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La future cité scolaire internationale de Marseille

3 novembre 2021

Marseille, cité cosmopolite s’il en est, constituée d’un amalgame de populations issues des quatre coins du Monde et où l’on dénombre pas moins de 70 consulats étrangers, disposera bientôt d’une cité scolaire internationale où il sera possible d’étudier en manipulant plusieurs langues de la primaire jusqu’au lycée. Ce concept de cité scolaire internationale est pourtant loin d’être nouveau puisqu’on dénombre au moins sept autres établissements comparables, parmi lesquels le lycée international de Saint-Germain-en-Laye, qui avait été créé pour accueillir notamment les enfants des officiers de l’OTAN alors installés en région parisienne, mais aussi le lycée international des Pontonniers à Strasbourg, celui de l’Est parisien, implanté à Noisy-le-Grand, la cité scolaire internationale de Grenoble ouverte depuis 2001 ou encore celle de Lyon, ouverte dans le sillage de l’implantation du siège d’Europol et dont le bâtiment en forme de point d’interrogation renversé accueille à Gerland pas moins de 48 nationalités différentes.

Vue de la cité scolaire internationale de Lyon, à Gerland, près de la confluence entre la Saône et le Rhône (source © Lyon Capitale)

C’est en 2018 que le Conseil régional PACA a délibéré pour acter le lancement de cette future cité scolaire internationale qui devrait venir renforcer l’offre scolaire existante dans plusieurs autres lycées de la région qui accueillent déjà des sections internationales, sans oublier la Cité scolaire internationale de Manosque déjà opérationnelle, de même que le Centre international de Valbonne à Sophia-Antipolis. Et l’implantation de ce futur établissement au cœur du projet Euroméditerranée, à deux pas de la gare maritime et au pied de la tour CMA-CGM, dans un quartier paupérisé et dégradé du centre-ville marseillais en pleine restructuration, est significative de cette volonté de tourner la page au passé et d’orienter la ville de Marseille vers un avenir moderne et résolument mondialisé.

Projet d’implantation de la future cité scolaire internationale de Marseille (source © Bouygues Bâtiment sud-est / Le Moniteur)

Nul doute en effet que l’implantation d’un tel complexe destiné à accueillir près de 2200 élèves du CP à la terminale pour bénéficier d’un environnement d’enseignement international et clairement élitiste, contribuera à l’attractivité du territoire pour les cadres des multinationales que beaucoup rêvent d’attirer à Marseille. Cinq langues y seront pratiquées en plus du français, selon des parcours de formations bilingues avec enseignement de plusieurs matières dont la littérature et l’histoire-géographie en langue étrangère.

Pour Renaud Muselier, l’objectif du projet, qui a finalement pris la place du projet avorté d’université régionale des métiers, ce fameux Campus A qui ne verra sans doute jamais le jour, est qu’il « confortera l’attractivité, la compétitivité économique et le rayonnement international de Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Il ne s’agit plus seulement d’ouvrir l’esprit des jeunes générations à la culture de l’autre mais plus prosaïquement de gagner des places dans la guerre économique mondiale… Le recteur de l’académie, Bernard Beignier lui-même ne dit d’ailleurs pas autre chose en affirmant « l’objectif est de faire en sorte que des familles du monde entier aient envie de venir s’installer sur notre territoire et que celles déjà présentes souhaitent y rester ».

Maquette d’un des bâtiments de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Le futur établissement, qui comprendra un lycée de 30 classes, un collège de 24 classes (soit plus de 700 collégiens), une école élémentaire de 15 classes, ainsi qu’un réfectoire et un internat de 200 lits, ne sera manifestement pas destiné à accueillir les enfants du quartier et on imagine d’avance que la carte scolaire sera allègrement détournée en jouant sur les différentes options de langues étrangères. Pierre-Marie Ganozzi, l’adjoint au Maire de Marseille, s’en inquiète d’ailleurs déjà, lui qui se débat pour offrir aux enfants de ces quartiers défavorisés une offre éducative de qualité dans des établissements scolaires publics délaissés depuis des années.

La future cité scolaire internationale n’ouvrira pas ses portes avant la rentrée 2024. Mais depuis le 25 octobre 2021, le chantier a été officiellement lancé avec la pose de la première pierre, en présence notamment de Claude Chirac, la fille de l’ancien Président de la République décédé en 2017 et dont l’établissement portera donc le nom. On sait en réalité depuis février 2021 à quoi ressemblera ce futur établissement.

Une des cours intérieures de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Des trois équipes qui avaient concouru en vue de sa conception, c’est celle portée par les architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta qui a en effet été retenue et c’est Bouygues qui construira les deux enceintes accolées, agencées chacune avec sa cour intérieure sous forme d’un vaste patio abritée du soleil et du mistral. A l’image de la technique retenue pour le Mucem, Rudy Ricciotti a imaginé en treillis ajouré en béton fibré haute performances en forme de moucharabieh pour abriter les façades extérieures. Il est annoncé le recours à des matériaux biosourcés, notamment pour les menuiseries, les isolants et même les cloisons à base de paille de lin, avec bien entendu une « conception bioclimatique du bâtiment » qui sera relié à la boucle à eau de mer Thassalia pour rafraîchir les salles de cours en été et les réchauffer l’hiver.

Une salle de classe de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Bref, une merveille architecturale à venir, assurément, qui coûtera quand même au contribuable la modique somme de 100 millions d’euros, financés à 49 % par la Région, 37 % par le Département et 14 % par la Ville de Marseille. Un bâtiment dont les architectes vantent la sobriété énergétique et la modestie des coûts d’exploitation et de maintenance, ce qui devrait faire les affaire de Bouygues puisque c’est ce dernier qui sera rémunéré par la collectivité, dans le cadre d’un marché global de performance, pour en assurer l’entretien pour à peine 5,4 millions d’euros par an, une paille (de lin)  !

L. V.

Laïcité et valeurs de la République

16 octobre 2021

Plusieurs dizaines de personnes venues de Carnoux, de Cassis, d’Aubagne et de Roquefort la Bédoule se sont retrouvées le 8 octobre 2021 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton de Carnoux pour assister à la conférence proposée par notre association et qui a traité de la laïcité et des valeurs de la République.

C’est Michel Motré, Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional honoraire de l’Académie d’Aix-Marseille, qui est intervenu pour aborder ce sujet sensible. Son propos s’est notamment appuyé sur le dernier ouvrage de Patrick Weil intitulé « De la laïcité de France », paru en 2021 aux éditions Grasset, qui dans ses premiers chapitres développe une réflexion sur les raisons qui ont conduit en France à ériger la Laïcité en principe républicain :

« La laïcité est l’une des variantes d’un processus de sécularisation qui a touché tout l’Occident. Il y a trois siècles, la vie personnelle, civile, sociale comme toutes les institutions politiques étaient réglées par la religion et par Dieu. Progressivement, la sécularisation va prendre trois dimensions. La diversité religieuse, le nombre d’agnostiques et de non-croyants augmente. Tout le monde fait connaissance avec l’existence d’options de conscience, avec le fait notamment que l’on peut vivre sans croire en Dieu. Dans la vie sociale, des sphères – éducative, économique, politique – sont sécularisées, c’est-à-dire deviennent neutres – la religion en est absente. Quand se produit une sécularisation complète des institutions publiques, quand l’État est séparé de la religion, on parle alors d’un régime de laïcité. »

Laïcité, liberté, égalité… des mots mais pas seulement (source © Le Labauratoire)

Quelques repères historiques, philosophiques et juridiques ont ensuite montré comment s’est progressivement construit et institutionnalisé le principe de Laïcité en France :

  • Avant et pendant la Révolution française en se fondant sur les réflexions et les écrits de philosophes comme Nicolas de Condorcet dans lesquels ce dernier développe les principes de tolérance, de laïcité et de liberté de penser qui seront le fondement de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789,
  • Sous la IIIe République avec les lois sur l’École Publique de 1882-1886, dites lois Jules Ferry et surtout avec la loi de 1905 sur la séparation des églises et de L’État,
  • De nos jours avec la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République

La laïcité, d’abord visée humaniste et philosophique puis principe démocratique, est affirmée dans la Constitution de 1946. Elle sera réaffirmée dans celle de 1958 avec, à l’article 1er (extrait) : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».

Avant 1905, il y avait une confusion du fait de la présence de la religion dans la politique et de la politique dans la religion.Pour Aristide Briand, l’ennemi n’était pas la religion mais le cléricalisme, c’est-à-dire l’intervention des religieux dans les affaires politiques.

La loi de 1905 constitue un acte souverain

Loi de rupture du Concordat qui date du Premier Empire, elle a pour conséquence l’égalité des citoyens devant l’État. Avec la séparation, il n’y a plus en effet de citoyens favorisés, ceux qui pratiquent les cultes reconnus, toutes les options spirituelles sont dorénavant égales, et les non-croyants sont égaux aux croyants.

Cette neutralité de l’État s’affirme vis-à-vis des citoyens mais il y a une deuxième dimension dans la séparation d’avec l’autorité morale et spirituelle d’inspiration catholique qui est celle de l’État français depuis ses origines. C’est le deuxième point qui révèle l’acte de souveraineté que constitue cette loi.

La troisième dimension de souveraineté c’est que le dispositif mis en place par la loi de 1905 est celui de « l’Église religieusement libre dans l’État politiquement à l’abri de ses menaces» D’où des dispositions pénales qui protègent l’individu qui veut exercer un culte ou ne pas l’exercer, les lieux de culte contre les agressions extérieures ainsi que les instituteurs, les fonctionnaires, et plus largement les citoyens, contre l’intrusion des ecclésiastiques (de toute religion) dans les affaires publiques.

La charte de la laïcité à l’école (source © Ministère de l’éducation nationale)

Comment faire vivre la laïcité ?

La séparation à la française signifie la neutralité de l’espace étatique, c’est-à-dire que les fonctionnaires ne peuvent pas exprimer leurs croyances, même s’ils en ont une.

Ensuite, on trouve l’espace du lieu de culte où les règles du lieu s’appliquent, dans le respect de la loi française bien sûr. Quand vous êtes un homme, vous vous couvrez en entrant dans une synagogue, vous vous découvrez en entrant dans une église et vous enlevez vos chaussures en entrant dans une mosquée.

Puis, lorsque vous êtes dans l’espace de votre domicile, vous faites ce que vous voulez.

Et enfin, il y a ce qu’on appelle l’espace public civil, dans lequel il peut y avoir des conflits du fait que s’y rencontrent des individus qui ont des options spirituelles par définition différentes. Cela recouvre des espaces très libres comme la plage ou la rue et des espaces où certaines régulations sont autorisées comme l’entreprise.

Les limites entre ces espaces sont parfois incertaines, ce qui donne lieu à des querelles de frontières que les juges tranchent le plus souvent.

L’école est un des lieux où se construit le sens des valeurs de la République, Liberté, Égalité et Fraternité. La charte de la laïcité à l’école instaurée en 2013 affirme la solidarité entre laïcité et principes constitutionnels de la République, mais elle n’a pu empêcher que le fanatisme conduise à assassiner Samuel Paty en 2020 !

Ainsi, constate-t-on aussi, depuis plusieurs années, la remise en question de contenus d’enseignements, notamment :

  • En sciences : le vivant, l’évolution
  • En EPS : cours de natation mixtes
  • En instruction morale et civique : les représentations caricaturales
  • En arts visuels : le patrimoine architectural religieux

Pour conclure, l’intervenant a rappelé quelques principes sur lesquels repose la laïcité :

  • La liberté de conscience
  • La liberté de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public
  • La séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

Il a enfin proposé cette réflexion d’André Comte-Sponville :

Des échanges avec l’assistance qui ont ponctué la conférence et conclu cette soirée, nous retiendrons ces questions et les éléments de réponse qui ont pu être apportés :

Q. Qui autorisait la diffusion des ouvrages éducatifs avant les lois de 1882-1886 dites Lois Jules Ferry ?

C’était l’autorité cléricale qui accordait l’imprimatur pour l’utilisation des manuels dans les établissements scolaires avant l’établissement de la IIIe République.

Q. Dans les établissements publics, l’enseignement est exclusivement confié à un personnel laïc, dans quelles conditions ?

L’enseignant reçoit dans sa formation professionnelle une formation aux questions qui concernent les principes républicains dont la laïcité. De plus, il doit connaître une multitude de textes relatifs aux lois à mettre en œuvre (décrets, arrêtés et circulaires), ce qui n’est pas facile dans la pratique au quotidien sachant que le premier objectif est d’enseigner des savoirs définis dans les programmes en mettant en œuvre des situations pédagogiques adaptées.

Q. Pourquoi le texte sur l’interdiction du port de signes religieux ne s’applique-t-il pas aux universités.

Selon le degré d’enseignement il y a un distinguo à faire entre les élèves mineurs et les majeurs qui composent le public des universités.

Un dessin signé Deligne, publié dans La Nouvelle République

Q. Comment commenter un fait religieux sans entrer dans la religiosité?

Cela demande une formation à acquérir par l’enseignant, son niveau de culture doit être suffisant pour se mettre à la portée des élèves dans le respect de leurs convictions, eux-mêmes manquant de culture ou influencés par leurs croyances religieuses. Les formes pédagogiques adoptées, s’agissant du comportement laïc, ne doivent pas s’assimiler à un « catéchisme », même quand il s’agit d’aborder en histoire ou en arts plastiques une œuvre au sujet religieux. Les faits religieux font l’objet d’études par un abord rationnel sans interprétation dogmatique.

Q. La France « fille aînée de l’église » semble poser des problèmes qui ne sont pas rencontrés dans les pays anglo-saxons, pourquoi?

Cela vient de l’histoire de ces pays, dont les constitutions (et les lois qui en découlent) ou leurs absences (GB), n’instaurent pas de séparation entre l’état et les religions. Beaucoup de pays interprètent la laïcité comme une attitude hostile aux religions.

Q. Qu’en est -il de la dispense de cours pour le contenu qu’il aborde ?

Cela ne doit pas être toléré, mais l’application de cette mesure est difficile selon les cas, notamment en éducation morale et civique où la question de la tolérance vis-à-vis des caricatures a coûté la vie à Samuel Paty.

Q. Les sorties éducatives dont des accompagnatrices sont voilées (portant le foulard) sont-elles en conformité avec l’enseignement laïc ?

On peut y trouver une attitude positive quant à l’intérêt porté par les parents au déroulement des activités scolaire. L’identification d’une appartenance religieuse pose la question du lieu où il est porté : sphère publique ou privée? Et s’il exprime une conviction qui pourrait être un contrôle du contenu de l’activité, cela ne peut être admis.

Q. Comment adapte-t-on la Laïcité de « 1905 » à la société actuelle?

C’est la difficulté car en 1905, la loi visait à inclure tous les membres de la société et par conséquent à se reconnaître égaux dans le partage des valeurs de la République. Aujourd’hui, certains citoyens se sentent socialement exclus de la société et adoptent une attitude identitaire qui les pousse à ne pas adhérer à ces valeurs.

Q. La persistance du « statut concordataire » en Alsace-Moselle n’est-elle pas une rupture du principe de l’indivisibilité de la République ?

C’est le résultat du Concordat signé par Bonaparte, qui a été accordé en 1918 suite à l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace-Moselle en 1871, la loi de 1905 ayant été appliquée sur le territoire hormis dans cette province (non française), à leur retour dans le territoire de la République (1918) les législateurs ont permis de conserver ce statut. Il en est de même pour certains territoires d’outre-mer qui bénéficient « d’aménagements » en rupture avec une stricte application de la Laïcité (lois Mandel).

