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Philippe Echaroux enchante la montagne

12 septembre 2022

Le photographe marseillais Philippe Echaroux n’en finit pas de faire parler de lui. Nous avions déjà évoqué sur ce blog ses œuvres aussi spectaculaires qu’éphémères qui revêtent souvent un caractère engagé voir pédagogique. Devenu une véritable référence mondiale en matière de street art 2.0, en remplaçant les bombes de peintures qui dégradent durablement les murs tagués malgré eux, par un vidéoprojecteur surpuissant, il n’hésite pas à afficher sur les façades de Marseille, de La Havanne, de New York ou de Venise ses slogans humoristiques, profonds ou provocateurs.

Projection de Philippe Echaroux sur le Cap Canaille (source © Philippe Echaroux)

Mais Philippe Echaroux est aussi un artiste engagé qui embrasse de multiples causes. Celles des enfants des rues de Calcutta comme celle de la déforestation qui menace la forêt amazonienne. Après avoir projeté un portrait géant de Zinédine Zidane sur le pignon aveugle d’une maison marseillaise de la Corniche, Philippe Echaroux s’est rendu en 2016 au fin fond de la forêt amazonienne pour y rencontrer des représentants d’un peuple indien méconnu, les Suruis, au contact de la civilisation occidentale depuis une cinquantaine d’années seulement, et aux prises avec la déforestation qui menace leur écosystème millénaire.

Projection dans la forêt amazonienne d’un visage Surui (source © Philippe Echaroux / Destimed)

Ses portraits de membres de la tribu Suruis, projetés de nuit sur les immenses arbres qui les entourent créent un univers onirique des plus étranges qui a beaucoup amusé les Indiens assistant à la genèse et à la mise en œuvre de ce projet artistique pour le moins original. Mais cette œuvre éphémère dont les photographies témoins ont été exposées dans une galerie parisienne fin 2016, sont avant tout un acte écologique militant. Celui d’un artiste qui cherche à convaincre par l’émotion esthétique que la défense de la forêt amazonienne est une condition de la survie de l’humanité, et pas seulement des quelques tribus qui y vivent en symbiose avec le milieu naturel.

Projection de Philippe Echaroux sur les arbres de la forêt amazonienne (source © Philippe Echaroux)

« Derrière chaque arbre déraciné, c’est un homme qui est déraciné ». Tel est le message fort que cherche à faire passer Philippe Echaroux à travers ce projet spectaculaire. Et il entreprend la même démarche pour attirer l’attention sur la fonte inexorable des glaciers alpins, n’hésitant pas à crapahuter de nuit avec un guide de haute montagne, sur ce qu’il reste de la Mer de glace pour projeter sur le monde minéral qui l’entoure ses messages d’alerte sur cette glace qui hurle en fondant comme une vulgaire boule de crème glacée entre les mains d’un gamin capricieux.

Projection de Philippe Echaroux sur la Mer de Glace qui fond désespéramment (source © Philippe Echaroux)

Car Philippe Echaroux est un vrai amoureux de la montagne et de ceux qui l’habitent. Alpinistes, gardiens de refuges, bergers d’alpage ou secouristes de haute-montagne, autant de figures auxquelles l’artiste marseillais a voulu rendre hommage dans une série de portraits géants qu’il a projeté au cours de l’été 2022 et jusqu’au 30 septembre, sur les façades de plusieurs villages du Parc des Écrins, dans les Hautes-Alpes, et de l’Oisans, en Isère.

Philippe Echaroux dans le massif des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

Une exposition in situ dans de petits villages de montage, qui attire les touristes de passages et les amoureux de la montagne, tout en rendant un hommage magnifique à ceux qui y vivent toute l’année. Photographe portraitiste reconnu, Philippe Echaroux sait mieux que personne rendre toute l’humanité de ces visages burinés par le soleil des longues courses en altitude et désireux de faire partager leur passion de ces paysages naturels dont l’accès se mérite par l’effort.

Projection sur une façade du village de Villar-d’Arène dans le Parc des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

On ne peut que saluer cette belle initiative qui vise à réenchanter ces paysages alpins et à valoriser cette pratique d’un alpinisme authentique et respectueux de la nature, tout en faisant appel à un art à la fois original, d’une beauté esthétique incontestable, minimisant son impact environnemental par son aspect éphémère et virtuel, mais en même temps porteur d’un message humaniste fort : bravo l’artiste !

L. V.

Carnoux : l’Artea toujours englué dans l’ALG

2 août 2022

Plus de vingt ans que ça dure ! Voilà plus de vingt ans que l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux-en-Provence, un écrin de culture magnifique composé d’une salle de spectacle remarquable avec sa jauge de 308 places assises et 450 debout et sa scène toute équipée assortie d’un vaste hall de 200 m2 et d’un théâtre de verdure en forme d’amphithéâtre doté de 300 places assises supplémentaires, ce bel équipement que bien des communes nous envient, vivote dans les mains d’une société privée chargée de son exploitation, largement subventionnée par la collectivité.

L’entrée de l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux (source © My Provence)

C’est en effet en 2000 que la gestion de cette salle de spectacle municipale a été confiée en délégation de service public à la société Arts et loisirs gestion (ALG), une SARL créée pour l’occasion et dont le siège social est d’ailleurs domicilié dans les locaux même de l’Artea. Le directeur de cette société, Gérard Pressoir, ancien conseiller financier à la Barclay’s Bank et ex directeur d’antenne de Fun Radio à Aix-en-Provence, s’était fait la main en gérant à partir de 1994, déjà en délégation de service publique (DSP), le Stadium de Vitrolles, une salle polyvalente de 4500 places conçue en 1990 par l’architecte Rudy Ricciotti pour la modique somme d’un peu plus de 7 millions d’euros, sous forme d’un gros cube de béton brut égaré en pleine campagne sur les remblais toxiques d’un ancien terril de boues rouges issues de la fabrication locale d’alumine.

Le Stadium de Vitrolles, à l’état d’abandon sur les hauteurs de Vitrolles, au milieu des déchets toxiques de boues rouges (source © Maritima)

Mauvais pioche pour Gérard Pressoir car après quelques années de succès relatif, assuré surtout grâce aux matchs de handball de l’équipe montée par Jean-Claude Tapie, le frère de Bernard, la polémique fait rage autour de cette salle de spectacle excentrée et atypique. Dès 1997, l’élection de la candidate Front National Catherine Mégret à la mairie de Vitrolles attise les tensions. A la suite de l’échec d’un concert de rock identitaire français prévu le 7 novembre 1997, le Stadium, déjà fragilisé par le dépôt de bilan de l’OM Handball en 1996, ferme ses portes en 1998, la municipalité refusant de renouveler la DSP. Il faut dire qu’un attentat à la bombe avait eu lieu une semaine avant pour empêcher le déroulement de ce spectacle de rock, donnant à la municipalité Front national le prétexte rêvé pour tirer le rideau, les installations techniques ayant été gravement endommagées.

Depuis, le Stadium est à l’abandon, victime des pillards et autres squatteurs. Récupéré en 2003 par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, cette dernière a préféré y stocker des ordures ménagères et construire une autre salle de spectacle à Luynes, comprenne qui pourra… Reprise en 2015 par la commune de Vitrolles désormais dirigée par le socialiste Loïc Gachon, il a fallu attendre fin 2021 pour que le Festival lyrique d’Aix-en-Provence envisage de rouvrir la salle mais rien n’est encore fait tant le coût des travaux de remise en état est effrayant !

Gérard Pressoir (à droite), exploitant de l’Artea depuis plus de 20 ans, ici avec le chanteur et humoriste Yves Pujol (source © L’ARTEA)

Toujours est-il que c’est fort de cette expérience quelque peu mitigée que la SARL ALG, dans laquelle Gérard Pressoir est associé à parts égales avec la société Delta Conseil de Dominique Cordier, a remporté le marché de l’exploitation de l’Artea, dans le cadre d’une DSP par voie d’affermage. Un marché renouvelé à de multiples reprises depuis, étendu en 2018 à la gestion du Centre culturel de Carnoux, et qui vient encore d’être attribué, pour la n-ième fois à la société ALG et pour une durée de 5 ans jusqu’en septembre 2027, à l’issue d’une commission d’appel d’offre qui s’est déroulée en toute discrétion le 22 juillet 2022. Comme à l’accoutumée, aucune autre offre que celle de la société ALG n’avait été déposée, ce qui limite de fait grandement les aléas de la concurrence et a donc permis à Gérard Pressoir, dont la propre fille siège désormais au conseil municipal de Carnoux, de convaincre aisément et sans beaucoup d’arguments, qu’il était le mieux placé pour se succéder une nouvelle fois à lui-même dans la gestion de cet équipement culturel public : « il faut que tout change pour que rien ne change »…

La salle de spectacle de l’Artea, à Carnoux, avec ses 308 places assises (source © L’ARTEA)

Pourtant, le bilan de cette exploitation, jusqu’à présent soigneusement tenu à l’abri de la curiosité des habitants de Carnoux, bien que propriétaires et principaux bénéficiaires de l’Artea, n’est pas des plus brillants si l’on s’en réfère aux quelques feuillets assez indigents qui tiennent lieu de bilan annuel pour les trois dernières années d’exploitation. En 2019, la société ALG se targuait d’ouvrir 150 jours par an, principalement pour la diffusion de films, et d’accueillir plus de 20 000 spectateurs dans l’année, tout en louant la salle 30 jours par an à des écoles de danse. Avec le confinement, en mars 2020, la salle est restée fermée pendant quasiment un an, jusqu’en avril 2021. Et pour la saison 2021-2022, le nombre de jours d’ouverture par an ne dépasse pas 105, avec de nombreux spectacles annulés ou reportés faute de spectateurs, une baisse du nombre de location de la salle et une faible fréquentation du cinéma avec moins de 15 spectateurs par séance en moyenne.

Concert de Bella Ciao au théâtre de verdure de l’Artea, le 2 août 2018 dans le cadre des Estivales de Carnoux (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Ces bilans posent une fois de plus la question de la manière dont un équipement culturel aussi ambitieux que l’Artea pour une petite commune de 7000 habitants peut être exploité de manière optimale. Le principe même de la DSP pour un tel équipement culturel est de décharger la commune de l’exploitation de la salle en la confiant à un professionnel jugé mieux à même de la rentabiliser au maximum, sachant que l’activité est par nature déficitaire. De fait, le coût annuel d’exploitation d’une telle salle en année normale est de l’ordre de 430 000 € qui se partage, grosso modo à parts égales, entre les frais de personnel (4 salariés déclarés dont le gérant lui-même et des techniciens souvent payés à la prestation) et les charges liées à la commande et l’organisation des spectacles. Les recettes en année normale tournent autour de 200 000 € et la commune verse donc au délégataire une subvention d’équilibre qui était de 258 000 € en 2018 et de 244 000 € en 2019, considérées comme années de référence avant le confinement.

Le maire de Carnoux sur la scène de l’Artea (vide) le 7 janvier 2022 pour ses vœux à la population (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Les équipements sont mis gratuitement à disposition de l’exploitant par la commune qui se charge par ailleurs du gros entretien et qui subventionne donc le prestataire pour lui permettre de se rémunérer tout en assurant l’exploitation du site. Celle-ci pourrait donc très bien être confiée directement à des agents municipaux spécialisés, comme choisissent de le faire bon nombre de communes dans la même configuration. Cela permettrait une gestion beaucoup plus souple, moyennant davantage d’implication dans le choix de la programmation, en partenariat direct avec les associations locales. Une gestion mutualisée, assurée à l’échelle métropolitaine, du réseau de salles municipales implantées dans quasiment chacune des communes, pourrait sans doute aussi contribuer à en rationaliser la gestion et à optimiser l’exploitation de ces équipement qui nécessitent de lourds investissements et des frais d’entretien élevés.

On est en tout cas, dans ce cas de figure de l’Artea, très éloigné de la notion même d’affermage qui est pourtant officiellement le mode de dévolution retenu pour cette DSP et qui suppose que « le délégataire se rémunère substantiellement des recettes de l’exploitation, augmentées d’une participation communale en compensation des contraintes imposées par la collectivité ». En l’occurrence, les contraintes imposées par la commune sont très faibles puisqu’elles se limitent à la fourniture de places gratuites (120 par an dont 8 au maximum par spectacle, ce qui n’est guère une contrainte pour une salle qui peine généralement à se remplir) et à la mise à disposition de la salle pour 8 manifestations par an. La salle peut aussi être utilisée par des associations mais dans ce cas la location est facturée par l’exploitant…

Dans la nouvelle version de la DSP renouvelée en 2022, la subvention d’équilibre a été fixée à 195 000 € par an, ce qui reste très généreux et devrait encore excéder largement les recettes escomptées, celles-ci se limitant à 76 000 € pour l’exercice 2020-21 et même à 26 000 € seulement cette année ! De quoi fragiliser juridiquement la validité de cette nouvelle DSP puisque la subvention sera vraisemblablement la principale source de rémunération de l’exploitant : espérons que la Chambre régionale des Comptes ne viendra pas y fourrer son nez, comme elle l’avait fait dans la gestion du Centre culturel, et que personne ne s’avisera de déposer un recours contre cette attribution, comme cela a été le cas avec la DSP du Zénith de Toulon, également attribué à ALG en juillet 2020 mais suspendu trois mois plus tard sur ordonnance du Tribunal administratif…

L. V.

Assemblée nationale : la guerre des cravates

30 juillet 2022

En ce moment même, la guerre fait toujours rage à nos portes, l’armée ukrainienne tentant de défendre vaille que vaille son territoire envahi par l’armée russe qui bombarde à tout va, n’hésitant pas à tout détruire sur son passage, sous un déluge de feu d’artillerie lourde, pour poursuivre sa progression. Mais pendant que les missiles pleuvent à l’est de l’Europe, voila que nos députés tout juste élus à l’Assemblée nationale, s’étripent, quant à eux, au sujet de leur tenue vestimentaire : un combat qui en vaut bien un autre et qui a le mérite de rappeler que nos responsables politiques ont un sens aigu de la hiérarchie des problèmes…

Renaud Muselier critique la gauche « sale et débraillée »… (photo © SOPA Images / SIPA / Le Nouvel Obs)

C’est Renaud Muselier, le président de la région PACA, qui a déclenché les hostilités, jeudi 21 juillet 2022, en fustigeant sur BFMTV l’attitude des 75 députés de la France insoumise qu’il accuse de faire de l’obstruction systématique et de se faire remarquer par un comportement peu respectueux des règles de bienséance. « Vous voyez la gauche sale, débraillée, qui crie partout. C’est un problème de comportement. Vous représentez la République, c’est une charge. Vous ne pouvez pas crier, vous sortez du bac à sable et vous rejoignez les grands » a ainsi estimé M. Muselier, un rien donneur de leçons.

Un rappel à l’ordre sur lequel son ancien collègue et désormais ennemi mortel, Eric Ciotti, a aussitôt surenchéri, prenant sa plume pour écrire à la Présidente de l’Assemblée nationale, la députée macroniste Yaël Braun-Pivet, pour lui demander de rétablir illico « l’obligation du port du costume et de la cravate pour les hommes », estimant de la plus haute urgence la nécessité « d’empêcher que certains députés notamment de la France Insoumise se permettent de porter au sein de l’hémicycle, des tenues de plus en plus relâchées ».

Le député LFI Louis Boyard s’exprimant à l’Assemblée nationale le 18 juillet 2022 (photo © Stéphane Mouchmouche / Hans Lucas / AFP / France TV info)

Il faut bien reconnaître que les députés en question avaient mis un point d’honneur, depuis le début de cette législature à se faire remarquer en criant haut et fort leur mécontentement, y compris pendant le discours de politique générale de la Première Ministre, Élisabeth Borne, le 6 juillet dernier, qui avait été copieusement chahuté dans leurs rangs. Et les tenues arborées par les députés LFI sont de fait des plus ostensiblement décontractées : jean, baskets, sandales et tee shirts, pas toujours surmontés d’une veste.

