Archive for mai 2009

La patinette rouge.

30 mai 2009

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cette histoire écrite par Patrick Besson et parue dans l’hebdomadaire Le Point (No 1915 du du 28/05/2009). J’en ris encore…! C’est une fiction, bien sur… Quoique…? Accès à l’article original ici

«Théo, maintenant tu vas parler.

-Qu’est-ce que je dis, monsieur ?

-Lundi matin, en allant à l’école, tu as vu que Jim, ton voisin, avait une nouvelle patinette.

-Une patinette rouge.

-N’essaie pas de noyer le poisson.

-Un poisson, il ne peut pas se noyer, monsieur, parce qu’il respire de l’eau.

-Je n’aime pas ce ton, alors tu en changes. Ce n’est pas parce que tu as 5 ans qu’il faut te croire tout permis dans un commissariat de police. On t’a à l’oeil, mon petit bonhomme.

-Papa aussi, il m’appelle son petit bonhomme. Où il est, mon papa ?

-Si tu parles, tu le verras.

-Je dis quoi ?

-Quand tu as volé la patinette de Jim et où tu l’as cachée.

-Je ne sais pas.

-Tu me la joues comme ça ? Alors, écoute bien, trou du cul, si tu ne coopères pas, tu vas en chier grave. Ne crois pas que tu m’impressionnes avec ton petit air d’angelot poupin. J’en ai maté de plus coriaces que toi, connard. Ta petite copine Marika, l’autre jour. Elle n’a pas tenu plus d’un quart d’heure avec moi. Pourtant, elle a plus de bouteille que toi : elle a 5 ans et demi. Eh bien, elle a fini par cracher le morceau.

-Ah, il faut cracher ?

-Non, attends. Putain qu’il est con. Je te préviens, c’est toi qui vas le nettoyer.

-Vous m’avez dit de cracher.

-Le morceau.

-Le morceau de quoi ?

-C’est une expression. Il y a vraiment une crise dans le primaire. Les instits ne sont plus à la hauteur. Il est temps que nous, la police, on reprenne les choses en main. Bon, Théo, maintenant, assez rigolé. La patinette. Tu me dis où se trouve cette putain de patinette ou je te coffre.

-Il y a un coffre ?

-Il se fout de ma gueule ! Je vais t’en coller une. Y en a marre. Tu ne m’impressionnes pas, tu sais. Marika aussi, elle a essayé de m’embrouiller avec la poupée de sa copine. J’ai fini par lui faire dire que c’était elle qui l’avait jetée dans le vide-ordures, par jalousie. Maintenant, elle est à Fleury, dans la section petites filles de moins de 7 ans. Elles sont cinq par cellule. La presse appelle ça la surpopulation enfantine des prisons. Moi, je dirais que c’est une police bien faite.

-Hon, hon.

-Tu peux toujours pleurer, ça ne changera rien. Je savais bien que je finirais par te faire craquer. J’ai tout de suite vu, quand tu es entré dans le commissariat avec ton nounours sous le bras, que tu n’avais rien dans le ventre. J’écoute.

-Pipi.

-La patinette. Je veux tout savoir sur la patinette, après tu pourras faire pipi. Merde, il a déjà fait. Comme la petite Marika. Bon, tu as gagné : j’abandonne. Je t’envoie chez le juge, qui te mettra en préventive à la Santé et, si tu te décides enfin à parler, tu avertiras ton avocat.

-Caca. »

Vive l’amarante!

24 mai 2009

Effet boomerang chez Monsanto

La marrante...?

La marrante...?

Aux États-Unis, cinq mille hectares de culture de soja transgénique ont du être abandonnés par les agriculteurs et cinquante mille autres sont gravement menacés. Cette panique est due à une « mauvaise » herbe qui a décidé de s’opposer au géant Monsanto, connu pour être le plus grand prédateur de la Terre. Insolente, cette plante mutante prolifère et défie le Roundup, l’herbicide total à base de glyphosphate, auquel nulle « mauvaise herbe ne résiste ».

Quand la nature reprend le dessus.

C’est en 2004, qu’un agriculteur de Macon, en Géorgie, ville située à environ 130 kilomètres d’Atlanta, remarqua que certaines pousses d’amarantes résistaient au Roundup dont il arrosait ses cultures de soja.

Les champs victimes de cette envahissante mauvaise herbe ont été ensemencés avec des graines Roundup Ready, qui comportent une semence ayant reçu un gène de résistance au Roundup auquel nulle « mauvaise herbe ne résiste ».

