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Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

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Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 1) : l’actualité…

13 septembre 2017

Jean-Michel Blanquer à l’Elysée, le 18 mai 2017 (photo © AFP/Archambault)

Suite aux récentes orientations décidées par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et à la possibilité offerte aux communes de revenir, dès la rentrée scolaire 2017, à la semaine de quatre jours pour les écoles maternelles et primaires, un tiers des communes a choisi ce retour aux quatre jours, dont notre ville de Carnoux-en-Provence.

Le choix d’une semaine de quatre jours et demi avait été décidé puis mis en place en 2014 afin de réduire la journée de classe et ainsi optimiser la concentration des élèves sur les apprentissages. Les études scientifiques qui sous-tendaient cette mesure, analysées dans un rapport publié en 2010, montraient en effet que la concentration des élèves était meilleure le matin et de 14 h (ou 14 h 30 pour les plus jeunes) jusqu’à 16 h.

Il revenait alors aux communes de proposer, sur les plages ainsi libérées, des activités de découverte, scientifiques, artistiques, sportives ou autres, animées par des personnels recrutés pour leurs compétences dans les domaines concernés.

La mise en place de cette mesure a été délicate, voire volontairement freinée comme ce fut le cas à Marseille. Elle a nécessité le recrutement d’animateurs, la mise sur pied d’une organisation favorisant l’accès sécurisé des élèves aux activités (locaux, matériels…) ainsi que la mobilisation de moyens financiers, en partie assurée par l’Etat.

Malgré cela, des communes ont décidé de mettre un terme à ce dispositif qui, dès son instauration, a soulevé de multiples critiques.

Ce sont d’abord les enseignants qui ont manifesté leurs doutes sur le bien-fondé de la mesure, même s’ils adhéraient aux bilans des scientifiques qui, rappelons-le, les avaient fait réagir quand en 2008 le ministre Darcos avait instauré la semaine de quatre jours avec suppression des cours du samedi matin !

Il faut aussi savoir que les instituteurs, n’étant plus logés sur place, habitent souvent loin de l’endroit où ils enseignent et qu’ils se voient ainsi contraints d’effectuer des déplacements supplémentaires. S’ajoute surtout, et contrairement aux ambitions du projet, qu’ils ne perçoivent pas l’allègement espéré de la journée de classe puisque les activités proposées étaient souvent regroupées sur une demi-journée, le mardi ou le vendredi après-midi.  Rares en effet sont les villes qui ont été en mesure de proposer des ateliers chaque journée de la semaine hormis le mercredi. Enfin, un nombre infime d’écoles a adopté le principe de cinq journées discontinues avec classe lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi matin.

Ce sont ensuite les parents qui ont argué de la fatigue des élèves qui devaient se lever tôt cinq jours consécutifs (du lundi au vendredi) ainsi que de la modestie des ambitions de certaines activités proposées, sans parler des coûts imputés par plusieurs communes (mais pas à Carnoux). S’ajoutent à cela des questions d’organisation familiale, particulièrement au sein de familles séparées ou monoparentales pour qui la semaine de quatre jours avec un week-end de deux jours est plus adaptée. Il y a alors débat entre l’intérêt de l’enfant et celui de l’élève.

Les réticences viennent enfin des élus qui ont eu à mettre en place le dispositif et à en assurer le fonctionnement.

Issu d’un constat auquel une large majorité de pédagogues adhérait, le dispositif instauré en 2014 semble condamné à disparaître sans qu’une évaluation nationale rigoureuse ait été réalisée. Une fois de plus l’opinion et le confort budgétaire prévalent. Ce mal français qui consiste à abandonner une disposition en cours de route et avant la fin de contrats qui avaient été signés (ici pour deux ou trois ans) ne contribue pas à renforcer la crédibilité de l’Etat s’agissant ici d’une question première : la réussite de la formation des élèves, les citoyens de demain.

M.M.

Alternatives économiques : l’éco pour les nuls !

7 juillet 2017

Fondé en 1980 par l’économiste Denis Clerc en réaction au fameux slogan de Margaret Thatcher, « There is no alternative », le magazine Alternatives économiques, plus connu par les habitués sous son petit nom d’Alter Eco, est devenue une référence pour tous ceux qui ne sont pas complètement séduits par la doxa dominante du néolibéralisme le plus débridé. Edité par une société coopérative et diffusé à raison de 90 000 exemplaires payants chaque mois en moyenne, c’est devenu le deuxième magazine économique le plus lu en France, après Les Echos : une véritable référence donc en la matière qui vise à concilier le social et l’économique, dans un format très pédagogique et qui s’adresse à un très large lectorat.

Le dernier numéro d’Alter Eco va encore plus loin dans l’art de rendre accessible à tous certaines notions apparemment obscures qui font que le domaine de l’économie passe généralement pour rébarbatif et réservé aux seuls initiés. Le dossier du mois est en effet intitulé « Les (gros) mots de l’économie ». Trappe à liquidité, destruction créatrice, stagnation séculaire ou aléa moral : autant de termes parfaitement abscons pour qui n’a pas suivi un master d’économie ou ne sort pas de 2 mois de révisions fébriles en prévision de passer son bac en série ES.

L’idée de la réadction pour rendre abordable ces notions est non seulement de les expliciter par un texte d’une page, parfaitement limpide et souvent plein d’humour voire de poésie (Ah, le poéme en alexandrins sur la stagnation séculaire, un bijou d’anthologie !), mais surtout de demander à des dessinateurs d’illustrer chacune de ces notions par une planche de bande dessinée.

Le résultat est totalement bluffant et il faut vraiment se précipiter sur ce numéro double juillet-août d’Alter Eco qui assurément devrait devenir collector. Un exemple parmi d’autres pour vous donner envie de lire ce dossier où vous découvrirez aussi que la maladie hollandaise n’a rien à voir avec la frénésie pathologique de notre dernier Président de la République à escompter une soudaine et bienvenue inversion de la courbe du chômage, et où vous apprendrez stupéfait que ce bon vieux Adam Smith, outre le fait qu’il pourrait commettre des maladresses s’il se retrouvait de nos jours dans une rame de métro, n’a jamais vraiment assimilé le marché à une main invisible autorégulatrice comme on le lui attribue généreusement (et de manière perfide).

Un extrait du n° 370 d’Alternatives économiques…

Sur les externalités négatives, par exemple, l’explication est des plus limpides, basée sur l’exemple de l’agriculteur qui booste sa production à grands coûts de pesticides, provoquant pollution des nappes et des cours d’eau, avec toutes les répercussions environnementales et sanitaires qui en découlent, mais dont les coûts induits n’entrent évidemment en rien dans le bilan de son exploitation agricole. Une démonstration magistralement illustrée par Fabrice Erre, lui-même enseignant et auteur de bandes dessinées qui tient par ailleurs un blog intitulé Une année au lycée. Une adresse qui mérite le détour également et dont les dessins nous plongent actuellement dans l’ambiance des épreuves du baccalauréat : un petit extrait pour la route :

Dessin signé Fabrice Erre paru sur son blog à la date du 6 juillet 2017

Avec de tels professeurs aussi pédagogues, on se demande bien comment la France a bien pu tomber aussi bas dans le classement international PISA…

L. V. 

Débat sur l’école (partie 4) : une école inclusive…

3 avril 2017

Le dernier sujet de cette table ronde aborde la question de l’égalité des chances pour les élèves souffrant de handicaps et leur intégration dans l’école.

C’est Laurent Mauneau, professeur des écoles spécialisé en charge du suivi de la scolarisation des élèves handicapés sur les villes de La Ciotat et Ceyreste, acteur du dispositif AEBEP (Élèves A Besoins Éducatifs Particuliers) qui fait en bref rappel de l’historique de la prise en charge de ces élèves « particuliers » .

Laurent Mauneau

Dans un passé encore récent, ces élèves identifiés « handicapés » étaient voués à être enfermés dans des institutions avec une quasi impossibilité de retrouver une vie sociale normale. A part quelques cas  de lourdes pathologies médicales ou comportementales nécessitant une scolarisation  dans un établissement spécialisé, la volonté d’accueillir des enfants différents dans l’école ordinaire s’est faite progressivement.

Le but est de passer d’un système de séparation, d’exclusion (incapacité à accueillir et prodiguer un enseignement adapté) à un système d’intégration (dans certaines conditions, dans un nombre limité d’établissement, avec des éducateurs spécialisés) vers un concept d’inclusion où l’élève « à besoins particuliers » est totalement intégré au sein d’une classe ordinaire.

C’est l’esprit de la loi de 2005 prônant l’accueil de tous les élèves en prenant compte  leurs handicaps à travers des adaptations et aménagements. Encore faut-il définir ce que sont ces incapacités. Ce sont aussi bien celles d’un enfant diabétique, d’un dyslexique, d’un enfant ayant des difficultés pour écrire, d’un déficient visuel ou auditif, ou d’un élève précoce voire d’un paraplégique.

C’est aussi poser le postulat que dès le départ, tous les élèves devraient être réunis sans distinction obligeant l’école à s’adapter. Pour Laurent Mauneau, c’est possible. Des protocoles sont prévus pour chaque cas pour compenser leurs difficultés, car la capacité  intellectuelle de ces élèves est équivalente aux autres et leurs facultés d’acquisition des connaissances sont similaires.

Les solutions passent par des adaptations tant matérielles que  comportementales. En effet, des outils très simples peuvent compenser les difficultés comme par exemple un ordinateur avec un clavier « Braille » pour un déficient visuel, la disponibilité d’une armoire à pharmacie pour stocker l’insuline d’un diabétique, instituer une discipline et des méthodes d’expression orale (élèves – professeurs) pour qu’un déficient auditif assimile en totalité les connaissances orales dispensées.

