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6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Insecticides tueurs d’abeille : Hulot a failli avaler de travers

2 juillet 2017

Lors de l’annonce du premier gouvernement d’Edouard Philippe le 17 mai dernier, peu après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, nombreux étaient ceux qui pariaient que le nouveau ministre d’État à la transition écologique et solidaire, l’ex animateur de télé Nicolas Hulot, peu connu pour ses qualités diplomatiques et son art du compromis, ne ferait pas de vieux os à ce poste. Beaucoup se demandaient même s’il arriverait à battre le record de longévité d’Alain Bombard, resté secrétaire d’État pendant 32 jours avant d’être débarqué pour ses déclarations à l’emporte pièce sur la chasse à courre, voire celui de Léon Schwartzenberg, éphémère ministre de la santé de Michel Rocard, éjecté 9 jours après sa nomination pour avoir tenu des propos peu consensuels sur l’euthanasie.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire (crédit photo Villard / SIPA)

Et pourtant, contre toute attente, Nicolas Hulot non seulement a été confirmé dans ses fonctions lors de la formation du second gouvernement Philippe, mais il est toujours à son poste un mois et demi plus tard, alors que d’autres poids-lourds de cet attelage, dont François Bayrou, Richard Ferrand ou encore Marielle de Sarnez ont déjà mordu la poussière… Pour quelqu’un qui déclarait voilà peu à propose de sa toute nouvelle charge ministérielle « j’espère que ce ne sera pas qu’un job d’été », c’est plutôt encourageant…

Et voilà même qu’il vient d’engranger la satisfaction de voir arbitrer en sa faveur un désaccord majeur avec le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, l’ex député socialiste de la Manche, Stéphane Travert. Par comparaison avec les énormes couleuvres avalées par ses prédécesseurs à ce poste ingrat, dont Ségolène Royal qui avait dû laisser Manuel Valls lui imposer de laisser Alteo continuer de déverser en plein Parc national des Calanques ses eaux industrielles riches en métaux lourds et fortement alcalines, c’est donc plutôt un bon début.

Rappelons pour mémoire que les députés avaient adopté en mars 2016, à l’occasion de l’examen en deuxième lecture à l’Assemblée nationale de la loi Biodiversité, un amendement prévoyant d’interdire l’usage des insecticides à base de néonicoticoïdes, dont il a été largement prouvé la nocivité sur le système nerveux des abeilles. Un pas en avant que tous les défenseurs de l’environnement et surtout les apiculteurs attendaient depuis des années en observant année après année l’effondrement des colonies d’abeilles et autres pollinisateurs (bourdons et papillons notamment) : la production de miel qui était d’environ 30 000 tonnes par an il y a 20 ans, a péniblement atteint 15 000 tonnes en 2015…

Des ruches françaises de moins en moins productives (infographie AFP)

La particularité de ces substances actives (clothianidine et imidaclopride, produites par Bayer, et thiaméthoxame synthétisé par la firme Syngenta), commercialisées notamment sous les noms de Gaucho et Cruiser, est qu’elles ont un effet systémique, c’est à dire qu’elles envahissent tout le système de la plante, de la sève au pollen. Il suffit donc d’en enrober les graines pour contaminer toute la plante durant toute sa croissance, ce qui évite à l’agriculteur d’avoir ensuite à traiter ces cultures par des aspersions répétées comme avec d’autres produits.

Le gain de temps et les économies qui en résultent expliquent pourquoi ces insecticides ont été autant plébiscités jusqu’à constituer désormais un tiers des insecticides utilisés dans le monde. On l’utilise en particulier pour protéger les cultures de blé, d’orge ou de betterave contre les attaques de pucerons verts. Le hic, c’est que les pollinisateurs qui viennent butiner sur ces champs absorbent ces substances qui ont une action nocive puissante sur leur système nerveux et les désorientent, leur empêchant de rejoindre leur colonie, d’où la perte constatée de plus de 300 000 ruches chaque année, une véritable hécatombe qui ne se limite bien évidemment pas aux seules abeilles domestiques mais touche tous les insectes pollinisateurs.

En 2013 déjà, la Commission européenne avait décidé de limiter l’utilisation professionnelle de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes sur certaines cultures et également d’interdire la mise sur le marché de semences traitées ainsi que les utilisations non-professionnelles. Il lui avait bien fallu en effet tenir compte de l’avis de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA) qui avait constaté, au vu des inombrables études scientifiques concordantes sur le sujet, l’effet désastreux de ces substances sur les populations d’abeilles.

A l’époque, ces restrictions d’usage, entrées en vigueur au 1er décembre 2013, portaient sur 75 cultures différentes dont notamment des cultures fruitières (abricots, poires, pommes, pêche et nectarines, prunes), des cultures de fruits à coque (noix, noisettes amandes) ou des cultures de fruits rouges (fraises, myrtilles), jugées particulièrement attractives pour les abeilles. Mais il ne s’agissait que d’un moratoire temporaire car de nombreux pays, dont le Royaume-Uni en pointe sur ce dossier, s’étaient alors battus bec et ongles pour empêcher toute mesure d’interdiction définitive.

C’est donc en attendant que l’Europe se mette d’accord sur des mesures plus fermes sur le sujet que la France a débattu de la question à l’occasion du vote de la loi Biodiversité, d’autant que ce moratoire na manifestement pas eu les effets escomptés puisque les ventes d’insecticides néonicotinoïdes ont bondi en France, passant de 387 tonnes en 2013 à 508 en 2014, soit un gain de 31 % en un an !

Le débat a été houleux en 2016, avec même une intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, fortement aiguillé par les principales fédérations professionnelles agricoles des producteurs de blé, de maïs, d’oléagineux et de betteraves incitant par courrier les députés à ne surtout pas décider d’interdiction brutale de ces produits jugés indispensables pour garantir la compétitivité des filières. Il s’était finalement soldé par une interdiction à compter du 1er septembre 2018 sur l’ensemble des cultures mais avec possibilité d’accorder des dérogations jusqu’en 2020, histoire de laisser du temps à chacun de s’adapter, et éventuellement aux changements de majorité de revenir en arrière…

Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation crée le buzz en annonçant vouloir revenir sur l’interdiction prochaine des néonicotinoïdes (crédit photo BFMTV)

C’est bien d’ailleurs ce qui a failli se passer puisque dès sa nomination au ministère de l’agriculture et poussé par les lobbies agricoles et de l’agrochimie, Stéphane Travert est aussitôt monté au créneau en déclarant le 26 juin 2017, moins d’une semaine après son entrée en fonction, vouloir revenir sur cette interdiction prochaine des néonicotinoïdes, qu’il juge excessive par rapport aux obligations européennes et surtout gênante pour les intérêts de la profession.

Cette déclaration a aussitôt fait bondir son collègue Nicolas Hulot qui a immédiatement tweeté qu’il n’était pas question de revenir sur les engagements votés il y a un an, et déclarant : « Nous ne reviendrons pas sur ces acquis. Je veux être le garant de ce qu’ont fait mes prédécesseurs ». Sur un tel sujet, on ne l »imaginait pas en effet se déjuger lui qui avait toujours été en pointe dans ce combat contre les insecticides tueurs d’abeilles. En revanche, la position du chef du gouvernement, Edouard Philippe, était plus attendu. Cet ancien directeur des affaires publiques d’AREVA est en effet réputé peu sensible aux questions environnementales, au point d’avoir voté contre la loi Biodiversité en 2016, et contre la loi sur la Transition énergétique.

Et pourtant, ce même Edouard Philippe a signifié le jour même à son ministre de l’agriculture que le débat avait déjà été tranché et qu’il n’était pas question de revenir en arrière sur cette interdiction prochaine des insecticides néonicotinoïdes. Première victoire donc pour le nouveau ministre Nicolas Hulot, mais nul doute que le combat ne fait que commencer et qu’il aura d’autres occasions de monter au créneau pour éviter d’avaler trop de couleuvres sur les nombreux chantiers qui s’ouvrent devant lui… Pas de vacances donc pour Monsieur Hulot !

L. V.  

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

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Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

L’ogre Monsanto va t-il disparaître ?

15 octobre 2016

Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au fonctionnement de l’agriculture moderne et à ses effets délétères sur l’environnement, la firme américaine Monsanto, leader mondial des semences OGM, fait figure de repoussoir universel ! On ne compte plus les reportages qui dénoncent le rôle de cette multinationale toute puissante qui contrôle une large part du marché mondial des semences et poursuit en justice les paysans qui s’obstinent à vouloir produire leurs propres semences à partir d’une sélection de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de nombreux pays, Monsanto n’hésite pas à les traduire en justice pour cela afin d’assurer sa suprématie commerciale.

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Pour la plupart des tenants d’une agriculture raisonnée et les défenseurs de l’environnement, le nom de Monsanto est détesté. La firme fait d’ailleurs l’objet depuis le 12 octobre 2016 d’un procès retentissant, accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide » par un tribunal international citoyen qui siège à La Haye. Son crime : avoir commercialisé des produits dangereux responsables de la mort de milliers de personnes. Parmi ces produits toxiques, les polychlorobiphényles (PCB), le Lasso (un herbicide cancérigène, interdit en Europe depuis 2006), le glyphosate (un herbicide connu sous la marque Roundup et dont l’Union européenne vient de prolonger l’autorisation d’usage !) ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, le fameux « agent orange », un puissant défoliant pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

blog351_dessintribunalCertes, ce procès, pour le financement duquel a été monté une vaste opération de financement citoyen, est largement symbolique et d’ailleurs la firme Monsanto a refusé d’y participer pour se défendre. Les membres du tribunal n’en sont pas moins des juges professionnels aguerris en matière de droit pénal international et parmi le comité de direction de cette initiative, on retrouve de vrais spécialistes du sujet, dont l’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corine Lepage, la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du documentaire « Le monde selon Monsanto » ou encore l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

Au delà du cas Monsanto, emblématique des pires excès du business de l’agro-alimentaire industriel, responsable de l’empoisonnement de milliers de personnes sur la planète, mais aussi de l’accélération de la perte de biodiversité, l’enjeu de ce tribunal est aussi de mettre en évidence l’ampleur des stratégies de désinformation, de corruption et de lobbying qui ont permis à la firme américaine d’imposer ses produits à travers le monde entier malgré leurs effets redoutables sur la santé humaine et sur l’environnement.

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Et voila que l’on apprend que la firme Monsanto est sur le point de disparaître, rachetée par un de ses concurrents, le géant allemand Bayer, pour la modique somme de 59 milliards d’euros ! Il faut dire que la firme américaine avait eu un petit coup de mou avec une baisse de 15 % de son bénéfice en 2015, mais elle avait déjà annoncé la suppression de 3 600 emplois d’ici 2018, histoire de redresser la barre…

En tout cas, la fusion du leader des semences et du roi des pesticides ne va pas passer inaperçue dans le paysage agricole mondial… Le chiffre d’affaire annuel des deux sociétés est de 23  milliards d’euros et elles comptent pas moins de 140 000 salariés à travers le monde. Mais surtout, après la fusion, le groupe contrôlera 24 % du marché mondial des pesticides et 30 % de celui des semences. De quoi se placer en bonne position dans le grand Monopoly mondial auquel jouent les six grands qui se partagent le marché.

blog351_phbourseEn décembre 2015, les deux géants américains Dow Chemical et Dupont de Nemours avaient déjà fusionné pour 130 millions de dollars. Monsanto avait alors tenté de racheter le suisse Syngenta dont les frasques judiciaires ont déjà été évoquées ici, mais c’est finalement le Chinois ChemChina qui l’a absorbé pour la somme conséquente de 43  milliards de dollars. Les trois mastodontes ainsi créés vont désormais contrôler à eux trois 60 % des semences et 75 % des produits phytosanitaires vendus sur la planète. Pas très rassurant pour l’avenir des agriculteurs et celui de notre environnement…

Du coup, il paraît probable que le nom de Monsanto, honni à travers toute la planète par des cohortes de petits agriculteurs et les défenseurs de la biodiversité, va disparaître, histoire de se refaire une virginité. On peut d’ailleurs faire confiance aux communicants pour dénicher un autre nom que celui de Bayer dont la réputation n’est pas moins ternie par des décennies de bonnes affaires.