Par comparaison, les 89 députés du Rassemblement National, sous la houlette de Marine Le Pen, se distinguent par leur extrême discrétion et le port systématique du costume-cravate pour la gent masculine, traduisant jusqu’à la caricature leur volonté de se démarquer de leur image de parti extrémiste. « La culture paquet de nouille et tee shirt de foot, non merci ! » avait d’ailleurs averti d’emblée la chef des file des députés RN…

Il faut dire que c’est déjà à l’initiative de l’arrivée des députés France Insoumise dans l’hémicycle en 2017, que le bureau de l’Assemblée avait dû acter officiellement le droit pour les députés de siéger sans veste ni cravate, estimant que la tenue dans l’hémicycle « doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville ». Ce qui n’empêchait certains députés de siéger en tenue plus folklorique, à l’image du député de la 3e circonscription de la Polynésie française, Moetai Brotherson, un colosse élu en 2017 et réélu en 2022, qui siège en chemisette à fleurs, sandales et lavalava, une sorte de jupe traditionnelle, tandis que son collègue Paul Molac, fait sensation avec son costume breton à col bariolé…

Le député polynésien Moetai Brotherson à l’Assemblée Nationale en février 2019 (photo © C. Archambault / AFP / L’Humanité)

Il faut bien reconnaître que la question vestimentaire a toujours fortement animé les débats au sein de la représentation nationale française. Déjà le 4 mai 1789, lorsque s’ouvrent les États généraux au château de Versailles, prélude de la future Assemblée constituante, un député se singularise par son accoutrement. A l’époque, les 300 représentants de la noblesse portent tous bas blancs, culotte noire, chapeau à plume et (déjà !) cravate de dentelle. Ceux du clergé ont bien sûr revêtu l’habit ecclésiastique où l’on distingue la pourpre des cardinaux, le violet des évêques, la soutane noire des curés et la robe de bure des quelques moines.

Quant aux 600 représentant du tiers état, tous portent le costume noir de rigueur agrémenté de la cravate de mousseline exigée par le protocole, tous sauf un : un certain Michel Gérard, venu des faubourgs de Rennes et qui arbore sa tenue de cultivateur… Un geste qui le rendra particulièrement populaire, le faisant passer à la postérité sous le sobriquet de « Père Gérard », évoqué récemment en conseil municipal à Marseille, et lui valant même l’honneur de figurer au premier plan du célèbre tableau de David sur le Serment du Jeu de paume, alors même que son rôle dans le prologue de la révolution française reste bien modeste.

Le père Gérard, avec ses habits de cultivateur (photo © Alamy Stock Photo / Marianne)

Depuis, bien d’autres ont emboité ses pas, à l’instar du député socialiste et ancien mineur, Christophe Thivrier, élu en 1889 et qui se présente à l’Assemblée nationale avec sa blouse bleue d’ouvrier pour honorer la promesse faite à ses électeurs. Les huissiers, qui le prennent pour un livreur, lui interdisent l’accès au Palais Bourbon, mais il finit par arriver à ses fins à force de persuasion, acceptant néanmoins de remplacer ses sabots par une paire de bottines… En 1997, son lointain successeur, le communiste Patrice Carvalho s’était lui aussi assis sur les bancs de l’Assemblée en bleu de travail mais avec cravate, histoire de respecter au moins symboliquement le règlement intérieur. Une précaution que n’avait même pas prise le député LFI François Ruffin qui s’était présenté au Palais Bourbon en décembre 2017 revêtu d’un maillot de foot…

En 1997, le député PC de l’Oise, Patrice Carvalhlo, en bleu de travail, et en 2017, le député LFI de la Somme, François Ruffin, en maillot de foot… (source © France 3 Hauts-de-France)

En 2022, les députés de la France Insoumise font en tout cas de ce détail vestimentaire une question centrale, le jeune député du Val de Marne, Louis Boyard, écrivant à son tour dès le 22 juillet 2022 à la Présidente de l’Assemblée nationale pour lui demander d’interdire les costumes aux « prix exorbitants » portés par certains députés (une allusion sans doute à ceux jadis offerts au malheureux François Fillon, empêtré dans ses mensonges ?) , ce qui « témoigne d’un luxe indécent au regard de l’explosion de la pauvreté dans notre pays », estimant que « cela contribue à accroître le ressenti dans la population de parlementaires éloignés de la réalité du quotidien des Français ». De son côté, l’écologiste Benjamin Lucas tente d’apaiser le débat, considérant que les élus n’ont pas de temps à perdre avec ces « querelles de pressing », estimant quant à lui que « c’est à chacun d’apprécier la façon dont il s’habille. Il y a d’autres priorités pour les Français dans la période de crise. Je ne crois pas que l’habit fasse le moine, et je ne crois pas que la cravate fasse le député ».

Une belle polémique comme on les adore s’est donc développée autour de la cravate, cet accessoire de mode quelque peu démodé issu, paraît-il, d’une vielle habitude des cavaliers croates du temps de Louis XIII de nouer autour du cou une étoffe richement brodée… Une polémique qui a culminé de manière quelque peu bouffonne le 26 juillet lorsque le groupe de députés féminins de LFI est arrivée au Palais Bourbon en arborant ostensiblement une cravate autour du cou, nouée négligemment sur un col ouvert, provoquant une conférence de presse pour fustiger leurs collègues de droite qui voudraient imposer le port de la cravate sur les bancs de l’Assemblée, comme si cela était un moyen d’affirmer que seuls les hommes y ont leur place…

Les membres féminins du groupe de députés LFI au Parlement le 26 juillet 2022, toutes en cravate (source © compte Twitter Clémentine Autain)

Dans le monde de tensions et de crise internationale où l’on vit, on est finalement rassuré de constater que nos responsables politiques ne sont pas trop angoissés par les défis auxquels nous avons à faire face et qu’ils trouvent le temps de se quereller sur des sujets de cette nature !

L. V.

Conseil de territoire : un enterrement de première classe…

12 mars 2022

Ce n’est un secret pour personne : la Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps et dans la douleur au 1er janvier 2016, malgré l’opposition frontale de la plupart des élus des 92 communes qui le composent, n’est pas au mieux de sa forme… La nouvelle loi 3DS (qui signifie « différenciation, déconcentration, décentralisation et simplification », ça ne s’invente pas !), adoptée le 22 février 2022, à l’instigation de l’ancienne ministre des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, aussitôt recasée au Conseil Constitutionnel, prévoit notamment la fin des fameux Conseils de Territoires, appelés à disparaître définitivement le 1er juillet prochain.

Jacqueline Gourault en visite dans une école de Marseille aux côté de Benoït Payan en mai 2021 (source © Made in Marseille)

Ces entités qui n’existent nulle part ailleurs sont en fait des survivances des six anciennes intercommunalités qui préexistaient avant la mise en place de la Métropole. C’est le cas notamment du CT1 qui regroupe les 18 communes, dont Marseille, qui formaient l’ancienne communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Logiquement, cette structure aurait dû disparaître avec la constitution de la nouvelle Métropole en 2016, mais 6 ans après elle existe toujours même si plus personne ne sait très bien à quoi elle sert.

Martine Vassal, réélue à la tête de la Métropole en juillet 2020 malgré sa sévère défaite aux élections municipales, en a même renforcé les compétences. C’est par exemple le CT1 qui continue à gérer la piscine de Cassis mais c’est lui aussi qui gère la distribution de l’eau potable ainsi que l’assainissement, la voirie ou encore la collecte des ordures ménagères, à se demander d’ailleurs à quoi peut bien servir la Métropole elle-même. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle ces Conseils de territoire sont enfin amenés à disparaître, d’autant que certains commençaient à trouver un peu étrange que l’essentiel des service publics de grosses agglomérations comme Aix-en-Provence et Marseille soient entre les mains de maires de petites communes périphérique. C’est le cas notamment du CT1, qui regroupe plus de 1 million d’habitants et qui est présidé par Roland Giberti, élu à Gémenos qui compte 6137 paroissiens…

Roland Giberti, président du Conseil de territoire Marseille Provence (source © Le Méridional)

Du coup, à quelques mois de la disparition de ces derniers vestiges du passé, c’est une ambiance funèbre qui règne au sein de cette instance dont la dernière séance, lundi 7 mars 2022, ne restera guère dans les annales, d’autant que le Conseil métropolitain qui devait se tenir dans la foulée, jeudi 10 mars, n’a pas eu lieu, se résumant à une réunion du seul Bureau métropolitain, comme si cette Métropole à l’agonie et où tout est à reconstruire n’avait plus rien à se dire…

En l’absence de son président, Roland Giberti, officiellement souffrant, c’est le premier vice-président du CT1, le maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi en personne, qui a dû se coltiner d’animer cette séance qui s’est tenue en visio-conférence et que tout un chacun peut visionner sur le site du Conseil de territoire, mais qui ne donne pas une image très dynamique de notre démocratie locale. Entre cafouillages techniques, écho impromptu et mouvements erratiques de la caméra, aide en coulisse pour guider l’orateur souvent perdu et enchaînement mécanique des 87 délibérations en près de 2 heures, il faut vraiment être motivée pour suivre ces débats où se prennent pourtant les décisions qui concernent la vie quotidienne de toute l’agglomération marseillaise, de la Côte Bleu jusqu’à La Ciotat !

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, préside la séance du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

La séance commence d’ailleurs, comme par hasard, sur une première délibération, on ne peut plus macabre, puisqu’il y est question d’une convention avec la Faculté en faveur de la crémation des restes, en cas de don du corps à la Science. On croirait une blague de potache pour célébrer en grandes pompes l’enterrement programmé de ce défunt Conseil de territoire, mais la mine funèbre du maire de Carnoux prouve qu’il n’en est rien et que l’affaire est sérieuse, sinon capitale pour l’avenir de l’aire métropolitaine… De quoi alimenter l’humour noir de l’opposant Eric Semerdjian qui n’hésite pas à évoquer « un angle mort » tout en appelant de ses vœux un débat démocratique plus vif…

Eric Semerdjian, adjoint au maire de secteur des 4e et 5e arrondissements de Marseille (source capture d’écran © Marseille Provence)

Il faut dire que le spectacle de ces délibérations qui s’enchaînent et que Jean-Pierre Giorgi semble découvrir en séance sans avoir la moindre idée de ce qu’elles recouvrent, comme il le reconnaît d’ailleurs avec candeur, est assez pitoyable. Il en serait même risible si les enjeux financiers et humains qui en résultent n’étaient pas aussi importants… Certains élus s’en offusquent même à l’instar de Denis Rossi qui termine son intervention en regrettant que le président de séance n’ait pas écouté le moindre mot de ce qu’il venait d’exprimer !

Denis Rossi, délégué métropolitain à l’ANRU et à la politique de la ville (source capture d’écran © Marseille Provence)

La plupart des rapports de commissions sont évacués sans le moindre commentaire, certains des présidents de commission n’ayant strictement rien à dire, ou étant même carrément absents, à moins qu’ils n’arrivent tout simplement pas à brancher leur micro : un vrai dialogue de sourds ! Au point que l’élue écologiste marseillaise, Christine Juste, finit par accuser Jean-Pierre Giorgi de « bloquer les micros » pour l’empêcher de s’exprimer, ce à quoi le maire de Carnoux affirme qu’il « ne bloque pas ni ne débloque » : dont acte…

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, lors du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

Seuls quelques élus du Printemps Marseillais animent un peu le débat et montrent, contrairement au président de séance, leur véritable connaissance des dossiers, à l’exemple de Patrick Amico, l’adjoint au maire de Marseille en charge du logement, ou de l’élue EELV, Anne Meilhac, qui fustige longuement les retards et les coûts pharamineux du plan métropolitain pour développer les pistes cyclables. C’est le cas aussi de la déléguée marseillaise à l’environnement, Christine Juste, qui s’interroge sur les dysfonctionnements considérables en matière de gestion des ordures ménagères et s’attire les foudres de Roland Mouren, le maire de Châteauneuf-les-Martigues, justement chargé de la collecte des déchets sur le territoire et qui s’est retrouvé en première ligne durant les grèves récentes à répétition qui ont ravagé le centre-ville de Marseille des mois durant.

« Ne me demandez pas en quoi ça consiste, je n’en sait strictement rien » n’hésite pas à avouer benoîtement le maire de Carnoux en mettant aux votes les délibérations. De là à penser que nos élus votent n’importe quoi, il y a un pas qu’il ne faudrait évidemment pas franchir !

L. V.

Philippines : élections présidentielles ou casting de téléréalité ?

15 février 2022

Le 24 avril 2022 au soir, si tout se passe comme prévu, les Français sauront qui sera leur prochain Président de la République pour les cinq ans à venir, même si, au vu des sondages, le suspens semble assez limité et la reconduction du Président sortant paraît être une hypothèse plus que probable. Mais la France ne sera pas seule à voter pour son nouveau chef de l’État. Quinze jours plus tard le 9 mai, ce sont les 65 millions d’électeurs philippins qui voteront à leur tour pour élire leur Président de la République pour un mandat de six ans et, comme en France, la campagne est désormais sur les rails.

Et, pour ceux qui se plaignent que la démocratie prenne, dans notre vieille démocratie, des allures de politique spectacle mettant davantage en avant l’écume des petites phrases que les débats de fond, la comparaison avec les Philippines est, tout compte fait, plutôt rassurante pour la santé de notre système politique.

Passage du typhon Rai aux Philippines en décembre 2021 (photo © Erwin Mascarinas / AFP / Le Devoir)

Certes, l’archipel des Philippines avec ses 7641 îles officiellement recensées, souvent montagneuses et d’origine volcanique, autrefois couvertes par la forêt tropicale, s’étendant entre Taïwan, au nord, et la Malaisie, au sud, n’a que peu de rapport avec notre pays. Les catastrophes naturelles y sont fréquentes : en 1991, une éruption du mont Pinatubo avait fait plus de 300 morts, et le 19 décembre dernier, le passage du typhon Rai a fait au moins 260 morts et disparu, obligeant plus de 300 000 personnes à fuir leur domicile. Mais les soubresauts politiques y sont bien plus meurtriers encore…

Découvert par les Européens en 1521, par l’explorateur portugais Magellan, qui y est d’ailleurs assassiné quelques jours plus tard, l’archipel y passe progressivement sous contrôle espagnol qui s’en servent comme tête de pont pour leurs tentatives d’évangélisation de la Chine et du Japon, le pays étant administré jusqu’au XIXe siècle depuis le lointain Mexique où résidait alors le vice-roi des Philippines… Les États-Unis y interviennent militairement et s’accaparent le pays en 1898, s’y livrant à une répression féroce de l’élite indépendantiste, massacrant pas moins d’un millions et demi de Philippins, soit 15 % de la population d’alors ! En 1942, le pays passe sous occupation japonaise, ce qui occasionne de nouvelle atrocité comme ce massacre de Manille où plus de 100 000 civils trouvent la mort en février-mars 1945…

Dès l’indépendance, acquise en 1946, le gouvernement doit faire face à une insurrection paysanne qu’il réprime avec férocité à l’aide d’unité spéciales qui sèment la terreur dans les campagnes pour protéger les intérêts des grands propriétaires terriens. Élu président en 1965, Ferdinand Marcos déclare la loi martiale en 1972 et instaure un régime dictatorial qui durera jusqu’en 1986. Ces 20 années de dictature se traduisent par l’emprisonnement d’au moins 70 000 opposant politiques dont la moitié subissent la torture et plus de 3000 sont assassinés, dont le chef de l’opposition, Benigno Aquino. Avec sa femme, Imelda, le couple Marcos vide les caisses de l’État à son profit, détournant entre 5 et 10 milliards de dollars selon les estimations.

Ferdinand et Imelda Marcos, la Marie-Antoinette des Philippines… (photo © Andy Hernandez / Sygma / Vanity Fair)

Et pourtant, malgré ce bilan plus que douteux, la dynastie Marcos est restée très proche du pouvoir, Imelda Marcos étant même réélue députée jusqu’en 2019, tandis que leur fils, Ferdinand Marcos junior, surnommé affectueusement Bongbong, connaît une carrière politique brillante. Et c’est d’ailleurs ce dernier qui est le grand favori des prochaines élections présidentielles, ce qui prouve que les Philippins ont la mémoire très courte. Il faut dire que ce pays, qui bénéficie d’un régime présidentiel inspiré du système américain, présente la particularité d’être resté très féodal, 80 % des membres du Parlement étant issus d’une soixantaine de familles, des grandes dynasties politiques qui se partagent le pouvoir de père en fils.

Lui même accusé de fraude fiscale massive, l’héritier du clan Marcos orchestre une campagne de désinformation à grande échelle pour se dédouaner et faire oublier les petits désagrément passés de la dictature de son père, en utilisant le canal des réseaux sociaux auxquels les Philippins sont totalement accros, avec 10 heures par jour en moyenne passés sur Internet, le record mondial !

