Archive for novembre 2013

Carnoux, toujours en pointe sur l’écomobilité !

27 novembre 2013

Que ce soit pour des raisons économiques, à cause de l’envolée du prix des carburants, ou pour des raisons écologiques, voire culturelles, le covoiturage est en plein essor dans les grandes agglomérations. Pourquoi en effet rester bloqué seul dans sa voiture aux heures de pointes alors que des centaines de véhicules autour de soi font le même trajet à la même heure ? Le phénomène de covoiturage s’est largement développé dans d’autres pays et de nombreuses collectivités en France encouragent vivement la pratique pour désengorger les entrées de villes aux heures de bureaux, aménageant des parkings relais gratuits pour faciliter la pratique. Certaines grandes entreprises encouragent également leurs employés à covoiturer et de nombreux sites internet sont désormais à la disposition des usagers pour faciliter la mise en contact entre adeptes du covoiturage.

Blog44_Ph1Dernièrement, la communauté urbaine du Grand Lyon vient même de financer une campagne publicitaire légèrement décalée mais très percutante pour favoriser le covoiturage et fluidifier ainsi la circulation dans l’agglomération.

A Carnoux-en-Provence cependant, on ne s’embarrasse guère de ce genre de préoccupation, au point d’avoir installé sur le parking du petit centre commercial des Barles, un panneau interdisant purement et simplement le covoiturage ! Bien sûr, on peut comprendre l’agacement des commerçants installés sur ce site, idéalement situé à l’entrée de l’autoroute A50 vers Marseille, Aix et Toulon, et qui voient les places de parking squattées par ceux qui y déposent leur véhicule tous les matins pour covoiturer avec un collègue… Le parking étant propriété privée, on comprend parfaitement la justification d’une telle interdiction.

A Carnoux, même le covoiturage est interdit !

A Carnoux, même le covoiturage est interdit !

Il n’en demeure pas moins que l’image est emblématique de la manière dont est traitée la notion d’écomobilité dans l’agglomération marseillaise : faute de vision globale et concertée, chaque commune préfère valoriser pour son propre développement urbain ou économique les terrains qui permettraient justement de créer les parkings relais nécessaires pour désengorger l’agglomération… Arrivera t-on un jour à dépasser cette vision à courte vue et à organiser enfin les transports urbains à la bonne échelle ?

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L’Europe s’invite à Carnoux…

25 novembre 2013

Une nouvelle conférence est organisée par le Cercle Progressiste Carnussien le 9 décembre 2013 intitulée « L’Europe : quel impact sur notre vie quotidienne ? », animée par Franck Arnaud, avocat, docteur en droit, participant à la « team Europe France ».

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L’Europe semble bien loin pour tout le monde alors que les prochaines élections pour le Parlement européen auront lieu en juin 2014. Cette conférence sera l’occasion pour chacun de se poser la question : qu’est ce que l’Europe pour moi ? En quoi ce qui est décidé à Bruxelles ou à Strasbourg peut avoir des conséquences sur ma vie de tous les jours, et de façon plus générale sur notre vie économique, sociale et culturelle, en France et dans notre région. Pourquoi voter ?

Cette conférence d’un spécialiste des questions européennes est une occasion rare de poser toutes nos questions pour mieux comprendre le fonctionnement de nos institutions européennes si souvent décriées et d’en apprendre davantage sur la manière dont l’Europe influe sur notre vie quotidienne. Les directives européennes nous paraissent bien lointaines et souvent peu démocratiques mais elles nous concernent directement. Ce moment d’échange n’a pas pour but d’influer sur nos décisions personnelles quant au scrutin du mois de juin prochain, mais pourra nous aider à mieux en comprendre les enjeux. Un citoyen informé est toujours un électeur plus avisé !

 CG

Ecotaxe poids lourds : comment en est-on arrivé là ?

18 novembre 2013

Adoptée à la quasi-unanimité en 2009, l’écotaxe poids lourds semble désormais cristalliser tous les mécontentements et sa mise en œuvre vient une nouvelle fois d’être reportée aux calendes grecques. Il s’agit pourtant d’une des mesures les plus consensuelles issues du Grenelle de l’Environnement, à savoir « la création d’une éco-redevance kilométrique pour les poids lourds sur le réseau routier non concédé », ceci afin de participer au financement de modes de transports alternatifs dont le fret ferroviaire, via l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF).

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En réalité, cette mesure n’a au départ aucune vocation écologique puisqu’elle résulte de la directive européenne Eurovignette adoptée en 1999 et qui vise simplement à harmoniser la perception des taxes sur l’usage des réseaux routiers. En 2005, l’Allemagne est le premier pays à la mettre en œuvre en confiant sa perception à un consortium privé (dans lequel figure Vinci) mais en limitant son impact aux seuls camions de plus de 12 tonnes effectuant des trajets de longue distance. C’est la France qui a poussé pour que cette directive européenne soit révisée en 2011 (avec obligation de mise en application avant le 16 octobre 2013) pour intégrer aussi l’objectif de promotion de déplacements durables : conçue initialement pour permettre que les poids lourds participent effectivement au financement de l’entretien des routes, elle vise désormais à faciliter le financement des infrastructures ferroviaires en espérant un report sur ce mode de transport.