Après des échanges nourris, tous et toutes ont pu se retrouver autour d’un buffet offert par le Cercle Progressiste Carnussien.

Pour ceux qui n’ont pas pu assister à la conférence, voici le document utilisé comme support :

Trappes : chausse-trappe de la laïcité ?

15 février 2021

Il suffit parfois de peu de choses pour faire naître dans notre pays une belle et forte polémique qui enflamme tous les esprits, met le feu aux plateaux-télé, noircit les pages de nos quotidiens et vient semer la pagaille en dressant les uns contre les autres, au sein des foyers comme entre collègues de travail, chacun s’invectivant à qui mieux mieux, comme si sa vie en dépendait. La dernière en date porte sur des sujets liés à la place de la laïcité dans l’éducation nationale, un point particulièrement sensible qui ne peut manquer de susciter polémiques et invectives.

En l’occurrence, tout est parti d’une lettre ouverte aux enseignants, publiée le 1er novembre 2020 dans le Nouvel Obs par Didier Lemaire, professeur de philosophie depuis 20 ans au lycée de La Plaine de Neauphle à Trappes dans les Yvelines. Au lendemain de l’assassinat de Samuel Patty, cet enseignant décapité par un jeune islamiste tchétchène pour avoir parlé à ses élèves de la liberté d’expression en évoquant les caricatures de Mahomet, Didier Lemaire fait part de ses difficultés croissantes face à « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps ».

Le professeur de philosophie Didier Lemaire sur le plateau de Cnews (source © Le JDD)

Le professeur, que certains décrivent comme obsédé par l’influence croissante de l’islamisme radical, s’est pourtant fortement investi après les attentats de 2015, pour développer des actions de prévention auprès de ses élèves, comme en témoigne notamment le politologue Rachid Benzine, enfant de Trappes lui-même et auteur d’une pièce de théâtre intitulée « Lettres à Nour », que l’enseignant a réussi à faire jouer au lycée. En 2018, Didier Lemaire avait cosigné une lettre au Président de la République pour défendre la laïcité à l’école, avec Jean-Pierre Obin, auteur en 2004 du fameux rapport sur « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ».

Et voilà que le 6 février 2021, un article du Point se fait l’écho des inquiétudes persistantes de ce professeur de philo chevronné qui affirme désormais s’inquiéter pour sa propre vie du fait de l’ambiance délétère dans laquelle il exerce son métier, sous une protection assez lâche de la police, et qui dénonce une sorte de laisser-faire généralisé dont profiteraient les milieux islamistes. Un emballement médiatique généralisé s’ensuit qui conduit le professeur à exprimer ses craintes sur nombre de plateaux télé où il explique que la ville de Trappes est gangrénée par une expansion incontrôlée du salafisme.

Une situation que d’autres avant lui ont déjà dénoncé, en particulier les journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, auteurs en 2018 du livre « La Communauté », une enquête particulièrement fouillée qui dénonce de fait l’emprise islamiste sur cette petite cité de 32 000 habitants qui a connu un essor démographique très rapide à partir des années 1970, du fait de sa localisation dans l’emprise de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Tenue par le PCF jusqu’en 2001, la ville a vu s’ériger de nombreuses barres HLM dans lesquelles sont venues s’entasser de nombreuses familles issues de l’émigration maghrébine. La plupart des familles d’origine française, italienne ou portugaise ont quitté la ville à partir des années 1980 tandis que s’installait une délinquance endémique alimentée par le trafic de drogue. Dès 1989, la ville fait partie de ces laboratoires où se développent les projets de rénovation urbaine : plus de 350 millions d’euros y ont été investis dans le cadre de la politique de la ville. L’incendie (probablement d’origine accidentelle même si cette thèse reste controversée) de la synagogue en 2000 se traduit par un départ massif de la communauté juive, jusque-là très présente.

Prière à la mosquée de Trappes (source © Trouve ta mosquée)

En 2001, la ville bascule aux mains du socialiste Guy Malandain qui promet la construction d’une mosquée. La ville compte désormais 15 mosquées et 6 salles de prières. La cellule islamiste locale Ansar-el-Fath, dont le chef avait recruté Khaled Kelkal, un des auteurs de l’attentat contre le RER B à Saint-Michel en 1995, enrôle des combattants pour l’Irak avant d’être démantelée en 2005. D’autres prennent le relai et, entre 2014 et 2016, ce sont pas moins de 77 jeunes de la ville qui partent faire le Jihad en Syrie. De fait, il est bien difficile de nier l’emprise qu’a réussi à imposer au fil du temps la mouvance salafiste dans une ville où la plupart des femmes ne sortent que voilées et où, en juillet 2013, l’arrestation d’une femme en burqa avait provoqué de violentes émeutes qui ont embrasé certains quartiers pendant 3 jours consécutifs.

Un dessin signé Plantu, paru dans Le Monde

Si le discours de cet enseignant de Trappes a suscité une telle polémique, c’est en partie parce qu’il a été plus que mollement soutenu par le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, lequel a tenu à préciser que le prof de philo n’avait à sa connaissance jamais reçu de menace de mort directe. Bref un mythomane, à qui Gérald Darmanin a quand même fini par proposer, le 11 février, de bénéficier d’une protection rapprochée. Mais si l’affaire s’est ainsi emballée, c’est surtout parce que tout ceci a coïncidé avec le vote de la loi sur les valeurs de la République et surtout avec l’annulation de l’élection municipale de Trappes qui a été décidée le 2 février 2021 par le tribunal administratif de Versailles.

En mars 2020, le premier tour de cette élection avait vu s’opposer le maire sortant socialiste, Guy Malandain qui, à 82 ans briguait un quatrième mandat, et son ancien adjoint à la jeunesse et aux sports, un certain Ali Rabeh. Ce dernier, membre de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon, reprochait à son mentor de se rapprocher de LREM mais surtout de ne pas lui laisser la place tant attendue. De fait, les électeurs avaient largement tranché en faveur d’Ali Rabeh qui avait donc remporté ces élections avec 40,4 % des suffrages devant son challenger de droite, Othman Nasrou qui recueillait 37,2 % des suffrages tandis que Guy Malandain arrivait en troisième position. Or le futur maire n’a pas hésité à utiliser sa propre association « Cœurs de Trappes » à « des fins de propagande et de promotion personnelle » en procédant, entre les deux tours des élections, à une distribution massive de masques anti-Covid accompagnés d’une « notice d’utilisation où figurait une photo d’Ali Rabeh identique à celle utilisée pour ses documents et affiches de campagne ». La ficelle était en effet un peu grosse, d’autant que le nouvel élu a aussi été épinglé en décembre 2020 par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Ali Rabeh, élu maire de Trappes le 3 juillet 2020 (source © La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines)

Bien que condamné à un an d’inéligibilité, Ali Rabeh a immédiatement fait appel en Conseil d’État afin de pouvoir conserver son siège et se représenter en attendant. Et voilà que le jeudi 11 février, le maire entouré de plusieurs de ses adjoints s’est rendu en personne à 8 h du matin devant le lycée où enseigne Didier Lemaire, pour distribuer aux élèves des tracts les assurant de son soutien indéfectible contre les propos de leur professeur, qu’il juge infamant à leur égard. Le maire n’a ainsi pas hésité à pénétrer à l’intérieur de l‘établissement pour discuter directement avec les élèves devant les autres enseignants ébahis.

Une intrusion jugée totalement démagogique et parfaitement inadaptée par l’ensemble des professeurs de l’établissement, d’autant que le proviseur du lycée avait pris la peine la veille, de préciser aux élus qu’aucun tract ne devait être distribué dans son enceinte. Les enseignants, choqués par une telle récupération politique, se sont immédiatement fendus d’un communiqué exprimant leur solidarité avec leur collègue mis en cause dont « la sincérité de son engagement ne fait aucun doute » et rappelant que « la récupération politique actuelle dont notre lycée fait l’objet est proprement insupportable et doit immédiatement cesser ».

Du coup, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a diffusé à son tour un communiqué réprouvant fermement cette intrusion politique au sein d’un établissement, tandis que toute la droite montait au créneau, Valérie Pécresse et Renaud Muselier en tête, pour dénoncer cette manœuvre visant à « attaquer un peu plus encore un professeur déjà pris pour cible et sous protection policière ».

On assiste ainsi, à travers cette nouvelle polémique qui, malheureusement vient s’ajouter à de multiples autres, à la confirmation que nos responsables politiques ne savent plus très bien où ils habitent… Pendant des décennies, la gauche a défendu bec et ongles la notion de laïcité face aux résistances du clergé catholique unanimement soutenu par la droite. Et voilà que désormais, une frange importante de cette même gauche, sous couvert de solidarité avec les minorités, quand ce n’est pas par simple calcul électoral, fait preuve d’un aveuglement coupable face à la menace islamiste tandis que la droite, et maintenant l’extrême-droite, se retrouve à défendre la notion de laïcité…

Un dessin signé Cambon, repris dans urtikan.net

Un tel aveuglement idéologique de la gauche la pousse, sans qu’elle ne s’en aperçoive, à adopter un positionnement qui va à l’encontre même de sa nature profonde et des principes de fraternité et de justice républicaine qu’elle a toujours défendue. Un piège politique majeur dans laquelle elle est en train de sauter à pieds joints et dont l’affaire de Trappes est un bon exemple. Les passionnés de toponymie ne manqueront d’ailleurs pas d’observer que le nom même de la ville est issu de l’ancien français qui désigne justement un piège en forme de fosse recouverte de branchages qui servait à attraper les jeunes loups aux dents longues : un mécanisme vieux comme le monde mais qui semble toujours fonctionner…

L. V.

De l’instruction civique à l’enseignement moral et civique

19 novembre 2020

L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, perpétré après un cours d’’éducation morale et civique (EMC) portant sur la liberté d’expression dans un Etat laïc, a ébranlé la communauté éducative et l’ensemble des français attachés aux valeurs de la République.

Comment peut-on en venir à tuer un professeur qui n’a fait qu’assurer sa mission ?

La formation scolaire en France comporte quelques disciplines et enseignements qui sont le fruit de son histoire. Ainsi, l’enseignement de la philosophie, s’il ne constitue pas une exception au regard d’autres pays, diffère par sa conception basée sur la réflexion personnelle alors qu’ailleurs ce sont les cours d’histoire des idées et de religion qui tendent à remplacer la philosophie, celle aux questions existentielles que nous connaissons. C’est là un des héritages des Lumières. L’éducation morale et civique constitue aussi une spécificité française. Il nous semble alors nécessaire de réfléchir aux raisons qui ont conduit le législateur français à instaurer un enseignement moral et civique.

Cours au collège (photo © Damien Meyer / AFP / France TV info)

Les plus anciens se remémorent qu’à l’école primaire, chaque matinée de classe débutait par une séquence de morale initiée par une phrase écrite au tableau noir du type : « Tous les membres d’une famille ont des devoirs les uns envers les autres. Ils doivent s’assister mutuellement. » Cette séquence de quinze minutes permettait dans l’échange de faire émerger des expériences personnelles qui donnaient sens à un principe ou une maxime qui était ensuite recopié sur le cahier du jour. Cela participait de la constitution de repères civiques et moraux transposables dans la vie de chacun pour faire société.

Qu’indiquent les programmes actuels ?

L’objectif de l’enseignement moral et civique est d’associer dans un même mouvement la formation du futur citoyen et la formation de sa raison critique. Ainsi l’élève acquiert-il une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité.

Avant d’aborder l’étude de l’Instruction civique devenue enseignement moral et civique, on peut d’abord remarquer la présence successive des substantifs Instruction, Education et enfin Enseignement pour nommer cette formation. Nous constaterons que le vocable a évolué dans le temps, tout comme celui du ministère en charge de la formation des élèves.

Pourquoi instaurer un tel enseignement  en France ?

Pour répondre à cette question, voyons d’abord les bases sur lesquelles s’est construite l’Instruction publique devenue Éducation nationale ….

Comme le note Pierre-Eugène Muller dans un article paru en 1999 et intitulé Les mots en politique et plus précisément au chapitre De l’Instruction publique à l’Education nationale, il faut remonter au XVIIIème siècle pour trouver l’expression « éducation nationale ». Elle appartient au titre d’un ouvrage de Caradeuc de La Choletais (1701-1785), procureur général au parlement de Rennes qui publie en 1763 un Essai d’éducation nationale et explique ainsi son projet : «  Je prétends revendiquer pour la nation une éducation qui ne dépende que de l’Etat, parce qu’elle lui appartient essentiellement ; parce que toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d’instruire ses membres ; parce qu’enfin les enfants de l’Etat doivent être élevés par des membres de l’Etat ». Pour l’auteur, il s’agit de réagir contre la mainmise du clergé sur l’enseignement. Les lois Ferry des années 1880 entérineront ce choix avec le vocable Instruction publique.

En 1932, le gouvernement d’Édouard Herriot décide de rebaptiser l’instruction publique « éducation nationale ». Cette dénomination sera remise en cause pendant les premiers mois du gouvernement de Vichy, où l’instruction publique fait sa réapparition, mais l’appellation « éducation nationale » sera rétablie dès le 23 février 1941. Elle avait d’ailleurs été conservée à Londres, puis à Alger, par les gouvernements du général De Gaulle. Depuis, elle perdure.

puis à partir de quelques repères historiques et pédagogiques comment cet enseignement s’est progressivement installé et comment il a évolué.

Dans le rapport du séminaire national des doyens des groupes (disciplinaires) de l’Inspection Générale de l’Éducation Nationale d’avril 2015 consacré à Valeurs de la République et Laïcité, les grandes étapes de la formation civique des élèves sont rappelées.

« La Révolution française affiche sa volonté, dès la Constituante, d’instaurer un enseignement à caractère civique, c’est-à-dire de développer une éducation morale et sociale se substituant à l’éducation religieuse, dans un contexte de lutte entre l’Église et l’État républicain » (projet Talleyrand, 1791). Mais ce projet n’aboutit pas et il faut attendre presque un siècle pour que soit instaurée une instruction civique.

IIIème République : Affirmer le caractère laïc de l’Instruction publique

Les années 1880 sont marquées par des changements fondamentaux dans le système éducatif français, changements essentiellement portés, du moins au début, par Jules Ferry et son principal conseiller Ferdinand Buisson. Les lois Ferry  qui rendent l’école laïque, obligatoire et gratuite sont l’aboutissement d’un mouvement de laïcisation de l’école. Ainsi, Paul Bert affirme en 1880 sa volonté de remplacer l’enseignement religieux par l’éducation civique en disant: « c’est notre église laïque à nous, où l’on enseigne des vérités scientifiques et démontrables où l’on enseigne les vertus civiques et la religion de la Patrie ». La laïcité, proclamée dès 1881 avec la suppression de l’éducation religieuse dans l’enseignement public, est renforcée par la loi Goblet (1886), qui interdit aux religieux d’enseigner dans le public. La laïcité ne fut toutefois pas appliquée à l’Alsace et la Moselle, annexées en 1871 à l’empire allemand.

L’école d’autrefois…(source © Manuels anciens)

Cette instauration de la morale laïque dans des ouvrages scolaires souvent écrits par des libre penseurs indigne les catholiques français et va déclencher en 1882 la première guerre des manuels à la suite à la mise à l’Index de quatre livres scolaires.

Les maîtres, que l’on nomme  « Hussards noirs de la République » sont les figures emblématiques de cette époque. Ces instituteurs, souvent d’origine modeste, inculquent aux écoliers les valeurs de la République par l’enseignement de l’histoire, de la morale et de l’instruction civique.