Depuis cette époque, la situation s’est aggravée et le phénomène s’est étendu à d’autres états, Caroline du Sud, et du Nord, Arkansas,Tennessee et Missouri. Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and Hydrology, organisation britannique située à Winfrith, dans le Dorset, il y aurait eu un transfert de gènes entre la plante OGM et certaines herbes indésirables, comme l’amarante. Ce constat contredit les affirmations péremptoires et optimistes des défenseurs des OGM qui prétendaient et persistent à affirmer qu’une hybridation entre une plante génétiquement modifiée et une plante non-modifiée est tout simplement « impossible ».

Pour le généticien britannique Brian Johnson, spécialisé dans les problèmes liés à l’agriculture : « Il suffit d’un seul croisement réussi sur plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est créée, la nouvelle plante possède un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement. L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation. » Ainsi, un gène de résistance aux herbicides a, semble-t-il, donné naissance à une plante hybride issue d’un saut entre la graine qu’il est censé protéger et l’amarante, devenue impossible à éliminer.

La seule solution est d’arracher les mauvaises herbes à la main, comme on le faisait autrefois, mais ce n’est pas toujours possible étant donné l’étendue des cultures. En outre, ces herbes, profondément enracinées sont très difficiles à arracher et 5 000 hectares ont été tout simplement abandonnés.

Nombre de cultivateurs envisagent de renoncer aux OGM et de revenir à une agriculture traditionnelle, d’autant que les plants OGM coûtent de plus en plus cher et la rentabilité est primordiale pour ce genre d’agriculture. Ainsi Alan Rowland, producteur et marchand de semences de soja à Dudley, dans le Missouri, affirme que plus personne ne lui demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ces derniers temps, ce secteur représentait 80 % de son commerce. Aujourd’hui, les graines OGM ont disparu de son catalogue et la demande de graines traditionnelles augmente sans cesse.

Déjà, le 25 juillet 2005, The Guardian publiait un article de Paul Brown qui révélait que des gènes modifiés de céréales avaient transitévers des plantes sauvages, créant ainsi une « supergraine » résistante aux herbicides, croisement « inconcevable » par les scientifiques du ministère de l’environnement. Depuis 2008, les media agricoles américains rapportent de plus en plus de cas de résistance et le gouvernement des États-Unis a pratiqué d’importantes coupes budgétaires qui ont contraint le Ministère de l’Agriculture à réduire, puis arrêter certaines de ses activités.

Plante diabolique ou plante sacrée

Il est amusant de constater que cette plante, « diabolique » aux yeux de l’agriculture génétique, est une plante sacrée pour les Incas. Elle fait partie des aliments les plus anciens du monde. Chaque plante produit en moyenne 12 000 graines par an, et les feuilles, plus riches en protéines que le soja, contiennent des vitamines A et C et des sels minéraux.

Ainsi ce boomerang, renvoyé par la nature sur Monsanto, non seulement neutralise ce prédateur, mais installe dans des lieux une plante qui pourra nourrir l’humanité en cas de famine. Elle supporte la plupart des climats, aussi bien les régions sèches que les zones de mousson et les hautes terres tropicales et n’a de problèmes ni avec les insectes ni avec les maladies, donc n’aura jamais besoin de produits chimiques.

Ainsi, « la marante » affronte le très puissant Monsanto, comme David s’opposa à Goliath. Et tout le monde sait comment se termina le combat, pourtant bien inégal ! Si ces phénomènes se reproduisent en quantité suffisante, ce qui semble programmé, Monsanto n’aura bientôt plus qu’à mettre la clé sous la porte. À part ses salariés, qui plaindra vraiment cette entreprise funèbre ?

subventions agricoles européennes : abus…?

21 mai 2009

Article paru dans la majorité des quotidiens et des blogs :

Queen of PAC

Queen of PAC

La reine Elizabeth d’Angleterre, une des femmes les plus riches du Royaume-Uni, a perçu plus de 500.000 euros de subventions agricoles européennes en 2008, selon les chiffres communiqués jeudi par le ministère de l’Agriculture.

La reine Elizabeth a reçu en 2008 un total de 473.583,31 livres (environ 530.000 euros) pour son domaine privé autour du château royal de Sandringham, dans l’est de l’Angleterre.

Le prince Charles, son fils aîné, a reçu 95.222,56 livres pour son duché de Cornouailles, et 86.262,98 livres pour la ferme du Duché, soit un total de 181.485,54 livres.