Mais la mise en œuvre de ce dispositif s’est révélée plus complexe que prévu ! Dès le départ, la France a décidé de ne l’appliquer que sur une partie du réseau routier, en excluant les 9 000 km d’autoroute concédées au privé par le gouvernement de Villepin en 2005. Du coup, l’assiette pour prélever la taxe se rétrécit comme peau de chagrin. Certaines régions mettent en avant leur spécificité : l’Alsace réclame ardemment la taxe car sa mise en application en Allemagne s’est traduite par une forte augmentation du trafic de poids lourds de ce côté-ci du Rhin et elle souhaite rétablir l’équilibre ; en revanche, la Bretagne fait valoir sa position périphérique et obtient dès 2009 une exonération de 50 % de la taxe, ainsi que d’autres aménagements favorables.

A l’exemple de l’Allemagne, tous les autres pays européens ont délégué au privé la mission de collecte des taxes, selon un système de boîtiers embarqués à bord des camions, avec des portiques de contrôle munis de récepteurs et de caméras pour filmer les plaques d’immatriculation.

Un système de contrôle sophistiqué... et vulnérable

Un système de contrôle sophistiqué… et vulnérable

Le coût de ce dispositif est très élevé et quasi indépendant du volume d’argent effectivement collecté : en Allemagne, le coût de la collecte est de 600 millions d’euros par an mais ne représente que 13,5 % des 4,4 milliards d’euros recueillis annuellement, alors qu’en Slovaquie l’opérateur privé garde pour lui 80 % des recettes ! En comparaison, le coût de la collecte des impôts en France est en moyenne de 1%…

En France, c’est Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’environnement de Nicolas Sarkozy, qui a défini le cahier des charges en vue de recruter l’opérateur privé chargé de cette collecte. Puisque la taxe ne pouvait s’appliquer sur le réseau autoroutier, il a fallu étendre sa perception à tous les camions de plus de 3,5 t, ce qui du coup touche directement le transport de proximité et éloigne fortement des objectifs fixés initialement ! Le montant de la taxe a été fixé à 13 centimes du km et certains ont calculé que son application se traduirait automatiquement par un report de la circulation sur les autoroutes (puisqu’elles en sont exonérées), avec pour conséquence un gain annuel de 400 millions d’euros pour les concessionnaires (privés) de ces autoroutes : beau cadeau en perspective !

Par ailleurs, dans le dispositif retenu, la perception de la taxe sera confiée à une société privée mais c’est le service public de la douane qui sera requis pour poursuivre les contrevenants : au privé les bénéfices juteux et au public les charges induites pour lui assurer la meilleure rémunération possible. Cette notion «  d’externalisation de la collecte de l’impôt  » est une grande première en France depuis la révolution et la disparition des fermiers généraux : elle traduit surtout un véritable désastre financier pour l’Etat…

Manifestation devant un portique (photo Fred Tanneau AFP)

Manifestation devant un portique (photo Fred Tanneau AFP)

Le consortium privé Ecomouv qui a remporté l’appel d’offre français pour la mise en place de ce partenariat public-privé est mené par l’italien Autostrade mais a intégré d’autres sociétés minoritaires comme Thalès et la SNCF. Son contrat prévoit une rémunération annuelle de 240 millions d’euros, soit 20 % de la recette annuelle évaluée à 1,2 milliards d’euros. Un contentieux est en cours, porté par la SANEF, candidat malheureux qui met en doute les conditions d’attribution du marché. On apprend ainsi que, en cas de dénonciation du marché, l’Etat devra verser une indemnité de 800 millions d’euros. Pour équiper les 15 000 km de routes sur lequel s’appliquera la taxe, Ecomouv aurait dépensé à ce jour environ 550 millions d’euros : en cas de dénonciation du contrat, la société ferait donc un bénéfice de 50 %, ce qui ne serait pas pour lui déplaire…

Comme le contrat ne prévoit aucune pénalités de retard, Ecomouv a traîné les pieds pour réaliser les équipements nécessaires et le dispositif n’est toujours pas opérationnel. Sa mise en application, initialement prévue dès avril 2013 en Alsace et en juillet 2013 ailleurs, a déjà été retardée pour cette raison. Le dernier moratoire décidé par le gouvernement pour calmer la colère bretonne n’est donc pas une mauvaise nouvelle non plus pour l’opérateur qui de toute façon n’était pas prêt…

Un portique part en fumée...

Un portique part en fumée…

Au-delà de ces péripéties, ce dossier est parfaitement emblématique du déséquilibre qui se développe entre l’Etat et ces grandes sociétés privées, ce qui rend le montage des partenariats public-privé désastreux pour la Nation, comme la Cour des Comptes ne cesse de le dénoncer. Si l’Etat avait décidé de mettre en œuvre le recouvrement de cette taxe comme tous les autres impôts, il pouvait emprunter à un taux d’environ 2,5 % pour réaliser les investissements nécessaires. En recourant à une société privée, il rémunère les services de cette dernière qui, elle, emprunte à un taux situé autour de 7 %. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le contrat d’Ecomouv est conclu pour une durée de 13 ans et sa rémunération permet un retour sur investissement en 3 ans seulement ! D’ailleurs, l’Etat s’est engagé par contrat à lui verser un loyer mensuel de 20 millions d’euros à compter du 1er janvier 2014, même si le dispositif n’est toujours pas opérationnel à cette date…