L’actuel président Rodrigo Duterte avec sa fille Sara, ici en 2018 en Chine (photo © AFP / Le Monde)

Comme aux États-Unis, les Philippins élisent, en même temps que leur président, un vice-président, amené à remplacer le précédent en cas d’empêchement. Mais curieusement, les deux sont élus séparément, selon un scrutin uninominal majoritaire à un tour, si bien qu’ils peuvent être issus de deux camps opposés. En 2016, c’est le fantasque Rodrigo Duterte qui avait été élu, avec son franc-parler plutôt iconoclaste, n’hésitant pas à déclarer publiquement : « Oubliez les droits de l’Homme : si je deviens président, ça va saigner »… Et la vice-présidence était revenue à son opposante, Leni Robredo, une avocate attachée à la défense des droits de l’Homme et de la justice sociale, qui avait elle-même devancé le fils Marcos.

La vice présidente Leni Robredo, très critique contre la politique de Rodrigo Duterte (source © Missions étrangères)

En 2022, Leni Robredo se présente de nouveau mais Rodrigo Duterte a annoncé son retrait de la vie politique, laissant la place à sa fille, Sara Duterte, qui lui avait déjà succédé à la mairie de son fief Davao. Sauf que cette dernière brique en réalité la vice-présidence, en tandem avec le fils de l’ex dictateur Marcos, tous deux ayant de grandes chances d’être élus le 9 mai prochain. Ce qui devrait leur permettre de défendre les intérêts de leurs familles respectives, et notamment de protéger le président sortant Duterte contre une extradition demandée par la Cour pénale internationale pour son activisme zélé dans la guerre menée contre la drogue, qui a fait quelque 30 000 morts depuis 2015, une broutille…

Ferdinand Marcos junior dit Bongbong avec la candidate à la vice présidence Sara Duterte, en meeting le 8 février 2022 (photo © Ted Aljibe / AFP / Challenges)

Pour comprendre le fonctionnement politique des Philippines, il faut, selon David Camroux, chercheur au CERI (Centre d’étude et de recherches internationales à Sciences-Po), comprendre qu’ « il s’agit d’un système féodal où les candidats sont des vedettes de cinéma ou de télévision, des artistes ou des sportifs issus de dynasties politiques enracinées dans différentes régions du pays ». Il fait ainsi notamment allusion à l’un des autres candidats de cette élection présidentielle philippines, l’ancien champion de boxe Manny Pacquiao, qui a raccroché les gants en 2020, après s’être fait élire député dès 2010 en promettant d’être « plus efficace en politique que sur le ring ».

Le boxeur Manny Pacquiao, candidat à la présidentielle, ici en août 2021 à Las Vegas (photo © AP / TV5 Monde)

Devenu sénateur en 2016, au nom d’un parti dirigé par sa propre épouse (on reste en famille), il est aussi accessoirement chanteur et acteur, ce qui n’est jamais mauvais pour la popularité… Il se confrontera d’ailleurs, lors de ces élections présidentielles à un autre grand acteur du cinéma philippin, l’actuel maire de Manille, Joaquin Damagoso, plus connu sous son nom de scène, Isko Moreno.

Reste à savoir qui du monde des acteurs, des sportifs reconnus ou des fils de dictateurs, aura les suffrages du bon peuple philippin. L’Histoire a déjà montré à maintes reprises que les vedettes du spectacle étaient plutôt bien préparées pour ce type de rôle, à l’instar d’un Ronald Reagan, d’un Sylvio Berlusconi ou d’un Donald Trump. Mais tout laisse penser que l’esprit de famille, si traditionnellement ancré au plus haut sommet de l’État philippin, sera sans doute encore plus fort. Finalement, les grandes dynasties politiques françaises des Le Pen, Dassault, Debré ou Giscard d’Estaing, pour n’en citer que quelques unes, font bien pâle figure à côté d’une telle tradition si pittoresque…

L. V.

Le sorcier de Christchurch, victime d’un coup du sort

20 octobre 2021

La cité de Christchurch, troisième plus grande ville de Nouvelle-Zélande, vient de nouveau de faire parler d’elle. Elle avait déjà été au centre de l’actualité mondiale lorsque, le 15 mars 2019, un terroriste d’extrême droite, Brenton Tarrant, y avait commis une série d’attentats meurtriers contre deux mosquées de la ville, faisant pas moins de 51 morts et 49 blessés. Pour ce pays paisible qui compte huit fois plus de moutons que d’habitants et qui présente l’un des taux d’homicide les plus faibles de la planète, cette tuerie de masse perpétrée par un suprématiste blanc de 28 ans, d’origine australienne, avait fait l’effet d’un vrai traumatisme.

Recueillement après la tuerie de Christchurch en mars 2019 (photo © Carl Court / Getty Image / Radio Canada)

Dans le manifeste intitulé The Great Replacement, qu’il avait diffusé avant de passer à l’acte, le tueur faisait d’ailleurs explicitement référence, parmi les raisons de sa radicalisation, à des théories identitaires voire xénophobes, popularisées par l’extrême droite française, allant même jusqu’à laisser entendre que la défaite de Marine Le Pen, à l’élection présidentielle de 2017, avait contribué à sa volonté de passer à l’acte, à l’exemple d’Anders Behring Breivik, autre militant d’extrême droite qui avait décleché lui aussi, et pour les mêmes raisons idéologiques, une tuerie de masse causant 77 morts à Oslo et sur l’île norvégienne d’Utøya.

Mais c’est à une autre forme de remplacement que la ville de Christchurch, fondée en 1850 par un groupe de pèlerins anglais, pétris de l’esprit pionnier de l’époque, doit de défrayer de nouveau la chronique. La municipalité de Christchurch a en effet purement et simplement décidé de licencier son sorcier !

Ian Brackenbury Channel au jardin botanique de Christchurch le 21 mars 2019, juste après les attentats terroristes qui avaient fait 51 victimes (photo © William West / AFP / BFM TV)

L’affaire pourrait prêter à sourire, d’autant que le sorcier en question, âgé de 88 ans, toujours vêtu d’une longue robe noire et arborant un chapeau pointu de carnaval sur une longue chevelure hirsute et une barbe interminable tout aussi ébouriffée, fait plutôt penser à un charlatan dont le seul rôle était d’amuser les touristes et de faire parler de lui… Ian Breckenbury Channell, d’origine britannique, n’a d’ailleurs atterri à Christchurch qu’en 1974 après des études de psychologie et de sociologie à l’université de Leeds, et un début de carrière comme pilote d’avion à la Royal Air Force.

Rien ne le prédestinait donc à cette balle carrière de sorcier sinon sans doute un goût immodéré pour se montrer en spectacle, n’hésitant pas à haranguer les foules devant la cathédrale de Christchurch, dans ce qui tenait lieu, jusqu’en 2013 de Speaker’s corner, à l’instar de celui de Hyde Park à Londres. A ses débuts, le personnage était tellement allumé que le conseil municipal avait carrément demandé son arrestation, voire son internement.

La cathédrale anglicane de Christchurch, menacée d’effondrement après le séisme de février 2011 (source © Structurae)

Mais le sorcier a acquis au fil du temps une belle popularité, ne se contentant pas de fustiger les responsables politiques et leurs idées loufoques comme celle de vouloir repeindre en bleu les antiques cabines téléphoniques rouges qui font la fierté des vestiges de l’empire britannique. N’hésitant pas à effectuer la danse de la pluie quand il le fallait ou à jeter des sorts pour influer sur le résultat des grands matchs de rugby qui passionnent les Néozélandais, le personnage est devenu tellement indispensable que dans les années 1980 c’est le conseil municipal de Christchurch qui l’a même supplié de rester alors que le sorcier fantasque menaçait de se retirer, soumis à certaines critiques parce que le sortilège qu’il avait lancé en faveur de l’équipe locale de rugby n’avait pas eu l’effet escompté.

Bien que pas vraiment infaillible, Ian Brackenbury Channel, était donc devenu au fil du temps, une des attractions de la ville de Christchurch. En 1990, le premier ministre Mike Moore n’avait d’ailleurs pas hésité à le nommer officiellement « Magicien de Nouvelle-Zélande ». Et depuis 1998, il était officiellement rémunéré par la municipalité de Christchurch qui lui versait une rente d’un peu moins de 10 000 euros par an pour exercer ses talents de sorcier et, accessoirement, attirer les visiteurs curieux de rencontrer ce personnage quelque peu excentrique.

Le sorcier de Christchurch était dévenu une véritable attraction touristique (photo © William West / AFP / Slate)

Seulement voilà, le conseil municipal de Christchurch a brutalement décidé de mettre fin au contrat du sorcier, estimant que la magie noire ne correspondait plus vraiment à l’image de ville dynamique, diverse et moderne dont la grande métropole néozélandaise souhaitait se prévaloir. Une simple évolution donc de la politique de communication de la municipalité actuelle, dont le vieux sorcier fait les frais, selon un schéma classique qui touche toute les institutions du monde, lorsqu’un nouveau responsable du marketing décide d’imprimer sa marque.

L’adjointe en charge du dossier au sein du conseil municipal, a d’ailleurs annoncé l’affaire en recourant à la langue de bois la plus classique en usage dans ce cas de figure, déclarant mielleusement : « C’est une décision difficile de mettre fin à ce contrat. Le conseil lui est reconnaissant pour sa contribution précieuse et spéciale à la vie culturelle de notre ville et il fera à jamais partie de notre histoire ». De profundis…

Ian Brackenbury Channel, le sorcier passé de mode à Christchurch (photo © Mark Baker / AP / SIPA / 20 minutes)

Evidemment, le Gandalf de Christchurch n’a guère apprécié et il n’a pas caché sa fureur à l’issue de cette décision irrévocable de la municipalité, déclarant à qui voulait l’entendre : « C’est une bande de bureaucrates qui n’ont aucune imagination. Ils ne pensent pas aux moyens de promouvoir Christchurch à l’étranger ». Voilà une nouvelle preuve en tout cas que la chasse aux sorcières (et aux sorciers) est plus que jamais d’actualité, même dans le monde policé et tout ouvert à la diversité culturelle que se veut être la Nouvelle-Zélande. Espérons néanmoins que le sorcier éconduit ne jettera pas un mauvais sort aux conseillers municipaux de Christchurch qui ne doivent pas dormir très tranquillement ces derniers temps…

L. V.

Rocher Mistral : des chauves-souris un peu encombrantes

6 juillet 2021

Le village de La Barben, petite commune de 836 habitants, située à proximité de Salon-de-Provence, entre Luberon et Alpilles, était jusque-là surtout connu pour son zoo, créé en 1969 et géré comme une entreprise familiale, qui héberge 130 espèces animales de toute la planète et accueille jusqu’à 300 000 visiteurs par an. Mais La Barben est aussi le lieu d’un ancien castrum, jadis propriété de l’abbaye de Saint-Victor, vendu en 1474 par le roi René à la famille des marquis de Forbin qui l’ont conservé dans leur patrimoine pendant quasiment cinq siècles.

Le château de La Barben, vu du ciel, perché sur son rocher (source © Château de La Barben / France 3)

En 1630, lors de la révolte des Cascavéus, dirigée contre la centralisation des impôts décidée par Richelieu, le château est incendié. Soumise par les armées du prince de Condé, la population aixoise est condamnée à verser une amende colossale pour réparer les dommages subis et cela permettra de reconstruire largement le château de La Barben selon les canons du classicisme alors à la mode avec des jardins que l’on dit dessinés par Le Nôtre, le jardinier de Louis XIV. En 1806, la sœur de Napoléon, Pauline Borghèse y vécut des amours tumultueuses avec le maître des lieux, Auguste de Forbin, ami du peintre aixois François-Marius Granet qui décora le château de belles fresques murales.

Le château de La Barben, une forteresse médiévale totalement réhabilitée au XVIIe siècle (source © So châteaux)

En 1963, le domaine change de mains, racheté par un ingénieur agricole, André Pons, justement pour y fonder ce fameux zoo. Et voilà que le 31 décembre 2019, c’est un jeune entrepreneur, Vianney Audemard d’Alençon qui rachète à son tour le château dans le but d’y monter des spectacles historiques, comme il l’a déjà fait sur le site de Saint-Vidal en Haute-Loire et selon le modèle à succès du parc d’attraction du Puy-du-Fou.

Pour se couler dans les thématiques à la mode, le projet, baptisé Rocher Mistral, en l’honneur bien sûr du grand félibrige et prix Nobel de littérature, Frédéric Mistral, se veut un parc à thème centré sur l’environnement, l’agriculture et les traditions provençales. Des sujets qui forcément rencontrent l’assentiment enthousiaste des politiques locaux, Renaud Muselier et Martine Vassal en tête et ça tombe bien puisque Vianney d’Alençon évalue à environ 30 millions d’euros l’investissement nécessaire pour réhabiliter le château et remettre en état les 400 ha du domaine. Les subventions publiques des collectivités pleuvent, au moins 7 millions apportés par la Région et le Département dès la première année !

Vianney d’Alençon, nouveau propriétaire du château de La Barben et promoteur du projet Rocher Mistral (source © Echo du Mardi)

Une affaire rondement menée donc et qui a permis, heureux hasard du calendrier, d’inaugurer le nouveau parc à thème ce mercredi 30 juin 2021, en présence de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’État au Tourisme, et de Renaud Muselier qui vient tout juste d’être réélu haut la main à la tête du Conseil Régional. Désormais ouvert au public, le château offre sept spectacles quotidiens sous forme de reconstitutions historiques en costume local, mais donne aussi accès à l’inévitable marché provençal et à deux restaurants au nom évocateur « l’auberge Daudet » et « la guinguette de Marius » : difficile de faire davantage couleur locale…

Danses folkloriques provençales lors de l’inauguration du Rocher Mistral (photo © Alexandre Vella / 20 Minutes)

Quant au domaine alentours, des terres agricoles à l’abandon et qui, pour partie, ont servi de décharges au fil du temps, il est en train d’être remis en culture, replanté en vignes sur 8 ha et destiné au maraîchage sur une quinzaine d’hectares, pour alimenter justement le marché des touristes. Une partie du domaine verra pâturer des chèvres du Rove et des brebis mérinos d’Arles, tandis qu’un apiculteur a déjà installé une cinquantaine de ruches pour produire du miel de lavande et de romarin, ainsi que de l’hydromel.

Une collaboration a été initiée avec la Ligue de protection des oiseaux pour participer à la sauvegarde de l’unique couple d’aigles de Bonelli encore présent sur place. Par ailleurs, un travail est mené avec le Groupe Chiroptères de Provence car il se trouve que les souterrains du château abritent l’une des plus importantes colonies régionales de 600 à 700 individus de Murins à oreilles échancrées, qui, comme chacun sait, sont des chauves-souris qui, la nuit, viennent gober les mouches, chenilles et autres araignées, jouant ainsi un rôle important dans la régulation de la biodiversité.

Les souterrains du château, un refuge pour les chauves-souris (source © L’estrangié e li santoun)

Comme de nombreuses espèces de chiroptères, sur les 26 actuellement répertoriées dans la région, ces chauves-souris sont menacées de disparition, sous la conjonction de multiples facteurs liés à l’anthropisation de leur habitat, au développement des pesticides, à l’éclairage nocturne ou encore au développement des éoliennes, la liste étant loin d’être limitative… Avec l’ancien propriétaire du site, les naturalistes avaient trouvé un terrain d’entente qui avait peu a peu permis à ces petits mammifères peureux de s’habituer à la présence humaine dans les souterrains qui servaient de refuge saisonnier à la colonie. Ils ont donc naturellement poursuivi leur collaboration pour étudier comment adapter au mieux le nouveau projet d’aménagement du Rocher Mistral afin de sauvegarder la colonie de Murins à oreilles échancrées malgré l’afflux attendu de visiteurs.

Murins à oreilles échancrées au repos (photo © David Aupermann / Plan actions chiroptères)

Mais il semble que la coexistence entre défenseurs de l’environnement et promoteurs du projet ne soit pas aussi fluide qu’espérée, d’autant que le Puy-du-Fou sauce provençale n’est pas du goût de tous les habitants du petit village de La Barben, soucieux de leur tranquillité et qui voient d’un mauvais œil cet afflux prévisible de touristes en goguette. La branche départementale de France Nature Environnement a donc déposé un recours contre le projet, mettant en cause notamment la menace qui pèserait sur la survie des chauves-souris, mais aussi la réalisation de travaux sans permis pour aménager un parking de 400 places et les aires d’accueil du public et des spectacles dans le potager, sur des terres agricoles.

