricoles…   

L. V.

Rats de Marseille : il court, il court le furet…

29 octobre 2022

C’est Aïcha Guedjali, conseillère municipale de Marseille, déléguée à la lutte contre l’habitat insalubre et les nuisibles, qui l’a annoncé sur Twitter, information largement relayée notamment par 20 minutes et France 3 : la Ville va recourir aux services de furets pour compléter sa panoplie de moyens permettant de venir à bout des rats qui pullulent dans la cité phocéenne. Car dans l’imaginaire collectif, les rats que l’on croise assez fréquemment dans les couloirs du métro ou près des amoncellements de poubelles qui caractérisent certains coins de trottoirs marseillais rappellent de mauvais souvenirs dont celui de la dernière grande peste, celle de 1720, qui avait occis près de la moitié des habitants de la ville.

Un rat sur le paillasson : ces voisins dont on se passerait volontiers… (photo © Bruno Souillard / MaxPPP / France 3)

Pourtant le rat, comme l’homme n’est pas directement responsable de la peste mais en est la première victime. Le bacille de la peste, découvert en 1894 par Alexandre Yersin, est transmis au rat par des puces, lesquelles se résolvent parfois à piquer aussi des humains lorsqu’elles ne trouvent plus de rats à portée de mandibule. Mais ces puces ne sont véhiculées que par le rat noir, l’antique rat des greniers. Or ce dernier a désormais quasiment disparu des grandes agglomérations où il a été entièrement remplacé par son cousin, le rat des villes, le surmulot, qui vit principalement dans les égouts, comme le détaille le spécialiste, Pierre Falgayrac, dans son ouvrage très documenté intitulé Des rats et des hommes : L’histoire d’une cohabitation forcée, les moyens d’une lutte raisonnée (éd. Hyform, 2013). Il y martèle ce message qui vient à l’encontre de bien de nos idées reçues : « Les rats ne sont pas du tout dangereux ! Ce sont des animaux craintifs qui préfèrent fuir qu’attaquer. Ils passent entre la moitié et les trois-quarts du temps dans leur terrier. Lorsqu’ils sortent la nuit, c’est pour manger, boire ou ronger, car leurs incisives sont à croissance continue »

Naturellement plutôt craintif, le rat sort rarement de son trou… (photo © Jans Canon / Flickr / L’Express)

Et d’ailleurs, selon lui, les rats ne sont pas plus nombreux à Marseille qu’à Paris, Lyon ou Toulouse. On compte généralement dans les grandes agglomérations entre 1 et 1,5 rat par habitant mais ces rats vivent principalement dans les galeries des égouts et c’est d’ailleurs là que réside le principal risque d’attraper la leptospirose, une maladie liée à une bactérie présente dans l’urine des rats et qui a touché un peu plus de 600 personnes en France en 2019. Il y aurait donc un bon million de rats à Marseille et les opérations de dératisation se font principalement dans les égouts par la SERAMM, au moyen d’appâts empoisonnés.

La sortie des égouts : un passage à risque pour le surmulot (source © Sortir à Paris)

En cas d’inondation, on voit d’ailleurs les rats venir se réfugier en surface et on a alors l’impression que la ville est envahie. Les travaux en voirie ont aussi tendance à déranger les rats et les poussent hors de leurs refuges habituels. Le fait que les rats ont besoin de ronger fréquemment pour réguler la croissance de leurs incisives est également très mal vu car en dehors de l’acier et du béton, rien ne résiste vraiment, et surtout pas les fils électriques apparents ou enterrés que les rats grignotent au passage en creusant leur terrier. Le 17 juillet 2014, un TER est ainsi venu percuter un TGV à Denguin, dans le Béarn, suite à un dysfonctionnement des feux de signalisation dont les fils avaient été rongés puis mis en contact par un couple de rats bricoleurs… Et l’on accuse de même des rats d’être responsables de la paralysie du système de refroidissement de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon en mars 2013…

Les poubelles qui débordent dans les rues : des offrandes pour attirer les rats ! (source © Sud Radio)

Les rats sortent principalement la nuit pour chercher à manger et c’est pour cette raison qu’on ne les croise malgré tout pas si souvent, mais s’ils sont aussi visibles à Marseille, c’est principalement du fait des incivilités et de cette mauvaise habitude locale qui consiste à jeter ses détritus par terre et à laisser les déchets s’amonceler sur le trottoir autour des poubelles. On constate d’ailleurs que la mise en place de containers à déchets sous forme de bacs enterrés est un remède particulièrement efficace contre la prolifération des rats dont les populations se régulent naturellement en fonction des quantités de nourriture disponible.

Boîte à appât utilisée en dératisation (source © Info Rongeurs)

La Ville de Marseille procède quotidiennement à des opérations de dératisation dans l’espace publique en mettant en place des appâts empoisonnés et en rebouchant les orifices par lesquels les rats arrivent à pénétrer. Mais de telles pratiques sont plus difficiles à mettre en œuvre dans les jardins publics où les rats adorent creuser leurs galeries et venir se repaître des restes du goûter que les petits Marseillais auront jeté négligemment à côté de la balançoire.

D’où l’idée de recourir au furet pour chasser les rats de ces endroits sans pour autant laisser traîner en pleine nature des appâts empoisonnés qui pourraient faire des dégâts collatéraux. Le principe n’est pas nouveau et l’éleveur du Gers, à qui la Ville a fait appel, Alexandre Raynal, est déjà intervenu dans d’autres Villes, à Toulouse, Limoges, Vitry-sur-Seine, Montreuil ou Vincennes notamment avec ses 25 petits furets au doux nom de Prune, Mûre ou Blanco. Ce sont d’ailleurs principalement des femelles qui sont utilisées pour cette chasse aux rats car leur corps plus svelte leur permet de se glisser adroitement dans les galeries où elles adorent se faufiler.

Le furet, un appréciable chasseur de rats… (source © Le guide du furet)

Ces animaux subissent un dressage, non pas pour leur apprendre à chasser, ce qu’ils font d’instinct, mais pour les inciter à revenir ensuite auprès de leur propriétaire, ce qui est nettement moins naturel, leur tendance étant plutôt de se rouler ensuite en boule au fond d’une galerie pour y piquer un petit roupillon, sachant qu’un furet dort facilement 18 heures par jour…

Alexandre Raynal, l’éleveur de furets adepte de la chasse aux rats, ici à Toulouse en décembre 2021 (source © Actu.fr)

En fin de compte, c’est surtout l’aspect répulsif du furet qui est utilisé pour effrayer les rats et les pousser à sortir de leur cachette pour venir se jeter dans un filet qu’Alexandre Raynal tend en surface pour les récupérer au passage et les jeter dans un bidon où ils seront ensuite euthanasiés au gaz carbonique. En une demi-heure, il a pu ainsi attraper pas moins de 63 rats dans un jardin public de Toulouse ! A Marseille, l’expérience débutera en décembre et devrait concerner plusieurs parcs particulièrement fréquentés par les rongeurs. L’avenir des rats marseillais est en train de s’assombrir…

L. V.

Sainte-Baume : la forêt essaime à Verdun !

27 octobre 2022

Avec le changement climatique, la forêt méditerranéenne souffre et est peut-être même condamnée à disparaître à terme. On a vu cette année la forêt landaise partir en fumée par pans entiers et même celle de Brocéliande en Bretagne être victime d’incendies spectaculaires. Mais ce n’est pas seulement le feu qui menace : la sécheresse et la canicule sont aussi de redoutables ennemis, plus insidieux mais terriblement efficaces, pour la forêt méditerranéenne pourtant habituée à des conditions climatiques peu favorables.

A tel point que les forestiers commencent sérieusement à s’inquiéter pour l’avenir de certaines espèces. Déjà en 2003, lors de l’été caniculaire, ils avaient constaté des dépérissements inquiétants, en particulier sur les pentes du Mont Ventoux où l’emblématique sapin pectiné avait subi une forte régression. Même le pin d’Alep, une espèce pourtant particulièrement adaptée aux sols calcaires peu épais des plateaux provençaux et au climat méditerranéen aux étés arides, est en train de dépérir, obligeant les forestiers à aller quémander des pommes de pins chez leurs homologues d’Andalousie ou du sud marocain pour alimenter leurs pépinières avec des variétés encore plus résistantes aux fortes chaleurs…

Le pin d’Alep, roi de nos forêts méditerranéennes (source © Prévention incendie forêt)

Mais depuis 2003, les périodes de sécheresse prolongée et de forte chaleur se succèdent, de plus en plus rapprochées et de plus en plus sévère. Déjà en 2018, la France avait subi une forte vague de sécheresse qui avait néanmoins peu marqué le sud de la France, davantage touché en 2019 où l’on avait vu à Carnoux des cèdres emblématiques sécher sur pied, et rebelote en 2020 puis en 2021 qui a vu une partie de la forêt varoise réduite en cendres dans la Plaine des Maures tandis que l’année 2022 est peut-être en train de battre tous les records avec des réserves en eau au plus bas et un automne exceptionnellement chaud et sec…

Forêt de la Plaine des Maures ravagée par le feu en 2021 (photo © Nina Valette / Radio France)

Alors forcément, les arbres soufrent, risquant même l’embolie lorsque l’évapotranspiration devient telle que les arbres sont obligés d’aspirer davantage de sève pour compenser. Mécaniquement, ceci peut s’accompagner de la formation de bulles de gaz dans le système vasculaire de l’arbre et entraîner sa mort, ce qui explique bien des épisodes de mortalité massive que l’on a observé dans certains massifs forestiers notamment en 2003 mais à plusieurs reprises depuis, sans compter le fait que les arbres, affaiblis après un épisode de sécheresse, deviennent beaucoup plus vulnérables à l’attaque de certains insectes ou champignons. Une étude sur la forêt méditerranéenne qui date déjà de 2010 montrait ainsi que les surfaces forestières exposées à un tel dépérissement avaient été multipliées par 4 au cours des 20 dernières années.

Fin 2012, une étude publiée dans Nature par 24 scientifiques alertait ainsi sur le risque généralisé de dépérissement qui pourrait toucher 70 % des forêts mondiales sous l’effet du stress hydrique lié au réchauffement climatique. L’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère est actuellement si rapide que les chercheurs estiment que la plupart des arbres ne sont pas en capacité de s’adapter et ils estiment qu’au-delà d’une certaine limite, ils ne pourraient plus continuer à jouer leur rôle majeur de séquestration du carbone. En 2021, la concentration moyenne de CO2 dans l’atmosphère atteignait ainsi 415 ppm, un niveau jamais atteint sur Terre depuis 800 000 ans, mais surtout avec un rythme d’augmentation (2,6 ppm en un an) que la nature n’a jamais connu et qui rend très difficile l’adaptation des espèces végétales.

Forêt d’épicéas dans les Vosges ravagée par la sécheresse et les attaques de scolytes en 2020 (photo © Stéphane Champreux / France Télévision)

C’est pour cette raison que les forestiers s’efforcent d’aider les forêts à survivre face à un tel cataclysme car la disparition d’une partie du couvert végétal et de ses capacités de stockage de CO2 ne ferait qu’accélérer le processus. C’est pour cela qu’ils vont chercher plus au sud des espèces plus résistantes à la sécheresse afin de les croiser avec nos pins d’Alep locaux. Et dans le même temps, ils exploitent les capacités d’adaptation des espèces méditerranéennes pour tenter de sauver les massifs forestiers du nord.

C’est tout l’enjeu du projet Giono, nommé ainsi en l’honneur de l’auteur de L’homme qui plantait des arbres. Les champs de bataille de la Première guerre mondiale, du côté de Verdun, avaient été massivement reboisés après 1918 par des plantations d’épicéas, pour recouvrir d’un linceul de verdure ces zones totalement dévastées par les combats. Mais ces épicéas connaissent actuellement un dépérissement important, 4000 hectares de boisements historiques ayant ainsi déjà disparu car cette espèce n’est pas durablement adapté aux conditions locales du fait du changement climatique. Il faut donc anticiper en remplaçant progressivement ces épicéas par des hêtres a priori plus adaptés.

Pépinière de l’ONF à Guémené-Penfao, en Loire-Atlantique où sont replantée les graines du projet de migration assistée Giono (photo © Nathalie Petrel / ONF)

Et c’est là qu’intervient le projet Giono lancé par l’ONF en 2011 : un projet de migration assistée des arbres qui vise à utiliser pour ces opérations de reboisement des variétés a priori mieux capables de résister à terme à des conditions climatiques plus draconiennes. Et pour cela, les forestiers de l’ONF sont venus jusque dans la forêt de la Sainte-Baume récolter des graines de hêtres qui ont ensuite été soigneusement replantées en pépinière du côté de Nantes pour donner les plants qui servent désormais à reboiser la forêt de Verdun. Des arbres qui seront adultes dans 70 ans, à l’orée des années 2100, date à laquelle les projections du GIEC nous annoncent un climat très différent de celui que nous connaissons actuellement.

