Archive for the ‘Carnoux’ Category

A qui son plus beau rond-point ?

15 février 2019

Ils fleurissent partout les ronds-points. Le moindre village en compte plusieurs : les uns très simples, en talus recouverts d’herbes sauvages, d’autres très sophistiqués, de vrais petits mausolées à la gloire de je ne sais qui, bâtis de bories, plantés d’oliviers centenaires, de vignes ou autres essences.

Celui des Barles, à l’entrée de Carnoux, avec sa vasque, n’avait pas à rougir ! Un petit rafraichissement aurait peut-être suffi. Mais non. On casse et on refait ! Coût : 52.000 € HT subventionné à 70 % par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Ce Conseil départemental, il est formidable ! C’est le vrai Papa noël des maires. Il les cajole en subventionnant à tire larigot des travaux dont on se demande parfois l’utilité et l’urgence.

Au moment où il faudrait investir massivement des fonds publics dans la transition énergétique, isoler tous les bâtiments publics et privés, développer les énergies renouvelables pour sauver la planète voilà une maigre consolation. Nous allons succomber au réchauffement climatique mais nous aurons dans chaque ville et village des milliers de beaux ronds-points tout neufs.

De surcroît, celui de Carnoux n’est même pas stratégique : aucun groupe de gilets jaunes n’a estimé utile de l’occuper !!

                                                                                                                      A. B.

Publicités

Tri sélectif des déchets : les mauvais élèves…

11 février 2019

Chaque année, les collectivités doivent présenter le bilan de la collecte et du traitement des ordures ménagères sur leur territoire. L’analyse des bilans pour l’année 2017, pour chacun des 6 Conseils de Territoires qui couvrent le périmètre de la Métropole Aix-Marseille-Provence, est désormais accessible et ne manque pas d’enseignement. Merci à Jean Reynaud qui a pris le temps de les analyser car leur observation ne manque pas d’intérêt pour tout citoyen un peu curieux !

Collecte des bacs en porte à porte sur le territoire de MPM (source : MPM)

Si l’on s’intéresse ainsi aux déchets collectés de manière séparative en vue de leur recyclage ou de leur valorisation, on constate que la quantité moyenne collectée en 2017 a été de 37,1 kg par habitant dont près des deux-tiers dans les points d’apport volontaire, les grands containers mis à disposition de chacun sur la voie publique pour y déposer le papier, le verre et les emballages, et le reste via la collecte en porte à porte dans les poubelles jaunes.

Globalement, la collecte via les points d’apport volontaires semble relativement stable d’une année à l’autre. En revanche, la collecte sélective en porte à porte ne cesse de diminuer. Ainsi sur le seul territoire des 18 communes de MPM, le tonnage récolté atteignait 12 000 t par an en 2011 alors qu’il dépasse à peine 11 000 t en 2017. On pourrait penser que les Français sont de plus sensibilisés à la nécessité de trier leurs déchets mais ce n’est manifestement pas le cas dans l’agglomération marseillaise, ce qui ne laisse pas d’interroger sur l’efficacité des campagnes d’information menées localement ces dernières années…

Container servant de point d’apport volontaire sur le territoire de MPM (source : MPM)

De surcroît, les disparités sont fortes d’un secteur à un autre. Ainsi, MPM fait office de mauvais élève de la classe avec moins de 30 kg de déchets trié collecté par habitant en 2017 alors que ce chiffre dépasse 50 kg sur le territoire du Pays d’Aix et sur celui du Pays salonais, se rapprochant davantage des standards que l’on peut rencontrer sur le reste du territoire national.

On notera d’ailleurs au passage que le Pays d’Aubagne et de l’Étoile a carrément supprimé la collecte en porte à porte pour le tri sélectif, sans pour autant que la collecte en point d’apport volontaire n’augmente, bien au contraire, ce qui montre qu’il existe un très net déficit de sensibilisation de la population locale quant à l’intérêt de trier ses déchets pour mieux les valoriser ! Même les conteneurs enterrés pourtant très coûteux quant à leur mise en place (16 000 € l’unité) n’ont pas permis d’enrayer cette baisse de volume liée à la collecte des déchets valorisables…

Déchetterie sur le territoire de MPM (source : MPM)

Les chiffres fournis permettent également de se faire une idée de l’utilisation des nombreuses déchetteries installées sur le sol métropolitain. Là aussi on est surpris de constater que les flux sont loin d’augmenter comme on pourrait s’y attendre. Ainsi, sur le territoire de MPM, la rapport 2017 totalise un peu plus de 97 000 t déposé dans les 17 déchetteries du territoire alors que ce chiffre atteignait 115 000 t en 2015.

Le taux de valorisation qui est de 76 % reste par contre inchangé, mais cela ne représente au final que 70 kg de matière valorisée par habitant, une misère ! On fait d’ailleurs à peine mieux sur le Pays d’Aubagne ou celui de Martigues. En revanche, on observe des résultats plus encourageants sur Aix ou encore à Salon-de-Provence où jusqu’à 325 kg par équivalent habitant sont valorisés grâce aux déchetteries, ce qui prouve qu’il existe une forte marge de progression sur le reste du territoire…

Installations de l’incinérateur de déchets Everé à Fos-sur-Mer

Tout compte fait, la quantité de déchets récoltée en 2017 sur le territoire métropolitain s’élève en moyenne à 595 kg par habitant et par an, ce qui reste colossal et confirme que notre société reste celle du gaspillage et de l’indifférence face à notre empreinte environnementale. Un chiffre qui monte d’ailleurs à 738 kg/an/hab. dans le Pays d’Aix et même 774 kg à Salon, un record !

Mais attention à ne pas interpréter à tort ces chiffres comme étant le reflet d’une irresponsabilité du citoyen lambda car si ces chiffres sont bien rapportés au nombre d’habitants, ils intègrent en réalité l’ensemble de la collecte donc également tous les déchets issus des petits commerces, des artisans, des marchés et même des collectivités, ce qui explique que l’on arrive à de tels chiffres alors qu’un foyer rejette généralement moins d’un kg par jour.

Sur ce total, la valorisation reste relativement faible, sauf paradoxalement chez les plus gros producteurs de déchets puisque le taux de déchets valorisés atteint 45 % à Aix et même 49 % à Salon, ce qui se rapproche des moyennes nationales. Mais ce taux ne dépasse pas 30 % en moyenne sur l’ensemble du territoire métropolitain, plombé par celui catastrophique de MPM qui stagne à 17 %.

A Marseille (mais cela vaut aussi pour les déchets de Carnoux qui sont d’abord transportés par camion puis par train jusqu’à l’incinérateur de Fos-sur-Mer), la majeure partie des déchets sert à alimenter l’incinérateur et on ne se soucie guère de leur valorisation. Un incinérateur qui relâche dans  l’atmosphère un certain nombre de produits peu ragoûtants et produit 25 % de mâchefers solides riches en métaux lourds et plus ou moins réutilisables en remblais routiers, mais aussi  près de 5 % de cendres très toxiques qui doivent être déposées en décharge à Bellegarde (Gard), donc encore transportées à plus de 60 km… Quant à Aubagne, le bilan global n’est guère plus favorable puisque l’essentiel des déchets non seulement ne sont pas valorisés mais finissent en décharge, transportés par camions vers les sites de La Fare-les-Oliviers ou de Septèmes-les Vallons au prix d’un bilan écologique et économique là aussi déplorable !

Décharge de Valsud à Septèmes-les-Vallons

Dernier angle d’analyse et non des moindres : le coût du service… Là aussi les chiffres contenus dans les rapports annuels ne manquent pas d’intérêt. On y apprend ainsi que le nombre d’agents affectés à la collecte des déchets est de 1,5 agents pour 1000 habitants à Aubagne ou sur MPM alors que ce taux ne dépasse pas 0,9 dans le Pays d’Aix et même 0,3 à Salon.

Le coût du service s’en ressent directement puisqu’il s’établit en moyenne à 181 € par habitant (hors subvention) mais qu’il varie du simple au double entre 128 € à Salon et 255 € sur MPM. Une belle démonstration que le coût du service public peut être très significativement optimisé grâce à une politique plus efficace de tri sélectif et de recyclage puisque les collectivités qui recyclent le plus sont aussi celles où le coût du service est le plus faible, surtout via le compostage qui permet de valoriser facilement tous les biodéchets qui constituent généralement de l’ordre de la moitié du tonnage de nos ordures ménagères. A bon entendeur…

L. V. 

Combien de communes en France ?

26 janvier 2019

Village perché de Peillon (Alpes-Maritimes)

La France, c’est bien connu, se caractérise autant par le nombre extravagant de ses variétés de fromages que par celui, tout aussi inhabituel, de ses communes. Une particularité qui serait d’ailleurs à l’origine de ce questionnement attribué, probablement à tort, mais on ne prête qu’aux riches, au Général de Gaulle qui aurait dit, dans un moment de découragement : « Comment voulez-vous gouverner un pays qui compte autant de fromages que de jours dans l’année ? ».

Nul ne sait d’ailleurs combien de variétés de fromages compte l’hexagone, d’autant que ce nombre évolue sans cesse au fur et à mesure de la disparition de certains producteurs, de la concentration de l’industrie fromagère et des nouvelles créations, comme l’explique une enquête détaillée du Télégramme de Brest. Selon cette source, l’édition 2018 du Guide des fromages au lait cru, recenserait ainsi 2 380 variétés de fromages.

Une paille par rapport au nombre de communes française qui, lui, est connu à l’unité près et qui s’élève au 1er janvier 2019 à 34 970 en comptant les 129 communes qui se trouvent dans les départements d’outre-mer et auxquelles il convient d’ajouter, pour être parfaitement exhaustif, 48 communes polynésiennes, 2 à Saint-Pierre et Miquelon et 33 en Nouvelle-Calédonie.

Carte des communes françaises en 2012

Jusqu’en 2004, avant l’élargissement de l’Union européenne à 10 nouveaux pays, situés à l’Est de l’Europe, on considérait que la France détenait à elle-seule 49 % du nombre total des communes ou assimilées décomptées dans l’ensemble des 15 membres de l’Union européenne, alors qu’elle ne représentait alors que 16 % de sa population et 14 % de sa superficie, un beau record ! L’Allemagne, pourtant plus peuplée, et qui détenait alors le plus grand nombre de communes après la France, n’en dénombrait qu’un peu plus de 11 000, soit trois fois moins ! Avec 1800 habitants en moyenne par commune, la France faisait alors office de champion d’Europe de la balkanisation, surtout sachant qu’une commune métropolitaine sur deux compte moins de 500 habitants…

Depuis, la situation a changé avec l’entrée dans l’UE de nouveaux pays dont la Slovaquie qui présente un ratio similaire avec ses 3000 communes pour à peine 5,5 millions d’habitants. Mais surtout, le nombre de communes n’arrête pas d’évoluer et, en France, comme dans plusieurs autres pays européens, il est en forte baisse, fruit d’un effort indéniable de rationalisation administrative.

Créées par l’Assemblée Constituante le 14 décembre 1789, sur la base des anciennes paroisses, les communes de la Révolution étaient sans doute inférieures au nombre de 44 000 qui figure sur les registres de l’époque, même si le chiffre exact peine à être connu car ces premiers recensements présentent de multiples erreurs, de nombreux hameaux étant cités comme communes à part entière.

Dès 1793, le chiffre est déterminé avec plus de fiabilité et s’établit à 41 000. Depuis, ce nombre évolue sous l’effet d’un double mouvement destiné à corriger les errements initiaux : de nombreuses communes minuscules, en particulier dans les zones alpines ou en Normandie, soumises à un exode rural naissant, voient leur nombre de communes se réduire tandis que l’État incite au redécoupage de certaines communes trop vastes pour en faciliter l’administration notamment dans le Massif Central. En parallèle, l’extension urbaine de grandes villes comme Paris ou Lyon les conduit à absorber leurs plus proches voisines. Toujours est-il qu’en 1870, le nombre de communes française est tombé à 37 600.

A partir de cette date, sous l’effet de certains mouvements de populations, notamment vers les zones côtières et balnéaires devenues plus attractives, de nouvelles communes se créent et on retrouve un nouveau pic avec le chiffre officiel de 38 014 communes enregistrées en 1936, communes qui disposent depuis une loi de 1884 d’une stabilité statutaire forte et surtout de la clause de compétence générale qui leur permet de s’emparer de tous les sujets intéressant de près ou de loin leur territoire.

Pourtant, force est de constater qu’administrer les problèmes à une échelle très locale pour des entités qui comportent pour certaines moins de 50 habitants est très loin de l’optimum et engendre de multiples difficultés. C’est la raison pour laquelle l’État a incité les communes à se regrouper via l’intercommunalité, mais aussi, pour certaines d’entre elles, à fusionner afin d’acquérir une taille critique plus raisonnable.

Un mouvement qui concerne alors toute l’Europe puisque dans les années 1970 la seule Allemagne de l’Ouest (avant la réunification) passe de 24 000 à 8 000 communes et la Belgique de 2 400 à moins de 600. Mais en France, les résistances sont telles que seules 1316 communes de plein exercice disparaissent entre 1968 et 1975, dont 300 qui retrouveront leur statut autonome ultérieurement, sans compter les nouvelles communes qui se créent, dont celle de Carnoux en 1966, mais bien d’autres aussi, notamment en périphérie de l’agglomération parisienne !

En 2012, la France comprenait ainsi 36 571 communes pour la seule partie métropolitaine, un chiffre quasiment stabilisé depuis une bonne dizaines d’année. Depuis et sous l’effet des importantes réformes territoriales menées pendant le quinquennat de François Hollande, le paysage s’est fortement éclairci. Le nombre de régions a été réduit à 13, le nombre des intercommunalités a diminué de moitié, passant de 2588 en 2011 à 1264 au 1er janvier 2018 et le nombre de communes a lui aussi été significativement réduit avec l’adoption en 2015 de dispositions législatives qui poussent (via des incitations financières) les communes à se regrouper pour créer des « communes nouvelles ».

Et le résultat est à la hauteur des espérances puisque le nombre de communes en France métropolitaine ne cesse de baisser depuis lors, passant de 36 559 au 1er janvier 2015 à 34 841 en ce début d’année 2019, soit près de 2000 communes en moins en l’espace de 4 ans. Au 1er janvier 2019, ce sont ainsi 238 communes nouvelles qui font leur apparition officielle dans le paysage institutionnel national, en lieu et place de 624 anciennes communes regroupées…

Un dessin signé Lasserpe (source : La lettre du cadre territorial)

Aucune de ces communes nouvelles n’a vu le jour dans le Département des Bouches-du-Rhône qui compte toujours 119 communes depuis la création de Carnoux. Il en est d’ailleurs de même dans les départements voisins du Var ou du Vaucluse, seul le Gard ayant constaté une fusion de 2 communes. Dans certaines régions en revanche, le mouvement est significatif. C’est le cas par exemple du département de Seine-Maritime qui a vu son nombre de communes passer de 745 en 2015 à 708 désormais, celui des Deux-Sèvres qui comptait 308 communes en 1994 et 256 à ce jour, ou encore celui de l’Orne en Normandie, où le nombre de communes était de 507 en 1999 et de 385 aujourd’hui.

Une évolution qui suppose de la part des élus locaux un grand sens de l’intérêt général pour arriver à dépasser l’esprit de clocher et œuvrer en vue de l’optimisation des services publics, à l’heure où certains en sont encore à vouloir se faire construire, avec l’argent du contribuable, une mairie plus grande et plus prestigieuse que celle de la commune voisine…

L. V. 

Katulu ? n° 57

27 décembre 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres découvertes et partagées entre juin et octobre 2018, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu57). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

La carte et le territoire

Michel Houellebecq

Ce roman retrace une grande partie de la vie d’un artiste, Jed Martin, né dans une famille aisée mais où les relations humaines sont relativement réduites. Le roman se structure en 3 parties. Dans un premier temps il photographie des objets, cela sera pour lui un gagne-pain sans avoir le sentiment d’être un artiste, tout en vivant de son art. Il flashe sur une carte routière et se met à réaliser des centaines de photos couleur des cartes Michelin. Ceci va lui donner l’aisance de vie qu’il n’avait pas vraiment cherché… l’occasion de rencontrer Olga et d’une longue histoire d’amour… Mais il la laissera partir et les ponts seront rompus, sans discussion.

L’impression est étrange. Il est seul désormais, en fait il semble complètement handicapé par la relation humaine. Il n’a jamais eu vraiment d’amis. Il ne connaît que son père et encore très mal. C’est alors qu’il va, après avoir détruit toutes ses photos, se lancer avec beaucoup de frénésie dans la peinture de portraits de personnages : série des métiers simples puis série de « composition d’entreprises ». Il va ainsi passer presque 9 ans à accumuler plus de 60 tableaux.

L’écrivain Michel Houellebecq, le 5 octobre 2008 à Paris (photo © Olivier Laban-Mattei / AFP / Libération)

La deuxième partie du livre est le récit de l’exposition de ses tableaux et de sa rencontre avec Michel Houellebecq qui s’est retiré à ce moment-là en Irlande et qui est dans une phase dépressive. L’écrivain fait le catalogue de son exposition. L’exposition est un succès, tous les tableaux se vendent en particulier à des collectionneurs étrangers, à des prix exorbitants… Il va à nouveau rencontrer Olga… il a laissé passer l’occasion… toujours son incapacité de relations humaines dont il semble prisonnier pour la vie.

La troisième partie est consacrée à la recherche de l’assassin de Houellebecq et la fin de vie de l’artiste. Un assassinat abject. La police et tous les services spécialisés vont travailler sur ce crime et finir par l’élucider plus de 5 ans plus tard. A la tête d’une fortune colossale, Jed achète tous les terrains autour de la maison de ses grands-parents où il s’installe. Il va clore sa propriété pour que personne ne puisse y entrer. Il fait des photos, des vidéos, qu’il va retraiter informatiquement afin d’obtenir « ces trames végétales mouvantes, à la souplesse carnassière, paisibles et impitoyables en même temps…pour représenter le point de vue végétal du monde ». La nature reprend toujours le dessus des activités humaines dès que celles-ci cessent.

Ce livre est vraiment passionnant. Il décrit la vie d’un artiste très seul, créatif, mais enfermé dans son art, sans qu’on ait le sentiment qu’il en souffre vraiment. C’est aussi le cas de Houellebecq qui semble dans ce livre particulièrement dépressif en Irlande et très seul dans la campagne où il est assassiné. Il y a beaucoup de descriptions de situations, de l’état d’esprit des personnages, des paysages, des retours en arrière. Un style très vivant. Un très bon moment.

                                                                                                          Cécile

 

LE CAS EDUARD EINSTEIN

Laurent Seksik.

Ce livre est, sous une forme romancée, la biographie documentée du fils cadet d’Albert Einstein et de sa première épouse Mileva Maric. Mariés en 1903 ils eurent deux fils : Hans-Albert en 1904 et Eduard en 1910. Puis les époux se séparent : Mileva qui ne supporte pas Berlin vivra à Zurich tandis qu’Albert restera à Berlin pour son travail…. et d’autres tendres sentiments.

Très directement, l’auteur nous projette dans la vie d’Eduard Einstein, le fils cadet, à l’époque où commencent les crises psychiques qui vont perturber l’existence de ce garçon de vingt ans. Intelligent, il est en première année de médecine, et musicien, il a étudié avec les meilleurs maîtres. Albert est venu à Zurich proposer à son fils de partir avec lui aux États-Unis où il serait soigné. Eduard, qui ne lui pardonne pas sa séparation avec Mileva, lorsqu’il avait quatre ans, refuse. Il n’y aura plus le moindre contact entre le père et le fils.

Laurent Seksik (photo © David Ignaszewski / Koboy@Flammarion / Le Télégramme)

Plus tard, depuis Princeton Albert Einstein tente de faire venir ses fils, mais seul l’aîné, Hans-Albert, est autorisé par les services d’émigration à venir s’installer aux States. Pendant ce temps, en Suisse, Mileva consacre sa vie à soutenir son enfant handicapé et diagnostiqué schizophrène. Hospitalisé à Zurich dans une grande clinique psychiatrique, le Burghözli. Eduard n’a plus que sa mère pour tout référent. Il vivra jusqu’en 1965, relativement apaisé.

C’est alors que le monde se pose des questions au sujet du psychisme de la famille Einstein. Et c’est l’enquête de Laurent Seksik : analyse du cerveau du théoricien de la relativité. Commentaires journalistiques sur la photo des 70 ans d’Einstein tirant la langue comme un gamin malicieux. Solitude du grand homme, éloigné du programme atomique en fin de carrière. Mobilisation pour les grandes causes communistes ou humanitaires. Passion pour la musique et les artistes. Foucades pour les femmes. Incapacité volontaire ou non à communiquer avec ses proches.

L’analyse des correspondances échangées avec la famille, les amis, les confrères d’Albert Einstein ouvre des perspectives infinies (grosse bibliographie en fin de volume). Aux lecteurs de réfléchir aux raisons du non-dit, du non-fait, voir du silence volontaire.