La reine, 214ème fortune de son royaume, avec 270 millions de livres selon un classement du Sunday Times, perçoit les aides européennes de la politique agricole commune (PAC) comme n’importe quel propriétaire terrien ou agriculteur. Elle est loin de bénéficier de la plus forte somme.

Ainsi, les groupes agroalimentaires Nestlé et Tate & Lyle perçoivent respectivement 1.018.459,69 livres et 965.796,78 livres.

Le duc de Westminster, troisième personne la plus riche du Royaume-Uni (derrière les magnats indien et russe Laskhmi Mittal et Roman Abramovich) avec 6,5 milliards de livres, a bénéficié pour sa part en 2008 de 486.534,15 livres via ses fermes.

Un total de 2,674 milliards de livres de ces subventions agricoles européennes a été distribué au Royaume-Uni l’an dernier.

On s’en doutait un peu…..!

19 mai 2009

ICanPasToutSmallSans commentaire.

Vaccin et pandémie grippale : la NON décision…

18 mai 2009
H1N1

H1N1

Au début de la pandémie grippale à virus A H1/N1, la commission santé d’Attac a demandé de bien vouloir assurer une diffusion élargie de ce texte.

La survenue au Mexique et aux Etats-Unis, puis dans d’autres pays, d’une série de cas de grippe due à un nouveau type de virus, classé H1N1 « triple reassortants »* a réactivé l’intérêt du public, de la presse et des autorités.

Sans nécessairement que la qualité des informations diffusées éclaire les citoyens sur la situation.

La dénomination du virus signifie qu’il peut infecter l’homme, le porc et les oiseaux. De tels virus, capables de franchir la barrière d’espèce, existent et sont suivis aux Etats-Unis depuis 1998. Sans que cela implique un risque particulier de diffusion massive, PANDEMIQUE, ni que si une pandémie survient, elle sera particulièrement mortelle.

La menace d’une pandémie de grippe sévère est permanente, comme l’est la menace de toutes les catastrophes naturelles. Nul ne sait si la mondialisation des échanges provoque un surcroît de risque. Cependant la diffusion de l’agent infectieux est vraisemblablement accélérée par la circulation des humains, des oiseaux et des porcs vivants.

La réponse la mieux adaptée à ce risque prévisible est d’accroître l’efficacité de la seule prévention qui vaille: la mise au point et la production rapide et massive d’un vaccin spécifique, lancée dès le début de la pandémie.

La possibilité de production de vaccins dans le monde n’est pas illimitée. Les capacités des industriels ne sont pas tellement extensibles. Pour obtenir un vaccin, il faut disposer d’une grande quantité d’œufs embryonnés d’une qualité garantie, nécessitant des élevages certifiés, dont le nombre est limité. Il y a là un plafond technique quasi indépassable et un point de fragilité dans la chaîne de production car les élevages de poules sont susceptibles d’être infectés par le virus grippal.

Il faut donc passer à la production de vaccin non techniquement plafonnée, avec une procédure rapide, contrôles cliniques et biologiques compris. Ceci implique de résoudre une série de problèmes technologiques. Le mode actuel de la recherche pharmaceutique, implique pour chaque firme de prendre un brevet à chaque étape franchie. Ce qui compromet, retarde et complique l’ensemble du processus. Sur un marché concurrentiel, la compétition entre firmes est génératrice d’obstacles, dont chacun peut coûter de nombreuses vies. Il existe une alternative: chaque fois qu’un laboratoire, public ou privé, universitaire ou industriel, trouve une brique manquante à l’édifice, elle doit aussitôt la mettre librement à la disposition de tous les autres chercheurs et producteurs de vaccins. Ce qui devient possible si on interdit de breveter les produits et procédés nécessaires à la prévention et au traitement de la grippe pandémique ou si on leur applique d’emblée le régime de la licence libre (General Public License).

Aujourd’hui la situation est bloquée. Les mesures d’urgence prises après le déclenchement de la pandémie n’auront que peu d’effet. La coopération nécessaire ou la procédure de licence obligatoire impliquent des mois de mise en place. Par ailleurs les industriels ont montré, pour ce qui concerne le sida, combien les enjeux humains pesaient peu face aux intérêts financiers.
C’est donc une importante décision politique à l’échelle mondiale. La France est particulièrement bien placée pour lancer cette initiative, car elle est en pointe dans la production industrielle de vaccin antigrippal.