Tronc de hêtre dans la forêt de la Sainte-Baume (photo © Le Castor masqué)

Pourquoi venir chercher ces graines jusqu’au pied de la Sainte-Baume ? Parce que cette forêt relique de la Sainte-Baume est en France la plus méridionale des forêts de feuillus dans laquelle le hêtre est encore présent, ce qui laisse supposer qu’il a pu s’acclimater au cours des millénaires, à des conditions climatiques méditerranéennes a priori peu favorables. Cette présence assez inhabituelle de hêtre sous de telles latitudes s’explique d’abord par l’histoire de ce peuplement qui a été longtemps préservé grâce au caractère sacré du site. La légende raconte que c’est dans la grotte qui surplombe cette forêt, sur le flanc nord de la sainte-Baume, que Marie-Madeleine, venue en barque prêcher la parole du Christ a passé les 30 dernières années de sa vie à l’issue de son périple commencé aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Depuis 2000 ans, le lieu est ainsi devenu un lieu de pèlerinage où les moines de l’abbaye de Saint-Victor puis les Dominicains ont fait régner leur loi, protégeant sévèrement la forêt contre les prélèvements de bois de chauffage, ce qui a valu à ce peuplement forestier de se maintenir au fil des siècles, au moins jusqu’à la Révolution avant d’être pris en charge par l’ONF qui en assure une exploitation très raisonnée.

Forêt domaniale de la Sainte-Baume sur le flanc nord du massif, au pied de la grotte de Marie-Madeleine source © France 3)

Cette petite forêt domaniale de 138 ha est caractérisée par la présence de pins sylvestres et de chênes pédonculés dans sa partie basse, surmontés par des espèces comme le hêtre et l’érable mais aussi le houx et l’if, qui n’ont habituellement pas leur place dans un tel environnement méditerranéen car ces espèces ont besoin d’ombre et d’humidité mais dont la présence relictuelle s’explique par la configuration particulière du site, un ubac culminant à 1147 m et où la forêt dense et les circulations d’eaux souterraines abondantes créent un microclimat frais et humide. Un site sacré qui permettra peut-être de sauver les hêtraies du Nord de la France pour les siècles à venir…

L. V.

Eau de Mazaugues : une future mine ?

18 octobre 2022

Dans le Var cette année, nombre de communes ont particulièrement souffert de la sécheresse, et pour certaines d’entre elles ont connu de réelles difficultés d’alimentation en eau potable. Le 14 octobre 2022, la Préfecture indiquait ainsi que sur les 153 communes du département, 96 étaient en crise sécheresse, qui correspond au niveau de restriction le plus élevé, 23 étaient placées en alerte renforcée et 43 en alerte simple : une situation plus que préoccupante !

Certains cours d’eau du département ont présenté des débits d’étiage extrêmement sévères. C’est le cas notamment du Caramy, un affluent du fleuve Argens, qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume à Tourves puis parcourt 49 km avant de rejoindre l’Issole au niveau du lac de barrage de Carcès, après avoir notamment traversé la ville de Brignoles. Ses gorges, entre le pont romain de Tourves et la Saut du cabri à Mazaugues font partie de ces lieux paradisiaques, restés relativement sauvages, qui font le bonheur des pêcheurs et des amoureux de balades en nature.

Les gorges du Caramy, un havre de verdure rafraichissant (source © PNR Sainte-Baume)

Sauf que le Caramy est à sec à Tourves depuis le mois de mai et qu’il ne présente plus qu’un mince filet d’eau souvent interrompu plus en aval. A la station de Vins-sur-Caramy, où son débit moyen est de 1 100 l/s, le débit dépasse à peine les 250 l/s en ce mois d’octobre.

Du coup, le lac de Carcès dans lequel se rejoignent le Caramy et l’Issole, est quasiment à sec en cette période critique. Achevé peu avant la dernière guerre, en 1939, le barrage de Carcès dont la capacité de stockage est de 8 millions de m3 joue pourtant un rôle stratégique puisque c’est cette réserve en eau qui alimente la ville de Toulon et toutes les communes côtières environnantes, du Lavandou jusqu’à La Seyne-sur-mer. Au total, ce sont pas moins de 27 communes et plus de 1 million d’habitants qui dépendent de cette ressource en eau…

Le lac de Carcès quasiment à sec fin août 2022 (photo © Frank Muller / Var Matin)

Une situation plutôt préoccupante donc quand on voit les sécheresses devenir de plus en plus fréquentes et sévères sous l’effet du changement climatique. Mais des solutions existent qui permettraient d’exploiter les ressources en eaux souterraines, particulièrement abondantes dans le massif de la Sainte-Baume, et ceci sans mobiliser d’énormes investissements en infrastructure comme l’a fait la Société du Canal de Provence en réalisant la liaison entre le Verdon et Saint-Cassien, via la pose de 75 km de canalisations pour abreuver tout l’Est du Département jusqu’à Fréjus et Saint-Maximin avec l’eau prélevé dans le Verdon.

Robert Durand, hydrogéologue, dans les anciennes mines de Mazaugues (extrait vidéo © YouTube)

C’est un hydrogéologue de La Seyne-sur-mer, Robert Durand, par ailleurs spéléologue averti et président de la Confédération Environnement Méditerranée, qui prône de pomper cette eau souterraine dans les anciennes mines de bauxite de Mazaugues pour réalimenter le Caramy durant les périodes d’étiage. Cela permettrait ainsi de renforcer les capacités de prélèvement dans le lac de Carcès tout en contribuant à une meilleure qualité des milieux aquatiques tout au long de ce cours d’eau grâce à des débits plus importants et plus réguliers, même en pleine canicule estivale.

Une idée toute simple mais parfaitement réaliste et peu coûteuse à mettre en œuvre, Robert Durand estimant que l’on peut prélever sans dommage de l’ordre de 7 millions de m3 par an dans cet aquifère, soit presque autant que la capacité de stockage du lac de Carcès ! L’idée n’est d’ailleurs pas spécialement innovante puisque en 2009 un autre bureau d’études en hydrogéologie, Hydrofis, avait déjà conduit, à la demande du Conseil départemental du Var, une analyse en vue de la protection des ressources en eau des anciennes mines de Mazaugues.

Coupe géologique à travers l’aquifère de Mazaugues (source © Hydrofis)

Dans ce petit village varois l’exploitation minière de la bauxite à partir du début du XXe siècle, sur le site du Caïre Sarasin, à 3 km au nord du bourg, a marqué le territoire, avec ses fameuses « gueules rouges ». A l’orée de la première guerre mondiale en 1913, grâce aux ressources de ce bassin minier varois, la France était en effet le premier producteur mondial d’aluminium. C’est d’ailleurs le Français Pierre Berthier qui avait le premier identifié en 1821, sur la commune des Baux-de-Provence, ce minerai riche en aluminium.

Chargement de wagonnets de minerai de bauxite à Mazaugues, du temps de l’exploitation minière (source © Carrière de Mazaugues)

Mais il avait fallu attendre 1858 pour qu’un autre Français, Henri Sainte-Claire Deville, mette au point un procédé industriel permettant de fabriquer l’alumine à partir de la bauxite, alors que jusque-là on l’extrayait de l’alun. Le premier site industriel a ouvert en 1860 à Salindre, dans le Gard, mais c’est bien dans le Var que l’extraction de la bauxite a connu son apogée, avec une production annuelle de bauxite qui a culminé à 540 000 tonnes en 1939, avec son corollaire des fameuses boues rouges à évacuer… La mécanisation de l’abattage dans les années 1950 n’a pas permis de pérenniser l’exploitation qui a commencé à décliner dans les années 1970, la mine de Mazaugues ayant fermé définitivement en 1985.

Anciennes mines de bauxite de Mazaugues (source © Club spéléologique méditerranéen)

Sauf que depuis 2008, certains aimeraient bien réutiliser ce site pour exploiter le calcaire qui se trouve au-dessus des anciennes mines de bauxite de Mazaugues, pour y ouvrir une nouvelle carrière et fabriquer du granulat concassé pour le BTP. Un projet qui joue les Arlésiennes depuis des années malgré un avis favorable reçu après enquête publique, car le projet a fait l’objet de multiples recours de la part de différents acteurs. Outre l’aspect patrimonial des anciennes mines de bauxite qui pourrait disparaître du fait des terrassements gigantesques ainsi envisagés en surface, c’est tout l’environnement de la Sainte-Baume qui pourrait être menacé par ce projet, y compris les colonies de chauves-souris qui ont trouvé refuge dans les galeries minières abandonnées.

Robert Durand fait justement partie des opposants à ce projet de carrière car il craint qu’une telle exploitation mécanisée à ciel ouvert ne vienne polluer irrémédiablement l’eau souterraine de grande qualité qui baigne le calcaire jurassique karstifié à la surface duquel se sont jadis formés les dépôts de bauxite, exploités ensuite en galeries souterraines, lesquelles servent désormais de drains et de réservoirs à la nappe.

Article publié dans Var Matin le 14 octobre 2022 (source © Club spéléologique méditerranéen)

Il a donc fait une vidéo et lancé une pétition pour défendre son projet d’exploitation de l’eau des anciennes mines de Mazaugues. Cette eau abondante et de bonne qualité pourrait venir grossir le débit du Caramy et soutenir l’alimentation en eau potable pais aussi la production hydroélectrique à partir du barrage de Carcès. Une idée ingénieuse et permettant de valoriser à moindre coût des ressources en eau locales bien connues, mais qui ne semble guère jusqu’à présent avoir rencontré un accueil favorable de la part des responsables politiques locaux, manifestement davantage séduits par le projet de carrière porté par l’industriel Provence granulats, qui poursuit ses batailles judiciaires pour tenter de passer en force : produire du béton pour le BTP, c’est quand même plus sérieux que de de se préoccuper du sort des poissons du Caramy et des chauves-souris du Parc naturel régional de la Sainte-Baume !

L. V.

Lithium : l’or blanc du futur ?

6 octobre 2022

On en parle de plus en plus car le lithium, métal essentiel pour la production des batteries lithium-ion des véhicules électriques, est en passe de devenir une denrée stratégique, notamment pour les pays européens qui affichent leur volonté d’électrifier en quelques années la totalité de leur parc de véhicules à moteur thermique. Le lithium s’est en effet rapidement imposé, grâce à son potentiel électrochimique élevé, comme un matériau de choix pour la fabrication d’électrodes. L’Union européenne a d’ailleurs inclus ce matériau dans sa liste des métaux critiques et l’Agence internationale de l’énergie considère que la demande devrait être multipliée par 40 d’ici 2040. La tonne de lithium se négociait ainsi autour de 45 000 € début 2022 contre un peu plus de 6 000 € un an auparavant !

Évolution du prix de la tonne de lithium depuis 1 an (infographie © Ouest France)

Et ce n’est que le début puisque l’on estime que les besoins de la seule Europe devraient atteindre les 500 000 tonnes par an alors que la production mondiale ne dépassait pas 80 000 tonnes en 2020… Au début des années 2000, il y a moins de 20 ans donc, la production mondiale ne dépassait pas 15 000 tonnes par an pour un cours mondial autour de 300 € la tonne, soit une augmentation de sa valeur de plus de 15 000 % en 20 ans : qui dit mieux ?

Le paradoxe est que ce métal alcalin, le plus léger de tous les éléments métalliques présents sur Terre, est en réalité relativement abondant sur notre planète. On en trouve dans un très grand nombre de roches, des argiles aux granites, et on considère qu’il est présent en moyenne à raison de 20 à 70 mg/kg dans la croûte terrestre, ce qui est très faible par rapport aux éléments les plus abondants que sont notamment l’oxygène, le silicium, le fer ou le calcium, mais c’est bien davantage que le plomb, l’étain, l’uranium ou l’argent par exemple, sans même parler de l’or qui est 500 fois plus rare !

Fragments de lithium (source © La French Fab)

Sauf que ce matériau n’existe pas à l’état pur car ce métal mou, de couleur gris argenté réagit très facilement avec l’eau et l’air, si bien qu’il n’existe que sous forme de composé ionique. On ne peut donc l’extraire de concentrés miniers que par électrolyse en sel fondu et il a d’ailleurs fallu attendre 1818 pour que deux chimistes britanniques arrivent à l’isoler par électrolyse, un an après sa découverte par le Suédois Johan August Arfwedson. Ce dernier l’avait déterminé à partir de l’analyse de la pétalite, puis du spodumène et de la lépidolite, des minéraux présents dans des pegmatites, c’est-à-dire des roches magmatiques à gros cristaux, justement enrichies en lithium.

Exploitation minière de Galaxy Mining Lithium and Spodumene à Ravensthorpe en Australie (source © Insideevs)

Deux siècles plus tard, ces pegmatites constituent toujours l’une des principales sources d’exploitation du lithium, en particulier en Australie qui est à l’origine ces dernières années de près de la moitié de la production mondiale et qui détient quasiment un quart des réserves prouvées actuelles. L’autre source de gisements principalement exploitée est le chlorure de lithium que l’on trouve dans certains vieux lacs salés continentaux ou certaines eaux hydrothermales. C’est notamment le cas du salar d’Uyuni, en Bolivie, celui d’Atacama au Chili et le salar el Hombre Muerto en Argentine, qui concentrent à eux trois 70 % des réserves mondiales connues. Argentine et Chili font d’ailleurs partie des 4 principaux producteurs mondiaux de lithium avec la Chine qui serait actuellement à l’origine d’environ 22 % de la production mondiale. D’autres anciens lacs salés sont également exploités au Thibet, en Russie, aux États-Unis ou encore au Zimbabwe.