                                                                                                          Roselyne

 

La vraie vie

Adeline Dieudonné

L’histoire se passe dans une sinistre banlieue belge, une forêt et un cimetière de voitures, une voisine pour le moins originale, Monica, qui raconte des histoires de dragons… La maison, avec un jardin, trois biquettes, dans un lotissement « une cinquantaine de pavillons alignés comme des pierres tombales ». « Dans la maison il y a 4 chambres, la mienne, celle de mon frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres ».

Adeline Dieudonné (source © Le carnet et les instants)

Le père immense « boit autant qu’il chasse et qu’il bat sa femme ». La mère insignifiante mais obsédée par le jardinage et les chèvres « une amibe un ectoplasme rempli de crainte qui ne se défend pas ni se plaint elle souffre en silence. » Elle, 10 ans, qui aime son petit frère d’une tendresse de mère. Dans la chambre des cadavres, des animaux empaillés, les trophées du père chasseur, des cerfs, des antilopes, des zèbres, un lion et dans un coin la hyène et la défense d’éléphant qu’il est interdit de toucher.

Les enfants font du cimetière de voitures leur terrain de jeux et attendent tous les soirs la visite du marchand de glace. Lorsque celui-ci est tué accidentellement, Gilles commence à avoir un comportement étrange, il torture les animaux domestiques et se mure dans le silence. La petite fille est persuadée que la hyène est allée habiter chez son frère et qu’elle vit à l’intérieur de lui. Elle se met en tête d’inventer une machine à remonter le temps qui lui permettrait d’empêcher l’accident mortel du vieux marchand.

Au fil de l’histoire, les dernières pages m’ont laissée KO. Je me demande comment cette héroïne garde espoir face à tant de noirceur et j’ai aimé avoir accompagné cette jeune femme qui n’a jamais capitulé face à l’enfer.

                                                                                               Suzanne

 

Frappe-toi le cœur

Amélie Nothomb

Dans ce livre, « la Belge au chapeau » raconte la relation mère-fille, complexe voire toxique, entre Marie la mère, Diane, sa première fille, son second enfant, Nicolas et la troisième, une fille, Célia. Marie aime être le centre du monde, se grise d’attirer les regards et surtout de susciter la jalousie, de voir briller dans le regard des autres une pointe d’envie. Évidemment elle séduit le plus beau garçon de la ville, Olivier fils du pharmacien. Quand sa première fille naît, la jolie Diane, couronnée de toutes les qualités, Marie perd l’admiration de son entourage au profit du bébé. Le calvaire de Marie commence : sa fille lui vole la vedette (Quelle beauté un si beau bébé !). Elle rejettera sa fille qui s’en sortira en ne l’aimant pas. Elle élèvera correctement son fils Nicolas et bouffera littéralement la dernière Célia.

Diane avait 5 ans et « elle se transforma en une créature désenchantée ». Elle se jette à corps perdu dans les études. Elle se prend d’amitié pour une de ses maîtres de conférence mais sera déçue en s’apercevant que cette femme se sert d’elle. Elle retrouve chez cette femme les défauts de sa mère envers elle.

Ce roman nous plonge dans les chemins tortueux de l’âme humaine et surtout cette relation mère- fille si importante si difficile mais indispensable. Avoir une fille c’est parfois délicieusement pervers.

Pourquoi le titre ? « Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est une phrase d’Alfred de Musset qui m’a impressionnée. Quelle révélation ! c’est un organe qui n’a rien à voir avec les autres, je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée de l’âme ».

Je ne raconterai pas la fin de ce roman : c’est à vous de le découvrir.

                                                                                                                      Suzanne

 

CAPITAINE

Adrien BOSC

« Nous ne saurions connaître le goût de l’ananas par la relation des voyageurs » se rappelle Bosc en préambule. C’est pourquoi il rédige sous forme de roman la vaste documentation accumulée en souvenir des personnages historiques qui embarquent le 24 mars 1941, parmi les 250 migrants, sur le « Capitaine Paul-Lemerle » assurant la jonction entre Marseille et les Antilles,armé par la SGTMV pour évacuer l’énorme afflux de personnes en attente de passeports et visas afin de fuir la France à moitié conquise, avant l’invasion hitlérienne complète.

Adrien Bosc (photo © Eric Feferberg / AFP / Stock)

Tout au long de la traversée, une myriade d’anecdotes nous rendront plus familiers l’écrivain André Breton, le jeune savant Claude Lévi-Strauss, le révolutionnaire russe Victor Serge et son fils Vlady, la photographe Germaine Krull, jusqu’au jeune militant de la cause noir, Aimé Césaire, en Martinique, qui sous l’impulsion de sa rencontre avec ces passagers remarquables, se verra conforté dans la publication de sa première feuille de chou, « Tropiques ».

Le bateau arrive à Fort de France le premier mai 1941. Et après cette interminable traversée, les passagers sont mis sous contrôle policier et enfermés au Fort du Lazaret… La Martinique est déjà sous les ordres de Vichy ! Préfet, policiers et gendarmes obéissent à une France collabo ! Alors, selon leur destination finale, les transfuges attendent dans l’anxiété les bâtiments qui vont les emmener vers le Brésil, Porto-Rico, Haïti où New-York. Pays d’accueil différemment réceptifs.

L’auteur, envahi par son sujet, nous projette dans un microcosme à l’image d’une société en crise fuyant l’horreur et cherchant l’espoir… Il conclut en un vaste épilogue sur les fenêtres magiques de sa recherche « obsessionnelle ». En un style souple et prolifique, suivant un fil conducteur sur lequel s’entrelacent un écheveau d’historiettes, il veut la participation du lecteur… bien que Leibnitz ait affirmé que : « Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs ». C.Q.F.D.

                                                                                                           Roselyne

 

Les Salamandres

Michel Peyramaure

Auteur très prolifique, Michel Peyramaure, né en 1921, se consacre à l’histoire de France. Il est également l’auteur de nombreuses biographies de personnages historiques. Avec Claude Michelet et Denis Tillinac, il fonde dans les années 1980, l’École de Brive, mouvement d’écrivains de Corrèze, dans la tradition du roman populaire du XIXe siècle.

Pourquoi la salamandre ? « Ce grand lézard en apparence redoutable a été choisi comme emblème par le roi. Il a le pouvoir d’échapper aux flammes. Cela s’appelle une salamandre. Elle protège Sa Majesté des brasiers de la guerre et de l’amour mais sa peau sécrète un poison »

Michel Peyramaure en 2018 (photo © Sylvain Marchou / Brive Mag)

Ce roman historique se présente comme l’Histoire de la vie à la Cour de François 1er au XVIéme siècle à travers les récits faits par deux de ses favorites : la Comtesse Françoise de Chateaubriant et Anne de Pisseleu, Duchesse d’Étampe Ce livre m’a intéressée surtout pour sa valeur historique : la monarchie, l’esclavage que l’on découvre « indigènes ramenés au-delà de la mer océane par des marchands castillans qui les vendent comme esclaves. Ce spectacle me rappelait, en plus cruel, les exhibitions d’ours apprivoisés, sur les places de nos villages ».

François 1er était un roi poète, passionné par les arts, n’hésitant pas à écrire des petits poèmes pour sa favorite. C’était un roi bâtisseur. Sans négliger les affaires du royaume, il donnait libre cours à son goût pour l’architecture rapporté d’Italie, les constructions de Chambord qu’il appelait « son bouquet de pierre », son hommage à Léonard de Vinci, créateur de machines appelées, à l’entendre, à révolutionner l’industrie, le transport et les contingences de la vie quotidienne. « François 1er insuffle au pays un essor artistique extraordinaire… un commerce intense avec le nouveau monde » ! Ce fut La Renaissance française !

                                                                                                          Josette J.

Une ronde de Cercles à Gémenos pour fêter 140 ans d’activités !

9 décembre 2018

Samedi 1er décembre 2018, le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos a convié les cercles des villes et villages voisins à fêter ses 140 ans !

A Gémenos, réunion pour le 140ème anniversaire du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos (photo © M. Motré / CPC)

C’est en effet le 25 septembre 1878 qu’est créé à Gémenos le Cercle du Progrès Démocratique, quelques mois après les élections du 6 janvier 1878, jour où la IIIème République, proclamée en septembre 1870, est véritablement établie. Rappelons que le 25 septembre 1792 est le jour où la 1ère République a été proclamée « une et indivisible ». D’où le choix du 25 septembre pour la création du Cercle de Gémenos !

A l’initiative des deux co-présidentes du Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos, Mesdames Josette DAVID et Valérie THYOT, l’anniversaire donne l’occasion à plusieurs de ses membres de rappeler le contexte de sa création.

Quelques repères historiques de 1878

1878, sous la présidence de Mac Mahon et après la Commune de 1871, Louise Michel est déportée avec d’autres Communards en Nouvelle-Calédonie ou elle apporte son aide aux Kanaks.

Le 1er mai 1878, c’est aussi l’inauguration de l’Exposition Universelle de Paris, suivie le 18 mai par la création de l’Administration des chemins de fers de l’Etat.

Le 25 septembre, Gémenos voit la création du Cercle du Progrès Démocratique placé sous le signe de Marianne dont le buste est toujours présent dans ses locaux.

Siège du Cercle de l’Harmonie à Aubagne en 1915 (source © Cartes Postales Anciennes)

Quelques repères marquants pour le Cercle du Progrès Démocratique de Gémenos 

A l’origine, le Cercle n’accueille pas les femmes. Pour adhérer, il faut être présenté par deux parrains qui garantissent la bonne moralité de l’impétrant. Les cotisations sont réglées mensuellement, faute de quoi, la radiation peut être prononcée.

1893, le Cercle s’installe dans le bâtiment situé au 1 rue Jean Jaurès où il demeure toujours.

1902, date de création de la Section locale de l’Internationale ouvrière.

1936, création d’une cellule du Pari Communiste.

1941, les Allemands occupent le bâtiment du Cercle.

1978, les premières femmes intègrent le Cercle du Progrès Démocratique.

1988, dans ses locaux se tiennent des réunions et des activités de distraction. Le 17 mai 1988, l’état de l’édifice nécessitant des travaux importants, afin de régler leur coût, le Cercle cède une partie du bâtiment à la Mairie de Gémenos. Le débit de boisson est fermé.

1994, après les travaux, le Cercle ouvre de nouveau, avec une vocation citoyenne.

Les activités du Cercle

Tous les samedis, se tiennent des activités liées à la lecture : Les livres sous l’olivier (arbre qui a remplacé le platane présent à l’origine). Parmi les nombreuses actions, distinguons actuellement deux ateliers d’écriture, un cercle de lecture, des discussions sur différents thèmes de société. Auparavant, le Cercle a développé une Université du Gai Savoir, des ateliers Philosophie et toponymie, ainsi qu’une chorale et une formation au provençal.

Après cette large présentation à plusieurs voix, les Cercles invités ont pu présenter leurs objectifs ainsi que leurs activités.

Le siège du Cercle des Républicains à Roquefort – La Bédoule (photo © M. Motré / CPC)

Le Cercle Républicain des Travailleurs de Roquefort-La Bédoule, représenté par Françoise Vergne, a annoncé qu’en 2019 il fêterait ses 140 ans ! Cette rencontre fut l’occasion d’offrir un ouvrage sur son histoire (1) au Cercle de Gémenos et de préciser qu’il organisait, dans le cadre de son association Carrefour Citoyen, des conférences dont la prochaine se déroule le 6 décembre 2018 et sera consacrée au Populisme de Gauche. Ce Cercle est installé dans un bâtiment qui comporte un débit de boisson, caractéristique des cercles ruraux créés à a fin du XIXème siècle.

Le siège du Cercle du Progrès à Beaudinard (photo © Cyclo Sport Ciotaden)

Le Cercle du Progrès de Beaudinard dispose lui aussi d’un local et d’une cour qui sont la propriété des adhérents (1050 à ce jour). Il organise des réunions et des fêtes (Saint-Eloi), et propose des activités diverses (boules, cartes).

Septembre 2015 : le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne fête ses 125 ans (photo © Florent de Corbier / La Marseillaise)

Le Cercle de l’Harmonie d’Aubagne a fêté ses 128 ans d’existence. Il dispose de 1000 m2 en propriété et dispose d’un débit de boisson (licence IV). Ses activités marquent une forte dominante culturelle : concerts, théâtre, cinéma, expositions artistiques, caractéristique qui vise à pallier la fermeture récente de la MJC de la ville. Il organise une aide aux devoirs pour les scolaires. Le Cercle a initié des partenariats avec différentes associations d’Aubagne et, comme la plupart des Cercles, il vise à rajeunir son public.

Le Cercle Progressiste Carnussien représenté par son bureau a enfin énoncé ses objectifs et ses activités. Outre sa jeunesse (18 ans), il a rappelé que, ne disposant pas de locaux propres, il bénéficiait de salles prêtées par la commune pour la tenue de réunions mensuelles et de conférences (4 par année environ) axées sur des questions concernant l’éducation, les sciences, l’économie, la santé…) qui réunissent entre cinquante et cent personnes. Son club de lecture KATULU ? est fréquenté par des lectrices assidues qui rendent compte de leur intérêt pour les livres lors de présentations publiques ainsi que sur le blog. Pour favoriser la réflexion citoyenne, le Cercle Progressiste Carnussien édite deux journaux par an et diffuse, via son blog et le relai de sa page Facebook, des articles portant sur des questions de société et de culture, locales, nationales et internationales.

Parmi les souhaits qui ont été émis, dont celui qui vise à partager nos calendriers d’initiatives, nous retiendrons aussi le bonheur de relations d’expériences au travers de rencontres à venir plus régulières.

Titre d’un article publié dans La Provence le 5 janvier 2019

Au terme de ces présentations et d’échanges avec les nombreuses personnes présentes, les co-présidentes du Cercle de Gémenos ont convié le public à se réunir à l’extérieur pour une photographie marquant cet anniversaire et chanter au son d’un orgue de barbarie puis à regagner le local pour un apéritif de l’Amitié.

Longue et belle vie aux Cercles, lieux de sociabilité en Provence (2) !

Michel Motré

  • Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.
  • Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence), 2006.

KATULU ? : une séance au profit du Téléthon

7 décembre 2018

Le groupe de lecture « KATULU ? », composante du Cercle Progressiste Carnussien, a organisé dans le cadre de ses activités une séance publique, le 6 décembre 2018, consacrée à la présentation de romans sélectionnés par les lectrices au cours de l’année et les ayant marquées plus particulièrement d’où l’intitulé de cette séance : « Coups de cœur ».

En plus de l’intérêt littéraire de cette manifestation, le public a pu exprimer sa générosité au profit de l’AFM-Téléthon car cette séance était inscrite au programme des manifestations 2018, organisées par la ville de Carnoux-en-Provence.

Les lectrices de Katulu ? à la tribune (photo © CPC)

En préambule, l’animatrice du groupe, Marie-Antoinette, a présenté ses collègues qui ont ensuite lu avec talent et émotion des extraits sélectionnés, nous permettant de découvrir des portraits de personnages et des parcours de vie aussi divers qu’émouvants.

Les sept ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie « Le Préambule » de Cassis.

Un public très attentionné (photo © CPC)

Chamonix-Langtang : Pierre Pili

Le grand Marin : Catherine Poulain

Mandeley for ever : Tatiana de Rosnay

L’Abbé Pierre : Pierre Lunel

Une femme à Berlin : Marta Hillers

Alma : J.M.G Le Clézio

Paris est une fête : Ernest Hemingway

 

L’analyse détaillé des lectrices de Katulu ? pour chacun de ses ouvrages est accessible directement (Katulu_58)et permet à chacun d’en prendre connaissance : n’hésitez-pas à le consulter !

Un apéritif offert au public a permis de poursuivre les conversations dans une ambiance conviviale.

C. M.

La biodiversité dans toute sa banale splendeur

5 décembre 2018

La salle du Clos Blancheton à Carnoux accueillait, jeudi 29 novembre 2018, ses adhérents et un public fidèle pour une conférence consacrée à la « biodiversité », animée par Madame Claude Gadbin-Henry, docteur ès- sciences. C’est en déroulant un diaporama extrêmement riche en illustrations d’espèces animales et végétales qui peuplent notre planète que la conférencière évoqua leur interdépendance, et leur contribution à la constitution de ce que l’on nomme la biodiversité.

Un public particulièrement attentif (photo © CPC)

On peut définir la biodiversité comme la diversité des organismes vivants. Elle se construit avec :

– la diversité des écosystèmes : milieux de vie et interactions entre les espèces qu’ils hébergent en un lieu donné, aux conditions édaphiques homogènes. Ce milieu est déterminé par la nature des sols, des sous-sols et des conditions climatiques locales ;

– la diversité des espèces : variété d’espèces existantes ;

– la diversité au sein de chaque espèce : on constate des variations d’origine génétique entre les individus : c’est la biodiversité génétique, liée à l’existence des allèles variables pour chaque gène, à l’intérieur d’une espèce, cette variabilité est un avantage évolutif, car il permet l’adaptation aux changement du milieu de vie.

Les différents niveaux de la biodiversité (source © Académie de Dijon)

Une analyse scientifique internationale, publiée en 2018, met en évidence que la Coccinelle asiatique, espèce introduite, devenue envahissante et mettant en péril la faune locale de coccinelles, présente une variabilité morphologique (coloration et nombre de points) exceptionnelle déterminée cependant par un seul gène, sous diverses formes alléliques.

Les multiples facettes de la coccinelle asiatique (photo © Entomart / Sciences et avenir)

La biodiversité locale dépend toujours également du milieu où se développent les espèces animales et végétales, et ce milieu est parfois modifié par l’homme.

L’adaptation des espèces animales ou végétales à ces milieux est liée à la pression de sélection au cours du temps long de l’évolution, mais on peut l’observer actuellement : à l’occasion de variations du climat, des espèces introduites accidentellement entrent en compétition avec des espèces indigènes et peuvent les faire disparaître, ou devenir des nuisances majeures car elles sont dépourvues de prédateurs ou de concurrents. Ainsi la coccinelle asiatique, introduite à des fins de lutte biologique contre les pucerons, caractérisée par son extrême variabilité génétique, pourtant reposant sur un seul gène, est devenue une espèce envahissante. De même le Frelon asiatique ou le Moustique tigre sont devenus envahissants après des introductions accidentelles.

L’introduction sans précaution d’un végétal parasité peut parfois amener la destruction de l’espèce introduite et des espèces indigènes, ainsi les palmiers porteurs du Charançon rouge, extrêmement nuisible…

Claude Gadbin-Henry, la conférencière (photo © CPC)

C’est avec une intention particulière que notre conférencière oriente son propos sur le monde des insectes. Ils constituent en effet 85 % des espèces animales, sans compter celles non encore connues ! Et ceci, même si, pour la plupart d’entre nous, la biodiversité animale évoque le plus souvent les grands mammifères, les oiseaux, les poissons, et les animaux domestiques. Jean Henri Fabre, connu pour ses « Souvenirs entomologiques », fut en plus de ses talents de conteur, un excellent observateur des insectes, et un éthologue avant que cette science ne voit le jour.

L’histoire nous apprend que l’homme a connu les insectes depuis l’aube de l’humanité : des gravures rupestres, trouvées dans l’Ariège et datant de 14 000 ans, représentent des sauterelles : elles témoignent des nuisances pour l’environnement humain (vols de crickets migrateurs dévastant les champs)…

Papillon vanesse du chardon

Par contre, on sait maintenant, que les insectes ont un rôle majeur et indispensable pour la reproduction, et la fructification des plantes à fleurs car ils permettent le processus de pollinisation, sans lequel de nombreux fruits et légumes disparaitraient de nos assiettes !

La suite du diaporama projeté nous fit rentrer dans le monde minuscule de ces espèces, visualisant ainsi la morphologie spécifique des insectes, tous hexapodes (6 pattes), leur corps étant composé d’une tête, d’un thorax et d’un abdomen. A partir d’images photographiques réalisées à différentes échelles nous avons observé :

– leur tête adaptée et modifiée en fonction du mode de nutrition : mâchoires pour broyer des végétaux (criquet) ou pour déchiqueter des proies (libellules), trompe pour absorber le nectar (papillon)…

– des yeux composés de multiples facettes, qui atteignent un champ de vision proche de 360°.

– leur déplacement est assuré par des pattes adaptées à diverses fonctions (saut, récolte du pollen) et des ailes procurant un vol spécifique pour chaque espèce, tel celui de la mouche qui peut être stationnaire.

Mante religieuse

Une autre particularité des insectes est une carapace rigide ou squelette externe protecteur. Cette peau rigide nécessite d’en changer lors de la croissance (la mue). Certaines espèces possèdent des aspects et couleurs ayant la faculté « d’effrayer » les prédateurs, tandis que d’autres permettent de se dissimuler dans l’environnement (mimétisme).