La loi du 28 mars 1882 met en place « l’instruction morale et civique », qui remplace « l’instruction morale et religieuse » prévue par la loi Guizot de 1833. Il s’agit donc à la fois de laïciser les programmes et d’asseoir la citoyenneté républicaine.

Manuel d’instruction civique datant de 1881 (photo © M. Motré)

Les Instructions de 1887 précisent le but et le caractère de l’enseignement de la morale. « L’enseignement moral est destiné à compléter et à relier, à relever et à ennoblir tous les enseignements de l’école. Tandis que les autres études développent chacune un ordre spécial d’aptitudes et de connaissances utiles, celle-ci tend à développer dans l’homme, l’homme lui-même, c’est-à-dire un cœur, une intelligence, une conscience ». A l’école primaire surtout, ce n’est pas une science, c’est un art, l’art d’incliner la volonté libre vers le bien. »

Plus loin, il est précisé que l’enseignement moral laïc se distingue donc de l’enseignement religieux sans le contredire. Cet enseignement doit insister sur les devoirs qui rapprochent les hommes et non sur les dogmes qui les divisent. Le caractère concret de l’enseignement moral est recommandé. Suite à la Loi de 1905 de séparation des églises et de l’État ces principes se trouveront renforcés..

Les instructions données aux enseignants du premier degré en 1923 reprennent en les développant ces principes qui fonderont l’instruction civique et morale jusqu’en 1940.

IVème République : Affermir la cohésion de la Nation

L’inspecteur général d’histoire-géographie Louis François porte en 1945 l’introduction de l’instruction civique dans le second degré : cette extension est fille de la Résistance.

Vème République : de Connaitre le fonctionnement de l’État et de ses services à Renforcer la compréhension et la pratique des valeurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité dans l’Education Nationale

Comme le décrit le rapport des inspecteurs généraux, « la réforme Haby, qui met en place en 1975 le collège unique, remplace l’instruction civique, fort délaissée dans les années 1960 (car limitée à des contenus descriptifs et essentiellement administratifs) par un « enseignement d’initiation à la vie économique et sociale » qui se développe autour de grands thèmes, mais n’est plus un enseignement séparé muni d’un programme. »

Les programmes scolaires en collège de 1965 (source © Ministère de l’éducation nationale)

Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, l’interrogation sur le modèle républicain aboutit en 1985 (avec le ministre Jean-Pierre Chevènement) « à l’introduction d’une Education civique confiée aux professeurs d’histoire-géographie, avec un programme auquel s’ajoute la possibilité, restée lettre morte dans les faits, de traiter de manière interdisciplinaire des thèmes transversaux (consommation, environnement…) ».

Au cours des années 1990, le ministère de l’Education nationale tente de développer une démocratie lycéenne avec la création en 1995 d’un Conseil national de la vie lycéenne (CVL) et une grande consultation des lycéens lancée en 1998, amplifiée par les manifestations lycéennes de la même année, met en avant une volonté des jeunes de pouvoir débattre de grands sujets de société. Les programmes de 1998-2000 mettent donc en place l’éducation civique, juridique et sociale. Elle doit développer la citoyenneté au lycée en trois temps : la mise en place des règles, la connaissance des institutions et enfin la mise en rapport des évolutions de la citoyenneté et des transformations du monde contemporain. L’outil pédagogique privilégié est le débat et la culture juridique est privilégiée. Les heures prévues « sont assurées par des professeurs volontaires de différentes disciplines ». Parallèlement, une épreuve d’éducation civique est créée en 1997 au brevet des collèges.

Les programmes de 2010-2011 sur l’ECJS (Education Civique, Juridique et Sociale) au lycée général opèrent un recentrage sur la République. En 2010, un enseignement de lettres-histoire-géographie-éducation civique a été introduit au lycée professionnel et est évalué au CAP, au BEP et au baccalauréat professionnel.

Mobilisation historique le 11 janvier 2015 place de la République à Paris, après l’attentat contre Charlie Hebdo (photo © Charles Platiau / Reuters / RFI)

Suite aux attentats de Paris et à l’assassinat de journalistes, de policiers et d’usagers d’un magasin casher, la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République et la laïcité décidée par le Président de la République, et détaillée le 22 janvier 2015 à travers onze mesures par la ministre de l’éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, se caractérise par un ensemble de développements pédagogiques intégrés et un lien affirmé avec la recherche. Pour les premiers, il s’agit d’un triptyque articulant un enseignement moral et civique à tous les niveaux, pour toutes les voies et dans tous les degrés, un enseignement laïc des faits religieux, et une éducation à la laïcité (à laquelle s’ajoute une éducation aux média et à l’information).

La suite des étapes de la constitution d’un enseignement moral et civique met en évidence le souci de construire une solide culture civique tout en réagissant aux soubresauts voire aux défis que rencontre la société. Si la dimension laïque en constitue l’épine dorsale, on constate que les valeurs républicaines que l’on pensait acquises requièrent d’être constamment réaffirmées.

Où en est-on à ce jour et que prescrivent les programmes pour l’enseignement obligatoire ?

Le texte paru au Bulletin Officiel de l’Éducation nationale N°31 de juillet 2020 fixe les finalités (voir ci-dessous) et les contenus de l’Enseignement moral et civique:

Enseignement moral et civique Les finalités de l’enseignement moral et civique du cycle 2 au cycle 4 (de la grande section de maternelle à la 3ème)

L’enseignement moral et civique poursuit trois finalités qui sont intimement liées entre elles.

1) Respecter autrui Respecter autrui, c’est respecter sa liberté, le considérer comme égal à soi en dignité, développer avec lui des relations de fraternité. C’est aussi respecter ses convictions philosophiques et religieuses, ce que permet la laïcité.

2) Acquérir et partager les valeurs de la République Le code de l’éducation affirme « qu’outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République » (article L 111-1). Cette mission est réaffirmée dans le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture : « L’École a une responsabilité particulière dans la formation de l’élève en tant que personne et futur citoyen. Dans une démarche de coéducation, elle ne se substitue pas aux familles, mais elle a pour tâche de transmettre aux jeunes les valeurs fondamentales et les principes inscrits dans la Constitution de notre pays … Les quatre valeurs et principes majeurs de la République française sont la liberté, l’égalité, la fraternité, et la laïcité. S’en déduisent la solidarité, l’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que le refus de toutes les formes de discriminations. L’enseignement moral et civique porte sur ces principes et valeurs, qui sont nécessaires à la vie commune dans une société démocratique et constituent un bien commun s’actualisant au fil des débats dont se nourrit la République.

3) Construire une culture civique La conception républicaine de la citoyenneté insiste à la fois sur l’autonomie du citoyen et sur son appartenance à la communauté politique formée autour des valeurs et principes de la République. Elle signale l’importance de la loi et du droit, tout en étant ouverte à l’éthique de la discussion qui caractérise l’espace démocratique. Elle trouve son expression dans le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture, selon lequel l’École « permet à l’élève d’acquérir la capacité à juger par lui-même, en même temps que le sentiment d’appartenance à la société… La culture civique portée par l’enseignement moral et civique articule quatre domaines : la sensibilité, la règle et le droit, le jugement, l’engagement. –

Modalités pratiques et méthodes de l’enseignement moral et civique L’enseignement moral et civique articule des valeurs, des savoirs (littéraires, scientifiques, historiques, juridiques, etc.) et des pratiques. Il requiert l’acquisition de connaissances et de compétences dans les quatre domaines de la culture civique et donne lieu à des traces écrites et à une évaluation. L’enseignement moral et civique s’effectue, chaque fois que possible, à partir de l’analyse de situations concrètes. La discussion réglée et le débat argumenté ont une place de premier choix pour permettre aux élèves de comprendre, d’éprouver et de mettre en perspective les valeurs qui régissent notre société démocratique. Ils comportent une prise d’informations selon les modalités choisies par le professeur, un échange d’arguments dans un cadre défini et un retour sur les acquis permettant une trace écrite ou une formalisation. L’enseignement moral et civique se prête particulièrement aux travaux qui placent les élèves en situation de coopération et de mutualisation favorisant les échanges d’arguments et la confrontation des idées. L’enseignant exerce sa responsabilité pédagogique dans les choix de mise en œuvre en les adaptant à ses objectifs et à ses élèves. L’enseignement moral et civique dispose réglementairement d’un horaire dédié permettant une mise en œuvre pédagogique au service de ses finalités.

Ce texte mérite d’être connu de tous, enseignants comme parents.

Que ce soit une instruction civique, une éducation ou un enseignement moral et civique, la formation aux valeurs de la République est cruciale.

Comme le montrait déjà en 2004 le rapport OBIN ( Inspecteur Général de l’Education nationale, groupe Etablissements et Vie scolaire), en pointant du doigt les symptômes que représentaient les attaques croissantes contre le respect de la laïcité dans nos établissements, et, comme l’ont confirmé de nombreux rapports depuis, dont celui produit par le Haut conseil à l’intégration en 2011, il y a dans notre pays un malaise du « vivre ensemble », une difficulté à « faire Nation », un problème d’intégration de nombre de jeunes Français dans notre société. Et les raisons de cette non-affiliation ne sont pas à aller chercher uniquement dans les relations qu’entretiennent les religions avec la République.

Source © Café pédagogique

Ce rapport longtemps ignoré par les gouvernements successifs constitue une base de réflexion toujours actuelle et il insiste sur la nécessité de renforcer la formation des élèves aux questions de la Laïcité mais aussi et d’abord, de former tous les enseignants, et pas seulement pour le second degré ceux d’Histoire-Géographie qui sont en charge de l’EMC, ainsi que les personnels de direction, afin qu’ils soient tous intellectuellement et pédagogiquement équipés pour répondre aux atteintes à la laïcité et aux contestations portant sur des contenus d’enseignement. Les enseignants d’Education Physique et Sportive (EPS) et ceux de Biologie quand ils abordent la question de l’évolution témoignent de réactions d’élèves et de familles qui s’opposent à la mixité dans les piscines pour les premiers ou qui opposent des approchés créationnistes pour les seconds. Les Conseillers principaux d’éducation veillent aussi au respect de la loi sur le port de signes ostentatoires.

L’école républicaine est discutée par des familles, voire remise en question. Ainsi que le démontrent les incidents enregistrés dans les classes et surtout le tragique assassinat de Samuel Paty, l’École de la République n’est plus un sanctuaire, malgré l’investissement des personnels de l’Éducation nationale soutenus par des élus républicains.

Attention au risque de déformation professionnelle… (source © Pinterest)

Pour mesurer combien l’Ecole constitue un enjeu de formation pour beaucoup et un « ennemi » pour quelques-uns, on pourra se référer à l’article paru sur le site de France info le 17 novembre 2020  Assassinat de Samuel Paty : du cours sur la liberté d’expression à l’attentat, les 11 jours d’un engrenage mortel.

Le livre au titre prémonitoire Qui veut tuer la laïcité ?, récemment paru aux éditions Eyrolles, montre à partir de l’étude de nombreux exemples dont plusieurs concernent l’École, combien la tâche des éducateurs est ardue et que l’ambition citoyenne instaurée par Jules Ferry demeure un enjeu permanent !

M. M.

Vieux-Port de Marseille : le grand ménage en direct

31 octobre 2020

Comme tous les bassins nautiques situés en centre-ville, le Vieux-Port de Marseille, édifié en lieu et place de l’ancienne calanque du Lacydon, est le réceptacle de tous les déchets qu’y jettent négligemment les passants depuis les quais où qui y sont poussés par le vent lorsque celui-ci balaie les rues de la cité et renverse les poubelles. Pas étonnant, dès lors, qu’on y retrouve, dans la vase du fond, des tonnes de déchets : canettes de bière et papiers gras, vélos et trottinettes, barrières de chantier et plots de signalisation, mais aussi parfois vieux canapé, lave-linge usagé et épave de voiture ou de moto…

Le Vieux-Port de Marseille, vu d’en haut et… du fond (source © Made in Marseille)

En 2016, la Fédération des sociétés nautiques des Bouches-du-Rhône (FSN 13) avait ainsi pris l’initiative de lancer une opération annuelle de nettoyage du Vieux-Port, ce qui à l’époque n’avait pas été fait depuis 2004. L’idée était bien sûr d’insister sur l’aspect pédagogique en médiatisant l’opération pour inciter les plaisanciers qui fréquentent régulièrement le site à prendre soin de leurs déchets de toute sorte pour éviter qu’ils ne finissent à la baille, même les jours de fort mistral.

Affiche de la première opération du genre, initiée en 2016 (source © FSN 13)

Organisée le 8 octobre 2016 avec l’appui de nombreuses personnalités locales et le renfort de plusieurs institutions et associations sportives et environnementales, l’opération avait connu un beau succès médiatique et est, depuis, renouvelée chaque année. Ainsi, l’an dernier, le 19 octobre 2019, des centaines de citoyens et responsables associatifs, dont environ 200 plongeurs s’étaient mobilisés selon Made in Marseille qui couvre régulièrement l’évènement.

Vers 16 h, un premier bilan dressé par l’association MerTerre qui anime également d’autres opérations du même type dont celle intitulée Calanques propres, faisait état de 45 m³ de déchets de toutes sortes sortis du Vieux-Port par cette armada de bénévoles. L’année précédente, en 2018, le volume de déchets était encore plus impressionnant et il avait fallu 21 bennes mises à disposition par la Métropole Aix-Marseille-Provence pour les évacuer en décharge.

Une trottinette sauvée des eaux lors d’une opération de nettoyage du Vieux-Port (photo © Georges Robert / La Provence)

Pas moins de 4 333 objets divers et variés avaient ainsi été extraits de la vase du Vieux-Port, parmi lesquels beaucoup de canettes et bouteilles en verre, mais aussi un chevalet de peintre, 42 vélos, 15 skate et trottinettes, 7 poussettes, un brancard (vide), plusieurs bidets et cuvettes de wc, une amphore antique (comme quoi l’habitude de jeter ses déchets dans le Vieux-Port ne date pas d’hier), et même un obus de la dernière guerre, qui n’est pas à proprement parler un vulgaire détritus mais qui a obligé à faire appel aux démineurs…

Pour 2020, crise sanitaire oblige, il n’était pas question de rassembler sur le Vieux-Port des centaines de volontaires pour aller à la quête des déchets immergés. Place donc à la technologie high tech. Et bien entendu, c’est à la start-up marseillaise Notilo Plus qu’il a été fait appel. Créée en 2016 par Benjamin Valtin et Nicolas Gambini, cette société a en effet développé des drones sous-marin autonomes déclinés en version loisirs sous le nom de IBubbles, et en version professionnelle sous l’appellation Seasam.

Le drone aquatique, un outil pour accompagner fidèlement le plongeur et assurer les prises de vue sous-marine (photo © Notilo Plus / Marcelle média)

Fruit d’un partenariat avec la compagnie maritime CMA CGM, ces drones qui sont dotés d’un dispositif de propulsion autonome sans fil et d’un système de mémorisation et de géolocalisation, sont en effet parfaitement adaptés pour effectuer un parcours pré-programmé en repérant les endroits où ils sont déjà passés et en localisant avec précision ce qu’ils observent, ce qui en fait des auxiliaires très précieux pour inspecter la coque des navires, identifier les défauts éventuels et vérifier l’état des peintures en vue de décider et d’orienter les opérations de maintenance.

