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Actualité internationale : petite séance de rattrapage

9 septembre 2019

Vous étiez en vacances cet été, sur une île perdue du Pacifique, en randonnée dans les Andes péruviennes, en méharée au Tadjikistan ou, plus prosaïquement dans la maison de campagne de votre grande tante, perdue au fin fond de la Creuse, dans le désert numérique de la France profonde. Bref, pour une raison ou pour une autre, vous êtes resté quelque peu à l’écart de l’actualité internationale. Oui, mais voilà, c’est la rentrée et, curiosité aidant, vous aimeriez bien savoir en quelques mots ce qu’il a bien pu se passer dans le monde pendant les mois de juillet-août.

Axelle Degans, rédactrice de la rubrique mensuelle d’actualité internationale sur le site Diploweb

Pas de panique, Axelle Degans, agrégée d’histoire et enseignante en classes préparatoires au lycée Faidherbe à Lille, a veillé sur le monde pour vous et il suffit de consulter ses excellentes synthèses mensuelles sur le site Diploweb.com, spécialisé en géopolitique. Pour l’été 2019, les mois de juillet-août sont rassemblés en un seul article qui permet en quelques lignes de retenir l’essentiel des faits marquants de l’été.

Petit florilège donc, pour ceux qui ont préféré musarder au soleil plutôt que de se tenir informé de l’actualité mondiale estivale.

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, le soir des élections législatives le 7 juillet 2019 à Athènes (photo © Louisa Gouliamaki / AFP)

En Grèce, rappelons-nous, le 7 juillet 2019, ont eu lieu des élections législatives anticipées suite au revers subi par le parti d’Aléxis Tsipras lors des Européennes de mai. Et bien évidemment, le parti Syriza a de nouveau été battu, arrivant en deuxième position derrière le parti de droite, Nouvelle Démocratie qui obtient (de justesse néanmoins) la majorité des sièges après avoir déjà remporté haut la main les élections locales début juin. C’est donc le conservateur Kyriákos Mitsotakis, issu d’une famille habituée à gouverner le pays, qui est le nouveau premier ministre grec.

Au Moyen-Orient, les tensions s’aggravent notamment en Iran où le gouvernement a annoncé ne plus se conformer à ses engagements sur la limitation de l’enrichissement de l’uranium après que l’accord multilatéral signé en 2015 a été dénoncé par Donald Trump. La guerre des tankers se poursuit dans le Golfe persique où Téhéran a arraisonné un pétrolier britannique, alimentant la hausse du cours de l’or noir tandis que les bombardements se poursuivent au Yémen et que l’Arabie Saoudite annonce l’accueil prochain de troupes américaines sur son sol, une première depuis la guerre d’Irak en 2003.

Pétrolier battant pavillon britannique arraisonné par les Gardiens de la Révolution iraniens en juillet 2019 (photo © Hasan Shirvani / AFP)

En Inde, le premier ministre nationaliste, Narendra Modi, a mis brutalement fin à l’autonomie de la partie indienne du Cachemire, le Jammu-et-Cachemire, revenant ainsi sur l’article 370 de la constitution indienne qui confère à cette région un statut spécial et aggravant encore, s’il en était besoin, les tensions avec ses voisins pakistanais.

Aux États-Unis, le président fantasque Donald Trump insiste à plusieurs reprises durant l’été, sur sa proposition d’acheter le Groenland dont il convoite la position stratégique dans le contexte du changement climatique qui donne la possibilité d’ouvrir de nouvelles voies maritimes dans le Grand Nord et surtout d’exploiter un jour les immenses richesses minérales de ce vaste territoire. La requête a été accueillie plutôt fraichement par les Danois…

Réunion des chefs d’Etats du G7 à Biarritz, avec le secrétaire général de l’ONU et le président du Conseil européen (photo © M. Kappeler / DPA Picture-Alliance / AFP)

La réunion du G7 à Biarritz, fin août, n’a guère permis d’apaiser les tensions internationales. L’absence de la Russie, exclue du dispositif depuis son annexion de la Crimée en 2014, de la Chine, de l’Inde, du Brésil (dont il a été question à cause des incendies en Amazonie) et de la plupart des pays émergents, ajoutée à l’insouciance des Américains et aux préoccupations des Britanniques toujours concentrés sur le Brexit ne pouvaient de toute façon guère laisser espérer de grandes décisions…

Démonstration de force de la police chinoise aux portes de Hongkong le 7 août 2019 (photo © AFP / Le Parisien)

Les manifestations se poursuivent à Hongkong où la police montre les muscles et où Pékin prépare ses troupes pour intervenir en cas de besoin, tandis que la contestation continue en Algérie où le Président du Parlement a présenté sa démission alors que la rue réclame le départ de l’exécutif qui gère l’intérim en attendant l’organisation de nouvelles élections. En Russie, des manifestions ont été organisées, malgré de violentes répressions, pour protester contre l’éviction de nombre de candidats aux élections prévues en septembre tandis que Vladimir Poutine fête ses 20 ans au pouvoir.

Inondation en Inde le 16 juillet 2019 (photo © AFP / STR / Sciences et Avenir)

En Afrique centrale et notamment en République démocratique du Congo, une épidémie liée au virus Ebola sévit, qui a déjà causé la mort d’au moins 1800 personnes en un an. En Asie du Sud-Est, les pluies de mousson et les inondations qui s’en sont suivi ont causé au moins 1500 décès et de graves dégâts matériels, tandis que le mois de juillet 2019 est d’ores et déjà considéré comme le plus chaud jamais observé à l’échelle planétaire, changement climatique oblige.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Tout compte fait, il eut peut-être cependant mieux valu que vous restiez encore un peu chez votre grande tante de la Creuse ou sur le dos de votre chameau Tadjik car le mois de septembre ne s’annonce pas forcément plus réjouissant…

L. V.

Hongkong : des manifestations à haut risque

19 août 2019

Ce dimanche 18 août 2019 a encore été marqué par d’impressionnantes manifestations dans le centre-ville de Hongkong. Plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais se sont ainsi rassemblés dans les allées de Victoria Park, sous une pluie battante. Abrités sous autant de parapluies, cette foule pacifique mais déterminée répondait à l’appel du Front civil des droits de l’Homme, une organisation prônant la non-violence et réclamant davantage de libertés civiques sur ce territoire redevenu chinois le 1er juillet 1997 après 150 ans d’occupation britannique.

Des dizaines de milliers de manifestants à Victoria Park, au centre-ville de Hongkong, dimanche 18 août 2019 (photo © AP / Le Monde)

Disposant désormais d’un statut un peu particulier de « Région administrative spéciale » comme sa voisine Macao, l’ancienne colonie portugaise qui lui fait face, sur l’autre rive à l’embouchure de la Rivière des Perles, en aval de Canton, ce territoire de Hongkong, devenu l’une des trois principales places financières mondiales avec Londres et New York, a une histoire bien particulière qui explique la situation assez inédite dans laquelle il se trouve actuellement.

Hongkong, à l’embouchure de la Rivière des Perles (source © GoogleMaps)

Le premier Européen à parvenir à Honkong, est l’explorateur portugais Jorge Álvares qui y débarque en 1513 et ce sont donc les Portugais qui s’y installent pour établir une tête de pont commerciale. Ce sont eux aussi qui introduisent en Chine dès le XVIIe siècle l’opium produit en Inde et pourtant interdit en Chine par un édit impérial de 1729. Au XVIIIe siècle, les ports chinois sont ouverts aux Européens mais les règles du commerce y sont très strictes, l’empire chinois pratiquant un protectionnisme qui lui permet d’exporter largement ses produits dont le thé, la soie ou la porcelaine, très prisés en Europe.

C’est pour rééquilibrer cette balance commerciale qui ne leur est guère favorable que les Britanniques se mettent, au tout début du XIXe siècle, à exporter massivement l’opium en provenance de leur colonie indienne pour inonder le marché chinois, tout en essayant de forcer la main aux autorités chinoise pour signer un traité de libre-échange plus en leur faveur. Mais les Chinois s’y opposent et les Britanniques décident donc d’utiliser la manière forte.

Prenant prétexte d’une tentative des Chinois de réguler le commerce de la drogue qui prend des proportions alarmantes avec plus de 10 000 tonnes d’opium débarquant chaque année, les Anglais passent à l’attaque pour défendre leur juteux commerce. En 1840, une flotte de guerre lourdement armée attaque le nord de la Chine et menace directement Pékin. Les Chinois sont contraints de signer en 1842 le traité de Nankin qui prévoit notamment la cession de Hongkong à la Grande-Bretagne, et l’ouverture de nouveaux ports au commerce britannique.

Le sac du Palais d’été à Pékin en 1859 (illustration d’époque / La Télé libre)

Mais les Européens en veulent toujours davantage, d’autant que les Français, les Russes et les Américains se mettent aussi sur les rangs, et déclenchent en 1856 une nouvelle guerre de l’opium avec leurs alliés anglais. Un nouveau traité très inégal est signé à Tianjin, mais qui ne suffira pas encore aux appétits commerciaux occidentaux, lesquels conduisent Français et Britanniques à occuper en 1859 la capitale impériale, allant jusqu’à piller et incendier le Palais d’été, un acte honteux dénoncé avec force par Victor Hugo…

La convention de Pékin, signée en 1860, avait déjà permis à la Grande-Bretagne d’élargir considérablement son territoire de Hongkong, mais en 1898, une nouvelle convention avec la Chine lui donne accès, via un bail emphytéotique de 99 ans, à de vastes étendues connues sous le nom de « Nouveaux territoires » autour du port de Hongkong, y compris sur les îles voisines. C’est l’échéance de ce bail en 1997 qui a conduit la Chine à reprendre la main sur cette zone de son ex-empire.

Entre temps, la petite colonie de pêcheurs de Hongkong qui comptait 7500 habitants en 1830 a beaucoup évolué. Avec déjà 1,6 millions d’habitants en 1941, la ville grossit d’au moins 150 000 personnes rentrés illégalement au début des années 1960 pour échapper à la grande famine qui sévit alors dans la Chine communiste de Mao. L’industrie textile s’y développe et, à partir des années 1970, Hongkong devient une place financière prépondérante. La HSBC (Hongkong and Shanghai Banking Corporation), à l’origine de multiples scandales financiers, y a d’ailleurs été créée, par un trafiquant d’opium justement.

Le quartier des affaires à Hongkong, une cité prospère…

A partir de 1979, la proximité de la zone commerciale de Shenzhen créée à l’initiative de Deng Xiaoping, favorise encore le rôle commercial déjà prépondérant de Hongkong qui compte désormais plus de 7 millions d’habitants, dont encore 34 000 résidents britanniques et près de 20 000 de nationalité française. Une ville moderne, dynamique, symbole du libéralisme économique mondialisé et qui bénéficie, depuis 1997 et en principe au moins jusqu’en 2047, d’un statut à part au sein de la République populaire de Chine, selon le principe « Un pays, deux systèmes », qui lui permet de conserver notamment sa monnaie et l’accès à un multipartisme.

Manifestants dans les rues de Hongkong le dimanche 16 juin 2019 (photo © Sam Tsang / SCMP)

Mais 30 ans plus tard, la Chine dont la puissance économique et militaire s’est considérablement renforcée et qui a de nouveau des visées expansionnistes dans son environnement proche, commence à préparer la normalisation du statut de Hongkong. C’est d’ailleurs en réaction à un projet de loi sur l’extradition vers la Chine des opposants politiques que se sont déclenchées, le 9 juin dernier, les premières manifestations qui ont rassemblé de l’ordre d’un million de personnes, du jamais vu dans ce pays peu politisé. Des manifestations qui prennent peu à peu de l’ampleur avec sans doute près de 2 millions de manifestants dans les rues de Hongkong le 16 juin et même une intrusion dans les bâtiments du Conseil législatif le 1er juillet.