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Rappelons en effet au passage que cette dernière société, dont selon une analyse d’Agoravox, les principaux actionnaires sont désormais des fonds d’investissement américains, est l’héritière de la firme allemande IG Farben, qui fournissait le Reich en Zyklon B, pour l’alimentation des chambres à gaz des camps d’extermination, après avoir été l’inventeur du gaz moutarde largement utilisé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. La société avait d’ailleurs été condamnée lors du procès de Nuremberg pour avoir acheté des déportés du camp d’Auschwitz à des fins de cobayes. Ses produits phares que sont les insecticides Gaucho et Regent, accusés d’exterminer les abeilles, sont également de sinistre mémoire, mais chacun sait bien qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…blog351_dessinfusion

La stratégie d’intégration menée par Bayer et Monsanto ne manque en tout cas pas de clairvoyance. En fournissant à la planète entière semences, engrais et pesticides mais aussi de plus en plus conseils techniques et encadrement, ils transforment peu à peu les agriculteurs en de simples opérateurs industriels totalement à leur merci. Et s’ils tombent malades du fait de l’ingestion massive des produits toxiques utilisés pour les traitements phytosanitaires, c’est encore Bayer qui leur vendra à prix d’or les médicaments anti-cancéreux dont ils ont besoin.

blog351_dessindangerLa fusion entre Monsanto et Bayer laisse en effet entrevoir un avenir radieux pour la profitabilité des actionnaires du monstre ainsi créé qui maîtrisera à la fois la production alimentaire mais aussi les traitements pharmaceutiques nécessaires pour corriger les dégâts collatéraux malencontreusement causés par une industrie agroalimentaire peu regardante en matière environnementale. La tentation serait même grande pour arrondir les dividendes des actionnaires, d’introduire dans les semences des modifications génétiques porteuses de maladies dont la firme fournirait en parallèle le traitement médical approprié. Un vrai jackpot en perspective !

L.V. LutinVert1Small

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

Du cognac produit en Arménie par Pernod Ricard ?

27 juin 2016

La diaspora arménienne est particulièrement implantée dans les Bouches-du-Rhône où elle compterait de l’ordre de 80 000 à 150 000 ressortissants ayant des origines en Arménie. La plupart se sont réfugiés ici après le génocide de 1915, mais certains commerçants s’étaient implantés à Marseille dès le XVe siècle, au point que Colbert leur octroya en 1669 un statut spécifique de port franc.

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Martine Vassal, présidente du Conseil départementale des Bouches-du-Rhône et dont la mère est d’origine arménienne, ne pouvait rester insensible au poids électoral d’une telle communauté, fortement implantée dans son canton de Mazargues. C’est donc tout naturellement qu’elle vient de se rendre en Arménie pour une visite de trois jours, à la tête d’une délégation d’une trentaine de personnes, dont de nombreux élus, des chefs d’entreprises et des responsables associatifs, ainsi que l’a rapporté La Marseillaise.

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

A l’occasion de cette visite, le journal La Provence a évoqué avec admiration l’implantation réussie du groupe Pernod Ricard, dont le siège est à Marseille et qui produit depuis 1998 du cognac en Arménie. Avec un certain succès puisque le groupe se targue d’être celui qui paye actuellement le plus d’impôts dans cette petite république du Caucase… Plus de succès en tout cas que l’opérateur de téléphonie Orange qui vient justement de quitter l’Arménie où il cherchait à se développer depuis 2009 sans avoir réussi à atteindre la rentabilité espérée. A croire que les Arméniens sont plus gros consommateurs d’alcool que de téléphones mobiles !

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Mais quand même… Produire du cognac en Arménie, alors même que les viticulteurs français sont vent debout contre les appellations usurpées de champagne californien… Pernod Ricard se serait-il lancé à son tour dans l’industrie de la contrefaçon bien que le cognac fasse l’objet d’une appellation d’origine contrôlée dont l’aire de production est délimitée depuis 1909 ? Il est vrai que le cognac en question est exporté pour l’essentiel en Russie (à 85 %), en Ukraine et en Biélorussie, mais de là à faire croire aux Charentais que l’on peut sans problème produire du cognac sur les pentes du mont Ararat…

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Il faut dire pour être honnête que les Arméniens ont une longue expérience viticole. On considère même désormais que c’est dans cette région et dans la Georgie voisine qu’a été inventée la viticulture en transformant la vigne sauvage vinis vinifera sylvestris en vigne cultivée. En 2007, une campagne archéologique américano-arménienne a d’ailleurs retrouvé, près du site d’Areni, un vase contenant des pépins de raisins datant de plus de 6000 ans. De nouvelles fouilles réalisées en 2010 ont mis à jour les vestiges d’un fouloir préhistorique du Chalcolithique et confirmé l’existence de pratiques de vinifications datant de 6100 ans avant notre ère. De quoi donner de la consistance au récit biblique qui situe justement sur les pentes du mont Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie orientale, le lieu où le patriarche Noé aurait planté des vignes à la fin du Déluge et aurait pris ensuite la première cuite dont l’Histoire a conservé la trace.

Siège de la société YBC en Arménie

Siège de la société YBC en Arménie

Quant au « Cognac d’Arménie », qui aurait effectivement bénéficié d’une telle appellation en 1900, il ne s’agit bien sûr pas d’un vrai cognac et d’ailleurs la filiale de Pernod Ricard qui le produit et le commercialise, se garde bien d’employer ce terme sur son site ! Sa dénomination officielle est « brandy » et la société en question s’appelle la Yerevan Brandy Company (YBC), ou pour reprendre son petit nom arménien « Երևանի Կոնյակի Գործարան », ce qui signifie, comme chacun l’aura compris, « Société des brandies d’Erevan »).

Cette société YBC, rachetée en 1998 par Pernod Ricard pour la modique somme de 30 millions de dollars, est l’entreprise principale en Arménie pour les boissons alcoolisées. Fondée en 1887, elle s’est distinguée lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris, où son brandy a reçu un grand-prix et le droit d’être appelé « cognac », une appellation qui n’est plus légale désormais et qui a été remplacé par celle de « brandy arménien », strictement réglementée depuis 1999. A partir de 1953, la société YBC détient le monopole de la production de brandy arménien et commercialise du brandy ordinaire mais aussi des produits plus sophistiqués dont le brandy Ararat de 30 ans d’âge. La richesse des flacons du brandy Ararat, baptisé du nom d’Erebuni (l’ancien nom de l’actuelle capitale Erevan), montre bien d’ailleurs que le marché visé est plutôt celui des produits de luxe…Blog317_PhFlacon

Sur son site, auquel il faut montrer patte blanche pour accéder, Pernod Ricard met en avant les efforts déployés au travers de sa filiale YBC pour aider les vignerons de la région de Tavush à renouveler leurs plantations et à s’équiper en vue d’augmenter leur productivité. Les viticulteurs en question ont été structurés en coopérative et reçoivent le soutien de Planet Finance pour bénéficier d’un accès au micro-crédit, mais aussi à des formations. Un véritable conte de fées pour développer le commerce équitable en Arménie, à en croire les communicants de Pernod Ricard, deuxième groupe mondial de vins et spiritueux, qui se plait manifestement à mettre en avant sa fibre philanthropique, y compris lorsqu’il s’agit de produire en Arménie du faux congac pour le marché russe. Vive la mondialisation heureuse !

L.V.  LutinVert1Small

Ressources en eau : le rapport secret de Nestlé…

21 mai 2016

Nestlé veut vendre sa filiale DavigelVoilà un scoop comme on les adore. De quoi faire saliver le citoyen-consommateur toujours persuadé qu’on lui cache tout et avide de se faire peur. Voici qu’on apprend grâce à Wikileaks, que la firme internationale Nestlé, multinationale bien connue de l’agro-alimentaire, aurait publié en 2009 un rapport secret dressant un tableau alarmiste de l’avenir des ressources en eau de la planète. Rapport désormais publié par Reveal, le site de l’ONG Center for Investigative Reporting et relayé par Sciencepost.

A en croire ce rapport, que la firme suisse a préféré cacher depuis des années pour ne pas alarmer inutilement l’opinion publique, l’avenir même de l’humanité est gravement menacé et nous fonçons droit dans le mur. C’est bien simple : si le monde entier s’alignait sur le régime alimentaire des Américains, qui est en moyenne de 3600 calories par jour avec une consommation importante de protéines d’origine animale, les ressources totales en eau douce disponibles sur Terre auraient été entièrement épuisées depuis 15 ans déjà, lorsque notre planète comptait 6 milliards d’habitants.Blog304_PhFemmes

Nous en sommes désormais à plus de 7 milliards d’humains et les projections les plus réalistes en prévoient 9 milliards dès 2050. Depuis des années la quasi totalité du monde occidental s’est aligné sur le mode de vie américain et se rapproche des standards alimentaires des USA, tandis que les autres pays dont les mastodontes que sont la Chine et l’Inde voient leur consommation de viande augmenter de manière spectaculaire. Nous sommes donc en phase d’accélération face au mur qui se rapproche dangereusement…

Pourquoi un tel impact de notre mode de consommation ? Tout simplement parce qu’il faut en moyenne 5 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande… Bien entendu, ces données sont très variables selon les conditions de production mais les ordres de grandeur sont parlant. Une source de Futura-science considère ainsi que la quantité d’eau nécessaire à la production d’1 kg de viande de bœuf atteint même 13 500 l alors qu’il suffit d’un peu moins de 600 l pour produire 1 kg de blé ou de pommes de terre.

Blog304_DessinNestlé

La conclusion de Nestlé est donc évidente : si nous voulons éviter une situation catastrophique de pénurie d’eau à l’échelle mondiale (qui selon le rapport pourrait toucher un tiers de l’humanité dès 2025…), il faut modifier radicalement nos modes de production et de consommation. Les écologistes qui s’époumonent en vain depuis des années pour tirer la sonnette d’alarme et prôner la décroissance devraient se pâmer d’aise de constater qu’un poids lourd de l’économie mondiale adopte ouvertement leur analyse et relaie leurs thèses…

Blog304_PhRobinetSauf que les conclusions que tire Nestlé de ce constat ne sont pas exactement les mêmes… Pour faire face à cette grave menace, le géant de l’agro-alimentaire préconise une stratégie en quatre points : la création d’un marché virtuel de l’eau, la suppression des subventions pour les biocarburants, l’adoption de plus d’OGM pour cultiver des plantes résistantes au manque d’eau, et la libéralisation du commerce agricole mondial. Pas sûr que tous les agronomes qui, à l’instar de René Dumont jadis ou de Marc Dufumier, qui s’inquiètent depuis des décennies des dérives de l’agriculture mondiale, partagent les mêmes conclusions !