Or, la société Ecomouv, qui a été créée le 21 octobre 2011 (au lendemain de la signature du contrat…) a constitué un capital de 30 millions d’euros seulement ! C’est évidemment ridicule vu le montant des investissements envisagés (de l’ordre de 800 millions en tout) et surtout en regard de la rémunération promise (3,2 milliards d’euros au total). Tout le montage repose en réalité sur un emprunt souscrit auprès d’un consortium bancaire, avec un effet de levier colossal. De surcroît, le système est conçu de telle manière que la société n’affiche jamais de bénéfice, donc ne paye aucun impôt malgré une rentabilité exceptionnelle ! Les perspectives offertes par un tel montage sont proprement effarantes, d’autant qu’un alinea prévoit que le principal actionnaire (Autostrade) pourra revendre la totalité de ses parts dans un délai de 2 ans. On imagine sans peine (c’est du moins l’hypothèse avancée par Médiapart dans un article très documenté sur le sujet) un rachat de la société (avec de fortes plus-values à la clé) par un Goldman Sachs qui mettrait ainsi un pied dans la perception de nos impôts… Un véritable cauchemar !

LVLutinVert1Small

Une voie réservée aux bus sur l’A7 à l’entrée de Marseille…

17 novembre 2013

Dans le numéro de La Provence du 31 octobre 2013, un article nous apprend que va être expérimentée dès le mois de novembre une voie réservée aux autocars et aux taxis sur un tronçon de 2 km de l’autoroute A7 à l’entrée de Marseille, entre l’échangeur de Plombières et la sortie de Saint-Charles. L’objectif est bien entendu de favoriser l’utilisation des transports en commun sur de tels trajets qui sont régulièrement paralysés par des embouteillages aux heures de pointe. Si le système donne satisfaction, une voie spécifique sera rendue opérationnelle pour mi-2014.

Simulation de la future voie réservée (infographie parue dans La Provence)

Simulation de la future voie réservée (infographie parue dans La Provence)

De tels dispositifs ont déjà été expérimentés depuis 2002 pour favoriser le transport interurbain entre Voiron et Grenoble où les bus utilisent désormais la bande d’arrêt d’urgence aux heures de pointe lorsque la vitesse descend en dessous de 50 km/h. Depuis, la fréquentation des transports en commun a triplé sur ce trajet, ce qui confirme l’intérêt de la démarche. D’autres mesures comparables ont été depuis mises en œuvre notamment  dans l’agglomération strasbourgeoise. Si l’expérience s’avère concluante à l’entrée nord de Marseille, il sera sans doute nécessaire de l’étendre  aussi sur l’autoroute entre Aubagne et Marseille, où les navettes sont  régulièrement bloquées dans des bouchons quotidiens !

L’article de La Provence précise que les véhicules particuliers ou de service qui utiliseront ces voies réservées se verront sanctionnés après avoir été détectés par vidéo. C’est en effet une condition sine qua non pour que les voies réservées aux transports en commun puissent rester fluides aux heures de pointe et donner ainsi un avantage à l’utilisation des transports en commun.

Ceci dit, même si les Etats Unis ne constituent pas un modèle, notons cependant qu’il existe sur les autoroutes urbaines un dispositif qui privilégie les véhicules individuels dès lors qu’au moins deux personnes sont à bord. La voie de gauche marquée d’un losange leur est réservée aux heures de forte affluence. Cette mesure encourage le covoiturage, principe économique et écologique. Une telle mesure pourrait aussi être envisagée sur certains tronçons afin de favoriser le covoiturage…

Ce serait, en complément d’un réseau ferré régional de type RER, fiable et régulier, une disposition limitant le temps perdu dans les embouteillages, lui-même facteur de fatigue et de stress.  

Michel Motré 

Une lettre ouverte à Madame Christiane Taubira, Garde des sceaux

14 novembre 2013

Yann Moix, prix Renaudot 2013, a adressé ce jeudi 14 novembre 2013, une lettre ouverte à la garde des Sceaux, Christiane Taubira. De nombreuses autres personnalités ont réagi dans le même sens et plusieurs de ces témoignages de soutien mériteraient également d’être largement diffusés, ne serait-ce que pour rappeler à certains que l’engagement politique et le débat d’idées méritent mieux que les insultes et les quolibets !   

Christiane Taubira

Christiane Taubira

Madame,

Je vous adresse cette courte lettre pour vous dire que la honte que je ressens d’être français quand vous êtes insultée dans votre dignité n’est rien, absolument rien, au regard de la fierté que je ressens face à la permanente démonstration de votre courage.
Il n’est pas question, ici, de politique. Mais seulement de reconnaître, en vous, tandis que pleuvent sur vous mille crachats et quantité d’immondices, une de ces figures qui font, contre vents et marées, progresser notre vieille République.
Je crois bien qu’en d’autres temps, Robert Badinter, ou Simone Veil encore, furent confrontés, de par l’ampleur de leur vision sociétale, de par la force de leurs convictions et la puissance de leur volonté, à la haine provisoire des réactionnaires et des moisis.
Vous aurez, non sans humour, permis plus d’avancées en quelques mois à la France, que d’autres pendant quelques décennies.
Votre personne, comme une sorte de caisse de résonnance, présente cette particularité, quasiment inédite, de dévoiler à elle seule, de stigmatiser sur elle seule, les nombreuses maladies dont notre pays est aujourd’hui atteint.