Le silence fait autour de cette non décision témoigne de l’aveuglement ou du manque de courage des responsables politique des pays industrialisés.

Jean-Claude Salomon

* Cette désignation indique des réassortiments antigéniques qui résultent de réassortiments génétiques. Ce qui a des conséquences sur la capacité de transmission infectieuse entre espèces et sur la capacité à s’immuniser naturellement lors de la maladie ou par vaccination préventive.

Destruction d’une œuvre d’art avenue Hector Berlioz !

16 mai 2009

Une décennie à peine après sa construction, pelleteuses et marteaux piqueurs sont venus à bout de cette œuvre d’art ruineuse et peut-être unique pour une commune de 7000 âmes !

Cette pièce maîtresse a rejoint à la décharge (merci pour nos impôts) ses deux petites sœurs (dos d’âne), protecteurs en amont et en aval.

Rappelons que cette construction en pierre était sensée protéger la demeure du Seigneur de Carnoux de l’époque (l’ancien maire qui a déménagé depuis) contre le bruit généré par les rares automobilistes au pied lourd… Bonne utilisation de l’argent public !

Après la destruction de notre moyenâgeux et dangereux ralentisseur pavé situé au feu rouge de l’école, la mise au placard des affreuses armoiries de la ville au rond point du stade, y a-t-il danger à voir disparaître à jamais de nos vues ce patrimoine inutile ou disgracieux ?

L’ancien seigneur de Carnoux a changé de demeure depuis quelques années. Le carrefour avenue Berlioz/allée César Franck lui, a retrouvé son état d’origine avec, en prime, un revêtement tout neuf.

Hercule Grincheux

Une conversion tardive

13 mai 2009

Renaud Muselier, dans une interview donnée samedi 9 mai au journal La Provence, affirme “qu’il estGrandMarseille1Small temps de penser au Grand Marseille” et qu’il “souhaite mettre toute son énergie à la construction d’une aire métropolitaine référente” qui pourrait “inclure Avignon, Arles et Toulon”. Il veut prendre la tête d’une initiative et envisage de lancer un club de réflexion sur le sujet…

Le Grand Paris fait donc des émules, sans doute par mimétisme politique. Car le moins qu’on puisse dire, c’est que les élus marseillais n’ont pas brillé par leur vision de l’aire métropolitaine depuis 20 ans. Renaud Muselier a occupé la position stratégique de premier adjoint à la Mairie de Marseille durant 13 ans (jusqu’en 2008), sans que cette évidence du Grand Marseille ne l’effleure, sans qu’aucune initiative municipale n’ait été prise pour affirmer le besoin de structuration d’une aire métropolitaine, pourtant évidente pour un grand nombre de citoyens. Aucune opportunité de rapprochement avec les collectivités voisines n’a été saisie. Durant 13 ans “l’inter-intercommunalité” n’a jamais été à l’ordre du jour. A contre-sens de l’histoire, Marseille a ignoré ses voisines Aix et Aubagne. Aucun projet de grande agglomération n’a été élaboré. Quand au seul projet (avec le Plan Campus) qui a fait l’objet d’une position commune d’Aix et de Marseille, la LGV, le tracé par Marseille soutenu par les deux villes ne semble plus avoir la faveur de l’élu qui affirme dans son interview que “ce n’est pas le tracé qui importe”. On ne peut donc qu’être surpris de voir une telle initiative de la part d’un homme qui n’a jamais fait preuve, jusqu’à présent, d’un grand intérêt pour l’aire métropolitaine marseillaise.

J’avais moi-même évoqué sur ce blog, le 26 mars dernier (voir ici), l’idée de la relance de l’aire métropolitaine à la suite du lancement du Grand Paris. Revenons-y donc. Car, comme ne l’indiquent ni l’interviewé ni l’intervieweur, tout n’a bien sûr pas débuté il y a deux jours. Et il conviendrait sans doute de reprendre d’abord les bonnes idées émises depuis deux décennies que les élus ont hautement ignorées.

intercom.1241994866.jpgL’aire métropolitaine marseillaise constitue la seule agglomération de France aussi morcelée administrativement (carte ici) : Communauté Urbaine Marseille-Provence-Métropole , Communauté d’Agglomération du Pays d’Aix, Communauté d’Agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, Communauté d’Agglomération Ouest Etang de Berre, Communauté d’Agglomération Agglopôle Provence, SAN Ouest Provence. Faire plus compliqué et moins efficace est sans doute impossible. Et il faut voir là, indiscutablement, l’un des facteurs pénalisants ayant favorisé notre retard dans les domaines du développement économique, des transports, du traitement des déchets, de la dispersion universitaire, … La comparaison avec d’autres grandes métropoles (Lyon au premier chef) est criante.