Il va sans dire que les autorités de Pékin peuvent difficilement tolérer une telle mobilisation populaire qui réclame explicitement davantage d’autonomie et moins d’ingérence du pouvoir chinois dans la vie démocratique locale. Dès le 13 août, Pékin a fait savoir que des troupes en nombre et des chars d’assaut de l’Armée populaire de libération avaient été massés dans les stades de Shenzhen, aux portes de Hongkong, rappelant au passage, sous forme de menace à peine voilée, qu’ils pouvaient être sur place en seulement 10 minutes.

L’arrivée des chars sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989 (photo © Jeff Widener / AP)

On sent désormais que Pékin n’attend plus qu’un prétexte pour intervenir et ramener l’ordre dans cette « Région administrative spéciale », n’hésitant pas à monter en épingle les heurts qui se sont produits à l’issue de l’occupation de l’aéroport et qualifiant les manifestants de terroristes. Pour ceux qui ont raté les images de l’entrée des chars russes à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, voire l’écrasement des manifestants sur la place Tian’anmen en 1989 qui aurait fait de l’ordre de 10 000 morts, une séance de rattrapage est peut-être en préparation…

L. V.

 

La nouvelle richesse des nations…

29 mai 2019

Comparer la richesse des pays est un exercice difficile tant les situations sont complexes, les contextes variables et les chiffres pas toujours disponibles voire parfois volontairement biaisés pour d’évidentes raisons politiques.

Angus Maddison (photo © archives familiales / The New York Times)

Comparer l’évolution de cette richesse sur de longues durées relève donc de la gageur. C’est pourtant l’exercice auquel s’est livré toute sa vie l’économiste britannique Angus Maddison. Un temps directeur adjoint de la Division du développement économique de l’OCDE, il a aussi été conseiller économique du Ghana et du Pakistan, puis professeur à l’université néerlandaise de Goningue entre 1978 et 1996. C’est à lui que l’on doit notamment d’avoir évalué le PIB de l’empire romain ou d’avoir étudié, sur plus de 1000 ans, l’évolution de la puissance économique de la Chine. Son ouvrage, publié en 1998 et qui porte sur la période 960 à 2030 a même fait l’objet d’une actualisation par l’OCDE en 2007.

Ses travaux sont d’ailleurs jusqu’à présent poursuivis par ses ex-collègues de l’université de Goningue dans le cadre du projet Maddison, qui vise à recueillir et consolider des données sur l’évolution de la population mondiale, pays par pays, depuis l’an 1 après J.-C. (il faut bien commencer quelque part !) ainsi que sur l’évolution de la richesse mondiale sur la même période. Le PIB, ou produit intérieur brut, qui mesure le niveau de richesses produites à un endroit donné et sur une période donnée, par ailleurs si souvent décrié, est le paramètre utilisé pour évaluer cette richesse.

Les résultats de cette analyse ne manquent pas d’intérêt et sont largement consultables sur le site de l’université. Quelques éléments ont d’ailleurs été repris récemment dans un article du Point intitulé pompeusement « Quand l’Europe dominait le monde ». On y constate pourtant que cette domination est toute relative sur le temps long lorsqu’on tente d’analyser (avec toutes les précautions nécessaires liées à la manipulation de telles données, nécessairement sujettes à critique) l’évolution dans le temps de la part des grands blocs géographiques dans la richesse mondiale.

Évolution globale de la répartition du PIB mondial entre les principaux contributeurs nationaux (source © Université de Groningue / Atlantric)

Au 1er siècle, le poids économique de l’empire romain, qui regroupait alors tout le monde occidental, débordant d’ailleurs souvent très au-delà des seules frontières européennes, n’était, tous compte fait, pas si différente de la part qui lui revient au début des années 2000, à savoir de l’ordre de 20 % de la richesse mondiale. A l’époque romaine, les deux autres mastodontes de l’économie mondiale étaient… la Chine et l’Inde, qui, à elles-deux, trustaient plus de la moitié de la richesse mondiale !

A fil des siècles, les choses ont naturellement beaucoup évolué. L’Inde en particulier, qui représentait encore près d’un quart de la richesse mondiale vers 1700, a vu son influence fortement régresser, jusqu’à ne représenter plus que 3 % du PIB mondial en 1973. Mais sa part dans la richesse mondiale est en train de remonter fortement et les prédictions des analystes la situe autour de 11 % vers 2030. Le classement des 30 pays les plus riches en 2018, accessible notamment via le Journal du net, situe désormais l’Inde à la 5e place des pays les plus riches du monde, derrière l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni, son ancien colonisateur, et devant la France qui occupe la 7e place dans ce classement. La différence est que le PIB de l’Inde s’est accru de 9,4 % en 2018, alors que celui de la France a diminué de 0,5 %…

Répartition du PIB mondial entre les principaux pays jusqu’en 1820 (source © The Maddison project, université de Groningue / Le Point)

Quant à la Chine, sa part dans la richesse mondiale est restée assez stable, autour de 25 %, jusqu’au début du 18e siècle, avant de s’effondrer à 5 % dans les années 1970. Elle a d’ores et déjà retrouvé son niveau historique et pourrait même le dépasser prochainement puisque les projections estiment que sa part de la richesse mondiale pourrait atteindre 28 % vers 2030. C’est d’ailleurs actuellement le deuxième pays le plus riche du monde, juste derrière les États-Unis mais avec un taux de croissance plus dynamique qui atteint 6 % en 2018 contre 4,2 % pour son rival américain.

Les États-Unis justement ont connu une évolution spectaculaire sur le long terme : pesant moins de 1 % de la richesse mondiale jusqu’au début du 19e siècle, ce pays a participé pour plus de 20 % du PIB de la planète à partir des années 1950, mais cette part est probablement amenée à décliner, sans doute vers un taux de l’ordre de 14 % d’ici 2030.

La croissance, le saint Graal de tous les politiques… Dessin publié dans Les crises en 2012

Quant à l’Europe, après avoir connu une baisse de régime durant le Moyen-Age, sa contribution à la richesse mondiale a connu une hausse substantielle à partir de la Renaissance, atteignant 20 % vers 1500 puis 25 % deux siècles plus tard et culminant à 40 % à la veille de la première guerre mondiale. Les deux guerres mondiales, la décolonisation, l’essor spectaculaire des cousins d’Amérique, puis la mondialisation, bien qu’heureuse pour certains, ont mis un coup d’arrêt fatal à cette suprématie économique européenne qui ne pesait déjà plus que 29 % de la richesse mondiale en 1973, moins de 19 % actuellement et probablement autour de 12 % demain.

Cette vision historique de long terme permet donc de relativiser la part respective des grandes nations dans le partage des richesses. Le classement des pays par PIB en 2018 montre d’ailleurs que la plupart des pays européens voient leur PIB s’effriter régulièrement tandis que les pays asiatiques montent en ligne, et pas seulement la Chine et l’Inde, mais aussi le Japon (3e pays le plus riche du monde avec un taux de croissance de 4,1 % en 2018), la Corée du Sud (11e économie mondiale avec un taux de croissance de 2,1 %) ou encore l’Indonésie, classée en 16e position avec une croissance record de 7,7 % en 2018, qui lui a permis de passer devant les Pays-Bas, la Suisse et même l’Arabie Saoudite…

D’autres pays tirent également bien leur épingle du jeu, dont le Brésil, classé désormais à la 9e place des pays les plus riches, entre l’Italie et le Canada, mais avec un taux de croissance de 4,9 % en 2018. On voit même apparaître dans le classement des 30 nations les plus riches, des pays comme la Thaïlande (en 25e position, juste derrière la Belgique), l’Iran, certes à la 26e place mais avec un taux de croissance enviable de 7,3 %, ou encore le Nigeria, première puissance économique africaine, classée en 29e position mais qui a affiché en 2018 une croissance de son PIB de 12,1 %, qui dit mieux ?

Dessin signé Mix & Remix, publié dans Courrier international

Bien sûr, le PIB ne fait pas tout et lorsqu’on ramène cette richesse nationale au nombre d’habitants, des pays comme la Chine se retrouvent, selon les classements entre la 82e et la 106e position, sensiblement au même niveau que l’Algérie ou le Brésil, très loin derrière les petits paradis dorés que sont le Qatar, le Luxembourg ou le Liechtenstein. La France, quant à elle, se situerait entre la 29 et la 39e place selon les classements, légèrement au dessus de la moyenne des pays européens pris dans leur ensemble.

Mais le PIB n’est pas le seul critère pour évaluer la richesse d’un pays : l’indice du bonheur est une autre approche, humainement plus séduisante, qui prend en compte de multiples autres critères liés notamment à la paix, la sécurité, la liberté, le respect des droits humains, la qualité de la vie ou encore l’accès à l’éducation et à la culture. Là aussi, de multiples classements existent. Celui du site Globeco est rassurant car il montre une évolution régulière à la hausse de l’indice du bonheur mondial depuis 2005, malgré quelques régressions inquiétantes, liées en particulier au changement climatique, à la déforestation et à la nouvelle augmentation du nombre de déplacés dans le monde.

Toujours est-il que sur la base des critères, nécessairement subjectifs et incomplets, pris en compte, la France se situerait en 18e position, loin derrière les champions mondiaux du bonheur collectif que sont les pays scandinaves (Suède, Norvège et surtout Danemark), derrière également la Corée du Sud, la Suisse, la Belgique, l’Allemagne et peut-être même aussi les États-Unis, mais devant la Grèce, le Brésil, la Chine ou encore l’Inde qui ne pointe qu’à la 49e place tandis que le Nigeria s’enfonce dans les profondeurs du classement : on se rassure comme on peut…

L. V.

Aéroport de Toulouse : une claque pour Macron !

22 avril 2019

La Justice est supposée être aveugle pour attester de son impartialité. Elle n’est en tout cas pas muette et voilà une décision de justice qui devrait faire parler d’elle, celle qui a été rendue le mardi 16 avril 2019 par la Cour administrative d’appel de Paris et qui demande tout simplement d’annuler la procédure de vente par l’État de ses parts dans l’aéroport de Toulouse-Blagnac !

L’aéroport de Toulouse-Blagnac (photo © Lilian Cazabet / Actu Toulouse)

L’affaire ne date pas d’hier puisque cette vente s’est réalisée en avril 2015 et avait été préparée l’année précédente, à l’instigation du ministre de l’économie de l’époque, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron. Une vente dont la seule motivation était exclusivement de faire rentrer dans les caisses de l’État de l’argent frais pour boucler le budget, et ceci sans la moindre considération stratégique quant à l’avenir de cette plateforme aéroportuaire par où ont transité pas moins de 9,6 millions de passagers en 2018, qui contribue grandement au désenclavement de cette région à l’écart des grands axes TGV, et qui constitue un atout majeur pour le développement du projet industriel européen Airbus.

Emmanuel Macron à Toulouse en novembre 2016 (photo © Kevin Figuier / France 3 Midi-Pyrénées)

De fait, en 2014, l’État n’avait pas eu la moindre hésitation à mettre en vente au plus offrant 49,99 % de sa participation au capital de l’aéroport, laissant même entendre qu’il serait prêt à céder les 10,01 % des parts restantes d’ici avril 2018 à celui qui remporterait la mise. Pourtant, Emmanuel Macron, jurait alors ses grands dieux qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une privatisation, expliquant ainsi le 4 décembre 2014 à La Dépêche : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital ».

En annonçant alors la vente de ces parts pour 308 millions d’euros à un consortium chinois, Emmanuel Macron affirmait sans ambiguïté que l’objectif était d’abord d’attirer des investisseurs étrangers : « Notre pays doit rester attractif car c’est bon pour la croissance et donc l’emploi ». Un vœu pieu car force est de constater, 5 ans plus tard, que les investisseurs chinois n’ont guère investi à Toulouse-Blagnac, et d’ailleurs qu’ils cherchent déjà à revendre leur prise de guerre pour la bagatelle de 500 millions d’euros, ce qui leur permettrait d’empocher au passage une jolie plus-value de 200 millions d’euros sur le dos de l’État français !