Certes, une limitation des surfaces agricoles consacrées aux biocarburants relève du bon sens même et peut difficilement être contestée. Pour le reste, on voit bien que cet argumentaire n’est qu’une manière détournée de remettre sur la table toutes les lubies de l’agrobusiness mondialisé qui, Nestlé et Monsanto en tête, poussent pour une privatisation des ressources en eau et une industrialisation toujours croissante de la production agricole à base d’OGM.

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, est d’ailleurs coutumier du fait, lui qui expliquait doctement il y a peu que les OGM sont bien meilleurs que les produits bio car ils ne rendent pas malades : « un bon exemple est le mouvement bio. Le bio est ce qu’il y aurait de mieux maintenant. Mais le bio n’est pas le meilleur. Après 15 ans de consommation de produits génétiquement modifiés aux Etats-Unis, pas un seul cas de maladie n’a été déclaré jusqu’à présent pour en avoir mangé. Et malgré cela, nous sommes tous si inquiets à ce sujet en Europe à propos de ce qui pourrait nous arriver ».

Il semblerait au passage que Nestlé a complètement oublié la leçon des années 1970, lorsque la firme avait été largement mise en cause pour ses méthodes de matraquage publicitaire visant à généraliser l’utilisation de lait en poudre en substitution de l’allaitement maternel, y compris dans des pays où les conditions d’alimentation en eau potable ne permettaient pas d’assurer une hygiène suffisante pour une telle pratique. Selon l’UNICEF, Nestlé aurait été alors indirectement responsable de la mort de 1,5 millions de nouveaux-nés chaque année dans le monde, comme le rappelle Le veilleur. Ce qui n’a pas empêché la multinationale de voir ses profits exploser…Blog304_DessinForum

Pour ce qui est des ressources en eau, l’argumentaire du PDG de Nestlé est le suivant : « L’eau est bien sûr la ressource de base la plus importante dans le monde aujourd’hui. On peut se poser la question de savoir si nous devrions privatiser l’approvisionnement normal de l’eau pour la population. Il y a deux opinions différentes à ce sujet. La première opinion, qui est je pense extrême, est représentée par les ONG, qui stipulent que l’eau est un droit public. Cela veut dire qu’en tant qu’être humain vous devriez avoir accès à l’eau. C’est une solution extrême. Et l’autre opinion dit que l’eau est un aliment comme n’importe quel autre. Et comme n’importe quel produit alimentaire, elle devrait pouvoir être sur le marché ».

Pour Nestlé, la solution est donc simple : il suffit de privatiser les ressources en eau de la planète et laisser le marché s’occuper de sa gestion. De son point de vue effectivement, on voit bien le profit que pourrait représenter une telle solution, pour une société qui engrange d’ores et déjà 26 milliards d’euros de bénéfice annuel provenant de la seule vente des bouteilles d’eau minérale Nestlé (détenteur désormais de nombreuses marques telles que Vittel ou Perrier) !

Blog304_PhSeattleOn est bien loin de la conception altruiste formulée en 1854 devant le gouverneur Isaac Stevens par Seattle, chef des tribus indiennes Duwamish et Suquamish : « Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n’y a pas un coin de cette Terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est sacré aux yeux et dans la mémoire de mon peuple ».

L.V.  LutinVertPetit

Le petit plus du miel ardéchois…

2 avril 2016

Pot of honey and wooden stick.Parmi les nouvelles qui circulent sur la toile, en voici une qui a fait un joli buzz et qui mérite d’être évoquée ici ! L’affaire se passe en Ardèche, près d’Aubenas et est racontée avec force détails en date du 16 mars 2016, sur le site du Daily Béret sous le titre alléchant : « Ardèche : Le succès de son miel bio était dû à la plantation de cannabis de son voisin ». En voici quelques extraits qui ne manquent pas de saveur :

Rémy P. est un apiculteur dépassé par son succès, où plutôt était car sa production vient d’être stoppée net par les autorités ardéchoises. Son miel contenait en effet une quantité importante de THC (tétra-hydro-cannabinol), le composé psycho-actif du cannabis, estimée selon un expert local à « un bon quart de joint bien chargé par tartine ». D’où provenait cette substance illégale ? De la plantation tout aussi illégale de son voisin, qui sous couvert de cultiver la châtaigne maintenait également un cheptel de près de 200 pieds de cannabis, cachés parmi les arbres et autres végétaux de son domaine de plusieurs hectares. « Les abeilles devaient butiner les plantes du voisin, au lieu de butiner les châtaigniers.. » conjecturait le jeune apiculteur lors d’un point presse.Blog290_PhAbeille

C’est un père de famille albenassien qui a découvert le pot-aux-roses en faisant passer un bilan sanguin à ses deux enfants de 7 et 9 ans. « Théo et Théa sont habituellement des enfants très excités, leur mère et moi avons beaucoup de difficultés à canaliser leur énergie. Mais depuis quelques temps, ils étaient très calmes… Trop calmes même; Théo s’est mis à écouter du Sinsemilia en boucle dans sa chambre et un dimanche, Théa a regardé une motte de beurre fondre pendant 5 heures d’affilé, en rigolant. On s’est beaucoup inquiétés » déclarait-il, admettant que lui-même et sa femme avaient également développé « un certain penchant » pour ce miel.

Mais si beaucoup se félicitent de l’arrêt de la production du « space miel », ce n’est pas le cas de tous les consommateurs, à l’instar de Jean-Tristan Spliffe, 45 ans, l’un des plus gros clients de Rémy qui lui se déclare très déçu. « Avec ce miel je me sens beaucoup mieux, je n’ai plus mes douleurs matinales, je suis de meilleure humeur et j’avais même arrêté de boire ! Là, je sais pas ce que je vais devenir.. j’étais à un pot et demi par jour, arrêter d’un coup va être dur, très dur.. » confiait-il, ajoutant que « si les abeilles trouvent ça bon, c’est que ça peut pas être mauvais pour les gens ».

Blog290_PotsMielExaminé en laboratoire, ce miel spécial s’est révélé particulièrement concentré en molécules psycho-actives, comme le résume Océane, une jeune lycéenne, consommatrice malgré elle : « Les miels, il y en a des clairs, il y en a des foncés. Avec celui-là c’est clair : t’es défoncé ! »

Même si la justice n’a pas encore tranché, Rémy P ne pense pas être inquiété, contrairement à son voisin qui a déjà été incarcéré : « Je suis un apiculteur moi, pas un dealer. Si je deviens responsable des faits et gestes de chacune de mes abeilles alors on va où là ? ». Réponse le 31 avril prochain au tribunal de moyenne instance d’Aubenas.

Mazette, il s’en passe de belles dans les campagnes ardéchoises ! En tout cas, l’histoire n’est pas passée inaperçue et même les internautes marocains s’y sont intéressés puisque le sujet a été relayé par le site Le Desk qui s’est dit qu’il y avait peut-être là des débouchés intéressants pour les petits producteurs de cannabis du Rif…

Bien entendu, l’histoire était trop belle pour être vraie et a fait l’objet d’une mise au point sur l’édition ardéchoise du Dauphiné, qui précise que le Daily Béret est un site satirique dont il convient de ne pas prendre toutes les informations pour argent comptant…

Ceci dit, il n’est pas impossible que ce beau canular sorti avant même le 1er avril ait été inspiré par une autre information qui a également circulé sur internet début mars, annoncé par le site Newsweed, qui se présente comme le premier magasine d’information sur la consommation légale de cannabis, puis reprise par plusieurs médias dont Marie-Claire… On y apprend qu’un jeune apiculteur de 39 ans, serrurier de formation et fervent militant pour le cannabis thérapeutique qu’il utilise pour soigner son hyperactivité apprend à ses abeilles à faire du miel à partir de plants de cannabis !

Blog290_PhAbeilleCanabisSe faisant appeler Nicolas Trainerbees – tout un programme – il se dit passionné par le dressage des animaux et a développé une « technique d’entraînement pour que les abeilles recueillent la résine et l’utilisent dans leur ruche ». Nicolas et ses abeilles ont ainsi créé le premier échantillon de miel de cannabis, dénommé en toute simplicité cannahoney, un produit qui cumulerait les bienfaits pour la santé du miel et du cannabis. Selon cette source, le miel ainsi produit serait bel et bien psycho-actif mais en revanche, le THC et les autres cannabinoïdes butinés par les abeilles n’auraient pas d’effet direct sur ces dernières du fait de leur absence de système endocrinien. Des informations bien difficiles à vérifier en l’état d’autant que l’apiculteur en question serait sur le point de déménager dans un autre pays : on se demande bien pourquoi…

L.V.  LutinVertPetit

Environnement : une multinationale suisse se joue de la Justice française…

16 février 2016

Les multinationales n’ont pas l’habitude de se laisser dicter leur conduite par les réglements nationaux, surtout en matière environnementale. Autant un simple citoyen pris dans les mailles de la Justice a parfois bien du mal à se défendre, autant une multinationale ne manque pas de ressources et d’imagination pour ne pas laisser un juge lui dicter sa conduite. L’exemple que plusieurs médias dont le quotidien Sud-Ouest ou La Voix du Nord et même La Provence se sont fait récemment l’écho en est une bonne illustration…

Blog275_PhEpandage

L’affaire débute en 2002 dans le bourg rural de Verteuil d’Agenais, dans le département de Lot-et-Garonne où un apiculteur, Maurice Coudoin, porte plainte contre un agriculteur voisin qui épand depuis 1999 des tonnes de semences déclassées livrées par la firme suisse Syngenta Seeds, un des leaders mondiaux de l’agrochimie. Ces semences qui sont enfouies pour servir d’engrais vert et, accesoirement, de revenu de complément à l’agriculteur, sont enrobées de produits phytosanitaires destinés à assurer leur conservation, dont le fameux Gaucho, un puissant insecticide dont les effets sur les abeilles sont particulièrement redoutés. Dès qu’il s’aperçoit du manège de son voisin, notre apiculteur s’empresse d’ailleurs de déménager ses ruches afin de les préserver de cet environnement indésirable.

A l’époque, le groupe suisse Syngenta tente de minimiser l’affaire même s’il reconnaît avoir fait épandre par cet agriculteur pas moins de 376 tonnes de semences dont 10 % effectivement traitées au Gaucho. Pourtant, l’enquête révelera en 2004 à partir de l’examen des registres que la quantité ainsi épandue était en réalité de 922 tonnes : un petit écart qui avait sans doute échappé à la multinationale.

 Mayer l'abeille (©Sten)

Mayer l’abeille (©Sten)

Une expertise conclut alors que les risques environnementaux semblaient relativement limités, à l’exception des insectes pollinisateurs, qui pouvaient être affectés par les taux résiduels élevés dans les fleurs. L’expert estimait que les semences litigieuses présentaient des risques de toxicité pour l’environnement, voire pour l’homme, en raison d’un « apport important de matières toxiques actives ». Il faut dire que le Gaucho commercialisé depuis 1993 par Bayer est un insecticide systémique qui sert à traiter les graines et qui ensuite diffuse dans toute la plante au fur et à mesure de sa croissance et se retrouve donc dans le pollen que butinent les abeilles. Or cet insecticide à base de néonicotinoïdes influe sur le système nerveux des abeilles qui perdent une partie de leurs facultés d’orientation.