Il aura donc fallu que Christian Blanc lance son idée sur le Grand Paris pourqu’elle déteigne à Marseille, sous une forme qui masque cependant un manque certain de réflexion de fond. Car l’urgence métropolitaine est d’abord de modifier l’approche institutionnelle du coeur de l’agglomération constituée de Marseille, Aix, Aubagne et de l’Etang de Berre.

Les élus n’ont pas de circonstances atténuantes.

Dès 1990, le Club d’échanges et de réflexions sur l’Aire Métropolitaine Marseillaise, effectuait un remarquable travail sur le sujet. Ce club rassemblait dans un dispositif informel plus d’une centaine de personnes (géographes, économistes, ingénieurs, urbanistes, architectes, sociologues,…) de la région pour la plupart, appartenant à des services de l’Etat, des collectivités locales, des organismes publics, consulaires, universitaires et privés. Réseau, lieu d’interface dont les membres étaient cooptés pour leur compétence, mais aussi pour leur capacité d’échange, le Club a bouillonné d’analyses et d’idées. Ses travaux, rapports données, cartes, sont encore accessibles aujourd’hui (cliquer ici). S’érigeant “contre une gestion en archipels” le Club n’a eu de cesse d’alerter les élus et de leur suggérer un changement de braquet. En vain.

Ces travaux pionniers et fondamentaux furent publiés en 1994 aux Editions de l’Aube, dans un ouvrage collectif intitulé “La métropole inachevée” suivi du sous-titre “Les ferments d’une démarche de prospective partagée”. Les éléments d’un projet métropolitain y étaient esquissés.

En 1992, suite la loi sur l’Administration territoriale de la République (ATR) du 6 février, une Association voit le jour à l’initiative d’élus : l’Association pour le Développement de l’Aire Métropolitaine Marseillaise(ADAAM). Elle est présidée par Jeanne Laffitte, alors seconde adjointe dans la municipalité Vigouroux. Le but de cette association est de militer pour une seule entité administrative sur l’ensemble de l’aire métropolitaine. On en rêve encore…

Malgré les difficultés, les partisans de la métropole ne se découragent pas. Les 29 et 30 avril 1999, un colloque intitulé “Métropolitains, encore un effort” est organisé sur le technopôle de Château-Gombert (actes du colloque aux Editions de l’Aube). Philippe Langevin, universitaire, économiste, constate que “les territoires économiques évoluent plus vite que les territoires politiques” et ajoute “nous assistons aujourd’hui à une ébauche de métropolisation sans métropole, où tout se fait dans le désordre et nous met en difficulté par rapport aux autres”.Durant le même colloque, Jean-Benoît Zimmerman, chercheur CNRS enfonce le clou : “Nous sommes à la croisée des chemins : ou bien nous continuons la voie du laisser-faire actuel et c’est le déclin, ou bien nous envisageons des performances globales, seules capables de renforcer une métropolisation de Marseille, elle-même seule échelle possible”. Dans son ouvrage “Marseille capitale ?” (2000, Edisud), Philippe Sanmarco écrivait pour sa part : “A nous désormais, Marseillais ou non, de permettre l’émergence de dynamiques territoriales nouvelles, qui accompagnent ou anticipent me nouveaux mouvements de population et une évolution économique constante”.

Ce qu’il faut bien appeler un carence de la politique locale pour une organisation métropolitaine moderne fait qu’aujourd’hui, les outils des politiques publiques sont limités. Tout le monde s’accorde à considérer que la Directive Territoriale d’Aménagement (DTA) des Bouches-du-Rhône promulguée en Mai 2007 (en voir ici le texte), constitue une première pierre. Consultés, les élus locaux n’ont formulé que des avis épars, à défaut de pouvoir s’appuyer, comme à Lyon, sur des axes forts supportés par l’ensemble des collectivités locales. Car la D.T.A. élaborée à l’initiative et sous la responsabilité de l’État, fixe beaucoup de choses, comme les orientations fondamentales de l’État en matière d’aménagement , de protection et de mise en valeur des territoires ainsi que les principaux objectifs de l’État en matière de localisation des grandes infrastructures de transport et des grands équipements, ou de préservation des espaces naturels, des sites et des paysages.