Puissiez-vous, madame, exister encore longtemps, et incarner cette Marianne au visage plus humain, moins éthéré, moins lisse aussi, que celle dont rêvent les nostalgiques d’une France éternelle qui, pour notre grand bonheur, n’eut jamais la moindre réalité et, ne leur en déplaise, n’existera jamais.
J’ai l’impression que, depuis quelques jours, c’est notre République qui devient bananière.
Pensez donc à Bernanos : « Les ratés ne vous rateront pas. »

Yann Moix

Les évadés : un regard original sur l’actualité, l’air du temps et la politique

11 novembre 2013

Le 13h15 de France 2 du samedi 9 novembre 2013 a permis de voir un reportage remarquable sur les migrants intitulé « Les Evadés ». En voici la présentation.

Ils font la une de l’actualité : des hommes, des femmes, des enfants, venus de Syrie, de Libye, d’Erythrée, de Somalie, à bord de bateaux surchargés, fuyant la guerre, la misère. Parfois c’est le naufrage. Les garde-côtes italiens repêchent des corps mais sauvent des vies aussi : comme le Commandante Indelicato qui a ramené sur la terre ferme 1500 migrants ces derniers mois.

People who fled the unrest in Tunisia arrive at the southern Italian island of Lampedusa

Pour les rescapés, l’île de Lampedusa est la porte de l’Europe et est devenue depuis 20 ans, un gigantesque camp de migrants. Mais sur le continent, en Calabre, à 450 km au nord, nous sommes allés observer un « laboratoire de l’immigration » : les habitants d’Acquaformosa accueillent les refugiés de Lampedusa comme synonymes de « développement et insertion réussie ».

Dans la région, plusieurs villages qui semblaient condamnés par l’exode rural se sont unis pour recevoir ces migrants. Les réfugiés – comme Neema et cinq autres jeunes Erythréennes, reçoivent un toit et 30 euros par semaine pendant 3 ans. Les enfants vont à l’école qui a rouvert, les commerçants travaillent et… la population rajeunit.

Certes, l’humanité est un aspect des choses à Acquaformosa (fondée il y a 500 ans par des immigrés albanais) mais le bon sens comptable n’est pas absent. Le village reçoit de la Communauté européenne 20 euros par jour et par migrant, la mairie gère l’enveloppe qui fait vivre les réfugiés et le village… Alors que le centre de rétention de Lampedusa coûte 70 euros par jour et par migrant à l’Europe.

 Enfin une solution positive réalisée par les habitants de ces villages de Calabre : bravo à eux ! Il faut absolument voir et revoir ce reportage sur le site de France 2 (jusqu’au 16 novembre) !

Jacques Tonnelle

Les médias de service public s’ouvrent à la défense des consommateurs…

10 novembre 2013

Dans la loi sur l’audio visuel adoptée le 31 octobre 2013 à l’Assemblée nationale après l’avoir été au sénat, les Conseils d’administration des Médias de Service Public (France Télévisions, Radio France et France Médias Monde) s’ouvrent aux associations de défense des consommateurs.  C’est une avancée dans la gouvernance des médias.

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Il s’agit du résultat d’une action  des « indignés du PAF » qui militent pour la réconciliation citoyens/journalistes  convaincus qu’il y a là une clé d’une sortie de crise pour les médias (lien pour plus de précision). 

Une bonne nouvelle pour la transparence de l’information, diffusons-là !!! 

 Cécile Granger

C’est tous les jours Noël pour les concessionnaires d’autoroutes !

9 novembre 2013

Une nouvelle fois, la Cour des Comptes vient de mettre les pieds dans le plat en dénonçant, dans un rapport rendu public fin juillet 2013 (rapport), le véritable scandale que constitue la privatisation des autoroutes, lequel permet à quelques groupes du BTP de plumer tranquillement les usagers et les contribuables tout en engrangeant de gros bénéfices qui alimentent largement leurs actionnaires. Les termes employés par Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes sont certes plus mesurés mais expriment assez clairement le fond de l’affaire : « Les conditions actuelles  ne permettent pas de garantir que les intérêts des usagers et de l’Etat sont suffisamment pris en compte ». Ce rapport évoque explicitement « des rapports déséquilibrés au bénéfice des sociétés concessionnaires » et le « caractère contestables des hausses tarifaires ». Un joli pavé dans la mare des tenants de la privatisation à tout crin…
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 Petit retour en arrière pour y voir plus clair… Jusqu’en 2005, les autoroutes constituaient un service public, financé par l’Etat grâce aux impôts des contribuables et au péage dont s’acquittaient les usagers. Sous l’impulsion de Thierry Breton, ministre de l’Economie de Dominique de Villepin, la donne a changé avec l’ouverture du capital puis la privatisation de 9 000 km d’autoroutes françaises désormais concédées à trois groupes principaux. Le groupe de BTP Vinci se taille la part du lion en prenant le contrôle des concessions ASF (qui gère 2 700 km d’autoroutes dans le sud de la France), Cofiroute et ESCOTA, qui couvre près de 600 km en région PACA. Deux autres acteurs se partagent le reste du gâteau : Eiffage et Albertis, un consortium espagnol.