Exploitation de lithium dans le désert d’Atacama au  Chili (source © Euractiv)

L’Europe, désormais grosse utilisatrice de lithium, importe la totalité de ces besoins, à l’exception d’une production marginale au Portugal, destinée aux besoins de l’industrie céramique. En Estrémadure, la compagnie Lithium Iberia tente d’ouvrir une exploitation qui devrait débuter à 2024 à Las Navas, tandis que la firme australienne Infinity lithium se heurte à une forte opposition sur son projet minier de Càceres, de même d’ailleurs que Rio Tinto qui a dû renoncer en 2021 à un gros projet d’exploitation de lithium à Jadar en Serbie. De nombreux autres projets sont à l’étude, dont deux au moins en France, à Echassières (Allier), comme sous-produit de l’exploitation de kaolin et dans la plaine d’Alsace, en association avec la géothermie. Une voie également explorée Outre-Rhin où il est envisagé d’extraire du lithium via un retraitement des eaux qui transitent via les centrales géothermiques du fossé rhénan.

Manifestation contre le projet d’extraction minière de lithium porté par Rio Tinto en Serbie près du fleuve Jadar (source © Ne damo Jadar / Reporterre)

En attendant que se développent ce type de procédé d’extraction à partir des eaux hydrothermales voire de l’eau de mer comme cela est envisagé par certains chercheurs d’Arabie Saoudite, il n’en reste pas moins que les projets d’extraction minière restent très controversés comme l’ont montré les manifestations contre le projet de Jadar en Serbie. On se trouve ainsi confronté, pour cet élément comme beaucoup d’autres, à des injonctions contradictoires entre une volonté de développer une production nationale maîtrisée, nécessaire pour mettre en place la transition écologique que chacun appelle de ses vœux, et une réticence forte à accepter dans son environnement proche, des activités minières souvent considérées comme polluantes et sources de nuisance importantes. Qui a dit que l’Homme est pétri de contradictions ?

L. V.

Eau contre pétrole : le projet fou de Saint-Chamas…

4 octobre 2022

C’est Marianne qui vient de rendre public ce projet élaboré en toute discrétion et qui aurait déjà fait l’objet d’au moins deux réunions au sommet, à l’initiative de son promoteur, Xavier Houzel, négociant international d’hydrocarbures et longtemps aux manettes de la seule entreprise française indépendante de trading pétrolier, Carbonaphta. En mars 2022, il organisait en catimini une réunion à l’Élysée avec les principaux conseillers économiques d’Emmanuel Macron et en juin, au lendemain des élections présidentielles, il obtenait en quelques jours seulement un rendez-vous avec Thomas Tardiveau, à peine nommé conseiller technique électricité au cabinet de la toute nouvelle ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

Xavier Houzel, spécialiste du négoce international d’hydrocarbures (source © Trilogues)

Quel était donc l’objet de ces conciliabules manifestement de première importance ? Un projet un peu fou qui consiste à troquer contre du gaz ou du pétrole dont la France a bien besoin, de l’eau qu’elle aurait en excès. Et pas n’importe quelle eau : celle de la Durance qui approvisionne déjà via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, une bonne partie de la région PACA et toute l’agglomération marseillaise. Mais rappelons que le barrage de Serre-Ponçon, qui barre depuis 1959 le lit de la Durance un peu en aval de sa confluence avec l’Ubaye, constitue aussi le point de départ d’un canal de 250 km qui achemine de l’eau non seulement pour l’irrigation et l’eau potable, mais aussi pour la production hydroélectrique. On dénombre ainsi pas moins de 15 centrales hydroélectriques le long de ce canal, totalisant une puissance cumulée de 2000 MW, dont 360 pour celle de Serre-Ponçon, la plus importante, et 153 pour celle qui est située à l’extrémité aval du canal qui se rejette dans l’étang de Berre, sur la commune de Saint-Chamas.

Canal EDF entre Manosque et La Roque d’Anthéron(photo © Nicolas Janberg / Structurae)

Un aménagement industriel parfaitement huilé et d’une remarquable efficacité, mais dont les impacts sur les milieux naturels sont loin d’être négligeables, comme le relève depuis des années le GIPREB qui tente, tant bien que mal, de préserver la qualité des eaux de l’étang de Berre… La France a d’ailleurs été condamnée en 2004 à cause des rejets excessifs d’eau douce et de limons en provenance de la Durance qui se déversent directement dans l’étang de Berre, une lagune dont le milieu naturel a été totalement modifié et dont la biodiversité initiale a été entièrement bouleversée. Sous la menace d’une astreinte financière significative, EDF a finalement été contraint de réduire les quantités d’eau et de limons ainsi prélevés sur la Durance et rejetés dans l’étang de Berre. La capacité de prélèvement qui est de 4 milliards de m3 par an a ainsi été réduite à 1,2 milliards, sachant que le rythme actuel est plutôt de l’ordre de 950 millions de m3, et peut même tomber à moins de 600 les années de forte sécheresse comme en 2019 ou 2022.

En matière d’exploitation de la ressource en eau, il ne suffit pas en effet d’investir massivement, mais il faut aussi respecter les potentialités du milieu naturel. Or le changement climatique se traduit par une raréfaction de la ressource en eau issue des glaciers alpins, tandis que les milieux lagunaires comme l’étang de Berre supportent de moins en moins ces apports d’eau douce qui détruisent son écosystème naturel. Mais ce n’est ce genre de considération qui anime notre expert en négoce international d’hydrocarbures Xavier Houzel. Ce dernier a seulement retenu que le canal EDF rejette en pure perte des millions de m3 d’eau douce de qualité prélevée dans la Durance et que la France pourrait avoir intérêt à exporter cette eau vers des pays qui ont en bien besoin ! Rappelons au passage que les besoins en eau d’une ville comme Marseille ne représentent qu’à peine 5 % de ce volume colossal d’eau potable ainsi rejeté par le canal EDF…

Centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, à l’extrémité aval du canal EDF qui se jette dans l’étang de Berre (photo © EDF / Gomet)

Il prévoit ainsi de faire partir quotidiennement 19 tankers de 200 000 m3 depuis le port de Fos et 48 de 80 000 m3 depuis celui de Lavéra à Martigues, tous chargés à ras bord d’eau de la Durance, soit près de 3 milliards de m3 d’eau douce prélevée dans le bassin versant de la Durance et exportée à l’autre bout de monde, permettant ainsi à EDF de turbiner toute l’année au maximum de ses capacités. Bien entendu, l’eau est considérée comme un bien commun, indispensable à la vie, et il n’est pas très moral d’en faire ainsi une source de business international. Mais en grand philanthrope qu’il est, Xavier Houzel prévoir simplement d’en faire du troc et de l’échanger avec les pays qui en ont besoin, contre du coton par exemple, ou de préférence du gaz ou du pétrole, ce qui pourrait intéresser des partenaires comme l’Iran ou Israël.

Bien entendu, le projet ne tient aucun compte de l’impact que pourrait avoir un tel prélèvement sur le fonctionnement naturel de nos cours d’eau. Prélever ainsi des milliards de m3 d’eau n’est jamais sans incidence, même dans un pays au climat tempéré qui ne manque pas de ressources en eau. L’eau de fonte des glaciers qui donne l’impression de s’écouler en pure perte vers la mer contribue à la biodiversité et à l’équilibre écologique des cours d’eau et des milieux aquatiques mais aussi à la recharge des nappes souterraines dont on retire désormais une part importante de nos ressources en eau potable car elles sont un peu mieux préservées de la pollution que l’eau de surface…

Tracé du canal EDF entre le barrage de Serre-Ponçon et l’étang de Berre (source © L’étang nouveau)

Certes, ce projet met en avant l’impact positif qu’aurait cet export sur la qualité de l’étang de Berre actuellement gravement perturbé par les apports massifs d’eau douce et de limons de la Durance. Mais il passe totalement sous silence une alternative portée depuis des décennies par d’autres acteurs et qui vise justement à mieux valoriser ces rejets tout en limitant leur impact écologique. Il faudrait pour cela prolonger le canal EDF pour qu’il se rejette non pas dans l’étang mais dans le Rhône après avoir irrigué au passage la plaine de la Crau. Trois députés locaux ont d’ailleurs déposé en 2020 un rapport parlementaire qui détaille différentes propositions en vue de réhabiliter l’étang de Berre, parmi lesquelles figure ce projet de dérivation.

Christophe Béchu (au centre) en visite sur l’étang de Berre le 29 septembre 2022, à côté de Bérangère Couillard et de Martine Vassal (photo © Stéphane Guéroult / La Provence)

Le nouveau ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, s’est d’ailleurs déplacé sur site le 29 septembre 2022, en compagnie de sa secrétaire d’État en charge de l’écologie, Bérangère Couillard, pour examiner ces différentes options. Une dérivation des eaux du canal vers le Rhône permettrait également de maximiser la production hydroélectrique et l’exploitation des ressources en eau tout en réduisant fortement l’impact de cet usage sur les milieux naturels. Mais le coût du projet est estimé à plus de 2 milliards d’euros. On ne parierait donc pas qu’il puisse tenir la corde face à la solution aussi simpliste que brutale proposée par Xavier Houzel : que pèse le respect de notre environnement quand le commerce international nous tend ainsi les bras ?

L. V.

Alerte : les gorgones se meurent !

25 septembre 2022

Le réchauffement climatique a encore fait une nouvelle victime ! Depuis la mi-août 2022 les alertes se multiplient dans le milieu des plongeurs méditerranéens : les gorgones, ces magnifiques ramifications colorées qui tapissent les tombants du Parc national des Calanques sont en train de dépérir de manière spectaculaire. Les premières observations ont été faites après les gros orages du 17 août 2022 qui ont balayé la région et fait, une nouvelle fois déborder le Vieux-Port de Marseille, faute de gestion des eaux pluviales adaptée au régime méditerranéen.

Bouquet de gorgone en train de dépérir dans le Parc des Calanques (photo © Patrick Bonhomme / Parc national des Calanques)

Dès le lendemain, des plongeurs se sont inquiétés d’observer un blanchissement inexorable des branches de gorgone, ces bouquets admirables de couleur vive qui constituent un des principaux attraits des fonds méditerranéens. Dès lors, les scientifiques ont commencé à multiplier les observations sur les différentes aires marines protégées de la côte provençale où les gorgones pourpres Paramuricea clavata forment de larges colonies qui se fixent sur les substrats rocheux des fonds marins situés entre 7 et 110 mètres de profondeur.

Le plus souvent pourpre, parfois jaune, les gorgones comme les coraux sont des colonies constituées d’un squelette souple en forme de ramification arborée que se partagent les polypes, de petits animaux munis de tentacules, rattachés à la grande famille des cnidaires qui comprend aussi les méduses ou les anémones de mer. Grâce à cette disposition en éventail le long des branches de l’arborescence généralement disposée perpendiculairement au courant dominant, les polypes filtrent l’eau avec leurs tentacules et se nourrissent ainsi de micro-organismes.

Colonie de gorgone pourpre dans les calanques marseillaises (photo © H Thédy / Parc national des Calanques)

Ces colonies qui tapissent le talus continental en Méditerranée occidentale ont une croissance excessivement lente de l’ordre de 2 à 3 cm par an, mais leur longévité peut atteindre une cinquantaine d’années. Elles forment ainsi une véritable forêt sous-marine qui, à l’instar des grandes barrières de corail qui ceignent les atolls polynésiens, constituent un biotope particulièrement favorable, servant de refuge à une grande variété d’espèces sous-marines. On considère ainsi que pas moins de 15 à 20 % des espèces connues en Méditerranée se concentre à proximité de ces forêts de gorgones, ce qui explique que les plongeurs en soient aussi friands.

Justement, depuis un mois maintenant, les plongeurs ne cessent de multiplier les alertes, constatant avec désespoir que les gorgones de Méditerranée commencent par se nécroser, blanchissent et deviennent cassantes puis finissent par mourir sur pied. Les chercheurs du Parc national des Calanques et de nombreuses associations locales dont Septentrion Environnement, qui œuvre pour la sauvegarde des richesses sous-marines de la Méditerranée, se relaient pour inspecter l’ensemble des spots où ces gorgones sont particulièrement développées.

Un plongeur inspecte des gorgones en train de dépérir dans le Parc national des Calanques (photo © Olivier Bianchimani / 20 minutes)

Et partout le constat est le même : un véritable spectacle de désolation, comme lorsque, au lendemain d’un feu de forêt, on inspecte avec tristesse et dans un silence de mort, le sol couvert de cendre et les moignons noircis de ce qui était la veille encore une magnifique forêt verdoyante, bruissant du chant des oiseaux.