Les drones aquatiques de Notilo Plus utilisés pour l’opération (source © Marcelle média)

C’est donc à un robot sous-marin de ce type, équipé de différentes caméras, qu’a été confié le soin de cartographier au préalable l’ensemble des déchets visibles au fond du port, puis de guider un plongeur afin d’aller les récupérer directement sans perdre de temps à les rechercher. Jeudi 15 octobre 2020, une opération médiatique a ainsi été organisée dans les locaux de l’Union nautique marseillaise au pied du Pharo. Deux drones de Notilo Plus filmaient dans le bassin le plongeur en train de récupérer les déchets dans son filet et les images étaient retransmises en direct sur écran géant et sur la chaîne Youtube afin que les enfants des écoles puissent suivre l’opération.

C’est la maire de Marseille, Michèle Rubirola, qui a insisté pour que les écoliers puissent ainsi suivre en direct les opérations afin de prendre conscience de tous les déchets qui finissent ainsi leur course dans le fond du port. Présente sur place, ainsi que la maire de secteur Sophie Camard qui raconte sa plongée dans le Vieux-Port à l’occasion d’une édition précédente de l’opération, elle assiste au dialogue qui s’instaure entre une dizaine de collégiens de Team 13, une association de jeunes bénévoles qui organise des opérations de protection de l’environnement, et quelques spécialistes.

Présentation en direct par Nicolas Gambini, président de Notilo plus, des images du nettoyage (source © Marcelle média)

Parmi eux, un membre de l’ONG Planète mer, qui s’est donné pour mission de préserver les milieux marins en lien avec les activités humaines associées, mais aussi une représentante de Citeo, une entreprise privée chargée par l’État d’organiser, piloter et développer le recyclage des emballages ménagers et des papiers dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur. Une autre start-up marseillaise, au nom typiquement provençal de Green City Organisation était également présente pour vanter les mérites de son dispositif de filet D’Rain qui récupère les micro-déchets à la sortie des collecteurs d’eau pluviale pour éviter leur rejet direct en mer.

Après quelques déboires techniques liés à une transmission médiocre par wi-fi, les images filmées en direct par les drones ont permis d’assurer un incontestable succès à cette nouvelle action de nettoyage du Vieux-Port. Pas moins de 124 classes étaient connectées en direct pour suivre le déroulement des opérations et profiter des commentaires, de nombreuses autres se connectant ultérieurement pour profiter de cette séquence un peu exceptionnelle et dont la portée pédagogique est incontestable. Un jour peut être, les fonds du Vieux-Port ne ressembleront plus à un vaste dépotoir…

L. V.

Parking en façade

31 mai 2020

Une Fiat 500 bien garée (source © Royal de luxe)

Au pied des grandes résidences, s’étendent généralement de vastes étendues bitumées qui servent de parking. Ce n’est pas très esthétique ni très écologique. Il vaudrait mieux prévoir des espaces verts où les enfants pourraient jouer et la nature se développer. Mais où garer les voitures alors ? Mais sur les façades pardi ! On se demande à quoi pensent les architectes qui n’ont pas encore mis en œuvre une solution aussi évidente qui portant coule de source et est à la portée du premier clown venu.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait M. Bourgogne, alias Jean-Luc Courcoult, un des fondateurs de la troupe de théâtre de rue Royal de luxe. En avril 2019, il a tout simplement garé sa petite Fiat 500 rouge sur la façade d’un immeuble du quartier Bellevue à Nantes, au 5 rue d’Aquitaine. Et comme il aime bien lui tenir compagnie, il a lui-même planté sa tente pas très loin, sur une autre façade du même quartier, au 2 rue de la Saône. Une installation de camping tout ce qu’il y a de plus classique avec table, chaise et un peu de matériel éparpillé tout autour, fixé à la verticale sur la façade de l’immeuble désaffecté, à la hauteur du quatrième étage.

M. Bourgogne en camping (source © Royal de luxe)

Un spectacle un peu ébouriffant pour les enfants de Bellevue (source © Royal de luxe)

Pendant une semaine, ce campeur insolite a tenu tout le quartier en haleine. Les classes de 9 écoles des environs se sont succédé au pied de la façade, le nez en l’air, pour voir évoluer cet étrange hurluberlu qui sort de nez de sa tente, fait sa toilette, étend son linge et écrit de drôles de lettres empreintes de poésie qu’il leur descend au bout d’une corde. Des textes merveilleux que les enfants découvrent ensuite avec leur instituteur et qui racontent l’histoire de la petite Fiat rouge un peu caractérielle, ou celle de M. Bourgogne, comme l’escargot bien sûr, qui n’hésite pas à escalader les façades, parfaitement à l’aise sur une surface verticale.

En mai 2020, la Fiat 500 est de retour dans le quartier de Bellevue mais cette fois elle est verte, comme un tableau d’écolier. Elle fait escale dans les écoles et les enfants peuvent écrire et dessiner sur sa carrosserie avec des craies de couleur comme ils le feraient sur le tableau de l’école…

Une lettre de M. Bourgogne (source © Royal de luxe)

 

Un univers plein de poésie où il convient de ne s’étonner de rien et qui enchante les petits écoliers nantais. Telle est la recette de ces installations théâtrales de la Compagnie Royale de Luxe, laquelle a été créée en 1979 à Aix-en-Provence par Jean-Luc Courcoult et ses camarades Véronique Loève et Didier Gallot-Lavallée. Rapidement exilée dans un petit hameau des Cévennes puis squattant un château à Toulouse, la compagnie est désormais basée à Nantes depuis 1989. Ses créations successives, d’une grande originalité, l’ont fait connaître dans le monde entier, notamment à partir de 1993 avec son Géant tombé du ciel, première étape d’une Saga des géants, qui s’achève en 2018 à Liverpool.

En 1997, à l’occasion des Rencontres de la Photographie à Arles, la troupe y avait présenté son rhinocéros géant de 5 m de long qui a ensuite remporté un franc succès l’année suivante lors de l’Exposition universelle de Lisbonne. Enfermé dans une cage, le rhinocéros géant exigeait pas moins de 17 personnes pour l’actionner.

L’éléphant du sultan à Nantes en 2005 (source © Royal de luxe / Auray)

Une caractéristique de ces créatures géantes que l’on retrouve notamment pour l’éléphant du sultan, créé en 2005 à Nantes pour célébrer le centenaire de la mort de Jules Verne et qui a ensuite voyagé jusqu’à Londres et Anvers : une belle bête de 48 tonnes et 22 m de longueur pour 12 m de haut, dont la mise en mouvement nécessite le concours de 22 manipulateurs.

En cette période où la crise sanitaire a mis à mal l’activité artistique et en particulier les spectacles de rue, il n’est pas inutile d’évoquer le talent et l’imagination de ces troupes qui ont l’art d’enchanter notre quotidien !

L. V. 

Confinés de rire…

3 mai 2020

Quoi de mieux que le rire pour conjurer ses angoisses ? Lorsque chacun s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé et celle de ses proches, mais aussi des répercussions économiques voire sociale, l’humour peut aider à dérider et à apaiser les craintes. Tous les sociologues en font le constat, c’est en cas de crise collective que fleurissent les meilleures blagues ! De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 n’aura pas échappé à la règle et internet regorge de ces petites blagounettes faciles et de dessins humoristiques de plus ou moins bon goût qui prolifèrent pour tourner en dérision notre condition de confiné.

Source : Biba magazine

Petit florilège non exhaustif et pioché au hasard, en remerciant leurs auteurs respectifs d’accepter de partager ce petit moment de détente…

Comme après chaque fléau, on cherche les coupables… Des rumeurs insistantes circulent sur des erreurs de manipulation dans un laboratoire de recherche chinois, mais la malveillance n’est pas prouvée…

 

L’autre coupable désigné à la vindicte populaire, le pangolin bien sûr… Un dessin signé Sanaga

 

Le Covid-19, ennemi public n°1 : la maladie qui guérit de toutes les autres angoisses… Un dessin signé Antoine Chéreau

Le confinement dans la durée, cela demande un peu de patience… Un dessin signé AH du dessinateur belge Arnaud Ahache

Pour un confinement réussi, il faut avoir pensé en amont à stocker l’essentiel. Les spécificités culturelles peuvent influer sur ce choix… Un dessin signé Ixène, publié le 2 avril 2020 dans Familles chrétiennes

Être confiné chez soi, c’est aussi devoir cohabiter avec son chat : pas si facile au quotidien… Source : Biba magazine

Les joies du confinement, comme un air de nostalgie… Un dessin de Laurent Salles, publié dans l’Alsace

Dans la rue, le masque bientôt obligatoire ? De quoi susciter certaines interrogations légitimes… (Photomontage DR republié par le site Compétences relationnelles)

Le jardinage, une alternative au ravitaillement en grande surface ? Pas si simple… Un dessin signé Deligne

Au moins, jardiner est un bon dérivatif quand le confinement en famille devient tendu… (photomontage DR republié sur Facebook)

La pénurie de masques au début de la crise a pu générer quelques incompréhensions… Un dessin signé Espé du dessinateur Sébastien Portet


L’enseignement scolaire à distance, un vrai bonheur… (source : Cahiers Joséphine)

Les parents découvrent avec attendrissement comment leur progéniture s’épanouit au quotidien en découvrant avec avidité de nouveaux savoirs… Où comment les enseignants remontent dans l’estime des parents d’élèves… Un dessin du dessinateur Lapuss’ et de son compère Tartuff, extrait de la série En quarantaine

Les enfants confinés dans la durée : un véritable bonheur familial… (source : photomontage DR)

Le confinement, un handicap pour les carrières professionnelles ? (source : Le Lombrik)

Pendant le confinement, le télétravail devient la norme… Un dessin de Marc Large pour le quotidien Sud-Ouest

Attention car la gestion du confinement par le gouvernement pourrait lui donner de mauvaises idées… Un dessin signé Deligne


Et pendant ce temps-là, les relations internationales se poursuivent, dans un esprit de coopération fraternelle et solidaire… (source : Biba magazine)

Et après le confinement, que va-t-on faire ? Un dessin signé Antoine Chéreau et publié le 7 avril 2020 sur Urtikan

Et quelques pensées de circonstance, issues d’une longue réflexion, confinement oblige…

Écoles maternelles privées : les communes devront payer !

6 novembre 2019

C’est une décision voulue par Emmanuel Macron et son Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, qui est entrée en application dès la rentrée 2019 après avoir été inscrite à l’article 11 de la loi du 26 juillet 2019 intitulée pompeusement « Pour une école de la confiance » : désormais « l’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans ».

Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer sur les bancs d’une école maternelle du 19ème arrondissement de Paris en mars 2018 (source © BFMTV)

A première vue, on ne voit pas très bien ce que cela change… L’école était déjà obligatoire jusqu’à 16 ans et 97,5 % des petits Français de 3 ans avaient déjà une place en maternelle tandis que la proportion était de quasiment 100 % à 4 ans. De fait, la rentrée 2019 ne s’est pas traduite par un afflux spectaculaire de petits bambins dans les écoles maternelles et il n’a nullement été besoin d’installer à la hâte des Algéco dans les cours de récréation pour y accueillir ces nouveaux élèves. Il y avait déjà 2,4 millions d’enfants inscrits à l’école maternelle en 2018 et on estime à 26 000 environ le nombre d’enfants supplémentaires qui ont été concernés par cette nouvelle obligation, principalement d’ailleurs dans les territoires d’Outre-mer.

La loi ne fait donc qu’entériner un état de fait parfaitement généralisé à la société française. Sauf que les débats qui ont eu lieu lors de son processus d’adoption, principalement dans les rangs du Sénat, ont montré que cette mesure d’apparence purement symbolique, entrainait un effet pervers dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour nombre de communes françaises. Qui dit école obligatoire dit en effet prise en charge obligatoire par les collectivités, y compris lorsque cette scolarisation s’effectue dans un établissement privé.

C’est en effet une conséquence de la loi Debré qui date de 1959 et qui n’a jamais été remise en cause pour ne pas raviver la guerre scolaire. Cette loi prévoit que l’État finance le salaire des enseignants des écoles privées sous contrat, autrement dit, celles qui s’engagent à respecter les programmes fixés par l’Éducation nationale, pour l’essentiel des établissements gérés par l’Église catholique. Mais elle prévoit aussi que les collectivités territoriales, en l’occurrence les communes, prennent en charge les frais de fonctionnement de ces mêmes établissements privés.

Dessin signé Camille Besse, publié dans Marianne le 18 octobre 2019

Tant que l’école maternelle n’était pas obligatoire, cette prise en charge du privé par le public n’était donc pas une obligation légale. Ce qui n’empêchait pas nombre de communes de verser quand même religieusement leur obole en subventionnant très largement les écoles maternelles privées de leur périmètre. Mais désormais, la subvention devra couvrir l’intégralité des coûts, à parité avec les écoles publiques puisque la loi Debré oblige les collectivités à participer à la même hauteur pour le public que pour le privé.

L’addition risque d’être lourde pour certaines communes, surtout pour prendre en charge le salaire des ATSEM, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, mis à disposition par la collectivité. Pour la seule ville de Paris, Patrice Bloche, élu en charge de l’éducation interrogé par Le Monde, évalue ce coût supplémentaire à 12 millions d’euros dès la rentrée scolaire 2019, pour un budget municipal de 744 millions d’euros consacré aux affaires scolaires, sachant que sur 60 000 petits Parisiens inscrits en maternelle, on en compte 10 500 dans des écoles privées sous contrat. A Toulouse, on évoque un surcoût de 2 millions d’euros par an et probablement 2 à 3 millions sur Lyon. En Bretagne, où un tiers des enfants sont scolarisés dans le privé, la facture est proportionnellement encore plus salée : Brest l’évalue à 1,4 millions d’euros supplémentaires, à ajouter aux 2,5 millions déjà déboursés annuellement pour les enfants inscrits en maternelle.

Un dessin signé Aurel, publié dans Le Monde le 10 octobre 2019

Le sujet avait d’ailleurs fait l’objet de débats serrés au Sénat lors de la discussion du projet de loi car il avait été bien identifié dès le mois de février 2019 que cette mesure, purement symbolique en matière de scolarisation des enfants, n’était en fait qu’un moyen détourné de faire un gros chèque cadeau à l’enseignement catholique qui bénéficie d’un énorme effet d’aubaine pour payer un service déjà assuré, et ceci sans la moindre exigence de contrepartie puisque le privé n’aura pas plus d’obligation qu’avant à assurer l’accueil des enfants pour davantage de mixité sociale.

A ce soupçon de favoritisme s’ajoute une crainte d’injustice car les montants supplémentaires que devront désormais verser les communes aux écoles maternelles privées ne seront pas totalement compensés par l’État, loin s’en faut. En fait, seules les communes qui ne versaient aucune subvention jusqu’à présent se verront rembourser ces sommes. Pour les autres, seul l’éventuel surcoût par rapport aux subventions déjà versées pourra faire l’objet d’une compensation financière.

Et tout laisse à penser que les compensations de l’État ne seront pas à la hauteur des dépenses effectives des communes. Le gouvernement prévoit en effet une enveloppe de 100 millions d’euros pour ces compensations annuelles alors que les estimations des dépenses en question varient entre 150 et 200 millions d’euros à l’échelle nationale.