Parallèlement, les collectivités de l’aire métropolitaine, éparpillées, incohérentes, ne disposent face à l’Etat que des Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT) qui permettent aux communes et communautés d’un même territoire de mettre en cohérence les politiques des diverses collectivités publiques dans le domaine de l’aménagement (urbanisme, habitat, économie, déplacements, environnement, …). Et des SCOT, il y en a autant que d’intercommunalités !

Tout le monde souffre de l’inorganisation politique de l’aire métropolitaine marseillaise : les habitants, les acteurs économiques, culturels, sociaux, éducatifs, universitaires. On mesure d’ailleurs, avec Marseille-culture 2013 ou le Plan Campus, combien il est nécessaire et urgent de dépasser les étroits carcans administratifs locaux. Alors lorsque l’on voit des responsables politiques, jusqu’à présent imperméables au fait métropolitain, trouver la divine révélation selon Saint Grand Paris, cela nous fait doucement sourire, à défaut de pleurer…

Bisphenol A, on en reparle….

12 mai 2009

BisphenolALe 4 avril 2009, sur ce Blog, dans un article intitulé Histoire de cul (de bouteille)…. nous avions déjà évoqué la problèmatique du Bisphenol A.

La ministre de la Santé a estimé que des études fiables ont conclu à l’innocuité des biberons fabriqués avec du bisphénol A. Pour Roselyne Bachelot, il n’y a donc pas lieu d’appliquer le principe de précaution pour cette substance chimique, qui est pourtant au coeur d’un vif débat sanitaire et qui a déjà été interdite au Canada. Le principe de précaution ne s’applique qu’en l’absence d’études fiables. Là, les études fiables existent et concluent en l’état actuel de la science à l’innocuité des biberons fabriqués avec ce composé chimique (…) Le principe de précaution est un principe de raison, il n’est en aucun cas un principe d’émotion » : c’est en ces termes que Roselyne Bachelot a répondu  à une question posée à l’Assemblée nationale sur le bisphénol A. Une substance chimique pourtant objet de nombreuses critiques.

Selon deux études récentes :

– les prématurés sont 10 fois plus exposés que la population générale

– l’exposition de rats femelles à des doses 20 et 40 fois plus faibles que la norme européenne se traduit par un effet sur le mécanisme de la spermatogénèse chez  la 3e génération

La visite à Paris des Professeurs Ana Soto et Carlos Sonnenschein, les deux scientifiques américains spécialistes du Bisphénol A invités par le Réseau Environnement Santé, a permis d’apporter une réponse claire aux déclarations de Madame Bachelot sur l’inocuité du Bisphénol A.

La littérature scientifique montre dans son ensemble que la toxicité du Bisphénol A est incontestable et que la quasi-totalité de la population est imprégnée, ce qui justifie l’interdiction dans les biberons et autres plastiques alimentaires.

Le Réseau Environnement Santé se réjouit de la décision d’éliminer les biberons au BPA prise par la Mairie de Paris et à la suite de celle-ci par la Mairie de Reims. Le RES appelle les maires de France à prendre ce type de mesures.

voir les études

Parc national des calanques : C’est pas gagné…

11 mai 2009
Les limites...?

Les limites…?