Il est évident que la mise en œuvre de ces dispositifs ne peut se faire qu’avec la coopération des familles, des enseignants, des partenaires éducatifs, chacun d’eux devant prendre en compte que la notion de « temps » (d’apprendre et de s’épanouir à son rythme) n’est pas la même pour tous pour atteindre l’objectif de la réussite de tous dans un milieu scolaire sous pression des programmes, des effectifs et des autres familles.

Il est encourageant de constater qu’en maternelle, par exemple, un sentiment d’empathie naturelle existe chez les enfants envers ceux qui sont en situation de handicap. Dans les classes supérieures, cela peut parfois faire naître des interrogations, car les élèves bénéficiant  d’aménagements spéciaux peuvent être perçus comme avantagés par rapports aux autres, comme quoi  un travail permanent doit être effectué pour ancrer dans les esprits la notion d’égalité.

Cette approche de l’accompagnement des élèves en situation de handicap révèle le besoin identique des élèves  en  difficulté scolaire « ordinaire » et l’obligation de l’école, de la société de s’adapter pour créer les conditions d’une réussite pour tous. Cette tâche est immense mais les solutions proposées au cours de cette table ronde ouvrent de réelles perspectives.

L’école : un océan de questions qui restent sur la table…

Les conférenciers furent ensuite interpellés par le public pour engager un échange d’idées sur les arguments et thèmes abordés précédemment. Il en résulte que les préoccupations relatives à l’école, au cours du temps, restent les mêmes :

– l’école doit-elle ne transmettre que des savoirs ou des valeurs ; émanciper ?

– l’orientation est-elle bien faite (stages, alternance) ?

– l’internat pourrait-il être une solution pour certains ?

– malgré de multiples réformes, la régression des performances est constatée. Pourquoi ?

– l’idéal ne serait-il pas une réponse individuelle adaptée à chaque élève, une utopie ?

La discussion se poursuivit un verre à la main pour clôturer cette soirée riche en contenu. Il semble évident, qu’à l’avenir, une autre conférence devrait être proposée pour éclairer notre vision sur l’école et son devenir.

C. M.

Débat sur l’école (partie 3) : la pédagogie Freinet…

2 avril 2017

Une des expériences en cours actuellement à La Ciotat, au collège Jean-Jaurès et au Lycée Auguste et Louis Lumière est intitulée CLEF (collège lycée expérimental Freinet). Michel Motré, ancien instituteur et ancien inspecteur d’académie, parle avec enthousiasme de cette expérience qui semble anachronique puisque l’école Freinet a été conçue pour le primaire et dans les années 1930 !

Michel Motré

Ce programme débuté en 2008, a été proposé d’abord par deux enseignants travaillant déjà en Pédagogie Freinet dans leurs classes afin de la mettre en place dans une équipe complète d’enseignants dans un premier temps de la 6ème à la terminale et désormais à partir de l’école primaire avec l’école du secteur Maltemps. Cela permet une cohérence pédagogique qui redonne toute sa valeur au travail, institue l’élève comme « auteur » de ses apprentissages et propose une réussite éducative fondée sur une approche globale de l’enfant.

La formation dispensée développe autant les savoirs conceptuels (notions, concepts, règles, normes et lois) que les « savoirs opératoires ». Dans cet esprit l’équipe enseignante s’attache tout particulièrement à l’expression (épanouissement), la vie coopérative, l’expérimentation, le travail individualisé pour favoriser des processus individuels dans le cadre d’une réussite sociale.

L’enseignement s’organise autour de cours disciplinaires en classe complète, de travail individualisé en groupes de niveaux mélangés (5 à 6 h par semaine), d’ateliers (3 h par semaine) et des d’autres moments de vie scolaire. La durée hebdomadaire de travail et le contenu des programmes sont identiques aux classes ne suivant pas cette expérience. Les parents sont associés à l’équipe pédagogique pour évaluer les travaux et la progression des élèves.

Les effets constatés sont probants sur les acquis des élèves qui ont plaisir à venir à l’école, où la sérénité règne dans les classes, une aisance orale est de mise et les élèves identifiés « décrocheurs »  sont de nouveau  en capacité de poursuivre des études dans les voies traditionnelles. De même les enseignants sont confortés par la reconnaissance de leur rôle de pédagogue.

La réussite aux examens, dans ces deux établissements et équivalent à celles des autres ne proposant pas cette méthode CLEF. Un signe ne trompe pas car les demandes d’inscription à ces établissements de La Ciotat ne peuvent être toutes satisfaites, des familles déménageant même de régions éloignées pour avoir la chance de profiter de ce programme !

C. M.

Débat sur l’école (partie 2) : les potentialités des TPE…

1 avril 2017

« On n’arrive plus à intéresser les élèves ! » entend-on chez les professeurs. « Les élèves s’ennuient » lit-on aussi parfois. Ces plaintes témoignent d’un certain découragement qu’un professionnel doit savoir dépasser. Dans cet objectif Jacques Tonnelle, ex professeur de mathématiques et formateur à l’IUFM, a exploré des pistes pour  repenser le rapport au savoir des élèves et le rôle des professeurs dans la manière d’attirer et captiver l’attention des élèves.

Jacques Tonnelle

Il n’hésite pas à redonner du sens au verbe « apprendre » qui, pour lui, au travers des TPE (Travaux Personnels Encadrés) permettent de découvrir ce qu’il appelle la raison d’être des « œuvres » sélectionnées dans les programmes. Pour lui une « œuvre » (savoir) est une création humaine nécessitant la mobilisation de connaissances diverses comme par exemple, une équation mathématique, le droit constitutionnel, une recette de cuisine, la génétique, etc. Cela peut dépasser le cadre purement scolaire d’une discipline figée, contrainte par des directives nationales (textes et instructions).

Quel est le  dispositif des TPE ? Actuellement les élèves en classe de Première doivent mener un projet « personnel encadré ». Des thèmes sont sélectionnés par les professeurs de la classe et les documentalistes sur la base d’une liste nationale, les élèves de la classe sont répartis en différents groupes autour des sujets choisis en accord avec les deux professeurs qui suivent leur recherche, à raison de deux heures par semaine.

C’est une question qui initialise un TPE, comme celle-ci : Comment la technologie  de GPS peut-elle s’avérer utile dans la gestion des catastrophes naturelles ? Les élèves travaillent en autonomie, par groupes et/ou individuellement. La constitution d’un dossier thématique atteste le travail de recherche documentaire. De plus chaque élève remplit un carnet de bord où est consignée la progression du travail individuel. La réalisation finale fait l’objet d’une communication orale face à un jury en fin d’année. Une note est portée au livret scolaire et sera prise en compte au baccalauréat.

L’objectif des TPE est de définir des situations problématiques motivantes de manière à stimuler l’action volontaire d’apprendre et, par la même, rompre avec la perte de saveur des savoirs qui font trop souvent l’objet d’une visite superficielle dans l’approche scolaire. Il s’agit de développer chez l’élève le goût pour l’enquête en organisant un parcours d’étude et de recherche qui permette de proposer une contribution à la question sélectionnée.

L’originalité de cette méthode – qu’on peut généraliser en l’adaptant – est de proposer des questions comme source de l’enseignement ! C’est alors la situation qui vient motiver l’action d’apprendre. D’où l’importance de la formulation d’un « sujet d’étude » sous forme de question. Le rôle des professeurs est primordial dans la gestion de la recherche. Il faut en effet montrer la pertinence des savoirs existants, mais aussi en mobiliser d’autres qui peuvent ne pas être inscrits dans les programmes.

On pourra ainsi parler du fonctionnement du GPS sans rentrer par exemple dans les nombreux aspects scientifiques et techniques qui pourraient entrer dans l’étude. Ces derniers seront alors utilisés comme boîtes noires, prises en compte certes, mais sans être travaillées. L’important est de faire apparaître, chemin faisant, les besoins de l’enquête, et d’en travailler quelques uns.

Le dispositif des TPE veut donc répondre à la nécessité de motiver les savoirs diffusés par l’école. Avant de céder la parole au nouvel intervenant, Jacques Tonnelle conclut par une citation de Gaston Bachelard : « C’est le travail qui est producteur d’un savoir, et pas le produit fini (la formule mathématique par exemple) .

C. M.

Débat sur l’école (partie 1) : un diagnostic déroutant…

31 mars 2017

Les adhérents du Cercle Progressiste Carnussien et le public portant un intérêt au sujet du rôle de l’école dans la mise en pratique de méthodes et initiatives permettant une amélioration de la transmission des savoirs ce sont retrouvés, Clos Blancheton, pour participer à une conférence sur l’école et la société. Un débat en forme de table ronde où quatre professionnels de l’éducation ont exposé, à tour de rôle, leur expérience et leur vision sur les méthodes et les pratiques pédagogiques pouvant réconcilier tous les acteurs de l’école : élèves, parents, enseignants et décideurs politiques. Le but de la soirée était de donner la parole au public pour échanger sur les thèmes abordés.

Michel Motré, président du CPC, présente les conférenciers et introduit la séance en rappelant que  l’objectif des communications est de lever les incompréhensions qui entourent le rôle de l’école, de ses acteurs dans notre société souvent en conflit avec celle-ci, tout en soulignant qu’il n’y avait pas de solutions  définitives mais  que des réponses existaient, des expériences tangibles probantes.

Les 4 conférenciers au Clos Blancheton, le 16 mars 2017

C’est Michel Neumayer, spécialiste de « l’éducation nouvelle » et formateur d’enseignants, qui prend la parole en premier pour dresser un tableau de la situation actuelle de l’école, diagnostiquer tel un examen clinique les conflits et tensions qui parcourent la société à son sujet.

Michel Neumayer

Il constate que l’école est à l’image de la société, c’est à dire inégalitaire ; les enfants de cadre et d’enseignants réussissent mieux que les autres, pourquoi ? « L’ascenseur social » qui profitait, au siècle dernier, aux classes défavorisées, ne fonctionne plus.