Collège Saint-Augustin à Carnoux reconstruit en 2014

Cette position du gouvernement est assez révélatrice d’un état d’esprit qui vise à favoriser le transfert vers le privé d’un service public au prétexte qu’il serait réalisé aussi bien et pour moins cher que par le l’Éducation nationale. Ce n’est en tout cas pas le maire de Carnoux qui se plaindra d’une telle mesure, lui qui n’a jamais hésité à subventionner largement l’enseignement catholique, allant jusqu’à imposer aux forceps en décembre 2013, à quelques mois seulement des dernières échéances municipale, une décision qui a fait tousser même la Chambre régionale des comptes et qui revenait à offrir à l’évêché pour un prix d’ami, qui plus est dans le cadre d’un crédit gratuit, la dernière réserve foncière constructible de la commune, tout en le débarrassant, à prix d’or cette fois, des bâtiments destinés à être démolis de l’ancien collège Saint-Augustin devenu trop à l’étroit. Une belle générosité qui l’honore, à défaut d’être très orthodoxe en matière de gestion des deniers publics, mais quand on aime, on ne compte pas…

L. V.

Les portiques de surveillance ont raté leur rentrée au lycée

31 octobre 2019

Christian Estrosi, maire de Nice et Président délégué de la Région Sud PACA, toujours obsédé par les questions de sécurité urbaine (photo © Valéry Hache / AFP / RTL)

C’est le fantasme de Christian Estrosi, l’ancien Président de la Région PACA, redevenu maire de Nice : installer partout des caméras à reconnaissance faciale, sur le modèle de la Chine où il existe déjà 170 millions de caméras dotées de systèmes de reconnaissance faciale et qui affiche comme objectif d’en installer 600 millions d’ici fin 2020. Le dispositif est maintenant bien rodé : des logiciels d’analyse d’image permettent désormais avec un bon niveau de fiabilité de reconnaitre un visage capté par une caméra numérique en le comparant avec une banque de données préenregistrées.

Caméra de vidéosurveillance lors du carnaval de Nice (photo © E. Ottino / MAXPPP / France 3 Régions)

A Nice, qui compte déjà 1800 caméras de télésurveillance installées sur la voie publique, Christian Estrosi avait déjà voulu tester le dispositif de reconnaissance faciale pour l’Euro 2016 mais les autorités nationales l’en avaient dissuadé. Il a donc lancé sa propre expérimentation à l’occasion du carnaval de cette année, en février 2019, en s’appuyant sur 50 volontaires dont bon nombre d’agents municipaux qui ont accepté de se faire photographier sous toutes les coutures pour alimenter la banque d’images avant d’aller se perdre dans la foule pendant le carnaval, histoire de vérifier si le dispositif, fourni par la société israélienne Anyvision, est suffisamment habile pour les repérer et les identifier correctement.

Bien entendu, le bilan que tire la police municipale de Nice, est dithyrambique. Son rapport de 38 pages rendu public ne dit quasiment rien du processus expérimental tel qu’il a été déployé mais affirme avec fierté que tous les objectifs ont été parfaitement atteints, permettant sans la moindre difficulté de reconnaître un individu qui se présente à un accès ou même perdu dans la foule et ceci quelles que soient les circonstances : en mouvement, de jour comme de nuit, même avec un très faible éclairage et même si la photo de référence date de 40 ans. Et le rapport insiste lourdement, questionnaire à l’appui, sur la totale acceptabilité du dispositif plébiscité sans aucune restriction par tous ceux qui ont été interrogés à ce sujet.

Le centre de supervision urbain de la ville de Nice expérimente la reconnaissance faciale, le 15 avril 2016 (photo © Sylvestre / MAXPPP / Le Monde)

A se demander pourquoi la CNIL (Commission nationale informatique et liberté) s’interroge encore sur les bienfaits d’une telle approche au point d’envoyer, le 16 juillet 2019, un courrier au maire de Nice pour lui demander des précisions sur le fonctionnement du dispositif testé et sur les résultats obtenus, courrier auquel Christian Estrosi n’a même pas daigné répondre selon La Gazette des Communes.

D’autant que Christian Estrosi ambitionne de poursuivre ses expériences en installant des portiques biométriques équipés de caméras à reconnaissance faciale à l’entrée des établissements scolaires. Ce sont pour l’instant deux lycées qui sont visés, Les Eucalyptus à Nice et le lycée professionnel Ampère à Marseille. Prudente, la Région Sud qui pilote cette expérience a quand même sollicité l’avis de la CNIL avant de mettre en œuvre le dispositif. Et elle n’a pas été déçue du résultat puisque cette dernière lui a adressé un avis cinglant, en date du 25 octobre 2019, dont a rendu compte Médiapart, énonçant sans détour : « Ce dispositif ne saurait être légalement mis en œuvre »…

Le lycée Ampère à Marseille devrait bénéficier bientôt d’un portique biométrique avec caméras de reconnaissance faciale, malgré l’avis négatif de la CNIL…

On ne saurait être plus clair en effet. Pourtant, la CNIL a cru bon de préciser sa pensée en publiant le 29 octobre un communiqué expliquant que la démarche envisagée était totalement contraire aux principes du RGPD (règlement général sur la protection des données) et parfaitement disproportionnée au vu des objectifs recherchés, rappelant au passage que les systèmes de reconnaissance faciale sont extrêmement intrusifs et qu’un simple contrôle par badge suffit largement. Le traitement de données biométriques, surtout appliqué à des mineurs, est jugé trop sensible et attentatoire aux libertés individuelles pour que la CNIL accepte de le laisser se généraliser sans réflexion approfondie, rejoignant en cela plusieurs villes de Californie qui ont interdit un tel dispositif.

Il faut dire que la CNIL risque d’avoir fort à faire en la matière puisque l’on apprend que le gouvernement lui-même souhaite multiplier les expérimentations en la matière comme le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’a indiqué devant les sénateurs le 2 septembre dernier, tandis que la présidente de la Région Ile de France, Valérie Pécresse a de son côté précisé qu’elle souhaitait utiliser ce dispositif dans les transports en commun pour pourchasser d’éventuels terroristes. Et en même temps se poursuit le déploiement du dispositif ALICEM qui utilisera la reconnaissance faciale pour permettre de se connecter en ligne sur l’ensemble des services publics d’ici 2022. La CNIL a, là aussi, émis un avis réservé sur cette démarche tandis que plusieurs associations, dont la Quadrature du Net, ont déposé un recours contre cette application jugée contraire aux libertés individuelles.

1984, un roman d’anticipation ou un simple manuel d’instruction ?

Mais rien ne semble pouvoir arrêter cette course en avant vers un monde toujours plus connecté où chaque individu, même dans l’anonymat d’une foule urbaine compacte, sera immédiatement repéré et identifié. La réaction de Christian Estrosi suite à l’avis négatif de la CNIL concernant la mise en place de portiques biométriques à l’entrée des lycées est sans ambiguïté : « Encore une fois la CNIL démontre son rejet de toute forme d’évolution et d’expérimentation sur une technologie, la reconnaissance faciale, qui présente un réel intérêt pour renforcer la sécurité de nos concitoyens. Avec Renaud Muselier, nous ne nous arrêterons pas à cette décision et continuerons de travailler sur cet outil efficace et moderne qui doit permettre de mieux sécuriser nos établissements, tout comme l’espace public. Cette décision basée sur des principes dépassés intervient alors même que les deux conseils d’administration des lycées avaient donné leur accord. Triste et incompréhensible de la part de la CNIL qui semble bloquée au 20ème siècle », a-t-il ainsi tonné dans un Tweet rageur.

Au moins la CNIL sait à quoi s’en tenir quant à la suite qui sera donné à son avis jugé aussi frileux que passéiste. Décidément les habitants de la Région PACA n’ont qu’à se féliciter d’avoir à leur tête des responsables politiques visionnaires, à la pointe de la modernité et qui sauront faire entrer chaque citoyen dans un futur bienheureux et sécurisé, de force s’il le faut…

L. V.

A l’école, le serment de la souris

16 juin 2019

Notre société est abreuvée d’information. Grâce aux outils numériques et aux nouvelles technologies de l’information, jamais nous n’avons eu accès à autant de données. Et ceci sans même avoir à se déplacer : un simple ordinateur portable relié à internet ou un smartphone donnent accès à une masse d’informations à laquelle les érudits les plus assidus des plus grandes bibliothèques du monde n’auraient jamais pu imaginer pouvoir un jour accéder.

Un enfant de 8 ans surfant sur internet (photo © Rex Features REX/ SIPA / 20 minutes)

Sauf que toutes ces données ne se valent pas ! Rumeurs, canulars, fausses informations, opinions délictueuses pullulent sur la toile et jamais sans doute nous n’avons été autant exposés à toutes ces « fake news » et autres « hoax » qu’il est parfois bien difficile d’identifier. Accéder à tout ce savoir sans se faire manipuler, voilà un enjeu majeur pour nos sociétés démocratiques…

Et cela commence dès l’école, car les plus jeunes sont aussi parmi les plus gros consommateurs de ces circuits de diffusion de l’information. Ainsi, selon une étude publiée en avril 2019 par l’HADOPI (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet), les trois-quarts des adolescents de 14 ans utilisent régulièrement un ordinateur, tout comme la moitié des enfants de 8 à 10 ans. Avant même d’entrer au collège, 83 % des jeunes internautes d’une dizaine d’années se connectent pour regarder des vidéos, 59 % pour faire des recherches sur Internet, 19 % pour envoyer des messages et 11 % pour échanger des courriels. Certains d’entre eux (3 à 5 %), ont même déjà pris l’habitude de commenter des blogs, participer à des forums, ou publier des images en ligne.

Un dessin signé Manuel Lapert (source © caricatures.fr)

C’est pour cette raison que l’Éducation nationale est de plus en plus vigilante pour inculquer dès l’école primaire l’esprit critique nécessaire pour consulter avec profit toutes ces données si aisément accessibles mais aussi potentiellement dangereuses si l’on n’est pas en mesure d’en mesurer la fiabilité. Être capable de discerner un fait d’une simple rumeur voire d’une manipulation délibérée s’apprend dès le plus jeune âge. Depuis maintenant 30 ans est ainsi organisée une « semaine de la presse et des médias dans l’école », justement pour inciter les élèves, de la maternelle jusqu’en classes préparatoires, à s’intéresser aux médias avec un œil critique et développer leur esprit d’investigation. Lors de la dernière session, qui s’est déroulée du 18 au 23 mars 2019 et qui avait pour thème « l’information sans frontières », près de 4 millions d’élèves répartis dans plus de 18 000 établissements scolaires français se sont ainsi mobilisés pour mieux comprendre le fonctionnement des médias, développer leur goût pour l’actualité mais aussi leur jugement critique et ainsi forger leur identité de citoyen.

 

Une démarche pour laquelle de nombreux enseignants sont particulièrement attentifs car elle se situe au cœur des apprentissages. L’une de ces institutrices, ancienne journaliste, enseignant en Haute-Savoie en classe de CM2, Rose-Marie Farinella, a ainsi été mise à l’honneur récemment par la MAIF qui évoque sa méthode pédagogique dans sa dernière lettre d’information.

Un programme ambitieux puisqu’il s’articule en 16 séances de trois-quarts d’heure chacune. La première étape consiste à comprendre ce qu’est une information et à la caractériser : un simple slogan publicitaire relevant d’une vague promesse diffère d’une véritable information fiable et vérifiable… Les élèves consultent différents médias et interrogent des journalistes pour se familiariser avec les 5 questions-clés qui permettent classiquement au chroniqueur de synthétiser les faits : qui ?, quoi ?, où ?, quand ? et pourquoi ?

Rose-Marie Farinella intervenant dans une classe (extrait vidéo © Hygiène mentale)

Puis les élèves apprennent à analyser et décortiquer des informations, ce qui suppose de se renseigner sur l’auteur de l’article, sur la date de publication, sur la date à laquelle l’événement s’est déroulé, mais aussi sur le média qui publie l’article et ses règles déontologiques, autant d’éléments que l’on a parfois tendance à zapper lorsqu’on surfe sur internet, au risque de prendre pour argent comptant ce qui ne sont que des fake news pourtant déjà identifiées comme telles.

Pour appréhender tous ces concepts, l’enseignante incite les élèves à s’exercer via des jeux de rôle. Nos journalistes en herbe apprennent à couvrir des faits divers, comme un accident de la route par exemple, mais aussi des sujets plus clivant, tels qu’une manifestation contre la chasse : certains élèves jouent le rôle des chasseurs, d’autres celui des écologistes, et les apprentis journalistes tentent de rapporter leurs différents points de vue sans prendre parti. Un bon moyen de comprendre que tous les témoignages ne se valent pas : certains évoquent des faits, tandis que d’autres relèvent d’une opinion. Or, rester objectif dans le traitement de l’information n’est pas si simple qu’il n’y paraît lorsqu’on a soi-même des convictions et des valeurs !

Les Hoaxbusters, chasseurs de canulars (extrait vidéo © Hygiène mentale)

L’apprentissage concerne aussi le traitement de l’image. Rose-Marie Farinella encourage donc ses élèves à recontextualiser l’image et à se poser la question du cadrage en se demandant ce qui peut se trouver « hors champ ». Pour cela, rien ne vaut la mise en pratique. Les élèves sont envoyés en reportage photo dans les rues voisines de l’école, avec pour mission de montrer ce qui est le plus esthétique ou le plus laid. Ils manipulent également le logiciel Photoshop, pour se rendre compte de la facilité avec laquelle on peut truquer une image. Puis vient le temps de la réflexion sur les intentions de ceux qui produisent de fausses informations : veulent-elles nous faire rire, nous convaincre, simplement générer de l’audience, ou cherchent-elles délibérément à nuire ?

Une partie de ces cours a été filmée par l’enseignante et on peut les visionner sur la chaîne Youtube Hygiène mentale, animée par Christophe Michel de l’Observatoire zététique, une association qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux et qui veille donc précisément à démêler le vrai du faux dans les nombreuses informations qui circulent à ce sujet sur la toile. On y voit notamment les investigateurs en herbe au travail dans leur salle de classe, affublés de masques qu’ils ont eux-mêmes confectionnés avec des coupures de presse, des masques de « hoaxbusters » ou chasseurs de canulars en bon français.

On les voit aussi, à la fin du cycle de formation, prononcer solennellement le « serment de la souris » : « Je jure sur la souris de mon ordinateur qu’avant d’utiliser ou de retransmettre une information, toujours je la vérifierai ! ». Presque aussi classe que le serment d’Hippocrate, et en tout cas bien utile pour garantir un esprit critique à ces futurs citoyens…

L. V.

Écoles de Marseille : affaires sensibles…

18 mai 2019

Charlotte Magri, lanceuse d’alerte sur l’état de délabrement de certaines écoles de Marseille (source SNU IPP)

A Marseille, le sujet des écoles primaires, pour nombre d’entre elles vétustes, mal entretenues ou carrément délabrées n’a pas fini de faire parler. On se souvient de l’ex enseignante, Charlotte Magri, qui, désespérée par l’inertie des services techniques communaux et révoltée par l’état de délabrement de sa classe des quartiers nord de Marseille, avait rédigée fin 2015 une lettre ouverte à la ministre de l’Éducation nationale pour dénoncer le manque d’entretien des écoles marseillaises.

L’affaire avait fait du bruit et avait mis Jean-Claude Gaudin en fureur, ulcéré qu’on ose critiquer l’efficacité de ses 12 000 fonctionnaires municipaux dans la gestion des bâtiments scolaires, une compétence exclusive de la commune. Sous la pression des médias, dont Libération qui titre alors « Marseille : école primaire, gestion secondaire », la ministre, Najat Vallaud-Belkacem, déclenche immédiatement un audit sur l’état des écoles marseillaises afin d’identifier les risques sanitaires, d’hygiène et de sécurité.