De nombreux prélèvements ont été réalisés pour analyser en laboratoire les causes sans doute multiples de ce véritable massacre qui s’est produit en l’espace de quelques semaines et qui a déjà décimé, selon les premières estimations, 90 % des colonies de gorgones dans les Calanques et plus largement depuis la Côte bleue jusque sur les rivages du Var. Plusieurs facteurs peuvent en effet se combiner pour expliquer cette mortalité inhabituelle : processus biologiques complexes, modification du microbiote associé, survenue d’agents pathogènes, facteurs génétiques de résistance plus ou moins grande au stress thermique, etc.

Prélèvement de gorgones jaunes Eunicella cavolinii pour analyse génétique (photo © T. de Bettignies / MNHN)

Mais la raison principale de ce dépérissement soudain est d’ores et déjà parfaitement identifiée et ne fait aucun doute pour les scientifiques. C’est bien une fois de plus le réchauffement climatique qui en est le responsable, car les gorgones sont extrêmement sensibles aux variations de température. Or cet été, la température de l’eau sur nos côtes méditerranéennes a atteint des records jamais enregistrés, jusqu’à 27 °C à 30 m de profondeur ! C’est trop pour les gorgones qui ont littéralement séché sur pied…

Ce n’est certes pas la première fois que de telles canicule sont observées dans nos régions et l’on avait déjà constaté des épisodes sévères de dépérissement des gorgones pourpres dans les aires marines protégées de Méditerranée où elles font l’objet d’un suivi scientifique, notamment en 1999, 2003, 2006 et 2009, justement à l’occasion de périodes marquées par de fortes canicules prolongées.

Mais lors de ces épisodes antérieurs, le taux de mortalité n’avait guère dépassé 10 à 15 %, ce qui permet une survie des colonies. Il n’en sera peut-être pas de même après cet été 2022 excessivement meurtrier… Sachant qu’il faut une cinquantaine d’années pour reconstituer une colonie ainsi décimée, il est probable que l’on n’est pas près de revoir le doux frémissement des ramures pourpres de gorgones sur les tombants des Calanques, d’autant que toutes les modélisations annoncent une accentuation de la fréquence et de la sévérité des épisodes de canicules dans les années à venir : on commence à assister aux premiers effets probablement irréversibles du changement climatique…

L. V.

Philippe Echaroux enchante la montagne

12 septembre 2022

Le photographe marseillais Philippe Echaroux n’en finit pas de faire parler de lui. Nous avions déjà évoqué sur ce blog ses œuvres aussi spectaculaires qu’éphémères qui revêtent souvent un caractère engagé voir pédagogique. Devenu une véritable référence mondiale en matière de street art 2.0, en remplaçant les bombes de peintures qui dégradent durablement les murs tagués malgré eux, par un vidéoprojecteur surpuissant, il n’hésite pas à afficher sur les façades de Marseille, de La Havanne, de New York ou de Venise ses slogans humoristiques, profonds ou provocateurs.

Projection de Philippe Echaroux sur le Cap Canaille (source © Philippe Echaroux)

Mais Philippe Echaroux est aussi un artiste engagé qui embrasse de multiples causes. Celles des enfants des rues de Calcutta comme celle de la déforestation qui menace la forêt amazonienne. Après avoir projeté un portrait géant de Zinédine Zidane sur le pignon aveugle d’une maison marseillaise de la Corniche, Philippe Echaroux s’est rendu en 2016 au fin fond de la forêt amazonienne pour y rencontrer des représentants d’un peuple indien méconnu, les Suruis, au contact de la civilisation occidentale depuis une cinquantaine d’années seulement, et aux prises avec la déforestation qui menace leur écosystème millénaire.

Projection dans la forêt amazonienne d’un visage Surui (source © Philippe Echaroux / Destimed)

Ses portraits de membres de la tribu Suruis, projetés de nuit sur les immenses arbres qui les entourent créent un univers onirique des plus étranges qui a beaucoup amusé les Indiens assistant à la genèse et à la mise en œuvre de ce projet artistique pour le moins original. Mais cette œuvre éphémère dont les photographies témoins ont été exposées dans une galerie parisienne fin 2016, sont avant tout un acte écologique militant. Celui d’un artiste qui cherche à convaincre par l’émotion esthétique que la défense de la forêt amazonienne est une condition de la survie de l’humanité, et pas seulement des quelques tribus qui y vivent en symbiose avec le milieu naturel.

Projection de Philippe Echaroux sur les arbres de la forêt amazonienne (source © Philippe Echaroux)

« Derrière chaque arbre déraciné, c’est un homme qui est déraciné ». Tel est le message fort que cherche à faire passer Philippe Echaroux à travers ce projet spectaculaire. Et il entreprend la même démarche pour attirer l’attention sur la fonte inexorable des glaciers alpins, n’hésitant pas à crapahuter de nuit avec un guide de haute montagne, sur ce qu’il reste de la Mer de glace pour projeter sur le monde minéral qui l’entoure ses messages d’alerte sur cette glace qui hurle en fondant comme une vulgaire boule de crème glacée entre les mains d’un gamin capricieux.

Projection de Philippe Echaroux sur la Mer de Glace qui fond désespéramment (source © Philippe Echaroux)

Car Philippe Echaroux est un vrai amoureux de la montagne et de ceux qui l’habitent. Alpinistes, gardiens de refuges, bergers d’alpage ou secouristes de haute-montagne, autant de figures auxquelles l’artiste marseillais a voulu rendre hommage dans une série de portraits géants qu’il a projeté au cours de l’été 2022 et jusqu’au 30 septembre, sur les façades de plusieurs villages du Parc des Écrins, dans les Hautes-Alpes, et de l’Oisans, en Isère.

Philippe Echaroux dans le massif des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

Une exposition in situ dans de petits villages de montage, qui attire les touristes de passages et les amoureux de la montagne, tout en rendant un hommage magnifique à ceux qui y vivent toute l’année. Photographe portraitiste reconnu, Philippe Echaroux sait mieux que personne rendre toute l’humanité de ces visages burinés par le soleil des longues courses en altitude et désireux de faire partager leur passion de ces paysages naturels dont l’accès se mérite par l’effort.

Projection sur une façade du village de Villar-d’Arène dans le Parc des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

On ne peut que saluer cette belle initiative qui vise à réenchanter ces paysages alpins et à valoriser cette pratique d’un alpinisme authentique et respectueux de la nature, tout en faisant appel à un art à la fois original, d’une beauté esthétique incontestable, minimisant son impact environnemental par son aspect éphémère et virtuel, mais en même temps porteur d’un message humaniste fort : bravo l’artiste !

L. V.

Un barrage pour fermer la Méditerranée ?

31 août 2022

Le détroit de Gibraltar, c’est cette porte étroite ouverte entre le Maroc et l’Espagne, par laquelle les eaux de l’Atlantique communiquent avec celle de la Méditerranée. Connue sous le nom de Colonnes d’Hercule dans l’Antiquité, elle doit son nom actuel à une déformation de l’Arabe Djebel Tariq, autrement dit, la montagne de Tariq, en référence au général Tariq ibn Ziyad, ce stratège militaire berbère qui, en avril 711, fit traverser ses troupes omeyyades pour partir à l’assaut de la péninsule espagnole.

Les côtes marocaines vues depuis le littoral espagnol à Gibraltar (photo © Pierre-Philippe Marcou / AFP / France TV info)

Large tout juste de 14 km dans sa partie la plus étroite, mais profond d’environ 800 m, ce détroit s’est ouvert il y a seulement 5,3 millions d’années, à la faveur d’une faille sismique qui s’est peu à peu élargie entre la plaque ibérique et le nord de l’Afrique. Il y a un peu moins de 6 millions d’années, à la fin du Miocène, la mer Méditerranée s’était en effet progressivement asséchée, sous l’effet conjugué de l’émergence d’un arc volcanique et de la glaciation alors en cours. Les apports d’eau des principaux fleuves méditerranéens (le Nil, le Rhône et le Pô notamment) étant insuffisants pour compenser l’évaporation de la Méditerranée, le niveau de celle-ci va baisser d’environ 1500 m ! Les cours d’eau côtiers voient leur lit s’inciser de plus en plus profondément, créent progressivement de véritables canyons à leur embouchure, dont les calanques sont les vestiges actuels.

A la fin du Miocène, la réouverture du détroit de Gibraltar se serait traduite par le déferlement assez brutal des eaux de l’Atlantique dans la Méditerranée alors quasi totalement asséchée et recouverte d’épaisses couches de sel. Une belle chute d’eau comme en rêvent tous les concepteurs d’ouvrages hydroélectriques ; Et d’ailleurs, justement, dès 1928, l’architecte allemand Herman Sörgel, projetait très sérieusement d’édifier un immense barrage hydroélectrique de 35 km de long et 300 m de hauteur à l’emplacement du détroit de Gibraltar, pour créer une dénivelée entre les deux masses d’eau et produire du courant.

Croquis du projet Atlantropa avec ses principaux ouvrages imaginés par l’Allemand Herman Sörgel (source © La marmite du 20e siècle)

Son idée, très utopique, était non seulement de fournir de l’électricité mais de baisser ainsi artificiellement le niveau de la Méditerranée, d’environ 100 m dans sa partie occidentale et même de 200 m dans sa partie orientale, grâce à deux autres ouvrages, également sources de production hydroélectrique, l’un formant un seuil entre la Sicile et les côtes tunisiennes, et l’autre barrant le détroit des Dardannelles pour retenir l’eau de la mer de Marmara. Un projet totalement pharaonique, baptisé du nom d’Atlantropa et que Sörgel défendra avec beaucoup d’enthousiasme jusqu’à sa mort en 1952, qui se serait traduit par l’assèchement de plus de 660 000 km² de terres ainsi gagnées sur la mer, soit plus que la superficie totale de la France.

Herman Sörgel avait pensé à tout, même à creuser un canal artificiel permettant de relier Venise, désormais loin dans les terres, ou à prolonger le canal de Suez autant que nécessaire. Il avait même prévu de doubler ce projet d’un gigantesque barrage hydroélectrique sur le fleuve Congo pour développer en parallèle ce continent désormais rendu plus accessible. Effrayé par la montée du nazisme et face à l’impuissance de la Société des Nations à réguler les conflits naissants, son idée était de rapprocher les pays européens (avec leurs possessions coloniales africaines d’alors) dans une communauté de destin liée à la mise en œuvre et à la gestion (par un organisme supranational) de ce vaste projet. Sörgel avait ainsi calculé que la construction du supercontinent nouveau exigerait de chaque membre de tels investissements que ces derniers n’auraient plus assez de moyens pour financer une guerre. Et en cas de menace d’un des pays membre, il suffirait pour le calmer de lui couper l’alimentation en électricité depuis la centrale de Gibraltar : redoutable !

Curieusement, les pays européens n’ont pas mis en œuvre le projet de Sörgel et ont préféré se faire la guerre… Mais voilà que l’idée d’ériger un barrage à Gibraltar revient sur le tapis, justifiée désormais par la montée du niveau des mers ! Aux dernières nouvelles, en 2016, le niveau de la Méditerranée s’était déjà élevé de 16 cm depuis le début du XXe siècle, et celui de l’Atlantique d’environ 31 cm, mais le mouvement est en train de s’accélérer et on s’attend désormais sur les côtes méditerranéennes à une élévation d’environ 30 cm d’ici 2050 et au moins 60 cm voire 1 m d’ici la fin du siècle…

Le détroit de Gibraltar vu du ciel (source © Article 19)

De quoi inquiéter sérieusement les populations des villes côtières qui se retrouvent ainsi exposées à une érosion accrue à chaque nouvelle tempête. Chacune entreprend ainsi des travaux de plus en plus titanesques, érigeant pour se protéger des digues toujours plus hautes, des épis en enrochements et même, comme à Venise, des systèmes de portes pour se protéger de la mer. Une course contre la montre aussi coûteuse que vaine, que certains imaginent donc désormais de remplacer par des investissements communs, un peu comme l’avait proposé Herman Sörgel en son temps…

Et l’on voit donc resurgir l’idée d’un barrage à Gibraltar, pour protéger de manière globale la Méditerranée contre l’élévation du niveau moyen des océans. C’est notamment le biologiste marin, Alexandre Meinesz, qui, dans son dernier ouvrage intitulé Protéger la biodiversité marine, publié aux éditions Odile Jacob, s’inquiète des effets dévastateurs sur la flore et la faune méditerranéenne de l’augmentation de la température mais aussi de l’acidité de l’eau, sous l’effet de nos émissions de gaz à effet de serre.

Alexandre Meinesz et son dernier ouvrage (source © Twitter / La Terre au Carré)

Il propose, pour y remédier, d’édifier en travers du détroit de Gibraltar un barrage muni d’écluses pour la navigation, afin de réguler les apports de l’Atlantique de manière à compenser l’évaporation tout en maintenant le niveau de la Méditerranée à celui du siècle dernier, c’est à dire 20 cm en dessous de sa cote actuelle. Le raisonnement n’est pas absurde puisque cela permettrait d’économiser d’innombrables ouvrages de protection disséminés tout le long du littoral et sans cesse rehaussés dans une course perdue d’avance contre le réchauffement climatique. Il faudrait d’ailleurs prévoir aussi un dispositif similaire au niveau du canal de Suez pour limiter l’intrusion des eaux de la mer Rouge.