A l’époque, les concessions d’exploitation ont été soldées pour 15 milliards d’euros à ces trois groupes, alors que leur valeur était estimée à 23 milliard : une affaire particulièrement juteuse donc, d’autant que ces groupes privés ont fait preuve d’une imagination débridée pour en accroître encore la rentabilité en pressurant toujours davantage l’usager ! Entre 2005 et 2012, les bénéfices des concessionnaires ont ainsi augmenté de plus de 50 %, quatre fois plus que l’inflation dans le même temps, pour atteindre désormais plus de 2 milliard d’euros par an, de quoi rembourser la mise initiale d’ici 2016 alors que les concessions courent au moins jusqu’en 2033 ! Le réseau autoroutier français est désormais considéré comme mature et ne devrait plus connaître d’extension majeure, d’autant que la fréquentation des autoroutes tend plutôt à diminuer, mais cela n’empêche pas ces concessionnaires de gagner toujours plus d’argent…

Les recettes de ce véritable racket sont bien connues et largement dénoncées par la Cour des Comptes. Pendant des années, les concessionnaires ont pratiqué le « foisonnement » qui consiste à augmenter davantage le prix des péages sur les tronçons les plus fréquentés afin de conserver une augmentation moyenne au km dans la limite de ce qui leur est autorisé. C’est ce qui a permis à l’A52 entre Aubagne et Aix-en-Provence de subir des augmentations successives spectaculaires ce qui en fait un des tronçons les plus chers de France à 3,70 € pour 21 km entre les gares de péage de la Barque et de Pont de l’Etoile, soit 17,6 centimes du km. A ce prix, on est très au-delà du tarif moyen de 10,5 centimes sur le réseau autoroutier français, moyenne qui s’établissait à 8,3 centimes en 2005, soit une augmentation de près de 30 % en quelques années !

Dessin de Tignous paru dans Marianne

Dessin de Tignous paru dans Marianne

Pendant que les recettes augmentent à vitesse grand V, les charges elles diminuent fortement. De nombreux tronçons autoroutiers  sont désormais amortis, ce qui allège d’autant le coût de l’endettement, tandis que les frais de personnel et de maintenance diminuent sans cesse : 15 % du personnel a ainsi disparu depuis la privatisation et la qualité de service se dégrade progressivement au grand profit des actionnaires. Même les investissements pour automatiser les bornes de péage sont financés par les usagers alors que leur seule fonction est de réduire les coûts d’exploitation et donc de maximiser les profits !

Quant aux travaux qui sont effectués, grâce aux recettes des péages et dans le cadre de contrats de plans négociés avec l’Etat (ce qui permet d’allonger régulièrement la durée des concessions sans remise en concurrence…), les marchés sont bien entendu attribués automatiquement aux filiales du groupe ce qui permet de les surfacturer allègrement et de gagner sur tous les tableaux. Les travaux d’élargissement titanesques et parfaitement inutiles réalisés l’an dernier au droit de l’échangeur de Carnoux en sont une bonne illustration… Mais après tout, quand le BTP se porte bien, mieux vaut ne pas être trop regardant !

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KATULU n° 34

8 novembre 2013

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les adhérents dans le numéro 34  de Katulu -septembre 2013-

La vérité sur l’affaire  Harry Quebert

JOEL DICKER

L‘auteur : écrivain né en juin 1985, diplômé en droit en 2010, éclectique, joue de la batterie enfant, s’essaie au théâtre. Engrange des distinctions : Prix Bornéo, pour sa défense de la nature en 2005 ; primé dans le cadre des jeunes auteurs pour « Le Tigre » ; 1ère sélection au GONCOURT ; obtient finalement avec ce roman Le Goncourt des Lycéens, Grand Prix de l’Académie Française.


Un roman style POLAR

Le sujet : l’histoire d’HARRY QUEBERT – écrivain célèbre – accusé d’un meurtre sur Nola KELLERMAN, une jeune fille de 15ans et la volonté farouche de réhabilitation par le fils spirituel d’HARRY –écrivain, lui aussi, Markus GOLDMAN.

Polar : certes puisque crime, enquête, rebondissements

Le style : haletant comme il se doit avec une chronologie brouillée, le lecteur est tour à tour transporté en 1975, puis en 2008, 2009 ou encore en 1969,

La composition : originalité de la forme, constituée de pauses, 31 sentences qui éclairent ce roman initiatique. En effet on y apprend comment réussir un roman et peut-être au-delà le sens de toute vie, la complexité de la vérité.Premier avis aux lecteurs : les sentences sont en ordre décroissant, la première étant réservée pour la fin !!!

L’intérêt du roman

Derrière le « rideau » du polar, où la curiosité du lecteur est tenue en haleine jusqu’au bout des quelques 700 pages, au delà de la fiction, il y a le réel : on peut retenir de ce roman, le décor, les voitures « la MONTANA NOIRE », les villes, la Province d’Aurora, la petite ville de CONCORD (?), puis la grande New York. L’ancrage dans l’histoire : élection d’Obama, la guerre d’Irak.