Les autres actionnaires de l’aéroport, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Garonne (qui détient 25 % des parts), mais aussi la Région, le Département, et la Métropole de Toulouse, qui en détiennent chacun 5 %, dressent en effet un bilan sévère de ces années de privatisation au bénéfice de la holding Casil Europe, implantée dans des paradis fiscaux, notamment aux Iles Vierges, et créée par le groupe d’État chinois Shandong High Speed Group et le fonds d’investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management. Malgré les bons résultats financiers de l’aéroport dont le chiffre d’affaires a bondi de 40 % en 4 ans grâce à une forte augmentation du trafic aérien local, quasiment aucun investissement n’a été fait et il n’y a même pas eu d’ouverture d’une ligne directe vers la Chine alors que les Chinois avaient promis monts et merveille à l’époque, s’engageant même à participer au financement de la troisième ligne de métro !

Pire, les actionnaires chinois se sont servis très généreusement dans la caisse, siphonnant allègrement les réserves de cash et récupérant au passage plus de 30 millions d’euros sous forme de dividendes dont 15 millions pour la seule année 2016. Une ponction rendue possible grâce à la complicité de Bercy puisque l’on a appris depuis, grâce aux révélations de Médiapart, qu’Emmanuel Macron avait passé en 2014 avec l’acquéreur chinois un pacte d’actionnaires gardé soigneusement secret depuis lors et par lequel les représentants du gouvernement s’engageaient à voter systématiquement en faveur de  l’investisseur chinois, y compris donc contre les intérêts de l’infrastructure aéroportuaire défendus par les autres actionnaires, représentants des collectivités territoriales françaises !

Hausse de fréquentation à l’aéroport de Toulouse de 4 % en 2018 (photo © Pascal Pavani / AFP / Le Parisien)

Une situation totalement ubuesque qui avait d’ailleurs été sévèrement épinglée par un rapport au vitriol de la Cour des Comptes, publié en novembre 2018. C’est d’ailleurs en s’appuyant largement sur les révélations de ce rapport que la Cour administrative d’appel, saisie par un collectif regroupant élus locaux, organisations politiques, syndicats, associations et comités de quartiers, vient de rendre son verdict, considérant que les conditions d’attribution lors de l’appel d’offre initial étaient loin d’être sécurisées.

Il faut dire qu’à l’époque, et face aux habituels prétendants tels qu’Eiffage ou Vinci, la holding Casil s’était présentée en groupement avec le groupe canadien SNC-Lavalin Inc. Or ce dernier était sous le coup d’une sévère condamnation pour corruption suite à des malversations réalisées au Bengladesh et en Syrie, et pour lequel il avait été pris la main dans le sac par la Banque mondiale, au point d’écoper de la plus dure sanction jamais appliquée par cette dernière qui, en avril 2013, avait écarté le groupe et sa centaine de filiales de tout nouveau marché international et ceci pour une période de 10 ans.

Face à une telle situation, la holding Casil Europe avait donc été contrainte d’écarter, en octobre 2014 et en pleine procédure d’analyse des offres en vue de la reprise de l’aéroport de Toulouse, son encombrant partenaire, alors même que les candidatures avaient déjà été examinées sur la base du groupement initial. C’est cette grossière erreur de procédure qui vient d’être sanctionnée par la Cour administrative d’appel, ouvrant désormais la porte à l’étape suivante, à savoir la saisine d’un juge commercial pour demander l’annulation de la vente elle-même. L’avocat du collectif a d’ailleurs annoncé dès le 18 avril 2019 sa volonté de poursuivre ainsi la procédure en assignant devant un tribunal de commerce à la fois l’État français et Casil Europe.

Manifestation de gilets jaune contre la privatisation d’Aéroports de Paris, samedi 9 mars 2019 (photo © Lucas Barioulet / AFP / Le Parisien)

Il fait peu de doute que le gouvernement déposera un recours pour porter l’affaire devant le Conseil d’État, pour essayer de se sortir de ce mauvais pas. En attendant, c’est un véritable camouflet supplémentaire pour le Président de la République au moment même où son gouvernement s’active pour privatiser à son tour Aéroports de Paris mais aussi la Française des Jeux voire Engie, et alors même qu’une partie de l’opposition, droite et gauche confondues, a décidé de lancer une procédure d’initiative partagée afin de s’opposer précisément à la privatisation d’Aéroports de Paris.

Un dessin signé Karak

Le collectif qui lutte contre la privatisation de l’aéroport de Toulouse ne s’y est d’ailleurs pas trompé en considérant dans son communiqué que cette victoire judiciaire est « un véritable camouflet à ceux qui veulent vendre les biens communs au mépris de l’intérêt public », ajoutant que « cette gifle atteint en premier lieu M. Macron, ministre des finances au moment de la privatisation, et privatiseur en chef d’Aéroports de Paris ». Le « privatiseur en chef » de la République Française appréciera certainement…

L. V.

Chine : on a marché sous la dune, et bientôt sur la lune…

3 février 2019

Les Chinois n’ont pas fini de faire parler d’eux… Dernièrement, c’est un musée enterré sous une dune qui vient d’ouvrir ses portes en octobre 2018 : conçu par l’équipe d’Open Architecture, basée à Pékin, l’UCCA Dune (Ullens Center for Contemporary Art) est, comme son nom le suggère, un petit musée d’art contemporain niché en grande partie sous une dune, en bordure de la côte septentrionale de la Chine à Qinhuangdao.

Vue aérienne du UCCA Dune Art Museum caché sous la dune (photo © Wu Qingshan)

Le concept est pour le moins original. L’espace bâti en béton est constitué comme un réseau de grottes aux formes arrondies organisé en 7 galeries intérieures, sur une superficie totale de 930 m2, le tout ayant ensuite été recouvert par le sable de la dune qui avait été au préalable excavée. Trois entrées à flanc de dune ainsi que plusieurs puits de lumière et des belvédères émergeant du sable donnent un peu de clarté à cet espace souterrain quelque peu atypique et qui permet au visiteur de déambuler en toute sécurité sous la dune.

Les architectes concepteurs de cette curiosité dont s’est notamment fait l’écho le Journal du design, planchent d’ailleurs désormais sur un autre projet sur le même site, le Sea Art Museum, lequel sera partiellement immergé sous l’eau et ne sera accessible qu’à marée basse.

Dans le même style, un autre projet architectural chinois, conçu par le cabinet pékinois MAD architects, avait aussi beaucoup fait parler de lui. Comme l’expliquait Le Moniteur en 2013, ce projet de musée d’art doit être implanté sur l’île de Pingtan, la cinquième plus vaste de Chine, située dans la province de Fujian, juste en face de Taïwan et destinée à devenir un important centre de développement touristique, commercial et culturel.

Maquette du Pingtan Art Musem (photo © MAD architects)

Cet édifice, dont la construction était prévue en 2016, se présente comme une presqu’île flottante en béton de 40 000 m2, implantée dans un plan d’eau et accessible depuis une jetée. Il semble bien cependant que cette structure en forme de trois dunes flottantes émergées à quelques encablures du rivage et à l’intérieur desquelles le visiteur devait se promener de salle en salle, soit à ce jour resté à l’état de maquette…

Ce n’est pas le cas en revanche des projets chinois qui visent non pas la dune mais carrément la Lune. Car l’Empire du Milieu ne cache pas ses ambitions en matière de conquête spatiale. C’est ainsi que le module d’exploration Chang’e 4, qui avait quitté le sol terrestre le 7 décembre 2018 s’est posé dans la nuit du 2 au 3 janvier 2019, sur la face cachée de la Lune, un exploit inédit qui vient prouver s’il en était encore besoin, que la Chine est désormais en pointe en matière de prouesses technologiques.

Une vue de la face cachée de la Lune prise lors de la mission Apollo 16 (source © NASA)

Si les Américains et les Russes se sont déjà posés à plusieurs reprises sur la Lune, du côté qui est tourné en permanence du côté de la Terre, personne n’avait en effet été voir de près ce qui se passait de l’autre côté de notre satellite naturel, sur le versant invisible, dont la surface est d’ailleurs constellée de profonds cratères, bien davantage que sur la face visible largement recouverte de grands épanchements tabulaires de lave. C’est un satellite russe qui avait photographié pour la première fois cet hémisphère invisible de la Lune et il avait fallu attendre 1968 pour que les premiers hommes puissent l’admirer en direct, en l’occurrence ceux de l’équipage d’Apollo 8 en rotation autour de la Lune.

Pour parvenir à guider et faire atterrir un engin spatial sur la face cachée de la Lune, il fallait prévoir un relai positionné derrière la Lune mais restant en contact avec la Terre afin de pouvoir transmettre au futur robot explorateur les ordres venant du plancher des vaches. C’est ce qu’on fait les Chinois en lançant, en mai 2018, le satellite Queqiao (qui signifie « le pont des pies » en Mandarin) placé en orbite à 65 000 km de la Lune.

Le module lunaire lui-même s’est posé au pôle sud de la face cachée de la Lune, dans le cratère Von Kármán, baptisé ainsi en l’honneur d’un astrophysicien tchèque. Tout s’est bien passé et il est même prévu qu’un robot d’exploration parcourt une dizaine de kilomètres pour investiguer la nature du sol dans le secteur. Les nouvelles arrivent au compte-goutte mais on sait déjà que les nuits lunaires sont particulièrement fraîches dans le secteur : – 190 °C, tout de même ! Une nuit lunaire qui n’en finit pas d’ailleurs puisque celle-ci a duré 14 jours, obligeant le robot Yutu-2 à se mettre en hibernation en attendant que le jour se lève enfin, le 31 janvier.

Le robot explorateur Yutu-2 quittant sa rampe de débarquement (source © CNSA / Numerama)

Les premières photos diffusées dès le 4 janvier 2019 du petit robot de 140 kg à 6 roues se dandinant sur le sol lunaire à l’extrémité de ses rails de débarquement avec ses deux ailes déployées recouvertes de panneaux solaires, obligent d’ailleurs à s’interroger sur le petit nom que lui ont octroyé les ingénieurs chinois puisque Yutu signifie « lapin de jade »… L’engin ressemble à tout sauf à un lapin, mais il porte sur ses épaules une lourde responsabilité puisque l’une de ses missions est de déposer sur la face cachée de la Lune un récepteur radio destiné à écouter l’Univers avec une longueur d’ondes que les interférences avec la Terre ne permettent pas ailleurs. « C’est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre sur l’univers », explique ainsi aux Echos Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au CNES. Après les caméras à reconnaissance faciale dans les rues de Pékin et l’espionnage à grande échelle, voilà que la Chine déploie désormais ses grandes oreilles à l’échelle de l’Univers…

L’espace lunaire dans lequel s’aventure le « Lapin de Jade » : image prise depuis le module Chang’e 4 (source © CNSA / Le Figaro)

Et ce n’est pas tout car les Chinois ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Dès cette année, une nouvelle mission, Chang’e 5 (Chang’e étant le nom de la divinité lunaire dans le Panthéon chinois), est prévue avec au programme le recueil d’échantillons de sol lunaire, sur la face visible de la Lune mais dans un secteur que l’on pense avoir été soumis à des éruptions volcaniques plus récentes.

En même temps, la Chine se prépare à envoyer ses taïkonautes sur la Lune vers 2036 et s’active à produire pour 2022 sa première grande station spatiale, pompeusement baptisée « Palais céleste » et qui pourrait prendre le relai de la Station spatiale internationale, l’ISS, dans laquelle Russes, Américains, Européens et Japonais sont associés mais dont la retraite est programmée en 2024. Voilà qui sent de plus en plus la course de vitesse entre puissances en quête d’hégémonie, comme au bon vieux temps de la Guerre froide, de quoi rassurer tout un chacun quant à l’avenir radieux de l’Humanité !

L. V.

Pipi, caca : les matériaux du futur ?