Le rapport, resté longtemps soigneusement rangé mais auquel Libération a finalement pu avoir accès en mars 2019, dresse la liste des 444 écoles élémentaires publiques de la commune, en mentionnant les problèmes constatés : présence de rats et de cafards dans les classes, suspicion d’amiante, chauffage défectueux, huisseries bloquées, infiltrations, fissures structurelles, escaliers dangereux, toilettes bouchées, faux plafond instables, on en passe et des pires…

A Marseille, attention aux chutes de dalles des faux plafonds dans les salles de classe ! (photo © Flickr / Le Parisien)

Et il a fallu attendre le lancement du fameux partenariat public-privé imaginé en octobre 2017 par la municipalité de Marseille qui comptait endetter la ville pour plus d’un milliard d’euros afin de reconstruire une trentaine d’écoles, pour relancer de nouveau la polémique, aggravée il est vrai par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018, accident qui mettait en lumière une fois de plus l’impéritie des services municipaux de la deuxième ville de France.

Manifestation en juin 2018 devant la mairie de Marseille contre le recours à un partenariat public-privé pour la rénovation des écoles (photo © Patrick Gherdoussi / Libération)

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, déclenche alors, illico, un nouvel audit, histoire de vérifier que la situation ne se serait pas miraculeusement améliorée d’elle-même en deux ans. Mais il n’en est rien, comme en attestent les listes de problèmes que font remonter les directeurs d’écoles interrogés. Et pour faire bonne mesure, histoire de montrer que la ville n’est pas en reste, Jean-Claude Gaudin annonce à son tour le lancement d’un troisième audit, pour un coût de 6 millions d’euros, un budget conséquent qui aurait peut-être été mieux employé à commencer à reboucher les fissures les plus grosses. Mais qui permet surtout au maire de reprendre la main dans un dossier où la galéjade ne suffit plus à apaiser la colère des enseignants et des parents d’élèves.

Jean-Claude Gaudin, ici en octobre 2017, dans le déni face au problème d’entretien des écoles de certains quartiers marseillais (photo © Bernard Langlois / AFP / L’Humanité)

Car l’affaire commence à enfler, à tel point que rabâcher que tout cela n’est que le reflet de la vindicte parisienne de bobos en mal de « Marseille basching » commence par devenir un peu court… Même France Inter s’en mêle au travers de l’émission Affaires sensibles animée chaque jour de 15 h à 16 h par Fabrice Drouelle et habituellement plutôt centrée sur des affaires politico-mafieuses où se croisent affairisme et raison d’État.

Diffusée en deux parties, les 3 et 10 mai 2019 et encore accessible en podcast, l’émission titrée « Écoles marseillaises : attention travaux ! » est une fiction rédigée par la scénariste Mariannick Bellot, en résidence l’an dernier dans le 3ème arrondissement de Marseille avec l’association La Marelle. On y croise parents d’élèves angoissés, enfants inquiets, enseignants catastrophés et collectifs organisés, tous mobilisés pour essayer de faire bouger des services techniques municipaux plus ou moins réactifs et pas toujours très compétents ni très efficaces.

L’interview de Stéphanie Harounyan, la correspondante locale du journal Libération, lequel vient de créer une newsletter spécifique à Marseille, vient éclairer la fiction en deuxième partie de l’émission. Une manière divertissante mais très efficace d’attirer l’attention sur un véritable problème de gestion publique qui ne fait guère honneur à la municipalité dirigée depuis tant d’années par Jean-Claude Gaudin : à écouter sans aucune modération !

L. V.

A l’école Jules Ferry, les moutons préparent leur rentrée…

9 mai 2019

Manifestation parfaitement réussie et scène quelque peu surréaliste en ce mardi 7 mai 2019 devant l’école Jules Ferry de Crêts-en-Belledonne, une commune qui surplombe le Grésivaudan, entre Uriage et Allevard, en Isère : à 8 heures du matin, 65 moutons conduits par leur berger ont débarqué avec force bêlements dans la cour de l’école devant des enfants qui tenaient des pancartes indiquant notamment : « On ne gère pas une école comme on gère un troupeau », « On ne nous tondra pas » ou encore « On n’est pas des moutons ». Une action lancée par les parents d’élèves et les élus locaux pour protester contre la fermeture annoncée de l’une des 11 classes de l’école du village.

Les futurs inscrits devant l’école (photo © Serge Pueyo / Le Parisien)

Cette fermeture de classe est bien entendue justifiée par l’Éducation nationale par une baisse des effectifs qui passerait à la rentrée 2019 de 266 à 261 élèves. Mais qu’à cela ne tienne ! Le maire, Jean-Louis Maret a trouvé la solution : faute d’enfants, il n’y a qu’à inscrire quelques moutons à la place, histoire de gonfler les effectifs. L’éleveur local, Michel Girerd, a immédiatement donné son accord, pas mécontent de voir certains de ses meilleurs éléments accéder à un enseignement scolaire de qualité, de nature à améliorer le niveau intellectuel du troupeau.

A Crêt-en-Belledonne, les élèves font connaissance avec leurs futurs camarades… (source © France Bleu)

Les enfants n’y sont pas hostiles non plus, trop contents de se faire quelques copains de classe un peu atypiques : « Avoir des moutons dans l’école, c’est super ! Je suis prêt à en prendre un ou deux dans ma classe. Je suis sûr qu’ils vont bien travailler », confie une petite fille de 8 ans aux médias venus en nombre assister au spectacle.

Et l’inscription des nouveaux impétrants a donc eu lieu en public : micro en main, une mère de famille a invité 15 des heureux élus à venir présenter au maire leur extrait de naissance pour que soient officiellement inscrits, en prévision de la prochaine rentrée scolaire, Panurge, Jason Toison d’or, Saute-Mouton ou encore Mouton noir. Une inscription validée dans les registres de la commune et qui devrait sans nul doute convaincre l’inspection d’académie de maintenir en l’état les 11 classes de l’établissement scolaire, dans la mesure où, comme l’analyse finement l’un des parents d’élèves : « L’Éducation nationale, ce n’est malheureusement que des chiffres. Et donc maintenant, avec cette remontée subite des effectifs, on est bon. On peut aller voir la directrice d’académie pour faire valoir nos droits et sauver notre classe ».

Devant l’école, une manifestation bon enfant (photo © Valentine Letesse / Radio France)

On verra bien à l’usage si les responsables locaux de l’Académie de Grenoble se laisseront convaincre mais on ne pourra pas dire en tout cas que les élus locaux sont restés sans rien faire, eux qui avaient déjà eu le courage de fusionner leurs deux communes rurales de Saint-Pierre d’Allevard et de Morêtel-de-Mailles pour créer au 1er janvier 2016 cette commune nouvelle de Crêt-en-Belledonne, avec déjà pour souci principal ce projet d’école de taille suffisante pour en assurer la pérennité.

L’école des moutons (source © Short Edition)

Une belle initiative citoyenne en tout cas, menée dans la bonne humeur et qui a connu un retentissement exceptionnel, la plupart des médias nationaux et même la BBC s’en étant fait l’écho. Il reste désormais aux technocrates du ministère de l’Éducation nationale à faire preuve d’imagination pour trouver comment insérer dans le système éducatif français ces quelques brebis égarées du Grésivaudan si désireuses d’acquérir les rudiments d’une instruction élémentaire de base. Depuis le temps que les pédagogues de tous poils répètent à l’envie que l’élève doit être au cœur du dispositif éducatif et que c’est à l’enseignement de s’adapter à son rythme d’apprentissage, c’est le moment ou jamais de prouver que la démarche fonctionne, y compris pour des moutons en âge d’être scolarisés… Bon courage quand même à l’enseignant qui devra gérer ces recrues supplémentaires !

L. V.

Partenariats public-privé : le début de la fin ?

3 mai 2019

Le principe du partenariat public-privé n’est pas nouveau puisque certains n’hésitent pas à l’illustrer par l’exemple historique du canal d’irrigation construit à partir de 1554 par Adam de Craponne pour amener l’eau de la Durance jusqu’à Salon-de-Provence ! De fait, la puissance publique, souvent impécunieuse, n’a jamais hésité à recourir au financement des opérateurs privés pour la construction voire la gestion de grandes infrastructures d’intérêt général. Les contrats de concession, très répandus dans le domaine de la distribution de l’eau potable notamment, constituent d’ailleurs, de fait, une forme de partenariat public-privé.

Mais à partir de la fin des années 1990, les libéraux européens et tout particulièrement les équipes de Tony Blair en Grande-Bretagne se mettent à utiliser massivement cette pratique du partenariat public-privé, instauré dès 1992 par John Major. Jusqu’en 2010, plus de 700 projets de ce type vont ainsi être lancés dans ce pays et la France  emboite le pas à partir de 2002 en permettant aux différents ministères dont la Défense nationale puis la Justice et la Santé de confier au privé le soin de construire à sa place les grandes infrastructure, dont le pays a besoin : gendarmerie, prisons, hôpitaux, etc.

Une ordonnance de 2004 met en place les « contrats de partenariat » et étend le dispositif aux collectivités territoriales. En 2008, le ministère de l’économie évalue à 10 milliards d’euros l’enjeu de ce qu’il est alors convenu d’appeler les PPP et en 2011 le ministre de la Justice programme la construction de 25 nouveaux établissements pénitentiaires, tous prévus en PPP !

Un dessin de Boris publié dans la revue A babord

Il faut dire que le système est séduisant tant pour l’État, fortement endetté et dont les marges de manœuvre pour investir tout en respectant les critères de Maastricht sont devenues très limitées, que pour les collectivités locales. Pour un élu qui s’est engagé durant sa campagne électorale à embellir et équiper son territoire tout en jurant ses grands dieux que cela se fera sans la moindre imposition supplémentaire, c’est la recette miracle.

Le PPP permet en effet à la puissance publique de lancer la réalisation d’un projet sans avoir besoin de le financer ! La conception comme la réalisation du projet sont transférées à une grande entreprise privée qui prend à son compte la totalité des coûts et qui se charge même de l’exploitation et de l’entretien de l’équipement pendant une certaine durée (souvent 20 à 30, voire 40 ans) au cours de laquelle la collectivité (ou l’État) se contente de verser un loyer. Pour l’élu local, c’est donc le jackpot puisqu’il confie la réalisation du projet au privé avec la garantie d’une réalisation et donc d’une inauguration rapide, et qu’il laisse à ses successeurs éventuels le soin de régler les factures sur une durée parfois très longue. La réhabilitation du stade Vélodrome en est une bonne illustration…

Chantier de rénovation du stade Vélodrome à Marseille en 2012 (photo © CFC Construction / Batiactu)

Face à un tel succès, la Commission des lois du Sénat en 2014 puis la Cour des Comptes en 2015 finissent par s’alarmer en pointant certains des défauts du dispositif après avoir analysé plusieurs cas d’espèces qui se sont avérés de véritables fiascos. Ces rapports pointent notamment le fait que les PPP constituent en réalité « une bombe à retardement budgétaire souvent ignorée par des arbitrages de court terme », estimant que « le paiement différé est une facilité pour la personne publique qui peut la conduire à surestimer ses capacités d’investissement. De surcroît, au gré de l’exécution du contrat, le coût final du projet peut évoluer, malgré l’évaluation préalable ». De plus, « en concentrant la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre entre les mains du partenaire privé, ils conduisent d’une certaine manière à un renoncement par la personne publique à sa compétence de maîtrise d’ouvrage ». Enfin, conclus essentiellement avec des grands groupes, ils provoquent un « effet d’éviction des petites et moyennes entreprises et des très petites entreprises » qui en sont réduites au rôle peu enviable de sous-traitants.

Centre pénitentiaire de Riom (Puy-de-Dôme) construit en PPP par Spie Batignolles et livré en 2015 (photo © Gilles Aymard / Batiactu)

Le constat est sévère, au point d’ailleurs qu’en 2017 un nouveau rapport de la Cour des Comptes demande l’abandon pur et simple des PPP pour le programme immobilier pénitentiaire. Il faut dire que les cas sont nombreux qui montrent à quel point les PPP peuvent être dangereux pour la collectivité. Les exemples britannique abondent ainsi pour montrer que les entreprises bénéficiaires de tels contrats abusent en faisant payer très cher à la collectivité l’entretien des équipements puisque celui-ci leur incombe de fait, quasiment sans aucun droit de regard du commanditaire qui n’en devient propriétaire qu’à l’issue du contrat.

Avec du recul, les maîtres d’ouvrage publics s’aperçoivent ainsi qu’ils finissent par payer plusieurs fois le coût réel de l’équipement. Les entreprises s’endettent elles-mêmes pour en financer la construction et bien sûr elles répercutent la totalité du coût de cet endettement dans leur facturation, alors même que les établissements publics auraient accès à des taux de crédit bien plus avantageux.

Chantier de construction de l’hôpital d’Evry (Essonne) par Eiffage en 2012 (photo © C.G. / Batiactu)

Le centre hospitalier sud-francilien, construit en PPP par Eiffage dans l’Essonne fait partie de ces exemples qui ont été épinglés par un rapport parlementaire et par la Cour des Comptes : livré avec 8 mois de retard et plus de 8000 malfaçon relevées par huissier, il a fallu finalement mettre fin au contrat de PPP qui prévoyait le versement à Eiffage d’un loyer monstrueux de 48 millions d’euros chaque année pendant 30 ans, ce qui a permis à la collectivité de reprendre la main sur l’entretien et l’exploitation de l’équipement dans des conditions nettement plus satisfaisantes.

Cet exemple et de nombreux autres tout autant catastrophiques pour l’intérêt public n’ont pourtant pas empêché la Ville de Marseille de vouloir recourir à un PPP pour son projet de reconstruction de 34 écoles. Il a fallu un jugement du Tribunal administratif prononcé le 12 février 2019 pour obliger la commune à revoir sa position. En l’occurrence et selon Marsactu, ce sont 3 citoyens marseillais dont Alain Beitone, mais aussi le Conseil de l’ordre des architectes qui avaient saisi la Justice et qui ont obtenu gain de cause en montrant que la solution du PPP coûterait sensiblement plus cher à la collectivité que des marchés publics classiques passés sous maîtrise d’ouvrage publique.

Ecole Kalliste à Marseille, l’une des constructions Pailleron à reconstruire… (source © Marsactu)

Le 9 mars 2018, c’est la ministre de la Justice en personne, Nicole Belloubet, qui a annoncé officiellement l’abandon des PPP pour la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, et sa décision de passer désormais par des marchés de conception-réalisation qui garantissent une mise en concurrence plus ouverte et laissent davantage de latitude au maître d’ouvrage public.

Graphique montrant l’évolution du nombre de contrats de PPP passés annuellement en France et de leurs montants (source infographie © Le Moniteur)

Assiste-t-on alors à la fin des PPP comme certains le souhaiteraient pour l’intérêt public ? C’est en partie le constat dressé dans un article récent du Moniteur qui constate un très net déclin du nombre des PPP conclus depuis 2014, ainsi que des montants en jeu. Alors que plus de 130 contrats de partenariat avaient été conclus en France entre 2010 et 2013, seuls 5 « marchés de partenariat » (la nouvelle appellation depuis 2016) l’ont été en 2018. C’est peut-être une bonne nouvelle pour la démocratie et le bon usage des finances publiques…

L. V.

Une belle leçon de philosophie !