La description du mode de vie Américain : les motels perdus, le goût des hot dog, la vie dans les universités, la place du sport – ici la boxe, la place d’une religion puissante, la violence omniprésente, les pulsions sexuelles, la folie meurtrière. Ce roman fait la peinture d’une société où triomphe l’argent, le pouvoir des médias, celui de la Publicité, la corruption de la Justice, de la Police, la force de la littérature,

L’intérêt Philosophique : le Narrateur pose quelques questions essentielles : Pourquoi ? Comment ? Sens de l’art ? sommes-nous libres ? « Écrire c’est être dépendants Personne n’est libre. Nous sommes prisonniers de nous-mêmes et des autres ». On retient une certaine misère du destin de l’homme. Les amours impossibles, les rêves inaboutis, les échecs amoureux, les quiproquos, les faux semblants, les pièges, les souffrances, les douleurs. Tous les personnages se révèlent dans leur vérité, sous une lumière crue. Aucun n’est un héros irréprochable, tous ont leurs faiblesses, leurs frustrations, leurs parts d’ombre. Tous les personnages sont doubles, bons et mauvais. Capable de grandeurs et de faiblesses, Markus, l’auteur se laisse manipuler par son éditeur, manque de rigueur dans son enquête policière malgré sa bonne volonté, demeure malgré tout  sur une ligne de pureté et de fidélité à l’amitié. Sa solitude sentimentale est touchante. L’héroïne du livre « NOLA », tour à tour victime et perverse, reste le personnage le plus dense, le plus mystérieux, jamais tout à fait présente mais toujours vue à travers le regard des autres. Quebert nous représente avec nos failles, nos lâchetés, nos misères, nos douleurs. Ainsi la galerie de portraits est assez édifiante et ne nous laisse pas sans surprise. Le lecteur toujours prompt à juger, classer, sera pris au piège de la vérité tellement nuancée, complexe, obscure.

Conclusion :
On ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture même si peut-être ou à cause, tout paraît rentrer dans l’ordre.Notre destin se joue donc sur des détails, des hasards. L’équilibre de notre vie tient bien du miracle ! Et il faudra bien apprendre le sens de la CHUTE. La morale du livre reste cependant dynamique : Vivre c’est se battre, se débattre, se relever, tomber, se servir de la peur,  de la fatigue, pour toujours avancer. ELOGE de LA VIGUEUR. La liberté c’est un combat de chaque instant, se battre contre soi-même : « Qui ose, gagne ». Cette lecture est donc à plusieurs niveaux, plusieurs tiroirs, plusieurs facettes. Qui aime l’intrigue, le suspens sera conquis. Qui veut devenir écrivain trouvera quelques recettes et procédés littéraires. Qui veut connaître la province AMERIQUE sera éclairé. Qui veut méditer sur l’homme, sur le sens de l’existence y verra comme dans un miroir son image. C’est un bon livre « un livre que l’on regrette d’avoir terminé ».

Nicole BONARDO

Ladivine

Marie Ndiaye

 L’auteur : née le 4 juin 1967 à Pithiviers (Loiret), d’un père sénégalais et d’une mère française – son père quitte la France lorsqu’elle a un an ; elle ne le connaîtra pas– elle grandit dans la région parisienne avec sa mère et son frère, Pap Ndiaye (aujourd’hui agrégé d’histoire, spécialiste de États Unis, maître de conférence à l’EHESS). Elle n’a que 17 ans lors de la publication de son premier ouvrage. Elle obtient une bourse pour étudier pendant un an à la Villa Médicis à Rome. Mariée à l’écrivain Jean-Yves Cendrey, mère de 3 enfants. Le couple vit à Berlin depuis 2007 ; l’élément déclencheur de ce départ a été l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. A ce jour elle a publié 26 livres, romans, pièces de théâtre, livres pour enfants. Prix Fémina 2001 pour « Rosie Carpe », prix Goncourt 2009 pour « Trois femmes puissantes ». 2003 : inscription au répertoire de la Comédie Française de sa pièce « Papa doit manger ».

Le roman

L’histoire de trois femmes, mère, fille , petite fille, « entravées par les liens du sang. Peut-on se défaire de ses origines ? ».

La mère, Ladivine Sylla, une femme noire qui enceinte d’un homme blanc a quitté son pays pour la banlieue parisienne espérant le retrouver, le voir réapparaître un jour sur le seuil de son modeste 2 pièces. Elle ne vit que pour sa fille devenue l’amour de sa vie.

La fille Malinka, blanche de peau, qui devenue adolescente, ne supporte plus la vie de sa mère, son amour étouffant…elle l’appelle « la servante » ou « la négresse ». Elle décide de partir pour Bordeaux, elle change de prénom, devient « Clarisse », serveuse dans un restaurant et épouse Richard Rivière, commercial vendeur d’automobile. Couple petit bourgeois, bien installé dans une maison individuelle.

La petite fille, Ladivine, enfant du couple, nommée du prénom de cette grand-mère reniée, qui épousera un allemand avec qui elle aura 2 enfants.