23 novembre 2018

Bill Gates et son pot de merde lors de son discours à Pékin, le 6 novembre 2018 (photo © Nicolas Asfouri / AFP)

Bill Gates, co-fondateur de Microsoft, vient encore de faire le buzz en animant une conférence internationale à Pékin, le 6 novembre 2018, devant un aréopage de personnalités et de businessmen, en ayant posé, à côté de son pupitre, un bocal en verre contenant… des excréments humains ! L’affaire, reprise en boucle par les médias dont le Huffington Post, a déclenché comme il se doit de nombreuses réactions plus ou moins offusquées, y compris sur les pauvres collaborateurs du milliardaire excentrique, chargés de préparer le bocal pour leur patron…

Le message que cherchait à faire passer Bill Gates par ce geste quelque peu spectaculaire à défaut d’être de très bon goût, n’avait, on s’en doute, rien à voir avec un parallélisme éventuel quant à la qualité des logiciels distribués par Microsoft et que certains pourraient parfois être tentés d’assimiler à de la « merde ». L’objectif n’était pas non plus de rappeler que les excréments ont parfois rendu de grands services à l’humanité qui les utilise traditionnellement comme amendement agricole ou comme matière première dans la confection du banco, ce mélange à base d’argile, d’eau, de paille coupée et de bouse de vache ou d’autres déjections selon les habitudes locales et les coutumes traditionnelles.

Prototype de l’Omniprocessor, développé en 2014 par la firme américaine Janicki Bioenergy

On était loin également de la machine du futur qu’avait présenté le même Bill Gates début 2015 sous le nom d’Omniprocessor, destinée à valoriser non seulement nos déjections mais l’ensemble des boues issues des stations d’épuration, en les chauffant à très haute température (plus de 1000 °C) pour transformer la matière en un produit cendreux inodore susceptible de servir d’engrais dans les champs, tout en produisant à la fois de la vapeur d’eau qui génère de l’électricité via une turbine, et de l’eau potable pure après condensation de la vapeur.

Un dessin d’Olivier Lascar publié dans Sciences et Avenir

En l’occurrence, le message que cherchait à faire passer ce jour-là le milliardaire américain était plutôt d’ordre sanitaire, à l’occasion de ce salon des toilettes du futur organisé par sa fondation. Il s’agissait en effet d’attirer l’attention sur l’absence de lieux d’aisance appropriés dans de nombreux endroits de la planète, exposant les enfants à entrer en contact avec des germes fécaux porteurs de très nombreuses maladies infectieuses. Comme l’a doctement expliqué Bill Gates à son auditoire ébahi, « ce petit tas de matière fécale contient environ mille milliards de cellules du rotavirus, vingt milliards de bactéries de shigellose, et cent mille œufs de vers parasites », de quoi en effet refiler une bonne gastro-entérite à toute l’assemblée… Une bonne entrée en matière en tout cas pour faire la publicité de toilettes révolutionnaires conçues par Firmenich SA, une entreprise basée à Genève, n° 2 mondial de la parfumerie et des arômes alimentaires…

Ce spécialiste suisse des vaporisateurs et de la lutte contre les mauvaises odeurs a en effet investi le champ des latrines et, à l’issue d’une vaste enquête de terrain et d’études approfondies menées de l’Inde jusqu’au Kenya, est désormais en mesure de proposer, sur le marché, des toilettes sèches, qui fonctionnent sans eau donc sans nécessité de raccordement sur le réseau d’eaux usées, un concept particulièrement adapté à des pays comme la Chine où le réseau d’eau usées reste à développer dans bien des endroits.

Toilettes permettant la collecte séparée des urines (source © Lovely Toilettes)

Des toilettes qui pourraient permettent aussi de récupérer séparément les urines, le futur or jaune du futur, pour lequel on réfléchit désormais un peu partout dans le monde à la meilleure manière d’imaginer sa valorisation. Tout indique en effet que cette substance particulièrement riche en azote et en phosphore, qui empoisonne la vie de tous les gestionnaires de stations d’épuration et qui explique largement les difficultés à atteindre un jour la bonne qualité des milieux aquatiques en aval de nos grandes agglomérations, va devoir à plus ou moins brève échéance, être collectée et valorisée.

L’affaire pourrait d’ailleurs devenir d’autant plus intéressante qu’une équipe de chercheurs sud-africains vient d’annoncer, comme l’a relayé récemment Le Monde, avoir découvert un nouveau procédé révolutionnaire pour créer, à partir de l’urine humaine… des briques !  L’idée n’est pas totalement nouvelle puisque les Américains l’avaient déjà testée avec de l’urine de synthèse mais les chercheurs du Cap ont montré que cela pouvait fonctionner aussi avec de la simple urine humaine, recueillie dans les urinoirs de l’université.

Vukheta Mukhari, l’un des inventeurs des briques fabriquées à partir d’urine, à l’Université du Cap, le 2 novembre 2018 (photo © Rodger Bosch / AFP)

Le principe est tout simple et rappelle celui qui permet naturellement au sable de se transformer en calcaire au fond des océans grâce à la diagénèse, sauf que le processus est beaucoup plus rapide puisqu’il suffit de 6 à 8 jours pour transformer un petit tas de sable, 30 litres d’urine et quelques bactéries adéquates en une brique prête à l’emploi et sans odeur… Contrairement aux briques de terre cuite qui exigent de grosses quantités d’énergie puisqu’il faut chauffer l’argile à 1400 °C, et qui émettent de fortes quantités de gaz carbonique, le processus est nettement plus vertueux puisqu’il se fait à froid, qu’il absorbe au contraire du CO2 pour le transformer en carbonate qui va souder progressivement les grains de sable, et qu’en plus il permet de valoriser un sous-produit actuellement traité comme un déchet aussi encombrant que polluant.

Autant dire que l’on commence à voir arriver le moment où nos urines et nos excréments vont devenir des ressources naturelles à haute valeur ajoutée, susceptibles peut-être de remplacer les matières premières fossiles sur lesquelles nous avons assis jusque-là notre développement industriel… Nous vivons décidément une époque formidable !

L. V.

Afrique : le piège de l’endettement ?

21 octobre 2018

C’était l’un des sujets de discussion qui a animé la réunion des ministres des finances du G20 cet été à Buenos Aires en Argentine, selon La Tribune Afrique : en cinq ans, la dette des pays africains a doublé, atteignant désormais en moyenne 57 % de leur PIB ! Un taux d’endettement qui reste certes bien inférieur à celui de nombreux pays occidentaux, dont la France où il approche, rappelons-le, 100 % du PIB, avec un montant record de quasiment 2 300 milliards d’euros. Un montant colossal, qui a lui aussi doublé depuis une quinzaine d’années et que nos enfants devront bien se débrouiller pour rembourser un jour, sauf à parier sur une implosion du système d’ici là…

Un dessin signé Dom, publié dans Le journal de l’économie sénégalaise

Pour autant, la situation de nombre de pays africains commence à devenir inquiétante de ce point de vue car du coup les remboursements de la dette qui ne représentaient que 4 % des dépenses publiques il y a 5 ans en constituent désormais 11 %. Par comparaison, en France, la charge de la dette (c’est-à-dire uniquement le remboursement des intérêts, le capital étant généralement couvert par d’autres emprunts selon la technique classique de la cavalerie budgétaire), représentait de l’ordre de 42 milliards en 2017, soit environ 13 % des dépenses publiques de l’État. C’est d’ailleurs le second poste de dépenses, derrière le budget de l’Éducation nationale…

Selon un rapport du FMI publié en mars 2018 et dont Le Monde s’est fait l’écho, sur 45 pays africains, 8 sont désormais considérés en état de surendettement, à l’image du Congo, pays exportateur de matières premières qui doit emprunter pour assurer ses dépenses publiques suite à la forte chute des cours, et 8 autres pays se rapprochent dangereusement de cette situation de déséquilibre chronique. Mais ce qui inquiète surtout le G20, c’est qu’une part croissante de cette dette est détenue, non pas par des institutions publiques internationales, mais par des investisseurs privés et des États, au premier rang desquels la Chine qui possède à elle seule 14 % de la dette totale des pays africains et même plus de 70 % de la dette bilatérale de certains pays comme le Cameroun ou le Kenya.

Cette situation est d’autant plus dangereuse pour l’Afrique que les conditions de renégociation sont nécessairement plus difficiles avec de tels acteurs. On se souvient de la situation des années 1980 où se posait même la question de la légitimité des dettes contractées par nombre de pays africains auprès de la Banque mondiale ou du FMI dans le but de favoriser l’industrialisation et l’équipement public de ces pays en voie de développement. Cet endettement massif et mal contrôlé avait induit l’imposition de plans d’ajustements structurels destinés à assainir la situation économique de ces pays mais au prix de conséquences sociales particulièrement douloureuses. Il avait donc fallu passer l’éponge, dans le milieu des années 2000 et dans le cadre du Club de Paris, sur une large partie de cette dette insolvable.

Un dessin signé Pov, à l’occasion du Sommet des chefs d’Etat Chine-Afrique en 2006 (source © L’Express dimanche et AfriBD)

Malheureusement, la situation actuelle n’est pas moins inquiétante. L’ambition de la Chine depuis 2013 de développer ses « nouvelles routes de la soie » qui se traduit de fait par la prise de contrôle progressive de l’ensemble des infrastructures de transport mondial, est particulièrement forte en Afrique. Selon Le Monde, même le FMI s’inquiète désormais de l’impact des investissements massifs de Pékin, au travers de prêts à des conditions très avantageuses, consentis directement par la Banque chinoise de développement (BAII), la Banque chinoise d’import-export (Exim Bank) et le Fonds des routes de la soie, avec la garantie de l’État chinois et ses immenses réserves de liquidité, quasiment sans aucune condition quant au contrôle de l’utilisation de ses fonds : une véritable manne pour les dictateurs de tous poils et certains dirigeants peu scrupuleux qui se servent largement au passage.

Comme le reconnait bien volontiers Li Ruogu, ex président de l’Exim Bank, « peu d’Etats africains ont la capacité de rembourser les sommes prêtées dans ce cadre ». Mais il existe bien d’autres manières pour la Chine de rentrer dans ses fonds, ne serait-ce que parce que la quasi-totalité (96,6 % à l’échelle mondiale mais quasiment 100 % sur le sol africain) des travaux réalisés grâce à ces prêts est attribuée à des opérateurs chinois. Les revenus des infrastructures créées reviennent presque entièrement dans le giron chinois, non seulement en Afrique mais aussi dans d’autres pays asiatique comme c’est le cas avec le port en eaux profondes de Gwadar au Pakistan, financé et réalisé à 85 % par la Chine et loué depuis 2015 à une entreprise publique chinoise qui récupère 91 % des recettes. Au Sri Lanka, suite à un défaut de paiement, la Chine a ainsi pris le contrôle pour 99 ans de la concession du port de Hambantota : une affaire juteuse…

Vue aérienne du port de Gwadar au Pakistan (source © finance.sina.com)

Certains pays africains producteurs de gaz ou de pétrole, tels que l’Angola, le Soudan du Sud ou le Nigéria, dont les économies ont été affaiblies par la baisse des cours, remboursent ainsi directement une partie de leur dette abyssale en nature, ce qui procure à la Chine un approvisionnement très opportun en matières premières énergétiques. Mais de plus en plus, les dirigeants africains s’inquiètent de cet impérialisme chinois qui les rend vulnérables en cas de défaut de paiement. Comme l’analyse, l’ancien secrétaire d’État éthiopien, Rex Tillerson, dans une déclaration citée par France Culture : « le modèle de financement est fait d’une telle manière que lorsque le pays a des difficultés financières, il perd le contrôle de ses propres infrastructures de ses propres ressources ».

