Posts Tagged ‘Associations’

La conférence sur les mondes lointains se rapproche…

19 février 2018

Vous qui avez toujours voulu tout savoir sur les mystères de l’univers et la découverte des mondes lointains grâce aux télescopes géants, ne manquez pas la prochaine conférence du Cercle progressiste carnussien, déjà annoncée ici et qui se tiendra cette semaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 22 février 2018 à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, rue Tony Garnier.

C’est Jean-Gabriel Cuby, astronome au Laboratoire d’astrophysique de Marseille et spécialiste de l’observation spatiale à l’aide des télescopes géants, qui animera cet échange et qui retracera l’histoire de l’observation de l’Univers ainsi que celle des recherches les plus récentes dont la construction en cours du télescope européen le plus grand du monde, dans le désert d’Atacama au Chili.

Ne manquez pas ce petit moment d’évasion vers les univers lointains qui nous entourent. Comme à l’accoutumée, l’accès à cette conférence est libre et gratuit, dans la limite des places disponibles, et les échanges avec le conférencier seront suivis d’un apéritif convivial.

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Dépenses scolaires de Carnoux : un joli tour de magie !

24 janvier 2018

Le dernier bulletin municipal de Carnoux-en-Provence, qui porte le n°50, fait preuve d’un bel effort de pédagogie dont la municipalité n’est pas coutumière et qu’il convient donc de saluer à sa juste valeur. La luxueuse « revue trimestrielle gratuite » (car payée par le contribuable), dans laquelle la binette du maire n’apparaît que 11 fois en 32 pages (un petit score par rapport à certaines éditions précédentes), contient en effet pas moins de 4 pages grand format sur papier glacé et soigneusement illustrées en couleur qui détaillent les « moyens matériels, humains et financiers de premier ordre » que la commune consacre à l’enfance dans le cadre d’une « politique éducative qui vise l’excellence ».

L’exercice est remarquable de clarté et confirme en effet que la commune de Carnoux consacre à la petite enfance et aux affaires scolaires (une des rares compétence encore du ressort des communes) une part importante de son budget. On y apprend ainsi que la gestion des 59 places de la crèche municipale, confiée à l’association Carnoux Avenir, qui n’est qu’un faux nez de la mairie, est financée à hauteur de 223 609 € par la commune alors que la participation des parents, de l’État et de la CAF ne dépasse pas 101 k€ : un geste social admirable, tout à l’honneur de la municipalité.

Les activités péri et extra-scolaires sont également plutôt bien loties puisque la commune prend en charge globalement plus de la moitié des dépenses pour un montant cumulé de l’ordre de 240 k€ tandis que les familles et la Caisse d’allocation familiale participent chacun pour sa part à hauteur d’environ 100 k€.

Un extrait du Messager n°50

A cela s’ajoutent les frais de scolarité pour les 592 élèves de maternelle et du primaire qui fréquentent le groupe Frédéric Mistral et pour lesquels la commune dépense annuellement 960 k€ en frais de personnel (hors enseignants qui sont, rappelons-le, pris en charge par le budget de l’Education nationale), entretien et fonctionnement des locaux, mais aussi fournitures scolaires et animations diverses. Un budget non négligeable et que beaucoup d’autres communes à commencer par Marseille aimeraient bien avoir à leur disposition pour choyer autant leurs enfants scolarisés. On ne saura pas en revanche combien verse la commune pour ses enfants qui sont scolarisés sur des communes voisines et combien elle perçoit dans la situation inverse, alors que ces montant sont loin d’être négligeables.

Et ce n’est pas tout puisque la commune dépense également 213 k€ par an pour la cantine scolaire, chaque repas servi étant subventionné à hauteur de 3,81 € tandis que les parents ne payent que 3,01 €.

La brochure municipale ne précise pas à quel exercice budgétaire correspondent ces chiffres et on est bien en peine de le savoir puisque la commune ne publie pas son budget sur son site d’information. On peut supposer néanmoins qu’ils sont issus du compte administratif 2016. En revanche, le texte précise que le montant total des dépenses de la commune pour les « activités de la petite enfance et enfance jeunesse » s’élève à 2 011 500 €, ce qui représente 36,49 % du budget de fonctionnement de la commune qui s’élèverait donc à un peu plus de 5,5 millions d’euros. On ne retrouve pas, loin s’en faut, le chiffre de 6,5 millions d’euros qui avait été annoncé par La Provence pour la section de fonctionnement, lors du vote du budget primitif en avril 2016, mais on n’ira pas chercher la petite bête…

D’autant que l’analyse s’agrémente d’un magnifique camembert bariolé qui montre la part de chacun des postes énumérés précédemment dans le budget de fonctionnement de la commune. On retrouve bien la part des 960 k€ de frais de scolarité qui représentent en effet 17,4 % des dépenses communales annuelles de fonctionnement tandis que les 223 k€ dépensés pour la petite enfance correspondent à un peu plus de 4 % de ces mêmes dépenses.

Pour le reste, les chiffres annoncés laissent davantage perplexes. Alors que le coût net pour la commune de la restauration scolaire est annoncé à 213 k€, les pourcentages indiqués font en réalité état d’une dépense annuelle quasiment double dont on comprend que la part supportée par les familles n’a pas été déduite. Une présentation logique en comptabilité publique puisque la participation des parents ne vient pas en déduction des dépenses de fonctionnement mais sous forme de recette supplémentaire. Sauf que la qualité pédagogique de la démonstration en est pour le moins écornée… Et bien entendu, il en est de même pour les dépenses péri et extra-scolaires dont la part dans le budget de fonctionnement de la commune est ainsi allègrement renforcée par les participations financières des familles et de la CAF.

Un joli tour de passe-passe comptable qui permet d’annoncer fièrement que le montant total des dépenses engagées par Carnoux pour nos enfants s’élève à plus de 2 millions d’euros annuellement alors qu’en réalité le coût pour la commune se limite à 1,6 millions. La différence, qui représente quand même près de 400 000 €, correspond à la participation financière des parents pour la restauration scolaire mais aussi pour les activités péri et extra-scolaires, ainsi qu’aux subventions versées par la CAF pour ces dernières activités.

Bien entendu, loin de nous l’idée qu’une telle présentation relèverait de la manipulation puisqu’elle est parfaitement conforme aux règles de la comptabilité publique. Il n’en reste pas moins que l’exercice aurait mérité d’être présenté de manière un peu plus rigoureuse aux habitants de Carnoux. Mais ne boudons pas notre plaisir : pour une fois que la municipalité fait un réel effort de pédagogie et de transparence !

L.V.  

Katulu ? s’ouvre à tous

17 janvier 2018

La séance publique organisée le 7 décembre 2017 par le club de lecture KATULU ?, composante du Cercle Progressiste Carnussien, consacrée à la présentation de romans traitant de la tolérance, a été un beau succès qui a permis à de nombreux Carnussiens de découvrir ce club de lecture ouvert à tous et qui se réunit tous les mois.

Un article publié dans La Provence le 19 décembre 2017

Cinq romans ont été à l’honneur de cette séance, présenté chacun par une lectrice qui a permis de toucher la sensibilité du public en lisant et en commentant des extraits de ces œuvres, témoignages autobiographiques, parfois violents voire cruels mais profondément humains. Un échange très fort avec le public qui a permis de mettre en valeur la nécessité de bienveillance, d’indulgence et d’ouverture à ceux qui pensent ou vivent d’une manière différente, définissant ainsi la tolérance comme « un désir d’humanité ».

Les cinq ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie Le Préambule installée à Cassis.

Une belle soirée d’échange, clôturée par un apéritif convivial partagé avec tous. Une séance qui en appelle d’autres et qui a été également l’occasion de recueillir des dons pour l’Association française contre la myopathie dans le cadre du Téléthon 2017.

Extrait de la revue municipale de Carnoux Le Messager n°50

Un engagement de Katulu ? qui s’est prolongé le lendemain, toujours dans le cadre des animations du Téléthon organisés à Carnoux, par la tenue d’un stand pour vendre des livres d’occasion.

Les remerciements de l’AFM Téléthon remis à Katulu ?

Des activités largement relayées par la presse locale et qui ont permis de recueillir plus de 200 € de dons reversés à l’AFM Téléthon.

M.M.

Tolérance, rêve ou réalité, désir d’humanité

15 janvier 2018

Une rencontre de Katulu ? À l’occasion du Téléthon 2017

Dans le monde d’aujourd’hui le point d’interrogation suite à « désir d’humanité » semblerait s’imposer. Mais avec beaucoup de rêve et d’optimisme nous avons choisi de l’affirmer : la tolérance est un désir d’humanité.

L’humanité se flatte de tolérance, pourtant elle offre mille visages à l’intolérance. Les livres présentés à Carnoux par le cercle de lecture Katulu ?, ce 7 décembre 2017, dans le cadre d’un partenariat avec l’AFM à l’occasion du Téléthon, comme les équilibristes sur le fil, oscillent entre les deux.

L’intolérance, c’est le refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances ou d’opinions différentes des siennes. Le sujet va jusqu’à persécuter ceux qui les soutiennent.

La tolérance c’est l’attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres, l’attitude de quelqu’un qui fait preuve d’indulgence à l’égard de ceux à qui il a à faire.

Que ce soit l’intolérance des intégrismes qui secouent le monde à notre époque, l’intolérance de l’esclavage qui fut le mal des siècles passés (sans oublier ses survivances d’aujourd’hui) ou bien les maux plus « sociétaux » que sont l’homophobie ou la maltraitance des enfants, toutes ces intolérances sont abordées dans les 5 ouvrages proposés mais tous nous assurent de notre humanisme fait de lutte, de résistance, d’idéal et autant de victoires et de conquêtes de la Tolérance.

Homophobie et maltraitance

Cécile nous a entraînés dans le nord de la France, en Picardie, dans un milieu ouvrier avec « En finir avec Eddy Bellegueule » d’Édouard Louis. Vous y verrez qu’il ne fait pas bon être trop raffiné, trop différent, dans une famille nombreuse où un garçon se doit de vibrer pour le football et ne saurait prendre plaisir à porter les vêtements de sa sœur !

« La démesure » de Céline Raphaël a été évoquée par Josette. Nous nous retrouvons dans un milieu bourgeois où un père intransigeant veut faire de sa petite fille une grande pianiste de concert, ce qui était, vous n’en serez pas surpris, le rêve du père lui même, qu’il va tenter de réaliser par l’intermédiaire de son enfant. Nous serons, dans ce roman autobiographique, face au visage affreux de l’intolérance portée à son comble et allant jusqu’à la maltraitance.

La séance publique de Katulu ? le 7 décembre 2017

Intolérance d’hier et d’aujourd’hui : esclavage, intégrismes

Roselyne, a parlé d’un roman sur la créolité : « l’esclave vieil homme et le molosse » de Patrick Chamoiseau. Cet auteur, né à Fort de France, a obtenu le Prix Goncourt en 1992. le livre présenté aujourd’hui a été publié en 1997. Nous sommes avec cet ouvrage « dans les îles à sucre » que sont la Guadeloupe et la Martinique, à l’époque de l’esclavage.

Nicole, quant à elle, a présenté un roman qui a obtenu le Prix Goncourt des lycéens en 2013 « Le 4ème mur » de Sorj Chalandon. Sorj Chalandon est écrivain et journaliste à Libération et au Canard enchaîné. Peut on raisonnablement, monter la pièce « Antigone » d’Anouilh, cet hymne à la tolérance, dans un Liban déchiré par la guerre, la guerre qui représente pour Chalandon, la violence et l’intolérance poussées au paroxysme ? C’est ce que deux amis, Georges et Sam vont expérimenter dans le sang et les larmes.

Enfin nous sommes resté au Liban avec Antoinette et le livre de Darina Al Joundi : « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » où comment une jeune fille élevée de manière libérale finit par se retrouver en hôpital psychiatrique suite à la montée des intégrismes déchaînés par la guerre.

Le texte complet de ces notes de lectures est accessible (TexteSeance). En voici un bref résumé :

En finir avec Eddy Bellegueule

Édouard Louis

Eddy Bellegueule est le véritable patronyme de l’auteur, qui, soumis à de fortes pressions, change finalement son nom pour celui de Edouard Louis Ce court roman raconte l’enfance et la jeunesse de ce jeune Picard, membre d’une famille pauvre de 5 enfants. Pauvre, la famille l’est, tant financièrement que sur le plan social et culturel. Pour son malheur, Eddy est différent des autres enfants : plus doux, plus raffiné…

L’auteur Édouard Louis (photo © John Foley)

Toute la souffrance de cet enfant lui viendra de cette différence et de ces « manières » que le père, en particulier, juge efféminées. Dans ce milieu là, l’homosexualité est rejetée comme une tare profonde, une honte. Il va donc passer son enfance et sa jeunesse à souffrir de ce rejet autant dans sa famille, qu’à l’école et au village et à essayer de « devenir un dur ». Il prend conscience qu’il est différent. Une seule solution pour lui : fuir.

L’écriture est précise, incisive, rapide, violente. L’auteur explique l’objectif de ce livre : « La violence est partout, tout le temps, dans les discours qui assignent à chacun une position, tu es un transfuge, tu restes à ta place, tu es une femme, tu restes à ta place de femme, tu es un Juif, un Arabe, un Noir, un homosexuel, toutes les interpellations nous assignent. Dès notre venue au monde, nous sommes enserrés dans le discours des autres. Le nom en est une preuve : c’est une identité imposée par autrui. C’est précisément cette question que je veux poser en littérature, faire de cette violence un espace littéraire ».

Cécile

La démesure : soumise à la violence d’un père

Céline Raphaël

Céline Raphaël est l’auteur de ce livre passionnant, documentaire écrit en 2012 à partir d’une histoire vraie dont le but est de faire reculer la maltraitance des enfants. Écrit sobrement sans pathos ni hystérie, ce roman représente l’exemple même de l’intolérance au quotidien ! Le père ne supporte pas que sa fille ne se consacre pas totalement à son art. Intolérance par rapport à l’autre qui devient objet ! Céline est née dans un milieu non seulement aisé mais également d’un bon niveau culturel. Le lecteur est choqué d’une telle cruauté en famille, inimaginable dans un tel milieu.

D’une exigence extrême, le père, la soumet à une vie infernale (privations, coups, violences de tous ordres) pour qu’elle devienne une pianiste de musique classique exceptionnelle, pour être l’artiste prodige dont il aurait pu s’enorgueillir et qu’il n’avait jamais réussi à devenir dans sa jeunesse !

L’auteur, Céline Raphaël (photo © Louise Allavoine / Babel)

Daniel Rousseau pédopsychiatre cité dans cet ouvrage analyse : « L’enfant se trouve alors empoisonné par l’ivresse des fruits de son succès, ce qui le fait s’identifier au bonheur du bourreau et participer à la jouissance du maître qui engrange ses dividendes narcissiques » Mais cette vie d’enfer, de tant de souffrances et d’horreur devint un jour intolérable à supporter et malgré la honte et la peur de dénoncer son bourreau elle accepta de tout révéler à une infirmière scolaire. La peur que son père ne l’aime plus s’apaise

Après un signalement à la justice le père fut reconnu « coupable de violences sur mineur de moins de 15 ans et écopa de 2 ans de prison et 3 ans d’injonction de soins ». Grâce à une volonté, un courage et une abnégation hors du commun, par un travail acharné, elle poursuivit des études contre vents et marées jusqu’ à ses années de médecine. Alors qu’elle était épuisée, anorexique et malheureuse, elle réussit brillamment à ses examens ! Sa souffrance, elle a voulu la transcender et en tirer un bien qu’elle donne à l’autre.