Bagarre à La Ciotat autour du Parc national des calanques

Incompréhension. C’est de toute évidence le mot qui règne en maître depuis qu’on parle, à La Ciotat, de la création du Parc national des calanques. Le dernier épisode étant la réaction, à la suite de la signature par le Premier ministre UMP François Fillon de l’arrêté de « prise en considération » du projet, du maire UMP Patrick Boré et de son adjoint au cadre de vie Noël Collura.
Ces derniers dénonçaient en effet très vivement le périmètre évoqué, « en contradiction avec celui défini par une délibération adoptée en conseil municipal » en décembre dernier, et accusaient le GIP (Groupement d’intérêt public) et son président Guy Teissier de « ne pas tenir ses promesses ».
Ce dernier a à son tour souhaité s’exprimer pour expliquer, et appeler « les uns et les autres à garder leur sang-froid » : « Je n’ai, à aucun moment, pris position sur ce que doit être le parc national sur les territoires des différentes communes concernées, rappelle-t-il. Le périmètre définitif et la charte de développement durable seront le fruit d’une concertation réelle, qui démarre maintenant pour dix-huit mois. L’arrêté de prise en considération est la marque de l’intérêt que porte l’État au massif des calanques, mais il propose un périmètre d’étude, qui n’est en rien définitif. Tout est réversible. »
Et l’élu UMP marseillais d’insister : « On ne fera pas un parc national des calanques contre les populations, mais avec elles, et je me tiens à la disposition de tous les acteurs locaux, pour répondre aux questions et sollicitations sur le terrain. » C’est donc bel et bien la procédure de concertation qui est enclenchée, sur la base d’un périmètre calqué sur les sites classés, les sites inscrits et le territoire de Natura 2000.
La philosophie de Guy Teissier, c’est de « se mettre autour d’une table, pour voir, notamment avec les maires, interlocuteurs incontournables du fait de leur légitimité démocratique, ce qui sera retenu en coeur de parc ».
Ainsi, des ateliers thématiques (aires terrestres, maritimes, zones d’adhésion, gouvernance du parc) ont déjà commencé et se tiendront sur le rythme d’une fois par mois. Dès le mois de juin, démarreront les ateliers territoriaux, avec tous les acteurs d’un territoire pour des regards croisés sur les enjeux. Enfin sont programmées des réunions bilatérales, entre les maires et le GIP, pour établir les priorités.
« La nouvelle loi de 2006, qui organise la création des parcs nationaux, a instauré l’obligation de passer par la case GIP, conclut Guy Teissier, justement pour imposer une concertation locale, alors qu’avant, un parc se créait sur décision unilatérale de l’État. Maintenant, il faut que chacun joue le jeu de cette concertation, en dehors de toute stratégie d’opposition frontale. »

Quelles solidarités dans un monde en crises ?

8 mai 2009

AfficheConfMai2009SmallLundi 18 Mai 2009 à 18h30

Salle Clos Blancheton, derrière la Mairie (Carnoux)

Conférence-débat

Avec Jean Pierre Cavalié

(délégué régional PACA de la Cimade)

Quelles solidarités dans un monde en crises ?

Un enjeux de  société

L’analyse du phénomène des sans-papiers permet de comprendre de nombreux problèmes économiques et sociaux actuels.

Les migrations humaines

Le déréglement climatique va amplifier les migrations locales et internationales. Comment les aborder ?

Un autre monde est-il possible ?

Des propositions et des réalisations existent déjà dans ce sens. Elles dessinent une nouvelle citoyenneté.

C.P.C.

Faut-il changer l’ampoule ?

5 mai 2009
Incandescence ou faible consommation ?

Incandescence ou faible consommation ?

Ecologie. Petit guide des idées fausses en matière d’éclairage domestique.

Marcel Boiteux, de l’Institut, le 26-03-2009

Incandescence ou faible consommation ? Les spécialistes devraient y réfléchir à deux fois avant de trancher.

A vis ou baïonnette, claires ou perlées, incandescentes ou fluorescentes : le marché des ampoules électriques est immense. Le voici menacé : il est question d’interdire progressivement les lampes à incandescence – lesquelles ont certes le mérite d’être bon marché mais le défaut d’avoir un très mauvais rendement. Avec une ampoule “à basse consommation”,on peut, dit-on, être éclairé tout autant en consommant quatre ou cinq fois moins d’énergie.

En contrepartie, ces ampoules coûtent, certes, quatre ou cinq fois plus cher mais elles ont une durée beaucoup plus longue – à condition, bien sûr,de ne pas les manipuler constamment, car c’est surtout la succession des allumages et des extinctions qui les use.

Sans attendre que les autorités européennes rendent obligatoires les nouvelles ampoules, certaines grandes entreprises les utilisent déjà dans tous leurs bureaux et annexes. Problème : celles-ci doivent “chauffer” un certain temps avant de donner tout l’éclat de leur puissance. D’où des conséquences inattendues. Les couloirs sombres et peu usités, que l’on éclairait seulement pour passer, restent allumés du matin au soir : les nouvelles ampoules ne commencent réellement à éclairer qu’au moment où l’on sort de la pièce… Même obligation pour les WC, dorénavant allumés en permanence, alors qu’autrefois, sauf négligence coupable, chacun en éteignait les parties communes et particulières en sortant.

Mais c’est tout à fait normal, rétorque un grand spécialiste des économies d’énergie : « Ces ampoules ne doivent pas être constamment manipulées, et vos voisins d’étage ont tout à fait raison de ne pas les éteindre tout le temps. » Mais alors, si elles consomment cinq fois moins mais fonctionnent dix fois plus, où est le gain (hors celui des professionnels de l’éclairage) ?