Discours d’ouverture du président Xi Jinping lors du Forum Chine-Afrique, à Pékin, le 3 septembre 2018 (photo © Madoka Ikegami / AFP / Le Monde)

Une stratégie délibérée de mise en coupe des pays africains dont Pékin se défend naturellement, comme Xi Jinping l’a encore fait à l’occasion du sommet Chine-Afrique qui s’est tenu début septembre et au cours duquel a été promise une nouvelle enveloppe de 60 milliards de dollars de prêts aux pays africains. Mais une situation contre laquelle certains pays africains comment à réagir, à l’instar de la Sierra Leone qui vient d’annoncer, selon Le Monde du 15 octobre 2018, sa décision de renoncer au projet de nouvel aéroport que la Chine se proposait de financer, construire, exploiter et entretenir. Un projet jugé de fait sans réelle justification économique alors que l’actuel aéroport de Freetown est « gravement sous-utilisé » selon le Ministre des transports…

Convoi d’essai sur la voie ferrée en construction entre Djibouti et Addis Abeba (source © africantrain.org)

D’autres abandons de projets du même type ont déjà été annoncés tandis que certains pays évoquent des reports de dette. Ainsi, l’Ethiopie a indiqué que la Chine avait accepté de prolonger de 20 ans la période de remboursement prévue pour le prêt de 4 milliards de dollars accordé pour la construction du chemin de fer entre Djibouti et Addis Addeba, tandis que le Botswana annonçait de son côté une annulation d’une partie de sa dette auprès de la Chine et l’allongement de sa période de remboursement pour des prêts destinés à ses infrastructures routières et ferroviaires.

Une situation ambigüe donc pour le continent africain sur lequel vivent environ un million de ressortissants chinois, et qui traduit bien la place grandissante que prend dans l’économie mondiale l’ancien Empire du Milieu, à la fois source d’investissement et menace pour la souveraineté à long terme des pays africains, voire leur démocratie car, comme l’indique Le Monde, « pour Pékin, un dictateur dépensier est bien plus intéressant qu’un démocrate économe »…

L. V.

La Chine ne veut plus être la poubelle du Monde

22 septembre 2018

Qui, en France, s’inquiète de savoir ce que deviennent les déchets qu’il jette machinalement dans la poubelle, même après un tri plus ou moins consciencieux ? Dans les pays développés, la majeure partie des déchets produits est purement et simplement éliminée, par simple enfouissement ou par incinération, avec ou sans valorisation de l’énergie produite. Mais la part qui est triée et valorisée par recyclage, reste minoritaire. Pour les plastiques par exemple, seulement 30 % des déchets (en moyenne pour l’Europe) sont effectivement recyclés. Et les circuits de ce recyclage sont loin d’être aussi vertueux qu’on l’imagine…

Depuis des années en effet, les pays européens et, plus encore, les Américains ont pris l’habitude d’expédier en Chine une grande partie des déchets qu’ils ont triés en vue d’un éventuel recyclage. En 2015, ce sont ainsi près de 50 millions de tonnes de déchets qui ont traversé la moitié de la planète en direction des usines chinoises de recyclage, de quoi ne pas laisser repartir à vide les navires qui viennent inonder les marchés européens et américains de produits made in China….

Ouvrière chinoise triant manuellement des bouteilles à recycler (photo © Reuters / source Ouest France)

Ainsi, un rapport de l’Agence européenne de l’environnement datant de 2012 évaluait les quantités de déchets européens exportés chaque année en Chine à 5,5 millions de tonnes pour le plastique, 45 millions de tonnes pour l’acier et la ferraille, 6,1 millions de tonnes pour le cuivre, l’aluminium et le nickel et enfin 0,07 millions de tonnes pour les métaux précieux. La France, comme d’ailleurs l’ensemble des pays européens se contente en réalité d’exporter vers la Chine environ 50 % du plastique récupéré via le tri sélectif, plastique qui est ensuite valorisé par des entreprises chinoises comme matière première pour la confection de nouveaux produits. A l’échelle mondiale, selon une étude récente, c’est même plus de 70 % du plastique récupéré qui est ainsi expédié directement en Chine !

Un ouvrier chinois dans une usine de recyclage des plastiques à Dong Xiao Kou en 2015 (photo © Fred Dufour / AFP)

Sauf que les Chinois commencent à en avoir assez de jouer ce rôle de poubelle du Monde, surtout lorsque la qualité du tri réalisé en Europe, au Japon ou aux États-Unis laisse fortement à désirer. Maintenant que le marché intérieur chinois est suffisamment développé pour produire ses propres déchets en grande masse, les autorités chinoises ont donc décidé de durcir le ton. Dès 2013, la campagne baptisée Barrière verte avait conduit les douanes chinoise à se montrer nettement plus tatillonnes et à contrôler plus soigneusement la qualité des balles de déchets importés à grande échelle.

En juillet 2017, la Chine a ainsi annoncé son intention d’interdire, à compter de janvier 2018, l’importation de 24 types de déchets, principalement des plastiques, papiers et cartons, alliages métalliques ou textiles. Et le 11 janvier effectivement, les autorités chinoises ont publié les nouveaux standards à respecter pour l’importation de déchets. Pour les plastiques, seuls les rebuts issus de la fabrication sont désormais considérés comme acceptables. Du coup, tous les plastiques déjà utilisés et issus des filières de tri ne sont plus les bienvenus…

Destruction par les douanes de déchets illégalement importés dans une zone portuaire de Shenzhen (Chine), en novembre 2016 (photo © AFP / source Le Point)

Une véritable catastrophe pour les Européens et les Américains qui en 2016 avaient expédié en Chine pas moins de 7,3 millions de tonnes de plastique plus ou moins bien triés. C’est toute la filière du recyclage qui se trouve ainsi menacée par cette nouvelle campagne chinoise baptisée Ciel bleu… Dans l’Oregon et dans certaines villes de Floride, les entreprises de collecte et de tri des déchets n’ont ainsi eu d’autre choix que de mettre en décharge la totalité de leur stock de plastique récupéré, voire d’annuler purement et simplement la pratique du tri sélectif, ce qui n’est sans doute pas le meilleur moyen pour convaincre les citoyens de faire un effort pour la planète…

Balle de déchets plastiques triés et compactés en vue de leur recyclage (Centre d’Ivry-sur-Seine / source : écologie sur le web)

En France aussi, on a du souci à se faire car la quantité de déchets plastiques collectés sur le territoire augmente d’année en année, d’environ 2 à 3 %. En 2016, ce sont ainsi 3,4 millions de tonnes de déchets plastiques qui ont été collectées par les centres de tri. Un tiers de cette masse énorme est purement et simplement mis en décharge : dommage pour ceux qui ont fait l’effort de la trier… Une bonne partie du reste permet au moins de produire de l’énergie sous forme de chaleur en étant brûlée dans des fours de cimenteries ou dans des incinérateurs équipés de récupérateurs de chaleur qui alimentent des réseaux de chauffage urbain.

Finalement, seuls 22 % de ces plastiques triés servent effectivement à alimenter les filières de recyclage. Ce pourcentage augmente régulièrement mais reste encore ridiculement faible, très inférieur en tout cas à celui de la moyenne européenne qui s’élève à un peu plus de 31 %. Certes, le Premier ministre a annoncé en juillet dernier que l’objectif était désormais de diviser par deux les déchets mis en décharge et de recycler 100 % des plastiques collectés sur tout le territoire d’ici à 2025. Mais cet objectif ambitieux risque fort d’être bien difficile à tenir, surtout maintenant qu’il ne suffit plus d’expédier dans un bateau les volumes collectés en laissant les Chinois s’en débrouiller…

Stock de plastique à recycler chez Paprec Limay (photo © Laurent Rousselle / L’Usine nouvelle)

Ce pourrait naturellement être l’occasion de développer en France des filières de recyclage. Mais dans ce domaine, le chemin à parcourir parait ardu. La France consomme chaque année 4,5 millions de tonnes de plastique, ce qui représente quand même 1,3 % des 348 millions de tonnes qui ont été produites en 2017 sur la planète (dont 30 % en Chine). Des chiffres qui ne cessent d’augmenter, année après année et qui laissent rêveurs quand on les compare aux 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques qui finissent chaque année dans nos poubelles françaises…

Les 350 000 tonnes de plastique recyclé qui sont utilisés annuellement par les industries plasturgiques en France, l’une des plus développée d’Europe derrière l’Allemagne, ne représentent donc qu’une petite partie de la matière première utilisée, le reste étant directement issu de produits pétroliers bruts, sachant qu’il faut en gros un peu plus d’un litre de pétrole pour produire un kilo de plastique…

Il est bien question d’envisager imposer l’incorporation d’un taux de plastique recyclé plus élevé dans certains produits et il serait assez aisé d’introduire ce type de pratique via une évolution des normes ou dans les cahiers des charges des commandes publiques, par exemple pour le mobilier urbain. Mais il y a fort à parier, en attendant, qu’une part croissante de nos déchets plastiques ne vienne alimenter nos incinérateurs, et tant pis pour l’environnement…

L. V. 

A Rochefort, la maison de Pierre Loti touche le gros lot…

30 août 2018

Pierre Loti dans la pagode de sa maison de Rochefort (photographie d’époque de Dornac)

Qui, de nos jours, lit encore Pierre Loti ? Louis Marie Julien Viaud, de son vrai nom, cet officier de marine élu à l’Académie française en 1891, est mort il y a près d’un siècle en 1923. Entré à l’Ecole navale en 1867, sa carrière l’a amené à sillonner les mers, le conduisant notamment à Tahiti où, en 1872 la vieille reine Pomaré lui donne le surnom de Loti, du nom local d’une fleur tropicale, un nom de plume qu’il utilisera par la suite pour publier de nombreux romans, dont Le roman d’un spahi, Pêcheurs d’Islande ou Ramuncho.

Sa vie militaire l’a notamment amené à participer à la campagne du Tonkin, en 1883, qui ouvre la voie de la France en Indochine et permet au lieutenant de vaisseau Viaud, fraîchement entré à l’Académie Goncourt, de publier le récit détaillé de la prise de Hué dans Trois Journées de guerre en Annam. Deux ans plus tard, il est au Japon où il épouse, dès son arrivée à Nagasaki, par contrat d’un mois renouvelable le temps de son séjour, une jeune autochtone de 18 ans, Okané-San, qui fournira la matière de son nouveau livre Madame Chrysanthème, et pourra ensuite se remarier à un Japonais une fois le contrat échu…

Plus jeune, il avait rencontré, lors d’un passage en Turquie une jeune odalisque, Hatice, rattachée au harem d’un dignitaire turc et dont il avait fait son amante puis l’héroïne d’un autre de ses romans, Aziyadé, avant d’écrire Fantôme d’Orient, quinze ans plus tard, lors d’un autre séjour à Constantinople à la recherche de ce premier amour de jeunesse qui s’était entre temps donné la mort…

L’écrivain Pierre Loti à Pékin en 1900

En 1899, il participe à la guerre des Boxers, une société secrète chinoise qui organise la révolte contre les colons occidentaux et s’engage de nouveau en 1914, alors qu’il est retraité de la Marine nationale, comme colonel de l’Armée de terre, pour participer à la première guerre mondiale aux côtés du général Gallieni.

Un personnage haut en couleurs donc, connu aussi pour ses jugements antisémites à l’emporte-pièce et pour son amitié aveugle envers le monde turc, qui l’a amené notamment à écrire Les massacres d’Arménie, un plaidoyer bien peu clairvoyant déniant toute responsabilité ottomane dans le génocide arménien. Une personnalité à la vie tumultueuse qui laissa une nombreuse descendance, légitime ou non, et suscita moult critiques et rumeurs au long de son parcours aventureux.