Abeille pollinisatrice (photo © Maciej Olszewski, Shutterstock / Futura Sciences)

La reproduction et la protection de la descendance ont été illustrées par des exemples spécifiques prouvant cette longue évolution adaptative, telles les antennes des papillons mâles qui détectent leurs femelles à plusieurs kilomètres de distance (antennes constituées de micros-tubes, chacun ayant fonction de récepteur moléculaire).

La diversité du monde floral fut illustrée par la projection d’une multitude de photographies caractéristiques des nombreuses couleurs et formes infinies composant l’univers des fleurs et des végétaux.

La finalité de cette conférence était de sensibiliser au monde inconnu des insectes, adapté à presque tous les milieux naturels. Leur rôle est fondamental pour la conservation de la biodiversité animale; ainsi que pour l’avenir du monde végétal, où leur rôle de pollinisateurs est garant de la variabilité génétique des graines. Cette variabilité permettra les adaptations fonctionnelles nécessaires pour la survie des espèces aux modifications en cours et à venir de notre environnement. Les insectes sont ainsi un des piliers de l’avenir du vivant. Mais l’homme prédateur au sommet de cette chaîne ne mettra-t-il pas fin à cet équilibre harmonieux ? C’est la question abordée entre les participants au cours de l’échange puis de l’apéritif offert par le Cercle à l’issue de cette présentation enrichissante.

C. M.

Katulu ? se mobilise pour le Téléthon !

1 décembre 2018

Comme l’an dernier, le groupe de lecture Katulu ? se mobilise à l’occasion du Téléthon et invite chacun à venir participer à une séance publique d’échange autour de quelques livres « coup de coeur » lus ou relus par les membres de Katulu ?

Venez nombreux à cette séance qui se tiendra à Carnoux-en-Provence jeudi 6 décembre à partir de 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en haut de la rue Tony Garnier derrière le chantier de la mairie.

Rappel : la biodiversité à Carnoux cette semaine

21 novembre 2018

C’est demain soir, jeudi 22 novembre à 18h30, que se tiendra la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien intitulée : La biodiversité comme vous ne l’avez jamais vue…

Qu’est-ce que la biodiversité ? Quelles formes diverses et variées, plus ou moins spectaculaires ou au contraire invisibles à nos yeux prend la biodiversité ? Quelles sont les menaces qui pèsent sur elle ? Faut-il sauvegarder la biodiversité et dans quel but ? La biodiversité est-elle vraiment utile à l’homme ? Autant de questions auxquelles tentera de répondre Claude GADBIN-HENRY, docteur ès Sciences et qui pourront alimenter les échanges avec le public.

Alors venez nous rejoindre nombreux pour cette conférence gratuite et ouverte à tous qui se tiendra jeudi à 18H30 dans la salle du clos Blancheton à Carnoux !

A Carnoux, une laïcité commémorative bien singulière…

17 novembre 2018

Célébration de la Sainte-Geneviève, le 24 novembre 2017 devant l’église de Carnoux (extrait du bulletin municipal, Le Messager n°50, janvier 2018)

A chaque cérémonie de recueillement (8 mai, 11 novembre), les Carnussiens constatent cette adaptation locale très particulière de la laïcité : le maire invite la population à se rassembler devant l’hôtel de ville pour assister à la messe, avant la cérémonie civile et militaire officielle.

Evidemment, certains s’interrogent sur la nécessité d’encapsuler une cérémonie religieuse dans un hommage laïc. La grande majorité des communes, dont Marseille, Aix ou Aubagne, restent d’ailleurs fidèles au principe laïc habituel, pour lequel les initiatives religieuses ne sont pas mentionnées. Et dans les quelques communes qui les signalent, elles sont présentées comme extérieures à la commémoration municipale, comme une simple information pour les citoyens qui se sentent concernés.

Entrefilet publié dans La Provence 10 novembre 2018

Déjà, il y a 10 ans… Une « tradition laïque » à Carnoux…

A Carnoux, ce n’est pas le cas. C’est même une tradition. A chaque cérémonie, le même rituel, une certaine confusion entre le religieux et le laïc. On peut s’imaginer la complexité de la chose si la commune hébergeait un temple, une synagogue, une mosquée ou une église arménienne… Mais évidemment, cette question amène une réflexion plus particulière pour le 100ème anniversaire de 1918 pour lequel, durant des mois, il a été mis en évidence, dans les médias et dans les écoles, que toutes les religions, toutes les ethnies, toutes les opinions avaient eu leur lot de héros et de victimes, de bravoures et de drames et que la nation leur devait reconnaissance à tous. Si l’une des commémorations se doit d’une distanciation, d’une « pudeur » laïque, c’est bien celle-ci.

Certains défendront localement certainement ce mélange des genres. Après tout, le cloisonnement entre le laïc et le religieux n’est pas absolu. Un curé peut être maire et un rabbin ou un imam peuvent être secrétaires de mairie. Mais, dans leur fonctionnement, les institutions publiques et religieuses, demeurent indépendantes, séparées, depuis la loi de 1905.

Les cérémonies nationales ont d’ailleurs, encore cette année, parfaitement respecté cette règle de bon sens, initiée, rappelons-le dès la fin de la grande guerre. Le 11 novembre 1918, en effet, l’archevêque de Paris invite Clemenceau, alors président du Conseil, au Te Deum prévu à Notre-Dame de Paris, en hommage à tous les morts de la guerre qui vient de s’achever. Clemenceau dissuade le président de la République, Raymond Poincaré, de s’y rendre, et répond par un communiqué officiel dont le cadre est encore aujourd’hui respecté : « Suite à la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le gouvernement n’assistera pas au Te Deum donné à Notre-Dame. Mmes Poincaré (femme du président de la République) et Deschanel (femme du président de la Chambre des députés) n’étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister ».

Procession religieuse dans les rues de Carnoux avec le maire en tête à l’occasion du cinquantenaire de l’église Notre-Dame d’Afrique, le 23 avril 2016 (source : bulletin municipal spécial Jubilé)

Alors, il est vrai, qu’en général, l’esprit de la loi de laïcité est respecté. C’est le cas à Aix, Marseille, Aubagne, La Ciotat, Gémenos, la Bouilladisse, Belcodène, Cuges-les Pins, la Destrousse, La Penne-sur-Huveaune, Peypin, Cadolive, Auriol. Seuls Saint-Cyr et Carnoux se distinguent, avec un rassemblement à la Mairie avant une cérémonie religieuse. A Cassis, Roquefort-la-Bédoule ou Saint-Zacharie, la messe est annoncée, mais précède le rassemblement laïc à la Mairie.

Procession religieuse dans les rues de Carnoux (source : bulletin municipal spécial Jubilé)

Il ne s’agit pas d’être tatillon sur l’organisation d’une cérémonie municipale. Il s’agit avant tout de réfléchir au fond de la notion de laïcité, qui est le respect de l’autre, de ses diversités, de ses opinions et la neutralité des institutions publiques. Cela n’avait pas échappé au quotidien catholique La Croix, qui, le 11 novembre 2016, s’inquiétait, dans un article intitulé « Ces mairies qui invitent à aller à la messe pour commémorer le 11 novembre » de l’incompréhension éventuellement générée et du possible inconfort des maires qui invitaient à une cérémonie religieuse.

A Carnoux comme ailleurs, l’esprit de la laïcité ne peut qu’être bénéfique à la citoyenneté locale.

J. Boulesteix

L’architecture des bâtiments publics de Carnoux : une vision contemporaine et des références

13 novembre 2018

Après la construction à Carnoux-en-Provence de la Médiathèque Albert Camus, conçue par l’atelier Fernandez et Serres d’Aix-en-Provence et réalisée entre 2004 et 2007, le point d’orgue de la rénovation du centre-ville concerne l’extension de l’Hôtel de Ville ainsi que la construction du Point d’Accueil Tourisme. Le projet retenu est celui de l’agence marseillaise AT, Céline TEDDÉ et Jérôme APACK, dont des infographies annoncées par le slogan « Carnoux Avance !… » sont visibles sur différents panneaux d’affichages  dans la ville.

Photo © MM CPC

Afin d’éclairer nos concitoyens sur les partis-pris fonctionnels et esthétiques qui fondent ces nouvelles réalisations, nous vous proposons quelques clés de compréhension de l’architecture contemporaine. Pour cela, nous avons pris contact avec les architectes Céline Teddé et Jérôme Apack qui ont accepté de nous communiquer des informations sur leur démarche. Nous ferons ensuite mention de quelques grandes figures de l’architecture moderne, comme Pierre Jeanneret dit Le Corbusier, et contemporaine comme Aldo Rossi, nous évoquerons aussi la peinture de Giorgio de Chirico, et cela sans oublier de mettre en évidence des relations qu’entretiennent ces constructions avec des réalisations locales et étrangères, contemporaines et passées.

Le nouvel Hôtel de Ville

Ce bâtiment public doit conjuguer des fonctions d’accueil, de gouvernance, de réception et regrouper des services jusqu’alors externalisés comme la police municipale et le CCAS. Tel qu’il apparaît actuellement en cours de construction, il se juxtapose avant d’intégrer le volume de l’actuelle mairie dans un ensemble volumétrique de base trapézoïdale et à la toiture en terrasse.

Photo © MM CPC

Alors que l’ancienne Mairie affichait une façade ostentatoire et symétrique, avec son large escalier extérieur, son entrée vitrée et son balcon central, le nouvel édifice se présente comme un volume épuré, sans débordements.

Tel qu’on peut le percevoir en cours de construction et comme il apparaîtra selon cette représentation infographique aimablement communiquée par les architectes, l’extérieur propose en façade de vastes plans libres échancrés par de larges ouvertures en bandeau dont certaines sont pourvues de pare-soleil. Ces derniers se substitueront efficacement et esthétiquement aux actuels stores bicolores.

Vue de la façade (maquette © Agence AT)

Côté parc, ainsi que sur l’arrière donnant sur la rue du 14 Juillet, on perçoit des ensembles de baies dont celles de l’étage présentent une partie supérieure en plein cintre (demi-cercle). Notons que ces baies sont majoritairement ouvertes sur les murs situés au Nord-Ouest et au Nord-Est, là où le soleil n’est pas le plus ardent.

Schémas © Agence AT

Les circulations pour le public et les agents ont été repensées. Comme le montre l’étude volumétrique ci-dessous, deux axes sont privilégiés.  La première entrée est située en façade et une seconde est créée au niveau du parvis de l’ensemble résidentiel  de l’Esplanade.

L’intérieur, tel qu’on peut le découvrir sur le site de l’agence AT, propose deux cours. La première, nommée « cour d’entrée » affirme un caractère plutôt minéral. Ouverte visuellement sur le Parc Tony Garnier, elle servira d’espace d’attente et aussi de prolongement à la salle des mariages.  La seconde, appelée « la cour des agrumes », sera plantée afin d’apporter de la fraîcheur au bâti.  De nombreuses ouvertures sont tournées vers ces cours intérieures pour se protéger des effets d’une lumière solaire directe et de la chaleur induite. Le patio permet ainsi à la lumière zénithale de baigner les espaces intérieurs d’une lumière adoucie.

La prise en compte de ces données dans le contexte climatique provençal constitue un atout pour le confort, tant celui des personnels que celui des usagers.

Comme le montre l’infographie ci-dessus, les successions d’espaces s’organisent selon des volumes ouverts et fermés, scandés par les piliers et des passages, qui conjuguent opacité du béton et transparence du verre. Le vocabulaire plastique est sobre. Il confère à l’ensemble un sentiment de quiétude.

Dans les propos qui précèdent, nous avons cité quelques caractéristiques du bâtiment comme le toit terrasse, la façade libre, les circulations et les ouvertures en bandeaux.

La mention de ces termes et expressions renvoie directement à l’architecture de Le Corbusier, telle qu’il en définit les principes dès les années 1920 avec les Cinq points pour une architecture moderne: les murs porteurs, le plan libre, la façade libre, les pilotis et le toit-terrasse.

Ici, les murs ne fonctionnent plus comme dans la plupart des constructions. Grâce à une ossature indépendante, et surtout à l’utilisation maîtrisée du béton, les murs portants extérieurs sont supprimés, permettant ainsi de disposer de toute l’enveloppe pour éclairer l’intérieur et les ouvertures peuvent courir d’un bord à l’autre de la façade (principe de la façade libre). Enfin le toit-terrasse, à défaut d’être aménagé comme à la Cité Radieuse de Marseille, peut recevoir une isolation végétale comme à l’Ecole Internationale de Manosque ou des panneaux solaires pour contribuer à une gestion écologique du bâtiment, comme c’est le cas dans de nombreuses et récentes réalisations.

Étude quartier Gallaratese, Milan 1969 © Aldo Rossi

Mais les architectes de l’agence AT préfèrent convoquer la démarche et les créations d’Aldo Rossi (1931-1997). L’étude de son œuvre montre en effet que « si les bâtiments d’Aldo Rossi semblent évidents et facilement appropriables, ils sont pourtant faits d’une succession d’espaces et se nourrissent de références historiques et populaires. La colonne, l’arche et la lucarne ne sont plus de simples éléments de langage, ils sont employés pour servir l’architecture, parce qu’ils font sens dans l’histoire qui est racontée » (Extrait d’un article de Bastien Saint-André) Les architectures d‘Aldo Rossi expérimentent un principe analogique où la référence historique n’est viable qu’en la synthétisant et la condensant dans des formes élémentaires avec les types fondamentaux que sont la rue, la façade, le mur, la fenêtre …. Ainsi, ses immeubles des années 1970 et 1980 éprouvent-ils les lignes du cube, du cône ou du cylindre, et s’organisent-ils généralement sur des plans symétriques et cela en étant dépourvus de tout ornement.  Il est l’auteur de très nombreux dessins qui évoquent les paysages métaphysiques de Giorgio de Chirico et attestent de son « obsession » des villes. (Réf. texte Nadine Labedade pour le FRAC Centre)

Cette synthèse et ces références historiques et populaires existent à Carnoux à la fois dans la mention des premières constructions individuelles à toit-terrasse, mais aussi dans le rappel de la toiture de l’église Notre-Dame d’Afrique faite de demi-cylindres dont les courbes sont reprises dans les cintres des baies vitrées et les arches du nouvel Hôtel de Ville.

Photos © MM CPC

Nous constaterons par la suite qu’il en est de même pour le kiosque de l’Office du Tourisme.

Giorgio de Chirico, L’Énigme du Jour, Paris 1914 (© MOMA, New York)

Les architectes citent aussi le peintre Giorgio de Chirico. Comme le note Giovanni Loreto dans son texte intitulé Écrit sur l’architecture pour « l’Esprit Nouveau », Giorgio de Chirico a toujours été hanté par ce sentiment de l’architecture, par le sens lyrique et solennel qu’ont les places, les tours, les terrasses et toutes les constructions qui forment une ville lorsque la génialité des architectes et bien souvent aussi, le hasard (le divin hasard comme l’appelle Nietzsche) les dispose d’une certaine façon. Dans toute sa production de 1910 à 1914, de Chirico raconte toujours le mystère des villes, le calme et le recueillement des architectures italiennes à l’heure du soir…  

Le projet architectural doit être appréhendé dans son ensemble. Pour ce faire, après l’Hôtel de Ville, étudions le Point d’Accueil Tourisme.

Le kiosque de l’Office du Tourisme

Situé à l’angle du vaste espace Tony Garnier, ce parallélépipède de béton et de verre est surmonté d’une toiture à quatre pans asymétriques. Notons l’échancrure qui ceint la partie inférieure de la toiture et qui a une fonction de gouttière.

Ce bâtiment d’allure massive, notamment quand on le découvre en descendant le Mail, est traité dans des tons de pierre qui reprennent la couleur de la stèle du Monument aux Combattants afin de constituer un ensemble plastiquement cohérent. Dans sa forme et sa position, telle qu’il apparaît quand on aborde la place en entrant dans la ville depuis Aubagne, le kiosque peut évoquer le pavillon des Jardins de la Ménara de Marrakech. En revanche, ce dernier qui comporte deux étages est plus aérien.

Photos © MM CPC

Toutefois, à Carnoux, l’esplanade de sable compacté occupe la place du vaste bassin du jardin marocain et le bâtiment ne présente qu’un seul étage avec des ouvertures rectangulaires.

Dans sa conception comme dans son positionnement, le kiosque rappelle les pavillons et les « folies* » des parcs publics. Dans le projet originel et avec le souci de construire un équilibre général, un second pavillon devait border l’angle opposé du parc côté église et a été remplacé par la stèle et son parvis. Comme le mentionnent les architectes, la forme « déstructurée » du volume et de sa toiture font écho à l’urbanisation récente de Carnoux où les toits à deux ou à quatre pentes ont peu à peu remplacé les toitures terrasses d’une architecture qui se voulait plus nord-africaine à la naissance de la commune. C’est une synthèse des deux architectures au cœur de la ville.

© Musée du château de Lunéville

*Le terme « folie » caractérise à partir du XVIIème siècle un petit pavillon dédié à un usage privé, généralement situé aux abords de la ville. Ces bâtiments simples et élégants étaient construits au XVIIème siècle dans le style néo-classique.

On connaît aussi les folies d’Emmanuel Héré, un architecte lorrain né à Nancy. Pour Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et duc de Lorraine, il réalise la place maintenant connue sous l’appellation place Stanislas et les folies du jardin du château de Lunéville. Les folies conçues par Emmanuel Héré sont inspirées par l’exotisme et sont originales et extravagantes. Les deux plus connues sont le Trèfle et le kiosque (voir coupe du salon ci-jointe). Elles sont détruites à la mort de Stanislas à la fin du XVIIIème siècle.

 

© mjs capes.worpress.com

Depuis, ce type de construction a été remis au goût de l’époque. Ainsi, l’architecte Bernard Tschumi en a-t-il conçu une série en métal rouge, fondée sur le principe de la « déconstruction », qui ponctue le Parc de La Villette dans la banlieue de Paris. Dans l’exemple représenté, la fonction de belvédère est privilégiée.    

Il est temps de conclure notre propos avec le même souci pédagogique, il paraît nécessaire de préciser qu’en matière d’art, et ici d’architecture, il est prudent de ne pas s’en remettre au jeu de recherche d’analogies formelles ! Pour cela, appuyons-nous sur l’adage : comparaison n’est pas raison !

Comparaison n’est pas raison si on confronte la volumétrie et les ouvertures du nouvel Hôtel de Ville avec celles du Palais de la Civilisation que le régime mussolinien a construit en 1942 pour l’Exposition Universelle de Rome (exposition qui n’a pas eu lieu) et qui prend place dans un projet dénommé E.U.R.

Sources : © Rome-roma.net (à gauche) et © MM.CPC (à droite)

Le Palais de la Civilisation qui s’apparente à un Colisée cubique présente des ouvertures cintrées comme les baies de l’Hôtel de Ville. Mais là s’arrête la comparaison puisque ce bâtiment a pour objet de glorifier les visées impérialistes du régime de l’Italie d’alors !

De même, il est tout aussi incohérent d’évoquer pour le kiosque de l’Office du Tourisme, sa similitude formelle avec un mastaba égyptien de Saqqara, ou avec un mausolée dont les fonctions sont funéraires. Pas question à Carnoux d’enterrer le tourisme !

Sources : © bbc.co.uk (à gauche) et © MM CPC (à droite)

En attendant peut-être une suite traitant de l’urbanisme du cœur de la cité, espérons que cet article aidera les citoyens et les visiteurs à appréhender, avec un regard un peu plus éclairé, l’architecture des nouveaux bâtiments publics du centre-ville de Carnoux-en-Provence.

MM

A Carnoux, on recherche toujours le buste de Lyautey…

8 novembre 2018

En avril 2016, nous avions lancé sur ce même blog un avis de recherche pour tenter de savoir ce qu’il avait bien pu advenir du buste en bronze du maréchal Lyautey qui a trôné pendant des années à l’angle de la place du même nom, devant le pignon de l’immeuble sobrement baptisé Résidence III, avant d’en être brusquement extrait en 2013 pour laisser place à la construction d’un nouvel immeuble.

Depuis, en dehors d’une brève réapparition en 2014, à l’occasion des commémorations militaires comme la ville de Carnoux en raffole, on a perdu la trace du buste de Lyautey qui constituait pourtant le seul et unique monument public en bronze dont la jeune commune tout juste cinquantenaire pouvait s’enorgueillir. On suppose qu’il est soigneusement conservé dans quelque cachette bien gardée mais le secret n’a pas été éventé jusqu’à ce jour et la municipalité, pourtant prompte à réagir à certains de nos articles, n’a pas daigné s’exprimer à ce sujet.

Le Colonel Pierre Geoffroy (source : Babelio)

Pourtant, l’article en question, qui a été lu par près de 600 internautes depuis, n’a pas manqué d’éveiller la curiosité d’un spécialiste du maréchal Lyautey, en la personne du Colonel Pierre Geoffroy, Président de l’Association nationale Maréchal Lyautey. Cet ancien militaire de carrière, qui a combattu en Indochine et en Algérie avant de servir à l’Etat-Major de la 4ème Division blindée basée à Nancy, est un grand admirateur du maréchal Lyautey depuis sa plus tendre enfance.