L’école est prise dans la double injonction d’éduquer, d’instruire et, dans le même temps, de trier les enfants par  une orientation précoce. La coupure « manuel » / « intellectuel » subsiste toujours avec un  mépris inavoué de l’enseignement professionnel.

L’école est tiraillée, à l’heure « d’internet », par le doute de ce qu’il faut transmettre et comment ? Le poids de l’enseignement « intemporel » persiste alors que les savoirs humains évoluent dans les sciences, la linguistique, et d’autres domaines.

A l’heure  de la globalisation planétaire et de ses enjeux, il est nécessaire d’aborder la transmission de nouveaux savoirs en évitant les conflits qui agitent l’école à propos de la laïcité en particulier ou d’autres sujets de clivages.

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles. Cela pose le problème de l’évaluation des connaissances qui sont sanctionnées par des notes perçues  comme « une punition » quand elles sont mauvaises et déclenchent, alors souvent un blocage de la motivation de l’élève qui subit  la conséquence d’une absence d’individualisation des méthodes alors qu’en matière d’apprentissage, l’hétérogénéité, bien encadrée, est un moyen de redonner le goût au travail scolaire et de créer une progression efficace des ses acquis.

Des expériences et innovations existent mais suffisent-elles ? Aujourd’hui, le contrat qui lie la société  et l’école est régi par le Politique, est-ce suffisant ? Quelle place fait-on aux parents dans l’école ? Comment en fait-on des partenaires du devenir scolaire de leur enfant ?

Il ne faut certes pas que l’école devienne un objet de consommation mais qu’une juste appréciation des moyens mis à sa disposition, une formation adaptée pour les enseignants, une administration centrale efficace puissent alors contribuer à la création d’une vision ambitieuse, confiante (non anxiogène) de l’école du futur, telle est la conclusion de Michel Neumayer à cet instant du débat.

C. M.

Rappel : l’école en débat à Carnoux !

15 mars 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 16 mars 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Elle prendra la forme d’une table-ronde animée par quatre intervenants, ayant tous une expérience éducative en milieu scolaire et qui proposeront des pistes de réflexion et d’action pour améliorer notre système éducatif qui fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.

Si le sujet vous interpelle, n’hésitez-pas à venir participer à ce débat citoyen sur le fonctionnement de notre système éducatif, plus que jamais au coeur des enjeux de notre société ! L’accès y est gratuit et sans restriction, en dehors du nombre de places limité qu’offre la salle mise à disposition par la commune.

Prochaine conférence : école et société, comment lever le malentendu ?

19 février 2017

L’école et l’éducation constituent à la fois un enjeu politique et un terrain de conflits qu’il faut aborder clairement sans s’abriter derrière des faux fuyants ou des présupposés non explicites. On peut y retrouver tous les choix qui dépendent de convictions philosophiques ou religieuses, d’idéologies (surtout lorsqu’elles prétendent ne pas en être), d’intérêts personnels ou de groupes, de situations sociales. Transformer des usagers en clients, par exemple, n’est pas anodin : pouvons-nous être sereinement des consommateurs d’école ?

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Nous sommes bien au cœur de la politique, entendue dans son sens de choix de vie sociale et de rapports entre individus et collectivités (ou de communautés ?). Choix pour lesquels, aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’une démocratie représentative (soumise aux aléas médiatiques et politiciens) influencée par des experts sans contrôle et des sondages sans lisibilité laissant cours à toute démagogie et à un « clanisme » constituant d’écuries présidentielles… Repenser l’École ne peut être le privilège d’aucun spécialiste !

dessinchatLe Cercle Progressiste Carnussien cherche à faire vivre les valeurs citoyennes et toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Pour cela les conférences du CPC sont devenues, au fil des ans, un lieu de rencontre permettant l’information et la participation au débat entre citoyens sur l’évolution des institutions qui permettent la vie en société. L’École, à travers ses différentes composantes (maternelle, primaire, secondaire, université) a été et demeure un enjeu majeur pour l’apprentissage de la vie collective, pour la transmission des savoirs, pour l’étude les grandes questions d’aujourd’hui et de celles qui sont devant nous…

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles, cela même si les critères généraux retenus ne sont pas pleinement pertinents. En effet, comment comparer la performance des élèves français à leurs condisciples coréens ou chinois quand on sait que ces derniers suivent aussi des cours  supplémentaires organisés après l’école !dessinfayot

Plusieurs sujets peuvent être mis en débat : L’école est-elle sélective ? Comment donner à tous l’envie d’apprendre ? Comment concevoir un enseignement qui favorise le fait d’apprendre et de réussir ensemble ? Comment avoir confiance dans l’école et dans sa capacité à faire réussir ? Pourquoi enregistre-t-on une augmentation sensible des demandes d’inscription dans l’enseignement privé ? Fait-on le choix d’une école pour les bons élèves ou d’une école pour tous ? Comment motiver les élèves pour l’école ? Comment construire une société d’avenir  pour tous les élèves ? Et la liste n’est pas exhaustive...

Cependant des voies d’avenir, des projets se dessinent pour améliorer l’efficacité de l’École. Certes les défis sont énormes, mais il y a des raisons d’espérer. Le thème retenu est ce point crucial autour duquel s’orienteront les échanges : École et Société, comment lever le malentendu ?

La conférence débutera sous forme d’une table ronde alimentée par quatre courtes interventions mettant en lumière des solutions ponctuelles qui surgissent dans l’école. Ces initiatives parfois ignorées ou marginalisées contredisent le fatalisme ambiant. Leur dévoilement permettra d’échapper aux lieux communs qui polluent le débat et fourniront des pistes à explorer pour l’avenir.

afficheconfecoleLes quatre intervenants, Laurent Mauneau (professeur des écoles spécialisé, enseignant référent pour la scolarisation des élèves handicapés), Michel Motré (instituteur puis professeur en zone d’éducation prioritaire et enfin inspecteur pédagogique régional en arts plastiques, ex-directeur de la délégation académique à la formation et à l’innovation pédagogique), Michel Neumayer (ex professeur en collège, puis formateur d’adultes, animateur du GFEN en Provence, le Groupe français pour l’éducation nouvelle, et membre du Lien international d’éducation nouvelle) et Jacques Tonnelle (ex professeur de mathématiques, formateur à l’IUFM et au DEA Didactique des mathématiques) exposeront des initiatives (expérimentations, innovations ou pratiques pédagogiques) probantes visant à éclairer le public avant que s’engage l’échange avec la salle.

L’École pourrait peut-être participer, par ses pratiques, (conseils, coopératives, élaboration des projets, productions d’élèves, apprentissage du débat…) de l’émergence d’une démocratie délibérative et participative? À condition que des zones de pouvoir (que peut-on décider dans la classe, dans l’école…?) soient instaurées et de ne pas sombrer dans la réunionnite aiguë. Resterait aussi à évaluer les réformes qui ont avorté ou ont été abandonnées. Peut être, aussi, à condition que se constitue une nouvelle association de chasseurs, défenseurs d’une écologie de la pensée : les chasseurs d’idées reçues…

dessinreformeNe pas oublier : vous êtes donc invités cordialement à cet échange ouvert à tous qui se tiendra jeudi 16 mars 2017 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, à partir de 18h30.

J. Tonnelle

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Faut-il remplir ou vider les prisons ?

3 octobre 2016

Chacun naturellement connaît la célèbre injonction de Victor Hugo : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Un programme généreux qui part du principe, maintes fois vérifié, qu’un individu instruit et socialement intégré a infiniment moins de raison de se livrer au crime ou à un délit qu’un être aux abois, livré à lui-même et condamné à voler pour survivre.

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Certes, l’instruction ne conduit pas automatiquement à la vertu et l’on ne compte pas le nombre d’escroqueries de haut vol, perpétrées par la classe dirigeante qui malgré ou grâce à sa parfaite connaissance des lois se livre aux pires turpitudes. En la matière, les exemples abondent, y compris parmi la classe politique, si souvent moraliste mais qui est parfois bien réticente à s’appliquer à elle-même les règles qu’elle impose aux autres. On ne reviendra pas ici sur le cas de ces élus toujours prompts à dénoncer le laxisme de la Justice et à exiger la plus extrême sévérité dans l’application des peines mais qui font tout pour échapper à ses griffes alors même qu’ils ont été pris la main dans le sac. Le cas de Nicolas Sarkozy, empêtré dans moult affaires judiciaires, est emblématique à cet égard, tout comme celui de son ami Patrick Balkany, mis quatre fois en examen, notamment pour fraude fiscale, et toujours député depuis bientôt 30 ans !

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Mais faut-il vraiment vider les prisons ? On pourrait penser qu’une société saine est une société dans laquelle les déviances sont rares et du coup les établissements carcéraux dépeuplés. Sauf que la classe politique joue la surenchère, partant du principe que son électorat, avide de sécurité, se sent davantage rassuré lorsque les prisons débordent.

Du coup, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1957, il y avait en France 20 000 détenus, soit environ 45 détenus pour 100 000 habitants. Ce chiffre est resté sous la barre des 50 000 jusqu’en 2001 mais n’a cessé d’augmenter depuis, au fur et à mesure que le thème de l’insécurité prenait de l’importance dans le débat public.