La salle Renaissance de la maison de Pierre Loti à Rochefort (source : Maison de Pierre Loti)

Un homme très attaché aussi à sa maison familiale de Rochefort, où il était né en 1850 et qu’il avait agrandie en rachetant plusieurs propriétés voisines. Pierre Loti se plaisait à y donner des fêtes mémorables auxquelles l’actrice Sarah Bernhardt était régulièrement conviée et qui se tenaient dans une vaste salle Renaissance, ornée d’un magnifique plafond à caissons. Outre une salle gothique et une étonnante et austère chambre monacale, cette demeure hors norme se distingue surtout par ses pièces qui rappellent les innombrables voyages exotiques du marin en Orient et en Extrême-Orient, avec une salle chinoise, une chambre arabe et son moucharabieh, un salon turc ou encore une mosquée meublée en partie d’objets provenant d’une mosquée omeyyade du XVIème siècle de Damas.

Vue panoramique de la mosquée dans la maison de Pierre Loti (photo © Morel mapping workshop)

Cédée par la famille en 1969 à la commune de Rochefort, qui l’a transformée en musée municipal, ouvert au public depuis 1973, la demeure de l’écrivain a été classée Monument historique en 1990 mais a dû être fermée en 2012 pour cause de dégradation. Agrandie et transformée sans trop se soucier de la disparition au passage de quelques éléments de murs porteurs, la maison était en effet en triste état, fissurée sous l’effet des mouvements du sol argileux de fondation, attaquée de toute part par des insectes xylophages, et déstabilisée par l’introduction de pièces massives très lourdes dont une monumentale colonne en marbre et le plafond de la mosquée rapporté de Damas.

Le salon turc de Pierre Loti (source : Maison de Pierre Loti)

Le coût des travaux de restauration de la trentaine de pièce qui constituent la maison de Pierre Loti a été évalué à 6 millions d’euros. Un appel au mécénat a été lancé, via la Fondation du patrimoine, en vue de restaurer la collection d’armes, de mobiliers et d’objets métalliques présents dans les locaux. Le reste des travaux devrait être pris en charge à parts égales par l’État et par les collectivités locales dont la Ville de Rochefort, en vue d’une réouverture au public annoncée pour 2023.

La bibliothèque, appelée « chambre des momies » par Pierre Loti (photo © Gozzi)

La seule consolidation du plafond de la mosquée, opération délicate qui suppose la pose d’un châssis et des injections de résine, a été chiffrée autour de 500 000 €. Mais pour ce chantier, Pierre Loti a gagné le gros lot car sa maison fait partie des 18 sites jugés prioritaires qui devraient bénéficier dès cette année du fameux Loto du Patrimoine, lancé à l’initiative de l’inénarrable Stéphane Bern et qui devrait rapporter pas moins de 15 à 20 millions d’euros pour permettre à l’État de restaurer quelques-uns de nos chefs d’œuvre historiques en péril. De quoi justifier le calembour de ce facétieux qui avait un jour adressé à l’officier de marine, écrivain au long cours, un courrier au nom de « Pierre Loto, enseigne de vessie… »

L.V. 

Un designer aux idées lumineuses

14 août 2018

Le designer néerlandais Daan Roosegarde vient encore de faire parler de lui en installant en février 2018 sa fameuse tour dépolluante dans un jardin de la ville polonaise de Cracovie. Le lieu n’a pas été choisi au hasard tant la Pologne se distingue pour abriter 33 des 50 villes européennes où l’air ambiant est considéré comme le plus pollué ! Ce sont les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, basés sur les données mesurées en 2016, qui établissent ce palmarès peu glorieux pour la Pologne, alors même que ce pays est sensé héberger en décembre prochain le prochain sommet mondial sur le climat, la COP 24, dans la ville de Katowice, en bonne place dans ce classement des villes les plus polluées…

La Smog Free Tower installée à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

A Varsovie même, le taux de particules fines dans l’air est jusqu’à dix fois supérieur aux normes européennes dans certains quartiers, et c’est bien pire encore dans certaines villes du sud, en Silésie notamment. Les causes de cette situation catastrophique sont multiples, mais l’omniprésence de l’utilisation du charbon, qui sert à produire plus de 80 % de l’électricité polonaise, en est largement responsable. Plus que les centrales électriques ou les mines de charbon, les principaux émetteurs de particules fines à l’origine de cette pollution chronique sont d’ailleurs plutôt les particuliers qui se chauffent au charbon, voire qui brûlent des déchets pour se chauffer…

La Smog Free Tower en fonctionnement à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

Cracovie n’est d’ailleurs qu’une des étapes européennes de cette Smog Free Tower, mise au point par Daan Roosegarde après un voyage en Chine où il a découvert avec effarement l’impact de la pollution de l’air qui noie les grandes villes dans un brouillard quasi permanent, comme pouvait en connaître la ville de Londres jusque dans les années 1960. Testée initialement à Rotterdam en 2015, cette tour dépolluante est un petit édifice de 7 m de hauteur entouré de volets et qui fonctionne comme un aspirateur géant, capable d’avaler 30 000 m3 d’air par heure.

Grâce à un ingénieux système d’ionisation positive, plus de 75 % des particules fines en suspension dans l’air, PM 10 et PM 2,5 (c’est-à-dire dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 2,5 micromètre) sont retenus avant restitution de l’air purifié. Et, cerise sur le gâteau ou intuition poétique géniale, les particules solides ainsi collectées sont compressées pour en faire des bagues, vendues sous le joli nom de Smog Free Ring, à 250 € pièce. Chaque bague ainsi créée est constituée d’environ 1 million de particules fines de carbone et rencontre, paraît-il, un succès fou comme bague de mariage !

Installée à Pékin depuis 2016, la Smog Free Tower a ensuite fait une tournée triomphale dans l’empire du Milieu, notamment à Shanghai et à Tianjin, cette dernière se classant, selon l’OMS, à la quatrième place des grandes villes mondiales les plus polluées, derrière Dehli, Le Caire et Dhaka (au Bengladesh). Un beau succès en tout cas pour ce designer néerlandais hors norme, nommé il y a trois ans Young Global Leader au Forum économique de Davos et qui se définit lui-même comme un « hippie avec un business plan ».

Le designer néerlandais Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Un hippie qui a bien la tête sur les épaules en effet et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin, lui qui collectionne les distinctions et se sent investi d’une véritable mission pour rendre la ville de demain plus vivable. Il travaille déjà, avec son équipe à miniaturiser sa Smog Free Tower pour pouvoir en installer une sur le guidon de chaque cycliste, et il œuvre en parallèle avec la NASA pour purifier l’espace des nombreuses épaves flottantes qui l’encombrent.

Avant son invention emblématique destinée à lutter contre le smog urbain, notre designer qui considère que « le design, ce n’est pas juste inventer une chaise ou une lampe de plus, le design, c’est d’abord améliorer la vie ! » et qui multiplie les conférences dans le monde, s’était déjà fait remarqué en 2014 par sa conception d’une « autoroute intelligente » aux Pays-Bas.

La smart highway conçue par Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Le revêtement de cette smart highway présente la particularité de se recharger avec la lumière du soleil durant la journée, et à la nuit venue se pare d’un marquage au sol lumineux de couleur verte, offrant aux conducteurs une meilleure visibilité et une sécurité optimale tout en minimisant les coûts de fonctionnement et ceci pour un investissement initial minime. Même les plaques de verglas sont rendues fluorescentes pour les signaler aux automobilistes, tandis que des diodes sensibles aux courant d’air s’allument sur les bas-côtés au passage des voitures.

Piste cyclable éclairée à la manière de Van Gogh par le designer Daan Roosegarde (source © Dezeen)

Un concept appliqué ensuite aux pistes cyclables qui scintillent de mille feux grâce à une peinture phosphorescente activée par le rayonnement solaire. Une invention révolutionnaire, qui évoque furieusement la fameuse Nuit étoilée du peintre Van Gogh et qui permet aux cyclistes de rouler de nuit sur une piste cyclable parfaitement éclairée. De la techno-poésie à l’état pur…

A quand la diffusion de ces nouvelles inventions lumineuses dans nos villes ?

L.V. 

Totalitarisme numérique : Pékin montre la voie…

23 avril 2018

Depuis quelques semaines, tous ceux qui gèrent de près ou de loin des données numériques n’ont que cet acronyme à la bouche : RGPD. Ce qui signifie bien sûr, comme chacun l’aura deviné, règlement général pour la protection des données. Un nouveau règlement européen qui entrera en vigueur simultanément dans tous les pays de l’Union européenne le 25 mai 2018, et que les parlementaires français s’efforcent d’examiner en urgence en vue de sa transposition dans le droit français.

Ce nouveau corpus réglementaire, qui abroge la directive de 1995 sur les données personnelles, nécessite en effet d’adapter la loi dite Informatique et liberté, adoptée en 1978 et révisée en 2004. Il permettra de conforter les droits individuels par rapport à leur fichage informatique, avec un niveau d’information plus élevé et la création d’un droit à l’effacement pour ceux qui souhaitent voir leurs données personnelles retirées de certains fichiers.

Un dessin de François Cointe

Il vise aussi à alléger certaines formalités administratives en matière de déclaration des fichiers auprès de la CNIL, la Commission nationale informatique et liberté, en favorisant un contrôle a posteriori assorti de lourdes sanctions financières pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros voire 4 % du chiffre d’affaire mondial, de quoi faire trembler Facebook et Google

Tous les acteurs publics qui gèrent des fichiers contenant des données personnelles vont devoir en tout cas se mettre à la page en commençant par désigner un délégué à la protection des données qui sera le garant de la bonne mise en œuvre de cette nouvelle directive plus exigeante en matière de protection des données individuelles, et tout particulièrement celles dite sensibles, car concernant les orientations politiques, religieuses ou sexuelles d’une personne, voire les données à caractère médical, judiciaire ou ethnique.

Un dessin de Denis Boutant (source © Les Echos Publishing Experts infos – 2017)

Et pendant ce temps-là, les Chinois non seulement ne s’embarrassent pas de ce type de précautions, mais sont en train de mettre en place une situation de totalitarisme numérique à côté de laquelle celle imaginée par le romancier Georges Orwell dans son célèbre roman d’anticipation 1984, passe pour une aimable bleuette.

Ainsi que l’a révélé le Washington Post fin 2016, le Parti communiste chinois a développé un système, dit de « crédit social » permettant de collecter de manière systématique les données personnelles des 1,4 milliards d’habitants du pays, afin de noter ces derniers. Le dispositif est des plus simples et relève du flicage classique mais appliqué à une échelle jamais imaginée jusqu’alors.

Un dessin de Gros, publié dans Marianne le 6 avril 2018

Monsieur Li, citoyen lambda, se risque à griller un feu rouge. Au vu des millions de caméras qui fleurissent à chaque coin de rue, ce n’est guère prudent et le voilà qui perd 50 points sur son compte individuel, initialement crédité de 1000 points. Pour peu qu’il oublie de payer l’amende dans les délais, c’est encore 100 points en moins… Si de surcroît il se permet d’aller consulter sur internet des sites qui ne sont pas du goût du gouvernement, voire d’acheter via internet des livres qui ne s’inscrivent pas dans la ligne du parti, sans même aller jusqu’à dialoguer avec des citoyens considérés comme opposants au régime, voilà son crédit de points qui s’effrite dangereusement.

Et Monsieur Li s’aperçoit alors qu’il n’est plus autorisé à voyager en première classe où à acheter un billet d’avion pour un séjour à l’étranger. La promotion qu’il attendait depuis des années est brusquement refusée, il n’a plus accès au crédit immobilier et ses enfants qui ambitionnaient d’intégrer une université reconnue voient leur inscription rejetée.

Le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, désormais élu à vie (photo © Michael Clement – RIA Novosti/Camera Press/Redux)

Il ne reste plus d’autre solution à Monsieur Li pour récupérer des points lui permettant de retrouver une vie sociale normale, qu’à aller sur les sites officiels pour approuver bruyamment les dernières réformes du gouvernement et de son chef bien aimé, Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine depuis 2013 et désormais assuré depuis la toute récente modification de la constitution adoptée le 17 mars 2018, de rester à vie à ce poste.