Ha-Phong Nguyen a planché pendant son master sur la faisabilité d’un barrage à Gibraltar (source © EPFL)

En 2014, un jeune élève-ingénieur de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Ha-Phong Nguyen, a étudié la faisabilité d’un tel projet, prévoyant d’implanter un barrage dans la partie la moins profonde du détroit de Gibraltar, longue de 27 km et qu’il suffirait de fermer partiellement pour maintenir le niveau actuel de la Méditerranée malgré l’élévation attendue de l’Atlantique, tout en laissant le passage sur 1 km pour la navigation et la faune marine. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage permettrait, en accélérant les courants, de produire autant d’électricité qu’une petite centrale nucléaire…

Un projet repris en 2016 par Jim Gower, de l’Institut des sciences de la mer du Canada, qui publiait dans la revue Natural Hazards le fruit de ses études, estimant le coût d’un tel ouvrage de 25 km de long, implanté à 284 m sous la mer, à la bagatelle de 45 milliards d’euros.

Exemples de réalisations actuelles de plus de 30 km de long dont s’est inspiré l’étude sur la fermeture de la mer du Nord, respectivement en Corée du Sud et aux Pays-Bas (source © Bull. of the American Meteorological Society)

De quoi titiller l’esprit inventif de nos voisins hollandais toujours à l’affût d’un projet d’aménagement hydraulique et inciter le docteur Sjoerd Groeskamp, océanographe à l’Institut royal néerlandais pour la recherche en mer, à publier en février 2020 avec son collègue suédois Joakim Kjellson de GEOMAR, dans le Bulletin of the American Meteorological Society, une étude imaginant cette fois la construction de 2 barrages : l’un de 161 km de long entre les côtes bretonnes et le sud de l’Angleterre, et l’autre de 475 km entre le nord de l’Écosse et les côtes norvégiennes. Ces ouvrages permettraient d’empêcher l’élévation du niveau de la mer du Nord et de protéger ainsi les côtes, souvent très urbanisées, de tous les pays concernés, pour la modique somme de 250 à 500 milliards d’euros, soit à peine 0,1 % du PNB de l’ensemble de ces pays sur 20 ans : qui a dit que l’adaptation au changement climatique allait nous coûter cher ?

L. V.

Les Français, ignares en matière de changement climatique ?

27 août 2022

En matière de politique publique, l’adhésion des populations est un point essentiel, surtout dans un pays comme la France qui se targue de démocratie et où la mauvaise humeur du peuple a plus d’une fois conduit nos responsables politiques à une piteuse reculade, voire à une fuite éperdue lorsque la révolte devenait trop violente…La crise des gilets jaunes, fin 2018, tout comme celle des bonnets rouges en 2013, sont là pour nous rappeler que l’esprit insurrectionnel n’est jamais très loin lorsque le gouvernement s’attaque à certains sujets qui fâchent.

Manifestation des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre 2018 (photo © AFP / La Dépêche)

C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’extrême prudence de nos dirigeants, voire leur frilosité que beaucoup jugent excessive, à imposer des mesures qui permettraient de lutter plus efficacement contre l’aggravation du changement climatique et ceci malgré l’urgence de la situation. L’été 2022, comme plusieurs autres ces dernières années, vient pourtant encore nous rappeler que le réchauffement climatique global n’est pas qu’une lubie de spécialiste mais a des effets désormais bien visibles sur notre vie quotidienne.

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 personnes tirées au sort dans un échantillon représentatif de la population française, avait mené à bien un travail intense de débats et de réflexion et établi une série de 149 propositions de bon sens, destinées à adapter nos modes de consommation, de production, de déplacement, de nourriture et de logement, en vue de limiter notre impact climatique et se donner une chance de ne pas trop dépasser les seuils au-delà duquel on sait d’ores et déjà que le réchauffement global risque de conduire au chaos généralisé.

Intervention d’Emmanuel Macron lors de la Convention citoyenne pour le climat (photo © Lemouton / SIPA / 20 minutes)

Mais le gouvernement, qui s’était engagé à ce que ces propositions soient soumisse « sans filtre » à adoption directe ou à référendum, s’est bien vite empressé de remiser ce brûlot au fond d’un placard, estimant manifestement que l’opinion publique n’était pas prête à mettre en œuvre des mesures pourtant identifiées comme nécessaires par un groupe de citoyen lambda pour peu qu’il prenne la peine de creuser un minimum le sujet.

De fait, une étude récente, publiée le 27 juin 2022 par l’OCDE, vient conforter cette impression que la population française dans son ensemble est loin d’être convaincue par la nécessité de prendre des mesures volontaristes pour tenter de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre. Certes, les pseudo-scientifiques climato-sceptiques à la Claude Allègre ont désormais quasiment disparu du paysage médiatique et les médias eux-mêmes peuvent difficilement se voir reproché de ne pas en faire assez sur le problème de la perte de biodiversité et sur les effets délétères du changement climatique.

Comment concilier politiques climatiques et justice sociale ? Un dessin signé Notto

Cette vaste enquête de l’OCDE a été menée auprès de plus de 40 000 citoyens du monde entier, issus de 20 pays différents, les plus concernés puisque émettant à eux seuls de l’ordre de 72 % des gaz à effet de serre de la planète. Et ses résultats sont assez consternant pour les Français qui se classent parmi les plus climato-sceptiques, au-delà même des États-Unis ou de l’Australie. Malgré tout le battage médiatique auquel nous sommes soumis, seule une petite moitié des Français (57 %) se dit effectivement persuadée de l’existence d’un lien entre le réchauffement climatique observé et l’activité humaine ! Pire encore, 12 % des Français se disent même convaincus que le réchauffement climatique est une pure chimère… Par comparaison, 84 % des Chinois et des Japonais ont parfaitement intégré ce lien entre activité humaine et changement climatique, de même que 80 % des Espagnols et des Anglais. En France, manifestement, la vulgarisation des sujets scientifiques a encore des marges de progression…

Selon cette enquête, plus de 80 % des Français ont bien intégré que le réchauffement climatique allait se traduire par une aggravation des périodes de sécheresse et une montée du niveau de la mer, même si cette proportion est plutôt de l’ordre de 90 % dans bon nombre de pays, voire supérieure en Indonésie par exemple. Mais curieusement ils ne sont pas moins de 63 % à penser que ce changement climatique est lié à des éruptions volcaniques plus fréquentes ! Force est de constater que la plupart des Danois, des Allemands ou même des Sud Coréens sont, ce ce point de vue, nettement moins crédules que nous…

Des stratégies personnelles liées à une mauvaise compréhension des mécanismes du changement climatique… Un dessin signé Wingz

Quant à déterminer les facteurs qui permettent de caractériser la source des gaz à effets de serre (GES) responsable de ce changement climatique, les Français sont systématiquement ceux des pays développés qui fournissent le plus fort taux de mauvaises réponses. Ainsi ils ne sont que 72 % à avoir intégré que produire de la viande de bœuf émet davantage de GES que produire des pâtes ou du poulet. Seuls 62 % des Français interrogés sont en capacité d’affirmer que l’empreinte environnementale de l’avion est supérieur à celle du train ou du bus. Et seuls 50 % ont compris que l’émission de GES de l’énergie nucléaire était inférieure à celle du gaz ou du charbon : étonnant dans un pays champion du monde du recours à l’électricité d’origine nucléaire et dont le gouvernement se bat pour tenter d’imposer cette réalité à ses voisins européens…

Dans un autre registre, un Français sur deux ignore que les USA sont le pays du monde qui émet le plus de GES par tête d’habitant et 40 % d’entre eux ne savent pas que c’est la Chine qui est le plus gros émetteur mondial de GES. Un niveau d’information aussi faible sur un sujet dont on nous rebat pourtant les oreilles à longueur de journée interroge de fait sur la capacité de notre pays à prendre les décisions qui s’imposent en la matière et surtout à les faire accepter par l’opinion publique. Nombre de scientifiques se sont d’ailleurs émus de ce constat, parmi lesquels François Gemenne, spécialiste des questions de migrations environnementales et climatique qui déplore qu’en France, la science soit devenue « affaire de croyance et d’opinion politique, ce qui est dramatique pour la démocratie ».

Toute l’ambiguïté de la lutte contre le changement climatique, un dessin d’Alexandre Magnin

Pas très rassurant en effet quant à l’acceptation collective de politiques publiques plus volontaristes en matière environnementale, d’autant que, sur ce point, les Français rejoignent les autres, comme le souligne l’OCDE qui constate que « dans tous les pays, le soutien aux politiques climatiques dépend des perceptions des citoyens concernant trois facteurs clés : l’efficacité perçue des politiques en matière de réduction des émissions, leur impact distributif présumé sur les ménages à faibles revenus (préoccupations en matière d’inégalité), et leur impact direct anticipé (gains et pertes) sur le revenu disponible du ménage ». Autrement dit, chacun est d’accord pour s’investir mais à condition que cela soit efficace, que l’effort soit équitablement réparti et que les conséquences sur son pouvoir d’achat et son niveau de confort personnel soit minimes. Une équation pas si facile à résoudre…

L. V.

Sécheresse et canicule : mieux vaut en rire…

25 août 2022

L’été 2022, tout comme celui de 2018 dernièrement, restera dans les annales pour ces périodes successives de canicule, ces incendies de forêts spectaculaires, y compris dans des régions de l’hexagone habituellement épargnées, ces fontes de glaciers et ces inondations brutales, de quoi convaincre les derniers sceptiques que les effets du changement climatique ne sont pas seulement une chimère de scientifique en mal de notoriété. Et encore, l’été est loin d’être terminé…

Canicule et sécheresse auront en tout cas bien alimenté nos médias ces derniers mois, et abondamment inspiré les dessinateurs de presse talentueux qui ont l’art de mettre en perspective les événements les plus dramatiques, partant du principe qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer : petit florilège…

L. V.

Canicule : une opportunité pour les affaires… Un dessin signé Ganaga (source © Blagues et dessins)
Sécheresse : le drame des agriculteurs… Un dessin signé Kavar (source © Pinterest)
Un été marqué par la canicule et des feux de forêts sur tout le territoire : un dessin signé Bauer (source © Le Progrès)
Et pendant ce temps, les glaciers alpins continuent à fondre… Un dessin signé Pitch (source © Twitter)
Attention aux personnes vulnérables : humour noir signé Chimulus (source © Urtikan)
Même l’actualité judiciaire est suspendue à la météorologie… Un dessin signe Alex (source © L’Union)
Les médias n’en font-ils pas un peu trop parfois ? Un dessin signé Tesson
Heureusement, le Chef de l’État est particulièrement investi… Un dessin signé Man (source © Fidjie Fidjie)
Le bon côté de la canicule, en attendant pire… Un dessin de Patrick Chapatte

Isowat : c’est la ouate qu’ils préfèrent…

23 août 2022

Pendant (trop ?) longtemps, les Français, comme du reste une bonne partie des pays occidentaux, ont trouvé bien commode d’expédier à l’autre bout du monde les matériaux recyclables issus du tri (plus ou moins) sélectif de nos déchets, tout en important massivement l’essentiel de nos produits de consommation, désormais fabriqués quasi exclusivement dans les pays asiatiques à faible coût de main d’œuvre.

Un dessin de Patrick Chapatte, à la sauce française… (source © China Hegemony)

Sauf que la Chine ne veut plus servir de poubelle du monde et refuse désormais d’importer la plupart de nos déchets. Et sauf que ce modèle de partage à l’échelle mondiale entre ceux qui produisent et ceux qui consomment, a atteint ses limites. La pandémie de Covid19 a fait prendre conscience à certains de nos responsables politiques, bien peu clairvoyants jusque-là, à quel point cette dépendance complète de nos approvisionnements même les plus vitaux avait rendu notre pays vulnérable.

Les industriels eux-mêmes commencent à percevoir les dangers d’une telle stratégie de délocalisation à outrance : explosion des contrefaçons, guerre des approvisionnements pour l’accès aux matière premières, difficulté à maîtriser la qualité de production, retard de livraisons, renchérissement et coût écologique considérable du transport massif par porte-containers géants (même si ce poste fait la fortune de certains à l’image de la CMA-CGM et de son patron, Rodolphe Saadé), sans même parler du coût social colossal du chômage de masse qui en résulte en Europe…

La délocalisation, une lubie du capitalisme mondialisé : un dessin du regretté Tignous (source © Agora vox)

Bref, l’heure pourrait être enfin à la relocalisation d’une partie de notre production, en particulier dans le domaine de la transition écologique qui semble un marché prometteur, maintenant que l’on commence (enfin !) à prendre conscience de la nécessité et de l’urgence de prendre des mesures pour réagir contre ce fléau provoqué par l’Homme.