En 1976, à la mort de Pierre Lyautey, neveu du maréchal, le château de Thorey que le maréchal Lyautey avait fait aménager et où il s’était installé en 1925 à son retour du Maroc et jusqu’à sa mort en 1934, a besoin de gros travaux de restauration. Ses héritiers tentent de convaincre le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle de le racheter pour en assurer l’entretien, mais sans succès.

Le château de Thorey Lyautey (source : Association nationale Maréchal Lyautey)

Pour éviter que la demeure historique ne soit vendue au plus offrant, le colonel Pierre Geoffroy crée donc l’Association nationale Maréchal Lyautey et lance une souscription pour rassembler les fonds nécessaires. C’est le début d’une grande aventure qui permettra de racheter le château et d’en assurer la restauration et l’entretien jusqu’à ce jour.

Buste du Maréchal Lyautey dans le jardin Massena à Nice (source : Ville de Nice)

Toujours est-il que ce spécialiste du Maréchal Lyautey nous a révélé plusieurs éléments qui permettent d’en savoir un peu plus sur l’histoire des effigies de son idole, lui qui est à l’origine des deux statues en pied érigées à Paris puis à Nancy à partir d’un modèle de 26 cm de haut dessiné par Cogné. Selon lui, le buste du Maréchal qui trônait dans le salon d’honneur du premier paquebot baptisé Maréchal Lyautey, a été perdu lorsque le navire a été coulé par les Allemands en 1944 dans le port de Marseille, mais la veuve du Maréchal en avait conservé le moulage en plâtre. C’est ce moulage qui a été réutilisé par des Pieds noirs de Nice pour recréer un nouveau buste en bronze qui a longtemps été exposé dans le jardin Massena avant d’être déplacé par Christian Estrosi.

Quant au buste dessiné par Cogné qui se trouvait dans le second paquebot, Le Lyautey, lancé en 1952, c’est bien le commandant Jean-Paul Thepot qui a contacté Pierre Geoffroy pour lui remettre cette œuvre lorsque le navire a été désarmé. L’original de ce buste se trouve toujours en bonne place dans le château de Thorey et c’est une copie en bronze qui est exposée dans le jardin du château, au niveau du mémorial.

Buste de Lyautey à Carnoux-en-Provence, avant son déménagement (photo © AAKPPA, 2007)

Pierre Geoffroy n’est pas en mesure de savoir quelle était l’origine du buste initial rapporté de Kenitra, placé d’abord dans les premiers bâtiments faisant office de mairie à Carnoux, comme en atteste un bulletin de la Coopérative immobilière de Carnoux en juillet 1965. Le 29 mai 1980, le colonel Pierre Geoffroy en personne était présent lors de la seconde inauguration du buste, lorsque ce dernier a été installé à son emplacement définitif (du moins jusqu’en 2013, car, comme chacun sait, Carnoux avance…), à l’angle de la place Lyautey. C’est ensuite que la statuette aurait été volée et c’est pour la remplacer que le colonel Guido Verlet, un des fondateurs de la commune de Carnoux, a contacté Pierre Geoffroy pour lui demander l’autorisation de faire une copie en bronze du fameux buste de Cogné. Le buste carnussien de Lyautey est donc bel et bien une copie récente d’un modèle initialement dessiné par Cogné pour le paquebot Le Lyautey

Et il semblerait que deux autres copies en bronze du même buste ont également pu être réalisées. La première l’a été à la demande d’André Llobel, un ancien de Boufarik, alors adjoint au maire de Puget-sur-Argens dans le Var et délégué aux anciens combattants. Cette effigie du Maréchal, coulée par la fonderie Huguenin en 1990, trône toujours dans le square Lyautey, devant une résidence pour personnes âgées.

Le buste du Maréchal Lyautey à Puget-sur-Argens (photo © Gilles Régis)

Quant à la seconde, elle a été installée dans le quartier Lyautey, aménagé par le Conseil départemental de l’Orne à Alençon qui y a d’ailleurs installé son siège, là où le Maréchal Lyautey, de retour de Madagascar en 1902, y commanda brièvement le 14ème Hussards, tout en se consacrant davantage à la rédaction de son ouvrage publié en mai 1903 sous le titre Dans le Sud de Madagascar : pénétration militaire, situation politique et économique, qu’à la gestion quotidienne de son régiment constitué selon ses propres termes de « 800 sabres qui ne sabreront jamais rien »… Il mettra d’ailleurs très vite fin à cet intermède de vie de caserne en Normandie pour rejoindre l’Algérie dès septembre 1903, comme commandant de la division d’Ain-Sefra dans le sud Oranais.

Une dernière réplique en plâtre du buste de Lyautey aurait été confiée à la Corniche Lyautey, une organisation d’étudiants de classes préparatoires du lycée militaire d’Aix-en-Provence. Il n’en reste pas moins que, si les bustes du Maréchal Lyautey ne sont finalement pas si rares qu’on pourrait le penser, celui de Carnoux-en-Provence représente malgré tout un témoignage patrimonial de valeur qui mériterait sans doute de resurgir un jour des oubliettes de l’Histoire où il semble s’être perdu corps et âme…

L.V. 

A la découverte de la biodiversité à Carnoux…

4 novembre 2018

La prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra le jeudi 22 novembre 2018, à 18h30, salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, d’accès libre et gratuit comme pour les sessions précédentes.

Notre association a fait appel pour cela à une spécialiste, Mme Claude GADBIN-HENRY, docteur ès Sciences, pour traiter d’un sujet primordial, la biodiversité.

Cette conférence est intitulée La Biodiversité, avec pour sous-titre Comme vous ne l’avez jamais vue.

Qu’est-ce que la Biodiversité ?

La Biodiversité c’est la diversité du vivant.

Elle présente une infinité de formes animales et végétales inconnues.

La connaître mieux c’est mieux la protéger.

Elle englobe tous les organismes vivants : le Végétal, l’Animal et les Microorganismes, présents dans tous les milieux terrestres… Des grands mammifères connus de tous aux « minuscules », invisibles à nos regards. Sa protection déterminera la possibilité de la conservation de la vie, face aux érosions que l’homme lui impose actuellement.

Notre conférence vous présentera de nombreux organismes que vous regardez peu et que vous ne voyez pas, certains même vous effraient.

Nombre d’entre eux ont pourtant un rôle essentiel dans la survie d’autres espèces : à travers les relations de dépendances alimentaires ou parasitaires, la compétition et la collaboration qui caractérisent les rapports entre toutes les espèces.

La Biodiversité est en devenir permanent. Faire disparaître une seule espèce entraîne des réactions en chaine qui perturbent durablement l’équilibre des écosystèmes concernés.

Cependant de nouvelles espèces sont découvertes chaque jour sur notre Terre, ce sont des organismes « minuscules ou invisibles », on en parle peu, ils constitueront si nous y prenons garde une partie de la Biodiversité à venir…

Compte tenu de l’importance pour tous du sujet, nous vous attendons nombreux, jeudi 22 novembre.

Centre culturel de Carnoux : fallait-il passer en DSP ?

27 octobre 2018

A Carnoux-en-Provence, le Centre culturel fait partie du paysage depuis une trentaine d’années et a vu passer des générations de Carnussiens venus s’y initier à l’éveil musical, à la pratique d’un instrument de musique, au théâtre, à l’apprentissage de l’anglais ou à de multiples activités créatrices. Comme dans la plupart des communes, cette structure résulte d’une volonté municipale de mettre à disposition du plus grand nombre l’accès à la découverte et à la pratique d’activités culturelles et artistiques, dans la droite ligne des Maisons de la Culture initiées par André Malraux.

Les bâtiments du Centre culturel ont bien entendu été financés entièrement sur fonds publics, y compris la récente rénovation complète des locaux et la construction encore plus récente d’une salle de musique dernier cri. Quant à l’entretien des bâtiments, il est entièrement pris en charge par la commune qui met à disposition les locaux gratuitement à une association créée spécifiquement pour leur exploitation et qui s’appelle d’ailleurs Association du Centre culturel de Carnoux-en-Provence.

Le Centre culturel de Carnoux (source : site du Centre culturel)

Cette association s’appuie sur une secrétaire et des bénévoles dont certains très investis depuis des années, en particulier pour assurer l’inscription des adhérents et la comptabilité de l’association. Les intervenants, eux, bénéficient de statuts variés et sont rémunérés par l’association en fonction du nombre d’heures qu’ils prodiguent effectivement dans les locaux du Centre culturel, nombre d’entre eux partageant leur temps avec d’autres structures pour pouvoir toucher un revenu décent, comme c’est le lot pour la plupart des professionnels du monde culturel et artistique.

Salle de musique construite en 2017 au Centre culturel de Carnoux (source © Plὸ architectes et urbanistes associés)

A Carnoux cependant, la gestion de ce formidable outil d’accès à la culture pour tous n’est pas vraiment autonome vis à vis de la municipalité. Contrairement à ce qui prévaut dans d’autres communes et à la tendance de ces dernières années, l’association elle-même est étroitement liée à la municipalité puisque ses statuts précisent, comme l’expliquait le maire de Carnoux en personne dans un courrier adressé au CPC en octobre 2016 en réponse à un article paru sur ce blog, que « le maire ou son représentant est participant de droit au Conseil d’Administration ». De fait, l’ancien président, resté aux rênes de l’association pendant 13 ans n’est autre que le mari d’une élue, longtemps adjointe à la communication, tandis que depuis 2016 l’association est présidée par Frédéric Rouquet, délégué aux affaires scolaires, alors que la section théâtre est placée sous le responsabilité de l’adjoint à la culture, Tony Tumayan. Cette dernière vient d’ailleurs de s’ériger en association loi 1901 sous le nom « Les Trétaux de Carnoux ».

Frédéric Rouquet aux côté de Danièle Lambert, présentant le Centre Culturel de Carnoux aux nouveaux arrivants en mairie de Carnoux, en janvier 2018 (photo © M. Gébelin / La Provence)

Cette situation particulière ne peut que limiter la nécessaire créativité de la structure et nuire à la crédibilité de l’action culturelle locale. Une proximité qui a, en tout cas, suscité certaines interrogations de la part de la Chambre Régionale des Comptes (CRC), chargée d’inspecter en 2017 les comptes de la commune depuis 2013. Dans son rapport, dont une version provisoire a été remise au maire fin 2017 et dont la version définitive est arrêtée depuis le 24 mai 2018, accessible notamment sur le site de la commune comme la loi l’exige, la CRC formule ainsi sa seconde recommandation : « Clarifier les relations avec le centre culturel dans le cadre d’une convention pluriannuelle d’objectifs et de moyens. Le cas échéant, mettre un terme au subventionnement de l’association pour les prestations relevant de la commande publique ».

Les magistrats de la CRC ont en effet réagi en découvrant que la commune versait chaque année une subvention aussi élevée à une association dirigée par des élus municipaux, et ceci quasiment sans aucun contrôle extérieur. En 2016, le montant de la subvention accordée à l’association s’élevait en effet à 82 000 €, soit près de la moitié du montant total attribué aux 36 heureuses associations carnussiennes bénéficiant de subventions communales. Et ceci sans que la convention passée détaille à quoi est destinée cette subvention ni même demande une certification des comptes de l’association, comme l’exige pourtant la loi pour de tels montants.

C’est d’ailleurs grâce au travail de la CRC que les habitants de Carnoux ont enfin pu apprendre quel était le montant du budget annuel du Centre culturel, lequel s’élevait à 253 956 € en 2016, mais un chiffre totalement biaisé puisqu’il n’intègre pas les coûts de mise à disposition et d’entretien des locaux. Face à une telle situation qui est la porte ouverte à toutes les dérives, la CRC a donc chaudement recommandé à la commune de mettre un peu d’ordre dans sa gestion du Centre culturel, de couper les liens entre la municipalité et l’association en charge de sa gestion et de signer avec cette dernière un contrat d’objectif en bonne et due forme, exigeant en retour une certification des comptes afin d’assurer une véritable transparence dans l’utilisation des subsides publics.

Vue du Centre culturel de Carnoux (source © Commune de Carnoux)

Au passage, la CRC s’est autorisée à rappeler au maire de Carnoux quelques règles de base en matière d’utilisation des deniers publics et de subventionnement des associations. Comme le suggère le bon sens, une collectivité a parfaitement le droit de subventionner une association à condition qu’elle ne soit pas un simple faux nez de la municipalité elle-même, créé dans le seul but de mettre en œuvre une politique publique qui relève des compétences communales, surtout lorsque celle-ci pourrait relever du domaine concurrentiel. En d’autres termes, l’association doit être indépendante, définir elle-même ses objectifs, présenter à la commune des demandes de subvention pour l’aider à mettre en œuvre sa politique et fournir en échange toutes les garanties quant à la transparence de l’utilisation des fonds conformément à ses engagements.

On aurait alors pu penser que le maire allait s’empresser d’obéir aux injonctions de la CRC, que l’évolution du Centre culturel allait être au cœur des débats lors de son assemblée générale en 2017, et que la commune allait solliciter le monde associatif carnussien pour créer une nouvelle structure plus indépendante afin de reprendre la gestion de ce remarquable outil au service des habitants. Sur les 75 associations dûment répertoriées sur le site de la commune, il ne manque en effet pas de bonnes volontés pour s’investir dans une telle œuvre d’intérêt général.

Mais le maire de Carnoux, sans doute attaché à un contrôle plus politique de la culture locale a préféré s’engager dans une autre voie, qui n’est pourtant nullement suggérée dans le rapport de la CRC, mais qu’il a imposée lors du conseil municipal du 12 avril 2018 à la grande surprise des quelques élus d’opposition, comme l’indique le compte-rendu de la séance. Il a en effet laissé croire que le recours au monde associatif était devenu subitement impossible au prétexte que « certains dirigeants bénévoles de l’association ont fait part de leur impossibilité à poursuivre leur engagement pour raisons personnelles ou professionnelles » et que, dans ces conditions, il ne restait plus que deux possibilités pour poursuivre l’activité du Centre culturel : soit la gestion directe par des agents municipaux, soit le recours à un prestataire privé via une délégation de service public (DSP).

Gérard Pressoir, nouveau gérant du Centre culturel de Carnoux (source © Viadeo)

C’est la seconde solution que le maire a souhaité privilégier. Une consultation a été lancée dès le 5 mai, avec un cahier des charges ajusté pour faire en sorte que le candidat sollicité par la municipalité, en l’occurrence Gérard Pressoir, mandataire de multiples sociétés et président depuis 2000 de la société ALG (Arts et Loisirs Gestion) qui gère déjà la salle de spectacle municipale de l’Artea, soit le seul candidat à remettre une offre que la commune s’est donc empressée d’accepter. Un choix qui a été entériné lors du conseil municipal du 26 juillet et qui a donc été mis en œuvre dès la rentrée de septembre, après que M. Pressoir eut déposé les statuts d’une nouvelle société intitulée Centre culturel de Carnoux pour assumer ses nouvelles deux fonctions.

La municipalité aurait pu saisir l’occasion de ce changement administratif pour donner un peu plus d’air et d’indépendance à l’action culturelle locale. Il n’en a rien été. Le maire a au contraire annoncé lors de ce même conseil municipal que le comité de suivi qui allait être mis en place pour encadrer la gestion du Centre culturel serait composée de six personnes dont Frédéric Rouquet et Tony Tumayan, deux élus redevenus subitement disponibles pour la cause commune, ainsi que deux représentants des usagers et deux représentants du gestionnaire. Rien ne change donc sur le fond. Reste que de nombreuses interrogations subsistent quant à l’évolution de la structure. Une augmentation très substantielle des tarifs a été annoncée. A titre d’exemple, pour une heure hebdomadaire de cours d’instrument (hors adhésion), le tarif qui était de 730 € par an en 2017 a été annoncé à 1200 € puis ramené à 950 € après discussion, mais les cours qui se déroulaient depuis des années le samedi après-midi ont finalement été annulés pour d’obscures raisons de responsabilité du gérant.

Désormais en effet, ce bel outil qu’est le Centre culturel de Carnoux restera fermé le soir au delà de 21 h et tous les samedis après-midi par le bon vouloir du gérant. Aux usagers de s’adapter aux nouveaux horaires. On imagine que les 650 adhérents dont s’enorgueillissait l’association n’ont probablement pas tous renouvelé leur cotisation et que la commune risque de se retrouver, comme dans d’autres domaines, avec un équipement public coûteux et très performant mais largement sous-utilisé.

Le délégataire profitera de l’infrastructure pour y organiser des spectacles et des prestations privées comme il le fait déjà en utilisant le fichier des adhérents pour remplir la salle de l’Artea. Quant à la collectivité, elle continuera à payer le déficit d’exploitation via une subvention d’équilibre, prévue dans le cahier des charges. Le montant de cette participation était justement l’un des critères de jugement des offres selon l’avis d’appel d’offres et il semble que son montant, qui n’a pas été communiqué en conseil municipal, soit significativement supérieur à la subvention dont bénéficiait l’ex association (79 000 € pour l’année 2018, sur un total de 220 000 € de subventions communales aux associations).

Pas sûr donc que la collectivité trouve son compte dans cette nouvelle délégation au privé d’un service public communal. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que la commune a perdu une belle occasion de profiter du tissu associatif local particulièrement dynamique pour développer de manière plus démocratique et participative l’exploitation du Centre culturel qui fait la fierté des Carnussiens. La culture n’a pourtant de sens que si elle est partagée…

L. V. 

Carnoux : le château de mon maire…

24 septembre 2018

Monsieur Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer dans sa bonne ville de Carnoux-en-Provence depuis maintenant 35 ans, dont 17 ans comme maire inamovible, restera sans conteste dans la jeune histoire de cette commune qui vient tout juste de fêter ses 50 ans d’existence, comme le baron qui a su faire édifier le premier château jamais construit dans ce petit vallon provençal dont il a fait son fief, à quelques encablures du Garlaban si cher à l’enfance de Marcel Pagnol.

Le nouvel hôtel de ville de Carnoux avec le futur bâtiment de l’Office de tourisme sur la gauche (photo © CPC)

Un château encore en chantier, certes, et qui risque de coûter un peu plus cher que prévu, mais qui a déjà fière allure, s’étendant tout autour de l’ancien hôtel de ville qui ne date pourtant que de 1970. Bien qu’encore non achevé, le bâtiment est déjà particulièrement imposant. Les hautes parois des façades extérieures renforcent cet aspect de forteresse imprenable, encore accentué par la présence d’un fortin édifié à l’angle de la place Tony Garnier, sous forme de bastion avancé et dont l’architecture rappelle furieusement celle d’un blockhaus fortifié. C’est l’Office de tourisme qui est destiné à prendre ses quartiers dans ce corps de garde, un beau symbole de l’ouverture d’esprit et de l’hospitalité des Carnussiens, toujours prompts à accueillir l’étranger.

Vue du chantier de l’hôtel de ville, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Avec 900 m2 de surface supplémentaire, sur deux étages, la superficie au sol a été fortement augmentée par rapport à l’ancienne mairie qui n’était pourtant pas ridicule pour une commune de moins de 7000 habitants et dont la totalité du foncier disponible est déjà occupée, ce qui rend toute nouvelle urbanisation depuis longtemps impossible.

Les nouveaux bâtiments permettront certes d’accueillir la police municipale et le CCAS, mais on a quand même un peu de mal à imaginer pourquoi il était nécessaire de procéder à une telle extension alors même que la quasi-totalité des compétences communales a désormais été transférée à la métropole et que le nombre d’agents municipaux à loger est particulièrement faible, la commune ayant choisi d’externaliser la quasi-totalité de ses missions.

Vue du chantier de l’hôtel de ville depuis la rue Tony Garnier (photo © CPC)

On aurait cependant bien mauvaise grâce à faire la fine bouche devant ce monument imposant en cours de construction en plein cœur de Carnoux et qui se veut le point d’orgue du projet de rénovation du centre-ville de Carnoux, un programme initié depuis plus de 10 ans désormais et qui montre à quel point une petite commune comme Carnoux peut s’offrir ainsi de somptueux espaces publics en faisant appel pour l’essentiel à la générosité des contribuables d’autres communes.

C’est d’ailleurs un des points qui ont été relevés dans le rapport au vitriol que vient de dresser la Chambre régionale des comptes après avoir procédé à un contrôle de la gestion municipale depuis 2013. Adopté le 24 mai 2018, ce rapport est désormais consultable sur le site de la commune, assorti des réponses du maire en date du 27 juillet 2018. La Chambre régionale des comptes (CRC) y relève notamment que les quelques 15,4 millions d’euros dépensés par la commune entre 2013 et 2016 ont été très largement financés par près de 8 millions d’euros de subventions versés pour l’essentiel par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Une manne de près de 200 € par an et par habitant, totalement inhabituelle aux yeux de la CRC qui constate que les subventions d’investissement pour des communes comparables ne dépassent pas en moyenne 58 € par an et par habitant.