Josette J.

L’esclave vieil homme et le molosse

Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau est un auteur prolifique qui, à la suite d’Aimé Césaire et comme son ami Edouard Glissant prône la conservation des cultures, la protection de l’imaginaire des peuples et en particulier de la créolité. « Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc, ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel ».

L’auteur, Patrick Chamoiseau (source : Babel)

Ce petit roman poétique marie savoureusement le français le plus stricte au créole le plus imagé. Avec l’habileté d’un grand D.J. il réalise un mix fluide au service non pas de la coexistence mais de la cohérence des deux cultures des îles-à-sucre. Sept mouvements développent sa symphonie, sept chapitres souvent d’une violence intolérable, adoucie par le son des paroles et le rythme de la phrase.

C’était au temps de l’esclavage, quand les bateaux négriers ramenaient d’Afrique des cargaisons humaines pour les vendre aux maîtres-békés. L’homme y a perdu jusqu’à son nom ; il a celui donné par le maître. De sa lignée, ne lui reste que son nombril, il a tout oublié et n’a rien demandé.

Le molosse. Ce chien a voyagé dans les mêmes conditions que le vieil esclave. Lui aussi acheté au prix fort par maître-béké, fut enfermé en enclos grillagé entre la Grand-Case et la Sucrerie, puis nourri de chair fraîche, dressé à la chasse aux fugitifs par le maître qui en a fait un monstre ! Seul le vieil homme esclave lui jetait un regard.

Puis une nuit, le vieil homme gagna le couvert des grands bois ! « L’hurlade du molosse se met à défaire le domaine ». Le vieil homme avance en aveugle dans le murmure d’une forêt hallucinatoire le chien à ses trousses. Il tomba dans un trou, un trou d’eau, une source marécageuse aux vapeurs soufrées. Le molosse arrive et s’embourbe à son tour. Univers fantasmagorique où chacun lutte pour sa survie ; blessures, sursauts, vaillance. C’est la croisée des chemins : pour le vieil homme va s’ouvrir un autre monde. Il pense « Je suis un homme » et près de lui le molosse apaisé lèche ses plaies. « Il ne prenait pièce goût. C’était l’unique geste qui lui était donné ». Quand le chien réapparu, le maître ne le reconnut pas : il était tranquille, « presque mol. Alors le maître pleura sur son monstre perdu. Et un espace de doute s’ouvrit en lui ».

Roselyne

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Où il y a humanité, il y a intolérance. Voici donc l’homme… Cet être imparfait qui rêve parfois d’être un héros, et ce, au prix de sa propre vie en se nourrissant d’intolérances assumées ou secrètes ou inavouées. L’auteur illustre à sa façon le destin de l’homme, en transposant la tragédie d’Antigone à notre époque, tantôt oscillant entre la tentation d’un ordre à la Créon ou à l’intransigeance d’une Antigone.

Son roman nous raconte l’histoire de Georges, un jeune homme né en 1950 et mort en 1983. Lorsqu’il est étudiant à Paris Georges baigne dans les milieux de Gauche, fait du théâtre dans les usines. Il se lie d’amitié avec Samuel dont il fera son frère. Samuel est Grec, de religion juive et son rêve à lui était de faire la paix au Liban en montant cette pièce d’Anouilh. C’est ce rêve de Samuel qui conduira Georges au pays des cèdres.

L’auteur, Sorj Chalandon

Ainsi la pièce d’Anouilh nourrit S. Chalendon des questions existentielles. Dire non ou s’accommoder ? Colère ou Pardon ? Révolte ou Résistance ? Tolérance ou Intolérance ? Antigone ? Cette petite rebelle morte pour avoir jeté un grain de poussière sur une loi d’airain, elle ressemble à Georges. Antigone c’est notre courage, notre obstination mais aussi notre perte. Antigone ou le reflet de nos guerres intimes, de nos conflits intérieurs, nos intolérances envers nous-mêmes, nos hontes, nos fiertés. Antigone serait Georges qui ne s’autorise pas à la légèreté, au bonheur de vivre avec Aurore, sa femme, et sa fille. Il les quittera pour défendre un idéal.

Et même si la poésie n’arrête pas vraiment la guerre car le soldat a « tiré sur les lueurs d’espoirs, sur la tristesse des hommes, sur l’or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur » l’homme continuera d’admirer « la beauté de ce sol, le tourment de ce ciel ». Il nous fait voir les cascades, les cèdres, les hommes, les femmes, cœurs de pierre ou de miel. Et même si le théâtre a été rattrapé par la guerre, même si Georges assassiné est aussi assassin, même si le réel s’est invité en mêlant comme dit Anouilh « ceux qui croyaient une chose avec ceux qui croyaient le contraire (.) morts pareils » on n’oubliera pas de sitôt ce Georges, son chant douloureux de dignité, de souffrance, de fragilité, son sens de la fraternité qui n’empêche pas le crime. Au bout de sa jambe qui saigne, de son corps qui meurt il a su entendre et nous faire entendre la douleur des autres, il a dit non à l’intolérance. Il défie son ennemi en mourant kippa sur la tête et clef de Jaffa à la main… DEBOUT.

Nicole

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter

Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi

La pièce est devenue un livre avec l’aide de Mohammed Kacimi qui a posé les mots justes sur l’histoire terrible de Darina Al-Joundi, avec sa force de vie et son humour ravageur. Ce récit, très émouvant, est celui de la vie d’une jeune fille devenant une femme libre, Darina, dans une société stigmatisée par les normes sociales et religieuses, dans un Liban en guerre. C’est le témoignage de survivance de la narratrice qui porte en elle la violence du chaos vécu, ainsi qu’une réflexion générale sur la liberté.

Darina Al-Joundi

Darina Al Joundi nous entraîne dans l’atrocité du quotidien de la guerre civile des années 80 au Liban. Elle nous livre son regard sur l’histoire récente de son pays qui voit la montée des extrémismes religieux, la faillite des mouvements de gauche, la défaite des véritables laïcs. Selon Mohammed Kacimi « la vie roman de Darina dit combien est vulnérable la liberté de la femme, qui restera à jamais une langue étrangère aux yeux de l’homme ».

Pour écrire ce « roman d’une vie », la comédienne a repris ses souvenirs année par année. – L’enfance : « Une fête permanente. Nos parents nous apprenaient les sens de la beauté. Les poètes les journalistes, les militants frappaient toujours à la porte… » – L’adolescence dans la guerre qui transforme en loups les bourreaux et les victimes. Mais Darina, veut vivre comme le lui a appris son père, en étant libre de ses choix. Pour atteindre la liberté, elle se prête avec excès à de multiples expériences, pressée par le temps, convaincue qu’elle allait « mourir d’une seconde à l’autre ».

La narratrice commence son récit le jour de l’enterrement de son père, alors que l’armée israélienne vient juste d’évacuer le Sud-Liban après vingt ans d’occupation et que les maisons bombardées fument encore. La jeune fille s’enferme seule dans la chambre où gît le cadavre, recouvert d’un linceul blanc. Elle arrache la cassette qui débitait un chant coranique et, à la place, met du Nina Simone, conformément aux sentiments de son père, son héros, qui interdisait à ses filles de prier et de jeûner. Un coup d’éclat qu’elle paiera très cher…

Dans cet environnement de non droit, la guerre du Liban, qui régularise la mort, la narratrice nous livre la vérité de son être dans son immense fragilité et son irréductible force. Les mots sont crus, émouvants ou drôles. Le résultat est un livre saisissant poignant touchant au cœur et inoubliable.

Antoinette

Cercle, vous avez dit cercle ? Pourquoi ?

15 décembre 2017

Quand il s’est agi en 2001 de nommer notre association, c’est le terme de « cercle » qui fut choisi en référence au patronyme de nombreuses associations nées du désir de sociabilité au milieu du XIXème siècle dans notre région, Provence et Pays Niçois, ainsi qu’en Gascogne.

Le Cercle républicain à Gordes fondé en 1912 (source : atlas obscura)

Ces cercles, autrefois appelés aussi « chambrées », se sont constitués différemment selon leur localisation, citadine, périurbaine ou rurale, et aussi selon les valeurs qui les sous-tendent : républicaines (en opposition aux réactionnaires, royalistes ou dévots), de bienfaisance, religieuses, culturelles, corporatistes et économiques ou encore liées à une origine commune comme c’est le cas du Cercle Garibaldi fondé par des travailleurs sardes des (ex-)chantiers navals de La Ciotat. On peut ainsi trouver plusieurs cercles au sein d’une même commune avec une distinction à la fois géographique et idéologique. Ainsi à Fuveau, situé en haut près de l’église, on trouve le Cercle St-Michel créé en 1877 qui promeut la culture et la tradition provençale et, en bas, le Cercle Philarmonique qui depuis 1835 développe une éducation musicale et instrumentale.

Le point commun entre toutes ces associations est la solidarité manifestée d’abord entre membres, qui se concrétise par la création de coopératives et de mutuelles d’aide, puis tournée aussi vers les habitants du village ou de la ville.

Le Cercle des Travailleurs à Roquefort-La Bédoule

A Roquefort-La-Bédoule, il existe toujours le Cercle républicain des Travailleurs. Comment s’est-il constitué ? Deux ans après l’adoption de la constitution de 1875 qui renforçait la République, les libertés et la démocratie, les monarchistes et les cléricaux ligués contre la IIIème République naissante, créèrent le Cercle catholique des ouvriers (cercle qui fait partie de ceux que l’on nomme les cercles blancs). Cela conduisit alors républicains et démocrates du même lieu à s’établir en association de défense de la jeune République. Ainsi naquit en 1879 le Cercle républicain (classé parmi les cercles rouges) qui s’implanta au plus près des usines à La Bédoule, alors hameau de Roquefort.

Brochure éditée en 2014 par le Pays d’art et d’histoire de la Provence Verte (source DRAC)

Dans le Haut-Var, subsistent des cercles à visées coopératives (alimentaires et vinicoles) et économiques pour la plupart installés dans des salles attenantes à des bars, dont les activités sont maintenant orientées vers des organisations de fêtes, de jeux (pétanque) et de loisirs comme la chasse, la pêche ou la musique.

Les cercles constituent des associations qui souvent faute de locaux dédiés, requièrent de la bonne volonté conjuguée à une passion certaine. Elément de l’idéal républicain, le cercle constitue une réponse toute simple au fait d’individualisme et à l’esprit de liberté qui caractérise le Provençal.

Créé en 2001 avec le statut d’association Loi 1901, le Cercle Progressiste Carnussien s’inscrit dans ce droit fil. Il est porteur des valeurs de la société citoyenne et de toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Par ses activités, il s’attache à :

  • favoriser l’information, la participation et les rencontres entre citoyens,
  • créer des lieux permanents de débats relatifs à l’évolution de la Société, tant sur les aspects sociaux, culturels, éducatifs, économiques que sur les grands enjeux planétaires,
  • développer la démocratie participative.

Le Cercle de l’Union à Auriol (source : Pierre Chabert – « Rouges » et « Blancs » : Cercles en Provence)

Quant à l‘idée de progrès, elle est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières (XVIIIème siècle) qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissances dotant les êtres humains des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d’Ancien Régime …et cela demeure une acception valide !

Le progressisme à l’heure actuelle s’attache à défendre des idéaux comme l’égalité entre les humains, quels que soient leurs origines, leurs nationalités et leur sexe, ainsi que la laïcité. Dans le domaine économique, il défend les valeurs sociales et écologistes. Philosophiquement, les courants progressistes prônent l’humanisme et le rationalisme. En quelques mots, progressiste s’oppose à réactionnaire.

Les cercles en Provence constituent un ensemble d’assemblées et de lieux où la transmission de savoirs se conjugue avec le sens de la convivialité. Cercles Républicains, de l’Union, des Travailleurs, de la Renaissance ou Progressistes, ce sont tous des exemples vivants de sociabilité.

Michel Motré

Références :

Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence, 2006

Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.

Téléthon à Carnoux : Katulu ? s’engage !

26 novembre 2017

Le groupe de lecture Katulu ?, actif à Carnoux depuis maintenant une dizaine d’année, et désormais rattaché à l’association Le Cercle Progressiste Carnussien, se réunit tous les mois pour échanger autour de livres lus ou relus récemment par ses membres, dans un esprit des plus convivial. De brefs compte-rendus de ces discussions et de ces impressions de lectures sont diffusés régulièrement sur ce blog, à défaut de pouvoir être mis à disposition de ceux qui fréquentent la médiathèque municipale.

En septembre 2016, à l’occasion du Jubilé de Carnoux, Katulu ? avait organisé avec un certain succès une séance publique autour du thème de l’exil, permettant de faire découvrir ou redécouvrir cinq livres ayant trait à ce sujet douloureux.

Une belle expérience renouvelée en mars dernier avec l’invitation de Marie-France Clerc venue présenter en public son ouvrage intitulé Cinq zinnias pour mon inconnu, une « fiction où tout est vrai », quelque peu autobiographique et centrée sur l’histoire récente de l’Ukraine. Là aussi, une belle occasion d’échanger autour d’un livre et avec son auteur en toute convivialité, pour rappeler à quel point la littérature peut rapprocher et être source d’enrichissement mutuel.

A l’occasion du prochain Téléthon pour lequel la municipalité de Carnoux s’engage traditionnellement en mobilisant son très riche tissu associatif, Katulu ? et le CPC ont donc répondu présents et proposé d’organiser une nouvelle rencontre publique autour de cinq livres qui tous évoquent, d’une manière ou d’une autre la notion de tolérance et d’humanité. Cinq ouvrages très différents les uns des autres, de par leur style et leur vision, qui donnent à voir des regards divers sur la part d’humanité présente en chacun de nous…

Des Antilles au Liban, des champs de cannes à sucre à ceux de betteraves du plateau picard, des décors très différents pour des histoires singulières d’êtres humains confrontés à l’intolérance. Surmonter les traumatismes de l’enfance ou construire un rêve de fraternité autour d’une scène de théâtre dans un monde en guerre, autant d’expériences humaines qui poussent chacun à réfléchir sur le regard que nous portons sur les autres et la manière de vivre en société.

Cette séance publique de Katulu ?, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, intitulé « Tolérance rêve ou réalité, un désir d’humanité », se tiendra le jeudi 7 décembre 2017 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en plein centre de Carnoux, derrière la mairie, en haut de la rue Tony Garnier. Amoureux des livres, curieux ou simplement citoyens s’interrogeant sur la complexité des rapports humains, venez nombreux échanger autour de ce thème avec les membres de Katulu ?,

Et le surlendemain, samedi 9 décembre, à partir de 17h, Katulu ? et le Cercle Progressiste Carnussien seront également présents sur un stand installé dans la salle du Mont Fleuri pour proposer à la vente pour des sommes modiques, des livres d’occasions au bénéfice de l’Association française contre la myopathie AFM Téléthon à qui sera reversée l’intégralité de la recette. Là aussi, n’hésitez-pas à venir nous rejoindre sur le stand et à feuilleter les nombreux ouvrages qui seront présentés. Amis des livres, à très bientôt !