L’isolation thermique des bâtiments constitue, de ce point de vue, une incontestable priorité, justifiée non seulement par l’importance de son impact sur le réchauffement climatique mais aussi par la nécessité d’économiser nos approvisionnements énergétiques largement importés. Les bâtiments, du fait de la déperdition de leur énergie, constituent en effet dans notre pays la deuxième principale source d’émission des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, derrière le transport routier, quand même… Un foyer français consacre en moyenne 60 % de ses dépenses énergétiques pour simplement chauffer et climatiser son logement, ce qui en fait un poste majeur de notre consommation nationale en électricité, gaz, fuel et charbon. Et en ces temps de tension internationale sur le prix des matières premières énergétiques, l’argument économique a souvent plus de poids que celui de l’impact environnemental…

Déperdition thermique : nos maisons largement responsables du réchauffement climatique… (source © La maison Saint-Gobain)

Toujours est-il que les choses bougent (enfin !) sur le front de l’incitation à isoler les bâtiments. Dès le 25 août de cette année 2022, la loi Climat et résilience, adoptée en 2021, interdit désormais d’augmenter le loyer des logements classés dans la catégorie F ou G à l’issue du diagnostic de performance énergétique. A compter du 1er septembre 2022, ce diagnostic, dont les modalités ont été revues, devient obligatoire pour vendre des biens de ce type, considérés comme des passoires thermiques. Et à partir du 1er janvier 2023 il deviendra carrément interdit de mettre en location des logements consommant plus de 450 kWh/m² par an, en énergie finale. Une mesure qui sera étendue à partir de 2025 à l’ensemble des logements de classe G (au delà de 420 kWh/m² par an), puis, à compter de 2028 à ceux de classe F, avant d’être appliquée aussi aux classes E, mais pas avant 2034.

Un dessin signé Erik Tartrais (source © Ville de Saint-Quentin en Yvelines)

La démarche peut paraître particulièrement prudente et progressive mais son impact ne sera pas négligeable et inquiète d’ailleurs fortement les propriétaires, notamment les bailleurs sociaux, qui vont devoir se lancer dans de gros chantiers d’isolation thermique de leur parc. Pour la seule mesure applicable dès 2023, ce sont déjà pas moins de 90 000 logements qui pourraient être concernés en France selon le Ministère, tandis que le nombre de logements actuellement de classe G est estimé à 600 000 (et le double pour ceux de classe F !)…

Isolation de combles à base de ouate de cellulose (source © Isowat Provence / Fundtruck)

Face à de tels enjeux, les industriels s’organisent et on ne peut que saluer, parmi d’autres cette initiative de la société Isowat Provence, créée en 2018 par Cyril Coillot à Aix-en-Provence, un ancien spécialiste de la gestion des déchets chez Veolia. Associé avec un fabricant de savon, il s’est mis en tête de développer un isolant thermique en ouate de cellulose, entièrement à base de matériaux recyclés. Papiers, cartons, journaux et magazines, récupérés dans les poubelles jaunes ou auprès des industriels et commerçants, font l’objet d’un procédé innovant de tri-optique de défibrage qui permet d’obtenir en entrée de processus une matière première de qualité, débarrassée de toute impureté, à partir de déchets ainsi recyclés, le tout en favorisant l’insertion professionnelle, credo des fondateurs de cette jeune start-up.

Isowat Provence, un projet en devenir… ( source © Entrepreneurs pour la Planète)

Celle-ci a bénéficié depuis 2018 d’un soutien par les pouvoirs publics, dont la Région PACA et l’ADEME et est en recherche d’un partenaire industriel pour lancer une première chaîne de fabrication permettant de valoriser localement 8000 tonnes de déchets par an pour produire jusqu’à 600 000 m² de surfaces isolantes, sans consommation d’eau, faisant ainsi d’une pierre plusieurs coups : recyclage de déchets sans les exporter à l’autre bout de la planète, création d’emploi et développement d’une filière de production locale de matériaux biosourcés à faible impact écologique, nécessaires pour accompagner les besoins d’isolation thermique de nos logements. Assurément un beau projet, mais qui reste encore à concrétiser jusqu’au stade industriel : à suivre…

L. V.

Mais où sont passées les cigales de Provence ?

16 août 2022

Ah, vous aussi, vous l’avez remarqué ? En ce début de mois d’août pourtant remarquablement ensoleillé, on n’entend guère les cigales à Carnoux-en-Provence et dans les environs. De temps en temps, l’oreille attentive perçoit la stridulation caractéristique d’une cigale mâle (car chez les cigales, contrairement à d’autres espèces, sans vouloir viser personne en particulier, seuls les mâles se font entendre, les femelles étant d’une discrétion absolue…). Mais globalement, nos chaudes après-midi de ce mois d’août sont d’un calme inhabituel : une véritable incitation permanente à la sieste. Mais où sont donc passées les milliers de cigales qui bruissent habituellement dans une cacophonie pittoresque que tous les nordistes nous envient ?

La cigale grise de Provence sur un tronc de pin (source © Quel est cet animal ?)

Encore une fois, le coupable est tout trouvé : le changement climatique ! Comme d’habitude aurait-on presque envie d’ajouter… C’est devenue une vraie litanie, un peu comme le médecin de Molière qui, à chaque symptôme qu’on lui décrit, s’écrit « Le poumon ! ». Mais c’est malheureusement une réalité : le changement climatique est bien la raison principale qui explique que les cigales soient si étrangement silencieuses en cet été provençal.

En cherchant bien, ou pourrait certainement lui trouver un complice, l’autre fléau de nos temps modernes qui est en train de s’allier à son comparse pour donner à notre XXe siècle un petit air d’apocalypse à donner le frisson. Avec le changement climatique, la perte de biodiversité est en effet en train de se rappeler à notre bon souvenir de fourmi besogneuse qui a force de défricher, travailler la terre à coups de pesticides, de construire un peu partout et de creuser ses galeries à travers le monde entier pour y extraire du minerai, du gaz et du pétrole, non seulement a fini par dérégler irréversiblement le climat de la planète, mais est en passe de faire disparaître massivement la plupart des espèces animales et végétales qui la peuplent et dont les habitats naturels se réduisent comme peau de chagrin.

Le traitement des vignobles à coup de pesticides contribue à la perte de biodiversité (photo © Fred Speich / La Provence)

De fait, la disparition progressive des garrigues pour laisser place au béton de nos lotissements et aux plantations de vignes laisse de moins en moins de place aux insectes locaux comme au reste de la faune sauvage en voie de disparition accélérée. Mais dans le cas des cigales, cette menace est encore accrue par l’effet des traitements phytochimiques mis en place pour protéger certaines cultures, en particulier le vignoble attaqué par une cicadelle qui cause la flavescence dorée. Cette maladie, qui connaît depuis les années 1980, une forte recrudescence à caractère pandémique, a conduit les autorités sanitaires à rendre les traitements préventifs obligatoires, sous peine de sanctions ! Des traitements à base de produits chimiques de type pyréthrines et pyréthrinoïdes notamment, mais dont les effets secondaires sur une partie de la faune locale sont terribles, en particulier pour les cigales qui sont justement des cousines éloignées de la cicadelle dorée, des homoptères de la famille des cicadidae, de ces insectes suceurs qui se nourrissent exclusivement de la sève des végétaux avec leur drôle de museau en forme de paille.

Comme chacun sait, sauf peut-être un certain La Fontaine, les cigales passent l’essentiel de leur existence sous terre, à l’état de larve, à se nourrir de la sève des racines de végétaux. Une espèce de cigale américaine, au doux nom de Magicicada septendecim, patiente ainsi jusqu’à 17 ans à manger les pissenlits par la racine avant de voir enfin le jour, de muer rapidement sous les premiers rayons de soleil du mois de mai puis de se reproduire pendant l’été, tout en stridulant joyeusement, produisant un son qui peut atteindre 100 décibels, de quoi rivaliser avec une bonne discothèque. Mais après avoir « chanté tout l’été », la cigale meurt rapidement.

Éclosion en masse de cigales « zombies » aux USA, après 17 ans passés sous terre (source © OVNI-vidéos)

Et il en est de même pour ses cousines provençales, dont on dénombre une bonne quinzaine d’espèces, sur les quelques 4500 dénombrées de par le monde, la cigale étant connue sur Terre depuis pas moins de 365 millions d’années, bien avant l’homme qui n’y est apparu qu’il y a 3 ou 4 millions d’années et qui lui cause désormais tant de souci. Mais pour la cigale grise, la plus commune dans nos contrées, le cycle de vie souterraine est plus court, de l’ordre de 2 à 5 ans, si bien que chaque année des myriades de nouvelles larves de cigales viennent poindre à la surface de la terre au début de l’été, contrairement à ce qu’on observe sur la côte Est des USA notamment où les cigales ne se voient que par cycles, tous les 13 à 17 ans, un peu comme les nuées de criquets.

Exuvie de larve de cigale (photo © Jean-Pierre Lavigne / ONEM)

Mais une fois devenu adulte, le mâle n’a de cesse de se faire entendre pour attirer la femelle à féconder durant leurs quelques semaines de vie adulte qui leur sont accordées. Le terme de stridulation, souvent employé à tort par analogie avec le bruit que fait le criquet en frottant ses élytres, n’est d’ailleurs pas approprié pour la cigale qui rentre plutôt dans la catégorie des joueurs de cymbales. Le ventre du mâle est creux et fait office de caisse de résonance pour les deux grosses écailles qui se déforment, actionnées par l’action des muscles de l’animal, claquant d’un coup sec à chaque fois qu’elles passent de la forme convexe à la forme concave.

Une mécanique de précision mais qui demande, pour une bonne orchestration, de fonctionner à la température idéale pour disposer d’une élasticité adaptée, pas moins de 17 °C, mais pas plus de 36°C non plus. C’est la raison pour laquelle on n’entend pas les cigales les jours de pluie où à la fraîche. Mais c’est aussi pour cette raison qu’elles sont étrangement muettes cette années, durant les périodes de canicules où l’on a vu se succéder des températures extrêmes supérieures à 35°C pendant plusieurs jours de suite.

Une cigale mâle avec son ventre creux servant de caisse de résonance (source © Luberon)

Mais il y a une autre raison à cet étrange mutisme des cigales carnussiennes en ce mois d’août, alors que déboulent les hordes de touristes avide d’entendre leur musique si pittoresque. Du fait du réchauffement climatique, l’éclosion des œufs de cigales se fait désormais 10 à 15 jours plus tôt et c’est tout le cycle qui est en avance. Les larves sortent plus tôt de terre et la période de reproduction, qui incite le mâle à se montrer aussi bruyant pour faire son intéressant, débute donc plus tôt dans la saison. Au lieu de battre son plein pour le 15 août et même jusqu’en septembre, cette année, la fête est déjà finie pour bon nombre de cigales…

A ce compte, c’est toute la Provence qui risque de se retrouver orpheline de ces cigales qui font sa notoriété. On trouve déjà cet insecte de plus en plus au nord jusque dans la Drôme et du côté de Toulouse où il est en train de trouver des conditions climatiques plus adaptées à son mode de vie. Avec la poursuite du changement climatique et l’augmentation de la fréquence des périodes de sécheresse et de canicule qui nous attend, les cigales pourraient très rapidement disparaître complètement de notre écosystème provençal. Une disparition qui ne passera pas inaperçu, même pour le pékin moyen peu à l’écoute du monde des insectes qui nous entoure, car les cigales savent se faire entendre. Mais une disparition qui s’accompagnera de celle de milliers d’autres espèces animales plus discrètes, à l’image de notre biodiversité du quotidien en phase de mutation dramatique…

L. V.

La mer Morte est-elle menacée de mort ?

4 août 2022

Cléopâtre et la reine de Saba déjà l’avaient remarqué en leur temps : la mer Morte est particulièrement riche en sels minéraux et notamment en potassium, si bien que les boues issues de ses rives étaient déjà réputées pour leurs bienfaits thérapeutiques et cosmétiques dès l’Antiquité. Une tradition qui perdure et qui continue à drainer des milliers de touristes venus faire des cures thermales et surtout flotter comme un bouchon en faisant la planche tout en lisant le journal. Une capacité portante exceptionnelle liée à cette forte teneur en sels qui peut atteindre jusqu’à 340 g/l alors que celle de la Méditerranée ne dépasse pas 38 à 40 g/l et que celle de la mer Rouge atteint tout au plus 50 à 58 g/l. Aucun animal marin ni même les algues ne peuvent survivre dans un tel milieu, ce qui lui vaut d’ailleurs son nom de mer Morte…

Les eaux turquoise de la mer Morte, tellement salées qu’on y flotte sans peine (source © Get your guide)

Sauf que rien n’est totalement immuable et que la reine de Saba ne reconnaîtrait pas les rives de la mer Morte si d’aventure elle devait repasser par là… En l’espace de 50 ans, cette mer fermée a perdu un tiers de sa superficie, tout comme la mer d’Aral ou le lac Tchad, et son niveau baisse en moyenne de 70 cm par an, une baisse qui s’est encore accélérée depuis et peut atteindre jusqu’à 1,45 m par an ! En 1900, la surface de l’eau était à – 390 m sous le niveau des mers et elle se trouve désormais à – 426 m, soit une baisse de près de 40 m depuis…

Le lac de Tibériade et ses berges verdoyantes (photo © AFP / i24)

Bien entendu, le réchauffement climatique n’améliore pas la situation en augmentant les périodes de forte chaleur qui accentuent l’évaporation, la mer Morte n’étant que l’exutoire ultime du Jourdain, ce fleuve biblique issu du lac de Tibériade et dont les eaux viennent se perdre dans la mer Morte où elles s’évaporent naturellement. Mais la cause de cet assèchement brutal est principalement liée à l’activité humaine. Dans les années 1960, l’État d’Israël, en plein expansion a eu besoin d’énormes quantités d’eau pour alimenter ses colonies de peuplement et assurer la mise en culture du désert du Néguev. Un barrage a alors été construit au sud du lac de Tibériade et plus des trois-quarts de son débit est depuis purement et simplement détourné pour les besoins des Israéliens, ne laissant plus qu’un débit qui ne dépasse pas celui de la Seine à Paris !