Le patio du nouvel hôtel de ville en travaux, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Les Carnussiens ne remercieront donc jamais assez les autres contribuables d’Aubagne ou de Marseille qui acceptent bien volontiers de se serrer la ceinture et de laisser leurs propres établissements publics tomber en ruine, pour permettre à la commune de Carnoux de rénover et d’embellir à grands frais son cadre de vie. Il suffit d’ailleurs de comparer l’état des infrastructures scolaires pour constater à quel point les habitants de Carnoux sont bien servis, ce qui explique au passage pourquoi, comme l’a relevé avec étonnement la CRC, la ville de Carnoux accueille dans ses établissements autant d’élèves venant des communes voisines.

Et bien entendu, on ne louera jamais assez l’habileté de notre maire bienaimé qui est devenu le champion toutes catégories des demandes de subventions auprès du Département qui ne sait rien lui refuser. La quasi-totalité des délibérations prises en conseil municipal tournent d’ailleurs autour de ce sujet central. Une belle illustration en est donnée par le dernier compte-rendu en date du 26 juillet 2018, qui fait état de pas moins de 6 délibérations de ce type pour réclamer au Département de subventionner à hauteur de 60 à 70 % pour 1,6 millions de nouveaux travaux dans le cadre de l’enfouissement des réseaux aériens.

L’ancien hôtel de ville de Carnoux ceinturé par les nouveaux bâtiments en construction (photo © CPC)

Comme l’explique crûment le maire, selon les termes du compte-rendu officiel, « la collectivité a décidé de taper un grand coup dans l’enfouissement des réseaux aériens et de l’éclairage public avant que l’éclairage public ne passe de compétence métropolitaine, ce qui devrait avoir lieu en 2020 » car « il n’est pas certain que la collectivité obtienne des subventions en 2020 puisque le département doit fusionner avec la métropole. De plus, il n’est pas certain que la métropole, avec l’ampleur des travaux à entreprendre pour les différentes communes, vote 1 600 000 € de travaux. Il faut donc anticiper ». En d’autres termes, il faut en profiter tant qu’on peut siphonner les caisses du Département parce que Martine Vassal est en campagne et peut allégrement arroser tous ses soutiens car lorsqu’elle prendra les rênes de la Métropole après la disparition programmée du Conseil départemental, il faudra nécessairement partager le gâteau avec les maires des autres communes. C’est donc la course contre la montre pour dépenser tout ce qui peut l’être, quitte à prévoir un peu large pour le nouvel hôtel de ville dont les horaires d’ouverture au public ont pourtant été encore réduits…

L. V. 

 

Monsieur le Maire tient à préciser…

En réaction à cet article, Monsieur le Maire de Carnoux a immédiatement écrit au Président du Cercle progressiste carnussien pour justifier son action et c’est bien sûr avec grand plaisir que nous publions ses observations qui ne sont en rien contradictoires avec ce que nous avions noté, sinon sur des points pour lesquels notre analyse a manifestement été lue un peu rapidement car il n’y a jamais été écrit que les nouveaux locaux n’étaient pas destinés à accueillir des services externalisés, ni bien entendu que les élèves des communes voisines sont accueillis sans contrepartie financière… On a donc un peu de mal à discerner où se situe « l’inexactitude du propos ». En tout cas, que le maire se rassure, il n’y avait nulle méchanceté dans notre analyse qui ne reflète que les interrogations d’un citoyen curieux de la manière dont sont gérées les affaires publiques dans sa commune !

Monsieur le Président,

Il m’a été « conseillé » de lire l’excellent article du courageusement nommé LV paru sur votre blog sous le titre « le château de mon maire… »

Je dois dire que je n’ai pas été surpris par le ton, la méchanceté et surtout l’inexactitude du propos.

Dans un premier temps je n’ai pas jugé utile de répondre puis à la réflexion j’ai estimé que je me devais de rectifier et de préciser certains points.

  • La surface de l’extension mairie n’est pas faite pour accueillir des services externalisés, mais pour donner de meilleures conditions de travail aux agents et pour offrir des locaux plus fonctionnels à la police municipale et au CCAS comme vous le dites mais aussi au service des sports et à la PMI.
  • Vous parlez du rapport au « vitriol » de la chambre régionale des comptes. C’est une affirmation gratuite. Beaucoup de communes souhaiteraient avoir le même puisque la qualité de notre gestion est reconnue.
  • Les investissements de la commune, certes importants pour sa taille, sont aidés financièrement par le Département mais aussi par la Métropole comme toutes les communes semblables à la nôtre. Vous aurez bien entendu remarqué que notre autofinancement est conséquent grâce à une gestion « responsable » et maitrisée.
  • Les élèves trop nombreux à votre sens que nous recevons de l’extérieur sont ceux qui résident à Carpiagne et qui relèvent des communes de Marseille et d’Aubagne. Pour votre information, une participation financière est versée par chacune d’elle pour chaque élève scolarisé dans notre groupe scolaire Frédéric Mistral, dans le cadre d’une convention établie il y a près de 20 ans !

Certains se réjouissent d’avoir une commune qui se modernise et s’embellit, sans endettement et sans hausse de la pression fiscale, d’autres comme vous trouvent le moyen avec un humour douteux et sans discernement de s’adonner à la critique systématique ! Ce qui est excessif n’est pas crédible..

Je n’ai certes pas la prétention de tout bien faire mais soyez assuré que dans mon action, je n’ai qu’un objectif, l’intérêt de notre ville et de ses concitoyens.

Je vous remercie d’insérer dans votre blog ce courriel en vertu de mon droit de réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées .

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

 

 

Katulu ? n°56

20 juillet 2018

La dernière réunion du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien, au cours du premier trimestre 2018, a été encore l’occasion de découvrir ou redécouvrir de nombreux livres coups de cœur ou déceptions, que nos lecteurs se font une joie de vous faire partager. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu_n°56), et  venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence, afin d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures !

 

Alabama Song

Gilles Leroy (Prix Goncourt 2007)

Le roman est écrit à la 1ère personne « Je suis Zelda Sayre, fille du juge ». L’auteur incarne donc son héroïne qui n’est autre que l’épouse de Scott Fitzgerald. Pourtant il ne s’agit pas d’une autobiographie, l’auteur dans une note revendique une fiction.

L’action se situe entre 1918 et 1943. A cause de l’époque déjà lointaine, dès les premières pages du livre se dégage une sorte d’air suranné et de photographie sépia qui s’impose à nous, avec cependant et paradoxalement à la suite des dates toujours ponctuées, dans un ordre sans cesse bousculé avec des allers et retour, une impression forte de présence, de vérité et de réalisme et aussi d’actualité.

Ces pages relatent la vie de Zelda. Ses confessions sont parcourues des frissons de l’enfance, d’une jeunesse insolente remuante et à travers ces fulgurances du passé une tentative désespérée de décrypter, d’analyser, de comprendre son propre mystère au fil du temps. Zelda est une héroïne touchante, tragique. Jeune fille brillante, désirée par les hommes, elle épouse finalement Scott Fitzgerald. Il représente, malgré lui l’Amérique du Nord, symbole de ce nouveau monde où l’argent et la réussite priment avant tout. Elle, elle est liée au Sud, à la morale puritaine et aux traditions esclavagistes.

Gilles Leroy (photo DR)

Zelda dénonce combien l’avenir est toujours réservé à l’homme. Écrire est une affaire d’homme, le rôle de chef de famille rarement accordé spontanément à la femme. La vérité ne peut que venir de l’homme. La société a choisi la version de Scott plutôt que celle de Zelda. Ce livre pourrait être ainsi un procès à l’injustice faite aux femmes.

Ce roman est touchant par sa musique nostalgique sur les problèmes du couple portés jusqu’à l’extrême désagrégation, une vision de la société avec l’ombre de la guerre toujours latente : violente injuste raciste machiste sexiste. Nous restons le produit de nos racines natales dont on ne peut se libérer totalement. Nous demeurons tous prisonniers d’un destin que nous ne maîtrisons pas totalement.

Je vous laisse rêver avec Alabama Song et choisir ce qui vous touche le plus : les fractures et mystères du couple, les fractures sociales, l’Amérique du Nord et celle du Sud, ses démons conservateurs, racistes, esclavagistes, les conflits toujours latents qui nous guettent, guerres et intolérances en tout genre, ou encore l’injustice faite aux femmes pouvant aller jusqu’au pillage de leurs œuvres et à leur enfermement (on peut se souvenir de Camille Claudel !).

                                                                                   Nicole

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

« Au gré des jours » succède au « Sel de la Vie », une fantaisie  qui déjà évoquait les petits plaisirs qui jalonnent l’existence ! Ce livre est sa dernière œuvre !

« Prenez place s’il vous plaît »

Cette première partie est assez édifiante par sa forme, avec son style très particulier, très rapide, sans point final, des phrases à rallonge, des évocations diverses ; elle saute du coq à l’âne suivant où l’entraîne sa mémoire, avec des virgules pour séparer les évocations très différentes l’une de l’autre ! Des descriptions sans lien entre elles s’étalent sur plusieurs pages ; elle cite des acteurs, des chanteurs, des animaux de compagnie ou non, une information saisie à la télé ! Souvenirs d’enfance ou d’adulte.

Toutes ces évocations foisonnantes, poétiques énoncées sur un rythme échevelé, qui ne permet pas de reprendre sa respiration, traduisent chez Françoise Héritier une prodigieuse culture, cette femme anthropologue, ethnologue qui a remplacé Claude Lévy Strauss au Collège de France, en tant que Professeur. On reconnaît la féministe : elle relate la réflexion de Lévi-Strauss : « Vous avez un esprit d’homme ». Un compliment certes, mais la féministe en elle s’irrite !

« Qu’est-ce savoir, qu’est-ce vieillir ? »

Françoise Héritier, en octobre 2013 (photo © DRFP / Leemage / AFP)

Le rythme de l’écriture change, on n’est plus dans le même registre : on est davantage dans l’autobiographie : « que sais-je ? J’ai conscience que je ne sais rien, à peine savoir vivre » Elle raconte sa vie, poétiquement, de façon réaliste et modeste, ainsi quand elle parle de « peur glaçante devant l’immensité de son ignorance et des champs de savoir où il ne s’est jamais aventuré ».

Évocation douloureuse de la dernière guerre mondiale : « l’exode de 1940, l’écoute mystérieuse de Radio Londres », ses études, ses 1eres règles arrivées sans aucun mot d’explication ! « les femmes de mon âge comprendront ! » Absence d’information sur la sexualité, la procréation, l’accouchement, la mort !

On ressent l’ethnologue par ses analyses d’elle en tant qu’individu qui se construit à travers l’histoire. En 1953 – 1956 elle fit la connaissance de Claude Lévi-Strauss : « ce fut pour moi dit-elle une révolution cognitive de découvrir à la fois la diversité culturelle et l’universalité des processus mentaux interprétatifs ».

Je retiens d’elle une grande intelligence, une curiosité insatiable, la défense des femmes, de la simplicité, de l’humour, le goût de l’amitié et de l’authenticité. « Fermez doucement la porte derrière vous » sont les derniers mots de ce livre !

                                                                                               Josette J.

 

Colette et les siennes

Dominique Bona

Ce livre est-il un roman ? Déjà, ce n’est pas une fiction ! Les héroïnes ont existé. Et l’époque historique qui s’étire de1914 à1954 est particulièrement bien documentée. Les faits relatés sont tirés du réel, de témoignages épistolaires, de correspondances entre les protagonistes, de références littéraires, d’articles de journaux, d’ouvrages historiques : ainsi s’agit-il d’un ouvrage sérieux, fondé sur une documentation fournie.

Il s’agit bien d’une chronique passionnante sur une époque que l’on pourrait croire très éloignée de la nôtre et dont pourtant la reconstitution nous confond. Le récit est vivant, alerte. Il y souffle un air de liberté, de sensualité, de générosité qui nous rappelle, s’il le fallait, que notre temps, notre Mai 68 n’a rien inventé ! Ces femmes sont étonnantes de modernité, de passions, d’absolu.

Dominique Bona (photo © DR)

L’auteur nous plonge avec finesse dans le parallélisme de leurs créations artistiques, de leur intimité et de leurs expériences vécues. Et il faut bien en convenir, le réel dépasse bien souvent la fiction. Leurs expériences vécues illustrent et nourrissent amplement leurs œuvres. Étrangement, leurs modèles sont des miroirs tendus en résonance exacte avec l’actualité.

Ce récit est une ode à l’audace malgré les épreuves, un hommage à toutes les femmes, une déclaration féministe où les hommes sont aimés même inconstants. Dominique Bona, à travers ce récit, parle de la singularité d’une époque tout en démontrant son universalité. L’humanité est face à ses contradictions, ses paradoxes, ses échecs, ses défis, ses combats.

Ce livre est un vibrant hommage à la femme et à l’humanité et nous apprend combien le « je » est aussi un « nous ».

Nicole

 

La vie en sourdine

David Lodge

David Lodge est un auteur qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a rencontré. Le catholicisme sera l’un des sujets amplement abordés dans ses romans, avec la vieillesse, le sexe, la vie universitaire. Précisons toutefois que, dans sa vieillesse, Lodge se définissait lui-même comme « catholique agnostique » !

Le roman dont je vous parle s’intitule en anglais « Deaf sentence » jeu de mots habile entre deaf (sourd) et death (mort) ces deux mots se prononçant presque de la même façon. En français, le traducteur, assez génial je trouve, a titré « la vie en sourdine ». L’œuvre a été publiée en 2008.

David Lodge en 2015 (photo © Roberto Ricciuti / Getty images)

L’histoire est celle d’un vieux monsieur, professeur à la retraite, qui devient de plus en plus sourd. Cette surdité qui est presque une « sentence de mort » l’isole de ses proches, lui fait commettre des bévues, l’entraîne, à son corps défendant dans une aventure avec une étudiante qui n’a pas froid aux yeux, jusqu’au moment où sa femme, ils sont mariés depuis 40 ans, lui annonce tout à trac, qu’elle le quitte !

Cet effondrement de sa vie privée va le faire revenir sur son adolescence où il avait eu un béguin pour une jeune catholique (encore !) qu’il a ensuite perdue de vue et même oubliée. Une quête pour retrouver son amour d’enfance le mènera sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, et tout se terminera sur une conclusion coquine où les protagonistes laisseront de côté leur catholicisme gênant pour jouir de ce qui leur reste de vie !

                                                                                                                      Annie

 

Falaise des fous

Patrick Grainville

J’ai été attiré par ce roman suite à un article de journal où Dominique Bona présentait cette œuvre comme « une puissante bouffée d’oxygène. Etretat, la mer déchaînée, les rafales de vent sur les falaises, je me suis demandée si j’allais résister à ces descriptions baroques qui sont la signature de l’écrivain ».

C’est une fresque historique, artistique, prodigieuse. Le talent de Grainville est incontestable. Effectivement, ça décoiffe ! Et quel manque de réalisme ! C’est vrai j’ai eu du mal à la lecture de ce livre à cause du style ampoulé justement… mais cette écriture flamboyante a été aussi pour moi un régal car Granville écrit superbement bien. Des descriptions magnifiques à propos de tableaux célèbres.

L’histoire est celle d’un homme vivant en Normandie, à Etretat, dans les années 1868 à 1930 environ. En 1868, tous les jours il rencontre Monet, souvent en train de peindre et qu’il admire profondément. Grâce à lui, il va pénétrer dans le monde flamboyant de l’Impressionnisme.

Patrick Grainville (photo © Hermance Triay)

Ce roman est irréaliste par ce côté absolument incroyable des rencontres surprenantes tous les jours au coin de la rue, ou au bord de la falaise, de Monet, de Courbet qu’il met en parallèle très souvent : lui aussi peint la falaise.

Outre la peinture représentant l’essentiel des thèmes, on parle littérature également avec Victor Hugo, Marcel Proust, Maupassant, Flaubert. L’évocation de l’Affaire Dreyfus parcourt le livre et nous fait découvrir cette injustice préfigurant les sévices faits aux juifs au XXème siècle.

Ce livre est une fresque sociale qui déploie tous les mouvements de la société, toutes les formidables évolutions scientifiques, technologiques de ce siècle ! « C’est un peu Labiche au Musée d’Orsay mais c’est surtout du Grainville agité, énergique, plein d’élan, de ciel bleu et de petits nuages blancs. Il prend la vie à pleines pages et la rend plus rose, plus ronde, plus appétissante. Succulent ».

                                                                                                          Josette J.

 

Fugitive parce que reine

Violaine HUISMAN

Ce roman, paru chez Gallimard en 2018, présente une structure très classique en trois parties : introduction, développement et conclusion, mais dans une langue très moderne et rapide, avec un vocabulaire riche et parfaitement adapté à cette terrible narration partiellement ou peut-être entièrement autobiographique.

I -« Le jour de la chute du mur de Berlin »… jour remarquable pour une petite fille de six ans, car ce même jour, sa mère « avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois de force… ». Violaine et sa sœur aînée Elsa vont apprendre à vivre avec une personne bi-polaire, leur mère chérie, qu’elles adorent malgré ses sautes d’humeur. Adulte, elle se souvient et dissèque ses souvenirs.

Violaine Huisman en 2017 (photo © Beowulf Sheehan)

II- C’est la recherche de Violaine sur les origines de sa mère. Pour diverses raisons elle changera plusieurs fois de nom jusqu’à sa fuite loin de son milieu de naissance. Sa mère lui a fait faire des études de danse malgré une légère boiterie et les premières atteintes de son mal psychique. Elle débute donc une carrière, éblouit un jeune bourgeois marseillais, l’épouse, en divorce pour épouser un très riche vieil aristocrate parisien qui sera le père de ses deux filles, Elsa et Violaine… Elle aime ses filles de façon extravagante, alternant passion pour les hommes, passion pour une femme et séjour en clinique pour dépression.

III- Ses filles ont réussi leurs études et sont bien établies dans la vie. Leur mère part vivre au Sénégal, elle y rencontre un noir musulman plus jeune. Elle l’épouse selon la coutume africaine… Elle change de nom pour la septième fois ! La dépression guette toujours ! Plus de contrainte ; Catherine peut quitter ce monde et se suicide discrètement dans l’appartement parisien qu’elle a conservé.

Ses obsèques, voulus par ses filles à la hauteur de leur amour filial, sont l’apogée de ce roman.

                                                                                                          Roselyne

 

Que serais-je sans toi ?

Guillaume Musso

Il y a deux auteurs français qui m’intriguent depuis un certain temps, Marc Levy et Guillaume Musso. Je les considère comme les « Delly du 21° siècle ». Je me suis donc décidée à lire un roman de Musso, par hasard, je suis tombée sur « Que serais-je sans toi ? », paru en 2009.

C’est une histoire qui mêle amour, problèmes de santé, séparations, retrouvailles, œuvres d’art, déceptions amoureuses, voyages, qui s’étale sur 15 ans, 20 ans, où des personnages que l’on croyait morts réapparaissent… Plus on s’approche de la fin plus l’histoire se complique, mais rassurez-vous tout, se terminera bien !

Guillaume Musso (photo © Emanuele Scorcelletti)

Quelque part c’est aussi un « road movie », qui démarre à Paris mais se terminera à San Francisco, avec de longs descriptifs du pont, des rues en pente, de la baie avec la prison d’Alcatraz ça a un petit côté publicité agence de voyage…

Qu’est ce qui a pu attirer ces millions de lecteurs vers cette histoire bien tarabiscotée, il faut l’avouer ! C’est pour le savoir que j’ai voulu connaître cet auteur ! D’abord il est manichéen : les bons sont vraiment bons, les méchants, vraiment noirs ! Les filles sont belles, longilignes, cheveux au vent. Les scènes d’amour sont décrites mais sans pornographie, c’est gentillet, quoi !

Pour les gens qui n’ont pas l’occasion de voyager ça dépayse. Ils ont l’impression de connaître San Francisco que Musso leur fait visiter en les tenant par la main… Il y a de l’espoir même quand tout paraît perdu. Les rapports de famille sont mis en avant, rapports, mère-fille, père-fille dans ce roman ci.

J’ai écrit « c’est gentillet » eh bien je crois que c’est vraiment le mot : Guillaume Musso est un auteur gentillet, d’ailleurs je trouve qu’il a un air bien gentil sur les photos de presse.

Pour moi un seul Musso ça va me suffire, mais ça vaut le coup d’essayer et puis ça remonte le moral !