Photo ©hikrcn Fotolia.com

Photo ©hikrcn Fotolia.com

L’introduction de cet insecticide ayant coïncidé avec la disparition de plus de 500 000 ruches françaises en l’espace de 15 ans et même si bien d’autres facteurs semblent en cause dans cette hécatombe, le Gaucho est finalement interdit en France en 1999, mais uniquement pour la culture du tournesol… S’ensuit alors une course à l’échalote entre les géants de l’agrochimie qui sortent sans cesse de nouveaux produits et les défenseurs des abeilles qui tentent de les faire interdire, comme le relate un excellent article du Canard enchaîné de novembre 2012 et comme l’évoque José Bové dans son livre co-écrit avec Gilles Luneau et intitulé Hold-up à Buxelles. En 2002, BASF lance sur le marché le Régent qui sera interdit deux ans plus tard et en 2008 c’est le Cruiser, issu justement des laboratoires de Syngenta, qui débarque à son tour. Il faudra attendre juin 2012 pour que ce dernier soit à son tour déclaré indésirable, mais uniquement sur le colza, après qu’une étude de l’INRA ait prouvé la toxicité de son principe actif qui désoriente les abeilles, même à très faible dose.

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

A Verteuil d’Agenais en tout cas, les épandages se poursuivent ainsi jusqu’en avril 2003, l’affaire étant juteuse pour l’agriculteur rémunéré pour ce petit service et pour la firme suisse qui, sinon, devrait payer bien davantage pour incinérer ces produits nocifes ou les mettre en décharge. Les services de l’État finissent par réagir et la préfecture oblige enfin l’agriculteur à cesser cette pratique qui, bien que tolérée jusqu’en 2002, est désormais parfaitement illégale au vu du Code de l’environnement.

Blog275_PhButineuseDeux associations se constituent alors partie civile : l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf) et le syndicat départemental local des apiculteurs, l‘Abeille Gasconne. L’affaire est donc portée en justice devant le tribunal correctionnel ? En juin 2007, la société Syngenta est mise en examen puis renvoyée devant le tribunal le 16 novembre 2011, ainsi que l’agriculteur qui pratiquait les épandages pour son compte. Or, cinq jours plus tard, la société ainsi poursuivie en justice, Syngenta Seeds Holding, est purement et simplement dissoute pour se fondre dans Syngenta Holding France. Un tour de passe passe imparable qui met la multinationale suisse à l’abri des poursuites : il suffisait d’y penser !

Croyant néanmoins déceler dans cette manœuvre dilatoire ni plus ni moins qu’une pratique frauduleuse destinée à échapper aux foudres de la Justice, le parquet a saisi le tribunal de commerce de Versailles. Lequel a annulé la dissolution, estimant notamment que si la société « était certaine de son argumentaire de n’avoir commis aucune infraction, elle aurait aussi bien pu retarder sa dissolution anticipée et faire ainsi face à ses obligations ».

Mais le groupe suisse Syngenta a fait appel, et, contre toute attente mais grâce à ses excellents avocats, il vient d’obtenir gain de cause. Le 26 janvier 2016 en effet, la cour d’appel de Versailles a bien voulu admettre que la réorganisation était envisagée depuis 2010 et qu’il ne s’agit donc que d’une regrettable coïncidence. Le parquet renonçant à se pourvoir en cassation (on se demande bien pourquoi…), le tribunal correctionnel de Paris devrait ainsi être amené à constater l’extinction des poursuites contre cette entité de Syngenta qui n’existe plus. Lors du procès, l’agriculteur qui a procédé aux épandages illicites se retrouvera donc seul dans le box des accusés et jouera donc le rôle du lampiste en lieu et place du géant de l’agrochimie.

Blog275_PhSyngentaIl faut dire à la décharge de ce dernier que ses dirigeants ont en ce moment la tête à tout autre chose. Comme l’a annoncé la presse spécialisée et même La Provence,  les dirigeants de la firme bâloise négocient en effet la revente de leur société au groupe chimique chinois ChemChina pour la modique somme de 43 milliards de dollars, et ceci après avoir à plusieurs reprises refusé d’alléchantes offres de rachat de la part de Monsanto et de Dupont de Nemours. Un montant assez fabuleux pour cette quatrième plus grosse transaction en cash de l’histoire, selon les calculs de la banque HSBC qui s’y connaît en la matière. La plus grosse acquisition en tout cas pour les Chinois qui cherchent tout simplement à s’approprier la technologie occidentale en matière d’agrochimie afin de booster leur propre agriculture et nourrir leur population.

On savoit déjà les abeilles européennes menacées par le redoutable frelon asiatique, mais là ce sont les abeilles chinoises qui ont du souci à se faire… Albert Einstein aurait en son temps déclaré : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre : plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes ». Le faits viennent, semble t-il, de lui donner raison quant à sa géniale intuition sur l’existence des fameuses ondes gravitationnelles. Espérons qu’il n’en sera pas de même pour sa prophétie sur la disparition des abeilles !..

L.V.  LutinVertPetit

Aubagne : le projet des Gargues dans l’impasse ?

4 janvier 2016

C’est une décision assez surréaliste qui a été prise par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile (CAPAE) le 30 novembre dernier, lors d’un de ses derniers conseils communautaires avant disparition au profit de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui s’est donc créée, comme prévu par la loi, mais dans une ambiance plus que délétère, au 1er janvier 2016.

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre 2015 (photo M. Chtioui – La Marseillaise)

Lors de cette séance et parmi 56 délibérations – rien de moins -, la cinquième d’entre elles a particulièrement retenu l’attention de La Provence comme de La Marseillaise puisqu’elle consiste en un rejet du projet d’aménagement de la ZAC des Gargues dont la Communauté d’agglomération est pourtant maître d’ouvrage depuis des années. Cette délibération, adoptée à l’unanimité, faisait d’ailleurs logiquement écho à la même décision défavorable prise par la ville d’Aubagne lors de son conseil municipal du 29 septembre 2015, suite à un long débat soigneusement retranscrit dans le procès-verbal de la séance.

Ce projet d’aménagement est pourtant dans les tuyaux depuis au moins 2009 et a été pour l’essentiel porté par l’ancienne majorité de gauche qui était aux commandes de la ville comme de l’agglomération jusqu’en 2014.

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Vue aérienne du secteur des Gargues (photo Géoportail)

Il consiste à aménager une vaste zone de 42 hectares située entre l’autoroute A57 et la zone industrielle des Paluds, de part et d’autre de la jardinerie Tirand. Pour l’instant, l’essentiel de ces terrains sont des parcelles agricoles, pour la plupart encore cultivées et pour certaines occupées par des prairies où paissent encore régulièrement des troupeaux de moutons. Au sud, le secteur s’étend même de l’autre côté de la RD 8 (route de Toulon) jusqu’à la bretelle permettant de rejoindre l’A50 vers Marseille.

A la place de ce dernier ilôt encore largement préservé du bétonnage, la tentation était grande d’aménager une nouvelle zone d’activité, d’autant que l’extension de la zone industrielle des Paluds et celle de la zone commerciale des Martelles qui s’étend en limite nord (autour du magasin Auchan) voient leur extension désormais fortement restreinte car situées pour la plupart en zone inondable du futur plan de prévention du risque inondation.

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Vue actuelle du secteur des Gargues le long de la RD8

Du coup, l’ancienne municipalité avait vu grand en imaginant, via la communauté d’agglomération, la réalisation de plus de 850 logements avec de multiples services publics tels que crèches, écoles et installations sportives, ainsi que des constructions de bureaux et de locaux industriels, un nouveau centre commercial et une zone de loisir centrée autour d’un immense complexe cinématographique, le tout desservi par la nouvelle ligne de tramway dans le prolongement de l’avenue de la République, moyennant aussi de nouvelles infrastructures routières pour faciliter l’accès depuis l’autoroute et un boulevard urbain central.

Adopté en mai 2012, le projet a été confié le 8 octobre 2013 au seul et unique opérateur privé ayant répondu à la consultation, la SAPAG (Société aubagnaise pour l’aménagement des Gargues), une société créée spécifiquement pour gérer ce projet et qui regroupe Immochan (la société immobilière du groupe Auchan, laquelle détient déjà -heureux hasard- plus de la moitié des terrains concernés), Guintoli (une entreprise de travaux publics) et Grand Delta Avignon (un bailleur social). Le contrat de concession, qui prévoit pour environ 500 millions d’euros d’investissement privé auquel s’ajouteront de l’ordre de 19 millions d’investissement public, a été signé in extremis le 25 février 2014, quelques jours avant la tenue des élections municipales qui ont vu la majorité basculer tant à Aubagne qu’à l’agglomération.

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l'autoroute

Projet de complexe imaginé sur le site des Gargues le long de l’autoroute

Depuis, c’est le chaos car les nouveaux élus n’ont jamais caché leur opposition à ce programme jugé pharaonique et suicidaire pour l’avenir du centre ville d’Aubagne déjà fortement mis à mal par la concurrence des zones commerciales périphériques. L’abandon du projet de tramway, décidé par la nouvelle équipe, rend également plus fragile le dossier car on imagine bien que les 3000 nouveaux habitants et les milliers d’emplois envisagés dans ce secteur périphérique dont les accès sont déjà fortement engorgés aux heures de pointe ne vont que rendre la circulation encore plus compliquée. Un projet de bus à haut niveau de service a bien été évoqué comme alternative mais cela ne semble pas à la hauteur des enjeux.

Logements et boulevard urbain en projet

Logements et boulevard urbain en projet

Malgré ce climat d’incertitude, la SAPAG a foncé tête baissée pour tenter de ficeler au plus vite le projet avant qu’il ne soit remis en cause. Les nouveaux élus ont tenté d’infléchir la voilure en remettant en particulier en cause les nombreux logements sociaux initialement prévus et dont la Droite ne voulait à aucun prix. Le nombre de logement a été réduit à 680 dont seulement 30 % en logement locatif social. La surface commerciale, initialement fixée à 80 000 m² a été réduite à 50 000 m² auxquels s’ajoutent 7 hectares d’activité industrielle et 30 000 m² de bureaux.

La crêche et l’école restent à l’ordre du jour ainsi que la création d’un parking relai de 400 places et un vaste pôle de loisirs avec le fameux complexe de 15 000 m² comprenant 15 salles de cinéma dont une salle Imax 3D de 450 places avec écran incurvé de 22 m, le nec plus ultra en la matière ! Baptisé Stratos, ce complexe, dessiné par l’architexte argentin Marcelo Joulia coûtera à lui seul 26 millions d’euros en étude et travaux, une paille… Une salle de spectacle et deux restaurants sont également intégrés dans le projet, sans trop se préoccuper de la concurrence possible avec le palais des congrès Agora situé à deux pas, pas plus d’ailleurs que celle du multiplexe de la Valentine…

Le centre de loisir avec ses places à l'air libre

Le centre de loisir avec ses places à l’air libre

Le projet a été présenté en grandes pompes lors du Marché international professionnel de l’immobilier de commerce qui s’est tenu à Cannes du 18 au 20 novembre. Lors de cette grande foire internationale, la ZAC des Gargues, rebaptisée « écoquartier Bonnes-nouvelles », ce qui fait plus vendeur, a été présentée comme un des projets phares de l’immobilier mondial avec son parc de logements et de tertiaire agencé autour d’un parc arboré du plus bel effet sur les maquettes et d’un boulevard urbain apaisé (une pure merveille sur le papier), son multiplexe Stratos et son centre commercial à ciel ouvert de dernière génération au nom de code évocateur Alpha 2017 : 200 boutiques, pas moins de 15 restaurants et 3 places extérieures réservées aux activités ludiques telles que le saut à l’élastique : les Terrasses du Port ont du souci à se faire !