L.V.  

A rebours de l’Histoire, un nouvel État pied-noir ?

7 novembre 2017

Décidément, ce début du XXIe siècle connaît un bien inquiétant renouveau des crises identitaires. Alors que les Kurdes revendiquent la création d’un nouvel État dans le nord de l’Irak et que les Catalans cherchent à sortir du giron espagnol, voici que les Pieds-noirs eux-mêmes, ces Français d’origine européenne installés en Afrique du Nord et chassés par la décolonisation, veulent faire reconnaître leur propre État et viennent de constituer un « gouvernement provisoire pied-noir en exil » à cette fin.

Près de soixante ans après les déclarations d’indépendance des pays du Maghreb, il peut sembler incroyable que certains soutiennent ce type de position qui paraît aller totalement à rebours de l’Histoire, d’autant que les références historiques sur lesquelles s’appuie ce mouvement identitaire sont la Convention de Montevideo, adoptée en 1933 sous l’égide de la défunte Société des Nations, et la création en Palestine d’un foyer national juif, rendue possible par la déclaration Balfour en 1917.

Il est vrai que la mémoire des Pieds-noirs, en particulier pour ce qui concerne les rapatriés d’Algérie, est restée vive depuis la signature des accords d’Evian en 1962 et que nombre d’associations s’emploient à entretenir ce souvenir, y compris parmi les jeunes générations nées sur le territoire métropolitain. Les Carnussiens sont bien placés pour le constater avec en particulier ce curieux appendice de la médiathèque municipale Albert Camus privatisé par l’association Carnoux Racines et qui sert de lieu d’archivage pour différents documents rappelant le passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un espace mémoire qui aura bientôt un concurrent direct puisque le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), qui recueille lui aussi depuis 1974 des archives sur cette même période, est en train de voir aboutir son projet de Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du nord.

Pose de la première pierre du futur Conservatoire à Aix le 6 octobre 2017 (source © Philippe Tortora / Le Pertuisien)

Un temps imaginé dans les locaux du fort Saint-Jean à Marseille, c’est finalement à Aix-en-Provence tout près de la maison du Maréchal Juin que sera érigé ce futur édifice dont la première pierre vient d’être posée, le 6 octobre 2017, en présence de tout le gratin des responsables politiques du cru, dont Maryse Joissains, Martine Vassal et Renaud Muselier.

Ce conservatoire qui se veut le dépositaire de la mémoire de la présence française en Algérie, Tunisie et Maroc, sera constitué d’un silo pour le stockage des archives et d’un vaste bâtiment de trois niveaux destiné à l’accueil du public et aux salles de consultation et de conférence.

Un projet architectural ambitieux dont le coût a été estimé à 4,6 millions € et qui sera très largement financé sur fonds publics par les collectivités territoriales, à raison de 900 000 € du Département des Bouches-du-Rhône, autant de la Région PACA, 500 000 € de la Métropole et 750 000 € de la commune qui met en outre le terrain à disposition gratuitement, démontrant s’il en était besoin l’audience politique dont bénéficie localement la communauté pied-noir.

Maquette du futur Conservatoire à Aix (document © CDHA, publié dans La Provence)

De là à ce que les Pieds-noirs obtiennent de la part des Nations-Unies leur reconnaissance comme peuple à part entière comme certains l’ont proclamé le 12 octobre dernier à Marseille, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Peut-on d’ailleurs vraiment parler d’un « peuple pied-noir » puisque c’est le terme qui est utilisé pour désigner cette communauté qui comprendrait, selon ses représentants de l’ordre de 5 millions d’individus dont environ 3,5 millions seraient citoyens et résidents français ?

Selon les termes de « l’État pied-noir en exil », ce « peuple » s’est « enraciné en Afrique du Nord, depuis le deuxième siècle avec l’arrivée de juifs venus de Palestine, au 16ème siècle par l’exode d’Espagnols et au 19ème siècle par la pénétration de Français, d’Italiens et de ressortissants de tous les peuples de la Méditerranée ». La définition est quelque peu alambiquée et à tout le moins sélective : pourquoi intégrer dans cette communauté des Juifs venus de Palestine au IIe siècle et pas les descendants des cohortes romaines qui ont occupé cette région au moins depuis la troisième guerre punique et jusqu’au IVe siècle après J.-C. ?

S’il s’agit des différents envahisseurs étrangers qui ont à un moment ou un autre occupé une partie de l’Afrique du Nord, pourquoi ne pas prendre aussi en compte les descendants des troupes de Barberousse, dont on dit qu’il était d’origine grecque ou albanaise et qui s’est emparé d’Alger en 1516 ? Ou des janissaires ottomans qui ont conservé une emprise sur cette région jusqu’en 1881 ?

Christian Shembré, président du parti Pied-noir, Me Pierre Courbis, secrétaire général du mouvement Pied-noir génération, et Jacques Villard, cofondateur du Cercle algérianiste (photo © Cyril Dodergny)

En tout cas, affirmer que ce « peuple pied-noir » a été victime d’un « génocide » comme l’affirme sans sourciller le communiqué de l’État pied-noir relève sans aucun doute de l’inexactitude, et ceci quel que soit le niveau de compassion que l’on peut avoir pour ces populations prises dans le tourment de l’Histoire et arrachées brutalement au cadre de vie qui était le leur, parfois depuis plusieurs générations. Le fait que ce groupe ait été « injustement et illégalement spolié de ses biens immobiliers et mobiliers » au moment des indépendances ne souffre pas de contestation, mais cela n’en fait pas pour autant un « peuple » au sens juridique et ne peut cacher le fait que les populations indigènes aient elles-mêmes souffert de spoliation au moment de la colonisation de leur territoire, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron, alors en campagne, n’avait pas hésité à évoquer la notion de « crime contre l’humanité » à ce sujet, au prix d’une vive polémique.

Drapeau de la Fédération des deux rives

Ce peuple qui peut difficilement se revendiquer comme tel, est-il vraiment légitime vouloir s’ériger en État ? C’est en tout cas ce que prétend ce groupuscule qui porte cette démarche depuis plus d’un an maintenant et qui s’est donc réuni le 20 septembre 2017 dans un restaurant de Lattes, près de Montpellier, pour acter la constitution de ses instances représentatives. Le nouvel État revendiqué, a donc pris le nom de « Fédération des deux-rives » et est présidé par un certain Pierre Granès, astrophysicien de son état. Une assemblée nationale formée de 35 membres s’est auto-désignée, présidée par Christian Schembré, président montpelliérain de l’Association pour la promotion du peuple pied-noir, et président du parti pied-noir, créé à Marseille en 1999. Un gouvernement provisoire a été constitué, composé de 13 ministres. Il est dirigé par Jacques Villard, cofondateur, en 1973, du Cercle algérianiste, et qui fait office de porte-parole.

Réunion le 20 septembre 2017 à Lattes officialisant la revendication de reconnaissance du peuple pied-noir (source © Fédération des deux rives)

Ce « gouvernement en exil », une formule qui résonne étrangement de manière assez gaulienne, se présente pour l’instant comme sans territoire. On pourrait croire qu’il revendique celui des pays maghrébins d’où il a été chassé par les mouvements de décolonisation. Mais curieusement ce n’est pas le cas puisque les porte-paroles du mouvement mettent plutôt en avant leur souhait d’acquérir des terrains privés dans le Sud de la France voire en Italie afin d’y implanter leur nouvel État. On ne voit pas très bien comment une telle acquisition pourrait permettre juridiquement à ce nouvel État autoproclamé d’y édicter ses propres législations, à moins qu’il ne s’agisse que d’une galéjade, à l’instar de la République Indépendante de Figuerolles, fermement ancrée à La Ciotat depuis plus de 50 ans…

L.V. 

Un jardin se crée à Carnoux !

16 octobre 2017

Depuis des années, beaucoup de Carnussiens s’interrogeaient sur l’avenir de l’arboretum planté dans les hauts de Carnoux, juste à côté du cimetière. Cette parcelle municipale, autrefois occupée par un éphémère circuit automobile et où il avait été un temps évoqué l’idée d’y creuser un bassin nautique, avait été le support d’un projet séduisant porté par le Lion’s Club et qui consistait à y planter des espèces d’arbres variées dédiées à chaque naissance de nouveaux Carnussiens.

Une des stèles de l’arboretum, désormais dans le périmètre du jardin

Entièrement financé par la section locale du Lion’s Club et inauguré en 2006 par le maire de la commune, le projet a nécessité de remblayer l’ensemble de la parcelle avec plus d’1 m de terre pour espérer y voir prospérer des arbres, tous plantés en grandes pompes et assortis chacun d’une superbe stèle en béton portant fièrement une plaque gravée au nom des nouveaux nés du mois, devenant ainsi parrains et tuteurs de l’arbre. Une bien lourde responsabilité pour ces jeunes Carnussiens car, malgré les énormes quantités de terre rapportée (en réalité, des déchets de démolition lestés de blocs de béton et de plaques de goudron), le soin apporté à la mise en terre des arbres dans une grosse motte et malgré le réseau de goutte-à-goutte installé à grands frais sur tout le terrain, les pauvres arbres ont eu bien du mal à survivre au-delà de quelques années.

Le spectacle de désolation qu’offre depuis quelques années ce dernier espace encore vierge de Carnoux a incité quelques habitants de la ville à initier fin 2016 et après avoir visionné le film documentaire « Demain », réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, l’idée d’y créer un jardin collectif ouvert aux habitants de Carnoux, dans un esprit collaboratif et pédagogique. Fortement soutenu par Sophie Gébelin, adjointe en charge de l’environnement, le projet a fait l’objet d’un questionnaire diffusé en février 2017 à l’ensemble des associations de Carnoux afin de recueillir l’avis des habitants et évaluer leur potentiel souhait d’y participer.

La bonne surprise est venue du taux de réponse remarquable reçu à ce questionnaire puisque plusieurs centaines de familles se sont manifestées pour exprimer leur intérêt. Une association intitulée « Un jardin se crée à Carnoux-en-Provence » a donc été fondée dans la foulée et déclarée en Préfecture en mars 2017. La commune a accepté de laisser gratuitement à l’association, via une convention, la jouissance de quelques centaines de mètres carrés à titre expérimental, ainsi que la possibilité de se brancher sur le réseau de distribution d’eau qui irrigue déjà les arbres.

Quant au Lion’s Club, enthousiasmé par l’idée de redonner une deuxième vie plus verdoyante à cette parcelle en triste état, il a accepté d’accompagner financièrement le projet, ce qui a permis au petit groupe de volontaires d’acheter du grillage pour protéger le futur jardin contre les intrusions de sangliers et de mettre en place un système automatisé d’arrosage par goutte-à-goutte. Et ensuite, chacun s’est retroussé les manches pour commencer à aménager la future parcelle.

Le jardin en cours d’aménagement

Vu la nature des remblais qui la recouvrent, il n’était bien évidemment pas envisageable d’y semer directement radis et salades. L’association, qui souhaitait d’emblée s’inspirer d’une approche de type permaculture, a donc privilégié la culture sur buttes fertilisées à long terme par l’enfouissement de quantités importantes de matière organique sous forme de bois et déchets végétaux. Il s’agit bien sûr de cultiver sans intrants chimiques, en favorisant les associations culturales et en limitant le travail de labour.

Dès le printemps, le petit groupe de pionniers s’est donc retrouvé régulièrement les vendredis après-midi sur la parcelle pour l’aménager progressivement et constituer les premières buttes de culture à vocation expérimentale. Vus l’exiguïté du terrain alloué et la nature du sol a priori peu favorable au maraîchage, il n’était pas possible d’ouvrir trop largement l’association dès le départ, au risque de créer rapidement désillusion et découragement.

Et cet été, les résultats ont été à la hauteur des espérances avec de belles récoltes de tomates, de pommes de terre et de basilic en particulier. Il y a bien eu une tentative d’effraction (alors que la porte du jardin n’est pas fermée !), sans doute un peu de cueillette sauvage et surtout beaucoup de picorage des tomates par des pies affamées et des escargots gloutons, mais l’expérience a montré qu’il était tout à fait envisageable de poursuivre le maraîchage sur le plateau de l’Anguila malgré les conditions pédoclimatiques sans doute pas très optimales.

L’association s’est réunie le 29 septembre 2017 pour tirer un premier bilan de cette saison expérimentale, ce qui a permis d’intégrer quelques familles supplémentaires mais pour l’instant il n’est pas encore question d’étendre la superficie concédée par la commune.

Vue des nouvelles buttes aménagées le 14 octobre 2017

C’est donc toujours dans le même enclos que tous les sympathisants et volontaires se sont réunis ce samedi 14 octobre pour une journée de travail collectif qui a permis de remodeler largement une bonne partie de la parcelle. Quatre nouvelles buttes ont ainsi été aménagées, trois arbres fruitiers et plusieurs arbustes ont été plantés, le tout dans la bonne humeur, l’entraide et la convivialité !

L’aventure du jardin collectif expérimental de Carnoux se poursuit…

L. V. 

Cancale : un accueil contre vents et marées

5 octobre 2017

Cancale, paisible cité côtière bretonne de 5 400 habitants, vient de vivre une expérience très forte et passablement déstabilisante en accueillant par deux fois des groupes de réfugiés. En 2015, son maire, Pierre Yves Mahieu, LR tendance gaulliste, exprime son accord pour héberger une famille de réfugiés dans sa commune. Le projet avorte mais quelques mois plus tard, en janvier 2016, ce sont les services de l’État qui le sollicitent pour mettre en place, dans les locaux d’un ancien hôpital gériatrique en cours de désaffection, un CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation pour migrants) destiné à héberger des migrants de Calais.

Pierre-Yves Mahieu, maire de Cancale, avec un réfugié soudanais (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Le maire prend une semaine pour réfléchir seul, lister les arguments pour ou contre, ce qui, dans un premier temps, l’amène à refuser. Une discussion avec le préfet finit cependant par le convaincre d’accepter, mais il pose ses conditions, réclame des garanties de la part de l’État et exige que les migrants « auront quitté Cancale avant la fin du mois de juin, avant la période touristique », ainsi qu’il l’expose auprès des reporters de Breizh-info.

Il va alors partager l’idée du projet autour de lui, en commençant par ses adjoints et les responsables communaux de la sécurité et des services sociaux. Chacun est invité à mettre sur la table toutes les questions susceptibles de bloquer la réalisation de l’accueil. Aucune inquiétude ou peur ne doit rester sans réponse face à l’arrivée de ces migrants. Puisque Cancale est un port, comment sécuriser les 700 bateaux qui mouillent dans le port ? Les migrants voulaient aller en Angleterre, ne vont-ils pas s’emparer d’un bateau pour atteindre les îles anglaises les plus proches de la France, Jersey ou Guernesey ?  S’il y a des enfants parmi les migrants ne vont-ils pas ralentir la progression des petits Français à l’école ?