                                                                                                          Annie

 

Le retour du M’Zungu

Janine et Jean-Claude Fourrier

Il s’agit dans ce roman d’un retour du couple, pendant quelques mois à Mayotte, 20 ans après un premier séjour. Il s’agit avant tout de mesurer ce qu’a déclenché la départementalisation de Mayotte une toute petite île des Comores vendue à la France par le sultan malgache Andiantsouli contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres en 1841. En mai 1958, l’Assemblée territoriale des Comores vote le transfert de la capitale Dzaoudzi vers Moroni dans la grande Comore ce qui provoque un grand mécontentement des Mahorais. A partir de là va commencer un grand mouvement pour la départementalisation jusqu’au référendum de 2009 où le oui l’emporte à 95,24 %. Le 31 mars 2011 Mayotte devient officiellement le 101ème département français. Recensement en 2012 : 212 645 habitants hors migrants clandestins estimés à plus du quart de la population.

Janine et Jean-Claude Fourrier (photo © DR)

Ce que les auteurs détaillent bien dans leur livre, c’est la différence énorme qu’ils ont vu entre un pays où il faisait bon vivre et une situation aujourd’hui en ébullition. Certaines informations donnent plus de 40 % d’étrangers en particulier venant de l’île toute proche Anjouan, d’où viennent de toutes petites embarcations pas du tout sécurisées. Les femmes comoriennes viennent accoucher à Mayotte et repartent parfois en laissant leur bébé qui a donc la nationalité française…

Le livre pose la question de la départementalisation d’un territoire très envié par ses voisins et lui-même très frustré de ne pas avoir le niveau de vie, la sécurité, ce qui avait été promis et qui semble difficile à assumer par la France. Les auteurs insistent sur le sentiment d’insécurité qui règne maintenant dans l’île et la dégradation des infrastructures.

Leur livre écrit l’an dernier est précurseur de ce qui vient de se passer avec la grève générale qui a duré plusieurs semaines pour demander de l’aide financière pour le développement de l’île et pour la sécurité.

Ce livre est plaisant à lire, mais on ne parlera pas d’une œuvre littéraire. On n’en retiendra essentiellement l’analyse d’un territoire d’outre-mer où la France a des obligations mais n’a-t-on pas passé le temps de la colonisation ou de l’aide privilégiée pour conserver une main mise dans l’Océan Indien ? Quel est pour la France l’intérêt de la départementalisation d’une petite île qui croule aujourd’hui sous l’afflux de l’immigration clandestine ?

                                                                                                                      Cécile

 

Ma reine

Jean-Baptiste ANDREA

Un roman facile à lire, avec un style simple qui suscite des images familières à tous ceux qui aiment la Haute Provence.

Un garçon de douze ans, un peu attardé, n’est plus désiré à l’école du village et se sent inutile auprès de son père garagiste, même s’il sait servir l’essence, vêtu d’un beau blouson jaune marqué « Shell ». Il décide de partir à la guerre afin de prouver qu’il est devenu un homme et un jour prend le départ en montant derrière chez lui jusqu’au plateau dominant la vallée de l’Asse.

Jean-Baptiste Andrea (photo © DR)

Un abri dans une borie en ruine, quelques baies, l’eau d’un abreuvoir à mouton, c’est peu pour les premiers jours ! Heureusement une fille à peu près de son âge passe par là et lui révèle qu’elle est une reine venue d’un château voisin. Elle sera sa reine s’il lui jure obéissance. Elle s’appelle Viviane et elle l’appelle « Shell ». Ils se fabriquent des codes. Elle lui apporte de la nourriture ; elle l’aide à se dissimuler des gendarmes investigateurs du lieu, car on le recherche ; elle l’entraîne dans la découverte du plateau ; puis un jour, elle disparaît.

Le berger Matti, appelé « Silenci » parce qu’au village on le croit muet, le secourt en secret. ll le loge, le nourrit et l’embauche pour garder les moutons en compagnie du gros labri blanc. Tout va bien ! Mais un jour, « Shell » découvre la petite maison des parents de Viviane. Viviane n’est pas une reine ! Elle lui a menti ! Il lui fait honte. Elle le récupère ! Alors, ils rentrent tous deux « dans le noir paradis des amours enfantines « , rêvant de partir jusqu’à la mer libératrice dont le chemin passe tout près d’un rocher appelé « Pénitent ».

Réalité ou rêve ? Il est enfin un homme… mais à quel prix. Féerie ou drame mélancolique sur deux enfants dans le mal-être. C’est joli et rugueux comme la Haute-Provence.

                                                                                                          Roselyne

 

Mélancolie de la Résistance

Lazlo Krasznahorkai

Par son atmosphère slave et la force de sa description, ce livre rappelle Gogol et Boukgakov. Il serait à classer dans le genre Thriller. Son sujet nous plonge dans le décor crépusculaire d’une ville au bord de l’apocalypse. Un danger étrange la menace, symbolisé par l’exposition d’une baleine au nom étrange de Blaahval.

Art de la description

L’auteur laisse une large place au décor, personnage à part entière. L’atmosphère qui se dégage est celle dont un des protagoniste, M. Eszter dira « Nous vivons un enfer sans issue et entre un avenir perfide et un passé révolu ». La ville est en effet en décomposition : ordures, rats, chats prolifèrent. La misère slave dégouline à travers la crasse, la misère, le froid. Coup de griffe subliminale de l’auteur aux régimes autoritaires, il dénonce le manque de confort (pas d’électricité), une ville sans distraction mais avec le bruit des bottes en embuscade.

László Krasznahorkai (photo © Nina Subin)

Art des portraits

Les personnages sont le miroir de la désagrégation d’un monde. Ils expriment chacun à leur façon une idée de finitude et de malheur.  Ces personnages font la part belle à des dialogues intérieurs qui donnent au lecteur une impression de proximité, de vérité, de réalisme. L’homme nous est décrit selon une illusion toujours démesurée et une détresse toujours injustifiée. Il manifeste le besoin de fuir et ressent le bonheur du renoncement comme ultime sauvetage.

Art de la composition

Beaucoup d’analogie avec la musique. Le récit suit un développement, un élargissement, un crescendo qui accompagne la désagrégation d’un monde, sa finitude, son délabrement. La tension, l’angoisse nous étreignent tandis que s’insinue l’étrange, l’irrationnel et l’irréductible destin en marche avec son cortège de massacres, de sang, de morts.

Ce livre nous plonge dans une mélancolie profonde dans laquelle les résistances relèvent de la course ou de l’immobilité sur un fond musical assez désespéré. Un livre à lire comme un voyage au bout de la nuit, à suivre dans un souffle et à en accepter le vertige dans sa vérité aveuglante sur notre condition.Un tableau d’une lucidité plutôt amère mais aussi une invitation à la résistance chacun suivant sa nature.

Un livre d’une grande puissance, envoûtant !

Nicole

 

Paname underground

Zarca

Un livre rédigé à la première personne du singulier, en verlan simplifié, dans un style d’jeuns. L’auteur est appelé « l’écrivain » car il a déjà publié un « bouquin ». Il est contacté pour rédiger un guide des quartiers chauds de Paname : « Alors Zarca, quand est-ce que t’écris un livre sur le free fight ? Mais sans les travelos du Bois de Boubou hein… »

Johann Zarca (photo © DR)

Saint- Denis street, Ghetto Belleville, Stalincrack en passant par Bezbar-La Pelcha et jusqu’à la Bastoche, pour n’en citer que quelques chapitres. En Ceumer, en bécane ou en tromé, il trace ou s’arrache avec ses soces ou ses potos ; rencontre des Afghans, des renois, des rebeus et des toubabs.

Il subit une attaque ratée à la kalache, pleure sur Dina qui meurt d’over dose à l’hosto. Boit du sky ou de la Kro, se shoute à n’importe quoi pour supporter l’épreuve :  » Trois semaine qu’elle a calanché et je ne le digérerai jamais. Je suis pas du style à me laisser abattre mais là, je plonge quand même dans un sale down, rongé par des idées noires. »

Il approche de la vérité, empli de rage et d’écœurement… le lecteur aussi trouve cela glauque, voir bien dégueu… mais admire la composition et la langue argotique recomposée… plus naturelles et plus modernes que celles de San Antonio.

Cimer, Zarca, pour ce renouvellement.

Roselyne

 

Portraits Crachés – Un trésor Littéraire de Montaigne à Houellebeck

Claude Arnaud

Ce titre nous situe déjà dans l’éventail du temps à parcourir. Il illustre une chronique de l’histoire de la littérature française à travers un genre littéraire : le Portrait. A travers cette fresque chronologique, l’on retrouve les travers et les qualités du peuple français dont nous sommes ! Il y a donc de l’égocentrisme, de l’individualisme sans exclure, l’ironie, le sarcasme, la cruauté. On se glorifie. On encense autrui par calcul, pragmatisme, on dénonce, on se dénigre soi-même. Bref les méthodes sont classiques, universelles et éternelles.

De ce luxe de pages je vous propose quelques axes d’attention :

Étude du genre :

Le portrait du point de vue historique. Sa chronologie se décompose en trois grandes phases : une apogée une désincarnation, une renaissance. A travers l’Art du portrait c’est aussi l’histoire politique qui défile, notre histoire sociale littéraire qu’il véhicule, les étapes de la science qu’il suit.

Claude Arnaud (photo © Hannah Assouline / Opale / Leemage / Robert Laffont)

Cette étude historique traduite par Claude Arnaud nous conduit à la conviction d’une vérité qui est extrêmement difficile à connaître nous sommes « JE et les circonstances » « JE dans l’histoire », notre MOI est complexe, insaisissable d’où peut-être cette tentation des portraits « collectifs » cet engouement pour les grands types : l’avare, le séducteur, l’ambitieux, le fat, le bigot. Il nous conduit à des généralisations réductrices : saoul comme un polonais, fort comme un Turc, radin comme un Écossais, avide comme un Juif… Et voici Le Nazisme ou l’Absolutisme en marche SUBREPTICEMENT.

L’art du Portrait est protéiforme :

Il se décline en peinture, au cinéma, en photos. Il est gazette, journal, fable, roman, poésie. La littérature invente le « flouté », le vide, l’air, ni raison d’être, ni but, ni fin. Elle reflète aussi les écoles en peinture le divisionnisme, le fauvisme, le cubisme. Mais la littérature reste sans doute supérieure en matière d’images en pénétrant l’abstrait, la mobilité, la durée, les sentiments.

Quel est le sens du portrait. Que dit-il de nous ?

Je retiens les malédictions des freins à notre liberté : hérédité, circonstances, mystère de l’inconscient, de l’irrationnel, notre impermanence douloureuse. De cette galerie de glaces de ces portraits historiques romanesques flattés ou à charge se dégage une leçon de morale, un sens critique qui nous invite à moins d’aveuglement à une ouverture. Elle nous force à regarder nos outrances, nos arrogances, nos cruautés.

En conclusion ce livre de 900 pages m’a éperdue, tentée de picorer ça et là ; ma lucidité a côtoyé passion, aveuglement, fanatisme, tolérance. Cette anthologie a été un voyage époustouflant à travers les siècles ; la pléiade d’auteurs cités m’a replongé dans la gourmandise de très vieux compagnons de route et rappelé mes abîmes d’ignorance… et finalement convaincue « qu’être c’est être perçu, se percevoir, c’est exister doublement »

Nicole

 

Les mémoires d’une jeune fille rangée

Simone de Beauvoir

C’est est un gros bouquin de 360 pages publié en 1958, Simone a 50 ans. Je trouve que le titre est mal choisi, je dirais plutôt « Mémoires d’une jeune bourgeoise rangée ». En effet, à aucun moment la famille n’oublie qu’elle est de bonne extraction même si elle est fauchée.

L’ouvrage est divisé en 4 parties suivant l’ordre chronologique.

La première partie va de sa naissance à ses 11 ou 12 ans. C’est le temps de l’innocence, du bonheur. On assiste à la naissance de sa sœur, ses parents s’entendent encore bien, ils font du théâtre en amateur. Elle entre au cours Adeline Désir et y rencontre Zaza. La plupart des personnes citées dans le livre le sont sous un nom d’emprunt. Zaza= Elizabeth Mabille, en réalité Elizabeth Lacoin qui restera sa meilleure amie. Plus tard nous rencontrons Pradelle qui n’est autre que Maurice Merleau Ponty. Par contre, Sartre, quand il entrera en scène, gardera son véritable patronyme.

Simone de Beauvoir (photo © DR)

La seconde partie va la suivre jusqu’à ses 17 ans, âge auquel elle passe son bac. On est étonné de la rigueur des mœurs : ni théâtre, ni cinéma, les livres sont souvent caviardés pour éliminer les parties scabreuses (ou jugées telles par les parents). Reçue au bac, elle veut aller à la Sorbonne : refus des parents qui la dirigent vers une faculté catholique. Pour eux, la Sorbonne c’est l’antre du diable !

Le troisième chapitre la voit découvrir avec ivresse les études supérieures, avec l’ouverture d’esprit qui les accompagne, les rencontres avec de jeunes étudiants dont Sartre avec lequel elle va préparer son agrégation de philosophie et qu’elle admire beaucoup.

Enfin dans le dernier chapitre nous la voyons changer : elle fréquente les bars de Montparnasse, elle boit, elle se gorge de cinéma. Elle décide de vivre en intellectuelle, ne se mariera pas et n’aura pas d’enfants. Elle adhère au parti communiste. Ses premiers sentiments féministes se font jour. Elle se lie avec Sartre qui la surnomme « le castor » (Cf Beaver, castor en anglais, pas très loin de Beauvoir). Son plus cher désir : être libre !

Son amie Zaza tombe malade. Un transport au cerveau l’emportera. « Zaza avait-elle succombé à un excès de fatigue et d’angoisse ? Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort ». Tels sont les derniers mots des « Mémoires d’une jeune fille rangée »

Annie

 

Saint-Marcoux, un auteur pour la jeunesse

Jeanne Saint-Marcoux (photo © DR)

Jeanne (dite Jany) Saint-Marcoux est un auteur français née à Paris en 1920 et décédée en cette même ville en 2002 (82 ans). De 1952 à 1973 elle publie dans la collection Rouge et Or, 27 titres qui présentent chacun une ville ou une région de France (Alsace, Toulouse, Paris, Les Baux de Provence…). Plus d’un million de lecteurs (et lectrices ?) ont lu Saint Marcoux. Elle obtient le prix Montyon pour « Aélys et la cabre d’or ».

Les personnages de Saint-Marcoux : l’héroïne est une jeune fille entre 13 et 15 ans. Elle est sauf exception, de milieu bourgeois, ou noble désargentée. Elle s’intéresse à l’art (la danse dans « les chaussons verts ») mais, le plus souvent, renoncera à sa carrière pour choisir l’amour ! Au cours du roman elle va rencontrer un jeune homme qui vit une existence aventureuse (il est pilote d’hélicoptère, photographe de presse, dessinateur, ingénieur aéronautique… mais il ne connaît pas le bonheur, il lui manque une vie de famille (nombreuse si possible) et, grâce à l’héroïne, il va trouver cet environnement « cocon » qui lui manque.

On rencontre beaucoup de personnages avec un handicap ou bien qui vivent misérablement. La société française de Saint-Marcoux : un pays en plein changement, on invente (la Caravelle, l’hélicoptère…), le catholicisme, toujours présent, se fait plus discret. Les filles ne sont pas soumises, elles innovent elles aussi mais ce sont quand même les garçons qui ont le dernier mot au moment où arrive une catastrophe. Le soir, comme leurs ancêtres, elles brodent ou font du tricot.

Les intrigues : Ces romans commencent toujours par un mystère à résoudre : des bijoux dérobés, un fils disparu, un bateau qui a sombré… Il y aura de nombreux souterrains oubliés, cachettes dans l’épaisseur des murs, lettres jamais reçues par leur destinataire…

Les personnages sont pour la plupart gentils ; le « méchant » se reconnaît tout de suite. Les parents sont peu présents, il faut bien que les jeunes vivent leur aventure ! le père, en particulier, est peu visible. On est dans un matriarcat.

Et tout se terminera bien et la jeune fille aura trouvé l’homme de sa vie !

Annie

 

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

Dans Souvenirs dormants, l’auteur évoque ses vingt ans, dans le Paris des années 60. Il l’appelle « Le temps des rencontres », dont les souvenirs se précisent grâce à de petites notes collectées tout au long de sa vie. C’est écrit à la première personne du singulier.

Patrick Modiano en 2014 (photo © DR)

A travers Paris, nous allons le suivre de dix-sept à vingt-deux ans, peut-être vingt-cinq. Dates précises, listes de noms ou adresses tiennent lieu de description et de détails. Il tente de mettre de l’ordre dans ses souvenirs à l’aide de ses listes anciennes.  S’y rattache les fugues qu’il pratique depuis l’âge de onze ans, traînant son mal-être de café en café, sont-elles une addiction contre laquelle il faudrait réagir ?

Est-ce la réalité ou est-ce un rêve ? C’est l’œuvre d’un artiste, d’un véritable artiste du verbe, qui, à partir d’éléments personnels, dessine, sans mots inutiles, six ébauches très serrées de scénario. Chacun de ces scenarii, avec le concours d’un metteur en scène de génie, deviendrait un film formidable.

C’est aussi le portrait d’un jeune homme angoissé devant toutes les possibilités qui s’ouvrent devant ses vingt ans, dans le flou de la précieuse petite musique modianesque, égrainant son Paris au rythme du guide de ses souvenirs. Mais aussi un pastiche ou une réminiscence du « Nouveau roman » qui depuis 1953, à la suite d’Alain Robbe-Grillet, Michel Butor et Nathalie Sarraute, prône la déstructuration du roman narratif.

Roselyne

 

UNE FEMME A BERLIN

(anonyme) 20 avril – 22juin 1945

Au printemps 1945 une jeune femme berlinoise (on sait d’elle qu’elle a une trentaine d’années, qu’elle a été journaliste, qu’elle a beaucoup voyagé, en particulier en Russie) note durant 63 jours sur des cahiers d’écolier ce qui lui arrive au jour le jour… Plus tard elle confie ces textes à un collègue, Kurt Marek qui réussit à les faire traduire en anglais et publier aux USA en 1954.

En 1959 le livre paraît en Allemagne sans aucun succès. Les Allemands ne veulent pas qu’on leur rappelle cette période ! En 1969/70 le livre tombe entre les mains de féministes allemandes. Elles sont intéressées mais le texte reste pourtant confidentiel. Et ce n’est qu’en 2001, l’auteure est décédée entre temps, qu’une nouvelle publication rencontre enfin le succès. La traduction française est de 2006.

Le style en est plein d’humour. Même quand elle raconte des choses atroces, elle parle sur un ton d’objectivité froide et même sarcastique. Les personnes décrites qui sont presque toutes des voisins à elle, prennent vie sous nos yeux ainsi que son quartier qui deviendra plus tard Berlin-Est.

La faim est le leitmotiv du livre : dans Berlin envahi par les Russes tout est prétexte pour se nourrir : prostitution, pillage… Les abris : toute la première partie de ce texte raconte encore et encore les nuits d’angoisse dans des caves sous l’immeuble.

L’armée allemande : Les Berlinois découvrent une armée de vieux, d’enfants, de blessés.

Photo extraite du film Anonyma – une femme à Berlin, réalisé en 2008 par Max Farberbock

Les Russes : « Vend 27 avril 1945, jour de la catastrophe », on les signale, on en voit un… ! Puis ce sera les viols, le travail forcé à partir du 14 mai, date de la capitulation de l’Allemagne, un véritable travail d’esclave durant des journées interminables.

Les dernières pages : Première visite chez le coiffeur le 9 juin, premier cinéma le 13 juin. Le 16 juin, retour de Gerd son amoureux. Ils n’ont plus grand chose à se dire !

Enfin 22 juin, les derniers mots.

Annie

 

Les charmes discrets de la vie conjugale

Douglas Kennedy

Les Charmes discrets de la vie conjugale (titre original : State of the Union) est sorti en 2005 et traduit en français en 2007. C’est un roman qui propose une vision de l’Amérique contemporaine et du combat politique qui l’anime, notamment la tension entre les « libéraux » (au sens américain du terme) démocrates et les néo-chrétiens pro-Georges W. Bush. Il illustre le conflit de génération qui perdure : les néo-chrétiens en réaction au libéralisme révolutionnaire des années 1960 de leurs aînés.

L’histoire se passe aux USA dans les années 1968. Hannah l’héroïne du roman, contre l’avis de ses parents, des universitaires très engagés à gauche, va se marier à 20 ans avec un étudiant en médecine très différent de ses parents mais qu’elle trouve ouvert, prévenant, avec qui elle se sent en sécurité.

Douglas Kennedy (photo © DR)

On passe de cette période aux alentours de 1968 à l’année 2003. Là, trente ans se sont passés où tout parait bien huilé. Elle a eu deux enfants qui ont tous les deux des bonnes situations. Le fils est marié et a lui-même deux enfants aussi tandis que la fille n’a pas jusque-là de relations amoureuses stables. Un grain de sable va remettre en cause cet équilibre finalement très fragile, relatif à un événement qui s’est passé dans la première période : celle de 68, une infidélité de 2 jours, restée secrète…

A travers la vie de son héroïne, Hannah, c’est tout un pan de la vie américaine et de la vie tout court que Douglas Kennedy soulève. Les choix que l’on fait souvent sont-ils les bons, et comment le savoir ? Sommes-nous responsables de tout ce qui arrive à notre progéniture ? Et enfin, connaît-on vraiment l’être avec qui on a décidé de passer toute son existence ?