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Au 1er juillet 2016, les derniers chiffres communiqués par l’administration pénitentiaire font état d’un nombre record de 69 375 détenus effectivement incarcérés, soit plus de 105 détenus pour 100 000 habitants, presque autant qu’au sortir de la dernière guerre, alors que l’épuration battait son plein et que la moitié des détenus étaient emprisonnés pour cause de collaboration…

blog348_dessinbizForcément, avec de tels masses, les prisons sont pleines à craquer et les conditions de détention en France sont régulièrement dénoncées tant par les associations que par les instances européennes, et ceci malgré les programmes de construction et de réhabilitation des bâtiments pénitentiaires. Toujours selon les chiffres du Ministère, il existe actuellement en France 187 établissements pénitentiaires dont 86 maisons d’arrêt avec de l’ordre de 12 000 détenus en surnombre par rapport au nombre de places disponibles. Dans certains établissements, le taux de remplissage dépasse les 200 % ! Comment dans ces conditions éviter que les prisons ne deviennent des lieux de violence et de radicalisation pour certains, de véritables écoles du crime pour d’autres ?blog348_dessinyacine

Il a beaucoup été question ces derniers temps d’atteindre enfin l’objectif de limiter le nombre de détenus à un seul par cellule, un objectif louable inscrit dans la loi depuis 1875 tout de même, mais qu’il n’a jamais été possible de respecter. Le Premier ministre, Manuel Valls, a évoqué la nécessité de créer 10 000 nouvelles places de prison dans les 10 ans, ce qui représenterait un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros. Rappelons au passage que, avec près de 38 000 agents (dont les trois quart sont des personnels de surveillance), l’administration pénitentiaire dépense déjà 2,7 milliards d’euros chaque année, ce qui représente quasiment 40 % du budget total de la Justice.

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Comme à l’accoutumé, les ténors de la Droite pratiquent la surenchère et Nicolas Sarkozy se targue de vouloir créer 20 000 places de prisons supplémentaires s’il revient au pouvoir. Une perspective que dénoncent de manière unanime l’Observatoire international des prisons, le Syndicat de la magistrature et la Ligue des droits de l’Homme, qui évoquent une « fuite en avant carcérale » pas vraiment de nature à résoudre le problème de l’insécurité. Emprisonner tout ceux qui font peur à la société ou que l’on a du mal à insérer socialement ne constitue certainement pas une solution à long terme, même si cette tentation est largement mise en œuvre dans d’autres pays, États-Unis en tête.

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Pour éviter de remplir les prisons, certains ont imaginé d’autres méthodes encore plus radicales et l’on s’étonne presque que nos responsables politiques, dans leur tentative de se déborder mutuellement par la droite en cherchant à « terroriser les terroristes », n’en viennent pas à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes des milices armées et des escadrons de la mort qui ont fait leurs preuves dans plus d’une dictature sud-américaine dans les années 1970 et 1980.

Ils pourraient dans ce domaine prendre exemple sur le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, qui vient d’accéder à la tête de l’État en mai 2016, après avoir été maire pendant plus de 20 ans de la ville de Davao, sur l’île de Mindanao. Dans cette ville, ce sont plus de 1 400 personnes qui ont été assassinées en pleine rue, entre 1998 et 2015, par des escadrons de la mort circulant à moto. Pour la plupart, ces victimes d’une justice pour le moins expéditive étaient de jeunes délinquants, pickpocket ou revendeurs de drogue, mais avec bien entendu un lot de bavures, plusieurs adolescents ayant été tués par erreur. Chacun sait bien que la Justice est aveugle et il arrive parfois que son bras armé se trompe de cible…

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Le nouveau chef de l’État, ancien procureur de son état, s’est d’ailleurs vanté durant sa campagne électorale d’avoir ainsi fait exécuter sans le moindre jugement 1700 personnes. Et depuis qu’il est à la tête du pays, les statistiques de la police font état d’au moins 3 140 délinquants, violeurs et dealers présumés, qui ont été « éliminés » en quelques mois, au nom de la « guerre contre la drogue » lancée par le président populiste. Le président Duterte annonce d’ailleurs sans ambages la couleur, promettant l’exécution de « dizaines de milliers de criminels » pendant sa présidence, au risque de partir « à la retraite avec la réputation d’Idi Amin Dada », l’un des plus sanguinaires dictateurs africains dont le régime causa la mort de 300 000 personnes dans les années 1970.

Espérons que nos propres candidats aux prochaines élections présidentielles ne prennent pas exemple sur un tel modèle pour résoudre l’équilibre délicat entre répression sécuritaire et surpopulation carcérale… Car pour être honnête, il semble que le modèle se heurte à une limite : effrayés par cette vague massive d’exécutions arbitraires, des milliers de petits trafiquants philippins et consommateurs occasionnels de stupéfiants se sont rendues à la police à travers tout le pays afin de se mettre à l’abri, à tel point que le taux de remplissage des prisons est cinq fois supérieur à leur capacité d’accueil ! Est-ce vraiment le but recherché ?

L.V.  LutinVert1Small

Réforme de l’orthographe : faut-il vraiment s’alarmer ?

29 mars 2016

Les Français adorent les polémiques et celle qui concerne la mise en œuvre de la dernière évolution des règles orthographiques en est un bel exemple ! Souvenons-nous, c’était le 29 janvier 2016 que la mèche a été allumée, par l’intermédiaire d’un reportage de 2 mn 10 diffusé dans le journal télévisé de TF1. Il était expliqué qu’une nouvelle réforme de l’orthographe allait entrer en vigueur à la prochaine rentrée à l’occasion d’une refonte des manuels scolaires, réforme allant bien entendu dans le sens d’une simplification de certaines règles jugées obsolètes et inutilement compliquées. Il sera désormais licite d’écrire « porte-monnaie » sans trait d’union, de supprimer le « i » muet à « oignon », d’enlever l’accent circonflexe sur les mots « coût » ou « maîtresse », et même de remplacer par un f le ph de « nénuphar ».

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Forcément, une telle annonce s’est aussitôt traduite par une lever de bouclier de la part de tous les bien-pensants persuadés qu’une telle simplification n’était rien de moins que la signature d’une décadence inéluctable de notre pays et l’expression du laxisme abêtissant de la Gauche au pouvoir. Le frontiste Florian Philippot, parmi de nombreux autres politiciens s’est illustré dans l’hystérie collective qui s’en est suivie, déclamant à qui voulait l’entendre : « Face à l’infâme et bête réforme, devant laquelle quelques démagogues se pâment, parce que le français est notre âme, #Jesuiscirconflexe »…Blog289_DessinChat

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une telle volonté qui ne peut conduire qu’à une régression inédite de la pensée intellectuelle française et la ruine de notre belle civilisation. Les humoristes bien entendu se sont emparés du sujet et s’en sont donnés à coeur joie pour rajouter un peu d’huile sur le feu.

Blog289_DessinBaionette

Pourtant, si l’on veut bien sortir de ces anathèmes un peu excessifs, force est de constater que l’ampleur de cette évolution n’est pas si majeure que certains ont voulu le faire croire et qu’en tout état de cause le gouvernement actuel n’y est strictement pour rien ! Il n’est pas inutile en effet de préciser que cette modification, qui, contrairement à ce qu’affirment certains, n’a pas non plus le moindre lien avec le projet de réforme du collège mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale, date en fait de juin 1990 ! A l’époque, c’est Michel Rocard qui avait chargé le tout nouveau Conseil supérieur de la langue française de « formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français ». L’idée était à l’époque, comme le rappelle Pierre Breteau dans Le Monde, de « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr ».

Blog289_DessinInfameParticipaient alors à ce Conseil des personnalités comme Eric Orsenna, Bernard Pivot, Jean Daniel, Jean-Luc Godard ou encore l’académicien Maurice Druon qui n’est pas spécialement connu pour ses idées révolutionnaires… De fait, les recommandations issues de ces réflexions, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel le 6 décembre 1990, sont pour le moins mesurées puisqu’elles ne portent au final que sur environ 2400 mots (soit moins de 4 % du vocabulaire disponible en langue française) pour lesquels il est désormais admis deux orthographes, l’actuelle graphie restant d’usage.

Pas de quoi donc fouetter un chat avec cette nouvelle rectification orthographique qui n’est que la dernière en date d’une longue série puisque notre langue ne cesse d’évoluer au fil du temps. L’accent circonflexe constitue bel et bien l’un des points concernés mais il n’est pas question, loin s’en faut, de faire disparaître cet appendice bien que d’usage relativement récent puisqu’il n’est apparu dans la langue française qu’en 1740 comme le rappelle Laurent Nunez dans Marianne.

Blog289_DessinChomageCe fameux accent circonflexe qui cristallise toutes les protestations ne sera en réalité plus obligatoire uniquement sur les lettres i et u (le chômage n’en sera donc pas allégé pour autant, malgré certaines affirmations prématurées…) et encore seulement lorsqu’il ne marque pas une terminaison verbale ou permet une distinction de sens (entre « mur » et « mûr » par exemple, mais aussi entre « jeune » et « jeûne »), ainsi que le détaille Juliette Laborde dans Libération. Les académiciens ont donc parfaitement fait la distinction entre l’accent circonflexe témoin d’une graphie ancienne (dans le mot « hôpital » par exemple) et son homologue ajouté au fil du temps sans véritable justification (comme dans « piqûre » ou « chaîne »).

Quelques mots pourront aussi être simplifiés en particulier pour supprimer certaines aberrations qui exigent actuellement de mettre deux f à « souffler » et un seul à « boursoufler », alors que ces mots sont manifestement de la même famille. Quelques accents incongrus pourront également être assouplis et on pourra désormais écrire indifféremment « sècheresse » ou « sécheresse », ce qui ne devrait pas constituer une révolution majeure, de même qu’il sera dorénavant toléré d’écrire « ils se sont laissé faire » sans accorder au pluriel le passé composé…Blog289_DessinJeune

On se demande bien en fait pourquoi cette réforme qui est donc en vigueur depuis maintenant plus de 25 ans sans avoir fait beaucoup de vagues jusqu’à présent, a déclenché un tel tollé à l’occasion de ce brusque coup de projecteur de la part de certains médias ! En réalité, l’évolution ne vient pas de l’Éducation nationale puisque les programmes officiels intègrent déjà cette réforme au moins depuis 2008, mais bel et bien des éditeurs de manuels scolaires. En bons commerçants, ces derniers poussent en effet à la roue pour que les programmes évoluent rapidement afin de pouvoir refourguer à nos chères têtes blondes de nouveaux manuels sans cesse revisités et remaniés, gage de profits toujours renouvelés grâce à un fabuleux marché captif. Ce sont donc eux qui ont brusquement décidé d’éditer de nouveaux manuels pour la prochaine rentrée scolaire prenant en compte cette nouvelle évolution orthographique, et qui l’ont fait bruyamment savoir à la France entière… Encore un mauvais coup de la notion d’obsolescence programmée qui guide les lois du marketing en vigueur dans notre société de consommation !