Blog264_PhProjetEn attendant, c’est plutôt le projet qui a du plomb dans l’aile. Remis officiellement le 30 juillet 2015 à la CAPAE, il a été discuté en conseil municipal à Aubagne le 29 septembre et a été rejeté à l’unanimité puisque même les élus de gauche se sont abstenus ou ont refusé de prendre part au vote. Peu après, certains habitants ont lancé une pétition pour réclamer un référendum sur ce projet au motif, difficilement contestable, qu’un tel aménagement se traduirait par la perte d’excellentes terres agricoles en zone périurbaine, alors que de nombreux jeunes agriculteurs sont à la recherche de nouvelles parcelles pour s’installer. Ils s’appuient d’ailleurs largement sur l’avis fortement négatif qui avait été émis en 2012 par l’autorité environnementale, pointant de nombreuses faiblesses au projet dont par exemple le fait que ce n’était par forcément une bonne idée de vouloir installer autant de logements à proximité de l’autoroute, dans une zone très exposée au bruit et déjà largement congestionnée.

Bref, la décision prise en conseil communautaire de la CAPAE le 30 novembre dernier n’est que le coup de grâce d’un projet qui risque désormais de ne jamais voir le jour. Interrogé par La Marseillaise, le président du comité de direction de la SAPAG, Paul des Longchamps, ne décolère pas et se fait même menaçant, rappelant au passage que le groupe Auchan, dont le magasin des Paluds est le deuxième de France avec un chiffre d’affaire annuel de plus de 260 millions d’euros, est le premier contributeur fiscal d’Aubagne. Il réclame sans plus attendre que l’Agglomération lui verse de l’ordre de 10 à 20 millions d’euros pour rembourser le montant des études déjà réalisées et annonce des procédures juridiques en cascade pour obtenir des dommages et intérêts colossaux, à la mesure du préjudice subi : on imagine que les services juridiques d’Auchan vont avoir fort à faire dans les années qui viennent ! Le contribuable aussi, pour payer les pots cassés… Mais pas de panique, car c’est désormais à la Métropole de prendre en main le dossier et de régler le contentieux. Il n’est pas impossible que l’on assiste à de nouveaux rebondissements à l’avenir…

L.V.

Enriquillo : le petit lac qui monte, qui monte…

4 octobre 2015

Pour les quelques irréductibles qui douteraient encore des manifestations du changement climatique global, le cas du lac Enriquillo est particulièrement évocateur. Voilà en effet que, depuis quelques années, le niveau d’eau n’arrête pas de monter dans ce lac situé en République dominicaine, sur l’île d’Hispaniola dans les Caraïbes, noyant progressivement des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles et inondant routes et maisons qui s’étaient installées sur ces berges.

Blog234_PhCarteUn article du Courrier international publié en 2014 évoque le désarroi des populations riveraines dont les bananeraies et les plantations de manioc ont été englouties dans les eaux du lac qui n’arrête pas de s’étendre. On cite même le cas d’un éleveur qui s’est suicidé de désespoir après avoir constaté que ses prés et la ferme familiale construite par son grand-père se trouvaient désormais sous les eaux.

A Boca de Cachón, où plusieurs maisons ont déjà disparu dans le lac, la situation est telle que le gouvernement a envoyé l’armée pour reconstruire un nouveau village dans une plaine aride située à quelques kilomètres de là. Malgré les réticences de plusieurs familles à quitter les lieux, cette opération constitue l’un des premiers exemples de transfert de réfugiés climatiques en dehors d’événements exceptionnels de type ouragan ou tsunami… Même la ville frontalière de Jimani, un gros bourg commercial de 14 000 habitants, est menacée par la montée inexorable de l’eau et les autorités commencent à envisager son évacuation à moyen terme.Blog234_PhMaisons

Quant à la route principale qui relie Jimani au village haïtien de Malpassé, elle a dû être totalement reconstruite en la déplaçant sur un secteur que les eaux ne devraient pas pouvoir atteindre. Une autre route qui faisait le tour du lac est désormais impraticable car finissant dans l’eau…

Ce secteur, situé au sud-ouest de l’île d’Hispaniola, à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, correspond à un ancien détroit marin qui s’étire entre deux chaînes de montagne : les monts Neyba au nord (qui culminent à 2 400 m d’altitude) et la sierra Bahoruco au sud qui s’élève jusqu’à 2 700 m. A la fin de la dernière glaciation, il y a 10 000 ans, lorsque le niveau des mers est remontée d’une centaine de mètres, cette vaste plaine s’est de nouveau retrouvée sous l’eau mais peu à peu son extrémité s’est comblée sous l’effet des dépôts de sédiments apportés par plusieurs cours d’eau, dont le Yaque del Sur et la rivière Jimani.

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Toute la plaine s’est alors retrouvée coupée de la mer et il en est résulté la formation de deux lacs résiduels dont le fond se trouve localement à 30 m sous le niveau de la mer. Côté haïtien, l’Étang saumâtre, dénommé également lac Azuéi est une étendue d’eau d’environ 170 km2, située à une trentaine de kilomètres de la capitale Port-au-Prince, dans la plaine du Cul-de-Sac, et est alimenté par plusieurs cours d’eau dont la rivière Blanche. Entouré de prairies et de cactus, ce lac abrite oies, canards et flamands roses ainsi que des caïmans.

Blog234_PhFlamands

Quant au lac Enriquillo, qui lui s’étend en territoire dominicain, il est nettement plus grand avec une superficie de l’ordre de 375 km2. Il est alimenté par plusieurs cours d’eau qui dévalent de la sierra Bahoruco mais ses eaux sont quand même saumâtres, du fait de la forte évaporation locale. Ce lac entoure l’île Cabritos qui s’étend sur 26 km2 et qui a été érigée en parc national pour protéger ses populations de crocodiles américains et d’iguanes. Deux autres iles plus petites ont déjà disparu sous les eaux.

Blog234_PhLacEnriquillo

Selon une étude récente publiée en juin 2015 dans Journal of Hydrometeorology et qui se base sur l’interprétation de photos satellite, la superficie de ces deux lacs aurait légèrement diminué entre 1982 et 2003 avec une période de fluctuations observées entre 1997 et 2002. Mais depuis 2003, le niveau d’eau ne cesse de monter dans ces deux lacs. En l’espace de 10 ans, entre 2003 et 2013, la superficie du lac Enriquillo a ainsi doublé, passant de 165 à 350 km2 tandis que celle du lac Azuéi augmentait de 22 % pour atteindre 140 km2. Sur la base de mesures bathymétriques récentes, on estime que le volume d’eau dans le lac Enriquillo aurait ainsi été multiplié par 4 pendant ce laps de temps, passant de 1,2 à 4,7 km3 !

Reste bien sûr à comprendre pourquoi ce lac a subi une telle élévation naturelle de son niveau pendant une période aussi courte. Plusieurs hypothèses ont été évoquées dont celle de mouvements tectoniques, même si le phénomène avait commencé bien avant le tremblement de terre qui a ravagé Haïti en 2010. Des modifications dans les circulations d’eau souterraines ont également été imaginées mais la connaissance du contexte hydrogéologique local reste à préciser. Certains considèrent aussi que la déforestation qui progresse sur les versants contribue à aggraver les ruissellements vers les lacs, ce qui pourrait expliquer les apports importants à l’occasion des cyclones récents des années 2007-08.

Blog234_PhLac

Mais les chercheurs américains qui se sont penchés sur le sujet mettent surtout l’accent sur les changements climatiques qui sont en train de se produire et qui suffisent à expliquer ces bouleversements. Au cours des 30 dernières années, la température moyenne à la surface de l’eau a en effet augmenté de 1 °C, ce qui paraît faible mais a déjà des conséquences considérables. Il en résulte en effet une augmentation locale de l’humidité de l’air et du point de rosée qui s’est déplacé de 3,5 °C entre 2005 et 2013. Plusieurs stations météorologiques ont été implantées localement depuis 2012 pour essayer de mieux cerner la situation, et une modélisation du climat régional a été réalisée pour déterminer l’influence des différents paramètres. Ces études montrent qu’il y a eu effectivement un accroissement significatif des précipitations ces dernières années (surtout lors d’événements extrêmes) et surtout une diminution du potentiel d’évaporation, ce qui permettrait d’expliquer la montée des eaux du lac Enriquillo et de son voisin.

Blog234_PhCNNCes résultats ne vont certes pas réconforter les paysans riverains du lac qui doivent abandonner leurs terres désormais noyées. Espérons du moins qu’ils puissent contribuer à faire réfléchir les responsables politiques quant aux conséquences de nos choix de développement économique, à quelques semaines du prochain sommet mondial sur le changement climatique. Si une augmentation de 1 °C de la température moyenne conduit à des modifications aussi brutales, qu’en sera t-il de l’augmentation moyenne de 3 °C qui paraît désormais inéluctable ?

L.V.  LutinVertPetit

Plats cuisinés : mais d’où vient la viande ?

25 août 2015

Blog220_PhFindusSouvenons-nous du scandale des lasagnes au bœuf à base de viande de cheval : c’était en février 2013 et nous avons déjà largement oublié… Oublié en particulier que ce sont tous les grands noms de l’agro-alimentaire et de la grande distribution avec ses propres marques de distributeurs qui ont été concernés et qui ont dû retirer à la hâte leurs produits truffés de cheval de réforme d’origine roumaine : Findus, bien sûr, mais aussi Nestlé, Panzani, Thiriet, Picard, Auchan, Casino, Carrefour, Cora, Monoprix, Système U…

Un telle fraude aurait dû pourtant déclencher une réaction massive des consommateurs et des responsables politiques qui d’ailleurs à l’époque réclamaient tous en chœur une traçabilité plus rigoureuse de la viande utilisée dans les plats cuisinés. François Hollande lui-même, en visite au salon de l’agriculture, avait appelé de ses vœux la mise en place sans délai d’un étiquetage approprié.

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Quelques mois plus tard, en juin 2013, le député socialiste Germain Peiro, très remonté sur le sujet, déposait un amendement en ce sens. Et là, surprise : Benoît Hamon, alors ministre délégué à la consommation, s’opposait à cet amendement, de peur de heurter le très libéral José-Manuel Barroso, qui en tant que président de la Commission européenne, avait légèrement froncé les sourcils… « Si le signal donné est de voter une disposition contraire aux textes européens, cela mettra le gouvernement français en difficulté » s’était ainsi justifié le ministre… Si son but était de rendre encore plus détestable l’Union européenne aux yeux des consommateurs français, il ne pouvait pas mieux dire !

En octobre 2013, alors qu’étaient inculpés d’anciens cadres de la société Spanghero, largement impliquée dans le trafic de ce fameux minerai de viande de cheval qui a servi à assaisonner une bonne partie des lasagnes européennes du moment, le gouvernement français se voit obligé de se montrer plus favorable à une nouvelle initiative parlementaire issue des rangs du sénat et visant à indiquer sur les plats cuisinés l’origine des produits carnés utilisés, mais cette initiative fera long feu…

Installations de l'ex société Spanghero (photo Rumeau)

Installations de l’ex société Spanghero (photo Rumeau)

Depuis, la société Spanghero, vendue puis mise en redressement judiciaire, a changé de raison sociale et s’appelle désormais La Lauragaise. Poursuivis pour escroquerie et trafic en bande organisée, deux anciens cadres de la société attendent toujours d’être jugés. Un trafic qui a porté quand même sur 50 000 t de viande de cheval vendue frauduleusement pour du bœuf à travers toute l’Europe (dont 800 t en France) !