Avec un tel système, on se doute bien que de toute façon il ne doit plus grand-chose avoir à craindre d’éventuels opposants. Selon l’agence de presse Chine nouvelle, ce dispositif qui se met en place progressivement jusqu’en 2020, permettra dès le 1er mai prochain, de bloquer l’achat par les citoyens les moins bien notés, d’un billet d’avion ou de train.

La base de données gigantesque qui se constitue ainsi sera alimentée par les fichiers de l’administration, les banques, les hôpitaux, les réseaux de caméras de surveillance urbaine à reconnaissance faciale mais aussi par les plateformes privées qui gèrent les réseaux sociaux et les sites d’achat en ligne. Un dispositif imparable de contrôle social qui devrait permettre de traquer le moindre comportement déviant et transformer le peuple chinois en un troupeau de moutons, aussi conformistes que dociles.

De quoi réaliser le vieux rêve de Mao Tsé-toung qui plaçait le « contrôle de la pensée » au cœur de son système politique, et de quoi donner des idées à bien d’autres dirigeants dans le monde…

L.V. 

Grande braderie sur les aéroports français !

4 avril 2018

L’affaire avait fait un peu de bruit à l’époque : en avril 2015, l’État avait vendu à un consortium chinois 49,9 % des parts qu’il détenait sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Ni les protestations du collectif qui s’était formé pour tenter d’empêcher cette privatisation du troisième aéroport régional français, ni même l’affaire rocambolesque de la disparition temporaire de l’homme d’affaires qui servait d’intermédiaire n’avait pu empêcher que la vente se fasse, laissant un arrière-goût de gâchis.

A l’époque, le consortium bénéficiaire de l’opération, regroupement du groupe étatique chinois Shandong High Speed et du fonds d’investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management avançait masqué derrière une société écran de droit français créée pour l’occasion sous le nom de Casil Europe, avec un capital dérisoire de 10 000 euros seulement, et l’intermédiaire désigné pour piloter le rachat, un certain Mike Poon, avait pris la fuite au cours des négociations car, selon Le Monde, son nom apparaissait dans une affaire de corruption où il était mis en cause suite à une enquête touchant la China Southern Airlines.

L’homme d’affaire Mike Poon devant le Capitole de Toulouse en avril 2015

Une affaire ténébreuse à souhait et qui aurait pu inciter Bercy à davantage de prudence. Mais l’appât du gain et le besoin de cash étaient les plus forts et rien n’a pu alors faire fléchir la volonté du ministre de l’économie d’alors, un certain Emmanuel Macron. Pour apaiser les craintes, Bercy répétait alors à l’envie qu’il n’avait pas la moindre intention de céder aux Chinois les 10,01 % d’actions lui restant en propre, et ceci alors que le contrat prévoyait explicitement la possibilité pour ces derniers de s’en porter acquéreurs dans un délai de 3 ans, qui s’ouvrira donc très prochainement, le 18 avril 2018.

A l’approche de cette échéance, l’inquiétude monte chez les actionnaires locaux qui se partagent les 40 % restant de l’aéroport et qui risqueraient donc de se retrouver minoritaire face aux Chinois si Bercy donne suite à la cession de ses dernières parts. Une inquiétude d’autant plus justifiée que le discours du nouveau ministre de l’économie, Bruno Le Maire, laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, lui qui répondait en ces termes sur le sujet en octobre 2017 suite à une interpellation d’un député : « Ce qui compte au final n’est pas de savoir si l’aéroport est public ou privé, mais qu’il puisse avoir de l’activité et des investissements afin de rester moderne et innovant. L’État conserve d’autres moyens d’intervention : les normes, les règles et la distribution des créneaux pour les compagnies aériennes ».

Un dessin de Na !

Certes, mais de là à laisser un consortium chinois prendre le contrôle de la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac qui a franchi l’an dernier le cap des 9 millions de passagers par an et dont une activité importante est liée à la présence d’Airbus Industrie, voilà qui nous éloigne fortement du rôle d’État stratège auquel les Français sont habitués.

D’autant que le bilan de l’exercice 2016 a laissé un goût amer aux autres actionnaires minoritaires, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse (qui détient 25 % des parts), le Département de Haute-Garonne, la Région et la Métropole (à raison de 5 % chacun). A l’instigation de Casil Europe, ce sont en effet 100 % des bénéfices (soit la bagatelle de 5,8 millions d’euros) qui ont été redistribués aux actionnaires, lesquels se sont de surcroît partagés le trésor de guerre accumulé depuis des années, soit 15 millions d’euros dont la moitié est donc revenue aux Chinois, lesquels expliquent benoîtement que ce « pillage de réserves » n’est que le juste retour sur investissement normal, histoire de récompenser les investisseurs qui ont le bon goût de vouloir investir en France…

Une telle pratique de prédateur qui relève davantage de la recherche du rendement immédiat que de la logique d’intérêt général en vue de développer les infrastructures à long terme, pourrait d’ailleurs amener Bercy à revoir sa stratégie quant à la cession des dernières parts qui lui restent. Mais rien n’est moins sûr, d’autant que le consortium chinois exprime désormais son souhait de se désengager, le tout dans une ambiance pour le moins délétère puisque le président du Directoire, Jean-Luc Vernhes a été débarqué par les Chinois en septembre dernier et que la présidente du Conseil de surveillance, l’ex-ministre Anne-Marie Idrac, vient d’annoncer qu’elle quittera ses fonctions en mai prochain.

L’aéroport de Nice, privatisé en 2016, malgré l’opposition de Christian Estrosi

Et pourtant, cette expérience pour le moins malheureuse, suivie par la privatisation en 2016 des aéroports de Lyon-Saint-Exupéry (où les parts de l’État ont été cédées à Atlantia et EDF Invest) et de Nice (vendu au consortium Vinci – CDC – Predica), n’empêche pas Bercy de continuer à travailler activement au désengagement de l’État dans d’autres structures, et en particulier Aéroports de Paris dont il détient 50,8 % des parts qu’il envisage très sérieusement de céder à Vinci pour 8 milliards d’euros, lequel Vinci est déjà actionnaire minoritaire à hauteur de 8 %. Une opération qui rappelle furieusement la privatisation des autoroutes préparée en 2006 par Dominique de Villepin et dont une bonne moitié (ASF et Cofiroute) avait déjà atterri dans l’escarcelle de Vinci.

Aéroport de Paris, un magot qui fait saliver Vinci… (photo © Dominique Faget / AFP)

Une opération des plus profitables pour le groupe de BTP, qui n’avait alors déboursé en tout et pour tout que 7,5 milliards d’euros. Douze ans plus tard et alors que la durée de sa concession ne cesse de s’allonger, négociation après négociation, Vinci a déjà engrangé au moins 10 milliards d’euros du fait de l’exploitation de ce réseau autoroutier, une belle culbute sachant que la valeur de ce même réseau est désormais estimée à 16,5 milliards d’euros net de dettes : on se demande bien pourquoi l’État toujours en mal de liquidités a pu laisser partir au privé une telle poule aux œufs d’or…

On peut comprendre dans ces conditions que le groupe de BTP, devenu entre-temps le quatrième opérateur mondial de plateformes aéroportuaires rêve de refaire la même opération avec Aéroports de Paris, dont les plateformes ont franchi en 2017 le cap des 100 millions de passagers, affichant une croissance de 4,5 % par an, et qui détient pas moins de 66 km2 de foncier en plein cœur de la région francilienne, de quoi bâtir des centaines de milliers de mètres carrés de bureaux et de logements, promesses de juteux bénéfices pour un opérateur comme Vinci.

Augustin de Romanet, PDG d’Aéroports de Paris (photo © Eric Piermont / AFP)

Le président d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, a beau tempêter : « Vous serez comptables devant l’Histoire d’avoir fait la même connerie qu’avec les autoroutes ! », nul doute qu’après l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, voilà un joli lot de consolation qui devrait réjouir Xavier Huillard, le PDG de Vinci !

L.V. 

Échangeur routier ou casse-tête chinois ?

24 novembre 2017

Vue aérienne du centre de la paisible bourgade de Chongqing

Située dans la zone montagneuse du Sichuan, en bordure du Yangzi Jiang, un peu en amont du barrage des Trois-Gorges, la ville chinoise de Chongqing, dont l’agglomération regroupe quelque 12 millions d’habitants, à un ou deux millions près, fait partie de ces zones urbaines en pleine expansion.

En 2010, le gouvernement y a lancé la construction d’une zone économique de 1200 km² qui s’étend entre le fleuve Yangzi Jiang et la rivière Jialing. Les capacités d’accueil de l’aéroport ont été multipliées par cinq et le linéaire des lignes de métro par six. Huit ponts supplémentaires ont été construits pour traverser les deux voies navigables qui drainent de la ville. En Chine, quand on parle d’aménagement du territoire, on ne fait pas les choses à moitié…

Quelques-uns des ponts construits sur le Yangzi Jiang à Chongqing

Et bien entendu, le réseau routier destiné à desservir une telle conurbation tentaculaire, surnommée « ville brouillard » en raison de sa pollution chronique légendaire, s’est considérablement développé. En 2009 a ainsi été entrepris la construction d’un gigantesque échangeur routier situé au croisement d’une multitude de voies qui desservent globalement huit directions, parmi lesquelles l’île de Guangyang, l’aéroport international de Chongqing Jiangbei, le pont du Grand Temple du Bouddha, le pont Chaotianmen, Danzishi, Sigongli et la zone du jardin du thé.

L’échangeur routier de Huangjuewan

Il a fallu pas moins de huit années de travaux pour mener à bien un chantier aussi titanesque et l’ouvrage qui en résulte, finalement mis en service le 29 mai 2017, est pour le moins effrayant ! Cet échangeur, au nom imprononçable de Huangjuewan, qui rassemble au total 15 bretelles différentes, superpose en effet pas moins de cinq voies de circulation dont la plus haute culmine à 37 mètres au dessus du sol. Une vidéo diffusée par l’Express permet de se faire une petite idée de l’ouvrage.

Un véritable entrelacs de routes qui se croisent dans tous les sens comme un plat de spaghettis géants et qui a de quoi faire peur à l’automobiliste le plus aguerri. Un vrai cauchemar en tout cas pour les GPS les plus sophistiqués qui risquent d’avoir bien du mal à se repérer dans cette superposition de voies en tous sens…

Mais pas de panique : il paraît que si on se trompe de sortie il est possible de revenir au point de départ en moins de 10 mn. Voilà qui devrait rassurer les automobilistes de passage pas encore totalement familiarisés avec ce drôle d’échangeur quelque peu intimidant…

L.V.  

Chine – Inde : vers une guerre imminente ?

18 août 2017

Dessin de Lounis

Va-t-on assister à un nouveau conflit armé entre ces deux géants mondiaux que sont l’Inde et la Chine ? Alors que tous les yeux sont rivés sur la Corée du Nord et les menaces fantasques de son dirigeant Kim Jong-un, un autre conflit frontalier probablement autrement dangereux est en train de se développer dans la région himalayenne, entre le monstre économique et militaire chinois et son voisin indien, dirigé par l’ultra-nationaliste Narendra Modi.

Le contexte est d’autant plus tendu que tout laisse penser que l’Inde affiche désormais un taux de croissance économique supérieur à celui de la Chine, tandis que sa population, désormais estimée à 1,32 milliards d’habitants aurait, selon les derniers chiffres disponibles, d’ores et déjà dépassé celle de son redoutable voisin chinois, probablement plus proche de 1,28 milliards malgré les affirmations de la propagande officielle. Cette rivalité démographique n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le revirement idéologique affiché récemment par les autorités chinoises qui, après avoir longtemps imposé une politique familiale répressive de l’enfant unique, encouragent maintenant ouvertement la natalité.

Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping à Tachkent en juin 2016 (Photo PTI)

Les échanges économiques entre les deux pays restent fortement déséquilibrés puisque les exportations chinoises vers l’Inde représentent plus de 60 milliards de dollars par an, six fois plus que celles des Indiens vers la Chine. Mais la Chine développe fortement ses échanges avec le Pakistan, ennemi héréditaire de l’Inde, dans le cadre de la politique très offensive menée par Xi Jinping, à la tête de la deuxième puissance économique mondiale, tandis que l’Inde s’est sentie poussée des ailes suite au rapprochement opéré depuis une quinzaine d’années avec les États-Unis.