L.V.  LutinVertPetit

Philippe Meirieu : constats amers d’un pédagogue engagé…

20 octobre 2015
Philippe Meirieu

Philippe Meirieu

Philippe Meirieu fait partie de ces experts de l’Éducation Nationale que le monde entier nous envie, toujours sur la brèche pour donner son point de vue dans tous les médias à chaque fois que resurgit un débat sur les soubresauts de notre système d’enseignement. Omniprésent à la télévision, auteur d’innombrables ouvrages sur le sujet, présent à tous les colloques et signataire d’une multitude d’articles, sa biographie est tout bonnement époustouflante.

Dans le dernier article en date sur son bloc-note, un entretien daté du 31 août 2015, il décortique même en détail les thèses développées par Alain Juppé dans son récent livre consacré à l’école, tout en reconnaissant de pas l’avoir encore lu, ce qui ne l’empêche pas de disserter longuement et avec brio sur son supposé contenu : c’est dire la maestria du personnage !

Chercheur en pédagogie et professeur émérite des université en sciences de l’éducation, c’est à ce titre qu’il a été longuement auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le service public de l’éducation, les repères républicains et les difficultés des enseignants. Le détail de cette audition, datée du 16 avril dernier, est également accessible sur son site et est particulièrement éloquent.

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D’abord instituteur puis professeur de philosophie et de français en lycée professionnel avant d’enseigner les sciences pédagogiques à l’université, son parcours lui a incontestablement permis de porter un regard expert sur l’évolution du comportement des élèves, et son constat est sans appel : « L’École est en crise (…). Il faut aujourd’hui refaire l’ École pour pouvoir faire la classe. Chaque fois qu’un enseignant arrive dans sa classe, les codes scolaires et les principes qui régissent l’École sont à réaffirmer et à reconstruire. En réalité, je crois que les enseignants vivent aujourd’hui dans la difficulté, voire dans la dépression. Ils ont le sentiment d’être davantage contrôlés que soutenus par leur hiérarchie. » .

Blog239_Dessin4Selon lui, et ce constat est manifestement partagé par un grand nombre de professionnels de l’enseignement, la difficulté principale vient du hiatus entre les valeurs prônées par lÉcole républicaine et celles dans lesquelles baigne chaque élève au sein d’une société où l’on met en avant l’individualisme, la recherche du profit immédiat et la satisfaction des besoins consuméristes. « L’École se veut un lieu de pensée, de réflexion et de temps long, alors que la société promeut l’immédiateté et la satisfaction sans délai de la pulsion. (…) L’École promeut le respect de la compétence quand beaucoup de médias font triompher la dérision. Elle valorise la parole tenue alors que les élèves font l’expérience au quotidien de la désinvolture généralisée. Elle se veut le lieu de la culture désintéressée alors que, partout, règne l’utilitarisme immédiat. ».

Philippe Meirieu résume ce hiatus en une jolie formule qu’il met dans la bouche de ses élèves :  « Pourquoi se prendre la tête dans une société qui nous invite systématiquement à prendre notre pied ? ».

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Un entretien entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet, daté de 2011 et publié dans Le Monde, détaille de manière assez saisissante le malaise des enseignants confrontés à cet état d’esprit. Le philosophe Marcel Gauchet y fait le constat suivant : « Nous sommes en proie à une erreur de diagnostic : on demande à l’école de résoudre par des moyens pédagogiques des problèmes civilisationnels résultant du mouvement même de nos sociétés, et on s’étonne qu’elle n’y parvienne pas… ». Les rapports entre la famille et l’école ont fortement évolué, de même que le rapport au savoir et à l’autorité, ce qui modifie complètement la place de l’enseignement.

Ce que Philippe Meirieu illustre ainsi : « Dans l’ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une « pédagogie de garçon de café », courant de l’un à l’autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail. Il est vampirisé par une demande permanente d’interlocution individuée. Il s’épuise à faire baisser la tension pour obtenir l’attention. Dans le monde du zapping et de la communication « en temps réel », avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de « faire l’école ». ».

Blog239_Dessin5On sent le vécu dans ce témoignage, et nul doute que bien des enseignants se reconnaîtront dans cette description…

L.V. LutinVertPetit

Jean Tirole, un prix Nobel qui fait des gâches…

25 juillet 2015
Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Chacun a encore en tête les paroles fortes de Jean Tirole, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2014, affirmant alors à Paris Match : « les scientifiques ne font pas leur métier pour de l’argent ». Tant de désintéressement de la part d’un économiste aussi distingué et mondialement reconnu, fleuron du système universitaire à la française, faut chaud au cœur !

En lui attribuant en octobre 2014 le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », désigné habituellement sous le terme de Prix Nobel d’économie, l‘Académie royale des sciences de Suède avait souligné que ses travaux sur le pouvoir du marché et de la réglementation faisaient de l’économiste français « l’un des économistes les plus influents de notre temps ». Une belle reconnaissance donc pour ce polytechnicien français de 63 ans, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, et titulaire d’un doctorat obtenu au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sous la direction d’Eric Maskin, un autre prix Nobel d’économie...

Plutôt d’inspiration libérale, cet économiste a pourtant été distingué pour ses recherches sur le rôle des oligopoles et la nécessité de les contrôler davantage. Entre la situation classique de monopole et celle du marché parfait où règle la « concurrence libre et non faussée » si chère à nos dirigeants européens, on constate en effet de plus en plus une concentration des activités entre un tout petit nombre d’acteurs qui s’entendent comme larrons en foire au détriment du consommateur citoyen.

Jean Tirole recevant le prix Nobel d'économie

Jean Tirole recevant le prix Nobel d’économie

Les travaux menés par Jean Tirole dans les années 1980-90 se sont notamment intéressés aux contrats passés avec le secteur privé lorsque les États ont ouvert aux acteurs privés certains de leurs monopoles publics tels que les chemins de fer, les autoroutes, l’eau, la poste ou les télécommunications, voire les services d’éducation et de santé. Il lui est ainsi apparu que les autorités chargées de la régulation et du contrôle de ces contrats avaient énormément de mal à jouer un véritable rôle, souvent faute d’informations précises sur la réalité de ces marchés, et que les risques de collusion étaient avérés. Une position qui appelle donc clairement à davantage de régulation des acteurs économiques privés par le pouvoir collectif et à un renforcement de ce dernier.

Il a beaucoup écrit également sur la crise financière depuis 2008 et sur la nécessité de mieux réguler les excès de la finance internationale et du système bancaire. Il ne fait pas non plus mystère de son appréhension face au changement climatique global qui lui apparaît comme une menace majeure face à laquelle nos responsables politiques font preuve d’une désinvolture coupable. Il a ainsi cosigné en juin dernier avec une quarantaine d’économistes un « appel pour un accord climatique ambitieux et crédible » lors du sommet de Paris de décembre 2015, dans lequel est préconisée notamment la mise en place d’une tarification mondiale du carbone.

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l'honneur de JeanTirole

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l’honneur de JeanTirole

Jean Tirole s’est aussi exprimé à plusieurs reprises en faveur d’une fusion des trop nombreux contrats de travail (il existerait actuellement 15 sortes de CDD différents!) pour simplifier le paysage et tenter d’inciter les entreprises françaises à embaucher davantage. Préoccupé par la grande difficulté des jeunes à s’insérer dans le monde du travail, il préconise un contrat de travail unique qui permet aux salariés d’acquérir progressivement des droits supplémentaires en fonction de leur ancienneté et a proposé en 2003 d’instaurer une taxe sur les licenciements afin de responsabiliser davantage les entreprises quant à leur rôle social.

Certains lui reprochent de faire preuve d’un libéralisme excessif en se montrant globalement favorable à une privatisation des services publics sous couvert d’une régulation adaptée, mais il se montre très prudent quant à ses idées politiques qu’il refuse d’afficher ouvertement, se réfugiant derrière le masque du scientifique objectif qui travail sans idéologie ni préjugé. Et pourtant, cet « honnête homme » qui se veut aussi mesuré qu’indépendant, ne semble pas aussi désintéressé qu’il voudrait le faire croire…

Blog210_PhTSECelui que ses pairs qualifient, selon Le Monde, d’ « entrepreneur en recherche » a fondé, en 2007, la Toulouse School of Economics, un nom ronflant, de nature à heurter certaines oreilles occitanes délicates mais qui affiche sans complexe son ambition internationale d’inspiration américaine. Outre le patronyme, cet établissement, qui a absorbé en 2011 la faculté de sciences économiques de Toulouse, présente en effet une particularité très spécifique dans le paysage universitaire français.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une fondation de droit privé regroupant des établissements publics, dont les membres fondateurs sont l’Université Toulouse 1 Capitole, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le CNRS et l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), mais dont une bonne partie des financements est apportée par des entreprises privées. Ce statut très particulier lui permet en tout cas de déroger aux règles traditionnelles de la gestion publique des universités et centres de recherche. On se doute qu’une telle création n’a pu que susciter des polémiques dans les milieux universitaires quant à son statut dérogatoire, à son mode de financement et aux critères de sélection appliqués pour son recrutement. D’ailleurs, 50 % des étudiants et 30 % des enseignants viennent de l’étranger, ce qui n’a rien d’étonnant dans un établissement où les cours sont prodigués en anglais.