11 mars 2019

Ceci n’est pas un scoop puisque cette vidéo a été publiée le 14 décembre 2016, il y a plus de deux ans, et qu’elle a déjà été visionnée des millions de fois notamment sur YouTube ou Dailymotion. Réalisée par l’Américain Meir Kalmanson, plus connu sous son pseudonyme Meir Kay, elle fait partie de ces vidéos virales qui tournent en boucle sur internet mais qu’on ne résiste pas au plaisir de partager pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue…

Extrait de la vidéo de Meir Kay (source YouTube)

C’est l’histoire d’un professeur de philosophie (joué par l’acteur Kim Emerson) qui donne une leçon de vie à ses élèves avec un pot, quelques balles de golf et autres accessoires : de quoi faire réfléchir tout un chacun au travers d’une performance pédagogique dont certains profs de philo pourraient avantageusement s’inspirer…

A lire ici

Le cours commence et les élèves s’installent, prêts à écouter leur prof. Sans un mot, celui-ci ramasse un très grand récipient vide de dessous le bureau et commence à le remplir avec des balles de golf. Une fois le bocal rempli de balles, il demande aux étudiants si le pot est plein. Unanimement, les étudiants conviennent qu’il l’est. Le professeur se saisit alors d’une boîte de petits cailloux et les verse dans le bocal. Il secoue légèrement le pot pour laisser les cailloux rouler vers les zones libres entre les balles de golf.

Il repose ensuite sa question: « est-ce que ce pot est plein ? » Une fois encore, les étudiants répondent en chœur que le récipient est rempli. Avec un léger sourire sur le visage, le professeur ramasse une boîte contenant du sable et commence à le verser dans le pot. Bien entendu, le sable remplit tout l’espace entre les balles de golf et les cailloux.

Une nouvelle fois la même question, qui obtient la même réponse: pour les étudiants, on ne peut plus rien verser dans ce pot. Le professeur, cette fois-ci franchement amusé, attrape deux canettes de bière sous la table et verse tout leur contenu dans le pot. La bière comble alors immédiatement tout l’espace vide entre le sable. Réalisant qu’il se sont encore fait avoir, les étudiants ne peuvent s’empêcher de rire de bon cœur.

« Maintenant », dit le professeur une fois le calme revenu, « je veux que vous imaginiez que ce pot représente votre vie. Les balles de golf représentent les choses importantes : votre famille, vos enfants, votre santé, vos amis, vos passions favorites – les choses qui comblerait toujours votre vie même si tout le reste était perdu.

Les cailloux représentent les autres choses qui comptent comme votre travail, votre maison, votre voiture… Le sable, c’est tout le reste – les petites choses. Si vous mettez le sable dans le pot en premier », poursuit-il, « il n’y a plus de place pour les cailloux ou les balles de golf. Il en va de même pour la vie. Si vous passez tout votre temps et dépensez votre énergie sur les petites choses, vous n’aurez jamais de place pour les choses qui sont importantes pour vous.

Faites particulièrement attention aux choses qui sont essentielles à votre bonheur. Jouez avec vos enfants. Prenez le temps de veiller à votre santé. Emmenez votre partenaire dîner quelque part. Il y aura toujours du temps pour nettoyer la maison ou changer la poubelle. Prenez soin des balles de golf en premier, ce sont les choses qui comptent vraiment. Définissez vos priorités. Le reste n’est que du sable ».

Un bref silence suit cette leçon de sagesse, puis un étudiant lève la main et demande ce que la bière représente. Le professeur sourit: « je suis content que vous posiez la question. Elle est simplement là pour vous montrer que, peu importe à quel point votre vie puisse paraître remplie, il y a toujours de la place pour boire une ou deux bières avec vos amis » !

Sur la route de Louviers, en pédalant…

16 décembre 2018

En France, la distance moyenne entre le domicile et l’école la plus proche est inférieure à 1 km, un trajet largement compatible donc avec un déplacement à pied ou en vélo. Une étude datant de 1992 et portant sur plus de 5000 enfants en âge scolaire montre que la durée moyenne du trajet pour se rendre à l’école est de 15 mn, ce qui confirme qu’il s’agit bien de distances très courtes.

Un dessin de Félé, publié le 29 août 2013

Et pourtant, une enquête réalisée en 2011 auprès de plus de 1000 parents d’enfants de moins de 10 ans par l’Association de prévention routière, indique que 73 % de ces trajets vers l’école se font en voiture. La raison principale évoquée est qu’emmener ses enfants à l’école en voiture est considérée comme plus pratique et plus sécuritaire. Un argument imparable ! Sauf que cela conduit à une situation pour le moins étonnante puisque, selon Planetoscope, les Européens consacrent en moyenne 42 minutes chaque jour, uniquement pour aller déposer en voiture leurs enfants à l’école et venir les y rechercher : une véritable aberration écologique pour des trajets aussi courts et généralement en site urbain, surtout lorsqu’on sait que, sur le premier kilomètre parcouru, la consommation des véhicules augmente de 50 %…

Un S’Cool Bus dans les rues de Rouen (source © S’Cool Bus)

C’est ce constat qui a incité il y a quelques années Amaury Piquiot, étudiant en dernière année d’études à Rouen Business School, dans le cadre d’un projet de création d’entreprise orienté vers le développement durable et la logistique, a imaginé un nouveau concept consistant à organiser un transport scolaire en commun, gratuit et écologique, sous la forme d’un bus à pédales d’une dizaine de places, conduit par un adulte et mu par la force motrice des enfants, avec toutefois une assistance électrique.

Avec un tel dispositif, les avantages sont multiples : c’est d’abord du temps gagné pour les parents qui n’ont plus à s’inquiéter d’accompagner eux-mêmes leurs enfants tous les jours à l’école et c’est surtout beaucoup d’énergie économisée et de pollution évitée, mais aussi davantage de sécurité du fait de la réduction du nombre de voitures à proximité des entrées et sorties d’écoles. Et c’est aussi pour les enfants un exercice sportif quotidien avec un côté ludique mais aussi éducatif car le chauffeur profite des trajets pour inculquer les règles de base en matière de sécurité routière tout en montrant aux enfants que le vélo peut être un moyen de transport parfaitement adapté aux trajets quotidiens sur de courtes distances.

Le premier véhicule utilisé par S’Cool Bus

L’engin utilisé comme support pour cette expérimentation a été importé directement des Pays-Bas où il a été développé, et adopté en France sous le nom de S’Cool Bus, un logo qui évoque bien la notion de bus scolaire amusant. L’aventure a commencé réellement en juillet 2014 lorsque le concepteur du projet a créé l’association S’Cool Bus avec une vingtaine de jeunes bénévoles motivés issus de divers horizons professionnels, une association sans but lucratif ni capital personnel, mais qui a néanmoins réussi à rassembler les fonds pour acquérir un premier véhicule et à suivre une formation auprès du constructeur néerlandais pour être en capacité d’assurer la maintenance de l’engin. Les ingénieurs et mécaniciens de l’équipe se sont d’ailleurs attelés d’emblée à transformer leur bus pour le doter d’un toit destiné à protéger les passagers de la pluie normande parfois insistante…

Utilisation d’un S’Cool Bus fin 2015 dans le cadre de festivités organisés par les commerçants de Rouen (source © Ulule)

Fin 2014, l’association fait rouler son bus dans les rues de Rouen, organise des démonstrations dans les écoles de la ville et s’associe à divers événements avec les commerçants et d’autres acteurs associatifs pour faire connaitre son concept, n’hésitant pas à transformer le bus scolaire en traineau à l’occasion des fêtes de Noël pour une tournée festive. L’idée plait et dès le mois de janvier 2015, le S’Cool Bus participe au transport scolaire des élèves de l’école Sainte-Marie de Rouen vers leur réfectoire, une phase expérimentale de six mois qui permet de faire participer plus de 150 enfants et connaît un grand succès.

Sur le chemin de l’école en S’Cool Bus

A tel point qu’à la rentrée suivante, l’association acquiert un second véhicule et organise pendant deux ans le ramassage scolaire de 25 enfants pour deux écoles de Rouen. Un dispositif plébiscité par les enfants qui en bénéficient et qui attire la curiosité d’autres agglomérations dont Lille, Grenoble et même, paraît-il, Marseille, où pourtant le transport urbain en vélo n’a pas bonne presse. Mais l’expérience ne suffit pas à convaincre la ville de Rouen ni la métropole de donner suite à ce projet.

Pas découragés pour autant, les jeunes bénévoles se sont tournés vers une communauté d’agglomération voisine, celle de Seine-Eure, située au sud de Rouen et composée de 37 communes dont la ville-centre de Louviers. Labellisée « territoire à énergie positive pour la croissance verte » par le Ministère de l’Environnement, la CASE a utilisé une partie de sa subvention d’État pour passer commande auprès de l’association qui a dû pour cela se transformer en entreprise. Un contrat de 170 000 € pour permettre à cette dernière de mettre à disposition 3 S’Cool Bus afin d’organiser les transports scolaires pour des élèves de l’école primaire Anatole France à Louviers.

Un S’Cool Bus à l’œuvre devant l’école Anatole France à Louviers (Eure), mardi 4 décembre 2018 (photo © Laurent Derouet / Le Parisien)

Fin 2017, l’équipe de S’Cool Bus est ainsi venue présenter son véhicule aux enfants et aux parents d’élèves afin de susciter les premières inscriptions. Plus de 60 personnes se sont montrées intéressées et il a fallu en sélectionner une trentaine en fonction des capacités des véhicules puisque chacun d’eux ne comporte que 8 places en plus de celle du chauffeur, ainsi qu’un banc permettant d’installer 2 ou 3 plus petits qui ne sont pas en capacité de pédaler eux-mêmes.

Et c’est ainsi que l’aventure a débuté, dès le 3 janvier 2017 et pour une phase expérimentale de 2 ans. Chaque matin, le vélo-bus fait sa tournée et vient récupérer à domicile les enfants inscrits. Chacun est équipé d’un casque et d’un gilet jaune fluo, les cartables sont placés dans un coffre à bagage recouvert d’un filet pour ne rien perdre en route, et chacun pédale dans la bonne humeur vers l’école. Des trajets de l’ordre de 4 km accomplis à la vitesse moyenne de 15 km/h, qui permettent aux élèves d’arriver en classe en pleine forme comme l’affirment les professeurs qui constatent que les bénéficiaires de ce mode de transport original sont plus calmes et gagnent en autonomie.

Du coup, dès la rentrée de janvier 2019, l’expérience va être étendue à 6 autres écoles de la communauté d’agglomération Seine-Eure, avec pas moins de 10 lignes régulières qui concerneront, outre celle de Louviers, 5 communes supplémentaires, à savoir Val-de-Reuil, Les Damps, Le Manoir-Sur-Seine, Le Vaudreuil et Pont-de-l’Arche.

Un nouveau défi pour S’Cool Bus qui recrute actuellement des chauffeurs pour gérer cette nouvelle demande, et peut-être le début du développement d’un nouveau mode de transport plus écologique et plus adapté pour les courts trajets en site urbain. A quand le S’Cool Bus pour desservir le groupe scolaire Frédéric Mistral à Carnoux ?

L. V.

Pêcheur de brume ou pelleteur de nuages ?

28 août 2018

Le domaine de l’aide au développement, sans doute plus que d’autres, regorge de ces histoires de projets tous plus ingénieux les uns que les autres, longuement mûris par des hommes et des femmes animés de fortes conviction et empreints de bonne volonté, qui mettent toute leur énergie et leur intelligence pour atteindre un but altruiste au service de leurs prochains, et qui se plantent majestueusement, ne laissant dans la nature que des traces dérisoires d’un échec cuisant.

Gwenael Pié, en 2016 (photo © AFD)

C’est l’une de ces histoires, déjà un peu ancienne, qu’avait relatée sur son blog de voyage diffusé par Libération en avril 2008, un certain Gwenael Prié, jeune ingénieur en télécommunication, parti avec un de ses copains, Lionel Goujon, pour un tour du monde à la découverte des enjeux liés à l’eau. Devenu depuis chef de projet numérique au sein de la Direction des opérations de l’Agence Française de Développement (AFD) et à l’origine d’une initiative visant à promouvoir l’usage du numérique pour le développement (ICT4D – Information and Communication Technologies for Development), Gwenael Pié est aussi le co-auteur du livre « Les voyageurs de l’eau », préfacé par un certain Nicols Hulot et paru en 2010 aux éditions Dunod, qui relate justement les découvertes des deux compères au cours de leur périple de jeunesse.

L’une de ces étapes les conduit alors au Pérou à la rencontre de Jacques Béharel, un ingénieur français installé depuis des années à Lima, et qui cherche à promouvoir la technique des pêcheurs de brume. L’idée est vieille comme le monde, sans doute inspirée de l’observation des toiles d’araignées qui se couvrent de rosée au petit matin brumeux. Les bergers de l’île El Hierro aux Canaries recueillaient ainsi l’eau qui se condensait sur le feuillage d’un laurier déjà évoqué ici.

Et de tout temps, les populations nomades du désert d’Atacama au Chili avaient pris l’habitude de recueillir la rosée grâce à des pierres empilées, disposées de telle sorte que l’eau de condensation dégoulinât à l’intérieur jusqu’à la base de l’amoncellement, où elle était protégée de l’évaporation contre les rayons du soleil. Une démarche dont Jacques Béharel s’est inspiré pour développer d’immenses filets en mailles de polyéthylène qu’il tend entre deux mâts dressés face au vent dominant, équipés à la base d’une simple gouttière qui recueille les eaux de condensation et les conduit dans un réservoir de stockage.

Filet attrape-brouillard en polyéthylène à El Tofo, au Chili (photo © Fogquest)

C’est cette technique que sont venus découvrir en 2008 nos deux globe-trotters qui s’enflamment pour une démarche aussi ingénieuse que chargée de poésie : « Capter l’eau du brouillard pour alimenter des régions désertiques, voilà ce qui occupe une confrérie de sourciers bien particuliers. Du Népal à l’Afrique du Sud, de l’Erythrée au Chili, ils tendent des filets à flanc de montagnes et y prennent au piège les précieuses gouttes d’or bleu que la brume apporte. »

Il faut dire que la côte du Pacifique, le long de la Cordillère des Andes, est particulièrement favorable pour capter ainsi l’eau à la source. Le climat y est très aride : il tombe en moyenne entre 0 et 3 mm seulement chaque mois de l’année à Lima, soit moins de 20 mm par an en cumul, autant dire qu’il n’y pleut quasiment jamais, surtout par comparaison avec les quelques 2,40 m d’eau qui s’abattent en moyenne sur la forêt amazonienne, de l’autre côté de la Cordillère. En revanche, le ciel en bordure de l’Océan est presque chaque jour chargé d’humidité, issue de la forte évaporation au-dessus de la mer, ce qui forme des nuages omniprésents dans le ciel de la capitale péruvienne.

Accident de car le long de la Panaméricaine, en mai 2016, dans le redoutable serpentin de Pasamayo (photo © El Comercio)

En 1993, les autorités du pays sont venues solliciter l’ingénieur français pour installer ses filets capteurs de brume le long de la route panaméricaine qui serpente dans des pentes particulièrement arides, surplombant de manière vertigineuse le littoral pacifique où viennent s’écraser périodiquement bus et camions imprudents qui négocient un peu trop vite les virages de cette route souvent dans le brouillard. L’idée était de reboiser ces versants dénudés pour lutter contre l’érosion qui menace, en captant l’eau des nuées afin d’arroser les plants au moins les premières années, le temps qu’ils développent un feuillage suffisant pour que le brouillard s’y condense, à la manière des « forêts de nuages », ces formations boisées qui s’accrochent aux pentes de la Cordillère, en Colombie, à plus de 3000 m d’altitude, formant un écosystème très spécifique.