Malgré ces presque 600 pages ce livre se lit comme un thriller surtout sa deuxième moitié. Sans apporter des certitudes, cette œuvre permet de se forger des réponses et de comprendre au moins une chose : qui que nous soyons nous avons besoin d’amis, de reconnaissance et d’amour. Et nous ne voulons en aucun cas mourir seul.

Cécile

Katulu ? n°54

22 juin 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles oeuvres découvertes et partagées au cours du dernier semestre de l’année 2017, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n° 54). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner

Un livre au titre accrocheur, qui rassemble un collectif de « savants » à majorité psychiatres et psychologues, édité par Albin Michel :

Patrice Van Eersel a été chroniqueur scientifique, rédacteur en chef du magazine Clés.

Boris Cyrulnik est psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain.

Pierre Bustany est neurophysiologiste et neuropharmacologue, spécialiste de psychophysiologie.

Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre et ancien professeur de psychologie à la Sorbonne, est l’un des grands spécialistes français de ces « neurones empathiques » qui constituent notre troisième cerveau, le « cerveau mimétique ».

Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, spécialisée dans le traitement et la prévention des troubles émotionnels (anxieux et dépressifs), a notamment introduit l’usage de la méditation dans les pratiques de soins en France.

Thierry Janssen, d’abord médecin et chirurgie durant plusieurs années, a choisi de devenir psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies.

La forme de l’ouvrage est originale avec quatre parties traitant du cerveau plastique, social, émotionnel et enfin un cerveau qui reste une énigme. Dans chaque partie, l’auteur fait un résumé des recherches actuelles et introduit la discussion qui va suivre avec un scientifique.

Boris Cyrulnik (photo © DR)

Notre cerveau est plastique (entretien avec Boris Cyrulnik) :

Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. Aujourd’hui, presque n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts certes puissants mais accessibles. L’ensemble de notre cerveau peut entièrement se réorganiser suite à un accident par exemple. Boris Cyrulnik démontre que la résilience repose sur la plasticité neuronale.

Notre cerveau est social (entretien avec Pierre Bustany et Jean-Michel Oughourlian) :

Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner car notre cerveau est neurosocial. Nos circuits neuronaux sont faits pour se mettre en phase avec ceux des autres. Nos neurones ont absolument besoin de la présence physique des autres et d’une mise en résonnance empathique avec eux. Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs. C’est un mécanisme qui fait que dès la naissance, notre cerveau « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si c’était lui qui agissait. Les neurones miroirs servent à nous préparer à l’action, en renforçant les voies neuronales de notre cerveau moteur. Ils détermineraient toutes nos relations. Si le modèle devient un rival les émotions et sentiments positifs, bonne humeur, estime, amour se changent alors agressivité. La sagesse consiste donc à apprendre à désirer ce que l’on a.

Notre cerveau est émotionnel et autonome (entretien avec Christophe André) :

Sentir, penser, agir… Tout cela ne consomme que 1 % de notre énergie cérébrale, c’est la partie consciente. Le reste est utilisé par le non-conscient. Un neurone ne devient opérationnel que si des dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. Les 6 moteurs de croissance dendritique les plus importants sont le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, l’effort volontaire. Ce qui détruit les neurones: le vieillissement, le stress, la pollution, certaines maladies, et surtout la passivité. On sait maintenant que notre cerveau ne comporte pas de régions spécialisées dans le calcul, la sémantique, la vision : tout fonctionne en réseau ! Les 3 principaux créateurs de réseaux neuronaux sont l’imitation, l’émotion et la répétition. Ces 3 facteurs constituent la trame de notre vie affective et relationnelle, car notre cerveau est éminemment social.

Notre cerveau est une énigme (entretien avec Thierry Janssen) :

De quoi sont faits nos rêves ? Les neurologues croient aujourd’hui que, pendant le sommeil paradoxal, le cerveau, libéré du contrôle conscient exercé par les lobes frontaux du néocortex, remodèle les réseaux neuronaux. A quoi ressemble ce remodelage ? Mystère ! Tout ce à quoi vous avez accès, c’est la traduction qu’en a fait votre moi conscient à la dernière seconde, juste au moment éclair du réveil, à la sortie de votre rêve. L’ultime énigme est circulaire : comment s’interroger sur ce qui nous sert à poser des questions, le cerveau étant à la fois l’étudiant et l’étudié ? Répondre à cette question serait-ce découvrir la nature de la conscience et de l’âme ?

Dans l’épilogue « Mais alors qu’est-ce que la conscience ? » ce sont les travaux d’Antonio Damasio directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de la Californie du Sud, qui sont pris en compte. « Le cerveau crée des cartes, qui vont lui permettre de s’informer et de guider le comportement moteur, mais aussi de fabriquer des images, qu’il va traiter pour produire ce que l’on appelle l’esprit et la conscience ». La conscience est esquissée dans le tronc cérébral et le cortex assure sa floraison. Dans un tel système, l’émotion et le sentiment exercent une primauté pour la conscience.

Au cours de ces entretiens passionnants, défaisant de nombreuses idées reçues, on découvre avec émerveillement des potentialités jusqu’alors insoupçonnées de nos neurones, ainsi que le caractère « neurosocial » de notre cerveau induisant la nécessité de stimuler nos cellules nerveuses tout au long de la vie. On est captivé par cet ouvrage qui délivre des découvertes stupéfiantes sur notre cerveau, dans un langage clair, simple et enthousiasmant.

                                                                                                          Antoinette

 

ALMA

J.M.G. Le Clézio

ALMA est le journal de voyage de Jérémie Fersen à la recherche de l’héritage spirituel que son père lui a partiellement caché. Il n’y a pas de préface, mais il y a en exergue, un quatrain datant de 1786, du poète écossais Robert Burns. Et puis il y a un prologue longuement animé par les noms qui, depuis l’enfance, virevoltent autour de Jérémie, « comme des papillons affolés ».

Il part pour un retour iniatique vers le pays de ses ancêtres paternels. Une veille carte sur toile datée de 1875 et un curieux caillou blanc de la grosseur d’une balle vont lui servir de viatiques. D’autres souvenirs ? Il n’en a pas ! Son père était un taiseux ! Alors il part à la recherche de ce lien qui lui manque.

Vient alors le développement, lorsque Jérémie Fersen débarque à Maurice, sur les traces d’Axel Fersen et de son épouse Alma. Ses aieux sont arrivés sur l’Isle de France en 1796, juste à la fin de la Révolution Française.

JMG Le Clézio (photo © Catherine Hélie / Gallimard)

Maigres indices sur lesquels il va faire du zapping selon la méthode actuelle. Clic sur Krystal : jolie lycéenne noire qui sèche ses cours. Clic sur Aditi, jeune femme d’origine indienne, enceinte d’un enfant sans père. Elle a été violée.

Clic sur la Surcouve, descendante de Surcouf, elle vit dans une cabane de pêcheurs avec des étagères remplies de livres anciens et de porcelaines de la compagnie des Indes.

Clic sur Marie Madeleine Mahé de la Bourdonnais, fille naturelle d’une esclave, reconnue par son père « gouverneur des Isles de France et de Bourbon » qui lui fit donner en France une éducation de demoiselle… mais pas d’héritage. A sa mort, elle finit à l’asile de la Salpétrière, sous Louis XV.

Clic sur Emmeline, très vieille dame, cousine d’Alexandre Fersen, enrôlé à quinze ans avec de faux papiers car il désirait fuir la vie étriquée de Maurice. Il devint avocat et c’est le père de Jérémie. Merveilleuse petite nouvelle sur la société coloniale du siècle passé…

Clic sur Topsie : c’est un flash plein d’humour triste.

Clic sur une autre navigation qui raconte les conditions aberrantes du transport d’un dodo vers l’Angletere et la fin du pauvre volatile en terre saxonne en 1608.

Feuilletant un album de photos jaunies, il recueille les dernières confidences d’Emmeline sur le secret de famille : Alma furent deux maisons séparées par un rideau de bambous ; dans la grande, les bons Fersen ; dans la petite, des Fersen maudits pour double métissage, branche anéantie à la disparition du cousin Dominique. Jérémie ne retrouvera pas Alma…

Etrange composition par la succession de caractères gras et italiques : le style concis-actif de la narration de Jérémie s’opposant au vécu-présent de Dominique beaucoup plus discursif.En fait, il s’agit toujours de la même personne, J.M.G. Le Clézio, pendant un de ses voyages dans l’archipel des Mascareignes dont Maurice, entre la Réunion et Rodrigues, est l’île centrale.

Ces voyages lui ont appris à faire le point entre les différents aspects de sa personnalité tout en promenant le lecteur dans un lieu magnifique, chargé d’histoire et de résonances dramatiques ou poétiques.

Des thèmes dominants : l’anéantissement des espèces dues à des fautes humaines, le passage d’une société esclavagiste à une société de consommation, la prostitution des jeunes à grande échelle induite par le tourisme mondial, la recherche mystique et le culte des morts par suite de l’affaiblissement des religions, les flux migratoire et ce qui en découle : le racisme ; la recherche de racines familiales dans un monde qui change vite. Qui sommes nous, où allons-nous ?

                                                                                                          Roselyne

 

Bella Ciao

Marielle Gallet

L’auteur, épouse de Max Gallo, raconte le combat quotidien de ce dernier contre la maladie de Parkinson, les errances d’un homme perdu, alors qu‘elle comprend qu’elle vit les heures tragiques de leur amour.

Quand elle rencontre Max il chante Bella Ciao pour la séduire ; l’amour la politique les réunissent. C’est un homme avide de culture, un bourreau de travail, passionné par la France, engagé auprès de Jean Pierre Chevénement puis intéressé par Nicolas Sarkozy. Mais on ne peut parler de lui sans évoquer le drame de sa vie, le suicide de sa fille Mathilde en 1972.

Lui qui a écrit tant de nombreuses biographies de Napoléon à De Gaulle, devient sous la plume de Marielle un héros romanesque. « il lui arrive de parler de lui à la troisième personne comme si cela allait le protéger ; un beau retournement de voir que celui qui a écrit 150 ouvrages devient à son tour l’un des personnages du livre ».

Elle dépeint les traits de caractère de cet homme à la fois modeste et conscient de sa supériorité, mais la maladie a rétréci sa vie, son corps, son écriture, ses mouvements, ses pas sont tout petits, il n’a plus assez d’énergie pour continuer à vivre ce qui faisait son essence essentielle. Il s‘ennuie, il n’aime pas l’homme qu’il est devenu, il préfère ne pas le voir. Lorsque les médecins ont diagnostiqué la maladie de Parkinson, elle s’est beaucoup documentée, mais lui n’a pas voulu.

Marielle a écrit ce livre pour surmonter l’indicible. Elle revit les merveilleux moments de leur amour car il y a une véritable tragédie à vivre simultanément la présence et l’absence de la personne qu’on aime ; écrire est un moyen de résister.

Ce livre aurait pu s’appeler le Désarroi car elle l’évoque très souvent au cours des pages.

Elle accepte la tyrannie de Max, elle l’excuse. Elle lui lit les pages de son livre mais ce n’est pas lui ; il emploie le mot « il » pour designer mon personnage. La vérité si elle existe ne l’intéresse pas. « J’ai toujours pensé que les hommes n’anticipent pas de la même façon que les femmes ; ils n’ont pas la même appréhension de la réalité ne s’y cognent qu’au moment où elle se matérialise ».

Je vous recommande ce livre émouvant bien écrit et plein de nuances ; en fait une vie.

                                                                                               Suzanne

 

Birmanie – Les chemins de la liberté

Sylvie Brieu

Sylvie Brieu (photo © DR)

Sylvie Brieu est grand-reporter et écrivain. Ce livre est un journal de voyage. L’écriture est fluide, le sens du détail des personnalités et des atmosphères des lieux parcourus rend le récit très vivant. Il nous entraîne aux quatre coins du pays, en particulier dans des provinces très récemment ouvertes aux étrangers sans qu’on puisse parler d’ouverture au tourisme. Grâce notamment aux réseaux de l’Église catholique, il permet d’aller là où cela est encore interdit. Certains de ces séjours dans les contrées les plus excentrées n’auraient pas été possibles sans l’intermédiation d’hommes d’Église dont quelques-uns s’avèrent très liés à la France, à l’image du père Philip Za Hei Lian, un religieux chin récemment décédé.

« Un flux d’impressions contradictoires m’assaille et me tourmente… La Birmanie reste un pays en guerre avec ses camps de déplacés internes, ses violences infligées aux minorités et ses terrains minés. La souffrance de ses populations, dissimulée à l’ombre des pagodes dorées, ne semble pas en voie de se dissiper. Plus je multiplie mes expériences dans ce pays, plus sa part d’ombre s’épaissit. » dit-elle.

Le périple de Sylvie Brieu est fait de multiples rencontres sollicitées et fortuites. Un patchwork qui permet d’aborder des groupes ethniques dont on parle bien peu. Toute la quête de la journaliste montre très bien le champ associatif et politique birman qui demeure profondément morcelé, avec la participation de nombreuses femmes particulièrement engagées et courageuses.

Sylvie Brieu doit reconnaître le rôle prépondérant d’Aung San Suu Kyi dans l’avancée de ce pays dans le concert des nations et le desserrage de la junte militaire. Cela prendra du temps avant la reconnaissance des différentes ethnies, de leur culture et de leurs religions dans un pays où l’ethnie birmane et le bouddhisme restent dominants.

Le style et la fluidité de l’écriture permet d’appréhender ce pays comme une aventure tout à fait passionnante. Ce serait bien d’avoir lu ce livre avant de visiter la Birmanie !

                                                                                                          Cécile

 

Un fauteuil sur la Seine

Amin Maalouf

Amin Maalouf fut élu en juin 2011 à L’Académie Française au fauteuil laissé vacant par Claude Lévi-Strauss. Depuis le 1er occupant reçu en mars 1634, l’auteur est le 19ème à occuper ce fauteuil. Pour chacun des 18 personnages de ce 29ème fauteuil, l’auteur fait un bref rappel de ce qu’il fut, de ce qu’il a pu écrire et le motif qui a conduit à sa nomination : un chapitre de 10 et 20 pages par académicien.

Avec beaucoup d’humour il donne un intitulé à ses chapitres et l’on découvre : « celui qu’on a préféré à Corneille », « celui qui est passé devant Voltaire », « celui qui idolâtrait Molière », « celui qui fut élu contre Victor Hugo » ou bien celui que les écrivains jalousaient, celui qui n’aimait pas son prédécesseur, celui qui fut l’homme le plus insulté de France ou par contre celui que tout le monde venait entendre, sans oublier celui qui fut deux fois condamné à mort.

Amin Maalouf en habit d‘académicien (photo © DR)

Dans son épilogue l’auteur explique qu’il a vu « en chacun des titulaires successifs le témoin précieux et éphémère d’une histoire qui le dépasse… » « Certains de ces ancêtres appartiennent sans aucun doute à ceux que Jules Renard appelait «le commun des immortels » mais parmi eux, « sur ce siège en bois » se sont assis Joseph Michaud (historien des croisades), Claude Bernard, Ernest Renan, André Siegfried, Henry de Montherlant, Claude Lévi-Strauss.

Le texte sur le premier occupant, Pierre Bardin, est l’occasion d’un rappel de la genèse de l’Académie Française : Valentin Conrart, 26 ans, crée à Paris avec une dizaine d’amis un cercle littéraire en 1629. La moyenne d’âge est de 30 ans et le plus jeune a 19 ans. Pendant 3 ou 4 ans, leurs réunions restèrent confidentielles, jusqu’au jour où un familier du Cardinal de Richelieu, l’abbé de Boisrobert se fit inviter. Informé le Cardinal proposa « d’offrir à ces Messieurs sa protection pour leur Compagnie qu’il ferait établir par lettres Patentes».

Un livre passionnant qui permet de redécouvrir la destinée de grands hommes qui font partie de la grande histoire, un livre précis, allant à l’essentiel, d’une grande documentation et dont la lecture est facile car le style est fluide, agréable.

Si vous aimez l’histoire, les biographies, vous serez comblés.

                                                                                                          Marie-Antoinette

  

La confrérie des moines volants

Metin Arditi

C’est un roman en deux parties assez dissemblables. La première se passe en 1937 au nord ouest de l’union soviétique, en Carélie.  Sous la pression stalinienne, de nombreux monastères et églises sont pillés, brûlés, détruits… Les moines sont torturés dans les prisons de Staline, ils fuient dans les forêts, se cachent…

Nicodime et ses 12 compagnons vont tenter de sauver les précieuses icônes, les statues, les livres et les tissus sacrés que les communistes brûlent… Il est intéressant de voir la description de la foi de ces moines, foi violente, émaillée d’auto flagellations et de mauvais traitements de toute sorte que s’infligent volontairement ces religieux.

Et puis, brutalement, page 143, on se retrouve à Paris en mai 2000, dans une galerie d’art où Mathias Marceau expose des photographies. Mais bien sûr, il y a un fil conducteur qui, un peu plus tard, réunira ces deux histoires en une seule… Ce fil passe par Irina, une jeune fille qui est au cœur même de ce récit, Irina qui a traversé la moitié de l’Europe, est venue à Paris où elle a changé de nom et de nationalité et a donné naissance à Mathias.

Metin Arditi (photo © Martial Trezzini)

Il serait dommage de vous en dire plus et de dévoiler les tenants et aboutissants de ce conte philosophique où vous rencontrerez des personnages improbables, du moine ancien trapéziste de cirque, à André, ébéniste dans le faubourg Saint Antoine.

Métin Arditi développe dans son roman les thèmes qui lui sont chers et que l’on verra ré-apparaître très souvent dans son œuvre, à savoir la filiation, l’exil, les bouleversements dus aux conflits mondiaux et durant lesquels les hommes font de leur mieux pour survivre dans des conditions souvent inhumaines.

Nous avons là un roman très atypique dont la première partie est basée sur des faits réels puisque Nicodime avait fait signer à sa « confrérie » une charte décrivant les droits et les devoirs de chacun, et le but de leur association. Une charte qui peut être vue aujourd’hui encore au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg.

                                                                                                          Annie

 

Le bureau des Jardins et des étangs

Didier Decoin

L’histoire se passe au 12ème siècle, dans l’Empire du Soleil Levant. Didier Decoin est passionné par ce Japon médiéval, admirateur d’estampes japonaises, de la littérature notamment des contes et légendes de cette civilisation. Il décide d’écrire un roman à partir de ce thème ! Son écriture a duré 12 ans vu le travail fouillé d’érudition qu’il a dû accomplir !

C’est l’histoire d’une jeune femme Miyuki, issue d’un milieu très populaire, paysanne, épouse d’un pêcheur qui vient de mourir noyé en péchant des carpes merveilleuses, d’une surprenante longévité, destinées au Bureau des Jardins et des Étangs, afin d’approvisionner l’Étang sacré de l’Empereur!

Miyuki, héroïne magnifique est persuadée que son mari défunt l’accompagne toujours et elle décide de le remplacer et de rapporter aux villageois la récompense qui les fait vivre. Elle arrive à destination à Heiankyo après de nombreuses aventures…, participera au takimono awase (concours des parfums) et le gagnera ..!

Didier Decoin (photo © DR)

Le retour au village est une autre aventure… à découvrir !

J’ai été ébloui par le vocabulaire emprunté à la civilisation de l’époque et que l’auteur a mûrement étudié. Les images, rappels d’estampes japonaises font pénétrer intimement dans cette histoire ! Scènes fantastiques réelles ou pas ? On est aussi frappé dans ce roman par l’importance des parfums et des odeurs. Didier Decoin exalte les sens, les odeurs « délicates ou triviales ».

Beau roman d’Amour entre Miyuki et Katsuro, poésie, sensualité, sexualité, une histoire née du fond des âges, où le réalisme le plus crû côtoie le fantastique. Didier Decoin est fou de sa Miyuki, petite bonne femme, courageuse, vraie et sincére qui triomphe de ces aventures et reste très attachante pour le lecteur ! C’est l’héroïne romanesque par excellence !

                                                                                                          Josette J.

 

Le rouge vif de la rhubarbe

Audur Ava Ölafsdöttir

En Islande, Augûstina, adolescente de quartorze ans, vit dans une maison rose saumon avec Nina, amie de sa grand-mère décédée. Elle a les yeux de son père, c’est tout ce qu’il lui a laissé. Sa mère, ornythologue, voyage à travers le monde pour observer la vie des oiseaux et lui écrit des lettres poétiquement décalées. Décalée est aussi la manière de penser de cette jeune fille qui rêve de grimper la montagne à l’arrière du village : 844 mètres d’altitude, c’est haut quand on a un handicap de naissance et des béquilles.