Toujours est-il que la tension monte entre les deux géants. La raison de cette discorde ? De vieux conflits frontaliers jamais réglés et qui ont déjà occasionné une guerre en 1962, qui a fait plus de 3000 morts côté indien et près de 900 côté chinois. A l’époque, la Chine conquérante de Mao Zedong, après avoir purement et simplement annexé le Tibet en 1951, pénètre au Ladakh en 1959.

L’armée chinoise en manœuvre au Tibet

L’armée populaire de libération engage alors la construction d’une route permettant de relier une partie de ce territoire himalayen indien, l’Aksai Chin, à la province chinoise du Sinkiang. La guerre est déclenchée par la Chine en octobre 1962 et la plupart des soldats indiens qui défendent ces territoires montagneux sont massacrés ou faits prisonniers. Un mois plus tard, l’armée chinoise, sous la pression américaine mais aussi soviétique, se retire des territoires occupés, à l’exception de l’Aksai Chin qu’elle conserve. Depuis, le climat entre les deux voisins reste tendu avec de multiples conflits frontaliers sporadiques, qui dégénèrent parfois en combats à l’artillerie comme en 1967.

Et voilà qu’en juin de cette année, l’armée chinoise se met en tête de construire une nouvelle route militaire sur le plateau de Doklam situé aux confins du Bouthan, un petit royaume inféodé à son voisin indien et qui fait office d’État tampon entre les deux grandes puissances. Pour l’Inde, la menace est évidente car une telle route militaire permettrait d’amener à pied d’œuvre blindés et combattants chinois à proximité de son point faible, connu localement sous le doux nom de « cou de poulet ».

Carte de la zone frontalière (infographie : source blog de Philippe Fabry – Historionomie)

Cet étranglement de 20 km de largeur que constitue le corridor de Siliguri, coincé entre les frontières du Népal et du Bengladesh, est en effet hautement stratégique pour l’Inde puisqu’il permet de relier au reste du pays l’ensemble des territoires du Nord-Est, totalement enclavés par ailleurs, y compris ceux de l’Arunal-Pradesh qui avaient été déjà envahis par la Chine en 1962 et que les Chinois continuent de revendiquer ouvertement. L’invasion de ce corridor signifierait pour l’Inde la perte quasi inéluctable de ces vastes territoires s’étendant au nord-est du Bengladesh.

Il va donc de soi que l’armée indienne ne pouvait rester indifférente à une telle incursion et s’est donc immédiatement déployée sur ce plateau de Doklam. Depuis, les deux armées se font face, dans un contexte particulièrement tendu où la moindre étincelle menace de mettre le feu aux poudres.

Soldats chinois et indien gardant le poste frontière de Nathu, au nord-ouest de l’Etat du Sikkim, en Inde (photo © Diptendu Dutta / AFP)

La guerre des communiqués fait rage, chacun intimant à l’autre l’injonction de se retirer immédiatement du territoire litigieux. « Il est plus aisé d’ébranler une montagne que de faire reculer notre armée » a ainsi affirmé le porte-parole de l’armée chinoise sur un ton martial. Le paisible Bouthan, théâtre malgré lui de ces gesticulations nationalistes, prend quant à lui l’affaire avec philosophie, à l’image de ce député de l’opposition qui déclare : « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich… »

Il est bien difficile à ce stade de deviner jusqu’où se poursuivra cette escalade, d’autant que l’on signale en parallèle d’autres escarmouches entre les armées indiennes et chinoises, survenues cette semaine près du lac Pangong, à la frontière entre le Ladakh et le Tibet. L’intransigeance chinoise fait cependant craindre le pire, l’armée de libération populaire semblant en effet prête à en découdre, convaincu de sa suprématie militaire. La guerre du Bouthan aura-t-elle lieu ?

L.V.

Croisière autour du monde : 23ème escale

27 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux globe-trotters sont en Chine où ils ont fait une première escale à Shangaï, avant de débarquer à Hong Kong.

Le skyline ultra moderne

Dimanche 26 mars :

C’est avec, une fois de plus, un ciel gris que nous avons visité Hong Kong. Décidément, dans cette partie du monde, le printemps a bien du mal à s’installer…

Cette ville, très cosmopolite et depuis longtemps, a été rendue à la Chine par la Grande Bretagne en 1997. Elle jouit toujours d’un statut particulier, une sorte de semi indépendance : monnaie différente (le dollar de Hong Kong), conduite à gauche (comme du temps des Anglais), et démographie débridée (par opposition à la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine)…

La ville est juchée sur un territoire minuscule et pentu. Les gratte-ciel se serrent les uns contre les autres, les rues sont étroites et tortueuses, la circulation y est difficile et les ralentissements nombreux.

Vue du sommet de Victoria Peak le QE 2 est en plein centre à droite de la tour en forme de doigt

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Centre commercial

J’ai pour ma part éprouvé une impression d’étouffement, avec partout des grappes de gens agglutinés, des files d attente pour commander un café… Il est vrai que la densité de la population est supérieure à celle de Monaco !

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Nous avons repris notre technique d’excursion semi-guidée. Nous avons ainsi vu successivement le parc avec sa végétation tropicale superbe, le point culminant, Victoria Peak, et la vue admirable sur la baie (ça aurait été encore plus beau avec un ciel bleu, mais bon….), la plage de Repulse Bay, plage artificielle dont le sable a été importe à grands frais de Chine et qui est protégée par un filet anti requin et, enfin, un marché dans un lacis de petites rues pittoresques où on trouve de tout : fruits, fleurs, objets artisanaux, soies, vêtements, copies de tableaux plus ou moins réussies …

Sur la plage de Repulse Bay

De retour au bateau, nous avons pris le thé dans la grande tradition : sandwiches de pain de mie, scones avec confiture de fraise et crème et serveurs en gants blancs !

Le spectacle du soir nous a permis d’entendre un Chinois, natif de Mongolie, qui joue d’un instrument admirable mais très peu connu en Occident, le dulcimer qu’on appelle aussi cymbalum en Europe de l’Est. Il a interprété beaucoup de classique mais aussi du rag time et des airs orientaux, une très belle soirée !

Hong Kong by night

Voilà, il n’est pas loin de minuit et je vais devoir vous dire à tous !

Annie

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Chinoiseries en verre et contre tous

1 octobre 2016

En Chine, on n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié. Quand il a fallu préparer les Jeux olympiques de Pékin, plus de 6 000 familles ont été délogées entre 2002 et 2007, selon les chiffres officiels, pour faire place nette aux nouvelles infrastructures à construire. Et gare aux récalcitrants : une avocate de 47 ans, Ni Yulan, avait ainsi écopé de 2 ans de prison en 2008 pour « obstruction à l’ordre publique » après qu’elle ait tenté de s’opposer à la destruction de sa maison par un promoteur immobilier. Lors de son interpellation, elle avait été frappée à la tête par un ouvrier qui lui avait asséné un violent coup de brique mais les autorités l’avaient accusée d’avoir elle-même agressé l’équipe chargée de la démolition de son logement.

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

A Pékin, l’extension progressive de la ville s’est d’abord traduite par l’expulsion de près d’un million de paysans installés en proche périphérie, mais désormais ce sont les quartiers historiques du centre ville qui sont rasés les uns après les autres pour céder la place aux tours de bureaux, hôtels de luxe et immeubles de standing, et tant pis pour ceux qui y logent.

Lorsqu’il s’agit de détourner ou de barrer le lit des fleuves, les Chinois n’y vont pas non plus avec le dos de la cuillère. Ainsi, pour la construction du gigantesque barrage des Trois-Gorges sur le Yangsi Jiang, ce sont pas moins de 1,4 millions d’habitants qui ont été déplacés et environ mille villes et villages qui ont été rayés de la carte pour laisser la place à cet ouvrage titanesque dont la capacité de stockage est évaluée à 39 milliards de m³, soit près de 3000 fois celle du barrage de Serre-Ponçon !

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT  GETTY OUT / AFP)

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT GETTY OUT / AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

En Chine désormais, on ne recule devant rien. On a ainsi appris récemment qu’un tronçon de la Grande Muraille de Chine, un des plus beaux datés du XIVème siècle et classé au Patrimoine mondial de l’humanité, avait été purement et simplement recouvert de béton sur 8 km en 2014 ! Le bureau des Reliques culturelles du comté de Suizhong où se situe la portion concernée affirme qu’il a reçu pour cela l’approbation de l’administration chinoise du Patrimoine culturel, tout en concédant que le résultat final est « fort laid ». C’est le moins qu’on puisse dire en effet…

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Rien de tel en revanche pour une autre réalisation architecturale chinoise qui a fait récemment le buzz et qui montre que l’Empire du Milieu peut aussi se risquer à une certaine transparence. Il s’agit en effet du plus long pont de verre du monde, conçu par l’architecte israélien Haim Dotan et inauguré le 20 août 2016, une immense passerelle piétonnière de 430 m de longueur qui enjambe des gorges spectaculaires dans les montagnes de Zhangjiajie au centre de la Chine. Culminant à 300 m de hauteur, cette passerelle est supposée pouvoir accueillir simultanément 800 personnes malgré son tablier en verre.

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Pour éprouver sa solidité, les premiers visiteurs étaient d’ailleurs invités à tenter de briser les plaques de verre à grands coups de masse, attestant ainsi au monde entier que les Chinois n’ont vraiment pas froid aux yeux !

Ces ponts de verre font partie des réalisations spectaculaires dont les Chinois raffolent. Une autre passerelle en verre de 100 m de longueur, accrochée en surplomb d’une falaise à plus de 300 m au dessus du vide a aussi été ouverte aux visiteurs en août 2016, dans les monts Tianmen, au sud-est de la Chine.

Le pont de verre de Shiniuzhai

Le pont de verre de Shiniuzhai

Une autre passerelle en verre, également chinoise et inaugurée en septembre 2015, détenait déjà le précédent record de la plus longue du monde avec 300 m de long et 180 m de hauteur. Implantée entre deux pics dans le parc géologique de Shiniuzhai, situé dans la province du Hunan, elle remplace un ancien pont de bois mais sa traversée exige le port de chaussures de protection spéciale, ce qui laisse penser que ses concepteurs ont davantage de doute sur sa résistance au piétinement : pas très rassurant…

En matière de structures en verre, les Chinois viennent encore de frapper un grand coup, ne reculant devant rien pour exposer aux yeux du monde entier la suprématie écrasante de leur technologie. C’est en effet encore dans ce pays que vient d’être mis en service le plus gros téléscope du monde, le « Five-hundred-meter Aperture Spherical Telescope », FAST pour les intimes. Construit en un peu plus de 5 ans seulement, il est destiné tout simplement à rechercher dans l’espace des signes de vie extraterrestre.

Téléscope FAST de Tianyan

Téléscope FAST de Tianyan

Ses 500 m de diamètre surpassent très sensiblement la taille du plus gros téléscope en service à ce jour, celui de l’Observatoire Arecibo à Puerto Rico, dont le diamètre ne dépasse pas 300 m. Baptisé modestement Tianyan, « l’oeil du paradis », il est constitué de pas moins de 4 450 panneaux réflechissants et sa construction a coûté la bagatelle de 180 millions de dollars. Pour pouvoir capter en toute sérénité le moindre signal en provenance de l’univers, il importe naturellement que l’installation bénéfice d’un silance radio absolu sur au moins 5 km à la ronde. Pour cela, là encore, les Chinois n’ont pas lésiné, n’hésitant pas à expulser de la zone plus de 8 000 habitant répartis dans 8 villages malencontrusement situés un peu trop près de l’oeil du Paradis : pas de chance vraiment…

L.V.  LutinVert1Small