Cette plainte, déposée le 28 mai devant le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence, pour destruction d’espèces protégées, altération d’habitat d’espèces protégées et réalisation de travaux sans autorisation d’urbanisme, fait un peu tâche sur ce projet qui se revendique en faveur de la protection de l’environnement et de la valorisation du patrimoine local. La SAS Rocher Mistral est invitée à comparaître le 13 juillet 2021 devant le tribunal dans ce cadre mais cela n’a pas empêché son inauguration en grandes pompes ni bien sûr son ouverture au public et il serait bien étonnant que ce recours en justice ait la moindre chance de freiner un projet qui bénéficie de tels soutiens…

L. V.

Bansky : l’artiste qui se moque du marché de l’art

10 juin 2021

La scène avait marqué les esprits : le 6 octobre 2018, un des tableaux les plus célèbres de l’artiste britannique anonyme Bansky, s’est autodétruit dans les locaux du célèbre commissaire-priseur Sotheby’s. L’œuvre, représentant une petite fille avec un ballon rouge en forme de cœur, s’est retrouvée lacérée par une déchiqueteuse alors même qu’elle venait tout juste d’être adjugée pour la modique somme de 1,185 millions d’euros. L’artiste iconoclaste révélait alors sur les réseaux sociaux être lui-même à l’origine de ce massacre à la déchiqueteuse. Il avait caché dans le cadre du tableau un mécanisme secret et un complice a actionné la télécommande au moment fatidique sous les yeux ébahis de l’acheteuse qui venait péniblement de remporter la mise après une surenchère acharnée face à 26 concurrents…

Des employés de Sotheby’s dévoilent « Girl with balloon » de Banksy partiellement autodétruite et rebaptisée « Love is in the bin », le 12 octobre 2018 à Londres (source © France TV Info)

Un beau pied-de-nez au marché de l’art mais qui ne semble pas avoir eu beaucoup d’effet puisque Sotheby’s exposait fièrement le tableau à demi-déchiqueté quelques jours plus tard, après que son auteur l’ait rebaptisée par dérision « l’amour est dans la poubelle » et alors même que les spécialistes estimaient que ce geste spectaculaire avait probablement fait grimper de 50 % la cote du tableau lui-même ! En matière artistique, c’est la renommée qui compte, beaucoup plus que la qualité esthétique…

« Devolved Parliament », peinture sur toile de Bansky peinte en 2009 (photo © Sotheby’s / Connaissance des arts)

Certains voient même dans cet acte extravagant un véritable coup de génie médiatique de l’artiste qui, tout en se moquant ouvertement de l’esprit mercantile et passablement absurde du marché de l’art moderne, contribue à faire monter la cote de ses œuvres. Le 3 octobre 2019, une de ses toiles satiriques représentant le Parlement britannique peuplé uniquement de chimpanzés a ainsi été adjugée pour le prix record de 11,1 millions d’euros ! Porté par l’esprit de contradiction, l’artiste est allé jusqu’à vendre certaines de ses toiles dans les rues de New York pour 60 dollars alors que leur valeur était estimée à 160 000 $… Il y a une dizaine d’années, il a même poussé la provocation jusqu’à mettre en vente un tableau portant la seule inscription : « I can’t believe you morons actually buy this », que l’on pourrait traduire, grosso mode par : « Je ne peux pas croire que vous soyez assez idiots pour acheter une telle merde ». On ne saurait être plus clair en effet…

« Flower Thrower » : le lanceur de fleurs, manifestant déterminé en faveur de la paix ? (source © Lofty Trend)

Et pourtant, les œuvres de cet artiste de rue dont on ignore toujours la véritable identité ne peuvent laisser indifférents. Son « lanceur de fleurs », peint pour la première fois au pochoir en 2003 sur le mur qui sépare Israël des territoires palestiniens, ne manque ni de force ni de poésie.

« Sweeping it under the Carpet », sur un mur de Londres (source © Cnews)

Son portrait d’une femme de chambre qui pousse la poussière sous le tapis, apparu pour la première fois en 2006 sur un mur un peu lépreux du quartier londonien de Chalk Farm, en hommage à ces employés que personne ne voit et que nul n’aurait l’idée d’immortaliser dans une œuvre d’art, ne peut laisser indifférent non plus.

Le triptyque de Banksy « Vue de la mer Méditerranée, 2017 » mis aux enchère au profit d’un hôpital pour enfants de Bethléem, en Cisjordanie (photo © Guy Bell / Shutterstock / SIPA / France TV Info)

Il en est de même de son triptyque intitulé « Vue de la Méditerranée, 2017 », qui constitue un hommage poignant au drame des migrants qui se noient en tentant la traversée sur des embarcations de fortunes. L’artiste est parti de peintures à l’huile du XIX e siècle montrant des paysages marins sur lesquelles il a ajouté de multiples gilets de sauvetage échoués sur le rivage, formant des scènes particulièrement évocatrices de la crise migratoire. Ces toiles, exposées dans un hôtel de Bethléem dont les chambres donnent directement sur le mur de séparation construit par l’État israélien, ont ensuite été vendues au profit d’un hôpital de cette même ville.

Un Brexit douloureux : peint à Douvres le 7 mai 2017 (source © Bansky)

Comment ne pas citer également cette peinture murale gigantesque apparue des mains de Bansky le 7 mai 2017 sur le pignon aveugle d’une maison de Douvres en Grande-Bretagne pour évoquer le Brexit avec un ouvrier perché sur une échelle, affairé à effacer à l’aide d’un marteau et d’un burin, une des étoiles jaunes du drapeau européen, symbolisant ainsi le retrait des Britanniques de la construction européenne, au prix d’une fracturation collatérale quelque peu douloureuse…

Artiste engagé, maniant habilement la peinture au pochoir et le street art, antisystème et provocateur, pourvu d’un sens très développé de l’humour et de l’autodérision, Bansky, dont on ne connaît toujours pas l’identité, porte un regard décalé et acéré sur l’actualité et les dérives de notre société de consommation, tout en profitant des excès d’un marché de l’art moderne pour le moins débridé. Auteur de plusieurs documentaires et de multiples expositions, son engagement en faveur des humbles et notamment des migrants lui vaut un fort capital de sympathie. Sa peinture sur une porte en hommage aux victimes du Bataclan, volée puis retrouvée en Italie, a récemment contribué encore à sa notoriété, de même que son œuvre hommage à Georges Floyd, montant une bougie qui commence à consumer le drapeau américain : des gestes forts et une esthétique qui parle à chacun et permet de faire passer des message avec sans doute plus d’efficacité qu’un simple discours…

L. V.

TeamLab : la technologie au service de l’art

28 avril 2021

La frontière entre l’art et la technologie est de plus en plus ténue et certains œuvrent pour la faire carrément disparaître ! C’est notamment le cas du Japonais Toshiyuki Inoko, ingénieur de formation, qui, en 2001, fondait avec plusieurs anciens camarades de l’université de Tokyo le collectif TeamLab. Son objectif : « libérer l’art des contraintes physiques ». Ce groupe pluridisciplinaire composé d’artistes mais aussi d’ingénieurs, d’informaticiens, de spécialistes de l’imagerie numérique, de mathématiciens et d’architectes s’est ainsi fait connaître depuis 2011 par plusieurs expositions dans le monde entier, plongeant le visiteur dans un univers poétique et irréel qui évolue de manière interactive.

Un environnement de lampes magiques au Mori Building Digital Art Museum teamLab de Tokyo (photo © TeamLab / The nomadic panda)

On est bien loin de l’art classique, figé et académique. Les œuvres de TeamLab, grâce à de complexes algorithmes, font entrer dans un univers onirique où le spectateur a l’impression de s’extraire des contingences de notre monde matériel pour pénétrer dans l’œuvre elle-même et interagir avec elle puisque celle-ci évolue en fonction de ses propres mouvements. Un art qui permet de s’abstraire des frontières du réel, en réponse au souhait de son fondateur qui l’exprime ainsi : « j’aimerais que cet espace soit un lieu où l’on puisse se rappeler que les frontières n’existent pas dans notre monde ».

Cascade virtuelle au Mori Building Digital Art Museum teamLab de Tokyo (source © Japan Kudasai)

Rien d’étonnant donc que le collectif ait appelé son propre musée le Digital Art Museum TeamLab Borderless, justement pour rappeler ce souhait de dépasser les frontières. Ouvert en juin 2018 dans le quartier quelque peu futuriste d’Odaiba, à Tokyo, en collaboration avec le promoteur japonais innovant Mori Building, ce premier espace muséal s’étend sur un hectare et rassemble une cinquantaine d’œuvres interactives. Mobilisant 520 ordinateurs et 470 projecteurs, mais aussi plusieurs centaines de techniciens hautement qualifiés qui s’activent en coulisses, cette cathédrale d’images géante constitue une véritable prouesse technologique car les images projetées ne sont pas préenregistrées mais réalisées en temps réel pour interagir avec les visiteurs qui y pénètrent !

Au milieu des nénuphars virtuels au Mori Building Digital Art Museum teamLab de Tokyo (photo © Behrouz Meri / AFP / France TV Info)

Le visiteur passe d’une salle à l’autre et se retrouve plongé dans des univers oniriques et lumineux qui changent en permanence. Il se retrouve environné de nuées de papillons qui meurent quand on les touche, se perd dans une forêt de lampes, traverse des champs qui changent d’aspect à vue d’œil, se retrouve sous une averse de pluie lumineuse, se perd au milieu de ballons virtuels multicolores, fait du trampoline dans un décor féerique et changeant.

Une expérience déconcertante, qui bien sûr attire les foules de curieux. Dès la première année d’ouverture, le musée a reçu pas moins de 2,3 millions de visiteurs, soit davantage que le musée Van Gogh à Amsterdam et plus du double que le musée Picasso à Barcelone ou que le musée Dali à Figueras… De quoi inquiéter les tenants de l’art académique qui peinent à attirer autant !

Un musée les pieds dans l’eau, au teamLab Planets (source © Moshimoshi)

Un succès tel que TeamLab a ouvert depuis un autre musée à Shanghaï en 2019 et a créé de multiples expositions dans le monde, dont une à La Vilette en septembre 2018, mais aussi une exposition permanente à Tokyo toujours ouverte, intitulée TeamLab Planets. On y pénètre pieds nus, ce qui permet de marcher dans l’eau sous une cascade virtuelle, mais aussi d’apprécier le moelleux d’une salle recouverte de coussins géants qui changent de volume au fur et à mesure que l’on s’affale dessus. Plongés dans l’eau jusqu’aux genoux, les visiteurs se retrouvent en immersion totale dans un aquarium géant, entouré de carpes koï virtuelles, tandis que, dans une autre salle, ils jouent à cache-cache au milieu de gros ballons gonflés à l’hélium. Une expérience immersive qui, elle-aussi, a connu une immense succès avec plus de 1,2 millions de visiteurs en un an !

Maquette de Tokyo réalisée par Mori Building (extrait de video © La Presse)

Des expériences que le promoteur Mori Building, sponsor du TeamLab Borderless, vient de prolonger en créant une immense maquette en 3 dimensions qui représente une grande partie de la ville de Tokyo à l’échelle 1/1 000. De dimensions imposantes (15 m de large pour 24 m de long), cette maquette impressionnante de réalisme présente la particularité de pouvoir être illuminée par une trentaine de projecteurs, ce qui permet de la transformer en carte géante particulièrement pédagogique, pour visualiser aussi bien la topographie que la densité de population ou le tracé du réseau de transports publics. Un outil de choix pour visualiser les défis de la mégapole de demain et guider les choix d’aménagement de la capitale japonaise, mais aussi une attraction particulièrement spectaculaire qui ne peut que fasciner le non professionnel.

L. V.

Le coût de pouce de César

3 mars 2021

Le premier janvier 2021, le sculpteur marseillais César Baldaccini aurait eu cent ans. Malheureusement pour lui, il est mort douze ans plus tôt, le 6 décembre 1998. Mais ses œuvres lui survivent, en particulier ses fameuses compressions en bronze dont celle qu’il a créée en 1976 pour récompenser les plus méritants professionnels du cinéma français, un trophée baptisé en toute modestie de son propre prénom, au point que la cérémonie elle-même porte désormais cette appellation de César du cinéma.

Le trophée des César du cinéma, 3 kg de bronze compressé (photo © Patrick Kovarik / AFP / RTL)

Homme à la faconde méridionale, aussi médiatique que sûr de son génie créateur, l’homme était de fait un touche à tout. Fils de cafetiers italiens du quartier de la Belle-de-Mai, il quitte l’école à 12 ans mais s’inscrit ensuite à l’École des Beaux-Arts de Marseille où il remporte plusieurs prix de dessin, gravure et même architecture. Il poursuit sa formation à Paris où il ouvre en 1946 son premier atelier dans un ancien bordel transformé en résidence pour étudiants. Initié à la soudure dans une menuiserie industrielle de Trans-en-Provence, près de Draguignan, il récupère dans des décharges les matières premières métalliques qu’il assemble pour donner corps à d’étranges sculptures, dont un poisson que l’État lui achète 100 000 francs en 1955 pour le Musée national d’art moderne.

Le sculpteur-ferrailleur César devant l’une de ses œuvres (source © Weculte)

C’est alors le début de la notoriété, que César n’hésite pas à entretenir en menant une vie nocturne particulièrement active. Dès 1958, le sculpteur découvre le principe des compressions dans une casse automobile et fait l’acquisition d’une presse hydraulique avec laquelle il aplatit soigneusement sa première Dauphine. Un véritable défi à la société de consommation que César exploite jusqu’à exposer en 1968 à la Biennale de Venise une œuvre quelque peu monumentale intitulée justement 520 tonnes

Après les compressions, les expansions. Quand on vise la reconnaissance universelle, voilà en effet une autre voie que César, qui voit les choses en grand, ne tarde pas à explorer selon le principe de l’agrandissement pantographique. A l’occasion d’une exposition sur La main, de Rodin à Picasso, le sculpteur a ainsi l’idée de réaliser un moulage de son propre pouce en résine polyester rose translucide agrandi jusqu’à 40 cm de hauteur. Un effet bœuf qui incite César à exploiter cette veine en testant divers matériaux : résine, bronze, cristal et même sucre.

Moulages de pouce en résine et sculpture de pouce en bronze, œuvres de César (source ©
César Baldaccini)

En 1965, il réalise ainsi une première œuvre de son pouce en bronze géant de 1,85 m de hauteur. Mais ce n’est que le début ! Une bonne vingtaine de ces pouces monumentaux sont ainsi créés, les uns après les autres, toujours à partir de l‘empreinte du doigt de l’artiste. Celui qui est exposé à Marseille, sur un rond-point de Bonneveine, à deux pas du centre commercial et en face du Musée d’art contemporain, mesure ainsi 6 m de hauteur. Réalisé en 1988 en bronze et pesant plus de 4 tonnes, ce pouce géant a d’abord été expédié en Corée pour y être installé dans un parc à l’occasion des Jeux olympiques de Séoul avant d’être rapatrié à la Vieille Charité en 1993 puis de trouver finalement sa place sur ce rond-point un an plus tard.

Le pouce de César sur le rond-point Pierre Guerre à Bonneveine (source © Made in Marseille)

Mi-2015, l’éventuel déplacement de cette sculpture avait d’ailleurs déclenché une belle polémique comme on les adore à Marseille. A l’époque, ce qui n’était pas encore la Métropole mais seulement la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, venait de lancer, en pleine période d’austérité budgétaire, un concours de maîtrise d’œuvre pour installer une œuvre monumentale sur le rond-point du Prado appelé à être restructuré en prévision de la mise en service du futur bus à haut niveau de service vers Luminy. Le budget prévisionnel de l’opération était de 1,5 millions d’euros, une somme qui avait fait bondir le chef de l’opposition socialiste de l’époque, un certain Benoît Payan, lequel suggérait donc plutôt de déplacer le pouce de César pour le faire changer de rond-point et lui donner ainsi davantage de visibilité, ce qui permettait au passage une économie substantielle.