Tout le livre repose sur le mensonge de Malinka/Clarisse : elle a renié sa mère mais cette dernière la rejointe à Bordeaux dès sa fuite de Paris. Alors Clarisse mène une double vie : jamais son mari, ses beaux-parents, sa fille ne connaîtront sa mère (elle se dit orpheline) mais elle va voir sa mère une fois par mois, et jamais cette femme ne saura qu’elle est grand-mère.

Cependant ce secret agit de façon insidieuse. Aux yeux des siens Clarisse est un visage sans expression, « une femme impersonnelle, irréprochable et candide » fuyante et insaisissable, personne ne semblait « pouvoir l’atteindre au cœur de ses sentiments ».

Le destin de Clarisse sera tragique, conséquence de ce redoutable mensonge…

Après la mère et la fille, l’auteur nous fait vivre le destin non moins tragique de la petite fille…partie avec mari et enfants pour des vacances en Afrique (?) elle disparaîtra…dans quel monde ? Personne ne le saura jamais.

Et puis il y a ce chien, aux aguets qui semble veiller, tour à tour, sur les trois femmes…ou qui devient l’incarnation de l’une ou de l’autre ?

« elle noya son regard dans le regard calmement éploré, calmement suppliant, et toute l’humanité et l’inconditionnelle bonté de l’animal docile lui remplirent les yeux de larmes, elle désira ardemment être lui et sut alors que le passage viendrait naturellement à son heure ».

Une histoire bouleversante, déchirante, une écriture « somptueuse », la puissance de l’imaginaire, les éléments de merveilleux, la singularité de la langue….« un théâtre de la cruauté mystique et mystérieux, sensuel et souverain…c’est une ronde maléfique qui étourdit et laisse par terre…un chant narratif épuisant qui concentre et recèle l’or très noir » de l’écriture de l’auteur.

Il est question de déchéance, de passion et de crime, d’origines cachées et de rêves candides, « de l’abandon cauchemardesque à l’inexorable vertu de la chute… ».

Il a été écrit des livres de Marie Ndiaye qu’ils étaient « empreints d’inquiétante étrangeté, profonds, agissants, laconiques, envoûtants, tissés d’incertitude et de fantaisie grave, d’ironie et d’effroi, où le réel et le merveilleux s’interpénètrent ».

Elle-même dit « les personnages principaux de mes livres ont toujours des vies très ancrées dans l’ordinaire, ils ne sont ni des artistes ni des intellectuels. Ce qui donne l’impression de décalage par rapport au réel, c’est la magie que j’introduis dans mes histoires. »

C’est bien tout cela que l’on retrouve dans « Ladivine » ! Un livre qui ne peut laisser indifférent… l’écriture vous transporte, l’histoire vous saisit… Un livre que l’on quitte à regret… A lire absolument…

Marie-Antoinette Ricard

Le Village de l’Allemand

Boualem Sansal

 

Ce livre fut présenté à Cassis au Printemps du livre ; immédiatement cet auteur m’intéressa fortement d’abord par son allure décontractée, les cheveux blancs très longs tenus par un catogan, il racontait avec vivacité son roman. Le point de départ a été pour lui l’histoire en Algérie, où il vit, d’un homme ayant servi pendant la dernière guerre mondiale dans l’Armée du Reich et ayant contribué au gazage de certains détenus dans les camps de concentration!

A partir de cela il imagina la vie de ses deux enfants dans une cité de banlieue prés de Paris : l’aîné Rachel plus intellectuel que le second, bien intégré, marié à une Française, un bon boulot dans le commercial. Le second Malrich, vivait dans la cité et il disait de son frère :« il avait sa vie, j’avais la mienne : il était cadre, dans une grosse boite américaine, il avait sa nana, son pavillon, sa bagnole, sa carte de crédit… moi je ramais H24 avec les sinistrés de la cité ». Un jour Rachel a découvert avec stupeur que son père l’Allemand vivant en Algérie avait été ce scientifique nazi. Tout le monde dans le village l’ignorait ; il était même devenu Moudjahid tant sa renommée n’était pas contestée et il était même estimé  !

En fait le roman consiste en la vision du plus jeune des frères, Malrich, lisant le journal du frère aîné Rachel : celui-ci vient de suicider après une grave descente aux enfers lorsqu’il a abandonné sa vie tranquille pour aller à la rencontre de ce père aimé qui l’a tant déçu. Il part en Algérie dans son village d’Aîn Deb prés de Sétif : là les parents ont été assassinés par le GIA : Groupe Islamiste Armé .

Le roman de Sansal se situe à la croisée tragique de trois drames humains mais ayant malgré tout la même trame dramatique : le fanatisme. C’est d’abord le rappel odieux de la Shoah : « Des mots, des expressions que j’entendais pour la première fois revenaient fréquemment : solution finale, chambre à gaz, fours crématoires, Sonderkommandos, camps de concentration, Shoah, Holocauste ».

Cette évocation est difficile pour les deux frères car leur père y était impliqué. Cela leur est intolérable et ils ne peuvent éviter cette question lancinante : « Sommes nous comptables des crimes de nos pères, des crimes de nos frères et de nos enfants ? » Et comme cette interrogation évoque en eux, bien sûr, l’idée de la guerre violente que le GIA a perpétrée en Algérie dans les années 90 où Rachel et Malrich ont eu la douleur de perdre leurs parents !