Fin 2013, une nouvelle directive européenne a finalement été prise pour tenter de répondre au scandale qui venait de secouer le petit monde de l’agro-alimentaire. Cette directive, qui est entrée en vigueur à compter du 1er avril 2015, impose désormais d’indiquer le lieu d’élevage et d’abattage (mais pas de naissance) des animaux (porc, mouton et volaille) dont la viande est vendue emballée, fraîche comme surgelée, étendant en cela la pratique déjà imposée depuis 2002 pour la viande de bœuf suite à la crise de la vache folle.

Les choses progressent donc, mais rien n’est encore fait pour la viande utilisée dans les plats cuisinés. Aux yeux de la Commission européenne, obliger les industriels à indiquer l’origine de la viande qu’ils emploient serait en effet excessivement coûteux et contraignant. Les consommateurs devront donc refréner leur curiosité et se contenter d’avaler ce qui se présente sans trop se poser de questions…

 Blog220_PhDessin

Certes, la loi consommation, adoptée en France le 17 mars 2014, prévoit, parmi un ensemble d’autres mesures, de rendre obligatoire l’indication d’origine de la viande dans les plats cuisinés, mais on attend toujours la parution du décret d’application qui la rendrait exécutoire ! Il est décidément bien difficile pour le consommateur de savoir ce qu’il mange à partir du moment où il s’en remet à l’industrie agro-alimentaire et à ses petits plats mitonnés…

L.V.  LutinVertPetit

Exposition universelle de Milan : entre information et propagande…

6 août 2015

Blog213_PhExpoL’exposition universelle 2015 qui se tient en ce moment à Milan, depuis le 1er mai et jusqu’au 31 octobre prochain, s’est choisi pour thème un objectif pour le moins ambitieux : « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». Le sujet est vaste et il en va ni plus ni moins du sort futur de l’humanité sur notre Terre : sera t-on capable, en valorisant les ressources naturelles par définition limitées et de plus en plus fragilisées par des années de surexploitation peu responsable, de nourrir à leur faim les 7 milliards et quelques d’hommes et de femmes qui y vivent ainsi que les 2 à 3 milliards supplémentaires attendus dans les toutes prochaines décennies ?

Mais voilà : une exposition universelle est-elle bien le lieu où l’on réfléchit en profondeur et de manière objective à des questions aussi fondamentales ? Depuis la première session qui avait été organisée à Londres en 1851 pour présenter au public les outils de la révolution industrielle en plein essor et pour démontrer au monde entier la suprématie économique du Royaume-Uni alors à son apogée, ces manifestations internationale se sont codifiées, régies depuis 1928 par une Convention et un Bureau international des expositions.

Mais l’état d’esprit général est resté le même : plus que de mettre en commun les intelligences et les inventivités pour faire face aux défis communs auxquels l’Homme est confronté, ce sont avant tout des vitrines où chaque nation, voire chaque entreprise, rivalise pour mettre en valeur ses propres réalisations et ses atouts dans un esprit de compétition assumé.

Blog213_PhSlowFoodDe ce point de vue, et même sur un sujet aussi vital que notre survie future, l’exposition universelle de Milan ne fait pas exception. Certes on y trouve, relégué tout au bout du gigantesque site de 100 hectares, là où seuls quelques courageux ont encore la force de se traîner, à l’extrémité d’une allée couverte de plus d’1 km de longueur, un stand très pédagogique sur l’agriculture biologique et l’importance de préserver la biodiversité, sous l’égide du mouvement « Slow food » qui fait l’éloge d’un retour vers une agriculture paysanne plus respectueuse de l’environnement et plus durable. Certains pavillons nationaux dont ceux du sultanat d’Oman ou de l’Ouganda, mettent bien en valeur les pratiques agricoles traditionnelles, mais présentées davantage comme une activité folklorique que comme l’avenir de l’agriculture mondiale…

Blog213_PhBasmati

Un film présenté dans le pavillon de la France explique également de manière très argumentée que, s’il n’y a pas d’autres solutions pour nourrir toute la planète que d’augmenter la productivité, ce n’est pas pour autant qu’on doit le faire en généralisant les solutions de l’agriculture industrielle qui a déjà fait des ravages. Le dessin animé, support de ce discours officiel du gouvernement français, met en scène Thomas, le céréalier beauceron dont les rendements sont 15 fois supérieurs à ceux de son homologue nigérien Ibrahim. Blog213_PhFilmFrance

Pourtant et contre toute attente (mais que fait donc la FNSEA?), le texte explique doctement que les pratiques qui ont permis l’obtention de tels rendements à coup de remembrement, de mécanisation à outrance et d’utilisation massive de pesticides, ne sont malheureusement pas généralisables en l’état puisque Thomas lui-même (serait-il donc adhérent à la Confédération paysanne?) s’interroge sur leur opportunité face à la pollution des nappes et à l’appauvrissement des sols… Et le film de mettre en avant les solutions de la lutte biologique et de l’irrigation au goutte à goutte pour ne pas épuiser davantage nos ressources naturelles.

Blog213_PhPavillonFranceOn sent derrière cette production les débats homériques entre ministères de l’écologie et de l’agriculture… Ces derniers n’ont d’ailleurs pas totalement rendu les armes car le film met finalement en avant l’intérêt d’une agriculture très industrialisée voire robotisée, bien éloignée de l’agriculture biologique traditionnelle ! Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris le message, le reste du stand l’illustre en montrant des cultures hors-sol où tous les apports d’intrants sont réglés par des automates reliés à des capteurs : le rêve du jardinier moderne !

Et le message est peu ou prou le même dans la plupart des autres stands, du moins pour ceux qui traitent effectivement du sujet et qui ne sont finalement pas si nombreux, disséminés entre les vitrines de l’agroalimentaire mondial – Mac Donald’s, Coca Cola et Ferrero en tête- ou du business international -chinois surtout-, et les simples agences de voyage officielles qui vantent les mérites économiques et les charmes touristiques d’une kyrielle de pays, du Turkménistan aux Émirats Arabes Unis en passant par la Birmanie, le Soudan, la Chine ou l’Azerbaïdjan, pas toujours réputés pour leur respect des droits de l’homme ni leur goût immodéré pour la démocratie.Blog213_PhEmiratsArabes

On découvre ainsi que le Maroc est le champion toutes catégories de l’exportation de toute une série de produits agricoles de l’huile d’argan jusqu’aux haricots verts. L’écrin est de toute beauté et les images magnifiques mais on cherche en vain des explications sur la manière dont y sont produites tomates et clémentines qui inondent le marché européen, ainsi que sur les difficultés de l’agriculture vivrière locale.

Le stand de l’Espagne présente des vidéos de promotion à la gloire des crus viticoles les plus prestigieux du pays mais reste étonnamment discret sur les champs de tunnels en plastique d’Alméria. Celui du Qatar montre, à grands renforts de maquettes, comment on parvient à faire de l’agriculture et de l’élevage dans des fermes intégrées ultramodernes au milieu du désert, quitte à désaliniser l’eau de mer une fois qu’on a finit d’épuiser les nappes phréatiques fossiles. Quant aux Pays-Bas, c’est un festival d’agro-technologie qui finirait presque par faire oublier que la production agricole a encore un rapport quelconque avec la nature…

Blog213_PhMurVegetal

Mais trêve de critique ! Malgré ces messages parfois un peu agaçants, la visite de l’exposition universelle de Milan vaut vraiment le détour. La diversité et l’audace architecturale des pavillons sont fabuleuses. Le pavillon de la France, sorte de grande halle en bois, bizarrement coincée entre les stands du Vatican et d’Israël, n’est sans doute pas le plus original mais mérite la visite. La pagode en bois finement sculptée du Népal est somptueuse. Plusieurs murs végétaux et certains massifs fleuris sont superbes. Les sculptures gigantesques inspirées par les œuvres d’Arcimboldo qui accueillent le visiteur à l’entrée du site ne laissent pas indifférent.

Blog213_PhArcimboldo

L’immense vannerie qui surplombe le stand du Qatar attire inévitablement le regard, de même que l’arbre de vie entouré de jets d’eau qui s’illumine chaque soir au rythme d’un spectacle féerique.

Blog213_PhQatar

Bref un beau spectacle et une réussite architecturale incontestable (pour un investissement de 4 milliards d’euros tout de même…) qui vaut vraiment la visite ! Et une belle réussite pour des armées de communicants très compétents, capables de faire passer pour de l’information ce qui ne relève hélas bien souvent que de la vulgaire propagande : chapeau les artistes !

L.V. LutinVertPetit

La vache qui rote…

23 juillet 2015

Blog209_PhVacheRitLes temps sont durs pour les éleveurs bovins, étranglés par leurs emprunts bancaires, mis à mal par la baisse des cours et la diminution de la consommation de viande et achevés par la rapacité de la grande distribution et des intermédiaires avides de marges. Condamnés à bloquer les routes des vacances et à déverser du lisier sur les parkings des supermarchés, les voilà aussi accusés, en cette période d’intense tractation en prévision du prochain sommet mondial sur le climat, de participer au réchauffement climatique !

Et pas qu’un peu puisque la filière mondiale de l’élevage produirait à elle seule 18 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète selon la FAO. En France, l’agriculture serait responsable de 21 % de ces émissions de gaz à effet de serre, dont plus de la moitié serait imputable au seul élevage bovin. En cause, les émissions de méthane dégagés par la fermentation des aliments dans la panse des ruminants.

La vache, un danger pour l'équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

La vache, un danger pour l’équilibre climatique de la planète ? (photo Coco-Fotolia)

Chaque jour, une bonne laitière normande envoie ainsi dans l’atmosphère ses 400 à 600 litres de méthane, auxquels s’ajoutent 600 à 900 litres de gaz carbonique (mais l’impact sur l’effet de serre d’un kg de méthane est 25 fois plus élevé que celui d’un kg de CO!). La panse étant très proche de la bouche des vaches, l’essentiel de ces gaz est émis sous forme de rots fréquents. Après fermentation résiduelle et passage dans le gros intestin, une partie de ces gaz est aussi expulsée sous forme de flatulences, mais cela est assez marginal. De cette véritable usine à gaz qu’est la vache, on estime que 95 % sort par l’avant et seulement 5 % par l’arrière. Contrairement aux idées reçues, la vache qui rote est en définitive assez peu péteuse…

Toujours est-il que la filière de l’élevage bovin ne peut se satisfaire d’être ainsi montrée du doigt quant à son impact catastrophique sur le réchauffement climatique mondial. Les chercheurs de l’INRA sont sur le coup et préconisent une alimentation des troupeaux à base de luzerne ou de graines de lin, naturellement riches en oméga 3, qui permettrait de réduire de 20 à 30 % les émissions de méthane. Du coup, même McDonald’s s’y met et a signé un partenariat avec l’école vétérinaire de Purpan pour accélérer ces recherches sur la nutrition des bovins en vue de réduire leur émissions de gaz à effet de serre.