Le 1er avril 2016, La Provence se permettait d’ailleurs d’annoncer que ce serait finalement une copie de la Tour Eiffel de 30 m de hauteur qui trônera en majesté sur le rond-point du Prado qui venait d’être reconfiguré. Une galéjade bien entendu à laquelle il ne sera pas donné suite, pas plus d’ailleurs qu’à la proposition de Benoît Payan, pourtant frappée de bon sens. Aux dernières nouvelles, l’appel d’offres à 1,5 millions a fait flop, les esquisses présentées fin 2017 par les cinq finalistes n’ayant convaincu personne. En février 2019, Made in Marseille croyait savoir que ce serait finalement une figure des cinq anneaux olympiques qui serait érigée sur le fameux rond-point, histoire de montrer l’attachement de Marseille à l’organisation des JO de 2024, le tout pour la modique somme de 100 k€. Mais tout compte fait, le rond-point attend toujours de recevoir un ornement…

Le pouce géant de César sur le parvis de La Défense (photo © Olivier / Le Parisien)

Toujours est-il que César, quant à lui, n’a pas attendu pour procéder à la multiplication de ses pouces de toutes tailles. Un autre de 6 m de haut a été déplacé en 2018 pour être installé devant le bâtiment de la Seine musicale, sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt tandis que le plus monumental de tous, qui mesure pas moins de 12 m de hauteur, trône encore sur le parvis de La Défense, pas très loin du CNIT. Et César ne sait pas arrêté au seul pouce puisqu’il a aussi commis des sculptures de ses autres doigts faisant le V de la victoire comme pour cette œuvre visible à Epinal, mais aussi une main complète exposée au collège Henri Bosco à La Valette-du-Var, voire un poing fermé vaguement révolutionnaire que l’on peut admirer à Monaco mais aussi à Djeddah.

Les doigts de la Victoire, sculpture de César installée en 1989 rue des Minimes à Epinal (source © Transvosges)

En octobre 2007, un pouce géant de César, de 6 m de haut comme celui qui figure à Bonneveine, a été vendu aux enchères pour 1,219 millions d’euros. Un bon prix si l’on considère que la tonne de bronze se négocie actuellement à 6 300 €… De quoi rassurer ceux qui craignent que le marché de l’art contemporain ne finisse par s’essouffler. Et de quoi confirmer le génie de César qui, sous ses airs de pourfendeurs de la société de consommation, a su jouer avec habileté des règles du système, n’hésitant pas à fabriquer en série ses œuvres monumentales, pour le plus grand profit de tous puisqu’on peut ainsi les admirer en différentes tailles un peu partout sur la planète : une stratégie payante assurément !

L. V.

A la recherche des monolithes perdus

14 décembre 2020

C’est devenu le nouveau sport à la mode en cette période de confinement partiel qui commence à taper sur le système de nombre de nos congénères et pousse certains vers un mysticisme inquiétant : traquer le monolithe le soir au fond des bois… Pour les fêtes de Pâques, la tradition est plutôt à la chasse aux œufs. Mais en cette fin d’année 2020 si particulière et à l’approche de Noël, on en est plutôt à guetter l’apparition d’étranges structures métalliques dressées qui surgissent aux endroits les plus improbables.

Tout à commencé le 18 novembre 2020, alors qu’un groupe de biologistes américains survole en hélicoptère les contrées désertiques qui s’étendent près de la ville de Moab, dans l’Utah, pour dénombrer des hardes de mouflons sauvages qui se cachent dans un décor de rochers rougeâtres digne des meilleurs westerns. Un objet brillant planté dans le sol attire leur attention. Ils repèrent sa position et viennent voir de plus près de quoi il retourne.

Une mystérieuse borne métallique plantée en plein désert de l’Utah… (photo © AFP / La Dépêche)

Surprise ! Il s’agit d’un élément prismatique en métal poli, de 3,50 m de hauteur qui se dresse comme une énigme dans le sol sableux du désert. Une image qui rappelle furieusement à tous les amateurs de science-fiction le mystérieux monolithe qui apparaît soudainement au début du film de Stanley Kubrick, 2001, Odyssée de l’Espace, sorti en 1968. Une référence pour le moins étrange et de nature à attiser les conjectures les plus folles en cette année où même les esprits les moins complotistes ne peuvent s’empêcher de s’interroger sur le climat délétère qui traverse la planète victime de pandémie mondialisée. Faut-il y voir la matérialisation d’un message extraterrestre sous la forme d’un objet provenant du tréfonds de l’Univers et planté ainsi à l’insu de tous dans ce lieu reculé du désert américain pour servir de vecteur de communication à des forces mystérieuses venues d’ailleurs ?

Le fameux monolithe du film de Stanley Kubrick 2001, Odyssée de l’espace (photo © DR / Télérama)

En ce monde où l’information diffuse instantanément via les réseaux sociaux, il a suffi que les biologistes compteurs de mouflons fassent part de leur découverte étrange pour que aussitôt toute la planète se mette en émoi. Alors même qu’ils avaient soigneusement tenu secret le lieu de leur découverte, chacun se précipite sur ses cartes et part en chasse pour aller voir de plus près la mystérieuse borne métallique. De quoi se rendre compte au passage qu’elle était en réalité en place depuis un certain temps déjà puisque certains affirment l’avoir repérée sur des clichés Google Earth de 2016 et d’autres qu’il s’agirait de l’œuvre de l’artiste minimaliste californien John McCracken, qui aurait fait part avant sa mort en 2011 de sa volonté de « laisser des œuvres dans des endroits isolés pour que celles-ci soient découvertes plus tard ».

Toujours est-il que les curieux ont commencé à affluer du monde entier pour venir se rendre compte par eux-même, déboulant par avion ou en 4 x 4 en pleine zone désertique. De quoi faire fuir les derniers mouflons qui auraient pu se réfugier dans ce qui était jusque-là un havre de paix. Et brusquement, le mystérieux monolithe a disparu… Jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il avait été purement et simplement démonté, une nuit de pleine lune, le 27 novembre 2020, par un commando de quatre défenseurs de la nature estimant que cette attraction n’avait pas sa place dans un parc naturel où elle ne faisait qu’attirer des hordes de curieux prêts à tout dévaster sur leur passage, sans égard pour la faune sauvage. La scène a d’ailleurs été immortalisée par un photographe qui a assisté, ébahi, à l’évacuation des vestiges de la sculpture métallique, sur une simple brouette à la lueur des lampes frontales…

Un nouveau monolithe orné de spirales, implanté sur les hauteurs de Bâtca Doamnei en Roumanie (photo © Newflash / La Dépêche)

Mais l’histoire ne pouvait bien évidemment pas s’arrêter là. La veille de ce démontage musclé, un autre monolithe comparable, mais dont la surface, au lieu d’être soigneusement polie, est couverte de fines gravures en spirale, est découvert, le 26 novembre 2020, en Moldavie, au nord-ouest de la Roumanie cette fois sur la colline de Bâtca Doamnei, non loin de la forteresse de Petrodava, vestige de la civilisation Dace qui peuplait la région dans l’Antiquité. Le monument planté là ressemble vaguement à celui découvert dans l’Utah et il disparaît mystérieusement à son tour le 1er décembre…

Stèle de 3 m de hauteur plantée au sommet de la montage Pine à Atascadero en Californie (photo © Twitter / CNews)

Dès le lendemain, 2 décembre, un troisième obélisque métallique prismatique de 3 m de haut, similaire à celui de l’Utah, fait son apparition sur la montagne Pine, à Atascadero, en Californie. Une apparition là aussi très éphémère puisque l’objet, simplement planté en terre est très rapidement vandalisé par un groupe de complotistes allumés qui le remplacent par une croix en bois tout en chantant des cantiques et en se livrant à des exorcismes contre d’éventuels extraterrestres malveillant. Un acte qui fait sortir du bois un collectif d’artistes, The Most Famous Artist, lequel revendique la paternité de l’œuvre via des messages sibyllins sur les réseaux sociaux et la propose même à la vente sur son site Instagram au prix d’ami de 45 000 dollars : business is business !

Toujours est-il que le dimanche 6 décembre, ce sont trois nouveaux monolithes du même style qui sont découverts fortuitement par des promeneurs. Le premier se trouve aux Pays-Bas, près d’une mare gelée dans la réserve naturelle du Kriekenberg, dans la province de Frise. Aucune trace de pas n’est visible aux alentours, comme si l’objet était mystérieusement descendu du ciel pour se planter dans le sol. Le second quant à lui a surgi sur une petite plage de l’île de Wight, dans le sud de l’Angleterre et le troisième a été découvert par des promeneurs dans le site sauvage du Puits d’enfer, au cœur de la forêt d’Exireuil près de Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres.

Le monolithe métallique installé dans la forêt d’Exireuil au Puits d’Enfer (photo © Romuald Goudeau / France Info)

Pour ce qui est de ce dernier, on sait en tout cas qui en est l’auteur puisqu’il s’agit d’un chaudronnier local, un certain Ludovic Laigre, artiste à ses heures perdues, et qui voulait témoigner par ce geste que la création artistique, mise à mal en ces temps de confinement, était toujours vivante. Là encore, l’œuvre éphémère, de 3 m de hauteur et de section triangulaire, a été rapidement démontée dans la semaine, d’autant que l’on annonçait de fortes pluies et un risque de débordement de la rivière…

Mais la série ne s’arrête pas pour autant. Dès le mercredi 9 décembre, les joggers matinaux qui déambulent sur les hauteurs du quartier de Pech-David, au dessus de Toulouse, découvrent ébahis une grande borne métallique à la surface soigneusement polie, fichée dans le sol à la faveur de la nuit. Un nouveau monolithe qui disparaît subitement la nuit suivante, non sans que des milliers de curieux ne soient venus défiler en s’interrogeant sur les inscriptions énigmatiques visibles sur le monument.

Monolithe métallique implanté brièvement sur les hauteurs de Toulouse (photo © Simon Olivier / France 3 Régions)

Opération de communication réussie donc pour les instigateurs du canular, à savoir les organisateurs du Bricks Festival, un rendez-vous de musique électronique, désireux de rappeler à tous la date du prochain festival, ainsi que sa localisation, dont les coordonnées GPS ont ainsi été mémorisées par tous ceux qui sont venus inspecter l’étrange objet tombé du ciel.

Le dernier monolithe en date, surgi une rive de la Vistule, à Varsovie (photo © Wojtek Radwanski / AFP via Getty Images / The Epoch Times)

La série ne s’arrêtera certainement pas en si bon chemin et l’on a d’ailleurs déjà signalé, dès le jeudi 10 décembre un nouvel obélisque métallique de 3 m de hauteur fiché sur les berges de la Vistule, en plein centre de Varsovie, en Pologne, après que les Suisses aient eux-mêmes signalé l’implantation d’une stèle très comparable, disposée dans la nuit du 8 au 9 décembre, dans l’enceinte du château Liebegg à Gränichen, lequel abrite un musée de la sorcellerie, ce qui explique sans doute que le mystérieux monument ait subitement disparu dès le lendemain…

Assurément une nouvelle mode est lancée. A quand un monolithe géant en acier poli, planté en pleine nuit sur le rond-point des Barles pour annoncer furtivement la date du prochain conseil municipal de Carnoux ?

L. V.

Pas de Fête de l’Huma cette année…

25 juillet 2020

En 2020, la traditionnelle Fête de l’Huma, organisée par le quotidien communiste L’Humanité, n’aura donc pas lieu. C’est maintenant officiel, même si l’on s’en doutait déjà depuis quelque temps, après l’annonce de l’annulation ou du report de la plupart des festivals et des grandes manifestations festives récurrentes, pour cause de crise sanitaire qui joue les prolongations. Patrick le Hyaric, le directeur de L’Humanité, l’a finalement annoncé dans les colonnes du journal ce lundi 20 juillet 2020, après avoir déjà laissé entendre qu’il serait très compliqué de maintenir l’organisation d’un tel événement qui rassemble chaque année jusqu’à un demi-million de visiteurs par jour.

Un dessin signé Gros publié dans Marianne le 24 juillet 2020

Le 7 septembre 1930, la première Fête de l’Huma… (source © Dominique Lesparre)

Cette année marquait pourtant la 85e édition de la Fête de l’Huma qui avait été organisée pour la première fois en 1930, par Marcel Cachin, alors directeur de l’Humanité, même si l’idée initiale d’une grande fête populaire de la Gauche avait été lancée dès 1913 par le socialiste Marcel Sembat. En 1930, la première Fête de l’Huma, qui se tient à Bezons, dans le Val d’Oise, n’attire qu’un petit millier de participants mais permet de dégager quelques bénéfices pour financer le journal.

Il faut attendre 1936 et la période propice du Front Populaire pour que les grands concerts qui commencent à caractériser la Fête de l’Huma parviennent à mobiliser les 300 000 visiteurs. Devant le succès de l’évènement, son audience s’élargit rapidement. Dès 1937, les stands de pays étrangers, Union soviétique en tête, y font leur apparition, ainsi que ceux des collectivités du pays entier, donnant à l’événement un caractère national majeur.

Interrompu pendant les années d’occupation, la Fête reprend dès 1945, organisée désormais au bois de Vincennes et atteint cette année là le chiffre record de 1 million de participants. Au fil des années, le site se déplace à Montreuil, Meudon et finalement, à partir de 1960, à La Courneuve, d’abord au parc des Sports, puis dans le parc paysager départemental Georges-Valbon, et enfin, depuis 1999 sur l’Aire des Vents de ce même parc, situé à proximité de l’aéroport du Bourget et qui a été aménagé à l’emplacement d’un ancien bidonville.

2016 : une affiche déjantée pour la Fête de l’Huma… (source © Mag agenda culturel)

La fête est traditionnellement organisée sur 3 jours et était prévue cette année les 11, 12 et 13 septembre. Le vendredi était initialement réservé aux militants communistes mais est désormais ouvert au grand public depuis les années 1980. Outre les stands des différentes sections locales du PC qui proposent souvent boissons, nourritures et spécialités régionales, plusieurs scènes permettent aux artistes de se produire. Un stand des livres est présent ainsi que de nombreuses agoras permettent l’organisation de débats. Le dimanche après-midi est traditionnellement organisé un grand meeting politique qui s’achève généralement par une Internationale reprise en chœur, dans le plus pur esprit du militantisme communiste.

Les stands de la fête de l’Huma en 2015 (photo © Laura Bruneau)

Mais la Fête de l’Huma a réussi au fil du temps à drainer bien au-delà des seuls militants du PCF dont le nombre se réduit d’année en année. Ses expositions artistiques dont celle de Fernand Léger en 1957 ou de Pablo Picasso en 1967, 1973 et 1982 constituent de véritables événements culturels. Celle organisée en 2008 sur les artistes de rue rassemblait des œuvres de Jean Dubuffet ou encore Ernest Pignon-Ernest. En 1981, le clou du spectacle était une rame du TGV qui venait tout juste de battre le record du monde de vitesse sur rail à 380 km/h, tandis que le ministre communiste des transports de François Miterrand, Charles Fiterman, plaidait en faveur d’un développement massif du réseau de TGV sur le territoire national.

Grande scène de la Fête de l’Huma (photo © Thomas Samson / AFP / CNews)

Mais c’est surtout l’actualité musicale qui a contribué à la renommée de la Fête de l’Huma, avec ses concerts géants organisés en particulier sur la Grande scène qui peut accueillir de l’ordre de 100 000 spectateurs. De grandes voix s’y sont produites, telles que Léo Ferré, Jacques Brel, Renaud, Johnny Hallyday, Alain Souchon, Bernard Lavilliers, Michel Polnarreff, Jacques Dutronc, Juliette Greco, Cesara Evora, Léonard Cohen, Julien Clerc, Stevie Wonders, les Pink Floyd ou John Baez pour n’en citer que quelques uns. L’an dernier, les visiteurs de la Fête de l’Huma avaient ainsi vu se produire sur scène Marc Lavoine, Soprano, Kassav’, Les Négresses Vertes ou encore Paul Kalkbrenner.

Bernard Lavilliers en concert à la Fête de l’Huma en 2011 (photo © Patrick Gherdoussi / Fedephoto.com / L’Humanité)

Mais cette année, le spectacle n’aura donc pas lieu. Ce devait être pourtant la dernière édition dans ce site de l’Aire des Vents de La Courneuve puisqu’un nouveau lieu d’accueil devra être trouvé dès l’an prochain en raison des travaux programmés de construction du futur Village des médias destiné aux Jeux olympiques de 2024. La Fête de l’Huma aura donc raté sa sortie pour cause de Covid-19 et tout reste à réinventer pour une nouvelle édition en 2021. Il serait dommage qu’une fête aussi populaire et ancrée de longue date dans le paysage culturel français ne survive pas à la crise sanitaire…

L. V.

Parking en façade

31 mai 2020

Une Fiat 500 bien garée (source © Royal de luxe)

Au pied des grandes résidences, s’étendent généralement de vastes étendues bitumées qui servent de parking. Ce n’est pas très esthétique ni très écologique. Il vaudrait mieux prévoir des espaces verts où les enfants pourraient jouer et la nature se développer. Mais où garer les voitures alors ? Mais sur les façades pardi ! On se demande à quoi pensent les architectes qui n’ont pas encore mis en œuvre une solution aussi évidente qui portant coule de source et est à la portée du premier clown venu.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait M. Bourgogne, alias Jean-Luc Courcoult, un des fondateurs de la troupe de théâtre de rue Royal de luxe. En avril 2019, il a tout simplement garé sa petite Fiat 500 rouge sur la façade d’un immeuble du quartier Bellevue à Nantes, au 5 rue d’Aquitaine. Et comme il aime bien lui tenir compagnie, il a lui-même planté sa tente pas très loin, sur une autre façade du même quartier, au 2 rue de la Saône. Une installation de camping tout ce qu’il y a de plus classique avec table, chaise et un peu de matériel éparpillé tout autour, fixé à la verticale sur la façade de l’immeuble désaffecté, à la hauteur du quatrième étage.