Vue aérienne de la mer Morte en voie d’assèchement, avec à gauche la partie sud exploitée en bassins de décantation pour extraire la potasse (source © France TV Info)

Depuis lors, les apports du Jourdain ne suffisent plus à compenser l’évaporation de la mer Morte qui s’assèche à vue d’œil. En parallèle, Israéliens et Jordaniens se sont mis à exploiter la potasse contenue dans les eaux de la mer Morte pour en faire des engrais agricoles. Toute la partie sud de la mer Morte a été transformée en gigantesques bassins de décantation pour extraire le précieux minerai, ce qui accentue fortement la vitesse de réduction du plan d’eau qui rétrécit comme peau de chagrin.

En se retirant, la mer laisse des dépôts souterrains de sols riches en sels. Le ruissellement sur les rives vient dissoudre peu à peu ces poches souterraines de sels et on assiste depuis des années à d’innombrables effondrements qui viennent miner les berges : plus de 6000 cratères d’effondrement, dont certains atteignent plusieurs kilomètres de diamètre, se sont ainsi formés, transformant les abords de la mer Morte, en de nombreux endroits, en un paysage lunaire traversé de multiples crevasses, routes et infrastructures étant peu à peu englouties au fur et à mesure que la mer se retire et que les berges s’effondrent.

Cratères d’effondrement et recul du rivage sur les berges de la mer Morte (source © Pour la science)

Pour pallier cette situation catastrophique, personne n’envisage de réduire les prélèvements en eau dans une région qui en manque déjà cruellement. En 2006, sous l’égide de la Banque Mondiale, c’est un autre projet pharaonique qui a vu le jour, consistant à construire une immense usine de dessalement d’eau de mer sur les rives de la mer Rouge, puis à creuser un gigantesque canal à travers le désert pour conduire vers la mer Morte les saumures issues du traitement, espérant que ces eaux permettraient de réalimenter suffisamment le plan d’eau en cours d’assèchement.

Les bords de la mer Morte devenue un haut lieu du tourisme également fort gourmand en eau potable (photo © You matter)

Les études ont néanmoins permis de cerner les coûts pharamineux d’un tel projet estimé à près de 10 milliards de dollars, et surtout les risques écologiques majeurs induits. Il aurait fallu pomper l’eau à plus de 120 m de profondeur pour ne pas aspirer toute la vie organique excessivement riche associée aux récifs coralliens de la mer Rouge, et sans garantie que les saumures déversées dans la mer Morte ne viennent rapidement faire virer au blanc (du fait de précipités de gypse) ou au rouge (par suite du développement de micro-algues associées aux milieux lagunaires sursaturés) les eaux de la mer Morte réputées pour leur belle couleur turquoise… Par ailleurs, la canalisation souterraine de 180 km de long envisagée pour transporter les saumures vers la mer Morte risquait fort de se rompre en cas de séisme, fréquent dans la région, au risque de rendre définitivement impropre à tout usage la nappe souterraine exploitée le long de son tracé !

La ville israélienne d’Eilat et sa voisine jordanienne d’Aqaba, au bord de la mer Rouge (photo © Hadas Parush / Flash 90 / Times of Israel)

En juin 2021, les apprentis sorciers ont finalement renoncé au projet mais la Jordanie a alors annoncé officiellement qu’elle lançait le projet de construction d’une usine de dessalement sur les rives de la mer Rouge, dans le golfe d’Aqaba, afin de fournir au pays 250 à 300 millions de m³ d’eau potable par an d’ici 2026. Un projet chiffré à 1 milliard de dollars en comptant tout le réseau de distribution d’eau à réaliser, la ville d’Aqaba étant situé à l’extrémité sud du pays, à plus de 300 km de la capitale Amman… En parallèle, la Jordanie va tenter de limiter l’urbanisation sur les zones côtières et Israël envisage de taxer les industries minières pour freiner l’extraction de la potasse.

Reste à mettre en point le dispositif pour développer une usine de dessalement d’une telle ampleur en essayant de privilégier le recours à l’énergie solaire car les conditions d’ensoleillement sont idéales pour cela en Jordanie qui par ailleurs manque de ressources énergétiques propres et produit déjà 20 % de ses besoins énergétiques à base de renouvelable. A défaut de freiner l’évaporation des eaux de la mer Morte, le soleil contribuera du moins à favoriser l’approvisionnement des Jordaniens en eau potable…

L. V.

Restriction d’eau à Carnoux

28 juillet 2022

Le mois de juillet 2022 restera sans doute dans les annales météorologiques comme l’un des plus chauds que la France ait jamais connu. Il est en tout cas bien parti pour être le plus sec observé en France depuis 1958, selon un communiqué diffusé par Météo-France dès le 26 juillet. Il est tombé en moyenne 8 mm seulement entre le 1er et le 25 juillet : une misère ! C’est deux fois moins que durant tout le mois de juillet 2020, le plus sec jamais observé en France, pour lequel on avait enregistré un cumul annuel moyen de 16 mm sur le territoire national…

Le lit de la Loire à Ancenis en mai 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Certes, l’été est souvent une période plutôt sèche, surtout en climat méditerranéen, et ces pluies estivales ne servent guère à recharger les réserves, à une période où l’évaporation est forte et la végétation avide d’eau. Mais cette année, ce déficit pluviométrique couplé à de fortes chaleurs vient couronner une longue période de faibles précipitations. A tel point que le 26 juillet 2022, pas moins de 87 départements français étaient soumis, sur tout ou partie de leur périmètre, à des mesures préfectorales de restriction d’eau et de limitation de l’irrigation, auxquels s’ajoutaient 3 département placés en vigilance : du jamais vu à l’échelle nationale !

Carte des communes françaises soumis à des mesures de restriction de l’usage de l’eau au 27 juillet 2022 : vigilance en gris, alerte en jaune, alerte renforcée en orange et crise en rouge (source © Propluvia)

On trouve des départements en alerte renforcée jusque dans le Finistère ou les Vosges, régions pourtant habituellement plutôt réputées pour leurs paysages verdoyants. Quant aux départements classés en crise, on les retrouve quasiment sur tout le territoire national jusqu’en Normandie, en Bretagne ou dans le Val de Loire. Voies Navigables de France, qui gère 6700 km de rivières et de canaux constate ainsi que le taux de remplissage de ses réserves ne dépassait pas 60 % globalement début juillet, alors qu’à cette date ce taux tourne plutôt autour de 80 % en moyenne sur les 10 dernières années…

Carte de vigilance sécheresse dans le département des Bouches-du-Rhône au 22 juillet 2022 (source © DDTM 13)

Forcément, les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs le Var voisin où certaines communes voient leurs sources tarir, font partie de ces département en tension, du fait de cette situation de sécheresse inhabituelle. Sur l’ensemble du département, 85 communes ont été placées en état d’alerte et 31 en alerte renforcées tandis que 19 sont en état de crise, le niveau le plus élevé, qui se traduit par des restrictions d’usage fortes. Carnoux-en-Provence fait partie de ce dernier groupe, comme la totalité des communes du bassin versant de l’Huveaune, et ceci sans discontinuer depuis le 19 mai 2022, ce qui traduit bien l’ampleur inhabituelle de la situation hydrométéorologique de cette année.

Le lit de l’Huveaune quasi sec entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune dès le mois de mai 2022 (photo © C. Matias / La Provence)

Un tiers du cours de l’Huveaune est désormais totalement à sec et il devient donc vital de limiter autant que possible les prélèvements dans ce cours d’eau et ses affluents pour tenter d’y préserver un minimum de vie biologique. C’est pourquoi les différents arrêtés préfectoraux pris depuis le mois de mai restreignent de manière drastique les usages de l’eau sur ce bassin, interdisant tout prélèvement en nappe ou en rivière sauf pour des usages considérés comme vitaux.

Le lavage des voitures, le remplissage des piscines ou l’arrosage des espaces verts ou des jardins potagers sont interdits sauf de nuit, à partir de 20 h, et uniquement à partir de « ressources maîtrisée ». Une expression typiquement technocratique qui en réalité vient totalement dénaturer la réalité de ces restrictions. En effet, rappelons qu’à Carnoux-en-Provence comme sur la majeure partie du département, l’alimentation en eau ne se fait plus à partir de ressources locales mais par importation et transfert sur de longues distances de l’eau de la Durance et du Verdon, via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, selon un maillage désormais interconnecté.

Un dessin signé Na !

Par conséquent, les mesures de restriction décidées par les services de l’État sont assez symboliques puisqu’elles ne s’appliquent pas vraiment à l’usage de l’eau du robinet qui continue allègrement à couler, étant prélevée dans les Alpes, bien loin des zones où elle est consommée, jusque sur la presqu’île de Saint-Tropez. Comment dans ces conditions faire véritablement œuvre pédagogique en incitant tout un chacun à ne pas gaspiller cette ressource en eau inestimable en période de sécheresse et vitale pour maintenir la fonction biologique de nos cours d’eau ?

A partir du moment où il suffit de tourner le robinet pour bénéficier à très bas coût d’une eau de qualité quasiment inépuisable, pourquoi se préoccuper de maintenir dans le ruisseau de Carnoux comme dans le fleuve Huveaune, un débit d’eau suffisant pour permettre à nos cours d’eau de rester vivants toute l’année ? C’est bien là tout le paradoxe de notre système régional d’alimentation en eau qui repose sur un import massif d’eau prélevée sur d’autres bassins versants alpins très éloignés, au risque de puiser au-delà des capacités de ces derniers et sans même se rendre compte des impacts de nos prélèvements sur les besoins écologiques et économique de ces zones d’apport…

L. V.

Feux de forêts et fonte des glaciers, fléaux des temps modernes ?

24 juillet 2022

Pour les quelques récalcitrants qui n’auraient pas encore bien saisi les impacts concrets et désormais bien visibles du réchauffement climatique global en train de s’accélérer sous nos yeux, les récents épisodes climatiques de cet été 2022 pourraient peut-être avoir valeur pédagogique. Contribueront-ils à faire enfin réagir nos responsables politiques et, il faut bien le dire, la grosse majorité de nos concitoyens, qui semblent toujours faire comme si rien n’était ?

Un dessin de Gilles Macagno (source © Le Bien public)

Les alertes de tous les scientifiques ont beau se multiplier et les rapports du GIEC se succéder, chaque fois plus alarmants, rares sont ceux qui semblent avoir vraiment pris la mesure des changements climatiques radicaux en train de se produire sous nos yeux, à une vitesse probablement jamais observée sur la Terre, couplés, qui plus est, à un effondrement massif et tout aussi brutal de la biodiversité qui nous entoure…

En juin puis en juillet 2002, les températures ont atteint des records en plusieurs endroits du globe et notamment en France. Le 19 juillet 2022, on a par exemple enregistré 40,2 °C à l’aéroport londonien d’Heathrow, dans un pays habituellement plutôt réputé pour ses brumes et son crachin persistant. En France, dès le 16 juin, le thermomètre grimpait déjà à 40 °C dans l’Hérault, ce qui ne s’était jamais vu aussi tôt dans la saison. Le 18 juin, le mercure indiquait jusqu’à 43 °C dans le bassin d’Arcachon ! Et une semaine plus tard, rebelote avec une nouvelle vague de chaleur qui s’est amplifiée jusqu’au 18-19 juillet. La station de Biscarosse, dans les Landes, a ainsi battu ses records de température à deux reprises cet été, avec 41 °C en juin puis 42,6 °C en juillet ! Et c’est loin d’être la seule, celle de Nantes ayant battu de près de 2 degrés son précédent record qui datait de 1949… Même la ville normande de Dieppe a vu le thermomètre dépasser 40 °C en juillet 2022, tandis qu’il frôlait les 43 °C à Biarritz comme à Paris !