Blog209_DessinMacDo

Selon une information rapportée par le journal suisse Le Matin, certains auraient même imaginé, pour régler le problème, de greffer à nos paisibles limousines des estomacs de kangourous, cet animal étant l’un des rares ruminants qui ne produit pas de méthane grâce à la présence d’une bactérie qui lui est propre. Une solution sans doute un peu radicale mais qui a inspiré le ministère de l’agriculture australien à lancer un vaste programme de recherche en vue de développer l’élevage du kangourou comme alternative à la production de viande sans impact sur le réchauffement climatique. Les Gallois, quant à eux, orientent leurs recherches dans une autre direction également prometteuse qui consiste à donner de l’ail aux vaches, ce qui permettrait de diminuer leurs émissions de méthane, à défaut d’améliorer la qualité de leur haleine…

Plus sérieusement, les éleveurs français militent plutôt pour intégrer dans leur bilan carbone global le rôle bénéfique des prairies qui absorbent des quantités importantes de CO2, ce qui compense une large part des gaz à effets de serre émis par leurs troupeaux. Un modèle d’équilibre qui est de plus en plus menacé par le développement des exploitations industrielles du type de la ferme des 1000 vaches implantée dans la Somme et de ses nombreux homologues encore bien plus vastes qui fleurissent dans toute l’Europe du Nord. Plus que la vache qui rote, il semble bien que le danger vienne plutôt du paysan qui pète plus haut que son cul et qui se prend pour un industriel en herbe…

L.V. LutinVertPetit

Tout sur les abeilles !

22 avril 2015
La conférencière, Claude Gadbin-Henry

La conférencière, Claude Gadbin-Henry

C’est dans une salle Tony Garnier où plus de 70 personnes avaient réussi à prendre place que Mme Claude Gadbin-Henry, Maître de conférence à Aix-Marseille Université, a traité de la question : Pourquoi les abeilles sont-elles si importantes pour notre avenir ?

Son exposé, scientifiquement étayé et très richement illustré, a d’abord situé l’apparition des abeilles sur la Terre (40 millions d’années) ainsi que leur processus de diversification qui en France compte plus de 1000 espèces dont l’abeille domestique (abeille mellifère), connue depuis l’antiquité et qui fait l’objet d’une récolte de son miel depuis environ 20 000 ans.

Il s’est ensuite poursuivi par des éclairages concernant successivement la reproduction des abeilles, et les différenciations sexuelles et fonctionnelles pour les femelles, reines et ouvrières, et pour les mâles.

Une assistance très attentive

Une assistance très attentive

abeille_fleur_chardon-redUn point a captivé le public présent (des jeunes enfants aux apiculteurs), c’est celui qui concerne les tâches des ouvrières au sein de la ruche, tour à tour ménagères, nourrices, productrices de galettes de cire et constructrices d’alvéoles, régulatrices de l’hygrométrie et de la température (ventileuses) et enfin, pour les plus expérimentées : les butineuses chargées de la récolte du nectar et du pollen.

Claude Gadbin-Henry a aussi traité de la transmission des informations entre les ouvrières. Le repérage dans l’espace, puis le rôle essentiel des abeilles pour la pollinisation des fleurs et la production de fruits de qualité gustative élevée (fraises, pommes …) a été évoqué.

Blog178_DessinPh2_AbeillePour conclure, et avant qu’un échange nourri s’établisse avec l’assistance, la conférencière nous a sensibilisé aux dangers qui menacent la survie des abeilles : les parasites comme le varroa ou un prédateur invasif tel le frelon asiatique, et des maladies comme les Teignes qui peuvent entraîner la mort rapide d’une colonie entière. Dans un autre registre, la monoculture peut provoquer des hécatombes dans la population des ruches, de même l’action des redoutables pesticides : herbicides et insecticides qui affaiblissent leurs défenses immunitaires, perturbent leur système nerveux et les font parfois brutalement mourir.

Blog178_SchemaAprès avoir joué aux apprentis sorciers par le recours inconsidéré aux traitements chimiques des plantes, certains chercheurs imaginent de recourir à des robots pollinisateurs pour pallier l’absence d’abeilles. Un comble !

Au final, deux heures d’exposé et d’échanges denses qui ont pu se poursuivre autour du verre de l’amitié.

A nous maintenant de veiller à ce que les abeilles, que nous ne devons pas craindre, trouvent dans notre environnement un cadre propice à leur préservation. Il en va de la qualité de notre vie.

M. Motré

Conférence sur les abeilles : rappel !…

19 avril 2015

Demain soir, lundi 20 avril 2015 se tiendra à Carnoux une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien. Ouverte gratuitement à tous, c’est l’occasion d’en savoir plus sur ces insectes si utiles pour notre alimentation et pourtant directement menacés du fait de nos propres errements en matière de développement agricole ! Rendez-vous salle Tony Garnier pour mieux comprendre les enjeux de cette terrible méprise !

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En Europe, la crise touche aussi les oiseaux !

16 février 2015

C’est une étude scientifique, publiée le 2 novembre 2014 par la revue Ecology letters, qui a tiré la sonnette d’alarme : quelques 421 millions d’oiseaux communs auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années ! Le chiffre a fait le buzz et a été largement repris par les médias, de Libération à Sciences & Avenir, ainsi bien sûr que sur de nombreux sites spécialisés en protection de l’environnement.

Richard Inger, coordinateur de l'étude

Richard Inger, coordinateur de l’étude

L’étude, coordonnée par Richard Inger, de l’université britannique d’Exeter, a porté sur 144 espèces d’oiseaux dont les populations ont été suivies depuis 1980 dans 25 pays européens par des observateurs bénévoles dans le cadre du programme Pan-European Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS), complété par des investigations de Bird Life International sur un échantillon plus large (520 espèces) pour les années 1997 à 2004. Dans les années 1980, le nombre d’individus des 144 espèces examinées était évalué à plus de 2 milliards et ce chiffre a donc diminué de plus de 20 % en trente ans. Les observations ont bien entendu été extrapolées et ce chiffre de 421 millions d’oiseaux qui auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années n’est qu’une estimation, sans doute très en deçà de la réalité puisqu’elle ne porte que sur un nombre très limité d’espèces. On estime en effet à plus de 950 le nombre total d’espèces d’oiseaux vivant en Europe.

Dessin publié par Urtikan.net

Dessin publié par Urtikan.net

Certains comme l’ornithologue Frédéric Jiguet, professeur en biologiste de la conservation au Museum national d’histoire naturelle et coordinateur du programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs), soulignent d’ailleurs que ce chiffre est à relativiser au vu d’autres encore plus effrayants ! Ainsi, il estime que sur ces mêmes trente dernières années, ce sont au total quelques 3 milliards d’oiseaux qui ont été tués par des chasseurs (dont un quart sur le seul territoire français, triste record national…) et sans doute autant qui ont été victimes d’accidents de la circulation, percutés par un véhicule et laissés agonisants au bord de la route. Certaines sources indiquent qu’aux États-Unis, le nombre d’oiseaux tués chaque année par les chats domestiques est aussi de cet ordre de grandeur de 3 milliards ! Mais toutes ces victimes sont souvent des jeunes oisillons inexpérimentés qui ne jouent pas encore de rôle actif dans la reproduction de leur espèce.

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Ceci dit, les résultats publiés par Richard Inger et ses collègues restent très inquiétants, même s’ils ne font que confirmer et surtout aident à quantifier un phénomène bien connu depuis des années. Pour certaines espèces, les populations auraient ainsi diminué de près de 90 % en trente ans, 77 % par exemple pour la tourterelle, 61 % pour le moineau domestique, 58 % pour l’étourneau ou 46 % pour l’alouette des champs…

Les raisons de cette extinction massive qui se fait sous nos yeux, sans même qu’on ne s’en rende compte, sont bien identifiées également. L’agriculture intensive avec ses apports de pesticides qui décime les populations d’insectes (pour lesquels la perte de biomasse est sans doute incomparablement plus importante, mais personne ne l’a encore quantifiée…) : telle est la principale accusée une fois de plus.

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Mais de manière plus générale, c’est toute la manière dont nous gérons notre environnement de proximité avec la disparition des haies, l’urbanisation et le bétonnage à outrance, qui sont en cause. « C’est un avertissement qui vaut pour toute la faune européenne. La manière dont nous gérons l’environnement est insoutenable pour nos espèces les plus communes »,  explique d’ailleurs Richard Gregory, de la Société royale britannique pour la protection des oiseaux, qui a co-dirigé l’étude.

Tourterelles des bois

Tourterelles des bois

Curieusement, l’étude montre que ce sont les petits oiseaux les plus communs jadis qui ont subi les plus lourdes pertes, illustrant à quel point il est nécessaire de se préoccuper de préserver la biodiversité la plus ordinaire et pas seulement les derniers éléphants d’Afrique ou les baleines à bosse. Les espèces d’oiseaux plus emblématiques font en effet l’objet depuis plusieurs années de mesures de protection et certaines populations sont de ce fait plutôt en croissance, ce qui au passage est rassurant quant au caractère encore réversible de cette menace. On assisterait même depuis les années 2000 à une certaine stabilité des populations observées, ce qui tend à montrer que les mesures de préservation des habitats naturels pourraient commencer à porter leurs fruits.

Blog160_DessinSignalons au passage qu’une autre étude, réalisée par l’organisation environnementale américaine National Aubudon Society, indique que ce ne sont pas moins de 314 espèces d’oiseaux qui sont menacées par le réchauffement climatique, soit plus de la moitié de celles présentes aux États-Unis et au canada, dont le pygargue mais aussi de nombreuses espèces qui jusqu’alors n’étaient pas considérées comme en danger. Les ornithologues ont ainsi identifié 126 espèces qui risquent de perdre plus de 50 % (voire même jusqu’à 100 % dans certains cas) de leur habitat d’ici à 2050, sans possibilité d’émigrer ailleurs si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Voilà peut-être des arguments qui devraient nourrir la réflexion de nos décideurs politiques pour le prochain sommet planétaire sur le changement climatique organisé à Paris à la fin de cette année…

L. V. LutinVert

Réduction de la consommation française de pesticides : c’est raté !

10 février 2015

Lancé à grands renforts de communication en 2008 à l’issue du Grenelle de l’Environnement, le plan Ecophyto, piloté par le ministère de l’agriculture, devait révolutionner la pratique française en matière d’utilisation des pesticides. L’objectif était ambitieux puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que de réduire de 50 % d’ici à 2018 la consommation de pesticides en France alors que nous sommes un des principaux utilisateurs mondiaux et le premier en Europe.

Blog151_PhEpandage

A trois ans de cette échéance, patatras ! Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, vient de reconnaître qu’on est bien loin du compte : entre 2009 et 2013, la consommation de pesticides a en réalité augmenté de 5 % en moyenne, et même de 9,2 % entre 2012 et 2013 : un véritable fiasco ! A se demander si les agriculteurs ont seulement entendu les consignes de ce plan ? D’ailleurs le président de la FNSEA, l’agro-businessman Xavier Beulin, ne s’émeut pas le moins du monde de ce petit dérapage : face à la concurrence mondiale et aux intempéries de ces dernières années, il faut bien mettre la dose et tant pis pour les dégâts collatéraux sur la santé humaine et sur notre environnement…

Préparation de l’herbicide Lasso, vendu par Monsanto et interdit en France en 2007 à cause de sa toxicité

Préparation de l’herbicide Lasso, vendu par Monsanto et interdit en France en 2007 à cause de sa toxicité

D’ailleurs les lobbies agricoles ne sont pas prêts à désarmer comme le montre le vote récent du Sénat qui le 4 février dernier vient de rejeter à une majorité écrasante une résolution proposant de prolonger le moratoire décrété en 2013 sur l’utilisation des néonicoticoïdes, une famille d’insecticides qui décime les colonies d’abeilles. Les apiculteurs ont beau hurler sur tous les tons que la production de miel est en chute libre et que les abeilles sont désormais gravement menacés, rien n’y fait…

Alors certes, le ministre de l’agriculture vante les mérites de l’agro-écologie et propose de généraliser le retour à l’assolement des cultures, mais le fait de repousser de plusieurs années l’objectif affiché en 2008 de réduire un jour la consommation de pesticides n’est pas un signal très encourageant alors que les dangers de ces substances qui polluent l’air, l’eau et les sols, avec des répercussions de mieux en mieux connues sur la santé humaine, ne font plus aucun doute pour personne.