Elle a déjà réussi à glisser dans la mer glaciale malgré les brisants de rochers, à nager dans la piscine bouillante en plein hiver neigeux, à dormir à flanc de côteau au milieu des tiges rouges du champ de rhubarbe, sous la dentelle verte des grandes feuilles qui découpent le ciel bleu.

Nina s’enorgueillit de la victoire de sa protégée aux compétions d’aviron de l’école et remarque son esprit de compétition, de concentration, de résistance. Cependant, cette  » ado » surdouée en math, s’obstine à transcrire les solutions des problèmes au gré de sa pulsion manuelle, tout comme elle préfère écrire les mots en forme de montagne! Ça agace le maître.

Auður Ava Ólafsdóttir (photo © DR)

A quoi ressemble cette héroïne originale ? On glane des indices au long du récit. Ses jambes de sirène la suivent comme des nageoires de phoques ; ses épaules puissantes et ses petits seins naissants recherchent le confort des gros pulls islandais tricotés par Nina ; ses tresses noires retenues par des rubans verts suggèrent la couleurs de ses yeux. Les chaussures de marche promise par Nina soulignent son désir d’être debout.

Aucune description appuyée, mais un art de la nuance et du mot juste coule comme l’eau des sources chaudes, vers le fjord étroit au fond duquel est le village. Ce gros bourg vit au rythme hiver – été, dans l’alternance des longs jours de soleil et des nuits interminables. Confiture de rhubarbe ou ragoût d’agneau. On est entre l’acide et le sucré, le blanc et le noir, l’ombre et la lumière, l’action ou la lecture, le courrier ou l’absence de nouvelles.

Un jour un télégramme laconique annonce la naissance d’un petit frère, outre… outre mer. Alors Augûstina, prend le départ pour la montagne, au début d’une nuit, pour arriver au sommet, à l’aube de l’été arctique, au moment où un pâle soleil apparait au dessus de la mer.

Le récit qui était au présent, passe, sur les deux dernières pages, au conditionnel… Jeu de piste… interrogation… que j’ai aimé. Le style de l’auteur léger, souple et rempli d’humour subtil, m’a séduit au point de me faire rêver de l’Islande, ce pays de neige froide, de lave noire et de sources bouillonnantes.

Imaginez la vie simple et vaillante de ses habitants ! 325.000 personnes, soit 3,47 habitants au kilomètre carré. Peu nombreux, ils ont tellement besoin les uns des autres sur ce rift nordique si proche du cercle polaire ! Envie d’aller y voir… pour un voyage géographique et psychologique.

                                                                                                          Roselyne

 

Jules

Didier van Cauwelaer

Jules est un chien ! Mais un chien d’aveugle, éduqué durant quatre ans dans une famille d’accueil et sélectionné sur concours pour accompagner Alice, jeune femme aveugle, handicapée accidentellement depuis ses dix sept ans. Elle a maintenant la trentaine et, en fauteuil roulant, tenant le harnais de Jules, elle prend l’avion pour Nice où un célèbre ophtalmologue va essayer de lui rendre la vue.

Dès Orly, ce curieux binôme entre dans une cascade d’aventures. Pour commencer, la rigueur du service d’ordre à l’embarquement alerte le vendeur du stand « Macarons Ladurée » qui par son intervention musclée permet à Jules de voyager en cabine avec sa maîtresse (la loi européenne de 2008 prévalant sur la décision du commandant de bord)…

Didier van Cauwelaert (photo © DR)

L’opération a réussi. Alice voit à nouveau et perturbe son chien par son comportement redevenu normal. Elle se sent obligée de rendre son compagnon devenu inutile à l’organisme des chiens d’aveugle; mais Jules ne l’entend pas de cette oreille et, rejetant son nouvel attributaire, part truffe à l’air à la recherche et à la reconquête de sa maîtresse pour une vie digne de sa renommée de chien-guide.

L’action se passe entre Paris et Deauville, décrit un milieu vaguement intello-marginal où le flair du chien remet les existences des humains dans le bon sens et surtout renforce notre admiration pour… les possibilités du golden red river.

Un livre à croquer comme les macarons de Ladurée !

                                                                                                          Roselyne

 

L’amie prodigieuse

Elena Ferrante

Tome 2 : Le nouveau nom

Une trilogie : L’amie prodigieuse – Le nouveau nom – Celle qui fuit et celle qui reste.

Raphaella Cerullo, fille du pauvre cordonnier Fernando, vient d’épouser par choix personnel Stefano Carracci, héritier de l’épicerie et des biens de Don Achille (usurier, terreur des gamines lorsqu’elles jouaient à la poupée).

Dès le départ en voyage de noce, elle fait sentir au jeune époux son mépris pour sa faiblesse envers la famille mafieuse Solara. Mais son mari s’impose, la jette sur le lit et la force.

Elle va se déchainer, alternant haine et conciliation. Elégamment vêtue comme une dame, elle occupe toute la place dans les magasins de son mari et dans son bel appartement de l’autre côté de la voie ferrée. Insolente et décidée, elle est souvent battue par Stefano qui fut un fiancé si doux ; mais cela lui est égal car depuis l’enfance elle a vu et subi ces excès : problème de la violence faite aux femmes dans les sociétés machistes.

Donc, cette jeune Madame Carracci, douée pour les affaires, est jalousée par bien du monde dans le vieux quartier. Seule ombre à cet épanouissement traditionnel : après une fausse couche, elle n’arrive plus à être enceinte. Cela lui convient parfaitement, mais mari, belle-mère et commères s’inquiètent. Le médecin consulté conseille un séjour à la mer.

Elsa Ferrante (photo © DR)

On loue une maison à Ischia où les maris viendront chaque fin de semaine, car Lina part en compagnie de sa mère Nuncia, de sa belle-soeur Pinuccia et de son amie Elena qui vient de terminer brillamment son année scolaire et qu’elle débauche de son travail d’été (place de la femme dans le monde du travail…).

La suite : une longue histoire d’amours contrariés, d’adultères, de séparations…

Ce second tome est un ouvrage dense ; il évoque les longs romans américains de cette époque, tels ceux de Pearl Buck… Facile à lire? Pas tellement! Dans l’écheveau du vécu de nombreux protagonistes pas très attachants, la longue torsade de l’amitié des deux filles se lâche ou se resserre au fil de la vie et de leurs éventuelles retrouvailles. Joli contraste fascination-répulsion.

En parallèle, l’évolution d’une société patriarcale, ignare et démunie vers une société ouverte sur les progrès du monde est discrètement suggérée. Comme mises entre parenthèse, sans esbroufe, ni grands mots, des situations dramatiques sont traitées avec une discrétion retentissante et ça c’est « génial ».

                                                                                                                      Roselyne

Écho de conférence : Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? Quel modèle économique pour le service public ?

3 juin 2018

Le conférencier invité par le Cercle Progressiste Carnussien, ce 24 mai 2018, pour ce sujet d’actualité, était Alain Beitone, déjà invité en janvier 2015. Michel Motré, Président du CPC, a rappelé en introduction le parcours de notre invité : professeur de sciences économiques et sociales en classes préparatoires au lycée Thiers de Marseille, formateur à l’IUFM d’Aix-Marseille, chargé de cours à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et rédacteur de manuels d’économie, en collaboration avec d’autres auteurs.

L’auditoire, très attentif, a ainsi été immédiatement séduit par le côté pédagogique et la clarté de l’exposé d’Alain Beitone, sur un sujet pourtant d’un abord complexe pour les non initiés aux subtilités des processus économiques.

Alain Beitone en conférence à Carnoux le 24 mai 2018 (photo © Cercle progressiste carnussien)

Le mot «dette» engendre des réactions souvent vives, auprès d’un public pas toujours bien informé par les médias ou influencé par les partis politiques et responsables gouvernementaux qui tentent de justifier leurs orientations concernant la dépense publique, à des fins peu en rapport avec l’intérêt général. Mais de quoi parlons-nous lorsque nous évoquons la «dette» ?

– Une dette est un engagement, d’un État ou d’un particulier, à rembourser, à terme, un créancier, moyennant en général le paiement d’un intérêt.

– Il faut distinguer la dette «brute», qui est le total dû, d’une dette «nette» qui est la différence entre la dette brute et le total des créances détenues sur d’autre agents économiques et qui pourraient, dans certains cas annuler cette dette.

– A l’origine, une dette résulte d’un transfert monétaire à partir d’une épargne ou est le résultat d’une création monétaire. Ainsi, le billet de banque est une créance qui sert aux échanges économiques. L’économie repose donc sur une dette liée au flux de cette monnaie.

– Qu’est-ce que le taux d’intérêt ? C’est le prix du risque et du temps, c’est le prix d’un service.

– Qu’est-ce que le déficit public ? Dans le budget d’un État c’est le résultat (solde négatif) de la différence entre ses recettes et ses dépenses publiques. C’est donc un flux.

– Ne pas confondre ce déficit avec la dette publique qui est une accumulation, au cours du temps, de la totalité des engagements d’un État (les administrations centrales, locales et de sécurité sociale), à une date déterminée, et qui est donc un stock.

Pour comparer et suivre l’évolution de cette dette publique, il est communément admis d’utiliser un indicateur qui est le rapport entre le montant de la dette publique et celui du produit intérieur brut (PIB). Cet indicateur est cependant discutable car il rapporte le stock de dettes (remboursable sur plusieurs années) au flux annuel de production de l’économie.

Crise bancaire : un dessin de Lasserre

Il convient aussi de faire la différence entre la dette publique, qui est contractée par les agents publics agissant pour l’État, les collectivités locales ou la sécurité sociale, et la dette privée, qui est contractée par les entreprises et les particuliers (auprès des banques ou sur les marchés financiers). Il faut distinguer aussi la dette intérieure (contractée auprès d’agents résidents sur le territoire) et la dette extérieure qui appel à l’épargne d’organismes financiers de pays étrangers.

Ce dernier élément est illustré par l’attitude des États-Unis qui, depuis des décennies du fait de la faiblesse de leur d’épargne intérieure, ont emprunté au Japon et maintenant à la Chine, via l’émission de bons du trésor, afin de financer leur activité économique.

Le problème de la dette a pris une ampleur exceptionnelle, en 2007-2008, à l’occasion de la crise des subprime aux États Unis, qui est le résultat d’une crise de la dette privée où des prêts (immobiliers essentiellement) ont été consentis à des personnes insolvables. Suite aux saisies en grand nombre effectuées par les banques pour se rembourser, le marché s’est écroulé, les prix ont baissé et les banques n’ont plus réussi à couvrir leurs actifs, impactant toutes les banques mondiales par effet dominos.

Cela illustre le fait que l’économie suit des cycles en fonction de mouvements spéculatifs perturbant la capacité des États à rembourser les intérêts et le capital de la dette. Il est à noter que, pour les créanciers, la capacité des tats (ou des particuliers) à rembourser les intérêts est une garantie primordiale ce qui explique le fait qu’ils continuent à leurs accorder du crédit.

Un autre fait majeur, lié à la variation des taux d’intérêts, est la crise de la zone Euro en 2010, qui a touché cruellement la zone sud de l’Europe, et la Grèce d’une manière catastrophique. Mais cette crise n’est pas non plus une crise de la dette publique. Elle résulte d’une divergence des taux d’intérêts entre pays européens, alors que ces taux avaient pourtant convergé au moment de la création de l’Euro, mais sans qu’il soit tenu compte de la polarisation des zones économiques dans l’espace commun (pays du nord plus riches que ceux du sud). La crise déclenchée en 2010 est donc une crise de la crédibilité de la zone euro. L’arrêt de flux de capitaux en provenance du nord de la zone a précipité ces pays dans une situation inextricable. Il apparaît donc que cette crise est le résultat de choix collectifs, basés sur des décisions politiques, en relation avec une construction européenne imparfaite (absence de solidarité économique).

Évolution de la dette publique brute de différents pays en pourcentage du PIB

Une fois les éléments de vocabulaire et de contexte liés à la notion de dette précisés, Alain Beitone a commenté une série de graphiques retraçant sur plusieurs périodes, depuis la fin de la guerre et plus précisément sur les 10 et 20 dernières années, l’évolution des dettes publiques et privées en fonction du PIB, des taux d’intérêts réels sur les emprunts d’État, ceci dans les différents pays industrialisés tels que les États Unis, le Japon et la zone Euro.

Il en ressort ainsi qu’à part le Japon confronté depuis des années à un phénomène déflationniste, la dette publique de la France, en pourcentage du revenu national net, évolue au même rythme que les autres pays de la zone Euro, mais elle reste supérieure à la dette moyenne des pays de la zone européenne.

Évolution de la dette publique de différents pays en pourcentage du revenu national net (source F. Avaredo, L. Chancel, Th. Piketty, E. Saez, G. Zucman, Rapport sur les inégalités mondiales, éd. Seuil, 2018)

Cette situation est-elle acceptable pour autant ? Qu’est-ce qui explique qu’avec des taux réels d’emprunt proches de 0 % la France a des difficultés à rembourser sa dette ? Il faut remarquer que la France emprunte sur des durées courtes à des taux négatifs qui augmentent après cinq ans pour atteindre 1,5 % à 50 ans.

Pourquoi cette dette publique a-t-elle augmenté ?

Il faut remonter au premier choc pétrolier de 1974 qui a ralenti la croissance, entraînant une montée du chômage, accroissant les dépenses d’indemnisation ainsi que d’autres dépenses sociales. C’était encore la période bénéficiant de l’effet des « 30 glorieuses » où les taux d’intérêts réels étaient réduits par l’inflation, favorisant un effet de levier sur la consommation et de la production : on s’enrichissait en s’endettant !

Dette publique de différents pays européens en pourcentage du PIB (source INSEE)

Mais, à partir des années 80, la politique de désinflation provoque une hausse des taux d’intérêt réel, ce qui a un effet négatif sur la croissance, effet amplifié par la désindexation des salaires sur les prix, ce qui nuit à la consommation des ménages. Durant les années 80 et 90, une certaine stabilité n’a pas pour autant permis d’endiguer le phénomène face aux dépenses sociales accrues dans une période à faible croissance.

A partir des années 2000, l’émission de produits titrisés sur des emprunts liés à la dette privée aux US, annonçant la crise des subprime, a déconnecté le marché financier de l’économie réelle, plongeant les États comme la France, à partir de 2007, à faire des choix délicats dans leurs politiques sociales (financement des retraites, du chômage, aides sociales, etc) et fiscales, avec en particulier une volonté de baisser les impôts (exonérations diverses et baisses de cotisations) pour les plus riches, dans l’espoir (non garanti) d’une reprise des investissements et de l’emploi donc de la croissance (théorie du ruissellement).

Alain Beitone insiste sur le fait que la dette publique n’est pas la dette privée et qu’elle suit un flux quotidien d’emprunts et de remboursements, par l’État français, ce qui permet à chaque emprunt d’être remboursé en moyenne en 7 ans. L’État a donc la maîtrise de ce mécanisme dans le temps, sous condition de gestion équilibrée permettant de s’endetter pour acquérir des actifs et procéder à une redistribution sociale, résultat d’engagements politiques.

Il faut noter que l’administration centrale de l’État n’est pas soumise à un équilibre budgétaire alors que les collectivités locales le sont. La dette publique et la croissance sont liées, les dépenses d’infrastructures de l’État ayant un impact sur l’activité industrielle et les offres créatrices d’activités. Ainsi, en France, en dessous d’un taux de 1,5 % de croissance, on observe que le nombre d’emplois ne croît pas.

Alors comment réduire la dette publique ?

Pour Alain Beitone, la dette publique est soutenable si le taux d’intérêt réel sur la dette est inférieur ou égale au taux de croissance en volume de l’économie, ceci en jouant sur les taux nominaux, sur l’inflation,sur la croissance, et sur la restructuration de la dette.

La Banque Centrale Européenne pourrait ainsi racheter la dette des pays du Sud, ou donner la possibilité aux pays endettés concernés de ne pas rembourser les intérêts (pas de profits à faire), ou leur permettre de rembourser le capital sur une période plus longue. Il s’agit donc de revoir la logique de la construction européenne pour une meilleure solidarité dans la zone Euro et sa réindustrialisation.

C’est donc dans la poursuite de ce raisonnement que notre conférencier s’interroge sur le modèle économique à suivre pour financer les services publics dans notre société ?

Sur quels principes se définit un service public ?

Un article de P. Bauby et J. Boual (« les services publics entre l’État et le marché »), en 1994, met en avant trois principes :

– « la continuité, car la prise en charge d’une activité par le service public tient à l’existence d’un besoin social ou stratégique à satisfaire et implique que l’activité soit régulière et continue.

Un dessin de Thierry Alberti (source © SNEPFSU Toulouse)

– l’égalité, qui repose sur l’extension du principe d’égalité juridique devant la loi et le règlement de la Déclaration de 1789 et exige que les usagers soient placés dans une position égale, sans discrimination ni avantages particuliers ; principe qui entraîne celui de la péréquation des tarifs dans le cadre de la zone couverte par le service public. Se rattachent à ce principe celui de la neutralité des services publics à l’égard de tous les usagers quelles que soient leurs caractéristiques, ainsi que l’obligation de fourniture et l’objectif de minimisation des coûts, un service d’intérêt général n’ayant pas comme but d’être régi par la loi du profit,

la mutabilité, selon laquelle les prestations sont adaptées aux besoins et évoluent en quantité et en qualité. La notion de service public n’est pas statique, mais est une conception dynamique.

En vertu de ces principes, les services publics doivent être au service de l’intérêt général. Ils sont associés à l’idée de monopole, qui en fonde la légitimité : censé être seul capable de satisfaire certains besoins collectifs, le service public tend à un monopole de fait ou de droit »

Si l’on reconnaît la nature spécifique des objectifs des services publics pour certaines activités sociales, alors ils doivent être gérés d’une manière particulière et échapper à une logique marchande. Il s’agit bien d’un choix politique qui peut découler soit d’un intérêt stratégique commun, soit d’une nécessité de solidarité ou d’équité.

Ces choix ne peuvent être faits qu’avec le consentement des citoyens et des responsables politiques, tous devant en assumer les conséquences via le consentement à en payer le coût (cotisations, prélèvements) et la volonté de réduire les inégalités. Le sentiment d’efficacité des services publics sera d’autant plus partagé si la situation s’améliore par une gestion rigoureuse et une coordination des différents acteurs impliqués.

Le public, resté attentif durant l’exposé, profita de cet instant pour poser de nombreuses questions à notre conférencier, interrogé notamment sur les contraintes des directives de l’Union Européenne sur les services non-économiques d’intérêt général. Il existe de fait un protocole annexé au traité de Lisbonne (2007) qui reconnaît « le rôle essentiel et le large pouvoir discrétionnaire des autorités nationales, régionales et locales pour fournir, faire exécuter et organiser les services d’intérêt économique général d’une manière qui réponde autant que possible aux besoins des utilisateurs ». Donc les dispositions des traités européens « ne portent en aucune manière atteinte à la compétence des États membres»

Un public particulièrement attentif aux explications d’Alain Beitone (photo © Cercle progressiste carnussien)

Interpellé sur le contrôle des budgets, Alain Beitone reconnaît que son efficacité est discutable et que des « anomalies » sont constatées. Il se fait ainsi l’écho des propos du public, choqué par de trop nombreux gaspillages et les inégalités de traitement fiscal faites aux entreprises au sein de l’Europe, en particulier en faveur des GAFA, les géants du web. C’est donc bien l’approfondissement de la construction Européenne qui pourrait répondre à ce besoin d’amélioration de nos conditions de vie, souhaitée par beaucoup, en faisant converger de nombreux critères tel que la fiscalité, le traitement du chômage ou les minimum sociaux.

C’est finalement à une heure tardive que tous les participants ont partagé un apéritif, offert par le Cercle, durant lequel Alain Beitone se prêta avec disponibilité et pédagogie pour répondre à toutes les sollicitations. Encore une soirée particulièrement enrichissante pour le public d’une quarantaine de personnes venues à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussien.

CM

Services publics / Dette bientôt en débat à Carnoux

23 mai 2018

Ce jeudi 24 mai 2018, à Carnoux, Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité : « Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? » et « Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien, accessible gratuitement à tous, se tiendra dans la salle du Clos Blancheton à partir de 18h30. Elle sera suivie d’un échange avec le public et d’un apéritif convivial pour poursuivre les échanges autour d’un verre.

Dette et services publics : une conférence du CPC

5 mai 2018

Le Cercle Progressiste Carnussien organise une nouvelle conférence sur l’économie qui se tiendra à 18h30 le jeudi 24 mai 2018 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence.

 

Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité :

« Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? »

« Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence sera suivie d’un échange avec le public présent que nous souhaitons nombreux compte-tenu de l’importance des questions traitées.

M.M.