C’est vrai, dit notre spécialiste, mais ces ampoules ont quand même le grand mérite “intrinsèque” d’économiser l’énergie…

Là, on change de registre, passant de celui de la logique à celui de la religion, avec ses rites et ses devoirs. Que l’on n’économise pas d’électricité, peut-être. C’est l’intention qui compte. Ne serait-il pas plus raisonnable, pourtant, d’étoffer un peu le nouveau catéchisme et de décréter que, jusqu’à nouvel ordre, l’utilisation des ampoules à basse consommation, qui ont de grands mérites, est néanmoins un péché et doit être interdite pour tous usages intermittents, couloirs, cages d’escaliers, WC et minuteries ?

Il est vrai que si l’on accepte cette exception, il n’est plus possible d’interdire les ampoules à incandescence comme on le prévoit à Bruxelles, et maintenant à Paris. Serait-ce si grave? Certes, une ampoule à incandescence “perd” 95 % de l’énergie électrique qui l’alimente. Mais elle la perd en chaleur ! Elle réchauffe la pièce pour 95 %, et ne l’éclaire que pour 5 % de sa consommation. Cette contribution au réchauffement de l’atmosphère n’est pas si malvenue l’hiver, et même en demi-saison, où l’on chauffe un peu (de sorte que l’éclairage devrait suffire !). Mais l’été ? Il fait encore jour le soir et l’on n’allume plus…

Quand la chaleur de la pièce est réglée par thermostat, le résultat est tout à fait clair : avec une ampoule à incandescence, le thermostat est moins souvent sollicité qu’avec une ampoule à basse consommation, et on économise du chauffage. Sans thermostat, le réglage est sans doute moins fin mais le phénomène reste le même : ce que l’on perd en lumière est regagné en chaleur. C’est donc seulement quand le réchauffement est fâcheux, ou seulement inutile, que l’ampoule à basse consommation prend son intérêt (pour autant qu’il ne s’agisse pas d’usages intermittents) : éclairages extérieurs, éclairage d’été dans une pièce climatisée, éclairage durable de pièces volontairement non chauffées, etc. Quant aux grands magasins, aux bureaux modernes et aux futures maisons “à énergie zéro”, il faut faire le bilan entre ce que la lampe à incandescence économise à l’achat et fait gagner en chauffage l’hiver, et ce qu’elle fait perdre en climatisation l’été.

L’utilisation des ampoules à basse consommation requiert donc l’emploi parallèle d’un peu de matière grise. Ces ampoules ont déjà un large domaine d’utilité réelle, et donc un marché naturel qui leur assure un bel avenir. Mais, en l’état actuel des techniques, on ne peut les prescrire, et a fortiori interdire les autres, sans avoir réfléchi aux effets secondaires des usages intermittents, et à ce qu’est l’énergie “perdue” de la lampe à incandescence. Sauf à penser que nos contemporains sont si bêtes et indisciplinés qu’il faut leur imposer une règle très simple, serait-elle simpliste et contre-productive. Au prétexte que, si on n’y gagne rien, si même on y perd, ça va quand même dans le bon sens…

Faut-il souligner, au surplus, qu’au plan de l’écologie, c’est l’effet de serre qui importe en matière énergétique, pas l’économie d’énergie en elle même, qui ne se justifie que comme moyen et comme symbole d’un mode de vie plus sobre (et là, il y a à faire !) : le monde aura manqué de bien d’autres ressources rares – eau, terre arable, phosphore et autres substances limitées – avant de manquer vraiment d’énergie. Or, les ampoules à basse consommation sont notamment plus chères que leurs soeurs à incandescence parce qu’elles contiennent des substances rares, et dont les déchets toxiques devront être gérés avec attention.

De sorte que si, contre toute raison, les prédicateurs de l’ampoule à basse consommation réussissent à propager leur foi au point de mener prématurément au bûcher toutes nos bonnes vieilles ampoules d’autrefois, il se peut que, dans l’avenir, un génial inventeur découvre un jour, pour un nombre notable d’usages, un type d’ampoule miraculeux, très bon marché, pratiquement sans déchet et qui, en plus, chauffe les appartements l’hiver : la lampe à incandescence ! Mais peut-être, entre-temps, aura-t-on trouvé encore mieux ?

Marcel Boiteux est normalien, agrégé de mathématiques, président d’honneur d’EDF, ancien président de l’Institut des hautes études scientifiques et de l’Institut Pasteur.

G.B.