Des réfugiés soudanais découvrent les rues de Cancale, le 25 octobre 2016 (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

La discussion entre élus municipaux est vive et nécessite une réunion spécifique à huis clos en présence du Préfet de région. Enfin une réunion publique est organisée qui rassemble plus de 300 personnes et au cours de laquelle s’expriment de très violentes oppositions de la part d’une partie des habitants. La population considère que cette solution lui est imposée et menace ouvertement de sanctionner politiquement les élus s’ils l’acceptent.

Les discours de rejet se font violents : « L’invasion continue, avec l’accord de la droite. Ils sont en train d’étaler le problème, mais ça n’est pas une solution, il en arrive tous les jours. Il faut tout bloquer et aider la Hongrie et les pays de l’Est ! On a rien contre ces gens, mais on ne veut ni vivre avec eux, ni partager notre ville ou notre pays. Les frontières, ça sert à quelque chose bon sang ! On a rien demandé. Le droit d’asile, c’est l’excuse désormais pour ouvrir les frontières à tout le monde. Où sont les déboutés ? Où sont les charters de recalés ? Il n’y en a pas ». On annonce des soulèvements populaires : « ça va péter. Les gens en ont ras le bol, et pas que de l’immigration. Le grand coup de balai est pour bientôt, il faut simplement que les gens arrêtent d’obéir et d’avaler la soupe qu’on leur sert au journal de 20 h ».

Premières rencontres dans les rues de Cancale (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Heureusement, certains sont plus mesurés, des personnes âgées en particulier qui y voient « de l’ouverture », et une « solidarité nécessaire pour bien vivre ensemble ».

Un contrat est finalement signé avec la Préfecture et l’opération est gérée via un budget distinct pour ne pas amputer le budget du service social de la commune. Un comité d’accueil se constitue, pour favoriser l’hébergement dans le respect de la dignité humaine, animé par l’association Coallia, qui devient l’interlocuteur de la directrice du Centre. Deux médecins bénévoles interviennent dans le cadre du suivi médical des migrants. Plus d’une cinquantaine de bénévoles assurent l’alphabétisation et l’apprentissage du français, ainsi que la gestion d’un vestiaire pour habiller les migrants, mais aussi l’accueil dans les associations sportives de la ville.

Ce sont ainsi 25 migrants qui sont accueillis à Cancale jusqu’en juillet 2016, puis de nouveau un groupe de 60 migrants d’octobre 2016 à mars 2017, originaires pour la plupart de pays en guerre, principalement du Soudan et d’Erythrée. Par nature, un CAO est un dispositif temporaire pris en charge par l’Etat. Son objectif premier est d’accorder à ces migrants un temps de répit pour leur permettre de préparer la suite de leur parcours. Il s’agit de favoriser l’apprentissage du français et l’aide aux démarches nécessaires pour permettre un examen de leur situation en vue de leur admission ensuite dans un Centre d’Accueil de Demandeur d’Asile (CADA), ou comment passer de la jungle de Calais à la jungle des acronymes propres à l’administration française…

Un réfugié soudanais montre ses documents administratifs à Armelle Musellec, de l’association Coallia (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Peu à peu, les habitants s’habituent à rencontrer des inconnus bien bronzés qui marchent dans leurs rues pour se rendre au local d’alphabétisation, chez le boulanger où ils achètent leur pain à tour de rôle, mais aussi à la bibliothèque où ils ont accès au wifi pour leur téléphone ou dans leur club de sport. Un coiffeur de Cancale partage son salon avec un migrant qui se charge de couper les cheveux de ses collègues.

Pour des raisons de sécurité chaque migrant doit noter chacune de ses entrées et sorties du centre. Ainsi il a été facile de tordre le coup à la rumeur qui s’amplifiait vite, le jour où l’on s’est aperçu qu’il manquait un bateau dans le port. Tous les migrants étaient là, et le bateau s’était échoué après une fausse manœuvre à l’entrée du port !

Le maire veille à ne pas laisser dégénérer les incidents, à faire de la pédagogie et à couper court aux rumeurs injustifiée. Il considère que la dignité humaine n’est pas discutable, que la fraternité inscrite à nos frontons s’applique aussi aux inconnus. Il assume l’idée que l’humanitaire n’est pas une politique et qu’il ne doit pas y avoir de confrontation mais un travail commun.

En mars 2017, comme le relate une enquête du Monde, la quasi-totalité des 60 migrants hébergés à Cancale a introduit une demande d’asile politique en France et 14 d’entre eux ont déjà intégré un CADA. Deux seulement ont choisi volontairement de repartir au Soudan, tandis que les autres sont orientés provisoirement vers d’autres CAO. Tous quittent la ville de Cancale avec un pincement au cœur et tiennent à remettre à la cinquantaine de bénévoles qui les ont accompagnés un « certificat de remerciement » : « La Terre est ma patrie, et l’humanité ma famille. Cancale restera toujours dans nos cœurs. Même lorsque nous aurons 90 ans, nous garderons ce joli mot de Cancale dans notre mémoire. Merci pour tout ».

Pour ceux qui les ont côtoyés pendant de longs mois, ces migrants ne sont plus des anonymes mais des hommes qui avaient momentanément besoin de compassion et de protection. Plus de 400 CAO ont ainsi été ouverts en France, permettant d’accueillir 13 300 personnes depuis fin 2015, une goutte d’eau à l’échelle des besoins, mais un dispositif qui suscite une forte mobilisation locale et garantie l’émergence de débats animés au sein de la population et des élus, de quoi redonner vigueur au débat de société et à la vie démocratique communale. Encore faut-il l’ambition d’entreprendre et aussi d’affronter les préjugés des électeurs : avis aux amateurs !

CJTG

Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

Au Cameroun, des bouteilles à la mer…

28 septembre 2017

Alors que tous les médias sont focalisés sur les inondations récentes qui se sont produites dans le sud des États-Unis et aux Antilles suite au passage des derniers cyclones Harvey puis Irma, on aurait presque tendance à oublier que bien d’autres régions du monde ont été meurtries récemment par des événements climatiques tout aussi spectaculaires. Fin août 2017, on estime ainsi que plus de 1500 personnes ont péri du fait des inondations consécutives à la mousson en Asie du Sud-Est, principalement en Inde, au Népal, au Bengladesh et au Pakistan.

Inondations à Freetown, Sierra Leone, en août 2017 (photo © Jamie Hitchen / Twitter)

Mais l’Afrique est aussi régulièrement touchée par les inondations. Cet été, c’est notamment le Sierra Leone qui a été cruellement frappé par de terribles inondations qui ont dévasté plusieurs quartiers de la capitale Freetown où un bilan provisoire établi par la Croix-Rouge faisait état, mi-août, d’au moins 312 victimes recensées tandis que de spectaculaires coulées de boues ravageaient tout sur leur passage, éventrant de nombreuses maisons et ensevelissant des dizaines de personnes.

Le Cameroun fait partie de ces pays de l’Afrique subtropicale régulièrement touché par les fortes pluies qui s’abattent en été. Le 14 septembre dernier, le site Cameroon-info, faisait ainsi état de graves inondations qui paralysent la capitale Douala après trois jours de pluies particulièrement intenses tombant sans discontinuer, tandis que le 11 septembre, la ville de Yaoundé avait déjà essuyé des inondations dévastatrices.

C’est à l’occasion d’un tel déluge qu’un jeune étudiant camerounais avait constaté, en 2011, que son quartier pouvait être envahi en moins de 30 minutes, non seulement par des eaux plus ou moins chargées, mais surtout par une véritable marée de bouteilles en plastique ! Jetées partout dans les rues et sur les dépotoirs, les bouteilles en plastique sont en effet remobilisées dès que les flots se déversent dans la ville et viennent s’accumuler dans les points bas.

Face à une telle invasion, le jeune Ismaël Essome s’est lancé le défi de trouver des débouchés à toutes ces bouteilles en plastique indésirables. Une fois obtenu son diplôme d’ingénieur en gestion environnementale, et alors qu’il travaille pour une ONG internationale à la mise en valeur du littoral camerounais, il se met en tête d’essayer de construire des pirogues en assemblant des centaines de bouteilles en plastique.

En 2014, le gouvernement camerounais a pourtant pris la décision courageuse d’interdire les emballages non biodégradables sur l’ensemble du territoire : dorénavant, les producteurs et distributeurs de liquides vendus dans des bouteilles en plastique doivent assurer leur recyclage après usage. Pourtant, force est de constater que, trois ans plus tard, des millions de bouteilles encombrent toujours les villes du pays et s’amassent dans tous les cours d’eau et fossés de drainage.

Démonstration de navigation avec une pirogue (crédit photo © Madiba et Nature)

En août 2016, comme le raconte Le Monde Afrique, et après moult essais, Ismaël Essome réussit à construire une première pirogue constituée d’un millier de bouteilles en plastique de récupération, soigneusement rebouchées, et attachées entre elles par un lien en nylon. Deux planches forment l’ossature de la pirogue et vogue la galère…

Pour piloter ce projet un peu fou, Ismaël a fondé sa propre association, dénommée Madiba et Nature, destinée à promouvoir de manière très pragmatique la préservation de l’environnement et l’économie circulaire. Aidé de son neveu, il sillonne les rues pour collecter les bouteilles usagées et améliore sans cesse la structure de ses pirogues en plastique qu’il teste sur les plages pour démontrer aux pêcheurs professionnels leur efficacité.

Une pirogue ainsi assemblée peut transporter jusqu’à trois personnes et une charge de 90 kg. Elle est plus stable qu’une pirogue en bois traditionnelle, coûte deux à trois fois moins cher et s’avère plus durable car, contrairement au bois, le plastique met très longtemps à se dégrader. Sans compter que leur construction, non seulement ne contribue pas à la déforestation du pays mais participe au contraire à assainir l’environnement de ces déchets qui l’encombrent.

Une fois son prototype au point, le jeune Camerounais a formé une équipe de cinq personnes et fait appel à des volontaires, ce qui lui a permis de construire six pirogues en un an, qu’il utilise pour faire des démonstrations et convaincre les acheteurs potentiels. Il a déjà enregistré une cinquantaine de commandes destinées à la pêche artisanale et à l’écotourisme.

Les pirogues écologiques d’Ismaël Essome sur la plage de Londji, au Cameroun (crédit photo © Josiane Kouagheu)

Ainsi, à Londji, petit village de pêcheurs situé près de Kribi, dans une zone côtière touristique du Sud-Cameroun réputée pour ses plages de sable fin et ses mangroves, le président de la coopérative tente de monter, avec l’aide d’Ismaël Essome, un projet de centre d’accueil pour le moins original : les touristes y seront hébergés dans des cases construites à l’aide de bouteilles en plastique recyclées et ils pourront déguster du poisson pêché avec les pirogues conçues par Madiba et Nature : une vraie success story à la Camerounaise…

L.V. 

KATULU ? n°53

7 juin 2017

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles oeuvres en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu53). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

Paris est une fête

Ernest Hemingway (1899-1961)

Une trentaine d’années après son passage dans la ville lumière, entre 1957 et 1959, Hemingway travaille sur les « Vignettes parisiennes » nom qu’il donne alors à ses récits de «fragments de vie». Quand Hemingway meurt en 1961 son ouvrage est inachevé et sans titre ! C’est son épouse Mary qui décidera de l’appellation retenue, suggérée par l’expression « A moveable feast » utilisée par Hemingway, un jour de 1950 : « Si vous avez eu la chance de vivre à Paris quand vous étiez jeune, quels que soient les lieux visités par la suite, Paris ne vous quitte plus, car Paris est une fête mobile ».

Il s’agit d’un récit de souvenirs du Paris des années 20, celui qu’Hemingway a connu lorsqu’il y vivait avec sa première femme Hadley. « Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux ». C’est un peu comme si, sortant des photos d’une boîte et regardant chacune d’elles, on se souvenait de l’endroit où on était et des gens avec qui on vivait. C’est donc une collection d’instantanés, chacun illustrant un aspect de la vie parisienne ou une relation.

Il réalise alors son rêve d’écrire, à Paris « La ville la mieux faite pour permettre à un écrivain d’écrire ». Gertrude Stein l’encourage dans cette voie et lui apprend à « décortiquer » son style, le pousse à supprimer tous les mots inutiles et vulgaires : « Vous ne devez rien écrire qui soit inaccrochable ».

La vignette « Nada y pues nada », rédigée en 1961, doit conclure son recueil de souvenirs. Il y fait allusion au traitement d’électrochocs qu’il vient de subir et à sa santé défaillante « Cet ouvrage contient des matériaux des remises de ma mémoire et de mon cœur. Même si l’on a trafiqué la première, et si le second n’est plus ». Il peine à cacher la mélancolie qui s’empare de lui. Quelques temps après il se suicide d’une balle dans la tête.

Antoinette

Ma part de Gaulois

Magyd Cherfi

Ce livre est l’histoire d’un jeune issu d’une famille d’origine algérienne et vivant dans la banlieue de Toulouse, dans la Cité des Izards : « petit beur de la rue Raphaël ». Ce garçon a une famille pour qui l’école a de l’importance et surtout la mère qui durant toute la scolarité de ses enfants a contacté les professeurs pour être sûre que tout se passait bien pour eux.

Deux thèmes sont abordés :

– La Culture, l’apprentissage du Français nécessaire à l’intégration. La place du Français pour Magyd mais souvent le roman fait la part belle au « parler des cités » !

– L’intégration des peuples venus d’Afrique du Nord dans les année 60 et la place des femmes.

L’auteur, Magyd Cherfi (photo © Polo-Garat)

Magyd : un jeune Beur qui voulait être « le Victor Hugo des banlieues », passionné par la littérature, la poésie : « j’étais dans la cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume » mais modeste il sent ses faiblesses et parle même de « scribouillage », il était la plume du quartier ! « A défaut d’être mec, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo »

Malheureusement, le fossé se creusait entre lui et ses potes de la Cité : « on t’aime pas parce que tu nous ressembles et que tu cherches à pas nous ressembler, tu cherches quoi avec tous ces mots que tu apprends ? ». La montée de l’Islamisme et du Salafisme le consterne « J’ai du mal à me projeter tant l’avenir est incertain. Par exemple, plus jeune, je n’aurais imaginé que tant de filles se voileraient. Je m’étais dit la démocratie, la République pour tous vont entraîner une adhésion à des valeurs, à un patrimoine commun ».

Son style met en évidence cette difficulté à se positionner dans la vie : « je dois rester le Magyd de la rue que j’ai été. Si je ne veux pas me perdre, je ne dois pas laisser le Magyd de l’érudition tout seul, alors je dois tricoter les deux langues. Je suis un schizophrène de la littérature, c’est une manière d’être entier. Écrire c’est me chercher et me trouver ».

Josette J.

La vie de ma voisine

Geneviève Brisac

Ce livre raconte la vie d’Eugénie Plocki, née en 1927 de parents juifs polonais, Rivka et Nuchim, pendant la deuxième guerre mondiale. Rivka la mère a quitté son village à 18 ans. C’était l’aînée de 12 frères et sœurs, militante de 20 ans, féministe, dégoûtée des injustices et des violences.