Mais on apprend de surcroît, via une enquête publiée dans Marianne le 2 juillet 2015 par le journaliste Frédéric Dessort, que notre prix Nobel d’économie national, est aussi un homme d’affaire avisé qui n’hésite pas à faire des gâches pour arrondir ses fins de mois de fonctionnaire d’État. Selon ces investigations, Jean Tirole a en effet créé avec son épouse en 1994 une société civile intitulée Tirole Economie dont le seul objet semble être de percevoir les rémunérations complémentaires qu’il reçoit en dehors de ses activités. Les montants en cause ne sont pas totalement négligeables puisqu’ils ont permis au couple Tirole de se verser 319 000 € de dividendes sur la seule période 2005-2010…

 (AP Photo/Fred Scheiber)

(AP Photo/Fred Scheiber)

En réalité, cette société civile sert principalement à facturer les services rendus par notre grand économiste via l’Institut d’économie industrielle (Idei) dont il est directeur scientifique depuis 1992. Cette structure associative, à la fois centre de recherche et cabinet de conseil, fait l’interface entre les grandes entreprises privées et trois laboratoires publics toulousains dont le GREMAQ auquel est rattaché Jean Tirole. Les contrats passés avec certaines multinationales via cette association sont ainsi facturés par les chercheurs via leur propre société civile dont ils sont généralement actionnaire principal, laissant la gérance à un homme de paille (en l’occurrence ici la propre fille de Jean Tirole).

Rappelons au passage que la loi Le Pors qui régit la fonction publique encadre très précisément le cumul d’activité et prescrit notamment que « […] les agents de l’État […] doivent consacrer l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées dans l’administration qui les emploie ». Un principe logique qui oblige en principe un fonctionnaire à se concentrer sur les fonctions pour lesquelles il est payé… Le fait de cumuler cette responsabilité de directeur scientifique de l’Idei avec ses autres fonctions ne semble pas tout à fait entrer dans le cadre légal car cette structure associative dont le budget atteignait 3,5 M€ en 2011 n’a rien d’une « association de quartier » ou « à caractère social et philanthropique » pour laquelle la loi accepte de faire exception…

Le journaliste de Marianne s’interroge d’ailleurs sur le caractère licite de telles activités lucratives parallèles qui pourraient relever de la prise illégale d’intérêt. Une infraction que le Code pénal définit par « le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement » et qui est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €.

Espérons que notre brillant économiste national, président de la Toulouse School of Economics, professeur invité au MIT, directeur d’études à l’EHESS, membre de l’Académie des sciences morales et politique ainsi que du Conseil d’analyse économique, apprenne à résister aux sirènes de l’enrichissement personnel et se recentre à l’avenir sur les responsabilités qui lui ont été confiées et qui devraient largement l’occuper à temps complet !

L.V. LutinVertPetit

Jean Zay, ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-arts à 32 ans !

3 juin 2015

Au moment où la dépouille de Jean Zay fait son entrée au Panthéon, il paraît utile de rappeler ce que fut son engagement au sein de l’Éducation nationale et son action pour une école plus démocratique.

Blog189_PhFilmPour ce faire, nous nous réfèrerons à plusieurs sources, dont le portrait dressé par les historiens Antoine Prost et Pascal Ory, intitulé Jean Zay, Le ministre assassiné, publié en co-édition par Taillandier et le réseau CANOPÉ (ex-CNDP).

Né en 1904 à Orléans, d’un père journaliste et d’une mère institutrice, Jean Zay avait commencé une brillante carrière d’avocat avant d’être élu député en 1932, à 28 ans. Il fut l’un des artisans du ralliement du Parti radical-socialiste au Front populaire. Léon Blum lui confia le ministère de l’Éducation nationale ; il n’avait pas encore 32 ans. Il y réussit si bien qu’il fut reconduit dans cette fonction jusqu’à sa démission, à la déclaration de guerre.

Quelles initiatives devons-nous à Jean Zay ?

Hors de l’Éducation nationale, nous lui devons la création du CNRS. Comme ministre chargé aussi des Beaux-Arts, ce qui correspond aujourd’hui au domaine de la Culture, il créa la réunion des théâtres nationaux, le musée des arts et traditions populaires et le festival cinématographique de Cannes dont la première édition, prévue en septembre 1939, ne put se tenir à cause de la situation de guerre.

Mais c’est surtout le ministère de l’Éducation nationale qu’il a réformé. Il l’a doté d’un véritable projet démocratique et républicain en prolongeant la durée de la scolarité obligatoire et en promouvant la mobilisation des enseignants, l’expérimentation, donc en faisant appel à la base des maîtres, avant d’encadrer et de réglementer. Nous pourrions parler de démocratie participative !

La prolongation de la scolarité est décidée par une loi du 9 août 1936, qui porte, dès la rentrée, l’obligation scolaire de 13 à 14 ans. Au lieu de définir aussitôt par circulaire le contenu et les programmes de cette année de fin d’études primaires, Jean Zay laisse « toute liberté d’initiative » aux instituteurs. Il se contente de leur fixer la triple mission d’assurer dans ces classes un complément d’instruction, une initiation à la culture et une orientation professionnelle. Les programmes viendront plus tard. Il agit de même pour introduire trois heures d’éducation physique dans le primaire : il lance une expérimentation dans trois départements, puis dans vingt-neuf. Les activités dirigées, les classes promenades, l’étude du milieu par l’observation active sont développés de la même façon, avant d’être intégrées à de nouvelles instructions officielles en septembre 1938. (Extrait du texte de présentation de la conférence sur Jean Zay organisée par le CNRS qui s’est tenue le 11 février 2015 à Orléans).

La démocratisation a d’abord consisté à remettre à plat la structure de classe de l’enseignement français. Il y avait à l’époque deux filières cloisonnées, le primaire pour les milieux populaires, le secondaire pour les classes privilégiées (du petit lycée – CP-3ème – au lycée 2nde-terminale). Le projet consistait à unifier l’enseignement élémentaire, pour créer un premier degré, et à organiser un second degré diversifié, incluant les anciennes classes primaires supérieures. Le remplacement des anciennes désignations primaire et secondaire par les nouvelles, premier et second degrés, est le signe d’un changement de structure.

Ensuite, avec lui, le sport et la culture entrent à l’école.

Enfin, il a aussi jeté les bases d’un réseau de centres d’orientation, en rendant obligatoire la consultation d’un centre avant tout contrat d’apprentissage.

 Jean Zay dans son bureau (Archives nationales)

Jean Zay dans son bureau (Archives nationales)

Jean ZAY s’inscrit pleinement dans la tradition républicaine. Il est dans la continuité de Jules Ferry qui, loin de limiter l’enseignement primaire au lire, écrire et compter, voulait en faire un enseignement largement ouvert à la culture. Il s’inscrit dans une tradition pédagogique qui, en s’appuyant sur l’activité et le travail des élèves, et qui ne confond pas faire classe et faire cours. Célestin Freinet lui décerne un compliment rare : « Si nous avions, dans l’histoire de l’évolution scolaire française, quelques lustres aussi riches en innovations hardies que les deux dernières années, il y aurait bientôt quelque chose de changé dans l’éducation française. »

L’école, pour ce ministre, ne se bornait pas à instruire. Ainsi, les instructions de 1938 se terminent par cet objectif concernent les élèves : [l’éducation devrait développer ] « les dons de corps, de cœur et d’esprit qui font les travailleurs, les citoyens, les hommes véritables ».

Jean Zay fut attaqué, notamment par l’extrême-droite violente qui n’acceptait pas qu’un «juif» (converti au protestantisme) puisse avoir des responsabilités nationales. On a reproché par exemple à Jean Zay d’être le ministre « de la récréation» parce qu’il attachait de l’importance aux activités de plein air, au développement de «loisirs dirigés». Pédagogiste innovant, ses Instructions officielles en 1938 prônaient un enseignement «moins formel et plus proche de la vie.»

Jean Zay a aussi voulu développer la formation des enseignants, notamment sur le plan des méthodes pédagogiques.

Les positions de Jean Zay sont toujours d’actualité à un moment où l’École tente de se réformer pour mieux répondre aux enjeux démocratiques de notre société, dont le premier, faire réussir tous les élèves.

Puisse son message être entendu.

Regrettons enfin qu’aucun collège ou lycée de notre Région ne porte son nom !

Michel Motré

Inspecteur d’Académie

Inspecteur Pédagogique Régional honoraire

Changement climatique : les lycéens précurseurs

9 mai 2015
Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Le défi du changement climatique prend de l’ampleur. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » reconnaissait déjà Jacques Chirac lors du sommet de la Terre à Johannesburg. C’était en 2002 et depuis la situation n’a fait que s’aggraver.

Un récent rapport publié en mars 2015 par le ministère de l’écologie et intitulé « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises » met notamment l’accent sur un des aspects du dossier, à savoir l’inexorable montée du niveau des océans. Quasiment stable avec un taux moyen d’élévation de 0,5 mm/an au cours des 3 derniers millénaires, cette élévation atteint désormais 3,2 mm/an depuis 1993, sous l’effet combiné de la dilatation thermique de l’eau et de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. La différence paraît minime mais cela pourrait néanmoins se traduire par une augmentation du niveau de la mer de l’ordre de 80 cm d’ici 2100, ce qui est loin d’être anodin pour certaines zones littorales fortement peuplées. De fortes disparités régionales sont constatées mais l’impact de cette élévation du niveau moyen des mers se traduit par un risque accru de submersion marine et d’érosion côtière. Les conséquences de ce phénomène peuvent être assez lourdes comme le montrent le bilan de la tempête Xynthia en 2010 (avec une cinquantaine de décès à déplorer) ou l’ampleur du recul du trait de côte qui a atteint une vingtaine de mètres sur plusieurs sites en Aquitaine lors des seules tempêtes de l’hiver 2013-14 par exemple.

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Et bien entendu, les variations du niveau des mers ne sont que l’une des multiples manifestions de ce changement climatique global qui est maintenant observé depuis plusieurs années. Les scientifiques ont largement alerté sur le sujet mais il reste maintenant à en tirer les conséquences pour tenter d’en limiter autant que possible les effets et s’y adapter au mieux. C’est là le rôle des décideurs politiques et c’est manifestement le maillon le plus faible de la chaîne car celui qui a le plus de mal à raisonner au delà du court-terme !