Comment ne pas faire un parallèle entre ces exactions et ce sectarisme témoigné par des islamistes de certaines cités des grandes villes ?

Et l’auteur montre la montée de l’islamisme dans les cités de banlieues et fait en quelque sorte un parallèle entre cet extrémisme : « on ne parlait que de ça, le djihad, les vrais martyrs, les mécréants, l’enfer, la mort, les bombes, le déluge de sang, la fin du monde, le sacrifice de soi, l’extermination des autres, et dehors, après la mosquée, on recommençait en plus fort. » ou encore « l’école est un crime de ces chiens de chrétiens, l’avenir c’est la mosquée », ou encore « nous sommes sur une ligne continue, on ne peut en sortir sans la rompre et disparaître », « et par cette résolution que je me suis donnée : l’Imam de la 17 il faut lui couper le sifflet avant qu’il ne soit trop tard ! »

primoleviCes thèmes se placent en droite ligne d’un Primo Lévi obsédé par la pensée du nazisme et de l’intolérance : cf pièce jointe : « Si c’est un homme » : poignant de vérité et nous permettant de réfléchir à la bêtise, au fanatisme et à la cruauté des hommes ! Il faut être vigilant : « la bête immonde » n’est pas morte !

Josette Jegouzo

Biographie de Maximilien Robespierre

Jean Massin – 1956

Lecture ardue à base des discours prononcés à la Convention et aux Jacobins par Robespierre et par d’autres, rhétorique alambiquée parfois difficile à comprendre mais avec les envolées lyriques de ces temps là. On est bien sûr conforté dans le sentiment que l’assassinat de Robespierre sonna le glas de la Révolution ; le Directoire puis le Consulat n’ayant jamais été que des chambres d’enregistrement de la réaction. Toutefois, avant de s’attaquer à cet ouvrage, il n’est pas inutile de réviser son histoire de la Révolution Française, l’auteur se concentrant sur l’attitude de Robespierre sans toujours expliciter le contexte du moment.

 Mais après avoir lu ce livre, je ne peux qu’imiter l’auteur et laisser Gracchus Babeuf (de son vrai nom François Noël Babeuf, guillotiné sous le Directoire le 27 mai 1797, suite à la « Conjuration des égaux » prônant l’abolition de la propriété privée) conclure :

 « Je confesse de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir et le gouvernement révolutionnaire et Robespierre et Saint-Just. Je crois que ces hommes valaient mieux à eux seuls que tous les révolutionnaires ensemble et que leur gouvernement dictatorial était diablement bien imaginé. Tout ce qui s’est passé, depuis que ni les hommes ni le gouvernement ne sont plus, justifie peut être assez bien l’assertion. Je ne suis pas du tout d’accord qu’ils ont commis de grands crimes et fait périr bien des républicains. Pas tant ! je crois. Je n’entre pas dans l’examen si Hébert et Chaumette étaient innocents. Quand cela serait, je justifie encore Robespierre. Des brouillons, des hommes à demi moyens, avides de gloire et remplis de présomption, peuvent avoir été aperçus par notre Robespierre avec la volonté de lui disputer la direction du char. Alors il a dû voir que tous ces ridicules rivaux, même avec de bonnes intentions, entraveraient, gâteraient tout. Je suppose qu’il eût dit : « Jetons sous l’éteignoir ces farfadets importuns et leur bonnes intentions », mon opinion est qu’il fit bien.

Le salut de vingt-cinq millions d’hommes ne doit point être balancé contre le ménagement de quelques individus équivoques. Un régénérateur doit voir en grand, il doit faucher tout ce qui le gêne, tout ce qui obstrue son passage, tout ce qui peut nuire à sa propre arrivée au terme qu’il s’est prescrit. Fripon ou imbéciles ou présomptueux ou avides de gloire, c’est égal et tant pis pour eux ! Pourquoi s’y trouvent-ils ?

Robespierre savait tout cela et c’est en partie ce qui me le fait admirer, c’est ce qui me fait voir en lui le génie où résidaient de véritables idées régénératrices. Je ne crois point impolitique et superflu d’évoquer les cendres et les principes de Robespierre et de Saint-Just pour étayer notre doctrine. D’abord, nous ne faisons que rendre hommage à une grande vérité sans laquelle nous serions trop au dessous d’une équitable modestie. Cette vérité est que nous ne sommes que les seconds Gracques de la Révolution française.

N’est-il pas utile de montrer que nous n’innovons rien, que nous ne faisons que succéder à des premiers généraux défenseurs du peuple qui avant nous avaient marqué le même but de justice et de bonheur auquel le peuple doit atteindre ?

En second lieu, réveiller Robespierre c’est réveiller tous les patriotes énergiques de la République et avec eux le peuple qui autrefois n’écoutait et ne suivait qu’eux. Rendons à sa mémoire son tribut légitime ; tous ses disciples se relèvent et bientôt ils triomphent. Le robespierrisme atterre de nouveau toutes les factions. Le robespierrisme est dans toute la République, dans toute la classe judicieuse et clairvoyante, et naturellement dans le peuple. La raison en est simple ; c’est que le robespierrisme c’est la démocratie, ces deux mots sont parfaitement identiques. Donc en relevant le robespierrisme vous êtes sûrs de relever la démocratie. »

 Yves Le Merre