Pour tenter de sauver la face, le ministère essaie de mettre en avant son réseau Dephy de 2000 exploitations agricoles modèles qui, elles, ont effectivement vu leur consommation de pesticides baisser de 12 % en 2013, ce qui prouve bien que l’objectif n’est pas si farfelu que l’affirment les tenants de l’agro-industrie. DEPHY : l’acronyme est à la hauteur de l’imagination des petites mains du ministère et signifie tout simplement « démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en produits phytosanitaires ». Effectivement, cela ne s’invente pas mais l’idée n’est pas inintéressante puisqu’il s’agit de s’appuyer sur ce réseau d’exploitants motivés afin d’y tester des procédés et du matériel permettant de réelles économies dans les dosages déversés chaque jour dans le sol et les nappes phréatiques.

Blog151_PhEpandage2Ce nouveau plan Ecophyto 2, dont les ambitions ont donc été largement revues à la baisse, s’appuie principalement sur les propositions issues d’un rapport parlementaire remis en décembre 2014 par le député PS de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier, par ailleurs agriculteur bio. Outre le développement des fermes du réseau Dephy en espérant qu’elles essaiment et fassent des émules, ces propositions insistent notamment sur l’implication des fournisseurs de produits phytosanitaires qui seront incités à conseiller leurs clients pour limiter leurs consommation, quitte à augmenter les prix pour compenser leur manque à gagner. Pas sûr que la démarche soit bien comprise dans un monde agricole habitué depuis des années à traiter de manière préventive, les produits phytosanitaires faisant office de garantie contre les pertes de récolte.

Un système de certificats d’économie de produits phytosanitaires est ainsi imaginé pour pousser les exploitants à réduire leur consommation contre incitation financière, à croire que le monde agricole n’a plus aucune notion de son impact sur l’environnement et ne raisonne plus que comme un vulgaire trader !

L. V. LutinVert

Une palme pour les sauveurs de palmiers

3 janvier 2015

Nous l’avions déjà évoqué sur ce blog, les palmiers de la région, qui font le bonheur de nombreux jardiniers et assurent la renommée de plusieurs villes côtières dont Hyères-Les Palmiers, sont depuis quelques années soumis à rude épreuve. Deux insectes sont la cause principale de ces attaques.

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le sphynx des palmiers, Paysandia archon (photo Michèle Carré)

Le premier, un papillon géant (9 à 11 cm d’envergure), est originaire d’Amérique du Sud, et répond au joli nom de Paysandia archon, dit aussi sphynx des palmiers. Sa larve, une grosse chenille blanchâtre de 8 à 10 cm de long, se nourrit des tiges du palmier dans lequel elle creuse des galeries avant de se transformer en nymphe en s’enrobant dans un cocon bien caractéristique, hérissé de débris de fibres. L’animal se transforme ensuite en un magnifique papillon qu’on voir voleter autour des palmiers, entre juin et septembre surtout pendant la pause méridienne, au plus chaud de la journée. Introduit en France depuis le milieu des années 1990, en provenance d’Argentine, il est désormais présent dans toute la région PACA où il cause de gros dégâts à la plupart des espèces de palmiers.

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Larve et adulte femelle de charançon rouge des palmiers

Le second prédateur, arrivé dans le sud-est de la France en 2006, est le fameux charançon rouge des palmiers, Rhynchophorus ferrugineus, un coléoptère originaire d’Indonésie et qui s’est propagé progressivement en Europe via le Moyen-Orient. Très présent dans le Var, il cause des dégâts encore plus importants que le précédent et les palmiers attaqués meurent en l’espace de 2 à 5 ans par pourrissement complet du stipe, d’autant que les premiers symptômes n’apparaissent que bien après le début de l’infestation.

Face à ces fléaux redoutables, des procédés de lutte biologique ont été testés. Le premier utilise des vers microscopiques, des nématodes, qui tuent par septicémie les larves de l’un comme l’autre de ces ravageurs, mais ne survivent pas à la mort de leur hôte. Le second procédé consiste à épandre des spores d’un champignon pathogène, Beauveria bassiana, qui  tue également les deux types d’insectes, mais doit être lui aussi renouvelé fréquemment et son efficacité semble limitée…

Face à cette menace, s’était créée en 2007 l’Association française des professionnels du palmier, pour tenter de trouver des parades en lorgnant du côté de puissants insecticides utilisés en horticulture dans d’autres pays mais interdits en France. A l’initiative des services de l’État, des comités de pilotage se sont mis en place dans le Var et les Alpes-Maritimes, pour tenter de coordonner cette lutte contre les ravageurs des palmiers. Mais l’association a jeté l’éponge et s’est auto-dissoute en novembre 2013, déplorant que demain, Hyères-Les Palmiers ne doive être rebaptisée « Hier-Les Pamiers »…

Heureusement, tout le monde ne s’est pas découragé pour autant. Une autre association, les fous de palmiers (dont le siège est à Hyères), se démène ainsi pour tenter d’autres approches, plus artisanales mais apparemment efficaces. La Provence relatait ainsi il y a quelques jours une belle démonstration à Carry-le-Rouet d’un de ses membres, Antoine De Tata, qui s’est inspiré des expériences d’un chercheur de l’INRA, Michel Ferry, pour mettre au point un système de lutte sans produit phytosanitaire.

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

Démonstration de traitement à l’eau sous pression (photo S. Guéroult)

La méthode est simple : il s’agit d’abord d’éliminer les premières palmes qui ont été attaquées, puis d’araser les pétioles le plus près possible du stipe (le tronc) afin de mettre au jour les galeries faites par les larves du charançon rouge ou du papillon. En même temps, on en profite pour retirer tous les cocons. Ensuite, on nettoie entre les insertions des pétioles pour chasser le chanvre à l’aide d’un grattoir. Puis on envoie de l’eau avec un appareil à haute pression (sans toutefois dépasser 100 bars) en utilisant un embout le plus large possible en caoutchouc et orientable. Ceci permet d’extraire les larves et les œufs de l’intérieur des galeries, en veillant soigneusement à ne pas créer de lésion.

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

Phoenix canariensis, le dattier des Canaries

D’après Antoine De Tata, le procédé est efficace à condition que le palmier ne soit pas infecté à plus de 40 %. Il conseille néanmoins de terminer l’opération en pulvérisant un fongicide à large spectre car, selon lui, « les charançons sont attirés par la sève qu’ils sentent à 5 ou 7 km à la faveur des coupes de palmes ». Voilà en tout cas un espoir pour des milliers d’amoureux de palmiers désespérés à l’idée de voir dépérir leurs chers Phoenix dactylofera et autres Livinstonia chinensis

L. V. LutinVertPetit

Un nouvel avenir pour l’agriculture française ?

29 décembre 2014

Les médias n’en ont guère parlé mais l’adoption par le Parlement français, le 11 septembre 2014, de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, traduit peut-être un premier tournant dans les orientations de la politique agricole française.

Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt

Après des décennies marquées par le triomphe du productivisme à tout crin qui a vu disparaître la quasi totalité des exploitations agricoles familiales traditionnelles (le nombre d’exploitations agricoles, qui était de 2,5 millions dans les années 1960, est tombé à 515 000 en 2013) et qui s’est traduit par un appauvrissement sans précédent des paysages, des sols et de la biodiversité, cette loi met en effet pour la première fois l’accent sur la nécessité d’un certain rééquilibrage en faveur d’une agriculture plus respectueuse de son environnement.

Certes, la présentation du projet par les services du ministère de l’agriculture fait encore la part belle à ce souci d’augmenter sans cesse la compétitivité de notre industrie agro-alimentaire pour peser toujours davantage dans la compétition mondiale, au risque de ravager ce qui reste de nos ressources naturelles et de ruiner les agricultures paysannes encore survivantes dans les pays les moins avancés.

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Il faut dire que le gouvernement a été contraint de faire de grosses concessions aux puissants lobbies agro-industriels, y compris sur des points aussi structurant que la définition même de ce qu’est un agriculteur ! Car pour le nabab Xavier Beulin, inamovible président de la FNSEA, « celui qui a 2 hectares, trois chèvres et deux moutons, n’est pas un agriculteur ». Ce riche céréalier, à la tête d’une exploitation céréalière de 500 ha et d’un atelier disposant d’un quota de 150 000 litres de lait, préside également le groupe agro-industriel Sofiproteol, un holding financier dont le chiffre d’affaire atteint 7 milliards d’euros et dont les activités s’étendent de la semence à la production de volaille bas de gamme pour la restauration collective, en passant par le contrôle des huiles Lessieur et la production de diester, un agrocarburant, largement subventionné…

Réélu à l’unanimité en février 2014 à la tête de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire à la tête de la quasi totalité des chambres d’agricultures, ce « Crésus du terroir-caisse » comme l’a surnommé Périco Legasse dans Marianne, adore les montres de luxe et se déplace en jet privé. Ardent défenseur des OGM et d’une agro-industrie mondialisée, son premier souci n’est évidemment pas la défense des petits paysans. On ne s’étonnera donc pas de voir que, sur la seule année 2013, plus de 1200 exploitations agricoles françaises ont encore disparu. L’important, aux yeux de Xavier Beulin, est plutôt de défendre le projet de ferme des 1000 vaches que son ami Michel Ramery cherche à implanter dans la Somme.

Blog133_PhLivreBoveOn comprend qu’avec de tels représentants du monde agricole, le ministre Stéphane Le Foll n’ait pas pu aller jusqu’au bout de ses projets visant à réorienter l’agriculture française vers davantage d’agro-écologie. La réforme de la politique agricole commune aurait pu l’y aider mais là aussi les batailles d’arrière-garde ont été rudes comme le relate José Bové dans son livre « Hold-up à Bruxelles », paru en février 2014 et dans lequel il raconte ses combats contre les différents lobbies de l’agro-industrie durant son mandat de député au parlement européen entre 2009 et 2014. Il y explique notamment comment il s’est battu pied-à-pied pour essayer (sans succès) de plafonner les aides européennes en deçà du seuil de 300 000 euros annuel, ce qui paraît pourtant le bon sens même !

Bref, on conçoit que réformer la politique agricole française n’est pas une sinécure et l’on se contentera donc des avancées de cette nouvelle loi d’avenir pour l’agriculture qui contient de fait de formidables avancées dont on ne peut que se réjouir. Est ainsi actée la nécessité d’un recul des pesticides dont l’usage va être désormais interdit près des lieux sensibles tels qu’écoles, crèches, centres aérés, hôpitaux ou maisons de retraite. La protection des origines des produits alimentaires sort renforcée de même que les pratiques de l’agro-écologie qui s’appuient sur le recours à l’assolement ou l’amélioration de la qualité des sols par des organismes vivants, à l’encontre des pratiques encouragées depuis des décennies. L’enseignement agricole lui-même va devoir évoluer pour que les futurs professionnels s’imprègnent de ces nouvelles pratiques qui correspondent à une véritable révolution culturelle !

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Même la FNSEA l’admet : désormais, « le vert est dans le fruit » … L’avenir dira si ce changement radical de cap tient ses promesses et aboutit à une reconversion progressive de notre agriculture vers des pratiques plus raisonnées. En tout cas, cette loi d’avenir pour l’agriculture restera sans conteste une des belles réussites de ce gouvernement, si décrié par ailleurs, et il serait injuste de ne pas le reconnaître !

L. V. LutinVertPetit