M. Bourgogne en camping (source © Royal de luxe)

Un spectacle un peu ébouriffant pour les enfants de Bellevue (source © Royal de luxe)

Pendant une semaine, ce campeur insolite a tenu tout le quartier en haleine. Les classes de 9 écoles des environs se sont succédé au pied de la façade, le nez en l’air, pour voir évoluer cet étrange hurluberlu qui sort de nez de sa tente, fait sa toilette, étend son linge et écrit de drôles de lettres empreintes de poésie qu’il leur descend au bout d’une corde. Des textes merveilleux que les enfants découvrent ensuite avec leur instituteur et qui racontent l’histoire de la petite Fiat rouge un peu caractérielle, ou celle de M. Bourgogne, comme l’escargot bien sûr, qui n’hésite pas à escalader les façades, parfaitement à l’aise sur une surface verticale.

En mai 2020, la Fiat 500 est de retour dans le quartier de Bellevue mais cette fois elle est verte, comme un tableau d’écolier. Elle fait escale dans les écoles et les enfants peuvent écrire et dessiner sur sa carrosserie avec des craies de couleur comme ils le feraient sur le tableau de l’école…

Une lettre de M. Bourgogne (source © Royal de luxe)

 

Un univers plein de poésie où il convient de ne s’étonner de rien et qui enchante les petits écoliers nantais. Telle est la recette de ces installations théâtrales de la Compagnie Royale de Luxe, laquelle a été créée en 1979 à Aix-en-Provence par Jean-Luc Courcoult et ses camarades Véronique Loève et Didier Gallot-Lavallée. Rapidement exilée dans un petit hameau des Cévennes puis squattant un château à Toulouse, la compagnie est désormais basée à Nantes depuis 1989. Ses créations successives, d’une grande originalité, l’ont fait connaître dans le monde entier, notamment à partir de 1993 avec son Géant tombé du ciel, première étape d’une Saga des géants, qui s’achève en 2018 à Liverpool.

En 1997, à l’occasion des Rencontres de la Photographie à Arles, la troupe y avait présenté son rhinocéros géant de 5 m de long qui a ensuite remporté un franc succès l’année suivante lors de l’Exposition universelle de Lisbonne. Enfermé dans une cage, le rhinocéros géant exigeait pas moins de 17 personnes pour l’actionner.

L’éléphant du sultan à Nantes en 2005 (source © Royal de luxe / Auray)

Une caractéristique de ces créatures géantes que l’on retrouve notamment pour l’éléphant du sultan, créé en 2005 à Nantes pour célébrer le centenaire de la mort de Jules Verne et qui a ensuite voyagé jusqu’à Londres et Anvers : une belle bête de 48 tonnes et 22 m de longueur pour 12 m de haut, dont la mise en mouvement nécessite le concours de 22 manipulateurs.

En cette période où la crise sanitaire a mis à mal l’activité artistique et en particulier les spectacles de rue, il n’est pas inutile d’évoquer le talent et l’imagination de ces troupes qui ont l’art d’enchanter notre quotidien !

L. V. 

A Carnoux, je te tiens, tu me tiens…

7 janvier 2020

C’est à une bien belle cérémonie des vœux qu’ont pu assister les habitants de Carnoux massés en nombre dans la salle communale de l’Artea en ce vendredi 3 janvier 2020. La Provence, jamais avare de papier pour rendre compte des faits et gestes des élus locaux, relate la soirée sur une page quasi entière du quotidien dans son édition du 4 janvier. Chacun saura ainsi que les heureux participants à ce grand moment ont pu bénéficier en début de soirée et avant les discours officiels d’un spectacle gratuit de musiques et de danses irlandaises : du grand art !

Tract de campagne distribué par la liste de Gilles Di Rosa

Car rien n’était trop beau naturellement pour cette soirée exceptionnelle payée par le budget communal qui, comme chacun sait est largement excédentaire à Carnoux, au point de réaliser des placements financiers avec les recettes budgétaires inutilisées, comme s’en indigne le conseiller municipal d’opposition Gilles Di Rosa dans son dernier tract de campagne.

Il s’agissait en effet rien de moins, à travers cette soirée festive, que de marquer la clôture prochaine de la mandature ouverte en 2014, la troisième pour laquelle M. Jean-Pierre Giorgi occupe le fauteuil de maire. Mais cette soirée marque surtout le point de départ officiel de la nouvelle campagne municipale puisque M. Giorgi avait annoncé dès la précédente cérémonie des vœux début 2019 sa volonté de se présenter pour un nouveau mandat, lui qui est élu sans discontinuer à la mairie de Carnoux depuis 1983. Une volonté qu’il a bien entendu réaffirmée haut et fort lors de cette soirée après avoir dressé lui-même un bilan naturellement très flatteur de la mandature qui s’achève.

Bien entendu, le maire sortant ne doute à aucun moment d’être réélu triomphalement en mars prochain et il va même jusqu’à plaisanter sur scène en laissant entendre que son ambition affichée est d’être réélu dès le premier tour de scrutin, le dimanche 15 mars, lui dont la liste avait obtenu en 2014 un peu plus de 47 % des suffrages exprimés à l’issue du premier tour. A l’époque, il est vrai que pas moins de cinq listes étaient en compétition dont trois avaient pu se maintenir au second tour.

Il n’y en aura probablement pas autant en 2020, mais néanmoins davantage que la seule liste de Jean-Pierre Giorgi et celle menée par Gilles Di Rosa, que cite également le journaliste de La Provence. Une autre liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire est en effet en préparation et vient de procéder à la distribution d’un premier tract appelant les Carnussiens qui le souhaitent à participer à cette aventure citoyenne de la gestion municipale dans un esprit participatif auquel le maire sortant ne les a guère habitués jusque-là. Et il serait bien étonnant que le Rassemblement national, qui aux dernières élections européennes en 2019 était largement en tête à Carnoux avec 37,4 % des voix, ne présente pas aussi sa propre liste…

On ne manquera pas néanmoins de noter comme l’a fait La Provence, que Monsieur Giorgi était particulièrement bien entouré lors de cette cérémonie des vœux. Lui qui, il y a quelques années encore, se présentait comme apolitique, a bien viré sa cuti, n’hésitant plus à affirmer à qui veut l’entendre comme il l’avait fait en octobre 2016 à un journaliste du Monde « je ne suis pas du tout de gauche et pas du tout d’extrême droite ». Il soutenait à l’époque François Fillon avant de donner son parrainage en faveur de la candidature de Nicolas Dupont-Aignan à la Présidentielle de 2017, puis de faire campagne tout aussi ouvertement aux côtés du député LR Bernard Deflesselles quelques mois plus tard.

Le maire de Carnoux bien entouré lors de la cérémonie des vœux 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence)

Et maintenant, tout ce beau monde se presse autour du maire sortant puisqu’étaient présents et bien en vue sur la photo de famille en ce début de campagne municipale, outre le sénateur RN Stéphane Ravier, l’inamovible député LR Bernard Deflesselles, mais aussi tous les élus locaux LR, de Gérard Gazay à Roland Giberti en passant par Danièle Millon ou Patrick Boré (qui s’était fait représenter). Voilà bien la marque de fabrique de nos élus locaux qui tous se tiennent par la barbichette, se soutenant mutuellement à chaque élection et se rendant de menus services en permanence, via le principe des cofinancements qui permet à une ville comme Carnoux de faire financer la quasi-totalité de ses investissements par d’autres collectivités, le Département en tête. Monsieur Giorgi n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler en évoquant notamment le coûteux programme d’enfouissement des lignes électriques qui s’achève et qui n’a été rendu possible que grâce à la générosité exceptionnelle du Conseil Départemental. On ne le remerciera jamais assez…

L. V.

Des punaises de livres à l’Alcazar…

5 octobre 2019

Des punaises de lit, nouveau fléau des temps modernes ? (photo © Allen Brisson-Smith / NYT-REDUX-RE / Les Echos)

C’est un communiqué de la ville de Marseille qui l’a annoncé ce jeudi 3 octobre 2019 : l’Alcazar, la majestueuse bibliothèque municipale à vocation régionale située sur le cours Belsunce a été fermée à partir de 17 h et ne devrait pas rouvrir avant au moins le 11 octobre prochain. La raison de cette fermeture inopinée : on a trouvé des punaises de lits « involontairement apportées par des visiteurs » selon le communiqué officiel, ces insectes ayant même « contaminé certains livres, lieu propice à leur développement, à la suite des échanges avec le public ».

C’est du coup le branle-bas de combat à l’Alcazar où les équipes municipales spécialisées s’activent pour éradiquer ce fléau qui pullule dans certains quartiers du centre-ville de Marseille et dont il est si difficile de se débarrasser. Depuis le début de l’année 2019, ces mêmes équipes ont d’ailleurs déjà dû intervenir dans 11 écoles marseillaises où les enfants se plaignaient de piqûres répétées.

Le troisième étage de l’Alcazar, le plus gravement infesté, où les punaises ont élu domicile dans les fauteuils et les banquettes, il faudra utiliser des désinfectants chimiques avec deux traitements à 10 jours d’intervalle, ce qui oblige à prévoir une fermeture totale de cet étage pendant au moins 3 semaines. Des agents volontaires s’emploient dès à présent à désinsectiser de manière systématique l’ensemble des livres sous des tentes chauffantes adaptées spécifiquement. L’ensemble des rideaux et des banquettes sera changé en privilégiant des assises en plastiques dans lesquelles les punaises ne puissent plus trouver refuge, histoire d’éviter que la mésaventure ne se reproduise trop souvent, comme à Montréal où la bibliothèque a été contaminée à trois reprises la même année !

Accès principal à l’Alcazar avec sa fameuse marquise d’époque (source © Marsactu)

Il a donc été demandé à tous ceux qui ont emprunté récemment des livres à la bibliothèque de l’Alcazar de les rendre au plus vite afin qu’ils soient traités. Un message reçu cinq sur cinq, à tel point qu’une longue file d’attente était visible dès le lendemain, devant les portes de l’Alcazar, formée des clients de la bibliothèque qui se hâtaient de venir déposer dans la boîte automatique prévue à cet effet les livres empruntés, de peur qu’ils ne viennent contaminer leur intérieur s’ils les conservaient trop longtemps chez eux.

Dessin de Ben 8 croqué à l’Alcazar et publié par Le Ravi (source © Marsactu)

L’Alcazar, transformée en bibliothèque en 2004 et qui compte près d’un million de documents disponibles à la consultation, dont 350.000 en libre accès et des fonds précieux tels que des manuscrits médiévaux, est une ancienne salle de spectacle jadis très populaire. Ouverte en 1857 et aménagée dans un style mauresque vaguement inspiré de l’Alhambra de Grenade, l’Alcazar lyrique pouvait accueillir jusqu’à 2000 spectateurs qui assistaient alors aux spectacles attablés en buvant et fumant, une autre époque !

Affiches à l’entrée de l’Alcazar à la fin des années 1930 (source © Marseille Hello)

En juin 1873, un incendie détruit entièrement cette première salle de spectacle, sans heureusement faire la moindre victime. La salle rouvre ses portes 4 mois plus tard et bénéficie ensuite, en 1889, d’une rénovation en profondeur. C’est alors qu’est construite la fameuse marquise qui abrite toujours l’entrée principale sur le cours Belsunce et qui est classée au titre des Bâtiments de France. La salle de spectacle devient dès-lors un haut-lieu du music-hall et de grands artistes populaires comme Tino Rossi, Dalida, Maurice Chevallier, Yves Montand ou Fernandel, y font leurs débuts.

En 1930, les lieux sont reconvertis en un cinéma mais en 1949, la salle de spectacle retrouve sa vocation de music-hall, recevant de nouvelles gloires de l’époque tels que Charles Aznavour, Line Renaud, Henri Salvador, Jacques Brel, Sacha Distel ou encore Johny Hallyday. En 1964, la concurrence de la télévision a raison de la salle de spectacle qui ferme définitivement ses portes en 1966. Rachetée par un marchand de meubles, le bâtiment restera exploité pendant près de 40 ans à des fins commerciales avant d’être transformé en bibliothèque municipale à vocation régionale en 2004, dans le cadre d’un projet ambitieux de rénovation culturelle

L’Alcazar transformée en commerce à la fin des années 1960 (source © Made in Marseille)

L’arrivée des punaises de lit dans ce lieu emblématique souvent présenté comme une des rares réussites d’une politique culturelle marseillaise bien timide dans les quartiers paupérisés du centre-ville est assurément un coup dur pour cet équipement culturel qui, dès 2013, a dépassé le chiffre de 1 million de visiteurs annuels, un score tout à fait honorable pour un établissement de cette ampleur. Espérons que sa réouverture prochaine sans punaises de lit ni dans les salles de lecture ni dans les livres, lui permettra de retrouver ces bons chiffres de fréquentation…

L.V.

A Ollioules, la future maison du patrimoine

19 septembre 2019

Comme chaque année, les Français se presseront sans doute nombreux cette semaine à partir du 20 septembre 2019 pour les Journées européennes du Patrimoine, qui permettent à tout un chacun de découvrir certaines merveilles de notre patrimoine architectural ou industriel parfois méconnues. Le Var ne fait pas exception à la règle puisque de très nombreux sites y sont ouverts.

Dans les gorges d’Ollioules, carte postale ancienne (source © Archives départementales du Var)

Ce n’est cependant pas le cas d’Ollioules, petite ville située à quelques kilomètres de Toulon, au débouché des gorges de la Reppe que Victor Hugo, qui les visita en 1839, décrivit en ces termes : « On est dans les entrailles d’une montagne, ouvertes comme d’un coup de hache, et brûlées d’un soleil de plomb. À mesure qu’on avance, toute végétation disparaît. Des bouches des cavernes, la plupart inaccessibles, sont béantes à toutes les hauteurs et de tous les côtés ».

Façade de la Maison du Patrimoine à Ollioules, en cours de restauration

Pourtant la ville d’Ollioules recèle quelques vestiges historiques dignes d’intérêt, dont la fameuse Maison des têtes, désormais reconvertie en « Maison du Patrimoine d’Ollioules » et qu’il ne faut pas confondre avec celle de Toulon, sur la Place aux Huiles, reconstruite en 1996 après avoir été entièrement détruite le 15 février 1989 par une violente explosion, attribuée officiellement à une fuite de gaz, mais pour laquelle les familles des victimes soupçonnent plutôt l’impact d’un missile tiré par erreur dans le cadre d’opérations militaires franco-américaines alors en cours…

Seulement voilà, à Ollioules, les travaux de restauration sont en cours et il faudra sans doute attendre la fin de l’année pour découvrir ce bâtiment qui devrait mériter le détour. Transféré en 2007 à la communauté d’agglomération devenue métropole, Toulon Provence Méditerranée, c’est désormais cette collectivité qui pilote les travaux de restauration dont le coût devrait atteindre 5,4 millions d’euros. Il a fallu d’abord procéder à des études de maîtrise d’œuvre puis à des travaux de confortement qui se sont terminés début 2017. Et depuis le 14 septembre 2018, les travaux de restauration et de réagencement intérieur sont en cours ainsi que l’élaboration de la scénographie qui permettra de mettre en valeur ce patrimoine vraiment singulier.

L’escalier à balustres, en cours de restauration (source © Ouest-Var.net)

Cet ancien hôtel particulier datant du XVIIe siècle se situe en plein cœur du centre historique d’Ollioules, traversant entre les rues Gambetta et Berthelot. Il s’agit d’un bâtiment de 5 étages avec un escalier monumental à balustres agencé autour d’un puits de lumière, et dont les murs sont ornés de magnifiques décorations et sculptures en plâtre datées de 1620. Ces ornements sont une spécialité locale désignée sous le nom de gypseries. Elles témoignent d’un art ancien, quelque peu tombé en désuétude, mais qui s’est beaucoup développé dans la région du fait de l’abondance de ce matériau naturel qu’est le gypse. La façade quant à elle date de 1870, ainsi que plusieurs peintures murales.