En 1924 elle rencontre Nuchim qui est arrivé en France en 1920. En 1925 naît Eugénie, déclarée française (droit du sol) et en 1928 arrive un garçon Maurice. « Nous n’étions pas riche mais tout allait bien ». La mère, un cerveau, travailleuse infatigable apprend la langue française qu’elle parle sans aucun accent. Le père, lui, raconte la vie de sa famille : les assassinats, le parti, Trotski, la mort de son frère assassiné, les amis arrêtés les uns après les autres.

Geneviève Brisac (photo © Brice Toul / Getty)

En 1936 : voyage à Varsovie pour connaître la famille de la mère, 36 heures de train dans l’Allemagne nazie, Jenny gardera un très mauvais souvenir de ces gens qu’elle ne comprend pas elle dira « je ne me sens pas juive ». En 1940 premières mesures anti-juives les rafles, plus de travail, l’étoile jaune dès 1942, la peur, puis l’arrestation le 16 juillet 1942 : « les enfants français peuvent partir ».

Après vérification de leurs identités, Jenny et son frère sont libérés. Nuchim et Ricka vont dire à leur enfants en quelques minutes tous ce qu’ils savent de la vie des hommes, de l’amour de la vie. Ils ont deux heures pour se dire adieu et la mère explique à sa fille l’inventaire de la maison, la lessive, le repassage, les courses… Ils ne se reverront jamais.

Au milieu des années 1950, Jenny qui est devenue institutrice (elle n’a pas voulu d’autres classes que le cours préparatoire) rencontre Charlotte Delbo qui va lui raconter les camps .

L’auteur a mis tout son art au service de ces événements si tragiques. Au-delà de la vie de Jenny elle raconte d’autres histoires, des personnages qui mériteraient eux aussi un livre. Ce livre est un petit bijou de finesse de sensibilité

Suzanne

Petit pays

Gael Faye

L’auteur raconte l’enfance de Gabriel, dit Gaby, dans une impasse résidentielle d’un quartier bourgeois de Buzumbara, la capitale du Burundi. Il a dix ans et sa petite soeur Ana en a trois de moins. Avec sa soeur, son papa blanc aux yeux verts et sa maman Tutsi réchappée du premier massacre rwandais, il raconte promenades et pique-nique au bord du lac. Avec ses camarades, on participe à ses jeux au bord de la rivière ou à travers les jardins de manguiers. Avec l’institutrice, Madame Economopoulos, on prend part à sa découverte des livres.

L’auteur, Gaël Faye (photo © Jérôme Fouquet)

Mais l’ambiance ludique se dissout lentement. Sa mère quitte son père, la maison et les enfants. Les soupçons racistes apparaissent. La violence se généralise. On tue dans la rue, dans les jardins, puis les maisons. Le père évacue ses deux petits vers la France…

Gaby, à trente ans, retourne au pays pour recueillir un héritage de livres. Tout est apaisé mais il ne reconnaît pas les lieux de son enfance. Murs et barbelés ont remplacé les bosquets de bougainvilliers. Elliptique et insoutenable, la folie colle à l’âme des rescapés !

Gabriel, le narrateur s’est réfugié dans les livres et le déni pour ne pas voir le sang répandu et l’horreur des cadavres allongés si simplement dans les caniveaux, il raconte sans pathos, avec des mots d’enfant bien élevé l’horreur de tous les jours. « J’érigeais ma vie en forteresse et ma naîveté en chapelle ».

Frisson dans le dos ! Le lecteur suit l’auteur sans porter de jugement, s’exclamant comme lui : « quel gâchis, l’Afrique ! »…

Roselyne

Remède de cheval

M.C. Beaton

Agatha Raisin, détective bien connue des lecteurs de M.C Beaton, revient dans son petit village de Carsely, après un séjour aux Bahamas où, sous prétexte d’y passer des vacances, elle cherchait la compagnie du séduisant James Lacey, son voisin qui avait laissé entendre qu’il partait pour Nassau, capitale de l’archipel. Il faut dire que James, colonel à la retraite, est un irréductible célibataire et entend le rester, et sa voisine, elle, une redoutable chasseresse lorsqu’il s’agit de conquérir un homme.

L’auteur MC Beaton

Les autres personnages :

– Paul Bladen, vétérinaire, beau quadragénaire, a ouvert un cabinet à Carsely. Ce dernier ne désemplit pas de toutes ces dames venues avec leur matou.

– Bill Wong, sergent à Carsely, a beaucoup d’estime pour Agatha.

– Lord Pendelberry : propriétaire de chevaux.

Lorsqu’il fait appel au vétérinaire pour s’occuper d’un cheval, c’est le drame dans les écuries : Paul Bladen est retrouvé mort. Accident ou assassinat ? Agatha et James commencent leur enquête.

Une des dames interrogée, Mrs Joseph, qui détestait le vétérinaire parce qu’il avait euthanasié son chat est découverte sans vie dans sa salle de bain ; elle était diabétique… alors le diabète est-il la cause de ce décès ou s’agit-il d’un nouveau meurtre ? L’enquête devient plus dangereuse et Agatha mettra sa vie en péril.

Ghislaine

De l’âme

François Cheng

Cet ouvrage est un recueil de lettres écrites par François Cheng à une amie. C’est le cheminement philosophique, empreint de poésie, de l’intime conviction spirituelle de François Cheng, en tant que Chinois, taoïste et chrétien, qui est tracé au fil des lettres.

L’académicien François Cheng

Il exprime des interrogations : le cœur, morceau de chair qui bat est-il le moteur de la vie, ou bat-il au nom du principe de vie, un vouloir vivre, un désir d’être qui maintient le cœur en marche ? Ces interrogations le conduisent du simple  « niveau instinctif du vouloir-vivre » à un « désir d’être » plus élevé, celui du « Désir initial grâce auquel l’univers est advenu ». L’âme lui semble en nous depuis notre naissance, d’abord en tant que pré-langage : « l’esprit raisonne, l’âme résonne », « l’esprit est Yang, l’âme est Yin ».

L’esprit est là pour prendre conscience de la réalité de l’âme. Elle demeure le fait de l’unité de la présence de l’Un dans l’univers. L’âme, marque de l’unicité de chaque personne, lui assure « une unité de fond et, par là, une dignité, une valeur, en tant qu’être ».

L’âme n’exclut pas la souffrance, souffrance qui appelle le partage qui nous relie. « Le fait que chaque être est unique ne l’isole nullement dans un écrin exceptionnel »… La souffrance seule peut éventuellement l’arracher à sa vanité illusoire » et le rendre ainsi « capable d’accorder à l’autre respect et valeur, base à partir de laquelle naît la possibilité de l’amour ».

Dans les dernières pages de son livre, François Cheng se questionne « Suis-je dans le vrai ? C’est une question qui me dépasse ». Toutefois l’âme demeure pour lui, même si le corps entre en déchéance et l’esprit en déficience.

Ce livre ne donne pas une définition de l’âme, il n’affirme rien. Il s’agit plutôt d’une invitation à accompagner l’auteur sur le chemin de sa pensée. Il nous fait découvrir, en nous éblouissant par l’immensité de sa culture, par son extrême sensibilité, sa vision poétique de la vie.

Antoinette

No Home

Yaa Gyasi

Du 18° au 20° siècle, l’auteur fait vivre (de façon alternée) la descendance respective de deux demi-sœurs qui ne se connaîtront jamais. Une branche restera en Afrique, sur la côte de l’Or (Ghana), l’autre sera « embarquée » comme esclave en Amérique du Nord.

L’auteur, Yaa Gyasi

Chaque chapitre (14 en tout) est une véritable « nouvelle ». On laisse un personnage pour retrouver sa descendance 15 ou 20 ans plus tard dans un chapitre suivant. Ces ruptures donnent au livre un rythme très particulier, « le lecteur en sachant plus que chaque personnage sur ses ascendants ».

Le sujet unique de ce roman : où et quand finit l’esclavage ? Que ce soit en Afrique ou en Amérique, cette histoire familiale retrace la souffrance des êtres humiliés, meurtris par leurs semblables, des vies déchirées, anéantis par la soif de pouvoir et d’argent. L’Histoire se répète et, de chapitre en chapitre, l’espoir est une lueur bien faible.

Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui, « être noir » aux États-Unis ? Un livre passionnant, fort, sans pathos, une réflexion historique, un regard sur un phénomène bien trop souvent classé comme « du passé ».

Marie-Antoinette

Article 353 du Code Pénal

Tanguy Viel

Le décor est posé dès les premières pages : le meurtre… Puis c’est l’accusé face au juge : un long monologue, à la première personne. Il parle au juge, il se parle à lui-même. Il explique, il constate, se dévoile, garde ses secrets.

L’auteur, Tanguy Viel (photo © Patrice Normand)

Une écriture adaptée au personnage : un quinquagénaire, ouvrier licencié des chantiers navals, courageux, bosseur ; un fils qu’il élève seul ; l’épouse est partie. Un homme vieilli par les infortunes et les échecs, un homme floué par les promesses d’un promoteur ; d’autres se sont suicidés.

« Un grand roman social » dans la France des années 80, les années « fric » et la question : la violence physique est-elle légitime face à la violence des puissances de l’argent ?

Un livre d’une force et d’une intensité impressionnantes non seulement par les idées qu’il défend mais aussi par son style d’écriture. Et puis il faut lire l’article 353 du Code de procédure pénale… un conseil bien utile pour certains !

Marie-Antoinette

Deux petits pas sur le sable mouillé

Anne-Dauphine Julliand

C’est le récit de la vie d’une famille où une petite fille est atteinte d’une maladie génétique orpheline, la leucodrystrophie métachromatique, qui se traduit par la destruction progressive de la myéline, la gaine des nerfs qui permet la transmission de l’influx nerveux. La petite fille a deux ans et on a remarqué qu’elle ne marchait pas normalement d’où le titre. Elle mourra un an et demi plus tard.

Au moment où la famille apprend ce dont souffre leur petite fille, la mère est enceinte. Elle ne veut pas savoir si le fœtus est atteint ou pas. Ils vont vivre une fin de grossesse difficile. La naissance se passe bien. C’est une autre petite fille. Malheureusement elle est aussi atteinte du même déficit. Les médecins leur proposent une greffe de moelle osseuse pour essayer d’enrayer cette maladie. C’est ce qu’ils vont faire en déménageant toute la famille de Paris à Marseille le temps de la greffe soit 4 mois.

Anne-Delphine Julliand (source : La chaîne du coeur)

Pendant ce temps la première petite fille a plusieurs fois besoin de soins hospitaliers. Les deux enfants seront donc à la Timone à des services différents. On imagine l’organisation familiale pour réguler la présence des parents auprès du tout petit bébé 5 mois et auprès de l’autre petite fille.

Aucun misérabilisme. Ce livre est un concentré de résilience, vivre jour après jour en se saisissant de tout ce qui peut être positif. C’est un concentré de solidarité intra et extra familiale, une œuvre coordonnée avec les soignants pour éviter la souffrance et privilégier le bien être de l’enfant. Appeler à l’aide quand on est au fond du trou, prendre quelques jours de congé même si toute la famille n’est pas ensemble pour souffler, pour vivre avec l’aîné des enfants un petit garçon qui va bien. C’est un hymne à l’Amour, à la force du lien entre les parents, les enfants, la nounou la famille, les amis, ce qu’ils sont capables de mobiliser et de donner. « Il faut ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie ».

Cécile

Comment Baptiste est mort

Alain Blottière

Enlevé dans le désert par un groupe de Djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste sera le seul libéré après plusieurs semaines de captivité. L’auteur nous fait entrer dans la tête d’un adolescent qui a vécu l’indicible, la destruction lente et préméditée de sa personnalité qui le transformera en tueur.

L’auteur, Alain Blottière

Le roman alterne entre un dialogue (débriefing avec un psychologue) et la narration des événements. Les nombreuses pages de dialogue sont présentées de façon originale : topographie particulière, phrases courtes, avec des espaces figurant les silences, le mystère, les secrets, les zones d’ombre, comme un halètement. Une manière d’écrire qui fait passer l’effroi, qui glace.

Peu à peu se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle vécu par Baptiste que ces ravisseurs appellent « Yumaï ». Baptiste est mort, survit Yumaï… Mais à quel prix ?

Un sujet d’actualité des plus brûlant (l’auteur s’est inspiré d’un fait réel), traité de façon magistral. Un livre terrifiant, glaçant qui ne peut laisser indifférent.

Marie-Antoinette

Un trou dans la toile

Luc Chomarat

Thomas, un créatif travaillant dans une grande agence de publicité, sentant venir son licenciement, accepte un poste d’observateur dans une agence para-gouvernementale.

L’auteur, Luc Chomarat

Sous la direction de Buzzati, il doit prouver l’existence ou la non-existence de « l’inconnu » qui sévit sur la toile. Qu’il le traque Outre Atlantique ou qu’il le cherche avachi les pieds sur son bureau, il a ressenti sa présence par deux fois.

Sa très ravissante femme Liane, Omar son petit garçon de trois ans, Fjord la glaciale fille de sa femme, son ami d’enfance Christian et Emile, le geek qui travaille à ses cotés, ne pourront le retenir. Happé par sa recherche, au hasard de ses pas, il va franchir le rideau de perle au fond d’une ultime boutique de souvenirs.

Le web n’apportera pas de réponse à son aventure personnelle. Trouvera-il une solution métaphysique pour apaiser ses doutes ? Drôle de héros pour un triller virtuel.

Roselyne

Maman a tort

Michel Bussi

Malone, 3 ans, et Gouti, son doudou, sont les personnages phare de ce polar bien ficelé dans lequel on se rend compte qu’on a rien compris, quand on croyait avoir compris.

L’auteur, Michel Bussi

Quel rapport entre ce cambriolage qui tourne mal et l’enfant ? Et ce doudou, c’est un chien, un cochon ? De quel pouvoir est-il doté pour avoir un tel ascendant sur l’enfant ?

Vasile, le psychologue scolaire est le seul à croire Malone qui affirme que sa maman n’est pas sa vrai maman. Les souvenirs d’un enfant de cet âge s’effacent vite, mais ceux de Malone semblent tenaces. Vasile fait part de ses doutes à la commandante Marianne Augresse qui enquête sur le cambriolage et aura du mal à débrouiller les fils de cet écheveau tout en essayant de donner un sens à sa vie.

Et sans être un roman à l’eau de rose, des rayons de soleil viendront éclairer le mot F I N.

Josette M.

Quelques titres à partager : « ma valise » pour l’été

QUAND ROMAN RIME AVEC POÉSIE

Le poids du papillon – Erri De Luca

Face à face entre le chamois, « le Roi » de la harde d’une taille et puissance exceptionnelle et le braconnier qui veut abattre le seul animal qui lui a toujours échappé. Entre eux deux il y a la délicatesse des ailes d’un papillon blanc : « ce fut la plume ajoutée au poids des ans, celle qui l’anéantit ». Ce récit est « une épure poétique d’une très grande beauté. Erri De Luca un talent de conteur hors du temps ».

Le dimanche des mères – Graham Swift

Comme chaque année les aristocrates anglais donnent congés à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Que faire quand on est orpheline ? Le destin en cette journée de 1924 transformera une jeune servante en écrivain. Raffinement, délicatesse, sensualité et nostalgie, « un petit chef-d’œuvre, concis et grisant à la fois ».