Blog172_PhLogoCOP21Après une série d’occasions ratées de parvenir à des accords globaux sur le sujet, vital pour notre survie à long terme, le prochain sommet mondial qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année est présenté par certains comme celui de la dernière chance. Cette 21ème Conférence des parties de la convention-cadre des Nations-Unies sur le climat, COP 21 de son petit nom, s’est en effet donné pour objectif (très ambitieux…) d’adopter le premier accord universel contraignant en vue de contenir en deçà de 2 °C l’augmentation moyenne des températures.

La France, pays hôte de ce prochain sommet, est sensée montrer l’exemple avec l’adoption de la loi de transition énergétique qui fixe comme objectif de réduire d’ici 2030 de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre et de 30 % sa consommation d’énergie fossile, tout en augmentant à 32 % sa part d’énergies renouvelables. Et pour faire bonne mesure, la France s’engage aussi à réduire d’ici 2050 de 50 % sa consommation totale d’énergie et de réduire de 75 % (par rapport à 1990) ses émissions de gaz à effet de serre.

Nul ne sait encore ce qu’il ressortira de ce prochain sommet des Nations-Unies à Paris mais une répétition générale de cet événement vient d’avoir lieu, le 6 mai 2015 au Bourget, jouée par des lycéens issus de 14 établissements d’Ile de France qui viennent de tenir leur propre COP 21. Cette simulation en vraie grandeur a été coorganisée par la DRIEE, une direction régionale des services de l’État rattachée au ministère de l’écologie, et par l’Éducation nationale, avec le soutien de la région Île-de-France.

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 - photo ©P. Devernay

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 – photo ©P. Devernay

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

L’affaire a été préparée durant toute l’année scolaire dans chacun des lycées qui participent à l’évènement et qui se sont familiarisés peu à peu avec les réalités du réchauffement climatique, les enjeux en cause et surtout les stratégies en présence. Chaque lycée représente la délégation d’un pays et a donc préparé avec soin ses arguments en tenant compte de la réalité socio-économique et politique du pays en question, afin d’être en mesure de défendre sa position lors du jour J. Accompagnés de leurs professeurs, certains sont allés jusqu’à rencontrer les conseillers diplomatiques dans les ambassades pour peaufiner leurs arguments !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Cet intense travail de préparation portait aussi naturellement sur la capacité à s’exprimer en public, avec aisance et conviction, dans un cadre qui, sans être celui où se tiendra la véritable conférence des Nations-Unis, n’en est pas moins intimidant, en présence des ministres Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem. Le résultat est assez bluffant et les ministres elles-mêmes se sont dites impressionnées par la qualité des débats et des argumentaires comme on peut le constater sur la vidéo diffusée sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

Cop21-Logo-1ACertes, le résultat de ces « négociations » n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions affichées puisqu’il débouche sur un accord en vue de réduire à seulement 2,8 °C le réchauffement global d’ici 2030 (ce qui est en deçà des ambitions affichées à ce jour) et à 1 m l’élévation du niveau des mers. Mais ce résultat n’en est pas moins réaliste si l’on considère, comme l’ont fait les lycéens, les positions intransigeantes de certains États. Ainsi le Canada qui exclut obstinément toute réduction de ses émissions de gaz à effets de serre liées à l’exploitation des schistes bitumineux, ou la Chine qui refuse catégoriquement toute contrainte environnementale qui réduirait sa croissance économique, ou encore l’Arabie Saoudite qui conditionne sa participation à un éventuel Fonds Vert à un juste retour financier en sa faveur…

Bref, les positions des uns et des autres étant ce qu’elles sont, cette répétition générale ne fait que confirmer à quel point il sera difficile d’obtenir fin 2015 un accord à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes collectivement confrontés…

L . V . PetitLutinVert

Sécurité routière : aux grands maux, les grands mots…

9 mars 2015
Photo Darius F. - Le Bien Public

Photo Darius F. – Le Bien Public

A Bretenière, petit village de 781 habitants situé en Côte d’Or, à une quinzaine de kilomètres au sud de Dijon, le maire en avait assez de voir ses administrés traverser à toute vitesse le bourg qui s’étend de part et d’autre d’une belle ligne droite. La vitesse est pourtant limitée à 30 km/h devant l’école, mais la tentation était trop grande d’appuyer un peu sur le champignon. Tout a été essayé pour tenter de limiter la vitesse des automobilistes : ralentisseurs, mini ronds-points, priorités à droite… Mais peine perdue !

Du coup, le nouveau maire élu en 2014, Hervé Bruyère, a convaincu le conseil municipal de faire apposer le long de la route un panneau au contenu pour le moins décalé : « Il reste encore des enfants à écraser : vous pouvez accélérer »… Posé en octobre 2014, le panneau pousse-au-crime, à prendre au second degré bien évidemment, fait jaser depuis que l’information a été diffusée dans le journal local Le Bien Public.

Le panneau de Bretenière - photo Le Bien Public

Le panneau de Bretenière – photo Le Bien Public

C’est d’ailleurs bien l’objectif du maire qui peut donc se réjouir d’avoir parfaitement atteint sa cible même s’il doit bien reconnaître que la plupart des automobilistes n’ont pas vraiment levé le pied pour autant… « On a cherché un slogan choc » reconnaît-il, estimant que ce panneau avait malgré tout permis de faire prendre conscience du risque à certains de ses administrés, davantage en tout cas que la signalétique classique « Attention à nos enfants » qui trônait depuis des années devant l’école et à laquelle plus personne ne prêtait plus la moindre attention…

Certes, le message est sans doute un peu excessif, d’autant qu’il n’y a jamais eu d’accident mortel dans la grande rue de Bretenière, mais en la matière la prévention est toujours préférable et on ne peut que saluer l’esprit d’à-propos de cet élu et son sens de la communication… On pourrait peut-être s’en inspirer à Carnoux en apposant par exemple devant les passages piétons du centre-ville le message suivant à l’attention des automobilistes locaux, toujours un peu joueurs : « Attendez qu’un piéton s’engage sur la chaussée avant d’accélérer, c’est beaucoup plus drôle »…

L.V. PetitLutinVert

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (deuxième partie)

19 octobre 2014

Blog109_Ph3Comme nous l’avons évoqué dans le précédent article, l’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits académiques (langue, mathématiques, histoire et sciences naturelles) et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées1 ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Qu’entend-t-on par projet ?

Les projets constituent des activités à visées éducatives, sportives et culturelles. Intégrés au projet de formation de l’école, ils sont pour partie financés par la dotation municipale (ou du district) et pour le complément par les parents et les communautés. Précisons que le terme « communauté » recouvre des acceptions variables : le quartier, un groupe de bienfaiteurs, des associations ou des professionnels (entreprises : des compagnies informatiques de la Silicon Valley sont partenaires de plusieurs écoles du secteur).

Le jardin des sens

Le jardin des sens

Ainsi, dans une école de Californie du district de San José qui dispose d’un jardin pédagogique, ce sont les parents qui se chargent, avec l’aide rare des services municipaux, des plantations et de l’entretien de cet espace. Outre l’investissement en temps des parents, les dépenses occasionnées pour des achats de matériels (fongibles) et, s’agissant du jardin, de plantes sont déductibles des taxes (impôts) payées par le foyer.

Pour d’autres types de projets éducatifs, financés par des communautés, les enfants sont les premiers acteurs. Plusieurs formes de mobilisation existent :

  • – Marcher selon un circuit situé dans l’espace de jeu de l’école puis comptabiliser le nombre de tours réalisés, chaque tour permettant de lever des fonds auprès des donateurs. Ce Walk-a-thon (en référence au Téléthon) permet de financer des visites et des sorties culturelles.

  • – Solliciter les amis ou les voisins afin qu’ils fassent un don (toujours déductible des impôts) pour la mise en place d’un projet. Cela rappelle aux plus anciens des actions caritatives qui prenaient la forme de vente de timbres destinés à financer les pupilles de l’école publique ou de quêtes à l’occasion d’évènements tragiques (aide pour les enfants de Madagascar par exemple).

Enfin, il est fréquent que les parents soient sollicités pour conduire des activités culturelles. Ainsi, récemment, ai-je pu connaître cette expérience avec une classe de 1st grade à l’occasion d’un projet en arts plastiques. Informée par les parents d’une élève de mes compétences dans cette discipline, l’enseignante a souhaité que je conduise plusieurs séances d’enseignement. Je n’ai pas eu à justifier de mon parcours professionnel. J’ai simplement pris soin d’informer la maîtresse des objectifs d’apprentissage visés. Elle a ensuite exploité, dans le cadre de son programme les résultats de ce travail.

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Pour d’autres projets conduits en partenariat avec des associations, les parents volontaires peuvent être investis, au-delà de l’accompagnement de visites comme cela se pratique en France, cela afin de renforcer l’intégration des parents dans l’École.

Que retenir de cela ?

Le système éducatif aux USA est décentralisé. Cette organisation confère aux états des marges d’initiative et de responsabilité, notamment financières, qui se traduisent dans les faits par une disparité des horaires d’enseignement, et donc des salaires des maîtres, des programmes et des supports pédagogiques. Les dates des congés sont aussi déterminées par les états. Si le principe d’un accès à l’éducation est garanti, les contenus comme les modalités d’enseignement varient d’un état à l’autre, voire au sein d’un même état, d’un district à l’autre. La valeur des formations dans l’enseignement public dépend des priorités fixées par chacun des états.