Détail de gypseries en cours de restauration (source © Fréquence-sud)

Le couloir, la cour intérieure, les galeries et l’escalier sont classés au titre des monuments historiques et la maison elle-même est inscrite depuis 1998 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Outre le travail de restauration en cours depuis maintenant un an, le projet vise à ouvrir au public ce lieu si particulier et utilisant cet écrin exceptionnel de 477 m2 comme décor pour un espace scénographique qui permettra de faire revivre les habitants et le contexte historique dans lequel il a évolué.

Exemple de sculptures en gypse dans la Maison des têtes d’Ollioules (source © TPM)

Grâce aux outils modernes de la réalité augmentée, le visiteur armé d’une tablette nommée Gaspard pourra s’immerger dans un scénario original illustré à partir de milliers d’images d’œuvres d’art numérisées qui fera revivre l’art précieux de la gypserie, expliquera l’origine et la signification des médaillons et autres sculptures mais évoquera aussi les grandes épopées qui ont agité la région depuis l’Antiquité jusqu’à Napoléon 1er alors simple capitaine Bonaparte qui, à Ollioules, prit le commandement de l’artillerie et contribua au siège victorieux de Toulon en 1793.

Une visite interactive : maquette de la salle n° 3 consacrée aux personnages marquants du territoire (source © TPM)

Il y sera aussi question de la géologie locale, des Cabinets de curiosités, des fastes de la Belle Époque, des activités portuaires de Toulon, ou encore du patrimoine agricole et floristique puisque dès le XVIe siècle on cultivait à Ollioules, outre l’olivier, le câprier et les agrumes, le safran et bien d’autres fleurs. Au XIXe siècle, la ville était réputée pour sa production d’immortelles et la production horticole s’y est fortement développée avec l’arrivée du chemin de fer en 1859 qui a permis d’expédier à travers toute l’Europe les fleurs coupées produites sur place. Ollioules fut d’ailleurs la première ville du var à organiser un corso fleuri

Un beau lieu assurément pour découvrir en famille des pans du patrimoine historique et naturel local, mais pour lequel il convient de patienter encore quelques mois avant l’ouverture au public…

L. V.

Katulu ? n°59

15 mars 2019

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en janvier-février 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu59). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

Dans une brève introduction, Françoise Héritier raconte qu’après la publication de sa « fantaisie » autobiographique appelée Le sel de la vie, elle désira utiliser les documents et notes inemployés, simples pensées jetées sur le papier tout au long de son existence.

De bric et de broc est pour cette raison le titre de la première partie. Elle est écrite presque sans point ni majuscule ; les idées coulent et découlent sur une cinquantaine de pages d’émotions anciennes et contenues dans forme récitante… mais subtilement organisées.

L’écrivaine Françoise Héritier (photo © Leemage)

Façonnage est le titre de la seconde partie faite de souvenirs. Depuis « Ce jourd’hui, ce lundi de Pâques 2017 », où elle est si triste de se sentir décliner, consciente qu’elle ne sait rien, « à peine savoir vivre », elle remonte vers son enfance, sa famille affligée par la guerre, ses lectures, l’adolescence confinée des filles de son époque, ses études, sa rencontre magique avec Lévy-Strauss.

En 1983, on lui diagnostique une polychondrite atrophiante évolutive, maladie rare auto-immune, qu’elle traitera avec persévérance. Mais dans ce dernier ouvrage, elle constate « La nature s’affaiblirait-elle au même rythme que nous ou la devancerions-nous sur le chemin d’une perte où elle nous accompagnerait obligeamment en nous donnant le change… Qu’est-ce que savoir, qu’est-ce que vieillir ? »

Alors elle se tourne vers l’humour et la légèreté des amitiés « sans arrière-pensées, sans chausse-trappes, sans ambiguïté, simplement parce que c’est nous… » dit-elle citant Montaigne.

Un livre bref, un livre fort, un livre tendre.

                                                                                                          Roselyne

 

Le dynamiteur

Henning Mankell

Ce roman, paru en 1973 a été traduit du suédois par René Cassaigne en septembre 2018 et publié aux éditions du Seuil.

En 1911, dans les vastes espaces, au pied d’une colline de schiste, une équipe de dynamiteurs arasent les reliefs pour aménager une voie ferrée. C’est une fin de journée.  L’explosion. Oskar Johanson, un grand gaillard de vingt-trois ans, blond aux yeux bleus, retombe inconscient et scalpé, une main arrachée. Dès son rétablissement, il est réembauché par l’entreprise. Il se débrouille bien dans la vie et au bout de quatre ou cinq ans, grâce à l’amour de sa femme, n’a « pas le sentiment d’avoir été handicapé ».

L’auteur suédois, Henning Mankell (photo © archives Reuters)

En 1962, sur une petite île, dans un vieux sauna en bois ayant appartenu à l’armée, le narrateur décrit l’installation précaire dans laquelle son vieil ami Oskar Johanson aime passer les mois d’été. Veuf, retraité, loin de ses deux enfants qui ont fait des études et travaillent dans des villes différentes, il est plutôt taiseux, mais il lui arrive de lâcher des bribes sur sa vie passée de travailleur, de syndicaliste, d’amoureux de sa femme Elvira rencontrée dans un cortège de manifestation car tous deux croient en la révolution.

Récit haché et fractionné lorsque le dynamiteur se rappelle les joies et les peines de la vie ouvrière, sur les cinquante premières années du vingtième siècle. Chapitre très court ou chapitre long, alinéas ou intervalles blancs, longs comme des silences. Mankell ajoute la typographie pour sensibiliser le lecteur à l’histoire du prolétariat suédois, « cette tentative de construction d’une société décente en une entreprise de casse sociale… Aujourd’hui, à l’extérieur des villes suédoises, il y a des ghettos…»

Et voici les derniers mots du livre : « Oskar est mort. Reste l’avenir. Exactement comme il disait ».

                                                                                                          Roselyne

 

Le problème Spinoza

Irvin David Yalom

Le problème Spinoza est un roman historique où l’auteur met en parallèle la vie de deux hommes : le philosophe Bento ou Baruch Spinoza qui a vécu au 17ème siècle entre 1656 à 1670 et Albert Rosenberg (1910-1946), l’idéologue du parti nazi en Allemagne. Irvin Yalom reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire en inventant des interlocuteurs recueillant les états d’âme de Spinoza et Rosenberg. Cela permet une approche très facile du cheminement de Spinoza, dont le livre l’Éthique détaillant sa pensée philosophique est inabordable pour les non-initiés.

L’écrivain américain Irvin David Yalom (source © Babelio)

Spinoza est issu d’une famille juive portugaise ayant fui l’Inquisition pour s’installer en Hollande. Il fut excommunié, mis au ban de la communauté juive. Les thèses auxquelles il croit et avec lesquelles il va tenter de vivre en harmonie le reste de sa vie : Dieu c’est la nature, tout est Dieu. Il n’a pas besoin des hommes. Toutes les religions sont des fabrications de l’homme pour maintenir les communautés sous le pouvoir de ceux qui les dirigent. Dans ce livre, la philosophie de Spinoza ne fait pas l’objet d’une analyse exhaustive, mais les principes fondateurs, et le contexte social au sein duquel ils ont vu le jour sont clairement exposés.

En parallèle, Albert Rosenberg, qui fut à l’origine de l’idéologie nazie prônant la supériorité de la race aryenne et l’antisémitisme, se trouve confronté d’une façon obsédante à la pensée que Goethe, qu’il vénère, puisse admirer ce philosophe, ce juif.

Le contraste est frappant entre celui qui sacrifie sa vie personnelle et se démarque de sa communauté afin de privilégier sa liberté de penser et est heureux de son choix et l’autre, véritable éminence grise du nazisme, Rosenberg, qui n’aura de cesse de se construire et d’évoluer au sein de l’appareil d’État, quémandant douloureusement la caresse servile d’un Führer qui l’utilise plus qu’il ne l’apprécie.

Deux portraits forts et complexes, tout aussi passionnants l’un que l’autre.

Ce roman permet d’aborder des questions philosophiques et religieuses sans difficulté. Il retrace aussi la manière dont les thèses du nazisme se sont diffusées et comment Hitler est arrivé au pouvoir et s’est servi de Rosenberg.

                                                                                                          Cécile

 

Carré 35

Documentaire d’Éric Caravaca du 01.11.2017

Les premières images : des images anciennes, un portail, une fenêtre ouverte. Éric interroge les membres de sa famille, lui est hors champ. Sa mère décrit sa fille : « Christine avait la peau très claire, elle avait beaucoup de papa ; elle a parlé vers 4 ans ; elle n’a pas pleuré à la naissance : maladie bleue. Le fils souligne : aucune photo d’elle « je n’en ai pas voulu sauf une sur sa tombe. J’ai tout brûlé même les films. Je naime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? pleurer »

Le réalisateur Eric Caravaca (source © Allociné)

Ce n’est qu’à l’adolescence qu’Éric et son frère entendent parler de leur sœur. Éric nous fait alors partager ses doutes. Ce deuil inconsolable relève de quelque chose de plus complexe et il cherche la vérité : il découvre que sa sœur est décédée à l’âge de 3 ans et que sa mère n’était pas présente lors de sa mort.

Alors qu’il pose les bonnes questions à sa mère qui ne peut pas dire la vérité mais uniquement sa vérité « elle se raconte une histoire elle se réinvente ». Et pourtant elle affirme « vous, on ne vous a rien caché on ne vous a jamais menti même si ça coûte ».

Carré 35 est un film au propos universel qui interroge sur l’intemporalité de l’image en réhabilitant l’existence d’une enfant morte à 3 ans, puis morte de l’absence d’images et de souvenirs. C’est aussi une rencontre entre une mère et son fils. Infiniment pudique et d’une grande délicatesse, le cinéaste ne juge pas, prenant garde de ne jamais heurter, afin de faire revivre un passé. Comme souvent dans les histoires de famille on tire un fil et on se retrouve avec la véritable bobine.

                                                                                                          Suzon

 

Fausse Note

Pièce de théâtre sur un texte de Didier Caron

Comment vivre confortablement avec son passé ? Faut-il l’effacer ou l’assumer ?

Nous sommes au Philharmonique de Genève, dans la loge d’un chef d’orchestre de renommée internationale, HP Miller (Tom Novembre) à la fin du concert. Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa femme pour souper, il est importuné par un spectateur envahissant, Léon Dinkel (Christophe Malavoy) qui semble être un grand admirateur. D’agaçant, cet intrus devient peu à peu inquiétant, dévoilant des informations sur la vie privée de Miller, sa femme Anna, sa famille, ses parents et son passé, jusqu’à révéler la véritable raison de sa visite : « il cherche des réponses car les deux hommes ont un passé commun ».

L’auteur Didier Caron (source © Théâtres parisiens associés)

Les phrases de Dinkel sont des couperets. Des éléments matériels viennent étayer ses mots, des vêtements, des lettres… C’est toute une entreprise de démolition de la vie de Miller qu’il a élaboré depuis des années. Dinkel ne savoure pas sa victoire ; il regarde cet homme qu’il a traqué pendant des années ; on le sent désabusé. Quand on a attendu longtemps sa vengeance ne mettons-nous pas un peu d’amertume à réaliser ce qui nous a tenu debout après un drame, les années étant passées ?

Est-ce que l’aboutissement est une rédemption ? « la vengeance assouvit elle la douleur du passé » ?

                                                                                                          Suzon

 

Un personnage de roman

Philippe Besson

Emmanuel Macron et Philippe Besson étaient amis assez proches et ce roman donne un portrait intime, proche mais avec certaine réserve !

C’est le 30 août 2016 quand E. Macron annonce sa démission de son poste de Ministre de l’Économie que P. Besson décide de le suivre de près et d’écrire l’histoire de cet homme qui a voulu prendre son destin en main.

L’auteur Philippe Besson (photo © Joël Saget / AFP)

Il se veut objectif mais présente son roman comme l’œuvre d’un écrivain, pas d’un journaliste. Il dit qu’il était en empathie avec son personnage, mais ça ne l’empêchait pas d’être franc et lucide vis à vis de lui !

Pourquoi ce titre « Personnage de Roman » ? Pour l’auteur, E. Macron est un personnage de roman, presque un héros, qui a su diriger sa vie, s’inventer un destin. Il s’apparente aux héros stendhaliens ou balzaciens : Julien Sorel (amoureux lui aussi d’une femme plus âgée) ou Rastignac, qui rêvait de conquérir Paris, la finance et les affaires ! Bien qu’Emmanuel Macron dise : « si j’aimais tant que çà les puissances de l’argent je serais resté dans cet univers. Mais je n’aime pas le cynisme qui s’en dégage ».

En juin après son installation à l’Élysée, P. Besson demande à Macron « Au fait, Emmanuel, pas de regret de ne pas être devenu écrivain ? ». Sa réponse fuse : « La vie n’est pas finie »…

On a reproché à ce roman de manquer de panache. On ne sent pas le bouillonnement intérieur de celui qui allait à la conquête du pouvoir ! Mais P. Besson défend son livre : « Il n’était rien, c’était un banquier, puis un ministre et là il s’engouffre dans le grand vent de l’histoire. C’est ce qui était intéressant pour le romancier que je suis d’essayer de comprendre cette trajectoire ».

                                                                                               Josette J.

 

Un tournant de la vie

Christine Angot

Ce roman commence ainsi : « Je traversais la rue… Vincent passait sur le trottoir d’en face. Je me suis arrêtée au milieu du carrefour. J’étais là, figée. Je regardais son dos qui s’éloignait. Torse large, hanches étroites ». Et il se termine ainsi : «Tout à coup, j’ai vu Vincent qui passait lentement… Je retenais mon souffle. Je ne bougeais pas. Je le suivais des yeux… Ma respiration a pris un rythme naturel. J’ai regardé son dos qui s’éloignait jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin de la rue. Et j’ai constaté que mon cœur ne battait plus. »

Christine Angot (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Et le lecteur/trice constate que Christine Angot raconte à la première personne du singulier l’histoire d’un amour rompu depuis neuf ans, qui se réanime vaguement au gré de ses humeurs, créant pour son compagnon du moment, un fin mulâtre prénommé Alex, un trouble d’autant plus douloureux qu’il est ami et fut compagnon de travail de Vincent.

Alex tombe gravement malade.

Retour d’âme de la narratrice qui constate… ce que je viens de citer plus haut. Et cela ne lui fait plus rien.

A moi non plus d’ailleurs !

                                                                                   Roselyne

Paléomusique : les idiophones de la Préhistoire…

31 octobre 2018

L’ethno-minéralogiste Erik Gonthier et ses lithophones (photo © Pierre Grosbois / Le Monde)

Erik Gonthier fait partie de ces chercheurs fascinants capables de rendre passionnants les plus austères des sujets scientifiques. Maître de conférence et ethno-minéralogiste au Museum national d’histoire naturelle, il travaillait en 2004 au Musée de l’Homme lorsqu’il y a fait une découverte étrange. Les réserves de ce musée renfermaient en effet de curieux pilons sahariens datés du Néolithique, entre 9000 et 2500 ans avant notre ère, et amassés au fil du temps et des conquêtes coloniales, notamment lors des grandes missions scientifiques Berliet au Sahara.

Les paléontologues qui s’étaient penchés sur le sujet avaient établi leur diagnostic comme en fait état par exemple cet article publié en 1968 dans le Bulletin de la Société préhistorique française et doctement intitulé Grands outils de pierre polie du Sahara nigéro-tchadien. Il y est question de « meules dormantes », de « haches boudin », de « haches à gorges » et de divers instruments aratoires ou destinés à extraire les plaques de sel, pour lesquels l’usage semble plus ou moins avéré.

Mais l’article cite aussi des pilons en pierre dure, soigneusement polis, et dont la taille peut atteindre jusqu’à 90 cm pour un diamètre de 5 à 9 cm. De belles pièces donc, dont la confection a certainement demandé des heures de travail patient, mais dont l’utilité comme pilon a longtemps laissé perplexes certains chercheurs, ne voyant pas très bien à quoi pouvaient servir des pilons aussi lourds et volumineux, sinon peut-être à casser des noix de palmier doum, particulièrement résistantes, pour en extraire une substance appréciée des chèvres.