Pins brûlés le 26 mars 2022, sur le versant nord de la colline de Carnoux, au dessus de l’A50 (photo © CPC)

Avec de telles températures, pas étonnant que les feux de forêts aient été catastrophiques en ce début d’été 2022 qui est encore bien loin d’être terminé. Comme à l’accoutumée, la région PACA fait partie des victimes avec déjà 213 incendies recensés à cette date dans le seul département des Bouches-du-Rhône. A Carnoux même, un feu de forêt s’était déclaré dès le samedi 26 mars 2022, en bordure de l’autoroute A50, dans un secteur très escarpé où les pompiers avaient dû batailler pendant plusieurs heures avant d’arriver à fixer l’incendie attisé par un fort vent de mistral. Et bien d’autres départs de feux ont eu lieu depuis dans tout le département, notamment à Velaux début juillet, puis à Martigues, quelques jours plus tard, ou encore dans le massif de la Montagnette, pour le 15 juillet.

Feu de forêt dans les landes bretonnes des Monts d’Arrée, à Brasparts le 19 juillet 2022 (photo © Mathieu Rivrin / France 3 Régions)

Mais ce qui a surtout frappé les esprits cet été, c’est la localisation plus improbable de feux de forêts majeurs dans le nord de la Gironde ou encore dans les Monts d’Arrée, en Bretagne. Dans cette région de landes habituellement humides du Centre Bretagne, la canicule avait complètement desséché la végétation qui s’est embrasée en plusieurs endroits, probablement sous l’effet d’une mise à feu volontaire sur la commune de Brasparts, dans le Finistère, le 18 juillet 2022. Les pompiers ont dû lutter plusieurs jours avec une forte mobilisation pour venir à bout de ce feu qui a ravagé plus de 1700 hectares, du jamais vu dans cette région, même si des feux de ce type avaient déjà eu lieu, lors de la sécheresse historique de 1976.

En Gironde, ce sont deux incendies majeurs qui se sont déclarés dès le 12 juillet, l’un dans la forêt de Landiras, l’autre dans celle de La Teste de Buch, nécessitant l’évacuation de plus de 37 000 personnes et de plusieurs campings directement menacés sous les pins. Le 19 juillet, on recensait déjà plus de 19 000 hectares partis en fumée sur ces deux secteurs où les dégâts, matériels et écologiques, sont considérables.

Incendie en cours dans la forêt de la Teste de Buch, près de la dune du Pilat (photo © Guillaume Bonnaud / Sud-Ouest / Le Parisien)

Et voilà qu’en parallèle on observe aussi des mouvements inquiétants du côté des glaciers alpins qui soufrent directement des effets de la canicule. Chacun a pu voir les images effrayantes de la propagation de blocs issus de l’effondrement d’une partie du sérac du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, le dimanche 3 juillet 2022. La coulée de blocs et de glace a dévalé la pente à une vitesse prodigieuse, estimée à environ 300 km/h, balayant tout sur son passage et emportant plusieurs cordées d’alpinistes, faisant au moins 11 morts.

Un événement spectaculaire et plus fréquent qu’on ne l’imagine, à l’image de celui qui s’est produit une semaine plus tard au Kirghizistan, dans les gorges du Juuku, à l’ouest de la Chine et qui a été filmé par une cordée d’alpinistes britanniques. On y voit, là-aussi, une véritable avalanche de blocs et de neige dévaler la pente à une allure prodigieuse, parcourant une distance incroyable et remontant même sur le versant opposé où les observateurs, qui se croyaient bien abrités et filmaient goulûment la scène, se sont retrouvés brusquement enfouis sous une nuée de blocs lancés à pleine vitesse. Heureusement, ils ont pu s’abriter suffisamment pour n’écoper que de blessures et d’entailles non létales…

Avalanche issue de la fonte d’un glacier au Kirghizistan le 11 juillet 2022, filmée depuis le versant opposé par des alpinistes britanniques (source © YouTube)

Dans les dolomites en tout cas, le glacier de la Marmolada, qui culmine à 3.343 m d’altitude, avait enregistré un record de température avec 10 °C la veille de l’effondrement, ce qui n’arrive jamais à une telle altitude où la température reste toujours proche de 0 °C, même en plein été. A 2.000 m d’altitude, le thermomètre était même monté à 24 °C. Des conditions idéales pour faire fondre le glacier et en détacher d’énormes blocs, lorsque de l’eau se met à couler dans les interstices et sous la glace.

Point de départ de l’effondrement de sérac sur le glacier de la Marmolada, près de Punta Rocca, dans les Dolomites italiennes (photo © Soccorso alpino / MaxPPP / France TV info)

Ces conditions n’étaient pas limitées à ce secteur des dolomites puisqu’on a relevé également 10,4 °C au sommet du Mont Blanc, à 4.807 m d’altitude, le 18 juin 2022, du jamais vu ! Sur le versant autrichien aussi, les alpinistes ont constaté que début juillet, toute la neige qui recouvre habituellement le mont Sonnblick, lequel culmine à 3.105 m, avait déjà disparu alors qu’une telle fonte n’avait jusque-là jamais été observée avant le 13 août, lors de la précédente canicule de 2003. Autant d’indices qui confirment, s’il en était besoin, que nos glaciers alpins sont en sursis et ne devraient pas tarder à disparaître définitivement, les scientifiques estimant que celui de la Marmolada n’en a plus que pour 25 ou 30 ans au mieux.

Mais ces considérations ne semblent guère émouvoir ceux qui considèrent encore que tout ceci n’est qu’une élucubration de scientifiques déjantés à tendance écologiste et que rien surtout ne doit venir entraver notre business as usual : les Cassandre d’aujourd’hui ne sont pas plus écoutées que celles d’hier…

L. V.

Demain, la voiture 100 % solaire ?

2 juillet 2022

Tout le monde le sait désormais : d’ici quelques années, les voitures individuelles à moteur thermique, qu’elles soient essence ou diesel, ne seront plus que du passé, vestige d’une période révolue où l’abondance des ressources pétrolières avaient donné l’illusion d’une tout-puissance à moindre coût, au prix néanmoins d’une pollution, notamment en particules fines, de l’atmosphère de nos villes, et surtout d’un réchauffement climatique global que l’on sait désormais être irréversible. Le 8 juin 2022, le Parlement européen a ainsi voté à une large majorité l’arrêt à partir de 2035 de la vente de voitures thermiques neuves, qu’elles soient à moteur essence, diesel ou même hybride rechargeable !

Prototype de véhicule hybride Prius développé par Toyota et Sharp avec cellules photovoltaïques sur la carrosserie (source ©
Le Point)

Certes, d’autres pays comme la Chine ou les États-Unis, se sont fixés des objectifs moins ambitieux, visant plutôt une part de 50 % du parc de véhicules neufs en électrique ou à hydrogène. Mais l’on sent bien néanmoins que la tendance de fond, pour les véhicules individuels, est de tendre vers le tout électrique. Reste que tout dépend d’où vient l’électricité, et encore faudra-t-il installer les dispositifs de recharge nécessaire…

D’où l’engouement pour une technique alternative qui consiste à équiper les voitures de leurs propres panneaux solaires ! L’idée n’est pas nouvelle, comme d’ailleurs celle de la voiture électrique. Rappelons au passage que la première voiture française à moteur électrique, la Jamais contente, date de 1899 et atteignait alors la vitesse fabuleuse pour l’époque de 100 km/h… En 1912, un bons tiers des véhicules américains roulaient d’ailleurs à l’électricité, mais c’était avant le succès de la Ford T.

La Baker solaire de Charles Escoffery, avec ses panneaux solaires sur le toit (source ©
Hulton archive / Getty image / L’Usine nouvelle)

Dès 1955, un modèle réduit de voiture, la Sunmobile, équipée de cellules photovoltaïques prouve qu’un véhicule léger peut être actionné par l’énergie solaire. Cinq ans plus tard, l’Américain Charles Escoffery fait ainsi rouler la première voiture solaire, une ancienne Baker des années 1912, recouverte de 2,4 m² de panneaux solaires et qui se traîne à la vitesse de 32 km/h ! Enfin, en 1977, un professeur d’université de l’Alabama, construit la Bluebird, premier prototype de voiture solaire propulsée uniquement grâce à l’énergie de ses panneaux solaires. Dès lors, les progrès s’enchaînent et en 1982, les Australiens Hans Tholstrup et Larry Perkins réalisent la traversée complète du pays, soit 4000 km entre Perth et Sidney avec leur voiture solaire de course The Quiet Achiever, avant de fonder en 1987 une fameuse course de voitures solaires, The World Solar Challenge, pour susciter de nouvelles vocations.

Prototype de voiture solaire Sundae engagée par le Stanford Solar Car Project sur l’édition 2017 du World Solar Challenge en Australie (source © Challenges)

Ainsi, en 1985, la Sunrunner, voiture solaire sans batterie, atteint la vitesse de 66 km/h dans le désert de Mojave ! En 1987, c’est le Suisse Pierre Scholl qui se distingue en envoyant sa voiture solaire, La Sahara, parcourir une des étapes du Paris-Dakar. Les Suisses se prennent au jeu et en 1994, un bolide conçu par une école d’ingénieurs de Bienne atteint la vitesse de 127 km/h sans batterie, tandis qu’une concurrente solaire engagée dans le Tour de Sol se fait flasher à 88 km/h sur une route départementale…

En 2007, le Suisse Louis Palmer parcourt 52 000 km à travers le monde en 17 mois, au volant de son Solartaxi, un véhicule solaire à 3 roues, capable de transporter 2 passagers avec une vitesse de pointe de 90 km/h, tandis qu’en 2008, le Canadien Marcello Da Luz se lance dans un périple de 15 000 km au-delà du Cercle polaire avec son propre véhicule Power of One.

L’aventurier Raphaël Domjan, à bord du Solar Taxi au Canada en 2008 (source ©
Raphaël Domjan)

Le temps des premières commercialisations arrive dès 2006 avec l’Electric, du constructeur monégasque Venturi, une sorte de voiturette de golf avec panneaux solaires sur le toit, qui atteint 50 km/h en pointe pour une autonomie de 50 km. De son côté, une coopérative espagnole de Malaga, Evovelo, met sur le marché à partir de 2016, pour la modique somme de 4500 €, de petites voiturettes en bois aux formes courbes recouvertes de panneaux solaires flexibles et dont les performances sont sensiblement comparables.

Mö, la voiture-vélo solaire de l’Espagnol Evovelo, aux faux airs de 2-CV (source ©
Canal +)

Et voila que la société Ligthyear, aux Pays-Bas, vient de lancer sur le marché une luxueuse berline, la Ligthyear one, au prix de 150 000 €, fabriquée en Finlande. Recouverte de 5 m² de panneaux solaires, elle affiche une autonomie maximale de 725 km et peut gagner 12 km supplémentaires d’autonomie après une heure seulement garée au soleil, de quoi rentrer tranquillement chez soi après une journée de travail. Un concept adapté pour un grand nombre d’utilisateurs quand on sait que 95 % des trajets effectués quotidiennement en voiture ne dépassent pas 48 km ! Certes, le prix d’appel est un peu élevé pour ce premier modèle de luxe, mais Ligthyear a pour ambition de lancer la fabrication en série d’un nouveau modèle solaire dès 2024 pour moins de 20 000 €.

Modèle de Litghyear One avec sa carrosserie recouverte de cellules photovoltaïques noires (source ©
Europe 1)

Aux USA, la firme Aptera est également sur les rangs avec sa voiture du futur aux forme de coléoptère en matériaux composites, dont l’autonomie peut atteindre jusqu’à 1600 km, les panneaux solaires sur le toit apportant à aux seuls jusqu’à 66 km d’autonomie supplémentaire par jour. Les premières livraisons sont attendues fin 2022, à des tarifs compris entre 24 000 et 42 000 € pièce.

L’Aptera Luna, encore en cours de développement, avec ses étranges élytres (source © Automobile propre)

L’Allemand Sono Motors, quant à lui, s’apprête à commercialiser son modèle Sono Sion, un petit monospace qui devrait être vendu autour de 25 000 € et dont la carrosserie est recouverte de cellules solaires intégrées, ce qui permettra de recharger sa batterie lorsqu’elle roule ou qu’elle est garée au soleil, ajoutant jusqu’à 112 km d’autonomie supplémentaire par semaine, ce qui rend les recharges sur le réseau presque inutiles, en théorie et à condition d’éviter les parkings souterrains…

Sion, le prototype de la start-up allemande Sono Motors, avec ses panneaux solaires parsemés sur sa carrosserie (source © Renouvelle)

Peut-être verra-t-on demain, tous nos véhicules, poids-lourds y compris, recouverts de cellules photovoltaïques pour augmenter leur autonomie. Selon Sono Motors, un semi-remorque équipé d’une coque solaire en polycarbonate acquiert ainsi une autonomie supplémentaire sans recharge qui peut atteindre 30 à 55 km par jour, et ceci d’autant plus que l’efficacité des panneaux solaires ne fait que croître, ces derniers temps, atteignant désormais des rendements parfois supérieurs à 40 % alors que jusque-là, on se contentait plutôt de rendements classiques de 15 à 20 % ! Pas de doute, le futur est en marche et on roulera peut-être demain en privilégiant les jours de grand soleil…

L. V.