Luxueuse austérité – Marie Rouanet

Luxueuse austérité, c’est la vie dans le décors d’autrefois où la maîtresse de maison donnait sa vie du lever au coucher du soleil pour les travaux innombrables. L’eau est précieuse, la terre aride, l’argent rare… Luxueuse austérité, c’est la vie comme autrefois ; c’est retrouver les gestes d’antan ; c’est redécouvrir les odeurs, les bruits de l’homme, de la nature. Luxueuse austérité, c’est apprivoiser le silence, c’est redonner la valeur aux mots. Une vie dépouillée source de joies insoupçonnables. Une écriture poétique incroyable… Un enchantement !

Le rouge vif de la rhubarbe – Audur Ava Olafsdottir

Dans une nature « close », l’Islande, une histoire toute simple : tendresse des personnages, splendide nature, longue nuit d’hiver, trop longs jours de lumière d’un été très bref… et les rêves d’une petite fille handicapée, conçue dans un champ de rhubarbe sauvage. Une poésie à découvrir.

Le bureau des jardins et des étangs – Didier Decoin

Un « faux » roman japonnais du 12° siècle : portrait de Miyuki, jeune veuve, qui doit remplacer son mari et entreprendre à pied un périple de plusieurs centaines de kilomètres. C’est l’art de la description : chaque page est pleine de détails, de précisions sur les gens, les gestes, les habits, les lieux, les ambiances. Ce sont aussi des lignes où l’érotisme perle avec beauté, délicatesse, volupté. C’est encore l’Empire des sens où la subtilité des odeurs trouve son apogée lors du concours des parfums « takimono awase ». Un livre modèle d’écriture, très construit. Un peu trop parfait… ?

VOYAGE DANS UN AUTRE LANGAGE

L’homme qui entendait siffler une bouilloire – Michel Tremblay

Connaissez-vous le français- québécois : le joual ? Une découverte dans ce roman qui au-delà de l’écriture est une leçon de vie : comment l’homme réagit-t-il lorsque la maladie devient partie intégrante de son être ? 179 pages de lutte pour trouver la solution en un seul mot.

Des coccinelles dans des noyaux de cerises – Nan Aurousseau

Un tueur en série, rusé, intelligent, qui sculpte des coccinelles dans des noyaux de cerises mais surtout qui arnaque un voyou du grand banditisme, c’est rare, c’est très fort ! Un récit à la première personne, « une histoire solide, qui tient debout » comme dit son auteur, de l’humour noir, une tragédie sans pathos… inspirée de faits réels. Il faut se laisser surprendre par le style d’écriture « inventé pour ce récit ». Étonnant, surréaliste !

Les Harmoniques – Marcus Malte

Lorsque la poésie et le jazz se transforme en concert littéraire ! Un polar saisissant, rude… et une plongée dans la guerre de l’ex-yougoslavie qui remplit d’effroi.

RÉFLEXIONS POUR LE MONDE D’AUJOUD’HUI

Le silence même n’est plus à toi – Asli Erdogan

Chroniques de la romancière turque qui lui valurent son emprisonnement en août 2016 suite à la tentative du coup d’état de juillet. Libérée quatre mois plus tard suite à des pressions internationales, Asli est sous surveillance en attente de procès. Son délit : écrire dans un journal pro-kurde pour dénoncer toutes les atteintes à la liberté d’opinion ; se battre pour les droits des femmes. « Briser l’étau du silence », tel est l’objectif des éditions Actes Sud. Un témoignage d’une dureté extrême sur la Turquie actuelle,d’une écriture magnifique ce qui le rend encore plus poignant. Faire de la lecture de ce livre un témoignage de solidarité.

Il se passe quelque chose – Jérôme Ferrari

L’auteur réunit dans un ouvrage des chroniques (22 textes) qu’il a écrites de janvier à juillet 2016 dans le journal « La Croix ». « Elles s’intéressent toutes à un certain usage du langage et, plus exactement, à la façon dont les mots perdent tout contact avec la réalité. » De la déchéance de la nationalité à la liberté d’expression, de la réforme de l’orthographe à la rhétorique des hommes politique, il donne aux lecteurs des éléments objectifs ou critiques. Professeur de philosophie, pétri de classicisme J. Ferrari oblige à la réflexion, qu’on apprécie ou non sa dialectique.

Marie-Antoinette

Marseille redécouvre le ruisseau des Aygalades

1 juin 2017

La cascade des Aygalades fait partie de ces petits paradis secrets que l’on découvre parfois au hasard de ses pérégrinations dans les quartiers de Marseille, la ville aux multiples facettes. Située dans le 15ème arrondissement, juste en contrebas de l’autoroute A7, à l’entrée nord de la ville, elle se déploie le long de la Cité des Arts de la Rue dont on repère de loin l’emplacement, avec son fameux bus de la RTM planté verticalement comme un totem décalé et bien visible depuis l’autoroute.

La cascade des Aygalades

Au XIXe siècle, cette superbe chute d’eau de 9 m de haut et sa vasque d’eau fraiche enserrée dans un écrin toujours verdoyant était un lieu très prisé de la bourgeoisie marseillaise qui venait s’y rafraîchir l’été. Elle était alors située sur la propriété du Château des Aygalades qui fut purement et simplement détruit pour laisser la place au chantier de l’autoroute A7, à une époque où l’on ne souciait guère de préserver le patrimoine naturel ni architectural et où l’on était prêt à tout sacrifier pour faciliter la circulation automobile.

Ancienne carte postale montrant la cascade en 1911 (source : made in marseille)

Le ruisseau des Aygalades qui, à cet endroit présente un lit naturel serpentant au milieu des rochers et à l’abri des figuiers, fait partie de ces quelques fleuves côtiers de l’aire métropolitaine marseillaise, au même titre que l’Huveaune ou que la Cadière. Prenant sa source sur le flanc nord-ouest du massif de l’Etoile, il s’étire sur un peu plus de 17 km, traversant sur toute sa longueur la ville de Septèmes-les-Vallons, puis le quartier de Saint-Antoine et celui des Aygalades. Plus en aval, il traverse des quartiers très industriels où il a été largement busé et transformé en réseau d’assainissement urbain.

Ce cours d’eau méditerranéen aux eaux abondantes comme l’indique l’étymologie de son nom (aqua lata en latin) a longtemps servi à alimenter les fontaines et les lavoirs du quartier puis à faire tourner les industries du secteur : sucreries, savonneries et fabrique d’alumine notamment.

L’usine de sucre Saint Louis dans les années 1950 le long du ruisseau des Aygalades (en bleu) – source Julien Rodrigez

L’usine d’alumine de Saint-Louis des Aygalades y a ainsi été implantée directement sur les berges du ruisseau en 1906, un peu en aval de la cascade. Alimentée en énergie grâce au charbon de Gardanne qui était acheminé jusque là via la Galerie à la mer, cette usine employait près de 800 personnes en 1913 et s’est reconvertie dans les années 1960 dans la fabrication du gallium avant de fermer définitivement en 1977, laissant pour la postérité un énorme terril de boues rouges…

Cette exploitation industrielle à outrance a progressivement transformé le ruisseau des Aygalades en simple égout nauséabond, dont le tracé a même fini par être plus ou moins oublié des riverains. Et pourtant, les initiatives pour redonner à ce cours d’eau en site urbain plus de visibilité commencent à se multiplier. Le GR 2030 permet désormais de découvrir ce site et plusieurs associations locales œuvrent de manière remarquable pour faire redécouvrir les lieux aux Marseillais. C’est le cas notamment de l’APCAR (association pour la Cité des arts de la rue) avec ses fameux ateliers de révélation urbaine, mais aussi d’Arnavant, animée par les entrepreneurs locaux.

C’est dans ce contexte qu’a émergée l’idée de profiter du projet d’aménagement urbain Euroméditerranée pour rouvrir la partie aval du ruisseau entre le parc François Billoux et  son embouchure située à Arenc. Ce projet de nouveau parc paysager des Aygalades devrait s’étendre sur 14 ha dans le prolongement du parc Billoux situé au niveau de la nouvelle station de métro boulevard du Capitaine Gèze. Traversée par le ruisseau remis à l’air libre et arboré, ce sera un vaste espace naturel permettant de se promener au bord de l’eau tout en jouant le rôle de bassin naturel de réception des ruissellements urbains lors des épisodes pluvieux.

Le futur parc des Aygalades (© François Leclercq architecte)

Début 2017, l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée a ainsi confié à un groupement d’architectes et de bureaux d’études le soin de dessiner le parc Bougainville prévu sur 4 ha, premier maillon de cette future coulée verte, à l’interface entre plusieurs grands programmes de renouvellement urbain dont le Parc habité d’Arenc où sont prévus 1200 logements et les Docks libres (800 logements).

Le coût total d’aménagement de cette première partie sud du futur grand parc est estimée à 38 millions d’euros en intégrant le coût des acquisitions foncières, celui des études mais aussi celui de la dépollution des sols et celui des travaux d’aménagements qui s’étaleront au moins jusqu’en 2020. L’agence d’urbanisme nantaise D’ici là, qui est mandataire du groupement lauréat du concours entend ainsi renaturer le ruisseau des Aygalades sur les 250 m de la traversée du futur parc avec l’aide du bureau d’études Biotec.

Esquisse du futur parc Bougainville (© D’ici là)

Le projet imagine de concilier différents usages sur ce vaste espace naturel à aménager, avec, près de la station de métro Bougainville, une aire destinée aux loisirs sportif et à l’accueil d’événements festifs, tandis que les zones périphériques seront consacrés à des usages plus ciblés dont un potager associatif, un parcours botanique et une aire de jeu. Mais le projet lui-même fera l’objet d’une très large concertation avec les habitants du quartier afin de définir des aménagements qui répondent au mieux aux attentes des riverains : une démarche participative qui mérite d’être saluée !

Et en attendant que ce futur parc paysager voie le jour, freiné pour l’instant par la question toujours en suspens de la libération par la SNCF de la gare de fret du Canet, sachez que, comme chaque année à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la Cité des arts de la rue ouvrira ce week-end, les 2 et 3 juin 2017, le site de la cascade des Aygalades : une bonne occasion de venir découvrir ce site exceptionnel et le riche patrimoine naturel et historique qui l’entoure…

L.V. 

La piste cyclable enfin prolongée à Carnoux

29 mai 2017

Attention, piste cyclable (source : Humour-blague)

Début 2009, un des premiers articles de ce blog plaidait déjà en faveur de la réalisation d’une piste cyclable dans la traversée de Carnoux, le long de la RD 41 E, un axe de passage très emprunté par les nombreux cyclistes qui se dirigent vers Cassis ou vers Marseille par le Col de la Gineste et qui, sur ce tronçon où la circulation est particulièrement dense, sont frôlés par les véhicules du fait de la configuration particulièrement accidentogène de la chaussée.

A cette date, une telle demande qui suscitait des ricanements polis de la part des élus municipaux, était pourtant largement légitimée par la loi LAURE sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie que Corine Lepage avait fait adoptée dès 1996 et dont l’un des articles inscrit dans le Code de l’Environnement l’obligation, à compter du 1er janvier 1998, pour les communes « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines » de mettre en place « des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants, en fonction des besoins et contraintes de la circulation ».

Mais il est bien connu, comme les élus locaux se plaisent souvent à le rappeler, Jean-Claude Gaudin en tête, que les lois votés par ces fadas de Parisiens ne sont pas censées s’appliquer dans notre beau pays provençal. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que les députés locaux s’intéressent davantage aux fêtes de villages et aux tournois de pétanque qu’au vote de nos lois nationales.

Et ce n’est pourtant pas faute de vigilance des associations locales qui s’efforcent de rappeler régulièrement nos édiles à leurs devoirs. Le 25 avril 2017, le Tribunal administratif de Marseille a ainsi donné raison pour la septième fois consécutive au collectif Vélos en ville qui demandait à la Communauté urbaine MPM devenue depuis Métropole AMP de simplement appliquer la loi et d’aménager des espaces cyclables à l’occasion de travaux de voirie. En l’occurrence, il s’agissait cette fois du boulevard Desautel situé près de Mazargues dans le 9ème arrondissement, mais ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres…

En 2008, campagne électorale oblige, l’inénarrable Jean-Claude Gaudin promettait de construire pas moins de 300 km de pistes cyclables dans la bonne ville de Marseille, une galéjade bien évidemment ! Vingt ans plus tard, selon le même collectif Vélos en ville, il n’existerait en tout et pour tout, sur l’ensemble de l’espace urbain marseillais que 70 km de voies aménagées pour les cyclistes contre près de 700 km à Paris et plus de 300 km à Nantes dont la population est pourtant 3 fois moins importante que celle de Marseille !

Premier tronçon de piste cyclable réalisé en 2013 à Carnoux

En 2014 (nouvelle échéance électorale oblige), le Schéma directeur des modes doux, adopté par la Communauté urbaine MPM, prévoyait d’aménager 10 km de pistes cyclables supplémentaires chaque année. De fait, on commence à voir les effets de cet infléchissement politique à l’occasion des travaux de voirie. A Carnoux, c’est bien sous l’impulsion de la Communauté urbaine qu’a été réalisé le premier tronçon de piste cyclable inauguré en novembre 2013 entre le Panorama et la mairie. Mais en 2014, lorsqu’ont été lancés les travaux de réfection de la voirie entre le Pont des Barles et le rond-point des Barles, le maître d’ouvrage a manifestement oublié d’appliquer la loi et rien n’a été prévu pour rendre moins périlleuse la circulation des cyclistes à cet endroit, pourtant l’un des plus faciles à aménager du fait de la configuration des lieux…

En 2017 enfin, le mouvement se poursuit à l’occasion des travaux récents de réfection de la chaussée entrepris entre le rond-point de Lou Caïre et l’église : on ne peut que se réjouir de voir que les terre-plein centraux qui rendaient la circulation si dangereuse pour les vélos ont été enfin supprimés et que deux bandes cyclables ont été matérialisées sur la chaussée. Un réel progrès pour les cyclistes qui traversent notre commune !

Bandes cyclables réalisées en mai 2017 le long du mail entre Lou Caïre et l’église

Dans le brouillard ambiant qui règne depuis la création de la métropole Aix-Marseille-Provence, et faute de signalisation placée à l’occasion de ce chantier, il est bien délicat de savoir à quel maître d’ouvrage public on doit cette avancée. La commune elle-même est restée très discrète sur le sujet et il ne sert à rien d’aller chercher sur son site internet des informations, sinon pour constater que même les comptes-rendus des conseils municipaux ne sont plus accessibles depuis septembre 2016.