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L’enseignement scolaire public aux USA est organisé sur le rythme d’une semaine de cinq jours, avec un allègement le mercredi après-midi. L’horaire se répartit, selon les écoles, sur des tranches horaires allant généralement de 8H15 à 14H45 dans le public ou de 8H30 à 15h30 dans le privé. Le nombre d’enfants par classe est aussi décidé au niveau du district : moins de 25 élèves par classe dans le public et jusqu’à 40 dans le privé. Le choix fédéral de créer des conditions favorables à l’apprentissage a pour conséquence de contraindre les parents à prendre en charge l’enfant dès la fin de la classe ou bien de l’inscrire à une garderie payante et chère.

La France, animée du souci d’offrir à tous les enfants, sans discrimination, un cadre propice à l’Éducation, a choisi une organisation différente du temps scolaire afin qu’il favorise les apprentissages et pour cela a décidé de la mise en place d’activités éducatives complémentaires dans les écoles. De plus, ces dernières sont prises en charge par l’Etat et les collectivités territoriales afin de ne pas alourdir les charges des familles, là encore pour éviter toute sélection par l’argent.

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d'école aux USA

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d’école aux USA

L’enseignement primaire aux USA est centré sur les apprentissages dans les domaines académiques. Les autres enseignements sont organisés, en fonction des écoles, selon des projets qui se distribuent sur plusieurs périodes durant l’année. Par exemple, le projet annuel arts d’une école sera composé de cinq temps répartis sur l’année. Pour ce faire, il est régulièrement fait appel à des partenariats.

Cela soulève deux questions. La première, qui est évoquée (discrètement) dans les projets pour l‘Éducation par les partis politiques conservateurs français, est relative au recentrage de l’enseignement sur les disciplines dites fondamentales. Cela aurait pour conséquence de laisser à l’initiative des écoles le choix d’assurer ou non les autres enseignements réduits au rang d’activités (arts et culture). La vigilance doit être de mise car, une fois de plus, c’est le principe d’égalité des enfants devant la formation qui pourrait être remis en question.

La seconde concerne l’enseignement en partenariat et l’apport d’associations ou de parents dans la conduite de projets. Un récent séminaire inter-académique qui s’est tenu début octobre 2014 Toulon a mis en évidence les bénéfices d’une meilleure implication des parents dans l’École et ceux de l’appui d’associations reconnues d’utilité publique, mais sans que ces dernières, pas plus que les parents, ne se substituent aux enseignants.

L’ouverture de l’École aux parents demeure un sujet sensible dans notre pays. Afin de lever les réticences, la Ministre à insisté sur cette nécessité et les bénéfices enregistrés dans la circulaire de rentrée 2014. Le partenariat avec les institutions sportives, culturelles – scientifiques et artistiques -, avec les organismes de santé ainsi qu’avec les associations est aussi encouragé.

En France, il n’y a pas lieu de craindre un démantèlement de l’École des-lors que cette ouverture et ces partenariats se construisent dans le respect des objectifs assignés à la formation et qu’il est fait appel à des compétences complémentaires à celles des enseignants qui demeurent les garants des principes qui fondent l’École républicaine, dont la laïcité constitue un des premiers piliers.

Michel Motré

Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional d’arts plastiques honoraire.

1  Programme par une équipe de formateurs en arts plastiques

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (1ère partie)

18 octobre 2014

Quand en France, et à Marseille en particulier, la mise en place des nouvelles organisations du temps scolaire fait l’objet de débats, et se traduit parfois par l’adoption de choix insensés au regard de l’objectif d’améliorer le rythme des apprentissages, il apparaît opportun d’observer comment fonctionnent les écoles à l’étranger.

La situation de l’enseignement primaire dans les écoles publiques des USA nous éclaire sur des choix qui feraient réagir plus d’un parent et plus d’un enseignant en France.

Une école maternemme en 1895

Une école maternemme en 1895

Tout d’abord, les enfants aux Etats Unis ne sont scolarisés dans les écoles publiques qu’à partir de 5 ans dans les kindergartens (jardins d’enfants). Des écoles privées scolarisent dès 3 ans (pre-school) pour un coût très élevé.

Cela rappelle la situation qui a prévalu en France avant guerre, surtout dans les territoires ruraux, même si les écoles maternelles ont été officiellement créées à partir des années 1880.

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Avant cette première année de scolarité appelée Kindergarten, les enfants sont gardés à leur domicile par un parent ou une personne rétribuée par la famille, ou alors ils fréquentent un jardin d’enfant privé (daycare) qui peut les accueillir dès la fin du congé de maternité (6 semaines en moyenne). Le coût de cette prestation est très élevé (environ 1400 $ par mois (≈1100€) et parfois plus pour les nourrissons !), même si une compensation de 600$ pour l’année et par enfant est versée aux familles. Notons qu’aux USA, il est assez fréquent qu’un seul parent travaille. Parmi les facteurs qui expliquent ce constat, particulièrement pour des familles aux revenus faibles ou moyens, figurent les charges élevées liées à la scolarisation des enfants ainsi que la faiblesse des aides sociales.

Comment sont organisées les journées de classe et quel est le coût pour les familles ?

Les horaires des kindergartens sont variables d’un État à l’autre, d’un district à l’autre. Ainsi, en Californie, Union district de San José, l’horaire hebdomadaire est d’environ 22H, alors qu’il est moindre pour d’autres états, 20H dans l’Ohio par exemple.

En primaire, les cours débutent à 8H15 et finissent à 14H40 sauf le mercredi où ils se terminent à 13H15. Le repas de midi peut être pris sur place et coûte environ 3$ (≈2,40€). Cela ne vaut pas plus au regard des pizzas réchauffées ou des hotdogs frits servis et qui contribuent à accroître la tendance à l’obésité.

Pour les classes de First Grade – notre équivalent Cours Préparatoire (CP) -, les enseignements académiques concernent la langue, les mathématiques, l’histoire et les sciences naturelles. Ils sont essentiellement axés sur la maîtrise du langage –lire et écrire–, avec un accent mis sur la compréhension, et pour les mathématiques, sur la maîtrise de la numération et les bases du calcul –addition et soustraction-. Notons qu’à l’entrée en 1st grade, les enfants maîtrisent souvent les bases de déchiffrage en lecture.

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L’éducation physique est intégrée à la formation, quant aux arts, ils font l’objet de projets. S’ajoute, une forme particulière d’enseignement civique avec notamment, chaque semaine, un salut au drapeau. Enfin, il existe une bibliothèque (équivalent de nos B.C.D.) et chaque classe dispose d’un coin lecture avec des ouvrages consultables sur place.

En début d’année, dans la plupart des écoles publiques, les familles versent en moyenne une somme de 250$ (≈200€) par enfant, plus pour ceux qui le peuvent, moins et parfois rien pour les plus modestes. Cet apport des familles sert à l’achat de matériels informatiques et de logiciels pédagogiques, ainsi que d’ouvrages pour la bibliothèque. Si dans les écoles publiques françaises, les parents peuvent être invités à verser leur obole à la caisse des écoles ou au foyer socio-éducatif, les sommes versées sont très modestes et ne concernent pas des investissements en matériel ou en supports scolaires, ces derniers étant à la charge des collectivités territoriales ou de l’État.

Pourquoi est-il fait appel aux parents dont les enfants fréquentent les écoles publiques ? Il faut à ce sujet signaler que les subventions versées par chaque État de l’Union pour le fonctionnement des écoles publiques est variable. Chaque État fixe des priorités et parmi celles-ci, le fonctionnement des prisons constitue un des premiers postes de dépense, avant l’éducation ! On prête à Victor Hugo cette citation « Ouvrir une école c’est fermer une prison », position qui mériterait d’être prise en compte par ceux qui gouvernent. Ces choix ont pour effets, notamment, la différence des horaires entre états et donc des conséquences sur les rémunérations des enseignants ainsi que sur les charges des familles.

Cette disparité étatsunienne n’est pas unique et d’ailleurs elle inspire les chantres de la régionalisation de l’Éducation en France. Pour être complet, signalons que les sommes payées par les familles qui scolarisent leurs enfants dans les écoles publiques aux USA ne sont pas comparables avec celles versées aux écoles privées ; souvent 10 000$ (≈8000€), jusqu’à 30 000$ par an (près de 23 800€)  et 18 500$ (≈14 700€) par an pour des écoles franco-américaines, hors coût de la garderie.

Ecole Steiner aux Etats-Unis

Ecole Steiner aux Etats-Unis

L’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits fondamentaux ou académiques et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Après la classe, c’est-à-dire après 14H40 ou 13H15 le mercredi, les enfants sont pris en charge par leur famille (ou une personne rémunérée). Quand les deux parents travaillent, les enfants peuvent être inscrits à une garderie (after school care). Il existe dans certaines écoles qui disposent d’un local (club house) dédié à cette fin, sinon les parents doivent s’enquérir d’une structure externe, associative, communautaire voire religieuse. Dans la « garderie » de l’école, les enfants bénéficient d’activités culturelles (artistiques et scientifiques) ainsi que d’une aide aux devoirs. Le coût mensuel est de varie de 350 à 500$ (≈280 à 400€).

Que retenir de ces informations ?

S’agissant de l’Éducation, le modèle économique et social qui prévaut aux USA diffère du modèle français. Aux USA, le respect de la liberté individuelle, principe fondamental qui se décline à tous les échelons de la société et de son organisation, conduit à privilégier les initiatives des individus (éducation, santé, cotisations pour la retraite…). Ce choix peut entraîner des charges de fonctionnement lourdes pour chaque citoyen, notamment en matière d’éducation, que l’appartenance à une communauté peut cependant atténuer. Le corollaire est que les taxes (impôts) sont peu élevées.

En France, où le principe de solidarité est constitutif des fondements de République (Égalité et Fraternité), la part des charges individuelle est bien plus modeste. L’État centralisé et ses instances décentralisées (Communes, Départements et Régions) contribuant au fonctionnement des services publics dont celui de l’Éducation. La contrepartie de ce choix politique se retrouve dans la pression fiscale élevée pour les familles aux revenus moyens et élevés.

Michel Motré