Des filets ont donc été installés pour permettre à cet ambitieux projet de reboisement de voir le jour, sur le site de Pasamayo Fariente, à 60 km au nord de Lima. Mais 15 ans plus tard, force est de constater qu’il ne reste plus rien de cette chimère, sinon des squelettes d’arbres desséchés et quelques piquets de bambou qui se dressent de loin en loin, et qui intriguent les bergers. Comme c’est souvent le cas, l’instabilité politique du pays a eu raison de ce projet qui aurait demandé un effort soutenu pendant plusieurs années successives…

A la même période, grâce à des fonds canadiens, un autre projet avait été initié à El Tofo, au nord de Santiago du Chili, dans un secteur où quelques filets avaient déjà été testés avec succès, dès les années 1980, dans le cadre de recherches universitaires. Là aussi, l’ambition était au rendez-vous puisqu’il s’agissait d’alimenter en eau potable le village de Chungungo et ses 400 habitants, situé à 7 km en contrebas. Pompeusement baptisé « Camanchaca », du nom aymara de cet épais brouillard qui obscurcit le ciel quasiment tous les matins, le projet a permis d’installer plus de 100 filets de 4 m de hauteur pour 8 à 10 m de longueur. Pendant une dizaine d’années, le dispositif a ainsi permis de recueillir de l’ordre de 7 à 15 l d’eau par jour et par m2 de filet.

Filets attrape-brouillard dans le désert d’Atacama (photo © Martin Bernetti / AFP)

Mais, même au Chili, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. En automne et en été, la cueillette de gouttelettes est parfois moins abondante. La population du village, qui depuis a presque doublé, et que les initiateurs du projet n’avaient pas réussi à impliquer suffisamment dans la gestion et l’appropriation du dispositif, s’en est peu à peu détournée, réclamant des moyens plus modernes et plus efficaces d’approvisionnement en eau potable. Le matériel lui-même a été vandalisé et, en 2003, tout a été abandonné tandis que les camions citernes reprenaient leurs rotations pour alimenter en eau le village en attendant l’hypothétique construction d’une usine de dessalement d’eau de mer…

Filet à brouillard installé à l’école de Tshiavha (photo © Alexander Joe / AFP pour 20 minutes)

D’autres projets depuis ont vu le jour, à Lima même, où, selon Maxisciences, une ONG allemande a installé en 2006 cinq grands filets qui permettent de recueillir de l’eau douce, surtout pendant les nuits d’hiver, pour les 200 habitants du bidonville de Bellavista del Paraiso, en périphérie de la capitale péruvienne. Au Guatemala, sur l’altiplano à 3000 m d’altitude, des paysans récoltent ainsi jusqu’à 2000 litres d’eau potable par jour grâce à deux filets et en Afrique du Sud, l’école primaire de Tshiavha, selon un article de Bionique, récupère en moyenne 2500 litres d’eau par jour, ce qui est plus que suffisant pour les besoins quotidiens du site. Malgré ses échecs et son côté quelque peu artisanal, la longue tradition des pêcheurs de brume est peut-être en train de connaitre un renouveau, qui sait ?

L.V. 

Camp des Milles : entre devoir de mémoire et incitation à la résistance

12 mars 2018

C’est un endroit que l’on a tout fait pour oublier pendant près de 40 ans et qui, grâce à l’obstination de certains, a fini par devenir un lieu de mémoire. Dans cette ancienne tuilerie proche du village des Milles, à côté d’Aix-en-Provence, désaffectée en 1939 du fait de la crise économique, ce sont plus de 10 000 personnes qui ont été internées entre 1939 et 1942, dont plus de 2000 ont été déportées, à l’instigation du régime de Vichy, vers le camp d’extermination d’Auschwitz, via les autres camps français de Drancy et de Rivesaltes.

Le bâtiment de la tuilerie du Camp des Milles (crédit photo AMCM)

Il a fallu attendre 1982 pourtant, pour que certains, anciens déportés et résistants mais aussi universitaires, se mobilisent pour tenter de sauver les vestiges de cet ancien camp d’internement, le seul grand camp français encore intact datant de cette période sombre. Un arrêté de classement est alors pris afin de sauver la grande fresque murale du réfectoire et en 2004 ce sont finalement l’ensemble des bâtiments du site qui font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques.

En 1985, une première stèle commémorative est inaugurée et se crée un Comité de coordination pour la sauvegarde du camp des Milles et la création d’un musée mémorial de la Déportation, de la Résistance et de l’Internement, relayé à partir de 1991 par l’Association du wagon-souvenir et du site-mémorial du Camp des Milles, puis, à compter de 2009, par la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation, présidée par Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS.

Alain Chouraqui et Jean-Marc Ayrault devant le Wagon du Souvenir le 10 septembre 2012, lors de l’inauguration du site-mémorial

Et le 10 septembre 2012 enfin, 70 ans, jour pour jour, après le départ du dernier convoi de déportés du Camp des Milles vers Auschwitz, a été inauguré, en présence du Premier Ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault, et dès lors ouvert au public, le site-mémorial qui se donne pour fonction d’informer de manière scientifique et objective sur l’histoire de ce lieu, mais aussi d’entretenir la mémoire des événements tragiques qui s’y sont déroulés et enfin d’amener chacun, et notamment les plus jeunes, à réfléchir sur les mécanismes qui peuvent conduire aux génocides et sur les comportements à adopter pour résister à de tels engrenages.

L’histoire elle-même de ce lieu exceptionnel est étonnante. En septembre 1939, lorsque le camp est ouvert, à l’initiative du gouvernement français dirigé par le radical-socialiste Edouard Daladier, l’objectif est d’y interner des ressortissants étrangers, d’origine allemande ou autrichienne pour la plupart d’entre eux et considérés comme des ennemis du fait de l’entrée en guerre contre le Reich Allemand alors que, paradoxalement, il s’agit pour l’essentiel d’intellectuels et d’opposants anti-fascistes réfugiés en France pour échapper à la montée du nazisme.

Parmi eux figurent notamment le peintre dadaïste allemand Max Ernst, proche de Paul Éluard et de Joan Miro, qui finira par rejoindre les États-Unis en 1941 avec l’aide de Peggy Guggenheim. On y retrouve aussi un autre peintre surréaliste Hans Bellmer, de nombreux musiciens, architectes, sculpteurs, écrivains, journalistes, hommes politiques et même deux Prix Nobel, Otto Meyerhof, distingué en 1922, et Thadeus Reichstein qui le sera en 1950 pour sa découverte de la cortisone. Cette forte proportion d’intellectuels et d’artistes explique le foisonnement de la production artistique qui se déroule dans les murs du camp à cette période et qui laisse de nombreux vestiges dont les fameuses fresques murales du réfectoire.

Fresque peinte dans le réfectoire du Camp des Milles par des internés

A partir de juin 1940 et la défaite militaire de la France, le camp accueille de très nombreux étangers transférés depuis d’autres camps du Sud-Ouest, en particulier nombre d’anciens des Brigades internationales d’Espagne, mais aussi des Juifs expulsés du Palatinat, du Wȕrtemberg ou du Pays de Bade. La population hébergée dans le camp s’accroît fortement et les conditions d’hygiène se dégradent très rapidement. En novembre 1940, le camp, passé sous l’autorité du Ministère de l’Intérieur, devient le seul camp de rétention français destiné au transit, légal ou illégal, vers l’Outre-Mer.

Photo d’archive du Camp des Milles pendant la période d’internement

Enfin, en juillet 1942, le gouvernement de Laval, qui vient de déclarer officiellement son souhait de voir l’Allemagne gagner la guerre, engage les rafles de milliers de Juifs, y compris dans la zone sud encore non occupée par les Allemands. Ces rafles en zone libre, qui concernent près de 7000 juifs étrangers ou apatrides, dont de nombreux enfants, ont lieu fin août 1942. Le Camp des Milles sert alors de lieu de transit pour nombre d’entre eux avant leur déportation par convois ferroviaires vers le camp d’extermination d’Auschwitz, d’où la plupart ne reviendront pas.

Outre le rôle mémoriel de ce lieu où une exposition montée par Serge Karlsfed liste le nom de tous les enfants juifs victimes de la déportation en France durant la guerre le mémorial du Camp des Milles se veut aussi un lieu pédagogique pour former l’esprit citoyen à empêcher de nouveaux génocides.

Capture d’écran d’une vidéo intitulée « Fais-le pour toi, résiste ! », accessible sur le site du Camp des Milles

Il accueille pour cela de très nombreux scolaires et s’appuie sur un matériel pédagogique très élaboré, à base de nombreuses vidéos, pour démontrer les mécanismes qui peuvent conduire au génocide. Pour cela il s’appuie non seulement sur la Shoah (6 millions de morts), mais aussi sur la persécution des populations tsiganes d’Europe, décimées à hauteur de 25 à 50 % pendant la deuxième guerre mondiale, sur le génocide arménien de 1915 (1,5 millions de morts, soit les deux tiers de la population arménienne de l’empire ottoman), et sur celui des Tutsis au Rwanda en 1994, qui s’est soldé par 1 million de morts, soit 80 % des Tutsis du pays, sous le regard absent des Nations-Unies.

Un des nombreux outils pédagogiques édités pour aider chacun à résister aux extrémismes

Les conditions qui ont rendu possibles ces tragédies sont décortiquées pas à pas : exacerbation des tensions et des frustrations sociales qui se développent dans les périodes de crise économique et sociale, recherche de boucs émissaires sur la base de préjugés, agitation des esprits par une minorité extrémiste très organisée, fausses rumeurs, insultes et violences de rues, appel à l’exclusion puis à la purification ethnique sous le regard passif de la majorité de la population, manipulation des médias, propagande d’État, réduction du champ de la démocratie et mise en place de pouvoirs dictatoriaux…

Face à un tel engrenage, le message est clair : il s’agit, pour chacun d’entre nous, de résister pendant qu’il en est encore temps ! Car comme aimait à le souligner Albert Einstein, « Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». C’est en cela que le message pédagogique que cherche à porter le site mémorial du Camp des Milles est particulièrement intéressant et d’actualité : chacun doit se sentir concerné et doit se rebeller contre tous les extrémismes, les discriminations, les formes de racismes et d’exclusion.

Il faut sans cesse s’appuyer sur les leçons de l’Histoire pour se souvenir que les situations de totalitarisme et de génocide ne peuvent se développer qu’en s’appuyant sur une population passive : résister c’est éviter que de telles situations ne se reproduisent ici et maintenant. Un beau message à l’attention de tous les citoyens dans un monde en proie aux crises et aux doutes !

L.V.  

Dépenses scolaires de Carnoux : un joli tour de magie !

24 janvier 2018

Le dernier bulletin municipal de Carnoux-en-Provence, qui porte le n°50, fait preuve d’un bel effort de pédagogie dont la municipalité n’est pas coutumière et qu’il convient donc de saluer à sa juste valeur. La luxueuse « revue trimestrielle gratuite » (car payée par le contribuable), dans laquelle la binette du maire n’apparaît que 11 fois en 32 pages (un petit score par rapport à certaines éditions précédentes), contient en effet pas moins de 4 pages grand format sur papier glacé et soigneusement illustrées en couleur qui détaillent les « moyens matériels, humains et financiers de premier ordre » que la commune consacre à l’enfance dans le cadre d’une « politique éducative qui vise l’excellence ».

L’exercice est remarquable de clarté et confirme en effet que la commune de Carnoux consacre à la petite enfance et aux affaires scolaires (une des rares compétence encore du ressort des communes) une part importante de son budget. On y apprend ainsi que la gestion des 59 places de la crèche municipale, confiée à l’association Carnoux Avenir, qui n’est qu’un faux nez de la mairie, est financée à hauteur de 223 609 € par la commune alors que la participation des parents, de l’État et de la CAF ne dépasse pas 101 k€ : un geste social admirable, tout à l’honneur de la municipalité.

Les activités péri et extra-scolaires sont également plutôt bien loties puisque la commune prend en charge globalement plus de la moitié des dépenses pour un montant cumulé de l’ordre de 240 k€ tandis que les familles et la Caisse d’allocation familiale participent chacun pour sa part à hauteur d’environ 100 k€.

Un extrait du Messager n°50

A cela s’ajoutent les frais de scolarité pour les 592 élèves de maternelle et du primaire qui fréquentent le groupe Frédéric Mistral et pour lesquels la commune dépense annuellement 960 k€ en frais de personnel (hors enseignants qui sont, rappelons-le, pris en charge par le budget de l’Education nationale), entretien et fonctionnement des locaux, mais aussi fournitures scolaires et animations diverses. Un budget non négligeable et que beaucoup d’autres communes à commencer par Marseille aimeraient bien avoir à leur disposition pour choyer autant leurs enfants scolarisés. On ne saura pas en revanche combien verse la commune pour ses enfants qui sont scolarisés sur des communes voisines et combien elle perçoit dans la situation inverse, alors que ces montant sont loin d’être négligeables.

Et ce n’est pas tout puisque la commune dépense également 213 k€ par an pour la cantine scolaire, chaque repas servi étant subventionné à hauteur de 3,81 € tandis que les parents ne payent que 3,01 €.

La brochure municipale ne précise pas à quel exercice budgétaire correspondent ces chiffres et on est bien en peine de le savoir puisque la commune ne publie pas son budget sur son site d’information. On peut supposer néanmoins qu’ils sont issus du compte administratif 2016. En revanche, le texte précise que le montant total des dépenses de la commune pour les « activités de la petite enfance et enfance jeunesse » s’élève à 2 011 500 €, ce qui représente 36,49 % du budget de fonctionnement de la commune qui s’élèverait donc à un peu plus de 5,5 millions d’euros. On ne retrouve pas, loin s’en faut, le chiffre de 6,5 millions d’euros qui avait été annoncé par La Provence pour la section de fonctionnement, lors du vote du budget primitif en avril 2016, mais on n’ira pas chercher la petite bête…

D’autant que l’analyse s’agrémente d’un magnifique camembert bariolé qui montre la part de chacun des postes énumérés précédemment dans le budget de fonctionnement de la commune. On retrouve bien la part des 960 k€ de frais de scolarité qui représentent en effet 17,4 % des dépenses communales annuelles de fonctionnement tandis que les 223 k€ dépensés pour la petite enfance correspondent à un peu plus de 4 % de ces mêmes dépenses.

Pour le reste, les chiffres annoncés laissent davantage perplexes. Alors que le coût net pour la commune de la restauration scolaire est annoncé à 213 k€, les pourcentages indiqués font en réalité état d’une dépense annuelle quasiment double dont on comprend que la part supportée par les familles n’a pas été déduite. Une présentation logique en comptabilité publique puisque la participation des parents ne vient pas en déduction des dépenses de fonctionnement mais sous forme de recette supplémentaire. Sauf que la qualité pédagogique de la démonstration en est pour le moins écornée… Et bien entendu, il en est de même pour les dépenses péri et extra-scolaires dont la part dans le budget de fonctionnement de la commune est ainsi allègrement renforcée par les participations financières des familles et de la CAF.

Un joli tour de passe-passe comptable qui permet d’annoncer fièrement que le montant total des dépenses engagées par Carnoux pour nos enfants s’élève à plus de 2 millions d’euros annuellement alors qu’en réalité le coût pour la commune se limite à 1,6 millions. La différence, qui représente quand même près de 400 000 €, correspond à la participation financière des parents pour la restauration scolaire mais aussi pour les activités péri et extra-scolaires, ainsi qu’aux subventions versées par la CAF pour ces dernières activités.

Bien entendu, loin de nous l’idée qu’une telle présentation relèverait de la manipulation puisqu’elle est parfaitement conforme aux règles de la comptabilité publique. Il n’en reste pas moins que l’exercice aurait mérité d’être présenté de manière un peu plus rigoureuse aux habitants de Carnoux. Mais ne boudons pas notre plaisir : pour une fois que la municipalité fait un réel effort de pédagogie et de transparence !

L.V.  

Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.