Logiquement, c’est la Métropole qui était supposée, de par la loi, récupérer à compter du 1er janvier 2016 la gestion de la voirie sur son périmètre et on peut donc supposer que ce sont ses services qui ont eu à gérer ce chantier, à moins que le Conseil départemental ne soit encore aux manettes sur son ex voirie départementale ? Bien malin qui pourra démêler un tel écheveau de compétences encore bien enchevêtrées, mais peu importe au fond puisque ce sont quasiment les mêmes élus qui gèrent l’une et l’autre de ces collectivités…

Un député cycliste qui n’a pas besoin de piste cyclable (source : site internet Bernard Deflesselles)

Le plus étrange dans cette affaire est que la réalisation de cette piste cyclable n’ait pas été revendiquée par notre député actuellement en campagne pour son 5ème mandat. Son dernier tract de 8 pages sur papier glacé précise pourtant qu’il est sur tous les fronts, puisqu’on lui doit l’extension de la zone d’activité comme la création du casino (et du commissariat de police) de La Ciotat, mais aussi la réhabilitation du lycée Joliot-Curie à Aubagne, l’extension de la halte-garderie de Roquefort-La Bédoule, la construction de deux nouvelles écoles primaires à Cuges-les-Pins et à Ceyreste, sans compter bien sûr la rénovation du centre-ville de Carnoux et on en passe. A se demander même pourquoi nous avons encore besoin de choisir un maire dans nos communes avec un député aussi efficace et omnipotent qui se targue même, grâce à une utilisation judicieuse de sa réserve parlementaire de pallier les défaillances de l’Education nationale et de se charger lui-même « de l’éducation des enfants de la circonscription ». Un tel engagement force le respect et il serait vraiment étonnant qu’il ne soit pour rien dans la réalisation de ce nouveau tronçon de piste cyclable à Carnoux…

L .V.  

Le Cercle progressiste carnussien est aussi sur Facebook !

27 mai 2017

On peut se moquer (gentiment) de l’addiction aux réseaux sociaux, dont Facebook, et en même temps reconnaître que ce sont d’excellents outils de communication qui facilitent le débat d’idées et contribuent à l’émergence d’une vie démocratique active où chacun se sent réellement acteur de sa vie sociale au sein de son réseau d’amis et dans son lieu de vie. Il n’est qu’à voir d’ailleurs à quel point les réseaux sociaux ont chauffé durant la récente campagne présidentielle pour se convaincre de leur intérêt dans la revitalisation de notre vie démocratique.

Ils sont bien sûr le lieu de tous les excès en donnant à chacun la possibilité de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, parlant parfois à tort de sujets qui le dépassent et courrant le risque de colporter des rumeurs malveillantes infondées. Mais c’est aussi grâce à cette vitalité des échanges entre citoyens lambda que notre démocratie représentative à bout de souffle pourra peut-être retrouver un nouvel élan, à condition que nos élus acceptent qu’ils doivent effectivement rendre des compte à leurs concitoyens dans la durée et ne pas seulement se contenter, à l’approche des échéances électorales, de promesses lénifiantes totalement irréalistes et jamais tenues.

C’est en tout cas le pari que fait depuis des années le Cercle progressiste carnussien (CPC) que d’ouvrir le débat à tous ceux qui le souhaitent pour inciter chacun d’entre nous à réfléchir aux enjeux de société et aux dossiers d’actualité, locale ou planétaire. Parce que nous sommes convaincus que des citoyens curieux et informés, quelles que soient leurs opinions politiques propres, sont nécessaires au bon fonctionnement d’un régime démocratique républicain et tout simplement à une vie en société apaisée et bienveillante…

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été créé en 2001 le CPC pour justement faciliter la démocratie participative et le débat citoyen dans une ville marquée, du fait de son histoire et de son évolution, par de forts clivages identitaires et un certain repli sur soi. En 2009, l’ouverture d’un blog collectif a permis d’amplifier ces débats d’idées au-delà des outils plus classiques et d’impact très local que sont l’organisation régulières de réunions et de conférences ouvertes à tous, ainsi que l’édition d’un journal diffusé périodiquement dans toutes les boîtes aux lettres de Carnoux.

Statistiques de fréquentation du blog à ce jour

L’impact de ce blog est incontestable puisque, 8 ans plus tard, ce sont déjà 1145 articles qui y ont été publiés, rédigés par 23 auteurs différents sur des sujets les plus divers que nous laissons à chacun le soin de découvrir par lui-même. Et l’audience est au rendez-vous puisque le site enregistre près de 200 000 visites sur cette période, avec désormais en moyenne de l’ordre de 150 visites chaque jour.

Le nouveau site Facebook du CPC

Et voila que l’aventure continue puisque le CPC vient en parallèle d’ouvrir au public son site Facebook, histoire de toucher davantage de personnes via un outil plus accessible, avec des annonces plus courtes et plus percutantes. Informations sur nos conférences, brèves incisives, réflexions, informations d’actualité et liens vers certains articles du blog, voila notamment ce que vous trouverez sur le site Facebook du CPC : à consulter sans aucune modération et à diffuser dans votre réseau d’amis selon le principe bien connu qui veut que les petits ruisseaux font les grandes rivières !

L.V.  

Alors, peut-on vraiment les laisser se noyer ? L’appel de SOS Méditerranée

20 mai 2017

Le public habitué de nos conférences était au rendez-vous, ce jeudi 11 mai au clos Blancheton pour s’informer sur un sujet d’actualité qui vient en complément d’un thème déjà abordé, à savoir le sauvetage des naufragés en Méditerranée, majoritairement des personnes fuyant les conflits armés et la misère économique.

C’est Michel Motré, président du Cercle, qui présenta les conférenciers, Pierre Calfas, Christine et Benoît Fannière, membres bénévoles locaux de l’association SOS Méditerranée, avant l’exposition des actions de cette association illustrées par des films réalisés lors de sauvetages en pleine mer.

Il faut savoir que cette association créée en 2015 est entièrement financée par des dons privés (de France, d’Italie et d’Allemagne), qui ont permis d’affréter le navire « Aquarius », qui sillonne la Méditerranée entre la Libye et les côtes italiennes. Son objectif : venir en aide aux réfugiés qui emprunte cette route maritime sur des embarcations de fortune, inadaptées à la haute mer et sur lesquelles s’entassent des centaines de personnes.

Pierre Calfas rappelle que les routes migratoires empruntées depuis ces dernières années passaient principalement par le Maroc et la Libye, depuis le Sud, mais aussi par la Turquie, depuis l’Est. Mais de récents accords passés avec l’Europe ont eu pour effet de bloquer deux de ces itinéraires, laissant une seule voie d’exil, celle qui passe par la Libye. Un pays en proie à une anarchie totale où les passeurs ont toute latitude pour soumettre les migrants en errance à un véritable esclavage.

Les trois conférenciers de SOS Méditerranée à Carnoux le 11 mai 2017

Il rappelle aussi que ces populations cherchent à fuir la zone subsaharienne et la corne de l’Afrique touchées par des conflits ethniques et religieux, mais aussi par la dictature et la misère. Parmi ces pays se trouvent notamment l’Erythrée, la Gambie,le Nigeria, le Mali et bien d’autres encore. On observe même des migrants en provenance d’Afghanistan et de Syrie qui cherchent à contourner les frontières fermées et se dirigent vers la Libye, contraints par des passeurs qui les rabattent de force vers cette destination vantée comme un Eldorado où ils pourraient trouver du travail pour payer leur passage en Europe. Or c’est un piège où il se trouvent soumis au racket et au chantage voire à la torture. Les pires traitements leur sont infligés pour leur faire acquitter le prix de la traversée par la voie maritime.

Ceux qui ont eu la velléité de rebrousser chemin pour retrouver leur pays d’origine sont menacés des mêmes risques car ces chemins sont sous la coupe réglée de bandes organisées leur laissant peu de chance de leur échapper. Le Sahara est devenu un cimetière pour nombre de ces migrants. On comprend mieux dans ces conditions que ces hommes et femmes soient contraints à la seule issue possible, celle de devenir des boat-people, malgré le danger extr^me auquel ils s’exposent ainsi.

Car les chiffres parlent d’eux-même : depuis l’année 2000 ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Ce chiffre ne tient pas compte de toutes les personnes disparues, dont les corps et embarcations n’ont pas été retrouvés. Depuis 2014, le nombre des victimes est en hausse pour atteindre presque 5 000 par an.

Comment les autorités européennes ont-elles réagi face à cette situation ? Comment la solidarité des gens de mer s’est-elle organisée ? Cette mission de sauvetage a été essentiellement assurée par l’Italie qui a mis à disposition gratuitement des ferries pour acheminer les convois humanitaires, malgré les difficultés économiques dans lesquelles se trouve ce pays. La France a participé à cette aide mais le problème du coût de ces opérations a remis en cause la suite de cette action.

L’Europe, prodiguant une aide financière minime, a mis sur pieds l’opération « Mare Nostrum », opération navale et aéronavale pour organiser les secours, ce qui a permis de sauver 150 000 personnes. Outre son coût, cette opération est aussi critiquée car elle aurait, selon ses détracteurs, l’effet inverse de celui recherché en facilitant le passage de clandestins. Alliées à une conscience collective éphémère, cette opération a donc été abandonnée en 2014, les moyens financiers institutionnels lourds faisant défaut.

Klaus Vogel, capitaine de l’Aquarius (photo B. Langlois / AFP)

Face à l’inacceptable, c’est un capitaine de marine marchande, un Allemand, Klaus Vogel, scandalisé par l’interdiction de son armateur de se dévier de sa route pour sauver des naufragés, qui avec d’autres membres de la société civile s’est mobilisé pour créer en 2015, SOS Méditerranée, une association de sauvetage en mer comparable à celle connue sur nos côtes : la Société Nationale de Secours en Mer (SNSM).

La collecte de fonds après une mobilisation citoyenne a permis l’achat d’un bateau de haute mer possédant des spécifications techniques appropriées pour aborder et transférer des naufragés à bord. La taille de ce bateau permet l’accueil de plusieurs centaines de personnes (jusqu’à 900). L’équipage est formé d’anciens marins professionnels bénévoles recrutés sur un profil en adéquation avec les difficultés des missions à accomplir lors des sauvetages.

Un film documentaire illustre l’intervention du navire « Aquarius » et de son équipage, permettant au public de se familiariser avec les procédures de sauvetage :

– L’Aquarius est positionné en haute mer au Sud de l’Italie et peut intervenir rapidement dans les eaux internationales, au plus proche des zones de détresse se situant au large des côtes lybiennes, où se produisent la plupart des naufrages.

– A bord, un équipage expert du sauvetage et une équipe médicale (assurée par Médecin Sans Frontières) accueillent les naufragés, prodiguent les premiers soins, mettent à l’abri les plus vulnérables et coordonnent les évacuations sanitaires pour les cas les plus graves.

– Les opérations de sauvetage se font suivant les règles internationales, en totale coordination avec le « Maritime Rescue Coordination Center » (MRCC) basé à Rome.

Naufrage de migrants au large de la Libye, le 25 mai 2016 (Photo prise par la marine italienne / STR / AFP MARINA MILITARE / AFP)

C’est le MRCC qui reçoit un signal de détresse d’un canot en perdition en mer (ou signalé par un observateur), le MRCC appelle à l’action l’Aquarius qui envoie des canots de sauvetage et prend en charge les rescapés. L’Aquarius rentre au port italien indiqué par le MRCC. Les rescapés sont ensuite remis aux autorités pour un traitement administratif de leur situation.

Ce sont plus de 11 000 personnes qui ont ainsi pu être secourues depuis l’entrée en service de l’Aquarius. La technique de sauvetage s’est même améliorée, l’approche des esquifs des naufragés ayant été modifiée par rapport à l’origine car un phénomène de panique, parfois, s’emparait les naufragés à l’arrivée des canots, précipitant certains à la mer où ils se noyaient d’épuisement, ne sachant pas nager, à l’instant même d’être sauvés !

Les images de ce reportage témoignent de la reconnaissance des rescapés envers leurs sauveteurs : ils savent qu’ils ont échappé à la mort.

Ce sont cent opérations de sauvetage qui ont été effectuées par l’Aquarius depuis 2016. Le flux migratoire augmente avec la saison estivale et il difficile de sauver la totalité des embarcations à la dérive car durant le voyage de rapatriement des rescapés par l’Aquarius, rares sont les bateaux pouvant secourir ceux qui ont tenté la traversée au même moment.

Il faut savoir que les passeurs n’ont aucun remords à faire partir les migrants entassés sur des canots ne pouvant tenir la mer plus de huit heures sans moyen de se diriger, sans vivres, ni carburant suffisant, où le chavirage est certain dès que la houle est forte, le moteur étant sous dimensionné.

Le sauvetage d’un bateau de migrants par SOS Mediterranee (photo A. Psaroudakis /SOS Mediterranée)

A l’issue de cette projection, le débat s’est engagé entre le public et les conférenciers membres de SOS Méditerranée. Des précisions ont ainsi été apportées concernant les chemins migratoires et leurs rapports avec la situation politique des pays d’où proviennent les migrants. A ce jour c’est la Libye qui concentre ce flux de réfugiés dans l’attente hypothétique d’un départ vers l’Europe, séjour durant lequel ils sont traités comme des « animaux ».

Que font les Etats européens pour traiter le problème ? Depuis l’arrêt de l’opération « Mare Nostrum », c’est l’opération militaire « Sophia », avec 88 bateaux qui lutte principalement contre les passeurs au large de la Libye, sans mission officielle de sauvetage, de même que l’organisation de contrôle « Frontex », même si leurs actions permettent un certain nombre de sauvetages.

Quelles solutions pour endiguer ce flot migratoire ? C’est reposer le problème du développement économique de l’Afrique que seules les autorités politiques pourraient traiter, de même que les conflits armés, mais les intérêts divergents des grandes puissances et des gouvernements locaux sont tels qu’il est illusoire de croire à une résolution à court terme de ce problème.

Ce sont donc des initiatives citoyennes qui aujourd’hui sont à l’initiative d’action de sauvetages comme SOS Méditerranée ? Il faut citer l’Alliance de Médecins Sans Frontières et d’une ONG maltaise agissant dans le même but, alors même que le gouvernement maltais refuse l’accueil des réfugiés.

L’intervention de rescapés retournant dans leurs pays d’origine, en témoignant de leur expérience auprès des populations locales peut aider à faire prendre conscience que l’exil est un rêve illusoire et dissuader d’éventuels candidats à s’engager dans ce projet mortifère.

SOS Méditerranée a publié une lettre ouverte à l’Europe, au siège de Bruxelles, pour faire prendre conscience de la situation auprès des responsables politiques de l’institution, à l’occasion du second anniversaire de la création de l’association, sans écho particulier à ce jour. Paradoxalement la France a proclamé « cause nationale » le sauvetage en mer et à ce titre SOS Méditerranée et la SNSM sont honorées pour leurs actions. Cependant l’émotion ne semble pas suffisante pour faire passer à l’action les dirigeants politiques. Pourtant des conventions internationales régissent l’obligation de secourir les personnes et navires en détresse.

Un public particulièrement attentif lors de cette conférence à Carnoux

Ce sont les réunions d’information dans des associations comme la nôtre ou dans des établissements scolaires (collèges) qui peuvent alerter les citoyens sur les besoins de soutien à ces actions de sauvetage. Il faut noter aussi que l’Aquarius embarque occasionnellement des journalistes des grands média internationaux qui témoignent du travail réalisé par SOS Méditerranée.

Cette action a un coût, évalué à 11 000 € pour chaque jour de mission, pour l’affrètement du bateau, l’achat des canots de sauvetage, des gilets de sauvetage, et de la prise en charge médicale. Cette somme est financée, par des dons du grand public, des mécènes, des fondations, des entreprises et des associations citoyennes, mais aussi de nombreuses personnalités du monde maritime, scientifique et de la société civile qui soutiennent cette action.