Erik Gonthier à la baguette sur ses lithophones du Museum (photo © capture image reportage AFP mars 2014 / Youtube)

Ces doutes sont désormais définitivement levés depuis qu’Erik Gonthier, au début des années 2000 donc, a confirmé que ces objets oblongs de forme cylindrique, soigneusement taillés et polis par nos ancêtres il y a 10 000 ans, dans des roches dures souvent d’origine volcanique, comme le basalte ou la phonolite (cette pierre qu’on trouve au Mont Gerbier de Jonc, aux sources de la Loire, comme on l’a tous appris à l’école…), n’avaient certainement aucun usage alimentaire ou utilitaire mais étaient simplement des… instruments de musique, des lithophones pour utiliser le langage scientifique idoine, et même des… idiophones à en croire l’analyse très détaillée et pédagogique qu’il a publiée en 2009 sur son blog.

Par définition, les lithophones sont des instruments de musique à percussion directe, constitués de pierres sonores, posées au sol ou suspendues, et que l’on vient frapper avec une autre pierre ou une masselotte en bois ou en os par exemple. Des systèmes que l’on retrouve un peu partout à travers le monde, sous différentes formes, et qui ont très probablement été inventés bien avant les instruments de type membranophones tels que les tambours ou les tam-tam, constitués classiquement d’une peau tendue sur une caisse de résonance. La notion d’idiophone fait référence au fait que le son est produit intrinsèquement par la pierre elle-même, sans aucun rapport donc avec le célèbre Gaffophone, mis au point par un certain Gaston Lagaffe…

Concert de lithophone sur stalactites dans la grotte de Tito Bustillo, sur le site d’Altamira dans le nord de l’Espagne (source Youtube / cité par Marilyn Armagast Martorano)

Fort de sa conviction que ces curieux pilons lithiques n’étaient donc que des sortes de carillons préhistoriques, notre ethno-minéralogiste s’est mis en tête de les reconstituer et d’en étudier les propriétés acoustiques. Contrairement aux lithophones dits dormants, qui sont en réalité de simples pierres naturelles, des stalactites par exemple, que l’on frappe in situ pour les mettre en vibration et en tirer des sons plus ou moins harmonieux, les pilons sahariens ont la particularité d’être mobiles et étaient donc destinés à être transportés pour en jouer dans certaines occasions. Des lithophones manufacturés donc, mais cylindriques, contrairement à ceux très répandus sous formes de lamelles, un peu à l’image de nos xylophones.

Les expériences d’Erik Gonthier qui s’est transformé pour l’occasion en paléomusicologue, ont montré que les lithophones préhistoriques retrouvés de l’Algérie au Togo en passant par la Mauritanie et le Tchad, avaient la particularité d’être diphoniques, c’est-à-dire de pouvoir émettre deux notes distinctes à des fréquences vibratoires différentes. Sur la base de son travail, l’Orchestre national de France a décidé d’utiliser ces instruments de musique d’un autre âge dans le cadre d’une de ses animations Musicomusée destinée au jeune public et organisée en collaboration avec le Museum national d’histoire naturelle.

Les musiciens de l’Orchestre national de France jouent une création musicale de Philippe Fénelon sur des lithophones (photo © Pierre Grosbois / Le Monde)

Quatre percussionnistes de l’Orchestre national de France se sont donc mis au travail, sous la houlette du compositeur Philippe Fénelon, et le 22 mars 2014, les vieux lithophones préhistoriques sont sortis des réserves du musée pour un concert très exceptionnel, naturellement intitulé Paléomusique, sous forme de conte musical, d’ailleurs radiodiffusé un mois plus tard sur France Musique. Un événement lithophonistique tout à fait inhabituel qui marquera sans doute d’une pierre blanche l’histoire de la paléomusique. Une expérience en tout cas qui mériterait probablement d’être reconduite pour mieux faire connaître ces vestiges du passé aussi remarquables par leur sonorité que par la pureté esthétique de leurs lignes, histoire de faire d’une pierre deux coups…

L. V. 

Pourquoi la France devrait gagner le prochain Mondial de foot

11 juin 2018

Comme chacun sait, ou en tout cas le saura bientôt, au vu du matraquage médiatique lié habituellement à un tel événement sportif, cette semaine débute en Russie la 21ème édition de la Coupe du monde de football. Elle verra s’affronter entre le 14 juin, date du match d’ouverture entre l’équipe russe et celle d’Arabie saoudite, et le 15 juillet, date prévue pour la finale de cette compétition, les 32 meilleures équipes nationales du moment.

On a tous en tête l’analyse, tout en finesse, formulée en 1990 par le footballeur anglais Gary Lineker : « Le football est un sport simple : 22 joueurs courent après un ballon pendant 90 minutes, et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent ». Sauf qu’une nouvelle théorie beaucoup plus sérieuse vient d’émerger qui remet totalement en cause cette vision excessivement réductrice de la compétition footballistique.

C’est un article signé par Vincent Grimault pour le magazine Alternatives économiques qui vient éclairer d’un jour nouveau les mécanismes qui régissent ce domaine où néanmoins l’aléa garde toute sa place, surtout en matière de football, un des sports où la chance joue malgré tout une certaine part et où le talent, la motivation, la force physique et la technicité des joueurs ne sont pas toujours suffisant pour expliquer les résultats.

Si l’on fait néanmoins abstraction de cette part liée aux impondérables de toute nature qui peuvent conduire à des scores parfois inattendus, l’analyse pseudo-économique à laquelle s’est livrée Alter Eco pour prédire les résultats du prochain Mondial de foot ne manque pas de sel et elle mérite d’être détaillée. Elle se base sur un constat simple qui saute aux yeux lorsqu’on décortique les résultats de l’Euro 2016 sous l’angle du taux de prélèvements obligatoires en vigueur dans les différents pays qui s’y sont affrontés : les pays où la pression fiscale est la plus forte sont ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats dans cette compétition !

Taux de prélèvement obligatoire des participants à l’Euro 2016 en fonction de leur résultats (infographie © Alternatives économiques)

Comme toute théorie (surtout dans le domaine économique, et peut-être plus encore lorsqu’il s’agit de spéculation liée à la compétition sportive), celle-ci souffre naturellement quelques exceptions dont la Suède éliminée dès le premier tour malgré son taux de prélèvement supérieur à 50 %, ou la Pologne parvenue en quart de finale avec pourtant un taux de fiscalité dérisoire de 18,5 %. Il n’empêche que les 4 équipes arrivées jusqu’en demi-finales présentent toutes un taux de prélèvement élevé, qui approche les 49 % en moyenne.

A première vue, on pourrait certes s’interroger sur le lien qui existe entre l’aptitude à marquer des buts et ce taux de prélèvements obligatoires, lequel est le rapport entre l’ensemble des taxes, impôts et cotisations sociales d’un pays et son produit intérieur brut (PIB). Mais en réalité, la corrélation est évidente comme l’explique l’article de Vincent Grimault : « les pays à haut niveau de fiscalité sont, de façon générale, les plus développés. Grâce aux dépenses publiques, et à des systèmes de protection sociale de qualité, les habitants y sont en bonne santé et ont du temps libre pour pratiquer le sport. Par ailleurs, grâce à un haut niveau d’investissement public, les pratiquants de football de ces pays peuvent s’entraîner sur des équipements de qualité, encadrés par des éducateurs, au sein de clubs structurés, souvent payés en partie par les collectivités. », CQFD…

Les joueurs de l’équipe nationale d’Islande lors de l’Euro 2016 (photo © Denis Balibouse / Reuters)

Et l’auteur de l’article en veut pour preuve « le miracle islandais, qui a vu l’Islande et ses 320 000 habitants se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro 2016, puis se qualifier cette année pour la première Coupe du monde de son histoire », une performance qui s’explique très bien grâce à des équipements sportifs de haut niveau et à des éducateurs compétents, comme quoi le service public a du bon, même dans ce domaine du football professionnel…

Dans ces conditions, cela devient un jeu d’enfant que de prédire les résultats du prochain Mondial de football ! L’équipe d’Alternatives économiques s’est bien entendu livré à l’exercice selon une méthodologie parfaitement rigoureuse, quoique mâtinée néanmoins d’une petite dose de chauvinisme et sans oublier totalement l’expertise sportive lorsque le seul critère fiscal ne permet pas de trancher de manière définitive.

Taux de prélèvement obligatoire (valeurs 2013) des participants à la Coupe du monde 2018 (infographie © Alternatives économiques)

Il faut dire que, sous cet angle, les écarts entre compétiteurs sont plutôt larges, entre un pays comme le Nigeria où le taux de prélèvements obligatoires dépasse à peine 11 % et le champion du monde qu’est le Danemark avec son taux de 58,7 % tandis que la moyenne des pays engagés dans le Mondial s’établit à 33,5 %.

A cette aune, on ne s’étonnera donc pas que les prévisions de nos économistes amateurs de football annoncent une finale entre le Danemark et la France, cette dernière étant particulièrement bien placée avec son taux de prélèvements obligatoires de 53,5 % ! De là à affirmer que la France a toutes les chances de remporter cette prochaine coupe du monde de football, comme le fait le journaliste d’Alter Eco, c’est peut-être aller un peu vite en besogne et oublier quelques menus détails d’ordre plus sportif qui ne plaident sans doute pas autant en faveur de notre équipe nationale…

Emmanuel Macron poussant la balle à l’occasion d’une visite au centre d’entraînement de l’OM le 15 août 2017 (photo © DR)

Quoi qu’il en soit, voilà en tout cas un argument massue qui plaide sans conteste en défaveur d’une baisse de la pression fiscale pourtant mise en avant par nombre de nos responsables politiques, Emmanuel Macron en tête : espérons que son attirance affichée pour le ballon rond l’amènera à revoir sa politique en la matière !

L.V.  

JO de Paris : quelles retombées économiques ?

24 septembre 2017

C’est la grande nouvelle du mois : les jeux olympiques d’été se dérouleront bien à Paris en 2024, 100 ans tout juste après que la ville-lumière a accueilli ses dernières olympiades, en 1924, sous la pression du baron Pierre de Coubertin. Le tuyau était percé depuis un bon moment déjà puisqu’il n’y avait plus d’autres candidats en lice, ce qui n’a pas empêché les médias nationaux d’en faire des tonnes à l’annonce de la décision officielle, le 13 septembre dernier.

Bien sûr, tout le monde met en avant la renommée internationale formidable qui rejaillira de cet événement d’ampleur mondiale, et surtout l’impact économique qui devrait en découler. Sur ce dernier point, l’acteur qui fait référence en la matière est le Centre de droit et d’économie du sport (CDES), une structure associative rattachée à la faculté de Limoges, spécialisée dans la formation d’encadrants sportifs mais qui se targue surtout de réaliser les études d’impact des grandes manifestations sportives, histoire d’en justifier l’intérêt a priori.

Comme pour chaque événement sportif majeur, le CDES a fait tourner ses calculatrices et estime que les retombées économiques à attendre s’élèveront au minimum à 5,3 milliards d’euros et pourraient même atteindre 10,7 milliards d’euros selon le scénario le plus optimiste. Une partie de ces retombées économiques bénéficierait au secteur du BTP, mais un tiers irait aux professionnels du tourisme et la plus grosse part du gâteau devrait tomber dans l’escarcelle des partenaires en charge de l’organisation. On évoque la création de 119 000 emplois dans les domaines du BTP, du tourisme et de l’événementiel, et on estime les rentrées fiscales à près de 250 millions d’euros pour la seule quinzaine que dureront les jeux.

Tony Estanguet, co-président de Paris 2024, s’offre un selfie avec des inspecteurs du CIO et une partie du comité parisien, au Stade de France, le 15 mai 2017 (crédit photo © Franck Fife / AFP)

Bref, le tableau paraît idyllique ! A se demander même pourquoi on n’organise pas des JO chaque année s’il s’agit de la recette idéale pour booster une économie atone…

Sauf que la réalité paraît assez éloignée de ces analyses pour le moins optimistes, comme le rappelle notamment Pierre Rondeau, professeur d’économie à l’Université Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la sociologie du sport, dans un article publié par le site The Conversation. Force est en effet de constater que les grands événements sportifs internationaux, s’ils flattent l’ego des pays organisateurs et contribuent à en augmenter leur notoriété, « n’ont pratiquement jamais rapporté d’argent, n’ont jamais vraiment été bénéficiaires et n’ont jamais soutenu l’emploi durable »…

L’arc de triomphe aux couleurs des JO de 2024 (crédit photo © Benoit Tessier / Reuters)

Les études d’impact oublient en effet généralement un facteur important que constituent les effets de substitution et d’éviction. En d’autres termes, les grandes manifestations sportives attirent certes un public spécifique mais font fuir le public habituel ! Ainsi en 2016, la fréquentation touristique du Brésil n’a pas connu de rebond significatif car le pays est déjà le plus touristique d’Amérique du Sud : les touristes habituels ont largement évité de s’y rendre pendant la période des JO, laissant la place à un public de supporters et de fans de sport. Il s’est passé la même chose pendant la Coupe du monde de football organisée en France en 1998, année au cours de laquelle le nombre de touristes reçus a été exactement identique qu’en 1997 ou 1999, avec simplement une différence de motivation, les visiteurs s’agglutinant davantage au Stade de France qu’au Musée du Louvre…

A cela s’ajoute souvent une réelle difficulté à tenir les budgets souvent très optimistes prévus pour l’organisation de tels événements. Un économiste, Wladimir Andreff, a ainsi montré que depuis les JO de 1968, le taux de dépassement des budgets est en moyenne de 167 % ! A Pékin par exemple, pour les JO de 2008, dans un pays pourtant réputé pour sa capacité de planification, il a atteint 1130 %. A Londres, en 2012, le budget prévisionnel était établi à 4,6 milliards d’euros mais les JO ont finalement coûté 11 milliards (voire 15 selon certaines sources) et les retombées économiques se sont limitées à 1,72 milliards alors qu’elles avaient été estimées à 12 milliards : un cruel fiasco financier pour le pays…

Dessin publié dans Un dessin par jour

Pour les futurs JO de Paris, le budget prévisionnel annoncé à ce jour par le comité organisateur s’élève à 6,5 miliards d’euros. Une petite moitié sera consacrée à la construction des infrastructures nécessaires. Même si la grand stade est déjà disponible, il faudra quand même compter au moins 1 milliard pour remettre au goût du jour le Stade de France et construire une piscine olympique, auquel il conviendra d’ajouter près de 2 miliards pour l’édification du village olympique et du centre d’accueil des médias. Ce budget d’investissement sera pris en charge pour moitié au moins par des fonds publics, provenant principalement de l’État mais aussi des différentes collectivites territoriales concernées (dont 145 millions d’euros pour la ville de Paris et autant pour la Région Ile-de-France).

La préparation des JO 2024 : une stratégie de longue haleine qui mérite bien quelques sacrifices (dessin de Deligne publié dans Urtikan)

Le reste du budget, déjà réévalué de 3,2 à 3,6 milliards d’euros est destiné au Comité d’organisation des jeux et sera financé en partie par le CIO et en partie par des sponsors et des investisseurs privé. Quant aux recettes issues de la billetterie, leur apport restera relativement modeste, évalué en première approche à 1,1 milliards d’euros, sur la base d’une hypothèse de remplissage des stades à 88 % pour les épreuves olympiques et à 75 % pour les jeux paraolympiques, avec une volonté affichée d’offrir la moitié des places à un prix abordable inférieur à 50 €.

Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan

Alors, les JO à Paris, une bonne opération ou un gouffre financier en perspective ? La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’est pas spécialement optimiste à ce sujet, elle qui prévenait en février 2015 que : « les jeux, c’est très joli, mais il n’y a pas une ville qui s’y soit retrouvée sur le plan financier »…

Le géographe Loïc Ravenel, responsable du Centre international d’économie du sport, ne dit pas autre chose en affirmant dans le magazine Alternatives économiques : « cette histoire de retombées économiques, c’est de l’enfumage. Assumons qu’à ce niveau de sport-spectacle, ça ne rapporte pas. Aujourd’hui, on accepte que la culture soit déficitaire parce qu’on estime que c’est important pour une société. Reconnaissons qu’on veut organiser une grande compétition sportive pour des questions d’image, de fête populaire, mais arrêtons de vouloir le justifier économiquement ».

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair ! Quand on aime, on ne compte pas… Et tant pis pour les contribuables qui devront bien payer la note mais qui auront au moins passé un bon moment devant leur petit écran !

L.V.