A la fin de ce débat c’est le Président, Michel Motré, qui au nom du Cercle et du public félicita les conférenciers membres de SOS Méditerranée pour leur engagement humanitaire et leur force de conviction à poursuivre une tâche aussi difficile mais indispensable, avant de les inviter, tradition oblige, à partager un verre de l’amitié à l’apéritif offert à tous pour clore cette conférence riche en émotion.

C.M.

PS : L’APPEL DU 8 JUIN

Le Jeudi 8 Juin à 20 h, une soirée exceptionnelle est organisée par La Criée Théâtre National de Marseille pour soutenir l’action de SOS MEDITERRANEE.

Cet événement unique, porté haut et fort par les membres du comité de soutien de l’association composé de navigateurs, d’écrivains, de musiciens, de chercheurs, d’artistes, de journalistes sera placé sous le signe de la solidarité et de l’engagement. Il sera l’occasion d’un vaste appel à soutien et à mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société civile, autour de la mission de sauvetage en mer et des valeurs de SOS MEDITERRANEE.

La soirée sera ponctuée de lectures, d’un débat, de témoignages, de projections et d’intermèdes musicaux, avec la participation de nombreuses personnalités : Daniel Pennac, écrivain – François Morel, acteur, chanteur – Titouan Lamazou, peintre et navigateur – Macha Makeïeff, auteure et metteur en scène – Catherine Wihtol de Wenden, politologue, directrice de recherche au CNRS – Bernard Foccroulle, musicien, directeur du Festival d’Aix-en-Provence – Alain Damasio, écrivain – Tarek Abdallah, oudiste, compositeur – Blick Bassy, musicien – Antoine De Caunes, acteur, cinéaste – Edouard Baer, animateur et comédien – Laure Adler, journaliste – Thierry Fabre, essayiste et chercheur – Marie Rajablat, auteure – Maryline Baumard, reporter au Monde. Et celle des équipes de SOS MEDITERRANEE, Francis Vallat, président – Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale, les marins-sauveteurs et bénévoles ainsi que bien d’autres invités …

Pour y participer la réservation est indispensable par mail ou par téléphone (06.14.16.85.96). La participation est libre sous forme de don.

Conférence SOS Méditerranée : c’est bientôt !

10 mai 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra cette semaine, jeudi 11 mai 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située à Carnoux-en-Provence, au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Cette conférence, animée par Pierre Calfas, bénévole de l’association SOS Méditerranée, s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association. Celle-ci a été créée pour venir en aide aux milliers de réfugiés qui, fuyant la guerre civile en Syrie, en Lybie et ailleurs, tentent de traverser la Méditerranée sur de frêles embarcations, souvent causes de drames humains atroces.

Si vous aussi, vous vous sentez concernés par le sort de ces familles qui essaient de fuir des conditions de vie effroyables et se retrouvent bien souvent confrontés à des situations encore plus inhumaines dans des embarcations de fortune dérivant en pleine mer, alors n’hésitez-pas à venir dialoguer avec le représentant de SOS Méditerranée à l’occasion de cette rencontre inédite à Carnoux. L’entrée y est libre et gratuite.

Réfugiés : doit-on les laisser se noyer ?

25 avril 2017

Le Cercle Progressiste Carnussien propose, le jeudi 11 mai 2017 à 18h30 salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, une conférence sur la question humanitaire du sauvetage en mer Méditerranée de personnes qui fuient les conflits armés et la misère économique.

Depuis l’an 2000, ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Pour la seule année 2015, ce sont 2 892 personnes qui ont péri sur cette route.

Face à cette tragédie, la société civile européenne s’est mobilisée pour créer en 2015 SOS MEDITERRANEE, une association européenne de sauvetage en mer Méditerranée.

Cette conférence qui s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association SOS Méditerranée sera animée par Pierre CALFAS, bénévole de l’association.

Crédit photo : Federica Mameli

Grâce à des dons privés venus d’Italie, de France et d’Allemagne, SOS Méditerranée a affrété un bateau, l’Aquarius, qui navigue entre les côtes libyennes et l’Italie et recueille à son bord des adultes et des enfants que des passeurs ont entassés sur de frêles embarcations inadaptées pour affronter un voyage long (plus de 30 heures) et périlleux.

Quand on sait que le sort de ces malheureuses personnes fait l’objet d’un marchandage initié par des soit disant passeurs qui les réduisent avant leur départ en situation de quasi esclavage, la question humanitaire qui se pose est bien celle de notre responsabilité collective. Doit-on les laisser se noyer sans rien faire ?

En effet, les embarcations surchargées ne laissent que peu d’espoir d’atteindre les côtes hospitalières  de l’Italie et, pour de nombreux passagers, c’est la mort qui les frappe après moins de 20 mn passées dans l’eau.

Sauvetage en mer près de Lesbos en décembre 2016 (crédit photo Laurin Schmid)

En France, cette année 2017, le sauvetage en mer a été classé Cause Nationale. Deux associations sont reconnues pour leur engagement, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) et SOS Méditerranée.

Au-delà de l’aspect humanitaire du sauvetage en mer, c’est aussi la question de la désespérance de populations qui est soulevée et à laquelle Pierre CALFAS pourra apporter son analyse fondée sur une rare expérience en matière de développement économique et social, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Nous vous attendons nombreux à cette conférence qui traitera d’un sujet auquel nul ne peut être insensible.

Michel Motré

Président du Cercle Progressiste Carnussien

Rivières mystérieuses de Cassis : les explorations se poursuivent…

22 avril 2017

En octobre 2015, une conférence organisée par le Cercle progressiste de Carnoux et animée par l’association Cassis, la rivière mystérieuse, avait attiré plus de 120 personnes pour visionner deux films spectaculaires présentés par Gérard Acquaviva et Louis Potié. Un succès qui s’explique largement par la fascination qu’exerce l’exploration en cours de ces deux résurgences en mer d’eaux douces, connues vraisemblablement depuis l’Antiquité mais dont on commence seulement à mieux appréhender les cheminements souterrains.

Emplacement des sources de Port-Miou et du Bestouan (source KarstEAU)

Au cours de l’année 2016, les explorations de ces conduits karstiques noyés, parcourus et cartographiés désormais sur plusieurs kilomètres et qui débouchent en mer, se sont poursuivies avec notamment plusieurs campagnes de plongée en avril et mai 2016 organisées en présence du plongeur professionnel Xavier Méniscus, qui avait battu en juillet 2015 un record européen de plongée spéléologique en descendant à -262 m dans un gouffre des Corbières.

Matériel utilisé pour la plongée de Xavier Méniscus à Port-Miou le 28 mai 2016

A Port-Miou, le 28 mai 2016, il est descendu à -145 m dans le grand puits terminal (qu’il avait exploré en 2012 jusqu’à -223 m), un puits qui se situe en amont de la galerie d’entrée, à un peu plus de 2 km du débouché en mer, dans la calanque de Port-Miou. Plusieurs vidéos ont été tournées à cette occasion, par Michael Walz et Fred Swierczynski. Le montage de ces images sous-marine donne une bonne idée de la nature de telles expéditions et de la sophistication du matériel nécessaire pour s’engager dans une telle entreprise.

Plongée dans la galerie naturelle de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit les plongeurs se faufiler à travers les buses du barrage anti-sel qui avait été construit dans les années 1970 à une période où l’on espérait pouvoir exploiter un jour cette résurgence d’eau douce en la protégeant des remontées d’eau saline. Depuis, les investigations effectuées par les universitaires du programme KarstEAU, sous la conduite de Bruno Arfib, ont permis de comprendre que d’autres intrusions salines plus profondes permettaient à l’eau de mer de contourner ce barrage.

Coupe schématique de la résurgence de Port-Miou (document extrait de la plaquette Les rivières de Cassis)

Les images tournées à l’occasion de ces plongées récentes donnent une bonne idée de la taille de la galerie principale dans laquelle évoluent les plongeurs, et surtout de l’ampleur du puits qui se développe à l’extrémité de cette galerie.

Plongée dans le puits de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit aussi un plongeur déverser de la fluorescéine dans la galerie fin de réaliser une mesure de débit (par suivi de la dilution).

Essai de coloration à la fluorescéine à Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

En avril 2017, de nouvelles plongées viennent d’avoir lieu, toujours dans la galerie de Port-Miou, qui ont notamment permis d’installer deux fluocapteurs à charbon actif qui devraient permettre de détecter finement toute trace de fluorescéine en vue de nouvelles tentatives de coloration.

Car dans le même temps, les explorations spéléologiques continuent depuis la surface du plateau calcaire, afin de tenter de repérer des voies d’accès terrestres vers l’amont de ces galeries souterraines noyées. En 2015, les spéléologues concentraient beaucoup d’espoir sur le gouffre de la Gorguette qui se situe juste en contrebas de la route départementale, dans la descente entre Carnoux et Cassis. Un essai de coloration y a donc été tenté en octobre 2015, avec l’aide des pompiers pour apporter la charge de dilution nécessaire. Mais grande fut la déception de tous les acteurs de cette expérience car aucune trace de colorant n’a pu être détectée ni dans la résurgence du Bestouan ni dans celle de Port-Miou.

Extrait d’un article de La Provence du 31 octobre 2015 relatant la tentative de coloration depuis le gouffre de la Gorguette

Depuis, les efforts se concentrent donc sur deux autres avens situés à proximité l’un de l’autre, au dessus du Mussuguet, en bordure du camp militaire de Carpiagne, de part et d’autre de la limite administrative du parc National des Calanques (ce qui ne facilite pas les autorisations pour y intervenir !).

Tête de l’aven Mussuguet 3

Le premier, dit Mussuguet 3 de son petit nom, est un puits vertical de 32 m de profondeur dont le fond est obstrué d’éboulis argileux et où la présence de caz carbonique oblige à prendre de nombreuses précautions. Persuadés que cet aven se prolonge en profondeur, les spéléologes s’acharnent depuis 2013 à déblayer le fond du gouffre de ces blocs éboulés. En février 2015, alors qu’ils avaient réussi à approfondir de quelques mètres le fond du trou, une première coloration a montré que ce point d’infiltration naturel était bien en lien direct avec la galerie de Port-Miou située juste en dessous puisque la fluorescéine a été détectée au barrage de Port-Miou 43 heures plus tard, après avoir parcouru environ 3,5 km en souterrain.

Equipement du Mussuguet 3 pour sa désobstruction (photo MV, 18 octobre 2015)

Cette bonne nouvelle a dopé les espoirs des spéléologues qui ont donc redoublé d’efforts, équipant à demeure le puits d’un portique métallique pour y suspendre le treuil destiné à remonter les déblais. Fin 2016, après de nombreux week-end passés à se relayer au fond du puits pour remplir des seaux d’argile, la profondeur de l’aven atteignait 44,15 m. Un travail de fourmi donc qui devra encore se poursuivre sachant que chaque seau remonté à la surface au prix d’efforts qui forcent l’admiration ne permet de faire baisser le fond du puits que de 1,3 cm en moyenne…

Quant à l’aven du Sumac, découvert en 2014 et situé à une centaine de mètres du précédent, il fait lui aussi l’objet d’un travail de forçat pour le désobstruer car il était totalement rempli de pierres lors de sa découverte. Le travail de déblaiement est d’ailleurs plutôt plus rapide dans ce dernier car les éboulis ne sont pas aussi argileux.

L’entrée du Sumac soigneusement protégée

En mai 2015, après avoir remonté plus de 2600 seaux de pierres, les spéléologues avaient ainsi atteint la profondeur de 12 m. Un an plus tard, alors que le fond du puits principal s’établissait à 19 m de profondeur, une diaclase secondaire a été repérée, laissant espérer un prolongement au moins jusqu’à la profondeur de 41 m. Le suspens se poursuit donc et tout laisse espérer que de nouvelles découvertes devraient permettre d’en savoir bientôt davantage sur ces fameuses rivières mystérieuses de Cassis et sur le réseau de conduits karstiques qui les alimentent depuis un vaste espace calcaire qui englobe probablement tout le massif du Beausset et peut-être même au-delà.

Rendons hommage en tout cas à ces passionnés qui se retrouvent tous les week-end pour progresser, centimètre par centimètre, pierre à pierre, seau après seau, dans la connaissance de ces réseaux souterrains qui se déployent sous nos pieds, aux portes de Carnoux.

L.V.  

SOS Méditerranée reconnue Grande cause nationale 2017

8 février 2017

blog391_phsauvetage2SOS Méditerranée, jeune association civile de sauvetage en haute mer spécialisée dans l’aide aux migrants en détresse en Méditerranée, vient tout juste de se voir décerner, aux côtés de la SNCM, le prestigieux label de Grande cause nationale 2017, dédié au sauvetage en mer. Une belle consécration pour cette ONG qui a été créée en 2015 seulement, dans un bel élan de la société civile européenne mobilisée face à l’urgence humanitaire en Méditerranée où au moins 46 000 personnes, hommes, femmes et enfants ont péri en mer depuis une quinzaine d’années en cherchant à rejoindre l’Eldorado européen…

blog391_phsauvetage3Déjà en décembre 2015, l’ONG s’était vue remettre le Prix de la Société Civile par le Comité économique et social européen (CESE), en remerciement de ses efforts pour améliorer la vie des migrants et favoriser leur insertion dans la société européenne. Selon le CESE, ce prix récompense des manifestations exemplaires de solidarité en Europe, qui se sont avérées extrêmement efficaces sur le terrain.blog391_phaquarius

Grâce à la solidarité de milliers d’Européens, SOS Méditerranée, dont les équipes se partagent entre Marseille, Berlin et maintenant Palerme, a ainsi pu affréter l’Aquarius, un navire de 77 mètres de long. Depuis février 2016, l’Aquarius assure sans discontinuer sa mission vitale de sauvetage sur l’axe migratoire le plus mortel au monde, entre la Libye et l’Italie.

En 11 mois de présence en mer et 79 opérations, 12 087 personnes ont ainsi été recueillies par SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius : près de 8 000 vies sauvées par les équipes de sauvetage sur des embarcations en détresse et 4 000 personnes prises en charge après transbordement d’un autre navire. Outre les 11 membres d’équipage, l’Aquarius embarque également 6 sauveteurs volontaires qui sont des marins professionnels, ainsi qu’une équipe médicale de 7 à 8 personnes mobilisée par Médecins Sans Frontières. Il faut noter qu’une seule journée de mission sur L’Aquarius coûte 11 000 €.

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L’association se réjouit donc de cette reconnaissance comme Grande cause nationale 2017, qui va lui permettre de conforter son statut de réseau associatif agissant sur le plan national et européen, mais aussi de disposer d’une caution visible de l’État, de favoriser sa communication auprès d’un large public et de faciliter ainsi son appel à la générosité et aux dons.

Le site internet de l’association fourmille de témoignages au quotidien permettant de s’imprégner des actions de sauvetage en mer réalisés chaque jour par les équipes de l’Aquarius. Une magnifique leçon de courage et de dévouement au service de nos voisins du Sud.

J. Tonnelle